L. J. BÉGIK
ODOWTALGIE. f^oyez Névralgies.
OEDEME. On désigne sous le nom d'œdème l'infiltration séreuse du tissu
, DiCT. DE MÉDECIKE ET DE ChiBTJBGIE PRATIQUES.
cellulaire. Le nom (Vanasartjue a été donné à l'œdème du tissu cellulaire extérieur. Nous avons fait en son lieu 1 histoire de cet œ Icme; nous nous occuperons ici de quelques autres espèces d'œdème cjtii n'ont pas reçu de nom particulier, et dont la description n'aurait pu, par conséquent, trouver place ailleurs. Ces espèces d'oedème sont les suivans : 1» OEclènie de la glotte ; 2" œdème du poumon ; 3° œdème du cœur ; A" cedème du tube digestif; 5° œdème du cei l'eau.
Section première. OEdème de la glotte.
5 I. Comme le tissu cellulaire des autres parties du corps , celui qui avoisine les ligamens de la glotte et qui entre dans leur composition peut devenir le siège d'une infiltration séreuse plus ou moins considérable. Cet oedème de la glotte peut être primitif ou consécutif , actif on /^n.vi//', simple ou compliqué. L'œdème simple tie la glotte n'est pas aussi commun que quelques médecins le pensent, et je ne sache même pas qu'il ait encore été bien observé et bien décrit. Il n'en est pas de même de l'œdème compliqué d'un état inflammatoire ou sub-inflammatoire de la membrane muqueuse du larynx et du tissu cellulaire sous-jacent. Bien que Bayle ait décrit celte angine laryngée oedémateuse sous le nom d'œdème de la glotte , on se tromperait fort si , sur la foi du mot on considérait cette maladie comme un œdème pur et simple. C'est ce que nous espérons démontrer dans cet article qui sera principalement consacré à la maladie dont il est question,
§ II. La mort inopinée de divers individus qui n'offraient point de symptôme alarmant, ayant engagé Bayle à rechercher avec soin dans les cadavres la cause de ces morts imprévues, il reconnut plusieurs fois que l'occlusion du larynx, occasionnée par diverses maladies , était une cause de mort plus fréquente qu'on lie le croyait communément , et que le gonjlcment œdémateux des bords de la glotte était, parmi les lésions du laryn.x, capables de produire une mort inattendue , la plus fréquente et la plus ignorée.
Cette maladie, qu'il propose de nommer angine laryngée œdémateuse , n'est autre chose , dit-il , qu'une infiltration séreuse de la membrane qui tapisse le larynx. Tous les symptômes que présente cette maladie , ajoule-l-il , sont l'effet de l'infiltration indi(|uée. Nous allons voir ci-dessous que Bayle n'a pas fait preuve de son exactitude habituelle en rapportant toute la maladie exclusivement à l'infiltration séreuse de la membrane qui tapisse le larynx. C'est 1 infiltration du tissu cellulaire environnant qui constitue surtout la maladie, comme on peut en juger par la description que Bayle a lui-même donnée de l'état des parties : » Toujours , dit-il, dans les cadavres de ceux qui ont péri de l'œdème » de la glotte, les bords de celte partie sont gonflés , épaissis, blancs , et comme ■1 tremblotans; ils forment un bourrelet plus ou moins saillant et infiltré d'une » sérosité qu'il est très-difilcile de faire écouler, même en comprimant entre les )i doigts une portion de la membrane à laquelle ou a fait plusieurs incisions. » Un tissu cellulaire extrêmement dense relient le liquide dans un réseau tres- « serré , dont il semble que les aréoles ne communiquent point ensemble. Les » bords de la glotte, infiltrés et gonflés, sont disposés de telle manière, que » toute impulsion qui vient du pharynx les renverse dans l'ouverture de la » glotte, c[u'ils bouchent plus ou moins complètement; et toute impulsion qui s> vient du côté de la trachée-artère repousse ces bourrelets sur les côtés de » l'ouverture de la glotte, dont l'orifice devient très-libre.
» Dans le larynx, on ne voit quelquefois qu'un gonflement œdémateux, léger s et uniforme ; d'autres fois on y aperçoit des lâches rouges et des vaisseaux 0 rouges injectés. On y a aussi découvert une altération plus ou moins étendue, « soit sur les cordes vocales, soit dans les ventricules, soit à la base du cartilage 0 cricoïde. Chez d'autres sujets il y a un abcès dans le larynx, ou tout auprès. » On a aussi observé la carie des cartilages de cet organe.
« L'épiglotte est rarement intacte ; souvent elle est fort gonflée à ses bords, »
Qu'il me scit permis d'indiquer, à la suite tIe cette description , l'état oû se trouvaient le larynx elle pharynx chez trois individus affectés d'angine œdémateuse dont j'ai publié les observations, dans les Archii>es de médecine pour l'année 1825.
I^r Malade. La membrane muqueuse du pharynx et celle du larynx présentent une rougeur vife et une belle injection ; cette rougeur s'arrête brusquement vers l'œsophage , mais se prolonge dans la trachée-artère : au côté gauche du larynx existe une ulcération à fond grisâtre , à bords rouges et relevée , et toutà-Jait semblable à une aphthe ou à un chancre. L'é/>iglotte enflammée est épaissie de plus de trois lignes; il enfisl de même de ses ligamens. Le tissu cellulaire environnant est considérablement épaissi , injiltré et engorgé , et la glotte est tellement rétrécie qu'elle ressemble à un véritable trou plutôt qu'A une fente. La cavité du larynx est remplie d^ne mucosité écumeuse etjïlante : les muscles intrinsèques de cet organe paraissent sains. Les amygdales sont rouges et enflammées : la gauche est singulièrement tuméfiée et superficiellement ulcérée; la droite , plus profondément ulcérée, est infltr'ée d un pus qui donne à son parenchyme une couleur grisâtre. Toute la partie antér ieur-e du cou est tuméfiée et le tissu cellulaire interposé entre les muscles de cette partie, est infiltré d'un pus dont la quantité augmente à mesure qu'on s^approche de l'os hyoïde...
2e Malade. Uépiglolle et ses ligamens sont considérablement épaissis; le tissu cellulaire du larynx , celui du cou , de la face et des paupières surtout sont gonflés , injectés j rouges, œdémateux et infllrés de pus en certains points. La glotte se pr-ésente sous la forme d'un trou très étr-oit , ce qui provient à-la fois , et du gonflement de toutes les parties environnantes et des mucosités amassées entr-e les lèvres de cette ouverture. La membrane muqueuse du pharynx , du larynx et des bronches est rouge et injectée.
OEDEME.
OEDÈME
3e Malade. La glotte présente enuiron la moitié de son étendue naturelle. Son l éti'écissement est produit par le gonflement œdémateux de ses lèvres qui sont énormément injiltrécs et épaissies : le muscle arythénoidien lui-même est sensihlement infiltré. A V endroit qu'occupent les amygdales, on ne troui/e quune sur- Jace ulcérée, grisâtre; il ne reste de ces glandes que leur partie externe, qui est ramollie , injiltrèe de sang et de pus , et presque semblable à une portion de cerveau ramollie. Le tissu cellulaire qui entoure immédiatement les amygdales est rouge et en suppuration ; celui qui environne le larynx et le pharynx est œdémateux , et présente en même temps quelques gouttes de pus infiltrées dans ses aréoles. La membrane muqueuse laryngée est recouverte d'un mucus purulent ; elle est rouge et injectée, mais à un moindre degré que celle de lu trachée-artère, des bronches et de leurs ramifications.
§ III. Il suffit de réfléchir un instant aux lésions qui viennent d'être décrites, pour reconnaître que Tcedème de la glotte, dans les cas dont il s'agit, ne constituait qu'un accident, qu'un des élémens de la maladie et non la maladie tout entière. La nature inflammatoire de cette dernière est trop évidente pour être méconnue par qui que ce soit. Arguerait-on de là que cette maladie n'est pas celle que Bayle a décrite sous le nom^d'œdème de la glotte ou d"angine laryngée œdémateuse? Pour réfuter celte argumentation , il me suffirait de recourir à la description générale des altérations telle qu'elle a été tracée par Bayle, altération parmi lesquelles figurent non-seulement des taches rouges et des vaisseaux injectés dans le larynx , mais encore des abcès dans cet organe ou tout auprès , la carie de ses cartilages, etc.
On se convaincra bien mieux encore de la nature inflammatoire de la maladie désignée par Bayle sous le nom d œdème de la glotte, en lisant attentivement plusieurs des observations rapportées dans son important travail sur cette malatlie , inséré dans le recueil des Mémoires de la faculté de médecine de Pans- Citons en abrégé quelques-unes de ces observations.
Un jeune homme de vingt-cinq ans , convalescent à'anejièvre bilieuse putride, fut pris , le 13 brumaire, an xi, d'une toux sèche, assez rare; sa voix devint rauque et il éprouva un sentiment de gêne au larynx, où il portait continuellement sa main , au milieu de la gêne extrême de i-espirer à laquelle il était en proie. Le 2 frimaire, le malade expira , après avoir souvent répété, en s'abandonnant au àèics^oir , j' étouffe ,je suis étouffé , donnez-moi un couteau , etc. — Voici ce qu'on trouva à l'examen du cadavre : épiglotte un peu épaissie et infiltrée à ses bords ; orifice de la glotte un peu rétréci ; bords de la glotte épaissis , infiltrés , comme blanchâtres... L'intérieur du larynx, enduit d'une mucosité glaireuse abondante , était un peu rouge eu divers endroits , etc.
Uu limonadier , âgé de dix-huit ans , éprouva , le 4 thermidor , un malaise et des picotemens dans le larynx , ia voix devint un peu rauque et il se déclara une toux assez rare. Le 10 , voix très rauque et très basse , douleur vive dans le larynx, toux forte et fréquente, expectoration de gros crachats fort tenaces , les uns glaireux , transparens, les autres muqueux Le 14, pouls petit et fréquent; le malade ayant mangé un peu trop, les douleurs du larynx furent plus vives: il fit beaucoup d'efforts pour tousser et pour expectorer une matière purulente ou puril'orme... La mort, par suffocation , arriva le lendemain à onze heures du soir. — Ouverture du cadavre. Bords de la glotte épaissis , infiltrés de sérosité ( Le droit était capable de fermer presque toute la glotte , lorsqu'on le poussait de dehors en dedans). Cordes vocales un peu épaissies et gonflées par l'infiltration. Dans la paroi postérieure du larynx, il y avait un abcès purulent... Le pus de l'abcès était très blanc et fort épais... Les cartilages arythénoïdes et le bord supérieur du cricoïde baignaient dans le pusj la base des cartilages arytliénoïdes était en partie détruite , de même que la portion supérieure du cricoïde...
Un étudiant en médecine , convalescent d'une fièvre putride maligne pendant le cours de laquelle il avait toussé assez souvent et s'était plaint de mal de gorge, aimant beaucoup à chanter et à déclamer , sortit un jour pendant un temps humide et froid. Peu de jours après , sa voix devint rauque ; il éprouva de la gêne dans la respiration et une douleur légère dans la région du lar3'nx ? et par intervalles des accès de suffocation. Vers le sixième jour , à compter de l'apparition des étouffemens, tous les accidens augmentèrent. Dans la nuit suivante, accès de suffocation qui faillit être mortel. MM. Laennec, Béclard et Lizeau proposent la trachéotomie , qui fut pratiquée presque aussitôt. Sept à huit minutes après , le malade expira dans un accès de suffocation. — Ouverture du cadavre. Les bords de la glotte étaient œdématiés et bouchaient presque
complètement celle ouverture lorsqu'on les abaissait Tout le tissu cellidaire
extérieur à la membrane muqueuse du larynx était évidemment infiltré , et cette membrane elle-même, plus molle , plus épaisse que dans l'état naturel, avait évidemment participé, en quelques endroits surtout, à la même affection. L'infiltration était particulièrement remarquable dans les ventricules du larynx et
sur les cordes vocales La paroi postérieure du larynx offrait une tuméfaction
assez sensible ; cette tumeur ayant été incisée, il s'en écoula quatre gros environ d'un pus jaune et visqueux...
Les faits c|ue l'on vient de lire, examinés sous le double rapport des symptômes observés pendant la vie , et des altérations rencontrées à l'examen du cadavre , ne permettent pas de douter que l'œdème de la glotte ne fût accompagné d'une véritable inflammation d'une portion du tissu cellulaire du larynx , accompagnée ou non d'une inflammation de la muqueuse du larynx. Ainsi donc, dans les cas de ce genre , ce n'est point à un simple œdème de la glotte qu'on a affaire , mais bien à une forme particulière d'inflammation laryngée, entraînant à sa suite , entre autres lésions anatomiques , un état d'infiltration séreuse des ligamcns de la glotte et du tissu cellulaire abondant que l'on trouve à l'intérieur
du larynx. On peut , à ce qu'il me semble , comparer cette infiltratior dans l'espèce de laryngite qui nous occupe , à celle que l'on voit survenir l'extérieur, dans les environs d'un phlegmon ou d'un vaste érysipèle phlei moneux.
Quoi qu'en dise Bayle, il est difficile de ne pas trouver des rapports frappai entre la maladie qu'il a désignée sous le nom d'angine laryngée œdémateuse l'angine aqueuse de Boerhaave. Bayle convient d'ailleurs , que si, jusqu'à lu les auteurs n'avaient pas signalé les symptômes de l'angine laryngée œdém; teuse, ses effets se trouvaient bien indiqués dans divers ouvrages , et que l'él du larynx à la suite de cette maladie, se trouve assez bien décrit dans Morgi gni et dans Bichat. Ce dernier, en effet , a parlé de cette maladie dans le ton second de son Anatomie descriptive, où il dit qu'elle suffoque souvent les mal, des en très-peu de temps. Il cite aussi le cas d'un chien qui mourut d'une angir œdémateuse provoquée artificiellement. Quant à Morgagni, dans divers pass; ges de son immortel ouvrage, il a fait clairement mention de l'œdème de la glott et il en a reconnu toute la gravité. Dans sa quatrième lettre , il parle de deux si jets morts à l'improviste, chez lesquels la membrane qui tapisse le larynx éta très-gonflée. Chez le dernier , les bords de la glotte , épaissis et blancs , étaiei plus rapprochés l'un de l'autre qu'à l'ordinaire : magis quam soleant conniveban
§ IV. Étant établi que l'œdème de la glotte est souvent consécutif à une il flammation particulière du larynx nous ne pouvons que renvoyer aux articli angine et laryngite pour ce qui concerne cette inflammation, nous bornai maintenant à rechercher comment on peut diagnostiquer l'œdème de la glott( considéré en lui-même , et par quels moyens on peut y porter remède.
II résulte de la description des caractères anatomiques de cette maladie qu'elle constitue un double obstacle mécanique au passage de l'air à travers glotte , puisque , d'une part, la glotte est rétrécie en proportion du gonflemei de ses ligamens et de la membrane qui en tapisse la cavité , et que d'un auti côté, pendant l'inspiration, cette même glotte se trouve plus ou moins con jilètement oblitérée par le renversement de ces bourrelets œdémateux , dont est mention dans la description de Bayle. (Nous croyons toutefois, conlrain ment à ce célèbre observateur , que cette dernière cause de suffocation n'est pi constante.)
I. Les symptômes caractéristiques de l'œdème de la glotte sont les suivans d'après Bayle : gêne constante de la respiration , avec inspiration difficile et si flante , tandis que l'expiration est facile ; et de loin en loin , accès de suffocatioi pendant lesquelsj'iaspiratiou , très-sonore et très -bruyante, est presque impos sible, quoique l'expiration soit toujours facile.
Cette courte exposition des symptômes pathognomoniques de l'œdème de-l glotte nous paraît susceptible de quelques modifications ; elle repose en efli sur cette circonstance, que constamment les bords de ia glotte, infiltrés i gonflés, sont disposés de telle manière que, pendant l'inspiration , ils serai versent dans l'ouverture de la glotte , qu'ils bouchent plus ou moins complèU ment , tandis que, pendant l'expiration , la glotte devient tout-à-fail libre ps suite du renversement de ces mêmes parties en dehors. Or, outre que, d'un part, les bords de la glotte ne sont pas toujours disposés ainsi que l'a dit Bayli d'une autre part, la glotte se trouve plus ou moins rétrécie parle fait seul d gonflement œdémateux de ses ligamens , de la membrane muqueuse laryngée « du tissu cellulaire ambiant. Aussi, existe-t il des cas dans lesquels la suffocalia est incessamment imminente et où l'expiration u'est point libre comme l'affirni Bayle.
Quoi qu'il en soit, pour distinguer la suffocation, suite d'un œdème de 1 glotte, de la suffocation produite par quelques autres maladies du larynx, il ri faut rien moins qu'une grande habitude du diagnostic , secondée d'une extrêrt attention. Toutefois , il me semble qu'on pourra au moins soupçonner l'existenfl de cette affection chez un individu qui , après avoir éprouve les symptômi d'une angine laryngée (laryngite) d'abord assez légère , éprouvera tout-à-coui une grande dypsnée, des accès de suffocation, avec sentiment d'un obstacli qui s'oppose au libre passage de l'air à travers le larynx, l'individu n'offrafi pas d'ailleurs la voix croupale , et n'expectorant point de fausses membranes. (
Mais , objectera- t-on , ce n'est là que le diagnostic de l'œdème en quelqU sorte inflammatoire de la glotte , et non le diagnostic de l'œdème simple , so' actif, soit passif de cette même partie. J'avoue que je manque totalement à faits propres à résoudre le problème du diagnostic de cette dernière espècj d'œdème de la glotte. Bayle lui-même n'a rien dit de satisfaisant à cet égardli et le passage suivant prouvera , je crois , qu'il n'a guère eu l'occasion d'observe( d'œdème de la glotte qui ne coïncidât avec une inflammation aiguë ou chron< que du larynx.
« L'angine laryngée œdémateuse, dit-il, est primitive et essentielle, ou corj » sécutive et symptomatique. ■
» Quand cette angine est primitive, elle paraît tenir à une affection calai ^ » rhale ou inflammatoire du larynx; quand elle est consécutive , elle dépen! » tantôt d'un abcès place dans le larynx ou aux environs , tantôt d une ulcératio : » dans le larynx avec ou sans carie, tantôt d'une phlhisie laryngée simpi ; » ou compliquée , et quelquefois enfin elle est la suite d'une autre maladie aigi , 11 ou chronique qui a déterminé l'œdème des bords de la glotte en IKRITA^ i » celte partie. » j
Ou le voit, d'après Bayle lui-même, l'angine œdémateuse primitive para tenir à une affection inflammatoire du larynx , et comme les ulcérations les abcès, causes de l'angine œdémateuse consécutive sont aussi des résu tats d'inflammation , et que les autres maladies propres à les dètermini iRBiTEKT la glotte, il est bien clair que la maladie qu il a décrite n'a jama
OEDÈJJIE.
oebème.
été enlièremeut isolée par lui d'une lésion inflammatoire aiguë ou chronique ju larynx.
Sous le rapport des causes de cette maladie , nous avons encore la même remarque à faire. Après avoir déclaré que ces causes ne lui étaient pas bien conjues, il ajoute : «ce sont, en général, toutes celles des maladies inflammatoires 1 et catarrhales , agissant chez un individu prédisposé à une irritation du ) larynx. »
Encore une fols , je ne prétends pas que l'oedème de la glotte comme outes les autres hydropisies , ne puisse être le résultat d'une hypercrinie pure :t simple ou d'un obstacle à la circulation veineuse ; mais ce qui est cerain, c'est que les œdèmes de cette espèce sont peu connus et que Bayle luinême, qu'on ne suspectera pas de n'avoir vu partout que de l'irritation et de inflammation, n'a pourtant traité que de l'œdème de la glotte , suite d'une nflammation aiguë ou chronique du larynx. 11. L'œdème de la glotte est une des maladies les plus graves dont on puisse tre atteint. Les trois cas que j'en ai rapportés dans les Archives générales de médecine se sont terminés d'une manière funeste. Bayle dit que celte maladie a u une issue presque constamment mortelle , toutes les fois qu'il l'a vue parfaiement caractérisée. « Mais, ajoute-t-il , j'ai observé chez d'autres individus des symptômes qui faisaient craindre cette maladie , et chez qui un traitement actif et révulsif a dissipé les symptômes alarmans , tels que la douleur du larynx et les suffocations qui avaient déjà eu lieu. » M. Laennec a observé es cas semblables.
De mon côté , j'ai vu tout récemment une dame chez laquelle existaient les rincipaux symptômes d'une angine œdémateuse commençante , se rétablir raidement sous l'influence d'une médication très-énergique. Il résulte de tout ce qui précède que , dans la maladie désignée sous le nom "œdème de la glotte , il ne s'agit pas seulement , dans la plupart des cas , de ombattre seulement l'œdème proprement dit, mais aussi les diverses maladies iii ont en quelque sorte présidé à son développement, et spécialement une inammation soit aiguë , soit chronique du larynx. Pour le traitement de cette laladie , je renvoie aux mots laryngite et angine de ce dictionnaire. Quant au traitement de l'œdème considéré en lui-même , il est clair qu'il doit onsister dans les moyens propres à provoquer une prompte évacuation de la érosité. La plupart de ceux que nous avons indiqués en traitant des hydropiies , en général , n'auraient pas une action assez instantanée. Si la cavité du larynx était partout accessible aux moyens mécaniques par isquels on peut évacuer la sérosité (mouchetures , scarifications, etc.) , il fau- 'rait y recourir sur-le-champ ; malheureusement il n'en est pas ainsi : on ne [eut, en ellèt, pratiquer ces opérations que sur la partie supérieure ou l'entrée u larynx. Toutefois , les scarifications de cette partie, proposées par M. Lisanc , peuvent être employées quelquefois avec succès. Ce célèbre chirurgien pure avoir guéri par ce moyen plusieurs malades pour lesquels on avait vaineient employé une foule d'autres ressources de l'art. Cependant, les scarificalons peuvent échouer; la suffocation est imminente, la mort certaine. Que fra donc l'art dans une si grave conjoncture ? Je crois avec Bayle , qu'il ne faut s perdre un instant , et qu'il faut en venir au plus tôt à la laryngotomie ou à trachéotomie. Lorsqu'on aura ainsi paré à la suffocation qui termine ordinaifement la vie des malades , on emploiera les différentes méthodes propres à pvoquer la résorption de la sérosité épanchée.
Tout porte à croire que si l'on ne tarde pas trop long-temps à ouvrir à |air une nouvelle voie , l'œdème de la glotte se terminera d'une manière favo- |able. Il est vrai que chez uu des malades, dont les observations ont été consifoées dans le mémoire de Bayle, la mort eut lieu sept à huit minutes après la lachéo-laryngotomie. Mais il est bon de savoir que l'opération ayant été mal fiècutée , l'air ne put pénétrer librement à travers la voie qu'on s'était proposé Ip lui ouvrir. On objectera , peut-être , que l'opération que nous recommanms sera suivie rarement de succès, attendu que, d'après Bayle, « la mort ms l'angine laryngée œdémateuse paraît souvent déterminée par la cessation b fonctions du poumon , dont Vétat spasmodicfue répété a tellement lésé l'exerce, que g lors même que l'air y rentre avec facilité , il ne peut y subir les ïangemens que cet organe doit lui faire éprouver dans la respiration^ de irte que cette fonction vitale ne s^exerce plus j quoique les mouvemens de dila- \tion et de contraction des poumons pei^sisteni. » A cela je répondrai : 1" que assertion de Bayle est une hypothèse purement gratuite; 2» que ce célèbre bservateur a , d'ailleurs , pris soin de se réfuter doublement lui-même , en lablissant d'une part , que les accideiis dépendent du gonflement œdémateux Bs bords de la glotte, et, d'autre part, que la laryngotomie est le remède ir excellence dans cette maladie. Il est vrai qu'un emphysème pulmonaire but être le résultat des efforts que font les malades pour respirer. Mais dans ce tsmême, si la mort arrive , ce n'est pas à une prétendue cessation de je ne sais ifiUe action vitale du poumon qu'il faut uniquement s'en prendre,
' Section o^vxièue. OEdème du poumon.
§ I^r. I/œdème du poumon consiste en uue infiltration séreuse du tissu celluire des poumons.
! Bien que l'œdème du poumon soit une affection assez commune , M. Laennec itle premier auteur qui en ait donné une description satisfaisante. Alberlini Barrère en ont cependant fait connaître quelques exemples. Laennec reproie à ce dernier observateur de n'avoir pas suflîsamment distingué l'œdème du )umon de la péripneumonie au premier degré.
Comme les autres congestions séreuses, l'œdème pulmonaire se divise en
deux principales espèces , selon qu'il résulte d'une hypersécrétion de sérosité dans les cellules du tissu cellulaire du poumon ou d'un obstacle à l'absorption de lasérosité qui lubrifie incessamment la surface iuternedes cellules indiquées. Ainsi que l'a déjà dit Laennec, l'œdème du poumon est rarement idiopathique et primitif. Il survient ordinairement avec d'autres hydropisies chez les sujets cachectiques, et chez ceux qui sont atteints de maladies du cœur dans lesquelles la circulation du sang à travers cet organe se trouve notablement gênée. Laennec pense que la résolution de la pneumonie est presque toujours accompagnée d'un certain degré d'œdème , et il assure que les sujets chez lesquels il a rencontré les œdèmes du poumon les plus universels et les plus intenses étaient morts peu de temps après avoir éprouvé une péripneumonie grave. Le même auteur présume que l'orlhopnée suffocante qui emporte quelquefois les enfans à la suite de la rougeole, n'est autre chose qu'un œdème idiopathique du poumon. Je ne sais jusqu'à quel point cette dernière assertion est fondée; mais quiconque a eu occasion d'ouvrir un certain nombre de sujets emportés parla péri|)neumonie , sait qu'il est en effet très -commun de trouver dans les poumons de ces individus une congestion séreuse combinée avec une congestion sanguine.
§ II. "Voici , d'après Laennec , et d'après mes propres recherches , les caractères anatomiques de l'œdème pulmonaire. Lorsqu'il occupe la totalité d'un poumon, et qu'il a une date un peu ancienne, le tissu pulmonaire présente uue teinte d'un gris paie ou jaunâtre fauve-pâle, et qui n'a plus rien de la couleur légèrement rosée qui lui est naturelle ( dans les cas où l'œdème est simple) ; ses vaisseaux paraissent plus dilatés que dans l'état ordinaire. Les poumons , plus denses et plus pesans qu'à l'état normal, ne s'affaissent pas notablement après l'ouverture de la poitrine ; ils sont moins souples , moins élastiques qu'à l'état sain , et crépitent à la pression ( on sait , d'après les recherches de M. Piédaguel , que , contrairement à ce qu'on avait avancé jusqu'ici , les poumons parfaitement sains ne crépitent pas) ; ils conservent l'impression du doigt comme les membres frappés d'œdème, mais à un moindre degré. Si l'on incise le tissu pulmonaire et qu'on le presse entre les doigts, il en ruisselle une abondante sérosité, comme l'eau ruisselle d'une éponge qui en est imbibée; cette sérosité est incolore ou très-légèrement fauve ou jaunâtre , transparente et un peu spumeuse.
Ou ne saurait confondre l'œdème simple que nous venons de décrire avec la péripneumonie au premier degré , puisf(ue , dans cette maladie , la sérosité qu'on exprime du poumon , par la pression, est fortement sanguinolente, et que, d'ailleurs, la rougeur caractéristique de la pneumonie manque dans l'œdème. La distinction n'est pas aussi facile , selon Laennec , dans les cas d'œdème pulmonaire aigu , tel que celai qui accompagne une phlegmorrhagie aigué , un catarrhe suffocant et l^ agonie de beaucoup de maladies. Il n'est pas rare , dit-il , de trouver dans un poumon œdémateux quelques points pèripneumoniques au premier degré et même au second , et autour de ces points , le passage insensible et graduel de la péripneumonie à Vœdème. Les faits de ce genre se rattachent à ceux qui établissent des points de contact et d'afp.nilà entre les modifications morbides les plus oppposées, l' inflammation aiguë et la diathèse séreuse passive. Nous ne partageons pas complètement l'opinion de liaennec ; en effet, dans l'inflammation proprement dite, il y a dans la texture des organes qui en sont le siège des altérations que ne produit pas l'œdème pur et simple. D'ailleurs , s'il existe quelquefois des points de contact entre
I inflammation à son plus léger degré et l'état morbide qui donne lieu à une congestion séreuse, cette congestion n'est pas de celles qu'on appelle passives, mais bien de celles qu'on appelle aiguës.
L'œdème pulmonaire qui survient aux approches de la mort , dans diverses maladies, est ordinairement partiel, et occupe , ainsi que la congestion sanguine qui l'accompagne , les parties les plus déclives , c'est-à-dire la partie inférieure et postérieure des poumons.
Quelque considérable que soit l'œdème pulmonaire , la texture spongieuse des poumons conserve son intégrité , ainsi qu'il est facile de le constater après avoir exprimé ces organes du liquide qui les inondait. Toutefois , il ne faudrait pas croire que toute la sérosité qui s'écoule provient du tissu cellulaire inter-lobaire ; une grande partie du liquide, en effet , était contenue dans les vésicules pulmonaires elles-mêmes.
§ III. Le diagnostic de l'œdème du poumon n'est pas toujours exempt de difficultés. Cette assertion s'applique surtout à l'œdème pulmonaire aigu ou actif. Quant à l'œdème passif, bien qu'il soit ordinairement compliqué de diverses affections des poumons , soit primitives , et idiopathiques , soit consécutives à certaines maladies du cœur, on peut, au moyen d'une attentive exploration, en reconnaître assez souvent l'existence.
Les signes tirés de la gêne de la respiration , accompagnée ou non de toux, sont très-équivoques. Il en est ainsi des crachats, lorsqu'ils existent: ils sont presque entièrement séreux , un peu spumeux, quand l'œdème est simple; mais dans le catarrhe pituileux de certains auteurs, on observe des crachats semblables, que Laennec a justement désignés sous le nom de phlegmorrhagiques.
II est vrai que dans cette forme de catarrhe , la percussion , à moins de complication , fournit un son normal, tandis que dans l'œdème du poumon, le son est plus ou moins obscur , selon le degré de la maladie.
L'auscultation donne deux moyens de reconnaître l'œdème du poumon. Malgré les efforts de dilatation du thorax ,1a respiration vésiculaire est beaucoup plus faible qu'à l'état normal , et, comme dans la pneumonie au premier degré, elle est accompagnée d'un râle crépitant ou plutôt sous-crépitant. Toutefois , ce ràle ; ainsi que l'a très-bien noté Laennec , est moins sec que celui de la
OEDEME.
OEDEME.
pneumonie au premier degré, et en même temps que les bulles en sont plus humides, elles sont aussi plus volumineuses. « Cependant, on doit avouer n qu'il est quelquefois difficile de distinguer ces deux affections Tune de Tau- » tre à l'aide des seuls signes tlonnés par le cylindre , et qu'il est nécessaiie « d'y joindre la comparaison des symptômes gcncraux. Quand l'œdème est )i trcs-ctendu et très intense , la sonoréilé de la poitrine diminue assez nota- » blement. Un peu de bronchophonie se manifeste dans ces cas , à la racine du I) poumon surtout. Mais la longue persistance du râle crépitant et l'absence I) des signes généraux de l'inflammation, permettent presque toujours de dis- » tinguer l'œdème du poumon de la pneumonie au premier degré , même dans )' les cas où ces afTcctions sont réunies. » (Laennec , AuscuLt. méd. , t. ii ^ » p. 355. )
§ IV. Le traitement de l'œdème du poumon doit être approprié à l'espèce de la maladie. J'ai indiqué , avec cjuelque détail, les divers moyens qu'on peut mettre en usage , à l'article Hydropisib de ce dictionnaire. Pour éviter des répétitions non moms inutiles que fastidieuses , je ne les rappellerai point ici. Quand aux diverses complications de l'œdème pulmonaire , elles réclament un trait ememcnt spécial qu'il n'est pas besoin d'indiquer eu ce moment.
Section troisième. OEdème du cœur.
Cette maladie n'a , que je sache , encore été déci ite par aucun auteur. J'ai eu occasion de la rencontrer un assez bon nombre de fois ; je ne l'ai jamais observée simple , c'est-à-dire isolée de toule autre maladie du cœur: elle accompagne ordinairement les indurations des valvules du cœur , le ramollissement chronique delà substance musculaiie de cet organe, l'hydro-péricarde , etc.
Les caractères anatomiqnes de l'œdème du cœur sont les suivans : le tissu cellulaire et cellule-graisseux qui enveloppe cet organe se présente sous forme d'une masse tremblotante , gélalinilorme ; la pression fait sortir de cette masse un liquide séreux, transparent , tantôt incolore, tantôt légèrement coloré en jaune ou en jaune verdàire. La surface du cœur offre une teinte d un blanc mat, opalin , comme si elle eût macéré dans un liquide (cette teinte existe surtout dans les cas de complication d'hydro-péricarde). Les veines qui ï ampent à la surface du cœur sont le plus souvent dilatées et comme variqueuses.
J'ai quelquefois renconcontré une autre espèce d'œdème du cœur : c'est celui qui consiste dans une infiltration séreuse d'adhérences celluleuses consécutives à une périeardite.
Je ne crois pas que l'œdème du cœur donne lieu à des symptômes assez tranchés pour qu'on puisse le diagnostiquer d'une manière directe et précise. Mais on pourra en conjecturer l exislence chez les individus qui , par suite d'un obstacle au centre même de la circulation, offrent des collections séreuses dans le tissu cellulaire extérieur, dans les cavités séreuses et dans le poumon. Toutefois , comme l'œdème du cœur n'est pas constant dans ces cas , ou s'exposerait à se tromper, en ne faisant reposer le diagnostic de celte maladie que sur une base aussi précaire.
Section quatrième. OEdème du ceri^eau.
Cette maladie est une de celles que les pathologisles ont jusqu'ici le moins étudiée. D'après les faits que j'ai eu occasion d'observer, et d'après ceux cpii ont été recueillis par d'autres médecins, il me semble qu'on peut appliquera cette espèce d'iiydropisie les principales divisions que j'ai établies en traitant des hydropisies en général (foy. ce mot). En effet : 1" Vcedème cérébral peut être le résultat d'une sorte de congestion séreuse actwe ou d'une irritation sécréioire semblable à celle que provoquent les substances vésicantes; 2° cette maladie peut être l'effet d'un obstacle à la circulation veineuse (l'obstacle peut résidei dans le système veineux cérébral ou bien dans les organes centraux de la circulation ) ; 3° quant aux autres modes suivant lesquels peut s'opérer l'hydropisie considérée d une manière générale , j'avoue que je n'ai rien de positif à en dire à l'occasion de l'œdème cérébral en particulier.
§ I. L'œdème du cerveau , suite d'un obstacle à la circulation veineuse , survient ordinairement d'une manière lente et graduée. 'Voici quels en sont les caractères anatomiques : la substance cérébrale est un peu plus molle que dans l'état normal, mais conserve sa structure normale; elle est d'un blanc plus mat qu'à l'état ordinaire , ce qui tient à l'espèce de macération qu'elle a éprouvée par l'effet de la sérosité qui l'abreuve de toutes parts. Selon qu'elle e.\iste en quantité plus ou moins considérable, celte sérosité s'écoule par gouttelettes ou en nappe , lorsqu'on presse la substance cérébrale iutiltrée. Cet œdème coïncide constamment avec une collection séreuse dans les ventricules, ainsi que dans la grande cavité de l'arachnoïde et dans les mailles de la pie-mèi e.
Les causes , les symptômes et le traitement de l'espèce d'œdème du cerveau qui nous occupe ici .se confondent avec ceux de l'hydrocéphale dite passive; nous renvoyons donc les lecteurs à ce dernier article.
§ H. Disons maintenant quelques mots de Vcedème aigu du cerveau. Cette espèce d'hydropibie est pour le cerveau ce qu'est pour 1 arachnoïde et la piemère 1 hydrocéphale aiguë. Ces deux congestions séreuses actives se rencontrent ordinairement ensemble ; toutefois . il est beaucoup de cas où l'hydrocéphale aiguë n'est pas accompagnée d'infiltration séreuse de la substance cérébrale , et s il faut en croire Abercrombie et quelques autres auteurs, l'œdème aigu de certaines parties du cerveau peut exister indépendamment de l'hydiocéphalc aiguë. Abercrombie regarde l'œdème dont il s'agit comme une espèce de ramollissement du cerveau. J'ai àil aû\ears (Traité de Venccphalile , x>Ag. 61 et 62) que l'état morbide dont il est ici question, lequel occupe spécialement la voûte à trois piliers, la cloison transparente et la surface des ventricu-
les serait dans bien des cas , mieux désigné sous le nom de mollesse que d ï amollissement du cerveau. Je ne dis point que , parmi les cas qui ont été rap portés comme des exemples de vrai ramollissement du cerveau , il n'y en ai pas qui appartinssent réellement à cette catégorie de faits ; mais il me paraii certain que , parmi ces cas , il en est dans lesquels les parties étaient seulemeiii infiltrées , imbibées en quelque sorte de sérosité , et non desorganisées , ain^ qu'elles le sont dans le ramollissement véritable. C'est aux cas de ce genre qii me paraii pouvoir s'appliquer le mot d'œdème aigu du cerveau. Au reste, j; l'avouerai, il se pourrait très-bien que ces deux états ne fussent que deux degrci d'une seule et même maladie. En effet, de même que l'hydrocéphale aiguë n'es' qu'une sorte de diminutif de la méningite , de même aussi , peut-être , l'œdèm. aigu du cerveau n'est-il qu'une encéphalite à un degré inférieur à celui qu produit le ramollissement véritable et la suppuration. Ce qu'il y a de bien re marquable, c'est que dans les cas où l'œdème aigu du cerveau coïncide avei une hydrocéphale également aiguë, il occupe précisément les parties du cer veau qui se trouvent en contact avec l'arachnoïde ventriculaire ; or, il est asse; raisonnable de penser alors que l'œdème tient à une affection de même nalun que celle dont l'hydrocéphale est le résultat, c'est-à-dire à ce mode d'irritatioi cju'on a désigné sous le nom de sècéioire. Il n'est guère probable, en effet que dans tous les cas de ce genre, on puisse rapporter l'état des parties ei contact avec l'épanchement ventriculaire à une simple imbibition.
Quoi qu'il en soit , nous croyons que , dans l'état actuel de la science, l'histoire de l'œdème aigu ou actif du cerveau ne saurait être faite à part de celle di l'hydrocéphale également aiguë. Nous renvoyons donc à ce mot, ainsi que nous l'avons fait à l'occasion de l'œdème cérébral passif. |
Toutefois, nous ne terminerons pas cet article sans y ajouter le passage quii M. Andral a consacré à la maladie qui nous occupe, dans son analomie pathologique , et les intéressantes recherches de M. le docteur Étoc-Dem:izy , recherches d'où il résulterait que la stupidité considérée chez les aliénés e,sl souvent le résultat de l'œdème des hémisphères. (Voyez la Dissertation de c( médecin , soutenue en 1833 , à la faculté de médecine de Paris. )
Voici les réflexions de M. Andral sur l'œdème du cerveau ;
Il La sérosité qui s'épanche dans la substance cérébrale elle-même peut s'v « trouver infiltrée ou contenue dans une cavité. M. Gucrseiit a signalé chez les n enfans un état dans lequel diverses parties du cerveau étaient ramollies pai » la quantité considérable de sérosité qui en infiltrait la substance , et qu'or| » pouvait facilement en exprimer. Le siège de celte infiltration se trouve le plus « souvent dans les parties blanches centrales qui réunissent les deux hémisphè- « res cérébraux (corps calleux, voûte à trois piliers , septum médian ). La sub- « stance blanche qui constitue la couche la plus superficielle des parois de: » ventricules est quelquefois aussi atteinte de ce ramollissement par iufillratioi « séreuse ; on le retrouve , mais beaucoup plus rarement , dans les couches op- « tiques, dans les corps striés , dans la masse même des hémisphères. Dans I: » plupart des cas de ce genre , observés par M. Gucrscnt , il exislait en même « temps un épanchement considérable de sérosité dans les ventricules ; cepen- » dant , il peut avoir lieu sans cet épanchement , ce qui prouve qu'il n'est pa: » le résultat mécanique de la macération de la substance par le liquide épans ché. J'ai rencontré plusieurs fois un pareil état chez les adultes ; chez euxi » mes observations m'ont conduit à établir, sous le rapport du siège , trois » variétés de l'infiltration séreuse de l'encéphale: l'une existe dans les parties- » blanches centrales du cerveau ; la seconde dans les couches optiques et dans n les corps striés, et la troisième dans la masse même des hémisphères. Je n'ai
pas vu qu'aucun symptôme particulier coïncidât avec l'existence de cet œdè-,
0 me cérébral, quel qu'en fût le siège. La même remarque a été faite sur les' n enfans par M. Guersent. « ( Dictionnaire de médecine, en 21 volumes, tome 11, page 310. )
Présentons maintenant un résumé du travail remarquable de M. Étoc-De-' mazy sur l'œdème des hémisphères cérébraux. Commençons par la description des caractères anatomiques.
L La substance des hémisphères est humide , spongieuse, infiltrée de sérosité limpide , qu'une pression légèie fait suinter eii gouttelettes miliaires , à la , surface des incisions. La couche corticale est d'un gris pâle, la substance mé-; dullaire d'un blanc mat (une fois seulement, M. Étoc-Deniazy a constaté que
1 œdème était plus marqué dans- la première que dans la seconde) ; il estdiffi-: cile tl'apprécier, avec exactitude, la consistance des parties imprégnées de sérosité. Le cerveau, plus pesant, plus volumineux que dans l'état normal , place sur sa voûte , ne se laisse pas aller; \\ reste fixe comme si sa densitée était augmentée ; et cependant, si on l'incise, il présente au tranchant du scalpel, beaucoup moins de résistance que dans l'état ordinaire , et il semble alors que sa substance soit ramollie. Cette consistance apparente des hémisphères n'existe pas réellement ; elle résulte delà compression des globules nerveux, parla sérosité inter-moléculaire. Au fond de chaque incision , au sommet de l'angle formé par lécartement de ses deux surfaces, on aperçoit des filamens blanchâtres passer transversalement de l une à l'autre; ce sont des vaisseaus capillaires isolés , par la sérosité , de la pulpe nerveuse. La dure-mère est fortement tendue sur les lobes cérébraux; l'arachnoïde, plus ou moins transparente , ne contient pas de sérosité dans sa cavité; la pic mère est d'un rose jjâle, mince et ténue; les circonvolutions larges, aplaties, sont séparées , non par des sillons , mais par des lignes sinueuses ; la sérosité des ventricules latéraux, toujours peu abondante, est quelquefois réduite à une simple couche qui lubrifie leur surface ; leurs parois ne présentent aucune altération.
OEDÈME
Dans un seul des cas rapportés par M. Étoc Demazv, le cervelet était œdémateux comme les Lcmisplières cérébraux.
Aux lésions constantes que nous venons de faire connaître , se joignent quelquefois d'autres lésions accidentelles , variables, que nous ne croyons pas nécessaire de décrire ici.
II. Entre l'altération fonctionnelle et l'altération organique existe-t-il nn rapport intime , une relation tellement nécessaire que l une ne puisse exister Isansl'aulre, et que l'existence de celle-ci soit inévitablement manifestée par |la première ? Après avoir établi que dans l'œdème dont il s'agit , le cerveau est j comprimé (cette compi-ession est démontrée par l'aplatissement des circonvolu- I tiens qui s écliappent et font hernie entre les lèvres de la dure-mère incisée) , ÎM. Étoc-Demazy, pour bien apprécier les effets d'une telle cause, commence jpar exposer quelle est l influence de la compression dans une maladie céréibrale, très-connue, l'hydrocéphale. Il compare ensuite la lésion des facultés intellectuelles qu'on observe dans cette maladie avec celle qui a lieu dans l'œdème des hémisphères cérébraux : cette partie du travail intéressant de M. Étoc- Demazy mérite d'être consignée ici textuellement :
« Ce tableau symptomalique (celui de l'hydrocéphale) ne représente pas » exactement les traits propres à la stupidité ; aussi les altérations cérébrales
> avec lesquelles l'une et l'autre coïncident ne sont pas identiques : elles ont » un caractère commun, la compression du cerveau ; mais, dans le premier
> cas , la sérosité est épanchée dans les ventricules ; dans le second , elle infil-
> tre les hémisphères. La différence du siège est la source de la difTtrence des
0 symptômes.
» Dans la stupidité , comme dans l'hydrocéphale , les facultés intellectuelles
> sont profondément altérées, et cependant la sérosité inter-molcculaire est,
1 en quantité absolue , bien inférieure à la sérosité ventriculaire. La disposi-
> (jon du liquide séreux lui-même va nous faire comprendre ce résultat com- ^ miin de deux causes différentes dans leur principe.
» Dans la stupidité, les hémisphères, organes de l'intelligence, sont com- ■ primes inlerstitiellement , en détail : chaque molécule nerveuse est saisie ^ corps a corps par la sérosité qui diminue ou suspend son action ; les autres parties de l'encéphale restent libres. Dans l'hydrocéphale, au contraire , la I compression s'exerce en même temps à la surface de tous les divers organes 1 qui concourent à former le cerveau , tels que les couches optiques, les corps I stries, et son action n'est pas concentrée sur l'instrument spécial de i'intelli- } gence ; elle ne se borne pas k troubler la fonction des hémisphères , son influence perturbatrice s'étend aux fonctions de tous les organes compiinics. Voilà pourquoi les pupilles , toujours dilatées dans l'hydrocéphale , ne lo I sont jamais dans la stupidité; voilà pourquoi encore le strabisme et les convulsions partielles ou générales, si fréquentes dans la première, n'existent jamais dans la seconde. Dans l'hydrocéphale , les sensations sont allérées , parce que les organes qui transmettent les impressions et la partie du cerveau qui les perçoit sont altérés; dans la stupidité, le trouble des sensations reconnaît pour cause unique l'obscurité des perceptions, parce que l'altération est bornée à l'organe qui perçoit ; et comme la perception est l'élément intellectuel , que sa lésion soit primitive ou secondaire , simple ou compliquée, la faculté de combinaison est , dans les deux cas , également diminuée ou suspendue. Voilà comment deux causes , différentes dans leur point de départ, arrivent, en convergeant , à une même fin, l'altération de l'intelligeitce.
1) Nous saisissons donc maintenant l'influence causative de la lésion de l'organe sur le désordre de la fonction , et nous pouvons conclure que, s'il est vraique, dans l'hydrocéphale , les symplômes soient produits par l'épanchement ventriculaire , il est également vrai que ces mêmes symptômes , modifiés légèrement dans la stupidité , sont produits par l'infiltration séreuse des hémisphères,
I » Je sais, ajoute M. Étoc-Demazy, que M. le professeur Andral {Anat. paihoL, tom. II , pag. 822), n'a pas vu qu'aucun symptôme particulier coïncidât avec l'existence de l'œdème cérébral. Je ne me permettrai pas d'apprécier la valeur de cette observation. Je ferai seulement une remarque. Assurément, il y a trente ans, la paralysie générale, si bien décrite par ! M. Calmeil, existait, comme elle existe aujourd'hui, à Bicètre et à la Salpétrière. Eh bien ! Pinel , pendant sa longue carrière au milieu des aliénés l'avait à peine entrevue : il ne l'a pas même indiquée dans son ouvrage, et chaque jour , nous voyons , à la Salpétrière, des médecins , étrangers à l'étude de l'aliénation mentale , ne pas même soupçonner une lésion du mouvement chez des malades qui bégaient en leur parlant , et dont les jambes chancelantes bégaient, en quelque sorte, comme la langue. 31 L'œdème du cerveau n'est pas une airection fréquente : il ne porte pas immédiatement atteinte à la vie. Cette circonstance peut sans doute expliquer la divergence d'opinions relativement à ses symptômes. J'ai vu quatre alirnés seulement mourir stupides , et dans ces quatre cas , s'est rencontrée l'iufil- ' - tration séreuse des hémisphères. Je ne l'ai jamais vu ailleurs , et cependant, I en 1832 et dans les sept premiers mois de 1833, j'ai fait à la Salpétrière, trois cent vingt autopsies. Une seule fois l'œdème s'est étendu au cervelet , et nous L avions remarqué, pendant la vie , des aberrations singulières de la sensibi- I lité. L'anesthésie était-elle l'effet, non de l'œdème , car elle existait long- I temps avant son développement, mais du travail morbide qui a dû le pré- I céder ? Je l ignore. »
III. Après avoir ainsi déterminé les rapports entre les symptômes et les léons anatomiqucs, M. Étoc-Demazy essaie de remonter à la source ou à la na-
DlCT. DE MÉDECINE ET DE ChiRCCGIB PRATIQUES.
1303 ) OEIL
ture de ces dernières. Il conclut de la discussion des faits qu'il a recueillis, que l'œdème du cerveau ne dépend ni d'un obstacle à la circulation veineuse, ni d'une altération du sang , ni de la suppression brusque d'une hydropisie ou de la suppression de quelques sécrétions , ni d'une irritation sécrétoire. 11 termine ainsi : « Je ne me sens pas le droit d'adopter une conclusion positive relative- » ment à la nature de cet œdème , c'est-à-dire relativement à l'espèce de lésion n première qui a modifié l'action organique du tissu où siège l'infiltration sé-
» reusc Je crois voir ce qu'elle n'est pas ; je ne puis découvrir ce qu'elle
» est , et je pense avec M. Andral , contrairement à l'opinion de M. Bouillaud, » qu'il est un certain nombre d hydropisies dont la cause est entièrement » ignorée, n
Je manque de matériaux pour juger en dernier ressort la question du mécanisme de l'espèce d'œdème , dont s'est occupé M. le docteur Etoc-Demazy ; mais , si je ne me trompe, de nouveaux faits viendront démontrer que cet œdème rentre dans quelqu'une des catégories que j'ai établies à l'article hydkopisiE de ce dictionnaire.
IV. Une seule indication se présente, suivant M. Etoc-Demazy, dans le traitement de l'œdème du cerveau : faire disparaître la sérosité intermoléculaire , en provoquant son absorption. Les moyens qu'il propose pour atteindre ce but sont précisément ceux que nous avons indiqués nous - même ailleurs {voy. HîDROPisiE , amasakqde), savoir : les évacuations sanguines, les purgatifs , les diurétiques , les sudorifîques , les sialalogues et les révulsifs ; d'où l'on voit que, tout en affirmant que l'œdème cérébral n'est pas de la même nature que les hydropisies dont l'auteur de cet article a tâché d'exposer les divers mécanismes , M. Etoc-Demazy n'en propose pas moins un traitement identique à celui qui convient à ces dernières. Or, s'il est vrai , comme le veut Hippocrate, que la curation des maladies en démontre la nature {natuiam morborum oslendit curatio"), nous trouvons dans les moyens de traitement que conseille iM. Etoc-Demazy contre l'œdème du cerveau , un argument nouveau pour ne pas reconnaître à cette hydropisie une nature essentiellement différente de celle des autres hydropisies.
Section cinquième. OEdème du tube digestif.
L'œdème du tube digestif est une maladie qui n'est pas très rare. Il ne se montre pas avec une égale fréquence dans tous les points de ce tube; c'est ainsi que, suivant M. Andi al , il affecte moins communément l'estomac et l iulestin grêle que le gros intestin. C'est quelquefois l'unique lésion, ajoute cet auteur, que l'on trouve dans le colon d'individus qui ont eu une diarrhée chronique.
L'œdème dont il s'agit est caractérisé par l'existence d'une certaine quantité de sérosité dans les mailles du tissu cellulaire sous-muqueux , sous-séreus et iuter-musculaire. Cette sérosité peut être assez considérable pour augmenter beaucoup l'épaisseur des parois gastro-intestinales ; elle peut soulever la membrane muqueuse, soit d'une manière uniforme , soit d'espace en espace, sous forme d'ampoules.
Tantôt la sérosité, déposée dans les mailles du tissu cellulaire du tube digestif, est purement aqueuse : tantôt , au contraire, elle tend en quelque sorte à se solidifier , et telle est sa consistance qu'elle ressemble à une gelée plus ou moins bien prise. On observe celte dernière forme d'œdème , ainsi que l'a dit M. Andral, dans un certain nombre de cas d'indurations des parois gastro intestinales qu'on appelle des dégénérations squirrheuses. C'est au pourtour des masses indurées que l'on trouve l'espèce d'infiltration dont il s'agit.
On pourrait considérer comme une sorte d'œdème intermédiaire entre les deux précédentes espèces, cet empâtement , cet cpaississement que l'on rencontrait presque constamment chez les individus enlevés parle choîéra-morbiis qui a récemment ravagé la capitale.
Nous avons peu de données sur les symptômes propres à caracléri.'-er l'œdème du tube digestif. Cet œdème n'est bien souvent qu'un accident d une autre maladie du tube digestif. Cependant il accompagne quelquefois les grands obstacles à la ciiculation veineuse et coïncide alors avec d'autres collections séreuses.
Si l'on parvenait à reconnaître , ou du moins à soupçonner l'existence d'un œdème du tube digestif, il faudrait accommoder le traitement à l'espèce de la maladie , laquelle , comme les autres hydropisies en général , peut être active ou passive , simple ou compliquée, etc.
Les moyens généraux par lesquels on doit combattre ces différentes espèces d'hydropisie ayant été indiqués ailleurs ( voyez le mot Hïdkopisies ) , nous ne devons pas nous en occuper ici. Quant aux moyens spéciaux qui peuvent être opposés à l'œdème du tube digestif, nous devons avouer que, dans l'état actuel de la science , ils sont tout-à-fait nuls. J. Bouillaud.
OEIL ( Maladies de l' ). L'œil par sa situation qui l'expose à l'action presque constante des excitans extérieurs et spécialement de l'un d'eux , par ta délicatesse de sa structure qui se fait remarquer dans la plupart des tissus qui le composent, par les sympathies qui unissent quelques-unes de ses parties avec les principaux organes du corps , par la communauté de vaisseaux qui se fait remarquer entre lui et les organes encéphaliques , est exposé à une foule de maladies.
Déjà les Grecs en comptaient cent quinze , et de nos jours le docteur Rowley en admet cent dix-huit principales. Mais il est facile de remarquer , en parcourant les ouvrages d'ophthalmologie , que, même en y comprenant les maladies des annexes de l'appareil de la vision, ainsi qu'on a coutume de le faire, le nombre des maladies de l'œil, bien qu'assez considérable est réellement beaucoup moindre , et qu'il n'a successivement été porté à un chiffre aussi élevé que
OEIL
OEIL
parce que l'on a, dans la plupart des cas, regardé comme des maladies différentes et désigné par un nom parliculier , une même affection à diverses époques de sa durée, ou les différentes formes sous lesquelles elle peut se produire.
Il nous serait facile de prouver cette assertion en parcourant ici le cadre nosologique adopté par la plupart des ophthalmologistes , et en rattachant à chaque affection principale les variétés qui en ont été séparées. Mais outre que ce travail se réduirait presqu'à une nomenclature fastidieuse , et que d'ailleurs il se trouve pour ainsi dire fait successivement avec les différens articles qui ont trait , dans ce dictionnaire , aux maladies des yeux, il remplirait presque tout l'espace qui nous est accordé pour traiter ici de ces maladies en général , et nous préférons nous borner à les considérer sous ce dernier point de vue.
D'après ce qui a été dit au commencement de cet article , les cause» des maladies de l'organe de la vision sont nombreuses. En effet , non-seulement il est exposé, comme tous les organes externes, à l'action mécanique des corps piquans , tranchans ou contondans ordinaires, ainsi qu'à celle des agens chimiques ; mais su sensibilité est tellement exquise, que les causes de cette nature (|ui n'auraient aucune action sur les autres organes placés à la péi'iphérie du corps , en ont une très vive sur lui : les corpuscules voltigeans , les vapeurs irritantes , l'humidité atoiosphérique , les brouillards, les variations de température, l'électricité répandue dans l'air, y déterminent des inflammations fréquentes , èt il a une sensibilité toute spéciale pour la lumière , dont les variations , le degré d'intensité ont une grande influence sur la conservation de sa s&nté.
Des sympathies nombreuses l'unissent, avons-nous dit, aux principeaux organes de l'économie ^ et le font j^articiper à l'état de santé ou de maladie de ces organes.
Ceci toutefois doit plutôt s'entendre de chacun des tissus qui entrent dans la composition de l oeil en particulier , que de l'organe pris en masse. Ainsi, il est peu d'exanthèmes qui ne puissent consécutivement développer une conjonctive; on connaît les sympathies qui unissent les organes digeslifs avec l'iris {vojez Iritis , MToniASE), la rétine {voyez Amaurose), la conjonctive ( voyez Conjonctivite ) , ou le cristallin ( voj-ez Cataracte) ; il en est de même pour l'ute'rus. Certaines affections complexes, les scrophules, la goutte, le rhumatisme, paraissent aussi porter fréquemment leur action sur l'œil, et les ophthalmologistes reconnaissent des ophthalmies scrophuîeuses , arthritiques et rhumatismales.
Enfin les affections du cerveau exercent aussi sur les organes de la vision une influence considérable , et ces affections retentissent dans l'œil par un double mécanisme. Tantôt, en effet, elles sont le résultat de la communauté de vaisseaux sanguins, en vertu de laquelle les congestions cérébrales se transmettent en même temps à l'œil , et l'on sait de quelle importance sont les différens états de ce dernier organe pour le diagnostic de maladies encéphaliques; tantôt elles sont le résultat d'une affection organique de la partie du cerveau chargée de la perception de la lumière, affection dont les résultats sont un trouble plus ou moins grand ou même l'abolition complète de la vision.
Le pronostic de la plupart des affections de l'œil est grave pour peu qu'elles soient intenses. En effet, outre que la délicatesse de son organisation l'expose plus que beaucoup d'autres parties aux lésions organiques qui suivent les maladies graves , lors même que ces maladies s'y terminent complètement , que les tissus de l'œil qui en ont été effectés ont repris leur volume, leur épaisseur, leur consistance normale , ils restent souvent le siège d'une altération qui n'aurait aucune importance ailleurs, et qui, dans cet organe, a pour résultat la perte de ses fonctions , nous voulons parler de la perte de leur transparence. Les opacités, suites de la plupart des maladies qui affectent l'organe de la vue , constituent un classe d'affections très communes et particulières à cet organe.
Enfin les maladies de l'œil peuvent encore devenir graves par l'effet même des sympathies qui l'unissent à d'autres organes. Ce lien, en effet, est réciproque, et tandis que des affections éloignées retentissent dans l'organe de la vision, celles de cet organe peuvent aussi retentir plus ou moins loin. I,es lésions de l'iris donnent souvent lieu à des vomissemens spasmodiques qui quelquefois compromettent la vie des malades par leur violence et leur continuité, et les inflammations du globe oculaire se propagent quelquefois aux organes encéphaliques.
La situation de l'œil et la transparence de la plupart des tissus qui entrent ilans sa composition, sembleraient devoir rendre très facile le diagnostic des maladies qui s'y développent ; on a même avancé que ces circonstances pouvaient fournir l'occasion d'étudiur le mode de développement, et en quelque sorte le mécanisme de certaines maladies dans les tissus analogues à ceux qui se rencontrent dans l'œil, et qui occupent d'autres points de l'économie, les tissus muqueux , fibreux et séreux , par exemple. Ces deux assertions , vraies en général, sont cependantsujettes à quelques restrictions. Sans doute la nature de l'inflammation et le mécanisme de son développement doivent être les mêmes dans le tissu fibreux ou dans les membranes muqueuses ou séreuses partout où oç les rencontre; mais par cela même que les membranes muqueuses, fibreuses et séreuses de l'œil sont d'une texture plus délicate que dans les autres points de l'économie , et aussi par cela qu'elles sont extérieures , accessibles à la vue et e.xposées a l'acUou de tous les agens ambians , le mode de développement , le mécanisme de leur mflammation pourraient bien ne pas donner une idée complètement exacte de ce qui se passe dans l'intimité des parties; il en est de même pour toutes les autres lésions organiques. D'un autre côté , il est évident que l étro.tesse de la pupille rendra toujours diflicile le diagnostic des maladies
place'es en arrière de l'iris , et nécessitera toujours une assez grande habitude pour les différencier , non-seulement sous le rapport de leur nature, mais encore sous celui de leur siège.
Hymly 1 de Gôttingue, dans une instruction qu'il a fait imprimer pour l'usage de ses élevés, et dont la traduction par M. Barth a été insérée dans les Aixliives générales de médecine , a posé les règles principales d'après lesquelles on doit procéder à l'examen des yeux quand ils sont malades. Comme cette instruction est a-peu près complète , nous ne pensons pouvoir mieux faire que d'en donner ici un extrait pour terminer ce que nous avons à dire sur les maladies des yeux, considérées sous le rapport de leurs causes, de leur nombre, de leur impor tance et de leur diagnostic ; car on sent que nous n'avons rien à dire de général sur leur traitement , si ce n'est qu'il est difficile , et qu'il doit être conduit avec activité.
L'exploration de l'œil se fait surtout au moyen de la vue ; mais pour qu'elle soit jtossible , il faut , d'une part , que les parties à examiner soient accessibles à l'œil du médecin , et , d'une autre part , qu'elles soient convenablement éclairées.
Plusieurs causes principales peuvent cacher les parties à examiner , ce sont: la paralysie de l'élévateur de la paupière , le spasme de l'orbicnlaire , la contraction de la pupille.
Dans le premier cas, il suffit de lever la paupière avec le doigt. Dans le second , la crainte de la lumière étant la cause principale du spasme, il est fort difficile de procéder à l'examen ; car si l'on adoucit assez le jour pour qu'il ne' blesse plus la vue du malade par son éclat , il n'est plus assez intense pour per-i mettre de distinguer suffisamment les objets. Il faut chercher un degré de jour suffisant pour y voir , quoique assez faible cependant pour permettre au malade d'entr'ouvrir les paupières ; il faut surtout , dans ces cas , se garder d'employer la violence , car elle augmente le spasme et conduit à déterminer le renverse-i ment des paupières en dedans ou en dehors sans permettre d'arriver au bul>j que l'on cherche. Quand c'est seulement par indocilité que les enfans refusent) d'ouvrir l'œil , on parvient à lever cet obstacle en excitant leur curiosité par lei moyen de quelque objet qui les intéresse, en même temps que l'on ne paraît* faire aucune attention à eux. Lorsque c'est la contraction de la pupille quii s'oppose à l'examen des parties profondes de l'œil , on lève cet obstacle en fret-; tant la paupière supérieure avec une solution d'extrait de jusquiame ou de belladone : en peu de temps cette ouverture se dilate et permet d'apercevoir' plus largement les parties profondes du globe oculaire. Il faut pourtant pour cela qu'elle soit libre , car l'obstacle que son rétrécissement apporte est insurmontable lorsqu'elle est en même temps rétrécie et adhérente , ou oblitérée par une fausse membrane.
L'obstacle qu'une taie apporte à l'exploration des parties placées derrière la' cornée est insurmontable quand elle est très large. On ))eut l'éluder, au contraire, en regardant de côté quand elle n'a que peu d'étendue.
Les parties, ainsi que cela a été dit , doivent être convenablement éclairées. Les inconvéniens d'une lumière trop faible n'ont pas besoin d'être exposés pour être sentis. Ceux d'une lumière ti-op vive sont de déterminer l'éblouissemeut, le larmoiement , le spasme des paupières et le resserrement de la pupille, toutesijj circonstances qui s'opposent à une exploration exacte. (|
Il faut donc une lumière modérée. Ou doit rejeter tous les moyens d'éclairage ji artificiel qui , d'une part , ne donnent pas une lumière suffisante , et de l'autreijl produisent des reflets qui rendent l'examen diflicile. La lumière d'un jour pur et serein est celle que l'on doit préférer. On peut aussi réfléchir sur l'œil lesî rayons lumineux au moyen d'une glace , ou se servir d'une lentille pour les concentrer.
Il faut savoir alors que , quand on a fait pénétrer par ce moyen une vive lumière au fond de l'œil , en même temps que la pupille est fortement dilatée, le fond perd toujours plus ou moins sa couleur noire , et prend une teinte grisâtre ou nébuleuse, qu'il ne faudrait pas attribuer à une maladie.
Il est surtout très important de placer convenablement le malade par rap-^j port au jour, et de se placer soi-même convenablement par rapport à lui- \\
En général , il est utile que l'appartement dans lequel on fait l'examen n'ait ji qu'une seule fenêtre , afin que les faisceaux lumineux qui arrivent sur l'œil ne 11 produisent pas de reflets sur la cornée en s'entrecroisant. Il est aussi nécessaire, 1 1 pour la même raison , que le jour tombe obliquement; et qu'en face du malade jl ne se rencontre aucun objet qui puisse faire nuage dans la pupille. j
Le chirurgien doit aussi se mettre dans une situation convenable. Mal placé, îi il ne découvrirait dans la pupille cjue sa propre image, ou les reflets blancs pro- j ] duits par son linge, par son ongle abaissant la paupière inférieure, ou par f : quelque partie voisine de l'œil. Il y a peu de temps que plusieurs médecins dis- 1 1 tingués examinaient avec attention l'œil d'un de leurs confrères affecté d'am- ' blyopie. Un phénomène surtout fixait leur attention. Quand le malade tournait i ' l'œil en dedans , on voyait une sorte de corps opaque et blanchâtre s'avancer en forme de croissant jusque près de la partie moyenne delà pupille, et ce corps disparaissait quand le malade regardait droit devant lui : ils n'avaient point encore trouvé l'explication du phénomène lorsque j'arrivai. Il me fut facile, en plaçant ma main entre l'œil et le nez du malade , de faire disparaître ce prétendu corps , et de prouver que ce n'était rien autre chose que l'image du nez qui se réfléchissait dans la pupille quand l'œil était dirigé en dedans.
Pour trouver la situation la plus convenable à donner à l'œil , lorsque l'organe a conservé la faculté de voir, il faut, après avoir placé le malade et s'être soi-même placé convenablement , engager celui-ci à suivre les mouvemens d'un doigt qu'on lui présente , et arrêter le doigt quand l'œil qui le fixe
OEIL