‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource] (volume 2)Chapitre 185 sur 311 · OXIGÈNE · texte numérisé non relu

OXIGÈNE

Îitre également bon ])our tous les malades ! ne serait-il pas étrange qu'il fallût solument que tous respirassent juste 21 parties d'oxigène contre 79 d'azote, irs que l'air sec convient mieux à celui-ci , l'air humide à celui-là , que l'air aud, l'air froid, celui des plaines , celui des montagnes conviennent mieux à 1 ou tel autre; qu'il fallûttoujours à l'individu malade un air exactement iden-

I ueà celui qu'il respirait quand il était en santé; qu'il fallût un régime immua- !!en ce qui concerne l'air, alors que le régime subit des variations si nomlînses sous le rapport des alimens, des boissons, de l'exercice, des vêtemens; (Sn, sous le rapport de toutes les influences auxquelles l'homme est assujéti. i|i peut dire sans doute , que l'on ne sait encore ni quelle somme d'oxigène il lidrait que les malades respirassent dans tel cas donné, ni comment on pour-

I I modifier l'atmosphère qu'ils respirent; ce langage serait l'expression vraie ( l'état actuel de la science: mais que l'on n'aille pas plus loin, et surtout qu'on ! garde de repousser, en niant une utilité évidente, les travaux qui pourraient iiduire à s'en emparer.

Des tentatives assez nombreuses ont déjà eu lieu pour faire arriver de l'oxijae plus ou moins étendu d'azole dans les poumons. Les procédés qu'on a sui- ' ont tous ce caractère que leur action n'est que momentanée et se borne à l|re respirer en une ou plusieurs fois quelques pintes de gaz aux malades. Ces ]l)cédés sont de deux sortes : par les uns le gaz est directement injecté dans 1 bronches , les autres le présentent aux efforts de l'inspiration. L'injection à i; rarement employée : on conçoit qu'elle serait le seul procédé applicable < as ces cas où la respiration est nulle ou trop faible, comme dans l'asphyxie I la période asphyxique du choléra-morbus. Pour la pratiquer il suffirait d'une 'isie remplie de gaz et s"ouvrant,par une tubulure à robinet, dans un tuyau de imme élastique que l'on introduirait dans la glotte. Si cette introduction n'était

s possible , il faudrait, comme l'enseigne iNysten, faire l'injection dans une 1 line , 1 autre étant fermée ; on chercherait en appuyant sur le larynx , à em- ]cher le gaz de pénétrer dans l'œsophage.

L oxigène a aussi été injecté dans la bouche : c'est ainsi qu'on a souvent léré , et encore dans ces derniers temps pendant l'épidémie de 1832. Il faut

I IS que l'inspiration s'empare du gaz dont au surplus, vu son mélange avec lir, il devient impossible dé calculer les proportions. Divers appareils ont été laginés pour forcer un malade à respirer exclusifemenl un mélange fait dans li proportions déterminées. Le plus ancien de ces appareils est celui de Girt .ner, les autres n'en sont que des modifications plus ou moins heureuses. Dans tl appareil la bouche et le nez sont embrassés par une plaque élastique entou-

I I d'un bourrelet de cuir, et qui s'adapte , par son centre , à un tube dont l'aut extrémité s'ouvre dans un ballon contenant le gaz. Ce tube est garni d une sipape qui permet à l'air du ballon d'arriver dans la bouche pendant finspiijion, et force l'air expiré à se diriger vers une ouverture qui le verse au cfiors. Cette ouverture présente aussi une soupape qui empêche l'air extérieur tlpénétrer dans le tube. Nysten avait modifié cet appareil en substituant aux s^papes h charnière des soupapes membraneuses faites avec de la baudruche f liuilées , et en remplaçant I embouchure faite pour recevoir le nez et la boucp par un évasement destiné à ne recevoir que celle-ci. Le gazomètre présenté îPacadémie de médecine le 3 avril 1832 par M. Thouzet , ne parait être qu'une iproduclion plus ou moins fidèle de ces appareils.

^chéele a inventé un appareil qui permet de verser directement l'oxigène ins l'atmosphère que respire le malade. C'est une sorte d'armoire qui reçoit le {i par une ouverture à laquelle s'adapte une cornue de fer. Le malade est iiis dans celte armoire, dont l'atmosphère se renouvelle au moyen d'un petit ^|je qui le verse au dehors. Ce procédé, qui d'ailleurs , présente des imperfecms qu'on pourrait aisément corriger, a , sur les précédons ,1e grand avantage < causer moins de fatigue , et de permettre une administration plus prolongée. .| pourrait-on pas faire plus encore? Serait-il impossible d'augmenter ou de ijainuer de quelques centièmes , non d'une manière intermittente , mais sans icontinualion , la somme d'oxigène que contient l'atmosphère d'un malade ou m convalescent? Il semble que ceux de nos savans qui ont fait de si belles i plications des sciences physiques à la pratique médicale , pourraient, sans ip de peine, résoudre ce problème. Alors , si je ne m'abuse, une carrière uvelle s'ouvrirait pour l'art de guérir, le régime aimosphéric/ue aurait bientôt i règles comme depuis long-temps le régime alimentaire a les siennes. L lié- ^tose , sur laquelle nous ne possédons qu'une puissance indirecte et peu cerjne, serait soumise directement à notre action. Pour agir d'une manière conkue, on aurait la faculté de ne présenter l'oxigène qu'à des doses très-faibles d'éviter ainsi ces nied'icaZjo«s ai^ué'i' qui , surtout dans les maladies chroniiies , sont le plus grand obstacle au succès. Cette dernière considération esta ;s yeux fort importante, car j'ai la conviction qu'une partie des revers que n a éprouves dans l'emploi de l'oxigène vient de ce que ne pouvant l'em-

|)ycr que pendant un temps trop limité , on s'est trouvé dans le cas de forcer doses , ce qui faisait dépasser le but que 1 on s'était proposé. Si donc il est démontré que l'inutilité d'accroitre ou de diminuer, soit contiellement, soit pendant un temps limité , la somme d'oxigène que respire un jalade serait une exception que lùen n'autorise à admettre ; s'il est constant le ce moyen a pu être employé par divers expérimentateurs , suivant des prodcs plus ou moins bons; s'il est permis de croire que ces procédés sont susptibles d'être perfectionnes , étendus, on peut tourner les yeux vers l'avenir en appeler de l'espèce de discrédit dans lequel l'oxigène est tombé, Des auj|Urs, même Irès-récens , ont tenu l'oxigène pour jugé par ce discrédit , et seinjent croire que les applications , assez peu concluantes d'ailleurs , que l'on a lies de cet agent, suffisent pour en justifier l'abandon. Pour nous quisavons ce

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que le discrédit vaut , en thérapeutique, et qui ne voyons rien de plus dans les essais tentés que des données pour des essais nouveaux, nous allons rassembler ces données, dans la prévision d'expériences nouvelles; car bien qu'on ne puisse dire aujourdhui ce que vaut l'oxigène comme remède, on est loin d'eu être à son égard où l'on en était au jour de sa découverte.

On sait aujourd'hui que l'oxigène est absorbé dans les poumons. Les expériences de M. Edwards ont levé tous les doutes à cet égard. On sait aussi que mêlé au sang il est l'agent indispensable de la transformation du sang veineux en sang artériel. On sait encore que cette transformation est la source , non pas unique, mais principale de la chaleur animale; or, que se passe-t-il quand l'oxigène est absorbé dans des proportions plus fortes ou moindres que celles où on le trouve dans l'air atmosphérique?

Considérez ce qui se passe lorsque le choléra devient algide? Dans ce cas il y a une diminution graduelle de l'absorption de l'oxigène; celte absorption finit même par cesser tout-à-fait; ainsi que les expériences de MM. Rayer, Barruel et Clauny l'ont suffisamment démontré. Eh ! bien, en même temps Vartârialisaiion du sang veineux cesse de s'opérer, la cyanose se manifeste, le corps se refroidit, et le refroidissement est tel que l'air expiré est lui-même de 8 à 10 degrés plus froid que dans l'état sain. Opposez à ce tableau ce qui a lieu quand on fait respirer une somme d'oxigène plus forte que de coutume. Le sang devient plus coagulable , plus plastique, plus artériel , un sentiment de chaleur se développe dans la poitrine , et s'étend bientôt à tout le reste du corps , qni se couvre de sueur. La faculté de résister au froid devient plus grande , ce que lieddoës a constaté sur les lapins , et si l'expérience est poussée jusqu'à ce que mort s'ensuive , la chaleur se conserve long-temps encore après c|ue l'action des divers organes a cessé. Ainsi donc , d'un côté suspension de l'hématose , diminution de la chaleur animale; de l'autre , effet contraire , voilà ce qu'on observe quand les poumons cessent d'absorber l'oxigène ou quand ce gaz leiu- est présenté avec excès. Dans ce dernier cas on voit de plus se manifester une sorte de fièvre inflammatoire , d'hypérémie générale. Les m.ouvemens respiratoires deviennent plus fréquens , plus étendus; le pouls s'accélère, devient plus fort ; la peau se colore vivement, les yeux sont rouges et humides, la tonicité générale , la contractilité musculaire sont accrues , les facultés intellectuelles sont excitées , exaltées : mais bientôt de nouveaux symptômes annoncent la part que les centres nerveux prennent à cette sorte de turgescence : la sensibilité diminue, les mouvemens , d'abord difficiles, deviennent impossibles; plus tard le diaphragme se paralyse , enfin les mouvemens du cœur s'arrêtent et la vie s'éteint. C'est l'ensemble de ces phénomènes qui a fait regarder l'oxigène comme excitant, comme tonique , qui Ta fait recommander dans les maladies asthéniques et déclarer contraire dans les affections imflammatoires et généralement dans toutes celles où les excitaus sont conlre-indiqués.

Les premières applications de l'oxigène devaient s'adresser aux affections de l'appareil respiratoire , et particulièrement à la phlhisie pulmonaire, maladie si fréquente , et pour laquelle on a tant cherché de remèdes. Il serait trop lonç d'exposer ici tout ce qui a été dit sur cette application , vers la fin du siècle dernier et le commencement du nôtre , par un grand nombre d'auteurs , et particulièrement par Caillens , Chaptal , Bergius, Fourcroy, Ferro , Beddoës , Girtanner, Brandis , Meusching , Mùhry, Scherer, Hill , Chaussier, Sprengel , Mùnchmeyer, Baumes , etc., etc. : je me bornerai à dire que l'emploi de l'oxigène contre la phthisie a été l'objet des opinions les plus opposées ; que ce moyen a été tantôt préconisé , tantôt condamné de la manière la plus absolue , et que beaucoup d'auteurs ne lui ont accordé de valeur que pour un petit nombre de cas. Une chose frappe cependant au milieu de toutes ces assertions , de tous ces faits contradictoires , c'est qu'on a plus d'une fois amélioré passagèrement l'état des phthisiques par l'oxigène. Cette amélioration , il est vrai, n'était que passagère, mais n'aulorise-t-elle pas à penser que , si l'oxigène eût été administré autrement, et surtout à plus faible dose, h. dose chronique, on aurait eu des résultats meilleurs ? Chez les vingt phthisiques de Fourcroy, fous les symptômes parurent d'abord se calmer; la respiration redevint plus libre, plus ample ; les douleurs se calmèrent, l'expectoration diminua, la toux s'apaisa, tous croyaient à leur guérison prochaine. Mais concurremment avec ces signes d'améliorations se montraient d'autres signes qui annonçaient une réaction prochaine. La peau était sèche et chaude, la face se colorait d'un rouge plus vif , la bouche était sèche, le pouls restait fébrile, l'affaiblissement et l araaigrissement continuaient. Bientôt la réaction se manifestait. Alors survenaient un sentiment de chaleur ardente et de douleur dansla poitrine, des crachemens de sang, une agitation dans tous les membres , une soif vive, et tous les symptômes d'une fièvre hectique aiguë, promptement suivie d'une terminaison funeste. Assurément si nous rapprochons ces observations de beaucoup d'autres et particulièrement des expériences de Dumas, qui rendit réellement phthisiques des chiens avec l'oxigène, il paraîtra bien établi que cet agent, donné d'une certaine manière et dans une certaine mesure , doit être évité aux phthisiques. Mais cela prouvet-il qu'une atmosphère contenant deux ou trois centièmes de plus ou de moins d'oxigène que l'air ordinaire n'en présente, serait sans avantage dans la phlhisie? prouve-t il qu'aujourd'hui où , grâce à l'auscultation et à la percussion l'on peut préciser mieux les affections nombreuses de l'appareil respiratoire, on ne trouverait point des cas où l'oxigène conviendrait? Non, assurément, et c'est ce qu'il importe de noter.

Peut-être pourrait-on obtenir quelque avantage de l'inspiration de ce gaz , dans la bronchite chronique, dans les asthmes dits humides , et aussi tlans ceux où le système nerveux parait principalement affecté. Les observations de Beddoës , Fourcroy, Meusching, Chaptal, Tornton, etc., sont de nature à le faire

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