POMMADE
lies dernières batailles de Tempire, à Leipsick, si notre mémoire est fidèle.
Les conséquences de la polyphagie sont faciles à prévoir : ces excès continuels latiguent, usent les organes, les jettent proaiptement dans un état d'atonie dont ils ne sortent qu'à force d'excitations nouvelles de plus en plus fortes; les organes digestifs ne tardent pas à devenir le siège d'inflammations et de tlésordres d'une extrême gravité : aussi, tous les polypliages , à bien peu d'exceptions près, périssent dans un âge peu avancé et dans un état extrême d'émaciation. - Quel traitement efficace opposer à une infirmité dont les causes sont tout à-lafois si obscures et si puissantes?
Dans ce que nous pouvons appeler le premier degré de la polyphagie, celle qui pourrait être due à une habitude de gloutonnerie, à une aberration de la sensibilité digestive, la raison, des occupations sérieuses, si l'individu est capable de s'y livrer, et surtout la (irécaution de diminuer chaque jour quelque peu de la masse totale des aliraens, pourront procurer une guérison que les mêmes moyens , continués pendant un long temps, rendront de plus en plus solide,- et enfin complète.
Dans la polyphagie, que nous avons dit être liée à une anomalie de la sensibilité cérébrale, indépendamment de ces mêmes moyens , on devra principalement insister sur un traitement moral; tromper , pour ainsi dire , cet appétit morbide , comme on parvient quelquefois à tromper la soif chez les malades tourmentés de polydipsie. On cherchera tous les moyens de distraire en quelque sorte la sensibilité dominée d'une manière si pressante, si irrésistible par cette sensation unique. On amusera en quelque sorte l'estomac par des substances à peine nutritives , et moins susceptibles d'exciter les organes digestifs.
Enfin, dans les cas plus malheureux et plus rebelles, où la maladie paraîtrait être la conséquence du développement excessif de quelqu'un des organes de la digestion, et par suite d'un excès d'énergie dans les fonctions digestives , on devra soumettre le malade à une alimentation aussi substantielle que possible sans être stimulante, afin d'éloigner les suites funestes de la maladie; des alimens très-substantiels seront moins nuisibles qu'une énorme quantité d'alimens moins nutritifs. On cherchera à émousser la sensibilité plus vive des organes, la sensation du besoin, à l'aide des préparations opiacées, sans négliger pour cela aucun des moyens possibles de distraction ; et surtout le soin de diminuer chaque jour quelque peu de la quantité des alimens; car c'est de cette diminution progressive des alimens que nous attendrions le plus de succès.
(J. Jolly).
POLYPHARMACIE, POLYPHlRMAQllE,defl:aj,etde j>«^^«rav, beaucoup de médicaraens, qui emploie beaucoup de médicamens. Il semble singulier qu'on en soit à se demander aujourd'hui ce qu'on entend par polypharmacie. Il y a vingt ans, l'art de formuler existait dans toute sa gloire ; et toutes et quantes fois qu'un médecin dûment diplômé et patenté avait mis ensemble la base , \ excipient , Yadjwant et le correctif, il n'y avait pas le plus petit mot à dire, et il arrivait ce qu'il plaisait à Dieu. Les temps ont bien changé! Maintenant, un polypharmaque est celui qui se permet de faire prendre à un malade un cinq centième de grain de noix vomique ou de mercure soluble de Hahneraann ; c'est un allopathe , un empoisonneur, un homme auquel on devrait interdire l'exercice de la médecine. Comment donc appellera-t-on. celui qui donne à-la-fois un grain d'opium, ou deux grains de tartre stibié ? Où trouvera-t-on un nom pour ceux qui ne craignent pas de faire avaler à un malade en vingt-quatre heures, douze, quinze et vingt-quatre grains de ce sel? Car enfin , il y a des uns et des autres.
De tout temps , l'abus des médicamens a été une des plaies de la médecine , et l'une des ressources les plus productrices de l'ignorance et du charlatanisme. Tout ce qu'il y a eu d'esprits éclairés s'est élevé contre cette manie de prescrire des médicaraens dans ces cas simples où suffit une expectation judicieuse, soutenue par les ressources de l'hygiène. Ceux-là savent que pour bien des malades, le séjour au lit, dans une température convenable, les bains, les lavemens , l'eau fraîche en boisson , et l'abstinence plus ou moins complète, -amènent une convalescence plus prompte et plus solidequela plupart des autres moyens thérapeuthiques. A plus forte raison se sont-ils élevés contre ceux qui, dans des vues qui ne supporteraient pas toujours l'examen de la science et de la conscience, accumulent les uns sur les autres des médicamens de tous les pays , et en construisent ces monstrueuses formules si chèrement payées chez le pharmacien. Et il ne suffit pas , pour trouver grâce à leurs yeux sévères et clairvoyans, que dans ces composés les affinités chimiques soient respectées; l'inévitable pourquoi se présente sans cesse el vient confondre l'homme vaniteux ou cupide.
On ne trouve plus guère de ces polypharmaques d'il y a cinquante ans ; au contraire , il est une foule de médecins qui , par suite d'une vicieuse interprétation des doctrines physiologiques, ont négligé d'étudier les propriétés réelles des médicamens, et surtout les applications qu'on en peut faire, d'après l'observation. Mais on voit encore beaucoup de praticiens qui , par une paresse déguisée sous un faux respect pour l'expérience des siècles, admettent, •sans examen, les faits les plus contradictoires , ceux dont l'absurdité est le plus facilement démontrée.
Espérons que , grâce aux progrès des sciences d'observation, les médecins arriveront à reconnaître 1° que , dans une foule de circonstances , l'influence des médicamens sur la marche , la durée et la terminaison des maladies, est à-peu-près nulle ; 2° que les élémensdes substances médicamenteuses se réduisent en dernière analyse, à un assez petit nombre, malgré une variété, en ;.pparence , extrême ; 3° qu'il existe un certains nombre de substances douées d'une action particulière et constante , dans des circonstances morbides dé-
terminées ; c'est ce qu'on nomme spécifiques , agens sur lesquels il convientj j d'appeler toute l'attention des hommes studieux; 4» enfin , qu'il faut procéder! i à des expériences nouvelles , plutôt que de fouiller un passé qui ne nous prè-i | sente , sur cette matière au moins , qu'incertitude et contradiction. i I
Les travaux dirigés dans cet esprit amèneront bientôt des résultats avantageux, i et feront disparaître de la pratique ces différences bizarres, qui prêtent àrirej , aux esprits frivoles, et qui affligent les véritables amis delà science. Alors le | mot de polypharmacie n'aura plus de sens , et devra être rayé du vocabulaire médical. (F. Ratier.)
POLTPODE COMMUN ou POLTPOBE DE CHÊNE. Polypodium vul.\ ( gare, h., de la cryptogamie et de la famille des fougères. Cette plante- croîti ■ en France , sur les vieilles murailles, sur le tronc des arbres et dans les bois, j à l'ombre. Ce qu'on désigne sous le nom de sa racj/ze n'est , de même que i dans la fougère, qu'une tige radiciforme qui, dans l'état récent , est couverte : d'écaillés jaunâtres dont quelques-unes subsistent après la dessiccation. Séchée, i elle est grosse comme un tuyau de plume, cassante, aplatie , offrant deux i surfaces bien distinctes : l'une tuberculeuse, qui donnait naissance aux feuilles jl i l'autre est unie , mais garnie de quelques épines provenant des radicules. Du I reste elle est brune ou jaunâtre à l'extérieur, verte à l'intérieur, d'une saveur I douceâtre , sucrée , mêlée d'âcrelé , et d'un goût nauséeux. Elle passe pour laxalive, et fait partie du s/z-o/^ de rhubarbe ou de chicorée composé , et des | électunires lénitif et catliolicuni. (Guibourt.)
POLTSARCIE. Foyez Obrsité. j
POMBIADE. ( Pharm. ) Ou entend par /jowmaife un médicament externe, i d'une consistance molle, formé de graisse animale additionnée de diverses j substances. Ce nom provient de ce que plusieurs de ces médicamens, usités! autrefois comme cosmétiques , comprenaient des pommes au nombre de leurs ■ ^ ingrédiens ; nous avons proposé de le remplacer par celui de liparolés ( Fojez^ ce mot. ) l
On peut diviser les pommades en simples et en composées , suivant qu'elles ; contiennent , outre l'excipient , une seule ou plusieurs substances médicamenteuses ; ou bien en pommades avec ou sans substances minérales : parmi les ) premières se trouvent la pommade mercurielle, la pommade citrine, la pommade l emetisée , etc. ; au nombre des secondes on compte les pommades populeurn , ■ épispastique , etc. Il n'y a aucune règle commune à établir sur leur prépara- 1 tion, pas plus qu'on ne peut généraliser leurs propriétés : les unes et les autres i dépendent de la nature des substances qui en font la base.
Pommade populeurn ou liparolé de bourgeons de peuplier. Indépendamment I des bourgeons de peuplier qui donnent à ce médicament leur odeur résineuse balsamique, il contient la matière verte et probablement plusieurs des au- | très principes de diverses plantes narcotiques , qui sont la belladone , la jus- i quiame, la morelle et le pavot noir. On prépare ce liparolé en deux temps: i à la fin de mars ou au commencement d'avril, on met dans une bassine, sur le feu , des bourgeons de peuplier récens avec la graisse ; on en fait évaporer la plus grande partie de l'humidité, et on verse le tout dans un pot. Lorsqu'au mois de juin les plantes narcotiques sont en vigueur, on en prend la quantité prescrite, on les pile dans un mortier et on les met sur le feu , avec la pommade précédente. On fait bouillir jusqu'à ce que l'eau des plantes soit presque tout éva- ■ porèe , on passe à travers une toile , et on exprime.
Pommade ou liparolé de cantharidcs. Ce liparolé se prépare de plusieurs manières, suivant la force qu'on veut lui donner. On en tient ordinairement de trois degrés diffèrens, dans les pharmacies ; l'une avec l/32i= de poudre de cantharides incorporée dans la pommade de bourgeons de peuplier et qui ne sert guère aujourd'hui qu'à exciter temporairement les vésicatoires , à cause de l'irritation qu'elle cause, et de l'action qu'elle exerce sur les voies urinairês ; une seconde avec 1/18'' de cantharides , chauffées dans une bassine, avec de l'eau , et le corps gras , jusqu'à ce que l'eau soit presque entièrement évaporée; on passe alors, on laisse reposer , on décante et on aromatise. Il est à remarquer que, bien que la cantharidine , qui est le principe vésicant des canthari- ' des, soit par elle-même insoluble dans l'eau , cependant la pommade obtenue ■ par ce procédé est plus forte que si on en traitait directement ces insectes pulvérisés par la graisse; cela tient, d'une part, à ce que la cantharidine se dissout bien dans l'eau bouillante , à l'.iide des autres principes solubles dans \ ce menstrue ( l'eau la cède ensuite à la graisse), de sorte que les cantharides <i qui ont bouilli dans l'eau s'en trouvent totalement épuisées ; tandis que, de ■ J l'autre, ces mêmes principes solubles dans l'eau, mais inattaquables parla \ graisse, défendent la cantharidine de son action dissolvante. La troisième '■ pommade épispastique des pharmacies se fait avec de la graisse ou de l'huile, ) dans laquelle on fait digérer, à la chaleur du bain-marie, un vingt-qua- | trième de poudre de cantharides. On filtre au papier et on ajoute la quantité I de cire nécessaire pour donner la consistance voulue. Cette pommade est la ! ' plus faible , d'abord par la dose de cantharides et ensuite à cause du procédé employé : elle sert communément pour les eufans.
Pommade au gar m , liparolé de garou. Le meilleur procédé pour obtenir I ce médicament consiste à faire liquéfier ensemble un gros d'huile verte de | garou obtenue par l'élher , neuf onces d'axonge et une once de cire blanche. ! La pommade , ainsi préparée , forme un exuloire suffisamment actif , tout-à- i fait dégagé de l'inconvénient tant reproché aux cantharides d'exercer une action nuisible sur l'appareil urinaire. '
Pommade neri'ale , liparolé de muscade composé, vulgairement nommé I baume nerf al. Celle pommade excitante est principalement composée de moelle de bœuf et d'huile épaisse de muscade , avec addition de baume de tolu , de
POSOLOGIE.
POSOLOGIE.
camphre et de difféi-enles huiles volatiles : elle offie une odeur forte et agréable.
Pommade oxigénée d'Àlj^on , liparolé d'acide nitrique. On ajoute une partie d'acide nitrique à huit parties de graisse de porc liquéfiée; on agite avec un pilon de verre jusqu'à ce que le mélange jaunisse et dégage du gaz nilreux ; alors on relire du feu, on continue d'agiter jusqu'à ce que le mélange commence à se solidifier, et on le coule dans un moule de papier , où il prend la forme d'une tablette. Cette pommade a été employée contre la gale, les dartres et d'autres maladies de la peau : elle est jaune et d'une consistance assez solide; elle durcit encore plus avec le temps , et blanchit beaucoup , par la continualion de l'action de l'acide nitrique sur la graisse. Comme il importe à son action qu'elle soit acide, et qu'elle ne consiste pas seulement en graisse altérée (élaïdine), il convient de remployer récemment préparée.
Pommade ammoniacale de Gondret , liparolé d'ammoniaque. Cette pommade consiste dans un mélange , à partie égale , de graisse de porc et d'ammoniaque ; mais M. Gondret en a donné deux formules , qui varient par la consistance du produit. La pommade solide , destinée à former des vésicatoires instantanés ou à pratiquer sur la peau des frictions rubéfiantes , se forme en remplaçant un quart de la graisse par du suif de mouton ; la pommade semiliquide , destinée à frictionner le bord extérieur des paupières , et connue , à cause de cela , sous le nom de Uniment ou de collyre ammoniacal , se prépare en substituant à un huitième d'axonge une égale c^uantité d'huile d'amandes douces.
Pommade de Cirillo , liparolé de deulo-chloruj-e mercuriel. Prenez deutoclilorure de mercure, une partie; axonge récente huit parties; mêlez sur le porphyre.
Pommade slihiée d'Autenrieth. Pr. tartrate d'antimoine et de potasse ou éméiique une partie; axonge trois parties ; mêlez et broyez sur le porphyre.
Pommade mercurie lie double, onguent napolitain, liparolé de mercure à partie égale. Celte pommade résulte de l'extinction, opérée par trituration , d'une partie de mercure dans une partie d'axonge de porc. Celte opération , fort longue à effectuer, lorsqu'on prend de l'axonge récente , ne se termine véritablement que lorsque , par la longeur de la trituration avec le contact de l'air, la graisse a éprouvé un commencement d'altération. Les pharmaciens ont cherché long-temps un moyen de l'abréger : le meilleur et le plus expéditif consiste à éteindre le mercure dans lj8^ de son poids d'onguent mercuriel d'une précédente préparation ; on y ajoute ensuite l'axonge peu-à-peu. En moins d'un demi-heure, on obtient par ce procédé une livre de pommade dans laquelle le mercure, quoique entièrement à l'étal métalli(]ue , est tellement divisé cjue la loupe n'en fait découvrir aucun globule.
On prépare quelquefois de la pommade mercui ielle au beurre de cacao , au lieu d'axonge ; l'opération, toujours beaucoup plus longue, ne .réussit bien que par un tour de main détaillé dans ma pharmacopée.
Ce qu'on nomme communément onguent gris , ou pommade mercurielle simple, résulte du mélange de quatre parties de pommade double avec douze parties de graisse, et ne coulienl par conséquent qu'un huitième de son poids de mercure.
Pommade mercurielle citrine , onguent citrin , liparolé de nitrate de mercure. Cette pommade se prépare de la même manière que la pommade oxi~ ge/je'e (/'.^/^-ora , en substituant à l'acide nitrique un dissoluté de nitrate acide de mercure. Elle est sous la forme de tablettes dures et d'un jaune citron. Elle s'altère avec le temps et devient grisâtre par la réduction partielle du mercure ; il convient de l'employer récemment préparée. Celle pommade est beaucoup moins usitée aujourd'hui contre la gale qu'autrefois ; elle la guérit cependant promptement et parfaitement; mais son emploi , mal dirigé , a quelquefois donné lieu à des accidens que n'offrent pas les médicamens soufrés , parmi lesquels la pommade suivante tient un des premiers rangs.
Pommade soufrée d Helmerich , liparolé de soufre alcalisé. Pr. carbonate de potasse une partie, soufre sublimé deux parties, axonge huit; mêlez et porphyrisez. ^ (Guibouht.)
POMME ÉPINEUSE, /^oj-ez Stramoine.
i PONCTION, ^ojez Paracenthèse.
PORCELAINE. Vojez Urticaire.
PORRGO. Foyez Teigke.
POSOLOGIE, s. f. de wc^v , quantité. Ce mot sert à désigner l'ensemble des connaissances relatives à la détermination des doses des médicamens.
Lorsqu'on est dans le cas d'administrer des médicamens, deux questions se présentent : l'une est une question de choix, l'autre est une question de mesure. La posologie ne s'occupe que de cette dernière : c'est lorsque le choix jest fait qu'elle intervient : alors elle règle l'usage du médicament choisi, et dit fa quelle dose il convient de l'administrer.
i Les données posologiques sont de deux sortes. Les unes sont spéciales et [servent seulement à la détermination des doses moyennes ou extrêmes de cha- !que médicament. On trouvera ces données à chacun des articles spéciaux de matière médicale. Les autres sont générales et constituent à proprement Iparler, une sorte de logique médicale appliquée à la posologie. C'est l'art de raisonner sur la mesure , en fait de médicamens. Ce côté de la posologie, que les auteurs , malgré son importance, ont presque complètement négligé, îst le seul que nous considérerons dans cet article , regrettant fort de ne poujfoir lui accorder qu'une faible partie de l'espace qu'il mériterait.
Quand on donne un médicament, on veut, i" qu'il agisse; 2° que son action !oit ^suffisamment intense, et prolongée, sans l'être trop. On peut vouloir
encore éviter une partie des clTets que ce médicamenl peut produire. Les données posologiques et les règles qui en sont la conséquence , tendent toutes à ces divers buts.
La question de choix, ai-jc dit, se présente toujours avant celle de mesure; cependant, quand on aborde celle-ci, l'autre n'est encore que conditionnellement résolue. Le médicament est choisi, mais sous réserves et comme à l'essai. On sait, on doit savoir du moins, qu'avec lui on pourra produire moins, plus ou autre chose que ce qu'on voulait produire. Le praticien qui ne serait pas pénétré de celte incertitude , qui ne se douterait pas qu'eu administrant un remède il risque quelque chose, risquerait beaucoup plus qu'un autre, serait un praticien éminemment dangereux en thérapeutique ; on peut être hardi , souvent même on doit l'être ; mais jamais on ne doit être confiant.
Si donc, l'on ne peut affirmer à priori que l'agent qu'on donne est celui qui convient ; si les résultats de son administration peuvent seuls apprendre qu'on a eu tort ou raison de le choisir, il faut, autant que possible , régler les doses de telle sorte qu'on puisse profiter à temps de ces résultats, soit pour rectifier, soit pour affermir sa marche. Cette règle de posologie est la première de toutes. On la suit quand, au lieu de donner de prime abord une forte dose, une dose à jouer quitte ou double, on n'en donne qu'une faible; quand on fractionne une certaine dose d'un médicament, au lieu de la donner d'un coup. On la suit surtout quand l'œil fixé sur les résultats , on se tient prêt à les reconnaître et à en profiter.
Une école dont il faut parler, car elle a peut-être encore quelques années à vivre, l'école homœopalhique, suit une marche différente. Pour elle pas de fraclions de doses; elle n'en donne qu'une et cette dose doil suffire. Assurément, l'homœopathe observe après , il scrute, il compte les résultats , il veut savoir si le remède a tombé juste ; mais ce n'est pas pour en augmenter ou en diminuer la dose, car il en a donné h-la-fois tout ce qu'il voulait en donner. C'est pour savoir s'il doit prescrire ou non un autre médicament. Ainsi les liomœopalhes ont dans leur choix une confiance telle que, du premier coup, et conséquerament à priori , ils mettent leur tout pour enjeu. On conçoit qu'avec cette manière de procéder et le système qu'ils se sont fait de n'opposer (|ue des semblables à des semblables (similia similibus), les homœopathes ont dû éprouver de nombreux revers. Voilà ce qui explique ces doses microscropiques et réellement fort innocentes qu'ils administrent , doses qui prouvent au surplus que si Hahnemann et ses disciples ne sont pas de forts logiciens, ils sont du moins des praticiens tràsprudens et de bons observateurs.
Il est des cas, cependant, où le temps presse de telle sorte qu'il faut frapper fort sans attendre les résultats : c'est ce qui arrive tous les jours dans les maladies aiguës. Alors, ne craignons pas de le dire, on joue gros jeu; mais on n'est pas libre de faire autrement. Ce n'est pas ici le lieu de poser les bases de ce calcul terrible de probabilités; l'espace, d'ailleurs, me manquerait. Qu'il me suffise de revenir sur ce principe qu'en pratique, la règle est de se ménager les moyens de rectifier à posteriori résolutions prises à priori ; et que risquer tout, à priori, est une exception qu'on doit , autant qu'on le peut, éviter.
En médecine comme en tout, il faut, autant qu'on le peut, ne rien faire d'inutile. Aussi est-ce constamment une faute d'opposer à un état pathologique, qui ne peut se dissiper que lentement, des doses telles, que l'on ne pourrait long-temps les soutenir. Hahnemann l'a dit, non sans raison : administrer un médicament, c'est opposer une maladie à une autre. Eh bien! dansla plupart des cas, si l'uneest chronique, l'autre aussi doit 1 être; et s'il est vrai qu'une perturbation violente a quelquefois rompu le cours d'une maladie , qui, sans cela eût duré long-temps , il n'est pas moins vrai que le plus souvent c'est par des médications patiemment prolongées , que l'on parvient à dissiper les longues affections. Pour avoir méconnu ce'te vérité, on a manqué bien des traitemens et compromis bien des remèdes. Pressé par le malade , par ses amis et même par ses propres désirs, souvent le médecin a hâte d'obtenir des résultats, et pour les acquérir i! sacrifie , au moins inutilement, un moyen qui, administré d'une autre manière, lui eût élé une ressource précieuse. Disons donc que lorsqu'un médicament est dirigé contre un état qui, de sa nature, doit résister long-temps, les doses de ce remède doivent être ménagées de telle sorte, qu'on puisse, autant qu'on le voudra, en prolonger l'emploi.
Tout effet curalif résulte, soit de l'action topique de la substance employée, soit de son absorption. La thérapeutique entière réside dans celte double action; or, on peut, suivanl les cas , préférer l'une à l'autre : vouloir l'action topique seulement, ou n'attendre que de l'absorption seule le résultat qu'on desire. Sous ce rapport la posologie seconde puissamment les vues du praticien. Généralement, les deux genres d'action dont il vient d'être parlé, sont en raison inverse l'un de l'autre. Si,jjar exemple, l'effet topique est très-prononcé , si une irritation forte est topiquement causée par l'application d'une substance, son absorption sera faible ou nulle; c'est ce qu'on observe tous les jours dans les traitemens par les mercuriaux. Or, comme il est constant que plus un médicament est concentré, plus son action topique est forte, on conçoit tout le parti qu'on peut tirer du fractionnement des doses, quand on veut agir par absorption.
Pour qu'un médicament franchisse le pilore, ou pour que le gros intestin , après l'avoir reçu par l'anus, ne le repousse pas , la posologie intervient , non en réglant le poids , mais en réglant le volume. Il est d'observation que , toutes choses égaies d'ailleurs, l'estomac et le gros intestin réagissent d'autant moins contre les substances qu'ils ont reçues, que ce volume est moindre. C'est pour cela qu'un grain d'éraélique dans un verre d'eau fera vomir, tandis qu'il n'en sera rien s'il est pris dans une seule cuillerée de liquide. C'est pour cela encore qu'un quart de lavement sera plus facilement conservé aue si la seringue eût
POSOLOGIE.
été pleine. Les règles posologiques qui sortent de ces faits sont lellement évidentes, que je dois m'abstenir de les formuler.
Toutes les surfaces ne sont pas également propres à l'absorption. Ainsi , tout égal d'ailleurs, la peau revêtue de son épiderme absorbe moins que les membranes muqueuses, et celles-ci moins que les surfaces cutanées. oir Endermie , iatraleptie). Ces différences , quand on règle les doses, méritent une grande attention: alors aussi, il faut avoir présent à la pensée cet autre fait, que les résultats de l'absorption d'un médicament sont d'autant plus prononcés, que cette absorption s'est faite par une partie plus voisine de l'organe sur lequel il devait porter son action.
Quelles sont les règles en vertu desquelles l'accroissement et la décroissance des doses doit avoir lieu? Le docteur Klinglake, dans un mémoire sur le maximum des doses des médicamens (The London med. and phys. journal, février 1822) , pose en principe que l'on ne doit croire avoir atteint la dose la plus élevée à laquelle on puisse porter un médicament quelconque, que lorsqu'il agit d'une manière sensible, ou sur les intestins , ou sur la circulation, ou sur le cerveau, et qu'alors on doit bien se garder d'en augmenter la dose, parce que, ajoute-t-il, le remède serait aussi dangereux que la maladie, si même il ne l'était plus. Ce principe n'est pas exact : car souvent il arrive que le seul effet appréciable d'un médicament est la disparition du mal contre lequel il était dirigé. C'est ce que l'on voit, par exemple, dans le traitement des maladies intermittentes par le quinquina et de la syphilis par le mercure. On devrait même désirer qu'il en fût toujours ainsi, et je poserais volontiers ce principe, qu'on doit, quand on le peut, éviter de produire plus que la simple disparition du mal.
Deux vues président généralement à l'accroissement successif des doses. On les accroît parce que l'habitude émoussant l'efTet du remède, on veut, par déplus fortes doses, conserver cet effet au même niveau. On les accroît encore pour arriver à des résultats plus complets , plus décisifs que ceux qu'on avait d'abord obtenus. On cesse de les accroître quand on craint d'aller au-delà de son but, quand on redoute l'apparition de certains effets, ou que déjà ces eflets commencent à se manifester. On cesse encore de les accroître quand ayant déjà obtenu une certaine amélioration, on craint, en poussant trop loin les doses, de compromettre celte tendance à la guérison : alors on s'arrête, mais en se réservant de reprendre la progression ascendante, si l'amélioration ne continue pas. On diminue les doses si l'on observe qu'indépendamment de leur action sur la maladie principale, elles déterminent des symptômes, des troubles, des accidens, qui, s'ils se prolongeaient ou se répétaient, incommoderaient ou compromettraient trop le malade, pour qu'on puisse les négliger. On diminue encore les doses quand le mal étant dissipé, ou se dissipant, le besoin d'en donner d'aussi fortes n'existe plus.
Telles sont les principales données pour les modifications de doses. La question de savoir s'il y a ou non opportunité de les modifier place toujours , comme on le voit, le praticien entre deuxécueils. Il craint en même temps, ou de ne pas atteindre son but, ou de le dépasser. La constatation et l'appréciation des circonstances qui servent à résoudre cette question d'opportunité, est une des difficultés les plus grandes de la pratique médicale. Sous ce rapport, comme sous beaucoup d'autres, il faut plus que de la science acquise , il faut, ce que les livres ne sauraient donner, la faculté de voir et de juger bien. Cette faculté, on l'a ou on ne l'a pas, on peut bien donner les bases d'un calcul de probabilités ; mais elles ne peuvent profiter qu'à ceux-là seulement qui sont capables de le faire : or le calcul des probabilités est la plus difficile de toutes les opérations de l'esprit humain. Voilà pourquoi la médecine est si difficile et souvent si dangereuse. On peut faire un docteur comme on fait un général; mais au lit du malade, comme sur le champ de bataille, il faut autre chose que de l'élude pour être général ou médecin.
A ces données posologiques, ajoutons celles qu'on trouve dans les auteurs. Partant de ce principe que, toutes choses égales d'ailleurs, les doses doivent être d'autant moins fortes que les sujets sont moins âgés , plusieurs auteurs ont cherché à établir une échelle de doses pour les différens âges ; voici celle de Gaubius, qui a été admise , à quelques modifications près par MM. Briclieteau Chevalier et Coltereau [l'jlrl de doser, etc., 1829), La dose qui convient aux individus de 20 à 60 ans étant prise pour unité, on donnera.
1/12 de cette dose jusqu'à I an.
i/6 . . de 1 3
L'échelle donnée par J. Wylie (Pfiarmacopea Caslrensis Ruthenœ , 1808) diffère peu de la précédente. Wylie prend aussi pour unité celle des adultes et propose d'en donner.
à 7 semaines.
7 mois.
3 ans 1 /2.
après cet âge.