PINCES
doués d'une odeur agréable analogue à celle des girofles ; ceux-ci appartiennent aux myrtacées.
Piment des jardins j poivre d''lnde ou poivre de Guinée , Capsicum annuiirrij L., de la famille des solanées. Cette plante , originaire de l'Iude , est généralement cultivée aujourd'hui en Afrique , en Amérique , en Espagne, et même dans nos jardins , où elle se fait remarquer par la coulenr de ses fruits qui sont d'un rouge de corail lorsqu'ils sont parvenus à leur maturité.
Ce fruit est une baie sèche, grosse et longue comme le pouce , conique , un peu recourbée à l'extrémité , lisse et luisante. Il est divisé intérieurement en deux ou trois loges, qui renferment un grand nombre de semences plates et réniformes. Il offre une saveur ûcre et brûlante et sert d'assaisonnement dans les cuisines ; mais son âcreté, si forte qu'elle soit, n'est pas à comparer avec celle des fruits du capsicum frutescens, L., qui est cultivé dans les Indes et en Amérique, et dont les habitans font une si grande consommation que, au dire de Frézier, une seule province du Pérou en exportait chaque année pour plus de 80,000 écus.
Ce piment est beaucoup plus petit que le nôtre , jaunâtre , pourvu d'une odeur très acre, comme animalisée , et d'une saveur tellement acre et caustique qu'on lui donne comaïuuémcnt le nom <i.n piment enragé.
PIMENT DE LA. JAMAÏQUE, piment des /Inglais, toute-épice , poivre de la Jamaïque. On donne ces difiërens noms au fruit desséché du mrrtus pimenta, L. (Eugenia pimenta j D. C.) Toutes les parties de cet arbre sont aromatiques , et sont usitées dans les Antilles où il est cultivé, mais le fruit seul nous vient par la voie du commerce. Il est sec , gros comme un pois , presque rond, rugueux, rougeâtre , marqué d'un ombilic à la partie opposée au pédoncule, doué d'une odeur très-agréable, qui tient des girofles, de la muscade et de la canelle. Il donne à la distillation une huile volatile plus pesante que l'eau , et jouissant des mêmes propriétés que l'huile de girofles.
Ce qu'on nomme piment tabago est le même fruit récolté dans l'ile de ce nom , mais dans un état de maturation plus avancé ; il est plus gros que le premier, grisâtre , moins aromatique et moins estimé. On trouve quelquefois aussi dans le commerce le poivre de Thévet ou piment couronné : celui-ci est plus petit que les précédens , d'une forme ovale et couronné par le limbe du calice, il a une odeur très forte et pipéracée; il est produit par le myrius acris de Linné, mjrcia acris de M. de Candolle. (Guibourt.)
PINCES, s. f. pl. volsellœ. Instrumens destinés à saisir , à fixer, à attirer différentes parties pendant les opérations.
Des pinces se composent toujours de deux branches au moins, branches réunies d'une manière variable , suivant les cas, et susceptibles d'être écartées ou rapprochées , pour lâcher ou embrasser exactement les objets. Quelque variées que soient les pinces , on peut les rapporter à trois formes principales : tantôt ce sont deux branches soudées ensemble à une de leurs extrémités, libres dans le reste de leur étendue, naturellement écartées l'une de l'autre par leur élasticité, et susceptibles d'être rapprochées par la pression de la main, comme dans la pince à disséquer ; tantôt les deux branches qui les composent sont réunies par une charnière dans leur partie moyenne , comme dans les ciseaux; et tantôt enfin, la partie prenante de l'instrument est le produit de la subdivision d'un tube plus ou moins long ; ses mors s'écartent spontanément par leur élasticité, et ils peuvent êlre rapprochés les uns des autres au moyen d'un tube excentrique que l'on fait glisser sur eux ; telles sont la plupart des pinces litholabes.
Les pinces du premier genre présentent plusieurs variétés :
lo. La pince ordinaire à disséquer; 2° la pince à coulisse , dont les branches sont percées , à un pouce environ au dessous de leur union, d'une fente dans laquelle glisse un petit coulant mobile, qui, abaissé, rapproche les mors de l'instrument, tandis qu'élevé , il en permet l'écartement; 3" la pince à cataracte , dont les mors sont arrondis ; 4° la pince à torsion de M. Amussat. Véritable pince à coulisse, la pince à torsion présente des mors dentelés du côté par lequel ils se regardent , et qui se correspondent immédiatement dans l'étendue de quatre lignes environ ; ses branches , arrondies au-dessus du point précédent , ne sont plus séparées que par une fente étroite , quand les mors sont rapprochés l'un de l'autre; cette pince enfin, est munie d'un coulant particulier, qui la maintient fermée à volonté. Ce coulant, formé ordinairement de fer bronzé, est long de quatorze lignes environ; dans ses trois quarts supérieurs, il présente une fente allongée ; au-dessous de cette fente , il est relevé par un bouton saillant , qui permet de le faire jouer facilement sur la pince ; son ex'rémité inférieure est terminée par un bec mousse; il est retenu sur la branche mâle de l'instrument au moyen de deux petits clous à vis , qui traversent la rainure quia été mentionnée , et qui ne sont pas assez serrés pour empêcher les mouvemens. Près du bec du coulant qu'elle porte, la branche mâle de cette pince offre deux échaiicrures latérales , dans lesquelles sont reçus deux montans , qui naissent de la face interne de la branche femelle de l'instrument, et qui offrent eux-mêmes chacun , du côté par lequel ils se regardent, une petite rainure qui reçoit le bec du coulant, lorsque l'on veut fermer la pince.
Les pinces du second genre ont été également modifiées de diverses sortes , suivant les usages auxquels on les a destinées :
1°. La pince à pansement ou à anneaux , qui ressemble tout-à-fait à des ciseaux, avec cette seule différence que là où les branches se croisent et deviennent tranchantes dans ceux-ci, dans celles-là elles sont directement opposées et aplaties, ou munies de quelques dentelures superficielles pour saisir mieux les objets.
: 2o. En leur donnant plus de longueur , et ea modifiant très-peu leur partie
PITYRIASIS.
prenante, on a transformé les pinces à pansemens en pinces à polypes , en pinces lire-balle , etc. ( Fojez ces mots. )
3». Les pinces de Museux, véritables pinces à anneaux, que Museux de Keims a eu l'idée de munir de quatre crochets, qui se regardent et se croisent à leur extrémité. Celte pince, plus ou moins courbée, a été destinée par son auteur à l'excision des amygdales; maison l'a employée très-utilement depuis dans beaucoup d'autres opérations.
4°. Les tenettes , que l'on réserve pour l'extraction de la pierre dans l'opération de la lithotomie, et qui ne sont que des pinces-anneaux, dont les mors sont disposés en cuillers.
5°. L enlérotôme de M. le professeur Dupuylren, qui est également une pince à charnière et à branches de forceps , dont on maintient les mors rapprochés au moyen d une vis de rappel.
Les pinces du troisième genre comprennent les (ire-balles d'André Delacroix et d'Alphonse Fcrri , le quadruple vésical de Franco , la pince à gaine de Haies dite de Hunier, la pince de Cooper, et les diverses litholabes à trois branches ou plus, de MM. Leroy d'Etioles , Civiale , Heurteloup, Amussat, Meyrieux, ïanchou, etc.
Du reste , pour la description spéciale de ces divers instrumens , je ne puis que renvoyer aux articles qui ont trait aux opérations auxquelles ils sont réservés. ( Ph.-Fkéd. Blabdik.)
PIQIIRE. f^ojez Plaies.
PISSENLIT. Leontodon taraxacum. Plante vivace et qui croit spontanément dans les lieux incultes ; elle appartient à la tribu des chicoracces dont elle partage les propriétés médicales. Tout le monde connaît sa forme et celle de sa fleur jaune, qu'on rencontre à chaque pas. On sait également que toutes ses parties, lorsque le développement en est complet, renferment un suc laiteux d'une amertume trèb-sensible, sans être cependant désagréable. Lorsque la plante est jeune, elle est plus aqueuse et plus douce, et peut être mangée en salade.
L'amertume du pissenlit , dont on n'a pas jusqu'à présent recherché le principe, l'a fait employer nécessairement en médecine comme tonique et comme fébrifuge : sous ce dernier rapport, il s'est montré utile ; il est vrai que c'était dans des fièvres iutermitentes peu intenses, et qui, bien des fois, se guérissent spontanément. Comme exerçant une tonique action sur les organes digestifs, il a pu rendre aussi quelques services dans diverses maladies , tant aiguës que chroniques; mais son action n'est rien moins qu'évidente, et l'on peut douter souvent de son eflicacité quand on voit qu il est recommandé comme dépuratif, fondant, désobstruant, etc., dans les maladies chroniques de la peau et dans les engorgemens des viscères.
Le pissenlit se donne en décoction à la dose d'une à deux onces pour une pinte d'eau. On emploie les feuilles et la racine. On prépare avec la plante récente un suc qui entre dans les apozèmes composés connus sous le nom de sucs d'herbes; une à deux onces sont la dose ordinaire. Ce même suc, évaporé convenablement, donne un extrait amer qu'on peut employer dans des circonstances analogues à celles où l'on se sert des autres préparations , et dont on peut prescrire depuis six grains jusqu'à un gros. (F Ratier )
PITYRIASIS, s. m., dérivé de Kizjpv. , Jurjures , son. Inflammation chroniqne et non contagieuse de la peau , qui s annonce par des points et plus souvent par des taches rouges, sur lesquelles s'établit et se renouvelle une desquamaXionJarineuse ou foliacée de l'épiderine.
Cette inflammation peut se montrer, dans un court espace de temps , successivement sur presque toutes les régions du corps ( pityriasis général) , ou rester bornée à l une d'elle (pitiriasis local).
§ I. Sjmptômes. Le pityriasis général est une des maladies de la peau les plus rares et les plus rebelles; il se déclare à peu près constamment sans symptômes précurseurs. Les malades épouvent, sur les régions qui doivent en être le siège, et le plus ordinairement sur les membres, de vives démangeaisons, ou plutôt un fourmillement très-pénible et agaçant , qu'ils disent sentir , pour me servir de leur expression, entre cuir et chair. Si, à cette époque, on examine la partie aflectée , et si elle est dépourvue de poils, on voit un certain nombre de taches érjrthémateuses , très-superficielles. Il y a presque toujours augmentation de la chaleur de la peau environnante. Le tissu cellulaire sous-cutané est gonflé, quelquefois douloureux à la pression, et les parties molles du voisinage présentent une tension assez considérable. Cette rougeur primitive peut être difficilement constatée au cuir chevelu ; mais elle est toujours appréciable aux autres régions du corps , lorsqu'on la cherche à l'époque de son apparition. Quelques jours après, la rougeur diminue et disparait même à peu près complètement; l'épiderme se fendille, devient moins adhérent, et il s'opère une desquamation dont les apparences ne sont pas les mêmes sur toutes les régions du corps.
A la partie externe des membres supérieurs et inférieurs, l'épiderme se détache en lamelles foliacées , qui , pendant quelque temps , restent adhérentes, quelquefois par leur centre, d'autres (ois par une de leurs extrémités, et paraissent comme flottantes à la surface de la peau. Ces lamelles, formées par l'épiderme non épaissi, ont ordinairement de trois à huit ligues de diamètre. Sur les points où elles se sont récemment détachées, et dans ceux où leur chute a été déterminée par l'action des ongles ou par le frottement des vêtemens , la peau a généralement une teinte rosée; en outre, lorsque des malades se sont abandonnés au besoin de se gratter , provoqué par les vives démangeaisons dont la peau est habituellement le siège , les points de la peau , récemment dépouillés d'épiderme , fournissent un suintement séreux , jaunâtre , analogue à celui que l'on observe dans l'eczéma fluent. Ce suintement est quelquefois si considérable queles linges ou les vêtemeus dont ces parties sont enveloppées , en sont
PITYRIASIS.
PITYRIASIS.
complètement imprégnés; et, lorsque ce phénomène accidentel du pityriasis se déclare avec cette intensité , cette circonstance peut rendre difïicile le diagnostic de l'éruption.
A la partie interne des membres , l'éruption est en général moins considérable , et la desquamation a toujours lieu en lamelles , moins larges et souvent sous forme farineuse.
Derrière les oreilles , aux plis sus-claviculaires du cou , aisselles , aux plis du bras, aux poignets, au nombril, au prépuce, aux plis de l'aine et au coude-pied , la peau enflammée a quelquefois l'aspect de l'intertrigo , c'est-àdire qu'elle est rouge, humide , légèrement fendillée dans le sens des plis naturels de la peau, et farineuse sur leurs bords. A la partie antérieure de la poitrine et du ventre , la desquamation se fait toujours en lamelles beaucoup plus petites que sur la partie postérieure du tronc. De toutes les parties du corps les régions rotuliennes et olécraniennes , et surtout la paume des mains et la plante des pieds , où l'épiderme est naturellement plus épais, sont celles où l'exfoliation se fait en lamelles les plus larges et les plus épaisses. Au contraire , la desquamation a presque toujours lieu sous forme farineuse sur la face et le cuir chevelu.
Cette éruption est accompagnée de vives démangeaisons , surtout sur les points où l'affection est récente et sur ceux où elle s'est accidentellement exaspérée. La démangeaison est quelquefois si vive qu'elle trouble le sommeil ; elle peut être changée en un sentiment des plus agréables, lorsque les malades satisfont le besoin de se gratter avec une sorte de fureur. J'en ai vu qui m'assuraient que cette espèce de jouissance était au-dessus de toutes celles qu'ils avaient éprouvées. 11 est aussi à remarquer qu'après ces manœuvres et cet état d'exaltation, les malades éprouvent des cuissons assez violentes, et tombent dans une sorte de repos qui est quelquefois suivi de sommeil.
Quant aux principales fonctions , elles n'offrent pas , dans la plupart des cas , de dérangemens notables ; cependant, il n'est pas rare d'observer, cliez les malades atteints de pityriasis général , des désordres fonctionnels des organes digestifs. J'ai vu des malades éprouver tons les symptômes d'une inflammation chronique de l'estomac et des intestins ; dans un cas même , à la suite des souffrances qu'avait occasionées un pityriasis aigu , étendu à toute la surface du corps , et d'évacuations alvines séreuses , abondantes et répétées, la maladie s'est terminée par la mort. Chez les femmes , l'aménorrhée précède quelquefois le pityriasis ou succède à son développement.
Je n'ai observé de véritables mouvemens fébriles que dans des cas où l'éruption avait envahi à-la-l'ois la presque tolatité du corps , ou bien dans les paroxysmes de l'éruption , ou bien encore loi'squ'une inflammation intestinale était venue s'ajouter aux premiers accidens.
La durée des symptômes du pityriasis général , leur mode de succession et d'exacerbation , offrent une foule de variétés individuelles. On voit quelquefois la maladie naître sur des points où elle ne s'était jamais manifestée, en même temps qu'elle disparaît sur d'autres où elle semblait fixée pour long-temps.
L'aspect général de la maladie est lui-même modifié par suite de ces mêmes circonstances : farineuse ou écailleuse , comme dans l'ichlhyose légère sur les points où l'inflammation , déjà parvenue à son déclin, persiste à un faible degré; d'un rouge vif et humide sur ceux où l'inflammation s'est exaspérée, la peau est lisse et offre une teinte blanche , légèrement jaunâti'e , sur ceux où la desquamation ne se reproduit ])lus.
Le tissu cellulaire est plus ou moins tuméfié dans les points où l'inflammation a quelque acuité; aux membres inférieurs , par exemple , lors même que la peau offre peu ou point de rougeur au-dessous des squames.
Lorsque le pityriasis envahit la presque totalité de la surface du corps , les malades peuvent recueillir chaque jour , dans leur lit , une quantité de squames assez considérable. Enfin , lorsque la maladie attaque les parties pourvues de poils , elle en entraîne partiellement la chute.
§ II. J'ai déjà indiqué les principales différences d'aspect que présente le pityriasis sur les difl'érentes régions du corps; j'ajoute quelques détails pour faire mieux ressortir les caractères de variétcs locales de cette maladie.
1°. Le pityriasis cnjjitis est ^ de toutes ces variétés, la plus fréquente et la plus anciennement connue ; mais on l'a souvent confondue avec des desquamations consécutives au psoriasis , au lichen et à l'eczéma , et avec celles qui s'opèrent , sans inflammation du cuir chevelu , chez quelques personnes.
Les individus atteints du pityriasis capiiis éprouvent habituellement une démangeaison assez vive, surtout dans les premiers temps de l'éruption et dans ses recrudescences ; ils se grattent ou se frottent la tête avec plus ou moins de force, et en détachent une poussière blanchâtre, fournie par de petites squames épidermiques. La sécrétion Je celte matière est continuelle , car si on répète plusieurs fois dans le jour ces frictions avec la main ou avec une brosse , on donne constamment lieu à la chute d'une poussière farineuse , plus ou-moins abondante , suivant que le pityriasis est borné à une partie du cuir chevelu ou étendu à toute sa surface. Après avoir écarté plusieurs mèches de cheveux, si on examine la peau , ou aperçoit , au-dessous des squames , de petites taches rouges irrégulières très-super(icielles disséminées sur le cuir chevelu. Sur ces points la peau est luisante , sèche et rude au toucher. Au reste, ces petites taches rouges ne sont bien distinctes que sur les points où la des(|uamation ne s'est pas établie depuis long-temps ; à la suite d'un grand nombre de desquamations , la peau , au lieu d'être rouge, devient au contraire d'un blanc assez mat sur les points affectés.
Il est rare que cette inflammation soit portée à un plus haut degré d'intensité. J'ai vu cependant quelques malades se plaindre d'une raideur, d'une tension,
d'une vive chaleur et d'une démangeaison insupportables dans le cuir chevelu. Dans cet état , indépendamment d'une desquamation abondante de réi)iderme j on observe presque toujours un suintement d'une humeur séreuse, gluante, analogue à celle que fournit l'eczéma. Cette humeur agglutine les cheveux elles écailles épidermiques en masses plus ou moins considérables; et lorsque ces accidens ont persisté pendant un ou plusieurs mois, la tête semble enveloppée dans une espèce de calotte blanchâtre, formée par des cheveux et des écailles épidermiques, dont les couches superficielles, plus sèches et plus friables que les couches profondes, ont, sur quelques points, pour la couleur, la plus grande analogie avec l'amiante {teigne amianlacée , Alibert.) Lorsqu'on cherche à isoler les cheveux , ils paraissent comme enfouis ou perdus dans ces masses écailleuses ; et si , à l'aide d'une traction assez forte , on parvient à isoler plusieurs petites mèches , celles-ci sont tellement agglutinées et enchevêtrées avec les squames , qu'elles ne forment qu'un seul faisceau. Les cheveux ne peuvent être séparés les uns des autres qu'avec une extrême difficidté ; et si , après avoir ramolli celte calotte écailleuse à l'aide de cataplasmes émolliens, de lotions ,etc., et enlevé une partie des squames , on coupe les cheveux près du cuir chevelu , on voit que la peau est d'un rouge assez vif sur un grand nombre de points. Quant aux cheveux , leur chute n'a lieu que sur quelques points ; l'alopécié n'est pas un caractère de cette maladie dans laquelle le développement des pecliculi est beaucoup plus rare que dans le favus.
Que le pityriasis capitis consiste seulement dans une desquation furfuracee, ou qu'il se présente sous la forme d'une sorte de coiffe amiantacée, il peut , dans l'un et l'autre cas, se propager aux paupières, et occasioner quelquefois la chute des poils qui garnissent leurs bords libres.
Chez les jeunes enfans, le pityriasis capiiis se développe le plus souvent sur la partie supérieure du front et sur les tempes. Chez les vieillards , il se propage souvent aux sourcils, et presque toujours, lorsqu'il est très-grave, il s'étend à la face et à d'autres régions du corps. La durée du pityriasis capitis , toujours fort longue, est ordinairement de plusieurs mois à plusieurs années. La tendance à la guérison est annoncée par la diminution de la sécrétion épidermique, et par la cessation du suintement séreux lorsqu'il avait lieu. Enfin un nouvel épiderme, lisse et poli, se forme à la surface de la peau lorsque la guérison est opérée.
1°. Le pityriasis des paupières peut aussi exister seul, indépendamment d'une manifestation antérieure de cette maladie sur une autre partie du corps. La seule particularité qu'il oft're est la chute assez fréquente d'une partie des cils, et la pro|)agation de l'inflammation sur la conjonctive. Il diffère du psoriasis développé sur ces mêmes parties , en ce que les plaques squameuses de ce dernier sont toujours plus épaisses , et précédées d'élevures papuleuscs.
3°. Le pityriasis des lèt'res a été jusqu'à ce jour confondu avec le psoriasis , dont il diffère cependant en ce qu'il s'annonce sur les lèvres ou sur la peau qui les entoure , non par des élevures papuleuses suivies de squames épaisses , mais bien par de petites taches rouges auxquelles succèdent une rougeur générale et une desquamation continuelle de l'épithéliura des lèvres et quelquefois de l'épiderme de la peau environnante. Cette desquamation a lieu en petites lames minces et transparentes, à peu près comme l'épiderme sain et desséché, ou dont la surface interne aurait été légèrement imbibée de sérosité. Les malades éprouvent dans les lèvres un sentiment de chaleur et de tension. L'épithélium jaunit, s'épaissit, se gerce et se détache en lames assez larges. Souvent il arrive que, pendant quelque temps , celles-ci restent adhérentes par leur centre , lorsque leur circonférence est libre et desséchée , un nouvel épiderme se forme audessous de celui qui est sur le point de se détacher. Bientôt, il jaunit , se gerce , se rompt et tombe à son tour , pour être remplacé par un autre qui subit la même altération. Celte affection , toujours longue et rebelle , présente souvent des paroxysmes dans lesquels on remarque un gonflement et une rougeur assez vive des lèvres. Cette éruption est bien distincte d'une autre inflammation passagère des lèvres , également accompagnée de gerçures et d'une desquamation de l'épithélium , et qui est produite par le froid , ou qui survient à la suite de quelques maladies aiguës : la durée de cette dernière affection est lout-à-fait passagère , tandis que celle du véritable pityriasis des lèvres est longue et indéterminée. Les causes du pityriasis des lèvres sont souvent obscures; je l'ai observé chez deux malades grands parleurs et qui avaient l habitude de se mordre les lèvres.
4". Les pityriasis peut aussi se montrer exclusivement à la paume des mains et à la plante des pieds. Cette variété a été jusqu'ici confondue avec le psoriasis palmaire; mais elle en diffère par les circonstances suivantes. Le psoriasis débute par des élevures papuleuses dont le sommet se couvre bientôt d'une écaille sèche et d'un blanc mat; le pityriasis commence, au contraire, par de petites taches rouges , irrégulières, qui s'étendent et ne tardent pas à devenir jaunâtres , probablement par suite d'un léger suintement à la face interna de de l'épiderme qu'il épaissit. L'épiderme se dessèche , se fendille et se détache continuellement en lames ou lames foliacées ; cette exfoliation de l'épiderme peut s'étendre sur les doigts et même au-dessous des ongles , dont la chute a quelquefois lieu. Presque toujours la peau est le siège d'une transpiration abondante , à l'entour des points malades , qui sont au contraire toujours secs.
J'ai donné des soins à un malade chez lequel celte affection squameuse se déclara à plante des pieds , un an après s'être manifestée à la paume des mams. Le talon et la partie antérieure de la pointe du pied étaient douloureux dans la station et la progression.
5°. J'ai vu l'intérieur de la bouche être le siège d'une inflammation chronique avec desquamation habituelle de l'épithélium , surtout à la base de la langue , et sans qu'il existât d'affections antérieures ou concomitantes du pharynx , de
PITYRIASIS.
PITYRIASIS.
l'estomac ou des poumons. Cet état a persisté pendant cinq à six ans , avec des intermissions de courle durée; rexercice des principales fonctions était fort régulier. En même temps que celte desquamation s'opérait, un malade se plaignait d'éprouver, dans 1 intérieur de la bouche, de la chaleur et d'autres sensations désagréables , difliciles à définir. Chez une femme , qui offrait des phé- Domènes analogues , la membrane muqueuse de la presque totalité de la bouche était habituellement d'un blanc grisâtre , et lorsque Tépithélium se détachait sur la langue, sa surface offrait plusieurs taches d'un rouge vif, qui persistaient jusqu'à ce que l'épithélium se fût relbrmé et de nouveau épaissi.
6". Le prépuce , chez l'homme , et les grandes lettres , chez la femme , sont quelquefois aussi le siège d'inflammations chroniques superficielles, qui donnent lieu à des desquamations de l'é|iithclium et à une augmentation de la sécrétion de l'humeur des follicules. Sous le rapport de leur marche, de leurs principaux phénomènes et île leur ténacité, plusieurs de ces alTections se rapprochent singulièrement du pityriasis.
§ 111. Causes. Le pityriasis général est une maladie heureusement assez rare; je l'ai observée plus fréquemment chez les femmes que chez les hommes; la plupart des malades ne pouvaient assigner de cause évidente au mal dont ils étaient atteints.
Les causes du pityriasis local sont aussi fort obscures. Chez les hommes , il est quelquefois détermine sur ie menton par le passage du rasoir. L'action répétée d une brosse ou d'un peigne rude peut favoriser son développement sur le cuir chevelu.
§ IV. Diagnostic. L'exjoliaiion naturelle que présente souvent la peau des nouveau-nés, quelques jours après la naissance, est d'une trop courte durée et apparaît dans des circonstances trop particulières pour être confoniiue avec le pityriasis. La crasse du cuir chevelu qu'on observe souvent chez les enfans , à l'époque de la naissance , est fournie par une matière jaunâtre, dure, assez épaisse, liiable, déposée à la partie antérieuie et supérieure de la tète, et plus analogue à une croûte qu'à une exfoliation épidermique. Celte croûte persiste sans desquamation pendant plusieurs mois , lorsilu'elle n'est pas détachée à l'aide de lotions ou d'applications qui l'aient ramollie ; enfin cette crasse n'est pas plus de l'épiderme desséché ou altéré que la crasse qu'on observe sur le cuir chevelu des vieillards peu soigneux et malpropres.
Chez les adultes et surtout chez les vieillards , Ij peau du cuir chevelu et celle des membres présentent quelquefois aussi une exj'olialion hahiluelle de l'épiderme , laquelle diffère essentiellement du pityriasis , en ce qu'elle n'est ni précédée ni accompagnée de rougeur et de sensation morbide à la peau. Certaines desquamations de l'épidcrnie à la suite des maladies aiguës différent du pityriasis par leur origine et leur durée passagère. La desquamation, ou plutôt l'exfoliation de l'épiderme dans le pityriasis, diffère des squames du psoriasis discret, confluent et invétéré, en ce que, dans ces derniers, l'épiderme épaissi, desséché, rugueux , est d'un blanc mat. Ce qui distingue surtout ces deux maladies , c'est que les plaques rouges du psoriasis dépassent toujours le niveau de la peau , tandis que celles du pityriasis ne sont pas proéminentes. En outre, dans le pityriasis, lorsque riiiflammation est très aiguë, la peau, surtout lorsqu'elle a été égratignée , fournit quelquefois un suintement séreux assez abondant, tandis qu'elle est toujours sèche dans le psoriasis. Enfin, dans le pityriasis a/gj* , le tissu cellulaire sous-cutané est souvent gonfle et douloureux dans une grande étendue , ce qui n'a pas lieu dans le psoriasis discret, et ce qu'on n'observe que sur des points circonscrits dans le psoriasis invéléré. En outre, la chaleur et le prurit sont toujours beaucoup plus prononcés dans le pityriasis , qui plus souvent aussi, lorsqu'il est général, est accompagné de phénomènes morbides gé- Beraux et de lésions des organes digestifs.
Lorsqu'on compare le pityriasis à la lèpre , on trouve les mêmes différences et un caractère dislincLif de plus : la forme circulaire des plaques lépreuses et leur mode de guérison du centre vers la circonférence. Dans l'ichthyose, la chute de l'épiderme n'est point précédée de rougeurs et de sensations muibides à la peau. La desquamation qu'on observe à la suite du lichen ou de l'eczéma chronique est précédée de papules ou de vésicules.
J'ai déjà comparé le pityriasis à l'acrodynie et à la pellagre { /^o/r Pellagre); mais je dois faire ressortir ici les caractères qui le distinguent du chloasma (pityriasis versicolur.,W\\h\n), et du mélasma (pityriasis nigra , Willan), que j'ai cru devoir rattacher à un autre ordj'e , celui des colorations pigmenlaires accidentelles. D'abord, le caractère le plus frappant de ces deux dernières affections est sans contredit le changement de couleur de la peau; en outre, s'il y a desquamation dans ces deux maladies à une certaine époque de leur durée, il n'y a ni dans l'une, ni dans l'autre, desquamation habituelle et abondante de Tépiderme , et surtout ou n'observe pas celte reproduction rapide des squames 'après leur chute qu'on voit dans le p/lyriasis. Jamais non plus il n'y a . dans le chloasma et le mélasma , ces sécrétions séreuses dont j'ai pjrlé à 1 occasion du pityriasis aigu; enfin ce qui indique évidemment une diflërcnce essentielle dans la nature de ces maladies, c'est la facilité avec laquelle on obtient la guérison du chloasme, et la résistance déplorable qu'offre presque toujours le pityriasis aux remèdes qu'on lui oppose. Quant au mélasma (pityriasis ni^ra , Willan), ùnefois que la desquamation est opérée, il est rare que ce phénomène et les autres symptômes de la maladie se reproduisent avec quelque intensitéetqael(|ue durée.
§ V. Pronostic. Le pityriasis g'f'7îe'/-a/ est une des maladies de la pe.iu les plus rebelles. Lorsque l'inflammation s'élend au tégument interne, elle est toujours, comme celle de la peau, fort tenace; dans un cas. je l'ai vue être suivie delà mort.
Tous les pityriasis locaux^ el en particulier celui des lèvres, sont toujours d'une guérison difficile et sujets à de fréquentes récidives.
DiCT. DE MÉDECINE ET DE ChiRCRGIE PRiTI(^)l'ES.
§ VI. Traitement. Lorsque, dans le pityriasis général, la desquamation de l'épiderme est abondante , lorsque la peau présente en plusieurs points une rougeur vive ou un suintement séreux très considérable, lorsque le tissu cellulaire sous-cutané correspondant est tuméfié , et lorsque la chaleur de la peau est augmentée , les émissions sanguines combinées avec les bains mucilagineux tempérés , la diète et les tisanes antiplilogistiques , procurent un soulagement assez marqué. Et quoique la rémission que l'on obtient ainsi dans les symptômes de la maladie ne soit, en général, que passagère, les émissions sanguines faites avec mesure ne doivent pas être négligées, lorsque les malades peuvent les supporter. Les inflammations des bronches, de l'iulestin et des ])arties génitales qui surviennent quelquefois dans le cours du pityriasis , et surtout dans ses paroxysmes, sont aussi modérées parla soustraction du sang ; mais elles ne cèdent pas à cette médication avec la même facilité que les inflammations des mêmes parties produites par des causes externes, appréciables. Et ce serait à tort que l'on chercheroit à éteindre celte espèce d'inflammation par une diète plus sévère et par des émissions sanguines répétées. Après une première ou une seconde saignée dont les effets ont été salutaires, une troisième ne modifie plus la maladie; on la voit quelquefois même renaître avec sa première intensité, peu de jours après une abondante soustraction du sang. Lin autre fait, qui doit êti-e noté , c'est que le sang est sauvent couenneux dans cette maladie, et qu'il conserve dans la plupart des cas ce caractère après plusieurs saignées.
Dans le pityriasis général aigu., on se sert souvent avec avantage de l'opium pour calmer l'insomnie occasionée par les démangeaisons et par la chaleur de la peau; ce remède est, en outre , un des meilleurs que l'on puisse employer contre les diarrhées rebelles qui surviennent quelquefois dans cette maladie.
Les purgatifs et les préparations arsénicates ne peuvent être employés avec la même sécurité que dans les autres inflammations squameuses. Bien plus souvent que ces dernières, le pityriasis est associé à des inflammations gastrointestinales , que ces médicamcns , administrés même à petite dose , peuvent provoquer ou aggraver lorsqu'elles existent.
Les bains simples , les topiques émolliens et les bains de vapeurs sont plus généralement utiles que les bains sulfureux et les bains alcalins , qui sont formellement contre-indiqués , lorsque la peau est rouge et le tissu cellulaire douloureux et tuméfié.
Lorsque la peau est h peine rouge au-dessous des squames , les bains et les douches de vapeurs ne peuvent être administres avec avantage.
Eu résumé, dans le pityriasis général comme dans presque toutes les maladies chroniques de la peau indépendantes de causes externes appréciables, on n'obtient de guérison solide et durable qu'à la suite d'une modification générale de la constitution, amenée par un régime et un traitement suivis avec persévérance, ou déterminé naturellement parles évolutions organiques et les progrès de l'âge, ou accidentellement par quelque maladie intercurrente, telles que la rougeole, la scarlatine, etc.
Les pityriasis locaux sont aussi quelquefois fort rebelles. Cependant celui du cuir cheuelu j chez les enfans à la mamelle, guérit cjuelquelbis naturellement, el par de simples soins de propreté, a])rès plusieurs mois de durée. Chez les adultes et les vieillards , la variété du pilyriasis capitis , qui est caractérisée par une simple exfoliation farineuse de l'épiderme et par une légère démangeaison , sans suintement séreux et sans agglomération des cheveux en mèches, ne réclame que des soins de propreté, et de temps à autre de légères onctions avec des pommades adoucissantes.
Mais la variété plus grave qui accompagne quelquefois le pityriasis général , qui peut cependant exister seule, et qu'on a dé.-.ignoe sous le nom de teigne ainianlacée j exige un traitement plus actif. Après avoir ramolli les squames accumulées sur la tète, à l'aide de cataplasmes émolliens, de douches de vapeurs , etc., on coupera les cheveux avec des ciseaux courbés sur le plat, le plus près possible du cuir chevelu. On continuera ensuite les douches de vapeurs qu'on pourra alterner avec des lotions alcalines ; enfin on administrera les purgatifs, et lorsque la peau, sur un ou plusieurs points, sera d'un rose animé ou humeclée par une humeur séreuse, on appliqiiera des sangsues derrière les oreilles.
ÏjC pityriasis des ^èi^rei est ordinairement très-rebelle ; les onctions adoucissantes et les douches de vapeurs sont les remèdes qui le combattent avec le plus d'avantage.
La pommade de précipité blanc et les douches de vajieurs sont les remèdes qui m'ont paru le plus appropriés au traitement du pityriasis de la paume des mains et de la plante des piuds.
Les pilyriasis de la bouche, des mamelles et des parties génitales., n'ont pas encore été l'objet d'un assez grand nombre d'observations thérapeutiques pour qu'on en formule les résultats.
Les médecins grocs ont plulôt indiqué que décrit le pilj rinsis . Galieu désigne sous le nom it(î"u^coJi-(5 ////y"Hro.?i les personnes « qiiilius nssîduc fuiTures incapile gignunlur.))(Galeni. Comment, ni , lit). VI. Epid. ) Alexandre de Tr.illes et Paul d'Egine disent que le pilyriasis consisle en des exfoliatlons légères ou furfuracées de l'épiderme (Alexandre /ii. i , cap. i. — Pauli jEgenclip, li/i. m, cap. 3. Quelques Iraducleurs des méd. cins Grecs ont latinisé le mot pt'yriasii; d'aulres l orU rendu par porrigo, et ont commis une faute qu'ils eussent pu éviter en traduisant i:tz\J 'ita.çi.^ par fuvfitres favren niibes^ comme l'avait fait Quinlus Sereiius. L'a/varati d'Avicenoe semble correspoudre au pilyriasis des Grecs. ( Aviceniia , //A. iv , An, 1 1 t. 2 , cap. 24.)
Willan { On ciitaneous diseases , in-4 , art. pilyriasis ) a décrit sous le nom de pityriasis versicoîor[ niaciil hcpaticœ ) et de pilyriasis ni^ra , deux altéralious du pigment que j'ai cru devoir séparer du [)ilyriasis ( chtososnia , mélasma). Joseph Frank a couipris dans la descriolion du porri^'O , le pityriasis , les psoriasis palmaria , scrolulis cliJJ'iisa de A'V illan; d'autres