ONGUENT
ONYXIS.
outiime ; toutefois ce caractère qui avait été signalé par le père de la médecine ji-même , n'est pas spécial à la phlhisie pulmonaire; on le rencontre également hez tous les individus qui sont minés par une fièvre hectique ; il dépend de la iminulion croissante de la graisse sous-unguéale .
A la suite de maladies longues dans lesquelles la nutrition générale a soufTert, is ongles présentent une foule de taches blanches de formes variées; ces taches Destituent un vice de nutrition comparable , pour les ongles , à ces rayures oirâtres que présentent les dents des jeunes enfans qui ont été en proie à de raves maladies , pendant que s'accomplissait le travail de la dentition.
Quant aux opérations que l'on pratique sur les ongles ou sur leur matrice, les se rapportent spécialement aux altérations que subissent ces parties dans 3KTXIS; il en sera question dans l'article qui a trait à cette maladie.
( Pa.-FnÉD. Blahdin.)
ONGLET. Fojez Pterygios.
ONGUENT. Unguentum (pharm. ). Les onguens , tels qu'on les définit auurd'hui , sont des mcdicamens externes, composés de résine , de cire, de •aisse ou d'huile, et d'une consistance assez molle pour pouvoir se liquéfier ir la peau. Ils servent tous au pansement des plaies et des ulcères, et difTèint beaucoup des anciens onguens, qui étaient des parfums liquides destinés à ndre le corps des gens riches et des voluptueux. Ce nom , qui vient en effet ungere , oindre , frotter, convient fort peu à nos onguens actuels ; ayant jnc été conduit, pour la pharmacopée raisonnée , à mettre de l'ordre et de la igularité parmi les médicamens plus ou moins analogues connus sous les noms i cérats , pommades , emplâtres et onguens, proposé pour ceux-ci , qui )Dtiennent toujours une forte proportion de résine , le nom de réiinolés , et ;n ai distingué de deux sortes ; 1° les rétinolés mous on élceorélinolés , qui )ntiennent ordinairement de l'huile , et qui sont mous et onctueux : on les Dmme plus spécialement onguens ; 2° les rétinolés solides ou stéarorétinolés , ni contiennent , au lieu d'huile, de la graisse, du suif, ou une plus forle l'oportion de résine sèche , ce qui leur donne une consistance solide et emlastique; on les nomme onguens solides ou emplâtres sans oxide de plomb. ésirant dans cet ouvrage ne pas m'écarter de la nomenclature reçue, j'ai aité des rétinolés solides à l'article emplâtre. Il ne sera donc question ici que 3S rétinolés mous ou des onguens communément dits; ceux qui suivent sont resque les seuls usités maintenant.
Onguent d'althœa ( é'oeorétinolé de fenugrec). On le préparait autrefois avec 3 l'huile de mucilage , laquelle é(ait obtenue eu faisant bouillir de l'huile d'ores avec u;n décodé concentré de racine de guimauve , et de semences de lin
de fenugrec ; mais comme les mucilages de guimauve et de lin ne fournissent |en à l'huile, il est préférable de se borner à faire infuser , dans l'huile d'ojces , la semence de fenugrec pulvérisée. Lorsque l'huile est passée et filtrée, » en prend huit onces , dans lesquelles on fait fondie deux onces de cire une, une once de poix résine et une once de térébenthine; on passe et m coule dans un pot. Cet onguent est d'un jaune pâle et d'une odeur fort [réable ; il peut êli e ulile pour opérer la cicatrisation de plaies anciennes et jOniques.
\0 liguent Ail baume d'arcœus [rèïmoMi de suif et d'élémi). Cet onguent se impose de huit parties de suif de mouton , six de térébenthine , six de résine émi , et quatre d'axonge. Il est assez semblable au précédent, mais plus constant : il jouit de propriétés analogues.
\Onguent basilicum ( élœorétinolé de poix noire). Pr. poix noire , poix résine, i^-e jaune , de chaque 4 onces ; huile d'olives 16 onces. Faites fondre suivant rt, et passez. Cet onguent est d'un brun foncé et d'une odeur peu agréable, porte également le nom à'ongucnt suppuratij", à cause de sa propriété, et hn de teti'apharmacum , parce qu'il est composé de quatre substances. On pploie souvent contre les ulcères vénériens, et sous le nom d'onguent brun , 1 mélange de 24 parties d'onguent basilicum et de 1 partie d'oxide rouge de prcure.
Onguent digestif simple {é]aîorélino\é de jaune d'œuf). On le prépare en turant et mêlant soigneusement dans un mortier 2 onces de térébenthine le , 1 /2 once d huile d hypéricum et 2 jaunes d œufs frais. Onguent dit baume de Lucatel{ élœorétinolé de baume du Pérou ). Pr. luiile jlives 9 onces , cire jaune 6 onces , vin d'Espagne 2 onces ; faites dissiper îule l'humidité à l'aide d'un feu doux , ajoutez : térébenthine fine 9 onces, niai rouge pulvérisé 1 once, baume noir du Pérou 1 gros et demi. On emploie nvent deux autres préparations analogues, connues sous les noms Ae baume hiron et de baume de Geneviè^'e ; cependant celle-ci contient ilu camphre au ju de baume noir du Pérou.
\Onguent de styrax ( élœorétinolé de styrax ). Cet onguent se compose de coihane 8 onces, résine élémi 4 onces, c.re jaune 4 onces, styrax liquide pu- [ié 4 onces , huile de noix 6 onces ; on fait liquéfier le tout h une douce chatir, et l'on passe à travers un linge. Cet onguent a l'inconvénient de se dcscher et de se résinifier à sa surface , ce qui est dû .à la volatilité de l'huile de Icmi et du styrax, et à l'oxigénation de l'huile de noix qui est très-siccalive. se conserve beaucoup mieux lorsqu'on remplace l'huile de noix par celle slives ; mais il serait possible que cette substitution altérât les propriétés du édicament.
Les anciennes pharmacopées contiennent nn nombre considérable de comjisitions onguentaires et d'une préparation très-compliquée. Ces compositions it été bannies avec raison , sans doute, de la pratique chirurgicale; mais les aticiens qui hésitent aujourd'hui h appliquer même du cérat simple sur des aies , sont tombés dans un excès tout contraire et non moins jiréjudiciabie.
DlCT, DE MÉDECIKE ET DE ClIinmOIE PnATI()T:ES,
Il faut bien le dire : on voit quelquefois des plaies abandonnées comme incurables, que des empiriques guérissent avec des remèdes qu'ils n'inventent pas, et qu'ils n'ont que la peine de prendre dans nos dispensaires.
( GUIBOURT. )
ONTXIS. s. m. cvuÇ ongle; iù.;pvjav , tik^ovu;^;» des grecs; rcduuiœ des latins; onglade Astruc ; ongle entré dans les chairs , Desaclt ; ongle incarné , Mohteggia; corruption de l'ongle., Plemk ; onychia malignu , Wardrop , etc. On a désigné par ces noms , divers états pathologiques de l'ongle et de sa matrice, états qui appartiennent tous à la même famille, et qui caractérisent des degrés différons de l'inflammation de l'organe producteur de l'ongle. Vainement quelques médecins se révoltent-ils encore contre la doctrine de l'absence de vitalité dans les ongles; il n'est pas de fait mieux constaté dans l'état actuel de la science, et tout ce qui a été répété sur les maladies des ongles proprement dits , peut être mis au rang des nombreuses erreurs que l'absence de données anatomiques exactes a long-temps propagées. Les ongles sont aussi étrangers aux maladies , que l'épiderme, que la partie cornée des poils ; à moins que l'on considère comme maladie de ces parties , ce c|ue je n'ai garde de faire, les altérations qui résultent pour elles , de l'action chimique ou physique des corps avec lesquels elles se trouvent journellement en contact.
Les caractères anatomiques de l'onyxis varient singulièrement, depuis la plus simple rougeur d'un point seul de la matrice de l'ongle, jusqu'à l'ulcération profonde de toute cette partie. Pour exposer méthodiquement cette importante portion de mon sujet , je décrirai d'abord l'état de la matrice de l'ongle proprement dite ; ensuite je parlerai des modifications que subit l'ongle lui-même.
Dans l'onyxis simple, la matrice de l'ongle ( Voyez l'art. Okgle ) est rouge , tuméfiée , ses papilles sont saillantes , du pus et des couches pseudo-membraneuses mollasses sont interposées entre les papilles onguéales et l'ongle. Cette altération peut s'étendre à toute la matrice, ou bien seulement à une partie très-limitée de cet organe; dans le premier cas , l'ongle détaché de toutes parts ne tient plus à sa place que par la couche épidermique qui se réfléchit sur sa face dorsale; dans le second , l'ongle est seulement décollé en haut , en bas , sur les côtés , ou vers son centre. Quelquefois les bords de la matrice sont fortement tuméfiés , sans que l'ongle soit décollé en aucune manière , ils l'enveloppent dans une plus grande étendue que d'ordinaire, et le font paraître déprimé.
Dans l'onyxis de cause interne , la peau de la matrice de l'ongle présente une foule d'ulcérations dont le fond est grisâtre, fongueux, et qui fournissent une sanie séreuse et fétide. Chez quelques sujets , la matrice tout entière est couverte de végétations d'un gris sale, analogues à celles qui naissent de la surface des plaies infectées par la pourriture d hôpital. Dans tous ces cas , l'ongle tombe de bonne heure , et il est remplacé par des productions cornées molles et irrégulières. Quelquefois enfin la cause morbide n'a pas borné son action à la peau qui sécrète l'ongle, elle a frappé encore les parties voisines à une profondeur plus ou moins grande; j'ai soigné deux enfans , chez lesquels l'onyxis était compliqué de carie delà phalange digitale correspondante.
Les altérations de la partie cornée de l'ongle dans l'onyxis sont toutes physiques ou chimiques , comme je l'ai dit précédemment; cette partie peut être décollée de sa matrice ou entourée de tous côtés par les bords fongueux et tuméfiés de celle-ci; souvent l'ongle est devenu \A\x% sec, plus cassant, plus blanchâtre que dans l'état normal ; quelquefois il prend une teinte noirâtre, surtout lorsque l'onyxis est de cause syphilitique. Cette dernière altération est purement chimique ; elle dépend de la combinaison de cei taines substances , du mercure, du plomb , par exemple, que l'on emploie en topique, avec le soufre qui entre dans la composition des parties-cornées ; de sortequ'il se forme un sulfure noir de mercure ou de plomb; j'ai eu plusieurs fois occasion d'observer ce phénomène dans les circonstances que je viens d'indiquer. Macéré par le pus abondant qui découle de la surface ulcérée dans l'onyxis de cause interne, l'ongle se ramollit et subit de la sorte une réelle destruction, et lorsqu'il se reproduit , presque toujours il apparaît sous la forme de lamelles , de filamens séparés les uns des autres , et implantés le plus ordinairement dans le fond du sillon qui reçoit l'extri mité adhéi cnle de l'ongle normal.
L'onyxis affecte plus souvent les orteils que les doigts et on le conçoit aisément, pour le gros orteil en particulier; car la pression continuelle que cet appendice exerce sur le sol , refoule à tous les instans la peau rjui renloiire vers les bords de l'ongle, de sorte qu'il suffit que celui ci offre quelques ii régularités, pour qu'une irritation inflammatoire de sa matrice en soit la conséquence immédiate. Les causes de l'onyxis sont nombreuses; tout ce qui peut déterminer l'inflammation des doigts ou des oi teils est susceptible de le produire : les coups, les violences extérieures, quelle que soit leur nature , les plaies, les piqûres des doigts et des orteils, l'irritation qui résulte de la déchirure du bourrelet cutané qui s'avance sur la face dorsale de l'ongle, le soulèvement de cette lame et sa séparation de la matrice, la pression de chaussures étroites , des inégalités de l'ongle , l'habitude vicieuse de couper les ongles des orteils trop courts et dcmi-circulaircment , comme ceux îles doigts, le virus syphilitique, la cause des scrophules , des dartres , etc. Ainsi, comme on le voit, l'onyxis est tantôt une affection de cause externe , et tout-à-fjit locale; et tantôt il n'est que la traduction extérieure d'un état général plus ou moins profond. L'onyxis de la première espèce est peu grave ; mais il n'en est pas de même de celui de la seconde.
Quelle que soit la cause qui produise l'onyxis, les symptômes qui le caractérisent varient suivant l'étendue de l'altération qui l'accompagne. 1° Quand il
ONTXIS.
ONTXIS.
esl borné à l un des points île la circonférence de l'ongle, la peau qui entoure cette partie est rouge, tuméfiée , tendue et très-douloureuse ; des batteraeus se font ressentir à lext/éiuité du doigt ; et pour peu que 1 inflammation soit aiguë, il se manifeste de la fièvre, de la douleur ; quelquefois même de la rougeur et de la tuméfaction apparaissent sur le trajet des vaisseaux lymphatiques du membre, jusqu'au coude et à l'aisselle , si la maladie siège aux parties supérieures, jusqu'au jarret et à l'aine, si la maladie affecte les parties inférieures. 2" Lorsque l'indanimation est étendue à toute la matrice de l'ongle , les accidens sont plus violens que ceux qui viennent d'être indiqués ; mais ils sont tout-à-fait du même genre ; l'étranglement produit sur les parties sous-jacentes par l'ongle lui-môme explique assez cette difl'érence importante. 3° Lorsque l'onyxis est dû h une cause interne, il débute souvent d'une manière chronique, quels que soient son étendue et le point de la matrice de l'ongle qu'il affecte tout d'abord ; du reste, eu cette circonstance , la rougeur inflammatoire est moins vive, et oITre une teinte plus foncée, plus livide que dans les deux premiers cas; des ulcérations ne tardent pas à paraître sur la peau, qui sert en quelque sorte à encadrer l'ongle , et sur celle qui lui adhère immédiatement, ulcérations qui fournissent une matière sanieuse et grisâtre , très-fétide , que je ne saurais mieux comparer qu'à celle qui recouvre les plaies infectées de pourriture d hôpital.
L'onyxis de la première espèce se termine souvent par résolution ; mais plus souvent encore la suppuration en est la conséquence ; cette matière s'accumule au-dessous de l'épulerme , forme une tumeur branchàtre, qui entoure la base de l'ongle, ou qui occupe seulement un de ses bords , et lorsque l'épiderme déchiré , ou fendu à l'aide de l'instrument tranchant, la laisse s'écouler au dehors , on trouve l'ongle détaché profondément de sa matrice dans l'étendue de quelques lignes. Ace degré, l'onyxis ne détermine pas la chute de l'ongle; cette lame continue au contraire à rester adhérente à la partie des tégumens qui n'a pas souffert ; et lorsque l'inflammation a cessé , de nouvelles lames cornées se forment à-la-fois sur la portion de matrice qui est devenue libre et sur celle qui est restée intacte, et ces lames , qui adhèrent en avant k l'ongle décollé, servent de principe à un ongle nouveau, r[ui pousse de plus en plus l'ongle altéré vers l'extrémité du doigt. Toutefois, les phénomènes que je viens de tracerne s'accomplissent nettement que dans les cas où l'inflammation est très-aiguë, et lorsque la période de suppuration se termine promptement. Lorsque, au contraire, l'inflammation est plus lente dans ses progrès , comme il arrive facilement aux orteils qui sont irrités par des marches forcées , par la pression des chaussures , par la sueur ûcre des pieds, le derme s'ulcère, devient fongueux , et il se forme une tumeur nouvelle . difi'érenle de la première , tumeur qui s'avance sur l'ongle et le fait paraître enfoncé dans les chairs, bien qu'en réalité ce ne soit pas lui , comme l'implique à tort l'expression d'on^'/e incarné par laquelle est désigné cet état , bien que ce ne soit pas lui qui s'enfonce dans les parties molles, mais les parties molles , au contraire, qui se pressent contre ses bords. A ce point , la marche de l'onyxis devient plus lente, plus difficile, et la guérison par les seules ressources de la nature devient presque impossible, à cause de l'irritaliou continuelle à laquelle les chairs sont soumises de la part de l'ongle; ainsi l'inflammation de la membrane conjonctive oculaire , incessamment excitée par les cils , dans l'ectropion qui résulte de certaines blépharoptuhalmies , éprouve-t-elle une tendance continuelle à s'accroître , si l'art ne vient borner l'action de la cause qui l'a produite. L'onyxis avec incarnation de l'ongle est peu douloureux aux doigts de la main ; mais à ceux du pied il est une source de douleurs cuisantes pendant la marche , et si l'on n'y poi te un remède prompt et efficace , l'inflammation ne tarde pas à s'étendre et à déterminer la chute de l'ongle , comme dans les cas les plus graves.
Lorsque dès l'abord l'inflammation de l'onyxis envahit toute la matrice de l'ongle, il arrive, sur une échelle plus étendue seulement , presque tout ce que j'ai indique dans le paragraphe précédent : la suppuration est presque inévitable en raison de l'étranglement que l'ongle produit sur la peau sous-jacentc , l'ongle décollé de toutes parts ne tarde pas à tomber, et si l'inflammation est d'une nature franche, elle s'apaise promptement; de sorte que la matrice débarrassée de toute cause irritante, travaille à la formation d'un ongle nouveau , et l'état normal est bientôt rétabli.
Lorsque l'inflammation de l'onyxis est de cause interne, et c'est toujours alors qu'elle ne marche pas avec cette apparence franche, aiguë, qui appartient aux espèces précédentes , l'ongle se détache dans certains points , sans cesser de rester adhérent dans d'autres ; baigné de tous côtés par la suppuralion, il s'affaisse, se ramollit, prend une couleur jaunâtre ou noire, et ne tombe qu'au bout d'un temps beaucoup plus long. Dans tous ces cas, la matrice de l'ongle reste long-temps le siège d'une suppuration abondante, sanieuse; sa surface devient grise , l'inflammation au lieu de tendre vers la résolution devient ulcéreuse , elle détruit la peau , envahit le tissu cellulaire sous-cutané, quelquefois même elle porte son action sur les phalanges, comme j'en ai cité des exemples ; et lorsque la maladie borne ses progrès , ou bien l'ongle ne se reproduit pas du tout, ou bien il se reproduit informe et irrégulier. Néanmoins dans ce grave onyxis , la nature essaie souvent la reproduction de l'ongle avant que l'inflammation ait disparu, mais son travail, nécessairement très-imparfait , donne seulement naissance à des filamens , ou à des lamelles blanchâtres, irrégulières, qui deviennent bientôt de nouvelles causes d'irritation , et qui mettent de nouveaux obstacles à la résolution du mal.
Plusieurs praticiens fort recommanda bles ont soigneusement séparé dans leurs descriptions l'onglade proprement dite, de l'inflammation qui produit
Vongle rentré c/nns les chairs; ils ont eu raison assurément, car il existe eniri i ces deux états pathologiques les plus r.otables différences : l'un est toujourj i l'expression d'une affection profonde et constitutionnelle , tandis que l'autre presque toujours produit par des causes externes, est purement local. Devais-j, i ici suivre cet exemple? je ne le pense pas ; l'onglade et l'ongle incarné sontl'u i et l'autre un onyxis, et sous ce rapport il convenait de réunir leur expositio j dans cet article; ce qui, du reste, n'empêche pas de montrer, comme je croii I l'avoir fait, les difl'erences foi t importantes qui les séparent sous plusieurs rapi ■'{ ports. Sépare-t-on complètement l'une de l'autre la description de la bien J norrhagie syphilitique et celle de la blennorrhagie simple, la description de ^ ulcères calleux et celle des ulcères variqueux? non seulement, une semblabl i méthode serait trop contraire aux analogies naturelles des choses ; mais encor h elle aurait le grave inconvénient de fatiguer la mémoire, sans porter les fruil i qu'on prétend lui attribuer ; elle ne pouvait être la nôtre. '
Des circonstances différentes pour les diverses espèces d 'onyxis eu font un ( maladie, sinon grave, au moins fort incommode, et souvent fort difficile i J guérir. Celui qui affecte les orteils est plus gênant et plus rebelle que celui de! à doigts. L'onyxis de cause interne est plus douloureux et plus grave que l'onyxij I qui résulte d'une contusion , ou d'une autre blessure d'un doigt. Du reste [ I abandonnée aux seules ressources de la nature, cette maladie obtient difficile i fi ment une heureuse terminaison. On conçoit d'autant plus facilement cette derj li nière propo.silion , pour la variété d'onyxis qui constitue Vongle incarné, qu"ap| Il puyées continuellement sur l'ongle, les chairs sont incessamment irritées paj li son contact, et que rien au monde ne peut faire cesser spontanément cette ir ! il ritation. ^ jî
Il est peu de maladies pour lesquelles la thérapeutique chirurgicale ait étée, fs soit encore plus vacillante que pour l'onyxis ; ce n'est pas que depuis long-temp li les praticiens n'aient guéri un certain nombre de malades ainsi affectés ; ce n'es w pas non plus que les auteurs aient manqué de donner d'excellens préceptes sou m ce rapport ; mais les fausses idées théoriques qui ont été professées presque jusii \k qu'à ces derniers temps sur cette maladie, idées dans lesquelles la quahfica- ï tion d'ongle entré dans les chairs n'a pas peu contribué à maintenir les esprits, t lie tardèrent pas à ramener les chirurgiens à de fausses doctrines. Il est à peint nécessaire de citer aujourd'hui les conseils donnés par quelques personnes ï d'amincir l'ongle sur ses lords , afin de le rendre plus faible et moins suscep-' Hj tible de presser fortement contre les chairs ; de couper tout le bord de-l'ongle i "« ou seulement son angle antérieur; de gratter l'ongle vers son centre, afin dr î.I le partager en deux parties, que l'on refoule l'une vers l'autre en les poussai) ,e| latéralement, etc. De la sorte, en effet , on n'attaque point la cause véritable ni du mal; et si quelquefois on a réussi à soulager, et même à guérir, que l'on a compare ces cas exceptionnels avec ceux bien plus nombreux dans lesquels ce- * procédés ont été inutiles , sinon même nuisibles aux malades. Ce n'est pas l'on «e gie , en effet, comme on ne saurait trop le dire , qui va irriter les chairs, mai «« bien les chairs qui vont se déchirer sur les bords de l'ongle. Sans doute en cou 1) pant l'ongle on éloigne des chairs un instant la cause d'irritation qui les affec it| tait si douloureusement ; mais bientôt celles-ci s'élèvent plus qu'elles le faisaien A d'abord , elles viennent encore se presser contre l'ongle, et une section non 'f^ velle de celui-ci devient nécessaire ; en supposant même le cas le plus favorable * celui du succès de ce traitement, le bord de l'ongle coupé, toujours plus irri ^'"i tant que le bord naturel , détermine très-souvent la reproduction des accidens Il est juste d'ajouter cependant que les inconvéniens que je signale comme «p partenant à la section de l'ongle dans l'onyxis , sont moins grands pour le; * doigts de la main que pour ceux du pied; mais dans ce dernier cas, etl'onyxif' j«i qui réclame un traitement chirurgical un peu important y rentre presque tou ' k jours , ces inconvéniens sont tellement païens , que je n'insiste pas davantagf' « pour les démontrer. : ;|0!(
L'avulsion de l'ongle , conseillée par beaucoup de chirurgiens , et employée presque généralement aujourd'hui , me paraît défectueuse à l'égal des procédé: r''> que je viens d'indiquer, elle leur ressemble du reste sous ce rapport, qu'ellt : 'il s'adresse à l'ongle , c'est-à-dire à la partie qui n'est pas , et qui ne pouvait pa: ' ''l être le siège de la maladie. Il est clair que je ne parle pas ici de l'avulsion de<' ^ ongles déjà détachés au dix-neuf vingtième par une violence extérieure , oi ' W par le pus que l'onyxis a développé sous eux ; alors , en effet , l'ongle est de-' * venu un véritable corps étranger qu'il importe d'enlever au plus vite; ainsi !«' *« chirurgien ne fait qu'imiter, qu'achever plutôt le travail de la nature , il esl ' M nalurœ minisler et inlerpres. Autre chose est l'ablation de l'ongle cncoi e adhé ' m renl de toutes parts, dans un cas d'inflammation du sillon qui reçoit ses bords M Que si cependant, contre le conseil que j'en donne ici , on voulait encore pra- % tiquer l'avulsion des ongles dans l'onyxis , il faudrait mettre en usage le procède ïj de M. Dupuytren: fendre l'ongle avec de forts ciseaux de son extrémité libre, ilis jusque vers son extrémité adhérente ; puis avec des pinces à disséquer, enle-' ver séparément chaque moitié. L'ablation de l'ongle est fort douloureuse; mai;! *!( le procédé de M. Dupuytren est très-prompt , et il ménage le plus possible I; ' 'li sensibilité du malade ; du reste , ce n'est pas la douleur de l'avulsion de l'ongle qui me la fait considérer comme peu convenable dans l'onyxis , d'autres motif: i plus graves me déterminent : après cette opération, la guérison est presquf ' ;<l toujours entravée par la formation de productions cornées irrégulières q» Jti sortent du fond de la matrice de l'ongle, productions que l'on est forcé d'arrn- «il cher avec de nouvelles douleurs , et qui reparaissent quelquefois indéfiniment l!
Albucasis et P. d'Egine me paraissent, mieux epie leurs successeurs , avoii 'i compris la théorie de l'onyxis , et de son traitement ; ces chirurgiens , au moins !i attaquaient directement la cause du mal ; ils soulevaient l'ongle avec un stylei a
OPHTHALMIE
OPHTHALMIE
et brûlaient avec des médicamens corrosifs les chairs fongueuses qui l'entourent-
Fabrice d'Aquapendente modi6a avec beaucoup d'avantages la méthode thérapeutique précédente : il ne se contenta ])as de réprimer les chairs comme Albucasis et P. dËgine, il les tenait encore éloignées de l'ongle, ce qui est fort importaut , au moyen de petits bourrelets de charpie ; c'est cette méthode , je me hâte de le dire , qui me paraît devoir être eraplo3'ée aujourd hui dans les cas d'ongles incernés proprement dits ; c'est celle que M. Marjolin et moi nous mettons constamment en usage, depuis bien long-temps , et de laquelle nous avons obtenu les plus remarquables succès. On commence par introduire le plus profondément possible à chaque pansement quelques ûlets de charpie sous "ongle, entre le bord de cette partie et les chairs qu'il irrite ; on augmente graluellement la grosseur de cette petite mèche; puis, lorsque les chairs ont été léjà un peu refoulées en dehors , on les cautérise légèrement avec le nitrate l'argent ; quelquefois , en outre , il est avantageux d'exercer la compression de laut en bas sur le bord de la matrice de l'ongle, à l'aide de petits tampons soujenus par quelques bandelettes agglutinatives. Lorsque l'on a obtenu la cica- Irisation complète des parties , il est nécessaire de maintenir long-temps de la jharpie sous les bords de l'ongle , pour laisser la pellicule de la cicatrice pren- Ire de la résistence, et pour absorber la matière de la sueur qui ne manque- |ait pas de la ramollir , et d'en faciliter la déchirure. Chez beauconp de perpnnes , du reste, l'ongle demeure long-temps sec, cassant , et fortement arqué n bas, de sorte qu'il n'est que trop disposé à irriter et à déchirer la cicatrice.
Desault employait réellement le procédé de Fabrice , avec celte seule difféence qu'il remplaçait par une plaque de plomb, ou de fer-blanc, la charpie estinée à tenir les chairs écartées. Le procédé de Desault a été presque comlètemcnt abandonné aujourd'hui, parce que les pansemens qu'il nécessitait but beaucoup plus douloureux que ceux que l'on fait avec la charpie , et que jes lames métalliques ne répriment pas plus exactement les chairs que cette jlibstance.
M. Brachet , de Lyon, a proposé, dans ces derniers temps, d'enlever par ne petite opération le bourrelet cutané qui recouvre la partie latérale de l'on-
e, et de détruire ainsi tout d'u coup les parties malades : pour cela , le pied :antfîxé par un aide, il conseille de plonger la lame d'un bistouri étroit, entre Migle et sa matrice , et de détacher le lambeau succes.<iivement en arrière et en mat; de la sorte le bord de l'ongle est mis à nu , et il est délivré immédiate-
Ient de la pression des chairs voisines; mais qu'on ne s'y trompe pas , après imploi de ce procédé il faut encore , comme dans celui de Fabrice , placer de charpie sous l'ongle, et à chaque pansement, refouler les chairs qui ne tariraient pas, sans celte précaution, à s'élever et à entourer l'ongle de noueau ; aussi cette petite opération ne me paraît devoir être appliquée que trèsjreaient , et dans les seuls cas où le procédé de Fabrice a été vainement mis ■1 usage.
Dans les cas d'onyxis très-rebelles, surtout lorsque la matrice de l'ongle a ic profondément altérée , on a conseillé d'opérer la destruction de la matrice [ l'ongle; or, on obtient ce résultat à l'aide de la cautérisation, ou avec l'inpument tranchant. La cautérisation est fort douloureuse, et me paraît d'un ccès moins certain que l'instrument tranchant. Pour faire l'ablation de la atrice de l'ongle , plusieurs procédés peuvent être mis en usage ; on peut cerir par une incision demi-circulaire, faite à trois ou quatre lignes en arrière l'extrémité adhérente de l'ongle, le sillon cutané qui reçoit cette partie, puis isissant le lambeau ainsi formé avec des pinces , disséquer ce lambeau d'arire en avant ; ou bien on coupe la peau qui recouvre la phalangette en un seul up , et en dédolant, depuis le point précédemment indiqué jusqu'à l'extréité du doigt. Toutefois le dernier procédé est moins sûr que le premier , et il pose plus que lui à dénuder la phalange.
Si l'altération de la matrice de l'ongle était plus profonde encore que je l'ai pposée jusqu'ici , si elle avait amené la dénudation et la carie de la phalange, isi que je l'ai dit en commençant cet article, l'amputation du doigt dans l'arlulaliou de la phalangine avec la phalangette serait la seule chose rationnelle; lUx fois il m'a fallu avoir recours à ce moyen extrême.
Enfin le traitement chirurgical de l'onyxis ne saurait suffire seul à la guérison celte maladie, s'il n'est secondé par le repos le plus absolu dans la position .jrizontale, lorsque la maladie siège aux orteils ; et si l'on ne met en usage les :j)yens internes appropriés aux causes variées qui peuvent, comme je l'ai dit pcédemment, déterminer certains onyxis très-profonds et très-graves. |En résumé, l'emploi assidu des soins de propreté , la section des ongles des i:eils faite carrément et au niveau de l'extrémité de la pulpe de ceux-ci , sont . moyens les plus convenables pour empêcher le développement de l'onyxis < plus ordinaire. Tandis que le soulèvei'ient de l'ongle , et le refoulement des I lirs avec de la charpie , suivant le procédé de Fabrice d'Aquapendente , suffit Jur le traitement de la plupart des onyxis qui ne sont pas trop avancés. Quant l'ablation complète , ou partielle de la matrice de l'ongle , suivant les procé- <|i de MM. Dupuytren et Brachet, de Lyon , elle doit toujours être considéansi que l'amputation du doigt, comme une ressource extrême de l'art, à ] [uelle on ne doit jamais se confier qu'après avoir épuisé tous les autres moyens, i|e crois pouvoir le dire, les cas sont très rares dans lesquels elle est indisinsable. ( Ph. Fréd. Blandin.)
pPHTHALMIE. s.J'. Ophthalmia , Opiuhalmitis , de 5«5a),^(,; , œil. On défine généralement par ce nom toutes les affections inflammatoires du globe ( l'œil accompagnées de la rougeur de la conjonctive.
Aujourd'hui que les ophlhalmologistes ont assigné des caractères et des
noms propres anx inflammations des différens tissus qui entrent dans la composition de l'œil , il semblerait que le mot ophthalmie dût être rayé du vocabulaire médical, ou du moins qu'il ne dût être employé que pour désigner l'inflammation générale de l'organe de la vision. Il n'en est pourtant pas ainsi : d'abord, parce que quelques pathologistes appellent celte inflammation générale du nom A' ophlhalmite ; ensuite , parce que le nom de conjonctivite , n'ayant pas été généralement adopté pour désigner l'inflammation bornée à la conjonctive , on a continué de lui appliquer celui d'ophllialmie ; et enfin parce que les noms de kératite, d'iriiis , de sclérotite , de rétiniie , etc. , n'indiquant que des inflammations bornées à un seul tissu, on a en général encore conservé celui d'ophllialmie , pour désigner certaines inflammations complexes , attaquant en même temps plusieurs des tissus constitutifs du globe oculaire.
Kous ne parlerons pas ici de l'ophthalmie générale ou interne, ou ophthalmiie, parce que nous ne connaissons que les lésions mécaniques qui soient capables d'aflecter en même temps tous les tissus qui entrent dans la composition de l'œil de manière à en déterminer l'inflammation simultanée , et que ces sortes de lésions seront étudiées à l'article plaie. Quant aux ])rétendues inflammations générales de l'œil, ce sont toujours primitivement des iritis, des réiinites, des inflammations du corps l'itré , etc., qui, lorsqu'elles se terminent par suppuration, constituent des hypopions , et toutes les afl'ections qui ont été étudiées chacune à leur place, dans l'ordre alphabétique.
Mais nous avons , conformément à l'usage généralement établi, à décrire, sous le titre d'ophthalmie, non-seulement toutes les inflammations de la conjonctive , mais encore les inflammations combinées de la conjonctive et des tissus sous-jacens , c'est-à-dire de la cornée et de la sclérotique. Il faut toutefois dire que, par l'expression d'inflammation de la conjonctive, nous ne voulons pas dire que les inflammations que nous i-angerons sous ce titre ne soient pas susceptibles de s'étendre aux autres tissus ; nous voulons seulement indiquer par là que leur caractère spécial est d'être essentiellement limitées dans la muqueuse oculaire , et que ce n'est que dans les cas exceptionnels qu'elles envahissent les tissus sous-jacens, tandis que, sous le titre d'ophthalmies complexes, nous voulons ranger celles des phlegmasies oculaires qui ont cela de particulier qu'elles envahissent d'emblée ou à-peu près plusieurs tissus à-la-fois.
Les ophlhalmologistes o;it décrit un grand nombre d'espèces, de variétés et même de nuances de l'ophthalmie. 11 faudrait presque un volume pour reproduire ici les caractères qu'ils leur ont assignés ; in.iis , outre que nous pensons que ces subdivisions multipliées ne sont d'aucune utilité dans la pratique , nous sommes tellement limités par l'espace qui nous est accordé pour cet article , qu'il nous serait impossible d'entrer dans tous les détails nécessaires à l'intelligence de ces nuances d une même afi'ection. Nous nous bornerons en conséquence à faire connaître les variétés principales , c'est-à-dire celles qui ont des caractères spéciaux bien tranchés , et qui réclament un traitement particulier, ou quelques modifications au iraitement général que nous proposerons contre l'ophthalmie.
§ If^. De la conjonctivite en général. Cette maladie se présente sous forme d'ophthalmie aiguë ou sous celle d'ophthalmie chronique.
Elle est souvent bornée à la conjonctive palpébrale et prend alors plus spécialement le nom de blépharite, pour conserver le nom d'ophthalmie quand elle affecte seulement la conjonctive oculaire ou quand elle envahit en même temps cette dernière et la muqueuse palpébrale. Enfin, comme toutes les inflammations , elle peut être idiopathique , ou sympathique , ou symplomalique.
Causes. Les causes qui produisent la conjonctivite sont l'action de l'air , lorsqu'il est vicié par des miasmes ou mêlé avec des gaz iiritans ou à des vapeurs, quand il est trop fortement chargé d'électricité, trop chaud ou trop froid relativement aux habitudes du sujet , ou quand il passe brusquement de l'un de ces états à l'état opposé ; la fatigue de la vue par les veilles , par l'exercice trop prolongé de l'organe , par la contemplation de couleurs éclatantes ou d'objets brillans, et, suivant Beer , l'habitude de se laver lus yeux avec de l'eau froide ; les lésions mécaniques , telles que la compression de l'œil , la présence de corps étrangers entre les paupières et le globe, ou dans l'épaisseur même de la conjonctive; l'irritation produite parla présence de substances acres, comme le poivre , le tabac; l'action chimique de diverses espèces de caustiques ou du feu ; l'action contagieuse de certaines humeurs virulentes.
Celte maladie reconnaît encore des causes indirectes : telles sont la pléthore, les exercices du corps immodérés , tout ce qui peut entretenir ou exciter des congestions vers l'œil ou vers la tète ; les émotions violentes , les maladies irritatives du cerveau , les exanthèmes cutanés, les irritations de l'estomac, la suppression brusque de certaines irritations morbides , telles que les dartres , la teigne, et celle de certaines évacuations sanguines physiologiques ou pathologiques , telles que les règles ou les hémorroïdes.
Symptômes. IoMode aigu. Le malade commence par éprouver un sentiment de picotement plus ou moins vif, ou une sensation analogue à celle que produiraient des grains d'une poussière inerte introduite entre les paupières et 1 œil. Si la cause est un corps étranger aigu, ou doué de propriétés Irès-irritanles , la douleur est plus vive et s'accompagne de larmoiement et de blépharospasme, symptômes qui n'existent pas dans le cas de conjonctivite simple , même intense.
En même temps la conjonctive s'injecte rapidement , et la rougeur parait. Elle commence presque toujours par la face postérieure des paupières , et souvent ne franchit pas la portion de conjonctive qui appartient à ces voiles membraneux ( &Ze/>Aarùe ). Quand elle envahit la conjonctive oculaire, elle commence ordinairement vers la circonférence de l'œil, et laisse cuire elle et la
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circonférence de la cornée un intervalle dans lequel on aperçoit la couleur blanche de la sclérotique.
Dans quelques cas , la rougeur occupe seulement l'espace qui existe entre l'un des bords de la cornée et l'angle correspondant de l'œil; la maladie prend alors le nom d'ophthalmie angulaire. On a aussi assigné à cette affection diti'érens noms , indiquant différens degrés d'intensité, ou quelques phénomènes parliculiers ; c'est ainsi qu'on reconnaît uneophthalmie sèche ou sdérophihalmie ; une ophthalmie légère ou taraxis , et qu'on désigne par le nom de chémosis l'ophilialuiie accompagnée d'un afflux si considérable dans le tissu cellulaire sous-muqueux, que la conjonctive soulevée de tous points, et d'une teinte rouge uniforme dans toute son étendue, forme autour de la circonférence de la cornée un bourrelet saillant qui fait paraître celle-ci comme enfoncée. Une circonstance importante à noter , c'est que le chémosis ne correspond pas au plus haut degré d'intensité de l'inflammation de la muqueuse oculaire, ainsi qu'on l'a cru pendant long-temps : c'est un simple accident qui accompagne aussi bien une inflammation légère qu'une inflammation très-intense , et qu'on n'observe pas toujours avec celle-ci.
Soit que la rougeur reste bornée à l'un des intervalles compris entre la cornée et l'un des angles de l'œil, soit qu'elle occupe tout le blanc de l'œil , ou observe qu'elle est toujours plus intense vers la circonférence du globe oculaire , que vers celle de la cornée. Il est pourtant une circonstance qui fait exception , c'est celle où l'ophthalmie est due à la présence ou à l'action d'uu corps étranger sur la conjonctive ; alors , en effet, la rougeur est plus vive et la tuméfaction plus sensible au point correspondant à la lésion , qui forme comme un centre d'irritation et d'afflux; et cette circonstance elle-même n'est bien marquée que lorsque la blessure occupe une partie de la conjonctive sclérolicale • car , quand c'est la conjonctive de la cornée ou ses lames qui sont lésées , l'injection et la rougeur forment autour de la circonférence de cette dernière membrane un cercle très-marqué , pendant qu'elle-même conserve encore sa perlucidité.
L'inflammation de la conjonctive entraine presque toujours quelque altéralion des fonctions des autres tissus , ou des autres organes qui appartiennent directement ou indirectement à l'appareil de la vision. Ainsi , la sécrétion des larmes, d'abord excitée sympathiqueraent, se supprime tout-à-fait pendant quelque temps , quand l'inflammation devient intense. La sécrétion muqueuse de la conjonctive est également dérangée mais en sens inverse, c'est-à-dire que, d'abord supprimée, elle devient ensuite plus abondante.
Lesfoncl:ions des muscles sont aussi perverties. Pour peu que la douleur soit vive, l'orbiculaire des paupières se contracte spasmodiquemcnt , et l'écarîement de ces voiles membraneux devient très-difficile à exécuter. Il en est de même des muscles moteurs de l'œil, qui sont affectés de spasme , et entraînent cet organe dans des directions plus ou moins vicieuses , etc. Dans quelques cas , il cessent tout-à-fait d'agir.
Marche. Les oplithalmologistes ont divisé la marche de cette maladie en deux périodes. Pendant la première, qui est quelquefois fort courte, tous les symptômes indiqués ci-dessus apparaissent plus ou moins rapidement. Pendant la seconde , ils changent de caractères : la douleur cesse ou est remplacée par un sentiment de tension dans la partie ; la tuméfaction augmente , et, quelquefois , dans les cas graves , s'étend sous forme d'œdème aux paupières et aux parties voisines ; la rougeur devient brunâtre ou bleuâtre; la chaleur cesse, et est même remplacée par un sentiment de froid, le spasme des muscles tombe, et lorsque la tuméfaction ne s'oppose pas à l'écartement des paupières , l'œil peut supporter sans douleur l'impression de l'air et de la lumière.
La première de ces périodes est quelquefois si rapide , (|u'elle est pour ainsi dire inaperçue. Et cependant Richter et Scarpa attachent la plus grande importance à ce que l'on distingue bien l'époque a laquelle la transition de l'une à l'autre a lieu , parce que, suivant ces chirurgiens, il faut alors changer la nature du traitement , et passer sans délai des aniiphlogistiques et des relâchans aux excitans et aux stypliques. Nous verrons , en parlant du traitement , ce qu'il faut penser de cette opinion.
Quoi qu'il en soit , on sent que la durée de la maladie et celle de chaque période en particulier dépendent d'une multitude de circonstances qui la font varier presque à l'infini ; telles sont par exemple , la nature de la cause , l'âge et la cojistitulion du sujet , son irritabilité plus ou moins grande , etc.
2° Mode chbokiqde. Souvent la maladie débute par l'état aigu , et prend par degré les caractères de l'état chronique. Dans d'au\res circonstances, elle revêt d'emblée ces caractères.
Ce sont encore la rougeur , la douleur, la tuméfaction et la chaleur. Mais cette dernière est presque nulle, et, tant cpie la maladie n'envahit pas la lame antérieure de la cornée , il en est à-peu-près de même de la douleur ; la rougeur est aussi moins vive; elle est rarement uniforme et se présente plutôt sous l'aspect d'une injection de vaisseaux volumineux, noueux , comm.e variqueux , rassemblés en groupes ou en faisceaux , dirigés de la conjonctive sclérolicale vers la circonférence de la cornée , qu'ils franchissent souvent pour se répandre sur la face antérieure du miroir de l'œil. L'adhérence intime qui unit la conjonctive à la cornée , et la texture serrée que présente la première de ces membranes dans ce point , opposent constamment un obstacle aux progrès de l'injection, qfland elle tend à passer sur la face antérieure du miroir de l'œil ; il en résulte que, pendant quelque temps, la rougeur s'arrête brusquement à la circonférence de la cornée , et que le faisceau de vaisseaux injectés offre ià une sorte de renflement terminal. Dans un certain nombre de cas même, cet obstacle n'est pas surmonté; mais, le plus souvent, il se laisse franchir. S'il
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n'y a qu'un seul vaisseau qui passe sur la cornée , il s'étend en diminuant d( volume , et en se divisant jusque vers le centre des cette membrane ; de chaque, côté , il est bordé par une Hgne opaline , et se termine dans une tache de mêmt apparence qui trouble la perlucidité de la cornée, et qui , jointe à la préscncd des vaisseaux, gêne plus ou moins la vision. Quand plusieurs vaisseaux se développent en même temps dans la lame conjonctivale de la cornée , quand sur tout ils franchissent de toutes parts sa circonférence , pour se terminer , er diminuant de volume , vers son centre, ils forment, en s'anastomosant entn eux, un réseau plus ou moins serré qui par lui-même apporterait du troubler la vision , lors même que l'exsudation plastique qui remplit ses mailles n'obsv curcirait pas plus ou moins complètement la cornée.
Ces vaisseaux forment un relief à la surface de l'œil ; aussi , au moment oî ils commencent à se développer, les douleurs et le larmoiement recommencent parce qu'ils représentent, eu quelque sorte, des corps étrangers sur lesquels les paupières frottent pendant leurs mouvemens d'élévation et d'abaissement. Toutefois, cette circonstance n'est pas la seule cause du renouvellement des dou j leurs ; dans un certain nombre de cas, il dépend de la participation du tissu dd la cornée à l'inflammation, (l^nj-. Kébatite. ) |
Si l'injection de ces vaisseaux est récente, ils disparaissent avec l'inflamma-' tion , et après eux l'opacité qui avait accompagné leur développement; mais s ces vaisseaux sont déjà anciens, ils survivent à l'inflammation , sans , toutefois occasionner de douleur, et avec eux persiste I'opacité de la corkée. Quelquefoii[ alors ils forment par leur entrelacement une espèce de membrane vasculaire J épaisse et comme charnue , qui voile toute la partie anléi ieure de la cornée , e ' constitue ce que les ophlhalraologisles ont appelé le pannus
Dans un grand nombre de cas, lorsque l'ophthalmie est devenue chronique, elle ne cesse que momentanément et reparaît après un laps de temps plu; ou moins long pour disparaître et reparaître encore pendant plusieurs années souvent aussi , après avoir atteint un certain degré , elle reste stalionnaire , & persiste ainsi pendant toute la durée de la vie du sujet. Le plus ordinairemenl elle fait incessamment des progrès, se propage au tissu de la cornée, et déter-: mine tous les accidens qui ont été décrits à l'article kératite. ,
'Le pronostic de l'oplilhalmie aiguë est peu grave tant que la maladie est bornée à la conjonctive. En général , l'inflammation , convenablement traitée, s< termine en quelques jours ; mais lorsque , ainsi que cela a lieu quelquefois , la maladie se propage aux autres tissus de l'œil , tels que la sclérotique, la mem-i brane de Descemet , l'iris , etc., alors le pronostic se charge de toute la gravité de ces diverses maladies.
L'ophthalmie chronique bornée à la conjonctive est plus grave que l'aiguë;! parce que sa durée est plus longue , et qu'elle est sujette à récidive ; quand le tissu de la cornée est envahi , le pronostic est plus grave encore , parce quemôme après la terminaison de la maladie par résolution , il reste presque tou I jours ou quelque vaisseau , ou quel([ue opacité sur la cornée ; et que dans le cas où celle-ci devient le siège d'ulcères, ceux-ci sont la source de taches indc lébiles , ou de hernies de l'iris, ou de slaphylôme de diverses formes, et tou jours incurables, {f^oy. Kératite.)
TraiLement. La première indication à remplir est de détruire les causes (ju ont produit ou qui peuvent entretenir l'inflammation.
L'air et la lumière étant les agens qui excitent le plus directement l'organ* de la vue, il faut dans tous les cas, pour remplir cette première indication i prescrire au malade de garder la chambre et de porter un bandeau.
Si l'ophthalmie est produite ou entretenue par la présence de corps élran gers , on doit aussi commencer par les extraire.
Mais , quand il y a beaucoup d'irritation , l'extraction ou même la recherciii ; de ces corps est rendue très difficile, par le rapprochement des paupières résul- i tant de la contraction spasmodique de l'orbiculaire, ou par les mouvemens fld rotation continuels du globe de l'œil dépendans d'une semblable affection di ses muscles moteurs. On fera cesser cet obstacle, 1° en laissant pendant quel que temps le^ malades en repos et dans l'obscurité; 2° en appliquant sur lei . paupières des cataplasmes narcotiques ou des compresses trempées dans uu li quide de même nature, tel, par exemple , qu'une solution d'extrait d'opiun , ou de jusquiame; 3° enfin en administrant quelques anti-spasmodiques à l'intérieur.
La nature , la forme des corps étrangers , leur état de liberté ou d'iaiplanta tion dans l'épaisseur de la conjonctive exigent des procédés différens pour leui extraction.
S'ils sont solubles et inertes comme le sucre, par exemple , on peut le; abandonner à eux-mêmes , les larmes qu'ils provoquent se chargent de lei entraîner.
Si, comme le poivre, le tabac , ils sont doués d'un principe acre qui irrit», violemment la conjonctive, sans cependant désorganiser chimiquement soi , tissu, il faut se hâter de laver l'œil en dardant un jet d'eau tiède au moyen d'une . seringue vers la commissure externe des paupières, entre ces voiles meinbra neux et le globe oculaire; mais quand il n'y a qu'une très petite quantité ilt ces substances , la douleur qu'ils provoquent et leur action irritante ne dure or- , tlinairement que quelques instans , et leur principe acre est dissous et emporti par les larmes avant qu'on ait eu le temps de faire les apprêts nécessaires i)OU' pratiquer les injections. Piesrpie toujours aussi ils sont entraînés parles lar , mes ; dans le cas contraire on les extrairait facilement au moyen d'un stylet ^ d'un pinceau de poils de chameau enduit de beurre , ou d'une curette , apre | les avoir mis en évidence , en écartant les paupières du globe de I œil par tiiv , traction opérée sur les cils, et après avoir prescrit au malade de regarder en bas
ii:
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si le corps étranger est ainsi que cela est le plus ordinaire, placé derrière la paupière, en haut, duns le cas opposé, etc.
Si le corps étranger est caustique , il faut laver l'œil à grande eau au moyen d'un jet continu lancé avec une seringue. Ce procédé a l'avantage de dissoudre prompteraeut le caustique et d'affaiblir son action sur les tissus. Si cependant ce corps était un fragment solide, saisissable avec des pinces ou au moyen d'une curette , on sent qu'il fauilrait avant tout l'extraire , et laver ensuite.
Si le corps étranger est inerte, lisse et mobile, on détermine souvent sa sortie en soulevant la paupière , ainsi qu'il est dit plus haut , et en faisant regarder le malade en bas ; car c'est presque toujours entre la paupière supérieure et l'œil que ces corps sont placés ; si ce moyen ne suffisait pas , il faudrait exercer sur )a paupière supérieure de douces pressions dirigées de dehors en dedans pour jlaire tomber le corps dans le sac lacrymal , et l'extraire j ou enfin l'aller chercher avec un stylet, un anneau , une curette ou l'extrémité pointue d'un papier •oulé sur lui-même, ou avec un pinceau de i)oil de chameau enduit de beurre >u de miel.
Si le corps étranger est aigu , implanté dans la conjonctive , et saillant à sa urface , il faut le saisir avec des pinces ; mais s'il est profondément engagé , il aut avant tout débrider la plaie avec la pointe d'une lancette ; souvent alors , I a déterminé le boursouflement de la membrane dans le point correspondant
la plaie , ou bien il a pénétré dans le tissu cellulaire sous-conjonctival ; dans es cas, le plus court parti est de soulever avec des pinces à disséquer ou à a-ochets la portion de la membrane qui est engorgée et qui contient le corps lulnérant , et de l'exciser, pour emporter en même temps ce corps et les parties nolles qui le recèlent.
j Quand le corps étranger est fixé dans la lame de la conjonctive qui revêt la jornée, ou dans le tissu même de cette production membraneuse, il y produit rdmairement des douleurs vives et beaucoup d'irritation et de larmoiement; ependant l'injection ne se fait d'abord remarquer que dans la conjonctive et ans la sclérotique ; elle forme deux cercles concentriques à la cornée, et suerposés , l'un , profond , fixe , de couleur d'un rouge pâle et bleuâtre , formé
!ir des vaisseaux extrêmement fins , convergens en ligne droite vers la circonrence de la cornée; l'autre, plus superficiel, mobile avec la conjonctive, rmé par des vaisseaux d'un rouge plus vif, volumineux, flasques , commennt dans la circonférence de la cornée , et s'étendant plus ou moins vers la cir-
Iinférence du globe oculaire, et appartenant à la conjonctive. Quelquefois la aie se cicatrise sur ce corps ; et le malade guérit après avoir éprouvé plus ou oins long-temps les douleurs ci-dessus indiquées; mais le plus souveutia irnée se trouble, s'enflamme, et s'ulcère, et la suppuration entraine le corps ranger; niais il reste toujours alors une cicatrice plus ou moins apparente. Il ut donc se hâter d'extraire ces corps. Presque toujours, ce sont des éclats de r ou d acier. On sait que dans un cas de ce genre, Fabrice de ililden se servit après le conseil de sa femme, d'un aimant ; j'ai toujours trouvé le corps étranr trop fortement engagé dans le tissu de la cornée pour céder à la force atactive de 1 aimant. Le procédé le plus sûr et le plus expéditif consiste à déider la plaie avec une lancette ou une aiguille à cataracte conduite oblique- Ipt jusque derrière le corps étranger, et à l'enlever sur la pointe de l'instruent.en prenant le soin de ne pas traverser toute l'épaisseur de la cornée, laud une paillette de fer ou d acier a séjourné un certain temps , elle laisse esque toujours dans la plaie une teinte brunâtre , produite par une petite Jantité d'oxide qu'elle y a déposé. 11 faut avec l'instrument enlever cette uille en raclant , car sa présence entretiendrait l'irritation ; et elle conquérait de former après la guérison une tache dans le point correspondant la plaie.
pans les cas où l'ophthalraie parait dépendre de la suppression des règles , s hémorroïdes ou de quelque autre affection morbide, la première indication
ifemplir est de suppléer aux écoulemens supprimés , et de rappeler les irrita- |us dont la disparition trop brusque est la cause probable de la maladie. Dans les cas simples , surtout lorsque l'inflammation est due à la fatigue de vue ou à la présence de corps étrangers , il suflil de faire disparaître , par les
i>yens qui viennent d'être indiqués, les causes qui ont produit l'inflammation
I qui pourraient l'entretenir, pour obtenir une guérison prompte. Mais dans beaucoup d'autres, il est nécessaire de satisfaire en même temps à
ife seconde indication qui consiste à combattre l'inflammation par des moyens
ipropriés.
Si celle-ci, bien que trop intense pour disparaître promptement après la ipsiraction des causes , est cependant peu considérable, il suflit souvent de Ire prendre au malade , matin et soir, pendant quelques minutes , un pédil[e , de lui prescrire une boisson délayante , et de le soumettre à un régime <|ix , pour la faire céder promptement; si l'inflammation est plus forte , ou intàces moyens simples l'application de huit à vingt sangsues autour de la l|e de l'orbite, et près le grand angle de l'œil ; enfin si elle est très-intense , « commence par une saignée générale du bras ou mieux du pied , et l'on met • suite en usage les applications de sangsues dans le lieu indiqué , les bains de l[ds , les boissons délayantes et la diète. On peut remplacer les sangsues par (ji ventouses scarifiées a la tempe, derrière les oreilles, à la nuque ou dans 1] régions sus-capulaires , et la saignée générale par l'artériotomie. Mais il est i t rare que l'on soit contraint d'avoir recours à ces moyens énergiques pour (inbattre une conjonctivite simple ; ce n'est guère que quand l'inflammation «phit simultanément avec la conjonctive , la cornée, la sclérotique , ou l'iris, (è les évacuations sanguines des gros vaisseaux et des capillaires sont indi- (ées en même temps ; et il faut alors les répéter jusqu'à ce que la douleur, le
DiCT. DE MfiDECIKE ET DE CHIRURGIE PfiATl(;jtES.
larmoiement cl les autres symptômes graves aient cessé. Dans ces cas, c'est-àdire lorsqu'il est urgent d'agir avec énergie , il faut préférer les saignées révulsives du pied et du bras , et les applications de sangsues rapprochées du siège du mal , à l'artériotomie, à la saignée de la jugulaire et aux scarifications de la conjonctive , moyens qui ont été conseillés , mais dont les deux premiers ne donnent pas toujours la quantité de sang voulue , et dont le dernier produit presque toujours plus d'irritation que de dégorgement. Dès que l'ophthalmie est assez intense pour nécessiter l'emploi des évacuations sanguines, il faut aider leur action par celle d'une diète sévère.
Quand à l'aide de ces moyens l'inflammation commence à se calmer, on favorise puissamment leur action en déterminant une irritation révulsive sur le tube digestif s'il est saiu , au moyen de purgatifs répétés , de deux en deu.x jours, par exemple, et par celle d'un vésicaloire appliqué au bras ou à la nuque.
On a encore conseillé divers autres moyens, tels que les diaphorétiques , les vomitifs, etc., mais ils ne jouissent que d'une eflîcacité très-contcslable.
Il en est à-peu-près de même de celle des topiques dans la première période de l'inflammation de la conjonctive. Chauds , et, lors même qu'on leur donne des qualités sédatives ou calmantes , en y incorporant des préparations saturnines ou opiacées, ils favorisent la turgescence des vaisseaux ; froids, leur emploi est presque toujours suivi d'une réaction qui détruit l'elfet sédatif qu'ils avaient d'abord opéré.
Nous avons déjà dit que Richter et Scarpa attachaient beaucoup d importance à ce que l'on distinguât le passage de l'ophthalmie de la première à la seconde j)ériode , ou de l'état aigu à ce qu'ils nomment improprement l'état chronique. Ils regardent comme très-préjudiciable la continuation du traitement antiphlogistique lorsque l inflammation est arrivée à cette .'■econde période , et ils pensent qu'il est de la plus haute importance de le remplacer par l'usage interne ou externe des toniques et des sfimulans.
Nous ne saurions partager cette manière de voir. L'emploi de stimulans à une époque si rapprochée de celle où il existait des symptômes évi lens d'irritation, nous paraît trop entaché du danger de rappeler cette irritation à peine éteinte^ et nous pensons qu'il faut alors se borner à cesser toute médication active, et laisser pendant quelques jours agir l'organisme. On peut cependant tout en continuant de soustraire l'œil à la lumière, 1 abriter moins exactement contre l'air, et alimenter le sujet; mais si au bout de quelques jours la rougeur de la conjonctive continue, et qu'en même temps la maladie présente les caractères qui indiquent qu'elle est passée à la seconde période, alors on peut faire usage de collyres rendus d'abord légèrement sédatifs et aslringens par l'addition de quelques grains de sous-acétate de plomb , et auxquels on communique ensuite des propriétés plus stimulantes en y faisant dissoudre du sulfate de cuivre, du bol d'Arménie, ou même du nitrate d'argent.
C'est à-peu-près sur les mêmes bases qu'est établi le traitement de l'ophlhalmie chronique, soit qu'elle ait débuté sous cette forme, soit qu elle succède à une ophthalmie aiguë non traitée , ou mal traitée.
Tant qu'il existe des symptômes d'irritation , et quel que soit le degré d'ancienneté de la maladie, il faut insister sur les évacuations sanguines ; seulement il ne faut débuter par une saignée générale qu'autant que le malade est pléthorique. S'il est sujet à des congestions de sang vers la tête , il sera utile , soit que l'en ait ou non cru devoir débuter par une saignée générale , de faire quelques applications de sangsues à l'anus. Dans les cas ordinaires , il sulîît , pour combattre l'irritation , d'appliquer les sangsues aux tempes, autour de l'orbite, derrière les oreilles ou à la face interne de la paupière inférieure. Ce dernier moyen est d'une grande efficacité.
Cette première indication remplie , il faut , pour peu que la maladie soit intense et ancienne, établir une révulsion sur les tempes ou à la nuque au moyen de vésicaloires , de cautères ou d'un séton , et sur le tube digestif au moyen de purgatifs répétés parmi lesquels les mercuriaux tiennent sans contredit le premier rang. C'est dans ce cas que les Anglais emploient surtout avec avantage les pilules bleues composées de mercure et de semences de cyuorrodun à parties égales.
En même temps que l'on met ces moyens en usage, on en aide l'action par des topiques stimulans ou astringens. On en a préconisé un grand nombre : tels sont les sachets de poudres aromatiques, si usités par les Allemands : les cataplasmes safranés , les collyres composés de quatre onces d'eau distillée , d'un gros de mucilage , de dix à quinze gouttes de laudanum , et dans lesquels on fait dissoudre six à douze grains d'acétate de plomb, ou deux à quatre grains de sulfate de cuivre et de bol d'Arménie, ou un demi à un grain de deuto-chlorure de mercure, ou un à deux grains de sulfate de cadmium , ou six à huit grains de nitrate d'argent ou de pierre divine, etc., telles sont encore les instillations de laudanum, la teinture ihéba'ique, etc., les diverses pommades de Janin, de Lyon , ou l'onguent mercuriel dont on frotte le bord libre des paupières, lors même que c'est la conjonctive qui est le siège principal de l'affection. Mais de tous ces moyens , le plus eflicace sans contredit , celui qui remédie le mieux au.x altérations les plus graves de texture de la conjonctive, c'est le nitrate d'argent. Promené sur la face postérieure des paupières, il détruit les granulations qu'y a déterminées une inflammation prolongée , et souvent il agit encore utilement pour faire disparaître les faisceaux vasculaires dcveloppé.s sur la conjonctive oculaire.
11 jouit à bien plus forte raison d'une grande puissance pour détruire ces faisceaux , lorsque c'est sur eux-mêmes qu'il est appliqué. Quand il n'y en a qu'un , on peut se borner à le toucher légèrement avec l'extrémité d'un crayon
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de pierre infernale : une douleur cuisante , que l'on modère cependant facilement au moyen de lotions froides, et une inflammation assez vive, concentrée pourtant dans les limites de la cautérisation , sont l'effet immédiat de cette opération; en peu de temps , l'inflammation tombe, et il est rare que quand elle est dissipée on ne trouve pas les vaisseaux variqueux détruits. Mais quand il y a un grand nombre de vaisseaux , quand ils se dirigent de toutes parts de la circonférence de la cornée vers son centre, que la conjonctive est épaissie , vasculaire (pannus, ou cornée vasculaire des Anglais), l'opération qui vient d'être indiquée ne saurait suflire , car presque toujours à côté des faisceaux que la cautérisation détruit isolément, d'autres faisceaux se développent de manière à rendre la maladie interminable. Il n'y a , dans ces cas , d'autre parti à prendre que de détruire en même temps tous les vaisseaux qui se rendent sur la cornée. On a essayé , mais vainement , d'en faire la résection ; cette opération est presque toujours impraticable à cause de l'adhérence des vaisseaux à la sclérotique ou à la cornée.
C'est encore la cautérisation qu'il faut mettre en usage dans ces cas graves; mais la cautérisation en masse de tous les vaisseaux variqueux. Je me sers ordinairement pour cela d'un porte-caustique représentant uu anneau un peu plus large que la cornée et creusé d'une gouttière circulaire dans laquelle est contenu le nitrate d'argent. Cet anneau est supporté par un manche courbé de manière que ni la saillie du nez , ni celle des parties voisines ne l'empêche d'appuyer par tous ses points en même temps sur la surface antérieure de l'œil. Un ipcculurn oculi maintenant les paupières écartées et l'ceil tixe , j'applique le porte-caustique pendant une ou deux secondes , en ayant le soin de recevoir la cornée dans l'anneau, de manière que partout l'action du caustique ne porte qu'au-delà de la circonférence de cette membrane. L'instrument doit aussi , en général , s'appliquer également par tous ses points , à moins qu'il n'existe quelque faisceau plus volumineux que les autres , et sur lequel il est convenable d'appuyer un peu plus fortement qu'ailleurs.
Une escarrhe blanche , circulaire , large d une ligne à une ligne et demie , et entourant la circonférence de la cornée , est le résultat immédiat de celte opération. Elle détermine aussi sur-le-champ une douleur vive , de la rougeur et du larmoiement , et eu quelques heures il se forme autour de la cornée un bourrelet rouge , une sorte de cliémosis artificiel. Alarme' par ces symptômes, j'ai fait saigner, peu d'heures après l'opération , les premiers malades qui y ont clé soumis ; mais , par la suite , voyant que les accidens se dissipaient plus i-apidement qu'ils ne le font dans les cas de chémosis ordinaire, même après les saignées répétées , je me suis abstenu de mettre en usage ce moyen préventif, et j'ai toujours vu l'inflammation se dissiper d'elle-même dans l 'espace de huit à dix jours. En même temps que l'inflammation tombe, les vaisseaux développés sur la cornée disparaissent totalement ou diminuent de nombre et de volume. Dans ce dernier cas, il faut, dès que l'irritation est dissipée, recourir de nouveau à la cautérisation. Deux ou trois applications de caustiques sont quelque- Ibis nécessaires pour détruire tous les vaisseaux ; mais à mesure qu'ils diminuent, on voit diminuer en proportion les nuages de la cornée qu'ils entretiennent. Je ne saurais trop recommander ce moyen : sans doute il ne guérira pas toutes les opacités de la cornée accompagnées de vaisseaux variqueux à la surface de cette membrane; mais je puis affirmer qu'il m'a toujours paru soulager les malades, et que je ne l'ai jamais vu aggraver leur état. Dans deux cas fort remarquables, présentés par deux jeunes sujets de dix-sept ans , complètement aveugles, il a suffi de la cautérisation pratiquée sur un œil pour guérir les deux.
§ II. De quelques variétés de la conjonctivite. La maladie que nous venons de décrire est la conjonctivite simple et franche, dégagée de toute complication qui en altère les caractères. Mais diverses circonstances peuvent faire varier ceux-ci , et modifier en quelque point le pronostic et les indications curatives. (^e sont ces faits qui ont conduit les ophthalmologistes à admettre un certain nombre de variétés d'espèces de conjonctivites. Nous ne pouvons décrire ici que les principales , qui sont : les conjonctivites calharrale , purulente , d'Égyple , ii^onorrhcujue , des nouveau-nés, niorbilleuse , scai-laiineuse , psorique et l'arioleuse.
A. Conjonclivile cutarrhale ; ophthalmie muqueuse, du froid, des brouillards. C'est surtout sous l'influence du froid et de l'humidité , par les temps brumeux et chez les individus lymphatiques que nait cette affection ; on la voit pourtant quelquefois survenir pendant une saison chaude et sèche , et dans les deux cas elle peut être épidémique. Les professions qui exposent habituellement les yeux à l'impression de corps pulvérulens , même inertes, y disposent ceux qui les exercent, et alors elle revêt plus spécialement la lorme chronique.
Sjmptômcs et marche. Le malade éprouve peu de douleur ; celle qu'il ressent se borne à un sentiment de cuisson vers les angles des yeux, surtout vers l'angle externe, ou à la sensation de corps pulvérulens , de graviers qui seraient introduits entre les paupières et le globe oculaire. La rougeur commence ordinaiiemcnt par la conjonctive palpébrale , et souvent même elle y reste concentrée ; et il n'est pas rare alors de voir la paupière se gonfler et la peau qui la recouvre rougir aussi. Quand la rougeur s'étend au globe oculaire, on remarque qu'elle résulte de 1 injection des vaisseaux de la conjonctive, lesquels se dirigent de toutes parts de la circonférence de l'œil vers celle de la cornée transparente, à une certaine distance de laquelle ces vaisseaux finissent par une pointe très-déliée. Ils se renflent à leur partie moyenne , sont noueux, flexueux, et forment au-devant de la sclérotique un réseau à mailles inégales , et ofi'rant aux points de leurs intersections des espèces de nœuds plus saillans, et quelquefois même ecchymosés ; ce réseau, d'une couleur
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rouge plus ou moins vive , est mobile comme la conjonctive au-devant de la sclérotique.
Lorsque la maladie acquiert un haut degré de développement, la rougeur i devient uniforme ; elle s'avance j usqu'à la circonférence de la cornée , et le tissu i cellulaire sous-conjonctival peut s'engorger au point de donner à la membrane i muqueuse l'apparence d'épaississement qui constitue le chémosis. |
Pendant toute la durée de la première période ,qui est quelquefois très-courte, i l'œil est sec, et il ne survient de larmoiement que dans les cas où le gonfle- ; ment de la muqueuse palpébrale est assez considérable pour obstruer les points lacrymaux.
Le passage de cette période à la seconde est caractérisé par l'apparition tl'un i liquide miiqueux plus ou moins abondant, sécrété surtout par la conjonctive palpébrale. Dans les cas les plus simples , il produit le matin une légère agghiti- j nation des paupières , et se dessèche en forme de petites croûtes molles et jau- I |' nàtres, qui s'accumulent surtout vers le grand angle de l'œil. Plus abondant, j i' il se manifeste en même temps sous forme d'une strie muqueuse qui se loge , » dans le repli de réflexion de la conjonctive palpébrale sur la face antérieure de j ' l'œil ; enfin plus abondant encore, c'est un véritable écoulement d'abord, blan- ■> ch.ître , puis jaunâtre qui déborde la paupière inférieure , se dessèche entre les I M cils et tend à se répandre sur les joues. Cet écoulement , d'abord peu considéra- ; V ble, augmente peu-à-peu et acquiert sou summum d'intensité dans l'espace de | »! quelc[ues jours , après quoi il diminue graduellement et finit par disparaître, j in Dès le moment où il s'établit , la douleur légère qui existait pendant la première , période de la maladie disparaît au point que les malades peuvent exposer leurs ! Dl
yeux à la lumière et à l'air sans en éprouver d'incommodité. Enfin , un dernier <
caractère de cette affection , c'est qu elle affecte les deux yeux , et que les acci- . •
deus c[u'elle détermine augmentent d'intensité le soir et pendant la nuit, et di- •
minuent pendant le jour. i*
La marche de la conjonctivite catarrhale n'a rien de fixe. Sa durée varie de-i ? puis quelques jours jusqu'à quelques semaines , à l'état aigu. Elle passe d'autant " pins rapidement à la seconde période qu'elle est plus aigué, et la première peut ■ alors n'être que de vingt-quatre ou trente-six heures. Lorsqu'elle passe à l'état : f chronique , elle se concentre presque toujours sur la conjonctive palpébrale où elle peut rester pendant plusieurs années. (I^oyez Blépharite.) * Quand l'inflammation est fort intense, il n'est pas rare de la voir s'étendre à '* la membrane muqueuse des fosses nasales et à celle des sinus frontaux. Alors ' aux accidens indiqués plus haut se joignent tous ceux d'un coryza plus ou moins aigu. On la voit souvent aussi se compliquer d'une bronchite développée sou.'î '''' l'influence des mêmes causes qui l'ont protluite, et c'est surtout dans ces cas *i qu'il se forme dans la conjonctive des ecchymoses, que I ou atlribue à la rup- 'A ture des vaisseaux par les efl'orts de la toux. Enfin, dans quelques cas, elle est j M non-seulement accompagnée , mais encore paraît produite et entretenue parwPF une irritation de la muqueuse stomacale; alors elle est sympathique. C'"™ Le diagnostic de l'ophthalmie catarrhale estfacile. La forme des vaisseau.^ in- I "isi jectcs, leur volume , leur llexuosité; le réseau cfu'ils composent, sa couleur nh rouge franche, sa mobilité sur la sclérotique ; l'absence de douleur et de photo- ni phobie ; les exaspérations nocturnes , et l'écoulement inCiqueux la caractérisent ilîfi suffisamment. ÏWf Le pronostic est en général peu fâcheux. Ce n'est que dans les cas où elle est Sfi exaspérée par un mauvais régime ou par un traitement mal dirigé , que la ma- ' m ladie envahit la cornée , dont elle peut alors provoquer le ramollissement et *< toutes les suites de la kératite. ài Traitement. Après l'indication générale de soustraire l'organe h l'action des i * causes qui en ont déterminé l'inflammation, vient celle de combattre cette inflam- 'fk mation par les moyens appropriés. Il est rare que , même pendant la j)reuiière -At période , on se trouve dans la nécessité de mettre en usage la saignée générale, il'ê Quand la maladie est simple , et quand cette opération n'est point nécessitée' nie par c[uelcjue complication plus grave que l'ophthalmie, presque toujours quel- ^(ili ques sangsues appliquées autour de la base de l'orbite ou à l'anus, suffisent ' iirle pour opérer une diminution notable de l'injection et de la rougeur; souvent ilm même il n'est pas nécessaire de recourir à ces moyens. Le repos , les pédiluves iilt irritans, les lavemens , les boissons délayantes et un régime convenable qui Kt doivent être employés comme auxiliaires des émissions sanguines , quand elles ii| ont été jugées nécessaires , suffisent pour calmer l'irritation qui accompagne la «1,
maladie à son début. -ifi Dans la seconde période , on aidera avantageusement l'action de ces moyens < ,n;;i par l'administration de quelques purgatifs, si l'état de la muqueuse intestinale I,;, permet leur administration. I( Quant aux topiques, ils seront de diverses sortes. Généralement ils ne con- S >i„j viennent pas , ni sous forme de cataplasme , ni sous forme de lotions ou de col- ■ j,j lyres dans la période de sécheresse. Les Allemands recommandent pourtant les lotions d'eau tiède. On peut aussi employer les collyres .sédatifs, malgré laréprobation donnée par Blackensie à l'acétate de plomb. Mais plus tard , c'est- ., à-dire quand la sécrétion muqueuse est bien établie, il faut seconder l'action des .j révulsifs par celle des astringens et des répercussifs locaux. C'est alors que conviennent les collyres dans lesquels on a fait dissoudre quelques grains desulfate de cuivre , de bol d'Arménie ou de nitrate d'argent, etc.
Si la maladie est rebelle , on en hâtera la terminaison par l'applicatioi; d'un vésicatoire à la nuque ; à moins toutefois qu'il ne survienne des récrudes cences de l'inflammation, qu'il faudrait combattre alors par de nouvelle saignées ou par l'application reitérée des ventouses ou des sangsues aux tempes j Pendant toute la durée du traitement, le malade devra être tenu dans uni ^
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lempérature douce et égale. Il pourra alors abriter son oeil par un simple gardeue. L'impression de l'air dans ces circonstances , produit assez souvent du sou- |)gement;il n'en serait pas de même de l'impression directe de la chaleur d'un joyer qu'il faut éviter avec soin.
i On a conseillé aussi de faire prendre au malade des boissons chaudes et diahorétiques , et des bains généraux tièdes ; mais il nous a semblé que tous ces iioyens augmentaient la congestion du sang vers la tête, et par conséquent ers l'œil , et nous pensons qu'il faut s'en abstenir.
C'est en insistant sur le traitement qui vient d'être indiqué , et sur celui qui bnvient k la conjohctivite chroki(j€e en général , ([ue I on parviendra à guéir la conjonctivite catarihaLe passée à l'état chronique. Nous renvoyons égalelent à l'article kératite pour les moyens qu'il conviendrait d'employer si cette ïfeclion venait à envahir la cornée.
(Enfin, on trouvera également indiqué à l'article blépharite , ce qu'il invient de faire quand l'inflammation se concentre sur la muqueuse palpé- ■ale.
B. Conjonctivite purulente. Comme la conjonctivite catarrhale , l'ophlhalmie irulente a son siège essentiellement dans la conjonctive ; comme elle, elle délite ordinairement par la portion de cette membrane qui tapisse la face posté-
|:ure des paupières ; comme elle , elle est caractérisée par une sécrétion abonnie et morbide de la membrane enflammée; mais elle est douloureuse , et elle vahit rapidement les tissus sous-jacens à la conjonctive ; d'où il résulte que si le est de même nature, elle en diffère au moins par le degré. Elle se manifeste principalement dans trois conditions différentes : 1° chez s nouveau-nés; 2" chez les eufans et les adultes, exempts d'écoulemens ennorrhagiques ; 3» enfln chez les individus ([ui sont actuellement affectés de ennorriiagie ou de flueurs blanches.
iBien que la maladie soit apparemment la même dans ces trois cas, on s'est pendant autorisé de la difiérence des conditions dans lesquelles elle naît , lur en former trois espèces qui sont : Vo/>lil/ialinie purulente des nouau - nés , Vophlhalinie purulente des adultes , et \ opklhalinie gonor- '.éique.
1». Ophthalmie purulente des nouveau-nés. — Causes. L'insertion sur la con- , active de la matière d'un écoulement vaginal gonorrhéique ou simplement icorrhoïque , au moment de la naissance , est la cause généralement regardée mme la plus ordinaire de la maladie dont il s'agit; cependant elle n'en est s la seule; car on voit souvent cette affection se développer sur des enfans nt les mères sont parfaitement saines. On pense qu'alors la mauvaise nour- ; ure , le froid , l'humidité , la privation des soins maternels et la malpropreté int les circonstances les plus favorables à son développement- On la voit en l'ct spécialement sévir sur les enfans de la classe pauvre, el surtout dans les Isjiices destinés aux enfans, où elle règue quelquefois épidéiiiiqiiemeiit. On a inarqué qu'elle attaque de préférence les individus d'une constitution faible, I i naissent avant terme , et les jumeaux. 11 résulte de là , que si l'oplithalmie ruiente des nouveau-nés peut se développer par une sorte de contagion , ms beaucoup de cas elle naît indépendamment de l'action d'un principe (jptagieux.
Sjrmpiômes , marche. C'est ordinairement vers le troisième jour après la naisfjice que la maladie commence à se développer. Suivant M. Baron , le premier ifne qui l'annnonce est le remplacement du pli transversal de la paupière sujrieure par une strie saillante d'un rouge pâle.
|En même temps , les paupières sont légèrement agglutinées quand l'enfant f veille , et l'on découvre une rougeur inusitée sur leur bord libre , rougeur iirquée surtout vers leur commissure interne.
L'œil paraît supporter difficilement l'impression de la lumière, l'enfant cheriie à l'éviter en détournant la tête. Si l'on examine l'état de la conjonctive palbrale, en abaissant la paupière inférieure, ou en écartant la supérieure du )be de I œil, on voit qu'elle est rouge et comme villeuse; et déjà elle est réouverte d'une couche mince d'un liquide blanchâtre.
Il faut faire la plus grande attention à ces symptômes , soitjqu'ils se présen- 1 it isolément , soit qu'ils se trouvent déjà réunis ; car la marche de cette affec- 1n est des p'.us insidieuses; et si on ne l'arrête, ou n'est plus maître ensuite
< suspendre les progrès rapides par lesquels elle envahit d'autres tissus
< l'œil
En effet, les accidens ne tardent pas à augmenter tout-à coup et rapidement «plensité. Les paupières se gonflent et deviennent tendues, rouges , et luisantl ; la supérieure surtout acquiert des dimensions telles , qu'elle tombe au-deijit de l'inférieure et la recouvre. L'inflammation s'étend de la conjonctive ] pébrale à la conjonctive oculaire ; cette membrane prend partout une cou- I r d'un rouge écarlate, et un aspect villeux que Saundei s a comparé à celui ( la muqueuse stomacale d'un jeune enfant , injectée au vermillon. Le produit <|la sécrétion mucoso-purulente devient assez abondant pour se répandre sur l|joue; et, quand l'agglutination des paupières s'oppose à son écoulement sWtané , il s'échappe en jets , dès qu'on parvient à les décoller partiellement ; Iphotophobie devient telle, que, malgré le rapprochement des paupières iterminé et par leur gonflement et par leur agglutination , les enfans froncent «ipore les sourcils et contractent le muscle orbiculaire palpébral , comme pour (poser un plus grand obstacle à son arrivée au fond de l'œil. Cette contractp oppose une grande résistance quand on veut écarter les paupières pour «iminer l'état de l'œil ; et souvent même cette résistance est telle , qu'en vou- I jt les écarter on les renverse.
Quelquefois aussi cet accident des paupières se produit spontanément. Il tient
alors à l'épaississenient de la conjonctive oculaire , au niveau du réplique forme cette membrane en se portant de l'œil sur la paupière. Là, en effet , le gonflement se fait en toute liberté, et il détermine la formation d'un bourrelet souvent assez considérable pour dépasser le niveau de la marge du cartilage tarse, de telle sorte que quand la contraction de l'orbiculaire tend à appliquer les paupières sur l'œil , ce bourrelet repousse en dehors leur bord libre et détermine un ectropion spontané. De quelque manière que ce renversement ait lieu, il peut être passager ou persister pendant plus ou moins de temps. Quoi qu'il en soit, il permet d'examiner l'état de la conjeuctive palpébrale et de voir qu'à l'époque de la maladie dont nous parlons , elle présente des granulations très-marquées, que Ion suppose formées par le développement de glandes mucipares.
La matière de l'écoulement varie de couleur aux diverses époques de l'affection. D'abord ténu et blanchâtre, il devient peu-à-peu plus consistant, puis verdàtre ou jaunâtre , ou même tout-à-fait jaune ; c'est surtout le matin , quand l'agglutination des paupières lui a permis de s'accumuler pendant la nuit entre elles et l'œil , que l'on peut facilement apprécier son épaisseur , sa couleur et sa quantité. Celle-ci est quelquefois telle, qu'il forme alors pendant quelques instans une espèce de flot à chaque cri de l'enfant , ou chaque fois qu'on écarte les paupières ; cependant il ne s'écoule jamais entièrement , et il reste toujours une couche plus épaisse , qu'on est obligé de détacher au moyen d'un jet d'eau tiède lancé avec une seringue , pour bien examiner l'état du globe oculaire.
Dans les cas très-graves la matière de l'écoulement est sanieuse et mélangée de stries de sang.
Il est rare que l'inflammation ne s'étende pas à la cornée transparente et même plus profondément ; mais il est à observer que ce n'est que quand la sécrétion purulente est établie que le tissu de la cornée commence à s'altérer, ce qui prouve que c'est le contact de la matière purulente qui détermine cet accident. Quoi qu'il en soit, la cornée, parfaitement claire jusqu'à l'établissement de l'écoulement , se trouble alors. Dans les cas les plus simples , ce trouble ne constitue qu'un nuage plus ou moins étendu qui disparaît après l'inflammation. Mais le plus souvent la maladie laisse des traces plus profontles , telles par exemple qu'une taie plus o"i'>moins épaisse et étendue , ou un staphylome partiel ou total , suites de son ramollissement ; il n'est pas rare de \ oir ces diverses altérations se compliquer de lésions diverses de l'iris , telles que de hernies ou d'adhérences de cette membrane à la cornée, par suite d'une perforation ulcéreuse de cette partie, d'oblitération de la pupille, etc. Enfin, dans quelques cas, la destruction de la cornée est si consitlerable que l'œil se vide complètement. On a surtout lieu de craindre ce résultat quand l'inflammation est très-vive el quand l'écoulement est sanieux , ou strié de sang. ïrès-souvent ce n'est qu'après la cessation de l'inflammalion , quand la diminution de l irritation et du gonflement permettent à l'enfant d écarter les paupières (jue l'on peut juger des ravages opérés par la maladie. Dans quelques cas cependant, il est possible , pendant le sommeil, d'écarter les paupières lorsque l'inflammation existe encore, et de reconnaître les diverses altérations de la cornée et des autres parties constitutives de l'œil, à mesure qu'elles apparaissent.
L'oplithalmie des nouveau-nés ne reste pas, dans la plupart des cas , une affection purement locale. Presque toujours, au contraire, il se développe consécutivement de la fièvre et différens troubles dans les digestions, et ces symptômes acquièrent quelquefois , surtout dans les hôpitaux, une gravité telle qu'ils occasionnent le marasme et la mort.
Le pronostic de cette affection est en général des plus graves, puisque les cas les plus rares sont ceux où la guérison est complète, qu'elle laisse presque toujours au moins quelque tache sur la cornée , que souvent elle détermine des désorganisations incurables , et que, dans quelques circonstances, elle peut occasionner la mort.
Il est donc de la plus haute importance d'en arrêter les progrès par un traitement convenablement dirigé.
Traitement. Quand on est appelé au début de la maladie , ce qui est rare parce qu'elle ne revêt d'abord que les caractères d'une affection peu grave , quand la sécrétion mucoso-purulente commence à s'établir , et quand la conjonctive est rouge et boursouflée , il faut mettre en usage un traitement anti- ])lilogistique direct. Les sangsues appliquées à la tempe , ou mieux sur le centre de la paupière supérieure , sont un des meilleurs moyens que l'on puisse alors employer ; et la vascularité des tissus est telle chez l'enfant nouveau-né , qu'il suffit ordinairement d'une seule sangsue appliquée sur les lieux indiqués pour provoquer une perte de sang considérable. En même temps on entreliendra la liberté du ventre au moyen de quelque laxatif tel que l'huile de ricin ou le calomélas , et on lavera souvent les yeux en y lançant, à l'aide d'une seringue, un liquide légèrement sédatif et astringent, tel , par exemple , qu'une solution d'acétate de plomb.
Dès que l'acuité de l'inflammation a cessé , et que la sécrétion morbide s'établit, il faut appliquer un vésicatoire au bras , insister sur les purgatifs, et remplacer la solution d'acétate de plomb, par une solution plus astringente. Celles de sulfate de cuivre et de bol d'Arménie , ou solution d'alun , recommandée par Lawrence, sont alors employées avec utilité.
Enfin , quand le dégorgement de la conjonctive et des paupières permet d'examiner la cornée, et que l'on trouve cette membrane altérée , il faut mettre en usage le traitement de la kératite.
Telles sont les bases de traitement indiquées par la plupart des auteurs pour combattre l'ophthalmie des nouveau-nés ; ils pensent qu'il est suffisant pour
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prévenir les suites graves de celle afFection , quand il est commencé à temps , c'est-à-dire avant que la cornée soit ramollie , ulcérée ou perforée ; Lawrence dit même que, dans les cas où l'inflammation n"a pas envahi la conjonctive oculaire il se borne à l'emploi local de la solution d'alun , et à l'adminislralion de la magnésie à l'intérieur. Cette méthode est celle qu'il suit dans les quai-ante-neuf cinquantièmes des cas qui se présentent à l'infirmerie qu'il dirige, et il ne se rappelle pas un seul enfant dont les yeux aient été perdus lorsque le traitement a été commencé avant que la cornée fût envahie par la maladie.
Je n'ai pas été assez heureux pour rencontrer beaucoup de ces afifections simples; dans la plupart de celles que j'ai vues , le gonflement des paupières était le! , qu'il me fut impossible d'examiner la cornée, et bien que j'eusse d'abord employé le traitement indiqué dans toute sa rigueur, j'ai trouvé, lorsqu'il m'a été permis d'entr'ouvrir les paupières, la cornée trouble, ou ramollie ^ ou ulcérée, ou perforée. Il m'a donc fallu prendre un moyen plus efficace pour prévenir ces suites lâcheuses , et ce moyen est l'application du nitrate (i'argent sur la conjonctive palpcbrale de l'une et l'autre paupières.
Cette opération offre quelques difficultés ; elle détermine aussi une douleur vive, mais on peut surmonter les difficultés avec de la patience et de l'adresse, la douleur n'est que passagère , et l'on li-ouve , dans la cautérisation , le grand avantage d'arrêter à-peu-près sûrement la sécrétion morbide , dont le produit , en venant enflammer la cornée , y détermine les altérations dont il a été lait mention. Il n'est pas nécessaire que la cautérisation soit profonde , il faut seulement que le caustique soit ])romené légèrement et rapidement sur toute la face postérieure de l'une et l'autre paupières , surtout sur celle de l'inférieure. En peu de temps la sécrétion diminue et disparaît ainsi que l'engorgeaient palpébral , et l'on peut alors s'assurer que la cornée a été préservée de toute atteinte. Bien entendu que c'est au moment où la sécrétion muqueuse est établie, qu'il faut appliquer ce moyen. Sou efficacité m'a toujours paru très-grande , et depuis que je l'ai fait mettre en usage à la consultation que je dirige à l'Hôtel- Dieu , j'ai réussi presque constamment à prévenir les altérations graves de la cornée , dont la violence des symptômes menaçait évidemment les malades.
2". Ophihalmie purulente des adultes. Elle peut se manifester chez les enfans . quelque temps après la naissance , aussi bien que chez les adultes. Elle a avec l'ophtlialmie des nouveau-nés la plus frappante analogie de siège et de caractère, et comme elle, elle passe facilement de la conjonctive, son point de départ, à la cornée, qu'elle attaque et qu'elle détruit. Bien que cette afTection ne soit pas très-rare, que non-seulement elle se manifeste d'une manière sporadique , mais encore quelquefois épidémiqueraent dans certaines localités et dans certaines agglomérations d'enfans ou d'adultes, ce n'est guère que depuis l'époque de la campagne des Français en Égypte, qu'elle a été remarquée et décrite par les ophlhalmologisles : plusieurs l'ont désignée même sous le nom d'o]ihtha!mie d'Égypte , à cause des ravages qu'elle a fjits sur les armées belligérantes française et anglaise qui occupaient ce pays.
Causes. On est bien loin d'être d'accord sur l'origine , les causes et même la nature de l'afTection dont il s'agit. Les premiers auteurs qui en ont parlé , Edmonstone , Mac-Gregor, 'Vetch , Adams , l'ont presque tous regardée comme importée d'Égypte en Europe par les armées anglaise et française, et cette opinion a été partagée par plusieurs médecins allemands du plus haut mérite, parmi lesquels se trouvent Rust, Graëfe, "Walther, etc. Les mêmes praticiens ont pensé qu'elle est contagieuse, tandis que d'autres , même parmi ceu.x qui comme Assalini , l'ont observée en Égypte , la regardent comme une ophihalmie catarrhale, rendue plus active et plus dangereuse par les circonstances de localité où elle s'est développée. Des expériences directes ont été faites pour prouver la nature contagieuse du mucus purulent sécrété par la conjonctive dans celte maladie, et ici, comme dans toutes les questions de contagion , ces expériences ont été contradictoires. C'est ainsi, par exemple , qu'aux faits cités par M. IVIac-Gregor en faveur de la contagion , et dont les sujets sont trois infirmières qui ont contracté la maladie en injectant les yeux d'enfans aff'ectés d'ophthalmie purulente, M. Mackensie oppose une expérience faite sur luimême , et dans laquelle l'application directe sur la conjonctive de compresses imprégnées du prétendu virus n'a pas développé de conjonctivite, même simple.
Ce qu'il y a de certain, c'est qu'au rapport des historiens , l'ophthalmie purulente est endémique en Égypte et dans d'autres parties de l'Afrique, ainsi qu'en Asie , depuis la plus haute antiquité , ce qui tient apparemment à ce que, dans ces contrées, et surtout dans la première, les causes capables d'irriler vivement l'organe de la vue ont un haut degré de développement. C'est ainsi que la chaleur étouffante et la sécheresse du jour opposées à la fraîcheur et à la rosée des nuits ; que les exhalaisons humides du sol après la retraite du Nil , que l'action irritanle du sable du désert, la fatigue qu'éprouvent les yeux par le vif éclat du soleil , reflété encore par un sol aride , elc , sont des causes suffisantes pour expliquer la fréquence et la gravité des ophlhalmies qui désolent ce pays. Ce qu'il y a de certain encore , c'est que les temps frais et humides , la malpropreté , peuvent la développer dans nos climats , non-seulement sporadiquement, mais encore épidémiquement , quand ces causes agissent en même temps sur une grande réunion d'individus. C'est ainsi qu'on l'a vue se manifester, en Angleterre, dans divers corps d'armée et à l'hôpital des Invalides de Chi'lsea, qu'on a rapporté des faits (|ui prouvent qu'elle peut se développer en plume mer , sur des vaisseaux encombrés d'hommes, et y sévir avec une grande fureur ; qu'on l'a vue se manifester à Paris , dans les hospices et les maisons d'asile afTectés à l'enfance ; que dernièrement encore elle a désolé l'armée belge, et que, dans toutes ces circonstances, on a dû l'attribuer à la réunion des causes indiquées , c'est-à-dire à une température froide et brumeuse, à une |
grande agglomération d'individus mal nourris, mal vêtus ou tenus malpropre! | ment; car il est à remarquer que , dans les armées, elle attaquait de préférenct < les soldats, et dans les villes , les individus pauvres et nécessiteux. Eufin c. qu'il y encore de certain , c'est que la dissémination des individus aggloméréii i fait ordinairement cesser l'épidémie , et que ceux-ci ne la portent pas avec eu) • dans les lieux où ils émigrent, pourvu toutefois que ces lieux soient dans des cir : constances hygiéniques favorables ; car, à ce fait qui prouverait contre la con 1 ■ tagion , on peut en opposer un autre qui prouverait en sa faveur : c"esl-à-dirr j que, si un individu frappé de l'ophthalmie purulente vient se rendre au miliet i d'autres indi\ idus placés dans des circonstance hygiéniques favorables au dé veioppement de la maladie , son arrivée peut être le signal du développemen i de 1 ophihalmie purulente. L'année dernière , une épidémie de ce genre régnai ] à l'hôpital des enfans ; un de ceux-ci , afTeclé d'ophthalmie purulente, rentr; I dans sa famille demeurant au faubourg Saint-Antoine, loin du foyer du mal i peu de jours après, son père, sa mère et deux autres enfans furent atteint \ de cette maladie à difTérens degrés. j
Sy mptômes , marche. L'ophthalmie purulente des adultes a la plus grande : analogie avec celle des nouveau-nés. Elle n'en diff'ère que par son intensité qii i est plus grande, et par sa marche plus rapide. |
Au début , le malade éprouve un sentiment de tension et d'engourdissemen { dans les paupières , sur la face postérieure et près du bord descfuelles la mala ; die commence toujours. En même temps, ces parties sont im|jrégnées d'ut j . mucus blanchâtre. Bientôt la maladie s'étend à la conjonctive oculaire ; celle-c l devient rouge écarlate , s'épaissit, et forme un cliémosis qui déborde et recou i vre même quelquefois toute la cornée. L'inflammation envahit probablemen i en même temps la sclérotique, la comt e et les membranes plus profondes ; caij | le malade éprouve successivement la sensation de graviers qui seraient inler- 1 i posés entre les paupières et lœil , puis des douleurs lancinantes, profondes cl ;| pulsatives qui se propagent au fond de l'orbite, tlaus la tête et aux tempes ^ elle s'étend aussi manifestement aux paupières, qui se gonflent, devienncui;j rouges et œdémateuses , et se rapprochent, au point qu'il est impossible oij très-difficile de les écarter. Le produit de la sécrétion devient épais et verdàtre: , j son abondance et son âcrelé sont telles , qu il baigne incessamment les joues di: ; ; malade , et que celles-ci en sont parfois excoriées. La marche de la maladie es ^ J souvent marquée par des espèces d'e.xacerbation de douleur et de sécheresse || suivies de repos et d augmentation de récoulemeiil. j
Cependant les symptômes dits généraux sont jieu développés. Le pouls es j à peine ou point accéléré, la langue et l'estomac presque dans l'état naturel. ,\
Au bout d'un temps très-variable, les douleurs diminuent, l'écouiemen i change de nature et devient blanchâtre ou jaunâtre, et moins abondant; le '. paupières se dégorgent , mais plus vite que la conjonctive , et celle-ci forme ui bourrelet considérable dans le lieu correspondant au repli qui unit sa portioi oculaire à la palpébrale. Les pau|iicres , l'inférieure surtout , se trouvent re poussées au-dehors et renversées.
Alors on peut découvrir la cornée ; et presque toujours on la trouve injectée ! ou ramollie , ou perforée , ou même détruite. ,
Lors même que la cornée est seulement injectée, la maladie ne guéiit qu'a vec difficulté , et dans beaucoup de cas où l'on a été assez heureux pour obte nir une guérison même complète , elle a une grande tendance à récidiver. il
Souvent elle se concentre derrière les paupières où elle passe à l'état chroni j que. Alors la portion de conjonctive qui reste affectée conserve de la rougeur j de l'épaisseur, et prend un aspect granulé très-remarquable. ,
Le diagnostic de l'ophlbalmie purulente est des plus faciles , tant les carac tères de cette affection sont prononcés. Elle n'a d'analogie qu'avec la conjonc ^ tive catarrhale et avec l'ophtlialmie blennorrhagique. Mais le gonflement de , paupières , celui de la conjonctive , qui forme presque toujours un chémosi-jî considérable , la couleur rouge écarlate que prend cette membrane, l'aboii j ) dance et la nature de l'écoulement, et la tendance très-marquée de l'affectioi h envahir le tissu de la cornée, circonstances dont lesunes ne se rencontrentpa: ^ dans la conjonctivite catarrhale , cl dont les autres y sont beaucoup moins e.'î- \ primées, suffiront toujours pour distinguer ces deux afTections, ou pour mieu;, ) dire , pour faire distinguer le degré qui constitue l'une du ilegré qui coiislitui^ f l'autre, et la coexistence d'une blennorrhagie est une circonstance qjiseri|| toujours suffisante pour caractériser l'ophlbalmie blennorrhagique. i >
Le pronostic est des plus graves. Cette maladie , en effet , compromet beau- , 'j coup plus sûrement encore la vue que ro|)hlhalmie purulente des nouveau- 3 nés , parce qu'elle envahit plus rapidement la cornée et (|u'elle est plus rebelli , ' aux Irailemens. Il va sans dire que le pronostic est d'autant plus fâcheux qui. j l'inflammation est plus vive, qu elle envahit plus rapidement les tissus sous , j jacens à la conjonctive, que les douleurs pénètrent plus profoudémciit dans V \ globe oculaire, enfin ,que lorsqu'on peut eiilr'ouvrir les paupières , on trouvi ^ 1 la cornée plus altérée dans sa consistance, ou dans sa texture, ou dans s;^ | continuité. , \
Traitement. Quant au traitement, il est à-peu-près le même que celui d ^ * l'ophthalmie des nouveau nés. Seulement il doit être conduit avec une beau ^ coup plus grande activité. Ainsi , ou dt but , il faut toujours pratiquer une sal ^ I gnée générale du bras , de la tempe , ou mieux des pieds , et si l'inflamroatioi j j est grave , pousser cette saignée jusqu'à la syncope. On appliquera ensuite de, 1 sangsues sur la paupière ou à la tempe, et on les renouvellera au nombre d I cinq ou six au plus, à mesure (ju'elles cesseront de couler, de manière à oL 1 tenir un écoulement de sang continu pendant vingt-quatre ou trente-six heure.' j On opérera ensuite une dérivation sur le canal intestinal au moyen de purgatifs, |
OPHTHALMIE
OPnTHALMIE.
à la nuque au moyen J'nn vésicatoire ou d'un selon. Enfin, on dardera entre les paupières, au moyen d une seringue , et assez souvent pour prévenir le séjour de la matière de l écoulement sur la cornée , de l'eau tiède ou une décoction de racine de guimauve; puis plus tard, c'est-à-dire quand l'inflammation sera lombce et l'écoulement établi , des collyres rendus astringens par l'addition de l'acétate de plomb, de l'alun , du nitrate d'argent , etc.
Plus lard encore, on traitera par les moyens appropriés les ulcères de la cor- H£E , les ECTEOPiOKS , Ics TAIES , Ics STAPHYLOMES , ctc. , quc la maladie pourrait laisser à sa suite.
Mais dans les cas graves, ce traitement échoue souvent , et le moyen qui m'a paru le plus sûr est encore l'application du nitrate d'argent à la face postérieure des paupières.
3° 0/jhlhalniie blennorrhagicjue. On appelle ainsi celle qui parait liée a un écoulement blennorihagique chez les deux sexes, ou à des fleurs blanches chez les femmes.
Causes. On n'est pas d'accord sur le mécanismede sa production. Beaucoup 1 ont regardée comme le résultatd'une métastase de raffeclion uréli ale sur la conjonctive ; d'autres l'attribuent à une inoculation directe de la matière de l'écoulenent par les doigts du malade lui-même; d'autres pensent qu elle est l'effet ou e symptôme de l'infection générale de toute l'économie par la matière viruente, ou celui d'une espèce de sympathie. J'ai observé un assez grand nombre l'ophtlialmies blenuorrhagiques , et j'ai toujours constaté que l écoulement LU'étral n'était pas supprimé chez les sujets qui en étaient affectés; il est doujeux que la maladie soit l'clfet d'une inoculation directe , au moins dans les cas ordinaires ; il est bien rare , en effet , qu'on se trolle les yeux , imniédiateuieut fprès avoir uriné , ou après avoir louché pour tout autre motif ses parties géiii • jales , et , d'ailleurs , les femmes n'ont pas comme les hommes Thabiluile ni le jcsoin de toucher ces parties, et cependant elles sont comme ceux-ci sujettes. à j ophthalmie bleunorrhagique , même quand elles n'ont que de simples fleurs Manches; 1 infection générale est plus que problématique; reste donc la symjiathie exercée sur la muqueuse oculaire par la muqueuse urétrale. Celle-ci est {)rouvée. Toutes les irritations prolongées des voies génitales donnent lieu à un eutiment de cuisson dans les yeux, et à un certain aflaiblisseo-ient de la vue. )n conçoit à la rigueur que , dans ces circonstances, un courant d'air froid, enant à frapper les conjonctives , peut y déterminer une irritation qui, sur n individu sain, aurait été purement cathirrale , et qui sur un individu af- Scté de blcnnorrhagie prend un caractère plus grave : et cependant celte exlication né satisfiiit pas complètement l'esprit. Tout ce qu'on sait donc de poitif à ce sujet, c'est que chez les sujets dont il est question , la conjoiicti\ ile eut revêtir des caractères qu elle n'a pas chez les autres.
Sjm/Jtômes, mar che. Les symptômes sont les mêmes que ceux de l'ophtlialne purulente ; mais ils sont plus intenses , l'écoulement est plus promptemcnt tabli , est plus abondant , et il ressemble tout-à-fait par l'aspect à celui d'une jlennorrhagie. La marche est aussi baeucoup plus aigué. Douze heures suffisent iielquefois pour amener la destruclion de la cornée. En un mot les ophthalmies ^ennorrhagitjues les moins aiguës sont plus rapides dans leur marche et plus angereuses que des ophthalniies purulenles et plus graves. ! Le traitement est ainsi à-peu-près le même.
I Les saignées abondantes et réitérées , les saugsues ou les ventouses aux tempes; îs purgatifs , les sélons ou les vésicatoires , les lotions fré([uentei, font la base [jsentielle de celui qui a été préconisé par les praticiens pour la première pé- |ode de la maladie.
Dans la seconde , ils ont surtout vanté les purgatifs drastiques , et les collyres ■ec l'alun , le nitrate d'argent ou le deuto-chlorure de mercure , ou les insufilions de caloraélas. On a cité beaucoup de cas de guérisou obtenus par ce alternent, et dernièrement encore un journal a jjublié plusieurs observations ndant à prouver qu'en meltanl en usage avec vigueur les évacuations sanguines les révulsifs , on évilerait à-peu-près sûrement les suites fâcheuses de l'ophlalmie gonorrhéique. J'ai eu plusieurs fois l'occasion de me convaincre que de imblables assertions sont tout- à-fait exagérées. L'année dernière encore, un une homme se présenla à l'Hôtel- Dieu avec une ophthalmie blennorihagique )uble , qui avait débuté la veille : une saignée générale copieuse, suivie d'une tériotomie et d'applications de sangsues qui furent incessamment renou\ele'es pndant quatre jours ; un séton à la nuque , des pui-gatifs drastiques et des loms avec le deuto-chlorure de mercure , n'empêchèrent pas les deux cornées p se perforer , et le malade de devenir aveugle.
Quelque temps après , un Polonais se présenta avec une ophliialmie de même iture, mais afl'ectant un seul œil , il y avait trente-quatre heures que la niahie avait débuté. Le soir de l'entrée du r ialade on lui appliqua vingt-cinq sauges à la tempe. Le lendemain matin , époque où je le vis pour la première is , il fut largement saigné ; dans la même journée on lui passa un selon à la ique; il prit la potion de Chopart, puis un purgatif drastique; on lui appliqua, 1 soir de ce même jour au lendemain matin, de nouvelles sangsues, qui furent (actionnées de manière à produire un écoulement de sang qui dura toule la nt et une parlie du jour suivant; on lui fit de plus en plus depuis son entrée ÎS injections astringentes très-fréquemment réitérées entre les paupières : le udemain de l'entrée du malade , la cornée était ramollie et perforée , et l'œil frdu. Quelques jours après l'autre œil se prit. Le malade était hors d'état de lipporter de nouvelles pertes de sang , et d'ailleurs le traitement le plus énerque que l'on puisse mettre en usage n'avait pas réuàsi à prévenir l'altération p la cornée et la perte de la vue de ce côlé. C'est alors que , pour la première is, je me décidai à prendre un parli violent, mais efficace , puisqu'il consistait
DlCT. DE M£DECI^E ET DE CuiFaRGIE PBATIQIES.
à détruire l'organe sécréteur pour arrêter la sécrétion morbide dont le produit avait une aciion si funeste sur la cornée. J'excisai toule la conjonctive oculaire , et je eaulérisai avec le nitrate d'argent toute la conjonctive palpébrale trop adhérente pour être emportée. L'œil fut complètement préservé. C'est donc en définitive à ce moyen héroïque que je me suis arrêté pour les cas semblables à celui que je viens de citer. Je suis tellement convainc de son efficacité et de ^a prééminence sur tous les autres , que si je rencontrais un cas dans lequel le gonflement des paupi'cres fût tel , qu'il rendit leur éearlement impossible , je n'hésilerais pas à fendre leur commissure externe pour faciliter cet éearlement et l'application du procédé.
C. Oplilhalinie inorbil'euse. L'ophlhalmic qui se développe comme épii>liénomèiie de la rougeole a cela de particulier qu'elle apparaît souvent avant l'éruption cutanée. Sa marche est rapide , en peu de temps la conjonctive devient rouge ; mais ordinairement aussi les vaisseaux de la sclérotique s'injectent et il survient de la pholophobie et du larmoiement. Quand la maladie est peu intense elle disparait peu-à-peu en suivant les stades de l'exanlhème cutané ; mais dans quelques cas , aux phénomènes indiqués s'en joignent d'autres qui annoncent cpje la cornée participe à 1 inflammation : ainsi elle devient lui.sanle dans quelques points, et le malade épiouve des douleurs pongilives dans l œil; plus tard ces points deviennent opaques et quelquefois s'ulcèi ent ou se transforment eu abcès interlamellaires.
Le pronostic n'offre aucune gravité tant que la maladie reste simple; mais lorsque la cornée devient malade , il prend toute la gravité de la kératite qui se termine parties abcès ou par des ulcères.
Si le sujet est scrophuleux , il n'est pas rare de voir la maladie passer à l'état chronique et revêtir les caractères de l'oplilhalmie scrophuleuse. Enfin quand la phlegmasie a eu quelque intensité , lors même qu'elle n'est pas passée à l'état chronique, elle laisse souvent la conjonctive fort disposée pendant long temps à contracter de nouvelles inflammations.
On peut abandonner l'ophthalmie morbilleuse à elle-même quand elle est simple. Elle décroit avec l'éruption morbilleuse et passe en même temps qu'elle. Quand elle est compliquée de kératite , c'est le traitement de cette affection qu'il convient de lui opposer.
D. Ophlhalmie scarlaiineuse. De même que la rougeole, la scarlatine provoque une conjonctivite qui se développe souvent aussi avant 1 éruption cutanée.
Elle offre à peu-près la même marche que la conjonctivite moi bilieuse ; cependant les symptômes sont en général plus graves. Le larmoiement et la photophobie persistent plus long-temps ; les vaisseaux de la sclrrolique prennent une leiiile violacée et sont plus volumineux , et les ulcérations plus étendues et plus tenaces.
Le pronostic est donc plus grave.
Le trailement doit être plus aclif ; mais il repose sur les mêmes principes.
E. Oi:hihaLinie varioLeuse. Moins fréquemment que larougeoleet la scarlatine, la variole entraine une inflammation concomitante de la conjonctive; mais , en général, celle-ci est plus grave que les ophthalmies morbilleuse et scarlaiineuse.
L'ophthalmie varioleuse peut se développer à deux éj.oques diflTérentes de la marche de l'éruption : 1° en même temps que celle érui)tion ; 2° pendant la période de desquamation.
Dans le premier cas , on voit les paupières et leurs Lords libres se couvrir de pustules qui ont les mêmes caractères que celles qui s'élèvent de toute la surface du corps, et qui suivent la même marche. Quand elles sont nombreuses ou confluentes , elles déterminent un gonflement tellement considérable des paupières qu'on ne peut écarter celles-ci pour examiner le globe de l'œil. Quoi qu'il en soit il arrive assez souvent que l'éruption pustuleuse se borne à ces )>arties , et cependant elle peut y laisser des traces fâcheuses et indélébiles ; c'est ainsi que des individus qui ont été affectés d'ophlhalmie varioleuse conservent presque toujours le long des bonis palpébraux une inflammation chronique qui passe de temps à autre à l'état aigu , ou des ulcérations qui détruisent peu-à peu les cils et laissent des cicatrices plus ou moins dilformes. Mais dans quelques cas lu maladie s'étend jusqu à la conjonctive oculaire , et celle-ci devient le siège de pustules en tout semblables à celles qui se développent sur la peau. Lorsque ces pustules siègent, ce qui arrive souvent, sur la portion de la conjonctive qui revêt la cornée , elles communiquent l'inflammation à cette membrane , et une kératite , ordinairement suivie de ramollissement, d'ulcération ou de suppuration , en est la conséquence inévitable. C'est à la suite de ces cas que l'on observe les taies , les staphylômes, les hernies de l'iris , les adhérences de celle membrane à la cornée , les oblitérations de la pupille , et toutes ces altérations organiques qui produisent si souvent une cécilé incurable, à la suile de la variole.
Dans la plupart des cas, le gonflement des paupières s'oppose à ce que l'onpuisse reconnaîire par l'inspection la présence de ces pnsluies ; mais on a lieu de penser qu'elles existent lorsque le malade éprouve des ilouleurs vives qui se propagent 'a l'iniérieur de la lèlc par le fond de l'orbite ; lorsque ces douleurs augmentent pendant les uiouvemens de l'œil en renouvelant la sensation de corps étrangers introduits entre cet organe et les paupières ; lorsque ces douleurs sont augmentées par l'impression de la lumière , même à travers les paupières engorgées ; enfin lorsque chaque fois que le malade entr'ouvre celles-ci , il survient un écoulement abondant de larmes.
Les infirmités qui sont le résultat de l'ophlbalmie varioleuse bornée aux paupières, les dangers qui accompagnent celle qui a envahi la conjonctive oculaire et surtout la cornée , imposent au médecin le devoir d'employer pour la combattre les moyens les plus énergiques , et l'on a lieu d'être étonné quand on
OPHTHALMIE
OPHTHALMIE
voit Beer conseiller de s'en rapporter au traitement de la variole pour la faire disparaître. Nous nous rangeons de l'avis des praticiens qui pensent que cette 'affection doit être attaquée vigoureusement. On a conseillé de la combattre par les saignées générales et locales répétées , par les purgatifs , en un mot par le traitement ordinaire de l'ophtlialmie très-aiguè , sans songer qu'il existe en même temps un exanthème et une irritation gastro-intestinale qui se trouveraient nécessairement troublés dans leur marche , ou aggravés par quelquesuns de ces moyens. Nous pensons que c'est le cas de mettre en usage la méthode ectrotique conseillée par M. Billard, et dont l'efficacité a été constatée par M. Bourjot Saint-Hilaire, mélhode qui , comme l'on sait , consiste à inciser la pustule au moment da sa naissance avec la pointe de la lancette, et à la cautériser avec le nitrate d'argent pour en arrêter le développement.
L'ophthalmie varioleuse secondaire , qui se développe pendant la desquamation des pustules varioliques , est en général beaucoup moins grave que la précédente. Les pustules qui s'établissent sur l'œil sont plus petites, plus plates, moins nombréuses; sur la cornée ce sont de simples taches, d'abord blanchâtres, environnées d'un cercle rouge qui passe au jaune en se tuméSant et en se confondant avec les taches voisines , s'il en existe plusieurs. Le développement de ces taches est accompagné de l'injection des vaisseaux de la sclérotique, de larmoiement et de photophobie ; mais ces symptômes sont beaucoup moins intenses que dans le cas précédent , et les altérations de texture qu'elles laissent dans la cornée se bornent , en général, à des cicatrices blanchâtres qui disparaissent peu-à-peu ; elle réclame le même traitement que la variété précédemment décrite.
§ III. Ophthalmiks complexes, a. Scléro-conjonctwite, — Ophlhalmie rhumatismale. L'opinion la plus générale est que cette maladie a son siège principal et primitif dans la sclérotique , et qu'elle s'étend ensuite de là ordinairement à la conjonctive , à la cornée , à l'iris ou aux autres tissus de l'œil. Les causes qui la produisent sont toutes celles du rhumatisme i ainsi l'action d'un courant d'air froid pendant c(ue le corps est échauflë , la suppression brusque de la transpiration cutanée , etc., sont les circonstances qui l'occasionnent le plus fréquemment , surtout chez les personnes que leur profession expose aux vicissitudes atmosphériques ou à l'action constante du froid et de l'humidité. Les caractères qu'on lui assigne sont les suivans. La maladie n'occupe ordinairement qu'un œil , au début, il se manifeste d'abord autour de la cornée une rougeur pâle et bleuâtre qui l'entoure en forme d'anneau plus ou moins large ; elle est formée par une multitude de vaisseaux très-fins et très-déliés qui sont rectilignes et s'étendent à côté les uns des autres, en divergeant, de la circonférence de la cornée d'où ils semblent partir, plus ou moins loin sur la sclérotique où ils se terminent en pointe très-fine. Ils sont si serrés les uns contre les autres qu'ils forment par leur réunion une teinte régulière et uniforme; on peut , en pressant sur eux , les vider momentanément du sang qui les remplit, mais on ne peut leur faire exécuter aucun mouvement de locomotion ; aussitôt que la pression a cessé , la rougeur reparaît : entre la limite externe de cette espèce d'anneau et la circonférence de l'œil , on voit la teinte blanche et nacrée de la sclérotique. Dans quelques cas, un des côtés seulement de la circonférence de la cornée se trouve bordé par cette rougeur qui ne forme alors qu'un demianneau.
En même temps qu'il rougit , l'œil devient larmoyant , sensible à la lumière ■> et la douleur ainsi que la rougeur augmentent quand on l'expose long-temps à l'air pour le regarder.
Cependant la maladie ne tarde pas à s'étendre à la conjonctive. De même que la sclérotique , elle s'injecte seulement autour de la circonférence de la cornée i de telle sorte que l anneau rouge qui entoure celle-ci se trouve formé de deux plans superposés , l'im , profond , présentant les caractères précédemment indiqués, l'autre , superficiel, formé par des vaisseaux plus flexueux , plus volumineux, d'un rouge plus vif, commençant par leur grosse extrémité près du bord de la cornée , finissant en pointe plus ou moins près de la circonférence de l'œil , et mobiles avec la conjonctive, lorsque l'on fait glisser cette membrane sur la sclérotique. Alors le malade éprouve la sensation de la présence de graviers dans l'œil , les mouvemens des paupières deviennent très-douloureux , le larmoiement plus considérable , ainsi que la sensibilité à la lumière. Quelquefois CCS douleurs sont lancinantes et se propagent dans la tempe du même côté ; elles offrent des intermittences et sont sujettes à des exacerbations qui se manifestent surtout le soir.
Plus tard encore l'injection franchit, surtout en haut et en bas, les limites de la cornée, sous formj de petits vaisseaux perpendiculaires qui s'avancent en diminuant de volume vers le centre du miroir de l'œil. On voit aussi se former sur cette partie de petites phlyclènes indépendantes de celle injection, car elles apparaissent lors même qu'elle n'existe pas, et par l'effet de la rupture desquelles se forment des ulcérations superficielles et transparentes qui donnent à la cornée 1 aspect d'un diamant taillé. D'autres fois encore la cornée se trouble , devient opaline , s'injecte de plus en plus , et tous les symptômes de la kératite se joignent à ceux qui ont été précédemment indiqués. Enfin on voit souvent dans les ophthalmies rhumatismales intenses se manifester ceux <le l'inflammation de la membrane de Descemet et ceux de I'iritis rhumatismale. Dans ces cas l'injection de la conjonctive et l'afllux dans le tissu cellulaire sous-conjonctival deviennent tels qu'il se forme un véritable chémosis.
Pronostic. Lorsque l'ophthalmie , dite rhumatismale , est convenablement traitée, il est rare qu'elle ait une terminaison fâcheuse , le plus souvent elle se termine par résolution, soit graduellement, soit brusquement. Dans quelques cas on la voit alterner avec un rhumatisme articulaire ou même une urétrite.
Les ulcérations superficielles laissent rarement des traces : ce n'est que quand la cornée est profondément envahie par l'inflammation et surtout quand celleci s'étend jusqu'à la membrane de Descemet où à l'iris que la maladie devient grave , car alors elle peut avoir toutes les conséquences de la kératite et de I'iritis non seulement isolées , mais encore réunies.
Ce serait ici le lieu d'examiner si l'ophthalmie dite rhumatismale est d'une] nature particulière j malheureusement l'espace nous manque pour débattre suf' fisamment celte question , et nous sommes contraint de nous borner à émettre les raisons qui nous font rejeter une semblable idée , plutôt que de discuter la question avec toute l'étendue que son importance comporte.
Deux choses principalement constituent ce que l'on a appelé la nature d'une maladie : 1° la nature de la cause qui l'a déterminée ; 2° le mode de lésion organique éprouvé par les tissus. Or, la cause de l'ophthalmie rhumatismale n'a rien de spécial , puisque c'est la même qui produit la conjonctivite catarrhale ; et la seule différence qu'il y ait entre ces deux affections sous ce rapport. ! c'est que , dans le premier cas , c'est la conjonctive qui est affectée , et dans le I second , ce sont d'autres tissus. D'un autre côté, le mode de lésion éprouvé par! les parties, n'a rien non plus de particulier, puisqu'on n'y rencontre que la rougeur, la douleur, la tuméfaction . phénomènes identiques à ceux que pré-; sente encore la conjonctive quand elle s'enflamme, soit sous l'influence dui froid , soit sous l'influence de toute autre cause. A la vérité la disposition desj vaisseaux n'est pas la même dans les deux cas ; mais vouloir établir , ainsi quel le fout quelques ophthalmologistes distingués , M. Sichel entre autres, une| différence de nature sur ce fait incontestable , c'est , il nous semble , négligerla raison véritable de celte différence, qui est la différence de texture des tissus , pour s'arrêter à une supposition. Il est d'ailleurs d'autres considérations qui doivent faire abandonner l'opinion qui attribue une nature particulière à l'ophtlialmie rhumatismale : on la voit par exemple survenir sur des sujets qui| n'ont jamais clé affectés de rhumatisme ; elle n'est pas rare chez les enfans; et' elle naît sous l'influence d'autres causes que celles qui produisent le rhuma- ' tisme : les lésions de la cornée , par de petits corps étrangers qui viennent se loger dans sou épaisseur , sont accompagnées d'une injection des vaisseux delail sclérotique et de la conjonctive en tout semblable à celle que l'on a regardéeii comme caractéristique de l'ophthalmie rhumatismale. Il en est de même de quel-: qucs affections plus profondes de l'œil. La forme et la disposition des vaisseau»; dans l'ophthalmie rhumatismale est un résultat de texture, et non un résultat] d'une spécificité de l'affection elle-même. Admettre que plusieurs causes irri- ' tantes affectant un même tissu , détermineraient, l'une une forme d'injection, et l'autre une autre forme, c'est admettre implicitement que chacune d'elles peut modifier à sa manière la forme et la disposition des vaisseaux , ce qui évidemment ne saurait être. Si l'épithèle de rhumatismale avait été adoptée poui ; distinguer l'inflammation affectant les tissus fibreux de l'œil de celle des autres ' tissus, nous aurions peu de chose à dire; mais il n'en est point ainsi. Refusant ^ à-peu-près au rhumatisme le caractère inflammatoire , l'idée qu'on a attachée à l'ophthalmie rhumatismale est celle d'une ophthalmie non inflammatoire, et qu réclame un traitement spécifique et non antiphlogistique ; et , cependant, après ■ avoir établi le principe que la transparence des tissus de l'œil peut servir à faire connaître le mécanisme d'affections semblables dans les tissus analogues , il nous semble qu'il eût été plus conséquent de déclarer le rhumatisme unein- Jlammaiion , puisque quand il affecte des tissus soumis à la vue, il y développe de la rougeur, de la douleur , et en un mot tous les caractères anatomiquesde | l'inflammation.
Traiieinent. Le traitement de l'ophthalmie rhumatismale ne diffère pas de j celui des autres espèces d'oplithalmies. La saignée locale ou générale, les bains , de pieds , la soustraction de l'œil h la lumière , les purgatifs , sont les moyens ' les plus efficaces que l'on puisse lui opposer ; seulement il est à remarquer que j les collyres réussissent en général assez mal dans cette afl'eclion.
En partant de l'idée d une nature spécifique , on a rejeté comme nuisibles les ' évacuations sanguines et les autres moyens que nous avons indiqués , et l'on ' s'est borné à attaquer cette inflammation par l'usage de la teinture de semence | de colchiques d'automne, à laquelle on attribue une vertu anti-rhumatismale ; spécifique; mais, quant à nous, nous employons le traitement rationnel quia été indiqué , et nous n'avons qu'à nous louer d'agir ainsi.
B. KéraLo-conjonctii'ite. — OpIiLhcdmie scrophuleuse. Elle occupe quelquefois la conjonctive oculaire seule ; mais le plus souvent, surtout quand elle esl bien caractérisée , elle envahit la cornée transparente, et débute même quelquefois par elle. L'ophthalmie scrophuleuse est donc une conjonctivite ou une kératite, ou plus ordinairement une kérato-conjonctivite modifiée par une f constitution scrophuleuse originelle ou acquise. Elle attaque très-souvent le! | enfans , et c'est surtout chez eux qu'elle commence par la cornée.
Symptômes , marche, etc. Le malade éprouve d'abord la sensation de gravici dans l'œil , du larmoiement, et de la photophobie. On voit se développer, sui la conjonctive, des faisceau.'; rouges formés par des vaisseaux flexueux , dont i l'extrémité déliée regarde du côté de la circonférence de l'œil , et qui se réunis i sent du côté de la cornée où ils se terminent brusquement , soit sur le bord tlt ' celle membrane, soit sur sa face antérieure, dans une petite pustule blanchâtre, qui finit ordinairement par dégénérer en un abcès de la cott?iÉE. Alors , et raemi avant cette terminaison , la photophobie est extrême et presque caractéristique. Les enfans se retirent dans les coins obscurs des appartemens; ils ont habituellement la tête baissée , les sourcils froncés , et les paupières rapprochées par li , contraction spasmodique de l'orbiculaire. Les efforts qu'ils font pour ccarle i leurs paupières sont vains; et quand on parvient à les leur écarter de force, il' \
OPHTHA.LMIE.
OPIUM
oiirnent involontairement la pupille en haut, et l'on n'aperçoit que la scléroti- ]ue. Souvent encore, pendant ces tentatives, les paupières se renversent en Jeliors , et cachent la totalité du globe oculaire. L'abondance des larmes, leur kretc, et le frottement des mains pour remédier au prurit qu'elles détermileiit, provoquent bientôt de la rougeur aux paupières , à la partie supérieure le la joue et aux ailes du nez , et ces parties se recouvrent de petites croûtes èches, sembables à celles du porrigo larvalis ou croûtes lactées. Quelquefois incore les parties voisines présentent d'autres altérations qui dépendent non )lus, comme celles-ci, de la maladie principale, mais de la cause même de ette maladie. Telles sont le développement d'orgeolets dans l'épaisseur du lord des paupières, l'inflammation chronique de ce bord, celle de la conjoncive palpébrale, l'engorgement du sac lacrymal et du canal nasal , et l'irritation le la membrane pituitaire.
Un caractère remarquable de l'ophlhalmie scrophuleuse est que les syraptôles'qui lui appartiennent s'exaspèrent pendant le jour, et diminuent notable- Lent le soir, au point que les enfans reprennent alors leur gaîté , et ouvrent es yeux avec beaucoup plus de facilite pour s'occuper de leurs jeux, abandonnés jusqu'à cette période de jour.
1 Dans quelques cas , surtout chez les sujets qui ont passé l'âge de l'enfance, la laladie est tout-à-fait bornée à la conjonctive. On voit alors se former sur cette lembrane des espèces de pustules (ophthalmie pustuleuse) demi-transparentes, ui servent de centre à des vaisseaux rayonnes autour d'elles. Cette forme de laladie est beaucoup moins douloureuse que la précédente; elle ne le devient lue quand les pustules se développent sur la circonférence de la cornée translarente. Mais dans quelques cas aussi , la maladie s'étend plus loin : elle attaque
ris ; alors aux symptômes de rophllialmie scropliuleuse se joignent ceux de
TÎfis de même nature.
C'est l'affection de la cornée et celle de l'iris qui font toute la gravité de l'ophtalmie scrophuleuse, et c'est plutôt sur l'état de ces membranes que sur l'inmsité de la rougeur de la conjonctive , qu'il faut se baser pour établir le pro- Dstic. L'iritis , en effet, peut se terminer par la formation de dépôts dans son )aisseur et dans la chambre de l'œil, par l'occlusion de la pupille ; et la sratite par des opacités légères, des ulcérations, des perforations avec hernie 3 l'iris, par des cicatrices indélébiles ou des staphylômes (f^oy. Kératite), ou ir un pannus { Foy. Ophthalmie chrokiqce en général ) ; mais , lorsque l'afction se borne à la conjonctive, l'organe de la vue ne court aucun danger, en traitée, l'ophllialmie scrophuleuse suit toujours une marche lente , mais le peut gliérir : elle est toutefois sujette à récidiver { ophthalmie inlennitnte. ).
Traitement. Il faut, avant tout, commencer par calmer l'inflammation.
On appliquera donc quelques sangsues , mais en petit nombre , aux tempes,
l'on se hâtera d'établir un exutoire au bras ou à la nuque. Si l'état du tube gestif le comporte, on administrera quelques purgatifs, et quand, par ces oyens, l'on aura ramené l'inflammation dans des limites modérées, on la traira par les moyens qui ont été indiqués contre l'ophthalmie en général , en ême temps que par l'administration des toniques et des anti-scrophuleux , à ntérieur, administration qui ne sera faite qu'autant que l'état du tube digestif
permettra, ou combattra la disposition scrophuleuse générale.
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OPHTHAOIODYNIE. Foyez Névralgie.
OPIAT. Fojez Electoaire, OPISTOTHONOS. Fojez Tétakos.
OPIUM. Histoire et description. L'opium est un suc épaissi fourni par les capsules du T^ayolhXawc (papai^er somniforum album) ; on le tire surtout de l'Inde , de la Perse , de la Turquie d'Asie et de l'Egypte ; mais on peut en récolter dans beaucoup d'autres pays , et plusieurs personnes en ont obtenu dans le midi de la France , par l'incision des têtes de pavots , qui était peu inférieur en qualité à celui du commerce. Cependant les essais qui ont été tentés à cet égard n'ont guère servi qu'à constater l'identité des produits, le prix du terrain et de la main-d'œuvre , et la petite quantité de suc obtenu par les incisions , faisant revenir l'opium français à un prix au moins aussi élevé que celui du commerce.
L'opium est connu depuis un grand nombre de siècles. Les anciens en distinguaient de deux sortes : l'un extrait seulement par incision des capsules de pavots, qu'ils nommaient proprement opium ; l'autre, beaucoup plus faible, obtenu par la contusion et l'expression des capsules et des feuilles de la plante; ils l'appelaient méconium. Beaucoup d'auteurs modernes , et entre autres Lemery, ont prétendu qu'on n'en préparait plus de la première sorte , et que le seul opium que nous ayons est le méconium des anciens. D'autres, en admettant que l'on prépare encore de l'opium par incision , pensent que cet opium est 'entièrement consommé par les riches du pays, et que, par conséquent , nous n'avons toujours que le méconium des anciens ; mais si l'on fait attention, d'une part à la grande différence qu'il y a pour l'odeur, la saveur, la proportion de morphine et, par suite, pour la propriété narcotique, entre l'opium obtenu par incision de nos pavots et l'extrait provenant de la contusion et de l'expression des mômes capsules ; et , de l'autre , à la grande ressemblance de l'opium français, obtenu par incision , avec l'opium du commerce ; il faudra reconnaître que le bon opium du commerce est véritablement le produit de l'incision des capsules , mais aussi que ce produit est souvent altéré par plusieurs mélanges contre lesquels il faut avoir soin de se prémunir.
On trouve dans le commerce français trois sortes d'opium qu'il importe beaucoup de distinguer, en raison de leur valeur bien différente en morphine et en propriété médicale. Ce sont les opiums dits de Snijrne, d'Egypte et de Constanlinople. J'y joindrai la description de deux opiums venus de Y Inde et de la Perse; quant aux opiums récoltés à différentes reprises à Naples , en France, en Suisse et en Angleterre , à part l'odeur forte et vireuse et la saveur amère des opiums du Levant, ils n'ont pas de caractère de forme particulier qui puisse les faire reconnaître.
I °. Opium de Smyrne. Cet opium est eu masses plus ou moins considérables , souvent déformées et aplaties à cause de leur mollesse primitive ; il est recouvert à sa surface de semences de rumex , qui souvent se trouvent p issées à l'intérieur par la soudure et la confusion, en une seule, de masses plus petites et d'abord isolées. Cet opium , d'abord mou et d'un brun clair, noircit et se durcit à l'air; il a une odeur forte et vireuse et une saveur amère, acre et nauséeuse; il est à juste titre le plus estimé ; mais il est sujet à contenir une sorte d'opium en houles ou en pains arrondis , durs et d'une qualité inférieure. Je pense que l'opium de Smyrne est celui que Bellon dit être obtenu par incision des capsules de pavots, et en grande abondance, dans plusieurs provinces de l'Asie-Mineure , et principalement dans la Paphlagonie, la Galatie, la Cappadoce , la Cilicie, l'Arménie-Mineure , etc. (Pétri Bellonii obserf. lib. m. cap. 15). Quant à l'opium en boules , son odeur, sa saveur, et ses propriétés beaucoup plus faibles , tendraient à faire croire qu'il provient de l'expression ou de la décoction des capsules.
2". Opium de Constantinople. Cet opium est en petits pains aplatis , assez réguliers, et d'une forme lenticulaire, de deux pouces à deux pouces et demi de diamètre, toujours recouverts d'une feuille de pavot , dont la nervure médiane partage le disque en deux parties. 11 a une odeur semblable au précédent, mais plus faible ; il noircit et se dessèche à l'air. Quelques personnes disent que cet opium n'est que de l'opium de Smyrne qui a été remanié à Constantinople et mêlé de matières gommeuses qui en diminuent la qualité ; mais il serait possible qu'il provînt des contrées de l'Asie-Mineure , les plus rapprochées de la capitale de l'empire ottoman , contrées dans lesquelles on aurait la coutume d'augmenter le produit de l'incision des capsules de celui de leur expression, et que l'opium inférieur qui doit résulter de ce mélange ne fût pas autrement falsifié-
3°. Opium d'Égypte. Cette sorte se présente sous la forme de pains orbiculaires , aplatis , plus larges que les précédens , assez réguliers , très-propres à l'extérieur, et paraissant avoir été recouverts d'une feuille dont il ne reste que les vestiges. Cet opium se distingue des précédens par sa couleur rousse permanente, analogue à celle du véritable aloès hépatique, par une odeur moins forte mêlée d'odeur de moisi , et parce qu'il se ramollit à l'air libre, au lieu de s'y dessécher, ce qui lui donne une surface luisante et un peu poisseuse sous les doigts.
Ayant essayé d'établir la valeur relative de ces trois opiums , voici les résultats que j'ai obtenus :
Quatre onces de chaque opium , bien choisi, ont été traitées par trois livres d'eau chaude , employée en deux fois : j'en ai retiré également deux onces trois gros et demi d'extrait solide et cassant.
Cet extrait a été redissous dans l'eau froide, filtré et précipité par l'ammoniaque. J'ai obtenu de morphine impure :
OPIUM
De lopium de Sniyrnc 7 gros 40 grains.
d'Égypte 4 40
de Constantiiiople 3 55
Quoique ces précipités soient loin d'être de la morphine pure , on peut néanmoins les prendre pour mesure de la richesse comparative des opiurns en alcali organique. J'ai d'ailleurs recommencé l'essai sur de nou\ elles quantités des trois opiums , en séparant , par le se! marin, la majeure partie de la matière colorante des dissolutés , avant de les (irécipiter par l'ammoniaque ; j'ai obtenu en morphine moins impure que la précédente :
De l'opium de Smyrnc 7 gros 18 grains.
d'Égypte. .. s .... 5 20
de Constantinople 3 55
Ces différences ont d'ailleurs été confirmées par l'expérience des fabiicans de morphine, qui, après plusieurs essais de fabrication préjudiciables à leurs intérêts, ont fini par reconnaître la supériorité de l'opium de Srnyrne sur toutes les autres espèces.
40. Opium de L'Inde. On pourrait croire , en raison des liens étroits qui unissent l'Angleterie à l'Inde asiatique, que l'opium de cette dernière contrée est commun en Angleterre, et plusieurs ouvrages prétendent en effet que l'Angleterre fait une grande consommation de l'opium indien. Il est vrai que les Indes produisent et exportent une giande quantité d'opium ; mais c'est pour les ilcs de la Sonde , la Chine et les autres contrées orientales de l'Asie , où l'usage de fumer l'opium est universellement répandu. Voici à cet égard ce que m'écrivait, en 183 1, M. Jonathan Pereira , professeur de matière médicale au dis|ienbaire général de Londres :
« Vous supposez , et très-naturellement , que l'opium de l'Inde est importé Il en Angleterre ; je puis vous répondre qu'il y est très-rare , et qu'aucune pur- « lie n'en a été importée ici , comme objet de commerce , depuis beaucoup « d'années. Pendant long-temps il m'a été impossible de m'en procurer; mais 1) il y a deux ans, un de mes éièves, maintenant chirurgien à bord d un vais- « seau de la compagnie des Indes , m'en envoya un échantillon de Bombay. Je » vous en fais passer une portion.
» Un de mes amis , qui a été plusieurs années dans l'Inde , m'a dit qu'on y n reconnaissait trois sortes principales d'opium, savoir: ceux de Patna , de n Malwa et de Bênarès. Il me certifia aussi que la sorte que je vous envoie est 11 celle de Mahva ; mais celle de Patna est regardée comme la meilleure.
L'opium de Mahva , tel que M. Pereira me l a envoyé, est en masses à-peuprès uniformes , allongées , aplaties , ne pesant pas une once. L'extérieur est propre, sans feuilles ni semences; l'intérieur est d un brun noirâtre, assez mou, luisant comme un extrait; la saveur en est piquante , très-amère, laissant un goût nauséeux ; il a une odeur <le fumée , un jieu vireuse et bien distincte de celle de l'opium du Levant ; il donne la même quantité d'extrait; mais le résidu manque tout-à-fait de l'odeur forte et vireuse et de la consistance glutineuse qui caractérise le résidu de l'opium du Levant : enfin il ne donne que deux gros et deux scrupules de morphine impure pour quatre onces. Ce dernier résultat s'accorde avec celui du docteur Thomson, que l'opium de l'Inde contient trois fois moins de morphine que celui de Srnyrne, et explique pourquoi cet opium ne vient pas en Europe.
5". Opium de Pêne. Je ne possède qu'un faible échantillon de cet opium , que m'a fait passer M'*''*, de Londres. Il est sous la forme d'un bâton carré , long de trois pouces et demi , épais de cinq à six lignes, enveloppé de papier et du poids de cinq gros et demi ; il offre une pâte fine, uniforme, et sans aucune impureté apparente ; il a une couleur hépatique plus pâle que l'opium d'Égypte; une odeur semblable , c'est-à-dire vireuse et mêlée île moisi ; une saveur très-amère; je n'ai pas déterminé la quantité de morphine qu'il contient.
Analyse chimique de ropium . \-i\)\i\um est d'une composition très-compliquée , puisqu'en réunissant les travaux des différens chimistes qui s'en sont occupés , on n'y trouve pas moins de dix-huit à vingt principes différens, dont quatre alcalis , un principe cristallisable neutre , deux acides , une huile fixe et une huile volatile, de la résine, du caoutchou, des sulfates de potasse et de chaux, etc. On peut croire cependant, en raison de la facilité bien reconnue aujourd'hui avec laquelle les principes organiques se transforment les uns dans les autres , par la soustraction de quelques-uns de leurs élémens , ou par îles groupemens d'atomes différens, on peut croire, dis -je, que tous ces corps n'existent pas simultanénent dans un même suc végétal, et que plusieurs d'entre eux résultent du procédé qui a servi à les obtenir; cette observation s'applique surtout aux quatre alcaloïdes azotés qui ont reçu les noms de moiphinCy codéine f narcotine , nai cèine , et à la méconine.
Tous les principes de l'opium ne sont pas également sohibles dans l'eau , l'alcool , l'étlier, etc., et la connaissance de leurs propriétés est indispensable pour se rendre compte de la composition et de l'action thérapeutique des préjiaratioiis pharmaceutiques dont l'opium forme la base. Admettons donc que l'on traite successivement de l'opium par ces différens véhicides , et voyons quels seront les principes dissous et ceux qui resteront insolubles.
Je suppose que I on traite de l opium choisi par de l'eau distillée froide ; par l'évaporation , on formera proprement ce qu'on nomme de Vextrait aqueux d'opium, et on obtiendra un résidu insoluble, équivalant sec au tiers de l'opium , mais très-volumineux à l'état humide, tenace, un peu élastique, et d'une odeur fortement vireuse. Ce résidu est composé de narcoline , de résine, â'huile vireuse, de caoulchou , d'un principe gommeux insoluble , et enfin de
OPIUM
j débris végétaux, qui se trouvent en quantité d'autant moins considérable qn^ j l opium était de meilleure qualité. Pour isoler ces différens principes , on peuj | I employer le procédé suivi par M. Pelletier : on traite le marc d'opium par dii j j l'alcool rectifié jusqu'à épuisement. Le caoulchou reste avec la gomme insolui i ! ble et le ligneux. On dissout le caoulchou par l'éther rectifié , et le pnndi>\ \ j gommeux par l'eau bouillante ou par un dissoluté faiblement alcalin, qui hj 1 j li.isse ensuite précipiter au moyen d'un acide {bassoiine ou acide peciicjue)] j Quant au soluté alcoolique, on le concentre pour en retirer la narcoline \>a I I plusieurs crislallisations successives ; on évapore complètement et l'on traite lt< 1 j résidu par l'eau , pour le priver d un peu de matière cxlraclive échappée ai ^ traitement aqueux de l'opium brut ; on soumet le nouveau résidu à l'action di : l'éther qui dissout seulement ïhuilcsicve et vireuse, formée probablement elle ' même d'une huile fixe et d'une huile volatile ; la i-éiine reste
Nous revenons maintenant à l'extrait obtenu par faction de l'eau froide siii 1 1 opium brut. Cet extrait contient encore un peu de narcotine et des autre. I I principes insolubles dans l'eau , mais qui s'y sont dissous à la faveur de ceu! 1 I qui forment la matière extraclive soluble; pour le débarrasser de ces principe; i insolubles, on le fait redissoudre dans dix à douze parties d'eau froide ; on éva ' pore à sii-cité et l'on recommence encore une fois ces deux opérations : on ob . tient alors un extrait sensiblement privé de narcoline et de principes vireux, 1 contenant au contraire toute la morphine et les autres bases de l'opium, et don 1 la simple préparation offre un médicament toujours constant et bien prcférabld j aux extraits préparés par une fermentation incertaine, ou par une longue ébul ' lilion dont les effets ne peuvent pas être mieux calculés. i j 11 est difficile d'extraire d'une seule et même quantité d extrait d'opium lou; ] i les principes dont la présence y a été signale'e ; de sorte qu'il faut presque s< j I borner à dire de quelle manière les chimistes ont pu se les procurer Je fdi.ilj I abstraction de ceux qui ne sont d'aucun intérêt médical, tels sont \a matièrt{\ exlraclii'e pure, Vacide acétique, les sulfates de chaux et de polasie, et je joiU!.-; aux autres l'exposé tie leurs propriétés chimiques. |j Morphine. On l'obtient en précipitant un soluté d'extrait d'opium , fait i|| froid, par de l'ammoniaque liquide , jusqu'à ce qu il y ait un léger excès dal 1' cali; après quarante-huit heures de repos, on décante la liqueur surnageante ^, on lave le précipité à plusieurs eaux , puis avec de l'alcool à 0,9.')0 de pesatilem'.i| ; spécifique , pour le priver autant que possible d'une matière colorante bruwji qui l'accompagne ; on le traite enfin par de l'alcool liès-i édifié et bouillaut :j! on fiUre et on laisse cristalliser. On purifie le produit par de nouvelles solution:! 1 et cristallisations. \ La morphine est sous la forme d'aiguilles brillantes, qui sont des prismes ibase trapézoïdale, longs et presque carrés. Elle a une saveur anière ; elle es 1^ sensiblement insoluble dans l'eau et dans l'éther; soluble à froid dans quaranlt ji parties d'alcool anhydre, et dans trente parties du même liquide bouillaut. EU' (' se dissout dans les huiles fixes et volatiles, ainsi que dans la potasse et dans l \[ j soude caustiques. Elle est très-soluble dans les acides sulfurique, hydioclilon ; j que et acétique, a\ ce lesquels elle forme des sels amers neutres et cristallisables | j et elle ramène au bleu la teinture de tournesol rougie par un acide (ce quioffi'i j! deux preuves irrécusables de son alcalinité). .!
Elle se dissout également dans l'acine nitrique , qu'elle colore en rouge (li;i sang ; projetée eu poudre tlans un soluté de peroxidc tle fer, elle le colon ji en bleu. ij La morphine , chauffée à 120 degrés , perd deux atomes d'eau ; elle se foD(' | ensuite en un liquide jaune qui cristallise en refroidissant ; une plus forte cha- ] leur la décompose , en dégage une odeur de résine , et la fait brûler sans ré- j sidu D'après l'analyse de M. Liebig, la morphine anhydre est formée de j
Carbone 34 atomes 72.20 ]
Hydrogène 36 6,24 !
Azote 2 . , • 4,92 j
Oxigène 6 16,6;) ]
h'acélate, VhydrochLorate et le sulfate de morphine sont très usités en médc »r cine. On les forme en saturant entièrement de morphine , et à la chaleur diT bain-marie, de l'eau acidulée par l'un des trois acides acétique, hydrochlon ji que on sulfurique. Le sulf.ite cristallise très facilement en aiguilles dclice.5, grou J, ! pécs en amas rayonnés ; l'hydrochlorate est en houppes soyeuses, nacrées ej ' flexibles , comme de l'amiante; et l'acétate est sous forme d'une masse soyeusi , \ mamelonnée ; mais il est très difficile à faire cristalliser , et on l'évaporé le plu ! ' ordinairement à siccité , pour le conserver en pondredans un flacon fermé. Ce ^
trois sels sont très amers, rougissent par l'acide nitrique , et colorent eu blei I les sels de peroxide de 1er. j I Codéine. Ce nouvel alcali de l'opium a été découvert par Rî. Robiquct, en re | j pétant un procédé indiqué par M. W. Grégory , pour extraire la morphine d j i l'opium. Ce procédé consiste à décomposer le soluté d'opium fait à froid, pa , ! un soluté d'hydrochlorate de chaux: par la double décomposition du sel cal ! I Caire et du niéconale de morphine du soluté d opium ,• il se précipite du raeco \ i nate de chaux, et il se forme de 1 hydroclilorate de morphine qui reste dans I- ; i liqueur. On obtient ce sel par évajioration et cristallisation, et on le purifie pa , i les moyens accoutumés ; mais ce sel, redissous dans l'eau et précipité par l'am ; I moniaque , ne donne par autant de morphine qu'on devrait en obtenir, d'à ^ près sa composition présumée. C'est en cherchant la cause de cette pcde d ; i morphine , que M. Kobiquet a vu qu i! restait dans la liqueur un sel doubl : ' ammoniacal, conlcnant un autre alcaloïile que la morphine; on obtient ce non
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rel alcaloïde en décomposant le sel double par la potasse caustique et traitant e précipité par l'éther , qui dissout la codéine, et l'abandonne ensuite par Téraporation.
La codéine est plus soluble dans l'eau qu'aucune des autres substances alcaines de l'opium; car cent parties d'eau en dissolvent 1, 26 à 15 degrés; 3,7
43 degrés , et 5,88 à 100 degrés ; elle cristallise par le refroidissement en iguilles ou en cristaux transparens et parfaitement terminés ; lorsqu'on en joute dans l'eau bouillante plus que celle-ci n'en peut dissoudre , la codéine ntre en fusion , et forme au fond du vase comme une couche huileuse ; elle est oluble dans l'éther et insoluble dans les alcalis ; l'acide nitrique ne la colore as en rouge, et elle ne bleuit pas par les sels ferriques. Malgré des propriétés ussi différentes de celles de la morphine , il est remarquable que ces deux alalis aient sensiblement la même composition élémentaire et la même capacité e saturation pour les acides.
Narcotine. La iiarcotine , ainsi qu'on l'a vu précédemment , existe surtout ans le marc de l'opium épuisé par l'eau froide. Lorsqu'on veut l'obtenir pure , 1 négligeant les autres principes, on fait bouillir le marc avec de l'eau aiguisée 'acide acétique , on passe avec expression , on filtre la liqueur froide , et on y îrse de l'ammoniaque , qui en précipite la narcotine. On la purifie en la faisant issoudre dans l'alcool et cristalliser.
La narcotine cristallise en prismes droits à bases rhomboïdales , en aiguilles •oisées , ou en paillettes ; elle est plus fusible que la morphine ; elle est insoible dans l'eau froide, et soluble seulement dans quatre cents parties d'eau auillante , dans cent parties d'alcool froid , et dans quatorze parties d'alcool ouillant. L'éther la dissout bien , surtout à chaud, et il en est de même des Liiles fixes et volatiles; elle n'est pas soluble dans la potasse caustique ; l'acide itrique la colore en jaune et non en rouge , et les sels ferriques ne lui font Drouver aucune coloration.
La narcotine est soluble dans tous les acides; mais elle ne forme avec eux que es composés acides. Cependant l'hydrochlorale peut cristalliser; mais l'acéite se décompose entièrement par l'évaporalion à siccité, et la narcotine ;ste pure.
La morphine est très sujette à contenir de la narcotine , surtout lorsqu'elle été préparée parla précipitation directe d'un soluté d'opium brut. Il est facile ; l'obtenir pure par l'un des trois procédés suivans : 1» on traite le mélange 3S deux bases par l'éther sulfurique , qui dissout la narcotine et laisse la morliine ; 2° on le traite par la potasse caustique, qui dissout au contraire la mortiine et laisse la narcotine; on précipite ensuite la morphine par un acide; 3° on aite le mélange par l'acide acétique , qui dissout les deux alcalis; mais, en 'aporant à siccité, et traitant par l'eau , l'acétate de morphine se dissout seul, i la narcotine reste.
Les chimistes ne sont pas encore d'accord sur la composition de la narcotine ; paraît cependant certain qu'elle contient moins d'azote que la morphine. Narcéine. Cette substance a été retirée par M. Pelletier des dissolutés d'oum d'où la morphine avait été précipitée par l'aoTraoniaque : elle est azotée, ès-blanche , soyeuse , d'une saveur faiblement amère , fusible à une chaleur odcrée , dans 375 parties d'eau froide et dans 230 parties d'eau bouillante, omrae la morphine, elle est insoluble dans l'éther; mais elle s'en distingue en î que les sels ferriques ne la colorent pas en bleu: son principal caractère :side dans une belle couleur bleue que les acides minéraux un peu étendus •ennent en la dissolvant ; dans ce cas , elle ne paraît pas être altérée , et peut 1 être précipitée par les alcalis ; les acides concentrés la déomposent. IMéconine. Substance cristallisable , non azotée et nullement alcaline , retiie par M. Couerbe du même dissoluté d'opium dont on a précipité la morphine ir l'ammoniaque. Elle est à-la-fois soluble dans l'eau , l'alcool , l'éther et les ailes volatiles ; elle se dissout dans l'eau bouillante , et distille sans altération 155 degrés de température. Les acides étendus la dissolvent sans l'altérer ; lais l'acide sulfurique concentré forme avec elle un liquide vert foncé dans le- |iel la méconine a changé de nature ; l'acide nitrique la convertit en un acide ^rticulier azoté.
\Acide mécanique. On retire cet acide du méconate de chaux qui provient de I double décomposition du méconate de morphine du soluté d'opium et de hydrochlorate de chaux. On lave ce méconate à l'eau et à l'alcool bouillant, j3ur le priver de la matière colorante brune, et on le décompose en plusieurs lis par un excès d'acide hydrochlorique. L'acide purifié est sous la forme de plies écailles blanches et transparentes qui contiennent 21,5 pour 100 d'eau 3 cristallisation ; il est soluble dans quatre parties d'eau bouillante , et cristalpe facilement par le refroidissement; son dissoluté colore eu rouge très-foncé !3 sels de fer perosidé.
L'acide méconique jouit d'une propriété singulière qui a été découverte par I. Robiquet : soumis à l'ébullition dans l'eau , il dégage de l'acide carbonique } se convertit en un nouvel acide nommé acide métainéconique, dur , grenu ,
es-coloré, qui ne contient plus d'eau de cristallisation et qui exige seize parties d'eau bouillante pour se dissoudre ; du reste cet acide rougit de même l'ès-fortement les sels de peroxide de fer.
■! Enfin, l'un ou l'autre de ces acides précédons, soumis à l'action du feu, perd; Jivoir : le dernier, un atome d'acide carbonique, et le premier deux atomes d'a- ||de carbonique , plus son eau de cristallisation, et tous deux 'se convertissent ifl un troisième acide , nommé acide pyi-o- méconique , qui a long-temps été Ibnsidéré comme le véritable acide méconique. Cet acide pyro-méconique est bicolore , fusible à 120 ou 125 degrés , et volatil sans décomposition à une tem-
DlCT. DE MÉPECINE ET DE ChIEUHGIE PRATK^UES.
pérature un peu plus élevée. Il est soluble dans l'eau et plus encore dans l'alcool; il colore en rouge les sels de peroxide de fer.
Préparations officinales faites avec l'opium. L'opium , en raison de sa composition compliquée , est susceptible d'offrir des préparations pharmaceutiques de propriétés médicales différentes, suivant que ces préparations contiennent la totalité de ses principes , ou qu'on en a éliminé un certain nombre. Il n'est pas probable , en effet, que le principe odorant et vireux jouisse de la même propriété que la morphine; que celle-ci n'agisse pas autrement que la narcotine, et ainsi de autres ; mais il faut avouer que jusqu'à ce jour les praticiens sont peu d'accord sur la manière d'agir particulière de chacune des parties constituantes de l'opium; de sorte que je ne puis , quant à moi , presque faire autre chose que de constater la présence ou l'absence de ces principes dans les diverses préparations que je vais passer en revue.
Extraits d opium. Les médecins anglais paraissent croire que l'opium naturel est préférable à celui qui a subi une modification quelconque ; au moins trouvet-on souvent dans leurs formulaires les expressions à'opiwn pur et tV opium dur , qui se rapportent à l'opium du commerce choisi de la meilleure qualité , d'cbarrassé de toutes les substances hétérogènes qui y sont extérieurement adhérentes , et désséché jusqu'à ce qu'il puisse être pulvérisé. La préparation qui se rapproche ensuite le plus de l'opium naturel est l'extrait d'opium ou plutôt Vopium purifié de Lemery, de Quincy et du docteur Phillips ; l'opération consiste à épuiser successivement l'opium choisi par de l'eau et de l'alcool, et à réunir les deux produits en un seul, qui contient alors tous les principes de l'opium, moins les seules impuretés.
L'opium purifié de la pharmacopée de Dublin diffère peu du précédent. On le forme en dissolvant à chaud de l'opium brut dans de l'alcool à 0,923 de pes. spéc. ; distillant l'alcool, et rapprochant à siccité; il contient cependant en moins les principes purement gommeux de l'opium, ce qui peut le rendre plus actif; mais la différence est peu considérable.
L'extrait d'opium de la pharmacopée Batave est préparé d'après un principe tout différent : les auteurs de cette pharmacopée, craignant sans doute l'action des parties huileuses et résineuses de l'opium, conseillent de traiter à froid 2 onces d'opium brut par 4 onces d'alcool ; ils l'expriment ensuite , le font sécher et le traitent par 4 onces d'eau froide. Celte dernière liqueur, passée avec expression et évaporée, donne l'extrait en question; mais ce procédé est défectueux par deux raisons : d'abord parce que la quantité d'alcool employée ne suffit pas pour priver l'opium des principes seulement solubles dansée menstrue, qui sont la narcotine ^ l'huile et la résine ; ensuite parce que l'alcool dissout aussi du méconate de morphine , qui se trouve perdu pour l'extrait.
En France, on pense généralement que les parties huileuses et résineuses de l'opium nuisent à la propriété calmante de son extrait, et on a proposé plusieurs procédés pour l'en débarrasser. On a beaucoup vanté à cet effet le procédé de Josse , qui consiste à malaxer l'opium sous un filet d'eau , jusqu'à ce qu'il ne reste plus dans la main qu'une masse glutineuse et élastique , sur laquelle l'eau n'ait pas d'action ; mais il est certain que le maniement continuel de l'opium sous l'eau , tend à diviser l'huile, la matière résineuse et la narcotine , et qu'on dissout une plus grande quantité de ces trois corps que par la simple macération : ce procédé doit être rejeté.
Je ne puis approuver non plus le procédé de Diest ou de Baumé , dit par longue digestion, procédé dans lequel on soumet l'opium , dissous dans l'eau, à une ébullition soutenue pendant six mois, en remplaçant à mesure l'eau qui s'évapore. On remarque , en effet , pendant cette opération , que l'huile se volatilise ou se résinifie peu-à-peu ; que la résine se sépare , et que l'extrait , devenu entièrement soluble dans l'eau n'offre plus aucune odeur vireuse ; mais il est difficile de ne pas croire qu'une ébullition aussi long-temps prolongée ne porte également son action sur le méconate de morphine , ou sur tout autre principe calmant de l'opium ; alors ce procédé rentre dans la classe de ceux dont il est difficile de préciser les effets , et que leur incertitude tend à faire bannir de la pharmacie.
Il faut en dire autant de l'extrait d'opium fermenté , obtenu en exposant dans une étuve, pendant plusieurs jours , de l'opium dissous dans l'eau, avec de la levure de bière. On obtient ainsi un produit plus abondant et privé de toute odeur vireuse , mais dont la qualité doit varier avec l'opération incertaine qui sert à le préparer; enfin, de toutes les méthodes qui ont pour but de priver l'extrait d'opium de ses principes huileux et résineux , et en même temps de narcotine, celle qui paraît la plus simple et la plus constante dans ses effets, consiste à traiter par six parties d'eau froide l'opium divisé par petits morceaux , à faire évaporer la liqueur filtrée à siccité, et à la chaleur du bainmarie , à redissoudre l'extrait dans l'eau froide , à le faire évaporer de nouveau , et à recommencer encore une fois ces deux opérations : c'est cet extrait que l'on prescrit ordinairement sous le nom d'extrait gommeux d'opium.
Extract d'opium vineux. Le Codex de Paris de 1758 offre, sous le nom d'extrait d'opium ou de laudanum , un extrait préparé, en dissolvant à chaud de l'opium dans du vin blanc , exprimant fortement la liqueur, et la faisant évaporer au bain-marie. Cet extrait doit contenir presque tous les principes de l'opium , et la narcotine , entre autres, dissoute à la laveur des acides libres du vin ; la morphine également peut être en partie passée à l'état d'acétate ; enfin l'extrait contient tous les principes fixes du vin qui étendent ceux de l'opium et en diminuent la proportion sous un même poids. Les mômes réflexions s'appliquent aux extraits d'opium préparés au vinaigre ou au sucre de citrons.
Extrait d'opium cydonié. Cet extrait, dont la première préparation est due à Langelot, se compose bien diversement suivant les différentes pharmacopées.
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La préparation la plus simple est celle de Baumé, qui fait fermenter pendant un mois, dans une étuve , huit onces d opium dissous dans six pintes de suc de coings ; qui filtre et fait évaporer au bain-niarie. Les huit onces d'opium , qui ne donnent ordinairement que quatre onces d'extrait, en fournissent sept par ce procédé , à cause de la partie extractive dti suc de coing. On peut remarc|uer aussi que l'odeur vireuse de l'opium a disparu et se trouve remplacée par celle du coing; mais il est du reste difficile de se faire à priori une idée du genre d'altération que l'opium subit dans cette préparation.
Solutions vineuses ou acéteuses d'opium. Fin d'opium snfrané, cenolé d'opium safrané , laudanum liquide de Sjdenham. Ce médicament se prépare par une macération prolongée , avec deux onces d opium sec, une once de safran , un gros de canelle fine, autant de girofles , et 16 onces de vin de Malaga. Cependant comme le marc retient une assez grande quantité de liquide , j'ai conseillé de le faire macérer avec trois onces de vin et de l'exprimer de nouveau ; de cette manière , on obtient seize onces d'oenolc filtré , qui contient exactement les principes solubles de deux onces ou du huitième de son poids d'opium, et qui, en raison de la matière colorante du safran , teint fortement en jaune tous les médicamens liquides dans lesquels on l'ajoute.
Laudanum de Rousseau , opium fermenté de Rousseau , cenolé d'opium. Ce laudanum se prépare en faisant fermenter dans une étuve une livre d'opium, trois livres de miel et cfuinze livres d'eau , dans laquelle on a délayé quatre onces de levure de bière. Lorsque la fermentation a cessé, on filtre la liqueur au papier , on la réduit à trois livres par l'évaporation , et on y ajoute une livre d'alcool h 35 degrés. On obtient ainsi quatre livres d'ini liquide brunnoir, légèrement visqueux, qui représente le quart de son poids d'opium, c'està-dire exactement le double de la quantité contenue dans le laudanum de Sydenham .
Black drops ou i^ouUes noires. Les Anglais font un grand usage de ce médicament qui n'est pas sans analogie avec le laudanum de Rousseau; mais qui, du reste, varie beaucoup dans sa composition, puisque tantôt on a cru y reconnaître de l'acide acéti(jue , citrique ou tartrique, tantôt du suc de coings, de l'extrait de réglisse , du sucre, etc. Les gouttes noires que j'ai eues, venant d'Angleterre , formaient un liquide amer, non acide , sirupeux, d'un brunnoir, qui m'a paru composé d'une forte solution d'opium privée de toute odeur vireuse , sucrée , alcoolisée, et d'une odeur mixte où domine celle du girofle. Il est douteux que ce médicament soit préparé d'après la formule empruntée à la pharmacopée des États-Unis , que l'on trouve répétée partout. Du laudanum de Rousseau qui serait préparé avec une dose double d'opium , et aromatisé, donnerait un médicament beaucoup plus rapproché des g-ouifei noires , c[m tirent leur grande efficacité principalement de la haute dose d'opium qui est entrée dans leur préparation.
Solutions alcooliques d'opium. T'einture d'opium simple, alcoolé d'extrait d'opium. Le codex français prescrit de faire celte teinture avec une once d'extrait aqueux d'opium et douze onces d'alcool à 21 degrés; ce qui donne le rapport fautif d une partie d'extrait pour 13 de liquide médicam.enteux ; j'ai proposé de mettre une partie d'extrait sur onze d'alcool , afin que la teinture représentât exactement un douzième de son poids d'extrait.
Il ne faut pas confondre celte teinture avec la teinture d'opium de la pharmacopée de Londres , qui se compose de deux onces et demie d'opium dur et de deux pintes anglaises ou vingt-huit onces d'alcool à 21 degrés. La proportion paraît la même à la première vue ; mais ici c'est de l'opium brut, contenant tous ses principes insolubles dans l'eau et solubles dans l'alcool , et représentant environ moitié moins de morphine que l'extrait aqueux.
Teinture ihébaique ou alcoolé d'opium cinnamomé . La formule de celte composition porte, dans la pharmacopée de Genève, deux onces d'extrait d'opium, dix onces d'alcool rectifié et dix onces d'eau distillée de cannelle. En transportant cette formule dans la pharmacopée rai sonnée , j'ai proposé d'ajouter une once de plus de chaque liquide, afin d'obtenir une proportion exacte d'extrait d'opium dans un de nos scrupules ou dans un gros de teinture, et pour confondre d'ailleurs cette proportion avec celle de la teinture précédente.
Les Anglais font un fréquent usage, sous le nom d'élixir parégorique , d'une teinture d'opium composée , dont la formule varie dans les trois pharmacopées de Londres , de Dublin et d'Édimbourg ; voici ces formules :
Teinture de camphre composée de la pharmacopée de Londres^ oa alcoolé d'opium balsamique camphré. Pr. opium dur et choisi un gros , acide benzoïque sublimé du benjoin nn gros, camphre deux scrupules , alcool à 21 degrés vingt-huit onces ; faites digérer pendant huit jours et filtrez.
l'cinlure d'opium camphrée ou élixir parégorique de la pharmacopée de Dublin ( Alcoolé d'opium balsamique anisé). Celte teinture diffère de la précédente par l'addition d'un gros d'huile volatile d'anis ; les autres ingrédiens sont semblables.
Elixir parégorique d'Edimbourg (alcoolé ammoniacal d'opium ). Pr. opium pulvérisé deux gros , acide benzoique trois gros , safran trois gros, huile d'anis un demi gros, alcool ammoniacal seize onces. Cet alcoolé contient un soixantequatrième de son poids d'opium pulvérisé ; mais il faut observer que la morphine s'y trouve mise en liberté par l'ammoniaque dont la quantité est bien plus que suffisante pour saturer l'acide méconique de l'opium et l'acide benzoique ajoutés , cl qui ajoute par conséquent son action propre à celle des autres substances composant le médicament.
Sirops d'opium. Sirop d'extrait d'opium. Le codex prescrit de préparer ce sirop avec une once de sirop de sucre et deux grains d'extrait d'opium, Cette
formule parait d'abord être autorisée par celle de Baumé , qui , le premier , ij i préparé du sirop d'extrait d'opium; mais cet auteur préparait son sirop avec del i l'extrait altéré par une longue digestion , et clarifiait cet extrait avec la cassot nade, an moyen du blanc d'œuf , ce qui diminuait considérablement l'efficacil» i du médicament; et l'on peut dire que le sirop obtenu en ajoutant directemeni i deux grains d'extrait d'opium bien préparé à une once de sirop de sucre clai ( rifié est trop actif, et ne peut pas être facilement fractionné dans les potions j ! aussi beaucoup de pharmaciens ont ils pensé qu'on ne devait le prépare! i (|u'avec un grain d'extrait d'opium par once de sirop. i ;
Cette opinion est encore fortifiée par celte circonstance que l'ancien eodeîi I de Paris portait la formule d'un sirop de Uarabé, qui est encore souvent presi ' crit aujourd'hui, et qui se préparait avec deux grains d'opium brut par onci j de sirop, auquel on ajoutait ensuite deux grains d'esprit de succin. Or , deu; ! grains d'opium brut ne présentent qu'un grain d'extrait d'opium , et le siro|' I de karabé peut très-bien se préparer en ajoutant à une once de sirop contenaii | un grain d'extrait d'opium, deux grains d'esprit de succin. |
Les diverses préparations officinales dont je viens de parler sont d'un usag< i très-fréquent en médecine , et entrent dans un grand nombre de composition magistrales , à des doses et avec des associations qu'il n'appartient qu'à qi médecin de prescrire et d'expliquer. ( Guiboukt. )
OPIUM ( Médecine légale). Les détails chimiques dans lesquels est entn , notre savant collaborateur , M. Guibourt, nous dispensent de donner ici I i composition de l'opium et de faire connaître la nature des divers principes qu j composent cette substance. Nous entrerons donc immédiatement dans les dé | tails relatifs aux moyens de reconnaître l'opium dans les analyses médico-lé i gales , ainsi que la morphine , l'acide méconique et la narcotine , principes quli peuvent donner lieu à des symptômes d'empoisonnement. j"
L'expert peut avoir à reconnaître l'opium dans divers états et en dissohitioil'i dans des véhicules différens : 1° à l'état de pureté; 2° sous les diverses formeMj d'extrait aqueux ou alcoolique ; de teinture, de laudanum de Sydenham oudi 'i' Rousseau , de sirops , de vins , etc. Dans toutes ces préparations on retrouve i; constamment l'acide méconique et la morphine dont les réactifs décèlentlii] mieux l'existence de l'opium. Ce que nous dirons à l'occasion des caractères diij suc d'opium sera donc applicable à ces diverses préparations. '
A l'étal de pureté, le suc d'opium se reconnaît à sa couleur plus ou moin \ ' brune, à son odeur vireuse, à sa saveur amère; il est incomplètement solubli!|| dans l'eau, il communique à ce liquide une coloration d'autant plus foncéml qu'il s'y trouve en plus grande quantité. La dissolution précipite et se décoloii»'; par l'acétate de plomb, il se forme un précipité de méconale de plomb , et i i reste dans la liqueur une solution d'acétate de morphine. On sépare l'acide méconique en souœeltant le précipité obtenu, à l'action d'un courant d'acid»!! liydro-sulfurique , et en rapprochant la liqueur filtrée, puis en l'évaporan- ' jusqu'à siccité , on obtient cet acitle à l'état solide que l'on essaie par les réac {■ tifs. Quant h la solution d'acétate de morphine, on la débarrasse de l'excè!: d'acétate de plomb qu'elle peut contenir , à l'aide de l'acide hydro-sulfuriqu. ;) gazeux; on rapproche la liqueur après filtration, on la décolore par le charboti si elle est encore colorée , on la concentre par évaporation , et on l'isole ensuit»! à l'aide de l'ammoniaque. Cette dernière opération est même inutile pour con ', stater l'existence de la morphine , car ses caractères chimiques sont les même i j à l'état alcalin ou à l'état de sel. I;
Caractères de l'acide méconique. Solide , incolore , sous forme pulvérulenli) j on cristalline (longues aiguilles); d'une saveur aigrelette , fusible et suscepi(l tible d'être sublimé ; fournissant avec les sels de peroxide de fer, le persulfate jj par exemple, une couleur rouge tirant sur le violet. j
Caractères de la morphine. Solide , cristallisée en aiguilles prismatiques '; insoluble dans l'eau, Irès-soluble dans l'alcool et dans les acides sulfurique, hy j ■ droclilorique et acétique; l'acide nitrique la jaunit d'abord, puis lui donne uni M couleur rouge de sang. Mêlée avec une solution d'amidon et un peu d'acidit; iodique , il se manifeste une couleur bleue très-marquée; la même coloratioiïj se produit en traitant celle substance par un sel de peroxide de fer; seulemen ij la couleur peut être verte, si le sel est trop concentré, et possède par lui-mêmij! une couleur jaune intense. Il ne se manifesterait pas de coloration dans le:{! cas où la morphine serait mêlée à de l'alcool ou à de l'éther. Il en serait diil même si le sel de fer était fortement acide. ! !
Caractères de l'acétate de morphine. Ce sel ne diffère que par ses propriété ' physiques et sa solubilité. Il est solide , le plus souvent sous la forme pulvéru | lente ou sous celle de dendrites ou de demi-sphères aiguillées dans l'intérieur | | d'un aspect gris jaunâtre ; d'une saveur Irès-amère; soluble dans l'eau et dan: il l'alcool, insoluble dans l'éther. 11 se comporte avec les réactifs comme morphine ; il est décomposable par la magnésie , l'ammoniaque , et laisse pré 1 1 cipiler de la morphine insoluble que l'on peut reprendre par l'alcool. | .
Caractères chimiques et moyens de constater la présence de la narcotine. Li i partie de l'opium insoluble dans l'eau contient ce principe, ou l'en sépare eiji traitant ce résidu par l'acide acétique bouillant. Il dissout la narcotine ; la dis j i solution est ensuite décomposée par un alcali qui précipite la narcotine , et oi j . peut alors la reprendre par l'alcool bouillant pour la purifier. On peut encori j I agir directement sur l'opium en le traitant par l'éther qui dissout avec la nar j ■ cotine un principe huileux avec lequel elle paraît combinée, ainsi qu'une ma | i tièrc analogue au caoulthou. C'est en distillant l'éther, décantant la matier ! i huileuse qui surnage, et épuisant le résidu par l'alcool bouillant que l'on se I pare la narcotine. Ce principe se retrouve encore dans le résidu provenant d' i l'évaporation de l'acétate de morphine. Séparé de la dissolution d'opium pai i
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'acétate de plomb, il suffit de traiter cet acétate de morphine par l'éther pour ui enlever la narcotine , en sorte que la mêine analyse , peut servir à démonrerles trois principes les plus essentiels de l'opium. La narcotine se reconnaît ux caractères suivans : elle est blanche , cristallisée; fusible comme les graises, insoluble dans l'eau , peu soluble dans l'alcool à froid , très-solubie dans étber. L'acide nitrique ne la rougit pas , les sels de fer et l'acide iodique e lui font pas subir les colorations que nous avons indiquées pour la morhine.
S'il est en général facile de reconnaître l'opium ou ses diverses préparations, t d'y constater la présence des principes dont nous venons de parler; s'il est icile de reconnaître chacun de ses principes isolés , il n'en est pas toujours de lême lorsqu'il s'agit de rechercher ces matières dans le tube digestif, dans les )s d'empoisoniiemens. Aussi M. Christison a t-il fait sentir que, dans ces sor- :s de cas , l'expert est placé dans des circonstances beaucoup plus dèfavorales. Il fait remarquer : l" qu'il est souvent plus facile de retrouver l'acide léconique que la morphine ; 2° qu'il n"a pas pu reconnaître ni morphine ni ;ide méconique chez une jeune femme qui avait succombé en cinq heures, )rès avoir pris deux onces de laudanum ; qu'il a seulement constaté l'amerime des liqueurs ; 3o que chez une autre femme empoisonnée avec la même 3se de laudanum , il a reconnu seulement la saveur amère de Topium , et obnu l'indication imparfaite de la morphine par l'acide nitrique, quoiqu'il ait ;i sur les matières retirées de l'estomac avec une pompe aspirante quatre heuis après l'ingestion du poison ; 4° dans un troisième cas , sept gros de lauda- 1B3 ayant été avalés , des vomissemens ayant eu lieu deux heures après , il n'a i obtenir ni odeur , ni saveur , ni même aucune indication de la présence de leide méconique. Il aurait pu ajouter que dans l'affaire Castaing les experts it été conduiîs aux mêmes résultats négatifs sous le rapport analytique : n j'ai sisté , dit-il , sur toutes ces circonstances pour que les médecins connussent itendue de leurs ressources. Il me paraît que ces ressources ont été évaluées îaucoup trop parles chimistes et les médecins légistes , lors de la publication iA procédés pour reconnaître la morphine; je suis heureux de trouver, delis les premières publications de ces remarques qu'elles coïncident avec )pinion d'un homme aussi recommandable que le professeur Buchner qui , îrnièrement , a reconnu que l'analyse chimique propre à reconnaître l'exisnce de l'opium , est souvent inutile , même dans les cas où il existe une grande jantité de celte substance. » Enfin M. Christison cite encore l'expérience suimte comme propre à appuyer les faits que je viens d'énoncer. La partie solue de dix grains d'opium ayant été mélangée avec quatre onces de porter ou ;lait, il n'y a pu trouver d'autres propriété de la raorphitie que son goût amer,
à peine la réaction de l'hydrochlorate de fer pour déceler l'existence de Tade méconique.
Tout en admettant que la recherche des principes de l'opium exige beaucoup ; soins , et qu'elle peut, dans plusieurs cas , ne pas conduire à des résultats tisfaisans , nous pensons cependant que M. Christison a peut-être poussé un ;u loin les difficultés dont cette analyse peut-être accompagnée. Nous croyons l'aujourd'hui où ce sujet a fait l'objet de recherches assez nombreuses , il est us facile d'arriver à de meilleurs résultats; mais nous avons dû faire connaîe les faits précédens pour engager les experts à apporter les plus grands soins ce genre d'analyse.
La recherche des principes de l'opium et de l'acétate de morphine dans le mal digestif, lors des empoisonnemenspar ces substances, doit principalement jxer l'attention des experts. Nous allons exposer avec quelques détails la malère d'y procéder.
Analyse des matières contenues dans le canal digestif des individus empoitnnés par l'opium , ou les préparations qui contiennent ses deux élémens prinpaux , l'acide méconique et la morphine. ( Procédé de M. Christison. )
On ouvre l'estomac et les intestins dans toute leur longueur, on les coupe par etits morceaux de deux pouces de longueur environ; ils contiennent ordinaiiment un liquide muqueùx, très-filant, acide, peu susceptible de filtrer. On
ajoute de l'eau aiguisée d'acide acétique; on lave avec beaucoup de soin chaue petite portion dans cette liqueur; il en est de même des matières solides ue le canal intestinal peut contenir; l'addition d'eau aiguisée d'acide acétique onne un peu plus de consistance aux parties liquides du tube digestif. Ces JVages sont répétés à plusieurs reprises. On filtre toutes les liqueurs , qui s'éïulent à peine colorées ou légèrement colorées eu jaune ; ou essaie alors i liqueur filtrée par l'acide nitrique et le persulfate de fer; mais il est rare que ou obtienne un résultat satisfaisant , excepté dans les cas où la préparation 'opium aurait été prise en grande quantité. On soumet alors la liqueur à une ouce chaleur, que l'on porte peu-à-peu jusqu'à l'ébullition , et ou évapore la lalière jusqu'au point où elle se prend en gelée par le refroidissement , opéation qui ne doit se terminer qu'au bain-marie pour éviter une décomposition e la matière animale. On la traite alors par de l'alcool bouillant. On laisse rel'oidir la dissolution , puis on la filtre ; il reste dans la capsule une matière pisseuse et jaunâtre. On évapore la liqueur filtrée jusqu'en consistance sirupeuse, on l'étend d'eau et on la filtre de nouveau. Alors on verse dans le liquide du sous-acétate de plomb en excès ; il se forme un précipité abondant ;ue l'on sépare par une nouvelle fîltration. On agit alors sur le précipité que jontient l'acide méconique, en le lavant d'abord , puis l'étendant d'eau, et y aisant passer un courant d'acide hydro-sulfurique; on sépare à l'aide d'un filtre e sulfure de plomb formé ; on évapore lentement la liqueur, et on y constate a présence de la morphine à l'aide d'un sel de trit-oxide de fer en dissolution teadue d'eau. La liqueur qui contient la morphine est soumise à un courant
d'acide hydro-sulfurique , et la liqueur , séparée du précipité de sulfure de plomb, est évaporée et traitée par l'acide nitrique et les sels de fer , aussi peu acides qu'il est possible de se les procurer. Dans le cas où les résidus sur lesquels on expérimente en dernier lieu seraient trop colorés, il faudrait chercher à les décolorer par le charbon animal. Ce procédé m'a donné des résultats plus satisfaisans que celui qui consiste à traiter les matières par la magnésie ou par l'ammoniaque.
Analyse des matières contenues dans l'estomac et les intestins des personnes empoisonnées par l'acétate de morphine. On recueille les matières contenues dans le tube digestif , comme nous venons de le dire pour l'opium ; on se sert pour les lavages d'eau aiguisée d'acide acétique ; on évapore tous les liquides jusqu'en consistance d'extrait; on reprend le résidu par l'alcool bouillant ; on évapore au bain-marie jusqu'en consistance sirupeuse; on reprend le résidu par l'eau et l'on filtre. Si la liqueur est colorée on y verse de l'acétate de plomb , on filtre; on enlève l'excès d'acétate de plomb par l'acide hydro-sulfurique; on porte à l'ébulliiion , on filtre , et si le liquide est encore coloré on le décolore par le charbon animal ; on évapore ensuite jusqu'à cristallisation possible. Le résidu est traité par l'acide nitrique et les sels de peroxide de fer poury constater la présence de la morphine. Ce procédé nous paraît être le plus simple , et c'est celui qui nous a donné de meilleurs résultats.
Symptômes et action sur l économie animale de l'opium et des préparations opiacées qui contiennent le plus grand nombre de ses principes conslituans. Envisagé comme poison , l'opium et ses diverses préparations agissent comme les narcotiques les plus puissans : mais leur action ne se borne pas toujours aux effets du narcotisme. Ainsi ces préparations donnent souvent lieu à des symptômes d'excitation du système nerveux qui sont très-prononcés ; au lieu d un état comateux complet , des secousses convulsives , des nausées, des vomissemens, une contraction excessive de la pupille ; des mouvemens convulsifs de la face peuvent se manifester ; toutefois , ces effets se montrent le plus souvent au milieu même de l'état narcotique; c'est ainsi que les malades sont réveillés par des convulsions souvent très-intenses. Dans le plus grand nombre des cas, on observe un affaiblissement gradué des forces, une tendance au sommeil qui se change bientôt en un coma profond avec dilatation de la pupille, immobilité des membres , respiration lente, peu sensible , un pouls petit, lent, fjible, une diminution dans la chaleur de la peau , état qui s'accroît de plus en plus et auquel peut succomber le malade. Ce dernier ensemble des symptômes est le plus souvent dû à de faibles doses d'opium ; le premier se rencontre au contraire lorsque cette substance a été prise en grande proportion. Du reste, ces divers effets varient suivant l'espèce de préparation qui a été administrée : ainsi l'extrait d'opium privé de morphine et de narcotine peut êire pris impunément à forte dose ; celui qui est seulement privé de narcotine est très- vénéneux ; les laudanum de Sydenham et les gouttes de Rousseau agissent aussi avec beaucoup d'intensité.
La morphine est par elle-même une substance peu active ; elle n'acquiert d'énergie qu'autant qu'elle est dissoute ; cependant , comme il existe constamment des acides dans l'estomac , elle réagit sur l'économie avec intensité. A l'état d'acétate et à forte dose elle produit constamment des phénomènes d'excitation générale , à moins que comme dans les observations rapportées par M. Vassal on ait débuté dans son administration par des fractions assez petites, ou qu'on l'ait administrée chez des personnes déjà habituées aux préparations opiacées; car alors elle peut produire des effets sédatifs à l'instar de ceux qu'elle procure dans son emploi journalier en thérapeutique. Parmi les symptômes saillans qu'elle développe , nous citerons, an rapport de MM. Bailly , Trousseau et Bonet : l» les vomissemens isolés des phénomènes propres à indiquer une phlegmasie d'estomac ; les vertiges ; les rêves effrayans , la contraction de la pupille, les commotions violentes , les sueurs abondantes, la diminution dans la sécrétion de l'urine, avec difficulté dans l'émission de ce fluide. Des démangeaisons très-incommodes à la peau avec ou sans éruptions; le prurigo, l'eczéma, l'urticaire sont les éruptions les plus communément observées. M. Bailly a surtout appelé l'attention sur cet état de la peau qu'il considère comme un symptôme devant constamment se montrer dans tous les cas d'empoisonnement par cette préparation.
La narcotine est une substance que l'on peut administrer impunément à forte dose chez l'homme, puisque M. Bailly en a donné jusqu'à cent vingt grains par jour ; mais elle agit comme poison quand elle est en dissolution dans l'huile ou dans l'acide acétique. Les acides hydrochlorique et nitrique ne développent pas ses propriétés vénéneuses. Quant à la codéine , la narcéine et la méconine leur action toxique sur l'homme et les animaux n'est pas encore assez connue , pour que nous puissions préciser quelque chose à cet égard. La codéine parait pourtant posséder des propriétés sédatives lorsqu'elle est donnée à petite dose, et même son administration serait exempte des phénomènes d'excitation cérébrale propre à l'opium et à la morphine. [\f^oyez l'art. THÉp.APEUTrQL'E. )
A. Devercie.
OPIUM ( Thérapeutique). L'usage fort ancien et toujours continué de cette substance en médecine, prouve mieux que tout ce que nous pourrions dire les avantages incontestables dont elle jouit. Hippocrate l'employait quelquefois sous le nom de ^>;x(dv. Celse (lib. m, cap. 2, sect. vu ) conseillait la décoction de pavot: quidam somnuin moliuntur potui dando aqucim in qud pi/pai^er aut hyosciamus decocta sint. » Plus loin le même auteur, parlant des anodins, cite les larmes de pavot et les unit à quelques autres substances qui en facilitent la digestion. « Prodest tamen etiam ad concoquendum quod habet papaveris lacryma , galbani, singulorum P i., myh-hœ , castorei , piperis singulorum , P. ii. Ex quibus quod erfi magnitudinem habet , satis est deforasse (Lib. v, cap. i ,
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sect. s). L'opium est évidemment désigné par ces mots papaveris lacrjma, puisqu'en parlant des moyens que l'on doit conseiller pour remédier aux accidens qui suivent son usage imprudent, Galicn s'exprime ainsi : v-quiautein opium id est papa^'eris lacry mam btherint, Us statim merum plurimum exhihendum est, aut piper, aut naslurtium, aut cardaniomum ex vino. De Aalidotis, lih. li. cap. vu- L'opium, depuis ces temps reculés , n'a cessé d'être de plus en plus employé en médecine. Paracelse en fit un usage si fréquent, qu'on l'appela docior opiatus. Wedelius le regarde comme l'ancre sacrée de la vie; cependant il veut qu'on s'en serve avec précaution : ne narcolica fiant necrotica. Sydenham est un des médecins qui ont le plus vanté ce médicament; il dit que c'est l'un des plus beaux présens que Dieu ait faits à l'humanité , et qu'il est tellement nécessaire, ut sine illo maca sit ac claudicet medicina ( tom. i , pag. 113 ). M. Hufleland le regarde avec la saignée et le tartre stibié comme l'un des trois moyens les plus efficaces de l'art de guérir ( BuUet. Ferussac, janvier 1830, p. 63 ). Ou trouve dans l'ouvrage très-remarquable que l'on doit à ïraller, de Breslau {usus opii), l'opinion de la plupart des médecins sur cette substance. Quoiqu'elle ait obtenu un grand nombre de partisans , elle a aussi rencontré quelques adversaires, mais en petit nombre. Slahl doit être compté parmi ces deijiiers , il ne voulait pas employer l'opium , parce que , selon lui , ce médicament remédie seulement aux symplômes.
§ H. Action médicale des opiacés. La controverse sur la manière d'agir de l'opium a élé bien autrement animée ; peut-être serait-il plus sage d'expliquer le mode d'action de ce médicament, en disant avec le médecin de Molière : est in eo virtus dorniicifa. Sans rappeler les nombreuses théories de l'action de l'opium sur l'économie , voici ce que l'on observe quand on le donne à petite dose et seulement comme calmant. L'estomac le digère sans difficulté ; rarement on observe des nausées , et plus rarement encore des vomissemens. Une ou deux heures après cette ingestion un certain embarras se développe vers la partie antérieure du cerveau , les paupières s'appesantissent, une légère tendance au sommeil se déclare , les sens s'émoussent, les mouvemens deviennent plus lents, une douce langueur s'empare du malade ; il oublie momentanément ses douleurs, et ne tarde pas à jouir d'un sommeil calme et tranquille , habituellement même rendu très-agréable par des songes qui procurent une sorte de béatitude indicible. Si j'étais poète , me disait une dame, qui le prenait à dose calmante, je voudrais chanter l'opium et ses effets ravissans. Pendant ce sommeil, la respiration devient plus lente , le pouls plus souple , plus large , quelquefois moins fréquent ; les sécrétions diminuent de quantité, la peau seule devient plus halitueuse. Après trois, quatre ou cinq heures d'une tranquillité passagère, les songes se dissipent et la douleur les remplace. Chez quelques personnes le sommeil ne s'établit pas entièrement, elles ne deviennent pas tout-à-fait étrangères à ce qui se passe autour d'elles , mais elles tombent dans une sorte de vague qui n'est pas sans douceur , et qui leur fait un moment oublier leurs tourmens. Le sommeil produit par l'opium a cependant parfois quelque chose de fatigant par la cé|ihala!gie et le sentiment général de brisement qui l'accompagnent, mais la diversion que cet état fait aux douleurs, rend encore ce médicament précieux aux malades qui en éprouvent les efi'ets. Quoique agissant d'une manière favorable sur l'économie, on observe assez fréquemment que , donné seul , l'opium ne tarde pas à l'endre l'estomac paresseux et à occasionner une constipation incommode, déterminée , soit par la diminution de sécrétion muqueuse du canal intestinal , soit par la diminution de la contractilité de la tunique musculaire de ce canal. On remédie à l'inconvénient dont nous venons de parler en associant quelque principe aromatique ou laxatif à ceux de l'opium.
Les Orientaux , qui font usage de l'opium pour se procurer la gaité et l'ivresse voluptueuse que le vin communique à ceux qui le prennent à dose suffisante, deviennent , dit-on , de bonne heure stupides et d'une débilité remarquable. Nous observons des effets analogues chez nos ivrognes de profession.
Donnés à plus haute dose, l'opium et ses préparations loin d'amener le calme que l'on recherche, déterminent les accidens du narcotisme ou de l'empoisonnement, /^oj'. le mot NAKCOTiSME. On trouvera à l'article opicm [médecine légale) les effets toxiques de cette substance.
Il en est de l'opium comme de tous les médicamens : si on le continue longtemps sans en augmenter la dose , ses effets ne se font plus sentir , et en augmentant graduellement sa quantité on arrive à donner uu gros d'extrait et même davantage sans produire d'accident. Il est peu de personnes qui ne ressentent les effets caïmans de l'opium ; on en trouve cependant , parmi les femmes nerveuses surtout , chez lesquelles ce méilicament détermine , aux plus petites doses , une excitation cérébrale et une agitation extrêmement pénible; c'est dans ce cas que l'on peut dire avec Brown ; me Hercule ! opium non ccc/a«. Kous venons devoir un vieillard, affecté de leucophlegmatie , chez lequel l'extrait thébaïque, élevé graduellement à six grains , n'a produit autre chose que des accidens analogues à ceux du dclirium tremens, et qui ont cédé momentanément à l'usage de l'infusion de café.
On attribue généralement les effets caïmans de l'opium à un léger afflux de sang que cette substance détermine vers l'encéphale, et qui met cet organe dans des conditions analogues à celles qui déterminent le sommeil. Dans cet état , la faculté percevante de l'encéphale s'émousse, les sens s'engourdissent, et la sensibilité animale reste momentanément suspendue. La spécialité d'action de certaines substances sur quelques-uns de nos organes est trop bien constatée , pour que l'on se refuse à admettre que l'opium agisse sur le cerveau ainsi que nous venons de l'indiquer. D'ailleurs le sommeil et les rêves qu'il occasionne lorsqu'on le donne à petite dose , les symptômes que l'on observe pendant le narcotisme et les lésions que l'on trouve à l'autopsie des individus morts empoi-
sonnés par l'opium, prouvent également ce mode d'action ; seulement dan i ces deux derniers cas, la congestion sanguine étant beaucoup plus grande, le j efi'ets de l'opium ont été beaucoup plus intenses. Les expériences de M. Dupuy ancien professeur d'Alfort, et de M. Flourens porteraient à penser que l'actioi de l'opium s'exerce plus spécialement sur les lobes antérieurs du cerveau. Le résultats prompts et satisfaisans obtenus parles applications opiacées, ont fai admettre aussi que ces médicamens ont une action directe sur les cordons ner veux avec lesquels ils sont en contact.
§ IIL Jction médicale de Vopium brut. Nous n'avons pas essayé l'emploi méj dical des différentes variétés de l'opium, parce qu'elles ne sont pas usitées erl médecine , à cause de la proportion variable des principes qui les constituent "Voici cependant le résultat des observations que nous avons faites sur les ^eu: principales variétés de cette substance.
Opium de Smyrne. Cet opium bien choisi et mécaniquement dépouillé de ses impuretés procure un sommeil doux et tranquille à la dose d'un demi-grain. S; on en donne un ou deux grains, il occasionne bientôt des nausées et de la cé phalalgie. On ne sera point étonné de l'action énergique de cette substance, s: l'on fait attention qu'elle contient beaucoup de morphine, ainsi que M. Guibourt l'a fait observer dans l'article de pharmacologie, et si l'on remarque que) l'opium brut n'a point été dépouillé de sa narcotine par le lavage etl es opérations pharmaceutiques que l'on fait subir aux extraits.
Opium indigène. M. Caventou m'a remis de l'opium indigène retiré par inci* sion de pavots cultivés dans nos provinces méridionales. Cet opium produit des effets au moins aussi marqués que ceux de l'opium de Smyrne. 11 faut le donner à la dosed'un quart de grain à un demi-grain au plus pour qu'il soit calmant. A plus haute dose, il occasionne de l'agitation. 11 parait que cet opium contient également une très-grande proportion de morphine. Sa culture pourrait donoi être encouragée avec avantage. '
§ IV. Action médicale des divers principes de l'opium, La variabilité desa principes de l'opium et de ses extraits a déterminé plusieurs médecins à essayer* ces principes isolés (For. thèses pour Vàgrkq^aiXÀon Alcaliaquœdam...Morphina\ opio , 1824. Martin Solon ) , afin d'en connaître l'action et de mettre à la dispo-:|| sition des praticiens un médicament chimique toujours comparable. "Voici M résultat des observations que nous avons faites , aidé de M. Letertre-Vallier elt' de plusieurs autres élèves de l'hôpital Beaujon, avec les principes de l'opium! préparés par M. Soubeiran. '
L'eati distillée d'opium qui se charge de l'odeur vireuse de cette substance,' donnée à la dose d'une à deux onces dans une potion, ne produit autre choseij que du dégoût qui la rend insupportable aux malades. Continuée pendant plu+j sieurs jours , on n'observe aucun autre effet sur l'économie animale. ||
Résine d'opium. Nous l'avons plusieurs fois donnée à la dose de vingt grainaj en poudre et en une seule prise , sans observer d'influence sur le sommeil Olfl sur l'économie. ]
Acide mécanique. Il en est de même de l'acide méconique ; nous l'avonA prescrit sans résultat à la dose de quatre grains. M. Sertuerner en a pris cio^ sans en rien éprouver. !
Les méconates de soude et d'ammoniaque ne produisent pas plus d'effet. I
Narcotine. On n'est pas d'accord sur l'action de cette substance, ce quipro-' bablement dépend du degré de pureté qu'elle peut présenter ou de la manière'' de l'administrer. M. Barbier rapporte des expériences qui prouvent qu'ellei) excite le système cérébro-spinal des chiens. Il ne la regarde cependant pasil comme douée de propriétés médicamenteuses. Nous n'avons reconnu aucune i propriété excitante à cette substance donnée pure, en poudre, et à la dose d'uni à dix grains. M. Bally en a fait prendre des quantités beaucoup plus considé-' rables , et les malades n'en ont éprouvé aucun effet sensible. Nous l'avons don-' née successivement à la dose de deux , quatre, six, huit et dix grains, dissoute i dans l'acide bydrochlorique , et nous ne lui avons vu produire aucun effet.il Dissoute dans l'huile et donnée aux mêmes doses , elle n'a point eu d'actioni sensible jusqu'à celle de huit grains ; mais portée h dix, le lendemain , elle déterminé , peu d'heures après son ingestion , de l'insomnie , de l'agitation, des^ vertiges, des nausées, des vomissemens, des tressaillemens musculaires dans ) les membres et des envies fréquentes d'uriner. Douze heures après le dévelop-' pement de ces accidens , qui ne présentèrent d'ailleurs rien d'inquiétant, le som- ■■ meil fut tranquille et profond. Trente heures après l'ingestion de la narcotine, ! il y eut un peu de diarrhée ; la pupille était très large et l'iris immobile sous I l'impression d'une lumière d'intensité variable. La vision n'était nullement altérée. Un malade qui venait de prendre la narcotine à une dosé graduellement! élevée 'a dix grains et dissoute dans l'acide bydrochlorique , sans en rien ressen- * tir, éprouva les effets que nous venons de mentionner lorsqu'on lui donna le' lendemain la même quantité de narcotine dissoute dans l'huile. Le véhicule a ' donc une grande importance sur l'action de la narcotine; mais il n'a pas fallu I moins de dix grains de celte substance pour développer les effets que nous ! avons observés, ce qui prouve cependant que la narcotine ne doit point être | inerte dans les préparations opiacées. '
La morpltine a une action puissante sur l'économie. A la dose d'un quart de ' grain elle procure ordinairement un sommeil tranquille, qui est bientôt rem- 1 placé par de l'agitation, etc., si l'on augmente la quantité de l'alcali, si on i en donne un grain, par exemple. Nous l'avons administrée en saturant préala- ! blement avec de la magnésie calcinée les acides contenus dans l'estomac , et la ! morphine n'en a pas moins produit ses effets. On aime mieux cependant 1 em- I ployer à l'état salin. L'acétate , qui était d'abord usité, est maintenant aban- 1 donné, parce qu'il varie beaucoup dans ses proportions. Ou lui préfère l'hydro- I
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chlorate ou le sulfate que l'on donne depuis un huitième de grain jusqu'à un lemi-grain seul, ou dans un véhicule aqueux. On emploie aussi le camphorate de morphine. Nous n'avons pas eu l'occasion de le mettre en usage. M. Cavenou cite ce médicament dans le Bulletin de ihérapeuiique ( tome ii , page 187). ] parait que la morphine se trouve séparée de l'opium , dans la préparation rue Daniel Ludwig a fait connaître, il y a plus d'un siècle , sous le nom de lagisler de bismuth , dans ses dissertationes de pharmaciâ , 1688. La découerte récente de la codéine , par M. Robiquet, prouve que la morphine n'est oint le seul principe calmant de l'opium.
La codéine cristallise en prismes réguliers, elle est soluble dans l'eau , l'albol, l'éther, les acides, et se combine avec ces derniers. Elle est d'une amerpme nauséeuse et persistante, qui rend ses solutions désagréables aux malades, lest préférable de la donner en poudre ou en pilule, un quart de grain de j3lte substance produit les mêmes effets qu'un grain d'opium. Néanmoins le j)mmeil qui suit l'usage de la codéine est, d'après les malades qui en ont pris , |!us doux et plus profond que celui que l'on procure avec l'extrait thébaïque. ine de nos malades tourmentée de céphalalgie avant l'usage de la codéine , en tété débarrassée après avoir fait usage de cette préparation. Presque toutes les ithisiques auxquelles nous avons administré cette substance , ont éprouvé le diminution marquée dans la toux qui les fatiguait pendant la nuit. D'après les observations de M. Barbier, d'Amiens , communiquées à l'Aca- ;mie , et insérées dans le n" 10 de la Gazette médicale, année 1834, cetalli aurait une action spéciale sur les plexus nerveux ganglionaires , et il serait rtout utile contre la gastralgie , dont cet habile praticien a vu les symptômes dissiper en faisant prendre, à quelques heures d'intervalle , deux cuillerées ! sirop contenant chacune un grain de codéine.
M. Grégory a trouvé à la codéine des propriétés excitantes surtout lorsqu'elle t à l'état de nilrale.
TJhjdrochloratc préparé ainsi que la codéine par M. Soubeiran , prescrit en ludre , à la dose d'un quart de grain à un demi-grain, a produit à nos maies des effets tout aussi satisfaisans que ceux de la codéine pure. Ce que nous venons de dire de la manière d'agir des divers élémens de l'oum, prouve évidemment que les propriétés calmantes de cette substance ne Dt pas renfermées dans un seul principe. Contient- elle un élément excitant écial ? on pourrait croire qu'il réside dans la narcoline ; mais il nous a paru alement démontré que les principes caïmans , à petite dose , deviennent exclus lorsqu'on en donne sans précaution une plus grande quantité. Afin de mieux apprécier l'action des principes constituans de l'opium , nous ons donné cette substance privée de narcoline, et nous l'avons aussi fait endre dépouillée de morphine. Voici les résultats que nous avons obtenus. Opium prii-é de narcoline. Nous avons donné l'extrait d'opium sans narcoline puis un demi-grain jusqu'à cinq grains. Il a procuré un bon sommeil chez la upart des malades. Cbez une femme qui éprouvait de l'agitation , des nausées des défaillances , en prenant l'opium de Smyrne, ou l opium français purs à dose d'un à deux grains , le sommeil a été tranquille , les nausées et les défailices ont disparu lorsqu'elle a fait usage de l'extrait sans narcoline à la dose in grain. Nous avons plusieurs fois répété la même observation. Ce résultat conçoit d'après ce que nous avons dit plus haut de l'action de la narcoline. Opium prii'é de la morphine. M. Soubeiran avait précipité la morphine de xtrait thébaïque par l'ammoniaque , en sorte qu'au lieu de méoonate de morine cette préparation contenait du méconate d'ammoniaque. Les malades xquels nous l'avons administrée s'en sont trouvés très bien. Quelques-uns t éprouvé , selon leur expression, un sentiment de légèreté , de liberté de te que nous devons noter. Celte préparation conviendrait-elle lorsqu'il y auit indication de donner l'opium , et que l'on hésiterait cependant à l'adminis- ;r dans la crainte de déterminer une congestion céphalique ? on pourrait le taser. Les bons eiTets obtenus avec cet extrait prouvent que la morphine n'est jsleseul principe actif de l'opium. Nous avons vu que M. Robiqueten a nné une preuve plus péremptoire encore. L'extrait sans morphine a été ordiirement donné à la dose d'un à deux grains.
I V. Préparations officinales de Vopium. On connaissait sous le nom ^Copiais s médicamens dans lesquels l'opium entrait en certaine proportion. Plus lard a désigné sous ce même nom des préparations qui ne contenaient pas d'oxa\ , mais qui avaient la consistance des anciens opiats. Celte dénomination venue vicieuse esl remplacée par les mots éleciuaire , conserve , etc. Extrait alcoolique. Cet extrait n'est pas usité. Il mériterait de l'être davanïe : c'est du moins le résultat de nos observations. Toutes les fois que nous ons prescrit l'extrait alcoolique d'opium en commençant par un demi-grain, us en avons obtenu les effets les plus satisfaisans.
Extrait aqueux. Improprement appelc extrait gommeux, on lui donne très linairement le nom d'extrait thébaïque , afin de pouvoir prescrire de l'opium "insu des malades qui craignent l'usage de ce médicament. La préparation 'on lui a fait subir a surtout enlevé beaucoup de narcoline , et doit rendre ; extrait beaucoup plus calmant que l'opium brut. Il entre dans la composin de la plupart des médicamens opiacés ; on le prescrit seul , en pilules à la se d'un quart de grain à un grain.
Extrait de pavot. L'extrait de pavot indigène est moins actif que le précéint. On peut le donner à la dose d'un grain et en augmenter assez rapidement quantité; le sommeil qu'il procure , lorsqu'il agit, est plus souvent exempt igitation que celui qui suit l'usage des opiacés proprement dits ; souvent même ï:alme lorsque ces derniers ont échoué. On conseille souvent pour remplacer t extrait la décoction faite extemporanément avec une tête moyenne de pa-
DlCT. DE MeDEÇIHE et DE CHIRURGIE PRATIQUES.
vot pour quatre onces d'eau édulcorée, que l'on fait prendre en plusieurs fois dans la soirée ou dans la nuit. Nous avons souvent employé cette préparation avec avantage.
Sirops. On prépare avec ces différens extraits des sirops qui sont d'un usage fréquent. Le sirop d'opium contient deux grains d'extrait par once. Nous dirons , d'après Baumé , le codex n'en faisant pas mention , que l'on ajoute à ce sirop un peu de teinture de succin et qu'on lui donne alors le nom de sirop de karabé , bien plutôt pour déguiser sa composition , que pour tenir compte de la petite quantité de succin qu'on y a ajoutée et qui ne modifie guère ses propriétés. Ces sirops purs ou incorporés dans des potions , jouissent des vertus de l'extrait thébaïque. On en donne des doses proportionnées à la quantité d'opium que l'on veut administrer , il vaudrait mieux qu'ils ne continssent par once qu'un grain d'opium.
Le sirop de pavot blanc ou sirop diacode est doué des mêmes propriétés que l'extrait de pavot indigène ; on le prépare avec les capsules de pavot. Quelques pharmaciens le préparent à tort avec l'extrait d'opium dont ils ne mettent , i est vrai , qu'un grain par once ; mais celte substitution n'en est pas moins condamnable, puisque, d'après ce que nous avons dit plus haut, l'action de ces substances est différente.
Vins. On comprend dans cette section des opiacés , le laudanum de Sydenham qui , par la cfuanlité assez considérable de principes excitans et toniques qu'il contient, doit être donné de préférence lorsque l'on craint que l'opium ne débilite trop l'estomac, etc. On le prescrit à la dose de huit à seize gouttes lorsque l'on veut faire prendre un demi-grain ou un grain d'extrait d'opium.
Laudanum de Rousseau. La petite quantité d'alcool renfermée dans ce l'audanum que l'on donne à moitié dose du précédent, ne modifie pas beaucoup l'action de l'opium ; aussi ses effets sont-ils seulement caïmans lorsqu'on le donne en quantité convenable. Il est d'ailleurs fort commode lorsque l'on veut augmenter graduellement par huitième de grain la dose d'opium prescrite pour une potion.
Black drops. Ces gouttes noires, fort employées chez les Anglais , sont aussi calmantes que la préparation précédente , seulement on les donne encore à moins forte dose.
Les solutions alcooliques ne sont guère usitées en France. Il serait cependant important d'étudier leur action comparative ainsi que celle de la teinture d'opium camphrée , de l'élixir parégorique ou ammoniacal , si varié dans sa composition , et d'un grand nombre d'autres préparations dont nos voisins font grand cas. La quantité variable d'opium que contiennent ces médicamens selon la pharmacopée que l'on consulte, en rend la prescription difïicile et même dangereuse. Il serait de la plus grande utilité que les dilt'érens codex éprouvassent des modifications qui rendissent les préparations [qu'ils indiquent plus constantes et plus sûres, et qui leur donnassent l'uniformité compatible avec les nécessités locales.
Parmi les préparations officinales solides , nous citerons la poudre de Dower , dont nous parlerons dans la suite de ce travail. On trouvera aux articles CYNOGLOSSE , DiASCORDitiM , thériaqde, ctc. , les notious qui ont rapport à ces médicamens.
§ VI. Préparations magistrales. On prescrit à des doses que nous avons indiquées , les divers élémens et les différentes préparations opiacés , pour en faire des potions , des pilules , etc. , dont ils forment l'agent principal. On unit l'opium à d'autres médicamens pour diminuer son activité. Mêlé au camphre , il perd une partie de ses propriétés excitantes. Hallé recommandait le camphre comme le correctif de l'opium. Les expériences de M. Orfila ont démontré , ainsi qu'Hahnemann l'avait annoncé , qu'il n'en est pas le contre-poison. Dans d'autres cas, on emploie lopium pour diminuer l'action de certains médica. mens, ainsi on l'unit aux mercuriaux pour empêcher leur effet purgatif, pour retarder ou arrêter la salivation. M. Lemasson a recommandé également l'union de l'iode et de l'opium ( Journ. hebdoni. , et l'art, iode de ce dict. ) On a surtout conseillé d'unir l'opium au quinquina pour empêcher celle dernière substance d'irriter le canal intestinal , et pour prévenir ou arrêter la diarrhée que son usage occasionne chez quelques sujets. L'espace nous manque pour indiquer les nombreuses occasions où l'on emploie l'opium comme correctif.
§ VII. Mode d'administration de l'opium. On administre l'opium sous toutes les formes médicamenteuses {Fojez Jourdan , pharmacopée)-^ mais il est de la plus grande importance que , dans ses prescriptions , le médecin n'oublie pas les doses auxquelles ce médicament doit être employé. On commencera toujours par les plus petites lorsque l'on ne connaîtra pas la susceptibilité des malades pour cette substance; on en augmentera ensuite graduellement la quantité. Quelle est celle de ces préparations que l'on doit préférer ? il serait encore difficile de le dire. Nous avons cherché pendant le cours de cet article à indiquer, autant que nous l'avons pu , le choix que l'on doit faire dans quelques circonstances.
Les enfans et les femmes présentent pour les opiacés une susceplibililé beaucoup plus grande que les autres sujets; aussi ne doit-on les prescrire qu'avec la plus grande réserve, surtout aux premiers. Beaucoup de circonstances modifient les usages fréquens que l'on fait en médecine de l'opium ; nous aurons l'occasion de les indiquer dans les paragraphes suivans.
§ VIII. Usage de l'op'ium à l'extérieur. On fait entrer l'opium dans un grand nombre de médicamens externes , tels que emplâtres, cataplasmes, fomentations , linimens , etc. La facilité avec laquelle la peau absorbe les préparations opiacées rend ces divers moyens fort utiles contre îles douleurs externes , ce
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qui tient peut-être a l'un des modes d'action dont nous avons parlé plus haut. 611 peut lire dans Tralles (pars iv , pag. 169) l'emploi fréquent que l'on faisait des applications opiacées. Elles sont utiles pour calmer l'irrilalion des plaies trop douloureuses. Richter les conseille contre l'étranglement spasmodique. L'action de ces médicamens est encore bien plus vive lorsque la peau a été privée de son cpiderme , ainsi que l'a conseillé M. Lembert. Nous avons vu dans ce cas l'application d un grain d'hj'drocLlorate de morphine suivie de quelques-uns des accidens du narcotisme. En employant de plus faibles doses , j'ai souvent obtenu l'amélioration et quelquefois la guérison rapide de sciatiques dans lesquelles on n'avait point observé de symptômes inflammatoires , ou dans lesquelles ces symptômes avaient été préalablement combattus. MM. Trousseau et Bonet ont rapporté dans les numéros de janvier et février 1832 des Archives, des observations d'arthritis aiguë dans lesquelles les sels de morphine appliqués scion la méthode endermique, sur des articulations malades , ont , dans quelques cas, diminué la douleur et semblé abréger la durée de la maladie. Ces résultats ont surtout été obtenus lorsque l'on a aidé ces applications de saignées abomiantes , que nous croyons indispensables. Cerioli , de Crémone (Nouv. Biblioth. niéd. décembre 1829, pag. 427) , est parvenu à guérir un tétanos par cause externe, en se servant de l'acétate de morphine à la dose d'un quart de f!rain appliqué plusieurs fois par jour , par la méthode endermique , à la nuque d'une jeune femme pour laquelle les saignées et les bains prolongés avaient complètement échoué. Omboni {Bullet. Feruss. , janvier 1830) cite un cas de dysphagie spasmodique dissipée par l'application extérieure du sulfate de morphine.
Ou emploie utilement dans les contusions douloureuses, l'application des compresses imbibées d'uii mélange d'un demi-gros à un gros de laudanum de Sydenham , et de sis onces d'eau blanche. La double décomposition donne lieu à la formation d'un acétate de morphine soluble , et d'un méconate de plomb insoluble qui rend nécessaire l'agitation de la liqueur lorqu'ou veut s'en servir.
On range parmi les remèdes externes les lavemens , les gargarismes et les injections. Les préparations opiacées peuvent être fort utiles sous cette forme ; mais il ne faut pas oublier qu'en lavement elles agissent plus promptement et à plus petite dose que données par la bouche. M. Chopin, dans son excellente thèse , rapporte un exemple des bons effets de cette médication (Thèse, Paris, 1820, n" 48, pag. 63). Mais lorsque les doses sont un peu considérables , on ne tarde pas à voir se développer les accidens du narcotisme , lors même que le lavement n'est resté que peu de minutes en contact avec l'intestin. Ou en a une preuve dans l'observation d'empoisonnement que j'ai publiée dans le n» 91 du joui nal hebdomadaire j tom, viii , pag. 73 , ann. 1830. On emploie les lavemens opiacés non-seulement dans le traitement des affections intestinales , mais encore pour obtenir les effets caïmans ordinaires de l'opium , lorsque l'on veut éviter l ingestion de cette substance dans l'estomac.
§ IX. Usage de l'opium à rinlérieitr. Contre la douleur. Il n'y a pas , en matière médicale, d agent qui ait, plus que l'opium, été employé à faire la médecine des symptômes. C'est que , calmant par excellence , on a dû recourir souvent à lui pour combattre la douleur , compagne inséparable de la plupart de nos maladies , et qui use les forces autant qu'elle tourmente celui qui en est la proie. Il s'en faut beaucoup cependant que ce remède soit convenable pour attaquer toutes les douleurs; il y aurait peut-être du danger à ce qu'il possédât cette propriété, car masquées et rendues supportables par ce secours , les maladies , bientôt abandonnées à elle- mêmes , feraient des progrès qui ne tarderaient pas à les rendre incurables. Mais que peut l'opium contre la douleur de la pleurésie ,lui qui active la circulation capdlairc? l'expérience l'a démontré souvent : une évacuation sanguine est dans ce cas le meilleur calmant que l'on puisse employer. 11 en est de même dans beaucoup d'autres circonstances où l'on doit conseiller avec Boerhaave des moyens dili'érens selon la cause de la douleur (Aph. 228 et 229). Sydenham, Hoffman et tous les praticiens habiles reconnaissent qu'il faut autant que possible, s'occuper de la cause de la douleur , et ne mettre en usage l'opium que pour eu diminuer l'intensité : ainsi, dans l'otite , les coliques violentes , les douleurs occasionnées par la carie d'une dent, une brûlure étendue , un déchirement de parties irritables, etc., etc., on doit avoir recours aux opiacés , soit en les appliquant sur la partie souffrante, soit en les prescrivant à l'intérieur , sans négliger pour cela d'agir sur la cause même de la douleur. On voit des cas dans lesquels , en essayant de calmer la douleur, on diminue le spasme des parties affectées, comme le disaient les médecins du siècle précétlent. Kon-seulement alors on soulage le malade, mais encore on agit ellicucement sur sa maladie. Ainsi , dans la néphrite calculeuse, l'opium^ selon Boerhaave, Mead et d'autres auteurs , calme le spasme dctcrminé par les calculs, et contribue à leur expulsion. Pitcarn rapporte qu Harvée se à neplirilico dolore libcravil, assumpLa magna quaiititate lauUani liquidi , undè excrevU ingénies calculos inler dor/niendum. Dans d'autres cas, nous agissons contre la douleur sans espoir de modilier la maladie: ainsi, dans le cancer nous donnons de l'opium pour enlever la sensation de la douleur, sans avoir l'espoir d'atteindre la maladie; mais du moins nous empêchons les effets nuisibles que des douleurs prolongées ne manqueraient pas d'occasionner.
Tralles rapporte que Young , Horlius, Wedelius, Boerhaave conseillaient de faire prendre aux malades qui devaient subir de grandes opérations une certaine quantité d'opium (Tralles, Usus opii , 1 , par., pag. 97). Ce précepte pourrait être utile dans quelques cas et pour quelques malades.
Fiiiyres. On a de tout temps reconnu les effets nuisibles de l'opium dans les
fièvres inflammatoires. Mais dans beaucoup d'autres de ces affections où le sys tème nerveux est principalement affecté , on a retiré quelquefois de bons effet; de l'usage des préparations opiacées unies au camphre.
Plilegmasies. Les opiacés sont d'un grand secours dans quelques phlegma sies , cependant l'activité qu'ils donnent à la circulation exige qu'avant de le prescrire on ait le plus souvent recours aux déplétions sanguines.
Les phlegmasies cutanées éprouvent quelquefois une augmentation d'inten sité par l'action de l'opium ; cependant les douleurs qui accompagnent les éryi sipèles des membres , le zona, peuvent être combattues dans quelques circon stances par les opiacés. Néanmoins il faut se garder de l'emploi de ce moyei dans les érysipèles de la face accompagnés d'une disposition a la congeslioi cérébrale , dans la crainte de donner lieu au développement de cet accident Il en est de même dans la variole , maladie dans laquelle l'opium , d'après l'ob servation de Sydenham , peut être fort utile , soit pour favoriser l'éruption soit pour calmer le malaise et les douleurs que cette grave maladie occasionne Dons les phlegmasies chroniques de la peau , l'opium peut encore être d'ui grand secours , soit qu'on l'applique localement, soit qu'on le donne à l'inté rieur.
C'est surtout dans les inflammations des membranes muqueuses que cetagen thérapeutique peut être employé utilement, ainsi que l'a démontré M. Brache dans son livre sur l'opium. Ainsi , dans l'ophthalmie ou l'otite , les solution opiacées calment la douleur et diminuent les accidens inflammatoires. On ob serve les mêmes effets dans la stomatite. Dans quelques gastrites l'opium es prescrit avec avantage, cependant chez le malade de la 33^ observation du trait des phlegmasies chroniques , le professeur Broussais rapporte qu'une potioK anodine produisit une exaspération qui le força de renoncer au médicaraenMj On sait le parti que l'on tire de l'opium dans la diarrhée et dans la dysenteriei'j soit qu'on administre ses préparations en potion ou sous forme solide , comm^j la thériaque ou le diascordium , soit qu'on les donne à très-petite dose en la jj vemeut.
L'opium , dans les catarrhes pulmonaires accompagnés d'excrétion surabonijj dante, a l'avantage de diminuer la sécrétion , de calmer la toux et le besoin dnii l'expectoration; mais on remarque aussi que cet effet n'est pas sans inconvéMi nient lorsque l'expectoration est modérée, car alors les opiacés arrêtent la séj' crétion muqueuse et augmentent le sentiment de suffocation : on ne doitdott'^J qu'avec mesure employer les opiacés dans les inflammations thoraciques. |;
Dans les phlegmasies séreuses, on peut utilement faire usage de l'opium poU'i diminuer les douleurs de la péritonite, de la pleurésie ou de la péiicardite((' lorsaue l'on a d'abord eu recours à des saignées générales et locales suffisaute! ! i et que la douleur n'a pas disparu complètement. J'ai vu les lavemens opiacé surtout obtenir un succès remarquable dans les cas de péritonite. Ce que nou avons dit de l'action de l'opium sur l'encéphale doit faire pressentir les mauvaii effets des opiacés dans la méningite ; la plupart des auteurs sont d'accord m ce point de pratique. On lit dans le traité de phrenetide de Rivière : muftii ex imprudenti opium usu iii sumnum perpeluum demersi Juerunt. L'opîiiOi peut être employé avec précaution quand la période d'irritation est passée''|i et dans ce cas même , nous lui préférons la thridace. Jusque-là les émissioDHi sanguines et surtout l'artériotomie sont les meilleurs caïmans que l'on puisti^j employer. ^|
Combiné avec les saignées abondantes, l'opium produit d'excellens effets ckli|| | l'arthritis aiguë , affection si douloureuse. Plusieurs praticiens ont retiré , dani j cette maladie , des avantages incontestables de la prescription du laudanumeji des autres préparations données à l'intérieur ou appliquées extérieurement. L ■ j poudre de Dower , médicamment dans lequel l'opium est uni au sulfate dj potasse, au nitrate de potasse et à l'ipécacuanha , favorise peut-être plus qu ^ les autres préparations opiacées la transpiration que l'on cherche à obtenir dao cette maladie.
Ce que nous avons dit de l'usage des opiacés dans les phlegmasies précé dentés, s'applique également aux inflammations des organes parenchymateu»
Hémorriiagies. L'opium n'est pas spécialement recommandé dans les hémor rhagies. Il serait nuisible dans les différens degrés de l'apoplexie , en augraec j tant l'afllux du sang vers l'encéphale. Ce n'est qu'eu seconde ligne et ajouté , des médicamens plus spécialement utiles dans cette circonstance, que les au , | teurs recommandent l'usage de l'opium dans les diverses hémorrhagies. (Foye y { Tralles, secunda pars.) 1
Flux. Les divers autres flux éprouvent des modifications variées par l'eni. ploi de l'opium. Les flux séreux ou les hydropisies ne sont pas ceux où ce mé 1 j| dicament produit les plus heureux résultats; cependant "Willis rapporte l'hi: i ^ toire d'un malade cacochyme , atteint d'anasarque , et qui , après avoir essaj ( { inutilement de beaucoup de remèdes , prit du laudanum qu'il porta graduelle I < meut à de hautes doses ; il en obtint des urines, des sueurs abondantes , qui 1 1 < ramenèrent à la santé. On lit dans les mémoires de l'Académie des sciences 1 j année 1703 , l'observation d'un hydropique , qui fut également guéri parl'il i sage du laudanum. Knight rapporte qu'un homme affecté d'ascite à la suite c! ; fièvre quatre, employa inutilement les purgatifs et d'autres moyens , et qu l'usage de la poudre de Dower continué pendant deux mois , détermina di , sueurs , qui firent peu-à-peu disparaître sa maladie. Les cas que nous venoi 1 | de rapporter sont d'heureuses exceptions que nous avons dû faire connaître, j existe d'autres flux dans lesquels l'opium est d'une utilité généralement rccoi i \ nue : ce sont ceux qui affectent les membranes muqueuses. La bronchorrhée ( les diarrhées opiniâtres cèdent le plus souvent lorsqu'on les attaque avec !■ ' opiacés. L'opium est en quelque sorte l'antidote du choléra-morbus de nos cl i
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nats. On voit rarement cette supersccrétion ou mieux celte liypercrinie mu- ;oso-bilieuse résister au laudanum donné par la bouche ou en lavement. Sydenlam a recours en même temps aux boissons délayantes ; mais c'est surtout le audanum qu'il recommande comme l'ancre sacrée de cette maladie ( Oper. I. 108). Nous en avons bien souvent reconnu l'utilité. L'opium est fort utile ans beaucoup d'autres affections bilieuses. M. Husson le recommande contre 3S fièvres bilieuses { Annuaire des hôpitaux , tome i ). J'ai souvent employé vec un prompt succès le sirop d'opium ou le laudanum contre les flux bilieux bondans.
On lit dans le journal général de médecine { lxxxv, 106 ) , que dans les diaétès l'opium diminue l'abondance de l'urine et y rappelle l'urée.
On a vanté l'usage des opiacés dans le choléra asiatique ; mais les résultats éu avantageux que l'on en a obtenus, ont généralement fait abandonner ces jréparations. Dans la cholérine, au contraire, les lavemens opiacés ont le plus )uvent été d'une grande utilité.
Névroses. Il s'en faut beaucoup que l'opium convienne dans toutes les né- "oses. Cependant, lorsque le cerveau n'est point affecté, quand il n'existe i'une irritation immatérielle , comme le dit Tralles ( sect. m, pag. l'i ), on )it les opiacés réussir le plus souvent à calmer les douleurs. Dans le délire sans ivre qui précède ou suit les grandes opérations chirurgicales ; dans le delirium emens, l'opium donné en lavement surtout , calme promptement les accidens. epuis Saunders presque tous les médecins en ont constaté les bons effets dans :tte maladie. Dans quelques migraines , quelques gastralgies , les opiacés sont uveut utiles , soit qu'on les applique à l'extérieur , soit qu'on les donne à l'inrieur. On les prescrit avec avantage dans les vomissement spasmodiques. . Pierrequin les conseille contre le mal de mer (Jour, des Progrès , t. ii , 2e rie, page 155). On lit dans l'article opium de MM. Mérat et de Lens , le Bichat employait avecsuccès les injections vaginales opiacées dans l'hystérie. Galien , /Etiiis et Avicennes ont employé avec succès l'opium , dans les fiées et les affections intermittentes , contre lesquelles on a vanté l'usage de nt d'autres médicamens ; mais depuis que nous avons le quinquina à notre sposition, l'opium a été rarement usité dans ces maladies. On l'a quelquefois ni avec avantage à l'écorce du Pérou, surtout lorsque celui-ci avoit une action irgative. M. Peysson paraît avoir donné avec succès l'opium mêlé au tare stibié dans les fièvres intermittentes et les affections périodiques. Il com- )se sa potion avec huit onces d'eau gommée , un grain de tartre stibié , une imi-once d'eau distillée de fleur d'oranger et une once de sirop diacode. On la mne par cuillerées après l'accès. Elle réussit surtout lorsqu'elle ne produit ni missemens, ni diarrhées ( Arch. de méd. tom. m , p. 455 ). On pourrait esyer l'opium seul dans les cas où la 6èvre intermittente , n'étant pas entretele par un état bilieux ou phlegmasique , résisterait au quinquina ; il faudrait donner avant l'accès.
Les opiacés sont souvent fort utiles dans les névroses convulsives , telles que tic douloureux et la danse de Saint-Guy. Mais c'est surtout dans le tétanos l'on l'a fréquemment employé depuis les essais de Chalmers en Amérique \^edical obscrfations and inquiries bjr a society of physicians in London. bl. I , obs. XII ). On trouve dans les recueils périodiques un certain nombre observations de guérison de cette dangereuse maladie , par l'usage de l'oum porté jusqu'à la dose de trente-six grains et beaucoup plus en vingt-quatre ^ures. Ces succès ont le plus souvent été facilités par l'emploi de saignées géfrales ou locales abondantes.
iHuxham et Stoll ont employé avec succès l'opium à la dose de dix à treize jains dans la colique saturnine. Nous avons également obtenu des effets avangeux de ce médicament dans celte maladie, mais en y joignant en même temps aque jour plusieurs lavemens purgatifs énergiques, les opiacés seuls ayant é insuffisans.
\Lésions organiques. Donné à haute dose dans quelques maladies du cœur , ou ralentissement de la circulation devient la cause d'accidens graves . l'opium l augmentant la fréquence du pouls produit d'excellens effets. Je viens d'obrver à l'hôpital Beaujon un vieillard atteint des prodromes delà gangrène nile, qui s'est bien trouvé de cette médication. Cet homme, dont tout le stème artériel était ossifié , avait éprouvé , depuis plusieurs mois , des fourjillemens douloureux avec rougeur violacée des orteils , et une irrégularité marquable du pouls. Lorsqu'il entra à l'hôpital Beaujon, je lui prescrivis xtrait aqueux d'opium, qui fut porté graduellement h la dose de douze grains. ; sommeil n'augmenta pas de durée ; l'appareil digestif ne subit aucune niofication; le pouls seul acquit un développement , une fréquence et une régulalé remarquables ; les douleurs et la rougeur des pieds diminuèrent assez pour irmeltre à ce vieillard de sortir de l'hôpital et de se livrer à ses occupations. Morgagni (c/e ^erf. Epis, ix , art. 7) rajjporte l'observation fort remarquable un prêtre , âgé, chez lequel l'opium fit cesser l'irrégularité et la lenteur du )uls, et dissipa les accès épileptiques dont ce vieillard était affecté. M. Lecointre (Gazette de santé , 1817) rapporte qu'il a obtenu de bons effets ; l'usage de l'opium contre la gangrène , occasionnée par le seigle ergoté. Dans la plupart des maladies chroniques et dans les lésions organiques, tuirculeuses ou autres, la phthisie par exemple, les opiacés font la base du aitement palliatif que l'on se borne ordinairement h prescrire. j§ X. Contre-indications de Vemploi des opiacés. Quoique d'une utilité gé- :rale, il est cependant des cas où l'on doit s'abstenir de l'usage de l'opium ; lorsque l'idiosyncrasie des malades ne peut supporter ce médicament, c'est ors le cas de recourir avec Baillou aux caïmans émoUiens, etc. ; 2" lorsque la craint que le cerveau n'ait une disposition à devenir le siège d'une fluxion
I inflammatoire , ce que l'on observe fréquemment chez les enfans ; 3» lorsque chez les enfans comme chez les adultes l encéphale est déjà le siège d'une inflammation ou d une congestion sanguine ; 4° quand les malades ont la digestion laborieuse par suite de débilité de l'estomac ou quand ils sont déjà disposés à la constipation. On peut cependant dans ces cas unir l'opium à d'autres médicamens qui en empêcheront les efi'ets nuisibles ; 5° il faut s'abstenir de prescrire les opiacés pendant le. cours d'une diarrhée critique , ou durant le cours d'une bronchite ; lorsque l'expectoration va s'établir, dans la crainte de supprimer des sécrétions dont l'existence est utile. Il faut,6o enfin, ne pas en faire usage pendant les hémorrhagies et les plilegmasies intenses, à moins d'employer en même temps d'abondantes saignées , sans cela l'opium en activant la circulation augmenterait encore les accidens que l'on voulait combattre.
§ XI. Terminons en disant que l'histoire de ce médicament éminemment héroïque , pour me servir de cette expression des anciens, laisse beaucoup à désirer pour la solution de questions importantes qu'elle présente, et que l'emploi de l'opium quoique très-fréquent n'a pas encore résolues. Ajoutons enfin qu'il a besoin plus que tout autre médicament d'être manié par des mains expérimentées et prudentes pour produire les bons effets que l'on en doit attendre.
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( Martin Solon. )
OPOPANAX. Cette gomme-résine est produite par une plante de la famille des ombellifères , nommée pnstinaca opopanax L., laquelle croit dans l'Orient, dans 1 ancienne Grèce , en Italie et jusque dans la Provence ; mais ce n'est guère que dans l'Asie-Mineure et dans la Grèce qu'on en retire la gomme-résine , en faisant des incisions au collet de la racine, et laissant sécher au soleil le SUC qui (^11 découîe. L'opopanax est en larmes irregulieres , anguleuses , légères et friables ; il est rougeâtre à l'extérieur et d'un jaune marbré de rouge à l'intérieur. On en trouve cependant aussi qui est sous la forme de masses jaunâtres, larmeuses, assez semblables à une des deux sortes de galbanum ; il a une saveur âcre et amère , et une odeur aromatique non désagréable, qui tient de Tache et de la myrrhe. Les anciens en faisaient usage contre un grand nombre de maladies ; mais il est presque inusité aujourd'hui, si ce n'est pour composer la thériaque, quelques emplâtres , les pilules hystériques , etc.
(GuiBOBRT. )
OPi. [Chimie.) L'or est un métal très-ductile, qui n'existe qu'à l'état métallique dans la terre , non exactement pur, mais toujours allié d'une certaine quantité d'argent ou de cuivre ; on îe trouve sous la forme de rameaux , de filamens, de paillettes ou de grains disséminés dans des gangues siliceuses, ou mêlés aux sulfures de fer, de zinc , de plomb , de cuivre , d'argent, etc. Les mines d or les plus abondantes sont celles du Mexique , du Pérou et de la Sibérie ; la Hongrie en possède d'assez considérables , et il en existe une en France dans le Dauphiné j mais elle est trop peu importante pour être exploitée. Enfin , on trouve de l'or en paillettes dans le sable d'un grand nombre de rivières , provenant du terrain sur lequel roulent leurs eaux.
L'or, à l'état de pureté , est jaune , mou , très-ductile et d'une malléabilité si grande qu'un seul grain peut couvrir une surface de 50 pouces carrés; il pèse 19,5, se fond à 32 degrés du pyromètre de"Wegdwood, ne s'oxide pas au feu, et est tout-à-fait inaltérable à l'air.
L'or est inattaquable par tous les acides , même par l'acide nitrique : cependant on le dissout facilement en employant un mélange d'acide nitrique et d'acide hydrochlorique , nommé eau régale , acide nitro-muriatique ou acide chloro-nitreux ; mais c'est qu'alors les deux acides se décomposent en partie , et forment de l'eau , de l'acide nitreux et du chlore , lequel se combine à l'or et le convertit en chlorure.
L'or se combine en deux proportions avec le chlore , et de même avec l'oxigène , bien que ce métal ne soit pas oxidable directement par l'action de l'air ou du gaz oxigène. Pour obtenir \e perchlorure ou chlorure aurique , on dissout l'or métallique par l'acide chloro-nitreux, on évapore presque à siccité, et on obtient ainsi un sel jaune, aiguillé , qui est un composé d'acide chlorhydrique et de chlorure d'or, ou un chlorhydrate chloraurique. On continue de chauffer ce sel à une chaleur modérée , pour en dégager l'acide hydrochlorique ; on cesse lorsque le chlore commence à se séparer, et on renferme le chlorure aurique dans un flacon. 11 est d'un rouge-brun foncé , déliquescent, et très-soluble dans l'eau ; mais il est rare qu'il s'y dissolve complètement, parce qu'il est difficile que la chaleur n'ait pas décomposé un peu de perchlorure : aussi me paraît-il préférable, pour l'usage médical, de conserver le chlorure à l'état li-
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quide , en dissolvant une partie d'or dans l'acide chloro-nilreux , évaporant | dans une capsule au bain-marie, jusqu'à ce que le sel ne perde plus de son poids, et l'étendant d'une quantité d'eau sufiisante pour former un total de neuf parties, lesquelles contiennent axacteinent 1 p. ^ , ou un 6e de leur poids de chlorure d'or. Qu'un médecin prescrive I grain de chlorure d'or à mettre en 24 pilules : on pèse dans une petite capsule 6 grains de cette liqueur ; on la mélange exactement avec 24 grains d'amidon ou de poudre d'iris épuisée par l'alcool ; on forme la masse avec un peu de sirop de gomme , et on la divise. S'il s'agit de mettre le chlorure liquide en prises de poudre , on le fait absorber dans suffisante quantité d'iris ou de lycopode préparés ; on expose pendant quelques heures la poudre dans un air sec, et on la divise, etc. Observons cependant qu'il est encore plus facile et préférable de doser le chlorure d'or à l'état de chlorure d'or et de sodium , tel qu'il sera décrit.
Le chlorure d'or est soluble dans l'alcool et dans l'éther : ce dernier l'enlève même à l'eau qu'il décolore, tandis qu'il acquiert lui-même une belle couleur jaune. Ce dissoluté , nommé autrefois or potable , passait pour jouir d'une propriété régénératrice et conservatrice de la vie ; mais lui-même ne se conserve pas long-temps sans altération ; l'éllier réagit sur le chlore ; il se forme de l'acide hydrochlorique et de l'or très-divisé reste en suspension dans la liqueur. Le chlorure d'or est décomposé d'une manièi-e analogue par la plupart des substances végétales et animales , qu'il colore en pourpre , à cause de l'or très-divisé qui se mêle et s'interpose dans leur tissu. Il est décomposé également par toutes les substances minérales avides d'oxigène, parce que ces substances décomposent l'eau en présence du chlorure, et précipitent l'or à l'état métallique: par exemple , en ajoutant un soluté de sulfate de protoxide de fer à un disse- J luté d'or, le fer passe au maximum d'oxidation aux dépens de l'oxigène de i l'eau, l'hydrogène uni au chlore forme de l'acide hydrochlorique , et l'or se précipite sous forme d'une poudre brune très-divisée , qui reprend sa couleur jaune par l'action du feu , et qui sert à dorer des porcelaines. Simplement lavée etséchée, elle est employée à l'instar des autres préparations d'or, contre les affections syphilitiques. Enfin le chlorure d'or, mêlé en dissolution trèsétendue avec du protochlorure d'étain , forme un précipité d'un beau pourpre nommé pourpre de Cassius , dont la composition peut être représentée par de l'or métaltique et par de l'oxide stannique hydraté. Ce précipité est usité dans la peinture sur porcelaine, et a , dans ces derniers temps, été aussi essayé contre les maladies syphilitiques.
Le protochlorure d'or ou chlorure aureux n'est pas usité; il contient trois fois moins de chlore que le perchlorure , est insoluble dans l'eau froide, et se décompose dans l'eau chaude en or métallique et perchlorure. On l'obtient en chauff'ant pendant quelque temps le perchlorure à une chaleur de 200 degrés, et traitant par l'eau froide , qui dissout le perchlorure nom décomposé et laisse le protochlorure.
Le chlorure aurique se combine comme un acide avec les chlorures alcalins : il en résulte des chlorures doubles , cristallisables et à proportions définies , dont un , le chlorure aurico-sodique (hydrochlorate d'or et de soude), est usité en médecine; mais comme ce sel est sujet à contenir par mélange, des quantités variables de ses deux composans , je pense encore qu'il est préférable de le réduire à être un simple mélange , à partie égale, de chlorure d'or et de chlorure de sodium. A cet effet, on fait dissoudre une partie d'or dans l'acide chloro-nilreux, ce qui produit une partie et clemie de chlorure d'or; on ajoute une partie et demie de chlorure de sodium , on dessèche à la température de l'eau bouillante , et on renferme le sel dans un flacon bouché : il est d'un jaune éclatant, soluble et déliquescent; il se conduit avec le protosulfate de fer, le sel d'étain et la plupart des autres réactifs, comme le simple chlorure.
Le chlorure d'or et de sodium s'emploie ordinairement mélangé avec du lycopode , ou de la poudre d'iris épuisée par de l'alcool , et divisé en de très-pe- ♦ites prises , dont chacune contient depuis un seizième jusqu'à un vingt-quatrième de grain de sel double. Ces prises renfermées , comme on le fait ordinairement, dans un simple papier, offrent un médicament très-infidèle : le sel attire l'humidité et se résout en un liquide qui s'imbibe dans le papier et le tache en violet; il est donc indispensable de renfermer chaque prise dans un petit tube de verre fermé d'un bouchon , si l'on veut conserver au médicament son efficacité. La même remarque s'applique , à plus forte raison, au simple chlorure.
Les oxides d'or sont assez difficiles à obtenir : le protoxide , à cause de la facilité avec laquelle il se réduit à la lumière, ou se décompose , dans d'autre circonstances , en or métallique et peroxide; le peroxide, par la propriété qu'il a de se combiner aux alcalis , tandis qu'au contraire il est insoluble dans les acides , de sorte qu'on doit le regarder lui-même comme un véritable acide. Ce dernier est d'ailleurs le seul usité, et se prépare de deux manières : 1° en décomposant à chaud un soluté de chlorure d'or par du bi-carbonate de potasse, lavant le précipité, et le faisant sécher sans le secours de la chaleur et à l'abri de la lumière ; 2° en précipitant le chlorure d'or par un excès de magnésie calcinée, quise combine à l'oxide mis en liberté. On lave le précipité ; on le traite par l'acide nitrique affaibli qui dissout la magnésie ; on lave l'oxide d'or et on le fait sécher.
Le sulfure d'or est aussi quelquefois employé ; il est brun , sans éclat , facilement décomposable par la chaleur et laissant l'or à l'état de pureté. Ou l'obtient en décomposant par l'acide hydrosulfurique , le chlorure d'or dissous dans l'eau. Ce sulfure est très-soluble dans les sulfures alcalins avec lesquels il joue le rôle d'acide. Stahl a même prétendu que c'était au moyen d'un sulfure alcalin que Moïse avait dissous le veau d'or ; mais indépendamment de beau-
coup de raisons qui peuvent rendre toute explication du fait inutile, celle doni 'J née par Stahl est inconciliable avec le texte de la Bible qui nous dit que Mo'i'st { réduisit le veau d'or en poudre par le moyen du feu, et le fil boire aux Hébreux délayé dans l'eau. Guibourt.
0K{ Thérapeutique.) Dès le seizième siècle, à l'époque où les maladies vc- i nériennes , par leurs ravages insolites , excitaient si vivement l'attention , et ci < les médecins les plus habiles de l'Europe s'efforçaient à l'euvi de leur opposeï j des remèdes assurés , l'or fut proposé pour leur traitement et prit place dans 1: i pharmacologie. Ce qu'en avaient dit les Arabes et Paracelse mérite à peint d'être cité, tant les motifs sur lesquels ils s'appuyaient pour vanter ses vertu; ] médicinales sont vagues ou absurdes. 11 est vrai de dire aussi que les prépara- i lions usitées, à l'époque de Fallopio, de Hortstius , de Pitcarn et même de j Fréd. Hoffmann, faites sans méthode et sans art, étaient tantôt inefficaces, ■^ tantôt dangereuses , et souvent ne devaient leur action qu'à la présence de quan- [ ^ités variables de mercure, employé pour dissoudre le métal plus précieux qu(| i l'on croyait administrer, et qui prenait en réalité sa place. Ces causes d'infidé. j ( lité , d'une part , et de l'autre la vogue toujours croissante du mercure , ajoutées i aux prétendus miracles ^opérés par les sudorifiques , firent graduellemeni ( tomber l'or et ses préparations dans un discrédit tel , qu'au commencement d( ( ce siècle on se souvenait à peine qu'il avait été préconisé par de graves es. j j prits,par de savans praticiens , et que surtout il avait opéré des guérisons in i contestables de maladies vénériennes parfaitement caractérisées. | {
L'oubli des médicamens auriques était aussi complet que possible , ainsi qui i f beaucoup de lecteurs de ces lignes peuvent se le rappeler encore, lorsqm ! j M. Chrestien de Montpellier les reprit, en 1810 environ , et tenta de les remet- j i tre en honneur , après avoir constaté leurs effets dans une pratique étendue ; i Nous ne reproduirons pas ici l'histoire des polémiques très -vives, élevées alor- -i entre M. Chrestien et ses partisans , d'une part, et un grand nombre d'antagovj \ nistes , non moins passionnés dé l'autre. Qu'il nous suffise de dire que l'époque, i déjuger de la manière d'agir de l'or et de son degré réel d'efficacité nous sem-. i ble arrivée , parce que l'expérience a parlé , que les préventions ont diminué df j i violence , et que , surtout, la nature des maladies auxquelles on a opposé C( , i métal ont été l'objet d'observations plus judicieuses et plus suivies. , ]
L'or métallique limé très-fin , le peroxide d'or , l'hydro-chlorate triple d'oi.ii et de soude , et enfin le perchlorure simple d'or, telles sont les préparations J auriques actuellement usitées en médecine. m Les effets de ces préparations sur l'organisme sont très-marqués : ilsufStdi^l doses très-faibles de la plupart d'entre elles pour les produire, avec un degrt,|| d'énergie proportionné à l'âge, au sexe , à la susceptibilité des sujets. Une de; j grandes propriétés des composés auriques , est , selon les personnes qui les pré ^ conisent, de disposer plus ou moins lentement à des évacuations que l'on dol ji considérer comme salutaires et critiques. Peu de temps après l'administratior K de l'or, la chaleur de la peau s'élève, le pouls devient plus fréquent, l'appéti' ■ se montre plus vif, plus impérieux; quelquefois une véritable fièvre s'allume jT^ la bouche se sèche , la langue rougit , la soif devient incessante, de la céphalaf j| gie , des vertiges, des étourdissemens se manifestent, et ces phénomènes 'Voiii|| s'accroissant jusqu'à ce qu'une transpiration abondante, un flux d'urine copieu»|l ou une salivation considérable y mettent un terme. Ces évacuations, réputéei,! citriques , proviennent non-seulement de l'excitation produite par ce remède / mais encore de la maladie elle-même, contre laquelle on l'a administré ; elles si prolongent pendant plusieurs jours, et sont suivies du retour de l'équilibre en tre les fonctions.
On conçoit aisément que l'organisation spéciale des sujets , le mode d'administration du remède, le choix de ses préparations, et une foule d'autres circonstances , moins facilement appréciables, sont susceptibles d'imprimer à cet phénomènes de notables modifications. Quelques malades, par exemple, maii en fort petit nombre , se montrent en quelque sorte réfractaires à l'actiondi l'or , et en supportent des doses très-élevées , sans en éprouver d'effets remar-, quables. M. Niel rapporte quelques cas de ce genre. D'autres personnes , ao | contraire , y sont si sensibles , que des prises médiocres , telles qu'un dixième . ; un quinzième et même un vingtième de grain , ainsi que le rapportent MM. Cul | lerier et Magendie , ont suffi pour produire des irritations gastro-intestinales des gastrites et des inflammations buccales et gutturales intenses. Sans aller auss: j loin , les préparations d'or déterminent quelquefois une hilarité , un sentimeni, de bien-être , et chez certains sujets de la loquacité et un véritable dchre : J D'autres éprouvent une disposition insolite aux mouvemens musculaires , qu^ ; semblent plus légers, plus faciles , et cet état s'ajoutant à l'excitation encépha j 1 lique, provoque parfois de l'agitation et de l'insomnie. Des désirs vénériens c ^ j un orgasme génital très-manifeste ont été plusieurs fois le résultat de l'ac ( tion de l'or et de ses préparations. Chez les femmes , ce métal a souvent ag ^ ( comme emménagogue, et chez les hommes il a déterminé ou augmenté le flu' j hémorrhoidal. Enfin , on lui a vu occasionner diverses éruptions cutanées, l'ex , ^ citation des appareils glanduleux et des phlegmasies intérieures variées , non- j ^ seulement de l'appareil digestif, mais d'autres viscères. j
A des doses exagérées ou continuées sans ménagement , et surtout dans lei | expériences sur les animaux vivans , les préparations d'or ont provoqué des ef | i fets toxiques redoutables. Les ouvertures des cadavres ontdémontré alors qu'elle: , ( agissent sur les parties qui en supportent immédiatement le contact à la ma j i nière des poisons corrosits les plus actifs , tandis que, injectées dans les veines ^ i elles vont encore stimuler le système nerveux et provoquer des phlegmasies m i tenses dans les organe.s intérieurs. - !
Nous ne relatons pas les effets plus ou moins violens ou dangereux des pre- |
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arations auriqiies, dans l'intention de les faire proscrire du traitement des aladies; nous savons trop bien que des résultats semblables sont attachés à «œploi de tous les médicamens très-héroïques, comme le mercure, l'antimoine, jpium, l'acide hydro-cyanique , etc.; et si l'on voulait, parce qu'ils sont susptibles de nuire, dépouiller la matière médicale de ces ageus , elle serait entôt réduite à une déplorable impuissance. Par cela même qu'elles sont 3s-actives , les préparations d'or doivent donc exciter fortement l'attention s praticiens , et tout semble indiquer que leur usage s'étendra désormais de us en plus. On peut les ranger sous le rapport de leur degré d'énergie dans rdre suivant : 1" le perchlorure d'or à l état de pureté, que M. Chreslien -même, et ensuite la plupart des médecins ont abandonné , à raison de la )lcnce de son action et de la difficulté que l'on éprouve à le manier convenasment; 2" l'hydro-chlorate triple d'or et de soude qui , sans avoir le trop lut degré d'activité du sel précédent, conserve cependant une puissance enite redoutable , mais plus facile à faire tourner au profit des malades ; 3° le jroxide d'or, moins actif encore que l'hydro-chlorate triple, et que Ion peut y fDstituer chez les sujets trop irritables ; 4o enfin l'or limé, en poudre trèsl|e, et à l'état de pureté, qui conserve une puissance thérapeutique très-ma-
I este, et parfaitement exempte de dangers , à moins que l'on ne dépasse dans £1 administration toutes les règles de la prudence. La plupart des sujets le ibportent sans difficulté , et beaucoup de praticiens , un de nous entre autres , lut souvent préféré aux composés précédens , et lui ont reconnu sur eux le incontestable supériorité.
L'or et ses composés peuvent être administrés à l'intérieur, à l'extérieur, et jpliqués comme topiques sur les ulcères, excroissances ou autres lésions ana- Ijjues , que l'on se propose de guérir.
Le chlorure pur est abandonné , comme nous l'avons dit ; on l'administrait ( illeurs de la même manière que I hydro - chlorate triple d'or et de soude. <lui-ci, pour l'usage intérieur, doit être dissous , à la dose d'un grain dans six ((huit onces d'eau distillée, l'on ajoute une cuillerée à café ^ cette dissolution 'Ane tasse de décoction plus ou moins concentrée de salsepareille, renforcée }:une cuillerée à bouche de sirop de la même plante. Cette dose doit être i)étée quatre fois par jour. Après l'épuisement du premier grain, M. Chrestn augmente la quantité de véhicule dissolvant restant la même , la dose du s d'or de demi-grain ou d'un grain, jusqu'à la porter a trois ou quatre grains, lîst bien entendu que le mélange avec la tisane de salsepareille et le sirop , a
I I , chaque fois , à l'instant même de l'administration , et que les prises peuvit être augmentées , diminuées ou suspendues selon les effets observés. I Bourquenod assure avoir employé l'or de cette manièi-e avec de grands ïintages contre tous les accidens primitifs ou secondaires et constitutionnels d la syphilis. Au lieu d'une dissolution simple, on peut préparer un sirop q contienne des quantités déterminées d hydro-chlorate telles que l'on en f/se prendre i/i6 , puis i/i5 et successivement i/8 et i/4 de grain par jour en li'is ou quatre fois. En général , ce mode d'administration intérieure du sel djr est considéré comme moins actif que celui dont nous allons parler; et cette ajivité est moindre encore avec le sirop qu'avec la dissolution dans l'eau dist'ée, parce que la décomposition de l'hydro-chlorate s'opère, dans le premier, a;c une facilité remarquable. Il en est de même , et à un degré bien plus març; encore, des préparations pilulaires , faites au moyen des extraits de végél s plus ou moins doués de propriétés dépuratives. Ce n'est plus alors de l'^dro-chlorate triple que l'on administre, mais de l'oxide ou même de l'or i[enu à l'état métallique. Il est à remarquer, toutefois , que cette décompositn partielle ou totale a moins d'importance qu'il ne le semblerait au premier a)rd , à raison des propriétés analogues du métal, de l'oxide et de l'hydroc orale.
On peut toujours d'ailleurs , en plaçant le sel dans les mêmes conditions dét minées, obtenir un composé médicamenteux identique , dont l'expérience a -a constaté l'efficacité, et que dans la pratique on pourra prescrire avec c [fiance.
'our l'administration extérieure, on choisit généralement la langue sur la- CîUe on fait des frictions d'une à deux minutes. Pour cela, l'hydro-chlorate c t être étendu comme il a été dit dans la partie chimique de cet article, avec Ifriplede son poids d'une poudre végétale telle que celle d'iris de Florence tlde lycopode , devenue inerte , et réduite à sa partie ligneuse par l'action de lliu et de l'alcool ; quelques personnes préfèrent l'amidon. Quoi qu'il eu soit , Itnélange doit être divisé en seize portions pour le premier grain , en quinze pr le second , en quatorze pour le troisième et successivement ainsi en fracths de )/i3 , i/i2 et jusqu'à i/4 de grain.
Le malade doit employer chaque jour une de ces doses , en une fois, en frictn sur la langue. Ces frictions peuvent avec avantage être faites peu de temps arès le repas, la langue étant alors nettoyée et les vaisseaux absorbans plus tpilés. Il importe que le malade n'exerce pas une action mécanique rude et lté, mais qu'il passe le doigt avec légèreté sur l'organe. Il n'est pas rare de ^r par la négligence de celte précaution , de la phlogose et des excoriations s venir, et forcer de suspendre le traitement. Enfin, le malade devra avaler la sive sécrétée et affluant dans la bouche pendant l'opération. Après celle-ci, il slavera la cavité buccale avec de 1 eau fraiche ou une boisson délayante , i il avalera également. Le doigt qui a servi à la friction sera lavé aussitôt, ih qu'il ne conserve pas la teinte pourpre que le sel d'or lui a communiquée.
Pour l'emploi topique , l'hydro chlorate triple peut être incorporé à l'axonge tps la proportion d'un cinquième de grain à un grain par gros d'excipient. Iwonge est préférable au cérat, à raison de l'eau que contient celui-ci. La
1 DlCT. DE MÉDECINE ET DE ClURDRCIU PRATIQUES.
pommade ainsi préparée est employée soit pour le pansement des ulcères ou des pustules humides , soit en frictions sur les tumeurs indolentes , les exostoses, etc., soit enfin en frictions succédanées de celles de la langue , lorsque la susceptibilité gastrique et buccale ne permet pas de continuer ces dernières. La plante des pieds est ordinairement préférée alors , selon la méthode de Cirillo , et l'on doit commencer par faire absorber un dixième de grain de sel , en élevant graduellement cette quantité jusqu'à trois huitièmes de grains.
L'oxide d'or et l'or métallique sont employés de la même manière et avec les mêmes excipiens que l'hydro-chlorate triple ; seulement , les doses peuvent en êti e élevées davantage sans inconvénient , à raison de leur activité comparative moindre que celle de ce dernier sel. L'or limé , par exemple, peut être porté à un demi-grain et un grain par friction, d'abord une fois seulement, et ensuite deux fois par jour.
Il est à noter que ces préparations s'altèrent beaucoup moins par la décomposition que l'hydro-chlorate, et que, relativement à leur simplicité et à leur conservabilité , les composés médicamenteux dont l'or forme la base , peuvent, à l'inverse de leur énergie d'action, être rangés dans l'ordre suivant : le métal, l'oxide, l'hydro-chlorate.
L'or a été employé , ainsi que nous l'avons dit, depuis long-temps en médecine ; une foule de maladies devaient , disait-on jadis , céder à l'influence du roi des métaux. Dans ces derniers temps, son action a été plus strictement limitée aux maladies syphilitiques , aux scrophules , et aux affections résultant de l'alliance ou de la combinaison de ces deux grands états morbides , telles que certaines dartres, des teignes, des goitres, des engorgemens indolens et chroniques des ganglions lymphatiques , des articulations^ du col de l'utérus, et enfin des nlcères rapprochés de l'état cancéreux-rongeant , ou l'ayant déjà revêtu.
A l'occasion de chacune de ces maladies, on cite un grand nombre de succès obtenus pat l'emploi des préparations d'or. Ces résultats heureux, obtenus en France , dans le nord de l'Europe et en Amérique, portent spécialement, toutefois , sur la maladie vénérienne. On avait pensé d'abord que l'or ne convenait que dans les cas de syphilis rebelles au mercure, dégénérées , devenues constitutionnelles et alliées à des altérations scorbutiques ou scrophuleuses , congénitales ou accidentelles ; mais une observation plus attentive , venant à l'appui des premiers essais de MM. Chrestien, Niel, Gozziet autres, démontra que les affections .syphilitiques récentes ne sont pas moins dociles, si nous pouvons nous exprimer ainsi, à l'action de ce métal.
Dans l'impossibilité où nous sommes de reproduire , avec tous les détails qu'elles exigeraient, les modifications nombreuses dont les traitemens par l'or, employés contre la vérole , les scrophules et les maladies qui en dérivent sont susceptibles, nous devons nous borner à retracer ici les règles générales, trèsimportantes à observer, que le praticien doit suivre dans l'administration de ces traitemens.
En principe, lorsque l'on fait usage de l'or , il ne s'agit jamais comme dans l'emploi du mercure, de neutraliser, de saturer, de décomposer un virus flottant ou circulant dans l'organisme, ou l'infectant. Le médecin se propose uniquement de déterminer, au moyen du remède, une excitation modérée des organes , un effort critique plus ou moins intense , et enfin des évacuations urinaires, sudorales ou salivaires abondantes. Cet ensemble d'action a pour objet démettre en mouvement la matière morbifique , de l'élaborer, et enfin de l'expulser par un des émonctoires indiqués, après quoi les symptômes ayant disparu par gradation, la guérison est considérée comme radicale.
C'est donc à préparer , à faire naître , à soutenir à un degré convenable l'excitation organique , précurseur indispensable des évacuations , et ensuite à favoriser l'entier développement de celles-ci, que, dans le traitement par l'or, le praticien doit spécialement s'attacher. Il peut manquer le but qu'il se propose, ou par une excitation trop brusque et trop intense, qui provoque des accidens graves et force d'interrompre l'administration du remède , sans qu'aucune évacuation ait lieu, ou par un défaut d'énergie dans le traitement, qui laisse l'organisme en repcs , et n'y excite aucun mouvement salutaire. L'habileté consiste à éviter l'un et l'autre de ces écueils , et, pour cela , il faut en beaucoup de cas, et de l'habileté et de l'habitude.
Revenons aux règles générales que nous nous proposions de tracer.
1°. Dans les cas de maladies vénériennes récentes , il convient de ne recourir aux préparations d'or que lorsque les accidens inflammatoires aigus, ont cédé à l'emploi des antiphlogistiques internes et externes , et lorsque la maladie semble avoir acquis tout son développement par la libre manifestation de ses phénomènes.
2». Le traitement doit être commencé ])ar les doses les plus faibles du remède , que le sujet soit présumé pouvoir supporter, à raison de son âge , de son sexe , de son tempérament. Durant l'enfance , les frictions seront presque homœopathiques ; les femmes ne supportent pas des mêmes quantités aussi considérables que les hommes; les sujets irritables et sanguins doivent être plus ménagés que ceux d'une constitution indolente et lymphatique.
3o. Le traitement une fois commencé , tout dépend des phénomènes qu'il développe : sont- ils trop violens ? l'épigastre devient-il douloureux, la soif trésvive , le pouls très-fréquent, le vis&ge rouge et vultueux , la tête pesante, les idées desordonnées, la peau chaude et brûlante? il faut suspendre l'administration du médicament , recourir aux boissons adoucissantes , aux bains , et lorsque l'orage est apaisé , reprendre le traitement , soit au moyen de doses plus faibles de la préparation déjà employée , soit à l'aide de préparations moins actives. Si la bouche, très-sensible chez certains sujets , s'irrite et s'enflamme,
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