POUMON
rnarquable ilii pouls, que nous signalons pages 4j9 et 461, et qui constitue uu des caractères principaux île cette lésion , que plusieurs médecins nationaux et étrangers qualifient; Insujflsance des vahules. Au reste, dans la plupart des cas, l'examen du pouls ne sera pas moins utile pour reconnaître le sie'gc du mal, que pour apprécier l'état des forces vitales que Ton devra diriger et et dont on pourra disposer pendant le cours de !a maladie.
Marche. Soit que l'on compare , avec Bordcu , les phénomènes des maladies avec ceux des excrétions et des sécrétions qui se font avec quelque difllicullé, soit qu'on les rapproche de ceux que l'on observe dans un accès de fièvre intermittente, on voit que , dans la plupart désaffections, le pouls présente des caractères généraux, qui correspondent à leurs diverses périodes. Dans le commencement i ou la période A' irritation , on. le trouve vif , serré fréquent; il se dilate, devient plein , fort et souple, dans la période d'augment et de coclion ; il varie encore selon la terminaison.
L'exploration du pouls est de la plus grande utilité pour connaître la marche des maladies. Tant que la dureté et la fréquence du pouls persistent, on peut être assuré qu'une inflamuiation conserve toute son intensité ; s'il diminue de force et de fréquence , c'est que la résolution commence à s'opérer. On peut attendre la suppuration, lorsque , en conservant un peu de fréquence, le pouls devient souple, déveloj)pé et un peu tendu; la gangrène, s'il devient petit et dépressible ; l'élat chronique , s'il se concentre et reste fréquent. Dans d'autres cas, ses caractères changent complètement : il est probable qu'alors une métastase s'est opérée ou qu'un nouvel organe est devenu le siège de la Iluxion morbide. C'est ainsi qu'à la clinique de 1831, à l'hôpital Beanjon , donnant , depuis plusieurs jours, des soins à une femme affectée d'enlérite aiguë, nous annonçâmes, en lui trouvant ," contre l'ordinaire, le pouls large, dur et un peu fréquent, qu'une pneunomie aiguë s'était développée. L'expectoration rouillée confirma le diagnostic.
Crises. Le pouls prend enfin des caractères variables , selon la crise qui termine la maladie. Ce sont ces caractères que Galien, Solauo de Lucques, Bordeu et Fouquet ont spécialement étudiés.
Le pouls dicrote , d'après l'opinion de la plupart des auteurs, précède les hémorrhagies critiques : nous avons plusieurs fois vérifié la justesse de cette assertion; cependant, dans quelques cas, nous avons observé le pouls dicrote, et vainement nous avons attendu l'épistaxis ou I hémorrhagie qu'il nous annonçait. Dans d'autres circonstances, nous avons vu ces crises sans qu'elles aient été précédées par l'état dicrote du pouls. Les crises hcmorrliagiques donnent au pouls, selon Bordeu, des caractères particuliers , selon qu'elles se font par le nez, les vaisseaux hémorrhoïdaux, utérins, etc. Nous renvoyons aux Recherches de cet auteur pour l'étude de ces différens caractères, que l'observation ne nous a pas fait suffisamment reconnaître.
Les sueurs critiques sont ordinairement précédées d'une diminution de dureté remarquable dans le pouls, et, pendant toute leur durée , celui-ci reste large, souple et ondulant. Solano appelait inriduus le pouls de la sueur. L'augmentation croissante, selon cet auteur , des battemeus de ce pouls n'est pas facile à saisir.
Les évacuations alvines critiques sont annoncées, disent les auteurs que nous avons cités, par l'intermittence et l'irrégularité du pouls. Nous croyons avoir remarqué qu'elles sont quelquefois précédées d'une augmentation insolite dans ' les pulsations du tronc cœliaque. Il arrive souvent qu'une maladie se termine d'une manière heureuse, sans que le pouls ait présenté les caractères critiques, dont nous avons parlé.
Pronostic. D'après ce que nous avons dit du pouls, on peut présumer 1 quelle est son importance pour établir le prono?tjc des maladies. Sa régulai rité , sa consistance moyenne, font toujours espérer une marche facile et I une terminaison heureuse ; sa grande fréquence , ses nombreuses irrégularités, son excessive petitesse , annoncent toujours une issue funeste. Dans quelques cas de maladies graves, connues sous le nom de fièvres malignes, le pouls ne peut servir à fonder un pronostic ; c'est ce que Galien avait déjà observé : ytlii per totum morhum , t\ '\\.-'\\., prohum pulsum habehant , qui parum deflexisset de nalurd, qui (juidem prceler cœteros pericrunt. (De prœsagit. ex puis. lib. m, cap. III.)
I Indications. L'exploration du pouls est une source précieuse d'indications j thérapeutiques. Sagit-il de faire ou de réitérer une évacuation sanguine, de donner des antiphlogistiques ou des toniques , de maintenir ou de cesser la diète, etc., on se décidera facilement à prendre un parti, après avoir consulté le pouls, que l'on a justement appelé la boussole du médecin. C'est encore en I reconnaissant au pouls l'imminence d'un effort critique, que l'on s'abstiendra I quelquefois d'une saignée ou de toute lulre médication ; le malade s'en trouve ' souvent bien. Bordeu rapporte [Obs. clxi) l'histoire d'une personne atteinte de |; fièvre grave, chez laquelle une parotide survint. Le pouls se développa, devint I supérieur et plus fiévreux... on pratiqua une saignée du pied... la parotide dispa- I rut, le pouls se resserra... le malade mourut. Le pouls ne sera pas moins utile j à examiner pour s'assurer de l'effet d'une saignée, de l'action des aniimoniaux solubles ou insolubles, de la digitale, des vomitifs , de beaucoup de purgatifs, et I de ces nombreux médicamens que l'école italienne nomme conlre-siimulans, qui f tous dépriment d'une manière si remarquable le système circulatoire , lorsqu ils |i sont convenablement employés. C'est en examinant le pouls que l'on juge si un S bain tempéré a diminué l'état d'irritation qui prédominait dans l'économie, si un vésicatoire a réveillé les forces vitales, prêtes à s'éteindre, etc. Ainsi donc, nonseulement le pouls servira à reconnaître les indications qu'il faudra remplir,
DiCT. DE MÉDECIKE ET DE ChIKURGIE PKATK^DES,
mais il apprendra si elles ont été remplies avec succès, en annonçant par ses caractères normaux le retour de l'économie à la santé.
Convalescence. La convalescence s'annonce ordinairement par un retour graduel du pouls à l'état normal. Dans quelques cas cependant le pouls prend uu caractère particulier; nous l'avons vu devenir rare pendant la convalescence franche des fièvres typhoïdes. M. le professeur Chomel remarque avec raison dans sa Clinique médicale que, dans ces maladies, le pouls rare devient funeste s'il n'est accompagné de la diminution des autres symptômes. Dans certains cas, le pouls acquiert une fréquence insolite, bien que tous les symptômes morbides diminuent d'intensité. Cette disposition s'observe surtout chez les enfans et les jeunes adultes ; elle dépend souvent d'une prolongation exagérée de la diète , et diminue à mesure que l'on accorde la quanlité d'alimens nécessaire. Beaucoup de praticiens ont eu l'occasion de vérifier ce fait dans ces derniers temps. Dehaen cité par M. Serrurier dans Variic\e pouls du dictionnaire des sciences médicales, rapporte qu'il a vu deux malades dont le pouls devenait irrégulier, lorsqu'ils entraient en convalescence. Ces exceptions sont rares, et le plus souvent on voit la convalescence annoncée d'une manière certaine par l'état satisfaisant et normal du pouls.
Nous avons essayé , dans cet article, de démontrer l'importance du pouls bien plus que nous n'avons pu faire connaître toutes les ressources que son étude présente. Il s'en faut beaucoup que nous pensions qu'à lui seul il puisse servir de guide au médecin : Teslis uniis , teslis nullus ; mais nous croyons que c'est un des élémens séméiologiques les plus utiles à consulter pendant tout le cours des maladies. La percussion et l'auscultation ont le plus haut intérêt sans doute en séméiologie , mais leur application est bornée à certaines maladies, nombreuses', il est vrai , mais enfin limitées; le pouls , au contraire, doit être examiné dans toutes les maladies ; son exploration est même utile dans la plupart des cas chirurgicaux où il est nécessaire de s'assurer si nne lésion mécanique détermine ou non du retentissement dans le reste de l'économie. Bien que , depuis long-temps , le pouls soit un objet de méditations attentives de beaucoup de médecins, il est cependant vrai de dire c[ue ce sujet présente encore une foule de questions à résoudre, et qui demanderaient, pour leur solution , le concours d'observations nombreuses et fidèles , et l'application éclairée de la méthode numérique, dont on pourrait , dans ce cas peut-être, retirer des résultats utiles et concluans.
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(Martin Solon.)
POUMON {Maladies du). Les nombreuses variétés de formes et de nature des maladies du poumon se déduisent naturellement de l'analyse des élemens anatomiques de cet organe et de la diversité d'usages qu'il remplit dans l'état normal. Une membrane muqueuse qui se déploie dans toutes les divisions bronchiques, et qui peut subir toutes les modifications morbides qui lui sont communes avec les tissus analogues, telles c[ue l'inflammation aiguë ou chronique , l'iiémorrhagie , etc. ( Fojez bronchite , bromckorrhée, hiîmoptisiE , etc ); des fibres musculaires chargées d'opérer le reserrement ou l'ampliation des tuyaux bronchiques , et pouvant acquérir, dans certains cas , oti nne contraction spasmodique plus ou moins forte , ou une dilatation plus ou moins considérable ( V oyez Asthsîe ; toux) ; des vésicules qui terminent les bronches, et qui participent à leur lésion par analogie et continuité de tissu, et sont souvent le siège d'une dilatation spéciale ou même d'une rupture de leurs parois [f^oy. COQUELUCHE, emphysème) ; des nerfs cérébraux et ganglionnaires qui président au mécanisme de l'appareil respiratoire en même temps qu'aux phénomènes chimiques de la respiration , et dont la lésion peut entraîner les plus graves désordres de cette fonction ( F'ojrez asphyxie , dyspnée); des capillaires sanguins répandus en quantité considérable dans la substance du poumon, constituant en partie le parenchyme pulmonaire, et auquels il faut surtout rapporter le siège immédiat de l'état inflammatoire du poumon (/^ojej pneumonie) ; des ganglions et des vaisseaux lymphatiques qui se distribuent en grand nombre dans la substance et surtout à la racine du poumon , et (|ui semblent jouer un rôle important sinon essentiel dans les dégénérations tuberculeuses et cancéreuses de cet organe ( Voyez phthisie, cancer); tels sont à-la-fois les principaux élémens anatomiques et les principales affections pathologiques du poumon.
POURRITURE D'HOPITAL
POURRITURE D'HOPITAL
Le poumon, quoique protégé par une cage osseuse, n'est point exempt des lésions physiques dépendantes soit de l'action des corps vulnérans ( foyez hernies, plaies) , soit de la présence de corps étrangers introduits dans les bronches ou par toute autre voie dans la substance du poumon {Voyez corps étrangers.) (P- JOLLY.)
POURRITURE D'HOPITAL, s. f. Dégénérescence putride des plaies , typlius trauniatique y ulcèr-e putride de quelques écrivains anglais. Dénominations plus ou moins impropres , mais dont la première est consacrée par l'usage, et qui servent à désigner une altération putride et spéciale des plaies , qui se manifeste presque exclusivement dans les hôpitaux.
Les caractères de la pourriture d'hôpital, ou du moins de plusieurs formes de cette affection, sont tellement tranchés que l'on s'étonne de ne pas la trouver spécialement décrite dans les ouvrages de tous les chirurgiens observateurs. Ambroise Paré semble l'indiquer, en parlant des symptômes de gangrène développés en si grand nombre parmi les blessés du siège de Rouen , et qui faisaient des ravages si rapides que l'on accusait les assiégés d'avoir empoisonné leurs armes ; tandis que ceux ci, en proie au même fléau, faisaient porter sur les assiégeans la même accusation. Lamotte , Ravaton et quelques autres chirurgiens militaires l'ont également entrevue et signalée ; mais il faut arriver à Pouteau , à la fin du dernier siècle , pour la voir devenir l'objet d'une étude approfondie et considérée comme une maladie spéciale produite par des causes distinctes, ayant les symptômes propres et réclamant des moyens de traitement particuliers. Dussaussoy , quelques années plus tard , ajouta quelques traits au tableau que Pouteau avait tracé , et depuis lors la pourriture d'hôpital devint l'objet des travaux d'un grand nombre d'hommes recommandables parmi lesquels ils suffit de citer en France Percy , Delpech , Boyer , Dupuytren , 01livier" en Angleterre, Gillespie, Blanc, Trotter, J. Bell, Leslie et Johnson.
La dégénérescence putride des plaies se présente à l'observateur sous plusieurs aspects , qui ne constituent pas des espèces différentes, mais des formes variées de la maladie. Comme les particularités analogues que l'on observe dans toutes les affections des nos organes , ces physionomies morbides , si je puis ainsi m'exprimer, ne dépendent pas de différences existant dans la matière du mal mais sont en rapport avec les variétés d'organisation des sujets, qui font que la même affection ne peut, chez tous , se montrer sous un aspect parfaitement identique , se terminer dans le même espace de temps , et céder avec la même facilité aux mêmes moyens curatifs.
Chez quelques blessés , et il serait à désirer que les observateurs se fussent attachés à bien déterminer les caractères de leur constitution , la pourriture d'hôpital revêt la forme que l'on a nommée ulcéreuse , parce que les parties qui en sont affectées se détruisent presque immédiatement , sans éprouver d'altération préalable de quelque durée. Sur une plaie suppurante , vermeille, de bon aspect et marchant vers la cicatrisation, ou même lorsque la cicatrice est presque achevée on observe dans l'intervalle d'un pansement à l'autre , une excavation limitée, peu profonde, dont la surface est remplie d'une matière ichoreuse, grisâtre ou brunâtre, tenace, assez semblable à celle qui tapisse certains ulcères vénériens , et dont les bords sont élevés, rouges et très-sensibles. Assez ordinairement arrondie , cette excavation n'est autre chose qu'un ulcère avec perte de substance , qui fait éprouver au blessé une chaleur brûlante, quelquefois un prurit ou des élancemens très-vifs. Bientôt le mal fait des progrès , les bourtreons celluleux et vasculaires se détruisent avec une extrême rapidité et les bords de l'érosion primitive se confondent en peu de jours , parfois en vingtquatre heures avec ceux de la plaie elle-même , qui présente, dans toute son étendue , l'aspect indiqué plus haut. La marche de l'ulcération est plus accélérée encore lorsque les points d'érosion sont multipliés, et qu'en se réunissant ils envahissent de prime abord une assez large surface.
Les portions de cicatrice déjà organisées sont les premières parties détruites par la pourriture: elles se gonflent, rougissent , deviennent douloureuses , puis sembleut absorbées , et ne résistent guère plus h la destruction que les bourgeons cellulaires et vasculaires delà plaie elle-même. On a vu, en soixantedouze , en quarante huit heures , et même en mois d'un jour , plusieurs pouces carrés'de cicatrice entièrement désorganisés , et le travail de plusieurs mois complètement anéanti. Arrivée aux portions de la peau restées saines, aux tissus qui supportent le fond de la plaie , la pourriture ulcéreuse fait des progrès moins précipités; elle trouve alors des parties dont la structure , demeurée intacte résiste mieux à son influence. La plaie s'agrandit, toutefois , incessamment' elle offre un teinte brunâtre, violacée ; les bourgeons cellulaires etvasculaires'qui la tapissent sont à peine appréciables ; une couche de matières , analogues h du sang épanché , recouvre la surface; au lieu de pus, elle fournit un liq^uide sanieux, sanguinolent, grisâtre, fétide, souvent doué de qualités irritantes pour les parties voisines. Celles-ci sont ordinairement rouges, tendues, tuméfiées, chaudes au toucher, et la partie malade tout entière est le siège d'une douleur brûlante, difficile à supporter , et accompagnée d élancemens fréquens et rapides.
Autant que des souvenirs déjà éloignés me le retracent, celte forme de la pourriture d'hôpital est fréquente chez les sujets d'un tempérament sanguin , à système musculaire bien développé, à peau brune, et offrant quelques-uns des caractères de ce que l'on a nommé tempérament bilieux, et qui n'est dû qu'à la prédominance de l'appareil gastro-hépatique. Les sujets blonds, pâles , lymphatiques m ont semblé plus spécialemeat di-sposés à offrir la pourriture sous l'aspect suivant :
Une douleur plus ou moins aiguë se fait sentir dans la plaie ; assez souvent, lorsque l'attention est dirigée vers ce but, on y aperçoit , quelques jours avant l'invasion delà maladie, une sensibilité plus vive, une suppuration
moins homogène , moins liée, un aspect anormal des bourgeons charnus. Enfin toute la surface de la solution de continuité parait se recouvrir d'une pellicule blanchâtre ou grisâtre excessivement mince, que l'on pourrait comparer à une sorte de voile étendu sur elle. La suppuration cesse presque entièrement , la pellicule s'épaissit, sa surface adhérente s'enfonce de plus en plus , parce que tous les tissus sur lesquels elle repose se convertissent en la matière qui la constitue. Sa surlace externe ou libre, au contraire , se détruit à mesure, et semble se décomposer en un détritus grisâtre ; ichoreux , immiscible à l'eau , entre, mêlé de parcelles ramollies, et d'une odeur spéciale , extrêmement fétide. Au dessous de celte couche existent les tissus vivans, durcis , enflammés , gorgés dé sang, et quelquefois boursoufles , comme si du gaz les infiltrait. Ce travail"'d'em vahissement vers les parties profondes et de ramollissement à l'extérieur affecte une marche plus ou moins rapide, qui ne respecte aucun élément organique. Le tissu cellulaire, les muscles, les cordons fibreux, les aponévroses, les vaisseaux les nerfs , les os eux-mêmes sont successivement envahis et soumis à la même destruction. Des exhalations sanguines abondantes , et souvent des hémorrhagies produites par l'érosion successive des vaisseaux, se multiplient durant ces progrès, affaiblissent les sujets et hâtent l'entier épuisement de leur forces
Il esta remarquer, toutefois , que le tissu cellulaire cède très-facilement que les muscles et les parties tendineuses résistent un peu plus, mais que les nerfs et les vaisseaux sont souvent dépouillés dans toute leur circonférence , traversent la plaie sous la forme de cordons grisâtres , et se conservent encore intactes alors que toutes les parties environnantes participent au loin à la dégénérescence commune. La peau n'est pas non plus très-aisément détruite • on la vmt souvent recouvrir des trajets profonds et sinueux, creusés par le ramollissement putride; et dans la plupart des cas, tuméfiée ou renversée en dehors elle laisse paraître la solution de continuité plus considérable qu'elle ne l'est effectivement, et deviendra plus tard un moyen précieux de réparation.
Ces deux variétés ulcéreuse et pulpeuse de la pourriture d'hôpital , n'ont pas' toujours des caractères aussi tranchés que ceux qui viennent d'être décirts ellesi se rapprochent souvent, au contraire, et semblent se confondre par un grand' nombre de nuances intermédiaires. L'ulcère est, quelquefois, en partie ou eii^ totalité, recouvert d'une pulpe très-molle, peu adhérente, à peine appréciable , qui se détache et se reproduit alternativement ; chez d'autres sujets cette pulpe est noirâtre et ressemble assez à un caillot sanguin , dont on ne reconnaît la nature qu'après avoir fait de vains efforts pour le détacher ; dans certaines circonstances enfin , résistante, grisâtre et fortement attachée aux parties, elle acquiert assez d'épaisseur pour simuler une véritable escarrhe, dont on attend en vain la séparation eu masse , par le développement au-dessous d'elle de bourgeons cellulaires et vasculaires de bonne nature.
Les symptômes locaux ne présentent pas moins de variétés. Quelquefois de' deux plaies existant sur le même sujet, une seule est affectée de pourriture l'autre continuant à parcourir ses périodes et à se cicatriser à la manière accou- I tuniée. Il n'est pas même très-rare de rencontrer sur des plaies étendues une I portion qui est envahie par la dégéuération morbide, tandis que rautre'n'cn i éprouve aucune atteinte, et suit sa marche normale vers la guérison. Enfin, ji tantôt ou observe des accidens inflammatoires très-intenses, un gonflement il considérable des environs de la plaie, le renversement et la découpure irré<^u- « lière de ses bords , des trajets douloureux et tuméfiés le long des veines et desii vaisseaux lymphatiques, et tantôt, au contraire, les parties restent pâles, semblent 'i infiltrées de sérosité, engorgées de sang et refroidies, plutôt qu'élevées au-dessus . de leur température normale et véritablement enflammées. Dans les cas du pre- 1 mier genre, les blessés éprouvent souvent une douleur vive, mordicante ac- ' compagnée d "élancemens rapides ; dans les autres , tout est indolent , et ils ont H à peine la conscience de la destruction qui s'opère en eux.
Des phénomènes généraux accompagnent toujours la pourriture d'hôpital ! bien caractérisée. Dans la grande majorité des cas, ces symptômes, ou du m moins leurs prodromes précèdent l'invasion de la maladie locale, ainsi que l'at- i testent les observations de Percy, de MM. Villiaume, Thomson, Gama et autres ! praticiens; dans d'autres cas, bien plus rares , ils succèdent à cette invasion , mais ( ne tardent gu'ere, au-delà de vingt-quatre ou quarante-huit heures, à se manifester. M La plupart des sujets menacés de pourriture , éprouvent donc , avant qu'au- i cun changement ait pu être aperçu dans la plaie un malaise général intérieur, ( une sorte de lassitude vague et profonde ; la langue couverte d'un enduit mu- | queux ou jaunâtre à son centre, devient rouge à ses bords et à sa pointe; la i' soif s'éveille , l'appétit diminue et se perd , la bouche est amère ou pâteuse, la ' peau est chaude et sèche, surtout à l'épigastre, qui est souvent élevé et sensi- ! ble à la pression ; les traits du visage s'altèrent, se grippent, expriment la dou- i( leur et la tristesse ; le pouls est fréquent , et plutôt faible que plein ou dur; les 1 forces musculaires sont diminuées ou même presque anéanties. A mesure que 1 la lésion traumatique fait des progrès, ces symptômes s'aggravent : on observe i ■ de l'anxiété , de l'agitation , un soif intense , parfois des vomissemens bilieux ou ! muqueux, le météorisme ou l'affaissement du ventre, la constipation ou la diar- i\ rhée, et tous les signes des gastro-entérites ou des gastro-hépatites les mieux ca- ' ractérisées. Presque toujours , vers la fin de la maladie , lorsqu'elle doit devenir i ' funeste , on observe une céphalalgie persévérante, de la stupeur , du délire, de i , la fuliginosité à la langue , sur les dents et aux lèvres; une prostration extrême ■■ des forces ; de la carphologie et la plupart des symptômes du typhus iiosoco- I < mial. Mais je dois faire encore observer que ces accidens internes ou généraux | ' ne sont pas toujours en exacte proportion avec les phénomènes locaux ou extè- ! rieurs ; ceux-ci , quoique très-intenses , pouvant ne s'accompagner que de dés- i ( ordres intérieurs modérés , et réciproquement. | j
POURRITURE D'HOPITAL
POURRITURE D'HOPITAL
La pourriture crhôpital est manifestement la complication la plus grave , la lus fréquemment funeste que puissent présenter les solutions de continuité. ,e danger qu'elle entraîne dépend toutefois plutôt encore de l'intensité des ^mptômes généraux , c'est-à-dire de la violence des irritations viscérales , que e l'étendue et de la profondeur des destructions opérées dans les plaies elleslêmes. La pourriture est surtout grave lorsqu'elle atteint des sujets affaiblis ar les privations , les fatigues, les affections morales tristes; elle se termine juvent par la mort, lorsque la prostration est considérable , la stupeur pro- )nde , le ventre météorisé et brûlant, la langue couverte d'épaisses fuliginosi- ;s. Les désordres locaux peuvent devenir mortels, indépendamment des irriitions viscérales , lorsque la pourriture existe près du tronc dans les parois des ivités splanchniques , qu'elle atteint et détruit de gros vaisseaux, qu'on ne eut lier au-dessus d'elle, des nerfs très-importans , ou qu'elle s'approche des lyers centraux de la vie. Après la cessation de tous les accidens, lorsque le mal Il borné , et que des bourgeons celluleux de bonne nature se développent , en lême temps que les viscères reviennent à l'exercice normal de leurs fonçons , la mort peut encore avoir lieu par suite de l'épuisement qu'entraînent s suppurations abondantes, inséparables des destructions trop étendues. En- Q, la pourriture d'hôpital et son cortège ordinaire de symptômes intérieurs •aves , peuvent se reproduire plusieurs fois sur le même sujet, et devenir insi funestes. Je l'ai vue se reiiouveler ainsi à trois reprises, à la partie iuféeure de la jambe, et faire périr enfin le malheureux blessé qui en était atteint. Lorsque les malades succombent durant la plus grande violence des accidens ; la maladie, on trouve dans les parties extérieures des désordres considéraes : le tissu cellulaire détruit, la peau dénudée à sa face intérieure , les muses érodés , ramollis, isolés les uns des autres , les tissus fibreux et le périoste duits en putrilage, les os dépouillés, ramollis, cariés , imbibés d'une matière )rriblement fétide , les artères, les veines, les nerfs et parfois les ganglions mphatiques disséqués, grisâtres, flottans en quelque sorte au milieu delà aie , aux caractères de laquelle ils participent. A l'intérieur, l'estomac , l'inilin , le foie , l'encéphale présentent des traces de congestion et le phlogose , toutes les altérations signalées à la suite des affections viscérales graves. Ces sions pathologiques sont remplacées par une émaciafion générale profonde , r un état d'atrophie de tous les organes lorsque la mort a lieu consécutiveent , par suite de suppurations trop abondantes et trop prolongées. Aux caractères indiquées plus haut , il est toujours facile de distinguer la lurrilure d'hôpital des affections susceptibles de présenter avec elles de superielles analogies. La gangrène en diffère par les causes qui la provoquent , la lidité des escarrhes qu'elle détermine, leur aspect, le cercle inflammatoire li les limite, leur séparation par des bourgeons celluleux et vasculaires de nne nature. Les ulcères vénériens ou scorbutiques , bien que recouverts d'une uche grise ou brune , et sanguinolente , ne naissent pas dans les mômes cirastances que la pourriture d"hôpital , ne s'accompagnent pas des mêmes douars , n'exhalent pas la même fétidité sui generis. Le cancer offre également s dcveloppemens fongueux et un ramollissement cérébriforme , étrangers à la lurriture. Enfin , les désordres que présentent les plaies , sous l'influence des arts de régime et d'irritations accidentelles de l'estomac peuvent bien dégénér en pourriture d'hôpital ; mais tant qu'ils ne consistent qu'en des chairs pâ- I, boursouflées, baveuses ou irritées, il est trop facile de les rappeler à l'état rmal pour les confondre avec cette lésion.
Les causes d'une maladie aussi grave, aussi meurtrière ont dû occuper tous i praticiens attentifs, et spécialement les chirurgiens militaires, plus fréquem- BBt que d'autres, témoins du ravage qu'elle exerce parmi les blessés. Au nome des circonstances propres à la faire naître , on a spécialement noté les suintes :
1°. L'encombrement d'un grand nombre de blessés dans des établissemens sserrés, mal aérés, situés dans des lieux humides, bas, privés de l'influence laire, dans des salles souterraines, peu élevées, mal percées, difficiles à ventiler. 2». liCS saisons humides , chaudes ou froides. On a exagéré l'influence de la aleur comme occasionant spécialement la pourriture d'hôpital ; ce fléau se veloppe sans que le thermomètre s'élève beaucoup, ainsi que nous avons pu constatera Dresde, en 1813. Les épidémies de pourriture sont plus fréquentes ia fin de l'automne et au commencement du printemps que durant les autres isons de l'année. Enfin, le froid, accompagné d'humidité, qui porte à renferer les malades, favorise encore son invasion, et aggrave les effets de l'encomement des blessés.
3». Les orages frcquens, l'état électrique habituel de l'atmosphère, les brusles et rapides variations dans les qualités et la température de celle-ci. Les phases de la lune doivent , quoi qu'on en ait dit , et bien que Percy luiême ait partagé cette opinion, être ra)'ées de cette énumération des causes de maladie qui nous occupe.
4». Les fatigues excessives, les privations prolongées, l'usage antérieur de mauis alimens , de boissons , et spécialement d'eaux de mauvaise nature. 5». Les affections morales tristes, la nostalgie, les impressions pénibles et ofondes , déterminées par les revers des armées , par les retraites, par l'état ; captivité.
6°. L'usage , pour exécuter les pansemens, de matériaux avariés, infects, tels le du linge imparfaitement blanchi, de la charpie qui a fermenté et dans lalelle existent des miasmes putrides, etc.
7". Les blessures par les armes à feu en sont plus fréquemment affectées que autres, celles qui atteignent les membres plus que celles qui existent au ne, celles qui suppurent beaucoup et qui exigent des pansemens rapprochés
plutôt que celles dont les appareils peuvent rester un ou plusieurs jours en place sans être dérangés.
On a dit qu'il existe dans la pourriture d'hôpital quelque chose de spécial, de caché , qui nous échappe , et que cette affection n'est ni une gangrène ni une inflammation, mais quelque chose d'encore inconnu dans sa nature. Les bons esprits ne sauraient partager cette opinion. En rapprochant les causes de la pourriture d'hôpital des symptômes qui la caractérisent, il est manifeste qu'elle consiste en une inflammation provoquée par le contact de miasmes putrides , accompagnée , dans la plupart des cas , de l'absorption des ces miasmes, et de l'irritation des principaux viscères, ainsi que de l'appareil nerveux. Les circonstances productrices de cette maladie sont celles de la fièvre des prisons, du typhus , etc. ; elle paraît dans les mêmes circonstances que ces affections, se complique des mêmes symptômes ; et si toutes les fièvres sont, quant aux lésion.^ miasmatiques des organes, des inflammations, la pourriture d'hôpital en est manifestement une au même litre. Il n'y a là rien d'étrange, rien d'insolite, riea qu'il ne soit facile d'expliquer lorsqu'on connaît les effets produits par l'injection des matières putrides dans le tissu cellulaire, dans les veines , dans les cavités séreuses ; lorsque l'on rapproche ces faits du développement du typhus des prisons , des vaisseaux, des hôpitaux eux-mêmes.
Plusieurs médecins ont prétendu, dans ces derniers temps, que la pourriture d'hôpital est une affection toute locale, indépendante de l'altération des organes intérieurs. Il y a ici erreur encore. Il suffit d'avoir vu des blessés , même superficiellement, pour savoir avec quelle prodigieuse rapidité les surfaces suppurantes s'altèrent au moindre désordre des viscères, et traduisent , pour ainsi parler, au dehors les plus légers dérangemens des organes intérieurs. Qu'un blessé, placé dans les circonstances qui feraient naître le typhus , c'est-à-dire au sein de lieux encombrés et infectés d'émanations délélèi'es, ressente, par l'intéiieur d'abord, l'influence de ces miasmes, il présentera pour premiers symptômes des phénomènes dus à l'irritation des voies digestives, à la congestion et à l'affaiblissement d'action de l'appareil nerveux ; mais en même temps ou peu après, soit qu'elle ait absorbé les mêmes miasmes, soit qu'elle soit modifiée comme toutes les autres parties de l'organisme, la plaie présentera une altération spéciale et l'on donnera à la maladie le nom de pourriture, tandis qu'on l'eût appelée fièvre ou typhus si le sujet n'eût pas présenté de plaie. Que cette plaie, au contraire , soit l'organe absorbant, parce que, soumise au contact d'objets altérés, ou découverte trop souvent dans une atmosphère viciée, les miasmes exercent sur elle leur première impression , son altération précédera celles des viscères , comme on voit le tissu cellulaire infiltré artificiellement de matière putride , s'enflammer et se mortifier avant que les symptômes généraux produits par l'absorption , aient pu se produire ou atteindre un degré dangereux de développement. Mais ces cas sont les plus rares , parce que les surfaces internes mit plus d'étendue, sont plus irritables et le siège d'une absorption plus active que les parties extérieures; de telle sorte que les symptômes de l'affection des viscères doivent précéder et précèdent en effet les accidens morbides extérieurs ou locaux. Ainsi le veut la théorie , et l'observation pratique a mille fois confirmé ses inductions.
La transmissibilité de la pourriture d'hôpital n'a pas été un des points les moins controversés de son histoire. Percy , M. Richerand et quelques autres avaient fait prévaloir l'opinion qu'elle n'est pas contagieuse , lorsque Delpech et M. Ollivier prétendirent démontrer qu'elle jouit de cette funeste propriété. Les questions de contagion sont si ardues et si compliquées, que Ton ne doit aborder celle-ci qu'avec crainte. Malgré ce qu'on en a déjà dit , je ne crois pas la pourriture d'hôpital plus contagieuse que le typhus, que la fièvre jaune , que toutes les maladies produites par l'infection des lieux ou des choses. Que dans un hôpital bien tenu , bien situé , pourvu de toutes choses de bonne qualité, une plaie soit atteinte de pourriture, cette affection restera sporadique , isolée , et ne secommuniquera pas à d'autres blessés. Que dans un hôpital placé dans des conditions ai'ssi avantageuses, quelques blessés atteints de pourriture soient évacués, l'affection ne se propagera pas, les sujets atteints périront ou seront guéris sans que l'établissement soit ravagé. Mais que dans un établissement temporaire, encombré par des blessés nombreux, la pourriture éclate, elle sévira d'abord sur quelques-uns, puis sur beaucoup, puis sur un si grand nombre que l'on citera, comme des exceptions, les hommes épargnés par elle. Ce n'est pas alors une propagation par contagion, mais par infection. Si, dans ces circonstances , le chirurgien prend du pus provenant d'une plaie en proie à la pourriture, et l'applique sur la solution de continuité d'un homme sain ; si cet homme n'appartient pas aux localités infectées, si sa santé est robuste, l'inoculation restera presque toujours sans effet, ainsi que l'ont constaté Percy et M. Willaume ; mais si, par opposition, notre inoculé réside au foyer de l'infection, si ses viscères sont déjà ébranlés, l'application pourra produire la maladie qu'il aurait peut-être contractée plus tard par l'absorption spontanée des mêmes principes, répandus dans l'atmosphère qu'il respire. N'avons-nous pas vu des chirurgiens , piqués à l'amphithéâtre, en ouvrant le cadavre d'un sujet mort du typhus , contracter cette affection ? Pourquoi donc un autre chirurgien , se piquant avec une lancette chargée de la matière de la pourriture d'hôpital, ne verrait-il pas la petite plaie s'altérer et subir la dégénération indiquée? Mais ces cas sont les plus rares ; ils n'ont lieu que dans les foyers d'infection , chez des sujets déjà modifiés par les miasmes et ne doivent pas être érigés en règle générale.
En résumé , la pourriture d'hôpital est contagieuse comme le typhus , la fièvre jaune , la fièvre des prisons , la dyssenterie ; et ne l'est pas comme la gale, la variole, la syphilis , qui se propagent dans tous les lieux, dans toutes les
POURRITURE D'HOPITAL
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s aisons et sur tous les sujets, quels que soient le sexe, l'âge, le tempérament ou l'état de santé ; et si elle était contagieuse de celte dernière façon , une fois née, aliène cesserait presquejamais d'exister, surtout dans les hôpitaux dont la population des blessés se renouvelle constamment, sans éprouver d'interruption. Il est d'ailleurs de l'essence des affections contagieuses proprement dites de ne se développer spontanément que dans des circonstances excessivement rares , et de pouvoir être étendues ou resserrées selon les communications directes laissées libres entre les individus qui en sont atteints. Or, ces caractères manquent entièrement à la pourriture d'hôpitf.l.
Comme toutes les épidémies miasmatiques, une fois que celle-ci apparaît dans une réunion considérable de sujets disposés à la contracter , il est très-difficile de borner ses ravages, et, au fort de son cours, de préserver les hommes qu'elle frappe du sort funeste dont elle les menace. Les moyens propres à la prévenir doivent donc plus spécialement encore que ceux qu'on peut lui opposer , fixer l'attention du chirurgien , et devenir l'objet de ses médications.
Ces moyens préservatifs peuvent être rapportés aux suivans : 1". Un bon choix de bâtimens où doivent être établis, à l'armée surtout, des lîôpitaux temporaires. Il importe que les lieux soient vastes proportionnellement au nombre d'hommes que l'on se propose d'y réunir, et ce nombre étant établi , il importe de ne le dépasser sous aucun prétexte. Avant d'y placer les blessés il faudra exécuter, si cela est nécessaire, les travaux susceptibles de favoriser le renouvellement et la circulation de l'air , en perçant des fenêtres , des portes , et ce qui est important et presque toujours facile , en faisant , en planche, des cheminées d'appel qui montent du plafond delà salle jusqu'au toit où elles s'ouvrent. Les cheminées d'appel , trop négligées , ne coûtent presque rien , peuvent être établies en quelques heures , et exercent sur la salubrité des salles la plus puissante influence.
20. Entretenir autour des blessés la plus minutieuse propreté ; veiller à l'enlèvement immédiat de tous les objets qui, ont servi aux pansemens , au renouvellement des alèzes et des fournitures baignées de suppuration. Si à défaut de lits les hommes couchent sur la paille, faire changer celle-ci toutes les fois qu'elle est souillée ou imprégnée de miasmes.
3". Combattre l'humidité , et favoriser autant que possible la circulation de l'air , au moyen de feux allumés le matin et le soir dans les salles, surtout si la température est fraîche.
4o. Donner aux blessés une nourriture proportionnée à la gravité de leur état , mais composée principalement de bon bouillon , de bonne viande et de bon vin, afin qu'ils puissent entretenir ou réparer leurs forces, et résister aux influences pernicieuses qui les entourent.
5". User largement des chlorures alcalins, tant pour le lavage des ustensiles destinés à recevoir les déjections ou les débris des pansemens , que pour l'ai-rosage des salles, la désinfection des latrines, celle du linge soumis au blanchissage , etc.
6°. Ne pratiquer que des pansemens très-rares ; réunir toutes les plaies à l'aide d'emplâtres agglutinatifs étendus, solides, recouvrant toutes les surfiices , faisant plusieurs fois le tour des membres du corps , et par les intervalles desquels s'échappe la suppuration. iVlêler toujours du chlorure au liquide destiné à laver les parties souillées et en humecter légèrement les pièces superficielles de l'appareil , en même temps qu'on en asperge le lit du blessé.
7». Rendre les pansemens aussi simples et aussi prompts qne possible, afin que les solutions de continuité ne restent chaque fois que très-peu de temps exposées au contact del air.
8". Enfin, veiUer avec une scrupuleuse attention à la propreté des instrumens dont se servent les chirurgiens chargés des panSemens , en les lavant avec du chlorure et les essuyant avec soin.
Cette indication de préserver les plaies du contact de l'air atmosphérique et de rendre leurs pansemens rares, afin de prévenir la pourriture d"hôpital, paraît si importante à Delpech qu'il tombe, pour la remplir, dans toutes les exagérations que l'art lui reproche, relativement à la réunion immédiate, au moyen de la suture , de la plupart de solutions de continuité produites par les opérations chirurgicales. Le principe était louable , mais son application rigoureuse entraînait des inconvéniens non moins graves que ceux que l'on se proposerait d'éviter.
Tel est l'ensemble des moyens , d'ailleurs assez simples , qui peuvent le plus sûrement préserver une réunion donnée de blessés des atteintes de la pourriture d'hôpital. Leur puissance et leur elTicacité dépassent de beaucoup ce qu'on croirait pouvoir en attendre au premier abord. J'ai vu et je citerais au besoin des hôpitaux placés dans la même ville, recevant des blessés des mêmes combats et des mêmes corps, être ravagés ou épargnés par ce fléau selon qu'ils étaient dans des conditions plus ou moins favorables de situation, d'encombrement et d'administration. Qui ne connaît les immenses avantages obtenus dans les hôpitaux de Paris, surtout à la Charité et à î'Hôtel-Dieu , depuis les travaux hygiéniques qui y ont été exécutés? Autrefois la pourriture d'hôpital n'en disparaissait presque jamais; maitenant il est rare qu'elle s'y montre, et toujours elle y est sporadique ou peu étendue.
Par cela même que les accidens de la pourriture d'hôpital sont locaux et généraux , le traitement qu'il convient d'opposer à cette affection doit également se composer de médications intérieures et de procédés opératoires ou d'applications topiques externes. Il convient de débuter par les unes ou par les autres, dans la pratique , selon celle des deux séries de symptômes qui se montre la
première : celte règle est la seule indiquée par la nature , et comme la scèn( s'ouvre dans le plus grand nombre de cas par des désordres viscéraux, c'est aussj le traitement interne que nous allons exposer le premier. \ Lorsqu'un blessé éprouve du malaise , une chaleur insolite à la peau, que se langue se couvre d'un enduit muqueux, en même temps que les bords de cei organe rougissent, que l'épigastre devient brûlant , la bouche amère ou pâ-| teuse, et même que des envies de vomir se manifestent, on se hâtait autrefois de recourir au.\ vomitifs , afin d'entraîner de prétendus saburres, el l'on continuait le traitement par les amers et les toniques , dans l'intention de remédier h h faiblesse. Cette pratique ne manquait presque jamais d'aggraver tous les symptômes, de faire arriver proinptement la maladie à son plus haut degré d'intensité Quelques cas rares et exceptionnels où elle avortait, pour ainsi dire malgré le: moyens employés , quelques guérisons obtenues après des accidens nombreu? et formidables , ne pouvaient racheter une foule d'évènemens funestes, et 1( uécrologe total ne démontrerait pas eu définitive les gi ands avantages que l'or attribuait à ces pratiques.
Les syptônies que nous avons indiqués étant manifestement ceux des gastro entérites, ou des gastro-hépatites, avec empoisonnement miasmatique, c'est au trai lement rationnel de ces aliéctions qu'il convient de recourir. Le blessé sera donc soumis d'abord à une abstinence complète des alimens ; des boissons délayante: acidulées lui seront prescrites ; des fomentations émollientes seront entretenuei sur le ventre. Si la vigueur du sujet le permet, si l'intensité de la fièvre , 1 sensibilité et la tension du ventre le commandent , une ou plusieurs saignée capillaires seront pratiquées sur l'épigastre, soit avec les sangsues , soit à l aidi de ventouses convenablement scarifiées, qui sont préférables en certains cas Des lavemens émoUiens, frais, légèrement acidulés, devront être en mêmt temps administrés , afin d'entretenir la liberté du ventre , et de calmer l'excita tion intestinale. Les vomitifs , proscrits comme médication générale , trou ven j cependant une application utile chez les sujets pâles, lymphatiques, peu irri tables, dont la chaleur est presque nulle , la langue large et sans rougeur, li bouche muqueuse ou très-auière ; c[uelques grains d ipécacuanha unis à l'émé|i tique produisent alors et une secousse et des évacuations salutaires, après les c[uelies il convient de revenir aux moyens indiqués plus haut.
Il est rare que, par cette conduite, les accidens ne diminuent pas , quel; surexcitation viscérale ne soit pas calmée , et que le retour de l'appétit , la dis pariliou du malaise n'indiquent pas un retour vers l'état de la sauté. Si le coDi traire arrive, si la plaie revêt un aspect douteux, si la pourriture s'y déclare il convient d'une part , d'insister sur le traitement antérieurement indiqué; d l'autre , de recourir aux moyens extérieurs les plus propres à combattre le ma nouveau qui se déclare. Durant les périodes avancées de la gastro-entérite, qu poursuit son cours et se complique graduellement de congestion cérébrale et d' stupeur, il convient d'insister sur les boissons acidulés; l'acide hydrochloriqui destiné aux limonades , paraît offrir de l'avantage ; des ventouses seront appo sées à la nuque , autour de la base du crâne , à la partie postérieure du coui des applications réfrigérantes acidulés recouvriront le front, des cataplasme cliauds et synapisés entoureront les pieds et la partie inférieure des jambes Chez quelques sujets peu irritables l'acétate d'ammoniaque pourra être sup porté el produire de bon effets ; il en sera de même des potions avec additioi de sulfate de quinine, à faibles doses, de la limonade vineuse, etc. ; mais ce médicamens doivent être employés avec circonspection, l'œil du praticiei suivant leur effet, et l'avertissant de l'opportunité de leur continuation ou de l nécessité d'y renoncer. Le grand art en médecine est de bien distinguer les coB stitutions et les degrés très-variables de la susceptibilité des individus, afin di coordonner les traitemens avec ces diverses modifications organiques, et de rei courir à propos à des médications exceptionnelles chez les sujets dont la struc ture et les symptômes font exception avec ce qu'on observe ordinairement Les règles générales doivent être respectées ; mais les applications de ces rè sont soumises dans leurs détails aux variétés innombrables des constitutions e des états morbide's. Ce sont moins , en un mot , des maladies que des malade qu'il faut traiter.
Lorsque la pourriture d'hôpital débute localement avec une chaleur intense brûlante , un gonflement douloureux et considérable autour de la plaie et à s surface, il convient de recourir aux saignées locales suivies des application émollientes chlorurées , à la température de l'atmosphère.
Une foule d'observations recueillies par MM. Guillaume , Alginé , Paradis ei 1 d'autres chirurgiens militaires d'un grand mérite, durant la dernière gucrri 1 d'Espagne , en Catalogne, attestent les heureux résultats produits par les sai. 1 gnées locales et spécialement par les applications de sangsues aux environs dei ^ plaies frappées de la pourriture d'hôpital. L'autorité de ces faits est telle, que dans les circonstances indiquées, il serait presque impardonnable den'ypaj avoir recours , au moins au début du traitement, et^peudant la grande yiolenci des accidens inflammatoires. I
Trompés par la rapidité de la mortification , ou de l'érosion, par la féliditj i du pus, par l'aspect grisâtre, noirâtre ou pultacé des chairs, les chirurgiens or | '■ trop généralement méconnu l'état inflammatoire local et trop prodigué les api I plications les plus stimulantes sur les plaies. Les acides végétaux concentrés | les acides minéraux faiblement étendus , le nitrate acide de mercure à pein i privé de sa causticité, demeurent presque toujours , il faut le dire, sans ellica cité, accroissent la douleur des malades, et semblent trop souvent hâter les prc grès de la dégénérescence. Les faits rapportés par Delpech , aussi observés, pa MM. Dupuytren et OUivier , et cette sorte de découragement des praticiens Itj \ plus expérimentés , qui les a fait renoncer enfin à tous les topiques , pour s ait. i '
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