NERPRUN
dans lin cas de cancer de cet organe, la section du nerf optique ne produisit aucune espèce de douleur , quoique ce cordon n'eût participé en aucune sorte à ]a maladie, et qu'il conservât sa texture normale ; ;iu contraire la division des branches lacrymale, nasale et sus-orbitaire de la cinquième paire, développa la plus vive sensibilité.
Dans certaines monstruosités on voit manquer un certain nombre de nerfs , quelquefois même les plus importans d'entre eux. Quelle est la cause de cette grande anomalie ? Est-ce l'absence d'une partie du système nerveux central qui empêche le développement des nerfs correspondans , comme le pensait Béclard? ou bien l'inverse naurait-il pas lieu, suivant l'assertion de M. Serres? Celte dernière hypolhèse réunit en sa faveur plus de probabilités que la première, car les nerfs ne forment pas leur développement des centres nerveux vers les organes; niais au contraire de ceux-ci vers les centres nerveux. JJ'anencéplialie dans laquelle le cerveau et la partie supérieure de la moelle cpinière manquent presque toujours simultanémemt , n'entraîne pas l'absence des nerfs crâniens et rachidiens supérieurs, parce que le cerveau, ilont la formation est postérieure à celle des nerfs , a été arrêté dans son évolution ou même détruit à une époque où les nerfs entièrement développés n'étaient plus susceptibles d être altérés aussi profondément par les mêmes causes.
Les nerfs peuvent être lésés dans leur structure ûu dans leur continuité par les dilTérens agens extérieurs qui affectent les autres parties molles.
La contusion et la déchirure des nerfs déterminent immédiatement les douleurs les plus vives, et jettent le malade qui en est affecté dans un abattement profond; ces lésions nerveuses sont fréquemment suivies de délire , de fréquence et d'irrégularités dans les batteinens du cœur, et d'une mort assez prompte ; on meurt de douleurs, en effet, comme on meurt d'hémorrhagie , parce que, suivant l'expression très rigoureuse de M. le professeur Dupuytren , les sources de la sensibilité s'épuisent comme celles des fluides circulatoires
La simple piqûre des nerfs détermine quelquefois de graves accidens ; sans doute , on a de beaucoup exagéré l'influence de cette espèce de blessure des nerfs ; sans doute , trop souvent on lui a attribué les accidens variés qui suivent la phlébotomie, les plaies de tête, elc. ; mais ce serait aller beaucoup trop loin que de rejeter complètement les assertions émises à cet égard ; vainement arguerait-on des e.'spériences de Béclard, qui a vu ces piqûres constamment innocentes chez les animaux ; il existe des faits trop décisifs pour que l'on puisse se refuser aux conséquences qui en découlent.
Une jeune JiUe à lacjuelle on avait pratiqué une saignes du pied , deux ans auparavant , vint me consulter à l'hôpital Beaujon en 1829 ; elle éprouvait de ï'ives douleurs qui se propageaient comme des secousses électriques , depuis la cicatrice de la saignée {au-devant de la malléole tibiale ) jusque sur le dos du pied et sur le bord du gros orteil.
Un jeune homme , qui avait été saigné trois mois auparavant à la veine médiane céphalique , vint me consulter le 10 décembre 1833 : des douleurs vives qui ne lui permettaient pas de se servir de son membre , se propageaient du lieu de lu saignée à l\ivant bras et jusqu^au pouce ; des moyens caïmans de diverses espèces avaient été vainement mis en usage ; je pratiquai la section du nerf cutané ci l'endroit où d se dégage en dehors du tendon inférieur du biceps ; et le malade , débarrassé de ses douleurs , put bientôt reprendre ses travaux.
Qui pourrait douter un instantque, chez la première malade ,1e nerf saphène interne ait été piqué au-devant de la malléole interne , et que , chez le second, la même lésion ait été infligée au nerf cutané externe ?
La section complète d'un nerf présente des phénomènes variables, suivant qu'il existe ou non impossibilité de contact immédiat entre les deux bords de la solution de continuité ; s'il y a impossibilité , comme il arrive aux nerfs coupés dans une amputation, la plaie du nerf se recouvre d'une cicatrice cellulaire qui adhère à la cicatrice des autres élcmcns de la plaie, et se continue avec elle, et en même temps le petit moignon du nerf divisé se renfle en une espèce de ganglion. L'adhérence des cicatrices nerveuses avec les cicatrices tles plaies extérieures , et l'hygrométricité particulière de tous les organes cellulaires , expliquent les vives douleurs que ressentent les anciens blessés , à chaque variation atmosphérique.
Toutes les fois, au contraire , que les extrémités d'un nerf coupé dans une plaie ordinaire , ne sont pas trop écartées l'une de l'autre , d'abord elles se réunissent cellulairemcnt ; plus tard, M. Meyer l'a constaté directemeut ; de la matière nerveuse véritable est déposée dans la cicatrice, et la continuité de la partie divisée se rétablit de la manière la plus complète. Il y a parconséquent deux périodes bien distinctes dans celle réunion : l» état cellulaire, 2" état nerveux de la cicatrice. Il paraît résulter des expériences de Béclard , que l'état cellulaire des cicatrices nerveuses dure de trente à quarante jours , et qu'alors commence ordinairement la déposition de la matière nerveuse. Cruikshank , Haigton et Béclard ont mis ces faits en lumière par une série d'expériences, dans lesquelles presque toujours ils ont agi sur les nerfs pneumo-gastriques; et, de la sorte , ils ont constaté, 1° que la section de l'un de ces nerfs sur un animal ne détermine jamais la mort , mais qu'au bout d'un certain temps les fondions reprennent leur type normal; 2» que leur section simultanée est promptcment mortelle ; 3° enfin, que leur section consécutive, faite à un intervalle d'un mois environ, ne détermine pas plus d'accidens que la simple section de l'un d'entre eux.
Quelques personnes , sans contester les résultats fournis par les expériences précédentes, objectent que ces expériences n'autorisent pas les inductions qu'on en a tirées, la réunion des nerfs par une cicatrice réellement nerveuse; car, ajoutent-elles, d'une part , les fonctions nerveuses ont pu se rétablir par la
voie des anastomoses , de l'autre, comme le prouvent les expériences de Ph. 'Wilson répétées avec succès par M. Vavasseur, l'influx nerveux a pu se propager, d'nn bout du nerf à l'autre, dans les cas de sections consécutives des deux nerfs, par l'intermédiaire de la cicatrice sans que la continuité nerveuse existât. Mais la première objection est inadmissible ; car le rétablissement des fonctions nerveuses par les anastomoses devrait arriver également dans les cas d'écartement considérable des bouts du nerf, tandis que cela n'a jamais été observé ; surtout l'animal devrait survivre à une section nouvelle des deux nerfs pneumo-gastriqucs faite au bout de quelque temps près de la première division , ce qui est encore contraire à l'expérience. Quant à la seconde objection , elle est plus sérieuse , sans doute, mais elle tombe devant les expe'riences de M. Meyer, expériences dans lesquelles ce médecin a découvert à l'aide de l'acide nitrique, de la substance médullaire dans les cicatrices nerveuses.
La ligature d'un nerf est suivie d'une vive douleur , et peut délerminer les plus graves accidens , si le nerf lié offre un volume considérable. C'est à celte ligature que sont dues les angoisses qui accompagnent les ligatures artérielles , parce que les artères sont toujours accompagnées par un certain nombre de nerfs. Pour obvier , autant que possible, aux incouvénicns de la ligature des nerfs , quand quelques-uns d'entre eux ont été saisis par mégarde dans une opération , il faut serrer le fil très-fortement , de manière à détruire complètement la partie étreinte. Lorsqu'un nerf a e'ié compris dans une ligature , les parties dans lesquelles il se distribue sont paralysées , des plaques gangréneuses plus ou moins nombreuses, plus ou moins profondes et étendues peuvent survenir, au-dessous de la ligature. L'influence de l'innervation sur la circulatioa capillaire est un point aujourd'hui assez bien établi pour qu'il soit peu nccessaire de montrer tout ce que le dernier fait présente de favorable à la théorie sous ce rapport. Par la même raison , on conçoit aussi tout le soin qu'on doit apporter dans la ligature des artères principales des membres , pour ne point comprendre de parties nerveuses avec le vaisseau ; de l:i sorte, en effet, on met plus de chances en faveur du rétablissement de la circulation , et partant contre le développement de la gangrène. Du reste après la ligature d'un nerf, les fonctions de ce cordon peuvent biert n'être que momentanément interrom-! pues ; car à la chute du fil , souvent il s'établit entre les deux bouts du nerf, une cicatrice nerveuse, comme après la section simple.
Des inflammations , des infiltrations , des altérations organiques même , peuvent se développer dans les nerfs ; des tumeurs étrangères aux nerfs , les compriment quelquefois et gênent leur action. M. le professeur Andral a publié l'observation d'un homme dont la dyspnée a paru exclusivement produite par la compression des nerfs pneumo-gastriques par des tumeurs ganglionnaires du cou. Enfin on a décrit sous le nom de névrômes des tumeurs étrangères aux nerfs . pour la plupart, mais remarquables par les rapports qu'elles présentent avec cjuelques uns de ces cordons, et par les vives douleurs qui résultent de cette circonstance. J'ai trouvé dans le nerf pneumo-gastrique une tumeur qui cependant m'a paru bien mériter le nom de névrôme ; elle avait le volume d'un gros pois, sa forme était allongée , et son tissu dur et grisâtre paraissait être le résultat d'une végétation intérieure du névrilèmc ; à la hauteur de cette production les filets nerveux étaient atrophiés. La gêne dans la respiration , Vespèce d'angine de poitrine que le sujet avait éprouvée pendant sa vie dépendaient-elles de cette lésion ? la chose me paraît indubitable.
^ ( Ph. Fréd. Blahdin. )
NÉROLI. Vojez Hcile essemielle.
NERPRUN. Rhamnus. C'est le type de la famille des rhamuées , ou des frangulacées , de la pentandrie , monogynie , de Linné. Ce mot nerprun ou noirprun , vient sans doute de la ressemblance que l'on a cru trouver entre les fruits de ces arbrisseaux et des petites prunes noires. On connaît plusieurs espèces de nerprun: 1° le nerprun purgatif, noirprun bourg-épine, rhamnus catharticus ; 2° le nerprun bourgène ou bourdaine , rhamnus J'rangula ; 3° le rhamnus injectorius, qui donne les graines d'Avignon, que l'on emploie dans l'art du teinturier.
Le WERPRDN PURGATIF , rhumnus catharticus , spina cervina de quelques auteurs, est presque seul usité en mctiecine. C'est un arbrisseau de huit à dix pieds de haut , qui croît très-communément dans les bois et dans les haies de l'Europe. Son fruit forme une petite baie arrondie , noire, offrant quatre nucules monospermes. La pulpe de cette baie est d'un vert foncé , d'une odeur désagréable , d'une saveur amère , nauséeuse ; le suc qu'on en exprime présente les mêmes propriétés. Les acides lui donnent une teinte rouge, les alcalis le verdissent ,1a solution de sulfate de fer le noircit, en se combinant avec les principes du tanin qu'il contient.
Les habilans de la campagne ont apprécié de bonne heure les verlus purgatives des baies de nerprun. On dit que la chair des grives , qui en mangent, devient purgative, et que les prunes d'un arbre greffé sur le nerprun acquièrent cette même propriété.
Les baies de nerprun ou leurs préparations produisent dans la gorge un sentiment de chaleur prononcé qui augmente la soif des malades , puis elles de- , terminent des coliques, quelquefois même des tranchées, et enfin des déjections alvincs abondantes , ordinairement formées d'une très grande proportion de sérosité. C'est ce qui a fait considérer le nerprun comme un hyilragogue puissant. Les préparations de nerprun n'exercent pas d'action sur d'autre fonction i de l'économie ; c'est , sans doute , ce qui a fait dire à Sydenham qu'elles ne troublaient pas le sang. Leur action irritante sur le canal intestinal , rend nécessaire , pendant leur emploi , l'usage d'une boisson mucilagincuse , telle que l'eau de veau ou une infusion de fleurs de guimauve. On ne doit point insister
NÉVRALGIE
NÉVRALGIE
à prescrire le nerprun , lorsque , au lieu de procurer des évacuations alvincs , il survient des coliques accompagnées d'un sentiment prononcé de chaleur abdominale.
On prescrit aux adultes les baies de nerprun seules , au nombre de quinze à vingt-cinq. On donnerait un gros de la poudre de ces baies, une once de leur suc, un demi-gros de leur extrait , ainsi que l'a fait Schwilgué. On a employé le rob à la dose d'un à trois gros , mais on se sert presque exclusivement du sirop, sirupus de spinâ ceivina de Sydenham ( Opéra, tom. i , pag- 33G ). On le prescrit à la dose d'une ou deux onces , en solution, dans une infusion aromatique ou purgative. Quelques praticiens l'unissent avec partie égale d huile de ricin , une once de chaque ; ce mélange un peu épais a besoin d être cteudu dans trois ou quatre onces d'eau distillée ou d'infusion aromatique , afin de masquer un peu le goût désagréable de ce mélange.
Le sirop présente des caractères semblables à ceux que nous avons, plus haut , assignés au suc des baies ; aussi devient-il rouge Jorsque la fermentation y a développé de l'acide acétique. Il pourrait servir de réactif aux chimistes.
De CanAoXe , Essai sur les propriétés médicales des plantes, p. 121 , assure que le liber ou l écorce intérieure du nerprun jouit des mêmes vertus que les baies; ce serait un purgatif indigène de plus dont les propriétés mériteraient d'être étudiées.
Le sirop de nerprun vanté par Sydenham contre l'hydropisie , réussit dans celte affection lorsf(ue les seuls purgatifs sont indiqués. Ce grand praticien en rapporte un exemple remarquable. 11 raconte ensuite (loco citalo) avec bonne foi que ce médicament a manqué bien plus souvent l efTet qu'il en attendait. On trouve mentionnes dans les ouvrages cliniques des succès analogues à ceux que Sydenham a observés. Nous avons employé avec avantage ce médicament dans un cas d'ascite qui n'offrait pas de lésion organique considérable.
C'est surtout comme purgatif à la suite des pneumonies bilieuses ou pour produire une révulsion sur le canal digestif, dans le cas de pneumonies inflammatoires, que l'école de Corvisart a employé fréquemment le sirop de j nerprun uni à 1 huile de ricin. Nous avons vu très souvent cette pratique réussir à l'Hôtel-Dieu dans les salles de M. Husson , et nous avons eu à nous louer de lavoir mise en usage.
Le suc de baies de nerprun mêlé à de la chaux ou à de l'alun , sert à préparer le vende vessie dont les peintres font un usage habituel.
Les baies de la bourdaine, rhamnus frangula , que nous avons indique'e plus haut , jouissent de propriétés analogues à ceWti, Awrltumnu s calhaiticus ; ce- I pendant il parait que leur action est moins énergique. L écorce moyenne des tiges, et l'écorce de la racine de cet arbuste jouissent de propriétés eméto-caih.irtiques, connues des habitans de la campagne, mais que les médecins n'ont pas encore constatées et qui pourraient ainsi oue celle de la racine du sureau être employées utilement contre quelques hydropisies. Martin Solon.
NEVRALGIE. De v^u^c-j , nerf, et «).y«5, douleur; mol créé par Chaussier, po ur exprimer une douleur plus ou moins vive , exacerbante ou intermittente, qui suit le trajet d'un nerf, et que, par extension, nous consacrons égaleuient I pour désigner tous les genres de douleurs qui peuvent affecter la fibre ner- (i Teuse en général.
f Les anciens avaient bien décrit des classes de maladies douloureuses ; mais, si l'on interroge leurs écrits , on voit qu'ils con;prenaieut sous ce titre une foule d'affections différentes ; c'est ainsi qu'ils confondaient la névralgie faciale avec l odontalgie , la névralgie sciatique avec la goutte ou la tumeur blanche (Hippocrate, Galien) ; la plupart des névralgies avec le rhumatisme. Il faut arriver jusqu'au siècle dernier pour trouver, dans les auteurs , quelque chose de satisfaisant sur les névralgies: on doit à Cotugno ( 1770 ), Forthergill ( 1776) , Pujol ( 1787 ), Fortsmann ( 1790) , Chaussier ( 1802 ). les premiers travaux sur cette matière ; depuis ce dernier, une foule de dissertations ou de monographies ont été publiées sur le même sujet , et chaque auteur rattachant de nouveaux faits à la classe des névralgies , a augmenté le nombre des espèces au point où nous le voyons aujourd'hui. Toutefois, le sujet est loin d'être épnisé cl si, comme il est naturel de le penser , les espèces doivent un jour correspondre au nombre des organes qui sont doués de sensibilité animale , il y a loin du ! nombre actuel des névralgies, à celui que le temps et l'observation se chargegeront d'y ajouter.
Et d'abord les névralgies n'ont guère été étudiées , jusqu"a ce jour , que dans les nerfs de la vie de relation, et leur nombre, sous ce rapport même, est encore fort limité ; mais nous nous demandons pourquoi cette maladie appartiendrait exclusivement à certains nerfs auxquels on s'est contenté delà rapporter, et excepterait les autres , alors que tous jouissent , quoiqu'à des degrés différens, de la faculté de recevoir et de transmettre des impressions sensitives. Nous pensons . au contraire , qu'il peut se manifester autant de névralgies qu'il existe de nerfs sensitifs dans l'économie, et que cette maladie n'excepte pas {)lus aucun des organes qui reçoivent l'influence nerveuse, que l'état inflammatoiie n'excepte une partie pourvue de vaisseaux sanguins. Seulement les névralgies , comme les phlegmasies elles-mêmes , et comme tous les étals morbides , varient nécessairement de forme, de type , d'intensité , de durée , etc. , suivant l'espèce de nerf qui en est le siège , le mode de sensibilité qu'elles affectent , la texture et la vitalité de l'organe où elles se manifestent, le genre de cause qui les produit.
Ainsi donc , tous les organes peuvent devenir le siège de névralgies , par cela même que tous admettent des nerfs sensitifs dans leur composition; mais, la diversité d'élémens nerveux établit tout naturellement la diversité d'espèces de névralgies que nous avons cru devoir consacrer. C'est dans ce sens que nous
DlCT. DE MÉDECIME ET DE ChIRUKGIB PRATIQUES.
nous proposons de décrire les névralgies en les suivant dans les différens ap' pareils nerveux où l'observation permet de les étudier. Mais comme elles offrent toutes une communauté de causes , de symptômes et de traitement, nous devons d'abord les étudier d'une manière générale dans leurs élémens organiques, ou leur siège ; dans leurs causes, leurs symptômes et leur diagnostic, nous réservant de rappeler, dans l'occasion , toutes les circonstances d'étiologie ou de symptomatologie , qui pourraient se rattacher spécialement à chaque espèce ou variété en particulier.
Étiologie. Pour concevoir le mode et la puissance d'action des causes des névralgies , il faut surtout se rappeler que la sensibilité, soit normale , soit acci dentelle, suppose nécessairement entre les diverses parties de l'appareil sensitif nn concours et une harmonie d'actions sans lesquels la névralgie, pas plus que la sensibilité, ne peut s'accomplir. Or, ce concours et cette harmonie d'actions se passent nécessairement entre le cerveau , comme organe de perception ,lei cordons et les épanouissemeus nerveux, comme inslrumens d'impression ou de transmission de la sensation ; par conséquent, ce serait une grande erreur de penser que la névralgie ne puisse admettre d'auti e cause que la modificaliou directe ou immédiate du nerf actuellement douloureux, qu'elle dût être l'effet constant et nécessaire de la lésion locale de ce nerf. L'observation atteste le contraire, et ne permet pas de douter qu'elle ne puisse reconnaître des causes agissant isolément ou sur l'organe de perception ou sur les inslrumens d'impression et de transmission. Essayons de donner des preuves de cette vérité, en étudiant chacun en particulier ces divers ordres de causes.
1". Causes qui agissent sur le cerveau. On se rend difficilement compte de névralgies ayant pour cause une modification actuelle de l'organe de perception; et pourtant rien n'est plus vrai ni plus constant que ce fait. L'exemple des individus qui , après l'amputation d'un membre , sont privés du nerf même auquel ils rapportent des douleurs dans une foule de cas ; celui du retour d'un accès de névralgie parle seul fait de l'habitude, et alors que la chirurgie a coupé, cautérisé et détruit d'une manière quelconque ce nerf; la douleur analogue que cause à l'individu qui en est témoin, par suite d'une impression purement morale, et par une sorte de contagion d'imitation, la douleur ressentie par un autre; l'exemple non moins remarquable des hypocondriaques, qui sont si souvent affectés de névralgies; les rêves dans lesquels des douleurs plus ou moins vives sont perçues dans le trajet d'un nerf; et enfin toute cette longue série de causes morales admise par tous les auteurs et journellement justifiée par l'expérience des praticiens, comme pouvant donner lieu aux névralgies, prouve encore jusqu'.! l'évidence que cette maladie, quels qu'en soient le siège et la forme, peut être liée à une modification actuelle de la matière cérébrale destinée à la manifestation de la sensibilité.
Que si l'on nous demande pourquoi le cerveau répète ses souffrances sur tel organe resté sain et devenu toutefois le siège actuel de la névralgie , plutôt que sur tel autre , nous répondrons que cette préférence, tout en se refusant à une explication , se conçoit par I harmonie d'action, le commerce intime qui lie !u fibre nerveuse sensitive à la matière cérébrale percevante , harmonie telle qu'il n'existe pas une seule anomalie du sentiment qui n'ait son organe d'expression, en même temps que son organe de perception : en d'autres termes, l'homme ne perçoit pas une sensation qui ne suppose l'action combinée de la substance nerveuse et de la matière cérébrale : être moral ou physique, être physiologique ou pathologique, ses sensations, ses souffrances dépendent également de sa pensée et de ses organes, de son cerveau et de ses nerfs.
Cela posé, on concevra facilement pourquoi les influences sidérales, les varialions barométriques et thermométriques de l'atmosphère, les affections morales, les travaux intellectuels, les veilles prolongées, une constitution éminemment sensible et nerveuse, en un mot, toutes les circonstances qui agissent plus spécialement sur les centres nerveux , peuvent donner lieu à des névralgies. On concevra aussi pourquoi des douleurs atroces se manifestent dans le trajet d'uu nerf doué de l'intégrité d'organisation la plus parfaite , tandis que l'on voit, dans une foule d'autres cas, ce même nerf, soumis à des dilacérations , devenir presque insensible. Ces douleurs plus ou moins vives des membres qui accompagnent si souvent les fièvres typho'ides et les affections des centres nerveux, sont-elles autre chose que de véritables névralgies ?
Peut-être doit-on rapporter à celle cause la préférence que les névralgies affectent pour certaines conditions d'âge et de sexe : on ne voit pas trop la raison anatomique qui fait que les névralgies sont plus fréquentes chez les adultes que chez les cnfans et les vieillards ; mais le fait est constant. De même , il est d'observation que les névralgies affectent plus souvent les hommes que les femmes ; ce qui a surtout été mis hors de doute par Thouret, qui a trouvé sur un nombre donné plus des deux tiers de névralgies chez des hommes, et tout au plus nn tiers chez des femmes. Et c'est là encore un double trait d'analogie remarquable entre l'affection dont il s'agit et les fièvres intermittentes, qui, comme on le sait, sont beaucoup plus rares aux deux extrémités qu'à toute autre époque de la vie , comme elles sont plus fréquentes chez les hommes que chez les femmes. De tels faits semblent donc attester que les névralgies sont, dans beaucoup de cas, soumises aux lois générales de l'innervation et de la perception non moins qu'aux modifications locales de la substance nerveuse actuellement devenue le siège de la névralgie. Toutefois, il n'est pas douteux que cette affection ne soit, dans certains cas , liée à quelque lésion anatomique ou vitale des cordons nerveux. Voici ce que l'observation démontre à cet égard.
2°. Causes (jui agissent sur lei cordons nerveux. Une fouie de causes organiques ou hygiéniques peuvent agir directement sur la vitalité ou la le.xture des cordons nerveux , accroître leurs propriétés sensitives et faire naître ainsi des
NjéVRALGIE.
NÉVRALGIE
lu vralgies. On observe généralement que les nerfs superficiels on sous-cutanés sont les plus exposés aux névralgies ; il eu est de même de ceux qui occupent le voisinage des centres nerveux ; ce qui peut tenir, d une part, à l'action plus directe des agens extérieurs , et, de l'autre, à l'effet plus direct aussi des ra pports sympathiques des instrumens de l'innervation.
Les individus qui, ])ar état, sont habituellement soumis aux effets du froid et de l'humidité, tels que les pêcheurs, les marins, etc., ceux qui habitent des contrées marécageuses, qui s'exposent à l'impression d'un vent froid et piquant, à l'efl'et des vicissitudes atmosphériques, sont particulièrement exposés aux névralgies. En cela, Taxiome si connu des anciens : le froid est l'ennemi des nerfs , est d'une exactitude parfaite.
Toutes les causes physiques ou mécaniques capables d'altérer la texture d'un nerf, telles que des coups, des chutes , des compressions , des piqûres , des distensions, des déchirures , peuvent encore donner lieu à des névralgies ; mais il est vrai de dire que la douleur qui apparaît, dans ce cas, est plutôt un effet nécessaire de phlegmasie traumatique que celui d'une névralgie proprement dite.
il faut placer sur la même ligne, et rapporter aux mêmes causes , toutes les lésions organiques des nerfs , les tubercules ou les névrômes développés dans leur tissu, des inflammations survenues dans le névrilème ou la substance même d'un nerf situé dans le voisinage ou faisant partie d'un organe malade ; tel est surtout le cas des névralgies faciales qui accompagnent si souvent les phlegmasies étendues et profondes de la pituilaire ; telles sont les douleurs sympathiques qui résultent d'une phlegmasie de l'utérus , du rein , du testicule , etc. Nous verrons d'ailleurs que li;s névralgies dues à cette dernière série de causes , ont aussi un caractère particulier qui les rapproche bien plus des névrites que des névralgies proprement dites.
3°. Causes qui agissent sur les extrémités nerveuses. Toutes' les causes précitées peuvent agir sur les épanouissemens nerveux, c'est-à-dire dans la texture intime des organes, soit membraneux, soit parenchymateux'
Mais les causes les plus générales de cet ordre sont surtout liées au développement des organes, à la prédominance actuelle des actions physiologiques qu'ils affectent, c'est à-dire à l'âge, au sexe , aux habitudes, à l'idiosyncrasie des sujets; ainsi les femmes sont sujettes h l'hystérie , les hommes à l'angine de poitrine , les enfans à la coqueluche, les vieillards à l'aslhme, etc., etc.; on sait aussi que l'une des causes les plus fréquentes des névralgies gastro-intestinales est la présence des vers dans la continuité de l'intestin.
StMPTOMATOLOGiE. La doulcur cst le symptô me essentiel et caractéristique des névralgies. Mais cette douleur est extrêmement variable dans ses degrés comme dans ses effets , en raison de l'élément nerveux qu'elle affecte, de la nature des causes qui peuvent la produire ou l'entretenir. Chaque espèce de nerfs comme chaque organe, ayant sa manière de sentir et de souffrir, on conçoit qu'il serait impossible de désigner, par autant de noms, toutes les nuances de douleurs auxquelles ils sont sujets; mais comme on n'a jamais pensé à changer la désinence adoptée pour les inflammations , bien que celles-ci se présentent de même sous mille formes différentes , nous ne voyons pas de raison pour qu'il en soit autrement à l'égard des névralgies. Ainsi , tantôt la douleur est vive , brûlante , déchirante et se propage par irradiation jusqu'aux dernières ramifications d'un nerf (névralgies externes), tantôt elle est obtuse, sourde (névralgies viscérales), mais jamais elle n'a la marche , ni la continuité , ni la durée , ni le caractère de l'inflammation.
Dans quelques cas elle se déclare avec la rapidité de l'éclair, dans d'autres elle est précédée de frissons , suivie de chaleur et de sueur.
Presque toujours elle est accompagnée d'urines claires et abondantes, d'horripilalions , de pandiculations et de la plupart des symptômes qui caractérisent les fièvres d'accès ; ce qui les a fait considérer comme de véritables fièvres locale-î ,febres topicœ.
Les névralgies ont, eu général, une marche intermittente ou rémittente; mais celles des nerfs ganglionnaires se composent d'accès moins réguliers que celles des nerfs cérébro-spinaux, par cela sans doute qu'elles appartiennent à des organes dont les fonctions sont plus continues ; et si celles de l'estomac, du poumon , etc., offrent une périodicité plus régulière, il faut l'attribuer à ce que ces organes sont en partie sous l'influence nerveuse cérébrale. Mais une circonstance Lien digne de remarque , et que nous croyons avoir le premier signalée ( Nouuelle Bibliothèque médicale, vol. 2 et 3, 1828), bienqu'elie ait pu frapperions les observateurs, c'est que cette périodicité, quand elle a lieu, affecte une marche presque toujours inverse à celle des névralgies cérébro-spinales, comme si, dans ce cas, les (onctions physiologiques alternaient pour ainsi dire avec les phénomènes pathologiques. C'est ainsi que les névralgies cérébro-spinales se manifestent le plus souvent le soir, durant une partie de la nuit, pour cesser aux approches du jour, comme on le remarque dans l'odontalgie , les névralgies faciales, la sciatique , et toutes ces fièvres dites larvées dont les symptômes locaux sont bornés à un tronc principal ou aux divisions d'un nerf de la vie de relation , tandis que le contraire a presque toujours lieu pour les nerfs de la vie nutritive. Observez par vous-même ou consultez tous les praticiens et tous les auteurs qui ont écrit sur les gastralgies, les entéralgies , sur les fièvres intermittentes simples ou pernicieuses, qui sont autant de formes de névralgies, et vous pourrez vous convaincre que le plus ordinairement les accès reparaissent le matin ou après minuit ; que si vous ne pouvez les localiser dans le système nerveux abdominal , comme il arrive dans les fièvres intermittentes simples , n'en concluez pas pour cela que le système nerveux des ganglions est étranger à la maladie, mais bien que l'irritalion locale n'est pas telle qu'elle ait pu développer le degré de sensibilité nécessaire à la pi oduction de la douleur.
L'intervalle des accès est plus ou moins long et variable depuis quelques heures jusqu'à plusieurs jours : dans la plupart des cas, il présente une intermission complète , dans d'autres il y a seulement rémission avec retour des paroxysmes pour la plus légère cause , souvent par le seul effet de l'habitude.
Les muscles , pendant comme hors le temps des accès , restent ordinairement él rangers à la maladie ou conservent la faculté d'exercer des mouvemens , circonstance qui est conti-adictoire à ce qu'ont dit beaucoup d'auteurs qui ont répété que les muscles sont convulsés dans la névralgie, prenant ainsi l'esceplion pour la règle générale.
Dans les névralgies , en général , quel que soit le genre de nerfs qu'elles af-l fectent , la douleur n'est pas le seul phénomène sensible : il y a ordinairement' fluxion dans le trajet des nerfs affectés , dans les tissus environnans , dans les< organes dont ils font partie , et ces deux circonstances , qui touchent pour ainsi .' dire à l'état inflammatoire, puisqu'elles eu constituent deux principaux élémens, i mais qui ne sont pas l'inflammation proprement dite , peuvent s'accompagner ! de réaction générale ou de phénomènes fébriles qui disparaissent avec la cause \ locale qui les fait naître , reviennent sous la même influence , jusqu'à ce qu'ils i cèdent enfin à des modifications hygiéniques ou pharmacologiques. De là peut-t être toute la théorie des affections intermittentes , en général ; théorie qui ,i comme nous l'avons déjà fait remarquer ailleurs , établirait une sorte d'identité entre les névralgies simples ou apyrétiques et les névralgies fébriles, entre les ;i fièvres intermittentes simples et les fièvres intermittentes pernicieuses ; théorie, dis-je, qui ne verrait de différence entre ces diverses affections que dans l'in- 1 tensité des causes qui les déterminent, dans l'ordre des nerfs que la maladie ii affecte, dans la gravité des symptômes qui les accompagnent, dans l'importance < du rôle que remplissent les organes affectés.
Cette théorie, toute neuve qu'elle paraisse, et que nous avons émise, pouri la première fois , en 1828 (Nouvelle bibliothèque médicale) , n'est d'ailleurs past; aussi éloignée qu'on le pense de l'opinion d'un grand nombre d'auteurs qui ont^' écrit sur ce sujet. Morton , Sydenham , Van Swieten , Huxam , Senac , etc.,.? regardent toutes les maladies intermittentes , même apyrétiques , comme de I véritables fièvres d'accès. Casimir Medicus a également admis une affinité ) d'affection entre toutes les maladies intermittentes fébriles ou apyrétiques.
Ce qui ne contribue pas peu à établir une telle identité d'affection , c'est que, < d'après des tableaux de statistique médicale comparative , les pays où l'on ob-3 serve le plus de fièvres intermittentes , sont aussi ceux où l'on trouve plus fré- r quemment des exemples de névralgies ( Hildenbrand , Nepple , etc.). Ce qui i; doit également la confirmer, c'est que, comme nous l'avons dit, les névralgies, i de même que les fièvres intermittentes , sont plus rares chez les enfans et les -i vieillards que chez les adultes ; enfin , nous verrons que les résultats que four- j nit la thérapeutique , dans l'un et l'autre cas , ne sont pas moins propres à jus- ^{ tifier une semblable opinion. Il n'est , en effet, aucun des moyens préconisés ; i contre les névralgies du système cérébro-spinal qui n'ait reçu la même application , qui n'ait opéré les mêmes effets curatifs dans les fièvres intermittentes, soit simples , soit pernicieuses. J'ai publié précédemment un assez grand nom- > bre de faits propres à appuyer ces sortes d'analogies, et l'espace ne me permet v pas de les reproduire ici. (Voy. Nouv. Bibl. mèd., 1827 et 1828) ; mais le tl temps n'a fait que confirmer, dans mon esprit, la vérité de cette proposition, \ qu'i/ existe une identité parfaite entre les névralgies et les fièvres inlerinit- ! tentes.
Nature de la névralgie. Maintenant , quelle est la nature d'une affection si obscure dans son ètiologie, si uniforme et si persistante dans ses symptômes, i et souvent si opiniâtre et si réfractaire aux ressources de l'art? Jusqu'à ce ■ jour, il faut le dire , la physiologie pathologique , aussi bien que l'esprit de sys- ' tème , ce sont évertués en vain à résoudre une pareille question. Les vices can- i céreux, arthritique, syphilitique , etc., de même que l'acrimonie humorale, { l'éréthisme nerveux, etc., après avoir eu tour-à-tour leurs partisans et leurs m antagonistes, ont subi depuis long-temps le sort des doctrines sur lesquelles m ils s'appuyaient ; par conséquent nous n'avons pas à en discuter ici la valeur. i
La théorie de l'inflammation , proclamée par quelques auteurs comme la '| plus satisfaisante , est pourtant aussi loin de soutenir l'épreuve de la plus sim- i pic observation. Quelle est , en effet , cette inflammation qui apparaît et dispa- I raît avec la rapidité de l'éclair? qui revient régulièrement à la même heure et | tout exprès pour la production de la douleur, sans être provoquée par aucune I cause connue d'inflammation ? qui ne se justifie par aucun signe sensible, par l| aucun des autres élémens de l'inflammation '} que les antiphlogistiques aug- < mentent le plus souvent , que les stimulans guérissent le plus ordinairement? \
Nous demanderons encore aux partisans de cette théorie pourquoi la douleur I cesse ordinairement quand l'inflammation devient manifeste, comme il arrive 1 souvent dans le cas de fluxion succédant à l'odontalgie? Nous leur demanderons ( aussi pourquoi l'inflammation aiguë d'un organe quelconque demeure si souvent exempte de phénomènes nerveux ou sympathiques, tandis que la simple ) titillation des extrémités nerveuses, par des vers intestinaux , donne lieu au» I plus grands désordres de l'innervation ?
Que si nous consultons l'anatomie pathologique, elle ne nous donnera encore que des réponses souvent négatives , toujours équivoques, jamais décisives ; et en effet, dans beaucoup de cas, ses résultats ont été nuls , même par ' la dissection la plus minutieuse ; d'autres fois elle a bien signalé diverses altérations dont les nerfs sont susceptibles, tels que des tubercules, des tumeurs j variqueuses , inflammatoires , squirrheuses , cancéreuses , etc. Mais où trouver, i dans ce cas même , la relation de causalité qui existe cuire une alliratiou organique permanente et des phénomènes pathologiques iutermitteus ? Et quels
NÉVRALGIE
WÉVRA.L GIE.
rapports établir entre une névralgie proprement dite , qui est ordinairement périodique , et la douleur nécessairement continue que cause la piqûre d'un ;uerf, son inflammation , sa distension , l'existence d'un ganglion ou d'un tubericule développé dans son épaisseur ? Et pourquoi , alors même qu'il y a coexis tence d'une névralgie et d'une altération organique , parvient-on souvent a combattre la névralgie , tout en laissant subsister l'altération que l'on accuse d'en être la cause ? 11 n'y a donc pas lieu d'assimiler et de rapporter la névralgie à l'inflammation. L'inflammation peut être la cause , comme elle peut être l'eiTet d'une névralgie, mais elle ne constitue certainement pas la nature de la névralgie.
Une théorie plus spécieuse, et qui se prête peut-être plus facilement à l'explication des principaux phénomènes des névralgies se fonde sur l'hypothèse J'un fluide circulant dans le trajet des cordons nerveux, et s'accumulant dans mie partie qui est devenue le siège de l'irritation ; c'est celle de beaucoup d'au- :eurs anciens de Cabanis, de Cuvier et autres naturalistes modernes ; c'est aussi celle des mesmériens , des magnétiseurs , celle enfin de quelques pathologistes iontemporains , notamment de notre savant collaborateur et ami , M. Roche , jui, sous le titre d'irritation nerveuse, Acn\ pouvoir embrasser la généralité des jaits qui se rattachent aux névroses , soumettre à des lois communes , assimiler ■ntre elles l'irritation nerveuse et l'irritation vasculaire ou inflammatoire. 1 Sans attacher à cette théorie plus de valeur que M. Roche lui - même ne lui tn accorde et que ne peut lui en donner la nature même des faits sur lesquels ille s'appuie ; et tout en reconnaissant c[ue ce ne peut être que par une analoîie forcée qu'on a pu la faire rentrer dans cette grande loi de l'irritation uhi liimulus , ihiaffluxuSy il n'est pas permis de douter que la névralgie ne soit fntièrement soumise aux lois de l'innervation. Or le principe de l'innervation , [uelle que soit sa nature ou sa source , qu'il soit spécial ou identique aux fluiles électrique, magnétique, etc., se partage nécessairement entre les trois (randes séries de phénomènes physiologiques : sentiment , mouvement et enendement. C'est le mode de répartition de ce principe entre les instrumens tpéciaux des actes physiologiques , qui en règle l'harmonie ou en trouble l'ac- |ord. C'est ce principe qui exagère ou diminue les facultés sensitive , locomo- |ive et intellective , suivant le degré d'énergie dont il dote ces mêmes facultés , e sorte que ses effets sont dans des rapports constamment inverses entre les ictes sensitifs , locomoteurs et intellectuels. Il est certain, par exemple , que à douleur fait cesser la convulsion , comme la convulsion fait taire la douleur ; ue la doijleur et la convulsion cessent parle délire, par l'ivresse , par une jrte contention d'esprit , par une vive impression morale. On sait même que , jar une sorte d'instinct, l'individu qui est en proie aux tourmens de la douleur, agite eu mouvemens continuels , comme pour appeler sur l'appareil musculire l'excès d'innervation employée à la production de la douleur. On sait en- 9re que la douleur vive et déchirante qui précède le tétanos cesse par le fait u tétanos ; que l'épilepsie , qui est le summum de l'acte convulsif , rend l'oranisme absolument muet à la douleur. Dirons-nous aussi par anticipation que, leut-êire les médicamens anti-spasmodiques , diffusibles , etc., tiennent leurs ffets thérapeutiques de la propriété qu'elles ont de déplacer, d'éparpiller le jrincipe de l'innervation sur l'un ou l'autre des appareils affectés aux facultés însitives , locomotives , intellectives. 11 est certain , du moins , que les alboliques qui excitent le cerveau au point de produire l'ivresse , calment la ouleur.
Nous n'avons pas craint d'arrêter l'esprit de nos lecteurs sur ces considéraions physiologiques, parce qu'elles sont toutes pratiques, et peuvent avoir 'importans résultats sur la thérapeutique des névroses en général , et des néralgies en particulier.
Diagnostic. Les anciens , comme nous l avons dit, confondaient les névralies avec la plupart des maladies douloureuses. C'est ainsi que le rhumutisme,
I goutte, les tumeurs blanches, le mal vertébral, etc. , prennent souvent dans ;urs descriptions la place des névralgies externes; qu'aujourd'hui encore la u-dialgie, les coliques, l'angine de poitrine, l'asthme, la coqueluche, etc., ue nous considérons comme de véritables névralgies viscérales, n'ont, aux eux des praticiens, qu'une existence, pour ainsi dire, abstraite. Mais il suffit e la plus simple exploration pour distinguer une névralgie du rhumatisme, de
goutte, d'une tumeur blanche, etc., qui sont autant de formes d'infliammaon , et qui ont des caractères anatomiques tellement positifs , tellement tranlés , qu'un praticien éclairé ne peut plus aujourd'hui s'y méprendre.
II faut bien convenir aussi que ceux qui ont rapporté la névralgie à une insmmalion ou à toute autre altération locale des nerfs , ont souvent confondu es affections toutes différentes d'elles-mêmes , la névrite et la névralgie. Mais
moindre comparaison en fait bientôt ^percevoir toute la différence. Dans la remière , la douleur est également vive , mais continue, s'exaspérant par le iouvement, la pression ou la friction ; il y a ordinairement des signes extéeurs d'inflammation non équivoque. Dans la seconde , au contraire , la douleur Itou intermittente ou rémittente, mais jamais continue. Elle diminue plutôt j'elle ne s'exaspère par la friction ou la pression. Il n'y a jamais, primitivecnt du moins, ni chaleur, ni rougeur, ni tuméfaction extérieures. Souvent , 1 contraire, un froid glacial semble circuler dans le trajet du nerf douloureux, t remarquez bien que tous ces caractères différentiels de la névrite et de la né- •algie ne sont pas seulement propres aux afl'ections des nerfs de la vie de rela- 3n , mais encore aux nerfs de l'appareil viscéral. "V^ous comprimez l'abdomen stinctivement pour calmer une colique nerveuse ou névralgie intestinale , tans que la moindre inflammation rend souvent le toucher de l'abdomen insup- )rtable. La névralgie cède souvent aux anti-périodiques , à un traitement em-
pirique; la névrite résiste à tout autre traitement qu'à un traitement rationnel et antiphlogistique , et cette remarque s'applique encore également aux divers ordres de névralgies. Il n'y a donc pas lieu de confondre une névrite avec une névralgie, comme ou ne peut pas admettre en théorie qu'une névralgie n'est qu'une névrite.
Promostic. Les névralgies tiennent leur gravité de l'espèce de nerfs qu'elles affectent, de l'intensité des douleurs qui les caractérisent , de la durée qu elles ont souvent malgré les remèdes nombreux qu'on leur oppose, des causes qui les déterminent, des accidens qui les accompagnent ou les compliquent. En général, les névralgies ganglionnaires, quoique moins douloureuses, sont plus graves que les névralgies cérébro-spinales ; elles seules peuvent compromettre directement l'existence quand elles se présentent avec l'appareil de symptômes décrits sous le titre de fièvre intermittente pernicieuse, et l'on conçoit que leur terminaison soit d'autant plus funeste dans ce dernier cas que les organes qu'elles affectent remplissent des fonctions plus importantes dans l'économie ; c'est ainsi que les fièvres pernicieuses cardialgique , pncumonique , dyspnéique , syncopale , qui sont autant de névralgies , peuvent tuer le malade aussi rapidement que la foudre si l'on ne prévient à temps les coups dont il est menacé ; rarement au contraire les névralgies cérébro-spinales ont une terminaison funeste; toute leur gravité vient de l'acuité des douleurs, de leur opiniâtreté, de leur durée illimitée, de l'insuccès des traiteraens les plus rationnels , les plus variés et les plus persévérans ; les névralgies qui sont liées à une influence endémique ou épidémique prennent aussi un caractère plus grave et peuvent avoir une terminaison plus fâcheuse que celles qui sont le résultat de causes accidentelles ou individuelles.
§ I. NÉVRALGIES CÉRÉBRO SPlBALES,
Les névralgies cérébro-spinales peuvent alfecter toutes les divisions de l'appareil nerveux, depuis le centre sensitif lui-même jusqu'aux extrémités ou ramifications des nerfs, et elles diffèreni nécessairement suivant qu'elles affectent l'une ou l'autre de ces divisions nerveuses, et suivant qu'on les observe dans le trajet des nerfs simples ou complexes ; toutefois elles supposent dans tous les cas l'exagération de la propriété sensitive de la substance nerveuse où elles se manifestent , et cette circonstance qui constitue le caractère dominant de la névralgie est loin d'être elle-même constante et uniforme dans ses effets. Le plus ordinairement les névralgies cérébro-spinales ofl'rcnt une marche intermittente ou rémittente , sans mouvement fluxionuaire apparent, sans réaction fébrile évidente j mais, dans d'autres cas, il y a au contraire tout ce qui constitue un appareil symptomatique de fièvres intermittentes, simples ou pernicieuses. Étudions-les successivement dans l'ordre que vient de nous tracer leur division naturelle.
A. NÉVRALGIES DES CENTRES NERVEUX. Le ccrvcau et la moelle épinière peuvent être affectés de névralgies , c'est-à-dire de douleurs plus ou moins vives , avec ou sans symptômes de réaction fébrile , et consistant dans un simple trouble de l'innervation, exempt de toute inflammation, comme de toute lésion anatoinique proprement dite; il pai-ait , d'ailleurs, que le sentiment douloureux qui l'accompagne, bien qu'ayant sa source ou son principe dans la substance nerveuse , est rapporté aux parois ou enveloppes du cerveau de la moelle épinière, et non à ces organes eux-mêmes, qui semblent être chargés de percevoir, de juger, de transmettre la douleur, plutôt que de la sentir.
Cérébralgie. Voyez Céphalalgie.
Myélal^ie. Bien que la névralgie de la moelle épinière n'ait pas encore été décrite jusqu'à ce jour, on ne peut douter de sa réalité : elle a pour caractères généraux ou physiologiques , indé[iendamment de la douleur locale, des actes insolites de sensibilité et de mouvement dans les organes qui sont sous l'influence plus ou moins directe de cet organe. Elle peut affecter une seule partie ou tout le trajet du cordon spinal. C'est ainsi qu'elle s'accompagne d'altération de la voix , de spasme de l'œsophage , de toux convulsive , de dyspnée , de vomissemens , de coliques , de douleurs , d'engourdissement , de crampes , etc., suivant Je siège auquel se borne l'affection.
Comme toutes les névralgies , la myélalgie offre des intervalles de rémission ou d'intermission. Dans beaucoup de cas elle est simple ou apyrélique ; dans d'autres elle est fébrile ; c'est la fièvre intermittente épileptiforme ou tétanique des auteurs. MM. Gassaud et Costa ont publié, dans la Nouvelle Bibliothèque médicale , 1827, deux exemples remarquables de myélalgie intermittente pernicieuse; on eu trouve un exemple non moins frappant dans un des derniers numéros de la Gazette de santé (année 1833, page 243). La science en possède un grand nombre publiés sous des titres différens , suivant les doctrines dominantes du temps , et les préoccupations de leurs auteurs.
B. NÉVRALGIES DES CORDONS NERVEUX. Lcs névralgics des cordons nerveux de l'appareil cérébro-spinal presque inconnues des anciens, ou du moins confondues dans leurs écrits sous le titre vague de douleurs, avaient été à-peuprès jusque dans ces derniers temps les seules admises et décrites par les auteurs, et malgré quelques travaux spéciaux de Cotugno et de Fothergill , de Pujol, etc., il est vrai de dire que Chaussier fut le premier qui caractérisa ce genre de maladie, assigna des noms à chaque espèce , les groupa en familles , en un mot, les décrivit d'une manière exacte. Elles ont pour principaux caractères la douleur, la périodicité , l'absence de rougeur , de tuméfaction de la partie qu'elles affectent; elles ont également leur siège dans les nerfs de la face , du tronc et des membres; mais elles affectent de préférence ceu.x qui occupent les régions sous-cutanées et les plans musculaires les plus superficiels. Celles de la tète sont les plus fréquentes, les plus opiniâtres, les plus
NÉVRALGIE
douloureuses , peut être parce que les nerfs y sont plus multipliés , plus superficiels.
Avant les travaux des physiologistes modernes sur la détermination d usage (les ditrérens ordres de nerfs , on ne doutait pas que le nerf facial on la portion dure de la septième paire , ne pût devenir le siège de névralgies ; diverses observations ont même été publiées à ce sujet par plusieurs auteurs; mais les expériences de Ch. Bell et de Shaw , eii assignant h la portion dure de la septième paire le rôle spécial de présider exclusivement à toutes les actions musculaires qui sont nécessaires aux actes respiratoires, ont , en quelque sorte, dépossédé ce nerf de Taptitude qui lui était attribuée de contracler la douleur, et aujourd'hui il est généralement admis que les nerfs doués de seusibililé percevante, les seuls capables d'offrir des exemples de névralgie , sont les différentes brandies du nerf trijumeau. Les espèces admises comme pouvant correspondre aux branches nerveuses de ce nerf sont les suivantes :
1» Névralgie frontale ou sus-orbitciire. Dans cette espèce de névralgie la douleur part du niveau du trou sus-orbitaire , se répand à la paupière supéi-ieure , au sourcil , au front et à tout le côté correspondant de la face , en suivant toutes les ramifications nerveuses et toutes les anastomoses du nerf orbilo-frontal. Comme dans toutes les névralgies, et plus que dans beaucoup d'autres , la douleur revient par accès, et souvent avec une parfaite régularité , elle a lieu ordinairement le soir, dure une partie de la nuit , cesse graduellement le matiu pour toute la journée et revient le soir suivant. Il est peut être sans exemple que la périodicité de cette espèce de névralgie ait affecté un autre type que le type quotidien; quelquefois, bien que très-rarement, le retour des accès a lieu le matin.
11 n''est pas rare que les malades conservent un état de souffrance, même durant l'intervalle des accès. La névralgie est alors rémittente ; dans l'un et l'autre cas, chaque paroxysme s'accompagne d'élaucemens , de pulsations très-fortes des artères voisines , de gonflement des veines , d'excrétion de larmes , de rougeur et de sensibilité de l'œil et même d'occlusion des paupières. Quelquefoi.s aussi , la douleur se fixe particulièrement ou sur les rameaux qui se distribuent à la voûte nasale et aux sinus frontaux, ou sur les divisions nerveuses répandues sur le globe oculaire, ce qui donne lieu, dans le premier cas , au coryza , à la j-hmalgie , et dans le second , à V opLhalmodynie. J'ai vu des exemples de l'une et l'autre variétés cjiie l'on aurait pu confondre avec des irritations inflammatoires de la pituitaire ou de la conjonctive, et qui n'ont cédé cjii'aux anti-périodiques.
Il est vrai de dire aussi que les irritations des ramifications nerveuses de la pituitaire dans le sinus frontal , résistent souvent aux anti-péi ioi!iques , quand elles supposent une inflammation de toutes les expansions nerveuses de cette membrane. Un tel fait mérite d'autant plus l'attention des praticiens qu'il a été jusqu'alors méconnu des auteurs : j'ajouterai toutefois que l'on trouve à ce sujet des remarques fort judicieuses dues à M. Lisfranc dans le numéro du 3 août 1833 de la Gazette de santé , soin le litre à opiithalniies nerveuses .
Toutes ces variétés , comme nous l'avons dit , peuvent affecter le type intermittent ou rémittent, soit apyrétique, soit accompagné de tous les phénomènes qui constituent l'appareil fébrile simple ou pernicieux. Nepple , Casimir TMédicus, 'Werloff, Morton eu ont observé des exemples; j'ai rapporté moimême ailleurs des exemples des deux variétés que l'espace ne me permet pas de rappeler ici.
1^ Espèce. Névralgie sous-orhitaire. Cette espèce a été décrite par plusieurs auteurs sous le nom de prosopalgie, A' o don tal gie : tWe aiïïecle , ainsi que le désigne sa dénomination , la branche sous-orbitaire ou maxillaire supérieure du nerf trifacial ; la douleur qui la constitue part du trou sous-orbitaire et affecte tantôt le trajet des rameaux musculaires delà face, tantôt celui delà branche profonde ou dentaire du nerf, et s'étend, dans le premier cas, à la paupière inlérieure, à l'angle interne de l'œil, à la joue , à l'aile du nez ; dans le second, au sinus maxillaire, au palais, à la luette, à la base de la langue, et souvent h tout un côté de la face , en suivant les anastomoses de ce nerf avec les ramifications de la portion dure de la septième paire du même côté. Elle s'accompagne quelquefois alors de mouvemens convulsifs de la paupière inférieure, des joues et de la lèvre stq)érieure ; les artères du côté affecté battent avec plus de force, mais non plus vite comme on l'a dit à tort; les veines sont plus (lilatées, et quelquefois il y a tous les symptômes locaux d'une véritable fluxion , tels que rougeur des yeux et de la face , tuméfaction des paupières , excrétion plus abondante des larmes et du mucus nasal.
Le plus ordinairement cette espèce de névralgie présente le type intermittent ; quelquefois aussi elle est rémittente; mais dans l'un et l'autre cas , les accès ou paroxysmes ont lieu , comme dans les autres névralgies, presque constamment le soir, durant une partie de la nuit, et se calment le matin ; elle peut affecter d'ailleurs les caractères apyrétique ou fébrile.
Il n'est pas rare de voir un seul des nombreux rameaux de là branche maxillaire supérieure du nerf trifacial affecté de névralgie , et de là les dénominations données par Chaussier à chaque variété de névralgies sous orbito-nasale , labiale, palpébrule , dentaire ; on trouve dans la Bibliothèque médicale, vol. Lxxii,p. loi, une observation très-remarquable de fièvre intermittente odontalgique.
j<- Espèce. Névralgie maxillaire. Dans cette espèce de névralgie, la doideur suit le trajet de la branche maxillaire inférieure du nerf trifacial et s'étend par conséquent de l'orifice du trou mentonnitir aux alvéoles, aux dents, sur les côtés de la langue , aux lèvres et au menton. Elle peut se propager aussi par irradiation sur toute la joue , aux tempes et jusqu'à la partie externe et anlé-
WÉVRALGIE.
rieure de l'oreille , en suivant les anastomoses de ce nerf avec les raraifica- j j lions de la portion dure de la septième paire. On a remarqué qu'elle affecte | ( plus souvent le côté droit que le côté gauche : elle est moins régulière que les i i précédentes dans sa marche périodique ; mais, comme elles , elle s'acccompa- i i gne quelquefois de convulsions partielles, de déformation de la bouche et j des paupières. Comme elles aussi , elle affecte isolément un seul ou simultané- | ment tous les rameaux du nerf maxillaire. j Dans certains cas la mâchoire inférieure demeure dans une immobilité corn- : plète par l'effet d'une sorte de trismus ; dans d'autres , elle est entrainée d'un ■ \ côté par suite de la contraction musculaire de la face. La névralgie faciale qui j se complique de désordres musculaires est peut-être plus opiniâtre, mais ; moins douloureuse que la névralgie simple.
Quand la névralgie maxillaire affecte principalement les alvéoles ou les racines dentaires, elle simule plus ou moins l'odontalgie , et on la confond alors I d'autant plus facilement avec cette affection que l'une et l'autre peuvent résul- « ter d'une carie des dents ; toutes deux peuvent même , malgré la persistance i de cette cause , affecter une marche périodique et céder à l'usage des anti-pé- j riodiques. On peut donc, même dans les cas de carie bien évidente , tenter j l'emploi des anti-périodiques avant d'en venir à l'extraction de la dent cariée, i et c'est en effet la pratique que j'ai adoptée depuis long-temps avec des i-ésuU i tats presque toujours satisfaisans. La continuité des souffrances , la tuméfac- ' tion inflammatoire de l'arcade gengivale , l'exaspération de la douleur par la ■ j collision il'un corps métallique sur la dent malade , sont d'ailleurs les circoii- j stances les plus propres à fixer le diagnostic et à déterminer alors la conduite I du praticien. \ 4<^ Espèce. Névralgie de la corde du tympan. M. Itard a décrit sous le nom ! , d'otalgie une douleur qui a tous les caractères des névralgies et qui paraît avoir i, i son siège dans le trajet et les divisions de la corde du tympan. Les enfans y • sont plus ])articulièrement exposés. On l'observe quelquefois dans l'âge adulte, | en même temps que la névralgie faciale. Ce qui la distingue de l'otite interne, jl c'est l'intermittence de la douleur, son caractère lancinant et divergent , l'ab- ; ! sence de la fièvre , en même temps que des autres symptômes inflammatoires : j j c'est du moins avec tous ces caractères que j'ai eu occasion de l'observer sac- j cessiveraent chez plusieurs enfans de la même famille , et de la voir se terminer | par le seul secours de 1 instillation , dans le conduit de l'oreille , de quelques ij 1 gouttes de baume tranquille. i \
5= Espèce. Névralgie cervicale. Aucun auteur, que je sache, n'a encore ! ; signalé cette espèce de névralgie. Chaussier lui-même n'en a fait aucune men- ' i tion dans sa Table synoptique ; on sait toutefois que Bosquillon a observé deux ! cas de piqûres des branches antérieures des paires cervicales dans la saignée de , la jugulaire et qui ont été suivies d'accidens semblables à ceux des névralgies. J'ai observé moi-même le fait non moins remarquable d'accidens analogues a la suite d'une application de sangsues sur les parties latérales du col, et que j'ai publié dans le troisième volume de la Nouvelle Bibliothèque médicale pour farinée 1827. La douleur , qui avait résisté aux bains , aux cataplasmes émoiliens , et aux embrocations huileuses et narcotiques , ne fut dissipée que par les bains et les douches de Barèges.
6« Espèce. Névralgie thoracique on intercostale. Chaussier a décrit, d'après I Siébold , une variété de névralgie occupant l'espace qui sépare la huitième de la neuvième côte et suivant exactement le trajet du nerf intercostal depuis son origine au rachis jusqu'à sa terminaison sous le sternum. MM. Fouquier et Kicod ont aussi rapporté des exemples de névralgie intercostale. D'après les remarques de ce dernier médecin elle affecte plus souvent le côté gauche qu* le côté droit , est plus fréquente chez la femme que chez l'homme ; elle se manifeste comme toutes les névralgies avec la rapidité de l'éclair dans la direction des ramifications nerveuses thoraciques . et s'étend quelquefois plus spéci-ile- j ment dans l'épaisseur de la glande mammaire. '
Il existe quelques cas de névralgie intermittente fébrile affectant les divisions ■ de ce nerf, qui ont été publiées sous le titre de fièvres intermittentes pleuréti- ; que ou pleurodinique. M. Brigaudat a rapporté un exemple de cette névralgie \ offrant tous les caractères d'une fièvre intermittente pernicieuse. {Nouv. bibl-, vol. IV, année 1827.)
7e Espèce. Névralgie cerviro-brachiale. Le professeur Fulci ( de Catane) a ' publié, pour la première fois , un cas de celte espèce de névralgie sous le titre '■ de, nèvrilitide cervico-brnchiale à type quotidien. La douleur avait son point ' I de départ à un pouce environ de la dernièi'e vertèbi e cervicale et de la première i dorsale, s'avançait comme un clou que l'on chasserait avec force le long delà < veine basilique , sur toute la longueur du muscle triceps , et souvent s'étendait - j dans toutes les divisions des nerfs brachial cutané interne, et brachial cutané ; externe; )>lusieurs applications de sangsues suivies de l'emploi des sudorifîquesil | et des narcotiques parvinrent à triompher de la maladie. j 8" Espèce. Névralgie lombaire. Cette espèce de névralgie a été observée plu- ! \ sieurs fois et décrite par Chaussier, Richerand , Delpech et Barras, sous les; < titres de névralgies ilio-scrotale et spermatique; notre collaborateur, M. Roche. | ' l'a aussi décrite sous le nom de lumbago; elle peut occuper une seule ou plu- 1 I sieurs des diverses branches lombaires, s'étendre par conséquent suivant 1« < trajet de ces nerfs , le long des flancs , île la crête de 1 os des iles , du granil t trochanter, ou bien se porter à l'aîne, à l'os ischion , au cordon spcrmalique . ; au scrotum , ou à la vulve , à la vessie , h l urètre , etc. , et donner lieu a uni I : foule de symptômes capables de rendre le diagnostic plus ou moins obscur. ■ L'affection avec laquelle elle est généralement confondue , eft le lumbago i maladie qui elle mêuie est loin de reconnaître un siège et des caractères posi-
IsiYRÂLGIE.
JViVRALGIE.
tifs; qui tantôt est, en effet, une véritable névralgie, mais tantôt est Teffut d'une distension ou même d'une rupture des tissus musculaires ou fibreux de la région lombaire , tantôt est le résultat d une affection rhumatismale, tantôt, encore est l'expression de la souffrance de 1 intestin ou de l'utérus; maladie enfin qu'il importe bien d* distinguer, sous ces divers points de vue, de rapportera son véritable siège comme à sa véritable nature , et sur larjuelle les praticiens , aussi bien que les auteurs , commettent les plus fréquentes et les plus graves erreurs. ( Foyez Lumbago. )
9e Espèce. Néfj^algie scapulaire ou deltoïdienne . Cette variété dont Sénac a ! publié le premier exemple (1759), dont M. Delavigne { Dissertation , en 18U6) a rapporté un cas assez remarquable et qui a été bien décrite par M. Martinet ( 1829 ) , paraît avoir été souvent confondue , comme le plus grand nombre des iinévralgies, avec le j humatisme ; elle occupe le trajet du nerf sus— scapulaire et ses divisions en s'étendant de l'angle inférieur de l'omoplate, et la face postérieure de cet os , jusqu'au pouce et à l'indicateur ; elle a été observée avec un jiappiireil de symptômes fébriles plus ou moins graves , et dans ces cas , toujours jcombattue avec succès par les préparations de quinquina ( Arloing).
10e Espèce. Névralgie cuhilo- digitale. Colugno et Cbaussier ont décrit cette jespèce de névralgie comme l'une des plus fréquentes; elle s'étend du niveau del'olécrane aux deux derniers doigts qui suivent le pouce, en longeant tout le bord cubital de l avant-bras. C'est principalement la nuit que ses accès ou jparoxysmes ont lieu , soit qu'elle se manifeste d'une manière apyrétique , iujtermittente ou rémittente , soit qu'elle s'accompagne ou non de phénomènes généraux et de réaction fébrile , ainsi que je l'ai rencontré tout récemment chez un malade qui avait éprouvé précédemment une sciatique. Jelai vue jaassi persister avec la plus désespérante opiniâtreté, et, malgré les médicaitiotis les plus actives et les plus variées, chez uu malade qui l'éprouvait à la suite d'un herpès phlyciénoïde qui avait envalii successivement le thorax, le bras , l'avant-bras et la main.
!l 11" Espèce. Névralgie Jcmoro-piétibiale ou crurale antérieure. Cette névral- Igie part de l'arcade crurale , se porte vers le genou et en avant du libia , jusqu'à la face dorsale du pied , en décrivant le trajet de la branche de division du nerf tibio-cutané ; c'est cette variété que les anciens ont décrite sous le nom Wischias ( Caton , Pline , Hippocrate ) ; mais plusieurs auteurs, et Cotugno lui-même l'ont plus d'une fois confondue avec la tumeur blanche , avec 1 arthrite ou inflammation clironique de l'articulation coxo-fémorale , avec eertaiiies maladies de l'utérus. Le fait le plus remarquable que je connaisse de cette liespèce de névralgie , esteelui que M. Santoni a publié en 1828. (Noufelle Bihliotèque médicale, vol. 2. )
12«' Espèce. Névralgie J'émoro-poplilée ou sciati(/ue. Cette espèce de névralgie naît de l'échancrure ischiatique, quelquefois même de l'origine des nerfs sacrés et s'étend le long de la partie postérieure -de la cuisse jusqu'à la région 50|ilitée ; souvent elle se prolonge jusqu'au pied en suivant le trajet des divisions lu nerf sciatique , les deux nerfs poplités intei-ne et externe : elle est peut-être a plus commune de toutes les névralgies , celle que les anciens ont le mieux :onnue, bien qu'ils l'aient souvent confondue avec le rhumatisme et la tumeur tolanche. Elle est beaucoup plus fréquente dans l'âge adulte et dans la vieillesse (ue dans l'enfance, caractère qui lui est d'ailleurs commun avec toutes les luti-es névralgies. On l'observe aussi bien plus souvent chez la femme que chez ['homme. La grossesse et l'accouchement en sont les causes les plus fréquentes. P faut dire toutefois que, dans ce dernier cas , la douleur paraît être bien plus iouveut l'effet d'une névrite que celui d'une névralgie , les nerfs sacrés participant alors à la phlegmasie des tissus renfermés dans la cavité du bassin.
Rarement la névralgie affecte simultanément les deux côtés ; les exemples ie névrite double sciatique , au contraire, ne sont pas rares. Faut-il appeler lévralgies ces douleurs atroces qui, dans le cas d'affections organiques profondes de l'utérus , s'étendent de la région lombaire à toute l'étendue des mempres abdominaux , en suivant tout le trajet et les divisions des nerfs sciatiques? Il est évident que dans ce cas encore, la texture organique des nerfs sacrés louffre elle-même quelque altération.
Cotugno a fait deux espèces de sciatique : l'une postérieure, ischias nei vosa >oslica , fixée dans la hanche, derrière le grand trochanter, et s'étendant juelquefois au jarret , jusqu'au-devant de la malléole externe ; la seconde , antérieure , ischias nervosa antica , fixée sur le trajet et affectant les divisions du »erf crural : c'est la névralgie crurale. La névralgie sciatique est le plus ordinairement rémittente , plutôt que - 'ranchement intermittente: ses paroxysmes ont lieu le plus ordinairement le soir, s'accompagnent de frissons , puis de chaleur et quelquefois de sueur , et iimulent souvent de véritables fièvres d'accès. Elle est d'ailleurs de toutes les lévralgies celle dont le diagnostic offre le plus d'obscurité , et le traitement le plus d'incertitude et de difficultés ; elle a été surtout confondue avec le rhumaisme, avec la tumeur blanche de l'articulation coxo-fémorale. Des auteurs l'ont dentifiée à la névrite et ont cru pouvoir lui opposer le seul traitement aiiti- )hlogistique. Nous verrons jusqu'à quel point de semblables opinions soutfonlées en théorie et en pratique.
13e Espèce. Névralgie plantaire. Dans cette espèce de névralgie , assez rare i'ailleurs , la douleur se borne à la portion du nerf poplité qui , sous le nom ie .plantaire , se distribue à la plante du pied. Chaussier l'a observée alternant avec une névralgie faciale chez une femme âgée. La douleur suivait exactement toutes les ramifications du nerf plantaire du pied gauche; elle était très vive , jiffectait une périodicité assez irrcgulière , et se renouvelait toutefois par accès l[)lus \iolens le soir et la nuit que le jour.
DlCT. DE MÉDECÎKE ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.
C. NÉVRALGIES DES EXTREMITES HERVEnsE». Toutcs Ics extrémités nerveuses qui se perdent dans la texture des tissus et dans la composition intime des organes , soit membraneux, soit parenchymateux , peuvent être le siège d'irritations névralgiques dont les nuances varient à l'infini, d'après leur mode de Sensibilité , variable lui-même en raison des élémens organiques , physiologicjues et pathologiques qui leur sont propres. Les membranes séreuses, mu((ueuses , fibreuses, etc., de même que les organes musculaires, cutanés , parenchymateux ont , en effet , chacun leur mode spécial de sensibilité normale ou accidentelle ; mais l exagération de sensibilité dont ils peuvent être le siège n'en constitue pas moins de véritables névralgies qui doivent trouver place dans l'histoire de celle classe de maladies.
l-ie Espèce. Névralgies du tissu musculaire. M n'est pas douteux qu'il existe des douleurs musculaires absolument exemptes d'altération matérielle ou organique, ayant pour cause un désordre direct ou sympathique de l'innervation, et qui appartiennent encore à l'histoire des névralgies. Telle sont surtout les douleurs vagues , contusives qui marquent le début des fièvres typhoïdes ou des gastro-entérites aigiies, celles qui surviennent pendant le frisson des fièvres intermittentes, eelle qui résultent d'une répercussion de transpiration, des variations barométriques et surtout ihermométriques de l'atmosphère, etc. , et que l'on n'a pu encore caractériser autrement que sous le nom de rhumatismales. Quelques auteurs en ont parlé sous le titre de Mjodinie. On lit dans la Gazette de sauté pour l'année 1833, page 6j5, une observation très-remarquable de névralgie musculaire sous le titre de myopathie périodique.
1 je Espèce. Névralgies des tissus Jihreux et osseux. Les os dans leur continuité ou dans leurs points de contiguïté sont quelquefois le siège de douleurs vives qui doivent également rentrer dans la classe des névralgies. Ces douleurs nocturnes , sans altération appréciable , qui semblent affecter la membrane médullaire, et que l'on a appelées ostéocopes , qui le jour laissent le malade en repos , et deviennent quelquefois déchirantes pendant la nuit pour se dissiper avec le jour, que l'on a attribuées tantôt à un vice syphilitique, scorbutique i cancéreux, etc. , tantôt à l'abus des préparations mercurielles , à des répercussions de transpiration , à l'effet sympathique d'une affection des centres nerveux; toutes ces douleurs nous paraissent encore de véritables névralgies, il faut en dire autant de ces douleurs vives, lancinantes, qui affectent souvent les articulations chez certains sujets, reviennent disparaissent, sous des influences barométriques , thermométriques, etc. , et que l'on a également désignées par la dénomination de goutte vague , ambulante , anomale , etc.
Ifie Espèce. Névralgies du tissu séreux. On sait que, dans certains cas, les membranes séreuses deviennent le siège de douleurs plus ou moins vives , laocinantes , intermittentes ou rémittentes, soit exemptes , soit accompagnées de réaction fébrile, qui ne peuvent être assimilées à aucun autre état morbide qu'aux névralgies. MM. Jules Cloquet et Piorry ont cité des faits d'irritations nerveuses périodiques des méninges , ayant tous les caractères de névralgies de cette partie , et qui ont heureusement cédé à l'emploi des préparations dii quinquina pendant la rémission des accidens. Les fièvres intermittentes délirantes pleurètiques et autres , caractérisées par une irritation locale d'une partie du système séreux, rentrent également dans cette forme de névralgie. Des irritations de péritoine, observées et décrites sous le titre de péritonites intermittentes, et ayant heureusement cédé aux préparations de quinquina, nous semblent encore devoir trouver leur véritable place dans l'histoire des névralgies. M. Duparcque a publié, dans la Nouv. bibl. niéd. (vol. iv, année 1829) , des remarques fort judicieuses sur ce point important de la médecine pratique.
17e Espèce. Névralgies du tissu muqueux. Bien que les névralgies muqueuses rentrent plus naturellement dans l'ordre des névralgies ganglionnaires , elles peuvent, dans certains cas, se présenter avec tous les caractères propres aux névralgies cérébro-spinales. On en observe des exemples dans la piluitaire, la conjonctive , les bronches , etc. , qui deviennent assez souvent le siège d'irritations nei-veuse intermittentes bien prononcées. Je connais une personne qui éprouve souvent, pendant plusieurs jours, un coryza intermittent, accompagné, pendant quelques heures, chaque jour , d'éternuement , d'excrétion muqueuse et de céphalalgie sous -frontale.
La muqueuse bronchique et intestinale offre souvent des cas d'irritation purement nerveuse, avec excrétion passagère de mucosités, coïncidant avec cette irritation et exemple d'ailleurs d'aucun autre phénomène d'inflammation. Les cas de névralgie de la vessie ne sont pas rares.
Le professeur Fulci , de Catane , a publié un cas fort curieux de névralgie urétrale intermittente tierce, sous le titre de Urétritide tierce , nouvelle Bibliothèque médicale , 1827, vol. 1 , pag. 347.
18e Espèce. Névralgies cutanées. La peau est souvent le siège de douleurs tout-à-fait exemptes d'inflammation et évidemment liées à une irritation des extrémités nerveuses qui viennent se perdre en s'épanouissant dans le corps de cet organe. Ces douleurs atroces , qui précèdent , qui suivent surtout l'éruption du zona , et de certains érysipèles ambulans , sans laisser sur la peau aucune trace , aucun indice d'inflammation, sont de véritables névralgies. Celles qui succèdent aux anciennes blessures, à de graves opérations ; celles qui sont soumises auv vicissitudes atmosphériques et qui font que les malades deviennent des baromètres ou des électromètres vivans, sont encore de véritables névralgies. (Vof. Herpès, zona.)
19e Espèce. Névralgies parenchjmateuses. La plupart des organes parenchymateux recevant l'influence des nerfs cérébraux, sont quelquefois atteints de douleurs plus ou moins vives , qu'il n'est guère possible de rapportera d'autre causes cpi à des irritations nerveuses, et qui constituent ainsi une va-
NÉVRALGIE
NÉVRALGIE
riclé lie névralgies, admise clans la classe des névrosse et sous divers titres par la plupart des auteurs, et confirmée journellement d'ailleurs par la pratique.
(f^Oj: HÉPATALGIE, HTSTÉRALGIE , NÉPHRALGIE, CtC. )
§ II. MÉVRALGIES VISCERALES OU GANGLIONNAIRES.
On se demande encore s'il existe dos névralgies du système^ ganglionnaire , c'est-à-dire des actes morbides, consistant dans l'exagération de la sensibilité de l'appareil nerveux ganglionnaire ; et ce qui a pu surtout mettre en doute ce fait pathologique , c'est l'assertion émise par uu célèbre physiologiste, M. Magendie, contre l'existence même de plusieurs ordres de nerfs. Or, l'observation auatom'ique, l'expérience physiologique et les faits pathologiques les mieux constatés, se réunissent pour prouver de la manière la plus positive, que le ti isplanchnique se p.irtage avec les nerfs cérébro-spinaux, l'influence nerveuse iiécesssire à l'accomplissement des phénomènes de la vie ; que l'un et l'autre, quoique distincts dans leurs fonctions, ont toutefois entre eux une analogie remarquable de structure ou de propriétés anatomiques , et une corrélation évidente de phénomènes physiologiques et pathologiques.
D'une part, en effet, l'examen anatomique ne laisse aucuu doute sur les communications des deux systèmes nerveux , et ce fait n'était pas même ignoré des anciens avant que Scarpa , Bichat , Béclard , Lobslein , Breschet, Cruveiihier et la plupart des anatomistes modernes l'eussent rais hors de doute. L'analogie de structure des deux systèmes nerveux n'est pas moins prouvée par les recherches de Bichat , de Legailois, de Lobstein et autres , enfin les expériences de beaucoup de physiologistes et en particulier celles de Haller, de HuuiLold , ne laissent plus de doute sur la faculté scnsilive dii système nerveux ganglionnaire , même dans l'état normal , bien que cette faculté acquière plus d'inlensifé dans l'e'tat morbide. Il résulte donc de ce fait , ainsi établi sur l'observation anatomique et physiologique, que les ganglions préiachidiens et intervertébraux sont deux modifications d'un seul et même système nerveux , également capable de sentir, do transmettre des impressions naturelles ou accidenleiles.
Pour se convaincre «les rapports physiologiques et pathologiques qui lient entre eux ces deux ordres de nerfs, il suffit de la plus simple observation. La vue tl'objets dégoùtans , l'odeur de matières fétides , la nouvelle d' un accident imprévu , des bruits discordans retentissent sur les organes de la poitrine et de l'abdomen, à tel point que Bichat avait cru pouvoir rapporter toutes les passions au système nerveux ganglionnaire.
Il en est de même des sensations ou actes morbides qui émanent de ces deux ordres de nerfs. On sait que les phlegmasies des méninges et du cerveau s'expriment constamment sur les organes viscéraux par des désordres de la digestion, de la respiration et de la circulation ; de même les phlegmasies gastro-intestinales, surtout celles que l'on observe chez les enl'ans , se transmettent au cerveau au point de se confondre avec celles de cet organe, même ans yeux du praticien le plus exercé. On ne peut donc concevoir cet échange d'actes physiologiques et pathologiques qu'en admettant des sympathies de continuité entre les deux ordres de systèmes nerveux, ganglionnaire et cérébro-spinal; sympathies qui les unissent de la manière la plus intime et établissent entre eux une solidarité nécessaire d'actions morbides, et tendent par cela même jà résoudre [lar l'afrirmative la question des névralgies ganglionnaires.
L'opinion de Bichat sur ce point n'est pas douteuse : « Il y a , dit ce célèbre » physiologiste , des coliques essentiellement nerveuses , qui sont indépenn danlcs de toute afTeclion locale des systèmes séreux, muqueux et musculaire n des intestins, Ces coliques résident manifestement dans les nerfs des ganglions « serai -lunaires qui se répandent dans tout le trajet des artères abdominales : n elles sont de véritables névralgies du système nerveux de la vie organique. 11 Quoique ces névralgies n'aient absolument rien de commun avec le tic doulou- « reux, lasciatique, etc. n
En s'exprimant ainsi, Bichat semble avoir voulu prévenir l'objection qui pourrait naitre de l'idée de douleur vii'e et déchirante , que l'on attache généralement au mot Névralgie. Les nerfs de la vie organique ont, en efxet , leur manière de sentir et de souffrir , et , bien que les douleurs que l'on éprouve dans les organes où se distribuent ces nerfs aient un caractère particulier, bien que certaines douleurs cardiaques, pulmonaires, utérines , intestinales , hépatiques, etc., ne ressemblent en rien aux douleurs des parties externes , elles n'en sont pas moins de véritables névralgies qui se manifestent sous l'influence des mûmes causes , afl'cclent la même marche, cèdent aux mêmes moyens thérapeutiques.
On voit, le plus ordinairement , les névralgies ganglionnaires se manifester chez les sujets éminemment nerveux, et en particulier chez les femmes et les enfans. Toutes les causes physiques et morales qui peuvent imprimer au système nerveux des commolio)is plus ou moins vives, déterminent ce genre d'affections.
Comme les névralgies externes , les névralgies ganglionnaires ont également une marche intermittente ; mais, en général, elles se composent d'accès dont les retours sont moins réguliers que ceux des névralgies cérébro-spinales.
Dans les névralgies ganglionnaires , comme tians celles qui appartiennent aux nerfs do la vie de relation , la fluxion est un effet nécessaire et presque constant de la douleur. Sur les membranes muqueuses, comme dans tous les organes glandulaires , les produits sécrétoircs sont augmentés, et de là cette excrétion ahonilante d'uriuc, de mucosité bronchic|uc, qui survient dans l'hypocondrie , l'asthme , la coqueluche , et lo calanhe sulfocant ; de là cette sorte de pluie de liquides exhalés par l'appareil folliculaire de l'intestin , dans le cas de cholcramorbas, de dysenterie , etc. {f'""jez Hypocondrie.)
C'est surtout dans les névralgies ganglionnaires que des phénomènes de réaction se manifestent, et donnent lieu à l'appareil fébrile qui constitue les fièvres intermittentes en général , et l'on en conçoit facilement la raison quand on se rappelle que le système circulatoire est presque exclusivement sous la dépendance de l'appareil nerveux ganglionnaire. [Foyez Fièvres.)
Les névralgies ganglionnaires tendent également à se perpétuer, et bien cjue leur durée soit toujours plus ou moins longue , plus ou moins réfractaire aux traiteujeus, elles ont encore pour caractères négatifs, d'être exemptes d'amaigrissement , de ne compromettre que rarement 1 existence des malades , et de ne laisser après la mort aucune lésion physique bien constante et bien déterminée.
§ in. NÉVRALGIES DE l'aPPAREIL NERVEUX D'ASSOCIATION.
On sait qu'il existe , indépendamment de la double influence cérébro-spinale et ganglionnaire , un troisième ordre d'influence nerveuse , qui est en quelque sorte mixte, entre les deux précédentes , qui concourt avec elles à l'exercice de la vie nutritive , et dont l'étude devient par cela même indispensable à la connaissance des phénomènes morbides de l'appareil digestif. Tels sont les nerfs diapliragmaliques et pneumo-gastriques , qui plongent , pour ainsi dire , dans la sphère d'action du système ganglionnaire, décrivent, avec le système cérébrospinal, une sorte d'ellipse dans laquelle se trouvent compris tous les viscères fhoraciques et abdominaux , et servent ainsi d'intermédiaire aux deux principales influences nerveuses , eu entretenant entre elles une action réciproque et des sympathies continuelles.
L'observation prouve assez que la propriété sensitive de ces nerfs peut être exagérée d'une manière directe ou sympathique et par des causes , soit hygiéniques , soit physiologiques , soit pathologiques ; de là , deux sortes de névralgies : l'une, pneumo-gastrique , l'autre, diaphragmatique.
20= Espèce. ISéi/ralgie pneumo-gastrique. Cette névralgie , dont j'ai réuni plusieurs exemples dans la Nouvelle bibliothèque médicale (an. 1826, vol. m) , peut résulter d'une irritation directe du nerf lui-même qui en est le siège, comme dans ces phlegmasies de la muqueuse pharyngo - œsophagienne ou laryngo-bronchique qui suscitent quelquefois , et surtout chez les enfans , tous les phénomènes qui impliquent une excitation du nerf pneumo-gastrique, tels cfue toux coiivulsive , spasmes des voies aériennes , de l'estomac , du diaphragme, etc. L'exemple de toux convulsive observée par M. Gendrin , chez un sujet dont le nerf pneumo-gastrique avait été mis à nu par une plaie , avec perte de substance , et exposé ainsi à toutes les causes extérieures d'irritation; celle que M. Cruveilhier a lait naitre chez un animal vivant , par des irritations mécaniques exerce'es sur le pneumo-gastrique , déposent encore eu faveur de ce qui précède.
Elle peut, de même, être l'effet d une irritation sympathique de quelque organe plus ou moins éloigné , et par l'intermédiaire des plexus ganglionnaires, comme dans les phlegmasies des reins, du testicule, de l'utérus ou dans le simple état de grossesse : toutes circonstances qui peuvent donner lieu ou à des accès de dy.^pnée, ou à des vomissemens opiniâtres , avec douleurs vives et dé» chirantes de l'épigastre et qu'il faut encore regarder comme de véritables névralgies pneumo-gastriques.
Enfin, la névralgie pneumo-gastrique peut, comme toutes les névralgies, tenir également à quelque lésion même des centres nerveux. Fodéra , dans ses Inductions physiologiques j avait déjà exprimé celte opinion, relativement à l'étiologie de l'asthme, et j'ai rapporté plusieurs exemples qui ne laissent aucun doute sur la possibilité d'un pareil fait.
Cette espèce de névralgie est, d'ailleurs, beaucoup plus fréquente qu'on ne le croit communément; c'est à elle , en eilèt , qu'il faut rapporter la plupart des asthmes intermiltens , des toux périodiques , des coqueluches , des dyspnées et des voaiissemens nerveux, décrits par les auteurs (Pinel, Delens , Blaud ; etc.); tels sont surtout les cas de toux suffocante quotidienne, double tierce, quarte, etc., dont parlent Galleazzi , Ridley , Home, Storck , Kepple; tels sont aussi les exemples de vomissemens périodiques avec douleur épigastrique et oppression , accompagnés ou non de phénomènes fébriles , cités par Heister, Casimir Médicus , etc. Ces migraines , si rebelles chez certaines personnes, ces vomissemens douloureux si opiniâtres , auxquels sont sujettes les femmes enceintes, semblent également appartenir à l'histoire des névralgies pneumogastriques symptomatiques , eu sorte qu'il nous serait facile il'en rapprocher ici une foule d exemples puisés dans les écrits anciens et modernes ou observes journellement dans la pratique. Mais pour ne point rappeler , à ce sujet , des faits qui sont [de notoriété vulgaire, nous nous contenterons d'indiquer ici les caractères les plus généraux de cette affection.
La névralgie pneumo-gastrique peut se manifester isolément dans chacun, ou simultanément dans tous les organes auxquels se distribuent les difi'éiens rameaux de la huitième paire , notamment au poumon et à l'estomac. Dans tous les cas elle affecte principalement les sujets nerveux et irascibles , plus souvent les femmes que les hommes , plus rarement les enfans et les vieillards que les adultes. Quel que soit l'appareil d'organe qui en soit le siège , son invasion a lieu le plus ordinairement pendant la nuit ou le matin , tantôt par des douleurs plus ou moins vives et déchirantes, qui se fout sentir au dos et à l'épigastre (P^oj^ez Gastralgie), tantôt par de l'oppression avec toux convulsive , menaces de suffocation, etc. {^I^oj-ez Asthme). Dans beaucoup de cas cette série d'accidens n'est accompagnée d'aucuns symptOraes fébriles , de telle sorte que 1 ctat du pouls , de la langue , la fraîcheur de la pe au, la souplesse du bas ventre , etc., contrastent, pour ainsi dire, avec la violence de ces douleurs, qui ne sont
NÉVRALGIE
SÉVRALGIE.
'aiîleurs jamais tle longue durée et ne laissent après elles qu'un sentiment de utigue, suivi de calme et de transpiration. La névralgie pneumo-gastrique peut aussi s'accompagner de phénomènes conestifs et d'un appareil fébrile qui constitue de véritables accès de fièvres intei"littentes, soit simples , soit pernicieuses , suivant l'intensité de la cause qui les rovoque, la gravité des symptômes qui les accompagnent. C'est ainsi que les èvres intermittentes pernicieuses cardialgiques , gastralgiques , dyspnéiues, etc., sont de véritables névralgies fébriles intermittentes du nerf pneumoastrique. {l^oyez Gastralgies.)
21e Espèce. Névralgie diaplirnginatiqne. Cette névralgie se manifeste par des ouieurs ]diis ou moins vives , avec constriction à 1 épigastre et au dos , accomlagnées souvent de hoquet, d'éructations , de vomissemens et de tous les phéonièncs qui dénotent un clat spasmodique et un surcroît d'excitation des orgaes auxquels se distribue le nerf diaphragm alique. L enfance , le sexe ft minin, e Iravail de la digestion , certains alimens y prédisposent. Elle peut également onner lieu à des désordi-es de la respiration et simuler tous les accidens de asthme.
Le plus souvent elle est apyrétique, mais on l'a vue revêtir tous les caractères es fièvres intermittentes simples ou pernicieuses. M.M. Double, Bonnafox , de lalet , et beaucoup d'autres observateurs , ont rapporté des exemples de houets nerveux et interuiittens accompagnés de douleurs plus ou moins vives ans les organes qui reçoivent l'influence du nerf diaphragmatique , et qui ne
dèrent qu'à l'emploi du quinquina.
ï. Sanzoni , Thomas Bartholin , Frédéric Hoffman , ont aussi rapporté des semples de hoquets nerveux, suite de fièvres tierces, dont les accès alteriiient avec un cternuement continuel et violent. MM. Double et Guiltard , de ordeaux , ont vu ces phénomènes constituer les seuls symptômes des fièvj'es ifermiltentes : on a même fait sous le titre de SinguUueuse , un genre de 3vre pernicieuse qui ne nous paraît qu'une névralgie diaphragmatique plus tense.
Thérapeutique des mévralgies. Rien n'atteste autant l'incertitude et les fiicultés du traitement des névralgies , que le nombre et la variété de remèdes le l'on a proposés jusqu'à ce jour contre cette maladie. Nous n'essaierons pas en donner ici la longue et stérile énumération , à l'exemple de ceux qui nous it précédés. Nous croyons plus convenable de faire connaître ceux qui mérint le plus de confiance et de les apprécier dans la valeur qu'ils peuvent avoir lur répondre aux indications de la maladie ; or , ces indications doivent nécesirement avoir pour objet :
1°. De rechercher l'étiologie de la névralgie dans les influences hygiéniques i organiques qui ont pu la produire ;
2'. De combattre la maladie elle-même dans les élémens étiologiques qui la insLiUient.
La première indication doit être, en effet, de constater la cause d'une néj'.gie : ce n'est qu'en s'assurant des influences physiques , hygiéniques , phy- ! logiques , qui ont pu la préparer ou la déterminer , que l'on peut espérer de l[combattre avec avantage. Disons plus : le moindre oubli de ce précepte peut «iposer à tous les dangers d'une pratique routinière ou d'un aveugle erapirisiji. On devra doue passer en revue toutes les influences locales et iudivi- ([elles qui pourraient être de nature à éclairer le diagnostic, et par cela même :iixer le traitement de la maladie. L'axiome si connu : Causa abLatd tolLilur (ectus, trouve ici toute sa justesse et souvent constitue toute la thérapeutique c la maladie.
?'our répondre à la deuxième indication, c'est-à-dire combattre la maladie i is ses élémens essentiels ou étiologiques , il importe d'abord de s'assurer si t; tient à la lésion directe du nerf afi'ecté, ou si elle est le résultat d'une lésion \ 3 ou moins éloignée de ce même nerf ; eu un mot si elle est idiopathique ou s aptomatique. 11 est facile de concevoir que le moindre inconvénient d une eleur commise à cet égard serait de changer l'effet des médications et souvent fïccroîlre la violence et la duré de la névralgie. Le praticien qui aura su au c araire faire cette distinction , d'après la rigoureuse appréciation des causes eles symptômes de la maladie , saura par cela même trouver, dans la plupart dj remèdes empiriques employés aveuglément jusqu'à ce jour , des moyens ronnels de traitement, dont il calculera à /^?7ori les effets.
les moyens, quels qu'ils soient , agissent nécessairement comme les causes dia maladie elle-même , on sur le nerf douloureux ou sur le centre de per- Cition. De là deux séries de moyens auxquels se rapporte toute la thérapeutiie des névralgies.
Moyens qui agissent sur le neif malade. Ceux qui ont confondu la névralgtproprement dite avec la névrite on inflammation du nerf douloureux , ont eii)loyé souvent et quelquefois avecavantage, les saignées , les applications de gsues et les ventouses scarifiées; mais l'on sent que, pour apprécier à sa e valeur cette médication , il faudrait en avoir constaté l'effet dans les seuls où la névralgie et simple est franche, c'est-à-dire exempte d'inflammation ; l'expérience est loin de fournir des données précises et rigoureuses à cet d. Pour peu même qu on analyse les faits rapportés en faveur de cette métion, on trouve qu'ils se rapportent bien plus souvent à la névrite qu'à la nà-algie, 11 est certain aussi que les saignées générales ou locales , ont échoué s beaucoup de cas ; que, souvent même, elles ont exaspéré la douleur, ce prouve bien encore que l'élément inflammatoire ne constitue pas la nature injne de la névralgie; en un mot , pour exprimer notre opinion sur la valeur (Rémissions sanguines employées contre les névralgies , nous pensons qu'elles pé.'entêire tentées sans inconvénient dans tous les cas où le diagnostic parait
douteux entre une névrite et une névralgie, qu'elles peuvent être employées avecavantage chez les sujets jeunes, sanguins et pléthoriques, comme chez ceux qui éprouvent périodiquement un flux sanguin , tel que des hémorroïdes , une épistaxis , etc. , mais qu'elles sont d'un effet nul contre l'essence de la maladie.
Il faut en dire autant des bains , des cataplasmes émolliens, des lininiens huileux et mucilagineux qui échouent dans la plupart des cas de névralgies bien constatées.
Les embrocations avec l'huile de jusquiame, les cataplasmes de pulpe de belladone , les frictions avec les linimens opiacés ont eu , au contraire, leurs partisans et leurs succès.
Les stimulans directs, tels que l'approche d'un cautère incandescent, des frictions sèches ou faites avec des teintures alcooliques de galbanum , de camphre, ou même de cantharides; avec l'huile essentielle de térébenthine, avec la pommade d'Autenrieth ; des douches sulfureuses, des fumigations aromatiques , de vapeurs de cinabre, etc. , tous moyens qui offrent entre eux une certaine analogie d'action , comptent également un assez grand nombre de succès.
Les vésicatoires qu'il faut encore rapprocher de cette série de moyens, ont surtout été préconisés comme l'un des plus surs moyens de combattre cette maladie. Cotugno , qui leur attribue une vertu pour ainsi dire spécifique, en a principalement obtenu d'heureux effets dans la sciatique ou névralgi e fémoropoplitée. Il conseille de les appliquer sur les points du trajet de la douleur qui sont le plus superficiellement placés sous les tégumens, c'est-à-dire , à la face externe de la fesse et du genou, et d'entretenir quelque temps leur suppuration. Cette méthode, consacrée par beaucoup de praticiens, est peut-être l'une de celles qui réunissent le plus de succès : elle a été modifiée dans ces derniers temps par MM. Lesieur et Lembert qui ont trouvé le moyen d'ajouter à ce mode de traitement une médication tantôt narcotique, par l'addition à chaque emplâtre d'un ou de deux grains de morphine, tantôt anti-spasmodique , par l'application des teintures de valériane, à' assa-fœtida , etc.
Les moxas , les cautères , le séton dont on a voulu tenter l'effet dans quelques cas de névralgies anciennes et rebelles , n'ont pas eu assez de succès pour qu'il soit permis de compter sur leur action plus que sur les autres stimulans rév ulsifs directs.
L'élecfrisation , le magnétisme minéral, l'acupuncture, réiectropunclure ont été souvent employés , tantôt avec des succès apparens ou momentanés plutôt que réels, tantôt sans le moindre résultat, quelquefois même avec une aggravation de la douleur.
Enfin , quelques chirurgiens , après avoir tout épuisé , même le fer et le feu, n'ont rien trouvé de mieux que de faire la section complète du nerf affecté- Cette opération , qui paraît avoir été indiquée pour la première fois par Galieu' que Mureschal , Louis , Sabattier, etc. , ont pratiquée le plus souvent sans succès , que plusieurs chirurgiens actuels ont en vain voulu tenter dans ces derniers temps , tout en prouvant son insuffisance dans le traitement de la névralgie , aurait dû apprendre que cette maladie peut avoir une autre source que le siège môme où elle se manifeste.
2" . Moyens qui agissent sur le cerveau ou modificateurs de la perception.
Une foule de remèdes proposés par l'empirisme et consacrés par des succès incontestables , appartiennent à cette classe de moyens thérapeutiques ; les uns sont purement moraux et agissent tantôt à la manière des narcotiques , eu provoquant le sommeil , tantôt par diversion , en interrompant la série des actes physiologiques qui constituent la douleur. Tels sont, par exemple , les effets de l'extase , du fanatisme religieux ou politique , de l'annonce d'une nouvelle fâcheuse et imprévue, de l'apparition dune personne inattendue, dune forte contention d'esprit, etc.
Les moyens pharmaceutiques qui appartiennent à cette classe sont extrêmement nombreux et variés ; ils agissent encore ou comme narcotiques en provoquant le sommeil , qui est incompatible avec la douleur, tels que les préparations d'opium , de jusquiame , de belladone, etc. , ou comme moyen d'opérer la diffusion du principe de la douleur, tels sont les alcooliques, les anti-spasmodiques en général , l'éther, le musc , le eastoréum, la pivoine, ele.
Outre les moyens généraux conseillés avec des succès variés dans les différens cas de névralgies , chaque espèce a reçu son traitement spécial. Ainsi on a surtout recommandé ,dans les névralgies faciales , les pilules de méglin, d'extraits de valériane , d'assa-fœtida , de belladone , le chlorure de zinc , les préparations de quinquina , de fer, etc. ; dans les névralgies des membres , les applications de glace , les cataplasmes de belladone , les vésicatoires , les moxas , les bains de vapeur, les bains sulfureux et aromatiques, la térébenthine, les frictions avec la liqueur de Pearson, avec la pommade d'Autenrieth, de Cirillo, les ligatures circulaires , etc. ; dans la névralgie lombaire , les lavemens de cyanure de potassium, les ventouses scarifiées, les vésicatoires , etc. ; dans les névralgies internes ou ganglionnaires, la valériane, l'opium, l'éther, le eastoréum, le musc, l'assa-fœtida, le sous-carbonate de fer, les eaux gazeuses, etc.
Quand les névralgies, soit externes, soit internes , affectent une marche intermittente ou rémittente , avec ou sans symptômes fébriles , le moyen par excellence, le remède presque infaillible, est le sulfate de quinine uni à fopium et donné dans l'intervalle des accès.
Enfin , il est une série de moyens puisés dans la matière de l'hygiène dont le concours peut servir efficacement ou même opérer instantanément la guérisori des névralgies. La raison conçoit , et l'expérience a souvent prouvé que des préoccupations d'esprit, l'exercice de la marche, de la course, etc., pouvaient distraire le principe de la douleur au point d'en suspendre l'effet; quelquefois
NÉVRALGIE
NEVRITE.
même on a vu la douleur se transformer en désordi-e musculaire et expirer pour ainsi dire en actes convulsifs. Les bains de mer pris à la lame, ainsi que ceux des Pyrénées , ont eu souvent des effets presque inespérés dans les névraU "ies clironiques , soit internes , soit externes.
* Nous terminerons cette énumération de moyens thérapeutiques par l'indication des formules dont l'expérience a principalement constaté l'efficacité dans le traitement des névralgies , afin de livrer aux praticiens la facilité d'accomplir ce traitement.
Bols contre les nétralgics intermittentes. (CnAVSSiEK.)
Prenez, quinquina 3 iv
muriate d'ammoniaque 3 ss
sirop de fleurs de pêcher q- s.
f. 8 bols , k prendre un toutes les trois heures. . .
Laidement contre la névralgie lombaire. (Martinet.)
Prenez, huile de térébenthine S ss
jaune d'œuf '
décoction de tètes de pavot fb ss
à prendre dans la rémittence ou l'intermittence des accès.
Liniment contre les névralgies des membres. (1d.)
Prenez : huile de camomille 3 'j
huile de térébenthine § j
laudanum liquide de Sydenham . . • 3 j
Mêlez pour faire des frictions sur les membres douloureux.
Autre. (Pearson.)
Prenez: huile d'olive 3 'j
— de térébenthine • . g iss
acide sulfurique 3 ï
Mêlez.
Looch contre la névralgie fémoro-poplitée. (Martinet.)
Prenez : jaune d'œuf n° j
essence de térébenthine 3 "j
sirop de menthe . 3 'j
— de fleurs d'oranger.
— d'élher
Mêlez. A prendre trois cuillerées par jour.
Opiut anti-névralgique ( Jolly .)
Prenez : sous-carbonate de fer g
sulfate de quinine gr.
extrait thébaïquc gr.
aa5 J
ss xvj
Mêlez. Divisez en seize doses, à prendre quatre par jour.
Pilules contre les névralgies faciales. (Mégiin.)
Prenez : extrait de jusquiame noire. ....
— de racine de valériane sauvage. |aâ 3 j
— d'oxide blanc de zinc . . . \
M. f. des pilules de trois grains, à prendre une ou deux toutes les trois
heures.
Autres. (Recamier.)
Prenez
aa gr. iij
aa gr. xij
opium
ipécacuanha
camphre
carbonate d'ammoniaque. .
Mêlez. Faites trente pilules, à prendre une toutes les trois heures. Autres. (lu.)
Prenez : tartre stibié. ...... j aâ a
extrait gommeux thébaïque. . J ' ^ Mêlez. Divisez en vingt-quatre pilules , à prendre deux ou trois pilules par jour.
Pilules contre la névralgie pulmonaire. (Ballt. )
Prenez : cyanure de potassium ... i ^ amidon lié par du sirop de gomme. ' Mêlez pour une pilule , que l'on pourra donner matin et soir.
Pilules contre les gastralgies et les névralgies faciales. { Jolly. )
Prenez : hydro-cyanate de fer gr. xviij
sulfate de quinine gr- »y
extrait thébaïque gr- j
conserve de roses q. s.
Mêlez, pour douze pilules ,à prendre une toutes les trois heures.
Poudre sternutatoire contre les névralgies faciales.
R. Quinquina rouge en poudre
tabac à priser
Nous n'avons pas besoin de dire que toutes ces préparations doivent être variées et à l'infini , suivant une foule de cas , qu'il serait impossible de déterminer ù /?i'Jon , et que tout praticien éclairé saura bien mieux apprécier ou
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lit du malade que dans les règles que nous chercherions vainement à éta blir ici.
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NÉVRILiaiITE. V oyez Névrite.
NEVRITE. Nom par lequel on désigne aujourd'hui l'inflammation des C«| dons nerveux. Cette maladie , qui a été confondue jusque dans ces démit temps avec la phlébite , l'angioleucite et principalement avec la névralgi est encore peu connue , parce qu'on la rencontre rarement; surtout à l'é aigu , et que plus rarement elle cause la mort de ceux qui en sont affectés.
Vers la fin du siècle passé, Arnemann , Scemmering et quelques autres c servateurs se livrèrent à des recherches très-délicates pour connaître les div< ses phases par lesquelles passent les nerfs irrités , contus ou déchirés. PI tard, Wolff , MM. Nolin et Descot fixèrent l'attention des pathologistes sur même sujet ; enfin , en 1824, M. Martinet publia un mémoire ( Revue mèdica qui donna à l'histoire de la névrite, jusque-là à peine ébauchée, un cert; degré de précision. Ce médecin décrivit beaucoup mieux qu'on ne l avait 1 avant lui les symptômes et les altérations matérielles de la maladie. Il a • suivi dans cette voie par MM. Arloing , Mélier, Dugès , etc.
Sans chercher à distinguer la névrite de toutes les affections avec lesquel ou l'a confondue , nous croyons du moins convenable de rappeler ici les pr: cipaux traits qui la caractérisent et qui peuvent empêcher de la confondre si tout avec la névralgie. L'uue et l'autre reconnaissent quelquefois les raên causes occasionnelles, c'est-à-dire le froid , l'humidité, la suppression d'i' hémorrhagie habituelle ou d'une phlegmasie de la peau. Mais on a généralemr observé que la première atteignait de préférence les sujets robustes et sanguii qu'elle était due à des influences extérieures , telles qu'un coup , une piqûre j \ déchirure du nerf malade, etc. ; que la seconde était occasionnée par l'abus ij i stimulans , par des affections morales tristes , et se montiait plutôt chez ! I personnes irritables , maigres et mélancoliques.
La névrite s'annonce par les prodrômes ordinaires des phlegmasies, pan I douleur d'abord peu vive , puis augmentant graduellement avec les prog !' : ^de l'inflammation ; sa nature ne change pas , sa direction est celle d'un tri! i nerveux ; la pression ou le simple contact l'exaspèrent ; en général , e^/e n \ point intermittente ; néanmoins , MM. Martinet et Duparcque l'ont obser I avec ce caractère dans le nerf sciatique , et surtout quand l'inflammation i < arrivée à l'état chronique. La partie qui en est le siège est souvent rougi * gonflée , ce qui arrive principalement lorsque le nerf enflammé est superficj. < Il existe, d'ailleurs, des phénomènes de réaction d'autant plus marqués > jî i la maladie est plus intense. Au contraire , dans la névralgie, la douleur est !- t dinairement instantanée , vive , d'une nature variable, disparaissant tou coup pour revenir à des intervalles plus ou moins longs; dessinant les ran cations du nerf qui la produit , mais ne déterminant presque jiimais tle la i geur et du gonflement; n'augmentant pas , diminuant au contraire pai b 1 pression ; ne donnant lieu habilueileracnt à aucune réaction sympathique. Le nerfs résistent beaucoup plus qu'aucune autre partie molle aux cai » i