‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource] (volume 2)Chapitre 215 sur 311 · POIX · texte numérisé non relu

POIX

L'usage extérieur du poivre est facile à concevoir. Il peut être utilisé pour produire sur la peau et sur les membranes muqueuses , accessibles aux moyens extérieurs, une iiritation plus ou moins vive ou profonde. Il serait aussi sternulatoire, sialogogue , etc. Les anciennes pharmacopées présentent beaucoup de préparations où entre le poivre. (F. Ratier. )

POIVRE CVBEiBE. Piper cubeba , jio'iyre à queue. Espèce de poivre qui est entrée dans la matière médicale pour y remplir une indicaliou toute spécifique, et à laquelle elle se montrerait plus rarement infidèle , si, prenant d'une manière moins vague l'idée de spécificité , les médecins se fussent attachés davantage à constater les circonstances qui en assurent le succès. Le cubèbe originaire des mêmes contrées que le poivre , auquel il ressemble sous beau- I coup de rapports, a cependant des traits qui lui sont propres. Outre qu'il est r pédiculé, il a une odeur et une saveur tout-à-la-fois moins acres et plus arof maliques que celles du poivre ordinaire. 11 importe beaucoup pour l'usage médical de l'avoir de bonne qualité et de ne le faire pulvériser qu'à mesure du besoin. Autrement l'huile volatile , partie intéressante du médicament , s'évapore. J'ai plus d'une fois observé que le cubèbe ne réussissait pas chez les malades , qui en ayant acheté une assez grande quantité à la-fois , la portaient I] ïur eux. Les papiers d'enveloppe alors étaient tout imbibés d'huile et le résidu était beaucoup moins elficace.

On n'a pas analysé le cubèbe depuis Vauquelin , qui y avait trouvé de l'huile volatile concrète; une résine analogue à celle du baume de copahu ; un peu d'une autre résine colorée; un principe exlractif semblable à celui qui se trouve dans quelques plantes légumineuses purgatives : enfin quelques sels.

II est facile de concevoir que le cubèbe peut être employé à une foule d'usages : néanmoins il est démontré qu'il nest spécifique, que dans un seul cas, savoir, dans la blennorrhagie; et il faut le dire en commençant, ce n'est pas contre la syphilis, mais contre la blennorrhagie qu'il est elficace; il guérit l'écoulement quel qu'il soit ; c'est tout ce qu'on peut attendre de lui ; mais il le guérit avec certitude quand on sait l'administrer. L'époc(ue de son introduction dans la pratique est inconnue dans l'Inde même d'où l'usage s'en est répandu dans l'Europe seulement depuis 1816. C'est une médication lout-à-fait empirique, et dans laquelle les théories scientifiques ont peu de chose à prétendre. Un gros de poivre cubèbe donné trois fois par jour , à une suffisante distance des repas, produit des effets tout particuliers, et semblables d'ailleurs à ceux du baume de copahu. C'est un des cas où l'on peut le mieux constater la puissance de l'art. Abandonnée à elle-même la blennorrhagie dure rarement moins de quarante jours, et lorsqu'elle passe à l'état chronique , on la voit souvent se prolonger indéfiniment; avec le poivre cubèbe , au contraire , on peut annoncer au malade avec certitude l'époque de sa guérison complète et solide.

En dépit des idées théoriques sur la nature inflammatoire de la maladie ?6t .sur la nécessité indispensable du traitement antiphlogistique , prenez un Sujet robuste et sanguin , affecté d'une uréthrite aiguë et douloureuse; supprimez l'emploi des bains généraux, des boissons délayantes , qui d'ailleurs n'ont pas empêché les phénomènes inflammatoires de se développer ra|5idement, et administrez le poivre cub'ebe à trois gros par jour délayé dans un demi-verre d'eau ou même de vin; et vous serez surpris , après quatre ou cinq prises d'entendre le malade dire qu'il n'a plus d'érection douloureuse ni d'ardeur d'urine, et que son écoulement a complètement cessé. D'ailleurs vous verrez que guéri de l'écoulement par cette méthode abrégée , il se portera bien et ne sera pas plus que tout autre, exposé aux chances delà syphilis constitutionnelle. Il n'y a pas là de neutralisation du virus, s'il y a un virus ; ce que nous examinerons ailleurs.

Que s'il s'agit d'une blennorrhagie chronique, datant de six, huit, quinze et de dix-huit mois , constatez d'abord s'il n'y a pas dans le canal quelque rétrécissement qui perpétue l'écoulement ; s'il existe, combattez-le par l'introduction de quelques bougies, après quoi vous administrerez le cubèbe avec succès. Si le canal est libre , vous pouvez commencer de suite l'emploi du remède, que secondent utilement , chez les sujets débiles , un régime sec et tonique, un peu de vin de Bordeaux pur aux repas , et l'usage des bains froids de rivière ou de mer.

Une des conditions la plus indispensable à la réussite de ce traitement, c'est la suppression des boissons abondantes dont les malades atteints de blennorrhagie ont coutume de se gorger. L'expérience m'a montré ce fait tant de fois qu'il est pour moi une règle générale, et il m'arrive tous les jourss, grâce à cette précaution , de guérir avec le cubèbe , des malades qui prenaient ce médicament depuis un mois sans succès. Je recommande expressément de ne pas boire hors des repas, mais de supporter la soif , et delà tromper en suçant quelques tranches d'orange , ou en se lavant la bouche avec de l'eau acidulée qu'on rejette de suite : enfin j'aimerais mieux voir les malades boire un verre de vin qu'un verre d'eau. Je défends les bains tièdes aussi sévèrement que les boissons abondantes.

Quant aux effets immédiats du poivre cubèbe , ils sont peu marqués , et ne suflisent pas pour expliquer la guérison par les lois de la révulsion ; d'autant plus que quand il survient de la diarrhée , les effets curatifs sont moins certains que quand le médicament est gardé. Il n'est pas désagréable à prendre délayé dans un demi-verre d'eau sucrée, ou de vin, ce qui est je crois la meilleure manière de le donner, et bien préférable aux opiats et autres préparations solides dont l'inconvénient est de se pelotonner, et de soustraire à l'absorption la plus grande partie des principes actifs. L'estomac en général supporte bien le

cubèbe, à peine si les malades éprouvent quelques rapports. Il est pour moi sans exemple qu'ils aient vomi. La diarrhée est moins commune qu'avec le baume de copahu II reste après l'emploi prolongé un peu de pesanteur à l'estomac ; mais l'emploi prolongé est une faute du médecin qui n'a pas surveillé l'administration du remède, ou qui n'a pas suffisamment apprécié les circonstances relatives au malade Ct à la maladie.

Il est vrai de dire néanmoins que le cubèbe est moins actif que le copahu , auquel on fera bien d'avoir recours dans les cas qui présenteraient quelque opiniâtreté, yojez Copahu (cerébcnihi/ie do).

On a fréqueinmeiil observé dans le traitement des fièvres intermittentes , que si , lorsque les accès sont coupés , on ne continue pas quelque temps encore le traileuient fébrifuge , ils reviennent bientôt comme si l'on n'avait rien fait. Une observation semblable se présente à chaque instant relativement à l'emploi du poivre cubèbe. Après quelquesdoses l'écoulement cesse t<xit-à-fait , mais bientôt après il revient avec plus de lorce que jamais , et il n'est pas rare que cette alternative ail lieu plusieurs fois de suite. Aussi les personnes qui ont 1 habitude d'administrer le cubèbe, savent-elles commencer par de laiLles doses, aUnde ménager 1 estomac , puis d augmenter par degrés , et enfin de diminuer peu à-peu quand l écoulement a cessé, supprimant d'abord la prise du milieu du jour, puis celle du matin , et enfin celle du soir ; mais ne procédant à cette diminution que de deux jours en deux jours , de telle sorte que le médicament soit pris encore pendant huit ou dix jours après la disparition complète des symptômes.

Dans les cas où l'estomac n'est pas en bon état, il est facile d'administrer le poivre cubèbe , en lavement , aux mêmes doses ; et il n'est pas moins efficace , administré par cette voie, pourvu qu'on prenne les précautions nécessaires , et qui ont été détaillées à l'article lavemekt. C'est d'ailleurs un moyen de ménager l'estomac que de commencer par des lavemens , puis d'employer simuitanémeut les deux voies de médication à la fin du traitement. Mais en général les malades préfèrent l'ingestion par la bouche aux lavemens qu'ils prennent mal , et qui exigent toujours un peu d'embarras.

Je n'ai pas à reprocher au poivre cubèbe les accidens que plusieurs autres lui imputent, et qui me semblent devoir être attribués seulement à son aministralion intempestive ou mal dirigée. Ainsi l'irritation de l'estomac ne saurait être raisonnablement comptée dans ce nombre. Je n'ai point observé l'espèce de roséole qui vient souvent à ceux i[ui prennent du copahu , et qui d'ailleurs ne doit être considéré que comme un accident sans valeur. Quant à l'orchile, je me suis expliqué à 1 article qui concerne cette maladie. Néanmoins je regarde comme une précaution utile de faire porter aux malades un suspensoir lorsque je leur adaiinistre le poivre cubèbe , à quelque époque que ce soit de la maladie.

Le cubèbe se montre surtout efficace chez les hommes , et l'on peut l'administrer presque à coup sur. 11 n'en est pas de même chez la femme , et l'on échoue si souvent, que dans le cas où l'on réussit , il est difficile d'avoir une certitude suffisante. C'est un sujet à étudier de nouveau : quant à présent, et pour ce qui concerne le sexe masculin, je regarde l'administration de ce médicament, dès le début de la maladie, comme utile ; et j'y procèile avec un succès à peu-près constant. C'est une chose avantageuse , en effet, vu la difficulté d'exécuter convenablement et jusqu'à guérison complète le traitemenlantiphlogistique , que de pouvoir à volonté arrêter les progrès de l'inflammation , et l'empêcher de passer à l'état chronique où il est si dilficile de s'en rendre maître. Je ne parle même pas des chances (l'infection générale qui deviennent d'autant plus probables que la maladie locale a duré plus long-temps. Aussi je n'ai recours au traitement antiphlogistique que très-rarement ; et je ne suis pas même cette pratique , assez généralement recommandée, qui consiste à employer d'abord le traitement débilitant auquel , à une époque plus ou moins avancée, on substitue la médication spécifique. D'ailleurs , il est d'observation que cette médication réussit d'autant mieux qu'elle est appliquée à une époque plus rapprochée de l'invasion. C'est dans des cas de ce genre qu'on voit rurcthrite supprimée, en vingt-quatre heures , et sans retour.

Comme tous les médicamens vraiment aclits, le cubèbe n'a pas beaucoup besoin des manipulations de la pharmacie pour développer ses propriétés. La poudre réussit parfaitement bien, et c'est la forme sous laquelle je l'emploie toujours. On a préparé des extraits, des teintures, etc., qui ne sont pas plus efficaces, tant s'en faut, et qui même réussissent peu à masquer la saveur désagréable. Quelques praticiens associent le cubèbe au copaliu , et ne voient pas que ce mélange, qui n'est ])as sans action, il est vrai, n'est autre chose qu'une administration de copahu dont il ne se rendent pas compte. Quand le cubèbe se montre insuffisant, il est fort bien d'y substituer un autre médicament, mais le mélange ici n'est ni nécessaire ni logique.

La dose que nous avons indiquée est de 1 gros, trois fois par jour : elle peut être, sans inconvénient, augmentée ou diminuée; néanmoins c'est celle qui parait convenir le plus généralement. Nous renouvellerons la recommandation de ne pas pousser trop haut les doses, car c'est le moyen de provoquer l'excitation intestinale , et d'anéantir les effet spécifiques. Une augmentation graduelle est la voie la plus sûre pour atteindre le but. (F. Ratier).

POIX. En médecine on ne se sert que de celle qu'on appelle poix jaune, ou poix de Bourgogne. On la prépare avec du galipot, c'est-à-dire avec cette portion de résine, plus ou moins chargée d'huile essentielle, qui se conciète autour des incisions que l'on fait aux pins pour obtenir la térébenthine. Croirait-on qu'il règne dans les livres une incertitude véritable sur le mode de préparation de la poix. Quelques personnes, dit M. Thénard, qui tenait ses renseigneiaens de M. Darracq , prétendent que la poix de Bourgogne n'est que le galipot fondu

POLLUTION

POLLUTION

et mis en contact avec du vinaigre (Traité de chimie , 5^ édit.). D'autres auteurs ne parlent pas de vinaigre ; suivant eux la poix de Bourgogne est du galipot qu'on a seulement filtré à travers de la paille après lavoir fait fondre à feu doux. Le fait est que la plus grande partie de la poix de Bourgogne se fabrique à Paris. C'est un mélange de galipot et d un dixième environ de suif que l'on fait fondre et que l'on tamise après. Quand on veut que la poix soit blanche , on bat le mélange , soit avec un peu d'eau, soit avec du vinaigre. Quelques fabricans se servent, dit-on, d'alcool. La poix noire s'obtient en ajoutant au mélange de suif et de galipot un peu de noir de fumée.

La poix de Bourgogne n'est employée qu'à l'extérieur, on en recouvre des morceaux plus ou moins larges de peau blanche que l'on applique ensuite sur la peau. L'effet topique de cet emplâtre se borne le plus souvent à celui qui peut résulter de sa dessiccation et de son adhérence. Quand au bout de huit à dix jours il tombe, ou si alors on l'enlève , on trouve assez souvent la portion de peau qu'il recouvrait légèrement rubéfiée. La pois de Bourgogne agit donc ou tend à agir comme rubéfiant chronique. N'agirait-elle pas aussi, quand elle est appliquée largement, en modifiant l action perspiratoire de la peau? ou bien encore agirait-elle comme mauvais conducteur du fluide électrique? toujours est-il qu'on fait un emploi très-fréquent de l'emplâtre de poix de Bourgogne : aussi, bien qu'il ne m'ait fourni, jusqu'à présent, que des résultats négatifs, je suis tout disposé à croire que ce n'est pas seulement parce que cet emplâtre est un de ces moyens avec lesquels on peut gagner du temps sans nuire à son malade , qu'on l'emploie si souvent. C'est au surplus contre les bronchites chroniques et les douleurs rhumatismales qu'il a été surtout recommandé. Je le répète, pour qu'on n'y ait pas renoncé , il faut qu'il ait souvent réussi. (Voyez pour les aut res produits résineux du pin, les articles goudron et térébenthine.)

( LÉop. Deslakdes.)

POLLUTION, s. f. Pollutio , du verbe juo/Zuo je souille, je profane. Evacuation involontaire de la liqueur spermatique, sans coït, sans attouchement excitateur, sans manœuvre de masturbation.

Les pollutions ont lieu pendant le jour ou durant la nuit; et de cette particularité est dérivée la distinction que l'on a établie entre elles, et que l'on exprime par les dénominations de pollutions diurnes et de pollutions nocturnes On a aussi donné aux unes et aux autres le nom de spermaforrhée ; lequel, bien que plus conforme aux règles de l'étymologie , n'a cependant pas été généralement adopté.

Quel que soit le temps du jour ou de la nuit où elles se manifestent, les pollutions peuvent être le résultat de l'action de deux ordres de causes entièrement opposées. On les observe, en effet , tantôt chez des hommes jeunes ou adultes, vigoureux, à système sanguin et musculaire très-développés, continens , ayant des désirs ou plutôt des besoins vénériens impérieux, qu'ils ne peuvent satisfaire; et tantôt chez des sujets irritables , afi'aiblis, énervés, livrés antérieurement aux fureurs de la masturbation ou aux excès du coït. L'habitude, en outre, exerce une influence puissante sur leur retour, et souvent, seule, lorsque les causes qui les ont provoquées d'abord ont cessé d'agir, elle sufîit pour les perpétuer.

Les pollutions diurnes sont fréquemment confondues avec d'autres écoulemens urétraux, et leur diagnostic n'est pas, même pour le praticien le plus exercé , toujours exempt d'obscurité. Il est très-commun , par exemple , de voir attribuera l'humeur spermatique la sortie habituelle ou continue par l'urètre d'un liquide visqueux , incolore , diaphane , doux au toucher, que je ne saurais mieux comparer qu'à la synovie. Quelquefois ce liquide acquiert de l'opacité et devient blanchâtre ou jaunâtre , coagulable et tachant le linge , en formant une pellicule que l'on peut détruire par le frottement, mais alors il existe une nuance d'irritation à la membrane muqueuse de l'urètre; et la coloration dont il s'agit est en proportion de l'intensité de cette excitation inflammatoire. Le liquide lui-même provient manifestement de la prostate ainsi que des follicules muqueux du canal excréteur de l'urine ; il est entièrement éti-anger aux canaux éjaculateurs et aux vésicules séminales. Si les personnes chez lesquelles il parait, à la suite d'abus de coït ou des excès de la masturbation , sont affaiblies, tristes, maigres, tourmentées de douleurs profondes dans les lombes et au sacrum, elles doivent moins en accuser un écoulement , presque sans influence sur l'organisme , que l'exercice immodéré des organes génitaux, qui a produit à-la-fois, et les symptômes généraux dont elles sont affligées, et la sécrétion exagérée des follicules muqueux qui les inquiète.

Ce point de diagnostic est, en médecine pratique , d'une grande importance, parce que les sujets affectés d écoulcmens muqueux spermaliformes sont assez multipliés , et que presque tous partagent l'erreur commune sur la nature du liquide rendu , s'affectent profondement , tombent dans la langueur , dans une sorte de désespoir, et ont, avant toute chose, le plus pressant besoin d'être rassurés.

Le sperme ne s'écoule jamais ou presque jamais d'une manière continue : la disposition de l'appareil génital chez l'homme démontre qu'il doit nécessairement se rendre aux vésicules séminales et y séjourner pour être ensuite expulsé par des actions mécaniques, à -des intervalles plus ou moins rapprochés. Quelques hommes robustes, après un temps variable de continence, et surtout dans le cas de constipation, rendent, en faisant des efforts pour aller à la gardelobe , des quantités variables de sperme. Cette humeur ne sort pas en même temps que l'urine ; elle s'échappe au contraire après la sortie de ce liquide , et lors des dernières contractions expulsives des fèces, sous la forme d'une matière blanche , transparente , épaisse , douce au toucher , et assez semblable à la matière séminale que l'on trouve dans les vésicules spermatiques des cadavres. Si

le sujet urine immédiatement après cette sortie, le canal est en quelque sorte lavé et l'écoulement ne se continue pas ; si , dans le cas contraire , il semble se prolonger , c'est que l'urètre achève de chasser lentement les portions de matière qu'il conservait encore , et qui, à défaut de vives contractions pour les chasser étaient restés dans sa cavité.

Les écoulemens de ce genre, favorisés par les hémorrhoïdes et toutes les excitations du rectum , ainsi que par les travaux du cabinet et les longues stations assises, ont toujours lieu sans aucune sensation voluptueuse, souvent sans érection , et s'il ne faisait attention au liquide rendu, le sujet n'en aurait aucune connaissance.

Il n'en est pas de même de certaines pollutions diurnes qui s'opèrent sous l'influence d'excitations vénériennes plus ou moins vives et directes. Chez quelques sujets , dans la force de l'âge , et doués de toute la vivacité d'organes robustes et encore neufs, l'érection et l'épanchement ont lieu par le fait du simple contact ou même de la présence d'une personne désirée. Chez d'autres dont les organes sont irritables , mais faibles et usés , l'émission imparfaite du sperme a lieu sans érection complète , comme par un suintement passif et presque sans impression voluptueuse.

Bien que les pollutions dans l'acception rigoureuse de ce mot ne puissent s'opérer chez la femme, cependant l'appareil génital de celle-ci est susceptible d'entrer dans un état d'orgasme analogue à l'érection et qui se termine par des mouvemens spasmodiques , accompagnés de l'exsudation d'une matière muqueuse , souvent assez abondante pour lubrifier largement les parties voisines et s'épancher sur le linge. Les sujets très-énergiques et les individus susceptibles , affaiblis et irritables , sont , comme dans l'autre sexe , capables d'éprouver ces sortes d'évacuations génitales.

Les pollutions nocturnes , bien plus communes que celles dont il vient d'être question , sont aussi plus susceptibles de devenir habituelles et plus indépendantes de la volonté des sujets.

De même que tous les besoins , le besoin génital , lorqu il existe à un certain degré, se manifeste fréquemment, pendant le sommeil; des mouvemens nerveux analogues à ceux qu'exige sa satisfaction ont lieu durant la veille. C'est ainsi que les songes font apparaître à l imagination excitée les sujets et les formes les plus propres à stimuler l'orgasme génital , et que cet orgasme, porté successivement à son apogée, amène enfin 1 éjaculation qui le termine. Les pollutions de ce genre sont rarement habituelles et régulières ; elles ne se reproduisent, au contraire , qu'à des intervalles variables et seulement lorsque l'organisme a réparé les pertes que les dernières ont occasionées, et renouvelé le besoin qu'elles avaient satisfait.

Mais, chez les masturbateurs , dont l'imagination se tend continuellement vers les objets libidineux, afin de produire l'érection, il arrive une époque où les actions cérébrales , ayant contracté l'habitude de cette direction , la suivent encore durant le sommeil et reproduisent chaque nuit, avec des songes analogues, les mêmes éjaculations. Les organes devenant de plus en plus irritables et l'habitude agissant avec une puissance incessamment croissante, il arrive graduellement une époque où les pollutions ont lieu presque sans érection et sans que le rêve ait eu beaucoup de durée. Après s'être reproduites à des intervalles assez éloignés , elles se renouvellent enfin toutes les nuits , ou plusieurs fois chaque nuit, ou même presque aussitôt que le sujet commence à goûter un profond sommeil.

Le coucher en supination , un lit mou et chaud , le corps reposant sur de la plume et couvert d'édredon , le travail prolongé du cabinet, l'abus d'alimens stimulans et épicés , l'habitude des excitans cérébraux , tels que ceux que procurent les spectacles , les bals , les veilles prolongées au milieu des fêtes ; telles sont les causes principales qui déterminent et entretiennent le plus fréquemment les pollutions nocturnes. Un tempérament nerveux, une imagination vive , la manie de reproduire et de caresser des idées voluptueuses , la masturbation et les abus du coït , s'ajoutent presque toujours à ces causes et contribuent puissamment à en. assurer les effets désastreux.

Diurnes ou nocturnes, les pollutions qui ont lieu chez les personnes vigoureuses et tourmentées par un excès d'énergie génitale dont elles ne peuvent user convenablement, sont sans résultat défavorable. Loin de là , le sujet chez lequel une telle évacuation s'est opérée , en éprouve du soulagement ; il semble délivré d'une oppression intérieure vague et inconnue; il se trouve plus léger, plus dispos , susceptible d'user de toutes ses facultés avec plus de vivacité et de plaisir.

Il n'en est pas de même des pollutions involontaires, que des impressions extérieures , des songes, ou la chaleur du lit déterminent chez des sujets fatigués ou affaiblis par l'abus des organes génitaux, et devenus d'une grande excitabilité. Ces malades sont tristes, moroses, aiment la solitude : ils maigrissent , s'étiolent , s'épuisent et arrivent graduellement à un degré incurable de marasme. Lorsque les organes de la respiration sont irritables et disposés à l'inflammation , des bronchites clironiques, des pneumonies latentes et surtout des tubercules s'y développent très-fréquemment , et la phthisie pulmonaire vient hâter l'issue funeste des accidens provoqués par la maladie princip£^le. Chez les sujets , au contraire , dont les digestifs ont une susceptibilité prédominante, la gastrite, l'entérite et plus généralement les colites chroniques , se montrent comme conséquences sympathiques de la surexcitation génitale et achèvent la destruction de l'organisme entier. C'est presque toujours par la phthisie ou par la diarrhée que périssent les sujets atteints de pollutions habituelles long-temps répétées.

On conçoit que le pronostic doit être en rapport avec ces circonstances très-

POLLUTION

POLYDIPSIE.

difTérenles. Les pollutions accidenlelles, chez les hommes vigoureux, sont salutaires plutôt que nuisibles, et suppléent a l'exercice régulier des organes auquel les sujets ne peuvent se livrer- Les pollutions survenues durant la veille par suite de la création d'images voluptueuses ou de la présence d'objets attrayans , sans érection, et par le seul fait d'une trop grande excitabilité génitale, sont moins graves que celles qui se reproduisent involontairement , la nuit , pendant le sommeil ; et celles-ci sont d'autant plus funestes qu'elles ont e'té précédées d'excès génitaux plus considérables , qu'elles sont plus anciennes, et qu'une habitude plus puissante les rend en quelque sorte inévitables. Le jugement de la maladie devra être proportionné au degré d'émaciation du sujet, à l'état des principaux viscères et enfin à l'existence de facultés intellectuelles et d'une énergie de la volonté plus ou moins développée , qui le rendront plus ou moins susceptible de combattre avec efficacité les excitations génitales , et de se soumettre avec courage aux exigences d'un traitement quelquefois pénible à observer.

Il importe de remarquer, avant d'aborder l'histoire de ce traitement, que c'est moins la perte matérielle du sperme que la secousse nerveuse inséparable de son émission, qui fatigue et consume les sujets. Aussi, quoique ne provoquant pas d'évacuation séminale chez les femmes , et moins fréquentes parmi elles que chez les hommes, les pollutions diurnes et nocturnes produisent-elles sur les deux sexes des résultats presque identiques. Si , vers la fin de la maladie, l'émission spermatique , bien qu'à peine accompagnée d'un orgasme génital marqué , ajoute cependant , dans une progression rapide, à l'afTaiblissement du sujet, cela dépend de ce que, à cette époque d'épuisement et de susceptibilité, les moindres ébranlemeiis sont profondément sentis et achèvent bientôt d'épuiser des forces organiques déjà presque détruites. Les idées des anciens sur l'origine du sperme , sur les résultats de sa résorption , sur l'influence peruinieuse de son épanchement trop fréquemment réitéré , ont été avec raison proscrites par la saine physiologie pathologique.

Le traitement des pollutions doit varier selon les circonstances dans lesquelles elles se manifestent. Surviennent-elles chez des sujets vigoureux , h. organes génitaux puissans, il convient de leur opposer un régime doux et rafraîchissant, des boissons adouciss:intes , des bains , des exercices musculaires portés jusqu'à la fatigue , et à pied plutôt qu'à cheval ou en voiture. Il importe surtout d'insister sur l'éloignement de tous les objets, de toutes les pensées susceptibles d'émouvoir les organes génitaux. Un coucher dur, frais, tel quecelui que fournit un sommier de crin, ou des couvertures légères, l'attention de se maintenir au lit sur le côté plutôt que sur le dos ou sur le ventre , celle de ne se reposer que lorsque la lassitude a préparé un sommeil pi ofond, et de se lever aussitôt le réveil , l'entretien de la liberté du ventre à l'aide du régime, de quelques laxatifs et de lavemens toujours pris froids plutôt que chauds , telles sont les règles hygiéuifiues auxquelles il convient de soumettre les malades.

Si les pollutions, malgré ces moyens thérapeutiques, persistent , la constitution du sujet n'étant pas détériorée, mais au contraire trop énergique, il convient , en certains cas, de régulariser l'action génitale , et de lui donner, par le mariage , une direction normale. Lorsque ce moyen ne peut être employé, et lorsque , par une opiniâtreté ., par un retour habituel et en quelque sorte périodique , les pollutions déterminent de la maigreur, de la tristesse et menacent le sujet de l'épuisement des forces, il importe d'insister sur la gymnastique, le régime et surtout les travaux manuels ou les occupations cérébrales susceptibles de détourner l'action nerveuse de l'impulsion qu'elle a reçue. Des bains froids, la natation, des lotions froides , fréquemment répétées sur les parties génitales, l'hypogastre , le sacrum , les lombes et les parties supérieures et internes des cuisses , sont , en beaucoup de cas , d'une grande utilité. Les voyages à pied, d'une durée proportionnée à la fortune des sujets, ainsi qu'à l'importance de la révulsion que l'on veut obtenir, ont souvent produit une guérison prompte et radicale.

Lorsque les pollutions succèdent à la masturbation prolongée ou aux abus excessifs du coït ; qu'elles se renouvellent avec une grande facilité, une ou plusieurs fois durant la nuit, et s'opèrent presque sans érection ; lorsque, enfin, les malades sont affaiblis, irritables, pâles, tristes et plus ou moins profondément épuisés , les médications relTichantes ne sauraient convenir. 11 importe alors de prescrire un régime analeptique,sans être stimulant. Les viandes bouillies ou rôties, les potages nourrissans , le vin rouge, et autant que possible le vin de Bordeaux, devront être conseillés ; mais on proscrira les gibiers, le poisson, surtout la marée, les ragoûts , les épiées et tous les excitans du système nerveux. Des boissons amères et légèrement astringentes, les eaux ferrugineuses, les préparations du quinquina unies au fer sont généralement convenables , lorsque la susceptibilité des organes digestifs n'en contre-indique pas l'emploi. En même temps que parées médications on s'efforce de soutenir, de réparer les forces , il importe, d'une part, d'insister sur les moyens indiqués plus haut pour donner aux actions nerveuses une meilleure direction , pour rompre les habitudes vicieuses contractées, et, de l'autre, d'agir directement sur les parties génitales à laide des réfrigérans. Les douches froides sur ces organes ont par fois produit d'excellens effets.

Parmi les moyens intérieurs spécialement proposés, on a préconisé , avec raif son, la glace en poudre, à la dose d'une soucoupe remplie, réitérée trois ou quaj tre fois par jour. L'eau de chaux , employée par Sainte-Marie, mêlée au lait à I parties à-peu-près égales, me semble, malgré les éloges que lui accorde ce médecin , mériter moins de confiance. Il en est de même de certaines poudres ou opiats , dont le quinquina , le fer , la conserve de roses rouges , et autres substances analogues forment la base. Ces préparations présentent le grave iucon-

DlCT. DE MÉDECINE ET DE ChIKURGIE PRATIQUES,

vénient de ne pouvoir être employées pendant un temps prolongé sans échauffer l'estomac , rendre les digestions plus laborieuses et compliquer la maladie première de gastrites plus ou moins vives , auxquelles les sujets sont d'autant mieux disposés que leur affaiblissement et leur susceptibilité sont portés plus loin.

Quant aux moyens mécaniques tels que l'application autour de la verge d'un lien étroit, susceptible de comprimer douloureusement l'organe dès les premiers débuts de l'érection et d'arrêter ainsi l'orgasme génital en procurant le réveil, on peut y recourir, mais sans y attacher une grande importance, sans surtout négliger aucun des moyens indiqués plus haut : ils sont bien susceptibles de prévenir actuellement la pollution ; mais la guérison radicale de la maladie ne peut résulter que de modifications profondes imprimées aux actions organiques. Les éreclo-mctres et autres mécanismes plus compliqués, imaginés pour faire obtenir le même résultat, n'ont rien de préférable au lien simple, et ne méritent pas les honneurs de la description.

Les écoulemens séminiformes , continus , dont j'ai parlé au début de cet article, qui s'accompagnent d'un sentiment de tristesse et quelquefois d'amaigrissement des sujets, sont efficacement combattus à l'aide du repos des organes de la génération, du régime fortifiant , des bains froids, et de l'usage intérieur des préparations astringentes et ferrugineuses. Il importe spécialement de rassurer le moral , presque toujours frappé, des individus. J'ai quelquefois employé avec succès le vésicatoire à la partie interne et supérieure des cuisses et même au périnée. Dans d'autres circonstances , l'introduclion d'une bougie en gomme élastique pendant une heure, matin et soir , modifie la sensibilité de l'urètre, et, après avoir augmenté l'écoulement, lui permet de se tarir. Les injections vineuses , celles avec le sulfate de zinc et même avec le sulfate de cuivre , comptent également alors des succès. Enfin l'on a employé la caulérisalion superficielle de la portion prostatique de l'urètre, ainsi que celle de iire^que toute l'étendue de ce conduit ; et la guérison a , chez plusieurs sujets, suivi ces opérations , surtout la première. Mais il ne faut pas oublier que, quelle que soit leur énergie, les traiteraens locaux employés seuls ne réussissent presque jamais , et que la cessation des écoulemens dont il s'agit ne peut résulter que de la combinaison de ces traiteraens avec un ensemble de moyens hygiéniques et de médications internes et externes appropriés. (L. J. Bégin.)

POLYDA.CTILE. rojez Monstruosités.

POLYDIPSIE. s. f. de ml-Ji , beaucoup, et soif. La polydipsie est un désir excessif, un besoin insatiable de boissons ou de substances liquides Compagne ordinaire des maladies fébriles, des phleginasies aiguës , des hydropisies et d'une foule d'autres affections dans lesquelles s'opère une déperdition plus ou moins considérable des fluides animaux ( hémorrhagies , diarrhées abondantes , choléra, diabètes), la polydipsie n'a guère été étudiée jusqu'à ce jour, que comme symptôme de ces divers états morbides, et pourtant les faits qui ont été recueillis par plusieurs observateurs ne permettent point de douter qu'elle ne puisse, dans quelques cas, constituer à elle seule une maladie essentielle, qui a ses causes, ses symptômes, sa marche et son traitement. Envisagée sous ce point de vue, la polydipsie, tient nécessairement ou à une modification particulière, soit phlegmasique, soit purement nerveuse, des organes de la soif, c'est-à-dire du pharynx, de l'œsophage et de l'estomac, ou à une aberration de l'organe de perception ; delà deux espèces dislinctes de polydipsie. La première que l'on pourrait appeler idiopaihique, est due le plus ordinairement à des écarts de régime, à l'usage d'alimens échauffans ou de liqueurs spiritueuses, de substances acres ou narcotico- âcres, à une forte insolation, à des veilles prolongées, etc., etc. On trouve dans la thèse de M. Marchai, sous le titre de considéralions sur la soty (année 1808), la relation de deux faits relatifs à cette espèce de polydipsie : un militaire, après un repas d'adieu, fut pris d'un choléra-morbus, suivi presque immédiatement de chaleur et de rougeur à la gorge, accompagnées d'une soif inextinguible. Entré à l'hôpital de Metz, on l'y voyait avec l'apparence d'une parfaite santé, s'arrêtant à toutes les fontaines pour s'y désaltérer, sans pouvoir y parvenir. Il sortit de l'hôpital après trois mois d'un traitement infructueux, pour retourner à son régiment, où il succomba au bout de quelques mois, à tous les tourmens de la soif. Le second malade avait été en proie à tous les accidens d'un empoisonnement par le vert de gris (acétate de cuivre carbonaté) ; il éprouvait à un tel degré les angoisses de la soif, que quand il manquait d'eau, il buvait son urine , qu'il rendait en quantité proportionnée. Il mourut après environ deux mois de souffrances, réduit au dernier degré de marasme.

On a vu aussi la polydipsie résulter de l'action d'un froid excessif La campagne de Russie, en 1812, n'en a fourni que trop d'exemples. Au milieu des glaces et des frimas , nos malheureux soldats se sentaient consumés par le feu dévorant d'une soif inextinguible.

La deuxième espèce de polydipsie, que l'on pourrait appeler sensorialSf parce qu'elle est le plus ordinairement le simple résultat d'une lésion de la sensibilité, se remarque plus particulièrement chez les enfans à la suite d'une dentition orageuse ou chez les individus qui ont contracté le vice de l'ivrognerie; ce qui constitue deux autres variétés de polydipsie, auxquelles 1\I. Alibert, ilans sa nosologie naturelle, a imposé les noms de polydipsie aqueuse ou vineuse, suivant que le besoin de la soif se fait sentir pour des liquides aqueux ou spiritueux.

C'est à cette seconde espèce de polydipsie qu'il faudrait encore rapporter celle qui consiste dans un besoin purement imaginaire de boissons, et que Sauvages a rangée dans son ortkre morositaies (classe des vésanies). Elle a, en effet, pour siège, le centre même de la sensibilité, et pour cause une sorte d'hallucinalion mentale, comparable à celles dont les sensations dt'pendantes des sens externes nous

POLTGALA. ( 1730

oITrent tant d exemples, et que Ton sait être indépendantes des sens eux-mêmes. On trouve dans le journal général de Médecine (lom. lxxx) un exemple remarquable de cette variété de polydipsie. Il s'agit d'un crieur de cartons, âgé de cinquante-et-un ans, qui, dès l'âge de cinq ans, commença à éprouver le besoin continuel de la soit, '^ers l'âge de puberté, ce besoin se fit sentir avec une telle intensité, qu'il ne fallait pas moins d'une voie d'eau dans les vint-quatre heures, pour le satisfaire; du reste, cet homme n'offrait aucun trouble dans ses fonctions digestives, il n'y avait aucun mouvement fébrile, la langue n'était nullement rouge, nullement sèche; l'urine se filtrait avec une promptitude incroyable; elle n'avait aucune saveur sucrée , et ne recélait aucun principe alcoolique.

Un autre exemple non moins remarquable de cette espèce de polydipsie, est celui que j'ai rencontré en 1815, à Chàlons, chez un marchand boucher, âgé d'environ quarante ans, d'une constitution athlétique, et offrant d'ailleurs tous les attributs d'une santé parfaite. La maladie s'était manifestée d'une manière lente , graduelle et spontanée. Une foule, de moyens avaient été employés sans aucun succès, lorsque le malade vint me consulter, et dans ce moment, la soif était tellement vive, tellement impérieuse, qu'avant d'entrer chez moi, il voulut pénétrer dans la cuisine, pour demander de l'eau dont il but, sans désemparer , plus de six pintes ; mais rien ne pouvait satisfaire celte soif, à laquelle, je ne pus , malgré lexamen le plus attentif , découvrir d'autie cause qu'une habitude vicieuse dégénérée en maladie.

Des sangsues à l'anus, des bains froids, des boissons acidulées prises à la glace et en quanlilé chaque jour décroissante , ne tardèrent pas à mettre fin aux tournions du malade.

La polydipsie est le plus ordinairement continue ; néanmoins on en trouve dans Klein (page 367 ), un exemple qui s'ofl'rit avec le type tierce sans lièvre.

Le traitement doit varier d'après les distinctions que nous venons d'établir entre les diverses espèces de polydipsie. On conçoit, en effet , que dans la jiolydipsie idiopathique , il importe de satisfaire la sensation de la soif, puisqu'elle indique un besoin réel, c'est à-dire une maladie des organes de la sensation ; et que, dans l'autre espèce, il convient, au contraire, de chercher à tromper, à divertir la soif qui n'est qu'illusoire. Cela étant, l'on emploiera avec plus ou moins de succès, dans le premier cas tous les moyens dits antiphlogistiques , tels que les saignées générales ou locales , les acides végétaux étendus, les pédiluves sinapisés , les cataplasmes émolliens appliqués autour du cou, les bains tièdes ou froids très-prolongés, la diète lactée , etc. ; mais il n'appartient guère qu'à la médecine morale de combattre la polydipsie sensoriale, c'est-à-dire de tromper des sensations qui n'ont d'autre cause que l'erreur des sens. Une volonté forte, aiilée de tous les moyens de distraction des sens, est à-peu-près le seul remède à lui opposer.

(P. JOLLY

POLYGALA.. C'est le nom de plusieurs plantes de la diadelphie octandrie de Linné et de la famille des polygalées de Jussieu. Les polygalas senega ou séiiéha , aniara et vulgaris sont à-peu-près les seuls que l'on ait employés.

Poljgala sénéga ou de Firginie. Il croît abondamment dans plusieurs parties de l'Amérique Septentrionale où on l'appelle vulgairement milk-wort ou rattLe snahe-root , à cause de l'eflicacité qu'on lui suppose de guérir la morsure du serpent à sonnettes. Il a été principalement conseillé contre diverses affections aiguës et chroniques des poumons et des bronches, contre le croup , l'hydropisie et certaines maladies des yeux , etc. , on l'a aussi considéré comme vomitif, purgatif, diurétique", sudorifique , etc. Esaminons-le sous ces divers rapports.

Tennent, médecin écossais qui avait habité l'Amérique Septentrionale, et à qui on doit l'introduction du polygala dans la matière médicale , estle premier qui ait préconisé ce remède contre la pleuro-pneumonie aigué. C'était en 1733. Quelques années après ce remède fut essayé en France, particulièrement par Bouvart.ll est constant, d'après trois observations rapportées par ce dernier et qui portent comme le reste de son mémoire un cachet non douteux de conscience et de bonne observation, que des pleuro-pneumonies devenues très-aiguës, malgré une ou plusieurs saignées , ont cédé aussi rapidement qu'on le voit souvent après l'administration du tartre slibié à haute dose , à une décoction concentrée de polygala. Malgré ces observations, et probablement à cause d'observations contraires, le polygala a été rejeté du traitement des phlegmasies aiguës, des poumons et de la plèvre. Il n'est actuellement admis que dans les cas où l'on redoute peu d'éveiller de l'irritation, de l'inflammation dans ces organes, comme chez les sujets phlegmatiques et débilités, ou lorsqu'on suppose que l'appareil respiratoire est, pour me servir des expressions employées par les auteurs, dans un état d'atonie. Il serait fort difficile, je dirai même impossible, de rattacher aux diverses affections de cet appareil, telles que l'anatomie pathologique , la percussion et l'auscultation les ont déterminées, les indications que l'on trouve dans les autres : ce que l'on peut dire seulement, c'est qu'on se proposait surtout avec le polygala de rétablir, de faciliter l'expectoration et de débarrasser les bronches obstruées par les crachats. Je ne connais que Stoll qui, déplus, ait conseillé le polygala pour diminuer l'expectoration. C'était dans les cas où, après une phlegmasie aiguë des poumons, l'expectoration étant trop abondante et se prolongeant trop , il en résultait un affaissement général , une sorte de consomption ( MéJ. prat. , l. 1, p. 134); au surplus il en est actuellement du polygala , dans les maladies de poitrine , comme d'une foule d'autres remèdes : on l'administre par tradition. Dieu me garde, moi qui fais comme les autres , de condamner cet usage ; niais je

) POLYGALA. p

dis que l'on aurait fort à faire si l'on voulait justifier par la science écrite l'em-: ploi d'un médicament sur lequel les livres contiennent si peu de choses quij méritent d'être rapportées.

Le polygala sénéka a aussi été employé dans le croup. Cela se conçoit d'uni médicament qui a la réputation de provoquer le rejet des matières qui em-j barrassent les bronches , d'atténuer, de discuter, d'inciser ces matières. Les premiers essais eurent lieu en 1791 : ils furent tentés par le docteur Archer du ' comté deHardford dans le Maryland et répétés les années suivantes par ses deux fils. Ces médecins faisaient le plus souvent précéder l'emploi du polygala de celui d'autres remèdes, comme la saignée, les purgatifs, le calomel , etc. Cependant Th. Archer disait avoir réussi plusieurs fois à guérir le croup par le polygala , sans l'emploi d'autres moyens. Us faisaient bouillir une demi -once de polygala dans huit onces d'eau , jusqu'à réduction à quatre onces, et donnaient cette décoction par cuillerée à café, toutes les heures ou toutes les demiheures selon l'urgence des symptômes.

L'emploi de ce remède se répandit d'abord en Amérique , puis en Allema- [ gne, en Danemark et plus tard en France. On voit par la correspondance de i Valcntin ( Rech. sur le Croup , p. 571 ) que ce remède jouissait en Amérique ,j au commencement de ce siècle , d'un grand crédit, mais plutôt comme excellent auxiliaire, que comme moyen principal. Cette opinion est à-peu-près celle qu'on s'est formée en France sur la valeur du polygala. « Tout le monde lui j reconnaît, disait Royer-Collard , la propriété d'agir avantageusement sur lal sécrétion vicieuse opérée par la membrane muqueuse trachéale, de ramener plus ou moins cette sécrétion vers son état naturel, de faciliter l'expectoration i des matières déjà sécrétées et de provoquer même quelquefois le vomissement;t mais personne ne le regarde comme un remède souverain, personne ne lui accorde une confiance exclusive. Telle est aussi l'idée que j'en ai conçue moi-i même, d'après l'expérience que j'en ai faite dans un assez grand nombre de circonstances, et c'est dans ce sens que je l'ai conseillée pour la seconde eti même pour la troisième période du croup, conjointement avec les autres:: moyens ordinaires ( Dict. des Se. méd. , t. viii , p. 483). » M. Bretonneau se loue aussi de celte racine , qu'il a donnée en poudre dans l'angine couenneuse.i Les raisonnemens , les observations et les expériences que M. Blaud a opposés à son emploi dans le croup ( Nouvelles recherches sur la larjngo-trachéite , 1824) m'ont paru avoir moins de valeur que cet auteur ne leur en' attribue.

Bouvart, n'osant essayer de prime abord le polygala dans la pleuro-pneu-j monie aiguë, l'administra préalablement à des hydropiques. Chez un deux,! dont il rapporte 1 histoire , l'infiltration était générale , l'abdomen et probablement les plèvres étaient remplis d'eau : cet état était accompagné d'une tuméfaction considérable de la rate et avait été précédé d'une fièvre quarte. La saignée, les hydragogues, les diurétiques de toute sorte, avaient échoué.' On donna par cuillerées une décoction concentrée de polygala. Desévacua-I fions abondantes par la peau , les urines et surtout par les selles eurent lieu.! Il y eut une amélioration considérable et immédiate. Le même remède fut réitéré plusieurs fois avec les mêmes résultats, et le malade sortit de l'hôpital presque guéri. Bouvart obtint un résultat analogue sur les autres sujets, mais| il fait remarquer lui-même qu'aucun d'eux ne fut guéri radicalement. Quelques auteurs, depuis celte époque, ont parlé plus ou moins vaguement de I l'action du polygala dans l'hydropisie. Aujourd'hui c'est , sous ce rapport,! un moyen complètement oublié.

On a encore essaye le polygala dans plusieurs maladies des yeux. Il a été recommandé contre la cataracte par 'Wend , Helmuth , Cartheuser , Schuialz : i mais on peut croire, d'après les expressions d'Helmulh , que ces auteurs i n'ont eu affaire qu'à des hypopions ou à d'autres affections plus susceptibles de guérison que la cataracte. Le docteur F. A. d'Ammon, de Di esde, a publié des observations, d'où il conclut que le polygala est un moyen souvent avantageux dans les ophlhalmies , les iritis , et généralement dans les diverses phlegmasies de l'œil, lorsque l'état inflammatoire est tombé , et lorsqu'il est resté à sa suite une exsudation quelconque : aussi considère-t-il le polygala comme favorisant la résorption dans l'œil. Il administrait cette racine en poudre unie , le plus souvent, avec quelques autres substances. Voici par exemple une de ses formules.

Prenez : polygala pulv

tartrale de potasse

oléo sacch. de roseau aromat. . ,

F. S. L. ti ois cuillerées par jour.

Le polygala, quand il est donné, soit en poudre, soit en décoction concentrée , a pour effet topique de causer de l'irritation dans les diverses portions de l'appareil digestif, un picotement à la langue et au pharynx, une sécrétion plus abondante de salive, de la chaleur, de l'embarras dans la région cpigas- Irique, des nausées, des vomissemens , des évacuations alvines plus ou moins répétées, etc. Ces effet n'ont lieu, je le répète, que lorsque le polygala est donné à dose assez forte. Aucun d'eux n'est constant : aussi ne devrait-on pas administrer cette racine si l'on ne voulait obtenir qu'un effet vomitif ou purgatif. L'influence que ce médicament peut excercer sur la sécrélion urinaire parait établie par les observations de Bouvart, qui cependant n'administrait la tlécoction que par cuillerées. Quant à l'action spécifique du polygala sur les poumons, et particulièrement sur la membrane interne des bronches, elle résulterait seulement des effets de ce médicament dans plusieurs maladies. Les expressions dont on s'est servi pour caractériser cette action, reviennent toutes à dire

POLYPE

POLYPE

qu'elle est stimulante et tonique. Ainsi donc, le polygala passe pour avoir la propriété spéciale de tonifier , d'exciter les bronches et les poumons.

Tennent faisait bouillir trois onces de polygala dans deux livres d'eau , que l'on réduisait à moitié ; trois cuillerées de celte décoction étaient données toutes les cinq ou six heures. Il administrait aussi la poudre de polygala à la dose d'un demi-gros. Bouvart, après avoir essayé ce dernier mode d'administration, y renonça à cause de l'irritation trop forte qui en résultait pour l'estomac. Il préférait la décoction faite avec une once de polygala sur une pinte d'eau qued'oii réduisait ij moitié. Mais il fractionnait et rapprochait beaucoup plus les doses que Tennent , et c'est à ces changemens, dans Ja formule de ce dernier, que bouvart attribue d'avoir eu moins souvent l'eflet vomitif et plus souvent l'etiet purgatif que lui. J'ai déjà dit comment ce remède a été administré dans le croup. Ajoutons que maintenant le polygala se donne à des doses beaucoup moins fortes que celles qui viennent d'être indiquées, ce qui a pu nuire plus d'une fois au succès de ce moyen.

Polygala amara et polygala vulgaris. Ces deux espèces, qui ne sont peut être que deux variétés, sont très-aboudanles dans nos contrées. Duhamel a publié, dans les Mémoires de V Académie royale des Sciences (1739), plusieurs observations peu probantes sur l'emploi du polygala amara dans la pleuro-pneumouie aiguë. Il lui a paru que cette racine favorisait l'expectoration, mais moins puissamment, cependant, que celle du polygala de Virginie. Depuis, il a été préconisé contre la phlhisie, particulièrement par Collin [Anni médici , t. ii , p. 400), qui le plaçait en tête des secours utiles contre cette maladie : suivant lui , ce remède avait entre autres résultats dans cette afl'ection , celui de diminuer les sueurs et d'augmenter en proportion les urines. Il faisait bouillir trois onces de polygala dans trois livres d'eau , jusqu'à réduction à moitié. Celle quantité de décoction était prise en deux jours à doses rompues. Cette formule , suivant Coste et VVillemet, est très-usitée en allemagne. On y ajoute ordinairement du sirop d'hyssope et de pavot blanc. «C'est dans le premier degré de la phlhisie, disent ces derniers auteurs, que ce remède a les succès les plus marqués ; nous lui en avons vu même opérer dans le second. Nous ne l avons pas tenté dans les cas absolument désespérés. Douze poitrinaires de 25 à 35 ans , dont quatre jeunes Elles, ont pris de ce remède. Nous croyons avoir dû à son action le salut de dix d'entre eux. L'ouverture du cadavre des deux autres a démontré l'incurabilité antérieure de plusieurs mois, à l'usage de ce moyen. Les principaux symptômes tle ceux qui se sont rétablis étaient le crachement de sang, précédant les douleurs latérales ou dorsales , la toux, l'oppression, des crachats de mauvaise qualité, un commencement de fièvre lente, la maigreur , etc. Nous nous sommes bien trouvés, dans les toux quinleuseset sèches, d'avoir allié le lait à partie égale de cette décoction. Quand les premières voies n'ont apporté aucun obstacle à ce mélange, nous en avons toujours observé de très-bons effets ; l'expectoration devient plus libre , les excrétions par les selles et les uriiies sont plus abondantes et plus réglées, l'appétit plus soutenu, le sommeil meilleur... la fièvre se dissipe et les forces reviennent. Telle est la gradation de rétablissement que nous avons eu le plaisir d'observer chez quelques-uns , dans l'espace de trois mois au plus. » Pour terminer, disons que les polygala amara et vulgaris sont aujourd'hui si peu employés qu'on les trouverait difficilement dans la plupart des pharmacies. (Léop. Deslandes.)

POLYPE, s. m.nc)>'j?, plusieurs, etircu;, pied, de la ressemblance que les anciens ont cru trouver entre les productions de ce genre et certains mollusques céphalopodes.

On désigne par ce nom, dans l'état actuel de la science, certaines tumeurs saillantes dans les cavités muqueuses , soit qu'elles résultent d'un développement, d'une végétation de la membrane qui tapisse ses cavités, soit que nées en dehors de cette membrane elles la refoulent et la déplacent, en quelque sorte, en se l'appropriant.

1 Toutefois cette définition est loin d'être tout-à-fait rigoureuse : en effet, d'une part, quels sont les caractères distinctifs de ces tumeurs? voilà ce qu'on n'y 1 trouve pas exprimé, ce que la description ultérieure peut seule indiquer; et d'unautre côté, certaines végétations du conduit auditif externe, sont également i désignées par l'expression de polypes, bien que la membrane de ce conduit ne soit pas muqueuse. Nous ne mentionnons point ici les concrétions fibrineuses du cœur et des gros vaisseaux, parce que le temps est éloigné où ces concrétions étaient assimilées aux polypes, et qu'il n'y a aucune analogie entre ces choses.

Les polypes diffèrent beaucoup les uns des autres suivant diverses circonstances qui seront indiquées par la suite; mais, si grandes qu'elles soient , ces {dissemblances ne sauraient faire méconnaître les nombreuses analogies qui ras- I semblent les productions de ce genre pathologique; par conséquent, il importe ide donner d'abord des polypes une description générale, et de décrire ensuite I chacun d'eux en particulier, dans les diverses régions qu'ils occupent. ■ Première partie. Description générale des polypes. Tous les points de l'histoire des polypes peuvent être résumés en une description générale, parce que sous tous les rapports de siège, de nombre, de direction, à' étendue , Aejorme , \is densité, de structure, etc. , les polypes ont entre eux mille manières d'être lanalogues. Examinons-les sous toutes ces faces.

§ l". Siège des polypes. Comme nous l'avons dit plus haut, les polypes apparjtiennent exclusivement aux cavités muqueuses, le conduit auditif externe, et peut-être la matrice , font seuls exception à celte règle générale. Tantôt les po- (lypes ont leur siège primitif dans la membrane tégumentaire, tantôt au contraire jils naissent en dehors d'elle , dans le tissu cellulaire ou fibreux qui la double , pu plus profondément encore, et ne présentent avec la membre tégumentaire pue des rapports de contiguïté. Les polypes muqueux proprement dits appartieni!

nent à la première classe, tandis que tous les polypes fibreux forment plus particulièrement la seconde. Les différens points des membranes tégumentaires intérieures peuvent donner naissance aux polypes, il n'en est aucun dans lesquels ils n'aient été observés; néanmoins, heureusement pour les individus qui les portent, ces tumeurs affectent une sorte de prédilection pour les cavités muqueuses superficielles; que l'on compare, en effet, sous le rapport de leur fréquence, les polypes de fosses nasales, avec ceux de l'oesophage, de l'estomac, etc., et l'on verra combien grande est la différence. M. le {)rofesseur Gerdy désigne par l'expression de poljpes extéro-intérieurs , ceux qui se développent dans le voisinage des ouvertures naturelles , et qui , pour cette raison , sont accessibles aux moyens chirurgicaux , et par celle de poljpes intérieurs ceux qui présentent des conditions inverses.

§ II. Nombre des polypes. Les polypes sont souvent solitaires, plus souvent aussi ils sont multiples. Levret a vu jusqu'à sept polypes réunis sur la même personne , dans les fosses nasales ; de semblables faits ne sont pas rares. Quelquefois plusieurs cavités muqueuses présentent à-la-fois des polypes chez le même individu.

§ m. Direction des poljpes. Implantés d'abord perpendiculairement à la surface de la cavité qui leur donne naissance, les polypes lui tleviennent de plus en plus obliques , à mesure qu'ils se développent. Les polypes mous deviennent plus promptement obliques à leur surface d'implantation que les polypes durs ; mais ceux-ci ne manquent cependant pas de ce caractère.

§ IV. Etendue des poljpes. Les polypes acquièrent souvent toute l'étendue de la cavité à laquelle ils appartiennent; bien plus même, parfois leur développement est tel, qu'ils ne peuvent plus être contenus d'une manière exacte dans cette cavité, qu'ils la dilatent, en refoulant ses parois, ou bien qu'ils se portent en dehors après avoirgêné plus ou moins long-temps l'action de la partie affectée. Nous avons enlevé, avec notre ami le docteur Vosseur, un énorme polype qui remplissait les deux Cosses nasales ; ce polype avait en partie déti uit la cloison , et proéminait à-la-fois en avant et en arrière de ces cavités. De nombreux faits du même genre ont été rapportés par les auteurs.

§V. Forme des poljpes. On peut réduire à deux les variétés de configuration extérieure des polypes; tantôt sessiles, suivant l'expression des botanistes, ils représentent des masses non pédiculëes qui soulèvent seulement la membrane tégumentaire ; tantôt plus dégagés, ils sont unis au reste de l'organisme au moyen d'un collet plus ou moins étroit. Certains polypes conservent la même forme pendant toute leur durée ; tandis que d'autres, sessiles d'abord, deviennent plus tard pédiculés, et parfois même se détachent de l'organe au point de leur adhérence. Jamais on ne voit un polype pédicule devenir ensuite sessile ; on dit seulement avoir observé quelques cas , dans lesquels une de ces tumeurs avait contracté des adhérences par un des points de sa surface, de telle façon qu'au lieu d'un pédicule, elle en présentait deux bien distincts. Un polype pédiculé voit ordinairement son pédicule diminuer de plus en plus, à mesure que toute la tumeur se développe; quelquefois même cet amincissement va jusqu'à la rupture. Un polype pédiculé présente trois parties : le pédicule , le corps, et le sommet. Le corps et le sommet d'un polype sont tantôt lisses, et tantôt irréguliers et plus ou moins subdivisés. Les polypes durs sont lisses ; les polypes mous sont mullifides le plus ordinairement.

^ VI. Densité des poljpes. Déjà nous avons laissé entrevoir combien les polypes varient sous ce rapport ; les uns, en effet, sont durs à l'égal des os et de la pieire; les autres se laissent écraser avec la plus grande facilité ; mais entre ces degrés extrêmes , il en est encore d'intermédiaires , que la pratique de l'anatomie pathologique révèle tous les jours.

§ VII. Structure des poljpes. Sous le point de vue de la structure , les polypes forment trois genres; les poljpes muqueux ou vésiculaires ; les polypes charnus ou viifaces ; les poljpes Jîbreux.

l". Les polypes muqueux sont mous, grisâtres, demi transparens , et semblent résulter d'une expansion du tissu de la membrane muqueuse à laquelle ils appartiennent ; ils sont formés d'un tissu cellulaire très-fin, dans les aréoles duquel est infiltrée de la sérosité jaunâtre; leur membrane tégumentaire est formée par une lame très-mince qui n'est autre chose qu'une condensation de leur tissu cellulaire intérieur. Certains polypes que I on rapporte encore à la même classe sont plus résistans, inoins transparens que les premiers ; ils sont moins infiltrés de matière séreuse, et présentent assez bien la flaccidité et l'apparence coriace de la glande mammaire des vieilles femmes; nous en avons extrait de semblables des fosses nasales ; Levret les a parfaitementdécrits ; forment-ils une espèce à part? Ce n'est pas notre avis; ils nous paraissent, au contraire , consister en une véritable dégénérescence des polypes muqueux; peut-être ceux-ci doivent-ils toujours à la longue revêtir ce caractère. Il ne faut pas confondre les polypes muqueux que nous décrivons avec certaines excroissances vésiculaires , qui n'appartiennent qu'au col de l'utérus; et que nous indiquerons à l'occasion des polypes de celte partie.

2° Les poljpes charnus sont plus denses que les précédens, plus rouges, plus saignans; leur tissu ressemble tantôt à celui des fongosilés inflamuiatoires , et tantôt à celui des excroissances cancéreuses ou syphilitiques ; ce sont toujours des lamelles cellulaires plus ou moins denses , plus ou moins entrelacées de vaisseaux.

3". Les /?oZ//;es /iireur sont formés de fibres contournés autour du centre, ou noyau de la tumeur ; ces fibres d'apparence nacrée, sont toujours se'parées les unes des autres par une matière gélatiniforine dont l'abondance varie, et qui par ses proportions communique à la tumeur une densité différente. Nés constamment en dehors des membranes muqueuses , les polypes fibreux sont en-

POLYPE

POLYPE

tourés par cette membrane , quelquefois même par une portion du tissu voisin qu'ils ont refoulé dans leur développement , et dont ils forment exclusivement leur pédicule.

Les diverses espèces de polypes sont loin de rester les mêmes à toutes les époques de leur formation. Les polypes fibreux, en particulier, se ramollissent souvent, et subissent une véritable dégénérescence cancéreuse ; d'autres fois ils prennent la consistance cartilagineuse; plus souvent ils se putréfient, comme nous lavons indiqué à l'article corps fibrkcx. (f^oy. ce mot). Ces différentes manières d'être des polypes, suivant l'époque de leur formation, ont souvent été considérées par les auteurs comme constituant des espèces particulières ; il suffît de signaler cette cause d'erreur, pour la faire éviter par les pathologistes atentifs.

Quelques polypes offrent à l'intérieur une cavité plus ou moins ample ; mais la plupart offrent une disposition inverse.

Tous les polypes renferment des vaisseaux. Ceux des polypes muqueux sont très-fins , et ne sauraient jamais donnerlieu à une hémorrhagie. Ceux des polypes cbarnus, au contraire, nombreux et très-gros, peuvent être la source de graves accidens pendant les opérations : ils traversent le pédicule de la tumeur dans tous les points, et se répandent à la surface et au centre de ces polypes. Tels ne sont pas les vaisseaux des polypes fibreux : moins nombreux, mais aussi gros, plus gros même quelquefois, ils appartiennent à la périphérie de la tumeur, à la membrane muqueuse que celle-ci a refoulée, et qui forme son kyste, et n'envoient au centre du polype que quelques ramifications fines et peu importantes.

On a vu des polypes utérins servir à l'implantation du placenta dans la grossesse, et leurs vaisseaux envoyer des matériaux nutritifs au fœtus. Ce fait dont l'exactitude ne saurait être contestée peut bien paraître, et a effectivement paru extraordinaire à quelques pathologistes; mais pour nous, qui savons que la plupart des polypes utérins sont fibreux, et qu'ils sont entourés par une partie du tissu utérin refoulé , rien n'est plus simple, rien n'est plus facile a concevoir.

§ YMl.É tiologie des polypes. S'il est exact de dire que l'histoire des causes pathologiques est généralenaent peu avancée, on peut déclarer hardiment que nulle part ailleurs l'enfance de notre science ne se révèle plus clairement, sous ce rapport, que dans l'histoire des polypes. On dirait que les faits manquent, ou que l'on n'a pu encore en réunir suffisamment, pour s'élever à quelques considérations générales relativement aux causes de ces tumeurs. Peut-être cette imperfection relative dépend-elle seulement de ce qu'on n'a pas assez distingué tel et tel genre de polypes; et de ce qu'on s'est trop attaché à l'idée que ces affections réunies par une dénomination commune, devaient procéder d'une source également commune.

Sous le rapport étiologique, nous croyons , au contraire , que l'on doit faire trois classes des polypes ; qnelques-uns paraissent être de véritables produits inflammatoires ; d'autres résultent d'une sorte d'hypertrophie de la membrane muqueuse qui leur donne naissance ; un certain nombre enfin reconnaissent pour cause une concrétion Jihrineuse qui s'organise en dehors de la membrane tégumentaire. Les polypes du conduit auditif , les épulis , et tous les polypes qu'on appelle charnus , sont bien certainement de la première classe. Les polypes muqueux forment la seconde: tandis que les polypes fibreux se rangent dans la troisième.

Il n'est pas nécessaire d'ajouter , ce nous semble, que des influences variées peuvent déterminer les modifications pathologiques que nous considérons ici comme causes immédiates des polypes ; qu'il nous suffise de le laisser entrevoir d'un manière générale.

5 IX. Marche des polypes. L'obscurité la plus profonde enveloppe les premiers momens de la formation des polypes; une gène passagère , quelques écoulemens muqueux , quelquefois sanguinolens se manifestent à peine ; mais bientôt les tumeurs acquièrent un volume plus considérable, elles s isolent réellement de la membrane tégumentaire, et alors , mais seulement alors , elles se traduisent à l'extérieur par des symptômes qui trompent rarement le chirurgien instruit. On peut dire des polypes , sous le rapport de la marche, qu'ils présentent deux périodes distinctes : la première, pendant laquelle ils sont la- Uns , et la seconde , pendant laquelle leur présence se décèle d'une manière peu équivoque.

Parvenus à la seconde période de leur formation , les polypes gênent ou empêchent les fonctions de l'organe au sein duquel ils sont nés ; ils en dilatent les parois, les détruisent dans quelques cas, ou bien se portent au dehors par les ouvertures naturelles. Certains polypes se sont quelquefois détachés d'eux-mêmes, et l'économie s'en est trouvée heureusement débarrassée ; cette terminaison rare et désirable appartient spécialement aux polypes fibreux. Développés primitivement en dehors de la membrane muqueuse, les polypes fibreux refoulent ce tégument, s'en enveloppent, et l'amincissent vers le point où il recouvre le sommet de la tumeur; bientôt de l'amincissement précédent résulte une rupture , soit que la distension , soit que la pression et une véritable atrophie amène ce résultat, et le noyau du polype , la tumeur fibreuse de laquelle celui-ci procède, s'échappe au dehors. S'il était besoin dans l'état actuel de la science de fournir la preuve de la théorie que nous venons de formuler , nous montrerions les polypes fibreux , entourés d'une membrane d'une épaisseur égale dans tous les points au début, et mince au sommet dans une deuxième période de leur marche ; taudis que plus tard ce kyste, ouvert et devenu incomplet inférieurement , laisse à nu le tissu fibreux dans le dernier point.

Les polypes peuvent , suivant les cas , devenir la source des plus graves acci-

dens. L'influence de certains polypes sur les parties voisines peut même aller jusqu'à mettre un obstacle à l'existence , si le malade n'est pas secouru en temps opportun {polypes de la gorge , de l'œsophage , du larynx , etc.) , d'autres fois ces productions organiques subissent une dégénérescence carcinomateuse , qui se transmet aux parois de la cavité qui les reçoit , et le malade est exposé à tous les désordres qu'engendrent les cancers ordinaires.

§ X. Diagnostic des polypes. Les polypes ne sont pas également faciles à reconnaître ; ceux qui affectent le voisinage des ouvertures naturelles sont les mieux partagés sous ce rapport ; mais les polypes de l'estomac , des intestins , restent toujours ignorés. Les polypes , comme nous l'avons déjà dit, n'ont aucun caractère propre dans l'origine; alors aussi, leur diagnostic est d'uué désespérante obscurité, et il n'acquiert quelque précision que lorsque la tumeur a pris un certain volume. Des abcès sous-muqueux , quelle que soit la cause qui les produise, ont plusieurs fois été confondus avec les polypes ; il importe cependant d'éviter cette méprise, car le traitement doit beaucoup différer dans' les deux cas. L'abcès sous-muqueux est plus aigu dans sa marche que le polype; il n'est jamais pédiculé ; des douleurs plus aiguës l'accompagnent; etsil'on peut arriver jusque sur lui , il présente une fluctuation pathognomonique qui manque au polype, ou qu'il ne présente que fort rarement. Au reste , s'il restait quelques doutes relativement à la nature purulente, ou polypeuse d'une tumeur placée près d'une ouverture muqueuse naturelle , il conviendrait de se conduire comme s'il s'agissait positivement d'un abcès ; que si l'on avait affaire à un polype , une incision mettrait bientôt ce fait en lumière , et le diagnostic une fois bien établi de cette manière , on aviserait à l'emploi du traitement convenable, avec la conscience que ce qui aurait été fait n'aurait aucunement aggravé l'état du malade.

Le diagnostic complet d'un polype ne consiste pas seulement h bien reconnaître son existence , mais encore h fixer le lieu sur lequel se fait son implantation, le volume , la consistance de la tumeur, et sa manière d'être relativement à la cavité qui la renferme; or, c'est à l'aide du cathétérisme exploratif que l'on acquiert des données suffisantes pour éclairer ces différens points. Le doi»l) quand il peut être introduit, est toujours le meilleur moyen que l'on puisse employer à ces recherches , mais le plus souvent des sondes , des stylets , doivent être mis en usage.

§ Xï- Pronostic des polypes. Les polypes profonds , gastriques, intestinaux, ceux mêmes qui se développent dans l'œsophage, dans la vessie , sont les plus graves, parce qu'ils ne peuvent pas , ou ne peuvent que très-difîicilement être attaqués par les moyens chirurgicaux. Les polypes charnus sont beaucoup plus fâcheux que tous les autres ; une hémorrhagie a plusieurs fois suivi leur ablation , et , en outre , ils repullulent avec une grande facilité.

§ Xlf. Traitement des polypes. Produits par une exubérance toute locale de certains points de la membrane tégumentaire, les polypes ne doivent être attaqués que par des moyens qui agissent directement sur eux. Il n'est pas de maladie qui soit plus exclusivement du domaine de la chirurgie que celle qui nous occupe. Tous les polypes ne réclament pas les mêmes moyens; la dessiccation, la cautérisation, l'excision, le déchirement, l'arrachement, la torsion, le broiement et la ligature ont été mis en usage, tantôt séparément, tantôt combinés de façon à former des méthodes mixtes ou composées.

La dessiccation autrefois vulgaire , lorsque les données précieuses de l'anale- ■ mie chirurgicale et de l'analomie pathologique, n'avaient pas communiqué aux hommes de l'art cette hardiesse et cette certitude si nécessaires dans les opéra- ' tions , est aujourd'hui complètement abandonnée; les injections styptiques ou astringentes sont bien encore quelquefois employées , mais seulement pour modérer l'écoulement du sang ou pour exciter la surface de la plaie , après l'ablation du polype par d'autres procédés.

La cautérisation , comme la dessiccation , n'est guère employée aujourd'hui i que pour achever la destruction des racines d'un polype que l'on a attaqué par l'excision ou par la ligature.

Le déchirement proposé par P. d'Égine et Albucasis, atteste seulement l'imperfection de l'art à l'époque à laquelle vivaient ces chirurgiens , et il ne mérite pas plus d'être signalé , que le procédé à l'aide duquel on l'opérait dans les fosses nasales , en particulier.

La torsion a été imaginée par Boudou , dans un cas où il ne put réussir à l'aide de la ligature.

Le broiement réussit à M. Récamier, dans un cas où il eut affaire à un polype très-mou et très-petit ; on conçoit bien que son application puisse encore avoir lieu , mais elle convient seulement lorsque tous les autres moyens sont inefficaces.

L'arrachement , l'excision et la ligature , constituent aujourd'hui l'état de la science sous le rapport de la thérapeutique des polypes. Le mode, la convenance de ces méthodes opératoires varient suivant les lieux ; aussi nous nous conlentei ons de les signaler dans cette description générale , réservant les détails relatifs à ces points, pour les considérations parliculières.

S XIII. Accidens. Divers accidens peuvent résulter de l'emploi des différentes méthodes opératoires qui viennent d'être indiquées : des hémorrhagies, des inflammations et surtout la récidive de la maladie. Sous ce dernier rapport , il est nécessaire de bien préciser l état des choses : les polypes muqueux et vésiculaires paraissent repulluler avec assez de facilité ; mais il se pourrait bien qu'il en fût souvent ainsi , seulement parce que l'on n'a pas enlevé tout le mal; et que la répullulation fût en réalité la continuation de l'état primitif incomplètement détruit. Les polypes muqueux, ceux des fosses nasales , surtout, auxquelles s'appliquent plus spécialement ces considérations, sont toujours ,

POLYPÊ.

POLYPE

011 presque toujours multiples , et si l'on considère l'anfractuosité et l'étroitesse de la cavité dans laquelle on fait agir les instrumens pendant l'opération , on conviendra , au moins , qu'il est difficile de dire si l'apparition d'un polype , après l'opération, constitue une véritable répuUulation.

Mais si des doutes peuvent rester dans les esprits , touchant la tendance des polypes vésiculaires à reparaitre, lorsqu'ils ont été complètement détruits , il n'en est plus de même pour les polypes charnus. Ceux-là , véritables fongus sortis d'une surface profondément altérée, et pour nous d'une organisation toiit-à-fait difiérente de celle des premiers , possèdent la funeste tendance à rcpulluler des tumeurs érectiles ou cancéreuses, avec lesquelles ils ont plus d'analogie qu'avec les autres polypes.

Les polypes fibreux, bien ditférens des autres, sont des affections purement locales, et une fois enlevés, ils le sont sans retour. On peut assurer qu'après l'ablation complète d'une de ces tumeurs, toute répuUulation est impossible , et que si des tumeurs du même genre apparaissent , elles ont eu une formation toiit-à-fait indépendante de la première.

En6n , nous devons dire , en terminant, que tout le monde n'attache pas au mot répuUulation le sens que nous lui donnons ici, c'est-à-dire , réapparition du mal sous l'influnnce de la cause encore entière qui a produit le premier. Suivant M. le professeur Bérard , par exemple, la répuUulation peut être le fait lo du développement d'un polype qui n'avait pas été reconnu, en raison de l'afTaissement que le premier lui avait fait subir ; 2» de l'apparition de nouveaux polypes sous l'influence de l'état constitutionnel qui a donné naissance au premier; 3° de l'ablation incomplète du premier, et de la végétation de cette souche , comme on voit le tronc coupé d'un arbre reproduire des rameaux aussi et plus vivaces que l'arbre primif.

Division. Il résulte des considérations précédentes que les polypes peuvent être rapportés à trois genres principaux; polypes muqueux , charnus, et Jî- Ireux : dès-lors il paraîtrait convenable , au premier abord , de donner successivement la description de ces trois genres pathologiques et des espèces qui s'y rattachent; toutelois cette méthode ne sera pas la nôtre. En procédant ainsi , nous serions obligés de scinder en trois parties l'histoire des polypes d'une région; et de la sorte, non-seulement il faudrait chercher dans trois parties séparées de cet article, ce qui a trait aux divers polypes des narines, de la matrice, etc., mais en outre, nous serions exposés à de nombreuses re'pétitions, caries différences analomiques des polypes rauqueux, fibreux , etc., n'empêchent pas que sous le rapport des accidens qu'ils produisent , et des méthodes opératoires qu'ils réclament, ils ne présentent de très-importantes analogies. Pour ces différentes raisons, l'ordre topographique nous paraît le seul convenable pour l'histoire particulière des polypes.

Deuxième partie. Histoire particulière des polypes. La cavité oculo-palpcbrale , le canal nasal , les fosses olfactives et leurs divers sinus, la bouche, le pharynx , le conduit auditif externe, l'œsophage , le rectum, la vessie, l'utérus, le vagin et la vulve, peuvent être le siège de tumeurs polypeuses qu'il nous importe de connaître, et qui doivent être décrites en particulier.

\o. Polypes de la cavité oculopalpébrale . Les auteurs n'ont pas donné le nom de polypes aux tumeurs qui se développent sur la surface delà membrane conjonctive; cependant, leur analogie avec eux sous le rapport anatomique, l'identité des moyens opératoires qu'on doit mettre en usage dans l'un et l'autre cas, sont patentes, et nous engagent à réparer cette omission dans notre article.

Le point où la conjonctive se réfléchit pour passer de la face postérieure des paupières sur le globe de l'œil , et celui où elle forme la membrane clignotante, sont les lieux desquels naissent particulièrement les tumeurs polypeuses dont il s'agit ici; tout récemment, nous avons enlevé un véritable polype muqueux, qui naissait sur la membrane clignotante , au niveau du sac lacrymal des auteurs j le professeur Béer a décrit une petite tumeur {papula ) , qui se développe souvent dans le même point , chez les jeunes filles chlorotiques ou mal réglées , tumeur qui a la plus grande analogie avec les polypes; certains encanlhis ne sont rien autre chose qu'une végétation polypeuse de la conjonctive qui revêt la caroncule lacrymale. Sans parler de la saillie désagréable que forme la tumeur des polypes qui nous occupent, ils frottent continuellement contre l'œil et contre la paupière, les irrite, et deviennent la cause d'une ophthalmie rebelle. Irrités par les mouvemens des paupières , les polypes de la cavité oculo-palpébrale seraient , plus que les autres productions du même genre, disposés à subir une fâcheuse dégénérescence , si les malades ne ressentaient de bonne heure la nécessité de s'en débarrasser, et s'ils n'obéissaient promptement à ce besoin. Du reste, l'excision de la tumeur, la cautérisation de son pédicule avec le nitrate d'argent , et des lotions adoucissantes , sufîisent toujours pour avoir raison tde cette légère affection. De petites pinces de Museux et des ciseaux recourbés [sur le plat sont les seuls instrumens l écessaires pour l'opération. Le malade Ijctant assis sur une chaise, devant une croisée bien éclairée, la tête appuyée contre la poitrine d'un aide qui écarte les paupières supérieure et inférieure ; l'opérateur, placé devant le malade, saisit la tumeur avec la pince , et , d'un seul Ècoup des ciseaux, il l'enlève à sa base; immédiatement après et sans désemparer, lia plaie doit être abstergée et cautérisée avec le nitrate d'argent. Un bandeau doit être maintenu sur l'œil après l'opération, afin de modérer l'irritation qui a été [Produite ; néanmoins une ophthalmie ne manque jamais de se développer au ihout de quelque^ heures, mais légère et toujours facile à combattre et à vaincre a l'aide des moyens les plus simples.

2o. Polypes du canal nasal. Les cas ne sont pas rares dans lesquels le canal |nasai et le sac lacrymal plus ou moins altérés, sont comprimés, quelquefois DjcT. DE Médecine et de CniRURGiE peatk^u'es.

même dilatés et distendus par le prolongement de quelques portions de polypes primitivement développés dans les fosses nasales, ou le sinus maxillaire; mais c est à peine si l'on trouve dans les auteurs quelques exemples de polypes nés dans le canal nasal; et, sans le fait suivant, extrait de la clinique du professeur 'Walter, ce paragraphe eût été superflu : « Sibille Giésen, âgée de trente- » deux ans , avait eu la teigne dans son enface, et, depuis, elle avait été affec- » tée d'une cardialgie qui la tourmentait très-souvent. Elle avait été réglée à « dix-huit ans, et l'écoulement mensuel était toujours revenu avec exactitude » depuis cetteépoque ; il y avait quatreans qu'elle avaitété prise, pendant l'été, » d'un coryza, dont elle souffrait au moindre refroidissement ; puis cette affec- » tion se compliqua d'un larmoiement insolite et trcs-incommode , auquel vint » se joindre ensuite une inflammalion du sac lacrymal; la maladie augmenta « insensiblement , et il s'y joignit une tumeur au grand angle de l'œil , avec une » forte tuméfaction érysipclateuse de la paupière inférieure et de tout le côté » de la face correspondant. Cette tuméfaction se dissipa peu-à-peu ; mais le sae » resta malade , offrant une tumeur dure, un peu sensible au toucher, et dont » la compression faisait sortir du niuscus puriforme , d'abord par la narine et » par les points lacrymaux, puis seulement par celte dernière voie et surtout par » le point lacrymal inférieur. Pendant ces trois dernières années, l'inflamma- » tion du sac persista, avec de fréquentes exacerbalions , mais sans jamais donf ner lieu à un abcès. Enfin, depuis six mois , la tumeur du sac ne disparaissait » plus entièrement sous la pression ; la malade y sentait sous le doigt une petite » masse globuleuse, un peu dure et bien distincte du reste de la tumeur. Lors- » qu'elle vint réclamer les secours de M. 'Walter, l'écoulement muqueux par » les points lacrymaux et le rétrécissement du canal nasal étaient faciles à con- » stater ; on sentait sous les tégumens du sac une tumeur assez ferme, arrondie 11 et rénittente , que l'on pouvait librement mouvoir presque en tous sens ; « cette masse était plus dure qu'une simple tumeur lacrymale, douloureuse au » toucher ; elle persistait sous la compression , et ne diminuait que fort peu , » pendant qu'il s'échappait à peine quelques gouttes de mucus purulent par )) les points lacrymaux. Quelle était donc la nature de cette tumeur? Un calcul » eût présenté plus de dureté. M. Walter soupçonna un polype. L'incision du » sac fut pratiquée : il s'échappa d'abord une assez grande quantité de mucus » purulent mêlé avec des larmes , puis apparut un polype globuleux, du vo- » lume d'une petite aveline , inséré par un mince pédicule à la paroi antérieure 1) du sac dont il remplissait en grande partie la cavité, bien mobile et d'une » structure assez ferme, comme sont les polypes du nez auxquels on a donné le » nom de sarcomateux ; on le saisit avec une pince, et son pédicule fut coupé « avec des ciseaux. Le sang s'arrêta par des affusions d'eau froide ; puis le rétré- » cissement du canal fut traité par des mèches, et la malade était complètement » guérie au bout de quatre mois. Le polype incisé n'offrit pas de cavité inté- » rieure; il présentait une masse uniforme, homogène, sans apparence de » fibres , et qui ne semblait formée que par de la matière albumineuse et par la » substance colorante du sang. »

Nous nous contenterons de rapporter l'histoire de ce cas remarquable d'un polype du canal nasal ; ce serait, en effet , aller li'op clairement au-delà de ce que permet la saine logique, que de vouloir, d'après ce fait unique dans les annales de la science , tracer la description générale des polypes de cette région. Tout ce qu'il est permis d'affirmer à cet égard, c'est: 1» que les tumeurs de ce genre doivent apporter un obstacle bien sensible au cours des larmes; 2° qu'elles donnent naissance à des symptômes analogues , en partie , à ceux de la tumeur lacrymale ; 3" que souvent elles produisent une fistule ou une tumeur lacrymale véritable ; 4° que dans tous les cas , leur diagnostic offre une grande obscurité ; 5» et qu'enfin l'incision du sac lacrymal et la ligature de la tumeur, à l'exemple de Walter, doivent en constituer presque toute la thérapeutique.

S". Polypes des Josses nasales. Tous les points de la cavité olfactive peuvent donner naissance à des polypes; mais on doit convenir qu'ils affectent plus spécialement sa paroi externe. Sans aucun doute , les replis nombreux que la membrane pituitaire présente de ce côté, la mollesse et l'étendue qui la caractérisent en ce point, doivent être rangés au nombre des causes de cette sorte de prédilection.

Les polypes muqueux sont plus communs dans les fosses nasales que partout ailleurs , et de mènje aussi ce sont les plus ordinaires de ceux qui apparaissent dans ces cavités ; cependant tous les genres de polypes que nous avons décrits précédemment peuvent se rencontrer ici. Quoique les auteurs n'aient rien dit à cet égard, nous ajouterons même, parce que cela résulte de nos propres observations , que les polypes muqueux paraissent spécialement appartenir à la partie antérieure de la région qui nous occupe ; que les polypes fibreux, quand ils se développent dans les narines , se forment spécialement en arrière; tandis que les polypes charnus végètent inelifféremment dans tous les points. Tantôt une seule cavité olfactive , et tantôt les deux à-la-fois sont affectées ; les polypes muqueux seuls , ou presque seuls , offrent des exemples de la multiplicité de laquelle résulte la double affection que nous venons de signaler. N'omettons pas de dire que, dans certains cas de polypes volumineux, on peut croire à l'existence de polypes dilférens dans l'une et l'autre cavités olfactives, alors qu'une seule cavité a donné primitivement naissance à un seul de ces corps ; par exemple , lorsque la cloison détruite a permis à celui-ci de faire irruption du côté opposé , et de le remplir aussi bien que le premier. Nous avons observé plusieurs méprises de ce genre , méprises forcées par la disposition même des choses , et qui ne cesse qu'après l'ablation complète de la tumeur.

Dès leur début, les polypes des fosses nasales produisent peu de gêne, et

POLYPE

POLYPE

constamment ils restent ignorés du malade et des personnes qui l'entoin-ent ; mais lorsqu'ils ont acquis un peu de volume , ils rétrécissent les fosses nasales , gênent la respiration et l'olfuclion ; ils causent de fréquens coryzas , auxquels le malade attribue d'abord tout ce qu'il éprouve ; mais bientôt quelques symptômes nouveaux apparaissent , l'homme de l'art est appelé à constater l'état des parties , et le polype est reconnu.

Bien que resserrés dans un espace fort étroit , les polypes des fosses nasales acquièrent quelquefois un développement très-considérable; ils remplissent d'abord la cavité dans laquelle ils sont nés, sans en modifier la forme ; bientôt ils refoideiit les cornets en dehors et les aplatissent ; puis ensuite ils défoncent les parois elles-mêmes des fosses nasales. La faible cloison qui les sépare cède la première, et la cavité opposée diminue en proportion de l'augmentation de celle qui est le siège du polype; les os propres du nez sont refoulés en haut et quelquefois séparés; la paroi interne du sac lacrymal est déprimée en dehors, le canal nasal se resserre ; quelquefois même les diverses lames osseuses qui forment la paroi supcrieuie des fosses nasales sont détruites , des accidens cérébraux se manifestent et le malade succombe. Mitis le plus souvent les polypes ne portent pas aussi loin leur i;icheuse influence : après avoir acquis un grand développement, ils font irruption hors de la cavité olfactive , soit en avant vers la face, soit en arrière vers la gorge. Nous avons vu un polype volumineux dilater le trou sphéno-palatin , s'engager, par cette voie, dans la fosse sphénomaxillaire et atteindre la fosse zygomatique. M. le professeur Velpeau a observé un fait du même genre.

Arrivés au point de dévelojipement que nous venons de signaler, les polypes nasaux causent une gêne considérable dans l'exercice de plusieurs fonctions : la respiration ne peut plus se faire que par la bouche ; l'olfaction est tout-à-fait abolie ; le voile du palais refoulé en bas et gêné dans son jeu, n'oppose plus une barrière suffisante aux alimens pendant la déglutition : ceux ci remontent vers la partie supérieure du pharynx, produisent une gène particulière et de l'éternument ; la voix est sourde et nasonnée, comme chez les individus qui ont le voile du palais détruit ou la voûte palatine perforée; l'air ne peut plus pénétrer dans la trompe d'Eustache et l'ouïe est dure ; le canal nasal est comprimé et il survient une épiphora ou une fistule lacrymale. Tous ces symptômes, portés à leur maximum dans les circonstances que nous avons signalées, existent encore dans les cas de polypes peu volumineux , mais ils présentent une intensité proportionnée au volume de ces corps. En général, essentiellement spongieux et hygrométriques , les polypes subissent toutes les variations de sec et d humide de l'atmosphère : ils se gonflent dans les temps humides, se ressèrent dans les temps secs; et , suivant ces alternatives, ils produisent une gêne plus ou moins considérable.

Lorsqu'un polype s'avance jusqu'à l'ouverture antérieure de la narine, il est facile de reconnaître la tumeur molle , grisâtre , ou dure et rougeàtre , qu'il forme. En arrière on reconnaît sa présence à la dépression du voile du palais et à la saillie sensible au doigt , qui existe du côté des narines postérieures. Alors même que les polypes sont peu développés , on peut encore les apercevoir en faisant placer le malade en face de la lumière, ou les sentir avec le doigt porté profondément dans la narine. Chez une femme , dont l'observation a été rapportée par notre savant professeur M. Alibert , le polype se portait en avant, lorsque la malade s'inclinait en ce sens, il s'inclinait en arrière, dès qu'elle prenait une attitude opposée à la première, et causait ainsi une sensation fort incommode.

Les polypes des fosses nasales déterminent toujours nue vive irritation , et disposent, si on n'y porte un prompt remède, aux congestions cérébrales; ils produisent aussi un écoulement mucoso-puriforme fort abondant et fort incommode.

C'est ordinairement avec lenteur que les polypes des fosses nasales acquièrent le développement qui donne naissance aux graves accidens que j'ai signalés ; mais quelquefois il faut très-peu de temps pour qu'ils obstruent complètement la narine. Les polypes muqueux et charnus se font remarquer par leur rapide expansion , tandis que les polypes fibreux sont lents dans leurs progrès.

Tous les polypes des fosses nasales ne sont pas également susceptibles de produire les désordres que nous avons signalés. Les polypes muqueux n'agissent que fort peu sur les os ; les polypes charnus et fibreux altèrent, au contraire, ces parties avec une très grande facilité.

En général , pour peu que la tumeur ait pris du développememt , il est assez facile de reconnaître l'existence d'un polype dans les fosses nasales , à l'ensemble des symptômes que nous avons tracés. Nous ne connaissons que deux circonstances qui aient abusé quelquefois, et fait croire faussement à l'existence de polypes : 1° le cas tl'un abcès sous-inuqueux placé dans le voisinage de l'ouverture de la narine , 2» celui du boursouflement œdémateux de la membrane muqueuse qui revêt le bord inférieur des cornets. M. professeur Cloquet a observé trois cas du premier genre. Une malade nous fut adressée il y a deux ans, comme alTeclée d'un polype nasal ; elle portait sur la partie antérieure et inférieure de la cloison de la fosse nasale dioite une tumeur rougeàtre, volumineuse, très-saillante, et qui obstruait tout-à-fait la narine; le toucher de cette tumeur était mou ; on sentait dans son intérieur une fluctuation qui se communiquait h un autre petite tumeur placée près de la narine du côté opposé; nous fîmes une ponction sur ce prétendu polype , il s'en écoula un pus séreux , et au fond du kyste dans lequel nous avions pénétre , nous trouvâmes la cloison détruite , do façon que le pus se trouvait en contact , à-la-fois , avec les deux membranes pituitaires de la cloison des narines. Un cadavre qui servait à notre cours d'anatomie , il y a quelques années, présentait près des l'entrée des nari-

nes , une tuméfaction grisâtre que nous crûmes d'abord appartenir à-un polype j muqueux ; nous fîmes ouvrir les fosses nasales pour étudier le lieu d'inplanta- j tion de ce prétendu polype; mais à notre grande surprise nous constatâmes que , ( la tumeur était simplement formée par un excès de longueur , de cette portion i j de la membrane de Schneider , qui se réfléchit sur la partie antérieure du bord libre du cornet inférieur.

Malgré la fréquence des polypes des fosses nasales , on ne s'est pas beaucoup j occupé de déterminer les influences favorables à leur développement ; toutefois, ; l'enfance et le tempérament lymphatique nous paraissent disposer aux polypes | muqueux, tandis que l'âge adulte et la vieillesse sont les momens de la vie vers; lesquels se développent plus particulièrement les polypes fibreux et sanguins, i | Quant aux causes immédiates de ces productions , nous croyons , que les cory- | zas répétés produisent les polypes muqueux , chez les individus qui, du reste , \ réunissent les conditions prédisposantes qui ont été indiquées ; et que les j polypes fibreux naissent , au contraire , sous l'influence des causes capables de i pousser le sang vers la tète et vers les fosses nasales, en particulier ; l'analogie | nous a conduit, en effet, à considérer ces polypes comme des concrétions fibri-| :| neuses pelotonnées, qui ont eu pour origine un effort hémori'hagique avorté ,| j si l'on peut ainsi dire, et qui ont subi plus tard une véritable organisation.! | ( Voy. l'art, tdmecr fibreuse , voyez plus loin , polypes utérins. ) I I

Les polypes des fosses nasales sont si communs que, dès long-temps , on s'est | I appliqué à varier les méthodes thérapeutiques cjui s'y rapportent : c'est à leurj I occasion que ces méthodes ont presque toutes été imaginées : aussi, ce que nousj en avons dit dans la précédente description générale, s'applique-t-il plus parti-j eulièrement au sujet qui nous occupe maintenant. '

L'exsiccation , moyen vante par les anciens et tout-à-fait abandonné au-l jourd'faui, peut êire tentée, soit à l'aide de liquides astringens (solutions' d'alun , d'acétate de plomb , etc. ) , soit à l'aide de la poudre de kina , de racines de bistorte , etc., mais l'infidélité de ces moyens est un fait tellement! notoire , que nous n'hésitons pas à dire que , dans les cas où ils ont été employés avec avantage , les malades portaient toute autre chose que des polypes véritables.

La cautérisation n'est guère applicable qu'aux polypes implantés sur la partie-: antérieure de la membrane piluitaire; et encore, nous ne conseillons d'en user) qu'après avoir fait l'excision de la tumeur, et pour détruire les restes de son | pédicule. Les exemples cités par Richter , Callisen et beaucoup d'autres , de po- i lypes qui ont été traités heureusement par la seule cautérisation, ne nous paraissent pas infirmer l'opinion que nous avons précédement émise : ils établissent seulement ce fait vulgaire pour le chirurgien instruit, savoir, que des moyens peu rationnels peuvent quelquefois procurer des succès. i

L'excision des polypes des fosses nasales est encore assez rarement applica-' ble , en raison de l'rtroitesse de ces cavités ; elle peut même devenir dangereuse]; àcause de l'hémorrhagie à laquelle elle donne lieu. Toutefois, si la tumeur était insérée tout-à-fait antéi'ieurement , l'excision , seule ou combinée avec la cautérisation, serait le meilleur procédé à employer. Le polype pourrait être j saisi avec des pinces , et son pédicule excisé avec des ciseaux, ou bien dans i quelques cas , avec un bistouri boutonné. Si l'on avait reconnu clairement le i pédicule d'un polype placé tout-à-fait en arrière des fosses nasales, à l'exemple ' de Ledran , on pourrait l'exciser avec de longs ciseaux , portés d'avant en ar- ' rière par la narine , et dirigés au moyen du doigt placé dans le jîharyux. On a proposé , pour faciliter cette excision , de fendre le voile du palais, lorsque la^ tumeur polypeuse fait saillie du côté du pharynx. Il est aisé de concevoir, en i effet , toute la facilité qu'on se procure en agissant ainsi , mais on ne doit pas. perdre de vue que cette section impose consécutivement la nécessité d'un opéra»i tion nouvelle , que les belles recherches des professeurs Roux , Grœfe et Diffeo» bach, ont popularisée , mais qui offre cependant elle-même des difficultés et des chances contraires. Les cas doivent être rares, dans lesquels il est absolument nécessaire de suivre l'exemple de Manne , et presque toujours les ciseaux coniduits suivant le procédé de Ledran, doivent suffire pour mener les choses à bien. Un jeune malade , qui portait un polype fibreux saillant du côté du pharynx, et qui s'était confie à nos soins, nous parut un instant offrir l'exemple d'un cas où la section du voile du palais devait être pratiquée. Cette soupape pharyngée était chassée en avant par le corps étranger qui, d'autre part} remplissait presque hermétiquement les fosses nasales et la partie supérieure du pharynx. Toutefois nous voulûmes auparavant tenter un autre procédé ; nous 1% parvînmes à passer un fil autour de la tumeur ; un serre-nœud fut glissé par les ' i: fosses nasales sur ce fil, nous le serrâmes très-fort; il coupa le pédicule du po- At lype immédiatement : la tumeur , refoulée en arrière, tomba dans le pharynx, ^ et nous en fîmes l'extraction avec un pince de Museux. L'excision des polypes it profonds , avec un fil de soie , pourrait constituer ainsi un procédé que les au> ' teurs n'ont pas décrit, et qui nous semble capable de faire éviter la section du voile du palais et les accidens qu'après tout elle peut parfois déterminer. Sans doute , les chirurgiens qui ont conseillé, et ceux qui conseillent encore de fendre le voile, pour faciliter l'ablalion de certains polypes des fosses nasales, prennent bien le soin de dire que l'on ne doit adopter ce procédé que dans les cas où l'excision est impossible à l'aide de procédés ordinaires; mais d'abord cette impossibilité nous paraît difficile à établir; ensuite il est d'autres moyens de destruction de polypes nasaux, qui sont préférables à cette excision compliquée.

L'arrachement est sans contredit le procédé qui convient le mieux pour la | destruction des polypes des fosses nasales. Tantôt, comme Morand et Sabatier, I on a arraché des polypes, en communiquant à leur pédicule un mouvement de

POLYPE

POLYPE

va et vient, d'afant en arrière; tantôt en portant dans la fosse nasale une ficelle garnie de nœuds, ou un stylet d'argent très-flexible, couvert d'un fil de laiton tourné en spirale, de manière à scier , pour ainsi dire, le pédicule du polype par un mouvement alternatif d'ayant en arrière ; tantôt enfin , en saisissant le polype avec des tenettes et en imprimant un mouvement de torsion à son pédicule. De ces trois procédés le dernier seul est employé aujourd'hui. Pour le pratiquer, on se sert de pinces semblables aux pinces à anneaux ordinaires , avec cette difTéreuce que l'extrémité des mors en est plus renflée, creusée en dedans , percée à jour et garnie de dents de loup peu aiguës. Ces pinces doivent être droites si l'on veut s'en servir pour arracher un polype placé antérieurement , et courbes si on veut les porter sur la tumeur d'arrière en avant. M. Charrière, dans ces derniers temps, a modifié fort heureusement les pinces à polypes droites, en les construisant comme les tenettes , de façon que leurs branches, coudées près des anneaux, se croisassent l'une 1 autre, lorsque les mors sont rapprochés ; à la faveur de cet artifice , la pince est déjà ouverte d'une certaine étendue , que ses branches ne sont pas encore écartées l'une de l'autre derrière la charnière , et que l'ouverture de la narine ne souffre encore aucune distension.

Tout étant préparé pour l'arrachement d'un polype des fosses nasales, le malade étant placé sur une chaise basse, devant une croisée bien éclairée, la tête fixée contre la poitrine d'un aide, voici comment on doit procéder à l'opération.

CAS , le polype est d'un petit volume. Le chirurgien relève l'extrémité du nez avec l'index gauche ; puis, saisissant les tenettes droites avec l'autre main, le pouce et le doigt annulaire placés dans les anneaux , l'index allongé sur les branches, le doigt du milieu placé sur le côté, il les trempe dans de l'huile, les porte hoi'izonlalement dans la narine, les dirige vers le polype, et lorsqu'il a reconnu celui-ci , il le saisit, imprime un mouvement de rotation sur luimême à l'instrument, et l'attire au-dehors. Du premier coup le malade peut être débarrassé , si le polype est unique; mais le plus ordinairement plusieurs manœuvres du même genre sont nécessaires pour débarrasser complètement la narine.

2« CAS , un polype volumineux remplit toute la narine. Il peut être fort avantageux , pour faciliter l'opération, d'introduire un doigt dans la gorge , de le porter derrière le voile du palais et de refouler la tumeur d'arrière en avant , pendant qu'on l'attire par la narine avec la pince. Tout le monde connaît la remarquable observation de Manne : un polype très-volumineux remplissait la narine , saillait en arrière et refoulait le voile du palais ; Manne fendit le voile, retranclia la partie postérieure de la tumeur , et réussit ensuite à attirer celle-ci en avant. Au moment ou la tumeur franchit l'out^erlure de la narine , on entendit un bruit pareil à celui d'un flacon qu on débouche subitement.

3e CAS , un polype volumineux fait plus de saillie en arrière qu'en aifant. Dans un cas tout à-fait semblable à celui de Manne, nous avons réussi en suivant un procédé différent de celui de ce chirurgien , procédé qui nous paraît incomparablement préférable au sien. Nous avons saisi la tumeur eu arrière avec les pinces à polypes recourbées, conduites au moyen du doigt placé dans le pharynx; et, pendant que nous attirions la tumeur de ce côté; notre collègue et ami , M. Vosseur , avec lequel nous pratiquions l'opération, refoulait fortement le polype d'avant en arrière au moyen de la pince droite, introduite fermée par la narine antérieure. Après quelques tentatives , nous réussîmes à extraire un énorme polype fibro-cartilagineux , qui avait détruit une partie de la cloison des fosses nasales , et notre malade fut guéri sans ; retour.

Pour s'assurer que la fosse nasale est débarrassée entièrement, on fait ,1 souffler fortement le malade, en tenant fermée la narine opposée. Le passage facile de l'air et sans aucun bruissement, est un indice sûr que l'opération a iCu tout le succès que l'on devait en attendre. Le petit doigt, convenablement lubrifié , peut encore être introduit , dans la narine , de façon à faire connaijtre l'état des parties. De l'eau froide ou de l'oxicrat suffisent presque toujours pour arrêter l'écoulement de sang qui suit cette opération. S'il en était autrement , il faudrait pratiquer le tamponnement. Jl arrive quelquefois que quelques-uns des cornets sont plus ou moins déchirés dans l'arrachement des polypes des fosses nasales : mais le plus souvent, refoulés en dehors par la tumeur, ils restent à l'abri de toute atteinte ; du reste, même dans le cas de cet accident, l'extraction des polypes des narines est rarement suivie d'accideus inflammatoires ; et ces accidens , lorsqu'ils se développent, cèdent avec ifacilité aux moyens les plus simples.

La ligature ne convient presque jamais dans les cas de polypes des fosses jnasales : elle est impossible ou très-difficile , et moins avantageuse que l'extraction, si le polype est profondément renfermé dans la fosse nasale ; elle est, facile, mais moins avantageuse que l excision , si le polype occupe la partie antérieure de la cavité ; enfin elle n'est applicable qu'aux polypes postérieurs , a ceux qui naissent près de l'ouverture pharyngo-nasale , polypes qu'on décrit [généralement et que nous décrirons sous le nom de pharyngiens.

Fallope , un des premiers qui se soient occupés de la ligature des polypes des fosses nasales, conduisait sur eux un fil d'argent passé dans une canule, ou serre-nœud, et disposé en anse à l'extrémité de celle-ci. Glandorf paraît s'être pervi d'un fil de chanvre, qui conduisait autour du pédicule delà tumeur, au moyen d'un crochet muni d'un chus , et disposé à-pcu-près comme l'aiguille 'employée par Goulard pour la ligature de l'artère intercostale. Un procédé -peu-près semblable est décrit par Dionis et par Heister. Levret et Desault ot également parlé de la ligature des polypes des fosses nasales; mais ils ont

eu plus spécialement en vue les polypes naso-pharyngiens , qui nous occuperont plus loin.

4». Polypes des sinus. Le sinus maxillaire et les sinus frontaux peuvent être le siège de polypes qui réclament une thérapeutique toute spéciale, et que , pour cette raison , il importe de décrire séparément.

Polypes du sinus maxillaire. Si l'on ouvre les divers ouvrages, si l'on compulse les difTérens registres d'observations , il paraîtra , au premier abord , que rien n'est si commun que les polypes du sinus maxillaire; mais, avec un peu d'attention, il sera facile de reconnaître qu'ici les pathologistes n'ont pas fait preuve, dans leurs descriptions, de cette réserve, de cette sévérité de jugement qui leur a permis de distinguer les véritables polypes, des végétations fongueuses de divers genres, qui ont de l'analogie avec eux. Dans le sinus maxillaire , toute tumeur est caractérisée polype ; on ne décrit , en effet, que trois maladies de ce sinus : Yabcès, Vhydropisie , et le polype. Mai.s liàtons-nous de le dire, les polypes véritables sont rares, très-rares dans la cavité qui nous occupe , nous avons eu occasion de voir opérer ou d'opérer nous-mêrae onze malades affectés de la maladie que l'on désigne ainsi ; mais nous n'avons jamais vu que des fongus inflammatoires ou cancéreux, et jamais de polypes , dans le sens que l'on attache à cette expression.

Les auteurs ne citent aucun exemple de polypes muqueux développés dans le sinus maxillaire; on y a rencontré quelquefois des polypes fibreux; mais les polypes charnus du sinus maxillaire , polypes considérés comme les plus communs, nous paraissent être des cancers véritables.

L'irritation du sinus maxillaire par la racine trop longue des dents voisines , et surtout l'inflammation chronique qui s'étend parfois du périoste alvéolodentaire à la membrane du sinus, sont les causes les plus claires des maladies du sinus maxillaire, et de ses polypes en particulier. On comprend dèslors toute l'influence des douleurs de dents et de la carie de ces ostéides , pour la production de la maladie qui nous occupe.

Au début, un polype du sinus maxillaire peut bien produire de la gêne, de la pesanteur du côté de la joue correspondante ; mais ces symptômes n'ont rien de caractéristique, de sorte qu'à vrai dire, la maladie ne se traduit réellement à l'extérieur, que lorsqu'elle a modifié les parois de la cavité qui l'a vue naître. Lorsque le polype du sinus maxillaire a ac([uis un volume considérable, il dilate le sinus dans tous les sens ; la joue devient plus bombée que d'ordinaire; l orbite est rétréci, et l'œil est chassé en avant; les paupières sont tendues, la conjonctive rougit, et le tissu cellulaire qui la double devient œdémateux, les dents canines et incisives supérieures correspondantes, vacillent et tombent ; la voûte palatine est déprimée ; la fosse nasale voisine est rétrécie , la respiration est gênée, la voix devient nasillarde ; au bout d'un temps très-court, si la maladie est abandonnée à elle-même, les os ne sont plus seulement refoulés en dehors , ils subissent une véritable deslruction, et les cavités du sinus, de l'orbite , de la bouche et de la fosse nasale, réunies en une seule, constituent un antre très-vaste occupé par la tumeur; enfin la joue est distendue de plus en plus, et la tumeur peut être sentie à nu dans son épaisseur au-dessous de la membrane muqueuse du sillon alvèolo-dentaire.

Les tumeurs polypeuses du sinus maxillaire, comme nous venons de le voir, fontdes progrès continuels; à la longue, elles en envahiraient toute la face, même le crâne, et détermineraient la mort en attaquant directement le système nerveux central. Nous avons opéré à l'hôpital Beaujon un malade, chez lequel une production de ce genre, après avoir détruit le sinus maxillaire de la manière la plus complète, et avoir fait irruption dans la narine correspondante, avait détruit la voûte des fosses nasales, et s'était mise en contact avec la dure-mère.

Il est à peine besoin de reproduire ce que nous avons dit précédemment, de la qualification de polype que l'on donne indifféremment aujourd'hui à toutes les tumeurs solides du sinus maxillaire; nous en appelons à l'observation clinique pour établir la justesse de ces remarques. Ce qu'il nous importe d'ajouter ici, c'est : 1» que nulle part le périoste n'est plus disposé que dans le sinus maxillaire, à subir la dégénérescence spéciale, qui constitue le cancer colloïde , dégénérescence que l'on retrouve le plus souvent dans les tumeurs dites ossivores ou fongueuses lympathiqiies du périoste ; 2° que presque tous les prétendus^/o/jpes du sinus maxillaire ont l'analogie la plus grande avec ces tumeurs dernières.

Mais ce n'est pas seulement avec les cancers du périoste du sinus maxillaire que l'on a confondu les polypes de cette cavité, les ostéo-sarcomes de la voûte palatine, les abcès et les hydropisies du sinus ont encore été la source de quelques méprises. Toutefois, dans les cas d'ostco-sarcomes, le diagnostic est facile, car la tumeur apparaît primitivement du côté de la bouche, tandis que les tumeurs développées à l'intérieur du sinus apparaissent à la joue d'abord , et vers la bouche consécutivement. Les abcès et l'hydropisie du sinus, affections qui ont entre elles la plus remarquable analogie, diffèrent des tumeurs qui nous occupent, sous ce rapport, que celles-ci dilatent le sinus dans tous les sens, en avant, en haut, en bas et en dedans, tandis que les autres ne l'affectent guère qu'antérieurement. Une observation de Lesage {Bull, de la fie. deméd., t. v, p. 258), témoigne que l'on peut même confondre une simple tumeur des fosses temporale et zygomatique avec une affection du sinus maxillaire ; de même , eu eff'et , qu'une tumeur du sinus se porte facilement vers les régions que nous venons d'indiquer, de même aussi des derniers points, une tumeur peut itteindre le sinus, détruire sa paroi voisine, et pénétrer dans sa cavité. Des exostoses creuses , développées sur l os maxillaire supérieur, comme celles qu'a décrites M. Dupuytren , peuvent mentir d'autant plus facilement la maladie qui nous occupe, que souvent on trouve leur kyste rempli par des fongosités assez analogues aux polypes maxillaires. D'autres

P OLYPE.

fois des dents de la deuxième dentition , dents vicieusement dirigées dans leurs alvéoles , restent renfermées dans l'arcade alvéolaire, s'y développent , soit en dehors du côté de la joue , soit en dedans vers la voûte palatine, et donnent naissance à une tumeur qui a quelque analogie avec les tumeurs du >;inus maxillaire. MM. Marjolin et Duval ont eu récemment occasion d'observer nue tumeur de ce genre; nous-même nous avons opéré une femme qui en portait deux semblables dans la voûte palatine; dans aucun de ces cas, la véritable nature du mal n'avait été bien reconnue; mais d'un autre côté , la circonscription de la tumeur avait suffi pour éloigner l'idée d'un polype, ou même d'tme autre afTection du sinus maxillaire.

Il est à peine nécessaire de dire tout ce qu'a de fâcheux le développement d'un polype dans le sinus maxillaire , ou plutôt la maladie décrite sous cette dénomination parles auteurs. Véritable aancer du périoste dans le plus grand nombre des cas, cette affection tend h faire de rapides progrès vers les parties voisines; et sa léthalité jusqu'ici a été d'autant mieux assurée , cjue sa nature niai appréciée , lui a fait appliquer le traitement qui conviendrait à un véritable polype , traitement insuffisant pour elle.

Jusqu'à ces derniers temps , le traitement des polypes du sinus maxillaire avait eu pour bases : 1" la perforation du sinus , quand déjà la nature ne l'avait opérée elle-même 2° l'ablation de la tumeur et la cautérisation ; le génie des chirurgiens s'était seulement exercé à varier le point sur lequel devait être faite la térébration, MM. Dupuytren etGensoul, les premiers, ont apporté des modifications importantes à cette partie de la thérapeutique chirurgicale; le dernier surtout a insisté sur le fait de l'insuffisance de la perforation dans les cas de fongus ; seulement il n'a pas osé s'élever à cette considération générale que presque toutes les tumeurs décrites sous le nom de polypes du sinus maxillaire réclament la même médication, les mêmes moyens opératoires. Trois fois nous avons opéré des fongus du sinus maxillaire en nous contentant de térébrer cette cavité , ou d'agrandir l'ouverture déjà établie par le mal du côté de la bouche , et chaque fois, après avoir cru la guérison parfaite, nous avons eu la douleur de voir le mal se reproduire, et reprendre les caractères qu'il offrait primitivement. Il n'est pas un seul chirurgien auquel il n'ait été donné de faire de semblables observations.

Quoi qu'il en soit de la nature cance'reuse de la plupart des polypes du sinus maxillaire, il est évident que les exigences de la médecine opératoire, sous ce rapport, doivent être en harmonie avec le degré auf{uel le mal est parvenu ; si la tumeur est encore peu développée, que le sinus ait été peu distendu, il faut seulement lérébrer cette cavité du côté de la bouche, en emportant une partie du bord alvéolaire et de la fosse canine , après s'être donné du jour à l'aide d'une incision pratiquée sur la joue. De la sorte, à l'aide d'une spatule ou mieux encore d'une sorte de cuiller , on débarrasse facilement le sinus de la fongosité qui le remplit. On termine en cautérisant vigoureusement les parois du sinus avec \\r\ pinceau chargé de nitrate acide de mercure , ou avec le fer rouge. Desault et M. Giuseppe Georgi d'Imola et beaucoup d'autres ont obtenu des succès de ce procédé.

Mais lorsque la tumeur a détruit les parois du sinus et qu'elle a acquis lin développement considérable , si l'on se bornait au procédé qui vient d'être décrit, on s'exposerait, comme le fait très-bien remarquer M. Gensoul , à laisser une partie du mal ; la répullulation serait certaine et l'opération inutile. De même que , dans les cancers du sein , ce n'est pas assez pour la sûreté de l'opération d'avoir cerné exactement la tumeur, il faut encore emporter les parties qui touchaient immédiatement celle-ci , et qui pouvaient avoir été souillées par son contact; de même ici ce n'est point assez de se borner à débarrasser le sinus le plus complètement possible , l'ablation des parties osseuses qui le forment est encore nécessaire.

La perforation du sinus maxillaire n'est pas seulement un préliminaire indispensable pour l'extraction simple des polypes de cette cavité; elle appartient également et plus même à la thérapeutique de l'hydropisie . qui a quelquefois son sié^e dans le même point ; aussi renvoyons-nous* à l'article sikus MAXILLAIRE, la description de cette opération.

L'ablation du sinus maxillaire, ou de l'os maxillaire supérieur, car ces deux choses sont à-peu-près synonymes, doit, au contraire, être décrite spécialement dans cet article. Substituée à la simple extirpation des polypes du sinus maxillaire, cette ablation de la majeure partie du squelette de la joue, est une opération toute moderne , dont MM. Dupuytren etGensoul se disputent l'invention. Qu'il nous suffise de constater ce fait, sans entrer dans des détails plus étendus à cet égard ; l'histoire delà polémique établie entre ces deux chirurgiens serait de peu d'intérêt dans notre dictionnaire ; ce qui nous importe à nous , c'est d'être en possession de cette ressource chirurgicale, et surtout d'en bien connaître toutes les circonstances. Depuis MM. Dupuytren et Gensoul , MM. Lizars dÉdimbourg, Scott, et quelques autres ont répété celte opération avec succès. Nous-même, nous l'avons pratiquée l'année dernière; nous avons emporté les deux tiers de la voûte palatine, plus, par conséquent, qu'on ne l'avait fait auparavant.

Des bistouris , des pinces à disséquer, de très-fortes pinces de Museux , de petites scies en forme de couheau et montées comme cet instrument , des gouges , un maillet de plomb , des spatules , des fils à ligature , ou des pinces à torsion , un fil ciré très-long et très-large, des épingles acérées pour faire la suture entortillée , de l'eau et des éponges, telles sont les pièces d'appareil qui doivent être disposées à l'avance pour cette opération.

La crainte d'une hémorrhagie difficile à arrêter, pendant et après l'opération, a suggéré l'idée à M. Scott, et probablement à M. Lizars d'ÉdimbÔurg, de

POLYPE

commencer par la ligature de l'artère carotide externe ; M. Synie a même fait ( précéder une semblable ablation par la mise à nu et la compression immédiate 1 de la carotide dans la région parotidienne ; mais l'expérience a montre que i ces précautions sont inutiles, que l'hémorrhagie qui se manifeste pendant i les manœuvres opératoires , est facile à étanclier , et qu'il y a peu de chances pour qu'elle reparais.se consécutivement.

Nous rapportons à quatre temps les manœuvres diverses dont se compose i le manuel de l'ablation du sinus maxillaire : 1° section des parties molles i extérieures; 2» section des os , S" section du voile du palais , en arrière dei la voûte palatine ; 4o ablation des parties détachées. i

Dans le premier temps , on fait une incision profonde depuis la lèvre supé*h ; rieure , jusqu'à la partie supérieure et postéi ieure de la pommette , incision quiî | commence à deux lignes de la commissure correspondante, se dirige oblique» i ment de haut en bas, de dehors en dedans, et intéresse plusieurs grosses artères^ | dont on fait immédiatement la ligature {la coronaire supérieure j la faciale , la\ \ trunsi'erse). ,

Une fois à l'abri contre l'hémorrhagie , on sépare les parties molles des os i auquels elles adhèrent : du côté de la lèvre inférieure de la plaie, on pousse la i dissection jusqu'à l'os malaire et la fosse zygomatique ; supérieurement, on meti i à découvert la fosse canine, le bord inférieur de l'orbite, la partie antérieure i de la mâchoire supérieure ; ensuite on détache l'aile du nez de la partie voisine i de l'os maxillaire supérieur; on sépare même la sous-cloison des narines de la ; cloison des fosses nasales, si l'ablation osseuse doit dépasser la ligne médiane, i comme nous l'avons fait dans le cas que nous avons cité ; et l'on termine , en I ■ coupant sur le plancher de l'orbite les parties molles intra-orbitaires , et les | i soulevant avec une spatule, pour empêcher qu'elles ne soient lésées dans le reste | i de l'opération.

Le second temps est d'une exécution plus difficile que tous les autres ensemble; i c'est aussi le plus laborieux pour le malade ; les os doivent être divisés dans ' i trois points principaux : au niveau de l'os raalaire, dans le lieu oii celui-ci ferme ( la fente orbitaire inférieure ; au niveau de la cloison orbito-nasale; et vers la i voûte du palais. La section de l'apophyse ptérygoïde appartient au quatrième i temps de l'opération, elle sera décrite un peu plus loin. Ces divisions osseuses i doivent être faites à-la-fois avec la scie, la gouge et le maillet : la scie est néces- I saire pour commencer, la gouge et le maillet sont préférables pour terminer la i section de la cloison orbito-nasale et de la voûte du palais ; mais l'os malaire ■ j doit être coupé tout entier avec la scie, à cause de la dureté qu'il présente, eti J de l'ébranlement fâcheux qui résulterait pour le crâne et le cerveau, de l'usage' des autres instrumens. Il est inutile de dire que la division du tissu de la gencive j et de la voûte du palais avec le bistouri , doit précéder la section des os de ces j régions. !

Quelque compliqué qu'il paraisse, le deuxième temps de l'opération qui nous j occupe est quelquefois plus compliqué que nous venons de le représenter, par exemple, lorsque l'ablation doit dépasser la ligne médiane, et comprendre plus de la moitié du palais ; alors , comme nous l'avons fait nous-même, après avoir scié l'os malaire et divisé la cloison orbito-nasale, avant d'attaquer la voûte du | palais, on doit couper la cloison des fosses nasales. Pour cela la sous-cloison du : nez ayant été séparée de l'épine nasale antérieure, on soulève la lèvre supérieure | de la plaie , on introduit les deux branches de longs et forts ciseaux, l'une dans | la fosse nasale droite et l'autre dans la gauche ; on les fait glisser inférieurementi) jusqu'au pharynx; puis le doigt index de la main gauche étant placé dans la { gorge , pour protéger les parties contre l'action de l'instrument , d'un seul coup i on achève la division de toute la cloison olfactive. j

Le troisième temps de l'opération est fort simple : la bouche est tenue ou- 1 verte; le chirurgien porte le doigt sur le palais, pour reconnaître le point où { cesse sa portion dure , et où commence sa portion molle , et là il enfonce un bis» | touri droit et pointu, de façon à détacher le voile de toute la partie du palais, I qui doit être enlevée. Cela fait, la gouge est portée vers la fosse zygomatique, 1 1 entre la tubérosité malaire, et l'apophyse ptérygoïde, et avec quelques coups de maillet seulement, on divise ces parties osseuses à l'endroit où elles se réu- < nissent. I

Dans le quatrième temps , on saisit avec une forte pince de Museux la pièce ( d'os qui a été circonscrite dans les deux temps précédens de l'opération , et on ; l'enlève après avoir coupé soigneusement quelques vaisseaux et nerfs auxquels | elle tient encore. On doit donner une attention toute particulière à la section du ( nerf maxillaire supérieur, dans la fente orbitaire inférieure, près de la gouttière I sous-orbitaire.

Dans cette opération délicate et compliquée, on coupe nécessairement l" l'ar- 1 tère faciale, les vaisseaux palatins, sous-orbitaires et sphéno-palatins ; 2» le i nerf maxillaire supérieur, et les filets palatins postérieurs et sphéno-palatins ' du ganglion de meckel. Il est facile de lier tous les vaisseaux coupés dans la I joue , mais il n'en est pas de même de ceux qui occupent les parties profondes. I Ceux-ci doivent être tordus, cautérisés ou même encore abandonnés, car ■ l'hémorrhagie qu'ils fournissent est peu considérable et s'arrête bientôt. Nous I ne pouvou.s apporter en preuve de la dernière assertion qu'un seul fait qui nous | soit propre, fait remarquable sous ce rapport qu'il a trait à une maladie sur la- I quelle nous avons fait une résection osseuse plus considérable que toutes celles i qui ont été pratiquées jusque-là; mais dans quatre opérations du même genre faites par M. Gensoul , cette heureuse absence d'hémorrhagie a également été i constatée. i

L'ablation du sinus maxillaire produit un résultat immédiat qui a quelque I chose d'effrayant : une plaie divise profondément la joue en deux grandes par- I

POLYPE

POLYPE

lies ; toufé cette région, décollée du squelette qui lui appartenait, est flottante en avant d'une large cavité dont les bords sont saignans, et dans laquelle se confondent l'orbite, la bouche, le pharynx et la fosse ou les fosses nasales suivant les cas. Après cette opération , il est facile de cicatriser la pluie extétieure, la suture entortillée en procure ordinairement l'agglutination immédiate; mais il est impossible de l'aire disparaître la cavité qui établit une continuité entre la bouche et la fosse nasale. La nature à la longue la rétrécit bien un peu , mais elle ne l'oblitère jamais complètement ; il est même très-difficile de corriger à 1 aide d'un obturateur les principaux inconvéuiens de cette perte de substance , parce que i on manque de points d'appui suffisans pour cette espèce de prothèse.

Le procédé opératoire que nous venons de décrire , procédé qui nous parait le plus convenable et le plus simple, est celui que nous avons mis en usage dans le cas particulier que nous avons déjà cité plusieurs fois, le procédé de M. Gensoul nous paraît un peu moins avantageux. Dans le premier temps, ce chirurgien forme deux lambeaux, l'un supérieur, l'autre inférieur; et il pratique pour cela trois incisions : la première , verticale , depuis le grand angle de l'œil jusqu'à la plèvre supérieure ; la seconde , transi'ersale , depuis la partie moyenne de la première, jusqu'au-devant du lobule de l'oreille; la troisième , verticale , depuis l'extrémité externe de la précédente , jusqu'à la partie externe de l'orbite. Ensuite il dissèque les lambeaux et les écarte l'un de l'autre.

Dans le second temps , M. Gensoul n'use que de la gouge et du maillet pour la division des os.

Les trois incisions de M. Gensoul permettent sans doute de mettre à nu l'os maxillaire dans une très-grande étendue, mais elles laissent après elles deux cicatrices difformes. L'incision simple et oblique suffit à la dénudation des os , elle met plus sûrement à l'abri de la section du conduit de Stenon , et produit moins de difformité. Mais c'est surtout dans le second temps de l'opération que le procédé de notre savant confrère de Lyon nous a paru susceptible d'être heureusement modifié : la gouge et le maillet, eu effet, peuvent bien , sans inconvénient, être employés à la division de la voûte palatine dont le tissu est mou et spongieux; elle est déjà moins avantageuse pour la section du bord alvéolaire antérieur ; mais elle offre de réels inconvéniens, pour la section de l'os malaire et de l'apophyse montante de l'os maxillaire supérieur. Ces parties osseuses très-compactes et très-dures ne peuvent être coupées ainsi , qu'en communiquant au ci àne et au cerveau des ébranlemens considérables, ébranlemens graves dans une opération qui n'expose que trop déjà aux inflammations cérébrales et à leurs lâcheuses conséquences.

Quel que soit le procédé que l'on veuille mettre en usage , pour l'ablation du iinus maxillaire, il est évident que toujours on devra terminer la section des parties par celle de l'apophyse ptérygoïde et du voile du palais , afin d'éviter lu patient l'écoulement de sang dans la gorge, écoulement qui ne manquerait pas de l'incommoder beaucoup, si l'on procédait dans l'opération d'une oaanière inverse. Pour la même raison , le malade doit être placé sur une chaise la tête penchée en avant, afin d'empêcher le sang de la joue de couler en arrière ^ers le pharynx , et de causer de la suffocation.

Polypes des sinus frontaux. Les auteurs rapportent quelques exemples de ces polypes ; mais , à vrai dire , comme dans tous ces cas , la tumeur n'était pas bornée au sinus , qu'elle se prolongeait également dans les narines et dans l'orbite , il est difficile de décider si primitivement elle avait pris naissance dans le iinus frontal. Quoi qu'il en soit , une tumeur à la racine du nez et dans la région iu front , une gêne considérable dans ce point , pourraient donner l'idée de ;ette maladie ; et si le prolongement ultérieur du polype vers la cavité olfactive, lermettait d'asseoir un diagnostic positif, il faudrait, à l'exemple d'Hoffmann Magasin de Rust ), trépaner le sinus , enlever la plus grande partie de la umeur et cautériser son pédicule.

I 5». Polypes de la bouche. Ces polypes sont désignés sous le nom spécial A'épulis ; ils naissent le plus souvent sur les gencives, autour du collet des lents; la partie antérieure des arcades alvéolaires y paraît plus sujette que la bartie postérieure.

I Les polypes de la bonche appartiennent presque toujours à la classe des lolypes sanguins ; ce sont des végétations rouges qui saignent au moindre ontact. Ceux de ces polypes qui se développent autour du collet des dents , e continuent par leurs racines avec le périoste alvéolo-dentaire , et souvent nême, ils sont formés par ce périoste tuméfié. Les épulis sont le plus souvent i)édiculés.

i Les affections dentaires, ou tout au moins celles du périoste qui revêt les ilvéoles , déterminent la plupart des polypes qui nous occupent ; nulle part liUeurs, dans l'histoire particulière des polypes , on ne trouve des faits plus propres que ceux-ci pour établir la doctrine de la naisssance des polypes sous influence d'une irritation inflammatoire.

i Les polypes buccaux forment des tumeurs plus ou moins volumineuses, polies, rouges, peu douloureuses , saignant au moindre contact , tumeurs qui enent quelquefois la mastication et parfois la respiration. Ceux qui se déveoppent autour des dents gênent toujours la maslication , ils déterminent soit consécutivement, soit, et presque toujours primitivement , la vacillation des lents correspondantes. Nés effectivement du périoste alvéolo-dentaire, ces 'olypes doivent avoir la plus grande influence sur les dents; à la longue , ils 'Cuvent même les chasser tout-à-fait de leurs alvéoles.

I Les polypes buccaux peuvent acquérir un volume considérable, même dans n espace de temps très-court ; nous en avons enlevé un , che? une jeune dame

DiCT. DE MÉDECIRE ET DE ChIKURGIE PllATIQUES.

récemment accouchée, qui refoulait les lèvres en avant, les tenait écarlées , et produisait une gêne et une difformité considérables.

La tumeur de la grenouillette, celle de certains abcès, peuvent, à la rigueur, êlre confondues avec la tumeur des polypes de la bouche; mais la grenouillette apparaît dans une région spéciale, peu familière aux polypes, et les abcès sont précédés d'une douleur que les polypes ne présentent que rarement.

Du reste la facilité avec laquelle on applique les moyens chirurgicaux aux polypes qui nous occupent , les rend généralement peu graves ; la curation de ceux qui naissent près des dents est longue et difficile; mais , avec de la persévérance , on parvient toujours à les faire disparaître.

Une simple excision suffit presque toujours pour avoir raison des polypes buccaux qui naissent des joues et des lèvres; mais l'excision doit être réunie à la cautérisation, dans les cas de polypes du bord alvéolaire ; souvent même , il faut, à plusieurs reprises, recommencer l'opération et cautériser avec le fer rouge , pour obtenir une cure complète. Des collutoires adoucissans , et tous les moyens propres à calmer l'inflammation que détermine l'emploi de ces tentatives opéraloires , sont d'un usage indispensable.

Cette circonstance, que les polypes du bord alvéolaire procèdent souvent de l'intérieur des alvéoles , a suggéré l'idée à quelques praticiens que l'ablation de la dent correspondante , et la cautérisation du périoste alvéolo-dentaire , sont nécessaires pour la cure de celte maladie ; ce moyen extrême serait d'autant plus fâcheux que , souvent , les polypes alvéolaires naissent en avant, et que les dents qu'il faudrait enlever seraient les antérieures ; mais , nous le répétons, on peut réussir avec des moyens plus doux , et pour cela, il est besoin seulement de prendre un peu de patience , et de ne pas croire la partie perdue , parce que le mal ne disparaît pas dès les premières opérations.

6". Polypes du pharjnx. Les polypes peuvent naître primitivement dans le pharynx, ou s'y prolonger des fosses nasales, du larynx ou de loesophage ; les premiers doivent faire plus spécialement la matière de cet article.

Les polypes du pharynx sont le plus souvent fibreux ; ils s'insèrent surtout sur les parties qui forment le contour des narines postérieures ; quelques-uns s'implantent aussi sur les parties postérieures ou supérieures du pharynx. Ces derniers ont quelquefois été désignés par le nom de polypes iaiiZa/rei, ou de la base du crâne.

Les polypes qui nous occupent refoulent le voile du palais et le gênent dans ses fonctions ; ils bouchent , dès l'abord , les narines postérieures et rendent la voix sourde etnasonnée; la déglutition , l'audition, la respiration , éprouvent également de notables modifications. Abandonnés à eux-mêmes, ces polypes acquièrent promptement un volume considérable, et ils détermineraient la mort par défaut d'air, si des moyens efficaces ne leur étaient promptement opposés.

La section et la ligature sont les seules méthodes opératoires applicables aux polypes qui nous occupent ; encore la section ne convient que dans des cas trèsrares , dans ceux de polypes petits et dont l'implantation , facile à reconnaître, a lieu sur la partie postérieure des fosses nasales. Des ciseaux un peu longs, portés dans la narine correspondante, ciseaux guidés par l'index de la main gauche placé dans la gorge , pourraient suffire pour cette opération.

La ligature des polypes pharyngiens est à la-fois plus sûre et d'une application plus commode ; plusieurs procédés plus ou moins ingénieux ont été proposés , et peuvent être mis en usage.

Procédé de M. Dubois. On se procure une anse de fil ciré, anse dont on maintient l'ouverture au moyen d'un moi'ceau de sonde élastique dans lequel le fil est passé. Deux autres fils sont également nécessaires ; l'un d'eux doit être teint d'une couleur particulière.

L'appareil préparé, le malade est assis sur une chaise, devant une croisée bien éclairée, sa tête appuyant contre la poitrine d'un aide placé derrière lui. Le chirurgien introduit une sonde de Bellocq dans la narine, et la fait parvenir dans le pharynx, derrière le voile du palais; il pousse le mandrin de cette sonde, et celui-ci, en vertu de son élasiicité , vient se déployer dans la bouche ; il attache à l'extrémité buccale de l'instrument une des extrémités du fil coloré et les deux chefs de l'anse de fil; puis retirant la sonde du côté de la narine, il fait également sortir de ce côté les fils qui y sont fixés. L'extrémité du fil de couleur qui sort par la bouche doit être fixée sur le morceau de sonde ; tandis que le dernier fil est passé autour de la partie moyenne de l'anse, ses deux chefs pendans du côté de la bouche.

Ces préliminaires de l'opération une fois accomplis, le chirugien porte deux doigts de la main droite dans la gorge, cherche à bien reconnaître le pédicule du polype , puis ordonne à un aide de tirer du côté de la narine les trois fils qui y sont placés , pendant qu'il dirige l'anse sur le lieu d'implantation de la tumeur; si l'aide éprouve de la résistance , le polype est saisi ; dans le cas contraire , on attire l'anse dans la bouche au moyen du fil qui a été jeté sur sa partie moyenne, et on recommence les manœuvres indiquées. Dès que le polype a été embrassé , on retire le fil resté dans la bouche , pendant qu'un aide attire par la narine le fil coloré et entraîne avec lui le fragment de sonde. Après cela , il ne reste plus qu'à introduire les deux extrémités de l'anse dans un serre-nœud , pour opérer la constriction de la tumeur et terminer l'opération-

Procédé de Levret. Pour porter l'anse de la ligature, ce chirurgien employait tantôt deux tuyaux accolés et soudés ensemble , tantôt un tuyau simple offrant une traverse à l'une de ses extrémite's , et tantôt enfin deux tuyaux croisés et réunis à la manière des deux branches d une pince à anneaux; il se servait d'un fil métallique pour la ligature.

Levret réussit, dans un cas , en portant son instrument de la narine dans le

POLYPE

POLYPE

pliaryux , mais le plus souvent il manœuvrait du côté de la bouche avec ses tuyaux croisés qu'il introduisait rapprochés , qu'il ouvrait sur les côtés du pédicule de la tumeur et qu'il rapprocliait après avoir entouré celui-ci. Ses tuyaux lui servaient h-la fois de porte anse , et de serre- nœud pour étreindre le polype.

Procédé de Roderick. Herbiuiaux raconte que Uoderick , riche habitant de Cologne , imagina de porter de lu bouche dans la narine , une anse de Hl , d'embrasser dans cette anse un polype dont il était aflecté , de passer les deux chefs de ce fil diiiis des espèces de granis de chapelet qui formèrent ainsi un serrenœud mobile et articulé , et de les arrêter sur le treuil d'un tourniquet d'ivoire. IVous ne voulons pas discuter la question de savoir si un semblable procédé peut bien avoir été réellement inventé par un homme étranger à la chirurgie; il nous suflit seulement de le décrire, car il a servi de point de départ à la plupart des perfectionnemens ultérieurs de la médecine opératoire qui nous occupe.

Procédé de Chopart et Desault. C'est le procédé de Roderick , avec cette différence seulement , lo que ces chirurgiens appliquaient un fil sur le milieu de l'anse de la ligature , afin de la retirer vers la bouche , si du premier coup on n'avait pas réussi à la placer convenablement , 2" que la canule simple ou la canule double de Levret leur servait de serre-nœud.

Procédé de Brasdor. Brasdor se servait d'un fil d'argent de coupelle pour former l'anse de sa ligature , et partant pour lier le polype ; il faisait l'opération comme Chopart et Desault , et employait la canule simple de Levret pour serre-nœud.

Procédé de Desault. Desault avait imaginé pour la ligature des polypes de la gorge , un procédé fort important , qui peut encore être avantageusement mis eniisage. Pour le pratiquer, deux longs fils cirés , une canule d'argent un peu recourbée à son extrémité, un serre-nœud et une sonde de Bellocq sont néce^ saires.

On place la sonde de Bellocq dans la narine , on en fait saillir le mandrin dans la bouche; on attache à celui-ci les deux extrémités de l'un des fils disposé en anse et l'extrémité seulement de l'autre , et on attire le tout par la narine , laissant dans la bouche le sommet de l'anse et une extrémité du fil simple ; on donne à tenir à un aide les fils qui dépassent la narine et l'anse qui sort par la bouche; on introduit dans la canule l'extrémité buccale du fil simple, et l'on pousse cette canule dans le pharynx ; alors on porte l'index de la main gauche vers le pédicule du polype , et avec lui on dirige l'extrémité Je la canule successivement sur tous les points du contour du polype ; le fil passé dans la canule n'étant pas fixé sur le pavillon de celle-ci, se roule autour de la tumeur , et lorsqu'on est assuré que ce résultat a été obtenu, on passe le pavillon de la canule dans l'anse de fil restée dans la bouche ; on ordonne à l'aide qui retenait les fils de tirer à lui les deux chefs de cette anse ; bientôt celle-ci , après avoir glissé surla canule et l'avoir dépassée, embrasse le fil sur lequel elle était placée, l'entraîne dans la fosse nasale, parallèlement au chef du fil simple qui y était depuis longtemps , et il ne reste plus qu'à fixer cette ligature au moyen d'un serrenœud.

Procédé de M. F. Halin. Ce médecin a imaginé pour la ligature des polypespharyngiens , un instrument composé d'une lame d'acier longue de huit pouces et large d'un pouce, recourbée à angle droit à une de ses extrémités , et parcourue par une lige qui supporte la ligature.

Pour se servir de cet instrument , une anse de fil étant passée de la bouche dans la narine , comme précédemment , un aide en saisit les deux extrémités nasales, le chirurgien place le milieu de l'anse sur la lige; il introduit l'instrument par la bouche , le porte dans le pharynx, le glisse sur la partie latérale du pojype, pousse la tige et le fil jusqu'au sommet de la lame, et quand la tige dépasse celle-ci , l'aide, attirant les deux extrémités de l'anse, lui fait abandonner rinstruiiient pour le pétlicule de la tumeur.

Ce procédé est ingénieux, mais il ne s'applique avec facilité qu'aux polypes insérés à la partie supérieure du pharynx , sous la base du crâne.

Procédé de M. Hi'gaud. Pour l'opération qui nous occupe, M. Rigaud a imaginé un instrument composé de trois tiges d'acier , courbées à leur extrémité , réunies dans une canule , et pouvant s'écarter ou se rapprocher à volonté ; chacune deces tiges porte à son extrémitcuneouverlurearrondie, continuée parune fente dont les bords s'écartent sous l'influence des plus légers efforts, et qui laisse facilement échapper le fil. L'anse de fil placée dans la bouche et la narine comme ■précédemment, on engage sa partie moyenne dans les yeux des trois branches de l'instrument ; on porte celui-ci dans le pharynx , autour de la tumeur; on l'élève le plus possible, et alors l'aide attire lorlement les deux chefs de l'ansej celle-ci abandonne l'instrument, et lepoljtpe est embrassé.

En résumé le procédé le Levret est aujourd'hui entièrement abandonné ; et l'on doit convenir qu'il a été dépassé de beaucoup en perfection par les derniers que nous avons décrits. Les procédés de Roderick, Desault et Chopart, de Brasdor et de M. le professeur Dubois peuvent être utilement employés , les derniers surtout ; mais outre que , dans ces procédés , il est souvent dilhcile de faire mouvoir l'anse de la ligature tjue l'on emploie, les manœuvres deviennent d'une exécution difficile, lorsque le polype n'a pas son implanlation au sommet du pharynx , parce qu'alors le plan de l'anse ne peut plus demeurer horizontal. Les mêmes objections doivent être adressées aux procédés de MM. Hatin et Rigaud ; le dernier même ne peut absolument convenir que dans les cas de polypes implantés sous l'apophyse basilaiie. Le procédé de Desault ne souffre pas les mêmes objections ; pour peu (|u'on soit familiarisé avec son manuel, il est d'une facile et prompte exécution ; aussi u'hésitons-nous point à lui donner l'avantage sur tous les autres.

7°. Polfpes de l'oreiile. Bien que tapissé par une portion du tégument exté-

rieur , le conduit auditif externe est sujet au développement de quelques végè- | talions qui ont paru appartenir à la classe des polypes. Sans doute , l'analogie qui rapproche les deux tégumens externe et interne, sans iloute la finesse spé- a ciale de la peau du conduit auriculaire , permettent bien de concevoir le déve- j loppement de polypes véritables dans cette région ; mais il est un fait qu'il im- I porte avant tout de signaler , c'est que presque toutes les tumeurs décorées du i nom de polypes auriculaires, ne sont autre chose que des végétations longueu- j ses , nées d'une phlegmasie chronique , d'un abcès , d'une fistule du conduit au- j ditif : tels étaient six individus qui ont été soumis à notre observation , et sui .i lesquels on avait cru , ou nous avions cru nous-mêrae à l'existence de polype: 1 auriculaires. H se peut certainement que, sous ce rapport, nos observations nt constituent que des exceptions ; mais enfin cette circonstance , que six malades i que 1 on avait crus atteints de polypes auriculaires, n'avaient rien moins , er , réalité, que de véritables polypes, nous parait digne de remarque; et nou , appelons sur ce point l'attention des pathologistes.

Quoi qu'il en soit, les polypes du conduit auditif déterminent une vive irri ( talion de cette partie , des écoulemens séro puruleus , des bourdonuemens , di! i la dureté de l'ouie ; et si l'on n'y porte un prompt remède , ils font irruptior i dans la caisse du tympan , après avoir détruit la cloison tyrapano-auriculaire , e i déterminent une surdité complète , quehjuefois même des accidens cérébraux I mortels , semblables à ceux que Fibrice de Hilden a si bien décrits dans les ca ; de corps étrangers venus du dehors. 1

L'excision, la ligature et surtout l'arrachement avec des pinces, tels sont le] 1 moyens à l'aide desquels on opère la destruction des polypes auriculaires. Sculte] i et Marcheltis se sont servis avec succès du cautère actuel; mais nous ne conseili i Ions pas de les imiter : le voisinage du cerveau doit faire craindre, en effet , qui' 1 de semblables moyens aient souvent de funestes conséquences.

8". Polypes des portions thoracuiue et abdominale du canal digestif. Étran gers à la chirurgie , d'un diagnotic exact impossible , ces polypes ne doiven i nous occuper ici que comme objet scientifique; nous nous bornerons à en cite ( quelques exemples remarquables.

Schneider cite l'observation d'une femme qui mourut de dysphagie , et qu \ avait deux polypes œsophagiens; leur existence n'avait même pas été soup j çonnée.

Monro parle d'un polype qui naissait de la partie supérieure de l'œsophage (I Grœfe en a observé uu qui appartenait , au contraire , à l'extrémité cardia j que de ce canal.

MM. Cruveilhier et Bricheteau ont observé huit polypes implantés dans 11 cavité de l'estomac.

M. Husson a vu à l'Hôtel-Dleu un polype stomacal fort curieux : il avait 1 forme et les dimensions du pénis ; il franchissait le pylore et remplissait un partie du duodénum. C'était un polype sanguin.

Portai a eu occasion il'observer quelques polypes de l'intestin grèle. i

Polypes du rectum. Les polypes du rectum sont plus communs que les pré' cédens; souvent néanmoins ou a pris pour tels des tumeurs hémorrhoïdalci internes. Tantôt ils sont simples et lisses, et tantôt multiples et irréguliers. '

La sensation d'un poids considérable dans la région anale , un empêchemenl plus ou moins complet dans les évacuations alvines , la forme plus ou moin' aplatie des masses fécales qui ont une certaine consistance , un développe meut de tumeurs hémori hoidales , des écoulemens mucoso-purulens et sanj guinolens , tels sont les phénomènes auxquels donnent lieu les polypes à\ rectum.

Boyer cite l'observation d'un polype du rectum qui se détacha spontané ment; mais la dégénérescence de ces tumeurs est une terminaison bien plu! commune pour elle , que cette chute naturelle. En contact continuel avec le. \ matières fécales, frottées par elles lors de leur passage , les tumeurs polypeuse •j du rectum sont excoriées et ulcérées avec la plus grande facilité, et l'actio I répétée de ces causes devient la source des desordres que nous avons indiqués \

L'excision , la ligature et les caustiques peuvent être utilement mis en usag pour la deslructiou des polypes du rectum : l'excision, pour ceux qui sont pla I cés un peu bas , et qu'il est possible d'attirer h la marge de l'anus ; la ligature i dans les cas opposés. Desault a pratiqué avec succès la ligature , dans un cas O' i le polype était implanté à six pouces au-dessus de l'anus ; il employa les porte | nœuds que nous décrirons à l'occasion des polypes utérins. Boyer a prélér i l'excision dans un cas dont il nous a transmis les détails. Quant à la cautérisa' I lion , elle ne convient que pour les polypes très- petits. '

9°. Poljpes du larynx. Lieutaud , MM. Renard , Andral et Ferrus , en on \ cité des exemples ; mais dans tous les cas , la maladie a constamment été mi t connue pendant la vie.

10. Poljpes des voies urinaires. Il existe encore beaucoup d'obscurité dan l'histoire de ces polypes ; sous le nom de l'ongus , on les a probablement con' ' fondus avec des tumeurs de nature bien dillérente. Les malades alfeclés d cystite chronique ont souvent la vessie hérissée à l'intérieur de mamelons vie I lacés qu'il ne faut certainement pas confondre avec les polypes ; la luette vési I cale , dans les mêmes circonstances , devient souvent le siège ; particulièremer | chez les vieillards , d'une tuméfaction considérable qui n'appartient pas àl i classe des polypes ; eh bien ! si l'on retranchait des polypes cités par les au i teurs ceux qui offraient ces caractères , il est permis de croire qu'il en restera | ;

très- peu. . ; i

Le diagnostic des polypes vésicaux est très-difllcile ; on peut bien souf « çonner l'existence de ces tumeurs, le contact delà sonde peut bien fourni quelque lumière à cet égard ; mais une foule de causes sont susceptibles d i

POLYPE

POLYPE

faire illusion ; Desault arracha un polype vesical avec des teneltes , à la suite d'une opération dans laquelle il avait extrait un calcul.

Quelques personnes ont aussi parlé de polypes de l'urèthre ; cependant nous n'en trouvons aucune observation authentique ; celle qui est rapporlée dans la disserlalion de Sporleder n'est rien moins que probante ; la luiiieur fut entraînée au-dehors par les urines ; et aucune recherche anatomique ne vint confirmer le diagnostic.

l|o. Polypes utérins. Les fosses nasales exceptées , nulle part on ne rencontre aussi fréquemment des polypes que dans la matrice. Cette cavité en présente de toutes les espèces , mais les polypes fibreux y sont incomparablement plus communs que les autres ; les polypes muqiieux y sont fort rares. Ce dernière circonstance sera facilement comprise par ceux qui se rap|)elleront la dilïerence d'organisation de la membrane interne de la matrice et des membranes muqueuses ordinaires. Nous ne voulons pas exprimer par là noire opinion particulière sur cette membrane ; c'est un point qui est étranger à notre sujet. Qu'il nous suffise d'ailleurs de faire remarquer que l'existence de polypes muqueux observés dans la matrice ne prouve pas plus la nature muqueuse de la membrane interne de cet organe , que les polypes du conduit auditif n'établissent la structure muqueuse de la membrane du conduit de l'oreille. On observe dans la matrice une espèce de polypes qu'on ne rencontre nulle part ailleurs, et que nous avons décrits précédemment , sous le nom de polypes vésiculaires. Ces polypes appartiennent au col utérin ; ils sont très-exactement pyriformes , et formés par un kyste séro-muqueux {œujs de Nabot/i), enveloppé lui-même par la membrane utérine, qui forme à elle seule le pédicule de la tumeur.

Tous les points de la matrice, le corps comme le col , peuvent donner naissance à des polypes.

La couleur, la consistance des polypes utérins n'offrent rien de spécial ; mais il n'en est pas de même de leur forme , car ces tumeurs se moulent toujours un peu sur la cavité dans laquelle elles prennent naissance. Les polypes de la matrice sont le plus souvent ovoïdes ; ils sont renflé.s à leur partie moyenne ; leur partie inférieure est la grosse extrémité, et la partie supérieure, la petite extrémité de l'ovoïtle qu'ils représentent ; ils sont presque toujours pédicules ; leur pédicule naît de la petite extrémité de la tumeur, et il a ceci de remarquable, qu'il est formé, dans les polypes fibreux, en particulier, parla partie interne de la substance de la matrice , comme nous l'avons dit à l'occasion des corps fibreux {voj-. ce mot) , et qu'il renferme en lui-même les vaisseaux utérins correspondans, vaisseaux développés en raison directe de lirritation excitée parla tumeur, et de la dilatation qu'a subie la matrice. Les gros polypes utérins distendent la matrice presque à 1 égal du produit de la conception , et produisent non-seulejnent dans son tissu, mais encore dans les seins et dans les autres parties de J'organisation de la femme , des modifications analogues à celles qui surviennent pendant la grossesse.

Certains polypes cependant ne conservent pas la disposition globuleuse ou ovoïde qui vient de leur être assignée : quelques-uns , en effet , sont anguleux, d'autres sont bosselés ou subdivisés en lobes ; M. Dupuytren en a vu qui avaient leur petite extrémité dirigée en bas. Parfois on rencontre des cavités dans l'intérieur des polypes utérins , cavités dont l'analogie avec celle de la matrice a fait croire faussement , dans certains cas , que la matrice avait été extirpée. 11 est aussi une autre espèce de cavité intérieure de certains polypes utérins qu'on ne confondra pas avec les premières : nous voulons parler de celles qui résultent de la dégénérescence et du ramollissement pulpeux de la partie interne de la tumeur.

L'âge de quarante-cinq à cinquante ans est celui auquel on observe le plus souvent les polypes utérins ; c'est l'époque où les femmes cessent d'être soumises à l'évacuation raensti uelle. Bayle a soutenu que le célibat et la stérilité sont des conditions favorables au développement de ces tumeurs ; mais celte opinion a besoin d être soumise de nouveau au creuset de l'observation j car M. Dupuytren a récemment annoncé , sous ce rapport , des résultats tout-à-fait contraires à ceux de Bayle. Sur cinquante-huit femmes atTectées de polypes utérins, ce professeur a constaté que cinquante-quatre avaient eu des rapports avec des hommes ; et sur cinquanle-et-une , quarante-deux avaient été mères.

Les symptômes des polypes utérins varient beaucoup, suivant 1 époque du développement tle ces corps : au début, la menstruation est ordinairement dérangée , il y a quelques /lueurs blanches ; un peu plus tard , les flueurs blanches deviennent très-abondantes, et contractent de la fétidité ; des pertes ou un suintement sanguinolent se manifes-tent ; quelquefois les seins se tuméfient ; la peau des malades prend une teinte jaunâtre ; les conjonctives sont pâles, les yeux sont cernés ; les paupières deviennent œdémateuses; et l'altération des traits donne naissance à cette physionomie qu'on désigne par l'épithète iVuténne. Alors les malades commencent à prêter une sérieuse attention à leur état , qu elles n'avaient considéré auparavant que comme une indisposition peu importante et passagère.

Dans la deuxième période de la maladie qui nous occupe , le diagnostic peut encore être d'une obscurité désespérante. Sans doute il n'est pas un médecin instruit qui ne reconnaisse à l'ensemble des traits que j'ai rapidement esquissés , une affection de la matrice; mais quelle est la nature de cette affection? là git toute la difficulté. Sans doute , si le polype s'est développé dans le col , il dilate promptement cette partie , et il peut se faire qu'on arrive jusqu'à la tumeur , qu'on l'aperçoive à l'aide du spéculum , et qu'on la caractérise d'une manière exacte ; mais on conçoit , au contraire , que tout cela est impossible si le polype, né primitivement dans le corps de la matrice , est encore renfermé dans la çavité de celle-ci. Alors seulement le col est ramolli , il est même déjà

un peu dilaté, mais pas assez pour laisser loucher ou apercevoir la tumeur, Cependant le moment arrive où le polype franchit le col utérin, et paraît à la partie supérieure du vagin ; à cette époque , à l'aide du toucher et même de la vue , on reconnaît facilement la nature de la maladie. Une tumeur lisse , arrondie , rarement lobée , souvent blanchâtre , proémiae dans le conduit vulvo - utérin , presse sur le rectum en arrière, sur la vessie en avant, gêne l'excrétion de l'urine et des fèces , cause sur la matrice des tiraillemens plus ou moins forts , qui retentissent dans les régions des reins, qui déterminent parfois des contractions utérines violentes, et un véritable travail comme celui de l'accouchement. C'est particulièrement lorsque la tumeur reste engagée dans le col, qu'elle est volumineuse , dure , et qu'elle distend beaucoup les parties, que l'on observe le curieux phénomène que nous avons signalé en dernier lieu. Du reste, à cette époque, les ccouleniens de\iennent plus abondans et plus fétides , et l'altération générale se prononce de plus en plus.

Arrivés dans le vagin les polypes déterminent des accidens , sous certains rapports , moins intenses que ceux auxquels ils donnaient lieu auparavant ; la facilité avec laquelle ils s'étendent dans ce canal très-dilatable, la pression moindre qu'ils exercent par conséquent sur les parties voisines , amènent , en quelque sorte, un temps d'arrêt dans les symptômes ; mais loi-s(|u'ils ont acquis un développement nouveau , ils se portent ou sont naturellement chassés au dehors par la contraction des parties qui les entourent , et leur apparition entre les lèvres de la vulve ne laisse presque plus de chances à l'erreur. A cette époque, tiraillemens nouveaux plus forts que jamais ; douleurs vives dans la région lombaire; impossibilité de se tenir debout et de marcher ; ramollissement et fonte putride de la tumeur ; écoulemens d'une horrible fétidité ; héniorrhagies abondantes et continuelles ; épuisement graduel des forces de la malade; et mort prompte , si l'on ne vient à son secours.

Les cas sont rares dans lesquels la tumeur , même sans avoir suivi la marche progressive au dehors que nous venons d indiquer, se détache du lieu de son implantation, et dans lesquels la guérison arrive ainsi spontanément; mais enfin» cette terminaison a été observée. Du reste, ce qui a clé dit à l'occasion de' CORPS FIBREUX { f'^oj^. cc mot), de l'enveloppe kystique de ces corps , du peu d'adhérence de cette enveloppe avec la masse fibreuse elle-même, de l'amincissement graduel et de l'atrophie qu'elle subil vers le sommet de la tumeur polypeuse , permet de concevoir l'énucléation véritable des polypes fibreux , et leur séparation sans accident de la face interne de la matrice.

Les polypes de la matrice dégénèrent souvent lorsqu'ils ont acquis un certain développement ; soit que la dégénérescence dépende d'une sorte de réaction des divers élémens de la tumeur les uns sur les autres ; soit qu'elle procède d'une inflammation du péritoine, de l'utérus ou de sa membrane interne; mais comme l'a fait remarquer M. Dupuytren , il existe une notable différence entre les deux espèces de dégénérescence : la première commence parle centre de la tu. meur , la seconde par la circonférence. Les polypes vivaces de Levret n'étaient en réalité que des polypes primitivement semblables à ceux que nous avons décrits , polypes dégénérés , et devenus plus vasculaires par suite de cette circonstance.

L'existence de polypes dans la matrice n'est pas nécessairement un obstacle à la gestation , bien qu'elle lui soit défavorable : Levret a rapporté plusieurs cas qui établissent ce fait d'une manière positive ; le placenta, comme nous l'avons dit , peut même d'autant plus facilement s'insérer sur un polype, que celui-ci est entouré par une portion de tissu utérin, et qu'ainsi l'œuf trouve , sur la tumeur, les conditions ordinaires de son adhérence. Plus souvent, les polypes utérins sont des causes d'avorlement.

Un des accidens que produisent encore les polypes utérins, c'est la procidenee et même l'extrophie plus ou moins complète de la matrice. Dans celte dernière circonstance la matrice se retourne comme un doigt de gant , de manière à former une cavité en infundibulura du côté du péritoine, et à mettre sa face interne en contact avec le tégument du vagin , ou celui des cuisses , si l'extrophie est complète.

Plusieurs causes peuvent à la longue amener une terminaison fatale , chez les femmes affectées d'un polype de la matrice : des hémorrhagies foudroyantes , des inflammations et l'épuisement produit parla fonte putride de la tumeur, ou par l'écoulement mucoso-purulent qui s'établit à la surface.

Déjà nous avons fait connaître les difficultés qui embarrassent le diagnostic lorsque le polype est encore renfermé dans la matrice , nous ne reviendrons pas sur ce sujet; mais lors même que les circonstances sont différentes, il y a encore quelques chances d'erreur, qu'il importe de signaler à l'attention des praticiens. Un polype volumineux , encore renfermé dans la matrice, peut simuler d'autant plus facilement la grossesse, que non-seulement le développement du ventre, mais encore la tuméfaction des seins , se réunissent pour rendre l'erreur presque inévitable. Toutefois , sans parler de la sensation du ballottement, ce signe caractéristique de la grossesse , que l'on ne peut pas obtenir dans le cas d'un polype, la santé générale subit quelques atteintes; d'ailleurs le ventre offrera rement la forme et la surface lisses qu'il présente dans la grossesse véritable.

Le prolapsus simple de la matrice est difficile à confondre avec un polype ; car la tumeur qu'il forme est disposée en un cône à base adhérente et à sommet inférieur, dispo-iition inverse de celle de la plupart des polypes; et, en outre, à l'extrémité de ce cône, on trouve l'orifice du col de T'itérus. L'erreur est plus facile dans les cas d'extroyhie et de renversement; alors, eu effet, la tumeur , renflée inférieurement , a davantage l'apparence polypeuse. Plusieurs exemples de celte erreur ont été rapportés par les auteurs ; nous avons vu non-

POLYPE

même une malheureuse femme qui a été victime d'une méprise de ce genre , dans la circonstance où cette méprise aurait dû le moins être commise : elle venait d'accoucher ; son accouchement avait été long et diflicile ; la même douleur qui avait porté l'enfant et le placenta au-dehors, y avait entraîné la matrice, et l'avait retournée complètement ; le médecin inexpérimenté qui fut appelé près d'elle, crut à l'existence d'un polype; il pratiqua incontinent la ligature , et la malade mourut d'une péritonite au bout de quelques jours. A la chute de la tumeur, un peu avant la mort de la malade , on put aisément reconnaître sa nature véritable : les sinus veineux utérins, les ouvertures larges que ces sinus présentent sur la face interne de la matrice après l'accouchement, frappèrent dès l'abord ceux qui firent l'examen de cette pièce pathologique. L'autopsie cadavérique d'ailleurs eût dissipé les incertitudes, s'il eût été possible qu'il en existât. Nul, dans celte circonstance, ne tombera dans l'erreur qui vient d'être signalée , s'il examine avec soin la surface saignante de la tumeur; et, d'ailleurs, crût-on à l'existence d'un polype, il ne faudrait pas le lier immédiatement; afin de ne pas ajouter les chances d'inflammation de cette opération, à celles que le travail d'un accouchement entraîne nécessairement avec lui.

Après l'ablation d'un véritable polype, on a cru quelquefois avoir emporté la matrice elle-même. La dureté eu apparence fibreuse du tissu utérin, d'une part; de l'autre , la cavité que présentent certains polypes, expliquent cette circonstance; mais encore ici l'anatomie vient utilement au secours du diagnostic : la forme de la cavité du polype , son défaut d'ouverture du côté du vagin , l'absence de vaisseaux analogues à ceux de l'utérus au sein de la tumeur ; tout cela , bien reconnu , monli era les choses sous leur jour véritable.

"Une hernie vaginale, un cancer de la matrice , peuvent encore à la ligueur simuler un polype; mais la réductibilité de la tumeur dans le premier cas, son irrégularité ou son ulcération dans le second , lèvent facilement tous les doutes.

A moins que la maladie soit fort ancienne , qu'on ait laissé le temps à la constitution de subir de profondes atteintes; à moins que le polype, dégénéré à lin degré avancé , n'ait déterminé une inflammation des parties voisines, il ne constitue pas'une maladie très-grave. Disons le même, c'est là une des circonstances dans lesquelles l'art montre le plus clairement sa divine efficacité; car quelques jours lui suffisent pour rendre à la santé une malheuieuse, jaune, abattue , et que la mort semblait depuis long- temps avoir choisie pour victime.

Aussi long- temps que les polypes restent renfermés dans la matrice , le diagnostic ne peut être bien positivement établi, comme ou l'a vu; par conséquent la thérapeutique est peu certaine et peu salutaire. Lorsque la tumeur apparaît au col de l'utérus , les choses changent de face : si le col est assez dilaté , pour permettre le passage du doigt, la tumeur pourra être abaissée, et les moyens opératoires lui deviendront applicables ; dans le cas contraire, on doit attendre que la tumeur soit descendue davantage , ou même faciliter cette marche , en administrant un peu de seigle ergoté ( The Lancett , tom. l^r , 1828-29 , London) , comme on l'a fait avec succès.

S'il est un fait constant en pathologie , c'est celui de l'impossibilité de guérir les polypes de la matrice autrement qu'à l'aide d'une opération : la consistance solide et la nature fibreuse de la plupart de ces tumeurs le font présumer à l'avance , et l'expérience le démontre , aussitôt que l'on fait un appel à ce genre de preuves. L'opération que réclament impérieusement les polypes utérins peut être de diverses sortes : la cautérisation, la torsion, l'arrachement, le broiement , la section simple et la ligature.

La cautérisation, que l'on a attribuée à tort à Celse, comme nous l'avons déjà dit, est la méthode opératoire la moins rationnelle pour la cure des polypes, en général , et surtout pour ceux de l'utérus ; à peine est-elle utile pour la destruction du pédicule de quelques-uns d'entre eux , de ceux dont on redoute la rcpullulation.

La torsion a été appliquée heureusement par Boudou , dans un cas où il n'avait pu employer la ligature. Lapr yronie avait même auparavant cité un cas dans lequel on avait réussi de la même manière h enlever un polype ; mais nonobstant ces observations , la torsion restera toujours un procédé dangereux , qui peut déterminer une vive irritation de la matrice et des accidens fort graves.

Le broiement a été mis en usage par M. Récamier. Ce médecin saisit un polype inséré dans le col de l'utérus avec le doigt, et le pressa contre le col de l'utérus , de façon à le réduire en pulpe. On conçoit que ce procédé opératoire puisse à la rigueur convenir dans certains cas de polypes mous ; muis il leur con. vient exclusivement. On réussirait d'ailleurs mieux, en écrasant la tumeur dans des tenettes.

Dans un autre cas , TMM. Dupuytren et Bécamier employèrent le broiement combiné avec l'arrachement; du reste, ils procédèrent dans ce cas, comme s'il se fût agi d'un polype des fosses nasales.

La section ou l'excision est un des moyens les meilleurs pour la cure des polypes utérins. Dans les cas de polypes fibreux , la tumeur peu adhérente à son tyste, s'en sépare avec la plus grande facilité. On n'a objecté qu'une chose à l'excision, qu'elle expose à une hémorrhagie; cette crainte est fondée sans doute, mais beaucoup moins qu'on pourrait le croire au premier abord : le pédicule des polypes est moins vasculaire qu'on ne l'a dit ; celui des polypes fibreux , auquel concourt le tissu utérin, fait seul exception; mais heureusement, dans ce cas , M. Hervey de Chegoin a indiqué un procédé opératoire fort ingénieux , procédé calculé d'après la structure même de ces polypes , les plus communs de tous, et qui donne à l'excision, sous le rapport de l'hémorrhagie , une perfection qu'elle n'avait pas auparavant. L'écoulement du sang, à la suite de l'e.xcision des polypes utérins , quand il ne va pas jusqu'à constituer une véritable hémorrhagie, est un avantage plutôt qu'un inconvénient : il évite à la

1740 ) POLYPE. I

malade les accidens inflammatoires que les autres procédés déterminent quel! quefois. Pour faire l'excision d'un polype utérin , il faut le saisir avec des pin ces de Museux, et l'attirer vers la vulve , en même temps que l'on ordonne à u aide de presser sur l'hypogastre de haut en bas , pour faciliter ce mouvementi puis , avec des ciseaux ou un bistouri , on coupe le plus près possible du liei! d'implantation, s'il s'agit d'un polype muqueux; tandis qu'au contraire, si l'o i a affaire à un poljpe fibreux, on incise circulairement à quelque distance a: dessous du pédicide, et on fait sortir la tumeur de la partie adhérente de so kyste , par une véritable énucléation , en l'attirant avec le doigt.

L'excision a été des long-temps conseillée pour le cas qui nous occupe mais elle fut presque entièrement abandonnée à l'époque où Levret fit con naître son procédé de ligature ; aujourd'hui elle a été de nouveau préconisé: depuis les travaux de MM. Dupuytren et Hervey de Chegoin : elle a l'avantag'i sur la ligature de déterminer peu d'inflammation , et cet accident a plus d'un; fois été mortel , après la ligature.

La ligature des polypes utérins est un procédé assez ancien; mais, avaiî 1742, on la réservait pour les polypes sortis des parties génitales. Levret 1 premier enseigna les moyens de porter un fil sur des polypes descendus dan le vagin, et Ilerbiniaux prescrivit positivement de l'appliquer même au; polypes intrà-utérins. Pour la description de ce procédé opératoire , nous n'admettrons que deux cas : 1° celui de polypes placés hori dç la vulve 2» celui de polypes encore renfermés dans le vagin ou dans la matrice.

Lorsque le polype est placé hors de la vulve, la ligature est la chose du mondi la plus facile : on entoure son pédicule avec un fil ciré très-fort , et on l'étrein vivement avec ou sans serre-nœud ; il nous parait inutile de traverser le pédi | cule avec un fil double, de façon à appliquer sur lui plusieurs ligatures par ticulières.

Qu'un polype soit encore renfermé dans le vagin, ou qu'il occupe la caviti utérine , cette circonstance apporte bien quelques difficultés de plus ou d(: moins dans le procédé opératoire, mais elle ne change pas la nature et l'espèce! de manœuvres qui sont nécessaires pour l'application du lac constricteur. Comme nous l'avons déjà dit, Heibiniaux est le premier qui ait proposé porter une ligature sur les polypes encore renfermés dans l'utérus. '

La méthode de Levret pour la ligature des polypes utérins, une des pre-1 mières qui aient été proposées, peut encore être utilement employée dans' quelques cas ; ce chirurgien avait deux procédés : pour le premier il availl imaginé un instrument composé de deux tuyaux accolés l'un à l'autre, ouvertsl à leurs deux extrémités , et munis chacun d'un anneau à la partie inférieure ;l il se servait, en outre, avec cet instrument, d'un fil d'argent, avec lequel] il formait une anse dont les deux chefs étaient passés dans les tuyaux, l'un! dans celui-ci, l'autre dans celui-là; il portait cette anse sur le pédicule du[ polype; il embrassait exactement ce pédicule , et opérait s.t constriction , ei| attirant les deux chefs du fil vers le pavillon de l'instrument; enfin il arrêtait] les fils en les tortillant sur la partie extérieure de la double canule. Pour le second procédé, Levret avait un instrument semblable à une longue pince à anneaux, avec cette différence que les branches de cette pince étaient formées par des canules, dans lesquelles étaient engagés les chefs du lac j l'un de ces chefs était fixé sur l'anneau de l'une des branches de l'instrument, l'autre restait libre. Levret portait cet appareil fermé, le fil libre étant attiré autant que possible au-dehors, sur un des côtés du polype; puis il ouvrait la pince , portait successivement ses mors sur fous les points de la circonférence du pédicule de la tumeur, et l'embrassait avec le fil qui se déployait graduellement; enfin, quand l'instrument était parvenu sur un point diamétralement opposé à celui sur lequel il avait été porté d'abord, Levret serrait fortement le fil, et le fixait à l'un des anneaux de cette sorte de pince.

On a proposé , dans ces derniers temps , d'abandonner les instrumens ingénieux de Levret, de porter simplement une anse de fil sur l'extrémité du doigt et de la pousser successivement sur tous les points du pédicule de la tumeur. M. CuUerier a imaginé , pour élever cette ligature le plus haut possible , une espèce de repoussoir fort analogue à un porte-mèche , repoussoir muni d'une échancrureà son extrémité comme cet instrument. Mais ces diverses modifications, cjuelque simplicité qu'elles impriment à l'appareil instrumental, ne peuvent balancer, à notre sens , le procédé de Desault , procédé applicable à tous les cas, que le polype occupe le vagin ou qu'il soit renfermé dans la matrice.

Pour exécuter le procédé de Desault, il faut avoir à sa disposition : 1" une canule simple , légèrement courbée à son extrémité; 2» une petite pince a gaîne , celle de Haies par exemple, portant deux anneaux vers son pavillon; 3° un serre-nœud , soit celui qu'on emploie ordinairement, soit le serre-nœud de Grœfe perfectionné par M. Dupuytren; 4o un fil ciré, de chanvre ou de soie, et très-fort. Tout cela étant préparé, on fixe une des extrémités du fil à un des anneaux de la pince à gaîne , et on l'engage lui-même dans les mors de cette pince; on passe l'autre chef du fil dans la canule simple, de son extrémité courbée vers celle qui ne l'est pas , et on le laisse libre ; on rapproche les deux instrumens en tendant le fil le plus possible; puis, à laide de l'index gauche déjà placé sur les côtés de la tumeur, on porte les deux instrumens réunis sur le pédicule de celle-ci ; on donne à tenir à un aide la pince à gaîne, en lui recommandant delà tenir solidement fixée dans le lieu dans lequel on l'a placée; et s emparant soi-même de la canule, on fait parcourir à son bec tout le contour de la tumeur, en le poussant avec l'index de la main gauche; et, lorsque l'on est revenu au point du départ, près

POLTPHAGE. (

de la pince laissée en place, on passe la canule en dehors de celte pince, et on la reporte au-dessus ou au-dessous d'elle, suivant qu'on a cerné la tumeur de haut en bas ou de bas eu haut. De la sorte , les chefs du fil sont croisés près de la tumeur, il ne reste plus qu'à les engager dans le serre-noeud; pour cela , on retire la canule simple , eu la faisant glisser sur le fil qu'elle porte; on délie de l'anneau de la pince le fil qui y était fixé; on engage les deux chefs du fil, devenus libres, dans le serre-nœud; on pousse celui-ci jusqu'au pédicule de la tumeur, et, avant de serrer, on ordonne à l'aide qui tenait la pince à gaine de l'ouvrir , et de la retirer tlouceraent ; alors on serre fortement la ligature, et on l'arrête sur l'échancrure de la plaque du serre-nœud.

Quelle que soit, du reste, la méthode opératoire que l'on veuille mettre en usage pour la curation d'un polype utérin , pour en faiie l'application, il est nécessaire de placer la malade sur un lit un peu élevé, les jambes fléchies sur les cuisses , celles-ci sur le bassin , le siège étant avancé sur le bord du lit , comme pour l'opération de la taille périnéale ; deux aides fixent les membres pelviens dans la position qui vient ^d'être indiquée; un autre se tient prêt à assister immédiatement l'opérateur; tandis qu'un quatrième présente les instrumens.

Après la ligature ou l'excision des polypes utérins , car ce sont aujourd'hui ces méthodes qui se partagent exclusivement les praticiens , la malade doit rester au lit et observer un régime sévère. En effet , l'irritation produite sur la matrice, dispose cet organe à une phlegmasie , et le chirurgien serait coupable , s'il ne mettait tout en œuvre pour éviter cette affection ou pour la rendre aussi bénigne que possible.

Mais ici s'élève naturellement cette importante et double question : quels sont les accidens qui peuvent survenir après l'opération? Quelle est celle des deux, de l'excision ou de la ligature, qui expose à ces accidens de la manière la plus fréquente? La métrite simple , la phlébite utérine , la métropéritonite , l'hémorrhagie , sont les accidens que peut entraîner à sa suite le traitement des polypes utérins; accidens très-graves, comme on le voit, contre lesquels il faut se tenir continuellement en garde, et que l'on doit attaquer parles moyens les plus prompts elles plus énergiques, lorsque, par malheur, ils se sont développés. L'excision expose particulièrement à riiémorrhagie , la ligature aux inflammations. Cependant il est juste d'ajouter, relativement à l'excision, que le procédé de M. Hervey , lorsqu'il s'agit d'un polype fibreux, diminue beaucoup les chances de production d'une hémorrhagie.

De ce qui précède , il semble que nous devions nécessairement conclure que l'excision est préférable à la ligature ; eh bien ! nous ne pensons pas que l'on puisse se prononcer d'une manière aussi tranchée. On n'a pas assez consulté, en général, dans le jugement qu'on a porté sous ce rapport, les différentes espèces de polypes qui se présentent dans la pratique : l'excision est préférable à la ligature dans les cas de polypes fibreux; mais la ligature est , au contraire , plus avantageuse que l'excision , dans les cas de polypes sanguins et muqueux. Il existe, d'ailleurs , des polypes que l'on ne peut guère attaquer que par la ligature : ceux qui sont placés tellement haut, que leur abaissement vers la vulve est presque impossible; les polypes mous et ■volumineux que l'on ne peut pas attirer au-dehors doivent également être liés. Le volume d'un polype ne suffit pas pour exclure l'idée d'en faire l'excision. Une dame portait un polype du volume de la tête d'un fœtus ; nous le saisîmes avec un forceps; ilfut attiré au-dehors, et excisé a^>ec succès. ■ Il est à peine nécessaire maintenant de parler des polypes de la vulve et du vagin ; les premiers sont tellement faciles à reconnaître , leur traitement est si simple, qu'il suflit de signaler la possibilité de leur développement; et les seconds ont de si grandes analogies avec les polypes utérins , que leur description et implicitement comprise dans celle qui a été donne'e de ceux-ci. Les polypes du vagin sont bien moins souvent fibreux que ceux de la matrice.

A. levret. Observations sur la cure radicale de plusieurs polypes de la matrice, de la gorge et du oez , Paris , 1771 , in-S"., Cg.

G. Herbiniaur. Traité sur divers accoucliemens laborieux et sur les polypes de la matrice, Bruxelles , 1782, 2 vol. in-12, fig.

P. J. Desau/e. OEuvres chirurgicales , Paris , 1812 , lom. W, in-S".

P/i. J. Roux-. Mémoires sur les polypes utérins. OEuvres de Cli. Desault.

P. Naudin. Dissertation sur les polypes utérins , Paris , 1813 , in-4<'.

Th. Dttcamp. Dissertation sur les polypes de la matrice et du vagin, Paris, 1825, în-S". Hervez de Chégoin. Remarques sur les polypes de la matrice. ( Journal général de médecine , 1827).

Simson. De polypis uteri Beroliui , 1828 , in-S".

F. Haiin. Mémoire sur de nouveaux instrumens propres à faciliter la ligature des polypes 5ui naissent à la base du crâne, Paris, 1829, in-S".

F. J. Malgaigne, Des polypes utérins, Paris , 1833, in-8".

G. Dupujtren. Leçons orales de clinique chirurgicale, tom. UI , pag. 370. Gerdy. Des polypes et de leur traitement, Paris, 1833 , in-S".

Jtfrn» Bot fin et j4. Dugès. Traité pratique des maladies de l'utérus , Paris , 1833 '.om. I", pag. 333 et suiv. ( Ph. FtiéD. Blandin).

j POLYPHAGE , POLYPHAGIE. Uc,lu<j>«ysi et mlvaxytx, de ko\u beaucoup ,el ■; f57'j>, je mange. Nous appelons polyphages, les seuls individus qui sont doués d'un appétit tout-à-fait anormal, et dont les besoins alimentaires, exagérés, i sont tout-à-fait hors de proportion avec ces mêmes besoins chez les autres I hommes.

Dès-lors nous ne comprendrons point sous cette dénomination les individus qui, après s'être long-temps étudiés à surmonter les dégoûts inséparables de

DlCT. DE MÉDECINE ET DE ChIRTJKGIE PRATIQUES.

11 ) POLYPHAGE.

pareilles tentatives, sont parvenus enfin à ingérer impunément dans leur estomac des corps insolites, tels que des rats, des reptiles et une foule d'autres objets, plus ou moins rcpugnans, plus ou moins réfractaires à l'action des organes digestifs. Tous les hommes, ou h-peu-près tous, par la seule force de la volonté, par un exercice et des efforts soutenus, sont susceptibles d'acquérir celte singulière habitude; une disposition organique spéciale ou une modification physiologique accidentelle peut seule faire des polyphages.

Si nous recherchons quelles sont les causes de la polyphagie, nous reconnaîtrons qu'elle peut être due tatitôt à la seule habitude de manger outre mesiue, à une aberration de la sensibilité spéciale, qui a sous sa dépendance les fonctions digestives , et tantôt à une cause locale , analomique ou physiologique soit des organes digestifs soit du centre de perception.

Et d'abord, l'habitude de manger au-delà du besoin peut bien dégénérer en un besoin réel d'une alimentation beaucoup plus abondante, mais qui sera tou- ' jours fort minime comparée à la masse d'alimens nécessaire à un individu léellement polyphage. Toutefois, nous reconnaissons que cette cause peut avoir quelque influence sur le développement de la polyphagie, dont elle constilue en quelque sorte le premier degré.

Tous les médecins qui ont eu occasion d'observer des aliénés, ont pu voir fréquemment avec quelle avidité certains maniaques engloutissent journellement des quantités d'alimens qui pourraient servir à la nourriture de plusieurs personnes. Aussi , la plupart d'entre eux périssent-ils épuisés par des diarrhées chroniques. Chez les femmes chlorotiqiies on enceintes , comme chez les convalescens, ce besoin excessif d'alimens constilue une véritable polyphagie , mais il n'est que passager et cède bientôt de lui-même.

Chez presque tous les polyphages dont on a pu faire la nécropsie, on a constaté un développement considérable des valvules conniyentes, qui étaient aussi en beaucoup plus grand nombre que chez les autres sujets; et c'est là la particularité analomique le plus constamment observée. Nous avons cité ailleurs un exemple remarquable d'un pareil développement avec épaississement considérable des tuniques intestinales, sur un jeuue maçon blessé, et apporté mourant à l'hôpital de la Pitié. Malheureusement, nons n'avons pu obtenir aucun renseignement sur les habitudes de cet individu. Chez d'autres polyphages , ou a trouvé l'estomac d'une ampleur tout-à-fait extraordinaire; mais cette dimension exagérée était-elle cause ou résultat de la polyphagie? Chez d'autres encore, cet organe s'abouchait directement, sans orifice pylorique , avec le duodénum énormément dilaté aussi , et offrant plusieurs renflemens , tous plus ou moins considérables. On a vu d'autres fois l'estomac offrir plusieurs appendices on renflemens volumineux, dans lesquels le viscère principal, se déchargeant successivement, permettait aussi l'ingestion d'une efi'rayanle quantité d'alimens. Quoi qu'il en soit de ces conformations extraordinaires, elles peuvent jusqu'à un certain point justifier ces faims insatiables, si non suffire pour l'explication absolue du phénomène monstrueux qui nous occupe. Mais toujours est-il bon de noter que, chez presque tous les polyphages qui méritent véritablement celte dénomination, on a constaté dans les organes digestifs, des anomalies qui toujours ont consisté en un développement considérable de quelqu'une des parties du tube intestinal ou de ses annexes; souvent de l'une et des autres tout à-la-fois. On peut donc être autorisé, dans beaucoup de cas de polyphagie , à soupçonner un vice de conformation de ce genre.

Le développement extrême d'un organe peut et doit donner, il est vrai , un excès d'activité à la fonction dont il est chargé , nous en avons journellement des exemples ; mais quelle disproportion encore entre l'appélit, la voracité presque incroyable des polyphages dont on nous a transmis les hauts faits, et le développement ouïes anomalies observés dans leurs organes digestifs.

Après les histoires de ces fameux polyphages qui , dans un seul repas, mangeaient sans' être repus, les uns un veau et un cochon de lait tout entiers; les autres un mouton et un sanglier, sans compter encore d'autres alimens moins substantiels ; après les hauts faits du célèbre Bijou et de 1 insatiable Tarare, on trouvera peut-être que nous avons mauvaise grâce à venir raconter les prouesses d'un obscur, mais réel polyphage , qui a long-temps été notre commmensa).

Pendant quinze ou dix-huit mois, nous avons eu pour camarade au collège un jeune homme de quatorze ou quinze ans, très-fort, très-développé, qui mangea constamment chaque jour, sans être incommodé, les portions alimentaires de trois ou quatre élèves à chacun des quatre repas qui se font habituellement dans les collèges. Sa mémoire apparemment était aussi bonne que son estomac j car il avait fait une étude particulière des goijts de chacun de ses camarades , et se rappelait parfaitement que tels et tels n'aimaient point tel mets qui devait être servi, et avant le repas, il leur ai'ait retenu leur portion ; deux fois par jour, au dîner et au souper régulièrement, il répétait cet exercice. Un jour, après avoir mangé comme d'habitude les portions alimentaiies de trois ou quatre élèves, P'*** fit avec un de nos camarades le pari de manger à l'instant même une poularde du prix de six francs, avec un pain de deux livres et une bouteille de vin de Bordeaux. Le pari fut accepté, on prit seulement le temps de se procurer les objets convenus et P""* sortit sans difficulté apparente vainqueur de la lutte.

Nous avons, comme les autres élèves , observé notre camarade avec la curiosité d'un enfant; il n'était pour nous qu'un objet de pur amusement, mais nous croyons nous rappeler que bien qu'il parût jouir d'une parfaite santé, il n'était pas gai, ne jouait pas comme les autres élèves; le plus ordinairement il passait le temps des récréations à se promener dans la cour destinée à nos jeux, sans y prendre part. Nous ne pouvons dire si cette voracité aura eu une longue durée; tout ce que nous avons pu savoir par la suite, c'est que P*"" fut tué dans uae

POLYPHARMACIE.

Page 1