II
PESTE
mières heures^ avant qu'aucune éruption ait pu se faire; écrasés pour ainsi dire par une trop forte dose du poison pestilentiel, quelques-uns tombent comme frappés de la foudre. Les sueurs et en particulier les sueurs fétides, survenant après les premiers jours et se soutenant bien, annoncent ordinairement et favorisent la guérison. Il est évident que tous ces faits sont dans une relation parfaite avec la nature de la maladie. Ajoutons, pour compléter tout ce qui touche au pronostic de la peste, que la présence des bubons et des charbons au cou et aux régions parotidiennes, est toujours d'un fâcheux augure, parce que ces tumeurs menacent les malades de suflbcation et réagissent sur l'encéphale dont elles accroissent l'état d'irritation, ou bien y provoquent un état de congestion par la compression qu'elles exercent sur les principaux vaisseaux de la région cervicale. Quel que soit le siège des bubons et des charbons, s'ils sont très-rouges, très-enflammés, ils ajoutent à l'irritation générale, et deviennent alors dangereux; aussi les médecins égyptiens préfèrent-ils les voir de couleur violette. On doit s'attendie à voir périr presque tous les malades, chez lesquels la prostration, l'assoupissement, les mouvemens convulsifs et le délire sont considérables , surtout s'ils ont, en même temps, le regard fixe et étincelant. La peste fait plus de ravages parmi les hommes, les adultes , les sujets vigoureux et pléthoriques, que parmi les femmes, les enfans, les êtres faibles et les vieillards; cela devait être, puisque déjà ces individus sont plus disposés à la contracter. Elle épargne rarement les hommes adonnés à l'ivrognerie et à la débauche.
La durée moyenne de la peste est de trois à quatre jours , en ne comprenant pas toutefois dans ce calcul le temps que mettent à guérir les bubons qui suppurent et les gangrènes des anthrax.
Traitement. De tout ce qui précède , on doit conclure déjà que , comme l'a dit Bertrand à propos de la peste de Marseille , nous n'avons pas affaire ici à une maladie d'un seul remède ; nous ajouterons, ni même d'une seule médication. Elle offre d'abord, comme tous les empoisonnemens , quatre indications principales à remplir, qui consistent : à évacuer artificiellement le miasme qui la produit, à le neutraliser, à en provoquer ou favoriser l'élimination naturelle, enfin à combattre les effets matériels de son contact sur les divers tissus. Ces indications diverses réclament des moyens forts différens, et quelquefois môme opposés de nature et d'effets ; enfin , c'est en général successivement et en temps opportun qu'il faut chercher à remplir chacune d'elles. Tâchons donc de bien apprécier toutes ces circonstances , et pour mieux faire ressortir les nécessités du traitement de la maladie , supposons-la régulière dans sa marche , et appliquons à chacune de ses phases la thérapeutique qui lui convient , en prenant toutefois pour guides les résultats déjà connus de l'observation et de l'expérience.
Ou lit dans les auteurs que la saignée a été souvent utile dans la peste. Massaria , Septalius , Chirac, Bertrand , Desgenettes , Russel , Buchaii , etc., l'ont employée avec plus ou moins d'énergie, et disent en avoir retiré de bous effets. On lit encore qu'elle a souvent été combattue avec avantage par les vomitifs et les purgatifs. Plusieurs observateurs au contraire proscrivent , les uns , les émissions sanguines d une manière absolue , les autres , les vomitifs et les purgatifs ; et des efforts que les pathologistes ont tentés pour concilier ces opinions contradictoires sont nés ces préceptes vagues parmi lesquels le praticien cherche en vain des règles précises de conduite. Or, un fait vrai n'en peut pas détruire un autre , la saignée a été utile , elle a été nuisible , et de même, les vomitifs elles purgatifs ; l'opportunité a fait leur succès , l'inopportunité leur danger. En conséquence de la théorie que nous nous sommes faite sur la peste, nous pensons doue que ces moyens d'éliminer artificiellement J'agent toxique ne sont applicables que dans les deux premières phases de la maladie. Nous pensons que la saignée convient chez les individus sanguins, pléthoriques, que le miasme n'a pas jetés dans une prostration dangereuse , et chez lesquels , par conséquent, le pouls conserve de la force, et du développement ; elle est indispensable alors , parce que comme le démontrent les expériences sur les animaux, c'est le meilleur moyen de débarrasser l'économie d'un poison qui l'opprime. Nous pensons qu'elle nuit au contraire chez les êtres faibles , mous , lymphatiques , sans énergie vitale , parce que, en diminuant encore la faible puissance de réaction qu'ils possèdent, elle les livre sans résistance à l'action septique du miasme ; elle devient nuisible par une raison analogue chez la plupart des malades quelle que soit leur force, pendant le frisson, et lorscjue le corps est froid , l'anxiété précordiale très-grande , le pouls pelit et inégal , et la face cadavéreuse. Ceci s'aplique également aux narcotiques. En appréciant toujours les faits de notre point de vue théorique, l'occasion d'employer les vomitifs ou les purgatifs doit être encore et plus rare et plus fugitive. On ne peut y recourir avec quelque espoir de succès , ce nous semble, que dans la toute première invasion des accidens, concurremment avec la saignée chez les individus sanguins , pléthoriques , et seuls au contraire tant que dure le refroidissement et les autres symptômes qui i accompagnent ordinairement. Jusque-là les voies digestives ne sont pas encore enflammées ; la présence des nausées , des voraissemens et de la diarrhée ne prouvent pas le contraire, car on sait que ces symptômes se déclarent presque immédiatement chez les animaux dans les veines desquels on a injecté des matières putrides. Mais bientôt cette phlegmasie consécutive éclate , et l'on comprend quel effet produiraient alors des vomitifs ou des purgatifs sur des surfaces enflammées. Des signes certains, généralement connus, parmi lesquels nous signalerons cependant la soif vive , la rougeur des bords et de la pointe de la langue , la sensibilité épigastrique , la chaleur brûlante du ventre , des vomissemens non plus spontanés mais provoques par l'ingestion des boissons , annoncent que ce changement s'est opéré ; aussitôt donc qu'ils se manifestent il faut éviter avec scia l'emploi de pareils [
moyens, et comme ils se montrent en général très-promptement , on voit que le moment opportun pour administrer ces agens est fort court. Or, ce qu'indique la théorie , l'observation l'a appris depuis long-temps, mais sans que l'on ait pu en déduire des préceptes fixes. Tous les bons observateurs ont dit, en effet, que les vomitifs et les purgatifs n'étaient utiles qu'au début de la maladie (le premier jour, dit Bertrand; il aurait dû dire , les premières heures), que très-souvent on voit les accidens s'accroître immédiatement sous leur influence, que bientôt ils deviennent dangereux et accélèrent la perte des malades ; enfin, que, dans tous les cas , on devait choisir parmi ces médicamens les plus simples et les moins irrifans , tels que l'ipécacuanha , la rhubai be , les tamarins , la casse, la manne, etc. , et les donner par doses fractionnées afin d'en pouvoir régler les effets à volonté. On comprend maintenant les motifs de toutes ces prescriptions.
La plupart des auteurs vantent l'usage des boissons délayantes, tandis que d'autres, en plus petit nombre , conseillent le quinquina , les alcooliques, le café , le camphre, etc.; comment concilier encore ces opinions si contradictoires ? La théorie nous dit que l'emploi des toniques et des stimulans devant avoir pour but de lutter contre la propriété septique du miasme et de suppléer à ce qui manque aux malades en puissance de réaction , il ne convient d'y recourir que dans la période de froid, et chez les malades qui sont jetés dans un état extrême d'adynamie ou chez lesquels il ne s'opère aucun mouvement réactionnaire ; qu'il faut les suspendre aussitôt leur effet produit ; que dans tous les autres cas on doit donner la préférence aux boissons délayantes ; que c'est surtout pendant la période de réaction qu'il importe de tenir sévèrement les malades aux boissons douces , qui seules conviennent à cette époque de la maladie, parce qu'elles modèrent la réaction et combaltent les accidens inflammatoires qui l'accompagnent et la suivent; enfin que l'on doit en seconder l'action , chaque fois que le besoin s'en fait sentir, par des émissions sanguines locales , pratiquées à l'épigastre , à l'anus , ou aux tempes, suivant les indications. L'emploi des vésicatoires et de tous les stimulans externes est subordonné aux mêmes conditions. Or, l'expérience est encore ici complèlement d'accord avec la théorie, ou ne saurait donc mieux faire que de se guider d'après ses prévisions.
Enfin , ou a souvent retiré de bons effets des substances sudorifiques. Cela se conçoit, puisque la sueur est dans la peste la voie la plus salutaire d'élimination du miasme. Mais dans quel temps convient-il de les administrer ? ce ne peut être dans les tiois premières phases de la maladie; ils manqueraient leur but , et ne pourraient qu'accroître les phénomènes inflammatoires. L'expérience a appris en effet qu'ils étaient impuissans et souvent nuisibles au début des accidens, et qu'il convenait d'attendre pour les prescrire que déjà la sécrétion de la sueur eût déjà commencé à se faire. Quels sudorifiques faut-il préférer? les plus légers, tels que les infusions ihoiformes de bourrache, de buglosse , de sureau , de salsepareille , etc. , afin , nous dit la théorie , de ne pas surexciter les voies gastriques et accroître ou réveiller leur état inflammatoire. L'expérience a sanctionné ce précepte , en prouvant que les anlimoniaux , l'ammoniaque, et tous les sudorifiques violens , n'avaient d'autre eff'et que d exciter les contractions du cœur, d'augmenter la chaleur générale et la Soif, excepté lorsque les malades se trouvaient dans un état d'asthénie considérable.
Tels sont donc , à notre avis , les bases du traitement rationnel de la peste. Pour les établir et les justifier, nous avons, il est vrai, supposé à la maladie une marche régulière et une succession de périodes que l'on n'observe pas communément , mais cela ne diminue en rien leur solidité , puisqu'elles s'appuient sur l'expérience autant que sur la théorie. Il en résulte seulement , que les moyens thérapeutiques dont nous avons précisé les indications et apprécié la valeur doivent être plus souvent combinés que successifs. Ainsi, il doit souvent arriver que , dans la même journée , il soit nécessaire de les employer tous ; mais ici commence l'impossibilité de tracer des préceptes, et c'est à son expérience et d son habileté pratique que le médecin doit demander des inspirations.
Il nous reste , pour achever, à dire quelques mots du traitement externe, qui ne présente au reste rien de particulier. Si les bubons sont fortement enflammés , on les recouvre de cataplasmes émolliens , de mie de pain , de farine de lin, d'herbes émollientes ; s'ils le sont peu , on rend ces cataplasmes escitans et maturatifs par l'addition de l'oseille, de l'ognon de lys , etc., car il importe toujours d'en hâter la suppuration ; enfin, s'ils sont gangreneux, on fend de bonne heure l'escharre ou bien on y applique un caustique ou un bouton de feu, après quoi on la recouvre d'un cataplasme. Quand les bubons sont indolens et sans inflammation de la peau, il convient aussi de les cautériser pour y provoquer un mouvement inflammatoire dont la suppuration soit bientôt la suite ; on pratique ordinairement cette cautérisation au moyen du bouton de feu ; mais on peut le remplacer par la potasse caustique; quelques auteurs conseillent l'application d'un vésicatoire sur la tumeur. Il ne faut pas attendre que la fluctuation soit manifeste dans un bubon pour y plonger le bistouri^Après l'ouverture des tumeurs, le pansement doit être simple : de la charpie sèche ou enduite d'un digestif simple et des cataplasmes suflisent en général. On a remarqué que les onguens , les liqueurs spiritueuses , irritaient les plaies, et qu'il fallait promptement y renoncer ; les lotions trop fréquentes, même avec un liquide émoUient , ont paru plus nuisibles qu'utiles. Sur les charbons et les bubons gangréneux cependant, on peut , après avoir convenablement fendu ou cautérisé l'escharre, appliquer du styrax ou du digestif animé pour en favoriser la chute.
Nous croyons, avons-nous dit , à la propriété contagieuse de la peste , trop de faits la démontrent pour pouvoir le révoquer en doute. En vain les parti-
PESTE
PHARYNGITE.
sans de lopinion contraire citent des exemples nombreux de personnes qui, mises en contact journalier avec des pestiférés, n'ont cependant pas contracté la maladie , cela prouve seulement que dans la peste , comme dans toutes les autres maladies contagieuses , la contagion n"est pas une chose absolue. Qui ne sait que pour les maladies virulentes elles-mêmes, on observe un grand nombre d esemples semblables ? Quelques individus ne se montrent-ils pas réfractaires en quelque sorte, même au virus de la syphilis; et ne sait-on pas cependant qu'il suffit de la plus petite quantité d'un virus pour reproduire la maladie h laquelle il appartient , tandis qu'il faut toujours une quantité assez considérable d'un miasme , comme de tous les poisons, pour qu'il produise des effets morbides ? Doit-on s'étonner après cela de voir uii grand nombre de personnes échapper h l'action d'un miasme répandu dans l'air et dont mille circonstances peuvent atténuer ou détruire l'influence ? Si donc la peste est incoutestableuient contagieuse, il y a des précautions à prendre pour se mettre à l'abri de la contagion ; or dans les pays où cette maladie est endémique , il n'y en a qu'une seule d'efficace , c'est l'isolement ; peut-être l'emploi des chlorures serait-il de quelque utilité. Dans les pays où la peste n'existe pas , c'est au moyen des quarantaines et des cordons sanitaires que l'on s'en préserve , et lorsque parla négligence d'une des mille précautions que l'expérience a consacrées , la maladie vient à y pénétrer, l'isolement des malades, les cordons sanitaires autour des lieux contagiés , sont encore les seuls moyens de s'opposer à la propagation du fléau. (Voyez Contagion et quarantaine. )
Mais ne serait-il donc pas possible de faire plus pour l'humanité que de s'opposer aux envahissemens de la peste ? ne peut-on pas espérer de parvenir un jour à l'étouffer dans son berceau Ce bienfait nous paraît réalisable. Si les débordemens du Nil, eu convertissant, pendant quelques jours après la retraite des eaux, toute l'Égypte en une multitude de marais, au sein desquels il s'allume un foyer de fermentation putride d'autant plus actif que la chaleur est des plus ardentes , sont la cause première de cette affreuse maladie , ne serait-ce pas le meilleur moyen d'extirper le mal que de régulariser par un système de canaux bien entendu la dispersion et la retraite de l'eau fécondante du fleuve. Le vaste ensemble de canaux dont les anciens rois de l'Egypte avaient sillonné celte terre fertile, paraît avoir produit autrefois ce résultat admirable , car à quelle autre cause attribuer cette salubrité si vantée par tous les historiens , dont l'Égypte a joui depuis le règne des Pharaons jusqu'aux premiers temps de la domination romaine? Enfin on attein,drait le même but , ce nous semble, en couvrant de forêts toute la Basse-Égypte , afin de rappeler et de fixer sous son ciel d'airain les nuages dont il est déshérité. Bientôt arrosé par des pluies fécondantes , protégé de temps en temps par un voile nuageux contre les ardeurs d'un soleil qui le calcine , le sol aride de cette contrée deviendrait fertile sans le secours du fleuve. Alors on pourrait réaliser le projet du Portugais Albukerque, détourner le cours du JNil et le faire arriver dans la mer Rouge. En même temps, sans doute, on devrait assainir les villes, et surtout remédier au vice des sépultures , si bien signalé par nos confrères, MM. Pariset et Lagasquie , et l'on verrait renaître en Égypte la salubrité dont elle fut si Oère. Avec les sommes que les gouvernemens européens dépensent depuis des siècles en frais de lazareth et d'intendances sanitaires , avec celui que les quarantaines font perdre au commerce , il serait possible d'exécuter ces plans , et de débarrasser ainsi le monde d'un des plus horribles fléaux qui l'affligent.
Le nombre des auteurs qui ont écrit sur la peste est très-considérable, mais ils ont appliqué ce nom à des maladies si diflFcrentes , qu'il faudrait les lire tous pour faire un choix et ne citer que ceux qui ont traité réellement de la peste d'Orient. Un tel travail vaudrait-il la peine qu'il coûterait ? Nous en doutons , aussi ne l'avons-nous pas même entrepris. Nous ne citerons doue qu'un petit nombre d'ouvrages à nos lecteurs, mais ce seront les plus utiles à consulter.
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Pestalozzi ( Jean). Avis de précaution contre la maladie contagieuse de Marseille, qui contient une idée complète de la peste et de ses accidens ; in- 12 , Lyon , 1721. — Opuscule sur la maladie contagieuse de Marseille de 1720 , in-12 , Lyon , 1823. — Suite et confirmation de la contagion par les levains , in-12 , Lyon , 1723.
ClUcoyneau ( Trancois). Observalioas et réflexions louchant la nature, les événemens et le traitement de la peste de Marseille , iji-12 , Lyon et Paris, 1721 .— Lettre de M. Chicoyneau , poiu- prouver ce qu'il a avancé dans les observations , in-12 , Lyon , 1721.
Bertrand (Jean-Baptiste). Relation historique de la peste de Marseille, in-12 , Cologne, 1721.
Soulier. Observations et réflexions touchant la nature, les événemens et le traitement de la pesie de Marseille. Lyon, iu-12.
Jstruc (Jean). Sur l'origine des maladies épidémiques , principalement de la peste ; in-8o, Wonipellier , 1721. — Sur la peste de Provence. in-8°, MonlpeUier, 1722.
Beidter (Antoine). Expériences sur la bile et les cadavres des pestiférés , in-4'', Zurich , 1722.
Guy de la Brosse. Traité de la peste , in-8", Paris, 1723.
Senac (Jean). Traité des causes, des accidens et de la cure de la peste, in-4'', Paris, 1744.
Mellzer (Friedrich-Liidwig). Description de la peste qui a régné à Moscou en 1772, in-B", Moscou , 1776 ( en allemand).
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Samo'itowitz. Mémoire sur la peste qui , en 1771 , ravagea l'empire de Russie, et surtout Moscou. Paris, 1783, in-S».
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J.-V. Tully. The hislory ofthe plague, as it lately appeared in ihe islands of Malla,Gozzo, Corfou and Cefalonia, London, 1821 , in-8".
E. Pariset. Mémoire sur les causes de la peste et sur les moyens de la détruire. {Annales d'hygiène publiiiue et de médecine légale. 1831 , t. vi, page 243.)
Lagasquie. Reclierches sur l'origine de la peste et les moyens d'en prévenir le développement. ( Revue médicale française et étrangère, cahiers de janvier, février et mars 1834. )
(L.-Ch. Roche.)
PETECHIE. Voyez F'este , typhus.
PETIT CHÊNE. Voyez Germandrée.
PETIT LAIT. Sérum laciis. Il a déjà été question de ce liquide au mot lait ; et si nous y revenons ici, c'est pour le considérer sous le point de vue de la matière médicale et de la thérapeutique. Le petit lait , partie la plus liquide du lait, est composé principalement d'eau tenant en dissolution du sucre de lait , quelques sels, et une certaine portion d'albumine qui n'a pas été coagulée. Il S est, quand il est convenablement filtré, limpide, sans couleur et sans odeur , ji ayant une saveur fraîche et douce. Il passe en général avec facilité chez des ma- .j lades qui ont peine à supporter d'autres boissons : il est rafraîchissant , laxatif i et légèrement nourrissant. On l'imite dans quelques pharmacies au moyen de ! blanc d'oeuf battu dans l'eau et additionné de sucre de lait. Cette manipulation est sans doule coupable lorsqu'elle est faite dans l'intention de tromper; mais ij pour le résultat, il nous parait difficile d'admettre une différence réelle entre ,' le petit lait fabriqué de toutes pièces , et celui qui vient du lait décomposé. 1
Quel que soit le lait employé, plus ordinairement c'est celui de vache; on i le met à bouillir ,et l'on provoque la coagulation au moyen d'un peu de près- | sure ou d'acide, puis on le clarifie avec un blanc d'œuf battu dans un peu > d'eau , et l'on filtre lorsqu'on veut l'avoir parfaitement clair. Cette boisson ne |i doit être préparée qu'à raison du besoin , parce qu'elle s'aigrit facih^ment. On t doit éviter également d'y mettre trop d'acide de peur d'eu changer les propriétés, i
Le petit lait est d'un emploi fréquent dans les maladies inflammatoires où il j est nécessaire d'entretenir la liberté du ventre; mais comme sa vertu laxa- i live est assez faible, on l'accroît, en y ajoutant diverses substances qui en sont i pourvues à un plus haut degré; telles que la manne , la pulpe de tamarin, quelques sels neutres. Quand on l'emploie seulement comme boisson adoucissante , on l'édulcore avec du sirop de violette ou de guimauve.
L'apozème connu sous le nom de remède anti-laiteux ou petit lait de 'Weiss, j est encore une de ces préparations bizarres qui , autrefois , faisaient la fortune 1 et la réputation d'un homme. Une pinte de petit lait avec deux gros de séné , | autant de sulfate de soude, et dans laquelle on avait fait infuser un scrupule de ; caille-lait, de fleurs de sureau , de millepertuis et de fleurs de tilleul , tel était | le remède qui n'avait pas dû coi'iter à son auteur un grand effort d'invention , ' et dont les bons effets s'expliquent très-bien par la légère purgation qui en résultait. Il est à peine nécessaire de dire que ce remède était employé à la suite j des couches, pour prévenir et combattre ce qu'on appelait maladies laiteuses. |
(F. Ratier. ) j
PÉTROLE. Vojez Naphte. i PHARYNGITE. Pharjngitis. Inflammation du pharynx , plus généralement connue sous ia dénomination d'angine gutturale , pharyngienne ou pharyngée ; laquelle est préférable selon nous , au mot pharyngite cjui entraine avec lui l'idée d'une inflammation isolée, bornée au pharynx seul; tandis que > constamment, la phlegmasie existe à-la-fois, quoiqu'à des degrés différens '; il est vrai , sur le pharynx , les amygdales , les piliers et le voile du palais , dans ! les fosses nasales, etc. L'inflammation peut bien être plus tranchée , plus des- ; sinée sur un point de la membrane qui revêt tout ensemble le pharynx, le voile j du palais, les amygdales , les fosses nasales , etc. ; mais elle n'est jamais assez | exactement limitée à l'un de ces organes pour que les autres en soient exempts , j ou plutôt ne participent point à l'état inflammatoire. Il est de même difficile de \ penser que la phlegmasie du pharynx puisse être limitée à la partie supé- ' rieure ou à la partie inférieure de l'organe, comme l'ont écrit des auteurs qui i ont été même jusqu'à assigner des signes propres à la phlegmasie de telle ou , telle autre partie du pharynx. C'est donc à l'inflammation simultanée , mais à | des degrés différens, de toutes les parties comprises dans le fond Je la bouche , i qu'il faudra rapporter ce qui va suivre. I De toutes les causes susceptibles de donner lieu à cette inflammation , la plus I commune est l'impression du froid et surtout du froid humide sur une partie du i corps , et principalement le refroidissement des pieds. Quelquefois elle succède I à 1 ingestion d'alimens foit excitans, de boissons excitantes , très-chaudes, ou ! très-froides , le corps étant en sueur. La jeunesse et le tempérament sanguin | ont encore été rangés parmi les causes prédisposantes de la pharyngite (comme ! en général ils disposent à toutes les phlegmasies ) ; on l'observe constamment i dans les fièvres exanthémathiques ; souvent on la voit régner d'une manière |
PHARYNGITE.
PHARTNGOTOME.
épidéuiique dans les saisons caractérisées ])ar des variations brusques de tempéralui e : certaines personnes en6n y semblent plus particulièrement disposées, et chez elles, l'angine gutturale apparaît et se reproduit avec la plus grande facilité sans qu'il soit possible d'en assigner la cause; mais dans ces cas, elle revêt le plus communément une forme chronique , ou tout au moins peu aiguë.
La pharyngite à l'état aigu , s'annonce le plus ordinairement par une sensation de chaleur et de sécheresse dans le fond de la bouche et jusque d.ms les fosses nasales. La membrane muqueuse qui revêt le pharynx, les amygdales, le voile et les piliers du palais est rouge et luisante ; le malade accuse dans toutes ces parties une douleur plus ou moins profonde , tensive , dont le siège , quand l'inflammation prédomine dans le pharynx , serait en quelque sorte dans la base du cou , au-devant des vertèbres cervicales. La rougeur et la douleur augmentent de plus en plus, au point de devenir parfois extrêmes. Tant que l'inflammation n'envahit point quelques-uns des organes de la respiration, celle-ci se fait en général avec facilité ; mais les mouvemens de déglutition deviennent de plus en plus difficiles , souvent même tout-à-fait impossibles , surtout pour les boissons qui, n ofl'rant point aux contractions des muscles du phalynst , la même résistance que les substances solides, cèdent, se dissocient, et sont rejetées par les fosses nasales avec des efforts de toux violente. Le gonflement de la membrane enflammée n'est que peu considérable , si ce n'est sur la luette, dont le volume est quelquefois augmenté au point qu'elle vient sans cesse s'appuyer sur la base de la langue qu'elle titille , et donne lieu ainsi à des efforts continuels et fort pénibles d'e.\puition et de vomisseraens. Des douleurs parfois très-vives se font en même temps ressentir dans l'une des oreilles ou dans les deux à-la-fois; c'est une extension de le phegmasie dans la trompe d'Eustache. Parvenue à ce point, la pharyngite s'accompagne assez ordinairement d'une fièvre intense , d'une soif ardente d'autant plus pénible que les malades ne peuvent la Svitisfaire, Plus tard , à la sécheresse de la gorge succède une sécrétion abondante d'un mucus filant, plus ou moins tenace, dontl'expuition n'a souvent lieu qu'après des efforts considérables accompagnés de nausées; chez quelques malades l'inflammation reste très-superficielle , c'est une simple inflammation éry thémateuse de la membrane pliaryngo-palaline ; chez d'autres, le tissu cellulaire sous-muqueux s'enfl.imme et les symptômes alors prennent un plus haut degré d'acuité; on y reconnaît les signes propres à la phlegmasie du tissu cellulaire , et c'est alors que la maladie se termine souvent par suppuration.
Il est rare que l'angine gutturale se prolonge au-delà de deux septénaires. Le plus communément, après sept ou huit jours , on voit successivement s'amender tous les symptômes qui finissent ensuite par se dissiper complètement. Dans les cas fort rares où elle se termine par suppuration, celle-ci est annoncée , comme toujours, par des frissons irréguliers, par un sentiment de pulsations insolites dans une des parties de la membrane enflammée, puis enfin apparaît sous la muqueuse ou sous la peau , suivant le point où s'est faite la collection du pus , une tumeur molle , fluctuante , plus ou moins considérable , qui , par la compression qu'elle exerce , gène plus ou moins la respiration , et toujours beaucoup la déglutition. C'est un abcès qu'il faut se hâter d'ouvrir dès que la fluctuation y est manifesti; , pour éviter les suites quelquefois lâcheuses de son ouverture spontanée.
La terminaison la plus ordinaire de l'angine gutturale est la résolution ; mais une première angine est une circonstance qui dispose singulièrement à une récidive , et chaque fois la résolution est de moins en moins facile. Ainsi s'établit un état chronique, plus long conséquemment et plus diflicilement curable. C'est alors que souvent la luette conserve un volume considérable, qu'il n'est pas toujours facile de lui faire perdre, et qui en rend quelquefois la résection nécessaire. On a vu l'inflammation qui nous occupe, portée au plus haut degré , se terminer par la gangrène. Cette terminaison est annoncée par une odeur d'une fétidité caractéi istique, et mise hors de doute par l'apparition d'escarrhcs gangréneuses. Quand la gangrène est peu profonde , la guérison peut avoir lieu , même assez promptement sous l'influence d'un traitement convenablement d rigé ; mais dans les cas de gangrène fort profonde , le malade court les plus granils d ingers , par des motifs qu'il est facile de comprendre. Nous avons vu plus haut que la pharyngite, ou plutôt l'angine gutturale , se termine quelquefois par suppuration ; plus souvent elle prend la forme chronique.
Dans cet état , ses symptômes se réduisent à une gène habituelle de la déglutition , avec douleur légère dans l'arrière-bouche et les parties voisines , et une sécheresse insolite , ou une augmentation de la sécrétion de la membrane malade ; c'est sous celte forme qu'elle accompagne souvent une inflammation chronique plus profonde de l'estomac ou des poumons par exemple , et ce n'est pas d'elle que vient alors la gravité du mal.
Traitement. L'angine palato-pharyngienne légère , cède à-pei)-près toujours à (les gargarismes mucilagineux ou légèrement asiringens , à des ajîplications de cataplasmes émolliens autour du cou , aux pédiluves irritans, à deux ou trois jours de repos et d'une diète légère. Il est de ces angines peu inienses, évidem- I ment liées à un embarras gastrique , que l'on combat avec succès par les vomi- I tifs, mais c'est un moyen hasardeux , qui réclame en général une grande réii serve , et dans les cas douteux c'est un devoir de s'en abstenir.
A un degré plus élevé de la maladie, on a recours avec avantage aux sangsues appliquées sur les côtés du cou en nombre proportionné à l'intensité de la phlegmasie et à la force du malade. Peut - être serait-il bien de faire précéder toujours l'emploi des sangsues de la saignée générale. Dans le degré le plus élevé de l'angine gutturale , il devient indispensable de recourir de prime
DlCT. DE MÉDECIHE ET DE CHIRURGIE PRATK^UES.
abord à la saignée générale plus ou moins répétée et abondante , aux sangsues en très-grand nombre, aux ventouses profondément sacrifiées sur les côté-i des vertèbres cervicales , aux révulsifs les plus actifs. En un mot , quand la maladie s'annonce d'une manière sur-aiguë , il faut se hâter d'employer dès le dcbut le traitement antiphlogislique le plus énergique. Il faut avoir l allention de tenir toujours les malades dans une position telle qu'elle empêche l afflux et la stase du sang vers la tête, qui sera soutenue sur des oreillers en crin ou en balle d'avoine. Un moyen fort efficace et trop peu employé dans les inflammation? profondes de la gorge . c'est l'usage des bains tièdes , de 20 à 26 degrés, prolongés pendant cinq à 6 heures chaque fois , et dans lesquels on tient les malades plongés jusqu'au-dessus du cou. Quand ils ne peuvent supporter un bain d'une aussi longue durée, il faut faire en sorte qu'ils en prennent deux de trois ou quatre heures chaque, dans le cours de la journée. Par ces bains prolongés, on diminue la chaleur de la peau, ou soulage cette soif ardente que les malades ne peuvent satisfaire, vu la difllcullé de la tiéglutil ion ; souvent l'on est parvenu à éteindre ainsi des inflammations jusque-là fort rebelles.
Il arrive fréquemment dans les angines gutturaks intenses que les douleurs sont exaspérées par l'emploi des gargarismes, à cause des mouvemens de contraction qu'ils nécessitent, il faut alors s'en abstenir. On engagera les malades à introduire seulement dans leur bouche , sans les agiter aucunement , des liquides mucilagineux. d'une douce température, qu'ils feront ensuite écouler par leur propre poids, en inclinant la tête en avant. On obtient ainsi un bain local qu'il est possible de répéter h volonté , et dont l'effet est alors favorable. On en peut dire autant des boissons, qui ne font pas toujours le bien qu''on en espérait, parce Cfu'elles ont de même l'inconvénient d'exciter les conlraclions de 1' organe enflammé ; et sa douleur ainsi renouvelée peut souvent devenir une cause nouvelle de l'inflammation.
On ne pourrait sans inconvénient négliger d'examiner chaque jour avec attention la profondeur de la bouche ; c'est une précaution importante. Si l'on aperçoit quelques traces d'un abcès dans un point quelconque du palais ou du pharynx , il faut , dès qu'on y sent de la fluctuation , se hâter de l'ouvrir, soit avec la pointe d'un bistouri ou d'une lancette dont la lame a été préalablement entourée d'une bandelette en linge pour préserver les parties voisines ; soit , ce qui est préférable , avec le pharyngotome de J.-L. Petit ; après l'ouverture de l'abcès , on met en usage les gargarismes, émolliens d'abord, puis rendus de plus en plus astringens , à mesure que l'inflammation décroit.
Quand on n'a pu empêcher la phlegmasie de se terminer parla gangrène, il faut alors avoir recours à tous les moyens propres à atténuer les effets de la présence et de la résorption des liquides et des exhalaisons putrides qui s'échappent sans cesse des parties gangrénées. C'est alors qu'on emploie avec avantage les boissons a mères , les décoctions d'écorces de chêne , de quinquina, les acides végétaux ou minéraux, les chlorures d'oxides de sodium ou de calcium mêlés aux gargarismes ; l'on touche la surface des escharres et les parties vivantes qui les entourent avec une éponge ou un pinceau trempé dans un mélange tl'acide hydro-chlorique et de miel , avec la solution de nitrate d'argent dans l'eau distillée (8, 10 et 12 grains par once de liquide )- ou même avec le crayon de nitrate d'argent fondu pour en hâter la chute et borner les progrès de la gangrène ; puis quand la maladie est ramenée aux conditions des jihiegmasies simples , on revient au traitement qui leur est applicable.
Quand l'angine gutturale a perdu beaucoup de son intensité , et que cependant elle se prolonge au-delà de huit on dix jours , après un emploi suffisant des anliphlogistiques , on retire d'excellens effets des vésicatoires placés en différens points du cou ; à sa partie postérieure, si l'inflammation a conservé encore quelque acuité ; sur ses parties latérales et même à sa pai lie antérieure , si le mal est devenu presque indolent et qu'il ne reste plus qu'une sorte d'engorgement des tissus, un état phlegmasique sub-aigu.
Dans les cas où l'inflammation est passée à l'état chronique ou s'est montrée de prime abord sous cette forme, quand la luette est restée volumineuse, allongée , on s'est trouvé quelquefois bien de la cautérisation légère des parties malades , soit avec le crayon de nitrate d'argent fondu , soit avec sa dissolution tlans l'eau. Ce mo3'en étant insuflisant, il peut devenir indispensable de faire la résection des amygdales ou de la luette. ( Fojez Luette, amygdalite.)
C'est dans cette forme chronique de l'angine gutturale que les vêtemens de laine appliqués immédiatement sur la peau , les frictions sèches ou aromatiques et les exutoires prolongés , sont d'une utilité remarijuable. Il a suffi à quelques malades, pour obtenir a la longue la guérison d'angines gutturales chroniques, de porter constamment , le jour et la nuit, une cravate en flanelle appliquée immédiatement autour du cou.
Quand 1 inflammation chronique des parties profondes de la bouche et du pharynx se trouve liée à un état maladif d'autres organes, ce n'est que par la guérison de la maladie principale qu'on peut espérer de la voir cesser, (f^oj ez Amygdalite , AKGiiiE , larîhgite , luette, palatite et trachéite .)
( P. JOLLÎ.)
PHARYNGOTOME s. m. et PHARYNGOTOMIE s. f. -f^p-j-/ pharynx . t de zcfjt.u incision. Termes qui servent à désigner, le premier 1 instrument qui sert à inciser le pharynx , et le second l'opération par laquelle ou divise les parois de cet organe , afin d'extraire les corps étrangers ([u il peut recéler.
Il est assez rare qu'on soit obligé de porter l'instrument tranchant dans le pharynx , soit afin de donner issue à des collections purulentes formées à son voisinage ou dans son épaisseur, soit pour dégager et extraire des corps étrangers arrêtés dans sa cavité. J'ai vu , cependan t , il y a peu d'années , uu malade qui , à la suite d'une gastro-encéphalite grave, avait eu un abcès critique vo-