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PENDAISON
PENDAISON
Cou. Il existe constamment chez les pendus un ou plusieurs sillons qui sont en rapport avec le nombre , le volume , la forme et les dimensions du lien qui a été appliqué. Dans les cas de suicide le sillon est presque toujours unique et dirigé plus ou moins obliquement de la partie antérieure du cou à la partie postérieure, en se relevant fortement en haut et en arrière : aussi le trouve-t-oa presque toujours placé latéralement derrière les angles de la mâchoire. Dans quelques cas le sillon est double , et alors il existe un sillon transversal et un sillon oblique , ce qui provient de ce que la corde a d'abord été appliquée à la partie postérieure du cou , qu elle a été ramenée en avant , croisée et reportée en arrière, alors la direction oblique n'appartient qu'au second sillon. Dans les cas d'homicide la direction est plutôt transversale. On rencontre quelquefois quatre ou cinq sillons très-petits qui se réunissent et se séparent sur divers ponits de la circonférence du cou ; c'est le cas où plusieurs petites ticelles l éunies ont servi à donner au lien plus de solidité. 11 est très-important de rechercher si les sillons sont en raj)port pour le nombre et la direction avec la corde, car on pourrait étrangler un individu et le pendre ensuite de manière à simuler le suicide. La largeur est toujours la même que le diamètre du lien , aussi arrive-t-il quelquefois que le sillon est très-large ou très-étroit, suivant que 1 ou s'est servi d'une cravate ou de petites ticelles. En général , la largeur moyenne des sillons est de deu,\ h trois lignes , parce que ce sont des cordes qui constituent presque toujours les liens. La profondeur du sillon est en raison de la ténuité du lien et du poids qui a e.vercé la traction sur lui , en sorte que toutes choses égales , un lien très-volumineux produit une dépression peu considérable, tandis qu'un lien très-petit enfonce fortement la peau et réduit de beaucoup le diamètre du cou.
La peau du sillon peut être tout-à-fait semblable pour la couleur avec le reste de la peau du cou , c'est le cas où on l'examine quelques instans après la pendaison et lorsque le lien n'a pas encore été enlevé. La blancheur du sillon contraste alors avec une injection violacée que l'on remarque sur la lèvre supérieure et sur la lèvre inférieure. Cette injection violacée a peu d'étendue , une ligne à une ligne et demie , tout au plus deux lignes de hauteur. Cette coloration des lèvres du sillon est d'autant plus marquée que le sillon est plus profond : aussi la trouve-t-ou presque constamment en avant, où la dépression est toujours plus grande, tandis qu'elle manque fréquemment dans la moitié postérieure de la circonférence du cou.
On rencontre quelquefois des excoriations très-supei ûcielles dans la peau qui forme le sillon. L'épiderme et une très-petite portion du corps muqueux ont été déchirés. Ces phénomènes, qui n'ont pas lieu communément, s'observent dans les cas où une corde neuve et tordue, a été employée ; et dans ceux où la traction exercée sur la corde a été brusque et forte.
La peau du sillon offre fréquemment une teinte brune en même temps qu'elle est desséchée et comme parcheminée. Quelquefois même sa couleur est celle du parchemin. Cet effet a lieu : l» lorsque la pression exercée par le lien a été lorte; 2" que le lien a été retiré peu de temps après la mort, et que la peau est restée exposée à l'air ; ou bien, lorsque le lien est resté appliqué sur la peau , mais que la pendaison date de plusieurs jours. M. Esquirol a , le premier, décrit cet état parcheminé delà peau; suivant moi, c est un phénomène tout-àfait physique et qui est un résultat pur et simple de la dessiccation de cette membrane sous l'influence de l'air; aussi se montre-l-il aussi bien après la pendaison sur le cadavre que sur le vivant. Dans ce cas , la pression exercée par Ja corde a été la cause première du phénomène ; tous les fluides rouges et blancs ont été refoulés en haut et en bas , les lames du derme on été rapprochées; tant qu'elles sont restées humides , la peau a conservé sou aspect et sa blancheur; mais du moment que le contact de l'air a amené l'évaporotion , la dessiccation est survenue ; mais par le fait de la pression , le sang a reflué en haut et en bas, la coloration des lèvres du sillon s'est produite, et elle est d'autant plus grande que la peau contient plus de sang et que l'oblitération par la pression de ses vaisseaux est plus complète. Celte explication rend très-bien raison de l'injection violacée que l'on peut produire sur le cadavre, alors que comme M. Esquirol et moi l'avons fait , on applique un lien peu de temps après la mort; mais une cause vient s'ajouter à celle-là pendant la vie, c'est la gêne qu'éprouve le sang à circuler dans la peau par l'arrêt qui est établi sur ce point , et comme pendant la vie il y a fréquemment congestion cért brale , on conçoit bien alors que la coloration de la lèvre supérieure du sillon doive être plus forte et plus étendue que celle de la lèvre inférieure.
La couleur brune , la consistance parcheminée de la peau n'est pas toujours uniforme , elle se fait principalement remarquer sur les points résistans où porte le sillon, sur la partie antérieure et moyenne du cou où se trouve le cartilage thyroïde , et aussi quelquefois sur le muscle sterno-mastoidien , ce qui vient à l'appui de la cause que nous avon.= assignée à la production de ce phénomène.
Quelquefois, mais rarement, la peau est ecchymosée; nous reviendrons sur ce point important , quand nous aurons parlé de l'état du tissu cellulaire sous-cutané.
État du tissu cellulaire correspondant au sillon ou l'at^oisiiuint. M. Esquirol a le premier bien décrit cet élat. Voici en quoi il consiste : quand on dissèque la peau du sillon d'arrière en avant en laissant sur les muscles tout le tissu cellulaire sous-culané, on trouve une trace celluleuse blanche qui peut avoir deux aspects dilTérens; ou l'aspect argentin signalé par M. Esquirol , ou un aspect blanc , sec , non brillant , constituant une ligne celluleuse formée par des lames de tissu cellulaire desséché. L'aspect argentin se remarque lorsque peu de teiBf)s s'est écoulé depuis la mort et que le cadavre n'a été exposé à l'air que
DiCT. DE MÉDEeiNE ET DE CmnUnGIE PKATUJUES.
pendant vingt-quatre ou trente -six heures. (On va voir que ce terme n'est qu'une approximation et peut varier. ) L'aspect du tissu cellulaire desséché se rencontre dans les cas contraires. Ces deux aspects différens sont encore le résultat de phénomènes physiques. La pression s'est exercée sur le tissu cellulaire sous-cutané, elle en a chassé tous les fluides, a pu même rompre les vésicules graisseuses et faire refluer la graisse en haut et en bas ; alors les lames celluleuses se sont appliquées les unes sur les autres , et si elles sont encore humides elles représentent un tissu argentin; si elles sont sèches , elles forment cet autre aspect que j'ai signalé. Dans tous les cas , la trace celluleuse n'existe presque jamais dans tous les points du trajet parcouru par le sillon. On l'observe principalement en avant sur la surface du cartilage thyroïde et sur les muscles slerno-mastoidiens ; très-rarement en arrière.
Mais presque tous les auteurs qui ont écrit sur la médecine légale ont parlé d'ecchymoses dans le tissu cellulaire sous-cutané. M. de Klein ( Journal pratique de Hujeland) a rapporté quinze cas de pendaisons qu'il a observés , et dans aucun d'eux il n'y avait ni sugillations , ni ecchymoses; M. Esquirol a été à même d'en e.xaaiiner douze , et il a constaté les mêmes faits (^Archives générales de médecine. Janvier \^2'i). J'ai remarqué l'absence de toute ecchymose chez plus de vingt pendus suicidés que j'ai ouverts. Fleichmann a rapporté les observations de six cas de suspension, et dans un seul il y avait ecchymose du tissu cellulaire (Annales d'hygiène. Octobre 1832). C'est donc avec surprise que nous avons lu les résultats suivans du professeur Kémer, insérés dans les Annales d'hygiène. Octobre 1830. Sur quatre-vingt-dix-huit cas de suspension recueillis en Silésie, quatre-vingt-neuf présentaient la sugillation; chez neuf sujets, elle manquait. Ces résultats peuvent être expliqués ainsi qu'il suit. D'abord les observations n'ont pas été faites par Rémer : ce sont des rapports de médecins qu'il s'est procurés et pour prouver l'exactitude apportée dans la description des faits qui les constituent , il me sullira de citer la phrase suivante , extraite de ce mémoire. « On rencontre l'empreinte ecchymosée sur trois points dili'érens : savoir, entre le larynx et le menton, ou sur le larynx même, ou bien audessous de ce dernier. Mais les observations qui ont servi de base à mes remarques sur ce sujet, sont malheureusement trop peu exactes, pour que je sois en état de fixer d'une manière précise les proportions numériques entre ces dilférens cas, puisque dans un grand nombre de rapports la place que la sugillation occupait ne se trouve pas précisée avec toute l'exactitude nécessaire. » Or, je le demande , quelle confiance peut-on attacher à des résultats de rapports sur la suspension, dans lesquels on ne dit même pas le point du cou où le lien était placé! Concluons donc 1° que les auteurs ont exagéré beaucoup la présence d'ecchymoses dans le tissu cellulaire correspondant au lien, et faisons remarquer, en général, que la description de l'état des pendus , après la mort, a été faite primitivement d'après des suppliciés , chez lesquels on exerçait des tractions sur les pieds pour amener immédiatement la mort. Les auteurs ont successivement répété ce qui avait été écrit, au lieu de chercher à vérifier les faits. Cette observation sera applicable à d'autres phénomènes. 2" Que dans le cas de suicidela suspension amène très-rarement des ecchymoses au cou , circonstance très-importante à connaître, puisqu'à l'état contraire elle peut faire naitre des soupçons d'homicide ; cette opinion qui est aussicelle de MM. Esquirol et Orfila, n'implique pas la possibilité d'ecchymoses au cou. Les faits viendraient démentir une pareille assertion.
État des muscles du cou. Chez les pendus les muscles du cou offrent assez souvent la trace du sillon qui a été imprimé à la peau. C'est principalement sur les sterno-masloïdiensque l'on observe cette disposition; mais il faut que le lien présente un degré de constriction assez considérable. 11 en est des ecchymoses signalées par les auteurs dans les muscles du cou , comme de celles du tissu cellulaire. Elles ne s'observent presque jamais dans le cas du suicide, elles pourraient se rencontrer dans le cas d'homicide.
État des cartilages et de Vos hyoïde. Ils sont presque toujours intacts dans le cas de suicide ; la fracture de l'os hyoïde ou des cartilages du larynx établit donc de fortes présomptions pour l'homicide; on connaît des exemples de ces fractures. 'Valsalva a rencontré dans un cas , la rupture des muscles qui unissent l'os hyoïde aux parties voisines , de sorte que cet os était séparé du larynx : dans un autre, les muscles sterno-thyroïdiens et hyo-thyroidiens étaient déchirés et le cartilage cricoide rompu. Weiss a observé le cartilage crieoïde brisé en plusieurs petits morceaux et la partie supérieure de la trachée-artère entièrement détachée du larynx;. Morgagni et 'Valsalva ont vu la rupture du larynx. M. Orfila a rapporté un exemple de suspension volontaire où il y avait fracture de l'os hyoïde et ecchymose considérable dans les muscles splénius et grand eomplexus.
Élat des vaisseaux. Il y a trois ans., M. Amussa a fait connaître un résultat nouveau et possible de l'action de la corde. C'est la section de la tunique moyenne et de la tunique interne de l'artère carotide primitive. Il a observé ce fait chez un pendu dont il avait été appelé à faire l'ouverture. Depuis , j'ai trouvé un cas du même geure, mais un seul cas, ce qui me démontre que ce phénomène n'est pas fréquent. Voici en quoi il consiste : La section de l'artère a lieu à quelques lignes de sa division en carotide externe et en carotide interne. A l'extérieur on remarque la tunique celluleuse ecchymosée dans l'étendue de quelques lignes; cette ecchymose est peu considérable, on y aperçoitde plus une foule de petits vaisseaux capillaires, fortemenlinjectésde sang. A l'intérieur, l'artère ayant été fendue de bas en haut, on trouve à quelques lignes de sa division, une section transversale , très-nette, dont la lèvre supérieure est soulevée, détachée et légèrement rosée dans sa surface externe , tandis que la lèvre inférieure est appliquée sur les parois artérielles sans en être détachée, on dirait d'une section
PEN DAISON.
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faile avec un insliument tranchant. Il existe une disposition naturelle au voisinage de cette section qui pourrait en imposer pour la section elle-aiême , elle consiste dans une rainure linéaire , creuse, qui se trouve au-dessous de l'éperon que l'on remarque à la division de l'artère; mais cette rainure a des parois lisses, on voit que la membrane interne se continue à sa surface, et qu'il n'existe pas de solution de continuité. Toutefois pour ne pas commettre d'erreurs, il faut toujours disséquer l'artère chez les pendus sans pincer son tissu, la détacher et la fendre de bas en haut.
Etat de la colonne vevtihrale. Enfin on rencontre chez les pendus des désoj-dres du côté de la colonne vertébrale, qui peuvent consister dans des déchirures des ligaraens qui unissent les vertèbres entre elles : soit les lames , soit les masses apophysaires , soit les ligamens plus profonds qui maintiennent l'apophyse odontoïde , tel que le ligament transverse et les ligamens odontoidiens, et par suite des luxations et la déchirure de la moelle. Ces désordres ne se trouvent presque jamais dans la suspension par suicide. Cependant on en a rap- ))orté deux exemples dont nous devons apprécier la valeur. Le premier est le cas de ce sabolier de Liège , qui fut ti-ouvé pendu à une poutre d'environ quatre pouces et demi de large, de manière que la corde formait une anse qui par une de ses extrémités, embrassait cette poutre , tandis que l'autre , placée au-dessous du menton , passait derrière les oi-eiiles , pour aller se terminer vers le haut de l'occiput. Le visage était pâle et sans bouffissure, la langue dans la bouche, les yeux dans l'état naturel , la tête prodigieusement renversée en arrière, et il sortait beaucoup de fumée de lu bouche. Ce renversement de la tète en arrière, cette absence de tuméfaction à la face firent présumer que la mort avait eu lieu par la luxation de la première vertèbre sur la seconde ; mais l'ouverture du corps n'ayant pas eu lieu, on ne put établir que des présoQiptions fort vagues sur ce phénomène , et nous n'hésitons pas à considérer ce cas avec M. Esquirol, comme étant fort apocryphe. Un second exemjjle, beaucoup plus positif que le premier , a été transmis par M. Ansiaux de Liège , à M. Orfila. La femme d'un marchand de gravures, demeurant à Lie'ge, d'une trèsbelle stature et douée d'un tempérament nerveux-sanguin , est trouvée pendue à une poutre de son grenier; la mort datait de deux heures; cette femme était élevée à un pied et demi au-dessus du plancher, et à deux pas d'elle se trouvait une chaise renversée. Un billet écrit au crayon en langue italienne, prouvait et le désordre de ses idées et sa détermination au suicide. Une corde Irèslorte avait imprimé au cou une trace profonde de couleur brune , oblique d'avant en arrière, et de bas en haut, partant de la partie lout-à-fait supérieure du cou , et remontant derrière les oreilles ; le menton e'tait fléchi sur la poitrine. La langue ne sorlait pas de la bouche. La face était dans l'état naturel, ne présentait par conséquent ni tuméfaction ni altération de couleur. Les yeux n'étaient pas rouges , les lèvres étaient dans leur état naturel. A l'autopsie on ne trouve pas d'ecchymose à la partie antérieure du cou ; mais du sang est épanché derrière les deux premières vertèbres qui présentent à leur partie postérieure un ècarlement bien remanjuable. Ces deux vertèbres enlevées avec précaution, on trouve les ligamens postérieurs rompus, le transverse un peu remonté et très-distendu , maintenant l'apophyse odontoïde fortement serrée contre la surface articulaire, correspondante de l'atlas. Les ligamens odontoidiens étaient demeures intacts. Ce fait prouve que dans la suspension par suicide , on peut trouver des désordres qui rapprochent ces cas de la suspension par homicide, mais ces faits sont très-rares.
La base de la langue des pendus , est presque constamment rosée , cette disposition s'observe fréquemment aussi sur la muqueuse qui tapisse l'épiglottc, l'intérieur du larynx et même la trachée-artère. Souvent elle est très-prononcée dans les ramifications des bronches. Il est rare de rencontrer de l'écume dans la trachée. Nous ne l'avons observé que dans deux cas , et encore cette écume était-elle muqueuse et sanguinolente par place et en très-petite quantité ; elle n'olFre pas d'analogie avec l écume des noyés. Cette opinion n'est pas celle de ]M.Orfila,qui regarde cette disposition comme étant au contraire très-fréquente. Nos observations ne s'accordent nullement avec les sieniies. Dans tous les cas, l'écume ne peut se rencontrer que lorsque la mort a eu lieu par asphyxie.
Les poumons sont plus on moins gorgés de sang suivant le genre de mort auquel le pendu a succombé.
Les vaisseaux veineux et artériels du coeur droit, ainsi que les cavités droites contiennent une quantité notable de sang. Le cceur gauche en renferme ordinairement moins.
L'estomac n'offre rien de remarquable. I/C foie et la rate sont plus ou moins gorgés de sang.
La verge est quelquefois même après la mort dans une demi-érection , et il arrive fréquemment que les points de la chemise qui correspondent aux parties génitales , sont emluits de sperme sous la forme de taches plus ou moins larges. Le cerveau est ordinairement plus ou moins gorgé de sang. Ce sont principalement les vaisseaux qui rampent dans l'épaisseur des membranes , les veines , plus particulièrement, qui présentent ce phénomène.
La peau peut offrir une teinte violacée plus ou moins marquée. Ce phénomène est partiel ou général: il arrive, par exemple , quelquefois qu'une main seule ou un pied est d'un violet foncé , tandis que la partie correspondante offre une coloration naturelle.
Les doigts sont fréquemment fléchis chez quelques pendus , la flexion a été tellement convulsive que les ongles touchent encore à la paume de la main , se sont enfoncés dans son épaisseur, et y ont laissé une marque très-profonde, qui dessine exactement leur forme.
râleur des phénomènes que présente l'état du cadavre , pour servir à faire connaître que la suspension a eu lieu pendant lu vie. Pour qu'un signe puisse prouver que la suspension a eu lieu pendant la vie , il faut que sa formation entraîne avec elle l'idée d'un phénomène vital. Il faut de plus que ce phénomène n'appartienne qu'à la suspension ; et enfin qu'il soit constant pour parvenir h prouver, dans tous les cas., que la mort est bien le fait de la suspension. Mais nous sommes loin déposséder encore un caractère d'une telle valeur: aussi est-il important d'apprécier les altérations que nous venons de décrire ; de voir jusqu'à quel point leur valeur isolée peut nous être utile et aussi dans quelles circonstances nous pouvons résoudre la question qui nous occupe , si au lieu de prendre isolément un des caractères de la suspension , nous groupons quelques-uns d'entre eux pour examiner leur valeur d'ensemble.
Toutes les fois que la peau ]>résente des taches violacées bien isolées , limitées , bien franches, ou uue coloration rosée dans des points non déclives du cadavre , ou qui , placée dans un point déclive , a des limites tout-à-fait nettes et tranchées , et ne se perd pas insensiblement avec la couleur du reste de la peau comme cela a lieu pour les lividités cadavériques, c'est une forte raison de croire que la mort a eu lieu par asphyxie; mais ce phénomène, qui est vital, ap|)artienl à toutes les asphyxies. Il en est de même de la coloration de la face et des oreilles ; mais si la coloration de la face coïncide avec l'existence d'un sillon dénotant l'application d'un lien , on peut alors établir les plus fortes présomptions pour la suspension pendant la vie , si ce n'est même une certitude; car il est impossible île produire un pareil phénomène après la mort. Reste cependant les cas oii on aurait fait périr par asphyxie un individu en lui comprimant avec les mains la trachée-artère et où on l'aurait pendu ensuite ; mais alors où serait l'erreur ? Dans les deux cas la mort serait le fait de l'asphyxie par strangulation ou par suspension. La présence de la langue hors de la bouche est un phénomène qui peut être cadavérique , il peut se présenter chez quelques noyés. Il manque chez plusieurs pendus ; mais ce signe de suspension acquiert plus de valeur, alors que la langue est mordue, serrée entre les dents , violacée par étranglement et portant l'empreinte des dents qui l'ont comprimée. L'état il injection de la base de la langue , de la muqueuse qui tapisse 1 épiglotte et le larynx , la trachée-artère , sont des phénomènes d'asphyxie qui n'acquièrent de valeur , quoique phénomènes vitaux , ([u'autant qu'ils coïncident comme la face, avec l'application d'un lien et surtout avec l'engorgement des poumons. Nous en dirons autant de la présence d'une plus grande quantité de sang dans les cavités droiles que dans les cavités gauches , et aussi de l'engorgement des veines caves.
Examinons principalement les phénomènes matériels de l'application du lien. La présence d'un sillon au cou indique qu'une pression forte s est exercée d'une manière continue sur cette partie; la coloration blanche ou brune sont des phénomènes que l'on peut produire sur un cadavre comme sur un inilividu vivant ; en est-il de même de l'injection ou de la coloration violacée des lèvres du sillon? Il résulte d'expériences que j'ai faites à ce sujet , que si l'on applique le lien immédiatement ou peu de temps après la mort , ce phénomène se montre comme s'il avait été appliqué pendant la vie ; mais qu'il ne se produit pas si plusieurs heures se sont écoulées , à moins que la peau du cou ne présente cette coloration qui est propre à la mort par asphyxie. On doit donc attacher une certaine valeur à son existence, puisqu'il est le plus souvent un phénomène coïncidant avec la vie. La ligne argentine ou la ligne du tissu cellulaire desséché ne prouve rien autre chose que l'application d'un lien ; c'est un phénomène purement mécanique ; mais si on avait étranglé un individu avec une corde et qu'on lui eût fait, après la mort, une plaie au cou ou dans la région du cœur , en laissant auprès de lui ou plaçant même dans sa main droite l'instrument qui aurait servi à faire la blessure, de manière à simuler un suicide, la trace d'un lien deviendrait un indice puissant de strangulation qui pourrait éclaircir la question d'homicide.
Il n'en est pas de même des excoriations sanglantes de la peau et des ecchymoses dans le tissu cellulaire sous-cutané ou dans l'épaisseur des muscles du cou; ces phénomènes entraînent avec eux l'idée de vie , et ils ne peuvent être que l'effet du lien s'ils se rencontrent dans sa direction ou celui d'une pression forte exercée sur le cou. Il est impossible de les produire sur le cadavre ; mais ils ne se rencontrent pas constamment. Ils coïncident heureusement plutôt avec l'homicide qu'avec le suicide ; à plus forte raison lorsqu'il s'agit de la fracture de l'os hyoïde ou de celle des cartilages thyroïde ou cricoïde. Mais comme ces fractures pourraient aussi bien être produites après la mort que pendant la vie, il faut qu'elles portent le cachet d'un phénomène vital, alors qu'elles existent , et cc'phénomène consiste dans les ecchymoses qui les accompagnent et qui avoisincnt leurs fragmcns : tel serait aussi le cas où l'on observerait de pareils désordres du cou , de la colonne vertébrale : fractures de vertèbres, déchirures de ligamens , luxation et déchirure de la moelle , tous phénomènes qui entraînent avec eux l'idée de suspension pendant la vie , alors qu'ils sont accompagnés d'ecchymoses ou d'épanchemens de sang.
La section de l'artère carotide primitive entraîne l'idée de vie , car il m'a été impossible de la produire sur le cadavre quelle que soit la position que j'aie fait prendre au lien , et le degré de constriction que je lui aie donnée. J'ai réduit le cou à un volume excessivement petit et toujours l'artère s'est trouvée intacte. Cette section acquiert une valeur bien plus grande encore lorsque le tissu cellulaire ambiant est ecchymosé. Il est fâcheux que cette altération se rencontre aussi rarement.
Enfin l'existence de taches de sperme sur la chemise conslitue le dernier caractère de la suspension pendant la vie. A la vérité on a observé le même phc-
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PERCUSSION
nomèue ilans quelques cas d'afTections Iraumaliques delà moelle; mais du moment que cette afTection manque , le caractère devient particulier à l'asphyxie ])ar suspension ; il a donc la plus grande valeur ; ce caractère u'est pas toujours constant et souvent aussi on prend poui' des taches de sperme ce qui n'est autre chose que le fait d'un écoulement chronique ou d un suintement muqueux ; c'est à l'expert à distinguer les deux cas pour y attacher de la valeur.
Dans tous les paragraphes qui précèdent nous avons pris chaque signe isolé et nous en avons apprécié sa valeur absolue; mais qu'arriverait-il si , au lieu de les envisager isolément , on les groupait ei si on les rapprochait de la connaissance du lieu où la personnne a été trouvée, de lu manière dont elle était pendue , du genre de lieu employé à la suspension ; en un mot de tous les reuseiguemens que l'on fournit au médecin dans la majeure partie des cas qu'il est appelé à résoudre ? nous verrions alors que 1 expert peut acquérir souvent la pieuve que l'individu a été pendu vivant. Faisons d'abord une observation générale : c'est que tous les cas dans lesquels les signes sont le moins prononces, se rapportent au suicide , et qu'alors il existe des preuves morales qui sont souvent tellement convaincantes que l'autopsie est pour ainsi dire un surcroît d'investigation. Il y a plus , les magistrats ne rordoiineiit même pas. Sur vingt-cinq à trente pendus qui arrivent à la Morgue dans le cours de chaque année , il n'y en a peut-être pas un ouvert judiciairement. La raison en est simple , c'est qu'un assassin fait rarement périr sa victime par co genre de mort. Il faut pour] opérer le concours de plusieurs personnes ; c'est une opération longue, difficile à exécuter, parce que la personne aux jours de laquelle on attente , offre toujours une résistance plus ou moins énergique, et que les désordres commis par la main des meurtriers sont d'autant plus grands que la résistance a été plus forte. Nous avouerons donc qu'il est des cas où l'état cadavérique sera insuiHsant pour constater que la suspension a eu lieu pendant la vie, mais ces cas seront presque toujours ceux du suicide. Dans les autres, il sera très-commun de rencontrer l'un des cinq caractères qui prouve isolément que la suspension a eu lieu pendant la vie : 1° l'ensemble des phénomènes qui ])rouvent que la mort a eu lieu par asphyxie ; 2" l'existence d'excoriations ou d ecchymoses à la peau ou dans l'épaisseur des muscles ; 3" la fractui e de l'os liyo'iJe , du cartilage du larynx ou des vertèbres j 4° l'éjaculation spermatique ; 5° la section de l'artère carotide primitive.
La suspension a-t-elle élé le fait du suicide ou de ^homicide ? La solution de cette question a encore plus besoin que la précédente de deux ordres de preuves. 1» Des |)reuves morales ; 2° des preuves médicales. Les premiè- J'es sont plutôt du ressort des magistrats que de celui des médecins ; cependant elles sont souvent indispensables pour résoudre la question qui nous occupe. C'est surtout dans ces cas qu'il ne faut pas isoler l'examen de la personne encore pendue des altérations que l'ouverture du cor|)s fait connaître. C'est assez dire que nous ne pouvons partager l'opinion de M. Oifila , qui regarde les preuves qu'on déduit de tout ce qui entoure le cadavre comme n'étant pas du ressort des médecins. Quelle est la longueur de la corde qui suspend l'individu ? si elle fait plusieurs tours sur le cou ? s'il existe du désordre dans les vêtemeus , dans les meubles , le lit ou autres objets qui enviionnent le cadavre? si auprès de lui se trouvent des chaises ou fauteuils sur lesquels il a dû monter pour se pendre en cas de suicide ? s'il porte à l'extérieur des traces de violences exercées sur lui ? si la figure exprime la souffrance d'une mort violente ? si l'on rencontre des ecchymoses , fractures ou luxations de quelques os ou de vertèbres ; et surtout si la mort ne serait pas due à une cause autre qu'à l'asphyxie par suspension ? si sur le cou on n'observerait pas des traces de pressions autres que celles opérées par le lieu ? si les désordres remarqués sont en rapport avec le mode de suspension qui a été employé? Il faudra toujours, dans l'appréciation du fait, partir de cette donnée , que la suspension par suicide n'amène pas d'altération de tissu bien notable dans les quatre-vingt-dix-neuf centièmes des cas; que , par conséquent , la présence de ces altérations établit de fortes présomptions d'homicide ; mais la suspension est encore , dans beaucoup de circonstances, l'écueil de la médecine légale. L'affaire du prince de Condé en est une preuve toute récente. Certes les faits de suspension qui s'y rattachent peuvent être interpréte's aussi bien dans un sens que dans un autre , et la plus forte raison qui milite en faveur du suicide , c'est la lettre écrite de sa main , dont on a pu rassembler les morceaux.
Plusieurs auteurs ont attaché avec raison une grande importance à la situation de la corde : sans admettre, avec M. Fodéré , que dans les cas où elle est placée à la partie inférieure du cou , elle est un indice non équivoque d'assassinat, nous ferons remarquer que cette situation établit de fortes présomptions sur ce crime. Il en est de même de la direction tout-à-fait circulaire du sillon, elle est plutôt le proprede l'homicide que du suicide. Nous avons encore récemment observé le fait suivant , qui vient à l'appui de celte manière de voir. Un homaie s'était pend u a un clou qu il avait âché dans un arbre au bois de Boulogne , un pouce et demi de peau avait seul échappé à la compression de la corde, en sorte que le sillon était presque entièrement circulaire , ce qui prouve que le nœud coulant qui avait élé fait avait glissé facilement , et quoique cet homme fût pendu de côté , le sillon offrait une obliquité très-marquée.
Jusqu'alors nous avons peu parlé des cas d'étranglement : c'est que les phénomènes qu'ils présentent se confondent dans le plus grand nombre des cas avec la suspension. Fleichmann a donné pour ainsi dire la mesure de la pression qu'il est nécessaire d'exercer sur le cou pour amener l'étranglement , et a expérimenté cette pression sur lui-même. Il a vu qu'il suffisait qu'elle fût trèsuodérée, en sorte que la strangulation peut aussi être le fait du suicide. L'obervation communiquée par M. Villeneuve à l'académie prouve cette dernière
proposition d'une manière irrévocable. Un mélancolique se serre fortement le cou avec deux cravates dont l'une fait trois fois le tour du cou, et offre trois nœuds sans rosette correspondant à l'épaule droite et dont l'autre ne fait que deux tours , et est fixée par devant à l'aide de deux nœuds sans rosette. Cet homme est trouvé mort dans sa chambre, les extrémités inférieures en travers de son lit, le reste du corps penché en dehors, la tête appuyée sur le sol et à la renverse, la face tournée en haut. Le visage est fortement tuméfié ; une grande quantité de sang s'est écoulée par le nez; ces cravates, fortement appliquées sur le cou , y ont laissé une dépression; la peau est livide sous ces dépressions , et au contraire violette dans leur intervalle. 11 fut bien reconnu que la strangulation avait été le fait d'un suicide. ( Orfila , De méd.^ t. ii, page 380.)
Ce genre de mort est rarement employé pour consommer un suicide , et lorsqu'il est mis en usage dans le cas d'homicide, il laisse alors presque constamment des traces très -fortes de violence , altenilu que les assassins ne ménagent pas la consiriction. ( Alph. Devergie.)
PENSEE SAUYAGE. Fiola avi'ensis C'est encore un de ces médicamens auxquels on a voulu faire , à toute force, une réputation , qui , après avoir joui pentlant quelque temps d'une certaine vogue, ont fini par retomber dans 1 oubli, et dont nous ne parlons ici que pour ne pas e.icourir le reproche de négligence. La pensée sauvage, petite plante très-commune et du même genre que la violette ( pentandrie monogynie, Linn. Violariées. Jcss.) présente une odeur herbacée et une, saveur amère un peu nauséeuse, qu'on retrouve aussi dans la viola tricolor qui a été également introduite dans la matière médicale. Les feuilles et la racine surtout paraissent jouir de propriétés vomitives et purgatives , qu'elles ne manifestent néanmoins que quand elles sont administrées à la dose d'au moins un demi-gros. En propoiiiou moins considérable elles agissentà la manière des toniques ; mais dans l'un comme dans l'autre cas , elles ne peuvent être rangées que parmi les plus faibles; néanmoins ce n'est sous aucun des rapports précédens qu'elle avait élé considérée, mais bien comme dépuratit^e, et comme telle employée dans le traitement des maladies chroniques de la peau. Les succès , si tant est qu'il y en ait eu de réels , peuvent s'expliquer sans aucune spécificité , et pourraient être obtenus par une foule de moyens divers , tout aussi bien que par celui-là ; d'ailleurs les expériences des modernes ne confirment en aucune manière ce qui a élé dit par les auteurs anciens et qu'on ne saurait aujourd hui raisonnablement répéter. La pensée sauvageest presque tout-à-fait abandonnée; peut-être encore la lait-on entrer à l'état frais dans la composition des sucs d'herbe. La dose de la plante sèche et pulvérisée est de vingt à trente grains. On eu donne une demi-once par pinte d eau en décoction.
( F. Ratier. )
PERCE-CRANE. Fojez Céphalotome.
PERCUSSION. .ye/weVo/ogfe. La percussion est un moyen de diagnostic fondé sur les résultats que l'on obtient en frappant avec la main les parois des cavités splanchniques, afin de reconnaître leur état ou celui des organes qu'elles renferment, en appréciant le son que rendent ces parties, et les sensations qu'elles font éprouver aux doigts qui les percutent.
Cette application physique au diagnostic des maladies est une conquête toute moderne, et l'on a lieu de s'en étonner; mais ce qui doit surprendre encore plus, c'est qu'elle n'ait pas, à l'époque de sa découverte, obtenu l attention et les louanges dont elle était digne. On sait, en effet, que, publiée par Avenbrugger, à Vienne, en 1761, dans un ouvrage qui a pour titre : Invenium novum ex percussione thoracis , elle y fut mentionnée par Van-Swiefen et Sloll , qu'Isenflamm confirma une partie des faits dans une dissertation : De difficili in observât, f 1773, mais l'on ne s'en occupa pas autrement. Une traduction
de cet ouvrage, placée h la suite du Manuel des pulmoniques que Rosière de la Chassagne fit paraître en 1770, aurait dû faire connaître en France la découverte d'Avenbrugger ; mais le peu d'importance que mit le traducteur à ce moyen de diagnostic, qu'il n'essaya même pas , empêcha sans doute les médecins de fixer leur attention sur cette belle découverte. Ce fut Corvisartqui , en traduisant l'ouvrage de l'observateur allemand , révéla toute l'importance de Yinvenlum nofum et introduisit l'usage de la percussion dans le monde médical. Laennec dont les belles découvertes ont eu depuis une si grande influence sur le diagnostic des maladies du thorax, s'occupa de la percussion avec zèle, fout en se livrant à ses immortels travaux sur l'auscultation. Nous avons ainsi que quelques médecins des hôpitaux cherché à rendre la percussion moins douloureuse aux malades émaciés , ou souffrant de vésicatoires appliqués sur le thorax, en protégeant la partie percutée par quelque vêlement, et mieux encore par l'un des doigts de la main gauche. La percussion unie à la position nous a servi pour reconnaître des épanchemens mobiles dans le thorax ou des développemens morbides de l'estomac, etc. Mais ces modifications isolées et inédites ne pouvaient avoir qu'une influence tardive , lorsque M. Piorry, qui, plus que tout autre , s'était livré avec ardeur à ces recherches im[)ortantes , publia , en 1828 , son ouvrage sur la percussion médiate à l'aide d'un instrument qu'il nomma plessimètre. Cet instrument formé d'une plaque d'ivoire large et épaisse comme un écu de cinq francs, reçoit le choc des doigts et transmet le son qui résulte de cette percussion. Dès-lors l'attention s'éveilla sur la percussion médiate , et ce mode de percussion , pratiqué sur un doigt par les uns , sur le plessimètre parles autres, fut |)resque généralement adopté et appliqué au diagnostic d'un bien plus grand nombre de maladies.
Son normal des cavités. Thorax. Il faut , pour percuter avec fruit, se rappeler le son normal des diverses cavités, ne pas oublier qu'en avant , les régions sternale supérieure et sous-claviculaires, sont celles qui donnent le plus de son, surtout les dernières; et que du côté gauche le cœur rend un son obscur dans
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une cerlaine étendue ; qu'en arrière les points correspondans à l'angle des côtes résonnent le mieux , mais qu'en dedans les gouttières verlébralei , et en dehors les régions scapulaires ne donnent que fort peu de son ; que sur les côtés , audessous des aisselles , le son est clair, mais qu'à la base , du côté droit , jusqu'à la hauteur de la septième ou huitième côte, le son est rendu obscur par la présence du foie , et que du côté opposé il ne diffère guère de celui que l'on entend au-dessous des aisselles , à moins qu'il ne soit modifié par quelque disposition de la rate ou de l'extrémité splcnique de l'estomac , organes placés dans l'hypocondre gauche. On ne doit point oublier au reste que ces indications générales éprouvent de nombreuses modilications , en raison des différences que la densité et l'épaisseur des parois thorachiques présentent chez les divers sujets.
A l'abdomen , le son normal est ordinairement à demi-clair sur toute sa face antérieure ; en haut et à droite la région du foie se fait remarquer par un son mat qui cesse au rebord des côtes inférieures. A gauche la rate donne seulement un peu de matité dans l'étendue d'un ou deux travers de doigt à la région des dernières fausses côtes; en arrière, le son est plus mat dans la région rénale , etc.
Nous ne pouvons entrer dans les différens détails que comporterait la variété de sons que présente cette cavité, vai-iété qui dépend de l'état de vaciité ou de plénitude des organes qu'elle renferme, et de la nature des matières qui y sontcontenues. Indiquons maintenant comment on doit pratiquer la percussion.
Précautions à prendre pour pratiquer la percussion. Avenbrugger et Corvisart recommandaient d'examiner le thorax alternativement nu et recouvert d'une chemise, pendant l'inspiration , l'expiration , et la rétention de l'air dans la poitrine. Les cas dans lesquels ces précautions deviennent nécessaires sont extrêmement rares , ils se réduisent à ceux où la percussion est rendue très-difEcile par l'obésité du malade et à ceux où quelque doute s'élève sur les résultats de l'exploration. Autrement, il vaut mieux laisser pendant tout le temps de l'examen , le thorax recouvert d'une chemise ou d'un gilet d'une flanelle peu épaisse, et percuter sans exiger de grandes modifications de respiration, de peur de fatiguer le malade. Les parties percutées doivent être suffisamment tendues , c'est pour cela que l'on doit recommander au malade de s'effacer , lorsqu'on examine la partie antérieure du thorax; et de porter les bras le plus en avant possible , lorsqu'on en percute la face postérieure. Celte dernière précaution a l'avantage de découvrir dans cette région une plus grande étendue de côtes et d'écarter les omoplates qui nuisent à la percussion.
Pour percuter convenablement, on fera asseoir le malade dans son lit ou sur une chaise ; on éloignera de lui tous les corps mous , capables d'absorber le son. Lorsque le malade ne pourra pas quitter la position horizontale , on se contentera de percuter la jiartie antérieure et les parties latérales du thorax après avoir déprimé les matelas.
La percussion est loin de donner, chez tous les sujets , des résultats pareils ; le son qu'elle fournit chez les sujets gras est en général obscur, quelquefois nul , et l'on ne peut alors reconnaître que des nuances dans la gravité du son. Chez les enfans et les sujets amaigris , le son est ordinairement très-clair, une diminution notable dans l'intensité du son doit donc appeler l'attention du médecin qui les examine. Enfin on rencontre des sujets dont le thorax résonne mal , probablement à cause de la nature des parois qui le composent, puisque l'auscultation permet de percevoir le développement vésiculaire des poumons. Ces sujets , torosi, comme les appelle Avenbrugger, ont ordinairement la poitrine couverte d'énormes masses charnues. Il est néanmoins vrai de dire que chez eux les résultats diffèrent un peu selon la manière dont on les présente. C'est ce dont on pourra s'assurer en étudiant les divers mode de percussion.
Percussion immédiate. Pour pratiquer la percussion , on doit se placer du côté que l'on veut examiner, et l'on procédera de la manière suivante, si c'est la percussion immédiate ou directe que l'on veut employer : on tendra avec le pouce écarté et les autres doigts de la main gauche la peau et les parties sousjacentes lorsqu'elles seront flasques ou trop relâchées ; puis avec la main droite, dont on réunira l'extrémité des quatre doigts sur la même ligue, en rapprochant le pouce de l'index, on frappera perpendiculairement en relevant la main aussitôt qu'elle aura porté. Il faudra avoir soin de frapper avec le bout des doigts et non leur portion pulpeuse. 11 faudra frapper fort lorsqu'il s'agira de l'examen d'un organe profond ou peu sonore; on frappera faiblement lorsque l'organe sera superficiel et la partie douloureuse. Si la région percutée est trèssonore , douloureuse, ou que l'on veuille rapidement constater un état déjà reconnu la veille, on pourra se contenter de frapper la partie avec le plat de la main dont les doigts seront tendus et rapprochés. Si enfin on percute un très-jeune enfant ou que 'a partie à percuter soit très-petite , ou si l'on veut limiter avec soin une lésion, on frappera avec l'extrémité du doigt médius seul. Au thorax la percussion doit de préférence s'exercer sur les saillies osseuses , les clavicules et les côtes.
Percussion médiate ai'ec le plessimàtre. Pour pratiquer la percussion médiate ou indirecte avec l'instrument de M. Piorry, u il faut que le plessimètre soit tenu entre le pouce et l'indicateur gauche , avec assez d'exactitude et de force pour qu'en frappant sur lui on ne puisse le faire vaciller..,. C'est peu que de bien fixer l'instrument, si on ne l'applique exactement sur les parties qu'on examine ; laisse-t-ou l'air pénétrer entre lui et la peau, il en résulte soit un son tympanique , soit la résonnance métallique.... Lorsqu'on veut déprimer les légumens , les muscles, les viscères pour arriver à des parties très-profondément placées, il faut tenir compte de la même remarque, mais employer alors plus de force pour tenir l'instrument et pour surmonter l'élasticité des parties déprimées. Quand on veut obtenir beaucoup de son d'un organe , les doigts qui
percutent doivent être tenus de la manière suivante : l'indicateur et le médius doivent être exactement appliqués l'un contre l'autre , en fléchissant un peu plus le médius , à cause de sa longueur plus grande , pour faire que son extrémité ne dépasse pas celle de l'indicateur. Le pouce est alors arc-bouté avec force contre l'articulation de la phalangine et de la phalangette de l'indicateur.... Le choc doit être sec et rapide , quand on veut apprécier le son donné par les organes , et rendre les vibrations aussi étendues que possible; il n'en est pas ainsi lorsqu'on veut juger la densité des tissus , etc., etc. » (Du procédé opératoire à suiure dans VexploraLion des organes, par la percussion médiate , etc. A. Piorry, 1831).
Percussion médiate afec le doigt. Lorsque l'on veut pratiquer la percusion médiate en frappant sur le doigt, on place les quatie derniers doigts de la main gauche , écartés les uns des autres , sur la partie à explorer; on a soin surtout d'appliquer avec exactitude sur la peau ou sur les vêtemens celui qui recevra le choc, le doigt médius par exemple, afin que les tissus du doigt et de la partie percutée soient convenablement comprimés et tendus, et qu'il ne reste pas d'air interposé ; ensuite on rapproche et l'on fléchit les doigts index , médius et annulaire de la main gauche, de manière h mettre sur le même plan leurs extrémités , et l'on s'en sert pour frapper dans le sens de sa longueur, la face dorsale et la partie mo3renne ou osseuse du doigt sur lequel on percute. On peut successivement frapper sur les quatre doigts, et l'on a exploré en peu de temps un surface étendue départies. Si l'exploration doit être circonscrite et aussi attentive que possible , il est préférable de poser successivement l'un des doigts médius ou indicateur seul et sur chacun des points que l'on veut percuter. En suivant cette dernière règle, on donne à la percussion médiate toute la précision dont elle est susceptible. On observera pour la manière de frapper avec la main droite les mêmes règles cjue lorsque l'on pratique la percussion médiate, sauf les modifications que nous avons indiquées.
Quelques médecins pratiquent la percussion en frappant le doigt sur sa face antérieure. Nous croyons que ce procédé a l'inconvénient de diminuer un peu; le son , parce que cette face du doigt présentant une portion de parties molles plus considérables que la postérieure , le choc qu'elle reçoit se trouve légèrement amorti ; ce qu'il est facile de constater. En appliquant, au contraire , la face palmaire sur la région que l'on présente, les parties molles du doigt se trouvent déprimées, et cet organe est appliqué avec plus de justesse, de force et de fixité à la surface qu'il recouvre.
Parallèle des dii^ers modes de percussion. La percussion médiate est-elle ! préférable à la percussion immédiate ? la percussion immédiate ou directe ne' laisse pas de causer plus ou moins de douleur aux malades. J'en ai vu beaucoup qui la redoutaient : aussi Avenbrugger recommandait-il de garnir la main d'un gant, pour la pratiquer. La percussion médiate n'a point cet inconvénient, elle donne le moyen d'explorer le thorax des enfans , des sujets maigres, sensibles et même des malades dont le point à examiner est le siège d'ulcérations ou de plaies. Dans ces cas seulement la percussion demande quelques pré-, cautions, mais elle serait impraticable si on voulait l'exercer sans corps intermédiaire. Lorsque les tissus sont flasques ou leur épaisseur trop considérable la percussion immédiate est presque absolument sans résultat; il n'en est pas de;; même de la percussion médiate dans laquelle le corps qui reçoit le choc sert| à tendre et à déprimer les parties. On obtient encore ce même avantage avec? cette dernière lorsque le thorax est couvert de vêtemens même assez épais , ou^ l'abdomen de cataplasme, circonstances dans lesquelles on ne tire au contraire aucun son à l'aide de la première. Enfin la percussion immédiate n'est guère applicable qu'au thorax ; encore ne peut-elle servir à l'exploration de certaines, parties , les régions sus-claviculaires , les seins ,les gouttières vertébrales, etc non-seulement la percussion médiate peut servir à l'examen de toutes ces ré-!; gions , mais elle est de plus applicable à l'exploration exacte et détaillée dc( l'abdomen , tandis qu'avec la percussion immédiate on ne peut reconnaître au-, tre chose que la présence d'une collection déjà notable de sérosité dans celte cavité , ou de gaz dans les intestins. Ces divers motifs sont plus que sufîisans pour faire préférer la percussion médiate à la percussion immédiate; nous ne chercherons pas à en accumuler d'autres. Le seul reproche cjue l'on puisse adresser à la percussion médiate , c'est l'addition d'un son étranger à celui de^ la ]iartie que l'on explore. Ce reproche est sans fondement , puisque cette addition n'empêche pas de comparer l'intensité et les diverses qualités du son de la partie que l'on examine ; il serait d'ailleurs plus applicable à la percussior, médiate pratiquée avec le plessimètre qu'à ce mode de percussion pratiqué sui le doigt, les tissus de ce dernier étant de même nature que ceux que l'or percute.
Parallèle de la percussion médiate pratiquée avec le plessimètre ou avec li doigt. Doit-on préférer la |)ercussion sur le doigt à la percussion sur le plessi mètre? il est inconstestable que le son de cet instrument modifie un peu le sor normal des parties que l'on percute , le doigt n'a pas cet inconvénient , puis- ; qu'il est composé, comme nous 1 avons déjà dit, de tissus le plus souvent ana : logues à ceux que l'on examine, et que les élémens Oîseux et fibreux qui le for , ment en grande partie sont suflisamment sonores. Il est diflicile avec le plessi mètre d'examiner les espaces intercostaux , surtout chez les sujets maigres;!] doigt au contraire se place avec la plus grande facilité dans ces espaces. L.j surface plane du plessimètre ne correspond exactement que par des points pei étendus , aux surfaces en général plus ou moins convexes que l'ont veut cxplo rer; le doigt par la conformation et la texture des parties qui le composent s'accommode parfaitement à la forme des parties. 11 ne serait pas exacte de repro cher au doigt de s'appliquer avec moins de fixité que le plessimètre, parce qu'i
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n'est maintenu que par son exlrémilc métacarpienne , puique Ton sait que les tendons qui régnent dans toute la longueur de sa face inférieure , servent an contraire à le retenir d une manière très-solide sur les parties. Lorsqu'il existe delà douleur, le clioc de l'extrémité des doigts sur le plessimèlre est quelquefois difficile à supporter; le plan de la main dont on peut se servir pour frapper doucement le doigt sur lequel on percute, excite beaucoup moins la seusibilité des malades. La percussion demande moins d'apprêt pour être pratiquée avec le doigt que pour être exécutée avec le plessimètre ; elle n'oblige pas le médecin à se munir d'instruniens ; elle n'incommode pas le malade par la vue, le contact ou ra|.plicalion d'un corps étranger qui l'effraie quelquefois comme le faisait le stéthoscope à l'époque où l'on se servait toujours de ce cylintire pour pratiquer l'auscultation ; enGn les résultats satisfaisans que nous obtenons chaque jour , ainsi que beaucoup de médecins en percutant sur le doigt, la facilité avec laquelle les élèves apprennent et pratiquent ce mode de percussion , nous le fout préférer à tout autre Au reste ce sera toujours de celui de ces deux procéde's dont on se sera le plus occupé que l'on obtiendra le plus de résultats avantageux.
Résultats de la percussion. La percussion fait connaître les diverses qualités des sons tj^nipanique , clair, obscurci mat que rendent les parties percutées. Dans quelques cas ce son est comparable à celui de quelques corps connus : le son argentin , par exemple. Elle fait enfin apprécier par l'extrémité des doigts la densité, l'élasticité et la plupart des propriétés physiques reconnaissables au loucher, et capables d'éclairer le médecin sur la texture et l'état des parties qu'il explore.
Le son tjmpanique se rencontre au thorax dans l eraphysème du poumon, ou quand la cavité de la plèvre est rcni|>lie de gaz ; l'abdomen , dans les cas de météorisme , en offre également un exemple remarquable.
Le son clair est celui que présente dans l'état normal les parties du thorax que nous avons indiquées plus haut.
Le son oZiscur s'entend eu percutant le tiiorax quand la pneumonie passe de son premier à son second degré, et quand la résolution de Ihépatisalion s'o|)ère ; lorsque les poumons, dans la bronchite , sont engoués d'une certaine quantité de mucosités, etc. C'est ordinairement le son normal de la région antérieure de l'abdomen, lorsque les parois abdominales ont une certaine épaisseur et que les intestins ne sont pas distendus par une quantité notable de gaz.
Le son mat est celui que rendent les parties charnues , tanquàin perçusse femoris , disait Stoll en parlant du son tlonné par le thorax, lors de l'hépatisation du poumon. C'est encore celui que l'on perçoit quand il existe un épanchement considérable. Il faut reconnaître avec M. Piorry et tous les observateurs attentifs , qu'il y a bien des nuances dans ces diverses matitcs , que le son mat du foie n'est pas le même que celui de I hépatisation du poumon ; et ce dernier, le même que celui de I hydro-thorax , etc. L'habitude apprend à reconnaître ces nuances; les doigts, en percutant, parviennent en quelque sorte à distinguer l'état morbide et varié des divers organes qui les produisent.
Sou argentin ou mélnliiciue. On a d'abord donné ce nom au son rendu par la percussion des régions sous-claviculaires , lorsque des cavernes tuberculeuses s'y sont développées. Ce son dépend , soit de la collision de l'air et des liquides contenus dans la caverne; soit, ainsi que l'ont fait observer MM. Piorry et Reynaud, du passage de l'air d'une cavité spacieuse à travers une ouverture étroite. On a encore donné à ce bruit le nom de bruit de pot fêlé, parce qu'il rappelle le son que l'on produit en frappant un vase fêlé. M. Piorry lui a donné le nom de bi iiit humoriciue , parce que son existence indique la présence d'un liquide. Nous l'avons appelé hydro-pneumatique, parce qu'il est, ainsi que nous l'avons dit, presque constamment, formé par la collision d'un gaz et d'un liquide. En effet on produit encore ce bruit quand on percute l'abdomen , soit que des gaz et des liquides existent en même temps dans une anse intestinale^ soit que chacun de ces corps se trouve séparément dans une de ces anses contiguës l'une à l'autre , soit enfin , que le gaz existe dans une anse intestinale , ou le liquide dans la cavité du péritoine.
Densité des tissus percutés. Avenbrugger et Laennec ont parfaitement reconnu qu'il l'aide de la percussion on apprécie la nature et l'élasticité des parties sur lesquelles on l'exerce. Cette appréciation se fait à l'aide d'une sensation particulière que l'habitude apprend à reconnaîtie et qui se transmet très bien à travers le plessimètre ou le doigt , lorsque l'on se sert de la percussion médiate» seulement il faut que les doigts qui percutent ne soient pas relevés avec autant (le vitesse que quand on se contente de rechercher le son fourni par la partie. C'est eu exerçant ainsi leur toucher pendant la percussion que MM. Piorry, Rriançon et Tairai ont reconnu à un certain frémissement la présence d'hyd.itides dans certaines tumeurs. On conçoit toute l'importance d un tel signe dans le diagnostic de ces tumeurs dont nous avons vu notre maître, M. Récamier, tenter, il y a quelques années, la ^uérison. ( Foyez sur le frémissement hjdalique, la thèse de M. Briaiicon ( 1828, n. 216) et l'ouvrage cité de M. Piorry, pag. 38.)
Percussion du thorax. Appliquées au diagnostic des maladies ihorachiques, les notions générales que nous avons brièvement exposées sont <le la plus haute importance pour apprendre à reconnaître les nombreuses maladies des poumons et du cœur. Leur application spéciale se trouvant exposée avec soin aux articles qui concernent les diverses maladies de ces organes , nous ne devons donc pas en donner le détail. Fojez Péricardite , Pleckésie, Pkbumokie, etc.
Percussion de l abdomen. On avait, dans peu de cas , appliqué la percussion à la recherche des maladies abdominales , lorsque M. Piorry fît connaître son procédé de percussion. On s'en sert maintenant avec avantage dans un grand
DiCT. HE MÉDECINE ET DE ChIRBRGTB PRATIQUES.
nombre de circonstances. Outre l'application générale des règles de percussion médiate que nous avons indiquées, il faut, pour l'examen des maladies abdominales, faire coucher le malatle sur le bord du lit et se placer alternativement a sa droite et à sa gauche. On maintiendra les cuisses fléchies sur le bassin et la tête sur le ventre, afin d'avoir un relâchement suffisant des parois abdominales. On posera superficiellement le plessimètre ou le doigt sur l'abdomen , si l'on veut faire l'examen des parties rapprochées de la peau ; on déprimera suffisamment les parois abdominales avec le doigt ou le plessimèlre, si l'on veut au contraire explorer un organe profondément situé, l'utérus par exemple. Enfin on percutera tantôt avec les trois doigts, tantôt avec un seul, selon que les organes seront étendus ou petits; on percutera faiblement si on examine une partie superficielle ou douloureuse; on percutera au contraire avec force si l'examen a pour objet une partie profonde, indolente et d'une certaine densité. En examinant ainsi les diverses régions de l'abdomen, l'on parvient à reconnaître l'augmentation ou la diminution d'étendue des organes , leur état de plénitude ou de vacuité , leur augmentation ou leur diminution de densité , à s'assurer enfin s'ils contiennent des gaz ou des liquides. Lorscjue , par la matilé, on soupçonne la présence d'un liquide, on reconnaît aisément quelquefois en faisant incliner le malade et en le plaçant dans des positions variées , si ce ]i((uide est contenu dans un des organes abdominaux, dans un kyste ou dans la cavité péritonéale. Dans ce dernier cas, enfin, on peut, en inclinant l'abdomen et percutant la partie déclive, constater la présence de petits épanchemens mobiles et préciser leur niveau aussi facilement qu'un hydro-thorax commençant. [Foyez Abdomen, Ascite, etc.)
Percussion employée à quelques autres usages. On se sert encore de la percussion pour reconnaître de la manière suivante les collections séreuses : ainsi , on imprime un choc à l'abdomen d'une main , et avec l'autre placée du côté opposé, on reconnaît par le flot qui vient la frapper la présence des épanchemens abdominaux. M. Tarial qui donne à ce mouvement oscillaire de l'épanchement le nom Ae fluctuation centrale , a publié dans le journal hebdomadaire (24 avril 1830) un mode de percussion pour obtenir la fluctuation , qu'il appelle périphérique. L'un des procédés cju'il met en usage pour la reconnaître cl qui, d'ailleurs, est employé depuis long-temps, consiste à placer la main gauche sur la région à explorer, et à frapper, non loin de là , l abdomen obliquement et comme en rasant sa surface avec l'indicateur de la main droite que l'on dégage brusquement de dessous le médius. On produit encore le même effet en donnant obliquement sur la paroi abdominale une chiquenaude, au même instant la main gauche perçoit le mouvement ondulatoire que le choc a imprimé au liquide. La fluctuation périphérique est surtout sensible à l'abdomen, où l'on dislingue à la vue les oscillations du liquide, lorsqu'il ne distend pas trop la cavité, ou lorsque la paracentèse en a déjà fait sortir une grande partie. Au thorax la fluctuation périphéritpie peut quelquefois servir de signe diagnostique entre la matilé causée par un épanchemcnt, et celle qui est, due à l'hépatisalion du poumon , mais il faut que l'épanchement thorachique soit un peu notable pour qu'on puisse y reconnaître la fluctuation périphérique. Ij'ausoullation est dans ce cas un moyeu de diagnostic qu'il ne faut pas oublier de mettre en usage.
La percussion est quelquefois fort ulile en faisant apprécier par la douleur qu'elle peut occasioner, la sensibilité morbide des parties que l'on explore, et qu une simple pression ne révélerait pas toujours. Dans l'état normal^ la région hépatique est mate, pendant la période d'acuité de l'inflammation de ce viscère , la percussion devient en outre douloureuse, surtout quand la maladie occupe la convexité de l'organe. Enfin , la percussion est encore douloureuse dans quelques cas de péricardite , dans la péritonite et les pblegmasies rachidiennes aiguës et même chroni(|ues, etc.
En examinant les organes à l'aide de la percussion on possède un moyen de mensuration très-important [voyez Mensuration) et qui, employé avec attention, ne peut guère tromper. Ainsi, on ne confondra pas une hypertrophie de la convexité du foie avec un épanchemcnt thorachique mobile commençant à droite, si I on a le soin de placer le malade dans des positions variées pendant la percussion du thorax , et si l'on note la diflérencc du son obtenu. Dans le cas d'épancheinent , la percussion, pratiquée de haut en bas, donne sans intermédiaire un son mat au niveau de l épanchement ; dans l'autre cas, le son, d'abord clair, devient obscur dans la région où le bord inférieur du poumon se trouve entre les fausses côtes et le diaphragme, puis enfin , il devient tout-à-fait mat lorsqu'on arrive directement sur le foie. La sensation différente éprouvée à l'extrémité du doigt, dans les deux cas, contribuera à établir le diagnostic, que la pression abdominale pourra également éclairer.
On a conseillé d'employer en chirurgie la percussion du crâne dans le tliagnostic des plaies de la tête; mais ce moyen est peu usité. On emploie avec avantage la percussion dans le diagnostic des hernies, afin de reconnaître si elles sont composées de parties molles, liquides ou gazeuses. On se sert de sondes pour percuter les calculs urinaires, afin d'en reconnaître la présence , l'étendue, et la consistance ; dans ces derniers temps on a mis en usage des lithoiriteurs à percussion pour briser et détruire ces mêmes calculs.
C'est surtout à la médecine que la percussion a rendu les plus grands ser^ices. Nous n'essaierons pas d'établir entre elles et l'auscultalion de parallèle; ces deux moyens, employés tour-à-tour, se contrôlent et s'éclairent. Il est des cas où l'auscultation présente plus d'avantages : dans les cas d'iiépatisaliou du poumon, ou de pleurésie avec épanchemcnt , elle annonce avant la percussion que le poumon revient à un état meilleur ou que réjiauchement se résorbe. Dans d'autres cas, au contraire, la percussion a l'avantage sur l'auscultation. 11