‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource] (volume 2)Chapitre 199 sur 311 · PÉRITONITE · texte numérisé non relu

PÉRITONITE

raccompagner, la précéder même: si un épancbement de bile, de matières fécales, de sérosité ou de pus, l'a quelquefois causée, ce n'était qu'après une lésion grave des voies biliaires , une ulcération de l'intestin , la rupture d'un kyste ou d'un abcès, maladies graves en elle-même, et dont celle-ci ne devient plus qu'une conséquence. On voit cependant naitre des péritonites aiguës, et qu'on appelle spontanées, parce qu'elles se développent sous l'influence de causes cachées ou simplement occasionnelles, et décelant une prédisposition antérieure bien manifestée par ses effets même et quelquefois par les circonstances anamnétiques (fatigues, pressions journalières, écarts de régime répétés, etc.).

L'invasion est alors plus ou moins brusque, le plus souvent précédée, plusieurs jours à l'avance, de fièvre et de malaise, de brisement universel, de coliques, d'inappétence, de constipation. Le frisson d'invasion n'est pas à beaucoup près aussi constant ici que dans d'autres formes de péritonite, et c'est surtout par la douleur et la sensibilité du ventre qu'elle se prononce et se caractérise. Première période. Abdomen d'abord peu développé, peu dur, mais douloureux à la pression tanltit partout, tantôt dans quelques points seulement ; le malade contracte les muscles du ventre quand on le presse ; sa face , à quelque âge qu'où ait affaire , exprime la souffrance , et cette expression, comme le sentiment qui la cause, augmente aussi au moindre mouvement, au moindre effort , au moindre tiraillement; aussi le malade se tient-il constamment couché sur le dos. Plus tard le ventre se soulève uniformément, se ballonne et acquiert une telle sensibilité que souvent on ne peut supporter le poids des couvertures, et que la douleur, devenue continue, arrache des plaintes presque continuelles. La peau est alors universellement chaude et sèche , le- pouls dur et très fréquent ; il y a soif, céphalalgie, insomnie, bien rarement délire, rougeur de la langue, constipation, très souvent vomissemens muqueux ou bilieux, urines rouges et rares. Deuxième période ; elle manquera si la maladie, légère ou vigoureusement combattue, passe à une prompte résolution. Dans le cas contraire un épancbement s'opère dans la cavité péritonéale, le volume du ventre augmente encore, c{uelquefois sa sensibilité s'émousse , il devient inégal, et plus mou; on y sent , en quelques points, une fluctuation sourde, partout ailleurs il résonne à la percussion; le pouls devient souvent plus mou, toujours plus petit; la face pâlit , les traits s'efiilent et se grippent; il y' a presque toujours des régurgitations bilieuses, des vomituritions et même de longs vomissemens, parfois de la diarrhée; les urines sont moins rouges , mais souvent très sédimenteuses; les forces baissent, et tantôt on voit les symptômes s'amender graduellement, tantôt la prostration se prononcer de plus en plus jusqu'à la mort que précèdent des sueurs froides et une agonie ordinairement assez longue, quelquefois des convulsions {Broussais).

La péritonite aiguë , soit bénigne, soit mortelle , peut durer de huit à trente, et même quarante jours ; mais elle peut aussi passer à l'état chronique dont nous nous occuperons plus loin. Les cas dans lesquels on l'a vue faire périr en beaucoup moins de temps les individus frappés sont rares et exceptionnels : ce sont ceux d'une vive congestion vers le péritoine , qui tient presque autant de l'hémorrhagie que de l'inflammation (Andral , Broussais).

Après ce tableau rapide, indiquons seulement quelques maladies avec lesquelles il serait plus possible de la confondre. 1° L'entérite est aussi accompagnée de symptômes fébriles , de douleurs et de sensibilité abdominales; mais elle est toujours plus circonscrite, la sensibilité est moins exaltée, le gonflement moindre, et le ventre n'est' pas ballonné , mais comme tuméfié vers sou centre et déprimé vers sa circonférence [Devergie) ; ajoutons qu'il y a souvent dureté dans le point où l'intestin est enflammé. La métrite , l'hépatite , la néphrite , la cystite, simuleront moins aisément l'inflammation simple du péritoine , et la localisation des symptômes principaux les fera plus facilement reconnaître. 2" Dans les fièvres graves, gastro-entérites pour les uns, fièvres adynamiques pour les autres , il y a souvent météorisme de l'abdomen lors de leur deuxième période, mais il y a peu ou point de sensibilité , et comme nous venons de le dire, le météorisme est tardif. Il y a bien quelquefois sans doute des péritonites latentes ou sans douleur et avec peu de gonflement ; mais ce sont des cas rares et où le praticien ne pourra être éclairé que par une sagacité qui ne se donne pas , et une analyse exacte de tout ce qui s'est passé antérieurement et de ce qui s'observe encore chez le malade, 3» Nous avons vu des doutes élevés sur la nature de la maladie par des praticiens instruits dans des cas de rhumatisme aigu des muscles abdominaux ou même d'endolorissement de ces mêmes muscles dans des catarrhes pulmonaires très-fatigans ; il y avait bien alors vive sensibilité de l'abdomen , mais peu de douleurs dans l'état de repos , peu de fièvre et point de météorisme.

La plupart du temps c'est à ses complications ou à la gravité de ses causes (BLEssur.ES , ÉPANCHEMEHs) , que la péritonite aiguë des adultes emprunte la gravité de son pronostic; simple elle est sans doule toujours une maladie trèssérieuse et pourrait devenir funeste si elle était mal soignée ; mais elle ne se montre pas généralement autant qu'on le dit rebelle aux efforts d'un traitement bien dirigé, et les descriptions classiques de cette maladie nous paraissent déduites seulement des cas les plus graves ; en effet, la terminaison par résolution nous a paru assez fréquente, et si les écrivains qui se sont occupés de cette maladie ont pensé que l'épanchement (du moins abondant) en était la suite la plus commune , c'est sans doule parce qu'ils ont réuni mentalement la péritonite ordinaire et celle des femmes en couches. L'épanchement sanguinolent , qu'il ne faut pas confondre avec celui du sang presque pur observé dans deux ou trois cas par MM. Broussais et Andral, ne se rencontre que dans quelques cas de phlegmasie aussi très aiguë et mortelle ; on en peut dire autant de l'épanchement lactescent ou crémeux; quant à l'épanchement séreux ou floconneux, sans

doute il en existe quelque peu dans les cas même de résolution à une période avancée, et c'est la source des adhérences partielles, qu'on a quelque-fois remarquées long-temps après , et qui causent même quelques douleurs , quelque gêne habituelle ; mais l'épanchement copieux , lorsqu'il n'amène pas promptement la mort, conduit inévitablement à l'état chronique qui n'est certes pas la terminaison la plus commune de la péritonite aiguë. Quant à la terminaison par gangrène, on peut affirmer qu'elle est excessivement rare , et que l'on a ici conclu abusivement du particulier au général , en attribuant à la péritonite sans distinction, ce qui n'appartient guère qu'à quelques cas de hernies étranglées.

Le traitement est , comme on doit le concevoir , purement antiphlogistique ; ; les complications seules doivent y introduire des médications diff'érentes , et Von doit d'ailleurs, toujours avoir égard , pour l'énergie et la forme des moyens, à la constitution du sujet et à l'intensité des symptômes.

La saignée du bras est souvent d'un grand secours pour peu que la force du sujet permette de la réitérer et de l'employer avec abondance , et c'est surtout au début qu'elle se montre utile ; c'est surtout aussi quand la péritonite est générale ; nous l'avons vu porlée utilement jusqu'à la syncope ; mais d'ordinaire il ne faut pas aller jusque-là. Quelques praticiens préfèrent , en tout état de choses, la saignée locale; nous pensons que cette préférence exclusive est fondée sur un principe erroné. Les sangsues, dit-on, conviennent aux inflamma- ; tions des membranes , la phlébotomie à celles des parenchymes ; il serait plus exact de dire que les sangsues agissent difficilement sur l'inflammation des organes parenchymateux parce qu'ils sont placés hors de leur portée (foie, poumon , etc. ), tandis que les membranes séreuses , à cause de leurs rapports avec les parois des cavités splanchniques , sont plus facilement dégorgées par elles ; aussi pensons-nous que les sangsues et les ventouses scarifiées se montreront principalement avantageuses dans les péritonites partielles , comme dans les pleurésies avec un point douloureux circonscrit. Elles seront de mise encore quand la débilité du sujet contre-indiquera la phlébotomie , mais on se souvien- ', dra qu'alors il ne faut pas non plus eu abuser , et que soixante sangsues sur la peau du ventre, peuvent affaiblir bien plus qu'une saignée du bras, surtout si l'on a égard à la difficulté d'arrêter le sang sur les parois molles d'im abdomen endolori. Les cataplasmes ouïes fomentations , les bains, les clystères émolliens et anodins , les boissons rafraîchissantes et tempérantes ( limonades , sérum, tisane de mauve, etc. ), associées parfois à de doux laxatifs (tamarins, casse, manne , miel , etc. ), sont des adjuvans qu'il ne faut pas négliger, et tout cela convient surtout à la première période.

La diète sévère que cette première période réclame , peut, dans la deuxième, être remplacée par un régime approprié à l'état des voies gastriques; les bouillons d'herbes, de lentilles , puis les bouillons gras, les œufs délayes soutiendront les forces et conduiront à la convalescence. Que si dans le deuxième stade il y a adynamie profonde et imminence d'une terminaison funeste, on devra même employer quelques toniques , comme l'eau vineuse et quelques boissons légèrement amères. En même temps on joindra les résolutifs aux émolliens pour faciliter la résorption de l'épanchement s'il s'est formé ; les cataplasmes seront faits avec la décoction de camomille , arrosés d'acétate de plomb, et leur application précédée d'embrocations mercurielles ; quelquefois même un vésicatoire appliqué sur le ventre pourra devenir utile, mais nous l'avons vu aussi: rappeler les douleurs ; il ne conviendrait que lors d'un passage évident et trèsprochain à l'état décidément chronique.

§ III. Péritonite aiguë des femmes en couches. Il n'est pas douteux que la grande majorité des cas désignés par divers auteurs sous les noms de fièvre puerpérale et surtout ceux appelés inflammations de bas-ventre , métastases des lochies ou du lait sur le bas-ventre , n'aient été de véritables péritonites. Aussi, chez les médecins modernes , le mot de péritonite puerpérale a-t-il presque complètement remplacé celui de fièvre puerpérale, qui doit cependant comprendre toutes les autres affections fébriles et épidémiques, surtout celles dont les femmes en couches peuvent être atteintes.

Celle-ci est sans contredit la plus commune , peut-être la plus grave , et les nombreuses et meurtrières épidémies qu'elle a offertes aux praticiens , surtout dans les grands hôpitaux , n ont que trop donné l'occasion de l'étudier. Cette étude a appris, surtout dans ces derniers temps , que la péritonite puerpérale était loin d'être souvent simple, que dans un très-grand nombre de cas elle était compliquée d'autres phlegmasies , de métrite en particulier , ou comme l'ont voulu quelques-uns , de phlébite utérine. Bien que peut-être on pût contester la réalité de la complication dans certains cas où les veines utérines contiennent du pus sans être enflammées, dans certains autres où la tunique séreuse de la matrice est seule manifestement malade , on ne peut disconvenir de ia fréquence et de l'importance de la métro- péritonite ; aussi nous en sommesnous occupés avec détails ( voyez ce mot ) , et pouvons-nous y renvoyer nos; lecteurs pour ce qui concerne l'étiologie , la symptomatologie et le traitement! de la péritonite puerpérale. Ici nous nous contenterons de signaler quelques; particularités de la péritonite sans métrite.

D'après nos observations , les cas d'inflammation du péritoine seulemenl pourraient être à ceux de métro-péritonite comme neuf est à un ; mais en regardant comme traces d'inflammation utérine la présence du pus dans ses vei-H nés, etc. , la proportion serait bien différente et seulement comme un est à™ trois. , i

Quoi qu'il en soit en réalité, la péritonite puerpérale simple peut , comme i la péritonite ordinaire , être générale ou partielle , et ses symptômes sont, dans I le premier cas, peu différens de ceux dont nous avons donné ci-dessus le la- | bleau j seulemenl il s'y joint des phénomènes propres à l'état de couches et qu: \

PERITONITE.

PERMÉABIXITÉ,

sont l'effet plutôt que la cause de la maladie , comme la suppression des lochies et du lait. On remarque d'ailleurs que les péritonites puerpérales sont ordinairement plus graves, plus intenses, accompagnées de symptômes fébriles plus prononcés , précédées d'un frisson ordinairement violent et accompagnées parfois de délire , etc. ; on remarque aussi un méléorisme plus considérable, un épanchement plus abondant , plus fétide, des douleurs plus violentes , une constipation plus opiniâtre , une marche plus rapide et plus souvent foudroyante.

Certains symptômes se prononcent plus particulièrement encore dans les péritonites puerpérales partielles; ainsi quand la région épigastrique est plus particulièrement enflammée, les vomissemens se montrent de bonne heure , se répètent avec une fréquence et une opiniâtreté désolantes , et la dyspnée , l'angoisse , sont d'autant plus considérables alors, même sans un gonflement énorme de l'abdomen , que le diaphragme, les plèvres et le péricarde participent bien souvent de l'inflammation.

Les douleurs lombaires vives et opiniâtres indiquent ordinairement que le mésentère est primitivement et principalement affecté; aussi le trouve-l-on infiltré, ecchymosé même sur le cadavre. Quand les intestins sont surtout envahis, le ballonnement est porté à son comble et quelquefois la constipation se convertit en diarrhée , ou bien l'intestin fait rouler dans son intérieur d'énormes amas de matières bilieuses et séro-muqueuses dont il ne peut se débarrasser.

Quand l'hypogastre est le principal foyer du mal , l'utérus est ordinairement malade , du moins à l'extérieur , et /le cas rentre dans ceux de la métro-péritonite.

Si le mal a particulièrement frappé les parois de l'abdomen, alors il est généralement plus curable; l'inflammation se prononce par points mobiles qu'il est plus facile de poursuivre et d'enlever par des saignées locales ; alors aussi les topiques émolliens sont plus efficaces. Somme toute, on peut dire , relativement au traitement , que la péritonite seule est plus ordinairement franche , toute inflammatoire et moins réfractaire aux saignées que quand elle est jointe a la mélrite , circonstance qui entraîne si souvent en outre d'autres graves complications.

§ IV. Péritonite chronique. Celle-ci peut n'être que la conséquence d'une péritonite aiguë, passée avec un haut degré d'intensité à la deuxième période, terminée par un épanchement considérable et peu susceptible d'une prompte résorption ; on l'observe quelquefois avec ces caractères à la suite des couches ; mais elle a alors , plus que jamais , de la ressemblance avec l'inflammation aiguë qui l'a précédée et au type de laquelle elle tend fréquemment à revenir. Dans beaucoup d'autres circonstances elle s'est développée avec lenteur , son origine acte obscure, et si l'état aigu l'a précédée, c'est d'une manière pour ainsi dire insensible. Celle-ci attaque parfois les adultes, plus souvent peut-être les enfaus avant la puberté , et à ce qu'il nous a paru , plutôt les filles que les garçons. La masturbation en est quelquefois la cause probable ; plus souvent c'est un mauvais régime , c'est la misère et toutes ses souffrances , les privations et les excès qui s'ensuivent , c'est le froid , l'humidité , etc. , qui eu sont la véritable source. En pareil cas, des douleurs passagères, des coliques, une diarrhée irrégulière dans ses apparitions , de l'amaigrissement, de la pâleur, etc., durent pendant des semaines , des mois , avant que le mal se soit prononcé avec tous ses caractères et sa presque complète incurabilité.

Parvenue à son summum d'intensité , la péritonite chronique offre plus que jamais le dérangement des voies digestives , les coliques, la diarrhée alternant avec la constipation , les vomissemens au moindre écart de régime ; elle est accompagnée de fièvre continue avec redoublemens quotidiens , de dépérissement et de faiblesse. On la reconnaît à l'intumescence et à la sensibilité du ventre , telles que souvent la progression et même la station sont impossibles; la peau qui le recouvre est chaude et sèche, tendue, amincie , bleuâtre, parcourue de larges veines en réseau plus ou moins serré. Souvent la forme du ventre est irrégulièrement bosselée; dans certains points on le fait résonner par une percussion légère, ailleurs il est mat, dur ou mollasse , quelquefois avec fluctuation ; la fluctuation peut même être très-évidente si le liquide épanché est abondant , peu consistant, et développe uniformément l'abdomen. Les matières épanchées ue sont pas toujours en effet de la même consistance , ni les désordres organiques au même degré : généralement les circonvolutions intestinales sont pelotonnées par des adhérences, quelquefois comme ensevelies dans une masse albumineuse, dense , demi celluieuse , parsemée, farcie même de tubercules miliaires ; quelquefois il y a du pus véritable rassemblé en collection dans des points multiples et peu étendus, ou dans des foyers moins nombreux et plus vastes ; dans certains cas enfin la matière est plus copieuse encore , niais aussi plus séreuse ; elle peut constituer une sorte d'hyJropisie et ressembler tellement a l'ascite qu'on a pu dire avec vérité que l'ascite suivait quelquefois la phlegmasie chronique du péritoine.

Suivant les degrés et les dispositions diverses, suivant la constitution et la conduite du malade , la péritonite chronique est susceptible de suites et d'accidens variés. Traitée régulièrement quand elle n'était point accompagnée encore de la déformation et de la détérioration des viscères , elle peut guérir par la résorption de l épanchement , l'organisation des adhérences qui se transtbnnent en tissu cellulaire et diminuent d'étendue en s'allongeant toutefois de manière à laisser aux intestins une liberté suffisante à l'exercice de leurs fonctions.

Plus souvent , surtout quand une phlegcoasie aiguë lui a donné naissance , cette maladie reprend momentanément tous ses premiers symptômes et enlève

rapidement le sujet ; parfois ce n'est qu'après plusieurs recrudescences qu'elle produit un effet semblable , et nous avons vu ces recrudescences être presque journalières et simuler une fièvre intermittente , jusqu'à ce qu'enfin la continuité des symptômes fit disparaître l'équivoque, trop tard, il est vrai, pour qu'on pût attaquer utilement un mal inexpugnable alors.

La mort est plus lente à survenir quand il n'y a point de recrudescence , mais elle n'est guère moins certaine ; tantôt l'épuisement est graduel et dû seulement à la fièvre et aux souffrances ; tantôt la suppuration se fait jour au dehors et l'épuisement est plus rapide. Nous avons vu souvent le gros intestin, le cœcum , l'S du colon largement ulcérés, perforés , communiquant avec un abcès volumineux, mais séparé du reste de l'abdomen par des adhérences et dans lequel les matières fécales se mêlaient au pus , qui de son côté s'écoulait par l'anus. Toutefois les fistules intérieures ne sont pas absolument mortelles ; plusieurs femmes, prises, après leurs couches, de péritonite aiguë, passée ensuite h l'état chronique, ont rendu par l'anus, par le vagin, par l'urètre même , du pus en abondance , et ont pu guérir par des soins assidus. Nous en avons même vu guérir deux qui , dans des circonstances analogues , avaient été débarrassées, par une rupture de l'ombilic distendu d'une quantité considérable de matière séro-purulente et fétide , amassée entre les viscères et les parois abdominales.

On ne doit donc point désespérer de la guérison dans tous les cas , bien que le pronostic soit en général très-fâcheux, surtout chez les adultes. Bien souvent, il est vrai , on n'aura l'espérance de réussir que si la nature met, pour ainsi dire, l'art sur la voie , si elle montre quelque abcès tendant vers l'extérieur, si elle manifeste, par l'abondance même de lépanchement , la nécessité de son expulsion. Toutefois il faut mettre beaucoup de circonspection dans ces sortes de manœuvres; la ponction a, plus d'une fois, ramené à l'acuité des péritonites indolentes , et accéléré le terme fatal au lieu de le reculer. Dans l'emploi même des autres médications on est, pour la même raison, dans de fréquentes incertitudes; des résolutifs énergiques pourraient dépasser le butj et s'il est permis de tenter l'application des vésicatoires , des cautères , des sétons , ce doit être par une approximation graduelle en commençant par les régions voisines du ventre , et n'agissant sur lui que plus tard; en appliquant d'abord un seul ou au plus deux exutoires et les multipliant par la suite. De même, les bains d'eaux minérales, les douches surtout ne seraient administrés qu'avec de grandes précautions , et leur effet serait au besoin tempéré par les cataplasmes , les bains émolliens et même les sangsues. Chez des sujets pléthoriques de petites saignées générales ou locales répétées selon l'indication , pourraient se montrer avantageuses. Nous pensons qu'on obtiendrait parfois des avantages réels de l'emploi des bains de vapeur soit aqueuse, soit aromatique, sulfureuse même, et nous y compterions plus que sur les frictions mercurielles , les diurétiques , etc. , conseillés aussi sans données positives. Nous avons connaissance de deux cas de prétendue ascite consécutive à l'état puerpéral et qui a été guérie par les bains de vapeur réitérés chaque jour durant plusieurs semaines ; sans doute on n'avait affaire qu'à des péritonites chroniques , mais ces malades n'ont point été observées par nous même. Il n'est pas nécessaire d'ajouter que les soins hygiéniques, un régime doux et le repos sont, en pareil cas , des conditions de rigueur. C'est même uniquement au régime que nous attribuons la guérison de plusieurs péritonites chroniques avec fluctuation manifeste que nous avons obtenue chez des enfans impubères: plusieurs fois l'usage du lait, pour aliment" presque exclusif, a suffi en moins de deux mois ; une autre fois, à l'usage des bouillons et des fécules seulement , nous avons joint l'emploi de fomentations sur l'abdomen avec la décoction de fleurs de camomille ; dans ce dernier cas le mal avait presque totalement la physionomie de l'ascite; dans le premier la phlegmasie était plus nettement prononcée.

Gasc , Mercier, el une foule d'autres dissertations sommairement indiquées déjà au mot MÈTRITE.

Belaroche. Recliercbes sur la nature el le traitement de la fièvre puerpérale, Paris, 1783.

Doublet, Nouvelles reclierclies sur la fièvre puerpérale, Paris, 1791 , in-12.

J^. Hey. A trealise on the puerpéral fever, London , 1815 , in-8°.

A.-J . Sédillot. Recherches historiques sur la fièvre puerpérale, Paris, 1817, ia-4".

Armstron^. F acl& and observations relative lo the fever commonly called puerpéral, London , 1819, io-S».

Legouais. Réflexions et observations sur l'emploi des saignées et des purgatifs dans le traitement de la péritonite puerpérale , Paris, 1810, in-l».

Broussais. Pblegmasies chroniques , If édition , Paris , 1826 , tom. III. jindral. Clinique médicale , tome iv.

JL, Vngès. Mémoires sur la péritonite puerpérale. {^Journal hebdomadaire de médecine ^ t. I. 1828 , t. VI , 1830.)

A.-C. Baudelocque. Traité de la péritonite puerpérale , Paris , 1830 , in-B".

R, Lee. Researches on the pathology and treatment of sorae of the mosl important diseases of womeu , London, 1833, in-S", fig.

Tonnelé. Mémoire sur la péritonite puerpérale. ( Archives de médecine , 1830. )

J . Cruveilhier. Ânatomie pathologique , Paris , 1833, in-fol, , fig. col., treizième livraison.

( Aht. Ddgès. )

PERMÉABILITÉ. Propriété commune à presque tous les corps de la nature , en vertu de laquelle ils se laissent traverser par d'autres corps. Étudiée dans ses effets chez l'homme et dans les êtres organisés, la perméabilité n'est possible que pour les seules substances liquides ou gazeuses ; elle n'est en quelque sorte que le premier acte , la condition indispensable des fonctions les plus importantes de l'économie , de l'absorption , et toutefois n'est pas l'absorption elle-même [Foy. Absorption) ; mais elle place les tissus dans les conditions les

PESTE

plus favorables à l'accomplissement de cet acte physiologique; c'est ainsi que les bains prolongés, les cataplasmes, espèces de bains locaux, des frictions douces , l'état hygrométrique de l'atmosphère , etc. , rendent l'absorption plus facile et plus efficace; ce qui est loin d'être indifférent dans la pratique de la médecine. Cette propriété se retrouve dans tous les tissus, et Ton peut en constater journellement les effets par l'action sur nos organes des substances, soit alimentaires, soit médicamenteuses , soit toxiques. (A-'o)^ez Emdermie , absorption.) (P. JOLLY.)

PERNICIEUSES. Voyez Fièvuhs.

PERTES. Vojez Hémorrhagies.

PERVENCHE grandu et petite. Vinca major et minor. Jolie plante des bois, qui ûeurit au printemps et qui est bien connue. Considérée sous le rap-r port médical , elle offre un intérêt médiocre, bien qu'elle renferme une certaine quantité de tannin et qu'elle puisse figurer par conséquent au nombre des aitringens et des toniques. Le seul usage qu'on en fasse dans la pratique est de l'admiuistreraux femmes nouvellement accouchées et qui nedoivent pas nourrir, îîlle partage avec la canne de Provence la faveur des garde-malades , qui , le plus souvent même réunissent ces deux plantes pour préparer la tisane usitée en pareil cas. Les lois bien connues de la physiologie ne |)ermetlent pas d attribuer une grande etficacilé à cette médication. On voit tous les jours, en effet, des femmes qui n'allaitent pas, chez lesquelles, pourvu qu'elles se tiennent dans les conditions hygiéniques favorables , la sécrétion laiteuse se tarit spontanément au bout de quelques jours, et l'on ne remarque pas que l'usage de la ])ervenche accélère seasiblement cette terminaison favorable ; d'ailleurs on doit encore observer que la faible proportion de tannin continue dans la dose employée, doit agir bien faiblement; et que cette tisane, comme la plupart des autres , ne peut être guère envisagée que comme de l'eau tiède.

Au reste, si toutes les médecines populaires étaient aussi bénignes que celle-là , il n'y aurait aucune raison pour leur faire la guerre. Que la pervenche jouisse donc en paix de sa réputation traditionnelle! qu'on puisse même, si l'on veut , préférer la grande à la petite, quoique l'une et l'autre jouissent des mêmes propriétés ! qu'on puisse même en porter la dose au-delà de deux gros > mesure consacrée par l'usage, il est à croire qu'on n'aura jamais à déplorer d'accidens sérieux. (F. Ratiër.)

PESSA.IRES. Instrumens destinés à maintenir dans la position ou la direction normale l'utérus abaissé ou dévié. Croyez pour les détails, le mot htstéroptose). Depuis l'e'poque où cet article a été écrit , nous avons pensé qu'on pourrait utiliser plus avantageusement les éponges en les taillant avec des ciseaux, de la forme convenable , et les soutenant avec un fil métallique caché dans leur épaisseur et leur constituant une sorte de carcasse. Le principal avantage de cette méthode serait de pouvoir confectionner soi-même les pessaires en quelque lieu que ce soit ; mais ils auraient besoin d'être fréquemment renouvelés et nettoyés. Un praticien , dont l'expérience nous inspire beaucoup de confiance, nous a dit employer journellement avec grand succès les pessaires en lic'ge enduits de cire; ils sont, selon lui, presque indestructibles , et on a aussi le grand avantage de pouvoir les faire soi-même en tout temps , et de leur donner les formes et les dimensions requises pour le cas auquel on a afiuire. CVoyez encore Aktéversion , rétroversion , etc.)

Hervez de CJtégoin. De quelques déplacerDens de Xnt matrice et des pessaires tes plus convenables pour y remédier [Mémoires de r Académie de médecine ^ t. if, p. 319.

Madame lîondet. Mémoire sur le prolapsus ou chute de la matrice , et sur l'emploi des pessaires de caoutchouc j Paris , 1833 , in-S".

(Ant. Dcgès.)

PESTE, s. f. Peslis. Autrefois on désignait par ce nom toutes les épidémies contagieuses auxquelles on voyait exercer de grands ravages ; aujourd'hui on ne l'applique plus qu'à une seule maladie , épidémique et contagieuse, d'une marche rapide et proraptement funeste , et dont la cause , le berceau , l'origine , paraissent être en Égypte.

Endémique dans cette contrée, la peste, au dire de plusieurs observateurs recommandables , ne se montre dans d'autres lieux que lorsque la contagion l'y transporte. Des preuves nombreuses et incontestables établissent d'abord son cndémicité sur la terre des Pharaons. Ainsi, tous les ans, on en observe des exemples isolés ou de petites épidémies circonscrites , soit au Caire , soit dans les villes ou les villages du Delta ; en général , son apparition a lieu aux mêmes époques , l'équinoxe du printemps, et dans les mêmes circonstances, à la suite des grandes inondations et pendant que règne le vent du sud; quand elle éclate, elle se montre souvent sur plusieurs points à-la-fois situés dans l'intérieur des terres et n'ayant entre eux que de difficiles communications ; enfin , lorsqu'on la voit se déclarer dans d'autres lieux, en remontant la voie par laquelle elle s'est propagée , on arrive presque toujours à trouver son point de départ en Égypte. Elle y naît donc spontanément , elle y est endémique ; c'est l'opinion des médecins français de l'armée d'Orient, MM. Desgenettes , Larrey, Pugnet, Savaresi ; c'est celle de MM. Pariset et Lagasquie , membres de la commission envoyée en 1828 par le gouvernement français pour étudier celte maladie dans son foyer; le docteur Paris l'avait déjà émise vers la fin du siècle dernier; Fodéré et beaucoup d'autres auteurs la partagent. Mais est-il aussi bien démontré que la peste soit exclusivement originaire de ce pays et qu'elle ne puisse naître ailleurs; enfin, que, lorsqu'elle apparaît dans d'autres lieux, elle y ait toujours été importée? La solution de celte question doit jeter le plus grand jour sur l'étiologie de cette maladie; car s'il est une fois prouvé que l'Égypte en est

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l'unique foyer , il n'en faut plus chercher l'origine dans les mille et une causes d'insalubrité commîmes à tous les pays où on la voit sévir, mais uniquement dans celles qui sont particulières à cette contrée. Ces influences une fois connues , un immense bienfait en serait probablement bientôt la conséquence; il ne s'agirait plus , en effet , que de chercher les moyens de les écarter ou tie les détruire, pour être conduit bientôt peut-être à ceux d'extirper dans ses racines Tun des plus terribles fléaux de l'humanité. Résultat admirable, auquel la médecine doit sans cesse prétendre , ywrei^oj/- et piét^einr étant le but dt finillf et le dernier terme de ses progrès.

Eloigné du théâtre de la peste, ne l'ayant jamais observée, réduit, pour nous en taire une idée , à des descriptions qui , ([uelque parfaites qu'elles soient, ne suppléent jamais l'observation directe, placé enfin dans l'impossibilité d'aller à la recherche et à la vérification d une foule de laits qu'il laudrait connaître pour oser aborder l'important problème que nous venons de poser après mille autres pathologisles , nous n'avons pas , sans doute , la présomption de le résoudre; mais iorcé de nous en occuper pour ne pas laisser cet article incomplet, nous chercherons de bonne foi, mais avec persévérance, la vérité au milieu des opinions diverses des savans qui l'ont examinée avant nous , et peutêtre serons-nous assez heureux pour la rencontrer.

Causes. D autres pays que l Égyptesont frcquerameni ravagés par la peste. A Constantinople, par exemple, elle est, dit-on , en permanence , et il ne se passe pas d'année dans laquelle on n'en observe des cas isolés. Moins commune en Syrie et dans l'Asie Mineure, elle s'y montre cependant encore assez fréquente, et je remarque que , pendant deux années de séjour en Égypte, la commission médicale, présidée par M. Pariset, n'y a point \ u la peste régner épidémiquement, tandis qu'à cette même époque elle ravageait Tripoli de Syrie où nos courageux confrères se hâtèrent daller l'observer. Or, ne résulte-t-il pas de ces faits que la peste naît spontanément à Constantinople, eu Syrie , dans l'Asie Mineure, qu'elle y est par conséquent endémique, aussi bien qu'en Égypte? Telle est aussi la consccjuem e qu'en ont tirée plusieurs auteurs.

Mais la peste est éminemment contagieuse, et les mahométaiis, dominés par les idées du fatalisme , ne prennent aucune précaution pour s'en préserver. Ne doit il pas résulter de ces deux circonstances que la peste se répande avec la plus grande facilité , dans celle des contrées où règne cette croyance et la funeste apathie qu'elle engendre, qui entretiennent des communications habituelles avec l'Égypte ? Il n'est donc pas surprenant qu'elle paraisse avoir pris domicile , en quelque sorte , à Constantinople , la métropole de l'islamisme , et en Syrie , province limitrophe de celle qui lui donne naissance , et qu'elle y semble endémique. Des relations iné\itables et presque journalières entre des peuples soumis à la même autorité et à la même loi religieuse , et nécessairement liés en outre par quelques intérêts commerciaux, en transportant de toutes parts et ballottant en quelque sorte le principe contagieux de la peste, doivent jeter d'ailleurs sans cesse des causes d incertitude dans la recherche de son véritable point de départ. Ce serait donc même un faible argument contre son origine égyptienne, que de citer des cas dans lesquels la contagion aurait été évidemment importée des rives du Bosphore ou de la côte asiatique occidentale. De Marseille n'a-t-el!e pas envahi une partie de la Provence ; et cC' pendant , elle venait bien d'Égypte. Ne peut-elle donc pas y être rapportée après en être sortie ? Il importerait beaucoup de rechercher si , pendant la durée de la dernière guerre entre l'Égypte et la Turquie , les communications se trouvant interrompues entre les deux pays , la peste s'est montrée à Constantinople.

Rien ne prouve donc jusqu'ici d'une manière incontestable que la peste puisse se développer spontanément ailleurs cjue sur la terre des Ptoléniées ; aussi cette opinion a-t-elle toujours rencontré de nombreux contradicteurs. Au contraire , sa naissance sur le sol que le Nil arrose et fertilise n'est pas même mise en doute , et nous avons fait connaître au commencement de cet article les faits qui démontrent qu'en effet elle y germe et s'y développe. Si donc les preuves manquent pour démontrer qu'elle peut naître à Constantinople et en Syrie , tandis que les faits surabondent pour établir d'une manière évidente son berceau dans l'Égypte, n'est-ce pas déjà une forte raison de croire qu'elle n'est point endémique dans ces premières localités ? D'où viendrait, en effet, tant d'incertitude d'une part, et une évidence si frappante de l'autre, lorsqu'il s'agit de décider le même point de fait ? Si nous ajoutons que la Syrie est souvent exempte de la peste pendant de nombreuses années , que la maladie , lorsqu'elle s'y montre, commence toujours par les villes principales, qu'elle y apparaît, de même qu à Constantinople, dans toutes les circonstances hygiéniques presque indilleremmont , (ju'elle n'y revient pas d une manière régulière, à la suite et comme effet d'influences à-peu-près constantes , que les variations de la température apportent seules cjuelques modifications à sou développement, en un mot , qu'elle s'y comporte en tous points comme une maladie contagieuse importée ; qu'en Égypte, au contraire , elle ne s'éteint jamais que | pour un temps très-court, cju'elle se montre aussi fréquemment dans les villages que dans les villes , que ses retours sont réguliers , qu'elle reparaît aux niême.s époques et dans les mêmes conditions, qu'elle se développe et croit dans un rapport tel avec certaines circonstances qui la précèdent , qu'il est souvent ])ossible de prévoir et de mesurer les limites de l'intensité dans laquelle elle sera renfermée, qu'elle se comporte enfin comme une maladie inhérente au sol , on demeurera convaincu, ce nous semble , qu'elle naît exclusivement dans celle contrée, et que c'est de là qu'elle s'élance pour envahir les autres parties de j l'empire ottoman et sa capitale. !

Ceci posé , cherchons donc dans 1 Égypte seule la cause de celte affreuse ma- I

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ladie. Celle cause doit lui être exclusive ; elle doit mcme être renfermée dans la Basse-Égypte , car c'est dans cette partie seule que la peste est endémique; elle doit être régulière dans ses retours , puisque le mal se montre irrégulier dans ses apparitions ; elle doit enfin précéder le développement annuel du poison pestilentiel , par la raison toute simple que la cause marche toujours avant l'effet ; or, le débordement périodique du Wil réunit toutes ces conditions, il les réunit seul, c'est donc lui qui produit la peste.

Jetons , pour nous en convaincre davantage , un coup-d'ceil rapide sur les circonstances principales des inondations, et sur les conditions hygiéniques et géologiques dans lesquelles elles trouvent et laissent le pays qu'elles recouvrent. Le Nil, après avoir traversé dans son cours un grand nombre d'étangs et de marécages dans lesquels il se charge continuellement de débris de substances organiques, franchit tous les ans ses digues, vers IVquinoxe d'automne , et vient couvrir presque toute l'Égypte de ses eaux bourbeuses. Pendant plusieurs semaines , il convertit ainsi cette terre en une vaste plaine liquide, puis regagnant lentement son lit , il dépose à la surface du sol une partie du limon que charriaient ses flots , et tout le pays alors prend l'aspect d'un immense marécage noir et fangeux. La retraite des eaux n'est cependant pas complète ; de vastes mares dans lesquelles se sont réfugiées des myriades d'insectes aquatiques et de petits poissons, restent çà et là dans le milieu des terres; mais bientôt desséchées parle soleil delà fin d'automne, elles laissent à nu des millions de petits cadavres dont la putréfaction ne tarde pas à s'emparer. Enfin , l'inondation avait couvert les lacs Mœris, Maréotis, Menzalch , et tous les autres lacs permanens que l'Égypte renferme, ainsi que les canaux nombreux qui sillonnent la plaine dans tous les sens pour les besoins de la culture ; à sa retraite elle les laisse nécessairement plus étendus qu'elle ne les avait trouvés ; mais bientôt une évaporation rapide les ramène dans leurs limites ordinaires, ce qui ne peut arriver qu'en faisant passer par toutes les phases d'un marais dont le dessèchement s'opère graduellement, une vaste étendue de terrain sur leurs rives. Et que l'on n'objecte pas l'état habituel de salure de leurs eaux comme s'opposant, soit à la génération , soit à la décomposition putride d''insectes et de plantes : ce qui se passe dans les marécages maritimes a répondu par avance à la première partie de cette hypothèse toute gratuite, et les fièvres intermittentes et pernicieuses des environs de Kochefort, de l'île de Valcheren , etc. , la fièvre jaune des Antilles , prouvent et la possibilité , et la formation , et les dangers de tels foyers d'infection. Tout ce que peut faire ici la présence du sel, c'est de retarder la putréfaction; mais pour la rendre bientôt plus violente et plus terrible dans ses effets; elle favorise, en effet, l'accumulation de masses putrescibles qui , lorsque la fermentation putride s'en empare, saturent rapidement l'atmosphère du poison pestilentiel. Ainsi se préparent sans doute et s'élaborent sourdement les épidémies affreuses qui viennent de temps à autre semer l'épouvante et la mort au sein des populations, tandis que les cas annuels de pestes sporadiques sont le produit ordinaire et en quelque sorte régulier des conditions hygiéniques habituelles précédemment signalées.

La saison de l'inondation terminée , celle de la végétation commence, et avec elle la peste apparaît. Cette saison qui correspond à notre hiver est le vrai printemps de l'Égypte , elle en a tous les attributs : une température douce et molle , des nuits froides , une végétation active , de la verdure et des fleurs. La chaleur du jour, l'humidité dont la terre est toujours imprégnée , favorisent et provoquent la décomposition de foutes les substances organiques que laisse à la surface du sol le dessèchement des mares produites par l'inondation, des matières putrescibles que la diminution de l'eau des lacs abandonne sur leurs rives , de celles que l'incurie d'une population sans énergie, sans prévoyance, sans hygiène , jette dans les cloaques situés souvent tout près des habitations, enfin des cadavres qu'ils entassent dans les tombeaux à peine creusés dans le sol, à peine recouverts, à peine clos. Répandus dans l'atmosphère au moyen de la vapeur d'eau qui le.s tient en dissolution , les produits de cette décomposition infecte l'air que l'on respire, et condensés surtout par la fraîcheur des nuits , ils inondent toutes les surfaces d'absorption , les imprègnent , les pénètrent, et par leur mélange avec le sang et leur contact délétère sur les organes principaux font naître les accidens si graves de la peste. Enfin la maladie disparaît à mesure que la chaleur s'accroît et que s'atténue en même temps un des élémens indispensables de la putréfaction, l'humidité ; elle cesse complètement, quand la terre desséchée par l'ardeur d'un soleil brûlant , se crevasse de toutes parts , comme pour ouvrir son sein à la prochaine inondation.

La cause principale de la peste réside donc bien évidemment dans le débordement périodique du Nil. Ce fleuve fournit en partie , par les substances organiques dont il s'est chargé dans sou cours et par les poissons et les insectes qu'il laisse dans les mares qui doiven^ leur servir de tombeau , la matière putrescible d'où doit jaillir le poison pestilentiel , il fournit l'humidité sans laquelle il n'y a pas de fermentation putride possible, la chaleur fait le reste.

D'autres causes contribuent sans doute à la production de ce fléau. Ainsi , dans les villes , on ne voit que des rues étroites, non pavées et dont le sol est profondément imprégné de la décomposition des matières animales; les décombres , les ordures et les cadavres d'animaux embarrassent et infectent sans cesse la voie publique , les cimetières sont situés quelquefois au milieu même des places publiques et toujours mal tenus , on pratique des sépultures particulières dans les maisons même et sans aucun soin; les conduits d'immondices sont dans le plus mauvais état ; enfin on y trouve jusqu'à des canaux infects qui les traversent. Dans les villages , habitations basses , étroites , non pavées, et dans lesquelles vivent pêle-mêle , hommes, femmes, enfans , et des animaux de

DlCT. DE MÉDECIKE ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.

toute espèce , tels que brebis , chèvres , ânes , pigeons , buffles et chameaux , lorsqu'elles peuvent tout contenir (Lagasquie); partout enfin , une population apathique , presque nue , misérable , exténuée par le besoin et la douleur , voilà certainement des causes trop puissantes d'insalubrité pour qu'il n'en soit pas tenu compte dans l étiologie de la peste. Mais on les retrouve ces causes dans des localités où cette maladie ne se montre jamais , elles sont donc impuissantes à la produire. Elles prédisposent à la contracter , elles en augmentent et la violence et le danger, comme nous voyons dans notre Europe , la misère , la débauche , et toutes les causes d'insalubrité , pourvoir de victimes les épidémies qui viennent de loin à loin nous visiter , telles que le typhus, la fièvre jaune, et le choléra-morbus asiatique ; bien qu'en temps ordinaire elles ne produisent pas de telles maladies.

Au milieu de toutes ces causes cependant , il en est une puissante qui semble les dominer et à laquelle on a fait jouer récemment le rôle principal dans la production de la peste, nous voulons parler du mauvais état des sépultures , d'où résulterait que les morts sur cette terre d Egypte empoisonnent incessamment les vivans. M. Pariset a défendu celte opinion avec toute la puissance de son admirable talent ; elle a trouvé depuis dans M. Lagasquie un défenseurnon moins habile et non moins entraînant. Suivant ces deux médecins , la peste n'a pas d'autre cause; l'inslitulion religieuse des embaumemens avait pour but et pour effet de la prévenir, elle n'a reparu dans le monde que depuis l'abandon de cette pratique éminemment prophylactique. Ce n'est pas ici le lieu d'établir une discussion sur la manière de voir de nos éloquens confrères, nous nous bornerons à dire qu'ils ne nous ont pas convaincu. Trois objections capitales nous paraissent renverser entièrement leur ojiinion, ces objections les voici. D'abord, il y a beaucoup de pays chauds où l'on pratique les sépultures avec aussi peu de soin qu'en Egypte, on retrouve à-peu près la même incurie à cet égard dans tous les lieux où domine le mahométisme , et cependant de l'aveu même deMM. Pariset et Lagasquie , la peste ne s'y développe pas ; quand elle s'y montre , c'est c(u'el!e y a été importée , elle ne peut naître spontanément que là où coule le Nil. En second lieu , la pêste ravageait l'Egypte sous les Pharaons, malgré le soin avec lequel se pratiquaient les embaumemens, pendant le long règne de ces rois. On voit dans les livres saints que la peste est une des sept plaies dont Dieu frappe l'Egypte, et parmi les maux dont les prophètes Isaie, Jértniie, et Ezéchiel menacent les enfans d'Israël qui appellent les Egyptiens à leur secours, ou qui fuient en Egypte pour se soustraire à la captivité de Babylone, on retrouve encore la peste et toujours la peste. En vain on dirait que sous le nom de peste les anciens confondaient toutes les maladies épidémiques et contagieuses auxquelles ils voyaient exercer de grands ravages , il n'en resterait pas moins démontré par le témoignage de la Bible , cjue l'Egypte était alors comme aujourd'hui un foyer perpétuel d'épidémie, et que, par conséquent, la pratique des embaumemens ne la rendait guère plus salubre. Alors comme aujourd'hui c'était donc la peste, la même peste qui la dépeuplait. Enfin, si cette maladie puisait son origine dans la putréfaction des corps, toute la population égyptienne aurait dû périr rapidement après la première épidémie. En effet, cette épidémie, en augmentant considérablement le nombre des cadavres, eût ainsi décuplé la puissance du foyer pestilentiel; de là, l'année suivante, une épidémie plus meurtrière encore, une immense quantité de cadavres, et ainsi de suite jusqu'à la dépopulation entière du pays. Le vice des sépultures ne produit donc pas la peste en Égypte ; c'est une cause d'insalubrité pour ce pays , et rien de plus ; mais nous n'en devons pas moins de la reconnaissance à MM. Pariset et Lagasquie pour nous en avoir , mieux qu'on ne l'avait fait avant eux, démontré les graves inconvéniens.

En résumé, la peste naît de l'inondation de l'Égypte comme le choléramorbus asiatique des débordemens du Gange. Le Nil, en regagnant son lit, a laissé toute la plaine couverte de flaques d'eau, il en a fait un véritable marais, et c'est du sein de ces marécages où se trouvent rassemblés des élémens putrescibles que le miasme pestilentiel s'élance. La rapidité avec laquelle ces milliers de marais éphémères se dessèchent, contribue , nous n'en doutons pas , à donner au poison son énergie. Quant à la spécialité de ses effets , elle tient sans doute à sa nature. N'est-ce pas ainsi que l'on explique jiourquoi le miasme qui se dégage de nos marais produit des fièvres intermittentes simples , celui des marais Pontins des fièvres pernicieuses , celui des marais du Gange le choléramorbus asiatique , celui des ports situés sous les tropiques la fièvre jaune? Quand la chimie pourra saisir ces agens elles analyser, elle signalera probablement entre eux des différences non moins grandes, que celles quelle a trouvées entre tous ces gaz qui lui étaient inconnus avant la découverte de Prieslley.

Pour compléter ce qui a trait à l'étiologie de la peste, il nous reste à dire quelques mots sur l'influence qu'exercent sur son développement les sexes, les âges, les tempéramens , les professions, l'état de l atmosphère , etc. On a remarqué que les hommes, les adultes , les individus robustes et doués d'un tempérament sanguin y étaient plus exposés que les femmes , les enfans , les vieillards , et les individus faibles et d'un tempérament lymphatique. Elle semble épargner certaines professions qui exposent à des émanations fétides, telles que celles d'équarrisseur , de corroyeur, etc., elle parait sévir au contraire sur quelques autres , telles que celles de boulanger, de forgeron , de cuisinier, etc. Enfin , on la voit surtout prendre le caractère fatal d'épidémie , lorsque l'hiver et le printemps sont chauds et pluvieux , que les vents sont rares et faibles ou qu'ils soufflent persévéramment du sud, et que le ciel est sombre et chargé de brouillards et de nuages.

La peste est cminemment contagieuse ; c'est la conséquence inévitable de la

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violence du miasme qui la produit. Exhalé en nature du corps des malades par les transpirations pulmonaire et cutanée et par les autres voies d'excrétion , comme tous les corps volatilisables introduits artificiellement ou accidentellement dans le torrent circulatoire , il conserve par conséquent les propriétés qu"il possédait en se dégageant du foyer d'infection et doit produire les mêmes effets. Mais , comme il en faut une certaine dose pour provoquer des effets morbides , on conçoit qu'un pestiféré ne communique pas toujours son mal à ceux qui l'entourent. S'il occupe une chambre vaste et dans laquelle l'air se renouvelle facilement, il se peut qu'il ne transmette pas sa maladie; placé dans des conditions opposées , il est pi'obable qu'il la communiquera. Beaucoup d'autres circonstances encore favorisent la transmissibilité de la peste ou la contrarient, et c'est faute d'en avoir tenu compte que des auteurs ont nié d'une manière absolue la propriété contagieuse de cette maladie , tandis que d'autres l'ont exagérée jusqu'au ridicule. On croit généralement que le miasme pestilentiel peut être transporté à de grandes distances; que certains corps , tels que la laine, le coton et les plumes, s'en imprègnent avec la plus grande facilité, et peuvent par conséquent servir d'intermédiaires à l'importation de la maladie; et l'on cite des faits à l'appui de ces opinions. Tout en reconnaissant combien ces faits sont souvent contestables, nous croyons à la possibilité de tous ces modes de contagion pestilentielle, tant le miasme qui en est l'agent nous parait actif ; mais nous pensons aussi que l'on en a singulièrement exagéré la puissance contagieuse. Ce sujet a besoin d'être étudié par un homme d'un jugement sûr et d'un esprit impartial. Qui pourrait mieux s'en acquitter que notre savant compatriote le docteur Clot-Bey?

Symptômes et marche. Incontestablement produite par un miasme , la peste doit souvent présenter , dans ses symptômes et dans sa marche, les quatre phases aue nous avons signalées ailleurs ( Nouveaux Elémens de pathologie Médidicate chirurgicale ) comme à peu-près constantes dans les empoisonnemens miasmatiques , savoir : une première qui annonce l'absorption du poison , une seconde qui signale son contact sur les centres nerveux et les principaux organes , une troisième qui témoigne des efforts de réaction de l'organisme , une quatrième enfin dans laquelle s'opère le travail d'élimination de l'agent toxique. C'est en effet ce qui a lieu dans un grand nombre de cas. Mais il arrive souvent aussi que ces phases sont peu marquées ou se confondent, que la maladie avorte ou tue après la première , ou la seconde, ou la troisième , et cela devrait être et se conçoit aisément : avec une réaction forte et une intoxication faible, le mal avorte dès son début ; avec une réaction faible au contraire et une intoxication violente , la mort peut être iuimédiate ; l'observation fournit des exemples de l'un et de l'autre genre. Entre ces deux extrêmes , on conçoit beaucoup de nuances qui s'éloignent ou se rapprochent plus ou moins de la marche que nous avons tracée. Mais en observant bien, on doit reconnaître souvent cette marche ; c'en est la marche normale , et l'on ne peut espérer de bien connaître la peste, de la bien traiter , qu'en l'étudiant du point de vue que nous venons de signaler.

L'invasion de la peste est quelquefois subite, d'aulres fois elle est précédée de quelques symptômes avant-coureurs, tels que des nausées, des vertiges, des douleurs dans les jambes, la rougeur de la langue, la chaleur et la sécheresse de la peau, la dureté et la fréquence du pouls. Ces symptômes nous paraissent indiquer que l'imprégnation miasmatique s'opère. Assez souvent, qu'elle débute lentement ou brusquement , un /) isson ouvre la scène .• on retrouve ce |)hénomène caractéristique au début de tous les empoisonnemens; il ne manque jamais de se mou trer chez les animaux dans les veines desquels on injecte des matières putrides ; il signale probablementle premier contact de l'agent toxique sur le système nerveux. A ce frisson succèdent bientôt delà douleur épigastrique, des nausées, des vomissemens bilieux , verdàtres, noirâtres et quelquefois sanguinolens, une diarrhée de même nature et très fétide (effort partiel d'élimination) , la perte de l'appétit, une soif excessive, la sécheresse de la langue, une chaleur acre et brûlante de la peau, quelquefois une haleine et des sueurs fétides (autre effort éliminatoire); le pouls est fréquent, souvent très petit, et quelquefois intermittent ; les urines sont souvent naturelles, et souvent rouges et troubles, quelquefois sanguinolentes. En même temps les malades sont en proie à une agitation , à une anxiété extrêmes , la terreur se peint dans tous leurs traits, ils éprouvent de la céphalalgie, du délire, des soubre sauts dans les tendons, de légères contractions des membres, et même parfois des convulsions. Plongés dans un état de stupeur plus ou moins profonde, ils se réveillent fréquemment en sursaut, et désespérés : quelques-uns sont au contraire tourmentés par une insomnie fatigante et par des vertiges; chez la plupart, la vue s'obscurcit ; les oreilles tintent, l'ouïe devient obtuse, les yeux sont étincelans, rougeàtres, égarés, quelquefois fixes , la parole est précipitée, rarement lente et plaintive; enfin toute la peau se couvre détaches pourpres, noires, violettes ou rouges, et des bubons se manifestent aux aines, sous les aisselles, au cou et aux régions parotidiennes; ces tumeurs passent fréqemment à l'état de gangrène.

On n'observe pas toujours tous ces symptômes réunis chez le même malade. Chez les uns, le mal se borne à une accélération peu considérable du pouls , à des nausées, des vomissemens, de la diarrhée, de la stupeur ou de l'insomnie, lin peu de délire, de la soif, la chaleur de la peau, et quelques engorgemens douloureux dans les aines. Chez d'autres, au contraire, la maladie se déclare avec une gravite extrême; on observe alors des frissons irréguliers, un refroidissement considérable de tout le corps, un pouls petit^ mou, lent ou fréquent, inégal et concentré , une pesanteur remarquable de la tête, une sorte d'ivresse , le regard fixe, l'œil terne, la parole lente, entrecoupée, plaintive, exprimant la terreur. La langue d'abord blanche devient bientôt sèche, rougeàtre, noire, ra-

boteuse, la face offre un aspect plombé; elle est éteinte et cadavéreuse; il existe des anxiétés précordiales, des nausées, des inquiétudes dans les membres, une prostration extrême, des absences d'esprit, de l'assoupissement; souvent alors la mort survient avant qu'aucune trace d éruption ne se soit montrée à la peau. Quelques malades enfin sont tués presque subitement. Quelquefois les bubons , les charbons et les pétéchies se montrent dès le début de la maladie.

Il n'est pas facile sans doute de retrouver dans cette description de la peste quatre phases que nous avons dit caractéristiques des empoisonnemens miasmatiques. Mais est-ce donc bien là une description régulière des phénomènes de la maladie suivant l'ordre dans lequel ils se déclarent, se succèdent, et s'enchaînent? n'est-ce pas plutôt un véritable pêle-mêle de ses symptômes? Et cependant à travers cette confusion, on peut encore reconnaître la période dans laquelle le poison pénètre l'économie, dans le malaise général, les petits frissons, les nausées, les vertiges, et le sentiment de courbature, qui précèdent souvent la véritable invasion de la maladie; l'époque où ce poison est mis en contact avec les principaux organes , dans le frisson violent du début réel du mal, dans le refroidissement considérabledu corps, l'anxiété précordiale, le ralentissement, la petitesse extrême et l'inégalité du pouls , l'aspect plombé et cadavéreux de la face, la pesanteur de la tête, l'état d'ivresse du malade, le sentiment de terreur qui s'en empare, la décoloration delà langue, les vomissemens et la diarrhée; la phase des phénomènes de réaction, dans le développement et l'accélération du pouls, l'accroissement de la chaleur de la peau, qui devient acre et brûlante, l'invasion d'une soif ardente, le dessèchement de la langue, l'endolorissement de l épigastreet de la tête, l'émission d'urines rouges, brûlantes, et quelquefois sanglantes , et la manifestation du délire, des soubresauts des tendons, des contractions musculaires et des convulsions; enfin, la phase des efforts éliminateurs , dans l'arrivée des sueurs abondantes et fétides , l'éruption des taches noires, rouges ou violettes sur toute la peau, et l'apparition des bubons aux aines, aux aisselles, etc. Nous ne doutons pas que les phénomènes de la peste ne se succèdent fréquemment dans l'ordre que nous venons de tracer; c'est là sa marche régulière, normale; on en verra probablement des exemples fiéquens quand on l'observei-a d'après ces idées; nous avons d'ailleurs expliqué déjà pourquoi cette marche normale ne pouvait pas être constante,

Nature de la peste. La nature de la peste ne peut donc plus faire, ce nous semble, un sujet de doute. C'est, ainsi que nous l'avons déjà dit, un véritable empoisonnement miasmatique; l'étude des causes démontre l'existence de l'agent toxique qui la produit, l'analogie des phénomènes morbides avec ceux que fait naître l'injection des matières putrides dans les veines des animaux prouve que c"e»t bien lui qui provoque ceux de cette maladie, l'observation de ces mêmes symptômes nous dit hautement que cet agent est doué de propriétés très-irritanles et très-septiques, puisqu'il provoque à-la fois des inflammations et des gangrènes intenses; l'ouverture des cadavres va confirmer cette vérité. Ainsi, on trouve à l'autopsie cadavérique des traces d'inflammation et de gangrène dans les principaux organes , tels que l'estomac , les intestins, les poumons et le foie, des taches pourprées et des tumeurs charbonneuses sur ces mêmes parties, un engorgement plus ou moins considérable de sang noirâtre et coagulé dans les vaisseaux cérébraux et les sinus de la dure-mère, les méninges enflammées , le cœur d'un rouge pâle , facile à déchirer et plein de sang noir et liquide. La multiplicité de ces lésions anatomiques, leur variété , leur nature, leur ressemblance enfin avec celles que l'on rencontre dans les cadavres des individus qui ont succombé au typhus , à la flèvre jaune , et au choléra -morbus asiatique , et surtout avec celles que l'on produit à volonté en tuant les animaux par une injection de matière putride dans les veines, tout n'atteste-t il pas qu'un poison irritant et septique a promené sa fatale influence dans toute l'économie ?

Pronostic. De la connaissance de la nature de la peste on pourrait déduire à priori &oa pronostic, mais nous préférons l'emprunter à l'observation, car s'il se trouve d'accord avec les opinions que nous venons d'émettre sur ce point, ce sera une forte preuve de plus de leur vérité. Voici donc ce que l'expérience a appris à cet égard. On peut prévoir en général l'intensité de la maladie par l'intensité des symptômes du début; si le frisson est léger, le refroidissement du corps peu considérable ou presque nul, l'altération de la face peu marquée , et le pouls assez développé, fort, égal et un peu fréquent, il est probable que le mal sera peu grave ; si , au contraire, le frisson est violent, le froid extrême, la face cadavéreuse, et le pouls petit, inégal, intermittent et lent, on peut s'attendre au développement d'une peste presque inévitablement mortelle. Plus la succession des accidens est régulière et ralentie, et plus les chances de guérison sont nombreuses, quelle que soit même leur gravité. Plus, au contraire, il règne de trouble dans la marche des symptômes, et plus on doit craindre une issue fatale quelle que soit leur bénignité apparente. Les bubons paraissent-ils des le début? c'est en général d'un pronostic fâcheux, ou tout au moins ils restentsans influence heureuse sur la marche de la maladie, ce sont des efforts éliminateurs intempestifs. Se montrent-ils au contraire après deux, trois jours et plus de l'invasion? on peut espérer la guérison; leur multiplicité est une garantie de plus d'une bonne issue. S'ils sont fermes et durs , cela prouve une réaction énergique qui est de bon augure; s'ils sont mous et surmontés de pustules; c'est le contraire ? S'ils s'affaissent la mort est inévitable et survient souvent dans un court délai ; la disparition subite des pétéchies doit aussi faire présager un grand et imminent danger. Il y a plus de gravité dans la présence des charbons que dans celle des bubons, parce qu'ils indiquent ou une moindre puissance de réaction ou une septicité plus grande du miasme , ou l'un et l'autre à-la-fois ; mais à cela près, tout ce qui précède leur est applicable. Des malades succombent dès les pre- I

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