NOURRICE
les unissent à leurs camarades et développent des séries d'idées opposées à celles jui constituent la nostalgie.
Lorsque cette affection déplorable débute chez un homme sain et que ses premiers symptômes apparaissent , il est permis , en beaucoup de circonstances, l'espérer de la guérir. Il convient de redoubler de douceur , de soins et d'é- ;ards en faveur du jeune nostalgique. Loin d'éviter d'appeler sou attention sur a cause de ses regrets , loin surtout d'y faire de railleuses allusions , il est utile le l'en entretenir, mais de le faire avec bienveillance, en entrant dans ses dées, en accordant des éloges aux contrées , aux hommes qu'il désire tant cvoir. Ces entretiens ne manqueront jamais de l'intéresser ; ils feront parfois ouler ses larmes, mais ils affaibliront, ils useront à la lin un sentiment qui , efoulé ou coDibattu, eût acquis une force irrésistible. Si des militaires du iiême pays que le jeune malade sont au corps , on se trouve bien de les mettre m rapport avec lui , afin que le langage local , que le plaisir de voir des comlatriotes , que la douce intimité qui iiaitra de ce commerce console l'infortuné^ idoucisse sa peine et la fasse enfin cesser.
Dans les cas d'excitation cérébrale vive et inflammation, des saignées ge'néales ou des sangsues appliquées au front, aux tempes, aux régions mastoïdienles , des bains lièdes , accompagnés d'affusions froides sur la tète , des ventouses carifices, promenées à l epigastre, aux hjpochondres , sur les parties latérales îe la poitrine, constitueraient un ensemble de moyens que l'on ajoutera utilenent à ceux dont il vient d'être question.
Si, malgré tous ces soins, la nostalgie fait de tels progrès , que la débilité énérale soit déjà portée loin , et s'accroisse encore avec rapidité , que les viscèes digestifs et respiratoires commencent à s'affecter , il est indispensable de iromettre au malade un prompt retour dans ses foyers , et de se hàler de lui ournir les moyens d'exécution nécessaires. On doit surtout ne jamais hésiter à •n agir ainsi , lorsque la nostalgie complique des maladies graves et arrête leur lonvalescence. Dans ces cas , la mort est presque inévitable , si le spécifique ne leut être mis en usage. JNi la faiblesse extrême , ni la maigreur approchant du narasme , ni l'apparente impossibilité de supporter les fatigues du transport , le doivent arrêter le mcdécin. On a vu des miracles s'opérer par milliers dans ;es circonstances , et presque toujours les forces se sont ranimées , chez les plus ■puisés , après quelques jours de voyage.
11 y a plus , c'est que , chez beaucoup de nostalgiques , la convalescence comnence à se manifester dès que la certitude de pouvoir retourner au pays leur it donnée. Cette assurance est un premier calmant qui apaise l'excitation céréirale , qui. imprime aux iilées une autre direction, et substitue à des sensations le douleur celle du plaisir futur que l'on se promet de goûter. Toutes les fois [ue la promesse faite a un nostalgique peut être accomplie , le médecin et spé- |ialement le médecin militaire, doit faire tous ses efl'orts pour qu'elle ait son jftet. J'ai vu quelquefois tles praticiens , satisfaits d'une guérison apparente, ibtenue après l'assurance d'un congé temporaire, ue pas faire obtenir ce congé, jensant que le malade n'en avait plus besoin. Cette déception est toujours (jueste , si ce n'est pour le sujet cjui en est victime , du moins pour ceux qui , lii succédant , n'auront plus foi ou une bienveillance qu'ils sauront pouvoir être iompeuse. Mieux vaut être plusieurs fois la dupe de promesses faites trop légèsmeut , et à des hommes qui ont trompé en feignant la nostalgie, que de tromer dans une seule occasion ces hommes eux-mêmes : l'erreur se répare en sant de plus de sévérité à l'avenir ; le manquement à la parole donnée peut )uvent entraîner des malheurs irréparables.
Il est remarquable , au surplus , tant l'esprit humain est bizarre et inexplicale dans son action intime , que des nostalgiques ont été guéris par la seule Dnviction de pouvoir aller , lorsqu'ils le voudraient, revoir leurs foyers. On use lême de celte supercherie , innocente alors , lorsque dans un cas de blocus ou s siège, on assure à des soldats enfermés que l'ennemi permet aux malades de )rtir et de retourner au toit paternel. Cette assurance vaine réussit toujours ir quelques individus , et ce sont autant de victimes arrachées à la mort. Beaucoup de nostalgiques ont déjà cessé de l'être en arrivant à leur village, resque tous, ne trouvant plus ni les lieux tels qu'ils se les étaient peints, ni s individus dans la même situation, ni les rapports aussi intimes qu'à leur épart , parce que le temps, durant l'absence , si courte qu'elle ait été , a agi jirles hommes et sur les choses ; presque tous , dis-je , après une permission de ^jour, et souvent avant même que cette permission soit épuisée , quittent ces pux tant désirés radicalement guéris, sans autre pensée , qu'un désir raisoiifvble d'y retourner, lorsqu'une fortune acquise ou des obligations religieuses împlies , leur permettront de le faire avec honneur. Si , contrariée et non itisfaite , la nostalgie est une maladie presque certainement mortelle, il n'en it peut-être pas cjui guérisse plus sûrement , par la satisfaction du désir qui 1 est le principe , et après laquelle il soit plus rare d'observer des récidives.
(L.-J. BÉGIN
MOIIRRICE. Nuivix. On nomme ainsi la femme qui allaite un enfant j 3US avons suffisamment parlé ailleurs de la substitution d'une nourrice étranire à celle que la nature semblait avoir appelée à cet office, c'est-à-dire la ère même du nouveau-né, et nous ne devons pas revenir ici sur les motifs li peuvent déterminer à cette substitution (Voyez Allaitement); disons ulemei.t quelles sont les qualités qui constituent le type d une bonne nource, les soins qu'exige leur état, et les inconvéniens , les dangers auxquels il s expose.
A. Une femme dans la force de l'âge est, toutes choses égales d'ailleurs , éférable comme nourrice à une trop jeune et à une trop âgée ; on préfère issi une femme robuste à un sujet délicat, mais il faudrait peut-être apporter
quelques modifications à cette règle dans certaines circonstances ; il se pourrait, par exemple , qu'une femme de constitution moj'enne fournit à un enfant faible et grêle une nourriture plus convenable à la délicatesse de ses organes. Il faut savoir d'ailleurs que ces apparences extérieures de force et surtout d'embonpoint ne sont pas constamment une preuve d'aptitude à une abondante sécrétion laiteuse , et à la production d'un lait très-substantiel : nous avons bien des fois remarqué que des nourrices de petite taille et d'embonpoint médiocre éieyaient de magnifiques nourrissons , et vice versa. On sait encore que d'énormes mamelles sont souvent des mamelles toutes graisseuses , et l'on préfère avec raison des seins un peu fermes , arrondis, médiocres, se gonflant et se réduisant beaucoup , selon que l'eufant a exercé ou non la succion , des mamelons cono'ides , médiocres , réguliers et d'où l'on peut faire assez facilement jaillir un lait d'un beau blanc , un peu diaphane, de consistance médiocre (bien inférieure à celle du lait de vache , par exemple) , et de saveur légèrement sucrée et sans arrière-goût. Toutefois on doit se souvenir que quelques nourrices ont beaucoup de difficulté à faire nijer le lait , et que souvent même cette impossibilité temporaire n'est due qu'à un spasme momentané (Voyez Agalactie). Lorsqu'on <;xamine une nourrice , on ne doit jamais négliger de porter son attention sur les deux mamelles. Nous avons vu de belles et bonnes nourrices dont un seul de ces organes était apte à la lactation , soit par suite d'un vice de conformation naturelle , soit par l'effet d'une habitude prise de bonne heure et déterminée par des crevasses , une mastoïte , etc. ; mais le moindre accident aurait pu priver tout-à-coup ces femmes de la seule source de lait qu'elles eussent conservée.
Nous avons parlé déjà du grand embonpoint d'une nourrice comme d'une circonstance défavorable, c'est surtout un mauvais indice , quant au tempérament. Le tempérament lympathique semble pouvoir se transmettre avec ses mauvaises conséquences de la nourrice à l'enfant, surtout si l'allaitement se prolonge ; c'est pour cela qu'on préfère les nourrices brunes aux blondes, qu'on examine les dents pour s'assurer qu'elles ne portent point les traces d'un rachitisme ancien . je veux dire ces stries transversales signalées comme telles avec juste raison par Chaussier , qu'on cherche s'il n'existe point de cicatrices scrophuleuses au cou, de reste d'afi'ection dartreuse ou teigneuse sur quelque autre partie du corps ; soins d'autant plus essentiels que l'enfant parait jilus disposé à CCS divers genres d'affection en vertu de quelque prédisposition héréditaire, de quelque tendance aux affections tuberculeuses qui aurait été assez prononcée chez la mère pour lui défendre l'allaitement.
On cherche souvent à juger des qualités d'une nourrice par les effets qu'elle peut avojr déjà produits; on veut voir son enfant même, on veut le trouver bien portant, et à Paris , ou repousse bien souvent celle qui vient de perdre son nourrisson; il n'en est point ainsi dans le pays que nous habitons : une nourrice dont l'enfant est mort, s'il est reconnu que cette mort a été refrt;t d'une maladie aiguë, est préférée à toute autre, sans doute parce qu'on est plus sûr alors (surtout quand on ne la garde pas à domicile) que le nouveau nourrisson ne partagera point avec un autre les soins et la tendresse aussi importans que la nourriture même à la santé d'un enfant.
C'est pour des raisons analogues que quelques personnes préfèrent pournourrice une fille à une lemme mariée; sans doute on peut surveiller la première plus rigoureusement que la seconde , et il arrive trop souvent qu'une grossesse cachée par des vues intéressées, tourne au détriment d'un malheureux, nourrisson, qu'un lait altéré ou insufiisant fait bientôt dépérir, et dont on cherche souvent à soutenir les forces et l'embonpoint par de mauvais alimeus donnés en cachette. 11 est rare, en effet (quoique non sans exemple), qu'une femme grosse puisse continuer sans inconvéniens à noun-ir; mais ce danger, on ne l'évite pas toujours avec mie femme non mariée ; et si , à force de surveillance , on espère le prévenir , on voit quelquefois une femme passionnée languir dans la séquestration où on la tient, et tomber , comme nous l'avons vu deux fois , dans une mélancolie plus funeste encore et à elle-même et à son élève. On sait d'ailleurs combien il importe que les moeurs d'une fenimme soient pures , si le nourrisson doit rester long-temps entre ses mains ; on sait que le caractère se transmet assez facilement de l'une à l'autre dans ces premiers temps de l'éducation physique et morale ; on sait encore que , quant au physique seul , une femme emportée , colère ou celle qui se livre à l'ivrognerie , ont plus d'une fois empoisonné de leur lait, changé en une sorte de venin par l'influx liioral ou le mélange alcoolique, des enfans promptement enlevés ou mis dans un danger imminent par un accès d'éclampsie ou une grave indigestion. Est-il besoin d'ajouter qu'une conduite immorale expose davantage à l'infection syphilitique, et que celle-ci devenue constitutionnelle , peut très bien être transmise au nourrisson , et prendre en lui d'autant plus de force et de gravité qu'elle se sera infusée peu-à-peu dans son organisme par les sources mêmes de la vie et de la nutrition?
Nous avons dit ailleurs que, quand il s'agissait de livrer un nouveau-né à une nourrice étrangère, il était à délirer que celle-ci fût récemment accouchée; en effet, nous avons vu dépérir rapidement tous les enfans donnés après leur naissance à une nourrice accouchée depuis plus de dix mois ; plusieurs ont été pris d'éclampsie qu'on ne pouvait attribuer qu'à une digestion difficile. Une dame accouche un an après la naissance d'un premier enfant : parfaitement satisfaite des soins donnés par la nourrice à son premier né, elle lui confie le second après avoir sevré l'autre. Ce nouveau nourrisson semble d'abord s'accommoder de cet arrangement, mais en peu de jours , il est pris d'aphthes confluens ; nous nous hâtâmes de faire chercher une nourrice plus récemment accouchée, et la guérison fut prompte. Nous n'en dirons pas davantage sur ce point, et nous renverrons pour plusieurs autres aux articles déjà cités.
NYCTALOPIE.