‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource] (volume 2)Chapitre 163 sur 311 · NITRIQUE · texte numérisé non relu

NITRIQUE

naison de l'acide nitrique avec les bases salifiables ; ils peuvent être neutres, ou avec excès de base ; mais jamais avec excès d'acide, lorsqu'ils sont cristallisés : les nitrates neutres sont tous composés de telle manière que l'acide nitrique y contient cinq fois l'oxigène de la base.

Les nitrates neutres sont presque tous solubles dans l'eau , et ceux qui ne 'sont pas dans ce cas, ne sont pas, à proprement dire, insolubles j mais, l'eau les décompose en sous-nitrate insoluble et eu nitrate avec excès d'acide, qui 'reste dans la liqueur; tels sont, entre autres , les nitrates de bismuth et de inercure.

Les nitrates sont décomposés par la chaleur, mais les résultats en sont très-vafiables , suivant que la base peut ou ne peut pas se sur-oxider , et suivant son affinité pour l'acide. Les nitrates de potasse et de soude dégagent d'abord du gaz oxigène et se changent en nitrites ; une plus forte chaleur décompose l'acide iiilreux en oxigène et eu azote, et la l^ase reste; les nitrates de baryte et de slron-

iane se conduisent d'une manière analogue. Les nitrates de chaux et de mai'uésie dégagent presque tout leur acide directement , et la base reste pure , le nroto-nitrate de mercure dégage d'abord du deutoxide d'azote, qui devient ifutilant à l'air, et le protoxide passe à l'état de deutoxide ; ensuite l'acide nitrique

e décompose en acide nilreux et en oxigène , et le deutoxide reste pur ; on le iommait autrefois précipité rouge , etc.

j Les nitrates sont décomposés par l'acide sulfurique qui en dégage l'acide, sous brme d'une vapeur blanche, odorante ; l'acide hydrochlorique les décompose gaiement; mais l'acide nitrique, mis en liberté, réagit sur l'excès d'acide lydrochlorique employé, et il se forme del euu régale oaacide chloro-nitreux, onnu par sa propriété de dissoudre l'or. Enfin les nitrates sont décomposés |ar les corps combustibles , avec des phénomènes généralement connus : c'est |insi qu'ils fusent ou scintillent sur les charbons ; qu'ils enflamment le soufre, lorsque le mélange a le contact d'un corps en ignition ; qu'ils détonnent dans la (aême circonstance, lorsqu'ils sont à-la-tois unis au soufre et au charbon, comme jela a lieu dans la poudre à canon. Fojez d'ailleurs, pour l'histoire particulière je chaque nitrate , à l'article de sa base ou de son radical. GuiBOunv. I WITRE. Foyez Potassicm.

WITREUX (Acide). Chimie. Combinaison d'oxigène et d'azote que l'on obtient ure, privée d'eau, et que l'on nomme alors acide nitreux anhydre. Il ne faut as le confondre avec le gaz nitreux ( deutoxide d'azote). On le prépare en dé- |omposaut par le feu le nitrate de plomb parfaitement desséché , dans une

rrnue à laquelle on adapte un récipient entouré de glace et de sel pour opérer condensation de l'acide. 11 est liquide , d'une couleur qui varie en raison de \ température : jaune-orangé à la température ordinaire, et incolore à vingt jsgrés au-dessous de zéro. Son odeur est très désagréable, il a une saveur kcessivement caustique. 11 se dislingue de tous les autres acides , 1° par sa ilatilisation très-rapide au contact de l'air et même à la température ordinaire, joù il résulte uu grand dégagement de vapeurs rouge-orangé ; 2» par la proriété qu'il a de changer de couleur par l'addition d'eau, et de devenir même toutfait incolore, si la quantité d'eau ajoutée est suffisaate. Il se transforme alors 1 acide nitrique, aux dépens de l'oxigène d'une partie de sa propre substan- !, en même temps qu'il se dégage du gaz deutoxide d'azote qui, au contact de lir redevient acide nitreux. Il est formé de 100 d'azote et de 228,52 d'oxigène, |i d'un atome d'azote pesant 1,75, et de 4 atomes d'oxigène pesant 4. Il est sans sage ; mais il se produit dans une foule d'opérations ou de réactions chimiques. NITRATE. Combinaison d'un oxide avec l'acide nitrique dans un rapport

I que , dans les nitrates neutres , la quantité de l'acide est à la quantité de l'ojigène de l'oxide comme 6 , 76 : 1 ; l'oxigène de l'oxide est à celui de l'acide ^mme 1 : 5. Dans les sous-nitrates analysés jusqu'à présent, l'oxigène de l'acide

t à l'oxigène de l'oxide comme 5 : 1 , 2 , 3 , 4 , 6 et 8.

Alph. Deveiigie.

NITRIQUE (Acide). Chimie. Acide azotique, eau forte, combinaison d'azote d'oxigène dans la plus grande proportion possible. Cet acide ne se trouve jaais pur dans la nature ; on le prépare en décomposant le nitrate de potasse ir l'acide sulfurique, 95 parties du premier sur 24 du second. L'acide sulfuri- 16 se combine avec la potasse et met l'acide nitrique à nu , mais il n'est jamais ir par cette première opération , alors même que les produits employés seient aussi purs que possible , à cause d'une certaine proportion d'acide ni- ^ux toujours mise à nu. Le nitrate de potasse du commerce est d'ailleurs pres- ,e toujours altéré par de l'hydrochlorate de potasse. L'acide hydrochlorique l'acide nitrique mis à nu réagissent l'un sur l'autre, et il en résulte de l'eau, chlore et de l'acide nitreux. C'est à l'aide de nouvelles distillations qu'on le rifie.

II est liquide , incolore, exhalant une odeur désagréable , et celle d'acide niux, lorsqu'il a été exposé à la lumière ., ou laissé dans un flacon qu'il ne remit pas entièrement ; d'un poids spécifique une fois et demie plus considérable e celui de l'eau, très caustique , jaunissant les tissus et les réduisant en bouil- , entrant en ébullition à 150" centigrades , décomposable par le feu en oxine et en deutoxide d'azote, cristallisant entre 5U et 55° — 0, en prenant iors une couleur jaune et en acquérant la consistance du beurre. La lu- Sère le décompose lentement en oxigène et en acide nitreux qui se dissout Us l'acide et le colore. Tous les corps simples non métalliques , à l'exception ■l'iode, du chlore et de l'azote, en opèrent la décomposition. Les métaux issent presque tous sur lui , et il résulte de leur action des phénomènes qui rient en raison de l'alfinité du métal pour l'oxigène de l'acide , de l'aflinité de >xide pour l'acide nitrique , et de la quantité relative de l'acide et du métal, est ainsi que , dans le cas le plus simple , l'acide est décomposé et le métal

passe à l'état d'oxide. Dans un second cas , les même phénomènes ont lieu ; il se produit , en outre , du nitrate d'ammoniaque. Dans un troisième , il se forme un nitrate ; dans un quatrième , un nitrate , un oxide du métal et du nitrate d'ammoniaque. Dans ces diverses opérations, l'acide perdant une partie de son oxigène , est ramené à l'état d'acide nitreux , de deutoxide , ou de protoxide d'azote , ou même à l'état de gaz azote.

Parmi les gaz , il en est un qui exerce une action spéciale sur l'acide nitrique , c'est le deutoxide d'azote. Il le décompose à la température ordinaire , le ramène à l'état d'acide nitreux, en y passant lui-même ; d'où il résulte un mélange d'acide nitreux et d'acide nitrique coloré en bleu ou en vert , suivant la quantité de deutoxide d'azote qui a traversé la liqueur. Ces colorations disparaissent par l'addition d'eau qui transforme l'acide nitreux en acide nitrique, avec dégagement de deutoxide d'azote.

L'acide nitrique est décomposé par les acides sulfurique , hydrochlorique , hydriodiqne et hydro-sulfurique. C'est en mêlant l'acide hydrochlorique concentré avec l'acide nitrique , que l'on obtient l'eau régale composée d'une partie des deux acides qui n'ont pas réagi l'un sur l'autre, d'eau, de chlore et d'acide nitreux. Ce mélange acquiert bientôt une couleur rouge qu'il doit à la dissolution de l'acide nitreux dans la liqueur ; d'où il suit que 1 hydrogène de l'acide hydrochlorique s'est combiné à l'oxigène de l'acide nitrique pour former de l'eau ; que du chlore et de l'acide nitreux sont mis à nu.

L'acide nitrique dissout un grand nombre d'oxides, et forme avec eux des nitrates , dont quelques-uns ne sont pas solubles quand ils contiennent un excès d'oxide. Ces nitrates se distinguent des autres sels à l'aide des propriétés suivantes : ils accélèrent la combustion du charbon ; traités par l'acide sulfurique , ils dégagent des vapeurs blanches, piquantes, ce qui n'a pas lieu avec les divers genres de sels qui agissent sur les charbons ardens de la même manière que les nitrates.

Presque toutes les matières végétales et animales sont modifiées, soit à froid, soit à chaud , par l'acide nitrique : leur nature et leur couleur sont changées , ainsi que nous le dirons dans la partie médico-légale de cet acide.

On reconuait l'acide nitrique pur ou concentré à la propriété qu'il a de dégager des vapeurs rutilantes, quand on le met en contact à froid avec le cuivre ; et à ce que , combiné avec la potasse , il forme un nitrate qui possède à uu haut degré les caractères de ce genre de sel.

Ou s'en sert en médecine comme caustique , et dans les arts pour la préparation d'une foule de produits.

NITRIQUE ( Acide ). Médecine légale. Cette substance est l'un des poisons le plus Iréquemment employé dans les cas de suicide; aussi les exemples d'empoisonnement par l'eau-forte sont-ils très-communs. Nous nous eu occuperons dans cet article , principalement sous le point de vue chimique , eu renvoyant à l'article acides en général tout ce qui a rapport aux symptômes et aux altérations pathologiques qu'il détermine , ainsi qu'au traitement qu'il nécessite. L'expert peut être appelé à reconnaître l'acide nitrique concentré ; étendu d'eau ; pur ; impur ; mêlé à des liquides végétaux , animaux ou à des solides de même nature. Passons en revue ces divers cas:

Si l'acide est pur ou concentré : lo il rougira fortement la teinture de tournesol ; 2° il sera décomposé à froid par la tournure de cuivre, et dégagera alors de l'acide nitreux rouge-orangé ; 3" il rougira la morphine , cette couleur deviendra d'un rouge beaucoup plus vif par la potasse en dissolution.

Si l'acide est impur et concentré , il différera seulement du précédent par ses propriétés physiques; il sera coloré en jaune et répandra l'odeur d acide nitreux.

L'acide nitrique est-il étendu d'eau ? il agira de la même manière sur la teinture de tournesol ; il faudra le concentrer pour qu'il exerce la même action sur le cuivre , et encore dans beaucoup de circonstances l'acide nitreux pourra-t-il être peu appréciable à cause des vapeurs d'eau qui se dégageront eu même temps. 11 ne rougira pas la morphine , car nous nous somme assuré que de l'acide nitrique d'une pesanteur spécifique de 1,33 ne produit pas ce phénomène, alors qu'il est étendu de trois fois son poids d'eau. Le seul moyeu de le reconnaître, c'est de saturer la liqueur avec le sous-carbonate de potasse, de faire évaporer et de traiter le résidu solide par l'acide sulfurique , après avoir préalablement mêlé le nitrate de potasse'avec de la limaille de cuivre; il en résulte un dégagement d'acide nitreux qui colore la morphine en rouge ou eu jaune rougeàtre, si l'acide nitreux dégagé est en proportion très faibie; mais cette coloration devient d'un rouge vif par l'addition de potasse. L'acide nitrique ne colore en effet la morphine qu'autant que de l'acide nitreux est mis à nu, eu sorte qu'en faisant cette expérience comme nous l'indiquons , on a deux caractères tranchés de la présence de l'acide nitrique , le premier dans la couleur de l'acide nitreux, visible pour peu que l'on ait agi sur une fraction assez minime de nitrate de potasse; le second, la coloration de la morphine qui est un réactif très sensible, ainsi que nous nous en sommes assuré. Ce réactif a été proposé par M. le docteur O'Shaugnessey , et pour le rendre plus démonstratif nous y avons ajouté l'emploi de la potasse. Par ce dernier agent , on trouve uu avantage marqué , non-seulement celui de pouvoir conserver la coloration de la morphine pendant plusieurs jours, tandis que sans lui elle diminue d'intensilé en peu de temps ; mais encore de constater cette coloration et d'acquérir la certitude de sou existence , alors qu'elle est trop faible pour pouvoir la reconnaître d'une manière certaine. Cet essai réussit bien en mettant les cristaux de morphine dans le mélange de nitrate de potasse et d'acide sulfurique ; mais il est beaucoup plus sensible quand on fait l'expérience dans un tube et qu'on ajuste à ce tube , un autre plus petit contenant la morphine. Ce procédé est surtout

WITRIQUE.

NOIX YOMIQIIE.

nécessaire lorsqu'il s'agit de reconnaître l'acitle nitrique dans les matières aiii- j maies , car lorsque le nitrate est pur, il suffit de le mêler à la morphine, de \ riiumecter et d'y ajouter de l'acide sulfurique pour obtenir la coloration. |

La morphine devient un réactif puissant pour les nitrates, si difficiles à re- | connaître dans quelques cas. Il résulte d'expériences que nous avons faites dans | ce but , que i on peut encoie constater l'existence du nitrate de potasse , lorsqu'il est en dissolution étendue de 4,000 fois son poids d'eau. Nous devons cependant faire connaître la circonstance dans laquelle la morphine pourrait induire en erreur, c'est celle où il se dégagerait du chlore au lieu d'acide ni- j freux, ou en même temps que lui , et probablement aussi des oxides de chlore. j Le chlore colore la morphine en jaune; mais en jaune vert. Celte couleur devient d'un rouge cerise clair par la potasse, en sorte que dans une circonstance de ce genre , l'expert pourrait être induit en erreur. Kous avons cherché à établir une contre-épreuve pour celle expérience ; voici les moyens que nous conseillons à ce sujet : dans les cas douteux on divisera en deux parties la matière à expérimenter, l'une sera essayée par la morphine placée dans un petit tube, l'autre traitée par le cuivre et l'acide sulfurique , comme pour la morphine ; seulement on fera arriver, h l'aide d'un tube effilé , le gaz qui se dégagera dans un autre petit tube contenant du sulfate de protoxide de fer en dissolution : s'il y arrive de l'acide nitreux la dissolution se colorera en noir; si c'est du chlore , Ja liqueur prendra une teinte jaune , mais ne prendra jamais de leinie ftincée analogue à la précédente.

L'acide nitrique peut être incorporé à du vin , de la bière , du thé , de l'eaude-vie ou de l'alcool , sans en modifier très sensiblement l'aspect. 11 n'en serait pas de même du lait qu'il coagule en peu d'instans ,et dont il dissout la matière caséeuse , alors qu'il est ajouté en plus grande quantité. Il coagule immédiatement le blanc d'œuf, en précipite l'albumine et lui donne une couleur jaune par son contact piolongé avec elle. Il jaunit de la même manière la peau , les tissus animaux et un grand nombre de matières végétales solides. Dans ces divers cas , il abandonne une partie de son oxigène, acidifie ces substances, et peut former avec cjuelques-unes d'entre elles une matière détonante connue sous le nom d'acide carbo-azotique. C'est à ce genre d'action qu'il faut attribuer les taches jaunes que l'on observe quelquefois sur les doigts , les lèvres et les dents des personnes empoisonnées avec cet acide, ainsi que la coloration des tissus de l'estomac, lorsque l'acide nitrique a été pris dans un grand degré de concentration; car, s'il est étendu , même d'une pttite quantité d'eau, loin de colorer eu jaune l'estomac , il lui donne une teinte brune qui offre quelque analogie avec celle de l'acide sulfurique. Cet acide modifie de plus les tissus qu'il colore de cette manière, il les rend ti ès-friablcs et faciles à réduire en une pulpe homogène. L'acide nitriijue décompose aussi la bile , en précipite delà matière jaune, s'il est employé en petite quantité, et de la matière verte , s'il se trouve en excès.

Lorsqu'il s'agit de démontrer la présence de l'acide nitrique dans un liquide végétal , il faut essayer de reconnaître la réaction acide de la liqueur à l'aide du papier de tournesol et d'un carbonate ; mélanger avec du cuivre une petite portion de la liqueur , la distiller dans un appareil , et observer si , à la fin de révaporation du liquide , il se dégage de l'acide nitreux. Si l'on obtient un résultat négatif, il faudra saturer la liqueur avec du bi-carbonate de potasse; évaporer jusqu'à siccilé , mêler le résidu h de la tournure de cuivre , introduire le mélange dans un tube, ajouter de l'acide sulfurique et un peu d'eau; ajuster nn tube effile plus petit , contenant des cristaux de morphine , et chauffer légèrement de manière à porter la matière à l'ébullition. Alors on constatera le dégagement d'acide nitreux et la coloration de la morphine.

S'il s'agit d'un liquide animal , on doit se conduire de la même manière ; mais avant de saturer la liqueur par le bi-carbonaie de potasse , il faut y faire passer un courant de chlore gazeux qui détruit la matière animale ; filtrer, porter la liqueur à l'ébullition pour chasser l'e.xcès de chlore, évaporer, etc. Cette modification que nous conseillons d'apporter aux procédés ordinaires, offre l'avantage de donner des cristaux de nitrate de potasse qui ne sont mêlés qu'à une très-petite proportion de malière animale , et de laquelle on peut facilement dégager l'acide nitrique à l'état d'acide nitreux, tandis qu'en conservant la matière animale, on obtient une masse brune visqueuse , susceptible d'être facilement attaquée par l'acide nitreux ; telle est au moins la cause à laquelle nous attribuons l'absence d'acide nitreux dans des liqueurs non traitées par le chlore , alors que nous en obtenions avec la même liqueur modifiée par cet agent.

Ce procédé doit aussi être adopté lorsque l'on a à constater la présence de l'acide nitrique dans l'esiomac , seulement il faut le faire jjrécéder de quelques opéiatious préliminaires. On ajoulera de l'eau aux parois stomacales coupées par morceaux et introduites dans une cornue; on portera la matière à l'ébullition, et on recueillera dans des récipiens les produits de la distillation , que l'on poussera jusqu'au point où la liqueur de la cornue aura acquis la consistance sirupeuse. On examinera si les liquides distillés sont acides , et quelle eot la nature de l'acide obtenu , car l'acide nitrique n'étant volatil qu'a cent vingt degrés devra rester dans la cornue. On ajoutera de l'eau distillée dans ce dernier vase , ou portera à l'ébullition , et on filtrera ; ou fera bouillir de nouveau les matières animales , et on filtrera les liqueurs qui, réunies aux premières, devront contenir, si ce n'est la lotalilé de l'acide, au moins la presque totalité , hormis le cas dont je parlerai plus bas. C'est en traitant cette liqueur par le chlore, puis saturunl par le bi carbonate de potasse , que lou obtient, par évaporalion , le nitrate dépotasse.

Il n'en est pas de mCiue lorsque l'acide nitrique est incorporé avec le tissu )

même des organes. L'ébullition dans l'eau est insuffisante dans ce cas , mai^ alors déjà la coloration devient presque une preuve de la présence de l'acidtj nitrique , et même de l'acide nitrique concentré, qui seul peut la produire; oi acquiert la certitude de son existence en faisant bouillir la matière jaune ave<i une dissolution de bi-carbonate de potasse. Aussitôt la tache prend une couleuj rouge vif, et tout l'acide nitrique se trouve alors transformé en nitrate de potasse , avec excès de sous-carbonate de potasse. L'iode et la bile sont seuls capables de tacher en jaune les matières animales ; mais les taches d'iode dispai raissent par le bi carbonate de potasse, et celles de la bile ne subissent autui changement de couleur.

Les taches sur les vètemens devront être traitées comme nous venons de h dire pour les matières animales, jaunies par l'acide nitrique.

Quant à l'action que l'acide exerce sur les organes , elle est la même que celli des ACIDES en général ( Forez ce mol). Le traitement doit être basé sur le mêmes principes , la saturation de l'acide par une substance alc.iline , si l'on es appelé à temps ; et le traitement de la pLlegmasie qui est la suite de l'ingeslioi du poison. ( Alph. Devf.rgie. )

KOEUD D'EMBALLEUR. Nom peu scientifique, qui sert à désigner un bon dage dont l'effet proposé est d'arrêter les hèmorrhagies de l'artère temporale. Ci bandage exige une bande longue de cinq à six aunes , roulée à deux cylindres De l'agaric et des compresses graduées étant placés sur la plaie, le -plein kl i cette bande doit être appliqué sur ces premiers objets de pansement ; les cylin dres, conduits horizontalement , sont entrecroisés sur la tempe du c^té »p posé, et ramenés sur le lieu malade. Là , le chirurgien les croise, et change kun chrection , de telle sorte que l'un deiix devient inférieur et l'autre supériieur. On leur fait décrire de cette manière la circonférence verticale de la tête ) jusqu'à ce que , ramenés au point du premier changement de direction , atj nouveau nœud soit formé et porte les cylindres horizontalement. Ces tours ,ali{ ternalivement verticaux et horizontaux , sont répétés quatre à cinq fois i jusqu'à ce que la bande soit épuisée. \

Ce bandage est actuellement peu usité. Après la saignée de i'artère tempofi raie ou les ouvertures Iraumatiques de ce vaisseau , des compresses grad'i^.*:! sur la blessure, et un bandage qui les maintient solidement, remplacent pari) faitement le nœud d'emballeur, dont l'application est compliquée et l'actioij incommode et douloureuse pour le malade. ( L.-J. Bégim. ) j

NOIX DE GALLE. Gtilla. On désigne , par ce nom et plus souvent encortj par celui de galle des excroissances formées sur différens végétaux à la suite vk! la piqûre de certains insectes du genre cynips, lesquelles sont employées dan»! les arts. Leur composition chimique est bien connue : elles sont formées d'a-cid»! gallique auquel elles donnent son nom, et de tannin , substances qui, d'ailleurs,' se rencontrent aussi en grande proportion dans une foule d'autres végétaux. Ou.' voulu faire figurer les noix de galle eu médecine ; et c'est parmi les astringent, qu'elles ont pris leur place; aussi est-ce au mot asthingbns que nous renvoyoB pour l'exposition de leurs propriétés , et pour l'indication des maladies contp lesquelles elles ont été conseillées.

Quant à l'acide gallique qu'on en extrait, il a été employé isolément pa,' quelques médecins : nous devons, en conséquence, nous en occuper ici, laissan j de côté le tannin qui aura son article à part. C'est un des acides végétaux le plus faibles ; il est xl'une saveur acide , faible et un peu sucrée, sans odeuris sans couleur ; se dissout bien dans l'eau , dans l'alcool et dans l'éther , et on stallise en aiguilles blanches. Sa propriété de précipiter en bien ou en norrîe sels de fer , le rend précieux dans l'industrie et peut être ntdisée par la méde cine légale. Pour l'usage médical, il ne présente pas d'application particulièrebien qu'on l'ait donné à l'intérieur jusqu'à la dose de trente-six grains, ll-ii' pas présenté d'effets dangereux ; mais il n'a pas montré non plus d'efficacité réelle contre le ver solitaire , à la destruction duquel on l avait cru propre; parce qu'il figure en assez grande proportion dans l'écorce de racine de grena' dier où il se trouve combiné avec le tannin. D'ailleurs ces expériences, entre' prises d'après une théorie peu raisonnée , n'ont pas eu de suite. ■

( F. PlATIEn. )

NOIX VORIIQUE. Nux K/omica. On connaît sous le nom impropre de noi' vomique les semences d'un végétal de la famille des strychnos, appartenant « la pentandrie monogynie , et qui se trouve dans les contrées équatoriales. Le£i graines, renfermées dans un fruit pulpeux de la grosseur d'une orange, s*!; nombreuses , orbiculaircs , un peu convexes d'un côté et concaves de l'aut-re^*! présentent le volume d'une petite noisette. L'extérieur est couvert d'une pâlliljj cule grisâtre et lisse , sous laquelle se trouve une amande dure et comme cori née , d'une couleur foncée , sans odeur, mais d'une saveur très amère. {

La noix vomique présente un de ces laits notables dans l'histoire des scieiufea et qui doivent réprimer un peu l'aveugle confiance que quelques personnes prq fessent pour l'antiquité. Long-temps on a cru, sans le vérifier par l'cKameni que cette substance , vénéneuse pour les animaux , était innocente pou l'homme: l'expérience moiierne acquise par Ae déplorables accidens a bre' prouvé le contraire. Malgré le peu de connaissances exactes qu'on possédait su ■ la noix vomique, on ne laissait pas de l'employer contre les maladies; et I | nombre de celles où elle était réputée utile est assez considérable pour qu'o I puisse s'étonner de n'y voir point figurer la paralysie, dans laquelle elle exerc ; une action directe, et qui , convenablement diiigée, peut devenir salulain i Sa granile amertume avait dù nécessairement la faire employer comme toniqut i stomachique , fébrifuge, anihelmiiitique , etc. ; et l'usage où l'on était jadis il ] n'administrer guère ((lie des composés explique comment la noix vomique n ' étant qu'en faible proportion , les accidens qui lui sont propres n'ont été que r; ;

NOiX VOMiyUE.

NOSTALGIE

rement observés , ou du moins rapportés à leur véritable causé. Ce n'est que depuis vingt ans environ que la noix vomiqiie a clé bien étudiée sous les divers rapports de sa composition chimique, de son action toxique et de son emploi comme moyen curatif.

L'analyse chimique faite par MM. Pelletier et Caventou , et plusieurs fois répétée depuis, y a montré au milieu de substances communes à beaucoup de végétaux , telles que la cire, la bassorine, la fécule, la gomme, l'huile concrète, etc., une matière particulière cristaliisable qu'ils ont nommée strychnine; laquelle est de nature alcaline et susceptible de former avec les acides des sels solubles qui présentent des propriétés vénéneuses analogues, mais infiniment plus développées que celles de la noix, vomique en substance, et même que celles de la strychnine pure. D'ailleurs l'observation a montré que non seulement la strychnine se trouve dans des substances autres que la noix vomique, mais que ilans la fève de Saint-Ignace, par exemple, elle existe en plus grande proportion. De plus les chimistes ont signalé dans la noix vomique un autre alcaloïde [[u'ils ont nommé brucine et qui présente, bien qu'à un degré inféiieur, des propriétés tellement analogues à celles de la strychnine que , probablement un iour, des recherches plus exactes montreront que l'une de ces substances n est ju'une modification de l'autre.

Les premières expériences faites avec la noix vomique montrèrent que , administrée eu substance à la dose d'un demi-gros à un gros, suivant la force des inimaux, elle donnait la mort après avoir produit des convulsions et une ruideur tétanique remarquable, et différente de ce qu'on avait observé jusque-là , avec It'autres poisons. Lorsque, plus tard, elle fut prescrite à l'homme, on observa que peu de temps après son ingestion , se maniièstaient , dans tout le corps, des secousses convulsives involontaires semblables à celles que produisent l électri- ;ité et le galvanisme ; que ces secousses commençaient par les parties paralysées |car c'est chez des paralytiques qu'on a d'abord expérimenté) , et qu'elles se li- Initaient à ces parties quand on savait mesurer les doses et les fractionner con-

ienablement; enfin, qu'au bout d'un certain temps, les secousses allaient s'afaiblissant et cessaient, lorsque de nouvelles doses ne venaient pas les entreenir. Quelques événement plus ou moins fâcheux fournirent l'occasion de coutater plus avant, s'il est permis de s'exprimer ainsi, les effets de la noix volique chez l'homme. Chez un jeune homme paraplégique, que j'ai vu autrefois Ihôpital de la Charité, un demi-grain de strychnine donné par mégarde en ine seule dose, détermina une raideur tétanique de tout le corps; le diahragme, surtout, était dans un étal de spasme qui menaçait à chaque iutantle malade de sufl'ocation. Aussi paraît-il peu probable que la noix voaique soit un poison narcotico-àcre , puisque le cerveau et Is canal intestinal estent presque complètement étrangers aux phénomènes morbides, et que i mort survient par la suspension de l'acte respiratoire Chez une femme qui empoisonna avec de l'extrait alcoolique de noix vomique, l'ouverture du arps ne présenta qu'un engorgement du système veineux, surtout vers la loelle épinière ; le sang étant extrêmement noir.

L'excitation , en quelque sorte spécifique, déterminée sur les organes con- ■acfiles , par la noix vomique, fut le fait qui suggéra à M. Fouquier i'ap[iliïtion de ce médicamexit dans les cas où la contraclilité musculaire est dilinuée. A l'époque où fut proposé , contre la paralj'sie , ce mode de truitelent, on ne possédait pas encore, sur les maladies du système cérébro-spiai, les travaux qui nous guident aujourd'hui. El, cerles , c'était nne idée lien séduisante que de pouvoir adresser directement aux muscles affaiblis, le timtdaut qui leur miiuquait. Manié avec prutlence , le médicament nouveau bndit des services réels ; et maintenant même encore que l'enthousiasme est efroidi, il est susceptible de quelques utiles applications. Ce fut d aboril la pudre de noix vomique qu'on donna en substance, mais bientôt on reconnut lue l'extrait alcoolique en était véritablement la partie énergique, et ce fut lui fti'on préféra. Des pilules de deux grains d'extrait étaient d'abord administrées ïix paralytiques et principalement à ceux chez lesquels la perle du mouvement [jraissait indépendante de toute affection locale , telle que ramollissement, panchement sanguin ou séreux, etc. On essaya même leur emploi dans les ;miplégies , suites d'apoplexie , et il n'eut pas d'inconvénient immédiat iorsril fut administré avec prudence. Les malades éprouvèrent d'abord dans les irlies paralysées, puis dans le reste du corps, les secousses dont il vient être question. Une amélioration notable fut la suite de ce traitement dans un sez grand nombre de cas , et bientôt M. Fouquier fut conduit , par l'expé- 'ence, à donner des doses assez légères pour que l'action fut bornée aux paras paralysées , et assez réitérées pour que les malades fussent sans inteirupjn sous l'influence de la noix vomicfue. Aussi , considérant que l'action d'une Iule de deux grains durait environ trois heures, faisait-il réitérer quatre à nq fois par jour leur ingestion. D'ailleurs suivant la règle bien connue en lérapeulique , il augmentait graduellement la dose. Celle médication, liabijment conçue , mérite d'être imitée dans les cas où l'on croira utile d'employer noix vomique ou la strychnine.

Ce n'est pas cependant qu'on puisse se promettre toujours du succès, ni même ujours rapporter à la noix vomique l'amélioration qui survient. ''Ou sait, en fet , combien de fois les paralysies, indépendantes de lésions organiques , se Jcrissent d'une manière prompte et spontanée, et combien la nature est puisnledans celles qui succèdent à des épanchemens. Néanmoins, on peut regarder fmme incontestable que , dans quelques circonstances , l'usage de la noix vojique a favorisé et au moins accéléré la guérison. Mais il ne faut pas oublier lie plusieurs conditions conlre-indiquent l'emploi de ce remède, qui, précisément à cause de son activité réelle, doit être utile ou nuisible; et; au premier j

DiCT. DE MiDECIiNE ET DE CHIRURGIE PKAT1(^L'ES,

rang , figurent la pléthore et la congestion cérébrale et les phlcgmasies tan aiguës que chroniques des différentes parties du système nerveux ; à plus fort raison , quand elles ont entraîné de profondes désorganisations.

La noix vomique est donc une des substances les plus dignes de figurer dans la matière médicale. Son action , tout à-la-fois directe, certaine et puissante, en fait nne ressource réelle, même en la circonscrivant dans les limites que l'expérience raisonnable a dû lui poser. Il est inutile d'aller lui chercher d'autres applications et de vouloir en faire une panacée; bien que cependant il soit facile de voir que par son moyen , on peut véritablement satisfaire à des indications variées, et qu'on doit même le faire dans les cas où l'on n'.nurait pas d'autre médicament sous la main. 11 faut s'attacher surtout à bien distinguer les circonstances dans lesquelles on en peut attendre un entier succès. ( f^ofez Paralysie. )

En isolant la strychnine et la brucine des autres matériaux plus ou moins indifférens avec lesquels elles sont unies dans la noix vonnque, on a pu constater leur action et rendre plus sûre 1 administration de ces médicamens , puisqu'il peut y en avoir des proportions très-variables. Aussi dorénavent, est-ce la stiyclsnine qu'il conviendra d'employer de préférence aux extraits, soila<[ueux, soit alcooliques , et surtout prélérablement à la noix vomique en substance. La brucine elle-même doit êlre bannie de la pratique puisque, d'après les expériences qui ont été faites, elle n'a pas d'autres propriétés que la strychnine ; qu'elle les possède seulement à un plus faible degré, et que, suivant l'expression adoptée , elle est plus douce dans son action. N'est-il pas temps de renoncer à ces formes ambiguës Si la brucine à haute dose peut produire les accidens de la strychnine, la strychnine à faible dose agira tout aussi doucement que l.i brucine. Il s'agit donc seulement de connaître exactement la puissance du médicament et de l'administrer en conséquence.

Le mode d'administration le plus simple est toujours le meilleur lorsqu'il s'agit de substances véritablement actives; et foute association doit être repoussée : bien plus il convient d'isoler le plus complètement possible la partie essentielle du médicament. C'est donc la strychnine, et plutôt encore, les sels solubles qui en résultent et dont l'activité est plus grande encore , qu'on doit donnera présent, et l'on peut, suivant les circonstances, les faire prendre, soit par l'estomac, soit par les intestins ou par la peau. Leur amerlune insupportable s'oppose à ce qu'on puisse les faire prendre par la bouche autrement qu en pilules, qu'on prépare en incorporant dans une suffisante qnantité de conserve de roses, un grain de sulfate de strychnine , et en divisant le tout de manière à ce que chaque pilule renferme un tlouzième de grain de sel. On commence par une pilule toutes les trois heures , puis deux, trois, et jusqu'à des doses assez considérables , mais qu'il ne faut atteindre qu'avec précaution; car lorsque ce traitement ne protluit pas de bons effets dés le commencement, il est rare qu'on ait à s'en louer plus lard. Pendant l'usage de ce médicament on observe d'ordinaire une constipation assez opiniâtre et à laquelle il convient de remédier; de même qu'il devient parfois nécessaire d'avoir recours à la saignée générale et locale el aux révulsifs pour dissiper les phénomènes de congestion auxquels les paralytiques sont sujets. La biucine est administrée d'après les mêmes principes , mais à dose plus forte, puisque l'on considère que sou action , relativement à celle de la strychnine , est comme quatre est à un.

F. Ratisr.

NOSTALGIE, s. f. Nostalgia , de vot^oç, retour, et oàyo^, douleur , tristesse. Mélancolie produite par l'éloigncment du pays natal, parle désir irrésistible et incessant d'y retourner.

Affection trop répandue, et qui fut trop souvent meurtrière dans les armées, la nostalgie s'empare d'autant plus facilement des hommes nouvellement sortis du sein de leur famille, qu'ils se trouvent placés dans un monde |)lus différent de celui qu'ils ont quitté, et soumis à des occupations, à des devoirs, à une discipline quj contrastent davantage avec l'indépendance et la douceur de leur vie antérieure. On a remarqué que le mal du pays , ou la nostalgie, s'empare avec une grande facilité des Suisses, des Bretons , des p.iysans de l'ouest de la France, de tous les hommes sortis de solitudes ou de montagnes , où leur existence s'écoulait paisible , sans assujétissement de convention, et au milieu des relations restreintes, mais affectueuses delà parenté et du voisinage. L'habitant des grandes villes, le jeune soldat sorti de la capitale , connaissent rarement la nostalgie : accoutumés à des sensations variées , ayant déjà été froissés parles accidens de la vie sociale , aucune situation ne leur paraît étrange, et à quelque rigoureuse discipline qu'il^j soient astreints , leur esprit y a été préparé par le spectacle de travaux plus rudes encore à accomplir, de privations plus rigoureuses à surmonter. La culture de l'esprit n'est pas une circonstance qui préserve constamment de la nos- ■ talgie, car on a vu celte affection s'emparer déjeunes gens dont l'éducation ne laissait rien à désirer. Mais, en général , le perfectionnement des facultés intellectuelles, par cela même qu il permet à l'homme de mieux apprécier sa position, et de se créer au besoin des motifs de consolation ou d'espérance, donne moins d'empire au souvenir du sol natal. Si la nostalgie se manifeste alors, c'est presque toujours chez les hommes dont l'éducation entière s'est faite sous le toit paternel, au sein de la famille, et qui ont ainsi contracté le besoin de relations intimes, dont ils n'ont jamais été privés.

Plus la situation des jeunes sujets éloignés du foyer domestique est pénible , plus le regret de ce foyer tend à se développer , et plus aussi la nostalgie se montre imminente. On a remarqué que les habitans de nos départemens, qui se rendent "a Paris, pour s'y vouer à la domesticité, y deviennent d'autant plus facilement nostalgiques, qu'ils tombent d'abord entre les mains de maîtres plus exigeaus, plus durs, plus minutieux dans l'exécution des détails du service.

NOSTALGIE

NOSTALGIE

A l'armée, on observe souvent des différences très-sensibles entre le nombre des nostalgiques fonrnis par divers régiracns , bien que recrutés dans les mêmes localités. Dans les uns , des chefs doux, bienveilians , aUenlifs à s'emparer de l'esprit des jeunes soldats, les habituent graduellement et avec les mcnagemens convenables aux fatigues et à la contrainte de leur profession nouvelle ; dans d'autres, au contraire, une rigueur inflexible, un commandement rude, un mépris hautement et constamment exprimé des affections de la famille, repoussent la confiance , flétrissent les âmes, et par une comparaison impossible à empêcher, font naifrc ce regret de relations plus douces, et la haine d un esclavage , que le jeune homme pense alors être sans compensation.

Dans la prospérité des affaires civiles , au milieu du triomphe des armes, durant les navigations heureuses et faciles, la nostalgie se montre rarement. Les plus anciens font partager aux plus jeunes la joie des succès obtenus , et leur promettent des jouissances nouvelles et sans fin ; la gaité et l'espérance font oublier et le toit champêtre, et la mère indulgente, et la sœur affectueuse , et même la maîtresse, qui donnait ou promettait le bonheur. Mais que la fortune déploie ses rigueurs, que la misère se montre , que des défaites abattent le courage, que de longues et pénibles retraites apparaissent avec leur cortège d'alarmes, de fatigues, de privations, d'incertitude de l'avenir; que des voyages interminables, dans des climats inconnus , humides ou glacés , fassent incessamment renaître les périls et flétrissent l ârae : dans toutes ces circonstances, l'imagination se reportera vers des temps meilleurs , vers des situations plus heureuses ; le fantôoie du pays natal , avec ses charmes , ses jouissances , sa sécurité , s'élèvera devant le jeune homme affligé , et la nostalgie se saisira de sa proie. C'est ainsi que ces soldats iaimortels de l'armée d'Égyple virent après Saint- Jean-d'Acre , et au milieu des horreurs de la peste, le regret de la patrie liâter les ravages d'un irai trop souvent funeste. Nous avons vu succomber au désespoir nostalgique , autant peut-être qu'à la fatigue et aux privations , une foule déjeunes gens de la plus brillante espi^rance , dont nos succès avaient d'abord soutenu le moral , et qui ne purent résister aux sentimens de regret provoqués par nos derniers désastres. Tous les navigateurs ont noté l'influence exercée sur les équipages par les vicissitudes heureuses ou contraires des voyages de longue durée.

Enfin, la maladie , comme les revers et la tristesse, vient fréquemment provoquer la nostalgie chez le soldat ou le marin qui semblait y être le moins disposé. Soumis à des soins plus réguliers , plus méthodiques , mais qui semblent moins affectueux et moins tendres que ceux de la famille, l'homme affaibli reporte encoi-e sa pensée vers des lieux et des personnes qui lui sont chers; il déplore leur éloignement, il redoute de noies plus revoir , et ces sentimens s'ajoutant à son mal primitif, l'aggravent et font naître des dangers qui sans eux n'auraient pas existé.

Ajoutons que la nostalgie est rare parmi les hommes âgés , qui ont été longicraps le jouet des évéuemcns et delà fortune : elle sévit spécialement sur les jeunes sujets dontrâme est encorencuve, ei le cœur vierge d'impressions péniblemenj^ senties. Elle se manifeste plus souvent qu'on ne l'a dit chez les jeunes filles, surtout chez celles qui quittent des campagnes reculées et paisibles pour venir servir dans les grandes villes ; et si le contraire a pu sembler exister, c'est que les femmes se déplacent généralement moins que les hommes , et qu'elles sont soumises à des modes d'existence bien moins variés et moins difficiles.

Les premiers phénomènes qui indiquent à l'observateur l'invasion de la nostalgie, consistent dans une réserve inaccoutumée que manifeste le malade , dans de la tiédeur et du dégoût pour les occupations auxquelles il se livrait auparavant avec plaisir, dans un état habituel de distraction, qui devient chaque jour plus prononcé. Une tristesse incessamment croissante naît du regret d'être éloigné des lieux où l'imagination exaltée se reporte sans relâche, et de la crainte de ne plus pouvoir y retourner. Cette crainte , quelque peu fondée qu'elle puisse être d'ailleurs , se transforme bientôt, sous l'influence d'une préoccupation invincible, en une certitude accablante, en une sensation douloureuse, qui relentit vers les principaux viscères, et trouble graduellement leurs fonctions. Les plaisirs et les distractions de la jeunesse, la société de ses amis et de ses camarades les plus chers , n'ont plus d'attrait pour le malade. Il fuit tout ce qui pourrait mettre obstacle à la direction que son esprit a prise. Sous l'influence de celte obsession, la tète devient chaude, souvent douloureuse; les yeux sont ternes , enfoncés , brillant d'un feu sombre ; les traits du visage sont affaissés, les mouvemens musculaires sont lents et comme sans but ; la respiration est iirégulicre , entrecoupée de soupirs sans motifs apparens; la digestion ne s'opère qu'avec difliculté , l'appétit se perd, le corps maigrit , se décolore et s'affaiblit de plus en plus.

A mesure que celle détérioration physique fait des progrès , le cerveau concentre ses forces, avec une persévérance toujours croissante , sur une série exclusive d'idées; le malade recherche la solitude , pendant la durée de laquelle il peut caresser sans obstacle sa chimère favorite et nourrir sa douleur ; et plus tard , lorsque la débilité des actions organiques lui a rendu le mouvement pénible, il se tient à l'écart , absorbé par sa pensée funeste , dans un re- ])0S qui favorise encore et la toute puissance de cette pensée, et les progrès de la dégradation organique qu'elle a déjà provoquée.

Chez quelques sujets , la nostalgie se développe d'une manière brusque et suit une marche rapide. L'excitation cérébrale atteint au degré de l'inflammation. La chaleur frontale, la céphalalgie , l'accélération du pouls , l'exaltation des idées, le désordre des mouvemens musculaires sont portés très-loin ; des phénomènes de somnambulisme et d'aliénation se manifestent quelquefois. Ces accidcns persistent pendant un temps plus ou moins long, et constituent une

période d'excitation d'autant moins durable qu'elle est plus violente , et à la- 1 quelle succèdent l'affaissement de la plupart des actions cérébrales, la ten- , dance au repos et un coUapsus profond. Cette sorte de nostalgie suraiguë a été ; plusieurs fois observée, et exactement décrite par M. Larrey ; elle peut entrai- j I ner la mort en un petit nombre de semaines.

La complication qui résulte de l'invasion de la nostalgie est, dans toutes les | maladies , un fait très-grave. Non-seulement elle augmente l'intensité des ; symptômes d'excitation fébrile et d'agitation nerveuse, mais elle s'oppose à j l'apparition , ainsi qu'aux progrès de la convalescence, et perpétue un état de, i faiblesse et de concentration des actions organiques , qui ne tarde pas ordinal-; | rement à deviner funeste. D'ailleurs , même tristesse , même penchant pour la | solitude et le repos ; même aborption des facultés intellectuelles dans ces cas j que dans les précédeus. |

Il est assez commun que les nostalgiques aient une sorte de honte de leurétal. | et qu'ils fassent de violens efforts pour le combattre ou pour le dissimuler ; mais i il n'est pas moins fréquent non plus que des hommes feignent la nostalgie, dans, j le but de se faire libérer du service, ou du moins de se faire renvoyer chezeuxi : pour un temps variable.

Le nostalgique véritable, alors même qu'il dissimule avec le plus de soin le ; véritable état de son esprit , est reconnaissable, non-seulement à la tristesse, j à la morosité , au penchant pour la solitude , dont il a été parlé plus haut, mais ; surtout à une pâleur habituelle , à une maigreur qui fait de constans progrès t j à la chaleur ordinaire du front , à la débilité qui se trahit de toutes parts. Ces ; effets ne sauraient être feints. Souvent, durant le sommeil, le nostalgiqut ' nomme ou appelle les objets spéciaux de ses regrets. Enfin , lorsque , dans 1 quelques entreliens, on fait allusion au pays du malade ou à sa famille , il esi i • rare , si bien sur ses gardes qu'il se tienne , que l'on ne voie pas son visage stj i colorer tout-à coup , ses yeux s'animer et briller, tous ses traits, tout son corps ' ■ s'émouvoir et témoigner ainsi de l'impression profonde que le .système encé'j i phalique a reçue. Cette épreuve n'a peut-être jamais trompé le médecin haï bitué a scruter les sensations intimes et les pensées cachées des hommes confiés j ( à ses soins. • I

Par réciprocité, malgré une tristesse feinte , malgré un isolement qu'il cher i I che quelquefois à rendre aussi complet que possible, malgré toutes les sugges , ; tious de l'esprit de ruse, le faux nostalgique se décèle constamment par le jjonéta | | des fonctions, par le maintien des forces musculaires, par le calme imperturbabli ; ( du pouls , par l'absence de toute chaleur insolite au front, par la coloration nor . j maie du visage, enfin par l'absence de toute émotion subite et inimitable, quel., . plus faible allusion au pays natal détermine chez le véritable malade. 11 est , i remarquer d'ailleurs , que presque toujours, redoutant sans doute que l'idée d ; la nostalgie ne se présente pas à l'esprit , celui qui veut tromper se hâte d » mettre le médecin sur la voie , et de lui exprimer prématurément le désir d jii revoir son village et sa famille. ? »

La nostalgie, quant à sa cause prochaine, consiste manifestement en un j| excitation encéphalique persévérante, qui réagit successivement sur les princi |l paux viscèi'es , trouble leurs fonctions, et peut amener la mort, suivant 1 il nicme mécanisme que toutes les irritations internes chroniques. Tantôt, ei'J effet, une encéphalite aiguë s'empare du nostalgique , et fait passer l'excitatioi i fonctionnelle du cerveau à l'état inflammatoire : le délire fait alors connaître! cause du mal par la série constante des objets sur lesquels il porte : tantôt le ' viscères , et spécialement ceux de la digestion , sympalhiquement excités , s'ir rilent avec plus ou moins de force, et une gaslro-eutérite complique et aggrav la nostalgie, dont elle hâte la terminaison funeste. Enfin, dans d'autres cas I les nostalgiques, graduellement épuisés, ayant la peau brûlante, le poul | mobile , nerveux, inégal, la respiration difficile , la digestion impossible , suc( combent dans rétat de marasme et avec tous les symptômes des fièvres hecti ! ques nerveuses. I

Les autopsies cadavériques ont presque toujours fait découvrir, à la suite d la nostalgie, des traces maniiesles d irritation à la partie antérieure et supé • ricure du cerveau , et plus spécialement encore dans la pie-mère et raracbnoicl > qui les recouvrent. Telles sont les injections et les engorgemens vasculaires d . |i ces parties, l'épanchement d'une lymphe opaline entre les mailles du réseai i(] membraneux , des nuances plus ou moins manifestes d'induration ou de ramol ji lissement de la substance encéphalique, de la sérosité accumulée dans les veu' i: tricules latéraux, etc. Ces lésions sont à-peu-près constantes. Les autres viscères ' ij comme le tube digestif, le poumon , le cœur et leurs annexes sont au contrairi le siège de désordres variables , plus ou moins profonds , selon que les sympa j thies morbides dirigeaient , pendant la vie , plus particulièrement leur iniluenc i sur un d'entre eux que sur les autres.

La nostalgie n'est pas une maladie qui obéisse facilement à la puissance de 1 matière médicale , et se guérisse par les recettes de la pharmacie. C'est une rai decine plus simple et plus élevée qu'il faut en général lui opposer. '

Et d'abord, on peut la prévenir, ou du moins diminuer la violence de se ravages parmi les militaires, les marins , les hommes de service , en les traitar avec douceur , avec aménilé , en leur offrant, pour ainsi dire, une famille noi. velle en compensation de celle qu'ils ont quittée. Du travail sans excès , d( > | exercices sans fatigue portée trop loin, sont utiles pour donner aux mouvcmeri organiques une salutaire direction , pour empêcher les pensées oisives d'errer l'aventure , et de se porter avec regret sur les objets absens. Durant les longui ' heures d inaclivité des garnisons , et surtout de la vie maritime , les chefs d( corps ont toujours obtenu de grands avantages de la luusicpie , de la danse , d( ' jeux gymnastiques , qui retrempent le moral des jeunes soldats, les fortifient

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