POTASSE, POTASSIUM
Les auteurs admettent aussi généralement que les doses doivent être moins| fortes pour les femmes que pour les hommes ; pour les personnes irritables et faibles que pour celles dont le corps est endurci par le travail ; pour les habitans du midi que pour ceux du nord ; en été qu'en hiver. Us disent encore que les doses doivent varier suivant les tempéramens, les idiosyncrasies , les professions , les habitudes, la constitution médicale , etc.
(LÉop. Deslandes.) POTASSE , POTASSIUM ( Chim. pharm. ) . Le potassium est un métal qui a été découvert en 1807 , par Humphry Davy. Il l'obtint en décomposant la po tasse caustique par le moyen de la pile électrique ; jusque-là cet alcali , de même que les autres alcalis 6xes , était inconnu dans sa composition, et c'est l'illustre chimiste anglais qui a démontré qu'il était formé d'oxigène et d'un métal. En. suite MM. Thcnard et Gay-Lussac ont trouvé qu'on pouvait obtenir le potas sium en décomposant dans un canon de fusil , à une très-haute température , de la potasse pure par du fer métallique, et ce procédé, susceptible de produire de pl us grandes quantités de métal que le premier , a permis d'en mieux-étudiet les propriétés.
Le potassium , à la température ordinaire, offre la consistance d'une cire molle ; il a la couleur et l'éclat de l'argent , mais il se ternit aussitôt qu'il a le contact de l'air , dont l'oxigène le conver tit superficiellement en alcali ; on est . à cause de cela , obligé de la conserver dans des tubes remplis de naphte rectifié, Il entre en fusion à 58 degrés , et se volatilise à la chaleur rouge , en produisanj! une vapeur verte , lorsqu'il est abrité de l'air ou de l'oxigène. Dans le cas con-i traire, il brûle avec un vif dégagement de lumière, et se change en peroxide] Le potassium pèse 0,865 et surnage l'eau par conséquent. Lorsqu'on en pro-i jette un fragment sur ce liquide, il tournoie vivement à sa surface, rougit J s'enflamme , et crève à la fin avec une sorte d'explosion. Le liquide contient h potasse qui s'est formée.
Le potassium est susceptible de produire deux oxides : 1° la potasse ou pro-' toxide, formée de 1 atome de métal et 1 atome d'oxigène, qui se produit pai l'oxidation lente du métal à l'air ou par la décomposition de l'eau ; 2° le peroxide que l'on obtient en brûlant le potassium fondu dans legaz oxigèneou dans l'air , ou en chauffant la potasse pendant long-leraps , à une forte chaleur. Cet oxide contient trois fois plus d'oxigène que le premier; il est d'un jaune verdâtre,etest décomposable par l'eau, qui en dégage deux atomes d'oxigène et dissout seulement le protoxide. Le potassium se combine en outre à presque tous les corps simples , et son protoxide forme avec les acides des sels dont plusieurs sont usités en médecine. Nous allons passer en revue les principaux de ces composés , en les rangeant sous trois chefs : 1» composés binaires ; 2" oxiseli minéraux ; 3" sels végétaux.
Composés binaires. Protoxide de potassium ou potasse. On n'emploie presque jamais cet oxide (formé de potassium 84, oxigène 16) pur et anhydre, tel qu'il peut résulter de l'action directe de l'oxigène sec sur le potassium ; d'ailleurs ce procédé en donnerait infiniment peu ; mais on l'obtient combiné avec de l'eau, ou à l'état d'hj-drale , en décomposant le carbonate de potasse, dissous dans plusieurs fois son poids d'eau, par un lait de chaux : on fait bouillir , on filtre à travers une toile, on évapore la liqueur à siccité ; on fond la potasse dans une bassine d'argent et on la coule sur une plaque ou dans une lingolière, pour l'avoir en morceaux plats ou en petits cylindres, qui servent à établir des; cautères. Aussi celte préparation porte-t-elle le nom de pierre à cautères.
La potasse ainsi obtenue n'est jamais pure, non-seulement à cause des sels étrangers dont le carbonate est rarement exempt , mais encore parce que la dé composition du carbonate n'a pas été complète , ou qu'il s'en est reformé un( certaine quantité pendant l'évaporation à l'air. Pour les essais chimiques , il faut la purifier, et pour cet effet , on la traite par l'alcool rectifié , qui ne dis sont que la potasse ; on décante , on distille l'alcool dans un cornue , on foni l'alcali dans une bassine d'argent et on le renferme dans un vase hermétique' ment bouché. On nomme cet alcali potasse pure à l'alcool : il contient toujoursi néanmoins de l'eau combinée ( 16 p. 100).
La potasse hydratée est blanche , solide , cassante , déliquescente à l'air, très soluble dans l'eau , qui s'échauffe d'abord fortement par son mélange avec elle. Elle est d'une extrême causticité , et dissout et détruit la peau en fort peui de temps. C'est aussi un poison des plus violens à l'intérieur , et qui laisse peu d'espoir de salut pour peu qu'il ait eu le temps d'exercer son action sur l'eslO' mac. Elle verdit fortement le sirop de violettes comme les autres alcalis ; 8es| caractères particuliers, lorsqu'elle est dissoute dans l'eau, sont les suivans
Elle n'est pas précipitée par les acides carbonique , phosphorique OU arsénique ;
Elle forme un précipité blanc, sablonneux, de bi-tartrate, de potasse^ lorsqu'on la verse peu-à-peu dans un soluté concentré d'acide tartrique; Elle se conduit de même, et plus sûrement encore, avec l'acide perchlorique Enfin, neutralisée par un acide, elle donne un précipité jaune avec le soluté de chlorure de platine ; ou bien versée dans un soluté concentré de sulfate d'alumine, elle y détermine une cristallisation octaédrique d'alun. Toutes ces propriétés sont communes aux sels de potasse , et servent à les faire reconnaître.
Chlorure de potassium. Nommé autrefois sel fébrijuge de Sylvius , et ensuite muriaie ou hydrochlorate de potasse , parce qu'on l'a cru formé à'acide muriaiique ou hydrochlorique et de potasse. Il est bien certain qu'on l'obtient en saturant ces deux derniers corps l'un par l'autre ; mais comme en faisant cristalliser la solution , l'hydrogène de l'acide se porte sur l'oxigène de la potasse, le sel cristallisé et sans eau , n'est véritablement formé que de chlore
POUBRE.
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faire au lit du malade , el dans un verre, le mélange d'un soluté de carbonate de potasse avec du suc de citrons ; mais dans l'action vive et instantanée qui se produit à l'air libre, il se perd beaucoup plus d'acide carbonique que lorsque la pression ayant forcé le gaz de se dissoudre en entier dans le liquide, on ne fait que verser celui-ci , pour le boire aussitôt.
D'autres prenant l'estomac pour un vase à expérience inerte, font prendre séparément, d'abord le soluté alcalin, et ensuite le suc de citron ; mais si vite que se succède l'ingestion des deux liquides , ils agissent tous deux séparément , et de la manière qui leur est propre, sur toute la partie du canal alimentaire qui précède l'estomac, et sur l'estomac lui-même: eiifiu , les liquides que contiennent celui-ci doivent contrarier ou aff'aiblir l'action réciproque des premiers ; il me parait dont préférable de préparer la potion de Rivière , comme je l'ai indiqué d'abord. ^ (GuiBOiiRT.)
POUDRE. PULYERISATÎON (Pharm.). Une poudre est un médicament qui résulte de la plus grande division mécanique que l'on puisse faire subir aux corps solides. On nomme simple la poudre qui provient d'une seule substance médicamenteuse, et composée celle qui résulte de la réunion de plusieurs poudres simples.
On donne le nom de pulvérisation à l'opération mécanique par laquelle on réduit en poudre les corps solides. Cette opération s'effectue à l'aide d'instrumens dont la forme et la matière varient suivant la nature du corps .i pulvéi iser. Ainsi on emploie difTérens moulins pour les semences huileuses et farineuses; un mortier de fer pour les racines, bois, écorces, feuilles, etc.; un mortier de marbre pour le sucre , le nitrate de potasse, l'alun ; un mortier de verre et de porcelaine pour le sublimé corrosif; enfin, on se sert d'un porphyre pour bioyer sans eau les métaux, dilTérens sels, des acides, le succin, tandis que l'on porphyrise à l'eau le cinabre, la corne de cerf calcinée, le corail rouge , etc. De tous ces modes de pulvérisation , celui qui a lieu dans un mortier est le plus usité.
Cette pulvérisation s'elTectuede deux manières différentes, suivant la nature des substances qui s'y trouvent soumises. On pulvérise par contusion , ou en , frappant fortement le corps entre le pilon et le fond du mortier, tous les corps i durs et non susceptibles de se ramollir par la chaleur que le choc doit dévelopj per : tels sont les métaux durs et cassans, les bois, les racines, etc. On pulvérise . au contraire par trituration , ou en tournant circulairement le pilon dans le , fond du mortier, les manières friables et celles de nature résineuse, qui se ra- I molliraient par la contusion. Mais il ne suffît pas pour bien pulvériser une jl substance de choisir le mode d'opérer , de se mettre h l'abri de la poussière , \. souvent dangereuse , qui se disperse dans l'air, au moyen d'une peau qui ferme exactement le mortier; enfin , il ne suffit pas de séparer au moyen d'un tarais, la poudre la plus fine de celle qui doit repasser sous le pilon ; il faut encore savoir choisir entre les diverses poudres d'une même substance celle qui réunit à un plus haut degré les propriétés qu'on y recherche. Généralement les racines des végétaux sont composées d'une partie corticale assez facile à pulvériser, dans laquelle surtout réside la propriété de la racine, et d'une partie centrale ligneuse, I moins active et plus difficile à pulvériser. Aussi remaï que-t-on , à mesure qu'on avance , que la poudre est moins sapide ou moins odorante , et presque toujours moins colorée. On cesse donc la pulvérisation, dès qu'on s'aperçoit que le résidu i devient ligneux et inerte, et on a soin de mêler les différentes portions de poudre obtenues, afin d'avoir un tout d'une efficacité uniforme. Celle observation s'applique spécialement aux racines de Colombo, de ratanhia, de rhubarbe, de ^salsepareille , de valériane , etc. , et surtout h la racine d'ipécacuanha que quelques personnes ont conseillé, même, de frapper racine à racine avec un marteau, pour séparer exactement la partie corticale du méditallium ligneux que l'on rejette; mais cette opération est presque impraticable , et on parvient à un résultat non moins bon, en choisissant de bonne racine d'ipécacuanha, et la pilant à l'aide d'une percussion modérée, jusqu'à ce qu'on ait obtenu 12 onces de poudre d'une livre de racine.
La racine de jalap fait une exception à la règle précédente ; la résine à laquelle [elle doit sa propriété purgative, se pulvérise moins facilement que l'amidon et îles parties gommeuses desséchées qu'elle contient ; cette résine s'accumule dans [le résidu et le rend très-actif ; aussi recomraande-t-on de pulvériser le jalap jusqu'à la fin.
Les écorces médicinales se présentent tantôt pourvues de leur croûte extérieure, tantôt raclées et consistant seulement en couches de liber. Dans ce dernier cas , on les pile après les avoir choisies seulement de la meilleure qualité; jdans le premier, on les prive auparavant de leur croûte, qui est presque toujours linerle , en les raclant avec un couteau. On les pulvérise généralement jusqu'à la fin.
Les feuilles et les fleurs, bien que privées toujours de leurs tiges et pe'doncules , laissent un résidu fibreux assez considérable qu'il faut avoir soin de rejeter.
Parmi les fruits, on pulvérise dans leur entier tous ceux d'ombellifères , les poivres , les pimens , la cévadille; on rejette les capsules des cardamomes pour ne piler que les semences, dans lesquelles seules réside l'huile aromatique camphrée; on rejette au contraire les semences de coloquinte, pour ne piler <]ue la chair amère et purgative du sarcocarpe, etc.
Les détails qui précèdent, et pour le surplus desquels nous renvoyons aux traités de pharmacie, montrent combien une opération qui paraît fort simple au premier abord, la pulvérisation des substances simples médicamenteuses, exige d'attention et de soin de la part du pharmacien. Disons maintenant quelques Hiots des poudres composées. Les anciens dispensaires en offrent un grand nom- DiCT. DE Médecine et de Chirurgie pratiques.
bre de très-compliquées qui sont à-peu-près oubliées aujourd'hui. Ce n'est pas que ce genre de médicament ne soit encore assez usité; mais les formules en sont généralement plus simples, et plutôt magistrales qu'officinales ; voici quelques-unes de celles qui sont le plus employées.
Poudre dacide citrique el de sucre ou limonade sèche. Pr. Acide citrique pulvérisé 2 gros, sucre 4 onces, huile volatile de citrons 8 gouttes ; mêlez, et conservez dans une bouteille bouchée. Une cuillerée de celte poudre , fondue dans un verre d'eau, forme une boisson acide fort agréable; mais elle doit être récemment préparée, 1 huile de citrons acquérant assez prouiptement une rancidité désagréable.
Poudre de belladone sucrée , poudre sédalii'c de Wetzier. Pr. Poudre de racine de belladone 1 scrupule, sucre 4 scrupules, laites 96 prises. Contre la coqueluche.
Poudre de charhon et de cjuincjuina. Ce mélange, fait à partie éoale , forme un Ires bon dentifrice. On y joint souvent la crème de tartre, l'iris , la myrrhe, etc.
Poudre de coloplione composée ou poudre liémostalique. Pr. colophone en poudre quatre parties , gomme arabique une partie, charbon de bois deux parties ; mêlez.
Poudre de fenouil et de magnésie composée. Poudre galuctopœtique dite de Rosenstein. Pr. poudre de fenouil l gros; décorée dorange amère 1 gros; de magnésie carbonatée 4 gros ; sucre G gros ; mêlez. Cette poudre absorbe les acides des premières voies, facilite la chUification et augmente, dit-on, le luit des nourrices.
Poudres gazifères. Depuis plusieurs années, les Anglais ont répandu en France l'usage des poudres gaziferes , destinées à produire extemporanément des eaux gazeuses artificielles.
On conçoit en etfet que les corps, même réciproquement acides et alcalins, n'agissant guère les uns sur les aulies que par l'intermédiaire de l'eau, on pourrait mêler un acide sec avec un carbonate alcalin , et obtenir une poudre qui se conserverait quelque temps sans altération marquée , et qui dégagerait une grande quantité d'acide carbonique, lorsqu'on viendrait a la dissoudre dans l'eau. Mais en raison de la difficulté de priver entièrement ces corps d'eau hygrométrique, il est prcféiable de les tenir séparés, et de n'eu opérer le mélange qu'au moment de les administrer. Voici les deux compositions de ce genre les plus usitées :
Poudre gazifère simple ou soda powders. Pr. acide tartrique pur réduit en poudre 4 gros; divisez en 12 paquets, dans du papier blanc. Pr. bi-carbonale de soude pulvérisé 6 gros ; divisez dans 12 paquets bleus ; renfermez les deux sortes de paquets dans une boite. Pour faire usage de cette poudre , on fait dissoudre le contenu d'un des paquets blancs dans un grand verre plein d'eau ; on yjette la poudre renfermée dans un paquet bleu et l'on boit aussitôt.
Poudre gazifère laxative ou. seidlitz powders. Pr. acide tartrique pur en poudre 6 gros ; divisez en 9 paquets blancs. Pr. bi-carboiiate de soude 6 gros ; tartralede potasse et de soude 18 gros; mêlez et divisez eu 9 paquets bleus. Pour employer ces poudres, on fait dissoudre dans un verre de la contenance de 12 onces, à moitié rempli d eau , l'acide renfermé dans un paquet blanc ; ou ajoute le mélange d'un des paquets bleus , et l'on boit pendant la vive effervescence qui se produit.
Poudre gommeuse amjgdaline , poudre d'tlaly, poudre contre la phthisie. Pr. amandes douces mondées à sec 2 parties , semences de coings 1 ; semences de pavot blanc 1 ; gomme arabique 1 ; gomme adraganthe 1 ; amidon 1 ; réglisse 1/2 ; sucre 6. F. S. l'ait. Cette poudre est très-adoucissante et peut être utile dans la phthisie, le crachement de sang, la diarrhée , etc. ; on l'emploie à la dose d'un demi-gros , plusieurs fois par jour, délayé dans quelques onces d'eau, il en résulte une sorte de looch e.vtemporané que l'on peut emporter en voyage et préparer en tout lieu.
Poudre de jalap orangée, sucre orangé purgatif . Pr. poudre de jalap 2 onces ; bi-tartrate de potasse 1 once ; sucre 13 onces ; huile volatile d'oranges 1/2 gros. Cette poudre est bonne pour purger les enfans, étant délayée dans un peu d'eau ou de bouillon. Ils la prennent sans répugnance : elle contient 9 grains de jalap par gros.
Poudre d'ojjium et d'ipécacuanha composée. Poudre de Dower. Cette poudre se compose de 4 parties de sulfate de potasse , 4 parties de nitre , 1 partie d'opium pulvérisé, 1 partie d'ipécacuanha et 1 ou 2 parties de réglisse. On fait fondre les deux sels dans un creuset , on les verse dans un mortier de fer échauffé, et avant qu'ils soient entièrement refroidis, on y ajoute l'opium , puis l'ipécacuanha et la réglisse, on pulvérise et l'on tamise le tout. Le but de cette manipulation parait être de faire subir à l'opium une légère torréfaction qui diminue l'activité de son principe vireux. Du reste cette poudre est, comme on le sait, sudorifique et non vomitive ; la dose est depuis quelques grains jusqu à un scrupule. ( GiiBoenT. )
¥OVi\.S {sémèiologie). On donne ce nom à l'impulsion que le passage du sang communique aux artères. La cessation et le retour alternatifs de cette impulsion donnent lieu aux modifications artérielles, que l'on désigne sous les noms de systole et de diastole , qui constituent le pouls. Ce mot pouls , puLus , vient du latin pulsare , pousser. L'expression grecque s-ou/u.c; , du verbe o-ojirco, je pousse, a prévalu dans la science pour faire appeler sphjgmiques les connaissances qui ont ra|)port au pouls.
§ l. Il est peu d étude qui offre autant d importance que celle du pouls , puisqu'elle nous fait connaître l'état de l'une des trois principales fonctions indispensables à l entretien de la vie. Quoiqu'Hippocrate parle du pouls des temporales , na'jyfioi ;j T«5 x^oTKoxîis , cependant il connaissait peu ce moyen de diagnos-
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tic. Ce silence , presque complet du père de la médecine sur l'état du pouls dans les maladies, justitieiait-il le peu d'importance que l'on attache maintenant à ce moyen séméiologique ? Non sans doute; car alors , pourquoi ne pas négliger aussi la percussion et l'auscultation ? Servons-nous plutôt de la supériorité de diagnostic que ces moyens doivent nous donner sur Hippocrate. pour égaler ou surpasser, si faire se peut, ce divin maitiedans le traitement des maladies. Galien , dans les différens livres qu'il a laissés sur cette matière, s'occupe longuement des batlemcns du cœur et des artères; il établit un grand nombre de divisions du pouls , et eu fait de nombreuses et subliies applications au diagnostic et au pronostic des maladies. On sait que c'est à l'aide de ses connaissances sur le pouls , qii'ErasisIrate parvint à reconnaître l'amour d'Antiochus pour Slratonice. Depuis la découverte du sang , Solano , de Lucques, métlecin espagnol , fît de nouvelles recberches sur le pouls et les consigna dans un ouvrage auquel il donna pour titre : Lapis Ij âius j4/)olliiits. Un médecin irlandais de beaucoup de mérite , qui vivait à Cadix , Nihell, ayant eu connaissance de ce travail , s'occupa d'en vérifier les résultats, et publia en anglais ses Obseivations nouvelles sur la prédiction des différentes crises par le moyen du pouls. Cet ouvrage fut trailuit en français par Laviiolle. Bordeu s'occupa ensuite, dans un ouvrage fort remarquable , intitulé : Recherches sur le pouls , de ramener nos connaissances spliygmiques à des lésultats pratiques importans ; niais les caractères de son pouls supérieur et de son pouls inférieur sont loin de se présenter , dans tous les cas , avec la constance que l'on désirerait rencontrer; les distinctions qu'il établit ensuite pour reconnaître l'état morbide de chaque organe , ou les crises dont il sera le siège , paraissent bien subtiles, souvent confuses et toujours difficiles à saisir. A ces travaux, il faut joindre ceux de Fouquet, de Montpellier , qui , dans son Essai sur le pouls, chercha à démontrer les avantages que ce moye^n de diagnostic doit avoir pour la pratique de la médecine, dans le traitemejit des maladies aiguës, « soit pour le temps de l'administration , soit pour le choix des remèdes , soit même pour arrêter le médecin , etc. » ( Discours préliminaire, page xvi ). Beaucoup d'autres auteurs se sont occupés de l'étude du pouls. Les travaux de Bichat, de Legallois, etc., ont, dans ces derniers temps , contribué à éclairer ce sujet difficile.
§ II. Le mécanisme du pouls est encore le sujet de grandes discussions ; cependant on ne peut douter, ainsi qu'Hervey l'avait pensé, que le cœur ne soit le principal agent de l'impulsion , lorsque , en saignant des sujets pléthoriques ou agités d'une fièvre intense , ou voit les mouvemens saccades du jet de sang veineux parfaitement isochrone avec ceux du cœur et des artères , ce que nous avons souvent constaté. Maintenant, que les artères ne soient point absolument étrangères aux mouvemens de diastole et de systole; qu'à chaque systole l'artère reçoive une colonne entière de sang , ou que , contenant déjà une certaine quantité de ce liquide, il ne lui en arrive qu'une faible ondée pour imprimer le mouvement de diastole ; que le pouls soit ou ne soit pas tout-à-fait isochrone aux artères temporale et pédieuse , etc., la solution de ces différentes questions ne présente pas un intérêt assez direct à notre sujet, pour que nous nous y arrêtions. Néanmoins on peut avancer, je pense , qu'indépendamment de l'action évidente du cœur sur le pouls , celui-ci reçoit aussi quelques modifications de l'état du parenchyme et du système capillaire des organes malades que le sang doit traverser. On expliquerait ainsi certains caractères morbides que présente le pouls. Nous reviendrons sur ce sujet dans le cours de cet article. Ce que l'on ne saurait encore révoquer en doute, c'est l'action du système nerveux sur la production de nombreuses variétés que présente le pouls et qui se manifestent sous l'influence de différentes passions et de la réaction sympathique des organes malades sur le cœur, réaction qui ne peut avoir d'autre intermédiaire que le système cérébro-spinal.
§ m. Exploration du pouls. Il faut , pour explorer le pouls , que le malade soit aussi tranquille que possible , que son bras soit modérément étendu , l'avant-bras appuyé et placé dans une demi-pronation. Selon Dehaen , le pouls devient plus lent quand le malade est couché, et plus fréquent lorsqu'il est debout ou assis. Il est rare que l'on ait besoin de s'assurer ou de constater ces différences ; mais il est bon de les indiquer, car l'observation démontre souvent qu'elles existent, ainsi que beaucoup d'autres modifications qui se développent sous l'influence des différens actes de la respiration , de la toux , de l'cternuemeut , etc.
En s'approchant du malade dont il va explorer le pouls, le médecin doit d'abord lui adresser quelques questions ou quelques paroles bienveillantes, et ne lui prendre la main que qnanJ l'impression de crainte ou d'espérance que sa présence occasionne sera dissipée. Alors , prenant.le bras placé de son côlé , il applique le bout des doigts index , médius , annulaire et même auriculaire , réunis parallèlement sur l'extrémité carpienne de l'artère radiale, que l'on explore le plus souvent, et il pose en même temps le pouce sur la face postérieure de l'extrémité carpienne du radius pour avoir un point d'appui. Le doigt indicateur doit être le plus rapproché du poignet; c'est pour cela qu'il faut, ainsi que le recommandait Fouquet , explorer le pouls gauche avec la maiu droite et vice versd. Cependant il est bon de se servir indistinctement des deux jnains , afin de les exercer l'une et l'autre et d'en obtenir un contrôle utile ; de même qu'il est indispensable de toucher alternativement l'un et l'autre pouls , afin d'avoir deux élémcns de comparaison , sans oublier toutefois que , dans l'état normal, le pouls gauche présente le plus souvent moins de force et d'ampleur que le droit. Dans cet examen , les doigts s'appliqueront mollement sur l'artère pendant le temps nécessaire à l'exploration d'un nombre suffisant de pulsations; ils la compiiincront doucement de temps en temps pour reconnaître le rhytluuc , la force , la consistance et les dllférontes modifications du pouls. Il
est indispensable de toucher le pouls plusieurs fois pendant la même visite, afin de ne pas se laisser tromper par les caractères qu'il pourrait présenter d'abord. Il est ordinaire, en effet , de le trouver à la première exploration plus fréquent qu'aux suivantes : c'est le pouls du médecin. Cette différence ne se borne pas à la fréquence, elle atteint aussi les autres caractères du pouls. Le professeur Kécamier conseille , pour mieux connaître sa force, de comprimer l'artère radiale avec le doigt médius , et de la loucher plus bas avec l'index , afin de sentir si le sang revient au-dessous du point comprimé par les branches récurrentes et les anatomoses nombreuses de la terminaison de l'artère radiale 5 ce retour indique de l'énergie dans la circulation.
Il est bon, dans beaucoup de cas , d'examiner avec l'oreille appliquée sur la région précordiale la force et l'étendue des baltemens du cœur; de reconnaître, à l aide de la percussion , le volume de cet organe et son influence sur les caractères du pouls. Quand les artères radiales seront ossifiées ou difliciles à trouver, on examinera le pouls aux artères brachiales , temporales , sous-maxillaires , crurales, etc. Cet examen sera utile dans tous les cas où la connaissance par- j faite de l'état de la circulation aura une grande importance.
L'habitude apprend à reconnaître avec assez de précision le nombre des pul- [ salions qui ont lieu dans l'espace d'une minute , mais il vaut mieux , pour plus i d'exactitude , se servir d'une montre à secondes , et compter plusieurs fois avant i de fixer définitivement le nombre des pulsations. C'est Floyer , médecin anglais, qui eut, je crois, le premier, l'idée de cette application chronométrique. Les résultats qu'elle donne n'ont rapport qu'à la fréquence du pouls; c'est un des caractères qui trompe le moins, dont l'importance est incontestable , et qu'on ne peut omettre dans une observation exacte et détaillée. Quant aux autres caractères , c'est par des descriptions fidèles seulement que l'on peut les transnfettre ; et , il faut en conveiiir , il est rare que plusieurs observateurs les rendent 1 tous de la même manière. Sanctorius, cité par Bordeu, s'était vanté d'avoir fait : un pulsiloge qui exprimait les diflérens mouvemens du pouls , mais nous n'avons aucune connaissance de cet instrument.
Nous avons vu , il y a quelques mois, un instrument nommé sphygmomèlre, inventé par M. le docteur Hérisson et M. Garnier , habile mécanicien. Ces messieurs prctendent pouvoir apprécier , à l'aide de ce moyen, les différentes qualités du pouls. Cet instrument , long de cinq à six pouces , est composé d'uu tube de verre capillaire et gradué , ouvert à l'un de ses bouts, plongeant par l'autre, dans une sorte de cuvette cylindroide, métallique ou en ivoire , dont l'extrémité opposée h celle qui reçoit le tube est de huit lignes de diamètre, et fermée par une peau de baudruche. Cette cuvette contient cinq gros de mercure. Un robinet transversal , placé à la réunion du tube et de la cuvettte , retient le mercure dans celle-ci , c^uand on ne fait pas usage de l'instrument. Lorsque l'on veut s'en servir , on met en communication le mercure avec le tube de verre, en tournant convenablement le robinet, et on tient verticalement l'instrument; on en applique l'extrémité fermée de baudruche sur le trajet d'une artère; les batleraens du pouls se communiquent alors au mercure , que l'on voit osciller dans le tube. Le nombre de ces oscillations est en rapport avec la fréquence du pouls , et la hauteur à laquelle elles s'élèvent correspond à la force d'impulsioa que les battemens artériels communiquent à la colonne de mercure. Cette hauteur varie aussi en raison de la pression plus ou moins forte , mais qu'on ne peut déterminer ni prescrire , à l'aide de laquelle on met en rapport l'artère et l'instrument. Cette dernière circonstance s'oppose à ce que cet instrument puisse servir à mesurer avec exactitude la force du pouls. Quand à sa consistance et ses différentes qualités-, autres que la vitesse et la régularité de ses battemens , l'instrument ne peut servir à les reconnaître. Enfin il est si difficile de se servir convenablement de cet instrument et de bien préciser les résultats déjà fort restreints qu'il donne , ce que nous avions déjà reconnu nous-même, que MM. Magendie et Serres, commissaires de l'Académie des sciences, à laquelle il a été présenté , » se sont assurés que deux personnes , toutes deux exercées à se servir du sphygmomèlre , l'appliquant l'une et l'autre successivement à l'artère radiale d'un même individu , et écrivant séparément les indications données par l'instrument , les résultats obtenus ont été sensiblement divergeus. » {Jour, hebd, de Progrès , t. 111 p , 3()6. )
On conçoit l'impossibilité d'arriver à construire un instrument applicable h la connaissance du pouls, lorsqu'à l'aide du toucher, les médecins parviennent déjà si diflicilement à en apprécier toutes les nuances. Cette étude aété la source de succès extraordinaires pour quelques praticiens distingués; mais elle présente de grandes difficultés , soit que l'on veuille déterminer d'une manière précise les caractères que l'on observe dans le pouls , soit que l'on cherche à tirer des conséquences pratiques , efficaces de ces mêmes caractères. Aussi les recherches sphygmiques demandent-elles une aplication toute particulière.
§ IV. Formes variéesdu pouls. Galien et les médecins qui l'ont suivi ont em» ployé , pour désigner les caractères du pouls , des noms tirés de sa forme et de ses qualités physiques: Ils disaient pouls large , dur , plein, petit, dicrote, etc. Des médecins modernes , parmi lesquels nous citerons surtout Bordeu et Fouquet, préférant donner aux différenles variétés du pouls des noms qui fissent connaître les divers caractères séméiologiques qu'elles indiquent, ont employé les expressions de pouls supérieur, inférieur, thoracique, abdominal, hépatique, intestinal , etc. Nous croyons devoir mettre en usage successivement ces j deux nomenclatures; la première, pour faire connaître les formes élémentaires | en quelque sorte que les médecins reconnaissent généralement dans le pouls; la j seconde , quand il sera question de l'étude du pouls appliqué au diagnostic des j maladies. En effet , les pouls supérieur, hépatique, etc., formés de la réunion de 1 carac;èrcs élémentaires, supposent la connaissance des pouls grand , petit, etc.
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On peut rapporter k deux divisions principales les formes nombreuses et variées que présente le pouls; la première a trait à l'étude de chacune des pulsations , quant à son développement , sa force et sa consistance; la seconde , à la succession de ces pulsations entre elles, c'est-à-dire au rliythme qu'elles présentent.
lo. Caractères tirés du développement du pouls. Nous comprenons dans ce paragraphe ce qui a rapport à l'étendue ou au volume , à la consistance et à la force du pouls. On a employé des expressions variées pour désigner ces dilTérens caractères.
Le ])ouls est large , ample , grand, développé , lorsque l'artère présente un volume étendu , une dilatation remartjuable. C'est dans l'état normal le pouls des sujets sanguins. Ce caractère s'observe pendant le cours de quelques inflammations sus-diaphragmaliques , la pneumonie; on le retrouve lorsqu'il existe un phlegmon considérable. Lorsque la systole est peu marquée, ce pouls prend un caractère parliculier qui l'a fait apjieler o«c/u/a/îi , à cause de la sensation qu'il donne aux doigts qui l'explorent. Cette forme s'observe lorsque les maladies perdent de leur intensité et que la résolution d'une phlegmasie commence.
Le pouls petit a reçu sa dénomination du peu de volume que présente l'artère, à cause de la jietite quantité tle sang qui la traverse. On l'observe souvent chez les sujets lymphatiques; il tient alors au peu d'ampleur du système artériel. Dans l'état morbide , ce pouls est ordinairement le signe de la douleur, Quando dolores ferociunt , statim pulsus parvijiunl et exiles.
Il présente à l'observateur une foule de variétés: tantôt les parois artérielles semblent se contracter ou perdre leur élasticité; on le dit alors serré , concentré. Ce caractère est assez ordinaire dans le début de quelques phlegmasies sous-diaphragmatiques , dans les affections nerveuses et pendant le stade de froid des fièvres intermittentes. Tantôt le pouls petit pi ésente une diastole peu marquée et qui nécessite de la part des doigts des recherches minutieuses , parce que l'artère semble être en quelque sorte éloignée ; on dit que le pouls est profond. Ce pouls existe dans la période d'irritation de beaucoup de maladies. Tantôt enfin , les pulsations se succèdent avec une diminution toujours croissante ; on lui donne le nom de my urus , pouls en queue de rat ; c'est ordinairement le pouls des agonisans.
• Le pouls dur , raidc , tendu , résistant , plein , consistant , dépend quelquefois d'une disposition anatomique , par exemple, de l'hypertrophie excentrique du cœur, unie à un développement artériel remarquable. Ce pouls survient accidentellement sous l'influence de la contraction augmentée des ventricules pendant la réaction fébrile. Il communique aux doigts la sensation d'une colonne de liquide , dont les molécules très-rapprochées , traversent les artères en les distendant et en leur imprimant les différentes modifications désignées parles divers noms que nous venons de citer Cette forme est ordinairement celle du pouls pendant la première période des phlegmasies intenses et étendues. On l'observe aussi pendant le stade de chaleur des fièvres intermittentes.
• Le pouls mou, vide , dépressihle , sujjlnminahle , est celui qui, avec un volume assez considérable, ne présente aucune résistance. On dirait que l'artère ne contient pas une suffisante quantité de sang, ou , du moins, que les molécules de ce liquide sont très-éloignées les unes des autres. Le pouls des sujets auxquels on a pratiqué d'abondantes saignées , qui sont sous l'influence d'une hémorrhagie interne abondante , ou qui sont afTectés d'anévrysnie avec amincissement des parois du ventricule gauche, présente assez souvent ce caractère.
: L'expression métaphorique sufflaminable nous paraît rendi e assez bien cet état du pouls , il s emble en effet qu'un souflle serait suffisant pour le faire disparaître.
Dans beaucoup de syncopes et dans le choléra asiatique algide, l'artère conlieut tellement peu de sang , que le pouls devient insensible.
Quelques-uns des caractères du pouls que nous venons de mentionner se trouivent quelquefois confondus pour n'en former qu'un : ainsi le pouls qu'on ap- 1 pelle fort , est surtout remarquable par son ampleur, sa dureté et la force avec laquelle la diastole a lieu. Lorsqu'au contraire le pouls est à-la-fois petit et mou, on dit qu'il est faible.
Dans d'autres cas les caractères du pouls sonttirés de l'impression que donne la diastole. Ainsi le pouls dicrole (c/l; deux , z^outa je frappe) bisferiens , redou- \blé , a été ainsi nommé , parce que chaque diastole est formée de deux baltejmeps très-rapprochés l'un de l'autre, rendus distincts cependant par un demii resserrement de l'artère. Une systole bien prononcée a lieu après le second î battement ; la double pulsation se fait sentir ensuite et successivement. Dans ce pouls la diastole semble donc se faire en deux temps. Nous l'avons assez fré- [quemment observé pendant la marche des phlegmasies intenses et lorsqu'elles Ijtendaicnt plutôt à décroître qu'à augmenter, soit qu'elles fussent accompafgnées ou non d'hémorrhagies critiques. Les hémorrhagies que l'on observe dans ce cas se font surtout , disent la plupart des auteurs , par les narines ; et alors , ion observe que la seconde impulsion du pouls dicrote est plus forte et plus rafiplde que la première. Nous avons en général perdu l'habitude de ces sortes f;d'observations délicates , il ne nous appartient donc pas de les juger , mais il est I certain toutefois que nous avons vu souvent le pouls dicrote suivi d'épistaxis. sFleming , dont Fouquet a placé le mémoire à la fin de son livre , Fleming com- Iparaît les effets du pouls dicroteà ceux du bélier des anciens , et il expliquait hde cette manière comment , sous ce double effort, les vaisseaux se déchiraient et comment les hémorrhagies annoncées survenaient.
Une modification de ce pouls a été désignée par Hérophile sous le nom de
pouls caprizan , parce qu'il comparait sa marche inégale et sautillante à celle d'un chevreau. Wihell a donné à cette dernière variété du pouls le nom de rebondissant. Sa description ne nous a pas paru bien claire. Il le regarde aussi comme critique , et comme annonçant surtout les crises qui ont lieu sur les organes thoraciques ou abdominaux.
Solano a désigné par le mot inciduus une variété du pouls dont les battemens augmentent graduellement de force pendant quatre pulsations , puis reviennent à leur premier mode pour augmenter de nouveau , et reprendre successivement la même marche. Niliell caractérise ce pouls en disant qu'il s'élève avec inégalité; Fleming propose de l'appeler ascendant. Nuus n'avons pas eu l'occasion de constater l'existence de ce pouls qui , selon les auteurs , annonce la sueur. On trouve dans l'ouvrage de Fouquet une observation de Chaplal , qui en donne un exemple. Ce pouls n'est peut-être autre chose que celui que nous avons nommé plus haut ondulant. Quant à l'annonce de la sueur , il est certain qu'à l'approche de ce mouvement critique, le pouls devient souple et large, et qu'il conserve ces caraclères pendant tout le temps que la sueur persiste. La diastole est ample et lente ; la systole un peu plus rapide sans être brusque est , pou r ainsi dire , incomplète , on dirait que l'artère conserve une certaine quantité de sang. Cette modification artérielle prendrait donc à juste titre le nom lï ondulant ou de pouls de la sueur. On l'observe pendant le stade de sueurs des fièvres intermittentes, pendant les transpirations abondantes, favorables, qui accompagnent l'arthritis aigu , etc.
La rapidité ou la lenteur avec laquelle se fait la diastole donne au pouls des caraclères que nous ne pouvons passer sous silence. Ou dit que le pouls est vif, vile , brusque , vibrant , rapide , précipité , lorsque pendant la diastole l'artcre frappe le doigt avec une promptitude insolite. On dit au contraire que le pouls est lent lorsque la diastole semble, pour ainsi dire, se prolonger et prendre un temps plus considéraLde pour s'eflèctuer. Dans ces deux cas le nombre des [lulsations ne diffère pas essentiellement de celui de l'état normal ; toute la différence gît dans les rapports de la systole et de la diastole , en sorte qu'il ne faut pas confondre ces variétés du pouls avec celles que l'on appelle pouls fréquent et rare et dont nous parlerons bientôt. Le pouls vif s'observe quelquefois dans l'état normal des sujets nerveux ; c'est un des symptômes ordinaires des affections nerveuses. Il indique une sorte d'état convulsif du cœur, etc.
Le pouls lent s'observe souvent à l'approche des convalescences; il est dans les affections hystériques et hypocondriaques , dit M. Double, le signe d'une crise prochaine.
2°. f^ai iélés du pouls désignées d après les caraclères du rhyllune. Ces variétés du pouls fondées sur la succession ou le rapport des pulsations entre elles , présentent tantôt des batteraens réguliers et tantôt des battemens irrèguliers. Nous rapporterons à la première division les pouls plus ou moins fréquens, et à la seconde les pouls inégaux et intermittens. Ce senties caractères du pouls qu'il est le plus facile de constater.
On dit que le pouls est fréquent, lorsque le nombre des pulsations dépasse celui de l'état normal ; on dit au contraire qu'il est rare , lorsqu'il n'atteint pas ce nombre. La fréquence du pouls est un des caractères que l'on apprécie le plus f.icilement soit par 1 habitude , soit en comptant les pulsations pendant une minute, à l'aide d'une montre à secondes. Nous l'avons dit, c'est un mode d'observation souvent utile , mais qui demande des précautions; il suffît souvent que le médecin se dispose à compter ainsi le pouls pour que l'attention ou la curiosité du malade éveillée, augmentent sensiblement la fréquence. Ce caraclère si mobile du pouls est cependant le seul que puissent apprécier les diirérens instruinens fort inulilemeut imaginés pour étudier les pouls.
Outre que cette fréquence varie selon les âges, elle varie également selon l'idiosyncrasie des individus , et bien que soixanle-et-dix pulsations soient le nombre ordinaire des battemens artériels d'un adulte pendant une minute, il arrive souvent que , dans l'état normal , des sujets bien portans s'écartent de ce type. Il en résulte que l'état pathologique du pouls, sous le rapport de la fréquence , lorsque ce signe est seul, n'est pas toujours facile à déterminer. Nous en dirons cependant quelques mots, car la fréquence du pouls est un des élémens caractéristiques de la fièvre , symptôme si important à étudier pendant le cours des maladies. Haller disait que l'état fébrile avait lieu pour les adultes quand les battemens du pouls s'élevaient au-dessus de quatre-vingtdix ; mais il est évident que l'on ne peut établir de règle à cet égard. Au reste le nombre des pulsations dans ce cas varie beaucoup. 'Wendt, cité par M. Double , rapporte que chez une demoiselle de dix-neuf ans , qui succomba à une maladie aiguè, l'artère à divers intervalles , et pendant plusieurs heures, donna de deux cent vingt-cinq à deux cent quarante-trois pulsations par minute.
La fréquence du pouls accompagne la période d'irritation et le commencement d'un grand nombre de maladies. Nous venons cependant de voir succomber un jeune Allemand atteint d'entérite chronique et de phthisie pulmonaire, qui s'est compliquée de pleurésie suraigiic , et chez lequel le pouls ne présenta jamais de fréquence notable. Sa persistance annonce, bien qu'une solution ap. parente ait lieu , ou que la maladie passe à l'état chronique ou qu'une affection concomitante persiste ou qu'une maladie nouvelle remplace celle qui se terminait. Lorsque l'artère donne par minute plus de cent cinquante pulsations , c'est ordinairement d'un fâcheux pronostic : en revanche la diminution graduée de la fréquence du pouls est d'un augure favorable dans la plupart des cas. Nous reviendrons plus bas sur la fréquence du pouls pendant la marche des maladies.
Le pouls , rare dans l'état de sanlé, est loin d'indiquer de la faiblesse dans la
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constitution morale ou physique. On dit que le pouls île l'empereur Napoléon ne donnait que quarante-cinq battemens par minute. J'ai vu plusieurs hommes remarquables par leur force musculaire , et entre autres un serrurier , qui ne présentaient que ce même nombre de pulsations.
La rareté du pouls est un signe de rémission pendant le cours des maladies aiguës.
Ce signe s'observe dans quelques maladies autres que les afTections comateuses du cerveau. Sprengel rapporte un cas d'hydropisie cérébrale dans lequel on ne comptait que neuf pulsations par minute. Le professeur Bouillaud a consigné dans l'observation xl de son Traité des fièvres dites essentielles un cas de rareté du pouls coïncidant avec une chaleur fébrile des plus ardentes. J'ai vu un malade dont le pouls sans cause bien appréciable ne donnait que vingtcinq battemens par minute. Il mourut d'hémoi rhagie intestinale. (Voy. Journal hebdomadaire, avril 1831, tom. m, page 164.)
On dit que le pouls est inégal , lorsque ses battemens se font sans ordre; des pulsations fortes succètlentà de faibles, de rapides à delentesj les intervalles qui les séparent ne sont pas égaux Ces inégalités du pouls, lorsqu'elles existent, se retrouvent en même temps des deux côtés, à moins qu'elles ne soient occasionées par une disposition anatomique originelle ou accidentelle d'une artère , ou des parties environnantes. Bordeu, dans le chapitre xxxi de ses Recherches sur le pouls ^ rapporte cependant quelques faits dans lesquels les dispositions différentes du pouls des deux bras lui annonçaient d'une part que le sang remontait à la tête, de l'autre, qu'il y avait un embarras du foie. De pareils faits ne se sont pas encore montrés à notre observation. Hoffmann, Marshall, et d'autres auteurs, citent des observations d'hémiplégiques chez lesquels le pouls était beaucoup plus faible du côte paralysé que de l'autre. La circulation ne présente pas le plus souvent cette différence dans ce cas. On voit néanmoins, dans quelques circonstances, une augmentation partielle d'intensité de la circulation; ainsi, dans certaines céphalalgies, les artères carotides ou temporales battent avec plus de force que les autres vaisseaux; le même phénomène se passe dans le tronc cœliaque pendant certaines affections abdominales (voyez Fltjxiok). Ces faits prouvent l'influence de l'ctat morbide sur les phénomènes de la circulation; et ils prouvent ainsi que nous l'avons dit plus haut, que ces phénomènes ne sont pas entièrement soumis à la seule influence des contractions du cœur.
Le pouls inégal existe souvent sans dérangement notable chez les vieillards. On l'observe fréquemment dans les affections aiguës et chroniques du cœur, dans les maladies fébriles et autres, où le système nerveux est plus ou moins engagé. Ce pouls, lorsqu'il survient après l'accouchement, est, selon M. Double, l'annonce d'une fièvre puerpérale, ou d'une maladie grave. Quand on le trouve en même temps petit et faible, on doit craindre une crise fâcheuse; cependant on peut, dans ce cas, voir survenir une hémorrhagie , des vomisseraens ou un cours de ventre bilieux qui, le jjlus souvent , seront favorables. (Leroy, Du pronostic dans les maladies aiguës, § chap. 1 . )
Le pouls intermittent est celui dans lequel la diastole cesse de se faire sentir pendant le temps où une ou plusieurs pulsations auraient dù avoir lieu. L'intermittence peut exister toutes les deux , quatre , dix , vingt pulsations régulièrement, elle peut être fort irrégulière et ne reparaître qu'à des intervalles fort éloignés et fort incertains; nous avons vu ces différentes variétés. Le pouls des vieillards est très-souvent intermittent. Il en est de même , selon Prosper Alpin, Baglivi et Bordeu, du pouls des enfans, surtout lorsqu'ils dorment. Dans les maladies chroniques du cœur et des poumons , le pouls est souvent intermittent, ce n'est pas toujours un signe fâcheux , d'après Baglivi. Dans le cas de concrétions fibrineuses du sang qui s'étendraient seulement à l'une des artères axillaires, le pouls pourrait devenir intermittent et surtout inégal d'un seul côté. L'intermittence du pouls annonce quelquefois des garderobes critiques. Elle est ordinairement fâcheuse lorsqu'elle survient pendant le cours de maladies aiguës, et dans les apoplexies. Quand, dans les fièvres typhoïdes , etc. , dit M. Double , l'intermittence est telle que la diastole, sans manquer absolument , est cependant peu sensible, le danger est beaucoup moindre que lorsque l'intermittence est absolue. Sèinéiologie , tom. ii, p. 178.
Quand l'intermittence du pouls est très-prolongée et se répète souvent , il y a péril imminent pour le malade.
Nous n'insisterons pas sur la description de différentes variétés du pouls que l'on pourrait encore ajouter à celles que nous avons décrites. Ce nombre n'aurait pas de bornes , car , il n'est pas de médecin qui n'ait observé , au lit du malade, des caractères du pouls non décrits. Nous n'insiterons pas non plus sur les combinaisons possibles des diffcrentes formes du pouls que nous avons indiquées : elles sont infinies, et constituent ce que l'on a nommé pouls composés. Il sera d'ailleurs facile de suppléer à notre silence.
Les battemens du cœur doivent être explorés lorsqu'on examine le pouls , afin de connaître exactement l'état de la circulation. Par exemple, le pouls peut être serré, petit , et les battemens de cœur étendus et énergiques, etc. Il est nécessaire de tenir compte des anomalies de cette espèce , pour régler sa conduite thérapeuthique.
Dans quelques cas, les bruits de soufflet se communiquent aux artères. Nous avions constaté celte prolongation de bruit sur l'artère crurale d'un sujet atteint d'anasarque , on ne l'entendit plus lorsque l'anasarque cessa.
Les veines , surtout les jugulaires , sont le siège de battemens. Ils n'ont rien de commun avec le pouls, ils dépendent de l'augmentation du reflux ordinaire du sang de l'oreillette droite dans la veine-cave supérieure , et de l'état des organes respiratoires qui permet au ventricule droit et à l'oreillette droite de se vider plus ou moins facilement du sang qui s'y trouve.
§ V. Pouls dans les différens états physiologiques. Le pouls est loin de présenter des caractères identiques dans l'état physiologique. Chez les enfans, on lui trouve une fréquence excessive , de cent à quatre-vingts pulsations , qui i s'abaissent graduellement à soixante-dix, h mesure que ces sujets arrivent à l'âge adulte; souvent, un peu d'irrégularité s'ajoute chez eux à la fréquence.' Nous avons vu que le pouls des vieillards est ordinairement dur , souvent irrégulier et intermittent ; il donne le plus souvent soixante pulsations par minute. Les artères sont plus ou moins ossifiées, et donnent au toucher la sensation de granulations disposées en chapelet. D'après les observations de MM. Leuret,. Mitivié et Hamont, le pouls des vieillards sei ait plus fréquent que l'on ne le croit généralement. Les individus chargés d'obésité présentent moins de force et de développement dans leur pouls que les sujets d'une constitution opposée. On sait , en effet, que ces derniers supportent bien mieux les évacuations sanguines que les premiers. On doit tenir compte de ces différens faits lorsqu'on examine le pouls d'un malade.
Chez la femme, le pouls est plus fréquent et plus petit, en général, que | chez l'homme , il varie aussi avec plus de rapidité ; il acquiert une fréquence i nouvelle à l'époque des règles , et pendant la grossesse. Si , dans ce dernier cas, j on pratique une saignée, le sang est presque toujours couenneux. j
Nous avons vu le pouls varier dans les diverses constitutions ; l'exercice de ' certaines fonctions lui imprime aussi quelques modifications : ainsi le vomissement le ralentit ; pendant la digestion , il devient un peu plus fréquent , plus ample et plus fort; pendant l'exercice de la parole et de la locomotion , il ac- i quiert de la fréquence, etc. L'influence des passions n'est pas moins remarquable sur le pouls : les passions gaies l'accélèrent; les passions tristes le ralentissent ; le pouls est plus lent et plus rare pendant un sommeil tranquille, que pendant la veille ; plus vif et plus fréquent vers le milieu du jour qu'aux < autres époques de la journée; le pouls est lent pendant l'hiver , grand et fort \ au printemps , fréquent pendant l'été.
Tels sont, en général, les principaux caractères offerts par le pouls dans l'état de santé. 11 faut se les rappeller et en tenir compte lorsqu'en s'approchant du lit d'un malade, on veut apprécier les formes variées que présente le pouls \ dans l'état morbide.
§ VI. Principaux caractères du pouls dans les maladies. JStiologie. Le pouls annonce quelquefois , par les caractères qu'il présente, la nature des maladies, j Ainsi, dans beaucoup de phlegmasies aiguës, il est, en général, fréquent, fort et dur; dans les phlegmasies chroniques, on le trouve le plus souvent fréquent et petit. Dans les hémorrhagies , il est large et ordinairement souple; dans les afl'ections nerveuses, il est serré, fréquent, vif. On a signalé son inéga lité et son intermittence dans les maladies vermineuses, etc.
Siège. D'après les observations de Bordeu et de Fouquet , il serait facile do reconnaître par l'état du pouls , si le siège des maladies se trouve dans les organes placés au-dessus ou au-dessous du diaphragme, en examinant si le pouls est supérieur ou céphalique, pectoral, inférieur ou abdominal. Sans s'arrêter aux nombreux et minutieux caractères qu'ils ont donnés, on s'accorde à dire qu'en général dans les affections céphaliques comateuses, le pouls est rare, qu'il est large et rebondissant dans celles du thorax, et qu'on le trouve petit et serré dans les maladies abdominales. Quelque ingénieuses et quelque justes que soient ces observations, dans plusieurs circonstances elles sont cependant démenties trop de fois pour mériter une confiance absolue. Ainsi , dans la péricardite, la cardite et le plus souvent la pleurésie, le pouls n'est-il pas petit, serré, fréquent, concentré, comme dans la péritonite et l'entérite intense?, dans l'hépatie aiguë, franche, étendue, le pouls, au contraire, n'offre-t-il pas la plénitude et la force qui caractérisent le plus souvent la pneumonie ; il y aurait plus de justesse, et moins d'exceptions, à donner les caractères généraux du pouls dans les phlegmasies, en prenant ceux qu'il présente, selon les différens tissus ou les différens organes envahis. Ainsi, le pouls de l'inflammation du tissu cellulaire diffère de celui que l'on observe pendant l'inflammation des membranes séreuses; le pouls de la pneumonie n'est pas celui de la gastrite, etc. Au reste, Bordeu et Fouquet avaient si bien reconnu les nombreuses exceptions présentées par leur division, qu'ils distinguent le pouls abdominal ou inférieur en pouls hépatique , stomacal , intestinal , etc.
Diagnostic. L'étude du pouls est donc de la plus grande importance, tantôt pour reconnaître le siège du mal ou sa nature, tantôt pour apprécier l'état général du malade. Chaque affection présente enfin un pouls particulier, dont les caractères , exposés aux diverses maladies que l'on trouve décrites dans ce dictionnaire, ne saurait trouver place ici sans être le sujet des répétitions inutiles. Donnons seulement un exemple de l'utilité de celte étude. Ainsi on ne confondra pas la colique saturnine avec une entérite, puisque, à part d'autres signes, le pouls , dans la colique saturnine, donne de quarante-cinç à soixante-cinq pulsations dans la plupart des cas, ce que nous avons constaté sur plus des dix-neuf vingtièmes des malades que nous avons observés, tandis qu'il présente toujours une notable fréquence sur les sujets atteints d'entérite. Pour ne pasquitter l'exemple que nous avons pris, nous ajouterons que les coliques saturnines , caractérisées par la rareté du pouls , cèdent promptement aux lavemens purgatifs, tandis que le petit nombre de celles qui présentent soixante-dix ou quatre-vingts pulsations, réclament quelquefois exclusivement l'usage des adoucis sans et des anti-ph logistiques. On doit avoir surtout une attention spéciale à l'état | du pouls dans les maladies de l'appareil circulatoire. Nous avons publié, dans | le tome xiii da journal hebdomadaire, décembre 1832, une observation eu- j rieuse sous ce rapport. Le malade , atteint d'une ossification de deux valvules sygraoides de l'aorte , qui les rendait immobiles , présentait une faiblesse re-
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