‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource] (volume 2)Chapitre 224 sur 311 · PROSTATE · texte numérisé non relu

PROSTATE

PROSTATITE.

QuanI aux lolions sliuuilautes et caustiques, il est souvent anlvé que , mises en usage sans précaution , elles ont produit et ties inflammations et niêrac des ulcérations fort difficiles à guérir, qui ont été prises plus d'une fois pour des ulcères vénériens, et traitées comme telles. Quand elles sont employées d'une manière convenable , c'est-à-dire , lorsf|ue , peu de temps après l'acte , les par-

I tics sont tai^ées bien c.ractemenl, lorsque les replis du pre'pucc sont soigneusement dév>elopj}és, qu'on introduit <lans Turèthre un peu de liquide pour le rincer, s'il est permis de s'exprimer ainsi , opération que l'excrétion de l'urine supplée

I, assez bien , les chances de l'inoculation sont singulièrement restreintes.

j L'expérience a démoniré que de simples lolions aqueuses faites avec les pi-ccautions convenables sont infiniment utiles , tandis que les plus actives échouent lorsqu'elles se font superficiellement. On sait, en clïet , que c'est le propre des virus d'agir à des doses microscopiques , et il n'est pas extraordinaire qu'une particule virulente cachée dans un repli membraneux échappe à tous les moyens de destruction. C'est donc moins à la nature des lotions qu'à la ma-

I nièrc de les faire, qu'il faudra avoir égard; surtout , il ne faut pas croire que

I celles dans lesquelles entrent les préparations niercuriclles , présentent plus de

I garantie que les autres. Le mercure altère et décompose le virus syphilitique

II (produits sécréloires des parties ulcérées ou enflammées) , mais c'est comme le ! feraient les autres substances plus ou moins caustiques , et même le simple ■ contact de l'air. Quoi qti'il en soil , on peut rendre l'eau destinée aux lotions ; plus actives au moyen du savon , de l'alcool, ou du vin. Les chlorures désin-

fectans sont également utiles; seulement , il faut se souvenir que le meilleur moyen est celui qu'on a le plus sous la main , et qui ne permet pas au virus de jeter des racines dans les tissus à la surface desquels il a été déposé. Plus on attend , plus on court le risque d'être infecté.

C'est ici le lieu de parler d'un préservatif qui a été présenté il y a quelques I années à l'examen du cercle médical, et qui se vend à Paris, sous le manteau. Ce préservatif est une espèce de poudre qu'on a depuis convertie en un savon,

Iet dont on se sert tant avant qu'apiès l'acte vénérien, pour enduire les parties sexuelles. On a lieu de supposer que c'est seulement de la chaux vive mêlée id'un peu d'oxide de fer. La société refusa son approbation d'après des considé- ! rations plus morales que scientifiques; en efî'et, les épreuves ont été extrêraef'inent curieuses et concluantes. L'un de nous les a suivies comme commissaire. I Le médecin qui proposait ce remède, se soumit lui-même à l'expérience; et, lipour prouver qu'il était bien accessible à l'infection syphilitique, il se laissa jd'abord inoculer du pus de chancre qui produisit un chancre dont les caractères ne furent point équivoques. Après la guérison de cette première maladie, il fut inoculé de nouveau, employa son préservatif et se préseiita, dans le délai convenu, sain et sauf à la commission. Enfin, dans une troisième séance, l'inoculation ayant été faite des deux côtés du gland, le remètle ne fut appliqué que 'l'un côté, qui fut garanti, tandis que de l'autre le virus produisit son effet acîoutumé. Ces épreuves, dont nous parlerons ailleurs avec plus de détails et dans les vues particulières, furent réitérées et variées de plusieurs manières : les résultats furent constamment les mêmes, et auraient dû assurément être plus reinarqués qu'ils ne le furent alors. L'inventeur du préservatif l'employait à l'état pulvérulent, il en frottait même assez rudement les parties sur lesquelles avait îté pratiquée l'inoculation et en laissait même à leur surface. Il prétendait que ja poudre avait la propriété de détruire le virus vénérien, ce qui était vrai ; hais il prétendait que c'était à raison d'une vertu particulière, et c'est en cela (u'il avait tort, car l'expérience a montré que toutes les substances ayant une etion chimique tant soit peu active , anéantissent les qualités contagieuses du (irus. Il est plus judicieux de croire qu'il y avait là cautérisation superficielle

!es petites plaies faites par la lancette, c'est-à-dire, tout à-la-fois altération limique du virus, et modification vitale des tissus. En lésuraé, le Iraifemenl prophylactique de la syphilis , semblable à celui de rage, du charbon, etc., consiste dans le soin d'entraîner le plus tôt possible les froduits de séciétion morbide déposés à la surface des parties saines, ce qu'on plient au moyen de lolions faites avec de l'eau pure, ou mieux, savonneuse, Idorurée, salée, etc., suivant les circonstances, ayant la précaution de déveloper tous les replis et de laver à plusieurs reprises. Ces lotions peuvent être enpre employées utilement plusieurs heures après le coït; et même dans les cas là déjà se présentent les premiers phénomènes morbides (pustule initiale du pancre) la cautérisation peut en arrêter le développement ultérieur et en pré- ^^rlir les conséquences. (Koj-es Syphilis.) (Cci.LERiEn et Ratieu.)

I PROSTATE, s. f. Prostaïa. Corps dense, jaunâtre, élastique, peu extensible, te nature glanduleuse, qui entoure, chez l'homme, le col de la vessie et l'origine je l'urèthre. Nous avons suffisamment indiqué, à l'article cysToroMiE, les formes I les dimensions de la prostate, pour qu'il soit inutile d'y revenir ici. La tex- Bre de cet organe est serrée , analogue à celle des tissus fibreux morbides ; et I s cryptes sécréteurs, dont elle est creust i, et qui s'ouvrent dans l'urèthre, aux pvirons du veru montanum, par plusieurs conduits distincts, sont difficiles à btinguer. Lorsqu'on veut dilater la prostate à l'aide d'une pince ou de tout ptre instrument analogue introduit dans le col de la vessie, on déchire le tissu flutôt que de l'étendre.

(Selon Everard Home, la prostate comprend, indépendamment tic deux masses ilerales, minces en arrière et s'épaississant en avant, un corps postérieur niéan, qu'il nomme lobe moyen. La connaissance de ce lobe étant considérée l'tntne d'une grande importance par la plupart des chirurgiens anglais, et ce [I en dit M. Home n'aj'ant pas toujours été exactement rapporté parmi nous , crois devoir résumer ici la description qu'il en a donnée. Si l'on détache les vé:sicules séminales et les canaux déférens de la vessie, en

les renversant sur la prostate , on découvre aussitôt les deux portions latérales et postérieures de cet organe. En examinant avec soin l'espace qui les sépare , on aperçoit un petit corps arrondi, si bien détaché du reste, qu'il parait être une glande distincte. Ce corps, placé entre les canaux déférens et la vessie, est comme enclavé entre les deux portions latérales de la prostate, qui le recouvrent en partie, et lui sont tellement unies que le scalpel peut seul les séparer. Cette séparation n'est même possible que dans une certaine étendue, après quoi, la même substance se continue de l'un à l'autre. Près de la vessie, le lobe moyen est donc uni , par sa base, au reste de la glande ; deux rainures existent du côté opposé; ses conduits propres viennent s'ouvrir directement derrièie le veru montanum; et, entre lui et les parties latérales de la prostate, existe l'ouverltire circulaire qui laisse |)asser les canaux déférens.

La prostate est intéressée dans toutes les opérations de la faille que l'on pratique par le col de la vessie chez l'homme, et l'on n'a pas remarqué que ces plaies fussent plus difficiles à cicatriser que celles des parties environnantes. Il n'en est pas de même de sa déchirure , qui donne lieu à des inflammations plus vives, plus susceptibles de se propager au loin, et sont plus fréquemment suivies d'incontinence d'urine, par la perte du ressort de l'organe.

Des corps étrangers, des calculs urinaires , introduits ou développés dans la prostate ont pour résultat d'en augmenter le volume, et d'y occasionner des inflammations aiguës ou chroniques plus ou moins graves, dont nous allons nous occuper. (L. J. BÉciN.)

PROSTATITE. s. f. Inflammation de la prostate. Comme celles de toutes les autres parties de l'organisme, les phlegmasies de la prostate peuvent être aiguës ou chroniques ; et les unes aussi bien que les autres sont susceptibles d'entraîner des altérations de texture et des désordres pathologiques non moins variés que graves.

I. Les excès vénériens ou ceux de la masturbation, l'abus des liqueurs alcooliques , les inflammations intenses de l'urèthre, surtout lorsqu'elles atteignent la partie postérieure de ce canal, les violentes contusions du périnée ou les chutes faites sur cette région , telles sont les causes les plus ordinaires de la prostatite aiguë.

Cette affection s'annonce par un sentiment de chaleur et une douleur profonde au périnée, près de l'anus ; le malade dont le col vésical est toujours alors irrité, éprouve un besoin incessamment renouvelé d'expulser les petites quantités d'urine que peut garder la vessie ; le passage de ce liquide est ordinairement comparé à celui d'une matière brûlante, et la douleur devient principalement très-vive lors des contractions qui ont pour but d'en chasser les dernières gouttes. Le rectum semble occupé par un corps volumineux, pesant, qui provoque le besoin de la défécation , gêne l'exercice de cette fonction, et sollicite les malades à continuer leurs efforts alors même que l'évacuation des fèces est complète. Porté dans l'anus , le doigt perçoit en avant la sensation d'une chaleur plus ou moins vive ; la pression qu'il exerce dans cette direction est douloureuse ; parfois même la prostate présente au toucher la forme d'un corps lisse, arrondi , chaud, faisant dans l'intestin une saillie plus ou moins prononcée, et d'une sensibilité variable. .Si l'on porte une sonde jusqu'à la vessie, elle pénètre avec facilité dans les deux portions antérieures de l'urèthre ; mais son passage à travers la région prostatique de ce canal est accompagne d'une douleur très aiguè , quelquefois presque intolérable et accompagnée île contractions spasmodiques intenses. La prostatite ne détermine qu'assez rarement une fièvre vive, ce qui dépend sahs doute du peu d'activité des sympathies qui unissent la prostate aux principaux foyers de l'organisme.

La phlogose de la prostate ne tarde pas à se propager au col de la vessie, et successivement à la membrane interne de ce viscère : île là l'urine fréquemment expulsée, chargée de mucosités abondantes, quelquefois mêlée à du sang, ou plus ou moins rouge et briquetée. Alors les accidens les plus formidables peuvent se dévelo])per, surtout si la rétention d'urine s'ajoute à la maladie principale, ainsi qu'on en possède un grand nombre d'exemples . La fièvre , l'agitation, le délire, se manifestent rapidement, et la mort même peut avoir lieu à l'époque de la plus grande intensité de l'inflaramation.

Lorsque, par un traitement actif et convenable, la prostatite prend la voie de la résolution, tous les symptômes indiqués diminuent, en même temps que le liquide sécrété par les follicules de la glande augmente de quantité , et se mêle à l'urine , sous la forme d'une matière blanchâtre ou grisâtre, visqueuse , se déposant au fond du vase, sans adhérer à ses parois, et ressemblant assez bien à du pus imparfaitement élaboré. Celte matière diminue à son tour d'abondance et finit par disparaître, à mesure que les fonctions des parties afreclécs reviennent à l'état normal.

La prostatite aiguë réclame l'emploi d'un traitement antiphlogistiquc très-actif. Au début une ou plusieurs saignées générales seront pratiquées a\ ec avantage. On aura recours ensuite aux applications de sangsues sur la partie la plus reculée du périnée , ou niême sur la l'ace rectale de la prostate. Pour les placer sur ce dernier point , il convient d'introduire dans l'anus un spéculum, d'un pouce à un pouce et demi de diamètre, obturé à son extrémité libre, et offrant, dani toute sa longueur , une échancrure large de huit à dix lignes , fermée par une plaque à coulisse. Lorsque l'instrument est entrée dans l'intestin, son échancrure correspondant à la prostate, on retire la plaque, et les sangsues peuvent être facilement portées sur la portion de la membrane muqueuse qu'elle a laissée à découvert. Après la chute des annèlides , le doigt porté dans le spéculum refoule aisément les tissus qui tendent à s'y engager par son échancrure, et l'instrument est retiré sans le moindre effort. Ces saignées capillaires immédiates, ont été souvent employées et toujours avec avantage.

PROSTATITE.

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Les bains entiers , les bains de siège prolongés , les demi lavemens émolliens , les fomentations relâchantes, les boissons mucilagineuses , un régime doux , végétal, lacté , sont autant de moyens propres à favoriser l'action des évacuations sanguines. On a proposé l'application locale du froid , et même l'introduction dans le rectum d'un raorceari de glace taillé en forme de cylindre ; mais celte médication présente l'inconvénient grave de ne pouvoir être long-temps prolongée, et d'exposer , lorsqu'elle est trop tôt abandonnée , à une réaction qui augmente la violence des accidens inflammatoires.

Si , par l'effet du gonflement considérable de la prostate enflammée , l'urine est retenue dans la vessie , c'est en persévérant dans le traitement indique, plutôt qu'en ayant recours au calhétérisme, que cette rétention, d'ailleurs rare, doit être combattue.

II. La suppuration, qui succède parfois à la prostalite aiguë est annoncée par la persévérance delà tumeur , et par un sentiment continuel de pesanteur gravative dans le rectum , en même temps que les accidens inflammatoires décroissent graduellement. Le malade éprouve , dans la région affectée, une douleur sourde et profonde , acconqoagnée de pulsations isochrones aux battemens du pouls. En introduisant le doigt dans le rectum, on reconiiait quelquefois le foyer purulent , ù sa surface molle et rénitente. Dans la plupart des cas, toutefois , il se dirige plutôt vers la face urélhrale de l'organe et le col de la vessie de manière à augmenter la difficulté d'uriner ou à déterminer la rétention d'urine , à l'époque où la chute des phénomènes inflammatoires semblait devoir permettre, au contraire, une excrétion plus libre et plus facile de ce liquide.

Qu'ils tendent à s'ouvrir par le rectum , ce qui est le plus rare , ou par l'urèthre, ce qui arrive le plus communément , les abcès de la prostate doivent être abandonnés à eux mêmes. Le chirurgien ne peut que favoriser par des moyens généraux, c'est-à-dire en insistant sur les bains, les boissons mucilagineuses et les applications émollientes locales , la marche de la nature vers la guérison. Il est arrivé à Béclard , en voulant remédier à une rétention d'urine , au moyen du cathétérisme , d'ouvrir un de ces foyers purulens avec le bec de la sonile avant de parvenir à la vessie ; mais ce résultat est dû au hasard plutôt qu'à une combinaison chirurgicale raisonnée , et il y aurait probablement plus d'inconvéniens que d'avantages à tenter d'ouvrir ainsi des abcès présumes de la prostate. Lorsque, par les efï'orls de la nature , le foyer s'est vidé spontanément , si l'organe n'est pas profondément altéré , on voit ordinairement la détersion de ses parois s'opérer et la cicatiice s'achever en un temps assez court. Aucun pansement n'est alors utile. Si cependant la consolidation se faisait attendre, et que l'urine restât pui ulenle , on pourrait placer une sonde à demeure dans la vessie, afin d'éviter que l'urine , eu s'épanchant dans la cavité de l'abcès, n'y perpétue une irritation nuisible ; mais il faut que cette sonde ne soit que rarement renouvelée , sans quoi les manœuvres nécessaires pour l'introduire , et la déviation toujours facile de son bec seraient , pour les parties malades , des causes d'irritation non moins défavorables que le contact de l'urine lui-même. L'observation suivante est trop importante pour ne pas être ici reproduite ; èlle résume, en quelque sorte, tout ce qui vient d'être dit sur les abcès de la prostate. Un malade atteint à diverses reprises de prostatites, toujours terminées par la résolution , est enfin affecté de rétention d'urine. Comme il ne paraissait rien au-dehors , dit J. L. Petit , j'introduisis un doigt dans l'anus, et louchai la prostate , ou , pour mieux dire , une tumeur plus grosse que le poing, qui n'était pas dure et dans laquelle je sentais une espèce de fluctuation que j'aurais pu croire être la fluctuation de l'urine, si ce qui se trouvait entre le fluide et mon doigt eût été plus épais. 11 y avait près de trois jours qu'il n'avait rendu d'urine; je le sondai sans lui c.iuscr de douleurs, et lui tirai beaucoup d'urine assez puante et boueuse, et quand je crus avoir tout tiré, je tournai ma sonde à droite et à gauche , comme on fait lorsqu'on cherche une pierre : en faisant un mouvement, je sentis quelque résistance que je crus être la fumeur que formait la prostate, et, en effet, appuyant un peu, ce qui résistait obéit, et à l'instant , la vessie, qui était vide d'urine, me fournit par la sonde, un chopinc environ d'un pus très-fluide et extrêmement fétide : c'était l'abcès de la prostate qui s'était crevé. Je laissai la sonde, et la remplaçai ensuite par une sonde en S , par laquelle le malade put faire avec facilité des injections dans la vessie , au moyen d'une seringue dont le bout est recourbé de bas en haut. Ce furent ces injections , faites cinq ou six fois par jour, qui le guérirent complètement. (OEuvres chirurg. de J. L. Pelil , t. m).

La conduite suivie par J. L. Petit serait manifestement celle qu'il conviendrait d'adopter dans les cas analogues.

m. Si la prostafite aiguë est une affection douloureuse, susceptible de déterminer tout-à-coup de graves accidens, mais d'ailleurs médiocrement dangereux, la prostatite chronique, au contraire, est une des affections les plus redoutables des voies urinaires, bien que ses premiers développemens soient presque insensibles, et que les incommodités qu'elle entraîne ne se manifestent qu'avec une extrême lenteur.

Plusieurs causes sont susceptibles de déterminer la prostatite chronique. Tantôt elle est consécutive à d'autres lésions de l'appareil excréteur de l'urine, comme les rétrécissemens de l'urcthre , les calculs de la vessie ; tantôt au contraire , elle est primitive et résulte de l'action prolongée de quelqu'une des causes assignées plus haut à la prostatite aiguë. Elle est très-commune chez les vieillards, et E. Home assure n'avoir que bien rarement trouvé la prostate saiue sur les cadavres de sujets morts après cinquante ou soixante ans.

Parmi les effets locaux de l'irritation chronique de la prostate, le gonflement de ce corps doit être placé au premier rang. Cette tuméfaction, indolente, accrue avec lenteur , sans changement appréciable dans la texture de l'organe ,

ne porte presque jamais sur toutes les parties de la prostate à-la-fois. Tantôt sa portion droite, tantôt sa portion gauche , et plus souvent encore, sa partie moyenne, ou le lobe moyen de E. Home , en sont d'abord exclusivement le siège. Lorsque 1 intumescence porte sur l'un ou l'autre des lobes latéraux elle se dirige plus généralement en dehors vers la périphérie qu'en dedam vers la surface urélhrale de l'organe, et ce n'est que fort tard qu'il en résulte de graves désordres dans l'e.xcrétion de l'urine. Il n'en est pas de même dans le cas beaucoup plus commun où le lobe moyen est primitivement afl'ecté. Alors , en efl'et , il se porte presque toujours en haut, vers l'ouverture du col de la vessie; forme dans cette ouverture une saillie de plus en plus con-; sidérable, qui s'incline graduellement en dedans , du côté de la cavité vésicale. Il perd alors son aspect mamelonné, s'étend entravers, soulève la membrane muqueuse, et lui fait former sur ses parties latérales deux replis plus ou moins élevés. Et, comme la membrane qui le recouvre lui est intimement unie , il l'entraîne avec lui vers la cavité de la vessie , ce qui tiraille lej veru montanum, le déforme, et crée à sa place une sorte de bride étendue dej la tumeur jusque dans la portion membraneuse de l'urèlhre, laquelle se trouve! ainsi diminuée de longueur. Ces tutneursdu lobe moyen de la prostate peuvent| atteindre au volume d'une petite noix , d'un œuf de poule et même du poing , de manière à former, en dedans du col et au-delà de son ouverture, unei sorte de barrière élevée et presque insurmontable. Arrivés à ce terme , toute-| fois, il est très-rare que les côtes de l'organe ne participent pas en proportior variable à la lésion de sa partie médiane.

Pendant long-temps, ainsi que nous l'avons dit , les tumeurs de la prostat( sont exemptes d'altérations dans la texture de ce corps Mais enfin, parjsuite d( la continuation du mouvement fluxionnaire, ces altérations se manifestent, et l'on observe alors, selon l'organisation des sujets, les désordres les plus variés. Tantôt la texture serrée de la prostate s'exagère , pour ainsi dire, et elle se transforme en un corps fibreux, dur, indolent, incompressible, passant graduellement à l'état de squirre. Tantôt , au contraire , des tubercules se développent dans sa substance , s'accroissent, se réunissent, se fondent , el y creusent des excavations plus ou moins considérables. Chez quelques sujets la membrane muqueuse qui tapisse la tumeur, du côté de la vessie, s"en-i flamme, se ramollit, s'ulcère, et celte ulcération fait des progrès dans la substance dégénérée de la prostate. Enfin , et celte terminaison est heureusemen' la plus rare, la tumeur prostatique passe quelquefois à l'état cancéreux, et hjl désorganisation qui en résulte s'étend ensuite avec rapidité à la vessie , au rec tum , et entraîne la mort du malade.

Le chirurgien n'est ordinairement averti de l'existence de la prostatit< chronique que par les changemens graduellement survenus dans l'exercict] des fonctions génito-urinaires. Durant les premiers développemens de la ma ladie,le col de la vessie, participant à l'excitation dont la glande commence ( ressentir les effets, augmente de sensibilité, supporte moins facilement \i contact de l'urine et sa pression , lorsqu'elle existe en certaine quantité dan la vessie ; de là le besoin souvent renouvelé d'évacuer ce liquide , la seusatioi pénible qui accompagne la fin de son excrétion, et surtout la nécessité où sou; les malades d'uriner aussitôt que le besoin s'en fait sentir, sans que le moini dre délai leur soit permis. A mesure que le mal fait des progrès , cette sensi bilité exagérée s'émousse ; la vessie elle-même devient moins irritable, et unci Jd autre série de phénomènes se manifeste.

Comme le lobe moyen tuméfié s'élève toujours à l'intérieur de la vessie au-delà du col , soutenu latéralement ])ar les replis de la membrane mu queuse , il augmente proportionnellement la cavité du bas fond , s'applique \ ^ la manière d'une valvule contre l'orifice de l'urèthre, pendant l'excrétion de l'urine, et s'oppose à la libre sortie de ce liquide. La vessie , dès-lors , ne Si vide plus qu'ioiparfaiteinent, conserve , outre chaque excrétion, des quanfi-i tés incessamment croissantes d'urine, et acquiert une ampleur parfois ia< crovable. On l'a vue simuler une hydropisie abdominale. Les malades cesseni alors de soufl'rir de la rétention ; le besoin d'uriner, renouvelé presque à chfl' que instant , est soulagé par la sortie de quelques gouttes de liquide échappée après de violens efforts , et parfois ils urinent par regorgement, durant V sommeil, soit que le col vésical se relâche plus complètement , soit que dei positions convenables écartent la tumeur de la lumière de l'urèthre.

Une lésion aussi considérable ne saurait exister sans que les sécrétions confi'éeiiji aux organes affectés éprouvent des altérations plus ou moins profondes. L(( liquide prostatique augmente d'abonilance, se mêle à l'urine, sous la forme d'uni matière grisâtre, puriforme , légèrement visqueuse et ne s'atlachant pas au: parois des vases qui la reçoivent. L'urine est trouble, ammoniacale , fétide ; d«i mucosités tenaces , filantes , se collent aux vases , et provenant de la membrai muqueuse vésicale, sont entraînées avec elle. Enfin, des calculs urinaires Si développent avec d'autant plus de facilité que l'urine séjourne plus long-tempsi éprouve une décomposition plus complète et contient des matières étrangère! susceptibles de leur servir de base.

Le diagnostic de la prostatite chronique , parfois obscur, se fonde sur le: phénomènes suivans :

1". Les malades ont presque toujours été affectés de blennorrhagies prolongées ou incomplètement guéries ;

2». Ils urinent plus fréquemment et résistent moins au besoin d'iA'iner qu(| dans l'état ordinaire; I

3». Ils ne peuvent faire jaillir ou exprimer avec foi ce les dernières goutte I d'urine, qui tombent perpendiculairement de- la verge. '

4°. De la pesanteur se fait sentir au fondement ; les excrémens sont frcquem i

lib

PROSTATITE.

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ment aplatis ou creusés à leur partie antérieure par la saillie de la prostate ; il est rare que l'effort fait pour uriner ne produise pas l'envie d'aller à la selle , comme si une masse de matières stercorales occupait le rectum.

5». Assez ordinairement, lorsque l'urine s'écoule avec lenteur , si le malade fait des efforts pour en accélérer la sortie, ces efforts, loin de la chasser plus vite, en ralentissent ou en arrêtent, au contraire, le jet.

i 6". En explorant le rectum on sent assez ordinairement la prostatite tuméfiée qui fait saillie dans sa cavité.

7'. Si l'on introduit une algalie dans l'urèthre, cet instrument pe'nètre sans obstacle jusqu'au col de la vessie; mais là , son bec est arrêté et l'on ne peut lui [faire franchir l'obstacle qu'en l'élevant avec force sous la symphise du pubis. Le icatliétérisrae , avec une sonde très-recourbée , est beaucoup plus facile qu'avec jles algalies ordinaires.

Le traitement de la prostatite chronique doit consister d'abord dans la recherche et la destruction des causes qui ont pu la déterminer.

I II est assez ordinaire de voir la prostate revenir à son volume normal après |la guérison des rétrécissemens uréthraux, ou l'extraction des calculs de la vessie llqui avaient provoqué son engorgement. Si la maladie semble consécutive à d'anciennes affections vénériennes, l'expérience a démontré que les moyens antisy- (philitiques sont susceptibles d en opérer la guérison. De quelque manière que le mercure agisse alors , les bons effets de son emploi général , et localement, eu frictions au périnée, sont incontestables.

En même temps que l'on aura recours à ces moyens, il convient d'insister sur un régime sévère, sur une continence absolue, sur l'usage de boissons adoLicis- Ibantes et de bains généraux ou de siège prolongés , sur l'abstinence de tous les Istimulans; enfin , le malade devia éviter avec une attention spéciale, le froid et l'humidité, surtout aux pieds. De petites applications de sangsues seront répétées avec avantage au périnée ou à la face antérieure du rectum, et suivies de pafaplasmes émoUions ou de fomentations émollientes.

i Telle doit être la base du traitement ; c'est constamment par ces médications ■ju'il convient de débuter. Plus tard, lorsque les accidens d'irritation ont dimi-

■ jiiué ou presque entièrement cessé, on peut , avec avantage , recourir aux révul. ;ifs cutanés, tels que le vésicaloire , le cautère , ou même le moxa , appliqués à a partie supérieure et interne des cuisses, ou mieux encore, à la partie du îérinée la plus voisine de l'anus. Les eaux minérales sulfureuses ou salines sont issez souvent utiles à cette époque de la maladie. Ce fait étant bien établi que la difficulté d'uriner dépend de l'irritation et du onflement de la prostate, il est manifeste que l'on doit être extrêmement réservé lans l'usage local des sondes ou de la cautérisation. La cautérisation surtout , iiiployée alors sans mesure , a parfois les plus funestes résultats. Elle accroît irritation de la membrane muqueuse, détermine son ulcération, entretient et iigmente l'inflammation de la glande , et chez quelques sujets hâte sa désorgaisation. Jamais je ne lui ai vu procurer d'amélioration durable , et très-souvent Ile a augmenté la gravité du mal.

Ces réflexions sont en partie applicables à l'emploi des sondes. Il convient de en abstenir aussi long-temps que les parties sont douloureuses, irritées, et l'on e doit y recourir qu'après l'usage suffisamment prolongé des antiphlogistiques. .hcz quelques sujets alors la sensibilité reste seule de tous les symptômes du lal , et le chirurgien peut essayer si le contact d'un corps étranger ne l'éraoussera as. Mais celte tentative doit être faite avec circonspection , le praticien se Miaut prêt à y renoncer pour peu que la douleur, loin de diminuer après queliies introductions , s'accroisse au contraire et que les autres phénomènes de la laladie se reproduisent. Dans le cas contraire, on peut continuer l'introduction e l'algalie, en augmentant graduellement son volume et en la laissant à demeure ne demi-heure ou une heure, matin et soir.

Lorsque la tumeur prostatique rend l'excrétion de l'urine difficile et incom. lète, il est urgent de vider d'abord la vessie. Une algalie sera donc introduite lec précaution, en suivant exactement la paroi supérieure du canal, et en éleuit son bec contre la symphise du pubis, à l'instant où il va franchir le col

i^stcal. Quelques injections seront faites avec avantage dans la cavité de l'orne et je me suis même utilement servi, en pareil cas , de la sonde à double urant, remise en honneur par M. le professeur Cloquet.

I C'est spécialement dans ces circonstances, que les sondes en gomme élastique, lurbées lors de leur fabrication, sont utiles. Elles peuvent cire facilement inoduites, et leur courbure leur fait éviter, plus souvent qu'aux autres, soit le il-de-sac du bulbe, soit la saillie de la prostate tuméfiée. On peut les laisser depieure, afin de comprimer la tumeur et d'élargir le col de la vessie; mais cette I :tion mécanique ne doit être considérée que comme accessoire; il ne convient y recourir qu'après l'emploi des autres médications, et continuer celles-ci penint qu'on l'exerce, afin d'en assurer le.= effets.

On ne saurait trop le faire remarquer, les malades atteints de prostatite chroque, ont une tendance extrêmement prononcée à faire usage de bougies ou i sondes : ils en ont de toutes les formes, de toutes les dimensions, souvent de bstances variées, et ils sont incessamment occupés à se les introduire dans la issie. Par ces manœuvres continuelles, ils perpétuent, ils aggravent l'irritai! m des parties, ils augmentent la profondeur des désordres organiques , et renmt très-souvent leur maladie incurable. La première indication, et ce n'est is ordinairement la moins difficile à remplir, est donc de les obliger à renonr à ces titillations continuelles et de leur faire comprendre que la chirurgie ut seule juger de l'opportunité du cathétérisme et peut seule l'exécuter sans inger pour les parties affectées , surtout durant les premières époques du

Iitemcut. Beaucoup de personnes auront fait sans doute la même remarque j

mais je puis assurer qu'un très-grand nombre de maladies de la prostate ont été conduites au ramollissement, à l'idcération de la glande, par les tentatives incessantes des malades, et que faire abandonner ces tentatives, est un des sacrifices que l'on obtient le plus difficilement du plus grand nombre d'entre eux.

On a proposé de lier ou d'exciser les tumeurs de la prostate. La première de ces opérations, essayée à travers l'urèthre, serait presque impraticable. On ne pourrait exécuter l'une ou l'autre qu'autant qu'après une opération de cystotomie, on sentirait près du col de la vessie la tumeur offrant un pédicule suffisamment étroit , et accessible aux instrumcns. Dans cette circonstance favorable, l'excision a été suivie de succès.

Quant aux calculs de la prostate, ils s'y développent suivant le même mécanisme que dans les autres parties de I'urèthre (Tiojez ce mot). Lorsque l'on est parvenu à reconnaître leur présence, il convient d'inciser les parties sur eux et d'en opérer l'extraction {voyez Cystotomif.).

E. Home. Traité, ou observations pratiques et patliologiqucs , sur les maladies de la glande prostate, Paris 1820 , in-S". fig, (L.J.B£gin.)

PROSTRATION. Expression que les pathologistes emploient pour caractériser la diminution des forces musculaires, qui accompagne certaines maladies aiguës, telles que les fièvres typhoïdes, les fièvres pernicieuses, etc., et qui est principalement marquée par l'immobilité ou la difficulté des mouvemens, l'abattement des traits, l'attitude et le décubitus que le malade affecte, [l^ojez Abattement, affaissement). (P. JoLlY.)

PROTHÈSE, s. f. Proihesis, de trpo au lieu de, et de rtCyi/u, je pose. Branche de la thérapeutique, qui a pour objet de remplacer, par 'des moyens artificiels , diverses parties de l'organisme, détruites par des maladies, ou eidevèes par des causes vulnérantes ou par des opérations chirurgicales. L'art de corriger les difformités porte le nom d'oRTHopÉDiE. {f^oj-. ce mot.)

La confection des instrumens variés, nécessaires pour remplacer nos parties perdues, est généralement confiée à des artistes, qui en font l'objet spécial de leurs travaux , dans le détail desquels nousne saurions entrer. Ce qu'il importe le plus au chirurgien de connaître, dans l'état actuel de l'exercice de l'art, n'est pas tant la manière de fabriquer telle ou telle pièce artificielle, que de distinguer et de préciser les conditions que cette pièce doit remplir pour être d'un usage sûr, durable et commode. C'est sous ce point de vue que nous allons examiner quelques-uns des objets principaux de la prothèse.

I. Les plaques à l'aide desquelles on fortifie les parois affaiblies ou perforées des cavités splanchniques doivent , en général , .s'appliquer exactement sur les parties. Il importe qu'aucune de leurs portions ne soit saillante en relief, de manière à pénétrer dans les ouvertures qu'elles sont destinées h fermer, et qui. par cette disposition, seraient incessamment dilatées et agrandies. C'est sur les bords sains des perforations qu'elles doivent exclusivement appuyer. Il importe encore que les liens ou les bandages qui servent à les maintenir soient tellement disposés qu'ils permettent l'exécution de toutes les fonctions : l'élasticité , qui est une de leurs conditions indispensables 'a l'abdomen , à la poitrine et au cou, peut-être négligée à la tête. Et par opposition les plaques métalliques, convenablement garnies , qui conviennent pour le tronc , sont souvent trop dures et trop chaudes pour le crâne , où le cuir bouilli est ordinairement préférable. Dans tous ces cas , lorsque les plaques dont il s'agit doivent avoir une certaine étendue, il est utile de les percer d'un grand nombre de petites ouvertures destinées à laisser échapper les produits de la transpiration; la matière de la sueur sans cela s'accumulerait sur les cicatrices , les irriterait ou du moins deviendrait incommode.

II. Lorsque les plaques qui nous occupent sont destinées à fermer des ouvertures faites à certaines cloisons , telles que la voûte palatine , et le voile du palais, il faut préférer celles qui tiennent au moyen d'ailes traversant la perforation et rabattant contre la face opposée de ses bords, à celles qui prennent un point d'appui sur les dents. Malgré toute la justesse de leur application, malgré la multiplicité de leurs branches , les tenons de celles-ci finissent toujours par user le collet des dents, par déterminer de l'inflammation autour de ces organes , et par entraîner leur destruction et leur chute.

III . L'œil artificiel , en émail , telle qu'on en fabrique aujourd'hui , doit être parfaitement lisse , juste de mesure avec l'orbite , sans bourrelet ni inégalité à ses bords , et à sa face concave , exactement moulé sur le moignon restant de l'œil naturel. Si quelqu'une de ces dispositions lui manque, il irrite les paupières, la conjonctive ou le moignon oculaire, cause de la gêne, provoque le développement de fongosités que l'on est ensuite obligé de réprimer ou d'extirper , et ne peut être supporté sans exposer à des accidens graves. Pour le placer, il faut soulever , en l'attirant , la paupière supérieure , le glisser sous elle jusqu'aux trois quarts environ de sa hauteur, puis abaisser la paupière inféVieure , qui se place bientôt devant son bord correspondant. Afin de le retirer, au contraire , on doit abattre d'abord la paupière inférieure, glisser sous le bord correspondant de la pièce la tête arrondie et lisse d'une épingle d'or ou d'argent , et l'attirer doucement au dehors , en même temps que l'on élève la paupière supérieure. Ces yeux artificiels peuvent durer trois ou quatre mois ; il convient de les changer aussitôt que l'émail commence à s'allére'-.

ÏV. Des plaques métalliques ou en cuir bouilli, prenant leur point d'appu i dans le conduit auditif externe, ou attachées à l'aide de liens faisant le tour de la tête , remplacent assez bien la conque auriculaire. Ces plaques, indépendamment de leurs fornaes et de leur coloration doivent s'ajuster de manière à

PRURIGO.

PRURIGO.

diriger les vibrations sonores vers l'intérieiir de l'oreille. Les mêmes considérations sont applicables aux nez artificiels.

V. On remédie , au moyen de machines plus ou moins volumineuses et compliquées , à la perte de la main ou du pied , de l'avant-bras ou de la jambe , du bras tout entier ou du membre abdominal. Les conditions que l'artiste doit s'attacher à remplir sont, pour les extrémités supérieures , la mobilité, la direction facile des monvemens, et surtout la possibilité de saisir sûrement et fortement les corps. Un simple crochet, placé à re.\trémité d'un cône solide, dans le quel l'avant-bras est reçu , suffit souvent à l'ouvrier pour remplacer la main et exécuter ses rudes travaux.

Relativement aux membres inférieurs , la machine doit se distinguer par la solidité, parla sûreté du point de support qu'elle fournit au tronc ; une tige en bois ou en métal lui sert ordinairement de base ; et c'est autour de cet axe que sont placés les matériaux toujours légers, qui figurent plus ou moins exactement le membre perdu.

Ajoutons à ces considérations sommaires les remarques pratiques suivantes :

1°. Les pièces prothétiques doivent être légères , sans manquer de solidité , s'appliquer exactement aux parties, n'occasioner ancune gêne , n'exercer aucune pression douloureuse, ne nuire à l'exécution d'aucun mouvement, et pouvoir exécuter elles-mêmes avec facilité tous ceux que l'on a besoin de leur communiquer ;

2". En aucun cas, elles ne doivent, ni presser sur les cicatrices, ni les distendre en tiraillant leurs bords ; d'où il résuite qu'elles doivent prendre un point d'appui sur des parties éloignées , saines et n'ayant pas de connexion immédiate avec les portions cicatrisées ;

3°. Il est toujours nuisible de les placer tant que les organes mutilés conservent de l'irritation , de la phlogose ou de la suppuration. Leur présence ne serait généralement propre alors qu'à augmenter les accidens ou à les perpétuer;

4". Par une conséquence inévitable de la proposition précédente, il convient de supprimer les organes artificiels qui nous occupent aussitôt que les tissus vivans souffrent de leur présence. Par une obstination malentendue , on provoquerait alors de graves accidens , et i'on se mettrait peut-être dans l'impossibilité absolue d'appliquer désormais aucun moyen de prothèse ; tandis qu'en suspendant l'application de la machine qui a blessé, et en combattant les accidens survenus , on pourra y recourir de nouveau , plus tard , avec succès ;

5°. La propreté des instrumens de prothèse est une des conditions indispensables de leur durée et de leur bon usage. Les malades ne sauraient trop veiller à leur entretien , et souvent , pour rendre ce soin plus facile , il convient qu'ils aient deux pièces du même genre qu'ils appliquent et laissent macérer alternativement. Les matériaux de sécrétions muqueuses et perspiratoires accumulés sur les tissus recouverts, en contact avec des corps étrangers, si doux cju'ils soient, constituent une des causes les plus puissantes de douleur, de phlogose et d'ulcération , accidens qui sont le plus à redouter toutes les fois que l'on applique les instrumens de prothèse.

( L.- J. Begik. )

PRURIGO. Éruption caractéi-isée par des papules ayant à-peu-près la même couleur que la peau, accompagnées d'une très-vive démangeaison. Ces papules , plus larges que celles du lichen, après avoir été écorchées avec les ongles, sont ordinairement remplacées par de très-petites croûtes noires et circulaires, et plus rarement, en s'affaissant, laissent de petites taches jaunâtres sur la peau.

Ordinairement le prurigo se développe h-la-fois ou successivement sur plusieurs régions du corps ; il est bien rare qu'il n'atteigne que l'une d elles.

Le prurigo présente trois variétés principales :

l. Tantôt { prurigo ; Willan ) celte alTection s'annonce par un prurit incommode sur les épaules, sur la partie supérieure de la poitrine, sur les lombes, la partie extérieure des bras et des cuisses, etc. Lorsqu'on examine les parties alTeclées avec attention on aperçoit des papules douces au toucher , plus larges que celles du lichen dont elles diffèrent aussi en ce qu'elles conservent la teinte naturelle de la peau. La plupart d'entre elles ne paraissent enOammées que lorsqu'elles sont accidentellement irritées. Elles ne sont pas comme celles du lichen , accompagnées de picotemens , mais d'un sentiment de démangeaison très-vif et continuel. Ces papules proéminent quelquefois si peu à la surface de la peau , que , suivant l'expression vulgaire des malades , elles paraissent être situées entre cuir et chair. La démangeaison qu'elles produisent se fait surtout sentir au moment oû les malades se mettent au lit, ou lorsqu'ils y ont séjourné quelques heures ; alors elle devient si vive qu'elles s'opposent à ce qu'ils puissent goûter quelque repos. La démangeaison peut être excitée ou exaspérée par le toucher ou le frottement des vètemens , par l'élévation de la température extérieure du corps que provoque la digestion ou un violent exercice , etc. Ce prurit offre des intermissions de trois ou quatre heures , et quelquefois n'est pas senti lorsque le malade est fortement préoccupé.

Entre les papules prurigineuses , on aperçoit toujours çà et là, de petites croûtes minces, 'légères , circulaires, de la dimension d'une tête d'épingle , d'une couleur brunâtre ou noire, et dont la circonférence parait quelquefois comme plissée. Ces petites croûtes , qui se détachent après un certain temps , sont formées par la dessiccation d'une gouttelette de sang , qui s'est déposée sur le sommet des papules déchirées. On dislingue en outre sur la peau un

certain nombre d'égratignures, et de taches d'un jaune brun qui correspondent! à des papules affaissées. L'éruption des papules du prurigo milis est successive;! et, si cette maladie n'est pas combattue par un traitement approprié , ellcl peut persister pendant plusieurs mois.

2". Le prurigo peut offrir un caractère plus grave sous le rapi ort de l'in^ tensité et de la ténacité des symptômes (prurigo forinicans ; Willan). Les papules plus larges, et moins apparentes que dans le prurigo mitis , sont accompagnées d'une démangeaison continuelle, intolérable , et qui est d'autant plus vive, en général , que les papules sont plus plates. Elles sont répandues sur tout le corps, la face, les pieds et la paume de la main exceptés. Elles siègent principalement sur la nuque , les lombes et la partie externe des cuis ses. Le soir, et surtout vers trois ou quatre heures après minuit, le prurit s'exaspère , et le sommeil est brusquement interrompu. Les mains du malade se portent involontairement sur les régions couvertes de papules , et bientôt une foule de sensations désagréables viennent se joindre à la démangeaison, Quelques malades croient sentir comme de petits insectes qui rampent sous la peau, d'autres s'imaginent être dévorés par des fourmis; circonstance qu«; la dénomination de WiUau (prurigo Jormicans) est destinée à rappeler. Il eri est qui se sentent la peau comme percée avec des aiguilles brûlantes. Ces malades se grattent avec une sorte de rage ou de désespoir , et ne cessent de déchirer les tégumens avec leurs ongles , avec des brosses ou avec des peignes La sensation prurigineuse redouble avec une impatience et une agitation difiielles à décrire. Les malades quittent leur lit pour se promener tout nus ; pendant les tourinens que causent ces excessives démangeaisons, les muscles de; membres supérieurs et inférieurs se contractent, se durcissent et se dessineni lortcment sous la peau; et, lorsque les individus atteints de cette espèce d( prurigo peignent les effets et la nature de leur maladie , ils parlent toujours d^acreté , à^ardeur de sang , de Jeu brùLant , etc., etc.

Le sommet de la plupart des papules ne tarde pas à être enlevé par les on gles. La peau paraît parsemée de petites croûtes minces et noires, comme dan: le prurigo mùis. Ces petites croûtes noires , faciles à apercevoir à la surface de la peau, sont plus distinctes que les papules intactes ; ces dernières, ayant h même couleur que les tégumens, sont souvent difficiles à reconnaître à cause d( leurs petites dimensions.

3°. Dans la vieillesse i prurigo seiiilis ; Willan) , l'éruption papuleuse du pru rigo est ordinairement plus considérable qu'à tout autre âge. Aussi , la peaij offre-t-elle un grand nombre d'égratignures et une desquamation furfuracéf assez abondante. La démangeaison est insupportable et plus permanente qui dans le prurigo formicans des enfans ou des adultes, dont les caractères exlc rieurs sont cependant les mêmes.

L'intensité et la durée du prurit ne sont pas toujours en rapport avec le nom^ bre des papules. Plusieurs fois , j'ai vu le prurit être excessif et intolérable lorsqu'on distinguait à peine quelques papules sur la peau et lorsque les mak' des l'avaient déchirée et continuaient de la déchirer avec leurs ongles.

Outre les papules qui caractérisent le prurigo, on remarque quelquefois do lésions accidentelles qui disparaissent aussitôt que l'irritation qui les a produite,' vient elle-même à cesser. Ainsi, lorsque les personnes atteintes de prurigo négligent les soins de propreté , des pustules, des vésicules, des furoncles naisi sent au milieu des papules ; la peau présente des gerçures plus ou moins consL dérables , et acquiert parfois une assez grande épaisseur, quand la maladie esi ancienne, surtout chez les vieillards ; ou une desquamation turfuracée s'opère çi et là sur le tronc et les membres.

La gale et l'impétigo peuvent compliquer accidentellement le prurigo ; maii il est inexact d'avancer avec VVillau et Bateman, qu'elles jieuveut apparaîtrt comme terminaison de cette maladie. Quelques pathologistes pensent que l'é de la peau dans le prurigo seniLis est favorable à la production et à la propagation des pediculi corporis ( f'^ofez I'Ediculi ). Enfin , Willan prétend avoii observé dans un cas de prurigo, un insecte particulier; mais la descriptior qu'il en donne est très-incomplète

Indépendamment de ces affections delà peau, le prurigo ge'/ieVaZ peut être] \ compliqué d'accidens généraux. Dans le prurigo Jormicans , l'éruption des pa-, pules est quelquefois précédée de douleurs de tête , de malaise, d'épigastral-' gie , etc. D'un autre côté , lorsque des individus affectés du prurigo sont frappes d'une maladie aigué , l'éruption papuleuse diminue et disparaît quelquefois entièrement pour se reprotluire dans la convalescence.

La durée du prurigo varie entre quelques semaines et plusieurs années. Pendant ce laps de temps , on observe ordinairement des rémissions très-marquées.' Chez les fcilimes et les cnlans, dont la peau est fine et délicate , le prurigc disparait souvent sans laisser de traces; mais , lorsqu'il affecte long-temps li peau épaisse et dure des vieillards , l'cpiderme se détache habituellement sou,' la forme d'une poussière farineuse dans le voisinage des papules , et la peau offre des tac/tes d'un brun jaunâtre entremêlées d'égratignures.

La marge de L'anus , les bourses , chez l'homme, les grandes lèi'res , chez isi femme, sont non-seulement quelquefois atteintes du lichen et de l'eczéma. i maladies essentiellement prurigineuses ; mais ces parties peuvent être le sicgtl d'éruptions papuleuses discrètes appartenant au prurigo. Cependant, ces varietés locales du prurigo sont beaucoup plus rares qu'on ne le pense communément; souvent on a désigné sous le nom de prurigo , de véritables licliens c j des eczéma chroniques, accompagnés d'un prurit insupportable. '

lo. Le prurigo podicis est caractérisé par de véritables papules semblables i celles du prurigo formicans. La peau de la marge de l'anus et de la partie m terne des fesses est rude, inégale , parsemée de papules .nyanf la mcaie couleui'

PRURIGO.

PRURIGO.

que la peau qui les entoure , et d'un plus grand nombre de petites croûtes noirâtres qui correspondent aux papules dont le sommet a été enlevé avec les / ongles. Ces papules peuvent être accidentellement mélangées de vésicules ou de petites pustules. La de'mangeaison produite par le prurigo podicis est insupportable surtout pendant la nuit. Souvent les malades ne parviennent à s'endormir qu'après s'être grattés avec une sorte de fureur. Le prurigo podicis est toujours une maladie longue et rebelle. Après trois ou quatre mois de durée, les symptômes éprouvent quelquefois une véritable rémission , mais ils s'exaspèrent de nouveau à la suite de quelque écart de régime. Les femmes , parvenues à l'âge critique , sont particulièrement sujettes à cette espèce de prurigo S et aux lichens de ces parties. Lorsque cette maladie a été long-temps abandonnée h elle-même , la peau , continuellement irritée , devient rude , squameuse , d'un brun jaunâtre. Le lichen et l'eczéma impeiiginodes succèdent quelquefois à cette éruption papuleuse.

2". Le prurigo scrolc peut exister seul ou compliqué avec le prurigo podicis. Il est caractérisé par des papules qui se développent sur le scrotum , et quelquefois même sur le pénis. Lorsque ces éievures ont été déchirées avec les ongles, elles deviennent très-douloureuses. Le prurigo pudenti muliebris est 'également caractérisé par des papules prurigineuses développées sur le mont jl de Vénus et sur les grandes lèvres. La membrane muqueuse de la vulve présente j quelquefois en même temps une foule de petites éievures solides qui rend sa sut face rugueuse et inégale. Cette affection papuleuse est souvent accompagnée d'une inflammation de la vulve et du vagin et d'une leucorrhée plus ou moins abondante. Dans la description de Vinteririgo , Lorry ( de morbis eutaneis , in-4o, p. 449) a fait un tableau aussi vrai qu'animé des symptômes et des souffrances produites par le prurigo et le lichen des parties génitales. « Morbus ille adultos et pluriraùm et primùm pubertatis florem egressos adoritur , eosquequi, caste viventes , ingenti lamen impetu ad venerem ferrontur ; mulieres etiam, sed maturiùs adoritur. Ejus ortus primo mitior est, et pruritu lotus conlinetur. At pruritui illi tùm in maribus, tùm in faeminis jungitur ardor

venerem inexplebilis. Mores et prœcepta répugnant, coercet virtus vivax ^ Fat manus indocilis ad bas partes fertur, scalpendoque malum irrilatur , et knimus ipse in partem opeiis venit cum artûum tremore et palpitatione. [Sedatur vulgô per plurimas horas malum , tuncque omnia tranquilla apparent ^ jiet recrudescit per paroxysmos , noctu potissimùm afficiens. Saevit autem eô îvehementiùs, quo aut familiariter magis aut proximiùs cum faeminis mares aut tum maribus fœminae viserint. Ncc minores accepit vires à vino , piperatis , fepirituosis , acribus alimentis, potu coffeae , oleosorum spirituosorum , ilà ut înoverim vîros qui nunquam similibus tentarentur pruritibus , nisi una ex hisce causis accesserit , quas edocti experieiitiâ vitabant seduliùs. Progrediente malo partes ad aspectum maculosœ, maculis flavis vix supra cutem extantibus distincise sunt; scrotum omnino rugosum est, ut et labia pudendorum in faeminis , et tem- 'pore paroxysmi prorsùs retractura. Erectio pénis et libidinis ardens cupido mentem incendunt. Partes illoe non eruplione lichenibus simili aiîiciuntur, sed epidermis rngosa olet , et alluitur iiquore unctuoso, non lintea maculante, non digitis adhœrente, sed ad sensum lubrico. Increscente malo pruritus énormes ,5unt, per paroxysmos et summè violentos , et fréquenter redivivos , ilà ut nec pudor, née rcverentia regum à scalpendo divertant , et scepè per intervalla stiam paroxismorum puncturae acerrimœ acubus inflammatis per cutem transkctis morsu simiies , in clamorum adigunt : hinc partes illae rhagadibus at- ^ue flssuris manu factis undiquè hiant. Ardor semper inest , et ad quemvis le- Ivissimum incessum exhalât humor olentissi mus, fervente interea cestro venereo.

3». Prurigo plantaris. M. Alibert cite l'exemple d'un homme de cinquante ins , d'une constitution saine et robuste, chez lequel un prurit violent se dé- ;lara tout-à-coup à la plante du pied, et se maintint à un tel point , que , dans es rues o u dans la société , le malade était contraint d'ôter son bas et son souier pour se gratter à outrance jusqu'à ce que la démangeaison fût apaisée. Un mtre exemple de prurit plantaire est cité par le même auteur ; mais, dans ces leuxcas, il n'est pas fait mention de papules. Et comme une démangeaison ilantaire même très-vive peut être produite par diverses maladies, cette variété lu prurigo ne pourra être admise que lorsqu'elle aura été établie par des obseralions plus complètes.

Les recherches analomiques faites sur le prurigo par MM. Alibert et Mon- 'onval n'ont réellement porté que sur des lésions concomitantes. L'un des ma" ades de M. Alibert était mort d'une rétention d'urine et d'une pneumonie; 'autre présentait de nombreuses altérations dans les trois cavités splanchniques. pans une troisième observation , on assure que les papules étaient affaissées ; la nort avait été la suite d une inflammation gastro-intestinale et d'une affection îérébrale.

Causes. TjQ prurigo attaque spécialement les eufans et les vieillards. Il est plus réquent chez les pauvres que chez les riches, et on l'observe plus souvent chez es hommes que chez les femmes. Cette affection papuleuse est quelquefois proluitepar le séjour dans des lieux bas et humides, et surtout par la malpropreté, pn a signalé d'autres causes dont l'action est plus difficilement appréciable ; elles que l'influence d'une mauvaise nourriture, l'abus des liqu ^urs alcooliques, des salaisons, des mets épicés , le défaut ou l'irrégularité de la menstruation , es chagrins, les fatigues excessives , etc. On a aussi remarqué que le prurigo 7iit« survenait généralement au printemps ou au commencement de l'été, comme e lichen simplex dont il se rapproche, tandis que le prurigoyb/™ica';i se montrait lans toutes les saisons.

D'iagnostic. La démangeaison ou le prurit , porté à un degré plus ou moins on.'udérable , est un symptôme commun à presque toutes les inflammations de

la peau, et en particulier à l'urticaire, à la gale, à l'eczéma, au strophulus et au lichen. Quoique cette sensation ait un caractère particulier dans le prurigo , elle ne peut cependant en constituer le symptôme pathognomonique. Le véritable caractère de cette maladie est de présenter une éruption de papules, irrégulièrement disséminées, que leur formj et leur couleur, semblable à celle de la peau, distinguent des papules du lichen et du strophulus.

Lorsque les papules ont été détruites par les ongles, la nature de l'éruption est plus difficile à reconnaître , les petites croûtes de prurigo n'étant pas trèsdistinctes de celles du lichen simple et de la gale; mais, dans le voisinage de ces papules altérées, on en découvre souvent d'intactes, et qui décèlent le caractère de l'éruption. D'ailleurs, le prurigo est une affection papuleuse , et la galecst une inflammation vésiculeusc. Dans le prurigo, les papules conservent la teinte de la peau, les vésicules de la gale sont transparentes à leur pointe. Le sommet déchiré des papules du prurigo est recouvert d'une gouttelette de sang noire et desséchée; les vésicules de la gale, lorsqu'elles ont été détruites, sont quelquefois remplacées par une petite croûte mince et jaunâtre. La gale se transmet facilement d'un individu à un autre , et le prurigo n'est pas contagieux. Le prurit est non douloureux dans la gale ; il est âcre et brûlant dans le prurigo , et les malades qui en sont atteints se déchirent avec une sorte de cruauté. Le prurigo se développe ordinairement sur la peau des épaules, du dos, du cou , des lombes , sur la poitrine , sur les membres , dans le sens de l'extension , rarement entre les doigts , quelquefois sur la face et même sur le cuir chevelu • la gale se montre surtout entre les doigts , sous les aisselles , aux jarrets , aux plis des bras et sur le ventre. Le prurit du prurigo présente souvent des exacerbations ; celui de la gale est continu. Le prurigo guérit quelquefois spontanémentla gale n'offre pas ce genre de terminaison, mais elle est beaucoup moins rebellu aux moyens thérapeutiques.

Il peut arriver que le prurigo soit compliqué avec la gale. On distingue alors parmi les papules du premier, les vésicules acuminées qui caractérisent celle-ci. Le lichen et d'autres inflammations peuvent également se développer sur la peau des individus atteints du prurigo. Le diagnostic de ces cas complexes exi^e beaucoup d'attention.

Le prurigo local ne peut être confondu avec la gale, mais il importe de le distinguer de quelques autres affections qui sont elles-mêmes accompagnées de démangeaisons plus ou moins vives, lo Les ascarides situées dans le rectum, des tumeurs hémorrhoïdales , une légère inflammation du gros intestin, excitent fréquemment de vives démangeaisons à la marge de l'anus. Ces maladies diffèrent du prurigo podicis, par l'absence des papules et par l'existence d'autres lésions qui lui sont étrangères, La démangeaison produite par les pediculi pubis , par l'eczéma impeiiginodes des bourses , etc , ne doit pas être confondue avec celle qui accompagne le prurigo scroti. Les papules qui caractérisent ce dernier le distinguent suffisamment de ces altérations. L'examen des parties génitales mettra toujours à même de déterminer, lorsqu'elles seront le siège d ai)e trèsvive démangeaison , si cette sensation est produite par les papules du pruri-ro pudendi,p^r des ascarides , ou par des inflammations non papuletises de la vulve du pudendum.

Nous avons vu au dispensaire de l'hôpital de la charité une femme âgée de vingt-quatre ans, parvenue au neuvième mois de sa grossesse , et qui depuis un mois éprouvait un prurit insupportable aux parties génitales. Ce prurit était accompagné de varices disposées en grappe sur la grande lèvre gauche. Cette femme n'avait point d'écoulement ni d'autres symptômes d'inflammation aux parties génitales. Ou voyait des varices à la jambe droite. Le prurit fut complètement dissipé par une saignée. Willan cite plusieurs cas analogues.

Pronostic. Chez les enfans , le prurigo n'est pas ordinairement une affectioh très-rebelle, mais il est sujet à de fréquentes récidives. Le prurigo senilis est plus grave, et résiste quelquefois au traitement le mieux combiné. Fatigués par un prurit continuel, les malades se déchirent la peau avec leurs ongles ou avec des brosses ; mais au soulagement momentané qu'ils se procurent succède bientôt un prurit très-ardent, qui les porte quelquefois à des actes de désespoir. Le prurigo podicis et le ])rnvigo pudeiidi muliebi-is sont ordinairement Irès-rebtlles.

J'ai vu plusieurs fois le prurigo, avec ou sans pediculi, se montrer comme une sorte de crise à la suite de la rougeole ou d'autres maladies plus graves. Chez les vieillards, placés sous le poids de la misère , il coïncide souvent avec le cartarrhe pulmonaire sans exercer d'influence appréciable sur sa marche et sur sa durée.

Traitement. — Les bains simples ou légèrement sulfureux sont de tous les remèdes extérieurs ceux dont les effets sont le plus constamment avantageux dans le prurigo général. Par ce seul usage , on guérit assez prompteraent le prurigo produit par la malpropreté et la misère. Les bains doivent être administrés tièdes ou frais, une température trop élevée serait nuisible. Ils sont particulièrement utiles dans le prurigo mitis et le prurigo senilis. Leur usage doit être habituel et prolongé , lors même qu'il serait suivi de quelque augmentation momentanée des symptômes. Les bains nettoyent la surface de la peau , rendent la transpiration plus facile , et la démangeaison disparait graduellement. Les malades éprouvent quelquefois un soulagement plus marqué, en se plongeant tous les jours, pendant une heure , dans des bains émolliens ou de décoction de son. Enfin , les bains simples et émolliens sont encore utiles pour prévenir le retour de cette maladie. Après l'emploi des bains simples, si l'éruption papuleuse persiste, les bains alcalins et savonneux, tels que ceux de Plombières , produisent des effets très-avantageux ; ils ne laissent pas d'odeur après leur emploi , comme les bains sulfureux , qui Sont eux-mêmes très-efficaces , surtout chez les vieillards et chez les individus

PRURIGO.

PSOITE.

dont la constitulion a été détériorée par une mauvaise nourriture. Lorsque ces derniers exaspèrent l'irritation de la peau , on en mitigé l'action en diminuant la dose de sulfure de potasse employé , ou par l'addition de la gélatine ; ou bien en alternant l'usage de ces bains avec celui des bains d'eau naturelle. Ce traitement externe réussit presque constamment chez les enfans atteints de prurigo intlis.

Les bains de mer froids ou tièdes s'emploient dans les mêmes circonstances que les bains sulfureux.

On a aussi obtenu quelques guérisons à l'aide des fumigations sulfureuses; cependant , l'irritation qu'elles déterraineut à la peau oblige souvent d'en suspendre l'emploi , ou de le combiner avec celui des bains simples, des bains de ■vapeur , ou des bains émolliens.

Chez les enfans , les bains sulfureux sont toujours préférables.

Lorsque le prurigo est ancien , ou bien lorsque la peau est rude et épaisse , il convient quelquefois de recourir momentanément aux bains de vapeuraqueuse; mais en général , ils sont nuisibles au sujets jeunes et pléthoriques, aux enfans et surtout aux vieillards ; on les a vus donner lieu à des syncopes , sinon dangereuses , du moins très-fatigantes.

Il est rare qu'on retire quelque avantage des pommades mercurielles ou sulfureuses , des lotions d'eau de chaux ou des solutions de sublimé , hors les cas de complication avec la gale.

On est quelquefois parvenu à diminuer le prurit en pratiquant des onctions avec la pommade d'hellébore et l'hydrochlorale d'ammoniaque.

Les lotions mercurielles peuvent être conseillées avec avantage dans le prur'ittofoi micans , surtout lorsqu'il est compliqué de pediculi. Dans d'autres circonstances , de simples lotions avec de Veau fraîche ou de Veau tiède naturelle ou légèrement vinaigrée , ont procuré un grand soulagement.

De tous les remèdes généraux employés contre le prurigo , les émissions sanguines et les boissons délayantes, telles que le petit-lait , l'eau de veau , les décoctions légères d'orge, de chiendent, les limonades , etc. , sont sans contredit les plus utiles. La saignée est presque constamment indiquée chez les individus jeunes et pléthoriques ; et, lorsque le prurigo est accompagné d'insomnies fatigantes , chez les vieillards , la saignée est quelquefois nécessaire. Chez les femmes atteintes de prurigo , si les menstrues ont été supprimées, on cherchera à les rappeler par une application de sangsues h la vulve.

liOrsque le prurigo se développe pendant la grossesse , s'il existe quelques symptômes de pléthore, il faut également recourir à la saignée.

I^es personnes qui auront abusé des alimens épicés et des boissons spiritueuses, seront astreintes pendant quelque temps à un régime végétal ou à l'usage du lait d anesse ou du lait de chèvre.

Suivant quelques auteurs, un vomitif et un purgatif doivent être administrés au début du prurigo, d'autres recommandent les décoctions de bardane et de patience, les infusions de chicorée sauvage, de fumeterre , de petite centaurée et de camomille , le suc épuré de ces plantes fraîches , etc> ; d'autres assurent avoir retiré de très-bons elTets du soufre seul. On associe au calomel des sels neutres et des purgatifs plus actifs, etc. Le traitement externe m'a paru si généralement salutaire, qu'à part les moditications particulières que peut réclamer l'état de la constitution dans des cas particuliers, je conseille de se borner exclusivement à son emploi.

Les variétés du prurigo local présentent elles-mêmes quelques indications particulières; 1» le prurigo ;>o(/iC(5 est, en général, d'une guérison difficile. Lorsqu'il est intense , il exige impérieusement l'emploi des saignées locales. Dans les cas où elles paraissent moins nécessaires, elles sont toujours suivies d'une amélioration, au moins momentanée , des symptômes. Les cataplasmes émolliens frais ou froids , les bains de siège émolliens frais, les suppositoires de beurre de cacao , les lavemens opiacés , des linges imbibés d'eau froide sont utiles pour diminuer le prurit. Après un usage convenable de ces remèdes, et quelquefois , de prime abord, chez les individus dont la peau est un peu irritable, on relire de très-bons effet.s des douches gélatino-sulfureuses. On emploie aussi quelquefois avec succès de légères onctions avec de l'onguent de nitrate de mercure affaibli, ou des lotions avec l'acide acétique étendu; ces moyens seraient nuisibles si la peau de la marge de l'anus était excoriée ou très-irritable.

2°. Le traitement du prurigo podicis est applicable au prurigo scroti. Les lotions avec une solution de sublimé dans l'eau de chaux et les onctions faites avec les linimens mercuriels, recommandés |)ar Willan, sont généralement moins utiles que les lotions, les douches et les bains gélatino-sulfureux.

3». Le prurigo pudcndi muliehris doit d'abord être combattu par la saignée du pied, si l'état de la constitution le permet, par des applications répétées de sangsues à la vulve, par les lotions et les douches d'eau fraîche chargée de sucs de plantes émollientes et narcotiques. Les douches gélatino-sulfureuses ne doivent jamais être employées au début de l'éruption ; elles augmenteraient l'inflammation de la vulve et du vagin qui accompagne presque toujours celte variété du prurigo. En outre, les malades éviteront l'usage des sièges et des lits trop mous, qui entretiennent une grande chaleur autour des parties aflTectées. Dans les paroxysmes, qui se déclarent presque toujours pendant la nuit, les malades parviennent quelquefois à apaiser le prurit ardent qui les dévore, en appliquant sans cesse sur les parties génitales des linges imbibés d'eau très-froide. Enfin on a quelquefois réussi h guérir ou à calmer, par l'administration des fumigations sulfureuses ou cinabrées, des éruptions prurigineuses très-rebelles de la marge de l'anus et des parties génitales. J'ai aussi plusieurs fois employé, avec succès, les préparations arsénicales contre ces affections.

C'est probablement du prurigo ien»7/i qu'Hippocrate {Aphorism. Seclion ni, aph. 31 . i — EpiJem. lib. v), a voulu parler, lorsqu'il a mis au nombre des maladies des vieillards le' prurit de tout le corps. ;

La définiliou <jue Dielrich [lalrœum Hippocraticum. In-4o. Ulm. 1661 ) a donnée du cnesmos , d'après Galiea (xvijî-//c?, pruritus dolorijxca voliiptas in cule excitala ab acri salso ichore teniii , sine exitlceratione) est obscure et applicable à d'autres maladies prurigineuses ( lichen , urticaire, slropbulus ). La définition de Mercuriali ( Oportet lamen antè a!ia adnotare, quod omnes illi afFeclus , (juibus jugitur prurilus , différentes sont ab hoc! prurilu ; quia iu illis vel tumor , vel exulceratio, vel excorialio aliqua apparet, in pruiitui nihilborum. Videntur carnes parum niutalae, asperiorts quidt m aliquo paclo, sed .sine tumore insigni, exulceratione et excorialione. Prœlerea in aliis affeclibus , qui j unctum babenl prurilum , i cute seniper émanât aliqua sanies ; in prurilu nibil émanai, nisi ut ail Avicenna , qufedam corpora furfuracea, alque neque hœc émanant , nisi culis unguibus , dilanietur Merciu-ialis, ( De morbis cntaneis , lib. II, cap. 3, p. 62), quoique plus précise, rappelle cependant autant les caraclères du lichen, que ceui du prurigo ; Hafenreffur [De cutis nffectibus , lib. I, cap. 14) proposa ensuite de distinguer le pruritmi général et en local.

Toutefois , il faut reconnaître que le véiilablc caractère du prurigo , c'est-à-dire l'exiflence de papules prurigineuses de la même couleur que la peau, a été indiquée pour la premièrei fois par Willan ( Description and trealment of culannous diseases. Arl. Prurigo, in-4». London , 1798) , dont Baicman a reproduit le travail dans son Synopsis. Les ob.servalions postérieures et les remarques de M. Alibert {Quelques considérations sur le prurigo l'ormlcans. Nouvelle bibliotli. médic , mai 1825) , de M. Chamberct ( Diss. sur le prurigo, in-4"'- Paris, 1808), de M. Monronval {Recberclies et observations sur le prurigo. Paris, 1825) ainsi que celles de Sommer et de Loesclier sur le prurigo senilis ( Sommer. De affectibus pru-\ riginosis senuin. Alldorf, 1727, — Loescher. De pruritu senili. Wittenberg , 1728 ), méri-j tent d'êire consultées. Il est seulement à regretter que les palhologistes français aient souvenli désigné les papules du prurigo sous le nom vague de boutons, qui a été appliqué indislincte-i ment à toutes les élevures de la peau ; peut-èire aussi n'auraient-its pas dû se borner à indi>j quer les caraclères qui séparent le prurigo de la gale, sans faire mention du lichen, affection» papuleuse dont l'analogie avec le purigo est plus réelle. Plusieurs cas inlitulés prurigo, parj M. Monronval, me paraissent même être de véritables licliens ; telle est, en particulier, lai L cinquième observation de son mémoire dans laquelle il dit que les boutons étaient rouges etH saillans, ou disposés en groupes , de manière à former des plaques irrégulièrement arron-t dies. On trouve, en outre , dans quelques recueils scientijiques { Revue médicale , yùnXlhQ , p. 353 { hérédité ). — Archives générales de médecine, t, xvi, p. 291 ( prurigo guéri par leji vin de Colchique ). — Jour, hebdom t. vil , p. 428. — Revue médicale , t. IJ, p. 454 ( prujS rigo guéri par l'acide prus.sique) — Revue médicale , février 1829 ; juillet 1830 (prurit de la' vulve ). — Gazelle des hôpitaux, p. 352 (prurigo du pudendum Irailé par le sous-carbonate de potasse ). Lond. med. Gazette, t. XI , p. 34. — Foreesl, sous les noms de pruritus ani (Obs., lib. XXIU. obs. Il) et de pruritus auris {Obs. et Curât, médecin., lib. XI, Schol.l décrit; d'une manière vague des affections prurigineuses de ces parties), un petit nombre d'exemples de prurigo ; un des plus remarquable est celui d'un homme atteint du prurigo Jbrmicans , ({ia . . assis sur son lit et se déchirant la peau avec un peigne ( Wilkinson

M. Wilkinson trouva nu , Remarks on cutaneous diseases. in -S", London. 1832 ).

( P. Rayer.)

É lit!

liti k

PRUSSIATE. roj-ez Ctani-re.

PRUSSIQUE (Acide). Chimie, f^ojez CrA.NURr:

PSOITE. s. f. Psoitis, de ipox, lombe. Inflammation du muscle psoas.

La psoïte doit être fort rare , puisque , en quinze années d'exercice de la médecine , nous ne l'avons pas encore rencontrée une seule fois, que plusieurs de nos confrères interrogés à ce sujet sont dans le même cas, enfin qu'il n'existe qu'un très-petit nombre de travaux et de faits sur cette maladie. Ainsii Horu a publié en 1810 un mémoire sur le diagnostic de cette phlegmasie, Etmuller en 1816 une observation de suppuration et de destruction du muscle psoas gauche , M. Lestiboudois en 1818 une thèse sur la psoite , M. Guéneau dè' Mussy en 1831 un exemple de suppuration et désorganisation profonde des muscles psoas et iliaque du côté gauche, enfin Kyll , de Wssel , un mémoire en allemand sur la psoitis chronique et les abcès du psoas, trailuit eu 1834 par M. Richelot, et c'est à-peu-près là tout ce que nous possédons sur cette matière. Il ne faut pas s'en étonner ; le système musculaire en général s'enflamme difficilement; quelques auteurs prétendent même que toutes les inflammations et les suppurations qui semblent s'y développer naissent dans le tissu cellulaire qui en réunit les faisceaux ou les recouvre immédiatement. Cette opinion est sans jtLj doute trop absolue ; mais s'il existe des faits propres à la confirmer, ce sont ;ja|,. certainement ceux qui ont été publiés jusqu'à ce jour sur la psoïte , car il n'en est peut-être aucun dans lequel on ne puisse soutenir avec avantage, que l'inflammation a commencé par le tissu cellulaire et non par le muscle. Quoi qu'il en soit, voici, d'après les auteurs que nous ayons cités, 1 histoire de cett^ maladie.

On lui assigne pour causes : les efforts et principalement ceux qui ont pour but de ramener en avant le corps fortement renversé en arrière, ou de lutter contre une puissance qui tend à le courber dans cette direction, ou enfin de soulever de lourds fardeaux ; les coups et les chutes sur les lombes ou le bassin^ les affections rhumatismales; et enfin , suivant Kyll, un trop fort écartement des cuisses pendant raccouchemcnt au moment delà sortie de la tête de l'enfant. A l'exception des efforts violens, toutes ces causes nous paraissent chimériques ; les coups ou les chutes sur la région des lombes ou sur le bassin n'exercent au- j cune action directe sur les psoas, et si à leur suite on a trouvé l'un des ces muscles désorganisé au sein d'un foyer purulent, on ne saurait douter que labces n'ait précédé cette désorganisation et n'en ait été la cause ; les affections rhumatismales ne nous semblent pas pouvoir davantage produire la psoite, attendu que l'existence du rhumatisme musculaire est plus que contestable; enfin l'écartement des cuisses pendant l'accouchement , quelque exagéré qu'on le suppose, ne peut jamais être porté au point de déchirer les fibres du psoas en d'en déterminer l'inflammation et la suppuration , et les prétendues psoitesdu docteur | Kyll sont à nos yeux des abcès du tissu cellulaire du bassin qui sont venus te {

PSORIASIS.

PSORIASIS.

faire jour au dcliors en suivant la direction des tendons réunis du psoas et de l'iliaque.

La psoïte se manifeste par les symptômes suivans : le malade ressent, d'un seul côté ordinairement , car il est presque sans exemple de voir les deux muscles psoas affectés à-la-fois , une douleur plus ou moins vive qui , partant de la région lombaire , se dirige vers l'aine et la cuisse ; les mouvcmens de flexion, d'extension , et de rotation du membre en dehors , exaspèrent cette douleur ; tant qu'elle est peu vive et l'inflammation peu considérable , il peut encore marcher, mais en boitant et le corps courbé en avant et incliné sur le côté malade; tout eff'ort pour se redresser cause un tiraillement douloureux dans la direction de l'aine à la région lombaire ; les ganglions inguinaux sont engorgés , et tôt ou tard une tumeur se forme sur le trajet des tendons du psoas et de l'iliaque réunis. A ces signes locaux se joignent, lorsque l'inflammation offre quelque intensité, la chaleur de la peau , la fréquence du pouls, la soif, la perte de l'appétit , tantôt de la diarrhée et tantôt de la constipation quand c'est le psoas du côté droit qui est affecté , presque toujours au contraire une consti- [Dation opiniâtre lorsque c'est le gauche. Lorsque la suppuration commence à s'éablir, le malade éprouve plusieurs fois par jour , des frissons, de petites sueurs, les redoublemens, ses urines déposent un sédiment d'apparence puriforme, son pouls devient large et mou. Enfin, l'abcès se prononce en dehors, et, après son Ouverture artificielle ou spontanée, une petite fièvre, avec redoublement le oir, s'empare du malade, la diarrhée colliquative se déclare , il s'épuise , et .Heurt dans le dernier degré du marasme.

I Puisque la psoite peut avoir une aussi funeste issue, il est de la plus haute importance d'en arrêter le développement dès le début. Aussitôt donc que l'on i;n soupçonne l'existence , il faut recourir à l'emploi des moyens antiphlogisti- [ues les plus efiîcaces : saigner le malade s'il est sanguin et phlétorique, et si la jéaction fébrile est considérable , appliquer plusieurs fois de nombreuses sangjues à l'aine, aux lombes, autour du bassin, plonger les malades dans des jiains ou des demi-bains émolliens et les y faire séjourner le plus long-temps

ossible , recouvrir toutes les parties douloureuses de cataplasmes émolliens et iarcotiques , prescrire des lavemens de même nature , administrer des boissons

élayantes en grande abondance , imposer une diète sévère , telle est la thérajeutique à suivre. Si l'on ne peut parvenir ainsi à empêcher la formation du

us , il faut suspendre ce traitement énergique désormais nuisible, et attendre (n nourrissant légèrement les malades que l'abcès vienne se montrer au dehors

u que la fluctuation se manifeste dans la tumeur qui occupait la région ingui-

ale. Alors on doit donner issue à la matière purulente par une large ouverture

raliquée au-dessous du ligament de Poupart (Kyll) et dans toute la longueur |iust) , et rendu son écoulement facile en maintenant les lèvres de l'incision 1 bartées au moyen de l'éponge préparée jusqu'à la guérison. Tel est du moins jivis donné par le docteur Kyll en pareil cas , et, qu'il ait eu à traiter des psor

s , comme il le suppose , ou des abcès du bassin comme nous le croyons , son

)nseil est bon à suivre puisqu'il l'a puisé dans l'expérience.

Horn. Aanales générales de médecine d'Altemliourg , 1810. fElmu/lei: Observation de phthisie du psoas; publiée dans la Bibliothèque médicale, ame LVIII, page 381.

Lestiboudois. Dissertation sur la psoïtis , 1818,

Guéneau de Mussy. SuppuratioD et désorganisation profonde des muscles psoas et iliaque i côté gauche , après Taccouclicment. Lancette française , t. v, n. 14.

t^yll , Mémoire sur la psoïlis chronique et sur les abcès du psoas ; dans Rust's Magazine ,

me XII, part. 2, page 311 ; traduit de l'allemand, par le docteur Ricbelot.

Archives générales de médecine , septembre 1834. ( L. Ch. Roche. )

PSORIASIS. Inflammation chronique de la peau , bornée à une région du irps ou étendue à presque toute sa surface ,se présentant d'abord sous la forme jélevures solides qui se transforment en plaques squameuses de dimensions vaées , non déprimées à leur centre, et dont les bords sont ordinairement irrélliers et peu proéminens.

§ \". Symptômes. Les variétés du psoriasis peuvent être réduites à quatre "incipales :

1°. Dans l'une ( psoriasis discret ; psoriasis guttata ; Willan ) on distingue sur le ou plusieurs régions du corps , ou sur presque toute sa surface , un certain )mbre d'élevures et de petites plaques squameuses , discrètes , irrégulièrement rconscrites de deux à quatre lignes de diamètre et dont la forme est assez anague à celle qui résulterait de grosses gouttes d'eau projetées sur la peau ; telle it l'origine de l'épithète employée par Willan pour caractériser cette variété. jChacune de ces plaques sqameuses s'annonce par une petite élevure , solide, |uge , du volume de la téte d'une épingle, et dont le sommet se couvre bientôt une petite écaille sèche d'un blanc mat. Ces plaques sont irrégulièrement arronjes, légèrement proéminentes surtout vers leur centre , séparées les unes des ftres par des intervalles assez considérables. Lorsqu'on détache les squames qui [couvrent les plaques , le derme paraît rouge et irrité , et lorsque ces écailles nt enlevées par des bains , des lotions , des onctions , le psoriasis discret ap- |raît sous la forme de taches arrondies , de deux à quatre lignes de diamètre , un rouge brunâtre et légèrement proéminentes. La guérison s'opère quelqueis du centre à la circonférence des plaques, comme dans la lèpre; alors le ilieu des plaques présente accidentellemeut une dépression et prend une teinte ?èrement jaunâtre. A mesure que la guérison avance, ces plaques se trans- ^l'ment en segmens ou en petits arcs de cercles. Pendant plusieurs semaines la |au offre de petites taches d'un gris brun ou jaunâtre sur les points qui avaient *î occupés par les plaques.

DiCT. DE MÉDECIHE ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.

Cette espèce de psoriasis est rarement accompagnée de prurit , même lorsque la chaleur du corps est augmentée par l'exercice ou par d'autres causes.

Les plaques du psoriasis discret peuvent être bornées au cuir chevelu , à la face , au tronc , aux membres , ou être disséminées sur toutes ces régions , sur lesquelles elles se sont montrées à-la fois ou d'une manière successive. Presque toujours irrégulièrement réparties, elles sont très -nombreuses sur quelques points et rares sur quelques autres ; sur les membres , elles sont toujours plus nombreuses dans le sens de l'extension que dans celui de la flexion. Le psoriasis discret se montre le plus souvent dans l'automne et le printemps , et disparait quelquefois spontanément pendant l'été. Il peut apparaître et disparaître aussi pendant plusieurs années successives. Chez les enfans son développement est ordinairement plus rapide que chez les adultes.

2o. D'autres fois , et presque toujours, lorsque l'éruption est considérable , les papules primitives sont, sur un ou plusieurs points, assez rapprochés les uns des autres pour que les plaques squameuses qui leur succèdent se réunissent et se confondent par leurs bords correspondans (Psoria'Sis confluent , — psoriasis difusa ; Willan). Alors . ces plaques squameuses ont des dimensions et des formes très-variables. Comme celles du psoriasis guttata , chacune des plaques qui font partie des groupes, s'annonce par une élevure solide , comme papuleuse , sur le sommet de laquelle se forme une petite écaille , sèche, d'un blanc mat. Enfin les plaques s'étendent , deviennent confluentes et forment une surface squameuse, irrégulière , sur laquelle cependant les plaques primitives peuvent être souvent reconnues. Ces plaques squameuses sont quelquefois irrégulièrement entrecoupées par des lignes et par des surfaces rougeâtres anguleuses, non pourvues de squames.

Le psoriasis est plus ordinairement confluent sur les membres que sur le tronc. Ses larges plaques disparaissent quelquefois sur une région en même temps que l'éruption paraît sur une autre.

La disposition de plaques en petites taches circulaires ou en larges groupes , n'entraîne point de différence dans la nature de la maladie : on voit souvant le psoriasis être guttata sur le tronc , pendant qu'il est diffusa sur les membres.

Dans le psoriasis confluent , récent, les malades éprouvent, dans les parties affectées , une douleur et une démangeaison assez vive, que le séjour au lit , le voisinage d'un foyer et toutes les causes qui élèvent la température du corps exaspèrent toujours.

Sur les jambes et sur les avant-bras , le psoriasis confluent forme quelquefois une sorte de bande irrégulière et plus rarement une véritable enveloppe qui embrasse, dans toute sa longueur , le membre affecté. Dans ce cas , au lieu des écailles nacrées ordinaires du psoriasis , on ne distingue quelquefois sur la peau , que de petites écailles furfuracées dont la couleur se rapproche de celle de la farine de moutarde. Lorsque les squames ont été enlevées par des lotions, des bains et des douches de vapeur, etc. , la surface qu'elles couvraient parait lisse , brillante et très enflammée.

3°. Que cette inflammation se soit montrée sous la forme de petites plaques discrètes (psoriasis g-u^afa) , ou sous celles de plaques confluentes (psoriasis diffusa) , lorsqu'elle a existé pendant plusieurs mois ou pendant plusieurs années , surtout lorsqu'elle est héréditaire ou développée chez des sujets dont la constitution est détériorée, le mal s'aggrave, le tissu de la peau devient dur et s'épaissit ; les plaques primitives ne sont plus reconnaissables , se couvrent de squames sèches , dures , blanches et épaisses ; la peau rude , tendue , peu extensible se prête difficilement aux mouvemens des membres , paraît éprouver une sorte d'hypertrophie , et bientôt des gerçures nombreuses, plus ou moins profondes la sillonnent dans diverses directions et surtout dans celles des plis naturels de la peau (Psoriasis invclerata Willan; psoriasis agria des anciens). Dans les cas rares où les larges plaques du psoriasis inveterata recouvrent le tronc et les membres , ils semblent revêtus d'une nouvelle enveloppe écailleuse, la surface du corps prend une apparence hideuse que quelques pathologistes ont comparée à l'écorce des vieux arbres. C'est même d'après cette considération que M. Alibert a désigné celte dernière période du psoriasis sous le nom de dartre squameuse lichénoide. Quelquefois ces plaques se dessinent fortement en relief à la surface de la peau, dépassent quelquefois d'un quart de ligne ou d'une demi-ligne le niveau des parties saines environnantes.

Lorsque le psoriasis est parvenu à ce degré , la production des squames est si abondante, que chaque jour on en trouve une quantité considérable dans le lit des malades, et que leurs vêtemens en sont habituellement remplis. Ces squames ont quelquefois une ligne d'épaisseur. Dans le voisinage des articulations, des gerçures s'y forment, deviennent de plus en plus profondes, fournissent du sang et quelquefois une humeur qui se dessèche sous la forme de croûtes linéaires. En outre , la peau est souvent le siège d'une démangeaison brûlante , surtout pendant la nuit. Enfin , dans quelques cas rares on a vu des excoriations superficielles , considérables , se former sur le dos , les fesses et les membres inférieurs , occupés par cette affection , et les malades éprouver les plus vives douleurs.

4». 'Willan a décrit, sous le nom de psoriasis gyrata,\xne éruption squameuse, vermiforme, caractérisée par des bandelettes squameuses , contournées en spirale ou bien disposées en bandes longitudinales traversées par de petites lignes superficielles correspondant aux rides naturelles de la peau. Ces bandelettes, que l'on a observées sur le tronc et les membres , sont le siège d'une desquamation furfuracée très-légère. Je n'ai rencontré que deux exemples d& cette variété; dans aucun d'eux, il n'existait ni papules, ni plaques squameuses arrondies, analogues à celles du psoriasis guttata. Cette éruption est

PSORIASIS.

PSORIASIS.

rarement accompagnée de prurit, même lorsque la chaleur du corps est augmentée par l'exercice ou toute autre cause.

La durée du psoriasis est toujours de plusieurs mois à quelques années ; elle est toujours longue lorsque les plaques sont nombreuses , lorsque l'éruption est ancienne et invétérée, lorsque la maladie est héréditaire et qu'elle a déjà présenté de nombreuses récidives.

§ II. Indépendamment des différences remarquables qu'offre cette éruption^ suivant qu'elle ne consiste qu'en de petites plaques isolées (psoriasis discret) , ou en larges plaques écailleuses irrégulières (psoriasis confluent), ou sillonnée par des gerçures (psoriasis mceie/'e), elle présente encore quelques particularités suivant les régions du corps sur lesquelles elle se développe.

1°. Le psoriasis se montre rarement sur le cuir chevelu d'une manière primitive. On l'y observe le plus ordinairement sous la forme discrète; les écailles sont toujours plus jaunâtres et plus farineuses que sur le tronc. La forme confluente est plus rare ; cependant, j'ai vu le psoriasis occuper presque toute la surface du cuir chevelu et s'avancer sur le front, parallèlement à la ligne d'implantation des cheveux , sous la forme d'un bandeau d'un pouce de largeur , proéminent, couvert de squames rudes d'un blanc mat, et dont le bord inférieur, rougeâtre, était fortement détaché delà peau. Le psoriasis provoque quelquefois rinQammatiou des bulbes des cheveux dont la chute s'opère sur les points affectés.

2o. Le psoriasis se voit souvent sur la face en même temps que sur d'autres régions du corps. Cependant cette éruption peut être bornée à la figure ; les plaques qui la caractérisent sont rouges, furfuracées , et les écailles sont ordinairement très'légères. Le tissu cellulaire sous-cutané est tuméfié , lorsque le psoriasis est ancien et passe à l'état invétéré. Aux paupières, il s'annonce toujours, comme ailleurs , par des papules ; ces plaques se montrent vers les angles des yeux j les paupières deviennent raides , tendues et gercées. Chez les enfans , l'éruption est quelquefois suivie de la chute des cils et des sourcils.

L'affection que j'avais décrite , avec Willan , sous le nom de psoriasis des lèvres , nie paraît aujourd'hui appartenir au pityriasis, de même que quelques affections squameuses des paupières.

3». Le psoriasis du tronc existe bien rarement sans qu'on observe une semblable éruption sur les membres. Lorsqu'il est invétéré , les écailles qui le caractérisent sont ordinairement plus minces et moins larges que celles qu'on observe dans le psoriasis des membres, surtout aux coudes et aux genoux.

4°. Le psoriasis Aascrotum est très-rare et passe souvent à l'étal invétéré. Il est alors accompagné de très-vives démangeaisons et de crevasses douloureuses. J'ai observé un cas de psoriasis gfiiiaia caractérisé par de petites plaques proéminentes disposées parallèlement au raphé. On a vu, chez des enfans, les taches circulaires du psoriasis gultata, développées sur les bourses et vers la marge de l'anus, être prises pour des tubercules syphilitiques , dont elles diffèrent par leur origine sous forme de papules squameuses , par l'aspect plus franchement furfuracé de leur surface et presque toujours par la co-existence de papules et de plaques squameuses sur le ventre et les cuisses.

5°. Le psoriasis du ^rey!;uce est aussi très rare , et devient presque toujours iwvétéré et s'accompagne d'un épaississement de la peau , de fissures sanguinolentes et douloureuses qui peuvent elles-mêmes être suivies d'un léger engorgement des ganglions lymphatiques de i'aine. Ce psoriasis , ordinairement trèsrebelle chez les adultes a parfois nécessité l'opération du phymosis. 11 importe beaucoup de ne pas confondre les plaques squameuses par lesquelles débute ce psoriasis, avec les plaques syphilitiques qui se développent quelquefois sur les mêmes parties.

Enfin je dois faire une mention spéciale de trois variétés de psoriasis des mains.

1°. Les psoriasis palmaire, discret et co/j/?uenï commencent par des élevures plus larges que celles des autres variétés de psoriasis ; elles sont rougeâtres , fermes sous le doigt, et sont le siège d'une chaleur et d'une démangeaison assez vive. Une forte pression exercée sur ces éminences produit de la douleur, et pour peu que ces papules soient nombreuses , le malade est obligé de renoncer à toute occupation manuelle. Dans le psoriasis confluent, la paume de la main se gonfle légèrement et devient le siège d'une rougeur violacée générale.

Plus lard, et pcu-à-peu , ce sentiment de chaleur, que les malades éprouvaient au commencement, disparait au moins en grande partie , et la démangeaison douloureuse qui l'accompagnait devient bien moins désagréable. Pendant ce temps, l'épiderme qui recouvre les élevures, s'épaissit considérablement, prend une teinte jaunâtre semblable à celle de la peau du talon, se dessèche, devient friable et plus ta;d d'un blanc mat sur le sommet de ces élevures. A celte période, soit spontanément, soit par l'action des ongles des malades , l'épiderme qui couvre les élevures papuleuses altéré et fendillé, est détaché et laisse à nu un nouvel épiderme mince et rosé.

L'épiderme qui environne les papules éprouve aussi des modifications : il s'épaissit considérablement , prend une teinte jaune sale, se dessèche, devient comme farineux à sa surface , et s'exfolie irrégulièrement, d'abord dans le voisinage des anciennes papules , puis dans celui des articulations et des plis de la peau de la main.

Celle desquamation est toujours irrégulière et présente un aspect autre que celle du psoriasis palmaire centrifuge ; mais comme elle, et peut-être encore plus souvent elle est accompagnée de gerçures linéaires qui pénètrent jusqu'au vif dans les plis naturels de la paume de la main , et d'un plus grand nombre d'autres fendillures moins profondes et qui n'intéressent pas le derme luimême.

2o. Le psoriasis palmaire centrifuge s'annonce dans la paume de la main pai i une élevure solide dont le sommet présente une petite écaille épidermiquc i blanche et sèche ; ce point blanc est bientôt cerné par un cercle rougeàtn i sur lequel Tépiderme se dessèche et se détache circulairement. Aptour de ci i premier cercle , il se forme un second sur lequel s'opère une semblable desqua* i mation. Ces cercles, de plus en plus excentriques , peuvent ainsi s'étendre ô h toute la paume de la main, en même temps que des plaques squameuses se % montrent sur la face palmaire des doigts. Les parties affectées sont le siég^ ^ d'une très-vive démangeaison , qui augmente toutes les fois que la main esi i exposée à la chaleur ou plongée dans l'eau tiède , et même par le mouvemeni i répété des doigts. Lorsque les malades se sont grattés, la peau prend une teinte | rouge violacée ; plus tard elle présente des gerçures qui correspondent alii ; lignes que l'on observe ordinairement à la paume de la main. Les petites siit' i faces comprises entre ces gerçures sont couvertes de squames très-dures e i fort épaisses ; la paume de la main est raide et sèche. Cette maladie a été prin ;| cipalement observée chez les limonadiers et chez les blanchisseuses , dont le)l t mains sont souvent plongées dans des lessives plus ou moins irritantes , él| i chez les chaudronniers, les ferblantiers et les orfèvres, dont la paume dij i la main est irritée par des pressions répétées ou le contact de certaines sub i stances métalliques. Ce psoriasis palmaire s'aggrave en hiver et se guéri' i quelquefois pendant l'été. Après la guérison, la peau reste quelque templ \ lisse et d'un rouge obcur. Enfin, il est rare que cette maladie ne présente pa j plusieurs récidives, lorsque les individus qui en ont été affectés ne quitten i pas la profession qui en a été au moins la cause occasionnelle.

3°. On a désigné , sous le nom de gale des épiciers , une variété du psoriasil i diffusa , qui se développe quelquefois sur la face dorsale des mains des indi, vidus livrés à cette profession , mais qu'on a aussi observée chez les boulan ■{ gers , les blanchisseurs et dans les classes élevées de la société. Cette éruptioi i commence par deux ou trois petites élevures squameuses qui gagnent successivement toute la face dorsale de la main. La peau enflammée est bientôt Ira versée par des gerçures sèches et douloureuses qui correspondent surtout au> i articulations des premières phalanges des doigts avec les os du métacarpe e J l'union du carpe avec les os de l'avant-bras. On distingue cette variété du spsoria sis du lichen confluent et chronique de la face dorsale des mains, en ce que, dani ce dernier, l'état furfuracé de la peau est constamment précédé d'une éruptior considérable de petites papules. Il faut aussi distinguer ce véritable psoriasil des inflammations squameuses artificielles auxquelles sont sujets les individui qui exercent certaines professions.

Lorsque l'une de ces variétés , ou lorsque tout autre forme du psoriasil envahit; la totalité de la main , la matrice des ongles devient quelquefois ellemême le siège d'une inflammation chronique; alors les ongles s'épaississent, st recourbent, se fendillent et finissent par se détacher ; ils sont ensuite rem^ placés par d'autres qui peuvent eux-mêmes subir une semblable altération Le psoriasis plantaire est plus rare que le psoriasis palmaire et moins souveni accompagné de gerçures.

4». Je ferai observer , relativement au psoriasis des membres inférieurs , qiie celui des jambes passe souvent à l'état invétéré. Alors les jambes paraisseW munies d'une nouvelle enveloppe squameuse , générale, dont l'aspect a vrdî^ ment quelque analogie avec celui du lichen des arbres auquel on l'a comparé.

§ III. Le psoriasis est rarement associé à d'autres inflammations de la peau, si on en excepte la lèpre. On l'a vu cependant coïncider, surtout chez les enfans, avec l'eczéma impétigineux , et parvenir à un degré très-élevé. Alors j à travers les écailles minces qui recouvrent les plaques, on aperçoit des vésicules et surtout des points purulens. Plus tard , ces surfaces peuvent s'excorier et former des croûtes minces , lamelleuses , jaunâtres , comme celles del l'eczéma impétigineux. Quelquefois , surtout chez les enfans , pendant le Irayaili de la dentition , au début du psoriasis, ou pendant son cours, on observe en même temps une inflammation apyrétique de la membrane muqueuse gastrointestinale. C'est pour cela sans doute que Willan et Bateman ont mis au nombre des symptômes précurseurs du psoriasis , des douleurs épigastriques , des lassitudes, de la céphalalgie et d'autres symptômes qu'on rencontre très-' rarement dans les psoriasis exempts de celte complication.

§ IV. Causes. Après l'eczéma et le lichen, le psoriasis est une des inflammations chroniques de la peau les plus fréquentes. De toutes les formes qu il peut présenter, celle que j'ai désignée sous le nom de psoriasis rf/it-rei est la plus commune; sur un certain nombre de psoriasis, elle entre réellement dans la proportion des trois cinquièmes. Le psoriasis se montre principalement chez les adultes, depuis l'âge de vingt-huit à, trente ans, et spécialement chez les femmes douées d'un tempérament nerveux et sanguin. En outre, le psoriasis est de toules les affections chroniques non contagieuses des tégumens, ' celle dont l'hérédité est le mieu.\ démontrée. Les saisons ont une influence ' trèi-marquée sur la production de cette maladie , dont le développement a lieu ordinairement dans les premiers jours d'automne ou du printemps. L'influence des professions semble être bornée à quelque variétés locales. Enfin toutes les causes qui irritent directement ou indirectement la peau, peuvent être la cause occasionnelle de cette maladie , qu'on a vue succéder à des attaques répétées de lichen et de prurigo , à l'application d'un vésicatoire ou à une autre affection de la peau. i i-

§ V. Diagnostic. Le psoriasis ne peut être confondu qu'avec trois maladies qui, comme lui, affectent la forme squameuse, savoir : la lèpre , le pilyriasis et les plaques squameuses syphilitiques. 11 existe réellement entre la lèpre et le psoriasis une grande analogie ; elle est très-remarquable, surtout entre le pso-

PSORÏA.SIS.

PSORIASIS,

riasis guttata et la lèpre. Ces deux inflammations de la peau commencent par (les éievures solides et comme papuleuses, toutes deux acquièrent bientôt la ; forme de plaques squameuses circulaires; enfin, chez un même malade, on voit souvent les plaques squameuses affecter la forme du psoriasis giitiata sur le tronc, et celle de la lèpre sur les coudes ou les genoux. Aussi M. S. Plumbe et ■ M. Duffin ont-ils pensé, dans ces derniers temps , que la lèpre et le psoriasis n'étaient que deux variétés d'une même affection. Quoi qu'il en soit, il n'im- ; porte pas moins de faire ressortir les caractères qui distinguent entre elles ces I deux éruptions, ou, si l'on veut, ces deux variétés d'une même inflammation. I Aussi il est constant que les plaques du psoriasis guttata sont moins larges que j celles de la lèpre; que leurs bords ne sont point élevés et que leur centre n'est I pas déprimé comme ceux de cette dernière; et que dans le psoriasis les squames I sont plus adhérentes et moins chatoyantes que celles de la lèpre. Les différences ( sont encore plus tranchées entre la lèpre et le psoriasis diffusa. Les plaques de i ce dernier sont irrégulicres et non déprimées dans leur centre ; celles de la lèpre l sont exactement circulaires ; et lors même que plusieurs plaques lépreuses sont \ réunies , leur disposition circulaire est encore indiquée par les arcs de cercle il qu'elles présentent à leur circoulérence.

! Le psoriasis diffère des plaques syphilitiques (psoriasis syphililica, Willan), en ce que ces dernières sont d'une teinte cuivreuse ou violacée, plus foncée à leur centre qu'à leur circonférence , elles sont sans écailles , couvertes d'une lamelle épidermique transparente qui ordinairement se détache circulairement, ( laissant à nu une surface d'un jaune cuivreux, lisse et polie, cernée par un liseret épidermique. D'ailleurs elles ne sont pas accompagnées de prurit, et sont souvent compliquées d'affections syphilitiques de la conjonctive ou du pharynx, j d'exostoses, etc. ; elles guérissent assez rapidement à la suite de l'administration |des préparations mercurieiles. Enfin, la disparition de ces taches s'opère de Wear circonférence vers leur centre , caLraLcihïe qui les distingue suflisamment j des plaques squameuses de la lèpre et de quelques psoriasis, j Le psoriasis guttata du cuir chevelu diffère du pityriasis, en ce que le premier j se montre sous la forme de plaques, qui présentent toujours au-dessous des squames un point central rouge qui dépasse le niveau de la peau.

§ VI. Pronostic. Les variétés du psoriasis désignées par Willan sous les noms de diff'usa et d'infcterata , sont ordinairement très-rebelles et plus opiniâtres que la lèpre. En général le psoriasis guttata est moins grave que le diffusa, qui lui-même est moins rebelle que Vinveterata ; ce dernier est souvent incurable. Lorsque la guérison du psoriasis discret a lieu, elle s'opère d'abord sur un ou plusieurs points, et s'étend de là, sur les autres régions du corps : elle est annoncée par l'affaissement des plaques. Lorsque les psoriasis diffusa et inveterata se terminent par la guérison, les gerçures de la peau disparaissent, l'inflanunation du derme diminue mais lentement, l'épiderme altéré est remplacé par un 'autre moins épais, moins sec et moins cassant , et, après plusieurs desquamations successives , le derme se couvre, dans les points affectés , d'un épiderme 'semblable à celui de la peau non malade.

§ VII. Le traitement et le régime du psoriasis doivent être dirigés d'après les mêmes principes que ceux de la lèpre; il faut varier les modifications, d'après Vélatplus ou moins enflammé de la peau. Lorsque le psoriasis guttata est récent et lorsqu'il s'est développé chez un adulte, il convient d'attaquer celte maladie par une ou plusieurs saignées. Je possède aujourd'hui un assez grand nombre de faits qui prouvent qu'elles sont constamment utiles, et MM. Duflin, Wallace et Graves ont fait des observations analogues, à Dublin et à Edimbourg. On îemploie, en même temps, les bains simples, ou mieux encore des bains narcotiques émolliens et frais, qui diminuent l'irritation de la peau et la démangeaison très-vive dont elle est toujours accompagnée.

I Chez les adultes , on se sert avec avantage de douches et de bains de vapeur. (En alternant leur ernpjoi avec celui des bains sulfureux, on est quelquefois par- |'enu,dans l'espace de trois ou quatre mois , à guérir des psoriasis confluens ^eu enflammés.

! Lorsque le psoriasis confluent est ancien, on peut essayer de changer le

tiode d'irritation de la peau, à l'aide de frictions faites avec une pommade stiiée ; ces frictions ont même été utiles dans quelques psoriasis invétérés ^ |uoique dans ce cas l'altération de la peau soit si profonde qu'elle est presque ioujours incurable au moins chez les vieillards.

Le psoriasis invétéré est toujours amélioré par l'usage des bains émolliens et larcotiques, et par celui des bains et des douches de vapeur dont on se sert pour ppérer la chute des squames. Chez les vieillards atteints de psoriasis invétérés ît dont la peau est épaissie et indurée sur quelques régions du corps , il faut se porner à ce traitement palliatif. Ce parti me semble préférable à tout autre, îOrsque la maladie s'est développée chez un individu appartenant à la classe du )euple et qui éprouvera certainement une récidive dès qu'il aura été rendu à es occupations ordinaires. On a vu de ces malades atteints de psoriasis invété- •és f n'éprouver dans leur état aucune amélioration , après avoir pris plus de :ent cinquante douches ou bains de vapeur , ou après avoir été soumis à des raitemeus intérieurs, très-énergiques, à la suite desquels quelques-uns ont été tteints d'accidens plus ou moins graves.

( Dans le traitement des psoriasis diff'usa et guttata , on a conseillé d'adminisrer tous les jours , pendant plusieurs mois , une demi once de sel d'Epsom ou tfeux gros de sous-carbonate de potasse, ou quelques grains de calomel et de jesmede jalap, de manière à produire plusieurs évacuations alvines. Les malades [ont en même temps soumis à l'usage des bains tièdes, et on a soin d'interrompre administration des purgatifs , toutes les fois qu'il survient des symptômes non

équivoques d'une inflammation gastro-intestinale. Celte pratique paraît surtout applicable aux psoriasis de la face ou du cuir chevelu.

Le deuto-chlorure de mercure, à la dose d'un quart de grain par jour, le sulfite sulfui é de soude porté successivement jusqu'à la dose d'un scrupule , ont également procuré quelques guérisons de psoriasis.

Dans le traitement des diverses espèces du psoriasis, et surtout dans celui du psoriasis invétéré on a conseillé d'employer la teinture de canlharides, et de la porter successivement depuis la dose de cinq gouttes jusqu'à celle de soixante gouttes par jour, s'il ne survient point de désordre appréciable des organes de la digestion , de la respiration ou des voies urinaires , et d'en continuer l'usage pendant deux , trois ou quatre mois , jusqu'à ce qu'il s'opère un changement favorable dans l'état de la peau. On a également recommandé de remplacer l'administration de la teinture de cantharides par celle des préparations arsenicales et d'en continuer l'usage pendant plusieurs mois , en ayant soin de l'interrompre de temps en temps et d'en surveiller attentivement les effets. 11 est certain qu'après l'administration de ces remèdes énergiques, on est parvenu à guérir plusieurs espèces de psoriasis, et même des psoriasis invétérés; mais il n'est pas moins bien démontré que la plupart de ces guérisons n'ont été que momentanées , que des rechutes se sont déclarées à l'automne ou au printempsj que ces rechutes sont surtout très-fréquentes dans la classe du peuple; et que la plupart des psoriasis invétérés traités par cette méthode n'ont éprouvé aucune amélioration, quoique l'usage des préparations arsenicales ou de la teinture de cantharides ait été continué pendant cinq à six mois. Aussi me paraît-il , en général , peu convenable de soumettre à un traitement arsenical des malades affectés de psoriasis invétérés, dans le faible espoir de produire une amélioration passagère, et avec la crainte non moins fondée de porter quelque dérangement dans les organes intérieurs ou dans la constitution.

En résumé, le psoriasis discret et le psoriasis confluent peuvent être attaqués , avec succès , par des médications moins dangereuses que les précédentes , par les bains de vapeur , la pommade de précipité blanc , etc. ; et un traitement palliatif me paraît seul applicable aux psoriasis invétérés, surtout chez les individus appartenant à la classe du peuple.

Les variétés locales du psoriasis présentent les mêmes indications curatives que le psoriasis général. Les lotions, les bains , les cataplasmes, les onctions émollientes et narcotiques , sont utiles toutes les fois que la peau est rouge et douloureuse. Dans le psoriasis palmaire , on emploie ordinairement les bains simples, les bains d'eau de vaisselle , les douches de vapeur, la pommade de calomel , etc. Lorsqu'il a été produit ou entretenu par quelque cause externe, la première indication est d'en écarter l'influence.

Sous le litre de psora , les mcdecios grecs ont indiqué deux maladies difFérentes. Celle qu'ils désignent sous le nom de i^to^K = Xxcoos ou de psora ulcéreux , paraît correspondre à une inflammation pustuleuse que j'ai décrite sous le nom d'impéligo ; l'autre , qu'ils appellent simplement ^5ora, psora /e/jreHor ( ^m^« }.in^,io'Jif), était probablement la maladie squameuse que je viens de décrire. ( Galieni , Opéra deoculo, Cif.yu. def. med.) se sert du mot psoriasis, pour désigner l'état squameux des paupières et du scrotumi mais on ne peut pas affirmer que Sa description ne s'applique qu'au psoriasis , et qu'elle ne peut appartenir au pityriasis, au lichen, etc., des mêmes parties. Toutefois , c'est d'après ce passage que Willan s'est cru autorisé à réunir sous le nom de psoriasis , toutes les inQammations squameuses non contagieuses , difFérentes de la lèpre et du pityriasis. Le mot psora ne se trouve point dans Celse; mais cet auteur a indiqué asses clairemeal les caractères du psor<i lépreux des Grecs ou du psoriasis, dans sa définition de la deuxième espèce d'impétigo ( Alterura genus pejus est, simile papulîe ferè, sed asperius rubicundiusque figuras varias habens ; squamnls ex summâ cute decidunt. etc. ( Celsus , De medicinâ, lib. v, sect. xxxviil. )

Willan pense que les médecins arabes ont indiqué le psoriasis sous le nom usagro , que les traducteurs latins ont rendu par serpigo ou par im/je/ig^o (iSer/7ecfo est asperitas quae in superficie accidit cutis et ad nigredinem déclinât , aliquando ad ruborem. Petiginis aulem chronicœ et diuturnœ in quâ non excoriatur cutis, signa sunt, quod in profondo est membri , et squamuIsB ab eâ lolluntur rotunds quales piscium videmus squamas. ) (Haiy Abbas. Tkeor., lib. VIII, cap. 16. )

Le psoriasis a été ensuite plutôt mentionné que décrit par Mercuriali, HafenrefFer, Plater , etc., sous les noms de spora et de scabies sicca, noms donnés aussi au lichen. Le psoriasis a été indiqué par Manard , Feruel , Sennert Willis , etc., sous le nom dUmpetigo. Le passage suivant de Senuert paraît spécialement applicable au psoriasis diffusa: « cognoscilur morbus quôJ cntis dura , sicca , aspera , et quasi squamosa redditur : adest prurilus ; et malum in dies laliùs serpit et ab exiguo initio sese latè dififundit. (Senuert. Med. prat., t. i, cap. 30. De impetigine , )

Quelques palhologisles anglais avaient fait mention du psoriasis sous le nom de scalj lelter 0\x de drj- scall (dartre écailleuse ). Willan, le premier, en a donné une description complète et fort exacte. Bateman et M. Gomez l'ont fidèlement reproduite dans deux ouvrages estimés. Les observations postérieures de M. Plumbe ont eu pour objet d'établir l'identité de nature du psoriasis et de la lèpre , et ceux plus récens , de M. Duffin , tendent plus particulièrement à faire ressortir le caractère inflammatoire de ces deux maladies. Sous le nom de dartre sèche , quelques patliologistes français avaient vaguement indiqué le psoriasis ; M. Alibert en a décrit le degré le plus élevé ( psoHasis inveterata ), sous le nom de dartre squameuse lichenoide ^ et a rapporté quelques observations de psoriasis guttata et diff'usa sous le titre de dartre furfur acée .

Quelques observateurs , contradictoiremenl â l'opinion généralement admise , pensent que le psoriasis peut quelquefois être transmis par contagion ( Gazette méd., 1832, p. 1 10. — Bull, des se. méd. de Férussac , t. XVII, pag. 44 ), mais les faits qu'ils citent paraissent peu concluans.

Enfin , on trouve dans divers recueils des observations et des remarques sur les variétés et le traitement de cette maladie ( Journ. hebd., t. I, première série , p. 258 ( psor. invétéré guéri parla solut. deFowler). — iAo«rn. AeM., t. iv, p. 74-77 ; l. vu , p. 432 ; t . viir, p.l03. — Revue médic.y juin 1830, p. 341 ( emploi du chlorure de soufre ), — Lond. med. Gazette ( emploi du nitrate d'argent ). — Lancette française , t. v, p, 42. — Journ. des hôpitaux.

ptérygion.

p. 349. — Journ. complèm . des se. mèd.,\..xx^xs. 45; t. xnit,p.71. — Loni. med, Gnz., t. xr, p. 268 ). ( P. Raîer. )

PSYBRACIUM et au pluriel PSTDRACIA. <pvxpa. v^p^Mx, gouttes froides, nom appliqué par Willan à de petites pustules souvent irrégulièrement circonscrites , éparses ou disposées eu groupes , se terminant par des croûtes de formes variées (pustules de l'impétigo) ou par des indurations tuberculeuses (pustules de la couperose , de l'acné et de la mentagre); quelquefois par de petites ulcérations (sypbilide psydraciée). Les éruptions diverses que l'on classe dans les psydracia ont fort peu d'aualogie entre elles hors la dimension des pustules et ne peuvent former une famille. (P. Rayer.)

PTARMIQUE. Nom officinal de I herbe à éternuer, achiUea ptarmica , plante de la syugénésie polygamie superflue, Liwn., et de.la famille des radiées, Juss., qui croit dans nos climats sans culture. Quoique née dans les lieux humides , elle se dislingue par une saveur extrêmement âcre et qui se trouve nonseulement dans les feuilles et les liges, mais encore dans les racines. Employée soit fraîche , soit à l'état de dessiccation , elle agit vivement sur les membranes muqueuses du nez et de la bouche, où elle provoque une sécrétion abondante , accompagnée dans le premier cas d'clernuement. C'est de là que que lui est venu son nom. Cette plante est bien peu usitée en médecine, maintenant que la stimulation de la muqueuse naso-buccale n'est plus guère employée en thérapeutique , et l'on ne s'est pas occupé de l'étude de ses principes, qui pourtant pourraient présenter quelque intérêt.

(F. Ratier.)

PTERYGION. s. m. Pierj-gium , de Tcnpv^ , aile. Le ptérygion consiste en un épaississement , en une sorte d'hypertrophie partielle de la conjonctive oculaire, s'offrant sous l'apparence d'un repli plus ou moins épais , de forme triangulaire , dont la base correspond vers la circonférence du globe de l'œil , tandis que son sommet s'étend vers la cornée transparente et s'avance quelquefois jusqu'à son centre.

Le plus ordinairement il n'existe qu'un ptérygion , et il a sa base tournée du côté de la membrane clignotante, avec laquelle elle se confond.

Mais cette affection est sujette à beaucoup de variétés : ainsi il n'est pas rare de rencontrer un ptérygion sur chaque œil , ou bien le ptérygion unique qui existe a sa base tournée en dehors , ou bien enfin , il en existe deux ou même quatre sur le même œil, tous opposés , par leur sommet , vers le centre de la cornée transparente. L'épaisseur du ptérygion est aussi sujette à varier, sans que cette circonstance tienne précisément à l'ancienneté de la maladie. Dans quelques circonstances il reste mince , et son tissu , grisâtre et demi transparent , n'est parcouru que par des vaisseaux sanguins peu nombreux et peu développés ; il a reçu , dans cet état, des ophlhalmologistes, le nom de pterj-giunt tenue ; dans d'autres circonstances il est épais , son tissu est rouge , parsemé , dans le sens de sa longueur, de vaisseaux sanguins très-gros et très-apparens, qui prennent d'autant mieux l'aspect de faisceaux musculaires et la font d'autant plus ressembler à un muscle, que presque toujours ils ne s'étendent pas jusqu'à ses extrémités , et que celles-ci présentent une couleur blanche analogue à celle des tissus aponévrotiques ; quelquefois enfin , il acquiert une consistance analogue à celle des fibro- cartilages ; dans tous ces cas , il constitue le pterjgium crassum.

On ignore les causes du pterygium. Quelques oculistes pensent néanmoins que les profesions qui exposent ceux qui les exercent à recevoir dans les yeux certaines poussières irritantes, y disposent particulièrement.

On ignore aussi pourquoi cette affection prend toujours la forme triangulaire. Scarpa a cru trouver l'explication de ce phénomène remarquable dans l'adhérence de la conjonctive à la cornée , adhérence qui devient de plus en plus interne à mesure qu'on l'observe plus près du centre de cette dernière ; mais quand on considère que la mobilité du ptérygion est tout aussi manifeste sur la cornée que sur la sclérotique , on est peu disposé à adopter cette opinion ; et d'ailleurs , cette disposition anatomique devrait toujours avoir les mêmes résultats dans les circonstances analogues , et l'on ne voit pas que les injections vasculaires qui se développent sur la cornée, dans les affections chroniques de cette membrane, aient la moindre tendance à prendre la forme triangulaire. Peu grave en ce sens qu'il ne tend nullement à frapper les tissus qu'il n'affecte d'aucune dégcnération fâcheuse, le ptérygion l'est en ce sens qu'il tend incessamment à s'accroître jusqu'à ce que son sommet ait atteint le centre de la cornée transparente; alors ses progrès s'arrêtent , à la vérité, mais il gêne nécessairement la vision.

Le traitement de cette maladie se compose de deux méthodes.

La première , applicable seulement quand le ptérygion est récent , qu'il n'a que peu d'épaisseur, et qu'il n'a point encore envahi la cornée, consiste dans l'emploi réitéré des astringens , parmi lesquels Ware a surtout vanté la poudre d'alun et de sucre; et dans celui des cathérétiques , notamment du nitrate d'argent, en même temps qu'on incise fréquemment la tumeur près de son sommet , après l'avoir soulevée avec des pinces.

La seconde méthode , d'une application beaucoup plus générale , consiste dans l'excision de toute la portion de conjonctive affectée.

On pratique cette opération de la manière suivante :

Le malade étant assis sur une chaise solide, et ses paupières étant écarte'es , l'opérateur saisit la production morbide , la soulève pour la séparer de la sclérotique , sur laquelle elle est toujours mobile , et la retranche , soit avec des ciseaux courbés sur leur plat, soit, ce qui vaut mieux, en glissant au-dessous un petit bistouri qu'il fait courir en rasant la faceaptérieure de la sclérotique et

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