MOXA
1.1 manière de l'armoise, par leur ébullifion clans une dissolution de nitrate de potasse. Les Arabes, les Tartares, et d'autres peuples de l'Asie, qui ont une grande prédilection pour les moxas , se servent fréquemment de poils de chèvre , du duvet des chameaux, de la laine des moutons; mais ces substances brûlent mal et répandent a'ors une odeur infecte, qui doit engager à les éviter.
Les moxas dont on fait le plus ordinairement usage , sont ceux d'armoise et de coton. Pour préparer les premiers, il suffit de prendre une certaine quantité du duvet de la plante, de le presser entre les doigts , et de lui donner la forme d'une pyramide, dont on applique la base sur la partie que l'on se propose de brûler. Les seconds sont faits en prenant de la carde de colon, que l'on roule en forme de cylindre et que l'on entoure d'un morceau de linge , arrêté par quelques pointes d'aiguilles. Ils doivent avoir un pouce environ de hauteur, sur un diamètre variable, selon l'intensité de l'effet que l'on se propose d'obtenir.
Pour appliquer le nioxa , la région sur laquelle l'opération doit êlre faite étant reconnue, il faut la couvrir avec soin d'une compresse double, humide , perforée à son milieu d'un trou rond, correspondant à l'endroit de l'application, qui doit rester à découvert. Cette compresse est destinée à recevoir les étincelles et les débris enflammés du moxa que l'action de souffler pourrait en détacher. Le moxa lui-même est alors placé. S'il s'agit de la pyrami{le ti'armoise , on l'allume sur place , par son sommet , et l'on se borne à la voir paisiblement brûler. Il n'est besoin ni de la maintenir , ni d'activer sa combustion. Le cylindre de coton doit, au contraire , être placé sur un porte-moxa, sorte d'anneau métallique, ayant trois supports de bois d'ébène , et monté sur un manche, qui sert à le maintenir. On l'allume ensuite par une doses extrémités; puis, l'appliquant par l'autre h la peau, le chirurgien le maintient immobile, tandis qu'au moyen d'un chalumeau recourbé , il entretient et hâte sa combustion. Des pinces à anneaux peuvent , à la rigueur, remplacer le porte-moxa.
Il importe que le cylindre allumé brûle avec lenteur, d'une manière égale, afin qu'il cède le plus possible de calorique aux tissus vivans ; on doit donc éviter, ou de laisser languir sa combustion , ou de la rendre trop active.
Les effets du moxa sont primitifs ou secondaires. Les malades ressentent d'abord une chaleur douce, agréable, qui, allant en s'accroissant , dégénère avec assez de rapidité en une sensation fort douloureuse de brûlure. La peau du voisinage rougit; des gouttelettes de sueur y apparaissent assez souvent. Cette auréole, d'un rouge intense à la circonférence du moxa , va en s'affaiblissant par degrés. La peau que recouvre le moxa se brûle enfin à sa surface , se raccornit, et il en résulte des rides rayonnées sur celle du voisinage. Assez souvent, la fin de la combustion est accompagnée d'une ou plusieurs petites explosions, qui résultent de la rupture brusque de l'épiderme , ou de portion superficielle de la surface du derme, sous lesquels sont retenus des liquides <]uc la chaleur fait passer à l'état de vapeur. La douleur a acquis alors son plus haut degré d'intensité ; si la brûlure est profonde , elle décroit même après la désorganisation du derme , et avant la fin de l'opération.
Le sentiment de chaleur que les malades éprouvent pendant la combustion des moxas, ne se borne pas à la surface brûlée : il pénètre profondément dans l'épaisseur des tissus, s'étend au loin, et il semble que le calorique qui l'occasionne aille exciter jusqu'à l'intérieur des cavité.s splanchniques. C'est une pénétration lente, graduée, mais réelle du principe de la chaleur dans la partie vivante , lors de l'application du moxa , qui fait spécialement différer ce moyen d'action du cautère actuel ; car celui-ci ne brûle qu'instantanément , et ne donne pas le temps à la chaleur qu'il réccle de s'infiltrer, pour ainsi dire, aussi loin au sein de nos parties.
Quant aux effets secondaires du moxa , ils ne diffèrent en rien de ceux de la phipait des brûlures du troisième et du quatrième degré. L'cscarrhe formée se détache ; elle comprend une partie seulement ou la totalité de l'épaisseur du derme, et la plaie qu'elle laisse après elle marche bientôt vers la cicatrisation. Quelquefois on convertit celte plaie en cautère , en plaçant.! son centre un pois d'iris , un pois ordinaire ou une fève de haricot.
Les moxas des Chinois, des autres Asiatiques et des Arabes ne sont jamais ni aussi larges, ni susceptibles de ]n'oduire des effets aussi profonds que ceux dont nous nous servons communément : je doute que, sans cela, l'application en fût aussi répandue chez ces ])euples. Plus la substance qui compose le moxa est rare, légère , susceptible de brûler vile et spontanément, et plus aussi l'escarrhe qu'elle produit est légère et superficielle Le coton, roulé en cylindre, dense et résistant, qui brûle avec lenteur , forme, au contraire , des moxas dont la combustion est difficile, mais qui désorganisent le derme dans toute son épaisseur et pénètrent souvent dans le tissu cellulaire sous-cutané. Les escarrhes noirâtres ou brunes , dures, sonores , entourées de replis rayonnés de la peau et enfoncées au-dessous d'elle , que laissent ces derniers, contrastent avec les taches jaunâtres, souples et encore sensibles , qui résultent de l'application des autres.
Toutes les régions du corps ne sont pas également susceptibles de recevoir l'application du moxa. La surface du crâne, les paupières , le nez, le scrotum, le pénis , toutes les parties où une peau délicate est presque immédiatement appliquée sur'des tendons, des os, des capsules synoviales, doivent être exceptées lorqu'il s'agit d'employer ce moyen. En général plus les tégumens sont minces , et plus le moxa doit être léger , d'un petit diamètre et fait de substances propres à ne brûler que superficiellement. Ce sont des moxas de ce genre qu'il faut appliquer, par exemple, au cou , au devant du larynx ou de la tra chée-artére , à la surface des articulations gynglinioidales atteintes d'hydropisie, au périnée, à l'épaule, etc. Les moxas peuvent être, au contraire, denses, larges et susceptibles de produire de profondes brûlures, lorsqu'on les applique