‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource] (volume 2)Chapitre 227 sur 311 · PUTRÉFACTION · texte numérisé non relu

PUTRÉFACTION

■iennent chez les individus cachectiques sont des suites d'affections graves et )rofondes , vers lesquelles toute l'attention du thérapeutiste doit être dirigée.

Hippocrale {De internis aff'eclionihus , sect. V , pag. 558 ), dcci it une espèce de maladie de a rate avec odeur fétide de la bouclie, gonflement des gencives et larges ulcères sanguins aux amhes, qui paraît être plutôt le scorbut que Je purpura. Celse (De re medica), reproduit i-peu-près ce passage, et fait en outre mention d'Iiéinorrliagies par le nez ou d'autres parties- '.es anciens parlent d'hémorrhagies universelles , non-seulement par toutes les grandes ouverures du corps, mais encore par tous les pores de la peau , qu'ils îitlribuaient à la morsure du 'lerpent hremori-liois. Lucain a fait une peinture effrayante de tes accideus [Pharsale, lib, ix, tr.SlO); mais plusieurs naturalistes doutent de l'existence de l'bEemorrhois. Le célèbre Rivière j et interdum erurnpere soleant {maculœ purpure^) in mulierihus menstuin suppressionetn Yiientibus t et in nonnitUis pneris y ob te^em r/ua/ndam sangitinis ebullitionem ^ nullâ i^men apparente febre ^ quod nobis in utrisque non raro uidere licuit (Lazari Kiverii fraxeos medicœ , in-12, Lugd. , 1674, t. n, p. 632. — Et Cent. obs. lO, 21) avait disingué le purpura des pétécbies qu'on observe dans les fièvres graves, long-temps avant que jVerlhof {Comm. Norim ad rei inedic. et scient, natural, incrementum institut. 17451 JODsacrât quelques lignes à la description de cette maladie dans un recueil célèbre. GrafF 'Kheth.. Qon.) [Diss. de petech. sine Je bre , in-'-l° , Gotting ) publia , en 1775 , la première tisserlation inaugurale sur cette alFeclion , dont l'bistoire a été rendue plus complète par les ^chercUes de Behrens {Diss. epist. de morbo maculoso , hœmorriiagico , etc. , reçus. Verllio6i op. coll. Wichniann, pag. 615 ), de Car. Sirack ( Obs. med. de\morbo cum petecfiiis, |;arolirubfe , 1766), de J.-B. Adair (Diss. med, de licemorrhea pelechiali, Ediub., 1789), de \.-C. her^Kaei (Diss, de hœmorrliea petechiali , Halœ, 1792), de J.-G. Acrel (Resp.dr ^elterstroem , Diss.de Insmorrhea , Vps^i , 1797 ), d'Oslboff ( Diss. de morbo maculoso, luisburg, 1798), de Havinga (Diss. de morbo maculoso Tf^erlhojfii , in-4°, Groning, 799), de AVillan (Reports on the diseuses in London, 180 1 ), de Bateman ( Diss. de hœmorrh. elechiali , in-8° , Edinb. , 1801), de Pickel (Diss. de morbo maculoso, Wirceburg , 802), de J. Grœser (Diss. de morbo maculoso hiemorrhagico , Hidelberg, 1808), de raultier-Bellefonds ( Dissertation sur la maladie tachetée de Tf^erlhof, Strasbourg . 181 1 ), è M. V. Pierquin (Recherches sur l'hémacèlinose , in-4<>, Montpellier, 1821), de M. riùiel (Mémoires sur la maladie tachetée de J^erlhof (Revue médicale, t. vu, page 83, iaris, 1822), de M. Fourneaux (Observations sur quelques hémorrhagies cutanées et i ms-cutanées , etc., in-4'' , Paris , 1826), de Keller ( Abhandel. iiber die Bluljlechenhrank- }it, Wûrsburg , 1826), de Conradi (Diss. de morbo maculoso hœmorrhagico WerlhoJJii., ottingae, 1829), et par plusieurs autres observateurs.

On consultera aussi avec fruit plusieurs observations de purpura, insérées dans l'Edinb. \ed. and Surgical Journal ; àans Latour ( Histoire philosophique et médicale des hémor- \'ittgies, in-S", 2 vol., Paris, 1828 , et dans la deuxième édition de mon Traité des maladies h la peau. ( P. RAYER. )

PUSTULE MALIGNE. Voyez Charbon.

PUSTULE, s. f. Pustula , petite collection du pus. Les pustules sont des éle- [|Ures à la peau, d'une demi-ligne à trois lignes de diamètre, circonscrites, juvent entourées d'une auréole enflammée, et contenant, dans leur état, du iii ou une humeur non séreuse déposée dans la cavité d'une follicule , entre

I derme et les couches épidermiques , ou dans l'épaisseur même du derme.

es pustules peuvent se terminer par la résorption , ou par la dessication de ahumeur qu'elles contiennent (croùlcs)., par uLcéiaiion ou par induration

■.berculeuse , et laissent à leur suite des taches et quelquefois des cicatrices, «es anciens divisaient les pustules en phlyzacia ou grosses pustules et en psjijracia ou petites pustules. Avant Willan le mot pustule n'avait qu'une sigmti-

ition vague ou mal définie {bouton , éruption, etc.). (P. Rayer.)

( PUTREFACTION. Médecine légale. La putréfaction est cet ensemhle de éthénomènes spéciaux, que présentent les diverses parties des animaux, alors

je n'étant plus placées sous l'influence des lois vitales , elles retombent sous lismpire des lois physiques ; etdont le caractère le plus commun et le plus traniié consiste dans le développement d une odeur plus ou moins infecte, lii La premièi-e condition indispensable à la putréfaction est l'absence de la vie.

'opinion opposée de certains auteurs n'est pas admissible; la putréfaction lieut bien survenir sur un corps vivant, mais dans un des points de l'économie iàiii sera frappé de mort. Ce phénomène peut-il s'opérer dans le vide ? M. Gayijl ussac en nie la probabilité; Johnmanners, Luiscius, Fourcroy etOuntz ont

lopté une opinion opposée. Ce dernier cite même à l'appui de sa manière de ;i; )ir , l'expérience suivante : ayant introduit le petit doigt sous une cloche , ;mplie de mercure, il s'y fait une piqiire; le sang sorti de l'incision a monte

ins la cloche sous la forme d'une gouttelette. L'appareil a été soumis à une

jimpérature de quinze degrés, qu'il a élevés successivement jusqu'à trente; le ! Img s'est d'abord coagulé , puis au bout de cinq jours il est devenu liquide,

lie , presque homogène, et enfin il a aperçu très-distinctement des bulles ga-

;uses à la surface de la matière liquide. 5 Quoi qu'il en soit, il est certain que la présence de l'air est une circonstance

resque indispensable au développement de la putréfaction, et comme les condi- If ons de l'air sont susceptibles d'ofl'rir des variations, nous allons eu examiner les . ivers effets. Suivant Bœckman et Hildebrand, l'oxigène est de tous les gaz ;s alui qui favorise le plus la putréfaction : aussi la chair musculaire devient-elle ( |ffluante dans un espace de temps très-court , quand elle est plongée dans ce 4 m; l'addition d'azote dans le gaz oxigène pendant la durée du contact de la

Îair musculaire, favorise singulièrement ce phénomène, ce qui explique l'iuipnce des élemens de l'air sur sa production. L'azote est au contraire un anti-septique puissant. L'acide carbonique est ns le même cas. L'influence de calorique est variable suivant son énergie ; [ |ie haute température ou une basse température retarde ou empêche la putré- |ction , qui s'opère, au contraire, avec une grande facilité sous l'influence de . J ou 20 degrés de chaleur.

Lefebure regarde la lumière comme capable de modifier les phénomènes de

la production : il dit avoir développé de l'hydrogène en exposant de la matière cérébrale au contact de ce fluide. Guntz croit qu'avant cette expérience, la substance animale était déjà putréfiée.

Nul doute que l'électricité soit un agent de la ])utréfaction; on en a la preuve en soumettant à l'action de ce fluide une matière animale : les oxides se rendent au pôle négatif, les acides au pôle positif. L'électricité atmosphérique n'exerce très-probablement pas ce genre d'action , mais elle modifie la composition des élémens immédiats des animaux. On sait l'influence d'un orage sur les viandes, sur le lait, etc. , pendant l'été.

On a peu étudié l'influence que peut exercer l'eau sur la putréfaction ; on connaît mieux son action à l'état liquide , mais il est démontré que l'air sec retarde ce phénomène , tandis que l'air humide l'accélère. C'est ainsi que M. Gay-Lussac a conservé pendant plusieurs années, sans aucune altération, de la viande suspendue dans l'iutéiieur d'une cloche, au bas de laquelle se trouvait du chlorure de calcium , qui absorbait toute l'humidité de l'air.

De l'ensemble de ces faits il résulte : que l'atmosphère la plus favorable au développement de la putréfaction , est celle qui se compose d'oxigëne, d'azote et d'acide carbonique , dans les proportions oti ces élémens se trouvent dans l'air j d'une somme d'électricité très-grande , d'une quantité considérable de vapeur d'eau et d'une température de 18 à 2.î degrés.

Parmi les autres gaz, l'iiydrogène , le chlore, le deutoxide d'azote et l'acide sulfureux, s'opposent puissamment à la putréfaction ; le chlore , en désorganisant la matière animale et en formant avec elle une substance blanche nacrée presque imputrescible ; le deutoxide d'azote, en absorbant tout l'oxigène qui peut être en contact avec la matière animale , et l'acide sulfureux , en agissant sur elle de manière à modifier sa composition pour la transformer en des produits très-oxigénés.

Il nous reste actuellement à passer en revue l'influence que peuvent exercer les divers autres milieux sur la décomposition putride.

La putréfaction dans l'eau est toujours plus lente à se développer qu'à l'air libre : elle est très-prompte lorsque l'eau a une température de dix-huit à vingtcinq degrés : elle est très-lente si la température est plus basse. Il est diflicile de résoudre aujourd'hui cette question de savoir si la putréfaction se manifeste plus ou moins rapidement dans l'eau courante que dans l'eau stagnante.

Des expériences de M. Orfila tendent à démontrer que la saponification a lieu plus souvent dans l'eau renouvelée. Pour moi , je crois que la décomposition , qui a pour résultat le développement de gaz et la réduction en putrilage, a lieu beaucoup plus rapidement dans l'eau stagnante, tandis que celle qui produit la saponification a lieu plus promptement dans l'eau renouvelée. Je fonde cette manière de voir sur l'observation comparative des noyés dans l'eau de la Seine et dans celle du canal Saint-Marlin.

L'eau des fosses d'aisance retarde encore plus eflicacement la putréfaction, et la saponification s'effectue facilement dans ce liquide.

Le séjour d'un cadavre dans la terre amène des résultats différens suivant un grand nombre de circonstances ; la putréfaction est lente , si le terrain est sablonneu.x ; elle est plus prompte dans le cas où il est argileux et humide ; elle s'effectue promptement , si la terre se trouve être très-végétale, un peu humide et d'une douce température ; ce qui rend raison de ce que l'on observe dans les pays chauds et sablonneux , oii les cadavres se conservent long-temps dans le sable ; et enfin la profondeur à laquelle le corps est enterré retarde ou accélère le développement de ces phénomènes, suivant qu'elle est plus ou moins grande.

Telles senties conditions générales qui régissent la putréfaction. Nous allons passer successivement en revue les produits chimiques auxquels elle donne lieu. Cette étude laissera beaucoup à desii-er ; car elle nécessiterait de nombreuses recherches pour être complète. On sait qu'il se développe des gaz, tels que l'azote , le carbure d'hydrogène , l'acide carbonique , l'ammoniaque , l'acide sulfhydrique , le phosphure d'hydrogène ; qu'il se produit de l'acide acétique et de l'acide azotique, suivant quelques personnes.

Les gaz acides peuvent se dégager isolément ou à l'état de combinaison avec l'ammoniaque. Le gaz qui est produit le plus abondamment est le carbure d'hydrogène. C'est surtout chez les noyés, oii la putréfaction gazeuse se manifeste avec une grande énergie, que l'on peut en constater plus facilement l'existence. Il suffit alors de pratiquer une ponction à la peau et d'approcher une bougie de l'endroit ouvert pour enflammer le jet gazeux qui s'en échappe et qui bri'ile pendant un temps assez long.

Les gaz qui se dégagent de matières animales putréfiées entrahient avec eux une odeur particulière, infecte , qualifiée du terme général d'odeur putride . On a attribué cette odeur à des miasmes , c'est-à-dire à une cause que l'on exprime par un mot vide de sens , puisque l'on ignore la nature de l'objet qu'il représente. Guntz a éclairé sur la nature de ce phénomène à l'aide de l'expérience suivante : il a placé une cloche au-dessus d'une portion de cadavre putréfié, de manière cependant à y laisser pénétrer l'air , il a soumis l'appareil à une température de vingt-cinq degrés, et, après un séjour suffisamment prolongé, il a subitement refroidi la cloche; aussitôt il s'est produit de la vapeur, qui s'est rassemblée en gouttelettes , répandant l'odenr la plus forte de miasmes. Ces gouttelettes ayant été traitées par le chlore , toute odeur a disparu. Il y a donc tout lieu de croire que les gaz, en s'échappant des matières anima.'es putréfiées, entraînent avec eux de la vapeur d'eau, qui est combinée avec une certaine quantité de matière animale très-divisée , ce qui constitue ce que nous désignons sous le nom de miasmes.

Un autre produit de la putréfaction consiste dans la formation d'une matière

PUTREFACTION.

PUTRIDITE.

savonneuse , que Fourcroy croyait composée d'adypocire et d'ammoniaque. Chevreul le regarde aujourd'hui comme un composé d'un margarate et d'un oléate d'ammoniaque, uni à une matière colorante orangée , à un peu de substance amèie et à un principe odorant; il y admet encore une très-petite proportion de cbaux et de potasse, ainsi que plusieurs sels. Toutefois la composition de ce savon est susceptible de subir des changemens qui dépendent de la nature du milieu dans lequel il est placé ; ainsi parfois on le trouve entièrement formé de margarate et de stéarate de cbaux ; c'est le cas où il se pr oduit dans de l'eau qui contient du carbonate et du sulfate de cliaux. Pareille transformation a lieu lorsqu'un terrain renferme les mêmes sels. M. Chevreul a constaté une composition analogue dans le savon putride qui provenait d'un bélier qui avait macéré dans l'eau d'un puits; le savon du cadavre d'une femme, dont j'ai donné la description dans les Annales d'hygiène et de médecine légale , était de même nature. Il y a de fortes raisons de croire que le premier genre de savon se forme pendant les premiers temps du développement de la putréfaction , et que le second est une conséquence d'une double décomposition qui s'opère subséquemment. L'expérience suivante, faite par M. Orlila, vient à l'appui de celte transformation: il a fait du savon ammoniacal de toute pièce : il l a mis en macéralion dans une dissolution de sulfate de chaux ; et au bout de trois semaines il était changé en un savon calcaire.

Toutes les parties du corps ne sont pas également susceptibles de se saponifier. Le gras de cadavre ne peut se former qu'autant que la graisse est en contact avec une matière azotée; la graisse seule ne peut pas donner un savon , car si, à 1 instar de Guntz , on la lessive et qu'on l'isole entièrement de tous les fluides azotés, elle ne subit pas cette transformation.

La fibrine du sang parfaitement pure est dans le même cas ( Gay-Lussac ). Chevreul a obtenu les mêmes résultats de la macération , pendant un an , des tendons d'éléphans, et de la chair musculaire de bœuf privée de graisse. Une expérience comparative faite par M. Orfila avec de la peau sans graisse et de la peau qui en était tapissée , a donné des résultats eu rapport avec les faits que je viens de citer.

La connaissance de cette circonstance que la peau seule ne peut pas former un savon, avait conduit à émettre cette opinion que les muscles fournissent à la graisse la matière azotée pour la formation de l'ammoniaque : nous avons démontré dans les Annales d'hygiène, combien cette opinion était peu fondée, en prouvant d'une part que la saponification de la graisse commence à la surface extérieure des mamelons, par exemple, ou de toute autre accumulation graisseuse , tandis que les couches de graisse plus profondes ainsi que les muscles sous-jacens sont tout-à-fait intacts. Nous avons fait sentir que tous les tissus de l'économie étaient parcourus par des vaisseaux, des tissus cellulaires et des fluides azotés, que, par conséquent, il devenait tout-à-fait inutile d'aller chercher dans les muscles la source de l'azote.

La saponification est très-prompte: 1° chez les sujets très-jeunes; 2o chez ceux qui sont très-gras ; 3o dans l'eau des fosses d'aisance; 4o dans l'eau courante; 5o plus facile dans les terrains humides et gras et très-rare dans les terrains secs; 6" d'autant plus prompte que les cadavres sont plus accumulés les uns avec les autres , et, dans ce cas, ceu.\ qui sont situés le plus profondément sont saponifiés plus tôt.

Les diflërences dans la durée du temps nécessaire pour amener la saponification sont très-grandes selon les diverses circonstances; un enfant nouveau-né peut être complètement saponifié en six semaines ou deux mois dans l'eau d'une fosse d'aisance. Il faut un an environ pour obtenir la transformation complète d'un noyé en gras de cadavre et trois ans à-peu-près dans la terre pour arriver à ce résultat.

Deux théories ont été émises pour expliquer la formation du gras de cadavre. Dans l'une , Thouret, partant de ce fait que l'on relire beaucoup de blanc de baleine des cavités du cerveau de la baleine , de la bile , du foie, du cerveau de l'homme et de celui de tous les animaux, se demande pourquoi l'on attribuerait sa formation à la putréfaction ? et s'il ne serait pas plus rationnel d'admettre que l'ammoniaque en est le seul produit , substance qui se combinerait avec la matière du gras, antérieurement existante, pour former un savon ? La théorie tombe d'elle-même puisqu'il est reconnu aujourd'hui que le gras de cadavre ne contient pas de blanc de baleine.

Dans la seconde théorie, qui est due à Fourcroy , on admet que le carbone de la matière animale s'en échappe sous la forme d'acide carbonique, soit en s'emparant del'oxigène de la matière elle-même, soit eu se combinant avec celui de l'eau dont il aurait opéré la décomposition.

Ainsi s'expliquerait la perte en poids des matières animales transformées en gras, puisqu'elles sont réduites au dixième ou au douzième de leur masse. L'azote et l'hydrogène produiraient l'ammoniaque; le résidu des matières animales, ainsi privé de beaucoup de carbone , d'oxigéne et d'azote , contiendrait une énorme proportion d'hydrogène. Or, le gras de cadavre est surtout formé d'hydrogène carboné, légèrement oxigéné (acide margarique et oléiquc). Avouons qu'il est encore très-difficile de donner une bonne théorie de la production de celte transformation.

Quoi qu'il en soit, faisons connaître les principaux caractères de celte matière ; le gras de cadavre est sous la forme d'une substance onctueuse, savonneuse , légèrement jaune , plus ou moins colorée, suivant le milieu dans lequel il s'est produit. En général , il est presque blanc quand il provient d'un cadavre qui a macéré dans l'eau ; il est, au contraire, d'un jaune bistre chez ceux qui sont restés dans un cercueil de plomb, et d'un jaune encore plus foncé, si le corps a séjourné dans la terre.

Il occupe toujours un volume beaucoup plus considérable que la graisse q a servi à sa formation. Cette circonstance, que nous avons fréquemment co; statc'e , nous a mis dans la possibilité de donner l'explication de l'état partie lier de la peau, état que nous avons fait connaître et qui caractérise une époqi plus avancée de la putréfaction.

Le gras de cadavre est beaucoup moins dense pendant les premiers temps (I sa formation , que par la suite : il est fusible et liquéfiable au bain-marie ; di lillé, il donne beaucoup d'eau ammoniacale, une huile qui se fige dans l'along et plus tard, du carbonate d'ammoniaque cristallisé ( Fourcroy) ; chauffé ; contact de l'air, il brûle et s'enflamme rapidement ; abandonné à l'air libre i sec, il perd , suivant Fourcroy, l'ammoniaque qu'il contient , et il devient ( plus en plus sec et friable. D'après Thouret , si l'air est humide , il se couvre ( moisissures diversement colorées, mais elles ont , en général , une teinte gi sàtre. Nous pensons , d'après ce que nous avons observé, que les changemei que peut subir le gras de cadavre, varient d'abord en raison de sa nature ; cel qui est à base de chaux ne s'altère pas sensiblement : nous en avons conser un morceau pendant six ans ; il était simplement enveloppé de papier, et , <1 bout de ce laps de temps, il offrait encore le même aspect. 11 n'en fut pas ain du gras de cadavre qui s'était formé dans un cercueil en plomb. Nous avons « à notre disposition le corps d'un enfant de cinq ans, que l'on avait conser' dans un cercueil de cette nature; nous l'avons fait placer sur un supporte bois et sous une cage de verre mastiquée; pendant trois ans l'aspect extériei n'a pas sensiblement changé; au bout de ce temps une des parois de la ca; ayant été cassée, le cadavre resta pendant plu>ieurs jours en contact avec l'a extérieur dont la température était alors de 22 à 25 degrés ; il répandit bient une odeur tellement infecte , qu'elle devint insupportable ; en même tempi des moisissures nombreuses se manifestèrent.

Placé dans l'eau froide, le gras de cadavre la trouble ; le liquide prend l'a pect de l'eau de savon. Si on le fait bouillir dans l'eau , oa obtient un mucilaj épais , analogue à celui que donne la graine de lin ; ce mucilage se prend ( une pâte ductile par le refroidissement , qui se délaie dans l'eau , sans se dï soudre.

L'acide chlorhydrique le décompose, s'empare de la chaux ou de l'ammoni* que qu'il contient et transforme les bases en sels doubles , dont il est facile t constater la nature.

La chaux vive dégage de l'ammoniaque du savon qui contient celte substano si on agit sur lui alors qu'il est en fusion.

L'alcool dissout 90,3 pour cent de gras de cadavre, quand il est chargé d'an moniaque, toutefois cette proportion est susceptible d'offrir de grandes vari tions , suivant l'espèce de gras sur lequel on agit. Les 9,7 parties restantes soi formées, suivant Chevreul, d'un principe colorant jaune, d'une matière azoté d'une matière grasse, de phosphate de chaux, de chaux, de magnésie, d'oxici de fer, d'acide lactique , de lactate de potasse et de soude.

Enfin le dernier produit de la putréfaction , est une matière grasse parties lière , noire, sorte de cambouis cjue l'on a considéré comme une espèce de te» reau animal , et que l'on retrouve placé le long de la colonne vertébrale. C cambouis finit même par disparaître peu-à-peu pour laisser les os à nu

En résumé, il est facile, d'après cet exposé, de voir que nous ne connaissor que fort imparfaitement la nature tles produits de la putréfaction. On pei établir en général, que dans les premiers temps de son développement, ell engendre des produits acides ; c'est le moment où elle s'opère aux dépens d l'oxigène de l'air; que plus tard c'est l'ammoniaque qui constitue le prodni dominant de putréfaction , et qu'en dernier lieu il s'opère une transformatio* qui nous est tout-à-fait inconnue.

Telles sont les idées générales que nous avons cru devoir émettre sur C phénomène remarquable. Il ne nous est pas permis de tracer la putréfaction d'après la nature du milieu dans lequel le corps peut être placé ; les développi mens dans lesquels nous serions obligé d'entrer, dépasseraient les bornes d'ui^' dictionnaire, ou nous obligeraient à tronquer les faits ; nous préférons donil arrêter cet article , plutôt que de nous exposer à subir les conséquences de l'ui' |s ou de l'autre de ces inconvéniens.

D'Aiconville. Essai pour servir à l'histoire de la puiréfaclion , Paris, 1766, io 8". Fourcroy. Traité de chimie.

Guntz. Mémoires sur la putréfaction , etc.

Orfila cl Lesueur. Traité des exhum.itions juridiques , Paris, 1830 , 2 vol. in-S" , fig. Alph. Defergie. Annales d'Iiygiène et de médecine légale. (Alph. DeverGie,)

PUTRIDITE. Ce mot emporte en quelque sorte sa définition avec lui: i sert à désigner un état local ou général de l'économie, dans lequel on observ< des phénomènes de décomposition putride. '

Au reste , il s'agit moins , peut-être , de définir cet état que d'en démontrer l'existence dans certaines maladies. Or, la putridilé locale ne saurait être contestée par personne : la gangrène en est une preuve sans réplique. La questioi ' est donc de savoir s'il peut exister, s'il existe réellement un état général de pu-l tridité , soit primilii'e , soit consécutive.

Certainement un état général de pulridité tel qu'on l'observe localement dan;' une partie frappée de gangrène , est incompatible avec la vie, puisque gangrènf' et mortification sont synonymes. Mais si la putridité générale ne peut pas exister à ce degré, en est-il ainsi à un degré inférieur? Non, sans doute. Quoi' qu'en disent les vitalisles exclusifs , un certain degré de putridité n'est pas in I compatible avec la vie et il décèle sa présence dans un assez grand nombre d(, maladies. Vainement notre illustre Pinel a substitué le mot adjnann^uc àcelu

pewi

PYKOLIGNEUX.

PYROLIGNÉUX.

Je putride, pour caractériser un appareil symptomatique que l'on rencontre dans certaines maladies fébriles : il n'a pas détruit la chose en supprimanlle mot. Dans les maladies dites fièvres ady namiques , dans les typhus proprement dits , etc. , c'est bien réellement à un état de putriditè de l'économie qu'il faut rapporter une série des symptômes qu'on i observe dans ces maladies , phénomènes qui se combinent, le plus souvent , avec des symptômes inflammatoires. La fétidité de l'haleine , de la plupart des produits sécrétés et de l'urine en particulier , les gaz fétides qui se développent dans les parties où réside le foyer principal de la maladie, la stupeur, la liquidité, la dissoluiion constante àu san^ , à un degré plus ou moins marqué , voilà d'incontestables effets de l'état que nous signalons.

11 me suffit , pour le moment, d'avoir prouvé l'existence de l'état morbide auiquel on a donné le nom de putriditè. Je m'en suis occupé aux article fièvres et HUMORiSME de ce Dictionnaire, et je ne dois pas répéter ici] ce que j'ai exposé alors. De nouveaux développemens seront présentés sur le sujet qui nous occupe à J'article TYPHUS. On conçoit qu'on ne peut traiter avec détails delà putriditè qu'à l'occasion des maladies dans lesquelles elle entre comme élément plus ou pioins important. ( J. Bouillaud. )

PTLOR E ( Mal nr). /^o^ez Estomac et Cancer. 1 PYRETHRE. Anthémis pyrethrum. Plante de la famille des radiées J0ss. syngénésie superflue linn. dont la racine présente une saveur brûlante qui lui a valu son nom , et qui figure au premier rang des médicamens appelés sialogogi/es. La racine seule est employée en médecine où son usage même est encore lassez limité. Elle est noirâtre , charnue , brune en dehors, blanchâtre en dedans , et assez mince. Elle vient en assez grande quantité de l'Afrique , de l'Asie fet même des parties les plus méridionales de l'Europe. Son odeur est à-peu- Ijrès nulle , mais quand on la mâche elle fait éprouver une sensation de chaleur brûlante , accompagnée d'une saveur acre , qui provoque une sécrétion abondante de tous les fluides buccaux. Un effet analogue s'observe lorsqu'on Tapplil[ue sur la peau à l'état frais après l'avoir pilée j et par ce moyen , on peut , sui- 'ant la durée de l'application , déterminer une rubéfaction plus ou moins ive , ou bien la vésication et même la formation d'escarrhes. ; L'analyse chimique a fait voir que ces propriétés si actives dépendaient d'une jjuile essentielle très -odorante, quand elle est isolée des principes avec lesquels ■lie se trouve associée dans la racine de pyrèthre, principe d'ailleurs commun une foule de substances végétales : telles sont l'inuline , une matière colorante, le la gomme , du ligneux , quelques sels. Quant à l'huile essentielle , elle est ouge, congelable par le froid et réside principalement dans l'écorce de la racine qui en confient cinq pour cent de son poids. L'emploi naturel de la pyrèthre était dans les cas où il convient d'exercer sur appareil buccal une irritation, soit directe, soit révulsive. Ainsi dans les affecons des gencives, des dents , de la langue, on peut en tirer un parti avantaeux , quoiqu'on ne doive pas croire aveuglement ce qu'en rapportent les au- 3urs anciens. On peut également l'employer comme excitante à l'extérieur et à intérieur dans le rhumatisme, la paralysie, dans les affections chroniques es membranes muqueuses sur lesquelles elle parait exercer une action prèsue élective.

La manière dont on la prescrivait le plus communément consistait à en faire lâcher de petits morceaux , qui provoquaient un flux de salive plus ou moins fondant. Les dentistes préparent une teinture spiritueuse ( élixir) de pyrèire dont on met quelques gouttes dans un verre d'eau pour nettoyer les dents, 'ix ou douze grains de poudre réduits en électuaire ou en forme de pilules ont

é souvent données à l'extérieur deux ou trois fois par jour. Enfin on s'en est luvent servi comme d'un sternutatoire assez actif.

L'huile volatile n'a été appliquée qu'en frictions , et elle peut être considérée j)mme un rubéGant fort énergique. Il est singulier qu'on ne l'ait pas essayée à |ntérieur.

[Quoique la pyrèthre soit maintenant d'un usage fort limité , nous devons ppeler que plusieurs plantes de la même famille lui sont quelquefois substiées ; mais cette substitution est sans inconvénient , à cause de l'analogie des opriétés. (F. Ratier.)

iPYROLIGNEUX (acide). Les substances végétales donnent par leur décombsition au feu, divers produits au nombre desquels on trouve constamment un liide à l'état de liberté. Cet acide n'est pas toujours le même, et il est certaines bstances, comme les corps gras et le tartre, qui donnent naissance à des ides particuliers ; mais généralement c'est de l'acide acétique qui se produit nsi, elle bois surtout en fournit une assez grande quantité pour qu'il y ait fantage à l'en retirer.

Pour obtenir l'acide acétique du bois, on choisit de préférence celui des arbres m résineux, tels que le bouleau, le hêti e, le châtaignier, le chêne et le frêne, li sont ceux qui en donnent le plus. On les distille dans une grande cornue en le, et l'on condense les produits liquides dans des tubes refroidis avec de !au. Ces produits sont aqueux et huileux. Le premier contient l'acide acétique u a un assez grand nombre de principes sur lesquels je reviendrai, et qui lui innent une couleur brune et une odeur fort désagréable. On a conservé à cet xde impur, qui a de nombreuses applications dans les arts, le nom d'acide ''roligneux , qui lui avait été donné à une époque où l'on croyait qu'il renferait un acide différent de l'acétique.

Pour extraire Yacide acétique de cet acide pyroligneux, on le sature avec de chaux éteinte, qui en sépare déjà une grande partie des principes huileux; I décante et l'on décompose l'acétate de chaux par du sulfate de soude, jusqu'à I qu il ne se forme plus de précipité du sulfate de chaux. La liqueur décantée Dict. de Médecihe et de Chirurgie pratiques.

contient alors de l'acétate de soude que l'on purifie par deux cristallisations et par la fusion à une chaleur modérée. Le sel dissout et cristallisé de nouveau est enfin décomposé par l'acide sulfurique, et l'on obtient l'acide acétique pur par la distillation.

Les corps qui accompagnent l'acide acétique dans l'acide pyroligneux sont une matière extractive peu importante ; un esprit particulier de la nature de l'alcool, nommé esprit pyroligneux et enfin tous les produits qui composent le goudron du bois, parmi lesquels il faut citer la paraffine, Veupione, le picaniare et enfin la créosote, huile pyrogénée liquide récemment découverte par M. Reichenbach, qui jouit de la propriété singulière de coaguler instantanément l'albumine et le sang, et de rendre imputrescibles les tissus animaux pendant et après leur dessiccation à l'air, qualités précieuses que l'on savait exister dans la fumée de bois et dans l'acide pyroligneux.

"L'esprit pjroligneux s'obtient en distillant l'acide pyroligneux, et se bornant à recueillir les premières portions. On distille une seconde fois sur de la magnésie, pour enlever l'acide acétique ; on agite le liquide distillé avec de l'huile d'amandes douces, qui s'empare de l'huile pyrogénée qui reste encore ; on sépare l'huile, et on distille l'autre liquide sur du charbon bien calciné. E'-ifin on rectifie sur du chlorure de calcium, pour lui enlever l'eau.

L'esprit pyroligneux est incolore, fluide comme l'alcool, d'une odeur éthérée, pénétrante et d'une saveur de menthe poivrée. Il pèse 0,804 et bout à 60 degrés centigrades. Il brûle comme l'alcool, avec une flamme bleue peu éclairante. Il est formé , d'après M. Liébig, de carbone 4 atomes, hydrogène 10, oxigène 2; ce qui équivaut à atome d'éther plus 1 atome d'oxigène.

On extrait la créosote de l'acide pyroligneux par un procédé fort compliqué , et qui paraîtrait purement empirique, si, d'ailleurs, l'auteur de sa découverte n'avait acquis le droit de faire penser qu'il a pu être guidé par des vues inconnues à d'autres qu'à lui. On commence par saturer l'acide avec du sulfate de soude qui détermine la séparation de l'huile. Cette huile , après avoir été mise en contact avec du carbonate de potasse, qui lui enlève son acide, est distillée avec de l'eau, puis agitée à plusieurs reprises avec de l'acide phosphorique étendu , puis distillée avec le même acide , ensuite traitée par un soluté de potasse caustique qui la sépare en deux parties : une qui surnage, est principalement composée à'eupione ci de paraffine; l'autre, dissoute, contient la cre'oio^e et le picamare qui cristallise au bout de queUpie temps, en combinaison avec de la potasse , tandis que la créosote reste en dissolution. Pour l'obtenir on sature l'alcali par l'acide sulfurique; on distille ; on répète ainsi la solution dans l'alcali, la précipitation par l'acide sulfurique et la distillation, jusqu'à ce que le produit ne brunisse plus à l'air et soit entièrement soluble dans la potasse. On distille enfin avec de l'eau , puis sans eau , afin de séparer celle qui s'est unie à la créosote et qui distille d'abord ; la créosote distille à une chaleur de 203 degrés.

Ce procédé , que j'abrège beaucoup , subit des modifications lorsqu'on veut retirer la créosote du goudron de bois ; mais la créosote obtenue de l'un ou l'autre produit jouit des mêmes propriétés. C'est un liquide un peu oléagineux; incolore lorsqu'il est récent , car l'air et la lumière lui communiquent une teinte rougeàtre; transparent et fortement réfringent. Son odeur, qui est très-pénétrante , est celle de la viande fumée qui serait concentrée ; sa saveur est caustique et brûlante ; la langue en est altérée instantanément ; sa densité est de 1,037, à la température de 20 degrés ; elle ne se congèle pas à celle de 27 degrés, et bout à 203 degrés. Elle forme sur le papier une tache qui disparait à une chaleur modérée ou par l'exposition à l'air ; elle brûle avec une flamme fuligineuse ; elle ne conduit pas l'électricité.

A la température de 20 degrés, la créosote forme deux combinaisons avec l'eau. La première , que l'on doit nommer créosote hydratée , est formée par la dissolution de dix parties d'eau dans cent parties de créosote ; la seconde résulte de la solution de 1/4 de partie de créosote dans cent parties d'eau.

Le soluté aqueux de créosote ne change pas la couleur du tournesol , ni celle du curcuma , et ne jouit pas de la propriété de neutraliser les acides ni les alcalis. La créosote forme cependant de nombreux et intéressans composés avec ces deux classes de corps.

La créosote concentrée dissout l'oxide de cuivre , en se colorant en brun chocolat ; elle réduit le deutoxide de mercure à l'aide de l'ébullition , et se transforme en une résine qui ne contient plus de créosote.

Elle dissout lentement , à froid , l'iode , le phosphore et le soufre. Elle dissout plus de soufre à chaud qu'à froid, et laisse cristalliser l'excédant par le refroidissement.

Les acides nitrique et sulfurique agissent sur elle comme sur la plupart des huiles volatiles; l'acide acétique la dissout en toutes proportions, et cela en explique la présence dans l acide empyreumatique du bois.

La créosote forme deux combinaisons différentes avec la potasse : l'une qui est anhydre , offre une consistance oléagineuse ; l'autre est hydratée et se présente sous la forme de petites paillettes blanches et nacrées. (Jes composés sont détruits parles acides les plus faibles, même par l'acide carbonique. Elle se comporte de même avec la soude. Elle se combine très-bien avec la baryte et la chaux ; l'ammoniaque s'y dissout instantanément et s'en sépare ensuite trèsdifficilement. Il est probable que les nombreux traitemens que l'on fait subir à la créosote pour l'obtenir pure , sont déterminés en partie parla présence de l'ammoniaque dans les produits de la distillation du bois.

L'alcool , l'éther, le sulfure de carbone , l'eupione, le naphte et l'éther acétique s'unissent à la créosote en toutes proportions.

De toutes les propriétés de la créosote la plus importante est celle dont elle

PTROSIS.

QUARANTAINE

jouit de s'opposer à la corruption. De la viande fraîche et même du poisson , trempés pendant une demi-heure dans un soluté de créosote , ne pourrissent plus et sèchent complètement quand on les expose au soleil ; du blanc d'œuf étendu de deux parties d'eau, et formant ainsi un liquide éminemment putrescible , a été mélangé avec une dissolution aqueuse de crcObOte : il s'est alors desséché à l'air, pendant plusieurs mois, par l'évaporation spontanée dans un verre à expériences, sans donner lieu, pendant tout ce temps , à aucun signe de putréfaction. Il est évident que c'est à la présence de la créosote que la fumée du bois tt l acide pyroligneux doivent la même propriété conservatrice , que M. Reichenbach attribue à la coagulation de l'albumine, et à ce que la fibrine seule ne se putréfie pas. 11 est certain, eu elfet, que la créosote agit cnergiquemcnt sur l'albumine , qu'elle la coagule aussitôt son contact, et que c'est en grande partie à cette action spéciale , qu'il faut attribuer son effet délétère à l'intérieur. J'avais pensé aussi que la créosote pouvait agir de deux autres manières pour la conservation de la chair : d'abord , en éloignant les larves d'insectes par son odeur , et ensuite en laissant la fibre musculaire imprégnée d'un enduit résineux qui la rend moins accessible à l'humidité; mais l'expérience sur l'albumine dissoute, que j'ai rapportée plus haut , montre qu'il n'y a rien de mécanique dans son influence , et qu'elle agit par une faculté toute chimique et tenant à sa propre nature. (Guibodrt.)

PYROLIGNEDX (Acide). {Thérapeutique.) L'acide pyroligneux a été peu employé en médecine , parce que, en général , on le regardait comme analogue à l'acide acétique, et que l'on préférait, comme plus pur, celui qui provenait d'ailleurs que de la distillation du bois. Cependant, quelques médecins s'en sont servis , et par une bizarrerie singulière, dans le ramollissement de l'cstoiiiac , chez les enfans , maladie dans laquelle ils prétendent en avoir obtenu de très-bons eifets. Ses propriétés anli-septiques l'ont fait aussi employer dans le traitement des cancers et des ulcères de mauvais aspect, où il a pu être quelquefois utile comme moyen palliatif.

Le pyrothonide .^hu'ûe acre, colorée et acide , qui résulte de la combustion du papier, du vieux linge et du coton , et à laquelle on a voulu faire , il y a quelques années , une réputation de panacée qui s'est bientôt dissipée , était probablement analogue à la cre'oiote dont on s'occupe depuis quelque temps, et dont les propriétés , au moins fort curieuses, sont susceptibles d'utiles applications. La rapidité avec laquelle la créosote coagule l'albumine, a fait penser que ce serait un moyen puissant d'arrêter les hémonhagies ; et les espérances de quelques-uns ont été si loin , qu'on semblait ne devoir plus avoir besoin de ligatures dans lus grandes opérations, ce que l'expérience est loin d'avoir encore confirmé. Mais, quand ce sont seulement de petits vaisseaux qui sont divisés, la créosote suffit pour former un caillot qui s'oppose à l'effusion ultérieure du sang.

La solution aqueuse de créosote a été également essayée pour favoriser la cicatrisation d'ulcères opiniâtres , dépendant de maladies des os, etc.; et les résultats consignés dans les journaux sont favorables , comme cela arrive trop souvent dans la nouveauté des ageiis thérapeutiques. D'ailleurs , on ne s'est pas attaqué seulement à des affections légères , on a été jusqu'aux ulcérations cancéreuses de l'utérus , qu'on a temporairement améliorées, tandis qu'on a guéri plusieurs maladies chroniques de la peau et des membranes muqueuses , au moyeu de ce stimulant énergique, et dont on proportionne l'activité aux effets qu'on veut produire.

Jusque-là , on conçoit facilement les applications de la créosote , mais on commence à entrer dans la voie d'un empirisme bien peu rationnel, quand on la voit étendre au traitement du diabète sucré , et à celui de la phthisie pulmonaire. Les succès obtenus dans ces deux maladies et dans la dernière surtout, auraient besoin d'êtrebien multipliés pour amener même un commencement de conviction.

A différentes époques , et tout récemment encore , on a proposé la suie comme un agent utile dans les affections diverses où la créosote vient d'être employée. Il est plus que probable que la suie en renferme en assez grande proportion. Les praticiens qui ont remis en honneur ce médicament, à-la-fois efficace et économique, prescrivent la décoction aqueuse de suie, pour faire les lotions, injeclions, etc. , et la suie en substance , incorporée à l'axonge pour appliquer sur les parties ulcérées.

La créosote a besoin d'être encore étudiée , afin de discerner les résultats réels et constans de ceux que peut supposer l'enthousiasme. Pour l'application extérieure , on peut se servir de la créosote pure et plus ou moins étendue , suivant les circonstances et les indications. Quanta l'usage interne, l'expérience a démontré qu'on pouvait , sans inconvénient, donner depuis deux jusqu'à huit gouttes de créosote réduite en pilules au moyen de la gomme, ou de tel autre excipient inerte. Reste à savoir dans quelle maladie et dans quelles conditions il peut être convenable de la tenter. (F. Ratier. )

PYROSIS. s. m. On appelle ainsi une variété de gastralgie que caractérise principalement un sentiment d'ardeur de l'estomac , avec éructation de matières acides plus ou moins abondantes. Celte affection semble consister dans une irritation spéciale des cpanouissemcns nerveux de l'estomac, le plus ordinairement due à une alimentation vicieuse, et ayant pour effet une augmentation avec altération de sécrétion des mucosités gastriques. Bien qu'elle offre quelques traits de ressemblance avec l'inflammation proprement dite de l'estomac, elle en diffère essentiellement sous le rapport de ses causes , de sa marche et de son traitement ( l^oyez Acidité , Gastralgies) ; mais elle a pu , dans quelques cas, se manifester comme symptôme d'une lésion organique de l'estomac , et récla-

mer alors les moyens de traitement applicables aux maladies principales dont elle est l'effet ( Foyez Cakcer , estomac ). ( P. Jollt. )

PYROTECHINE. Voyez Cadtère.

PYROTHOWIDE. Cette substance pyrogénée , connue à diverses époquesi sous différens noms , fournit un exemple du succès thérapeutique passager quij accompagne la découverte d'un grand nombre de prétendus médicamens. Ce fut M. Ranque, médecin eu chef de l'Hôtel-Dieu d'Orléans, dont nous pourrions citer plusieurs recherches thérapeutiques utiles, qui rappela l'usage de ce corpsi en médecine et proposa de lui donner un nom tiré des mots grecs nxip feu et cJdvii linge , parce qu'on l'obtient surtout de la combustion du linge. On sait que tou tes les substances qui contiennent du ligneux, le chanvre , le coton , le papier,' sont en possession d'en fournir par le même procédé.

Ou obtient le pyrothonide en faisant brûler à l'air libre, dans une bassine concave, une poignée de linge ; on jette le résidu léger et charbonneux qui se trouve dans le vase, et il ne reste plus sur les parois qu'un produit oléo-aqueux d'une teinte rougeâtre et brunâtre , d'une odeur pénétrante non désagréable,' d'une saveur âcre : c'est le pyrothonide. On peut rapprocher les gouttelettes elj les faire évaporer à un feu doux, on a le pyrothonide concret. On se sert dc| ce dernier en le dissolvant dans les proportions de trois grains par once d'eau. Le plus souvent on ajoute dans la bassine une quantité d'eau trois ou quatre! fois plus considérable que la réunion des gouttelettes de pyrothonide , et l'on prépare ainsi un solulum pour l'usage médical. L'huile de papier de Lémery.j n'est autre chose que le pyrothonide de M. Ranque. Ce remède est, dit-on, usité vulgairement en Égypte. C'est à sa production et à son action qu'il faut peut-l être attribuer la cessation des douleurs de dents, lorsque l'on fait brûler uii| petit cornet de papier placé dans la cavité cariée d'un de ces os. Il n'était guère employé en JFrance, lorsque le médecin de l'Hôtel-Dieu d'Orléans en a vantt les propriétés , et lui a donné le nom qu'il porte maintenant. !

Ce remède a paru utile pour combattre l'inflammation purulente et à forme chronique des membranes muqueuses. Ainsi l'ophlbalmie, l'angine, la biennorrhagie et la leucorrhée chroniques , ont cédé dans une foule de circonstan' ces aux lotions, fomentations ou injections de pyrothonide plus ou moins éten< dues. Le contact de ces applications détermine la première fois une impression vive, mais passagère, et bientôt remplacée par un soulagement marqué, M. Ranque croit que l'ingestion de cette substance dans les voies digestives combattrait avantageusement certaines inflammations de ces parties qui résis tent aux anti-phlogistiques.

Les engelures , lorsque la peau n'était point ulcérée , se sont promptement dissipées par les applications de pyrothonide.

Essayé en 1827, époque à laquelle M. Ranque a publié son Mémoire clinique. le pyrothonide a réussi dans quelques cas, échoué dans un plus grand nombre, puis est totalement retombé dans l'oubli. Cette substance a en cela subi le même sort que la créosote , avec laquelle elle offre peut-être quelque analogie , et qui devait aussi guérir toutes les maladies même les plus rebelles. On ne s'en sert plus aujourd'hui, bien qu'on ne puisse se refuser à reconnaître que l'on ait , en l'employant , obtenu la résolution de quelques indurations cellulaires ou glanduleuses, la cicatrisation de quelques ulcères rebelles, la suppression de blen4 norrhagies chroniques, et la cessation d'hémorrhagies provenant de la lésion dcf petites artères. Cette propriété hémostatique est due à la rapide combinaisoB^ de la créosote avec l'albumine du sang. {Recherches sur lu créosote par AÏ.Mi-t guet , Paris , 1834. )

Le pyrothonide a sur la créosote l'avantage d'être facile à préparer. Les pra4 ticiens pourront donc en essayer l'usage , quand , dans les cas que nous ayoh indiqués l'emploi des autres moyens n'aura pas été couronné de succès.

( Martin Solon. )

Q. Signe qui exprime la quantité.

Q. S. — Quantité suffisante.

QUARANTAINE, s. f. Séquestration à laquelle on soumet, dans des cas déterminés , les provenances ( hommes , animaux , effets , marchandises, etc. ) , arrivant par terre ou par mer , afin de reconnaître si elles ne recèlent pas des) germes contagieux, et de détruire par des purifications ou par d'autres mesures, ' ceux qu'elles pourraient contenir.

Énoncer d'abord rapidement ce qui se pratique à ce sujet , en faire sentiri l'inutilité , les inconséquences , les dangers , la barbarie; dire ensuite ce qu'on ■ y devrait substituer dans l'état actuel de la science , et dans l'intérêt réel de ; l'humanité, tel devrait être l'objet de cet article. Nous pourrions , pour le pre- ! mier point, puiser largement dans nos propres souvenirs , car prisonnier nous- 1 même dans une double enceinte de palissades et de baïonnettes , nous avons , ' non sans impatience , figuré dans ces grotesques scènes dont la frayeur fait quelquefois les frais au profit de la politique ; mais retracer les momeries de ces établissemens élevés sur les frontières silésiènes delà Pologne, et d'un ^ but par trop contestablement sanitaire, serait donner une base trop fragile a la discussion. La nécessité de prévenir , relativement à la réalité des mesures prescrites, toute espèce de dénégation , nous impose l'obligation de nous renfermer presque dans le texte des instructions qui règlent, conformément a la loi du 3 mars , les diverses parties du service sanitaire. Ces instructions sont rigoureusement suivies à Marseille où est l'établissement modèle , celui quon

QUARANTAINE

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regarde comme destiné à servir de barrière aux plus terribles contagions d'outre-ruer, celui sur lequel n'ont été qu'imparfaitement calqués ces établissemens temporaires qu'un opiniâtre aveuglement prétendait opposer à l'épidémie qu] vient de ravager le continent européen.

§ 1er. Extrait des lois , ordonnances et instructions sanitaires. « Nul bà- )•, timent ne peut être admis dans le port, et moins encore prendre terre, avant » la déclaration faite par son capitaine, au bureau de la santé , et la permis- » sion de ce bureau.

» Les provenances qui , après que leur état sanitaire a été reconnu, ne sont )) point admises à la libre pratique, soit parce qu'elles viennent de pays qui )i ne sont pas sains, soit parce que, depuis leur départ, des accidens ou des » communications de nature suspecte ont altéré leur état sanitaire, sont placées » sous l'un des trois régimes déterminés par l'article 3 de la loi du 3 mars. » (Article 6 de l'ordonnance du 7 août 1822. )

Ces régimes ou catégories sont ceux de la patente brute, de la patente suspecte et de la patente nette.

On appeUe patente , dans le langage de la jurisprudence sanitaire , le certificat délivré à un bâtiment au moment de son départ, par l'autorité compé' tente, pour faire connaître l'état sanitaire du lieu de départ et celui des gens de l'équipage et des passagers.

B Les patentes sont délivrées en France par les administrations sanitaires , et » dans les pays étrangers , en ce qui concerne les bâtimens français , par nos agens consulaires. » ( Art. 15 de l'ordonnance du 7 août. )

« Les provenances sont placées sous le régime de \a patente brute , si elles » sont ou ont été depuis leur départ infectées d'une maladie pestilentielle , si » elles viennent de pays qui en soient infectés , ou si elles ont communiqué » avec des lieux , des personnes ou des choses qui auraient pu leur transmettre » la contagion.

» Sous le régime de la patente suspecte , si les provenances viennent de pays où règne une maladie soupçonnée d'être pestilentielle, ou de pays qui, quoique exempts de soupçon , sont ou viennent d'être en libre relation avec des 0 pays qui s'en trouvent entachés j ou enfin si des communications avec des j> provenances de ces derniers pays, ou des circonstances quelconques, fout suspecter leur état sanitaire.

» Sous le régime de patente nette, si aucun soupçon de maladie pestilentielle n'existait dans le pays d'où elles viennent ; si ce pays n'était pas ou ne venait } point d'être en libre relation avec des lieux entachés de ce soupçon, et enfin \ si aucune communication, aucune circonstance quelconque ne fait suspecter > leur état sanitaire. » (Art. 3 de la loi du 3 mars 1822.) Qu'entend-on par maladies pestilentielles , ou quelles sont les maladies dont es lois sanitaires ont la prétention de nous prémunir au moyen des quaranaines ? Ces maladies sont : lo la peste d'Orient ; 2» la fièvre jaune, 3o le typhus les camps, des prisons, des hôpitaux et des vaisseaux ; 4° la lèpre ; 5° le chocra-morbus de l'Inde.

Quelles sont les provenances par mer qui sont exemptes de quarantaines ? ^'article 2 de loi du 3 mars 1822 porte : « Les provenances par mer, de pays habituellement et actuellement sains , continueront d'être admises à libre pratique , immédiatement après les visites et interrogatoires d'usage , à moins d'accidens ou de communications de nature suspecte, survenus depuis leur départ. »

La loi , par pays habituellement et actuellement sains n'entend parler que des ays qui sont , ainsi que le porte l'instruction sanitaire , à-la-fois habiluellelent et actuellement sains : en effet, continue le commentaire, il peut se lanifester temporairement une maladie pestilentielle dans un pays qui est abiluellement sain ; et un pays peut être actuellement sain , sans que les proîenances de ce pays offrent toute sécurité , s'il y règne habituellement des maadies pestilentielles. C'est ce qui est expliqué par l'article 3 de l'ordonnance insi conçu : « Ne sont pas réputés sains , outre ceux où règne une maladie pestilentielle , les pays qui y sont fréquemment sujets , ou dans lesquels on soupçonne l'existence, ou qui sont en libre relation avec des lieux suspects, ou qui reçoivent sans précaution des provenances suspectes , ou qui^ venant d'être infectés , peuvent encore conserver et transmettre des germes contagieux. » , .

La nomenclature des pays habituellement sains peut varier suivant les chan- ^raens qui surviennent dans la salubrité et dans les mesures de police sanilire. Mais , en ce moment , on doit considérer comme n'étant pas habituelle-

ent sains les pays soumis à la domination de l'empire ottoman, en Europe, ti Asie ou en Afrique, et les côtes de l'empire de Maroc sur les deux mers ; les ays d'Amérique situés depuis l'équateur jusqu'au tropique du Cancer ; les tats-Unis d'Amérique et les îles voisines.

11 a paru qu'on pouvait, sans inconvénient, dispenser des vérifications &igées par l'art. I-^'' de l'ordonnance du 7 août, tant que des circonstances ttraordinaires n'obligent pas à les j- soumettre , sur les côtes de l'Océan, les îteaux pêcheurs , les bâtimens de douanes , et les navires qui font le petit ibotage d'un port français à un autre; sur les côtes de la Méditerranée, les âtimens des douanes qui ne sortent pas de l'étendue de leur direction. C'est ; que prescrit l'art. 4 de l'ordonnance du 7 août. Les bâtimens dont il s'agit , ES éloignant pas des côtes, ne peuvent guère avoir de communications susfictes ; et s'ils communiquaient en mer avec des bâtimens qui ne seraient pas 1 libre pratique , ils seraient, ainsi que le prescrit le deuxième paragraphe de >rt. 11, placés en état de séquestration sanitaire. L'exception faite en faveur : ces bâtimens n a lieu que pour les temps ordinaires , et les admislrations

sanitaires sont juges des circonstances extraordinaires qui doivent la faire suspendre.

Les pays limitrophes de la France étant habituellement sains, et étant soumis à une police plus ou moins sévère, ce n'est que lorsque l'état sanitaire de ces pays devient suspect , que les provenances par terre peuvent présenter des sujets de crainte. Il n'y a donc lieu d'établir le régime sanitaire sur les frontières de terre , que temporairement ; et c'est , d'après ce principe , que l'art. 5 de l'ordonnance du 27 août , porte : « Les provenances par terre ne doivent » être soumises à faire reconnaître leur état sanitaire que lorsqu'elles viennent » de pays qui ne sont pas sains , et avec lesquels les communications ont été » restreintes , soit par une décision émanée de nous , soit provisoirement , eu 11 cas d'urgence, par les autorités sanitaires locales.»

Une circulaire adressée en 1834 (mars) par M. le ministre du commerce et des travaux publics (M. Thiers), rappelle à ces fonctionnaires : 1° qu'une décision royale les autorise à admettre à libre pratique , sans exiger du capitaine la représentation d'une patente de santé , les bâtimens qui arrivent des états du nord de l'Europe, de l'Angleterre, de la Belgique et de la Hollande, quand les précautions sanitaires prises dans ces pays paraîtraient suffisantes, et quand les vérifications prescrites par l'art. 1<"' de l'ordonnance du 7 août , ne feraient naître aucun soupçon ; 2° que le roi a appliqué par une nouvelle décision cette disposition aux navires qui se livrent au cabotage des ports français de l'Océan et de la Manche à ceux de la Méditerranée, et vice versa.

Le régime sanitaire est permanent sur les côtes.

Comment dii>ise-t-on les quarantaines ? Les quarantaines sont d'observation ou de rigueur ; les unes ou les autres , plus ou moins longues , plus ou moins sévères , selon les saisons , les lieux où elles sont prescrites , les objets susceptibles ou non susceptibles (c'est-à-dire que l'on considère comme ayant plus ou moins d'aptitude à retenir les germes de la contagion), qui font partie des provenances , la durée ou les circonstances du voyage. (Ordonnance du 7 août , art, 32.)

La quarantaine d'obsei'vation est celle à laquelle sont soumises les provenances classées sous le régime de patente nette , et elle a pour objet de les isoler, pendant le temps nécessaire pour s'assurer de l'état sanitaire de ces provenances , et pour voir s'il n'offre aucun danger.

La quarantaine de rigueur est celle qu'on applique avec des différences dans la forme et dans la durée, aux provenances classées sous le régime de patente brute , ou sous le régime de patente suspecte ; elle a pour objet de soumettre ces provenances aux purifications présumées nécessaires pour détruire les soidisant germes de contagion.

Quelle est la durée des quarantaines ? « Les provenances classées sous le régime de la patente nette peuvent être soumises à des quarantaines d'observation de deux à dix jours , sur les côtes de l Océan et de la Manche , et de trois à quinze jours, sur les côtes de la Méditerranée , ainsi que sur les frontières de terre , et les autres lignes de l'intérieur où les communications auraient été restreintes. » (art. 33. )

<s Les provenances classées dans le régime de la patente suspecte et dans le » régime de la patente brute , doivent être soumises à des quarantaines de » rigueur, savoir :

» Sur les côtes de l'Océan et de la Manche , de cinq à vingt jours pour la pa- » tente suspecte, et de dix à trente jours pour la patente brute.

» Sur les côtes de la Méditerranée, les frontières de terre et les lignes de » l'intérieur, de dix à trente jours pour la patente suspecte, et de quinze à » quarante jours pour la patente brute. » (art. 34.)

Jusqu'à ce jour, les provenances du Levant et des côtes de Barbarie , ne peuvent être admises que dans les ports de Marseille et de Toulon.

Par ordonnance du 21 décembre 1834, tout bâtiment sous pavillon napolitain , appartenant à l'un des ports de la Sicile , sera soumis en France à une quarantaine de trente jours, qui ne pourra être purgée qu'à l'un des lazarets de Marseille, Toulon , Troinpeloup ou Tatihou.

Suivant l'article 8 de l'ordonnance , la classification, sous le régime de patente nette, entraîne toujours une quarantaine d'observation, à moins qu'il ne soit certain que la police sanitaire est soigneusement faite dans les pays d'où vient la provenance ainsi classée.

L'ordonnance laisse aux administrations sanitaires une grande latitude pour la classification des provenancés sous tel ou tel régime , et même pour la durée des quarantaines auxquelles doivent être soumises les provenances placées sous ce même régime.

L'énoncé de la patente d'un bâtiment n'est qu'un des élémens qui doivent servir à déterminer la classification des provenances. « Mais si la patente déclare :

n 1°. Que les gens de l'équipage et les passagers étaient , au moment du départ, en bonne santé ;

» 2°. Que, dans le pays du départ, la santé publique était bonne ; qu'il n'y existait aucun soupçon de maladie pestilentielle, ou que la maladie contagieuse qui y régnait , avait cessé depuis plus de quarante jours ;

» 3°. Que , dans les pays voisins et dans ceux avec lesquels on est en libre relation , il n'existe aucun soupçon de maladie pestilentielle ;

» 4°. Que les pays d'où proviennent les marchandises composant la cargaison du bâtiment n'offrent non plus aucun soupçon j

» Si, d'un autre côté , l'équipage et les passagers se sont maintenus en bonne santé pendant la traversée ; s'ils se trouvent en bonne santé à leur arrivée ;

il Si, dans le cas où il y aurait eu des malades à bord, les maladies n'ont

QUARANTAINE. ( 17

offert aucun soupçon de contagion , ou si elles ont cessé dépuis plus de quarante jours j

» Si , pendant la traversée , le bâtiment n'a relâché sur aucun point suspect ou infecté , et s'il n'a eu aucune communication avec des provenances suspectes ou infectées ;

» Si l'administration sanitaire n'a point reçu de nouvelles qui annoncent que, peu après le départ du bâtiment , il se soit manifesté quelque maladie suspecte ou contagieuse dans le pays de départ;

n Si , enfin , les papiers de bord sont en règle , s'il est évident qu'on n'y a fait aucune altération ni soustraction propre à cacher la vérité ; si l'interrogatoire est satisfaisant et s'il en résulte des motifs suffisans de confiance et de sécurité. 11

Dans toutes ces circonstances réunies, on pense que le bâtiment sera admis de suite à libre pratique : Eli bien , point. » La provenance devra être classée sous le régime de patente nette ». Et néanmoins le bâtiment fera quarantaine!!! quarantaine de dix à quinze jours ! ! !

Si toutes les conditions qui viennent d'être énumérées ne sont pas remplies, et si une circonstance quelconque laisse du doute sur l'état sanitaire de la provenance, elle est rangée sous le régime de patente suspecte.

Si enfin la patente du bâtiment annonce qu'il régnait dans le pays du départ une maladie pestilentielle; s'il a communiqué avec des lieux, des personnes ou des choses infectés de contagion ; s'il a à bord , à son arrivée , ou s'il a eu pendant la traversée , des malades atteints d'une maladie pestilentielle , il devra être classé sous le régime de patente brute.

Les distinctions qui viennent d'être établies ne sont pas toutefois entièrement applicables aux provenances des pays soumis à l'empire ottoman ou à l'empire de Maroc. La peste étant endémique dans ces pays , les bâtimens qui en arrivent doivent toujours être classés au moins sous le régime de patente suspecte. Les bâtimens partis de la mer Noire, de Constantinople jusqu'au canal des Dardanelles inclusivement, d'Enos ou de la rivière d'Andrinople , sont toujours soumis au régime de patente brute ; et on assujétit au même régime les bâtimens partis des autres pays ottomans, des côtes de Barbarie, et de l'empire de Maroc, sur les deux mers, dans l'intervalle de soixante jours après la cessation de la peste.

Mode de procéder aux quarantaines. « Tout capitaine arrivant dans un port » français est tenu, 1° d'empêcher toute communication avant l'admission à » libre pratique ; 2° de se conformer aux règles de police sanitaire , ainsi » qu'aux ordres qui lui seront donnés par les autorités cliargées de celte i> police; 3° d'établir son navire dans le lieu qui lui sera indiqué ; 4° de se » rendre , aussitôt qu'il y sera invité , auprès des autorités sanitaires , en 0 attachant à un point apparent de son canot, bateau ou chaloupe, une flamme » de couleur jaune , à l'effet de faire connaître son état de suspicion et d'em- » pêcher toute approche ; 5» de produire aux dites autorités tous les papiers » du bord ; de répondre , après avoir prêté serment de dire la vérité , à l'in- B terrogatoire qu'elles lui feront subir, et de déclarer tous les faits , tous les » renseignemens venus à sa connaissance , qni pourront intéresser la santé » publique. » ( art, 23 de l'ordonnance. )

Dès que l'administration sanitaire a reconnu l'état du bâtiment et déterminé le régime sous lequel il est classé , ainsi que la durée de la quarantaine à laquelle il est soumis, elle indique au capitaine le lieu où le bâtiment doit être conduit , et envoie à son bord un ou plusieurs gardes de santé , qui y demeurent tout le temps de la quarantaine , et au besoin des bateaux de garde. Les provisions nécessaires au bâtiment lui sont fournies , chaque jour , entre deux barrières en fer, au dehors du bureau de santé , et avec les précautions propres à éviter tout contact.

Si la quarantaine n'est que d'observation , les bardes et les hamacs des passagers et des gens de l'équipage sont mis à l'évent.

Après l'expiration de la durée de cette quarantaine, l'administration sanitaire se fait rendre compte par le garde de santé placé à bord du bâtiment, ou s'assure, par tels interrogatoires qu'elle jugera nécessaires, de l'état sanitaire de l'équipage ; et , d'après le résultat de ces informations ; elle prononce ou l'admission à la libre pratique , ou la prolongation de la quarantaine. Un décès arrivé à bord d'un bâtiment, fût-ce par accident, donne lieu à une prolongation de la détention de ce bâtiment , qui ne peut être moindre de cinq jours.

La quarantaine de rigueur ayant pour objet la destruction des prétendus germes contagieux qui pourraient se trouver k bord , on emploie tous les moyens que l'on supposf propres à purifier les objets qui sont dans le bâtiment.

Les hardes , hamacs et effets des équipages et des passagers, sont mis à l'évent pendant une partie delà quarantaine, ainsi qu'il est indiqué plus loin.

L'intérieur du bâtiment est aéré autant que possible et lavé, nettoyé et fumigé avec le plus grand soin.

A moins de circonstances particulières , les équipages des bâtimens en quarantaine restent à bord : les passagers et les malades sont seuls admis dans les lazarets.

A Marseille, les marchandises susceptibles sont transportées au lazaret, pour y être purifiées, dans tous les cas où la quarantaine est 'de rigueur. Dans les ports placés au nord-ouest de la France, on remplace le transport au lazaret et les purifications qui y sont subies , soit en débarquant les marchandises sur des allèges, soit en les exposant à l'air sur le pont du bâtiment, ce que l'on appelle sereine sur J'er.

QUARANTAINE

La sereine surfer précède aussi le débarquement des marchandises au lazaret, dans les quarantaines de rigueur.

Les marchandises susceptibles débarquées au lazaret , sont purifiées par l'exposition à l'air, les balles sont ouvertes, retournées plusieurs fois et maniées à l'intérieur par les portefaix chargés des travaux de la quarantaine. Les caisses et barriques sont vidées , et les objets qu'elles contiennent exposés à l'air et maniés comme il vient d'être dit.

« Les provenances qui pendant leur quarantaine , auront communiqué avec » d'autres provenances soumises aune quarantaine plus rigoureuse , subissent i « selon la gravité des cas et sans préjudice des peines encourues une prolon- » gation qui ne pourra excéder le temps restant à courir à la provenance avec » laquelle elles auront communiqué. (Art. 35 de l'ordonnance.)

» Si des symptômes viennent à se développer dans les provenances déjà en « quarantaine, celle-ci recommence et pourra même , selon les circonstances, » être portée à un plus long terme. (Art. 36.)

)i Lorsqu'une maladie d un caractère pestilentiel vient à se manifester à bord » d'un bâtiment en quarantaine, la nouvelle quarantaine à laquelle il doit être » soumis ne commence , pour le navire , que lorsqu'il n'y a plus de malades à » bord, et après le débarquement de la dernière balle de marchandises. Celles- » ci font dix jours de quarantaine , plus que le bâtiment.

» Pour les malades atteints de la contagion, elle ne commence qu'à partir » du jour où les médecins et chirurgiens ont reconnu et déclaré leur parfaite » guérison.

» Toutes les fois que, postérieurement à la fixation des quarantaines, des j » faits annonçant un plus haut degré de suspicion viendront à la connaissance ' » des autorités sanitaires, elles devront, en énonçant ces faits dans leurs déci- ! » sions , classer, s'il y a lieu , les provenances sous un régime différent , ou i » seulement les soumettre, dans le même régime , à une observation ou à une , » purification plus prolongée. » (Art. 37).

On cite des quarantaines qui ont eu jusqu'à 80 jours.

Les autorités sanitaires peuvent refuser l'admission en quarantaine, si les lazarets sont encombrés , s'il y a impossibilité absolue de purifier ou de transporter sans danger les animaux et objets matériels susceptibles de transmettre la contagion ; auquel cas, l'autorité compétente devra examiner si l'intérêt de la santé publique n'exige pas leur destruction conformément à l'art. 5 de la loi ' du 3 mars. Cette destruction entraine quelquefois le brùlement des bâtimens.

Indication des principales pratiques dites sanitaires mises en usage. Nous avons vu ce que l'on entend par sereine swjer ; ajoutons qu'il y a la petite , la grande et la très-grande. La petite est de trois , deux et un jour ; la grande de six, quatre et deux jours ; la très-grande, de quatre , six et huit.

La purification des monnaies consiste à les passer au vinaigre ; celle des grains à les passer par la grille ; celle des barriques d'huile à les plonger dans la mer, les bondes préalablement couvertes avec du goudron fondu ; ensuite à frotter les barriques extérieurement avec une brosse. La purification des hardes ' et hamacs , consiste k les mettre à l'évent et à les exposer à des fumigations. Dans certains cas les navires sont purifiés par l'introduction de l'eau dans leur cale , par un blanchiment à la chaux et par des fumigations. Les paquets sont i| purifiés et fumigés. Les papiers liés ensemble avec du fil , sont délivrés à leurs i propriétaires après purification , moyennant que ceux-ci consentent à la destruction du fil , regardé sans doute comme plus propre à recéler la contagion , que le papier, quoique pourtant ils soient l'un et l'autre rangés dans la même catégorie.

Les animaux sont attachés ou renfermés, soit qu'ils restent à bord , soit qu'ils i suivent les propriétaires dans le lazaret. '

Les individus bien portans ou malades transportés au lazaret , sont obligés d'y recevoir : ceux qui sont arrivés avec patente brute , trois parfums ; ceux qui sont arrivés avec patente suspecte, deux parfums ; ceux qui sont arrivés avec patente nette, un seul parfum. Pour les individus arrivés avec patente brute , le premier parfum a lieu à l'arrivée, le second à la moitié de la quarantaine , et le troisième , à l'instant où ils quittent le lazaret. Ce parfum consiste en un dégagement de chlore. C'est substituer un moyen illusoire et dangereux à une cérémonie absurde conservée jusqu'à ces derniers temps et qui se pratiquait ainsi : on allumait du feu au milieu du plancher d'une chambre, en jetant la drogue ou parfum sur ce feu , et lorsque la fumée était devenue bien épaisse, j on y faisait entrer les passagers , dont les hardes y étaient étalées ; on fermait i exactement la porte , et après cinq ou six minutes , on ouvrait , et ils allaient ' occuper la chambre qui leur était assignée par le capitaine des infirmeries.

La composition du soi-disant parfum était tout ce qu'on peut imaginer de plus bizarre , et il est impossible de dire quel esprit avait présidé à la réunion de tant de substances sans aucune espèce d'utilité. On y trouvait le soufre , la poudre à canon , la poix rézine , le grabcau de myrrhe , l'encens , le storax , le laudanum , le poivre noir, le gingembre , le cumin , le curcuma , le cardamomum , l'aristoloche , l'euphorbe, le cubèbe , les grains de genièvre, le son. i Tout cela jeté pêle-mêle sur un feu vif et ardent, et tout cela avec l'idée de | détruire comme le àilVd^on, l'ennemi le plus cruel du genre humain. On se fait , pour le dire en passant, une singulière idée de cet ennemi, car suppose , dit l'ardent contagioniste précité , « qu'il soit dans quelque balle de coton , » dans une pièce de marchandise, dans la petite pacotille d'un matelot, dans « quelque pièce de ses hardes , c'est à Pomègue qu'on s'en aperçoit , etc. » Ne dirait-on pas qu'il s'agit de trouver l'acarus?

La façon burlesque dont on reçoit les lettres et papiers de ceux qui vont faire j ou qui font quarantaine mérite bien quelques lignes. Dans les ports de mer la j

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QUARANTAINE

première précaution est prise à l'égard du capitaine. 11 arrive dans la cbaloupe j devant la grille du bureau de santé, grille qui le tient éloigné de ceux qui l'interrogent. Il jette sa patente dans un bassin rempli de vinaigre. Le préposé à la purge plonge le papier dans le liquide avec des pinces de fer de près de 8 pieds [ de longueur, l'en relire quand il est bien imbibé, l'étend sur une plancbe, le i présente au conservateur de la santé, qui le lit sans le toucber. A Livourne la j patente est reçue au bout d'une canne de 6 à 7 pieds de long. On la purfume { la patente), et cette pratique, dit Papon , est peut-être plus sûre que la précédenle. \ Malheureusement il n'est pas prouvé que le choléra, la peste ou la fièvre jaune aient plus peur de la fumée que du vinaigre. Les lettres sont également jetées j dans le bassin ; on fait aux enveloppes, des ouvertures par les cotés afin que le vinaigre les pénètre partout. S'il y a sous les plis quelque échantillon de drap, I on porte les lettres au lazaret, où elles sont ouvertes pour être purgées pendant , la quarantaine.

I Les précautions'relatives à la quarantaine par terre sont à-peu-prèsles mêmes. [Deux cordons de troupes empêchent toute communication sur la frontière, [ excepté dans des endroits désignés où l'on établit une double barrière de bois. jDans l'espace libre qui sépare ces deux barrières commencent les précautions. Le garde de santé, d'un air important et capable, pi-end avec de longues pincet- !tes les lettres, y fait, sans les toucher, des ouvertures, les passe dans le vinaigre, jetpurfieces pincettes. Si plusieurs lettres sont réunies par un fil, on brûle le i malencontreux fil, etc., etc. Nous ne nous sentons pas le courage de poursuiiTre le récit de toutes les niaseries dont nous avons été témoin. On pense bien ,que toutes ces minuties vexatoires ne peuvent être suivies à la lettre sans présenter, à chaque minute, les contradictions les plus palpables ; mais on s'en in- [quiète d'autant moins, que la logique n'a rien à démêler avec les prescriptions ilazarétaires.

Les animaux arrivant de contrées suspectes, dit l'ordonnance, sont soumis a » des précautions semblables aux hommes.» Mais combien d'animaux ailés ne se jgoustraient-ils pas à vos ridicules précautions ! et pourtant c'est contre l'infraction de semblables momeries que, dans des pays civilisés, on ne craint pas de prononcer la peinede mort!!

Les peines portées contre les violations des mesures sanitaires, sont: « 1°. La peine de mort, quand celte violation a opéré communication avec 1) des pays dont les provenances sont soumises au régime de la patente brute , " avec des provenances ou avec des lieux , des personnes ou des choses placés i> sous ce régime;

0 2°. La réclusion et une amende de deux cents francs à vingt mille francs, si » la violation a opéré communication prohibée avec des pays dont les prove- '> nances sont soumises au régime de la patente suspecte ; avec ces provenances ) ou avec des lieux, des personnes ou des choses placés sous ce régime.

» 3°. De la peine d'un an à dix ans d'emprisonnement et d'une amende de I) cent francs à dix mille francs, si la violation a opéré communication prohibée I) avec des lieux, des personnes ou des choses qui, sans être dans l'un des cas ci- » dessus spécifiés, ne seraient point en libre pratique.» (art. 7 de la loi.)

Il existe encore plusieurs autres articles que nous passerons sous silence : tels [que ceux qui spécifient les peines portées contre les cas de non-révélation, artirîles dont nos mœurs ont déjà fait justice.

Les instructions sanitaires présentent dans un tableau la nomenclature des :>hjets de genre susceptible, et des objets de genre non susceptible.

« PftEMiÈRE CLASSE. I Scction : Effets et marchandises susceptibles par leur lature. 1° Les bardes, effets usuels, tout ce qui sert au coucher, objets d'équiîeraent etdeharnachement, les chiffons et lambeaux de toute espèce; 2» la laine ;t les poils d'animaux, lavés ou non, filés ou non ; 3o le coton en laine ou filé ; i" le chanvre, l'étoupe et le fil ;'5o le lin filé ou non; 6" les cordages non gou- Ironnés et non composés de sparte ou de jonc ; 7» toute espèce de soie, soit en oourre, soit en fil ; S" les pelleteries et les fourrures ; g» les peaux et maroquins, es corduans, basanes, cuirs tannés, cuirs secs, les rognures , abattis et débris de leaux ou d'autres substances animales ; lO" le duvet et les plumes ; 1 1» les chaleaux ou autres étoffes feutrées; 12° les cheveux et les crins ; 13o les étoffes, dra- >eries, toileries, et généralement tous les tissus ; H» le papier de toute espèce, le jarton et les livres ou manuscrits; 15t> les fleurs artificielles ; IG" les verroteries, |e corail, les chapelets et généralement toutes les marchandises enfilées ou assujîéties avec des fils susceptibles ; 17" les quincailleries et merceries; 18° les épon- |;es; 19" les chandelles et bougies ; 20" le vieux cuivre ouvré, les raclures de vieux :uivre et autres vieux métaux ; 21° les momies , les animaux vivans ou morts.

u Ile section. Marchandises douteuses , et marchandises avec des ent'Cloppes )u des liens susceptibles , ou qui peuvent receler des objets de genre susceptible ; 1» le corail brut ; 2° les cuirs salés et mouillés; 3" les dents d'éléphant ; 4» les |;ornes et leurs raclures ; 5» le suif; 6» la cire ; 7" les drogueries et épiceries de Qute espèce; 8° le café et le sucre; 9o le tabac et les balles ; 10» les garances )H alizaris , les racines et herbes pour la teinture ; 11" le vermillon ; 12" la poasse et le salpêtre; 13" le cuivre neuf ou vert, les raclures de cuivre neuf; l4o les verreries en caisse ou en futailles, les galles, graines et légumes en iacs ; 15° les monnaies et médailles ( Nota, il ne faut pas oublier de les passer »u vinaigre) ; 16" les fruits gluans et visqueux.

i 0 Deuxième classe : Objets et marchandises de genre non susceptible .• 1" le |)lé , les grains , les légumes en greniers ou dans des sacs de sparte ou de jonc, es grains moulus , la farine , le pain , l'amidon et les gruaux , etc. ; 2" les fruits ecs; 3" les confitures , les sucs de plantes , des bois , des fruits , le miel ; 4» les ruits frais ; 5» les huiles ; 6» les vins , les liqueurs , et généralement les liquides ; "les chairs salées, fumées et desséchées; 8» le beurre, le fromage et la

DlCT. DE MÉDECIUE et DE ChIRCBGIE PRATIQUES.

graisse; 9" les cordages entièrement gourdronnés ; 10» le sparle et le jonc ; 11° les cendres, soudes, sels en grenier ou dans des enveloppes non susceptibles, le charbon, le goudron, le noir de fumée, les gommes et les résines ; 12° les bois en bloc , poutres, planches, tonneaux, caisses, etc.; 13" l'avelanède ; 14° matières pour la peinture et la teinture; 15" les objets neufs en verrerie ou poterie; 16" les minéraux , les terres, la houille , le soufre, le mercure , la chaux , les fossiles et les objets tirés de la mer ; 17° les métaux en pain ou en masse ; 18° tous les objets composés de différentes substances, toutes de genre non susceptible. »

§ 1). Examen des lois, ORDONHAncr.s , insthuctions sanitaires , et de leur EXÉCUTION. On a vu , par l'exposition bien qu'incomplète que nous venons de tracer , combien les lois et ordonnances sanitaires, et surtout les détails pratiques abandonnés à l'arbitraire des bureaux de santé, sont peu en harmonie avec l'état de la science. Qu'on nous permette quelques réflexions à ce sujet.

La première des maladies dont on cherche à prévenir l'importation au moyen des quarantaines, est, ainsi que nous l'avons vu plus haut, en suivant l'ordre adopté dans les Instructions concernant la police sanitaire, la peste d'oriekt. Cette cruelle maladie, dont les craintes ont amené le soi-disant système sanitaire qui pèse sur l'Europe, ou , pour dire comme M. Chervin , sur toute la chrétienté , peut-elle autoriser ce système? Certains médecins croient que la peste est contagieuse, d'autres, qu'elle ne l'est point. Dans le doute, disent les partisans des mesures sanitaires, il faut prendre des précautions. Certes , tout le monde serait de cet avis si les précautions étaient innocentes ; mais, comme ces soi-disant précautions sont toujours plus ou moins funestes ,

il vaut beaucoup mieux dire avec M. Chervin : dans le doute, il faut s'éclairer

Si la peste est contagieuse , nous devons chercher à nous en garantir ; si elle ne l'est point , nous devons supprimer les mesures ruineuses et barbares auxquelles on a recours , dans le but d'opposer une barrière à son principe transmissible

o Si, continue M. Chervin , de nombreux témoignages sont en faveur de l'opinion qui regarde la pfiste comme une maladie contagieuse et importable, il en est aussi qui viennent appuyer la doctrine opposée, et qui ne méritent pas moins de considération ; car , en général , ce sont ceux de médecins qui ont été le plus à même d'observer cette redoutable affection.

» On rapporte des faits qui sembleraient établir d'une manière démonstrative, la contagion delà peste; ruais la même chose s'est vue pour la fièvre jaune, ainsi que l'ouvrage de la commission médicale envoyée à Barcelone en est une preuve patente et officielle. Où trouver des faits de contagion plus nombreux et plus concluans que dans le livre de MM. les commissaires? Mais j'ai prouvé que la majorité de ces faits n'a aucune réalité , et que d'autres ont été rapportés d'une manière tellement inexacte, qu'ils ne sauraient être d'aucune valeur. Si, au dix-neuvième siècle, et, pour ainsi dire à nos portes, les faits ont pu être aussi mal observés par une commission prise dans le sein même du premier corps médical de France, qui oserait garantir qu'il n'y a point d'exagération dans les faits allégués comme des preuves de la contagion de la peste? dans des faits recueillis au loin et à des époques plus ou moins reculées , par des hommes qui , le plus souvent, n'étaient pas médecins , ou qui observaient sous l'influence d'une doctrine naguère universellement enseignée dans nos plus célèbres écoles ?

» Ainsi, prenant en considération, d'une part, la manière dont la peste se comporte généralement dans les contrées où elle exerce ses ravages , et, de l'autre, ce qui se passe depuis plus d'un siècle , dans les grands établissemens sanitaires de la Méditerranée , dans les lazarets de Marseille , de Toulon , de Malte, de Livourne, de Trieste , etc., où les provenances du Levant sont reçues, je pense que, sans montrer trop de seplicisme, ou peut regarder la contagion de cette maladie comme une chose douteuse , et que, dans le doute , nous devons chercher à nous éclairer par tous les moyens qui sont en notre pouvoir , tout en continuant à prendre des mesures de précaution jusqu'à ce que la vérité soit connue.

» Or, le meilleur moyen d'arriver à ce but important est de faire faire des expériences propres à constater si la peste est réellement contagieuse ; si elle est susceptible de se communiquer par les personnes, par les hardes et par les marchandises qui nous arrivent journellement de l'Égypte et du Levant. Ces expériences peuvent être faites dans le lazaret de Marseille , ou dans tout autre établissement de ce genre, sans aucun risque pour la santé publique, au moyen d'effets ayant récemment servi à des pestiférés , tels que chemises , caleçons , draps de lits, couvertures , pelisses et autres objets réputés contaminés par le virus , ou principe pestilentiel. Ces effets seraient apportés des lieux où règne la peste, au lazaret d'expérimentation , dans des caisses hermétiquement fermées, et des individus sains, confinés dans cet établissement, s'en revêtiraient de la manière la plus immédiate pendant toute la durée de la plus longue quarantaine, et se soumettraient généralement à toutes les expériences qui seraient prescrites par nos deux corps savans. « ( Pétition à la chambre des députés, pages 46 et 47. )

Ces expériences ont déjà été proposées au gouvernement par l'académie royale de médecine, et voici à quelle occasion : En 18301e minislrede l'intérieur demande à l'académie le meilleur moyen de désinfecter les cotons qui viennent du Levant. Cette société répond au ministre qu'avant de chercher des moyens pour désinfecter les cotons , il faut commencer par s'assurer s'ils sont infectés ; en conséquence , elle propose de demander des expériences sur le fait en litige. A cette occasion, notre honorable et courageux M. Chervin, toujours sur la brèche, se hâte , le 10 septembre 1830, de se faire proposer au ministre pour sujet de ces expériences. On devine bien ce qui arriva. La réponse si simple de l'académie

QUARANTAINE

QUARANTAINE

ne s'accordant pas avec les vues du ministre , la proposition de cette société resta sans résultat. Quant à M. Chervin , il a réitéré sa demande de la manière la plus formelle. ( Ouvr. cité , page 49. )

11 existe un doute encore si grand à l'égard de la peste , qu'en le partageant , on ne peut être accusé de scepticisme, puisque les aveux mêmes des contagionistes les plus ardens tendent à le fortilier. « Personne , dit l'un d'eux , n'était I) plus .H plaindre que les gens qui les servaient (les pcsiifércs) , non à cause du 3> danger de prendre la maladie , car ils en furent presque tous exempts ; mais » parce qu'ils avaient des peines infinies , tantôt pour remettre dans le lit les * malades qui se vautraient par terre; tantôt pour retenir ceux qui , dans un » accès de frénésie , voulaient se jeter par la fenêtre , etc. » (Papon, de la peste, page 88). « Une chose, dit un autre partisan de la contagion, qui fut observée » et qui fut digne d'admiration , c'est que, parmi tant d'employés et tantd'hom- » mes appelés vulgairement purificateurs , qui maniaient à chaque instant ces >> mêmes hardes sur lesquels avaient couché et étaient morts les pestiférés , it » NE s'en infecta PAS UN SEUL ; expérience contraire à tant de discours et à tant » de raisonnemens que fait l'intelligence humaine , et qui fait dire avec Hippoi> crate : qu'il y a de caché dans les maladies un je ne sais quoi de divin. » (François Pona , Histoire de la grande contngion de Férone , an 1630, page 103).

JVe lisons-nous pas , d'ailleurs, dans les relations des épidémies de peste , qu'à JafTa , Napoléon touchait avec un magnanime sangfroid les bubons des pestiférés? Que M. Desgenettes , invité par le quartier-maitre de la 75<= demi-brigade, une heure avant sa mort, à boire dans son verre une portion de son

breuvage , n'hésita pas à lui donner cet encouragement ? Que les observations de M. Assalini , alors chirurgien à l'armée d'Orient, lui font nier la propriété contagieuse de la peste «On dit communément (c'est M. Assalini qui s'ex- » prime ainsi) qu'en décachetant une lettre , ou en ouvrant une balle de coton « contenant le germe de la peste , il y a eu des hommes renversés et tués par la » Vapeur pestilentielle. Je n'ai jamais pu rencontrer un témoin oculaire de ce

» fait, malgré les recherches que j'ai faites dans les lazarets de Marseille , de

» 'JToulon , de Gênes , de la Spezia , de Livourne et de Malte ; et , dans le Le- » vaut , tous s'accordent à répéter qu'ils l'ont entendu dire, mais qu'ils ne l'ont » pas vu. Parmi les personnes que j'ai interrogées sur ce fait, je nommerai le » citoyen Martin , capitaine du lazaret de Marseille , qui , depuis trente ans est » dans ce poste. Ce brave et respectable homme m'a dit que, pendant ces » trente ans , il avait vu ouvrir et éventrer des millions de balles de coton, de

» soie, de laine , fourrures, plumes, et autres effets venant de plusieurs endroits » où existait la peste, sans que jamais il ait vu aucun accident de cette nature. » ( Observations sur la maladie appelée peste , in-S", an xi ). « Les Turcs et Icg « Arabes , dit Bruce, dès le lendemain de la Saint-Jean , exposent, dans les »i marchés , les vêtemens des gens qui sont morts de la peste. Ces vêtemens » sont achetés et portés sans crainte de danger; et, quoique la plupart du I) temps, ces habillemens soient faits de fourrures ou d'étoffes de coton , de » soie, de laine, des choses enfin qui peuvent avoir contracté le plus d'infec- » tion , IL n'arrive jamais d'accident à ceux qui s'en vêtissent avec une si heu- 11 reuse confiance. » (Foyage en Nubie et en Abyssinie , page 762 ). Savary , voulant établir, contre l'opinion de plusieurs auteurs modernes, à la tête desquels il place Paw , que la peste n'est point originaire d Égypte , mais est appor. tée dans ce pays par les Turcs , s'exprime ainsi : « Voici ce que j'ai vu : en <• 1778 les caravelles du grand-seigneur abordèrent à Damiette et débarquèrent, » suivant la coutume , les soies de Syrie. La peste est presque toujours à leur » bord. Ils mirent à terre sans opposition leurs marchandises et leurs pestifé- » rés. C'était au mois d'août ; et comme l'épidémie s'éteint en Égypte dans cette » saison , elle ne se communiqua point. Les vaisseaux mirent à la voile et allè- » ren t empoissonner d'autres lieux. L'été suivant des navires de Constantinople » infectés de cette maladie , arrivèrent au port d'Alexandrie, ils débarquèrent » leurs malades , sans que les habitans en reçussent aucun dommage. » {^Lettres sur l'Egypte , 2" édition, in-8", tom. m.)

Après de tels faits, je crois , il est bien permis de conserver quelques doutes, et de désirer des expériences décisives; mais , disons-le ici par anticipation, de peur qu'on ne croie que dans le doute il faille conserver ce qui subsiste, la contagion de la peste , bien prouvée , ne justifierait en rien les mesures quarantenaires telles qu'elles existent , c'est-à-dire avec leurs inconséquences, leurs contradictions, leurs dangers, etc., etc. La suite de la discussion mettra, nous l'espérons , ce point hors de doute. 11 est donc bien permis de ne pas partager la confiance et les craintes exprimées par le respectable M. Fodéré dans le passage suivant : « Depuis plus d'un siéclo , dit ce savant professeur, on » n'avait pas vu violer cette loi protectrice des nations (la loi sanitaire ) ; lors- » qu'en l'an vu , un vaisseau qui portait Bonaparte et autres déserteurs de l'ar- » mée d'Orient , et qui venait du berceau même de la peste , la viola à Fréjus.

Tous les bons esprits frémirent de cette transgression, qui pouvait couvrir la » France et l'Europe de deuil , par les ravages de la peste ! puisse-t-il être le » dernier exemple semblable pour l'Europe civilisée ! » ( Dict. des Se. médic). Ce que nous voyons de plus mal dans le cas rapporté par M. Fodéré , c'est le mauvais exemple donné par Bonaparte, c'est le peu de respect pour la loi. Quant au reste , Napoléon savait bien qu'il ne compromettait pas la sûreté de la France en refusant de se soumettre à la quarantaine.

La fièvre jaune est , dans les Instructions , la maladie classée en seconde ligne. Or, on sait , depuis les immenses travaux de M. Chervin , que la fièvre jaune ne peut qu'être rendue plus meurtrière parles moyens d'isolement employés dans la vue d'empêcher son extension. Tous les faits incontestables qui

ont été recueillis, ceux de M. Chervin par exemple, dont un seul n'a pu encore malgré tant d'enquêtes, être infirmé, tant sont minutieuses les précautions qu'a prises ce savant pour arriver à la vérité , ont prouvé, à satiété, le préjudice ell le danger des moyens employés. Cet homme que son courage, son dévoûment. son désintéressement, sa persévérance, encore sans exemple, son amour pour la vérité et son indépendance ont rendu l'objet de tant d'ignobles persécutions (enquête sur son caractère moral, ordonnée par le gouvernement français auxj Etats-Unis, en 1828) qui n'ont servi qu'au triomphe de la vérité, a péremptoirement et surabondamment prouvé que les cordons sanitaires, les lazarets et les quarantaines ne mettent point les populations à l'abri de la fièvre jaune ; quç cette maladie s'étend et s'arrête indépendamment de toutes les mesures de précaution prescrites par nos lois et nos réglemens sanitaires. Si les gouvernemens européens avaient voulu se convaincre de cette vérité , ils n'auraient eu besoin pour cela que de faire examiner contradictoirement tous les faits que la science possède sur celle matière. « Le gouvernement de la restauration, dit M. Dubois (d'Amiens), savait à-peu-près à quoi s'en tenir, lorsque , en 1823, il établit, Ici Jong des Pyrénées, un cordon prétendu sanitaire, qui fut ensuite changé en! armée d'observation, et puis, enfin, en armée d'invasion. C'était une comédie, i ne s'agissait nullement d'arrêter la marche de la fièvre jaune, mais bien de faire] une guerre sacrilège, et de détruire dans la Péninsule espagnole tout germ» d'indépendance.» {Constitutionnel, 3 août 1833).

Dans les diffcrens hôpitaux de la Havane où l'on est très-méticuleux sous l rapport de la contagion, et où l'on isole encore les personnes attaquées délai phthisie pulmonaire , l'on ne prend absolument aucune précaution contre le individus atteints de la fièvre jaune qui sont placés pêle-mêle avec les individi malades d'affections diverses

Le typhus des camps, des prisons, des hôpitaux et des vaisseaux, est dans le! Instructions, la troisième des maladies dont on cherche à prévenir l'importa^BiSi tion au moyen des quarantaines. Le typhus résulte de l'encombrement d'un localité par un grand nombre d individus; le moyen infaillible de s'opposer à s propagation, c'est de ilisséminer les malades, c'est-à-dire de faire le contrain en tous points, de ce qu'on fait au moyen des cordons sanitaires, des lazarets et des quarantaines. Ces précautions mal entendues ne peuvent, par l'ennui et M tristesse qu'elles produisent, qu'aider à l'action des causes prédisposantes dui ïj typhus. « Bien que, dans certaines circonstances, dit M. Chervin, le typhus! ïli devienne Iransmissible par l'infection miasmatique de l'air, et se propage parmi te les personnes qui respirent cet air contaminé, on n'arrête point sa propagation «e; par l'isolement ou la séquestration des individus qui en sont atteints ; mais, au ik contraire, par leur prompte dissémination, par les soins de propreté et une ven' de tilation convenable. » ifc La lèpre arrive, dans les Instructions , en quatrième ligne , mais parmi les i;ts gens qui ont bien observé cette maladie, aucun aujourd'hui ne croit plus à sa' liil propriété contagieuse ; les dispositions atroces , prises contre les lépreux , sonti m tombés en désuétude, et ces malades sont admis parmi les autres dans no» lieiii hôpitaux , sans que jamais on se soit aperçu de la transmission de leur affec-j m tion. I «i

LE CHOLÉRA-MORBUS DE l'ikde cst la ciuqième maladie dont tiennent compté! ha les Instructions. Voici comment elles s'expriment au sujet de cette épidéinie.'i i» « Les progrès qu'il a déjà faits (le choléra ), la violence de ses effets , sont tels,| iiig » que la prudence ne permet pas d'accueillir un bâtiment arrivant des contréeis (ml » qu'il afflige, avant de l'avoir soumis à des purifications plus ou moins sévères, n itii » selon la longueur de la traversée , et surtout lorsqu'il y aurait eu , durant » ce laps de temps, des morts ou seulement des malades , ce qui donnerait li » de craindre que, par une succession constante de maladies , le principe co, » tagieux n'eût conservé toute son énergie i> {Inst. pag. 3. ) On sait maintena à quoi s'en tenir sur ce prétendu principe contagieux auquel ne croient plus li personnes qui ont observé le choléra sans idée préconçue. J'ai recueilli et j'ai j le premier en France, consigné dans mon rapport , présenté le 24 octobre 1831 I à M. le comte d'Argout, alors ministre du commerce, un grand nombre de «I faits qui prouvent que le choléra n'est pas contagieux ; et , ni en Pologne, ni I en France, je n'ai pu rencontrer un seul cas qui pût me faire supposer la propagation du choléra par contagion. Parmi tous les dûéumens que j'ai demandes i aux médecins exerçant à Varsovie, un seul s'est trouvé en faveur de la doctrine ! de la contagion , celui de M. Sauvan. Ce médecin, qui n'était attaché ( à cette I époque au moins ) ni à l'armée, ni aux hôpitaux, fondait son opinion sur la ^ circonstance suivante: «Au milieu de toutes les privations, et pendant les ' 1) mois de janvier, février, mars, et pendant la première moitié d'avril, » l'armée polonaise n'a présenté aucun cas de choléra. Cette maladie ne ' » s'est manifestée que dans la seconde moitié d'avril, après que l'armée eut » été en contact avec le corps du général Pahlen II« , arrivé des contrées infec- » tées par l'épidémie. » J'annulai ( je le crois du moins ) la valeur du document de M. Sauvan par plusieurs autres qui établissent : 1" que le corps du général Pahlen qui se présenta à Iganie avec ses lions de Farna , ne contenait pas i un seul cholérique; 2° que les (quatre mille prisonniers russes faits à Iganie, | conduits à Praga et obseri'és bien strictement dans un isolement parfait, pen- \ dant dix jours consécutifs, nont présenté a.vcxss cas de choléra; S° qu'il a ' existé plus de cholériques dans les corps qui n'ont pas été à Iganie , que dans I ceux qui y ont été. Ajoutons que M. Sauvan est venu il y a un an à Paris, que, j sous prétexte d'un travail qu'il voulait présentera l'académie, il m'a prié de j lui prêter le document qu'il m'avait remis en Pologne, et que, regrettant sans

doute l'opinion qu'il y avait émise, il ne me l'a jamais rendu. I/expérience, au | reste , est venue apprendre à tout le monde ce que peuvent les mesures d'isolé- I

(QUARANTAINE

QUARANTAINE

faeht contre le choléra. «11 a dit M. Dubois (d'Amiens), franchi dans le Nord rois ligues militaires, et on l'a vu concentré sur des populations qui ne cessaient pas d'entrelenir des relations avec leurs voisins, sans leur communiquer ,pour cela les plus légères atteintes du mal... Le choléra est tout aussi réfraciaire que la fièvre jaune, aux moyens d'isolement et aux moyens dits purificateurs; tant que le choléra a été loin de nous , les contagionistes avaient beau j eu, M. Moreau de Jonnès le faisait marcher étape par étape : l'académie des iiciences était , grâce à lui, tenue au courant de V itinéraire Ae ceWe maladie; ;e n'est pas, cependant , que cet honorable correspondant de l'académie n'ait Iprouvé, parfois, de petits échecs. Ainsi, sans songer le moins du monde que iM. de Humboldt était présent à la séance, M. Moreau de Jonnès s'avise d'énoni;er très-positivement , et en s'appuyant sur des documens autlientiques , a. lui adressés diplomatiquement , que si le choléra-morbus a éclaté à Orembourg, l'est qu'il y avait été apporté par la caravane de Kirguis. M. de Humboldt se lève aussitôt, et dit à l'académie qu'il se trouvait à Orembourg lors de cet événement, et qu'il peut assurer que trois mois avant l'arrivée de cette caraane , le choléra s'était déclaré dans la ville avec une grande intensité, tout-àoup , et comme par l'efTet d'une modification particulière de l'état atmosphérique. M. Moreau de Jonnès ne répondit rien , mais ne se tint point pour lattu. Une autre fois , ce même savant annonce avec douleur , à l'académie , fin déplorable d'uudes premiers citoyens de la Grande-Bretagne, enlevé par ^ choléra-morbus ; il sait cela d'une manière positive , c'est la haute adminis- Tation qui l'en a instruit. Quelques jours après, M. Magendie revient d'Angleîrre et dit à l'académie qu'au moment même où M. Moreau de Jonnès déploait la perte de cet honorable ge/2f/f;m«7z , il avait l'honneur de se trouver à la iiême table que lui , et de îe voir parfaitement fonctionnér. Mais il y en aurait ■:op à dire sur ce sujet.

» Sans doute, il paraissait assez naturel de croire qu'une maladie qui depuis iiinze ou seize ans , se propage de proche en proche , a dû être transmise d'un eiiple à l'autre et par une sorte de contagion. Si on ajoute h cela tous les contes je les voyageurs se plaisaient à faire, et que la crédulité accueillait avec avidité,

était bien difficile de se défendre de cette idée. Toutefois, on a dû commencer ir éprouver quelques doutes sur la nature de la cause, lorsqu'il a été bien itrà que, dans beaucoup de contrées, le mal avait franchi de grands espaces ,

ns toucher en aucune manière les points intermédiaires et sans avoir suivi des

utes collatérales. Les idées, enfin, ont été complètement changées lorsqu'on pu examiner les diverses phases de l'épidémie , et son mode de propagation ins les lieux mêmes où elle régnait avec le plus d'intensité, dans le foyer

ème de son activité.

r Les premiers rapports bien f;n(s nous sont venus de Pologne : ils avaient été digés par les commissions médicales qu'on avait envoyées sur les lieux. Il ré- Itait de ces rapports que les moyens d'isolement et de désinfection avaient ; reconnus complètement inutiles, et que, dans les hôpitaux où les cholériques aient été recueillis et traités, pas une seule des personnes employées à leur inner des soins n'avait été attaquée du choléra. lien a été à-peu-près de jme à Vienne, à Pétersbourg, à Berlin et à Londres. Il y a eu même cela de jirticulier dans les deux premières de ces villes , que certains quartiers n'ont Touvé aucune atteinte du mal, bien qu'ils fussent restés en libre et constante mmunication avec les lieux circonvoisins, décimés par le choléra-morbus. A tersbourg, l'une des îles de la Néva a joui de ce privilège; à Vienne, c'est le I jbourg de Léopoldstadt. Pourrait-on admettre maintenant que c'est précisent hors de son foyer d'activité que le mal a des propriétés contagieuses incon- 1;tables? On serait tenté de croire, en effet, que les contagionistes raisonnent <iprès cette hypothèse. Sont-ils avec nous loin du mal, ils ne s'occupent que de

< qui se passe à la périphérie des contrées ravagées par la maladie; tout^ iirs, leur paraît cause sufïi.sante d'importation; on fait des histoires à plaisir;

< vient raconter dans le sein des académies que, si le choléra a passé d'Asie en 1 rope; c'est parce qu'une jeune nlle s'était saisie d'une pièce d'étoffe conlamit\ ; tant il est vrai que les jeunes filles sont destinées à propager les guerres , 1' religions, les épidémies, etc.!

> Cependant, le choléra, sans toucher aux points intermédiaires, saute toutàioup de Londres dans le quartier de la Cité, à Paris; il est sous les yeux et 8[.s la main des contagionistes; les voilà englobés dans le foyer d'activité; que 4pnt-ils ? que font-ils? rien : ils ne bougent , ni ne disent mot. M. Moreau de Jmès passe ces jours de deuil dans le silence. Le fléau, cependant, diminue «l ravages, et puis il cesse, il s'éloigne, et va s'établir à Oporto. M. Moreau de 3mès recouvre la parole; sa correspondance diplomatique est renouée, et il l'ommence à nous entretenir de ce qu'il n'a pas vu » (Constitutionnel du 3 arit 1835). Nous ne citerons pas davantage le savant spirituel qui combat les c|tagionistes avec les seules armes qu'il faut employer contre eux. Tout le Brade sait actuellemeut quelle est l'efficacité des cordons de troupes, des lazatlBjdes quarantaines que les gouvernemens de Prusse, d'Allemagne, d'Angletre, de France et d'Espagne, ont voulu opposer au choléra. On sait mainte- 'jltque ces barrières, impuissantes pour arrêter sa marche, n'ont de pouvoir cjiî pour le rendre plus meurtrier. »

^l^ontinuons d'exposer l'mufj'/iie , les contradictions , les inconséquences f les ohgersj le préjudice, la barbarie des soi-disant mesures et lois sanitaires, rela- Wisaux quarantaines. « Je dois l'avouer, quoiqu'à regret, dit M. le docteur C ta, les lois sanitaires, fussent-elles mille fois plus sévères, toutes les troupes q nous avons sous les armes fussent-elles en ligne sur les Pyrénées, les contr])andiers n'en feraient pas moins leur trafic. Je coknais plus de trois Cehts

l».VlDns QDI , MALCnÉ LE CORDOM SANITAIJRE DE 1821 , ALLAIEKT ET REYEHAIEMT

d'Espagne comme s'il n'avait pas existé. « {De la non-contagion de la fièvre jaune et des dangers du système sanitaire, Paris, 1827).

« Lorsqu'on plaça aux Pyrénées, dit M. Magendie, un cordon qui, à vrai dire, était politique pUitôt que médical, l'année suivante je visitai les lieux où les postes avaient été placés ; on me montra certains endroits dans les gorges les plus élevées où passaient les contrebandiers. Je demandai si ces chemins étaient habituellement fréquentés; on me répondit qu'ils ne l'avaient été que pendant l'existence du cordon. Ce cordon sanitaire était donc parfaitement inutile ; et si la fièvre jaune eût été une maladie contagieuse et Iransportable par des hommes ou des marchandises, il n'aurait pas retardé d'un jour son importation en France.

» Rien de plus facile , dit encore M. Magendie, que de trouver dans les réglemens sanitaires , des mesures absurdes et contradictoires. Ainsi , quand le choléra était à Sunderland , un règlement ordonnait , en France , la quarantaine à tout bâtiment venu de cette ville , et laissait passer sans obstacle les voyageurs qui en venaient , en passant par Londres. Pourtant on sait que l'on voyage rapidement en Angleterre. Ainsi, moi, qui venais de vivre au milieu des malades, à Sunderland, si j'étais parti sur un bâtiment, j'aurais lait une quarantaine; j'en ai été aff ranchi, parce que j'avais pris la diligence. » (Leçons sur le choléra , page 274.)

Le fait suivant , comme le précédent , prouve encore l'inconséquence avec laquelle sont prescrites les quarantaines, puisque des voyageurs partis en même temps du même point, leur échappent ou y sont soumis , d'après le chemin qu'ils ont pris pour arriver. « M. le marquis de Loulé et M. le colonel de Rochefort , partent de Lisbonne pour Paris. M. de Loulé fait dix jours de quarantaine dans le port de Brest ; M. de Rochefort étend son voyage en continuant sa route sur le bateau qui les avait amenés, et qui se rendait à Londres , se promène librement dans cette ville , pendant trois jours , part pour Paris , se trouve dans cette dernière ville , trois jours encore avant M. de Loulé. » ( Armoricain. )

Voici comment s'exprime M. Alphonse Sanson , que d'honorables missions ont fait soumettre à plus d'une quarantaine , et qui n'a pas été moins frappe que nous , de tout ce ((u'elles ont d'inconséquent.

« Ce que l'on se propose d'atteindre, dit notre savant confrère, c'est le terme au-delà duquel on est sûr que la peste ne se développera pas; or, l'intendance parait, à tort ou à raison , persuadée que vingt-cinq jours suffisent pour un vaisseau venant de Tunis avec patente nette.

51 Elle n'infligerait aucune quarantaine si elle ajoutait foi entière à la patente. Elle admet comme possible que le vaisseau porte des germes de peste , puisqu'elle le condamne à vingt-cinq jours de quarantaine; en fixant ce terme, elle reconnaît donc que ce temps suflit contre foute crainte de développement de cette affection. Pourquoi , dès-lors , fait-elle subir une quarantaine de quarante jours aux bàtimens venant de Constanlinople , de Syrie, lieux que l'on considère comme toujours suspects ? Est-ce que, attestée on non attestée, soupçonnée ou non soupçonnée, la maladie n'est pas la même ? N'est-ce pas toujours la peste ? Serait-elle plus prompte à se développer si elle provient d'un pays où on ne la soupçonne pas , que si elle est importée d'un pays où elle est endémique ? Si le vaisseau vient de plus loin , ne serait-ce pas une raison pour que la quarantaine fût abrégée ?

» Je suppose , dans tout le cours de ces raisonnemens , qu'il n'y a aucun malade à bord ; car, lorsqu'il y a un malade atteint de toute autre affection ; lorsqu'un homme s'est brisé la lête ou les jambes en tombant d'un mât, l'intendance , par crainte de la peste , fait subir une quarantaine au reste de l'équipage , jusqu'à guérison , ou à partir de la mort du malade.

» 11 faut absolument prendre son parti : ou vingt-cinq jours ne suffisent pas pour donner toute espèce de sécurité , ou il ne faut que cet espace de temps dans tous les cas; et la quarantaine de Constantinople et de tout autre pays infecté, doit être réduite à vingt-cinq jours. Reste-t-il encore des craintes fondées ? Quarante jours sont-ils nécessaires pour donner une sécurité parfaite ? Il ne faut pas hésiter, dès qu'on inflige une quarantaine, elle doit être de quarante jours ; prescrivez même un temps plus long, si quarante jours laissent encore des doutes. Je raisonne ici d'après le principe de l'intendance.

» On ne sait comment se rendre compte de demi-mesures en fait de peste, et de précautions inutiles quand il s'agit d'intérêts aussi puissans que les mouvenieus d'une armée, ou les communications d'un commerce aussi important que celui de l'Orient.

V L'inconséquence est trop manifeste , pour ne pas frapper le jugement.

» On gradue l'échelle des quarantaines comme si la maladie avait des degrés. Qu'elle soit plus ou moins probable , en sera-t-elle moins grave? Il s'agit ici de certitude, et non de probabilité capricieuse. Un homme qui voudrait à coup sûr être préservé du feu de la mousqueterie , et qui se serait garanti par une cuirasse de fer , la changerait-il pour une de carton , insuflisante à le défendre , parce que le feu serait plus rare , la portée et la force du coup étant les mêmes ? Ne le trouverait-on pas inconséquent? De ce que les coups seraient plus rares et l'atteinte moins probable, en seraient-ils moins forts, et serait-elle moins mortelle ? H s'agit ici de sécurité complète. Ce n'est que dans les cas où l'on serait hors de portée, qu'Userait rationnel d'ôter la cuirasse. » (Lettre au ministre des travaux publics , pages 3 et 4. )

M. Sanson, comme ou voit, ne demande aux intendances que d'être conséquentes dans leur manière d'agir : c'est bien le moins en vérité ; mais si, comme en convient, avec raison, l'un des plus grands partisans des mesures sanitaires, M. le professeur Fodéré, la durée de la première période, de la période d'inva-

QUARANTAINE

QUARA NTAINE.

sion, d'inoculation, d'incubation de toutes les maladies fe'briles très-actives , excède rarement huit à dix jours sans manifestation de symptômes généraux; si la seconde période, celle d'éruption, survient même presque toujours avant ce laps de temps, n'est-il pas raisonnable lorsque les navigateurs, partant de lieux suspects de contagion , auront passé huit ou dix jours à la mer, sans donner signe de maladie, n'est-il pas raisonnable, disons-nous, de les considérer comme exempts de contagion et de les admettre en libre pratique (Nous raisonnons ici, dans la supposition de la contagion)? Que si, comme le dit M. Fodéré, ce sont les bardes qu'on a le plus à redouter, ne pourrait-on pas , à l'arrivée des passagers dans un lazaret, baigner les individus, les laisser libres avec de nouvelles hardes , et soumettre le bagage à triple fumigation si on le juge convenable? Il sera toujours, au reste, difficile de concevoir que ce qui recouvre un corps animé communique ce que ce corps lui-même ne peut communiquer.

<c Pour comble d'inconséquence , dit M. Sanson , la durée de la quarantaine est en raison inverse de la durée de la traversée ; quinze jours d'Alger , vingtcinq de Tunis et de Morée , quarante de Syrie, etc., etc. » {Lettre au ministre).

N'est-ce pas une inconséquence d'imposer la quarantaine à l'équipage dans son propre vaisseau ? Quoi ! vons croyez ce vaisseau capable de porter dans ses flancs les causes d'une maladie transmissible , vous supposez les objets de son bord aptes à recéler des germes contagieux qui peuvent se développer d'un moment à l'autre, et vous imposez à l'équipage l'obligation de continuer à vivre parmi ces objets, de continuer de respirer une atmosphère dangereuse , quand il y a possibilité pour cet équipage, sans danger pour personne, de cesser ces périlleux contacts , périlleux selon vous bien entendu , de vivre dans un espace moins restreint et dans un air plus pur! Puisque vous séreinez , fumigez et puri6ez les marchandises et autres objets que contient le vaisseau, faites-en, pour être conséquens, sortir de suite les hommes d'équipage, transportez-les dans vos lazarets, et soumettez-les également à vos cérémonies purificatoires. Mais ces lazarets même sont-ils toujours exempts du reproche que j'adresse au vaisseau? Sont-il suffisamment aérés? La quarantaine ne se fait-eile pas au Havre dans le grand bassin, situé dans la ville? et n"a-t-on pas choisi pourlazaret, le Hoc, lieu le plus malsain de toute la côte , où les fièvres intermittentes sont endémiques et meurtrières? Ne peut-on pas dire la même chose de Trompeloupdans la Gironde ?

Quant aux points de détail, les réglemens sanitaires ne sont guère plus heureux : « La corde, dit M. A. Sanson, fait quarantaine, le papier passe , purifié par le vinaigre; le bois peut être passé sans subir de purification ; il en est de même du fer. On en fait subir une au cuivre et à l'argent. Les coquillages font quarantaine; la laine de Tunis fait une quarantaine de quarante jours , et le matelas snr lequel on couche n'est fixé qu'à vingt-cinq jours, comme la personne qui en fait usage, etc., etc. » {Lettre au ministre). La chandelle et la bougie sont indiquées comme susceptibles par leur nature, tandis que le suij" et la cire sont rangées parmi les marchandises douteuses. Certains objets sont regardés comme susceptibles , uniquement à cause du fil qui les assujétit, d'autre objets , pour le même motif, sont regardés comme douteux.

Si , des points de détail , nous passons à l'exécution des mesures sanitaires , quelles inconséquences! quelles contradictions!! En revenant de Pologne, je reste, dans un village tout-à-fait exempt de choléra pour attendre mon tour d'admission au lazaret , dix fois plus de temps qu'il ne fallait, pour qu'on eût la certitude que je n'avais ni Is maladie, ni le germe. A mon entrée en quarantaine, on me prescrit les purifications de rigueur. Après le bain, je reprends ceux de mes vêteraens {non fumigés), dont je ne puis me dispenser de me recouvrir pour gagner la baraque qui m'est destinée. L'un de ces vêtemens est de laine ; on me le laisse, et pourtant mon passe-port de papier de soie, mince et diaphane, est si impitoyablement purgé et funiigé , qu'il me revient en lambeaux. Lejugea-t-on plus apte que ma redingote à recéler le choléra ? Ma montre fut épargnée ; on n'y pensa sans doute pas plus qu'à mon chapeau ; et cependant mes thalers subirent la purge ! Daus ce même lazaret, on ne permettait pas que je communiquasse, même par la parole, avec des quarantenaires (le docteur Eve et autres) entrés deux jours avant moi; on recevait mes lettres au bout d'une pincette en fer qu'on passait ensuite au feu , de peur qu'elle n'eût reçu le germe de la contagion , et, à chaque repas , on remportait hors du lazaret, les vases dans lesquels on m'avait apporté mes alimens ! Et le médecin, qui habitait hors du lazaret, et qui semblait souffrir d'être complice de tant d'absurdités, venait s'asseoir un quart d'heure à côté de moi, me serrait affectueusement la main à moi et à mes excellens compagnons de voyage, MM. De Chamberct et Trachez, et même à l'infortuné Jacques, en proie aux horreurs de la maladie qui nous l'enleva!! Je sais bien qu'on me répondra que ces faits ne prouvent pas contre les quarantaines, mais seulement contre la manière dont elles sont quelquefois faites. Soit ; mais aussi elles ne sont mal faites , que parce que les gens sensés rougissent de faire exécuter dans toute leur rigueur ce qu'elles ont de par trop ridicule et vexatoire.

N'est-ce pas une inconséquence ou plutôt un piège tendu , à Marseille, aux quarantenaires, de les loger, quel que soit leur temps de quarantaine, dans des chambres qui ont leur ouverture sur la même galerie, de telle façon que si celui qui n'est soumis qu'à une courte quarantaine , a le malheur , pendant les promenades, de toucher le pan de l'habit d un passager dont la quarantaine est plus longue , celle du premier est prolongée et assimilée à celle du dernier? L'on se fait d'autant moins faute de profiter de l'inadvertance des quarantenaires à ce sujet , qu'il faut faire vivre deux cents gardes de santé , et que celte classe d'employés ne vit , bien entendu , qu'aux dépens du pauvre quaranlenaire qui leur paye 3 francs par jour. Si les hommes , qui président à toutes ces mesures, croyaient à leur efficacité , placeraient-ils dans la même galerie les passagers de

toutes les provenances , celui qui vient d'un pays où règne la fièvre jaune , ; ^ côté de celui qui vient de lieux où x-ègne la peste? celui qui n'a qu'une quaratj j taine de dix ou quinze jours , à côté de celui qui est obligé d'en faire une c' , quarante ou cinquante ?

La mesure suivante encore n'est-elle point un piège tendu à l'inexpérience d quarantenaire ? Avant qu'il obtienne sa liberté, on visite soigneusement si effets et ses hardes , et si, par malheur pour lui , on y trouve quelque matièi susceptible, comme des mouchoirs de coton qui n'auraient pas été lavés, di bas de laine qui se trouveraient dans le même cas , ou bien un peu de coton e bourre qui envelopperait des bijoux, etc. , ou lui fait prolonger sa quarantaii) de dix , quinze ou vingt jours , selon sa provenance , parce <ju il avait avec li des matières susceptibles ; mais notez bien que si les mouchoirs de colon et li bas de laine ont été lavés ou simplement passés à l'eau, ils ne provoquent poit cette rigueur. Pourquoi dans ce cas , si l'on voulait agir loyalement et sans sui prise, les employés du lazaret ne préviendraient-ils pas à l'avance les passagei de cette ridicule différence ? M. Chervin lui-même , qui certes doit être a courant de toutes ces pratiques , a pourtant failli voir sa quarantaine se prolorj 'i ger , parce qu'un peu de colon en bourre enveloppait une bague qu'on lui aval confiée. Si le célèbre anticontagioniste n'eût, sur l'avis de ses compagnons (1 c un instant avant la visite, caché dans son gousset de montre, le redoutable C(j j ton , il eût sans doute payé cher ce moment d'oubli. Jl faut avoir subi les quij | rantaines pour concevoir l'irritation que donnent leurs tracasseries quand o' n les sait infligées sans motif raisonnable, n'avoir pour base qu'une superstilicj i. ridicule , un préjugé vide de sens ou des motifs plus vils.

Ne diraiton-pas que c'est plutôt contre la bourse du quarantenaire, que conti < les germes pestilentiels que sont dirigées ces fumigations que l'on fuit en jetai >{ un peu d'acide sulfurique étendu d'eau sur du sel , dans lesquelles on n'use p; n d'oxide de manganèse pour ne pas irriter les bronches, (Jui durent à peine treni i secondes, coûtent à peine 15 centimes et que l'on fait payer i francs 50 centimes i N'est-ce pas le comble du ridicule et de la rapacité d'obliger des passagers d « subir et de payer dans beaucoup de cas trois répétitions de cette insignifiant i momerie ?

N'est-ce pas encore une inconséquence d'avoir des quarantaines pour d( ii maladies, dont, aux yeux de ceux qui les ordonnent, la contagion est en lilig encore, tandis qu'on n'en a pas pour les maladies sur la contagion desquelles I ne s'est jamais élevé de doute ? ]

L'argument de réserve de tous les partisans des quarantaines , qui , press( j; par l'évidence , font retraite et n'ont plus rien à dire en faveur du système de 1 contagion , est que, dans le doute sur des matières aussi graves , il vaut mieu prendre un surcroit de précautions, quand même elles seraient inutiles , que û nen pas prendre. Oui, répondrons-nous encore, si les précautions étaient innc centes, si elles se bornaient à faire couper avec soin, ainsi que le fait gravemen riutendance sanitaire de Marseille , les chardons qui croissent dans le lazaret parce qu'en venant se poser sur ces chardons, les petits oiseaux peuvent prendi avec leurs pattes quelques brins de coton et les emporter ensuite hors du lazart avec le germe de la peste; si , disons-nous , les précautions avaient toutes c burlesque cachet de débonnaireté, elles n'inspireraient que la pitié et nerévo! teraient pas les gens sensés ; mais , encore une fois , les précautions prises son préjudiciables , ruineuses , dangereuses et barbares. M. Chervin vient de prou ver, pour les deux premiers points, le tort qu'elles font au commerce et l'état : ceci sort de notre sujet. Ce médecin a également signalé , dans un autri écrit, le danger et la barbarie des lois sanitaires. Avant de puiser à cette sourci rappelons ce que nous avons déjà écrit, en 1827. Si , disions-nous, les indivi dus soumis aux quarantaines et enfermés dans les cordons sont la proie de ma^ ladies simplement épidémiques , on pourrait , sans préjudice pour la société les soustraire à la mort, à laquelles les vouent les mesures prétendues sanitaire», ■ S'il est vrai que l'effet des miasmes s'annuUe par l'abaissement de terapératurii i qui précipite une partie de ceux-ci avec l'eau qui leur sert de véhicule, etpaij j l'agitation de l'air, qui nécessairement les disperse, ne regardera-t-on pas coranu', i une loi aussi absurde que barbare, celle qui inflige la peine capitale au malheu-^ | 4'eux qui franchit un cordon sanitaire, pour s'échapper du foyer d'infection, oi^ il sait trouver une mort certaine , et gagner l'air pur d'un lieu frais et élevé, oij il sait recouvrer ou conserver sa santé, avec la certitude de ne nuire à personne'jl Ceci est applicable à 1 homme qui se sauve d'un vaisseau , devenu un foyer d'e ,j pidémie par le rassemblement d'un grand nombre de prisonniers , d'esclavC'^t^ nègres ou par l'altération d'une cargaison composée de substances animales ,»

telles que la morue, ou de substances végétales, telles que les céréales , li'i café , etc. On voit combien il est nécessaire, avant d'employer aucune mesure^ i d'établir la distinction dont nous avons |)arlé, de déterminer si les maladies son , I transmissibles par le contact, ou si elles le sont par l'atmosphère. Les première | se reproduisent partout où est porté un objet imprégné de virus, auquel elle^ i ontdonné naissance : c'est ainsi quese reproduit la gale. Les autresà une certaim i distance du foyer d'infection , ne pourront jamais être reproduites par des indijl vidus dispersés, par des vêtemens, etc. (Nouveaux Étémens d hygiène, tome il j| page 236). Dans le doute donc, répétons-le encore, il faut s'éclairer.

Si nous voulions maintenant citer toutes les conséquences dangereuses oi barbares des soi-disant précautions sanitaires , nous ne finirions pas. Peu d' temps après l'épidémie du choléra , un capitaine , dont le bâtiment fait eau , s présente à l entrce du port du Havre ; on lui envoie des boulets et on le force par un groç temps , à reprendre la mer au risque do sombrer. Un autre , don le bâtiment , après maintes avaries , entre dans le port , est remorqué par u bateau à vappur et reconduit en mer. Un troisième , le capitaine Bazin, pre

QUARANTAINE

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de faire naufrage, entre dans les bassins du Havre, malgré le canon des forts; mais, à peine échappé au danger, il est mis en jugement par ordre de M. d'Argout , ministre des travaux publics, notifié au procureur du roi de la Seine- Inférieure, et ce brave capitaine eût perdu la tête , si ses juges n'eussent pas été plus convaincus que le trop sévère ministre, de l'absurdité des lois sanitaires. Le 5 octobre 1821 , un bâtiment danois , venant de Malaga , où régnait la fièvre jaune , se présente devant Marseille ; l'entrée du port lui est refusée , il est forcé de reprendre la mer, n'ayant à bord que deux hommes valides. Uu nsauvais temps survient , et , à onze heures du soir , ce bâtiment est jeté à la jcôte , où il est brûlé, le lendemain , par l'ordre de l'intendance sanitaire. En novembre 183 1 , une voie d'eau s'étant déclarée à bord du dogre français •Dauphin , venant de Sunderland , ce bâtiment se présente devant le port de jDieppe , où l'on hisse le pavillon rouge, et où on le reçoit à coups de canon. Le danger met le capitaine dans la nécessité de braver les mesures sanitaires , et ion infraction n'échappe à la peine de mort, prononcée par la loi du 5 mars 1822, Ijue grâce à la tiédeur de ses juges, qui , en cette occasion , ne montrèrent pas pitant de zèle pour la loi que M. le ministre du commerce. Un autre bâtiment, venant aussi de Sunderland , se présente devant le port du Havre : il en est •epoussé pendant la nuit. Le temps devient affreux. Le lendemain matin , le jâtiment fait naufrage. Des secours prorapts , portés au milieu des plus grands dangers, parviennent à sauver l'équipage, qui eût péri si cet accident fut arrive Dendant la nuit. (Voir le Constitutionnel du 24 novembre 183 1 , le Courrier français du 3 décembre de la même année.)

1 Que dire des peines infligées contre la violation des lois sanitaires ? D'après bs plus simples notions d'équité , pour qu'il y ait crime et punition, il faut qu'il ait conscience nette de l'action qualifiée de crime, puisqu'on ne punit pas un u , et cependant la loi sanitaire punit de mort un homme quia opéré coinmutcation ai'ec des pays dont les provenances sont soumises au régime de la ATEKTE BRUTE. Afcc des proi'snances ou des lieux j des personnes ou des choses lacées sous ce régime! Or , je le demande , à moins d'une étude spéciale, qui loue connaît les significations de cet étrange çt bizarre langage, et peut distinuer les cas où il encourra la peine de mort, des cas où il n'encourra qu'une impie amende ! Et , quand encore cette langue serait comprise , quel juge , à noins que ce ne soit un Laubardemont ou un [Fouquier-Tainville , osera prooncer contre l'habitant effrayé qui s'échappe d'un foyer d'épidémie, l'horrible eine de mort, aujourd'hui qu'un conseil de guerre ne condamne qu'à deux ans e réclusion, un soldat assassin qui, aux portes de Paris, sans les voler, sans uerelle aucune et pour l'unique plaisir de voir couler leur sang , tue deux maleureux qui regagnaient paisiblement leur domicile ! Aujourdhui que, grâce u gouvernement et aux mœurs, l'instrument de mort aux colonnes rouges Juille si rarement nos places, et ne démoralise plus le peuple ! que signifie en- Dre celte sentence de mort porté contre l'individu, agent du gouvernement, lédecin, chirurgien, officier de santé, etc. , qui aurait sciemment altéré ou dissilulé les faits de manière à exposer la santé publique ! Qui peut jamais résoudre ffirmativenient pareille question ! Il faudrait, pour cela, n'avoir aucune idée es controverses auquelles donnent lieu les théories médicales. Mais les mesures soi-disant sanitaires sont encore cruelles, et funestes à l'hulanité sous un autre rapport. « Un grand nombre d habitans des colonies, dit [. Chervin, s'embarquent annuellement pour l'Europe, dans le but de venir tablir leur santé sous un climat plus tempéré. Ce voyage est extrêmement péible pour beaucoup d'entre eux : aussi soupirent-ils avec ardeur après le raoent où ils pourront quitter leur prison flottante, mettre pied à terre et recepir les soins empressés de leur parens et de leurs amis : ainsi que les secours de médecine , dont ils ont un si grand besoin. Vain espoir ! une quarantaine les tend à leur arrivée dans les ports européens, et cette quarantaine est ordinaiment d'autant plus longue, qu'ils sont plus souffrans, que le mal a fait chez IX plus de progrès, que leur teint et leurs traits dénotent des altérations orgaques plus anciennes, plus profondes et plus irrémédiables. Leur couleur plomjée, jaune et terreuse, est souvent prise par les médecins de la santé pour un in- Sce de fièvre jaune, et d'après cela une quarantaine de rigueur est ordonnée, jendant laquelle le mal s'aggrave, devient incurable, et le malheureux malade iccooabe cjuelquefois même avant d'avoir reçu les embrassemens de ses amis, nsi que je pourrais en citer plusieurs exemples.

« Ce n'est pas tout : par suite de ces mesures rigoureuses, les capitaines de ïvire sont peu disposés, en partant des colonies, à prendre, pour passagers, des îrsonnes al teintes de maladies chroniques, ce qui force souvent les malades à ,rolonger leur séjour entre les tropiques jusqu'à ce que leur mal soit devenu ins remède. Combien d'hommes utiles n'ont-ils pas été ainsi les malheureuses ictimes des mesures sanitaires ! « {Pétition adressée à la chambre des députés , âges 70 et 71).

Citerais-je encore ici l'exemple du vénérable Jacques, mon infortuné collèue dans l'expédition de Pologne? Le choléra de Varsovie avait respecté ses chesux blanchis par vingt années de guerre. Nous subissons à Podzamézé, sur les ves de la Prosna, une quarantaine de vingt-et-un jours. Couchés sur des hères marécageuses, privés d'exercice, n'ayant pour nourriture que des alimens iisalubres, nous ne tardons pas à éprouver dans les fonctions digeslives un démgement que n'avait pu produire l'épidémie. Jacques, le plus âgé d'entre nous,

ccombe à ce dérangement. Certes, je ne crains pas de le dire, sans les absurss mesures sanitaires, Jacques eût revu sa patrie, et aujourd'hui sa veuve et ;s enfans, à la mendicité dans la ville où il pratiqua honorablement la médene, n'offriraient pas le scandaleux exemple d'un noble dévoûment méconnu.

Les lois et mesures relatives aux quarantaines ne présentent pas moins d'in-

DlCT. DE MlDECIKE ÏT DE CnirtliGIE PRATIQUES.

conséquences dans les autres pays qu'en France ; mais, en Amérique, ces inconséquences y sont au moins dépouillées du caractère de barbarie, cortège obligé des lois sanitaires chez les nations d'Europe. Cela vient probablement de ce que, fréquemment à portée d'observer et d'étudier la fièvre jaune, l'une des maladies contre lesquelles l'Europe croit devoir se prémunir, les Américains ont pu facilement et souvent se convaincre qu'elle n'est aucunement contagieuse. Les médecins, au reste, qui, quoique opposés au système de la contagion, relativement à la fièvre jaune, demandent des quarantaines, se fondent sur une hygiène qui n'a rien que de raisonnable.» C'est pour eux un fait incontestable que les causes locales, capables de produire la fièvre jaune, peuvent exister dans l'intérieur d'un bâtiment tout comuie ailleurs , qu'elles y peuvent vicier l'atmosphère à un très-haut degré, et donner par là naissance à celle fatale maladie, non-seulement dans le navire lui-même, mais aussi dans son voisinage chez les individus qui viennent se placer dans la sphère d'activité des émanations qui s'en exhalent, surtout lors de son déchargement. C'est d'après ce principe, que les non-contagionistes demandent eux-mêmes que, dans la saison chaude» les bâtimens soient soumis , suivant les circonstances, à des mesures de précaution, qui n'ont absolument pour but que l'éloignement ou la destruction de ces mêmes causes. »

» Les règlemensde quarantaine, dit un rapport de la société de médecine du Maryland, devraient être rendus plus sévères dans tous les cas où la cargaison • est endommagée, ou bien le bâtiment dans un état d'impureté jusqu'à ce qu'un changement de condition permette sans danger son entrée dans le port ; mais ces réglemens ne déliraient point prii'er les passagers ou l'équipage du prii'ilège d'une libre communication ai'ec la ville » (pages 347'et 349). C'est là l'opinion de toutes les sociétés médicales des États-Unis. Les quarantaines qui existent en droit dans ceux de ces pays où elles ne sont pas abolies, s'y font pourtant de manière à prouver qu'on ne croit pas à la contagion de la fièvre jaune. Ainsi des vaisseaux, venant des pays ravagés parla fièvre jaune, perdant en route par cette terrible maladie, une partie de leur équipage et leur capitaine, sont admis, dans la Caroline du Sud, à libre pratique, sans faire un seul instant de quarantaine. Ainsi, en 1820, des milliers d'individus quittent Savannah, ravagé par la fièvre jaune (les deux tiers de la population, sans compter les gens de couleur , dit le rapport au conseil de Savannah) , se réfugient, avec leur hardes et leur effets, à Charleston, ville à laquelle on se rend, par mer, de Savannah en douze heures, et par terre, en vingt-quatre. Beaucoup de ces individus arrivent malades à Charleston ; beaucoup vomissent noir pendant cette courte traversée, et tous ces fugitifs sont admis, sans nulle précaution ; mais ce qu'il a de fâcheux pour le système de la contagion, malgré l'entière liberté des communications entre Savannah et Charleston, durant cette calamité, la seconde de ces villes est exempte de l'épidémie qui désole la première, et les autres lieux circonvoisins qui servent aussi de refuge aux émigrés de Savannah, jouissent tous de la même immunité que Charleston. La même chose a lieu entre Philadelphie et Baltimore, et entre mille autres endroits. Maintenant voici l'inconséquence : ces mêmes pays qui admettent sans restriction les fugitifs d'une ville voisine , actuellement en proie à toutes les fureurs de la fièvre jaune, soumettent à la quarantaine les provenances des Antilles et autres pays situés entres les tropiques !

Résumé : 1°. Tout est vague dans les bases qui servent à la désignation des patentes et des provenances , et , par une conséquence naturelle tout est arbitraire et vexatoire dans la délimitation des quarantaines et dans les décisions des bureaux sanitaires.

2°. Le caractère transmissible de la peste est encore un point au moins fort douteux, et, pour lequel, avant de fonder un système raisonnable de quarantaine (il n'est, bien entendu, pas question de celui qui existe), il faut recourir aux méthodes expérimentales désignées ci-dessus.

3°. Les quarantaines sont inutiles, préjudiciables et souvent dangereuses, employées relativement à la fièvre jaune, maladie qui tient à certaines dispositions des lieux, consiste dans une sorte d'infection effluviale de l'air, conditions qui ne peuvent être modifiées par des murailles et des baïonnettes.

4''. Les quarantaines ne sont propres qu'à aggraver les conditions de développement du typhus , et pour faire cesser cette maladie , il faut faire précisément le contraire de ce que l'on fait au moyen des quarantaines.

5°. Les quarantaines sont complètement inutiles contre la lèpre, parce qu'il est bien prouvé que cette maladie n'est point transmissible d'un individu malade à un individu sain , d'aucune manière.

6". Les quarantaines sont inutiles contre le choléra-morbus de l'Inde, qui se développe sous des conditions qu'il est encore hors du pouvoir de l'homme de modifier.

7°. Les quarantaines actuelles sont préjudiciables à tout le monde, excepté à quelques commerçans de Marseille et aux employés du lazaret de cette ville à laquelle est exclusivement réservé le privilège de recevoir les provenances du Levant, ce cjui fait dire ingénument à M. le docteur Robert , médecin de la santé de Marseille, que les réglemens du lazaret de Marseille sont , pour cette ville , un livre d'or.

8°. La superstition des quarantaines n'est pas seulement inutile et préjudiciable; elle est dangereuse et barbare , et se ressent du temps d'ignorance (le moyen âge) qui lui a donné naissance.

9». Les points de détail du systèaie quarantenaire et son application sont empreints de contradictions , d'inconséquences , d'ignorance ; et quelques pratiques paraissent plutôt fondées sur la cupidité , que sur les précautions que réclame la santé publique.

10°. Grand nombre des précautions quarantenaires sont éludées assez sou-

QUARANTAINE

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veut pour que l'Europe entière fût contagionée si elles étaient aussi indispensables qu'on le prétend.

11». En Amérique , la prescription des quarantaines est basée , en grande partie , sur la doctrine de l'infection , et d'après la conviction que le.s maladies, contre lesquelles on les établit, ne sont pas contagieuses. Elles sont subies conséqucmment à cette conviction.

Conséquences. 1". Les quarantaines , telles qu elles se font , ne doivent plus subsister.

2°. Des recherches doivent être faites sur la peste , la seule des maladies classées dans les Instructions , qui puisse autoriser des quarantaines , si elle est contagieuse.

3». S'il se trouve que la peste n'est pas contagieuse , les lois sanitaires doivent être rapportées.

4". Si la peste est contagieuse; s'il y a seulement la moindre possibilité qu'elle le devienne dans certains cas, des quarantaines doivent être établies de manière à mcitre entièrement à l'abri la santé publique ; les réglemens sur cet objet doivent être clairs , précis , applicables; rien ue doit être abandonné au caprice et aux préventions des intendances sanitaires ou des autorités locales.

5o. Toutes ces anciennes classifications, qui ne servent qu'à jeter un vernis de régularité sur l'arbitraire , tous ces termes surannés qui n'expriment aucune idée , doivent faire place à des divisions nettes , bien tranchées , faciles à saisir , à un langage accessible à tout le monde et qui ne laisse aucun prétexte à double interprétation.

6». Ainsi, la peste une fois reconnue contagieuse, des provenances arriventelles, directement et sans communication , d'un pays sain et où il n'y a nulle apparence de cette maladie, elles seront qualifiées de proi^enances saines, et admises sans entrave et sans délai.

/o. Des provenances viennent-elles d'un pays convaincu ou seulement même soupçonné d'infection de peste, d'un pays sur l'état duquel, relativement à cette maladie , on n'ait pas de données assez certaines ? dans tous ces cas , ces j)roveuances doivent être réputées suspectes , désignées sous ce terme, et, quel que soit le degré de probabilité ou de certitude, elles doivent être soumises au même temps de quarantaine que les provenances les plus convaincues ; car, qu'on ait eu soupçon ou certitude de l'existence de la maladie , celle-ci n'en est ni moins ni plus meurtrière dès qu'on lui livre passage.

8°. Le temps de la quarantaine sera déterminé sur l'évaluation de la plus longue période possible de l'incubation de la peste; et, pour bannir toute crainte , on prendra , si l'on veut , le double du temps de cette période ; mais aussi, une fois ce temps fixé par la loi, nulle autorité ne pourra l'augmenter sous aucun prétexe.

9". Le temps des quarantaines éprouvera une diminution qui sera en raison des distances parcourues depuis le lieu infecté jusqu'au lieu d'arrivée , ou mieux encore en raison du temps écoulé depuis le départ.

10°. Dans ce cas, bien entendu l'immunité de l'équipage ou des passagers , pendant la traversée , sera , ainsi que l'époque du départ , mise hors de doute par les moyens ordinaires : journal du bord , pour le premier cas , certificat des consuls français pour le second , etc.

llo. Quant à la quarantaine des marchandises , hardes et effets , comme les contagionistes prétendent que ce sont ces objets que l'on a le plus à redouter, et comme ils sont réputés pouvoir retenir, pendant un intervalle de temps qui n'a pas été déterminé, le germe de la peste, c'est moins au temps, qu'aux moyens à employer, que l'on doit avoir égard. Une commission donc de l'institut ou de l'académie royale de médecine déterminera d'une manière invariable jusqu'à ce que la marche de la science en ait fait découvrir de meilleurs, les moyens propres à rendre non dangereux sans les altérer , les marchandises , hardes et effets.

Qu'on ait toujours présent à la mémoire , que les idées de réforme que nous jetons ici n'ont trait qu'à une seule maladie , la peste, et n'y sont applicables encore , que dans le cas où elle serait contagieuse. Passons au moyen d'arriver au but que nous faisons entrevoir.

Noustrouvons ce moyen parfaitement exposé dans la pétition de M. Chervin ; et nous ne saurions mieux faire que de citer ce passage : v II ne faut pas perdre de vue , dit cet infatigable ami de la vérité , que notre système sanitaire étant européen , nous ne pouvons le supprimer entièrement ou lui faire subir de grandes modifications, qu'avec le concours des gouvernemens voisins ; autrement il pourrait fort bien nous arriver ce qui arriva , en 1825, à l'Angleterre et au royaume des Pays-Bas, que la France ou plutôt M. de Boisbertrand força à rentrer dans l'ornière de la routine. On nous forcerait à rétablir nos mesures de précautions , sous peine d'être tenus pour pestiférés , et , comme tels , soumis à de longues et rigoureuses quarantaines, aussi souvent qu'il nous arriverait de franchir nos frontières et de nous présenter devant les ports étrangers. Nous devons donc chercher à prévenir un aussi grave inconvénient , et voici un moyen qui est infaillible r

» L'Europe , qui , depuis dix-huit ans , a formé tant de congrès dans des intérêts politiques , ne pourrait-elle pas en former un dans l'intérêt de l'humanité, de la science et des relations des peuples entre eux ? Et ne serait-il pas glorieux pour la France de prendre l'initiative dans cet acte de haute philanthropie ; de provoquer la formation d'une réunion de médecins européens qui assisteraient aux expériences que je propose de faire faire, et se livreraient à un examen approfondi des bases fondamentales du système sanitaire, actuellement en vigueur chez tous les peuples chrétiens ? Les travaux d'une semblable réunion d'hommes éclairés répandraient sans doute une vive lumière sur les

questions les plus ardues de l'hygiène publique, et contribueraient à un hauj dogré au mieux-être de la grande famille européenne ( page 50). « Nous termi; nons ici ce que nous avions à dire des quarantaines, en faisant des vœux pour 1;{ refonte entière du code sanitaire. Rédigé sous l'empire de la crainte, et maini tenu par la routine , il doit aujourd'hui faire place à des lois rédigées , par 1(| savoir, sous l'inspiration de la prudence.

Ce qui précède était imprimé lorsque nous avons reçu un document qui, parvenu plus tôt à notre connaissance , nous eût permis de citer , en place conve nable , beaucoup de faits curieux , propres à établir l'inutilité des quarantaines l'ignorance et le fanatisme de certaines intendances sanitaires , et à donner uni idée de toutes les sortes de turpitudes qui se commettent dans les lazarets , oi dont ces élablisseraens fournissent le prétexte et l'occasion. Ce document; pour titre « Lettre et Mémoire adressés à M . le ministre du commerce et de: Il trui'aux publics , le M août 1831^ par M. Alby l'aîné , etc. , etc. » Il esi l'œuvre d'un membre de l'intendance de la santé publique , qui, blessé par ses collègues, justifie sa conduite aux yeux du ministre, et demande l'extirpatioE! des abus qu'il signale, ainsi que de ceux qu'il parviendra à découvrir encore.; Ce membre de 1 intendance, opinions religieuses à part (il ne partage pas h! croyance de ses collègues relativement aux miracles de saint Roch , pestifero.' curas tactu , etc. , ni leur tiédeur relativement aux friponneries commises pai| les agens de la santé), est de la plus grande conviction sur tout ce qui a rapport à la contagion. Il paraît même dominé par celte opinion que la fraude qui si| fait dans le lazaret, et la transgression continuelle des réglemens sur laquelld on ferme les yeux , finiront par amener la peste. Relativement à la question d(| la contagion , son document ne peut donc être suspect, u A Pommègue et aul » Frioul, dit-il, parexemple, les navires en quarantaine sont si rapprochés que le;l » capitaines et les équipages passent des uns aux autres sans se gêner le moinn » du monde. Il en est de même des chiens, des chats, des rats et autres ani- » maux, qui tous peuvent communiquer la peste » ( page 55). Il est difficile: comme on le voit, de suspecter la bonne foi de M. Alby; mais il est difficile aussi de mettre les rats en quarantaine.

On a peine à s'imaginer , en lisant ce document, que tout ce qu'il révèle se, passe en France et dans le dix-neuvième siècle. On a beau tenir compte du fanatisme de nos provinces méridionales , on ne peut comprendre qu'il soit porté à ce point, et surtout qu'un gouvernement aussi éclairé que le nôtre se montr( assez faible pour ne pas oser porter la lumière sur tant d'abus , et assez insou ciant pour se laisser constituer le père adoplif d'aussi odieuses et aussi méprisables superstitions. Croirait-on, par exemple , que ces suprêmes gardiens de ia santé publique , établis pour veiller sur le destin des nations , croient suppléer par des prières au défaut de connaissances chimiques , hygiéniques , etc.; qu'ils ouvrent leurs séances par une antienne à saint Roch, commençant par ces mots : Ave, Roche sanctissime , nobili natus sanguine , etc., et terminées par un oremus ( page 29 ); que, suivant eux , les grandes fêles de l'année onll un effet fort salutaire contre les contagions , puisqu'elles ont le pouvoir d'abréger les quarantaines ; » que par l'effet de ces fêtes , une observation de troisi jours peut être réduite à deux; de cinq jours , à quatre , etc. » (page 39 ); qua ces hommes étrangers aux premières notions des sciences naturelles , qui de vraient leur être familières, n'en établissent pas moins de leur plein pouvoir et de leur autorité privée , des quarantaines contre des provenances qui n'en doi-i vent pas subir; et que, lorsqu'un souverain (le roi de Prusse) et des ministre* jij (ceux de France) prennent la peine de leur écrire (lettres des 14 et 25 mai 1831) 1 1 pour se plaindre et faire cesser cette mesure inutile , il s'élève du sein de leur j i docte assemblée un concert de voix pour proclamer « qu'enfuit de mesures su- ; > « nitaires , ni les majestés ni les excellences ny entendent rien », et qu'on n'en j i montre pasmoins assez d'obstination et assez de pouvoir pour maintenir la qua- |f rantuine sans motifs, contre laquelle s'est m.inifestée une réclamation (page 38). ' î Croirait-on enfin que , dans ces séances, pas un médecin n'a voixdélibérative ! j i

Pour trouver maintenant dans cette brochure, des faits propres à prouver j j les rigueurs capricieuses des intendances , on n'est embarrassé que du choix. , i « Le capitaine Garagnon, commandant le navire les Deux-Henrietles, arrivé du , ; « Sénégal le 24 mai , fut soumis à une quarantaine de dix jours, après que la , I » libre pratique de cette provenance venait d'être décidée , pour s'être permis ; J » de recevoir une lettre d'un capitaine anglais parti depuis peu de jours de Lon- '. 11 dres, tandis que les provenances directes de ce port ont toujours été reçues . i » en libre pratique dans les nôtres « (page 40). « Le capitaine Zibes, chargé de ! ; provenances non susceptibles, fait vingt jours de quarantaine , et n'est relâché , j » que sur les pressantes sollicitations de MM. Imer frères, leurs recomroan- j » dataires » (page 41). «Le capitaine Sacchetl, parti de Malte , arrive à Hyères |^ oie 4 de novembre , y est reçu en libre pratique; ses dépêches , tant pour ;i s le gouvernement que pour les particuliers, sont expédiées de suite, sans » être passées au vinaigre ni aux parfums, et les passagers en grand nombre , | ' I) qui sont débarqués, se mettent en route sur-le-champ pour leur destination. . - » Cependant ce navire reparti le 8 d Hyères, est mis eu quarantaine dès son j «arrivée ici , comme s'il venait d'un lieu suspect »( page 42 ). \-

S'agit-il de prouver que les précautions sanitaires sont inutiles ; qu'elles sont éludées ou enfreintes assez souvent pour que tout le monde eût la peste si elles étaient indispensables, les faits ne manquent pas davantage. Le portier facilite la sortie en fraude du lazaret, de divers objets prohibés ou soumis à de forts droits (page 46). Le capitaine du lazaret, M. Dalmas, favorise celte fraude (page. 47). « Les précautions prescrites par les lois et les réglemens pour la « purification des marchandises les plus susceptibles , lors surtout qu'elles nous « viennent des lieux les plus suspects, tels que Smyruc et Constanlinople ,

QUASSIA AMARA.

QUINQUINA

' « sont également négligées «(pages 50, 51, 52). M. A... F..., lors de son retour d'Alger, la veille du jour où sa quarantaine devait expirer, était encore couché, lorsque M. C... et M. M..., entrés au lazaret la veille furent lui rendre visite, s'assirent à côté de lui , s'appuyèrent sur son lit , lui serrèrent la main , et c'est dans cet état que le capitaine du lazaret, M. Dalmas , les vit , sans leur adresser la plus légère observation (page 52).

t n Dans les galeries, nou-seulement les passagers de quarantaine différente se . communiquent en toute liberté , mais ils passent une partie des nuits , les I cartes à la main autour d'une table, sans que personne y porte le moindre obî stacle» (page 52).

I La plupart des faits précédens , ainsi que le suivant, pourraient également prouver que ceux qui vivent de la superstition des lazarets ne croient pas à leur utilité pour la santé publique, a M. le chef de bataillon étant en quaran-

; taine, parcourait un jour le lazaret à la suite de deux intendans , ayant à son

! côté M. le capitaine Dalmas, qui , tout en faisant la conversation, le prit par le bras ; le chef de bataillon le fit apercevoir de son étourderie , dont la conséquence devait être la mise en quarantaine du capitaine lui-même ; mais celui-ci le sollicita vivement de n'en rien dire aux deux intendans » ( page 54 ).

M. Albyfait observer, relativement à la composition du personnel des gardes de santé , toujours choisis dans la plus basse classe qu'il n'est que trop facile de paralyser ces cerbères de nouvelle espèce, et de rendre leur surveillance tout-

I à-fait nulle (page 35). Il termine sa lettre en proposant, pour remédier aux

jabus, la publicité des séances de l'intendance.

I Ainsi donc , de l'aveu même des contagionistes, et qui plus est, du membre le plus zélé pour les mesures sanitaires , de l'intendance de Marseille, le système des quarantaines tel qu'il s'exécute dans le lazaret modèle , est inutile , inconséquent , dangereux, vexatoire et intolérable; nous avons donc eu raison de dire, plus haut, qu'il doit être réformé. ( Ch. Londe. )

\ QUARTE (Fièi^re ). Fièvres.

1 QUASSIA AMARA. Ce végétal, connu dans la pratique, sous son nom scientifique , n'y a été introduit qu'à une époque assez récente , et plusieurs espèces jsont usitées en médecine, où elles figurent au nombre des amers les plus éner- Igiques. On trouve dans le commerce plusieurs espèces de quassia qui exercent Ha sagacité des droguistes et des pharmaciens; mais , comme ils diffèrent fort [peu sous le rapport de leurs principes constitutifs et de leurs propriétés médifcales , nous négligerons ces détails , et nous parlerons en même temps du cjuas-

Isia amara et du quassia simarouba.

L'un et l'autre viennent de l'Asie, et sont, depuis long-temps , employés par les naturels du pays , qui ont transmis aux voyageurs la connaissance de leurs propriétés , qu'ils ont, suivant l'usage, exagérées. La racine et le bois sont les peules parties qu'on nous apporte ; mais il parait que les feuilles ne sont pas œaoins actives. La propriété physique qui domine toutes les autres est une amertume extrêmement prononcée, exempte de tout mélange d'astringence ou d'à- [creté , et qui est si développée, qu'elle se montre jusque dans l'eau distillée qu'on prépare avec quelque partie que ce soit de la plante. D'ailleurs , le principe de cette amertume est tellement soluble , que du vin ou de l'eau ayant séjourné quelques minutes à peine dans des gobelets eu bois de quassia , y contractent une saveur extrêmement prononcée.

I L'analyse chimique , très- exacte , qui a été faite dans ces derniers temps du quassia, y a démontré une substance particulière dont la nature n'est pas en- 'sore bien déterminée , et à laquelle on a donné top tôt , peut-être , le nom de \juassiiie, lequel implique l'idée d'un alcaloïde. On l'a obtenue sous la forme d'une matière brunâtre un peu transparente, très-soluble dans l'eau et dans l'alcool ; elle est associée à une substance résineuse , à quelque peu d'acide jallique , et à quelques sels de chaux et d'alumine , ainsi qu'à des parcelles tl'oxide de fer et de silice.

Les bois de quassia et de simarouba étaient d'un fréquent usage dans la méiecine des naturels du pays où ils croissent , et ils étaient considérés comme des ■emèdes universels. Mais c'est principalemenet contre la dyssenferie et les affec- ;ions vermineuses , qu'is jouissaient d'une réputation de spécificité. Ou en obiint, en effet, des avantages dans des épidémies dyssenlériques où d'autres méiicamens étaient restés sans effet. Mais l'abus suivit de près, et l'on voulut 'administrer dans une foule d'affections toutes différentes les unes des autres , par leur siège et par leur nature.

I D'un autre côté , quelques auteurs ont prétendu que les médicamens qui flous occupent , avaient des propriétés vénéneuses au moins pour les animaux. (Les effets immédiats du quassia et du simarouba , sont ceux des amers les plus 'énergiques. A dose un peu considérable , ils fatiguent l'estomac , et peuvent même déterminer des vomissemcns. Si , au contraire, on les donne de manière â ne susciter aucun phénomène de réact: m médicale, ils agissent d'une manière générale et à la façon des toniques; mais on conçoit bien que cette action ne lieut se manifester qu'au bout d'un temps plus ou moins long.

On peut l'administrer avec confiance contre les fièvres intermittentes , dans lesquelles, néanmoins , il se montre bien moins efficace que le quinquina , auuel on doit avoir toujours recours dans les cas graves.

C'est le bois de quassia dont on se sert dans les pharmacies après l'avoir [réduit en copeaux. Quant au simarouba, la racine est préférée, quoique sans 'motifs plausibles, car le principe amer n'y est pas plus abondant que dans le bois, ffje mode d'administration varie ; tantôt on prescrit l'infusion, tantôt la poudre, fri'infusion faite à froid et plutôt à l'eau tiède, est préférable à celle qui se jerait à l'eau bouillante et surtout à la décoction , parce qu'elle ne dissout que le principe amer. On devrait préparer un extrait au moyen de l'alcool

faible mis en digèstion sur la poudre, comme on le fait pour la noix vomique. Cet extrait présenterait , de la manière la plus avantageuse , les propriétées du médicament ; d'ailleurs , il épargnerait aux malades l'impression pénible d'amertume qui est pour beaucoup dans la production des nausées et des vomissemens. La poudre n'est pas non plus commode à prendre, à moins qu'elle ne soit réduite en opiat ou en électuaire. Néanmoins , l'usage le plus ordinaire est de faire prendre cette poudre à la dose de douze à quinze grains , de même qu'il a consacré en quelque sorte l'emploi de la décoction , que réprouve la plus simple observation de la composition chimique du quassia et du simarouba. Au reste , ces deux médicamens, qui avaient joui d'une grande célébrité à leur apparition, en ont perdu la plus grande partie , et sont presque tombés en désuétude, bien que par l'énergie de leurs propriétés ; ils méritent assurément de figurer sur un catalogue de matière médicale réformée.

( F. Ratier.)

QUINQUINA. On donne ce nom à l'écorce de plusieurs arbres rangés par Kunt dans le genre cinchona de la famille des rubiacées de Jussieu , penlandrie monogynie de Linné. On pense que le mot quinquina vient de kin ou kina, qui, dans la langue des indigènes de l'Amérique centrale , veut dire écorce. Ce mot kina signifie donc par réduplication écorce des ccorces. Les Espagnols en faisant passer cette expression dans leur langue en ont fait china , et china china que l'on emploie aussi dans les formules latines, en changeant le ch en k ; c'est de l'un de ces mots redoublés, qu'évidemment nous avons formé quinquina en traduisant le k ou lech par un quel en retranchant le premier a. On désigne souvent aussi cette substance sous le nom d'écorce du Pérou; cortex perui'ianus.

§ I. Histoire naturelle. 11 est difficile maintenant d'indiquer d'une manière positive tous les arbres qui fournissent cette écorce précieuse, car à mesure que la consommation s'est étendue , on a fait de nouvelles recherches dans plusieurs des immenses forêts du Nouveau-Monde, et l'on a augmenté de beaucoup les individus du genre cinchona. M. Gondat, professeur de botanique à Bogota , dans la Nouvelle-Grenade, en a découvert, il n'y a pas long-temps encore, une nouvelle espèce dans les vastes forêts qui entourent la ville de Muzo. Il lui a donné le nom de cinchona muzonicnsis (Bull. Férussac , juillet 1830). C'est par des découvertes ainsi multipliées que les espèces de la tribu des cinchonées de M. Kunt se sont élevées à 46, Bréra en compte 53 , Thompson davantage , de Candolle 16. M. Guibourt distingue les quinquinas en vrais et en faux : il divise les vrais en deux sections : l» ceux qui ont la corolle velue et les étamines renfermées dans le tube ; 2° ceux qui ont la corolle glabre et les étamines également renfermées dans le tube. Les faux quinquinas, qu'il rapporte au genre exostema , ont la corolle glabre et les étamines saillantes hors du tube. On compte, parmi eux, les Q. caraïbe, piton, nova, bicolor. Nous n'insisterons pas sur les caractères botaniques de ces différens végétaux que nous n'a\ons pas vus ; disons seusement que, d'après les travaux de M. Dierbach , d'Heidelberg , les espèces de cinchona qui contiennent une grande proportion d'alcoloïdes , ont, la plupart , la corolle velue et colorée d'une teinte rouge ou violette , et que les espèces peu riches au contraire en alcoloïdes ont le plus souvent la corolle lisse et blanche. Malgré les travaux de La Condamine, Mutis, Ruizet Pavon, MM. de Humboldt et Bompland , Martius , Aug. de Saint-Hilaire et beaucoup d'autres savans voyageurs morts ou vivans , étrangers ou nationaux , il serait à désirer que de nouvelles recherches nous fissent connaître d'une manière positive les différentes variétés que présentent ces arbres précieux ; les modifications offertes par chaque individu suivant son âge , ses diverses parties, ou le lieu qu'il habite ; les caractères chimiques qui distinguent chacun d'eux , etc. , etc. La pharmacologie et la thérapeutique, éclairées par ces détails , nous offriraient avec plus d'avantages encore cette écorce, qui, déjà, constitue l'une de nos plus importantes ressources.

On rapporte en général à cinq variétés , dont trois surtout sont le plus généralement reconnues , les diverses écorces de quinquina usitées en médecine. On les désigne d'après leur couleur sous le nom de quinquina gris , jaune , rouge , orangé et blanc.

Quinquina gris. On donne aussi à cette variété le nom de quinquina brun de Loxa , c'est le Cinchona offlcinalis de Linné ; MM. de Humboldt et Bompland l'on appelé Cinchona Condaminea , en mémoire de La Condamine , astronome célèbre qui , voyageant à Quito pour mesurer les degrés sud du méridien de celte contrée , profita de son séjour pour étudier le quinquina , dont il donna plus tard des dessins. Ce quinquina qui est le plus anciennement employé, cioit à mi-côte sur les Andes ou montagnes peu élevées d'Uritusinga. Il se présente sous la forme d'écorces assez fines , tantôt roulées en cylinilres et tantôt repliées en dedans par leurs bords , elles sont grisâtres en dehors et marquées , lorsque leur volume atteint celui du petit doigt , de stries ou fissures transversales assez régulières , mais ne formant jamais de zones complètes ; leur cassure est nette , compacte et résineuse ; ces écorces offrent à leur intérieur une couleur rougeàtre ; elles sont dépourvues d'aubier. Ce quinquina a une odeur plus marquée que tous les autres , elle est amère , légèrement aromatique et assez agréable; sa saveur est d'une amertume franche.

Les droguistes distinguent plusieurs variétés de ce quinquina. 1° celui de Loxa , 2° celui de Lima, 3° celui de Huanuco. La plus estimée, la première, parait fournie par les petits rameaux de l'arbre , les habitaus du pays l'appellent cascarilla Jina.

Quinquina jaune. Cette écorce est donnée par le cinchona lancijolia, elle est d'un jaune légèrement rougerure , formée de morceaux fort épais , plats ou à demi roulés, et qui ont quelquefois plus d'un pied de long. La cassure de cette

QUINQUINA

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écorce présente de nombreuses fibres dures et résistantes , semblables pour ainsi dire, à autant d'épines. Son volume et sa couleur suffisent pour la faire reconiiaitre. Cette écorce est d'une amertume plus nauséeuse que la précédente. Elle fut pendant long-temps peu estimée , mais elle a repris toute sa valeur depuis que la chimie a démontré qu'elle contient beaucoup de quinine.

Il existe plusieurs variétés de quinquina jaune, 1" le calysaya ou jaune royal , 2° \e (juinquina de Carihagène.'L^ écorce du premier est mince, fine et roulée. C'est dans celte variété que l'on trouve surtout le quinquina dit du roi d'Espagne. Ce n'est donc pas le quinquina Loxa qui la donne comme on l'avait cru. Il pourrait se faire , cependant, que les quinquinas envoyés en France par la cour d'Espagne , présentassent la réunion de ces deux excellentes variétés , car nous possédons sous le nom de quinquina du roi d'Espagne , un échantillon de quinquina gris de Loxa et un échantillon de quinquina jaune. Ce dernier est très-mince, plusieurs fois roulé sur lui-même, forme un cylindre de deux ou trois lignes de diamètre; son amertume est franche et extrêmement prononcée. On donne aussi le nom de quinquina calysaya à des écorces beaucoup plus volumineuses et plates , tantôt pourvues et tantôt privées d'épiderme. Cette dernière variété est connue sous le nom de quinquina jaune mondé. Le quinquina de Carthagène est d'un jaune pâle, d'une saveur moins prononcée, un peu mucilagineuse; il est fort peu estimé.

Quinquina rouge. On croit que cette écorce appartient au Cinchona oblongi folia. L'arbre qui la fournit porte, dit-on , des fleurs qui rappellent l'odeur de l'oranger, et qui sont de couleur blanche , ce qui ferait une exception à l'assertion de M. Dierbach , dont nous avons parlé plus haut. Cette écorce est distincte par sa couleur rouge qui se communique aux préparations dans lesquelles on la fait entrer. Elle est en général épaisse , adhérente à de l'aubier, plate ou formée de portions de cylindre. Sa face interne est assez lisse, et sa face externe recouverte d'un épiderme rugueux plus ou moins grisâtre ; sa cassure est un peu fibreuse ; son odeur peu marquée ; sa saveur amère et astringente. Cette dernière propriété caractérise surtout ce quinquina : c'est, en effet, à cause de ses qualités astringentes qu'il est employé en substance dans quelques hémorrhagies ou dans certaines diarrhées. Sa décoction est beaucoup moins astringente, parce que les principes auxquels il doit celte propriété sont peu solubles dans l'eau.

Quinquina orangé. Cinchona tunita de Lopez , Cinchona nitida de Ruiz et Pavon. D'après MM. Mérat et de Lens, cette écorce ne serait autre chose qu'une variété du quinquina rouge. Ce quinquina , d'ailleurs fort rare , est , diton , remarquable par sa saveur amère et en même temps aromatique. Il communique à la salive, à l'eau et à l'alcool une couleur légèrement fauve. D'après Mutis et M. Alibert, les qualités aromatiques doivent lui faire donner la préfé-' rence dans le traitement des névroses périodiques.

Quinquina blanc. Il parait que cette écorce n'est autre chose qu'une variété du quinquina jaune de Carthagène ou du quinquina gris dont l'épiderme est d'une blancheur remarquable. D'après Mutis, cette écorce appartiendrait au Cinchona ovalifolia. On en voit à peine des échantillons dans les droguiers , et elle n'est point usitée.

On trouve ces quinquinas au centre du Nouveau-Monde , dans l'Amérique méridionale, vers le quatrième degré de latitude sud. M. de Humboldt en a vu croître jusqu'au dixième degré de latitude nord ; il dit qu'ils se plaisent dans les terrains élevés de mille toises au-dessus du niveau de la mer. Les premiers quinquinas nous sont venus du Pérou ; plusieurs autres provinces en versent maintenant dans le commerce.

511. Historique. Quoique l'Amérique ait été découverte à la fin du xv^ siècle , ce ne fut cependant que vers 1638 , que les Espagnols eurent connaissance des propriétés du quinquina. On ne sait trop si , en se laissant dépouiller de leur or, les Américains n'avaient point cherché à celer à leurs vainqueurs un bien beaucoup plus précieux , celui qui donne la santé; ou si les propriétés médicinales du quinquina n'ont été connues des indigènes que vers l'époque de riuvasion des Espagnols » ou même si la découverte de ses propriétés n'est pas due aux Européens. Voici en quelques mots comment on raconte que la connaissance de ce médicament nous est parvenue. La comtesse d'El Cinchon ^ femme du vice-roi qui résidait à Lima , étant atteinte d'une fièvre tierce dont aucun remède n'avait pu modérer l indensité , un Espagnol, gouverneur de Loxa et auquel un Indien avait, dit-on, découvert les propriétés fébrifuges du quinquina , proposa l'usage de cette substance : la comtesse l'employa et guérit promptement. Dès-lors les Espagnols , avides de cette nouvelle richesse ^ s'en emparèrent ; ils lui donnèrent d'abord le nom de cascarilla qui , dans leur langue , veut dire écorce , et appelèrent cascarillcrot ceux qui s'occupèrent de sa récolte; mais, déjà employé pour désigner d'autres substances , le mot cascarilla fut aboudonné , et le nom indigène kina prévalut.

En 1740, le médecin du comte d'El Cinchon, Jean d'El Végo , apporta à Séville une grande quantité de quinquina ; on l'employa sous le nom de poudre de la comtesse. Plus tard , Linné consacra le nom de cette dame en appelant cinchona les arbres qui donnent les divers quinquinas. L'emploi du médicament apporte par Jean d'El Végo ne se trouvant pas indiqué dans Galien , dont l'autorité était encore immense , beaucoup île médecins s'opposèrent à ce qu'on en fît usage. Celte poudre ne leur paraissait pas capable de dissoudre ou d'expulser les humeurs morbifiqucs. Les Jésuites en firent apprécier tous les avantages et la vendirent sous le nom de poudre des Pères. Portée en Italie , cette substance y fut distribuée aux malades indigens de Rome par les soins du cardinal de Lu go et de son médecin , Sébastien Baldo , qui eut le premier la gloire d'écrire sur les propriétés médicinales du quinquina. Cette substance prit alors le

nom àe poudre du Cardinal. Elle ne tarda pas à être connue en Angleterre , en France et dans le reste de l'Europe. En France, on l'appela pendant quelque temps poudre de l'Anglais , ou de Talbot , parce que Louis XIV avait acheté à un Anglais de ce nom la préparation de ce remède. Les succès remarquables du quinquina n'empêchèrent pas une foule de médecins, parmi lesquels surtout on cite Guy-Patin , de le déprécier et d'en empêcher l'usage. Mais son utilité de-i vint si évidente entre les mains habiles qui l'employèrent , qu'il triompha de tous les obstacles et qu'on le regarde depuis long-temps comme l'une des ressources les plus importantes de la matière médicale. Et, bien que, dans ceSi dernières années , la méthode anti-phlogistique ait un instant prévalu d'une: manière exclusive, on n'a pas cessé de mettre à profit la propriété anti-périodique du quinquina , l'une de ses plus importantes vertus , et de faire des recherches assidues sur sa composition.

§ III. Analyse chimique. Il était impossible qu'une substance aussi utilement employée ne devînt l'objet des recherches les plus soigneuses des chimistes. Ce fut en effet ce qui arriva , mais il était réservé à des chimistes français de faire connaître les principes constituans essentiels de cette écorce et de laisser bien loin d'eux les travaux de leurs laborieux et savans devanciers. Parmi les essais que nous pourrons citer, nous devons mentionner d'abord ceux de Buquet qui reconnut dans la décoction de quinquina un principe gommeux et des matières colorantes. Saunders , médecin anglais , compara entre eux ces divers principes dans les différentes sortes de quinquinas- Fourcroy et Schot trouvèrent , en sei servant de l'alcool , une matière rouge particulière et un principe résiniforme. 1 Vitet , médecin de Lyon, analysa le qinquina jaune et le trouva aussi riche en principes gommeux , résineux et aromatiques que les meilleurs quinquinas. Ces recherches devaient avec raison exciter à employer l'écorce de cette espèce. Séguin et Vauquelin voulurent apprécier la valeur des quinquinas parla propriété qu'ils leur reconnurent de précipiter la solution de tan. Ce précipité de-| vait être un gallate de cinchonine et de quinine , sels presque insolubles dont^ on ne connaissait pas alors la nature , mais qui n'en contenaient pas moins , eaj effet, les principes actifs du quinquina.

Vauquelin alla beaucoup plus loin dans les essais qu'il fit avec le tannin , laî gélatine , et l'émétique. Ses essais lui servirent de base pour établir six divin sions entre les espèces de quinquinas. Nous omettrons de rapporter ces travaux , parce que dans l'état actuel de la science , ils n'offrent plus autant d'intérêt. Il est probable que le précipité rouge-violet, amer et abondant que ce grandi chimiste obtenait en versant de la potasse dans la décoction acide de quinquina , et dont il retirait sa matière résiniforme , contenait les principes alcalins quC' l'on connaît aujourd'hui. Ce fut Vauquelin qui détermina la composition du kinate de chaux trouvé par M. Deschamps , pharmacien de Lyon , et qui en isola l'acide kinique. Ce produit cristallisable, inaltérable à l'air, d'une saveur acide, un peu amère se fond sur des charbons ardens, en exhalant des vapeurs piquantes , et forme des sels solubles avec les alcalis. On le considéra d'abord comme le principe fébrifuge du quinquina ; mais les essais thérapeutiques prouvèrent bientôt qu'il ne jouissait pas de cette propriété. On pense qu'il joue dans lei quinquina , par rapport aux alcalo'ides , le même rôle que l'acide méconiquo dans l'opium par rapport à la morphine.

Plus tard, les travaux de Reuss, de Duncau et de Gomès, signalèrent, dans' le quinquina , l'existence d'un principe que ce dernier appela cinchonin ; cette substance cristallise en petites aiguilles qui se réduisent facilement en poussière, et donnent au tact la sensation d'un corps résineux, comme la colophane;' quoique soluble dans les acides, il est insipide. La découverte de ce principe excita de nouvelles recherches. D'abord , M. Vander Smissen répéta les expériences tentées par Vauquelin, avec le tannin, la gélatine et l'émétique, et conclut de ses essais, qu'en médecine on devait préférer l'emploi de l écorce en poudre à toutes les autres préparations de quinquina. Il fallait donc suivre une autre route pour arriver à quelque découverte plus utile. Les moyens d'analyse végétale indiqués par M. Gay-Lussac, devaient conduire à des résultats plus féconds. ill

La science en était à ce point, lorsque MM. Pelletier et Caventou, guidés par ii la découverte de quelques alcaloïdes végétaux, s'occupèrent d'une nouvelle 1*1 analyse du quinquina, et firent les plus belles découvertes de notre époque, en 1 ï dépouillant le cinchonin de M. Gomès de la matière grasse qui en cachait la H nature, et en nous faisant connaître la cinchonine, puis la quinine, que nous * examinerons bientôt. '

Plus tard, M. Sertuerner , guidé parles travaux des deux habiles chimistes I que je viens de citer, assura qu'il existe encore d'autres alcaloïdes dans les eaux- < mères de quinquina dont on a précipité la quinine et la cinchonine; il les I nomma cinchonoïdine et chinioïdine. MM. Henry fils et Delondre ont prouvé j que ces corps n'étaient autre chose qu'un mélange de quinine , de cinchonine, ■ j et d'une matière particulière qui leur est intimement unie {Bull., Ferrussac, ■ i février, 1831). Il est probable que l'extrait du résidu des eaux-mères du sulfate | I de quinine, dont M. Rennes, de Strasbourg, avait obtenu des avantages remar- 1 1 quables dans le traitement des fièvres intermittentes, devait également ses pro- 1 { priétés à une certaine quantité de quinine ou de cinchonine qui n'en avait pas 1 < été extraite. (Archives, lom. xxiii, pag. 229). Quant à la montanine, découverte I par M. Van-Mons dans l'écorce du cinchona montana, difTère t-elle essentielle- I J ment des deux alcaloïdes déjà connus ? C'est aux essais chimiques et cliniques 1 | à le démontrer. , j

M. ïhéos ,de Naples, prétend aussi avoir trouvé dans le quinquina un nou- | 1 vel alcaloïde; ses recherches méritent confirmation. Dans tous les cas, elles) ^ prouvent que les chimistes s'accorderaient à placer dans des alcaloïdes, les • j

QUINQUINA

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ikus fébrifuges du quinquina. Les faits cliniques ont démontré que par la icouverte de ces corps , les chimistes français ont donné la solution la plus sa-

faisanle du problème qui avait tant occupé les savans : quel est le principe

iif du quinquina ?

Ce n'est pas seulement dans les écorces et le bois du quinquina que l'on trouve alcaloïdes; M. Guibourt s'est assuré que l'épiderrae en contient une certaine lantité unie à la matière rouge. Il en est probablement de même pour les raies de ces arbres, suivant M. Laubert.

iVoici , en résumé , quelles sont les substances reconnues dans les trois sortes quinquinas les plus usitées, d'après l'analyse que MM. Pelletier et Caventou jt faite de ces écorces : 1" (juinquina gris : de la cinchonine unie à l'acide inique; de la matière grasse verte, de Laubert; de la matière colorante rouge ï)uge cinchonique) ; de la matière colorante rouge soluble ( tannin ) ; de la maire colorante jaune; du kinate de cbaux; de la gomme; de l'amidon; du [neux. Selon M. Sarreau , on trouverait, en outre, dans ce quinquina le cinq jUionnième de son poids de cuivre, cette quantité ne pourrait avoir d'influence isible sur l'économie. 2° Quinquina jaune : de la quinine ; du kinate acide de linine; du rouge cinchonique ; de la matière colorante rouge soluble (tannin) ;

la matière grasse ; du kinate de chaux; de l'amidon; du ligneux; de la maigre colorante jaune. 3° Quinquina rouge : kinate acide de quinine et de cinlonine ; du kinate acide de chaux; du rouge cinchonique; de la matière colointe rouge soluble (tannin) ; de la matière colorante jaune; du ligneux; de midon {Annales chimiques , xv, 289). Occupons-nous d'une manière particuire de la cinchonine et de la quinine.

Cinchonine. Cet alcaloïde existe surtout dans le quinquina gris, où MM. Peliier et Caventou l'ont d'abord découvert. Le quinquina rouge en contient ssi une certaine quantité, mais il en existe très-peu dans le quinquina jaune. '. Calland en a trouvé dans le quinquina de Carthagène , et M. Michaelis, édeciu à Magdebourg , dans beaucoup d'autres espèces. Pour l'obtenir, faites uillir la poudre de quinquina gris de Lima (quinquina huanuco des Allemds) avec de l'eau aiguisée d'acide bydrocblorique ; filtrez la liqueur au ut d'un quart d'heure d'ébullition ; ajoutez un excès d'hydrate de chaux ; favoez l'action à l'aide de la chaleur, et filtrez. Lavez exactement le dépôt avec l'eau; séchez, pulvérisez, et traitez-le par l'alcool bouillant; la cinchonine dissout. Distillez la liqueur alcoolique; évaporez le résidu, et faites cristaler : la cinchonine ainsi obtenue, est toujours colorée. Pour la purifier, comaez-la avec l'acide sulfurique ti'ès-étendu ; décolorez le sulfate par le charbon imal ; filtrez la liqueur, saturez l'acide par de l'hydrate de chaux ou de la ignésie; faites sécher le dépôt; lavez-le, et traitez-le par de l'alcool rectifié, is faites évaporer et cristalliser ; vous aurez la cinchonine. A cet état, la cinonine a la forme de prismes quadrilatères terminés par deux facettes obliques; e a la saveur amère du quinquina gris; ramène au bleu le papier de tournesol iigi par un acide; ne contient pas d'eau de cristallisation; commence à se décomser lorsqu'elle entre en fusion sur le feu, et une partie se sublime, sans alté- |;ion,en aiguilles brillantes. Elle est insoluble dans l'eau froide et l'ammoniaque, lu soluble dans l'eau bouillante et l'éther , un peu soluble dans l'alcool , mais îins que la quinine ; elle est surtout soluble dans les acides étendus. Aussi on ut, en la combinant directement avec eux, composer différens sels. C'est ainsi le l'on forme l'acétate, l'hydrochlorate, le nitrate et les deux sulfates. (Guilurt, pharmacopée , 1834.)

La cinchonine n'a point eu d'action remarquable sur les chiens auxquels . Magendie l'a fait prendre. Employée comme médicament , cette substance Jjut être administrée avec facilité, à, cause de son peu de saveur ; il serait bon suite, selon M. Bleynie, de faire boire une petite quantité' d'eau acidulée, jelques essais de M. Chomel avaient fait d'abord regarder comme peu actifs cinchonine ou ses sels : probablement les préparations employées par cet bile observateur n'étaient pas très-pures, car de nouvelles expériences de jM. Bally, Nieuwenhuis d'Amsterdam , et de beaucoup d'autres médecins , ont loavé l'eflicacité de ces produits , à la dose de quelques grains. Ces résultats ulleurs, concordent parfaitement avec les propriétés bien connues du quinliaa gris, dans lequel cet alcaloïde est très-abondant. Néanmoins, l'on piére , en général , employer la quinine et ses préparations. Quinine. Cet alcaloïde, l'un des plus précieux que la médecine possède, a c trouvé par MM. Pelletier et Caventou dans le quinquina jaune. C'est encore :tle écorce qui est en possession de fournir celui que l'on emploie ; il en existe [\i dans le quinquina gris , un peu plus dans le rouge et dans le quinquina île arthagène où il est enveloppé de beaucoup de matière résinoïde ; mais on |en a pas trouvé jusqu'.î pré.sent, non plus que de la cinchonine dans le ||iinquina pilon ou de Sainte-Lucie , dans le kina-nova , ni dans les écorces ilhrifuges indigènes. L'existence de ces alcaloïdes serait donc préférable aux ractères botaniques , pour bien reconnaître et déterminer les vrais quinuinas.

On emploie, pour se procurer la quinine, un procédé analogue à celui que oua avons indiqué pour la cinchonine , si ce n'est que l'on se sert de qiiiniiina jaune au lieu de quinquina gi is. Nous n'entrerons pas dans les considérions dues aux travaux de MM. Henry fils , Robiquet , Calland , Guerette , estinées à faire connaître les modifications les plus importantes pour cette straction.

La quinine pure est susceptible de cristalliser, lorsqu'on la fait dissoudre 'na l'alcool , et qu'on laisse évaporer spontanément la solution ; mais , le lus souvent, on l'obtient en masses amorphes blanches, poreuses, friables, •ès-amères. Elle est très-peu soluble dans l'eau , très-soluble dans l'alcool cl

PiCT. DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.

dans l'éther; ce qui permet de la sépan-r de la cinclionine , quand on annlyse le quinquina rouge ; elle l'est également dans les huiles volatiles et le naphte. Celte dernière propriété a permis à M. Pelletier de se passer d'alcool pour préparer la quinine et son sulfate. La quinine ne paraît pas altérable à l air ; elle contient environ cinq pour cent d'eau, qu'elle abandonne à une douce chaleur; le feu la décompose sans la fondre , et en dégage une odeur aromatique analogue à celle de l'aubépine ; elle rétablit la couleur du tournesol rougie par les acides, et forme, avec ces derniers, des sels, la plupart solubles. les gallate , oxalate et tartrate exceptés. D'après l'analyse de M. Liebig et l'application des théories chimiques de M. Berzélius,la cinchonine et la quinine seraient formées d'un nombre à-peu-près égal d'atomes de carbone, d'hydrogène et d'azote , mais l'oxigène serait dans la proportion d'un atome dans la cinchonine et de deux dans la quinine, en sorte que l'on pourrait considérer ces deux corps comme formant le proto et le deutoxide d'un radical composé d'hydrogène, de carbone et d'azote. L'aricine que MM. Pelletier et Corial ont trouvé dans un faux quinquina jaune , serait un nouvel alcaloïde, qui, d'après les mêmes lois sur l'analyse organique de M. Berzelius, constituerait un troisième oxide de la même base.

M. Robiquet pense que la quinine n'est que de la cinchonine unie à un principe amer, seul fébi'ifuge; mais cette opinion n'est point appuyée d'expériences probantes. M. Bonastre regarde ces substances comme des sous-résines, qui, parfaitement pures, ne possèdent en propre, dit-il, ni alcalinité, ni amertume, ni probablement de propriétés médicales. L'opinion la plus généralement admise fait considérer comme des alcaloïdes végétaux la cinchonine et la quinine, qui constituent la base de sels importans que nous examinerons bientôt.

On distingue la quinine delà cinchonine par son peu de cristallisabilité , son amertume plus forte et plus désagréable , sa grande solubilité dans l'alcool et surtout l'éther , sa moindre capacité de saturation par les acides. Ses sels , le sulfate, l'hydrochlorate, le phosphate, l'arséniate, l'acétate , le citrate, sont en général nacrés, plus amers, et cristallisent plus aisément que ceux de cinchonine.

§ IV. Préparations pharmaceutiques. Il est peu de substances que l'on ait données sous autant de formes , et dont on ait cherché à prescrire avec plus de soin le principe actif que le quinquina : aussi les extraits , les teintures , les associations variées de cette substance encombrent-ils les pharmacopées ; car , chaque fois que l'on trouvait un principe nouveau , on s'empressait d'en faire l'essai thérapeutique, dans l'espoir que ce corps renfermerait les qualités précieuses de toute l'écorce. C'est ce qui a fait employer tour-à-tour la résine l'acide kinique et une foule d'autres produits. Tous ces essais ont cessé depui,>. la découverte de la cinchonine et surtout de la quinine, et maintenant la plupart des préparations de quinquina sont presque remplacées par celles des alcaloïdes. Nous nous contenterons donc, 1° d'indiquer les principales préparations de quinquina ; 2» nous nous occuperons ensuite des préparations fournie.? par les alcaloïdes.

1°. Quinquina en substance. On a long-temps fait prendre le quinquina réduit en poudre : c'était avant la découverte des alcaloïdes la préparation la plus efficace. Nous examinerons plus tard les avantages et les inconvéniens de leur usage respectif. A l'intérieur et comme tonique , on prescrit la poudre de quinquina à la dose de dix à trente grains délayés dans du vin ou enveloppés de pain azyme, etc. Dans les maladies périodiques , on donne de la même manière cette poudre , mais à la dose d'un gros à une once, en un nombre de fois plus ou moins grand, et plus ou moins rapproché , selon les circonstances. La poudre de quinquina est fort usitée pour le pansement de certains ulcères, la préparation de poudres dentifrices , de cataplasmes, etc. La poudre de quinquina gris est d'une couleur fauve grisâtre; celle des deux autres écorces conserve la couleur propre de la substance qui les a fournies.

Les macérations , infusions , décodions et apozèmes de quinquina se préparent avec ces écorces concassées et à la dose d'un gros à une once pour une pinte d'eau. Les préparations chargées d'une grande quantité de quinquina deviennent trop désagréables par leur amertume , pour être prescrites à l'intérieur : elles sont plus fréquemment usitées à l'extérieur en lotions, fomentations , gargarismes , injections , lavemens. On sait que ces préparations doivent être peu actives ; car on retire beaucoup d'alcaloïdes des écorces dont on s'est servi pour les obtenir. Ces préparations aqueuses contiennent seulement un peu de kinate acide de chaux , et une petite quantité de kinate de quinine ou de cinchonine. Elles sont à peine colorées lorsqu'elles sont faites à froid , parce que le rouge cinchonique est peu soluble dans l'eau. Quand elles sont préparées par éluillilion , elles contiennent du kinate de quinine et de cinchonine en plus grande quantité , du tannin , du rouge cinchonique , de la matière colorante jaune , du kinate de chaux et de l'amidon. Transparente lorsqu'elle est chaude, la décoction se trouble par le refroidissement , et il se dépose du rouge cinchonique , dei:i matière grasse, du tannin uni à l'amidon, et probablement du gallate iKcinchonine et de quinine , en sorte que le liquide perd beaucoup de ses propriétés.

Les sirops de quinquina , préparés à l'eau ou au vin , sont surtout employé.comme toniques, à la dose d'une demi-once ou une once, seuls ou dans une potion. Le sirop préparé au vin , outre qu'il est plus excitant, à cause de l'excipient qui a servi à le préparer, est aussi plus actif, et serait certainement plus fébrifuge que l'autre ; car il contient plus de quinine , cet alcaloïde étant solit-

i ble dans l'alcool. L'amertume du sirop de quinquina , préparé au via, prouve

j • également qu'il doit être doué de propriétés plus actives

I f^in de quinquina. On le jirépare tantôt en ajoutant une certaine quantiléde

QUINQUINA

frinture dans le vin , tantôt en faisant macérer deux onces d'écorce concassée dans deux livres de ce liquide. Les propriétés de ce médicament varient beaucoup selon la nature du vin qui a servi à le préparer. Les vins d'Espagne sont en général préférés , parce que , contenant plus d'alcool que les autres , ils doivent dissoudre une plus grande quantité de quinine.

La bière de quinquina, pourrait être employée avec avantage; Mutis et M. Alibert en ont surtout vanté l'usage. On l'obtient, soit en faisant fermenter une partie de quinquina réduit en poudre , huit parties de sucre ou de miel , et quatre-vingt-dix à cent parties d'eau , soit en remplaçant le houblon par du quinquina dans la préparation de la bière ordinaire.

Teinture. Ce que nous avons dit précédemment doit faire prévoir que les pro" priétés de cette préparation seront plus actives encore que celles des précédentes. La teinture de quinquina se prescrit dans les potions à la dose d'un à deux «rros. On s'en sert aussi pour faire des frictions toniques et excitantes. 11 faut , forsqu'on en fait usage, que l'on n'ait pas à craindre l'emploi de la quantité d'alcool qni forme le véhicule du médicament, sans cela il faudrait avoir recours à l'extrait alcoolique qui va nous occuper.

Extraits. Il faut distinguer l'extrait aqueux de l'extrait alcoolique.

Vextrait aqueux de quinquina , préparé par la décoction de cette écorce , ne présente pas une grande quantité de principes actifs , car la plus grande partie des alcaloïdes reste dans le marc. On connaît deux espèces d'extraits, Vextrait mou , que l'on fait entrer à la dose de quelques grains , demi-gros ou deux gros dans les potions , et Vextrait sec , nommé aussi sel essentiel de la Gartije , que l'on fait prendre à la dose de quelques grains. Ce dernier produit, dont Geoffroy a rendu compte à l'Académie des sciences en 1738 , n'a pas une plus grande importance que le précédent ; il en diffère parce qu'on le prépare par infusion , et que réduit en consistance sirupeuse , on l'étend en couches minces sur des assiettes pour le faire sécher à l'éluve , où il prend la forme d ecailles transparentes , de couleur hyacinthe. Cet extrait est peu amer, et ses propriétés sont moins actives que celles du précédent.

Ruiz dit que l'on prépare au Pérou , avec la décoction des écorces fraîches évaporée au soleil , un extrait qui conserve toutes les propriétés du médicament. On n'apporte pas cet extrait en Europe , son efficacité nous est donc inconnue.

Vextrait alcoolique ne renferme pas les matières gommeuses et amilacées que Ton trouve dans les autres, et il tient en solution beaucoup plus de principes actifs • on s'en sert avec avantage sous forme pilulaire à la dose de quelques grains'. Cet extrait est irritant en quelquefois purgatif; il serait bon de l'unir à une certaine quantité d'opium.

Associations du quinquina avec d'autres substances. Le qumquma en substance ou en extrait entre dans la composition d'une foule de préparations dites toniques, stomachiques, antiseptiques , astringentes, fébrifuges qu'il est inutile de rapporter , car il vaut mieux que chaque praticien les formule selon les indications qui se' présentent. Mais il est bon de faire connaître les différentes associations que l'on a faites soit pour modifier l'action du quinquina , soit pour augmenter ses propriétés.

Ainsi pour l'empêcher d'être purgatif, on 1 associait a quelque préparation opiacée • pour éviter les vomissemens qu'il occasionne, on recommandait de le mêler à une certaine quantité d'écorce de citron , de cascarille ou de cannelle. Ce dernier mélange employé par -Werlhof devait rendre plus facile la digestion de la poudre de quinquina , et devait surtout avoir l'avantage de masquer sa saveur amère. ^c ■ < ■ i, •

Ou a tantôt ajouté de la magnésie et tantôt de 1 acide sulturique a la decotion de quinquina pour la rendre plus tonique ou plus fébrifuge. La première addition précipiterait une certaine quantité de quinine, diminuerait les propriétés fébrifuges de la décoction , mais elle l'empêcherait sans doute d'occasioner les borborygmes incommodes qu elle détermine souvent. L'addition de l'acidesulfurique ou du ius de citron ne pourrait qu'être avantageuse , en ajoutant au médicament la solution d'une plus grande quantité d'alcaloïdes. Quelques médecins paraissent s'en être bien trouvés.

Une combinaison des plus remarquables, parmi les préparations de quinquina, c'est sans contredit celle du bolus ad quarianam composé , selon Desbois de Rochefort, d'une once de quinquina en poudre, de seize grains de tartre stibié , d'un gros de sel d'absinthe ou de sous-carbonate de potasse et de quantité suffisante de sirop d'absinlhe pour faire soixante bols. Ce mélange, dans lequel il devait s'opérer de nouvelles combinaisons, avait , dit-on, plus d'efficacité contre la fièvre-quarte que le quinquina lui-même en substance.

Les diverses préparations que nous venons d'indiquer , sont bien rarement employées maintenant ; on leur préfère de beaucoup celles que l'on obtient avec les alcaloïdes et surtout celles que donne la quinine

2o Mcaloïdes. Cinchonine. Quoique très-peu solube dans 1 eau, on se sert de la cinchonine en substance , et on la prescrit en poudre ou en pilules à la dose de deux à huit ou dix grains ; on préfère cependant l'employer sous la forme de sulfate parce que ce sel est soluble dans l'eau. Ses diverses préparations , beaucoup moins amères que celles de quinine, pourraient être préférées à ces dernières, sous ce rapport, puisqu'elles sont moins désagréables aux malades et tout aussi actives d'après les observations de MM. Bally , Mariani, Bleynie. Cependant elles sont peu usitées , à moins qu'on ne substitue les unes aux autres dans le commerce , ou que , dans leur préparation, on ait négligé de les séparer. On emploie ou du moins les médecins prescrivent presque exclusivement la quinine ou ses sels. , i - i i r a

La quinine seule peut être donnée en poudre ou en bols, a la dose d un , de huit, de douze grains et davantage. Son peu de solubilité n'empêche pas son

( 1798 ) QUINQUINA

action ; mais on préfère employer les sels qui sont plus solubes et dont quelq jsuns paraissent doués de plus d'efficacité. Voici les noms de ces divers produ! ; nous les rapprocherons de ceux de la cinchonine qui n'ont pas été indiqui , et qui me'ritent d'être connus ; nous verrons plus tard leur action sur l'i nomie.

Acétate. L'acétate de quinine est légèrement acide , facilement cristallisall , peu soluble à froid. | Arséniate. L'arséniate de quinine ressemble au phosphate dont il sera qi tion bientôt.

Citrate. Le citrate de quinine est un peu acide , cristallisable; on le prépi en versant une solution acide de citrate de soude dans une solution de sulfate quinine, La liqueur, en se refroidissant , laisse déposer le citrate.

Hjdrocjanate. L'hydrocyanate de quinine a été proposé par le doctir Brutti de Crémone, maisl altérabilité extrême de ce sel lui fait préférer l'hydferro-cyanate de quinine que MM. Zaccarelli et G. Carioli ont employé a j: succès , et que Gallicano-Bertozzi de Crémone recommande de préparer, 4 faisant bouillir dans six ou sept parties d'eau , une partie et demie de prussi de potasse ferrugineux et une partie de sulfate de quinine bien trituré. D'abiJ le liquide se trouble, puis il s'éclaircit et l'on voit se précipiter au fond et Ir les parois de la fiole une matière de couleur jaune verdâtre et de consista;j oléagineuse. Après avoir décanté les parties liquides , on lave cette matière a de r eau distillée pour la séparer du sulfate de quinine non décomposé, verse ensuite dessus de l'alcool chaud ; on filtre et l'on fait évaporer. Ainsi tenu , 1 hydro-ferro-cyanate de quinine est confusément cristallisé en aiguill^ il est d'un jaune verdâtre , d'une saveur très-amère , rappelant d'abord celle! la quinine, puis celle de l'acide hydrocyanique ; il est soluble dans l'alci chaud et dans l'eau bouillante qui le décompose en deux sels , l'un soluble} l'autre insoluble : on le prescrit à la dose de deux à quatre ou six grains.

Kinates. On croit, d'après l'opinion de MM. Pelletier et Caventou , Henry Plisson , que ces sels existent dans le quinquina et ses préparations , et qu'ils' constituent les principes fébrifuges naturels. Il sont cependant peu connus non employés. Leurs propriétés médicinales devraient au moins être es minées.

Hydrochlorate. M. Vinkler a proposé de le préparer en mêlant quarante-h parties de sulfate de quinine avec douze d'hydroehlorate de baryte et qua cent quatre-vingts parties d'eau. On filtre , on lave le précipité et l'on fait porer. Ce procédé donne autant d'hydroehlorate de quinine que l'on a emplc de sous-sulfate de cette base. Ce muriate ou hydrochlorate se distingue par s aspect nacré. Il est plus soluble que le sous-sulfate. M. Pelletier a proposé l'employer en médecine.

Quant à l'hydrochlorate de cinchonine, il est très-soluble dans l'eau et ins lubie dans 1 ether. Sa cristallisation en aiguilles le distinguera de l'hydroch! rate de quinine.

Nitrates. Le nitrate de quinine est oléagineux; celui de cinchonine n'est poi cristallisable.

Oxalates. L'oxalate de quinine est neutre ; il cristallise en aiguilles; il peu soluble à froid , assez soluble à chaud , très-soluble dans un excès d'acic Celui de cinchonine est très-soluble dans l'alcool , surtout à chaud.

Phosphates. WL. Esiviess , de Bonn, a expérimenté le phosphate de quinin Ce sel cristallise en petites aiguilles blanches, translucides, un peu nacréei solubles dans l'alcool. Le phosphate de cinchonine cristallise difficilement.

Sulfates. Il existe deux variétés de sulfate de quinine. Le sulfate acide ('S sursulfate et le sous-sulfate ; le premier, quoique plus soluble, plus facilerae: : cristallisable que le second , n'est pas usité en médecine. Il paraît que ses pr i portions ne sont pas toujours constantes. ' '■

Le sous-sulfate ou sulfate bi-basique, connu improprement sous le nom desu' fate, est presque employé exclusivement en médecine. Le procédé pour prépi! i rer ce sel est à peu de chose près le même que celui indiqué pour l'extractiono' ' la quinine. Après avoir distillé les solutés alcooliques provenant du traitemei'i du précipité calcaire par l'alcool à trente-six degrés , on recueille le résida d'' la distillation , et on le traite avec de l'eau contenant un quinzième de son poit' i d'acide sulfurique ; on filtre la liqueur dès qu'elle n'est plus sensiblement acid' ■ et que des petits cristaux se forment à sa surface. Le sulfate se précipite par 1' ' refroidissement. Pour le décolorer, on le fait dissoudre dans l'eau acidulée ( < on le traite avec du charbon animal. On fait ensuite cristalliser de nouveatH Différens chimistes on fait subira cette préparation de nombreuses modifica.i tions qu'il serait trop long d'indiquer. ]' Le sulfate de quinine se présente sous la forme de cristaux aiguillés, soyeul. et flexibles, d'un blanc mat et d'une saveur amère des plus marquées. Ce sel es'ii soluble dans sept cent quarante parties d'eau froide et dans trente d'eau bouilli lante ; pour le faire dissoudre aisément dans l'eau froide ou dans une potion f il est nécessaire d'y ajouter quelques gouttes d'acide sulfurique étendu ou d'eai de Rabel. Le sulfate de quinine est très-peu soluble dans l'élber : ill'est beaucou;, dans l'alcool. Au feu ce sel se fond et ressemble alors à de la cire ; à une tem pérature plus élevée il prend une belle couleur rouge et brûle sans laisser d résidu. Il s'eflleurit facilement à l'air , en perdant jusqu'à un huitième de soi poids et conservant seulement deux à trois centièmes de son eau de cristallisation. Il offre alors une stabilité de composition , qui , selon M. Baupe devrait le faire préférer pour l'usage médicinal, les proportions de la quinint pouvant varier, dans le sous-sulfate cristallisé, de 76 à 86 o/o , suivant qu'oi le conserve dans un lieu sec ou humide. Le sulfate eflleuri de quinine est au contraire , constamment forme de : quinine , 86 ,12 ; acide , 9,57 ; eau , 4,3

QUINQUINA

QUINQUINA

La quantité de sulfate de quinine obtenue peut varier, selon le quinquina employé et le procédé mis en usage. M. Pelletier retire ordinairement trois à quatre gros de sulfate de quinine par livre de quinquina jaune. M. Henry fils, cité par MM. Mérat et de Lens , en extrait de cinq à six gros de la même quantité de quinquina calisaya privée d'épiderme. Cette différence dans la quantité de sulfate de quinine retirée du quinquina laisse du doute sur la proportion exacte de quinine, que l'on donne en faisant prendre du quinquina ; cependant on s'accorde à dire qu'un gros de quinquina peut être représenté par deux grains à-peu-près de sulfate de quinine. Dans cette proportion , quatre gros de quinine représenteraient une livre de quinquina.

On donne le sulfate de quinine en poudre depuis deux jusqu'à douze grains, enveloppé dans du pain azyme , pour en masquer la saveur ; on en forme des pilules , en l'incorporant dans un extrait ; on le prescrit dans des potions , en facilitant sa solution , comme nous l'avons dit plus haut par l'addition de quelques gouttes d'acide sulfurique étendu. On prépare avec ce sel des sirops et des teintures destinés à remplacer ceux de quinquina.

Le sulfate de cinchoninc cristallise en prismes à quatre pans d'un blanc vitreux : il est très-soluble dans l'eau et l'alcool , insoluljle dans l'éther et beaucoup moins amer que le sulfate de quinine. On pourrait le prescrire de la même manière que ce dernier.

§ V. Sophistication. Lorsque le quinquina était à un prix élevé , on a cherché à lui substituer dans le commerce d'autres substances. Ainsi on a communiqué à certains bois sa saveur amère , en les imprégnant d'une décoction d'aloès. Dans ces derniers temps, on a essayé, après les avoir fait macérer dans la même préparatioa, de donner pour de bon quinquina des écorces épuisées d'alcaloïdes. L'analyse chimique serait maintenant le meilleur moyen pour reconnaître ces fraudes , puisqu'elle démontrerait l'absence des principes alcalins.

La sophistication s'est étendue également au sulfate de quinine et de cinchonine. Ainsi on leur a substitué de la magnésie , rendue amère par la décoction de coloquinte. L'alcool , ne dissolvant pas ce mélange , ferait connaître qu'il ne contient pas de sulfate de quinine; l'eau, ne le dissolvant pas non plus , donnerait l'assurance qu'il ne contient pas de sulfate de cinchonine. Des marchands moins avides se sont contentés d'étendre les alcaloïdes avec des substances étrangères ; ainsi on a fait un mélange d'alcaloïdes et de stéarines ; l'eau simple ou acidulée dissoudrait la cinchonine ou la quinine, et laisserait déposer la stéarine. Si l'on s'était servi d'amidon, l'iode, en communiquant au mélange une couleur bleue , conviendrait parfaitement pour reconnaître la fraude. Dans les cas où l'on aurait substitué le sulfate de cinchonine au sulfate de quinine , M. Vallée a proposé la solution de phosphate de soude , qui donne avec la quinine un sel peu soluble à froid, et avec la cinchonine un sel trèssoluble.

§ VI. Action physiologique du quinquina et des alcaloïdes sur l'économie. Examinons d'abord les effets de l'écorce entière, nous verrons ensuite celle de la cinchonine et de la quinine.

lo. Donné en substance , le quinquina est d'une saveur désagréable ; la masse de poudre que l'on est obligé d'employer cause au malade beaucoup de répugnance par sa vue, et son contact avec les parois buccales. Soit par le dégoût qu'il cause , soit par son seul contact avec l'estomac, le quinquina détermine fréquemment des nausées et des vomissemens. Il occasionne la sensation d'un poids incommode dans la région épigastrique. Sa digestion est difficile, fatigante, fréquemment accompagnée de borborygmes. Souvent il occasionne de la constipation. Dans quelques cas , ses parties ligneuses se réunissent dans [le canal intestinal en masses non digérées qui deviennent fort incommodes par lleur présence, et occasionnent des accidens graves. J'ai plusieurs fois trouvé (les parois intestinales qui , pendant le cours des fièvres typhoïdes , avaient été long-temps en contact avec de grandes quantités de quinquina , d'une cOueur jaune et d'une densité analogues à celles d'une peau de chamois mouillée. lOn eût dit que ces intestins avaient subi l'opération du tannage. Les ulcères du canal intestinal, qui avaient été en contact avec cette poudre, ne semblaient as plus disposés que les autres à se cicatriser. Au lieu de constipation , on oit, dans quelques circonstances, la poudre de quinquina occasionner du dévoiement.

L'occasion générale ou sympathique de cette substance est moins bien conue. On trouve que, chez les malades qui en ont fait usage, la circulation devient Iplus active et que les forces se relèvent. Morton assure que la surdité survient quelquefois. M. Blaud a observé le même effet produit par le sulfate de i^uinine.

Appliqués sur les ulcères de mauvaise nature , le quinquina ou ses prépaalions les détergent, enlèvent l'odeur Tétide qu'ils exhalent et les disposent à e cicatriser.

2o. Le sulfate de quinine en poudre est d'une amertume telle qu'il est imossible de le donner sous cette forme aux malades , à moins de le mêler à uelques poudres dont nous parlerons au mode d'administration.

Donnés en substance , en pilules ou enveloppés de corps qui empêchent l'en percevoir la saveur, le sulfate de quinine ou ses préparations déterminent, lorsqu'ils sont parvenus dans l'estomac , la sensation d'une chaleur et d'une xcitation qui n'ont rien de pénible , à moins que ce viscère ne soit alors le iége d'une inflammation. Ces sensations cessent promptement et les voies diiestives ne semblent pas troublées d'une manière remarquable , quand le sulate de quinine n'est donné qu'à la dose de deux ou trois grains , plus ou moins lépétées, mais éloignées de quelques heures d'intervalle. Cependant M. Caven-

tou , obligé dans ses expériences de déguster souvent des liquides chargés d'alcaloïdes quiniques , en éprouvait une excitation générale semblable à celle que produit le café.

Si l'on ingère dans l'estomac de plus hautes doses de sulfate de quinine , elles déterminent une vive chaleur à l'estomac qui se propage à toute l'économie , s'accompagne quelquefois de vertige, et l'on voit souvent survenir la sécheresse de la langue, des vomissemeus, de la diarrhée, et des accidens fébriles plus ou moins marqués.

Nous avons vu plus d'une fois le sulfate de quinine donné inconsidérément à des doses de huit ou dix grains produire de véritables gastro-entérites ; mais , donné à propos et convenablement, ce médicament ne produit pas de semblables effets, car l'estomac ne présente pas , et ne devait pas présenter, l'irritabilité et la susceptibilité extrêmes dont on a bien voulu le douer dans ces derniers temps.

M. Magendie assure que les hautes doses de sulfate de quinine n'ont cependant produit aucun accident sur les chiens. D'après les observations de M. Bally le sulfate de quinine donné dès le début à des doses élevées , telles que 20 grains pour les enfans, 60 pour les adultes, bien loin d'occasionner une irritation locale ou générale , détermine une dépression du pouls qui le fait tomber à 36 ou 40 battemens , comme on l'observe en donnant l'émétique à haute dose.

Appliqué sur la peau , dissous , le sulfate de quinine est quelquefois absorbé ; il l'est bien plus ordinairement lorsqu'on le place sur la peau privée d'épiderme ; il agit souvent aussi bien que quand on l'ingère dans l'estomac. Quelquefois , cependant, il convertit le derme en une sorte de membrane tannée : ce qui gêne l'absorption.

D'après les expériences de M. Béraudi , les autres sels de quinine produiraient les effets suivans, particuliers à chacun d'eux. L'acétate et le citrate occasionneraient, à la dose de 10, 15 ou 20 grains, une grande chaleur à l'épigastre , des nausées, de la rougeur à la langue, du ptyalisme, une ardeur générale , l'accélération du pouls, des tintemens d'oreille et de la céphalalgie.

L'hydrochlorate occasionnerait en outre une injection remarquable des conjonctives , de la dilation des pupilles , du prurit à la peau accompagné de sueur.

Le nitrate et le tartrate produiraient, outre les accidens que nous venons de mentionner, une gêne sensible de la respiration et une diarrhée assez opiniâtre. Au lieu de dilater les pupilles ils en détermineraient la contraction.

L'hydrocyanatc de quinine paraîtrait être , d'après M. Brutti de Crémone, beaucoup moins irritant que les autres sels de quinine ; il en serait de même du phosphate, dont la saveur est peu désagréable. Ce dernier sel a été employé avec avantage par M. Harless de Bonn , et Zavîziano di Arta , médecin grec Ces deux derniers sels mériteraient donc d'être examinés de nouveau pour leurs effets thérapeutiques.

§ VIL Emploi médical du quinquina et de ses produits. D'après ce que nous avons dit de l'action physiologique du quinquina et de ses produits sur l'économie animale , il serait difficile de prévoir les immenses avantages qu'ils présentent comme médicament. Cependant l'excitation qu'ils déterminent dans plusieurs fonctions peut faire, du moins , soupçonner la propriété tonique dont ils jouissent à un haut degré, et que tous les médecins reconnaissent. Mais ces médicamens possèdent une propriété bien plus précieuse encore, celle d'empêcher le retour des accidens périodiques , que l'observation seule a pu démontrer.

Nous allons d'abord examiner les propriétés toniques du quinquina. Nous considérerons ensuite ce médicament comme l'anli-périodique par excellence.

lo. Propriétés ioniques. Barthez regarde le quinquina comme le premier des toniques. On le place à la tête des toniques fixes et amers. Il jouit de cette propriété donné en poudre à petites doses depuis quelques grains jusqu'à un demigros ou un gros. Mais le plus ordinairement, on l'administre en macération faite à froid , en infusion ou en décoction , en prescrivant pour ces préparations un demi-gros, un gros ou deux gros tout au plus de cette écorce concassée, pour une ou deux livres d'eau. L'énergie de ces boisfons dépend de la quantité de quinquina qu'elles contiennent et de la température à laquelle on les a faites. On rend ces préparations plus ou moins agréables en les édulcorant, ou en y ajoutant de l'écorce de cilron, de la cannelle ou autres substances selon l'indication que l'on veut remplir. Les extraits , surtout celui que donne l'alcool , les sirops, les vins, les teintures prescrites à petites doses sont des toniques plus actifs. Les teintures sont douées de propriétés fort énergiques ; car , outre les principes alcooliques qu'elles renferment, elles contiennent beaucoup plus d'alcaloïdes que les autres préparations.

Le quinquina s'emploie comme tonique dans les convalescences longues et difficiles, dans lesquelles les voies digestives ont besoin d'une certaine excitation pour reprendre leurs fonctions, ou lorsque la plupart des tissus présentent une pâleur remarquable , et sont disposés à l'infiltration. Le plus souvent alors les préparations de quinquina se donnent, en plusieurs fois dans la journée, et trèssouvent à l'heure des repas. On les prescrit encore dans certains cas d'anémies de chlorose, et dans quelques autres maladies où l'indication principale exi^e que l'on augmente le ton des organes. Souvent, enfin, on s'en sert pour faire des frictions sur la peau, et augmenter les propriétés vitales. Il est nécessaire dans toutes ces circonstances que les tissus , qui se trouvent en contact avec le quinquina ou ses préparations , ne soient pas le siège de phlegmasies aiguës.

Pldegmasies. Quelques auteurs ont employé le quinquina dans certaines phlegmasies , mais il n'a réussi que dans celles qui présentaient un caractère particulier. Ainsi dans la variole, accompagnée d'éruption péléchiale , de gangrène , etc. ; dans l'angine gangréneuse ; dans la fièvre typhoïde ou entéro-mc-

QUINQUIJN A.

scntérique, lorsque les sujets qui en étaient atteints présentaient une rémission lébrile marquée , et que le quinquina en substance, ou ses préparations , étaient administrés pendant la rémission. Faut-il penser que, dans les premiers cas , le quinquina a été plus utile en modifiant l'état général qu'en attaquant les phlemagsics; et que, dans le dernier, il a plutôt agi comme anti-périodique que comme tonique ? nous ne chercherons pas à le décider , mais nous pouvons aflirmer que , dans la fièvre typhoïde rémittente , on obtient du quinquina les résultats les plus avantageux. Nous pensons que , dans les autres cas, le quinquina ne fait que développer un appareil aclynamique , que la méthode antiphlogislique, si heureusement conseillée par le professeur Broussais , évite et combat avec tant de succès.

Quelques praticiens ont cependant trouvé dans le quinquina un contre-stimulant, dont ils ont vanté l'usage. C'est peut-être à cette propriété qu'il faut attribuer les succès obtenus par Forthergill, dans le traitement des rhumatismes par le quinquina. Quant à la goutte atonique ou à la goutte périodique, il n'est point étonnant que les préparations de cette écorce aient pu en triompher.

Dans les phlegmasies chroniques, l'on s'est quelquefois bien trouvé de l'emploi du quinquina, soit pour maintenir les forces de l'économie, soit pour combattre les effets de la résorption purulente. Ainsi , dans les scrofules , le rachitis , le maldePott, dans quelques cas de phthisie pulmonaire , le quinquina ou ses préparations, employés convenablement, ont produit les effets les plus saluta ires.

On obtient encore des succès semblables dans les hypertrophies de la rate qui accompagnent ou suivent les fièvres intermittentes. J'ai vu un malade atteint de fièvre typhoïde, guérir d'une hypertrophie de la rate, sous l'influence du quinquina administré contre son affection fébrile. Ces guérisons d'hypertrophies de la rate , par le quinquina , ont été bien souvent observées.

Dans les inflammations extérieures de nature atonique et gangréneuse, dans la pourriture d'hôpital non accompagnée de douleurs vives , on emploie avec succès la décoction de quinquina pour laver les surfaces malades et la poudre de cette même substance pour les déterger.

Hémorrhagies . Ce n'est guère que dans les hémorrhagies passives ou atoniques que l'on peut employer avec succès le quinquina. Beaucoup de praticiens conseillent alors le quinquina rouge à cause de ses propriétés astringentes. Le ratanhia, que l'on emploie le plus ordinairement dans ces cas, mérite cependant souvent la préférence.

Flux. Plusieurs médecins ont mis hors de doute l'efficacité du quinquina dans les hydropisies; tant de causes variées produisent ces maladies que l'on ne doit point être étonné qu'une ascite , produite par une hypertrophie de la rate puisse être avantageusement modifiée par l'emploi du quinquina , d'après ce que nous avons dit plus haut; de même que l'on doit s'attendre à voir toute collection ou infiltration séreuse occasionées par l'atonie des membranes ou du tissu cellulaire, guérir par le retour du ton des parties, sous l'influence du quinquina. Les observations de M. Carron et la thèse de M. Lafisse ne laissent point de doute sur la possibilité de ces guérisons.

Les flux atoniques ou passifs des membranes muqueuses telles que certaines diarrhées , bronchorrhées ou leuchorrhées passées à l'état chronique ou développées chez des sujets lymphatiques, guérissent très-bien par l'usage interne ou externe du quinquina, soit qu'il agisse comme tonique ou comme astringent.

Névroses. On a particulièrement employé le quinquina orange contre ces affections h cause du principe aromatique qu'il contient, dit-on. Mais ce n'est point sur des observations assez multipliées que l'on propose cette médication ; c'est un fait à constater. Lorsque les névroses sont accompagnées de débilité du système nerveux , les préparations de quinquina peuvent être prescrites ainsi que le conseille M. Guersent. Quand elles sont périodiques , les chances de succès deviennent bien plus grandes , soit que l'on emploie le quinquina orange , soit qu'on en prescrive un autre , comme nous le verrons bientôt.

On peut , dans tous les cas dont il a été question , substituer l'usage des alcaloïdes à petites doses à l'emploi du quinquina; mais nous verrons plus tard lequel de ces médicamens on doit employer de préférence. Examinons maintenant la propriété anti-périodique du quinquina.

2". Quinquina employé comme anti-périodique. L'emploi du quinquina dans les fièvres intermittentes de tous les types est tellement efficace qu'il est devenu vulgaire. Il est incontestable en effet que quand il n'existe point en même temps un état pléthorique ou bilieux marqué , et que quand la fièvre intermittente semble simple, nei-veuse ou miasmatique, ainsi qu'on le dit, il n'est pas de médication plus efficace pour la combattre que celle dont nous parlons; c'est cette propriété si importante qui. d'abord, a fait connaître le quinquina ; c'est elle surtout qui lui a assigné le rang supérieur qu'il occupe dans la matière médicale.

Les fièvres réniillenles et intermittentes pernicieuses , quel que soil le symptôme particulier qu'elles présentent, guérissent avec autant de rapidité et de certitude par l'emploi du quinquina que celles dont il vient d'être question. Les écrits de Morton , le second livre de la Thérapeutique spéciale de Torti , les observations du professeur Alibert et d'une foule d'autres praticiens distingués ne laissent pas de doute à cet égard.

Dans les /lèvres larvées, beaucoup mieux désignées sous le nom collectif A\iffeclions périodiques , puisqu'elles ne sont point accompagnées de fièvre, le quinquina est employé avec un succès vraiment remarquable. Ainsi l'on a vu des pleurésies , des céphalalgies, des hystéries , des épilepsies , des névralgies, des hémorrhagies (voyez les cas rapportés par M. Sandras , dans le Bulletin de thérapeutique , vol. vu, pag. 48) et une foule d'autres accidens caractérisés par

QUINQUINA

la périodicité , céder comme par enchantement à l'emploi des préparations quiniques.

On pourrait consulter sur ce sujet la traduction de l'ouvrage de Médicus , médecin de Manheim, que M. Lefèbre de Villebrune a donnée en 1798 , et qui a pour titre : des Maladies périodiques sans fièvre ; le mémoire de M. Fulci de Catane sur les Maladies périodiques, inséré dans la Bibliothèque médicale, 1827» 1er vol. pag. 345.

On sait aussi que dans les fièvres dites rémittentes , le quinquina est souvent employé avec une efficacité non moins constante, soit qu'il existe ou non des symptômes locaux phlegmasiques ou d'une autre nature. L'attention des praticiens a besoin d'être appelée sur ce point qui , dans ces derniers temps surtout, a été beaucoup trop négligé.

Précaution à prendre pour prescrire utilement le quinquina , comme antipériodique. Il est nécessaire pour employer avec succès le quinquina , dans les différentes affections périodiques que nous venons de citer, d'observer certaines règles.

On avait l'habitude avant d'administrer ce médicament de préparer le malade j tantôt par une saignée, tantôt par un vomitif ou par un purgatif. Il est des cas où celte pratique serait nuisible : c'est quand , dans une fièvre intermittente i pernicieuse , par exemple , il faut agir avec promptitude ; il est rare que dan» ( les autres cas cet u'sage présente une grande utilité. Néanmoins l'observation t démontre que, chez quelques sujets pléthoriques , l'emploi du quinquina sera , avantageusement précédé d'une émission sanguine générale ou locale. D'après i MM. Merat et de Lens , toutes les fois que l'on emploie le quinquina comme 'i anti-périodique, il ne faut ni purger, ni faire vomir, ni baigner les malades, 1. après son administration et tant qu'il agit sur l'économie , dans la crainte d'oc- i casioner une rechute, en détruisant son action. '\

Doit-on donner les préparations de quinquina dès le début des fièvres inter- ' mittentes ? Sydenham et Boerhaave voulaient que la maladie fût confirmée par < le retour de plusieurs accès. Cette règle de conduite sera adoptée sans inconvc- , nient, peut-être au printemps, où quelques accès isolés de fièvres intermittentes i s'observent quelquefois; mais dans toute autre circonstance on ferait mieux de i s'occuper d'arrêter les accès fébriles dès le début , afin d'éviter au malade les ) inconvéniens de nouveaux accès, et pour ne pas éprouver les difficultés que l'on • aurait pour combattre la maladie si on la laissait s'invétérer. Il faudrait ne point ^ j attendre, si la maladie se présentait avec le caractère pernicieux. Voici des rè- { gles sur lesquelles nous devons insister davantage par rapport à la prescription .| du quinquina.

Les auteurs ne sont pas d'accord sur l'époque à laquelle on doit administrer il le quinquina; les uns préfèrent le donner au commencement de l'accès , d'au- t très à la fin , et le plus grand nombre pendant l'apyrexie. Richter assure que \ le sulfate de quinine réussit beaucoup mieux, donné pendant l'accès. Il fait (i prendre un premier quart delà dose deux heures avant l'accès, un second -n pendant le frisson , un troisième à l'époque de la chaleur , et le dernier pen« - i dant la sueur. Il assure que depuis dix ans qu'il a employé cette méthode , sur j plus de deux cents malades, il ne lui a jamais vu manquer son effet. Ce ^\ procédé de Richter est loin d'être suivi généralement : d'abord parce qu'il est ! difficile de toujours bien préciser l'heure à laquelle l'accès commencera, et par J conséquent de pouvoir administrer la première dose avec certitude ; il est d'ob- / servation en second lieu que les vomissemens qui ont lieu fréquemment pendant i le frisson, font rejeterjle quinquina et par conséquent empêchent son action. Ce , l ne serait donc guère que dans un cas de fièvre intermittente pernicieuse , et ^•>^ pour ne pointperdre de temps ,que l'on pourrait suivre la méthode dont nous venons de parler. || Dans les cas ordinaires et quand le temps de l'apyrexie est bien connu , on jfi le choisit pour faire prendre la préparation anti-périodique, que l'on donne en une ou plusieurs doses suivant la longueur de l'intermittence. Ainsi, dans la | fièvre quotidienne .1 si l'apyrexie ne doit durer que trois ou quatre heures, on i divisera la dose de quinquina ou de sulfate de quinine ( sous-sulfate ) en deux , ; I prises, dont la première sera donnée immédiatement à la fin de l'accès, et la | I seconde une demi-heure ou une heure après , afin de laisser au médicament le i '■ j temps nécessaire d'agir sur l'économie pour empêcher le retour de l'accès. On , suivra la même conduite dans le cas de fièvre intermittente quarte. Mais comme l l'apyrexie dure beaucoup plus long-temps , on divisera la dose , d'ailleurs plus j considérable de quinquina , en un plus grand nombre de prises que l'on admi- ^ nistrera d'après les mêmes règles. S'il s'agit d'une fièvre subinlranie , il faudra ^ i profiter du stade de sueur pour donner la dose nécessaire de quinquina ou de i i sulfate de quinine; nous avons vu souvent cette méthode empêcher le refour ^ j des accès fébriles. On suivrait le même plan de conduite, à plus forte raison, ^ | dans les cas Ae fièvres rémittentes ou intermittentes pernicieuses , maladies dont ^ { on ne saurait trop se hâter d'arrêter ia marche. , La quantité de quinquina ou de sulfate de quinine nécessaire pour combattre ^ i I les accidens périodiques varie selon plusieurs auteurs. M. Magendie assure j ■. I qu'à la dose de deux grains, le sulfate de quinine suffit pour arrêterle cours des j , ! fièvres intermittentes : cette faible quanlilé échoue dans biens des cas. La plu- i j pait des médecins s'accordent ;i pi escrire des doses plus élevées et à les aug- i

menter en raison de la longueur de l'apyrexie : ainsi on donnera à un adulte i I et entre deux accès, 6 grains de sulfate pour une fièvre quotidienne , 8 grains | i j pour une fièvre tierce , 12 grains et davantage pour une fièvre quarte. La quan- j I j tité de sulfate de quinine ou de quinquina devra être augmentée lorsqu'elle ne | j 1 suffira pas pour empêrhcr le retour de la fièvre. Lorsque au contraire les accès ] auront manqué , on devra continuer le fébrifuge pendant le temps qui aurait i

QUINQUINA

QUINQUINA

;té celui de l'apyrexie , mais en fliminuant chaque fois d'un ou de deus grains a dose de sulfate de quinine employée contre le premier accès. On diminuerait lansdes proportions analogues la quantité de poudre de quinquina si l'on avait )référé l'emploi de cette substance. C'est en continuant ainsi pendant huit ou [uinze jours le fébrifuge , après la cessation de la fièvre , que l'on parvient à en mpêcher le retour avec certitude. Il est même d'observation que dans quelques as rebelles, on est obligé d'en prolonger plus long-temps l'usage et même de e reprendre après trois semaines, par exemple , ou toute autre époque que la narche de la maladie indiquera, si l'on veut empêcher complètement le retour les accidens fébriles , qui sans cela se répéteraient avec opiniâtreté.

§ VIII. Doit- on préférer l'usage des alcaloïdes à celui du quinquina ? L'efliacité anti périodique du quinquina reconnue par une longue expérience, derait assurer la supériorité à ce médicament; mais on peut dire aussi que éjà le temps a sanctionné l'usage du sulfate de quinine. La réunion de fous les rincipes fébrifuges dans l'écorce du Pérou semblerait rendre préférable l'emloi de cette substance; mais l'inaction de la poudre de quinquina privée de uinine et de cinchonine prouve l'inutilité de cette réunion etla toute-puissance es alcaloïdes. Le quinquina , à cause des substances nombreuses et abondantes ui enveloppent les alcoloïdes , fatigue l'estomac soit en le distendant , soit en puisant sans utilité ses forces digestives ; les alcaloïdes n'offrent pas le même iconvénient , et si l'on craint qu'ils n'irritent l'estomac, il est facile de les enelopper de gomme, d'amidon, de sucre ou d'autre substance dont le volume, uoique peu considérable, sera suffisant pour empêcher un contact immédiat uisible pour l'organe de la digestion. Si maintenant on fait attention que dans ;s cas où l'on veut agir avec promptitude, il faut, quand on emploie le quinuina , que cette écorce soit digérée pour que les alcaloïdes exercent leur action Jr l'économie; on pensera que l'usage immédiat des alcaloïdes devra être suivi e résultats plus rapides et par conséquent plus avantageux dans les cas où il 'y a pas de temps à perdre. La question paraît donc facile à résoudre par raport à l'action anti-périodique , et l'on préfère généralement aujourd'hui le ilfate de quinine au quinquina pour combattre les maladies qui reviennent ar accès. Ajoutons pour justifier cette préférence, que les alcaloïdes s'admiistrent avec plus de facilité; que le sulfate de quinine est toujours identique; u'il réussit au moins aussi souvent que le quinquina, et l'on concevra facile lent l'abandon presque général où l'écorce est tombée.

Doit-on également préférer les alcaloïdes lorsque l'on désire un mécicament mique? nous avons vu , en parlant de l'action des alcaloïdes , qu'ils sont émiemment excitaus; mais , comme il existe dans le quinquina d'autres principes ui jouissent de cette vertu , le tannin, par exemple, il en résulte que toute la ropriété tonique ne réside pas dans les seuls alcaloïdes. On pourrait donc, ms ce cas , préférer les préparations de quinquina à celles des alcaloïdes et du dfate de quinine. Une autre raison déterminera le choix, c'est que, comme mples toniques, les alcaloïdes ont besoin d'être extrêmement étendus pour ne oint irriter, et que cette disposition existe naturellement dans la poudre de uinquina, et dans les macérations, les infusions, les décoctions, les sirops et is extraits, que l'on fait avec cette substance.

Les préparations vineuses et alcooliques de cette écorce pourraient être emloyées comme des toniques énergiques ou comme d'efficaces anti-périodiques, cause de la quantité plus considérable d'alcaloïdes qu'ils contiennent.

Ainsi donc, en résumé, nous croyons que l'on doit préférer les alcaloïdes, ; surtout le sulfate de quinine, comme anti-périodiques, et que les préparaons de quinquina, employées comme toniques, à l'intérieur ou à l'extérieur, oivent avoir l'avantage. (Thèses pour l' Agrégation, i 823. ^4 Ica lia quœdam inina, Martin Solon). Le quinquina doit encore l'emporter sur les alcaloïdes, )rsqu'il faut combattre un empoisonnement causé par l'émétique, car c'est ici 8 tannin qui agit et les alcaloïdes n'en contiennent pas.

§ IX. Mode d'administration. Nous avons vu, à la fin d'un paragraphe pré- ■dent, comment, en général, on doit prescrire le quinquina, comme médicalent anti-périodique. Nous examinerons dans celui-ci comment on peut l'adlinistrer, à quelles doses on doit le faire prendre.

! 1". Comme tonique on le donne à la dose de quelques grains à un demi- gros, en loudre , délayé dans du vin de Bordeaux , ou enveloppé de pain azyme. L'on rescrit des doses analogues de quinquina en infusion, en décoction ou en macéition dans l'eau ou dans le vin. On donne les extraits depuis quelques grains isqu'à un scrupule , pour remplir la même indication. On fait prendre ces dif- Tcntes préparations, soit par la bouche, soit en lavemens , soit en frictions, i l'on avait besoin d'élever davantage les doses , la poudre de quinquina deieudrait incommode , et l'on devrait lui préférer le sulfate de quinine, à la ose d'un à quatre grains , étendus de beaucoup de liquide, ou d'une quantité bnvenable de poudres appropriées.

1 A l'extérieur, on se sert de la poudre de quinquina à des doses variables, |plon le caractère des plaies. On l'unit souvent, en différentes proportions, aux joudres de camphre ou de charbon , qui augmentent ses propriétés anti-sepiques et détersives.

I 2». Comme anti-périodique, on ne donne plus à l'intérieur la poudre de quin- [uina à la dose d'une ou deux onces , ainsi qu'on le faisait autrefois ; nous avons ju l'inconvénient de cet usage. On pourrait le prescrire, en bains, à la dose l'une à deux livres. MM. Alibert, Chresticn et Rosenne, ont vu les frictions iites avec les préparations de quinquina , guérir des fièvres intermittentes. Le bcteur anglais Pye et Barthez ont obtenu le même résultat en faisant porter Jx fébricitans deux chemises entre lesquelles il y avait une couche de quinuina; d'autres personnes assurent qu'il a suffi de faire coucher des malades

DiCT. DE MÉDECI^E ET DE ChIRCKGIE PRATÎQl'ES.

dans un magasin rempli de quinquina pour les guérir par les seules émanations de cette écorce.

La découverte des alcaloïdes a fait abandonner avec avantage ces différens modes aussi désagréables que coûteux. Ces alcaloïdes se prescrivent de différentes manières : on donne le sulfate de quinine en poudre, sans dégoût pour le malade, en l'enveloppant de pain azyme, ou dans toute autre substance. Les petites doses de deux, quatre et même six grains, auxquelles on administre les différentes prises de cette poudre , permettent , par leur peu de volume , de les faire prendre aisément. Pour plus de facilité , quelques praticiens ont conseillé de préparer des pilules avec cette poudre, et de les envelopper d'une feuille d'argent; mais, quelque commode que soit ce procédé, nous engageons à nepas le suivre, parce que, lorsqu'elles sont durcies, ces pilules peuvent n'être point digérées, et n'avoir pas d'action , c'est ce que nous avons vu plus d'une fois. M. Fizeau a observé des faits analogues. Nous préférons donc la poudre enveloppée, à toute autre préparation. Si l'on craignait que la saveur de cette substance ne devînt trop désagréable au malade, on pourrait faire cesser cet inconvénient en unissant le sulfate comme on l'a conseillé, avec dix ou quinze parties de poudre d'anis, d'écorce d'orange, de cannelle , de café , de valériane ou de toute autre substance aromatique. On pourrait enfin remplacer le sulfate de quinine par la cinchonine ou son sulfate, dont la saveur est beaucoup moins marquée. Les solutions de quinine que l'on prescrit à la dose de quatre, six, huit grains , dans quatre onces d'un véhicule approprié pour en faire des potions, sont très-efficaces, mais d'une saveur trop amère pour être généralement administrées ; elles deviendraient moins désagréables en faisant entrer dans leurs préparations des eaux distillées et des sirops aromatiques.

On donnerait en lauemens les solutions dont nous venons de parler, si un obstacle quelconque empêchait de faire prendre les préparations de quinine par la bouche ; ainsi , tantôt la difficulté de la déglutition, tontôt une irritation de l'estomac, ou une disposition marquée au vomissement , pourront constituer ces obstacles. Il faudra, dans ces cas, faire absorber le médicament antipériodique par le rectum, Baglivi [Opéra omnia , pag. HG) avait déjà mis cette pratique en usage pour un enfant de cinq ans. On commencerait par vider l'in. testin à l'aide d'un lavement simple ; ensuite, selon l'âge du malade et la facilité avec laquelle il garde les lavemens, on lui injecterait dans le rectum deux, quatre ou huit onces d'eau, ou de décoction de quinquina très-légèrement acidulées , dans lesquelles on aurait fait dissoudre deux, quatre, huit, douze grains , et davantage de sulfate de quinine. Souvent on ajoute à cette préparation une goutte de laudanum de Sy denham, par deux onces de véhicule, ou bien une petite quantité de sirop diacode. Ces additions ont pour but de diminuer la contractililé de l'intestin , et d'empêcher l'expulsion du liquide injecté. Nous conseillerions d'ajouter à la préparation que nous venons d'indiquer, un demi-gros de poudre de quinquina par deux onces de liquide, afin que la poudre puisse rester dans le rectum , dans le cas où la partie liquide du lavement en serait chassée. Ce mode d'administration est d'une grande utilité pour les enfans auxquels il est impossible de faire prendre autrement le sulfate de quinine ; il est également fort avantageux pour les adultes dans les circonstances que nous avons indiquées.

Ou pourrait, dans les migraines ou céphalées périodiques, essayer de faire prendre par le nez le sulfate de quinine seul ou mêlé à du tabac.

Les frictions avec la solution de sulfate de quiuine, conseillées par M. Pointre de Lyon sur la muqueuse buccale, sont abandonnées à cause de leur saveur insupportable ; mais on se sert avec avantage des solutions aqueuses ou alcooliques, pour faire, sur les parties les plus absorbantes de la peau, telles que les aisselles, les aines, et la face interne des membres, des frictions qui introduisent quelquefois, par la voie de l'absorption, assez de principe anti-périodique, pour agir efficacement contre les fièvres intermittentes.

On a, dans ces derniers temps, administré avec beaucoup plus de succès le sulfate de quinine, par la méthode endermique. MM. Martin fils et Avenel, MM. Jackson et Gerhard, médecins de Philadelphie, on employé cette méthode avec beaucoup de succès. Les Transactions médicales onlY>'^h\\è, en 1831, les avantages obtenus par ces derniers. Après avoir dénudé le derme par l'eau bouillante, on ferait mieux d'employer l'ammoniaque, ils saupoudraient le corps muqueux quatre fois par jour avec quatre grains de sulfate de quinine, mêlés d'une poudre inerte ou incorporés dans du cérat. Outre cette préparation, M. Gerhard a encore employé l'application de l'extrait de quinquina à la dose de dix grains. La méthode endermique, d'après M. Gerhard, n'a échoué que trois ou quatre fois sur vingt, et par des circonstances particulières ; elle paraît mieux réussir chez les femmes que chez les hommes ; mais il faut en continuer l'usage pendant quelques jours après la cessation des accès. Ces applications causent souvent des douleurs assez vives qui ordinairement, ne durent pas; dans d'autres cas, elles altèrent le derme et le convertissent en une sorte d'escarrhe qui finit par se détacher, et quelquefois nuit à l'absorption. Nous avons vu un cas de ce genre dans lequel le succès du sulfate de quinine avait cependant été complet. On évitera la formation des escarrhes, en employant de petites doses de sulfate de quinine, en les étendant de substances inertes, et en changeant de temps en temps de surface absorbante. Quelque efficace que soit la méthode endermique, et quelques succès qu'elle ait donnés dans les fièvres intermittentes pernicieuses , d'après MM. Gerhard, Broglia dal Persico, et nous-mêmes, nous pensons qu'on ne doit la mettre en usage que quand le sulfate de quinine ne peut être administré ni par la bouche, ni en lavemems. Nous avons rapporté, dans le Journal hebdomadaire de novembre 1830, tom. I, p. 213, un cas de fièvre intermittente grave, dans lequelnous nous sommes trouvés dans cette nécessité. La méthode endermique a été couronnée d'un succès complet.

QUINQUINA

§ X. Tnconcéniens et contre-indications de Vusnge du quinquina. Quelque avantage que l'on ait retiré de l'emploi Ju quinquina et de ses préparations , on leur a cependant adressé quelques reproches ; le plus grave d"entre eux c'est qu'il occasionne Aesengorgemens dans les viscères abdominaux. Si Ton examine cette assertion , on verra combien elle est peu fondée.

En effet ces engorgemens se remarquent souvent à la suite des fièvres intermittentes qui n'ont point été combattues par le quinquina ; leur présence ne prouve donc point que ce soit le médicament qui les occasionne. Nous avons d'un autre coté démontré plus haut que les hypertrophies de la rate se dissipaient sous l'influence du quinquina ou de ses préparations 5 il n'est donc pas probable que le quinquina soit la cause de ces engorgemens ou ohslrnctions. Nous avons vu que des auteurs recommandables ont dit que le quinquina produisait la surdité. On a fait le même reproche (Nouu. Bihl. Méd. , 1827 , toni. III , pag. 183) au sulfate de quinine, d'après des faits observés pendant une épidémie de fièvres intermittentes , mais il faut remarquer que dans beaucoup de maladies la dureté de l'ouïe survient momentanément sans que l'on ait employé de préparations de quinquina: ou ne peut donc rigoureusement attribuer cette surdité à l'influence du quinquina. Il est néanmoins certain qu'em ■ ployé mal-à-propos , il peut augmenter les accideiis quand l'estomac ou tel autre organe sont le siège de phlegmasies franches et prononcées; ou quand la présence d'une fièvre continue laisse soupçonner une lésion qui ne comporte ])as son usage. On lui a reproché d'occasionner des vomissemens ou des superpurgations ; ces accidens arrivent quand on l'administre hors de propos, ou lorsque pour le faire prendre on n'a pas usé des précautions dont nous avons parlé. On a dit qu'il ne guérissait pas toutes les affections périodiques ; quand dans ces maladies il manque son effet, c'est qu'il n'était pas indiqué, ou qu'il existait quelque lésion qui devait l'empêcher d'être efficace; car c'est avec une telle certitude qu'on le prescrit pour combattre les affections périodiques qu'on l'en a appelé ajuste litre le spir.i/ique.

§ XI. Mode d'action du quinquina. On a cherché à expliquer comment le quinquina produit les divers effets thérapeutiques dont nous avons parlé ; et jusqu'à présent on a émis seulement à ce sujet des hypothèses. Comme tonique , il semble exciter localement les parties avec lesquelles il est en contact. Quelques auteurs ont pensé que cette excitation se propageait par irridiation ou par sympathie. Il est plus probable que, répandu par l'absorption dans l'économie, le quinquina exerce ensuite son influence sur toutes les parties. Ce mode d'action ne saurait rendre raison des bons effets que le quinquina ou le sulfate de quinine produisent , selon certains médecins , dans les phlegmasies ; il est vrai qu'alors on dit qu'ils agissent comme contre-stimulant. Cette explication est tout hypothétique et aussi peu certaine que l'utilité du quinquina dans ces mêmes phlegmasies. Quand le quinquina réussit dans les phlegmasies spéciales elles affections gangréneuses, on attribue ses succès à ses propriétés anti-septiques. Mais d'où tient-il ces propriétés?

On ne sait rien de plus satisfaisant sur la manière d'agir du quinquina comme anti-périodique. Les uns ont attribué ses bons efi'els à son influence sur le système nerveux; d'autres ont avancé qu'ils étaient dus à une révulsion qu'il détermine sur le canal intestinal. De ces deux opinions, beaucoup de médecins partagent encore la première avec Cullen, sans y attacher une grande importance. Quant à la seconde , il est difficile de l'admettre ; car toute autre révulsion ne produit rien de semblable. Il faudrait donc regarder celle-là comme spéciale ; alors la diflicullé n'est que l'eculée. Il vaut mieux en convenir: nous ne connaissons pas la cause des effets anti-périodiques du quinquina ; mais l'expérience les démontre suffisamment chaque jour pour que ce médicament soit considéré comme l'un des plus précieux agens de la thérapeutique.

§ XII. Succédanés du quinquiua. On remplace assez aisément le quinquina comme tonique et surtout comme astringent; mais il est fort difficile de trouver dans la matière médicale un médicament dont on puisse rapprocher les effets anli-périodiques des siens. Sans doute, avant la découverte de cette écorce, on guérissait les fièvres intermittentes ; mais il est probable qu'on ne le faisait pas avec autant de certitude qu'à présent. Lors donc que le quinquina est devenu rare par des difficultés commerciales et politiques , on a cherché à rappeler l'usage des plantes antérieurement employées avec succès. Le quassia amara et la cascarille, dont on a vanté les propriétés ne nous ari èteront pas plus que la plupart des autres plantes exotiques, puisqu'il serait également difficile de se les procurer, si le quinquina devenait rare par des circonstances semblables à celles dont nous parlions tout-à-l'heure. Indiquons plutôt les végétaux indigènes que l'on peut prescrire avec avantage , et qui sont toujours à notre disposition. Nous citerons parmi eux. comme ayant le plus d'importance, la racine de gentiane, les sommités de petite centaurée , les fleurs de camomille, les feuilles de chicorée, de ményanlhe, celles de petit houx, dont on a retiré l'icicine , l'écorce de saule , dans laquelle on a découvert la salicine , et l'écorce de maronnier d'Inde. On avait cru reconnaître de l'analogie entre cette écorce et le (juinquina, à cause du tannin qu'elle contient; mais l'expérience a démontré (pi'elle lui est bien inférieure ; on ne s'en sert plus.

Il est une foule d'autres plantes que l'on donne encore comme succédanées du quinquina. On cite l'écorce du tulipier de Virginie qui s'est acclimaté chez nous. M. Cruveilhier a vanté le fruit du lilas; M. Cottereau les feuilles de peuplier blanc (-^rc/ji'y. XXX, 422) , et M. Chevalley de Kivaz la Lupinine, extraite du Lupin , dont la simple décoction est employée avec avantage par le peu|)le de Naples {Bull, iliérap. ,tom. vu , page 95). L'on a encore cherché à remplacer le quinquina par des préparations ar.sénicales et par d'autres substances minérales. Ces diverses matières forment le sujet de différens articles de ce

1802 ) RACHIALGIE.

dictionnaire. Nous y renvoyons donc le lecteur, ainsi qu'au mot ahtipériod QBE , ne devant pas maintenant nous occuper de ces objets. ^

11 est peu de médicamens qui aient autant exercé la plume des naturalistes i| i des médecins , que le quinquina. Un petit nombre, parmi ces derniers, se soij j occupés d'en attaquer l'usage ; beaucoup eu ont vanté les propriétés. Depuis | i découverte des alcaloïdes qu'elle renferme , cette substance est devenue le suji | d'écrits et de mémoires importans , que nous avons quelquefois cités et doi ii un plus grand nombre a été consigné dans les savans articles cinchonimi ,1 QuiHiNE et QUINQUINA, du dictionnairc de MM. Mérat et de Lens , auquel noi I avons fait de nombreux emprunts. Il nous était impossible d'exposer compli i lement , en quelques pages , un sujet qui exigerait plus d'un volume ; nous no j sommes donc uniquement attaché à faire connaître les faits principaux qui ii I téressent le thérapeuliste , et à présenter un cadre convenable pour facilit 1 l'étude et le classement des faits nouveaux que l'observation pourra fourni 4

(Martih Solon.)

QUINTANE. Fojez Fièvres. ! '

QUOTIDIENNE. Fojez FiÈvues. |

RACHIALGIE. De fl-uxti, rachis , épine du dos , et de «V/cs, douleur. ( 1 nom a reçu plusieurs applications. Astruc et, après lui , Sauvages l'ont emplo pour la colique métallique. Il a servi aussi à désigner la carie vertébrale, ! maladie de Polt : c'est Brera , puis M. Larrey , qui lui ont donné celte signil > cation. Aujourd'hui on n'en fait plus usage et avec raison, que pour désign I une douleur qui occuperait un point quelconque de la colonne vertébrale.

Considérée ainsi , cette affection n'est que le symptôme de maladies esse: '. tiellemeut différentes , tant par leur siège que par leur nature. La rachialg i peut résulter d'une véritable névralgie delà moelle épinière , et j'estime qi ! c'est ce qui a lieu dans un grand nombre de lombagos. Il y a encore rachialg 1 dans les myélites, les arachnitis spinaux , la maladie de Pott , dans les cas 1 1 un rhumatisme vient se fixer sur les parties fibreuses du rachis et dans divers ' autres maladies. j

Des douleurs dorsales plus ou moins sourdes ou aiguës se font égaleme ( senlir dans cette affection qui a été nommée consomption dorsale (tabès du 1 salis) J et que jusqu'à présent on a considérée comme le produit exclusif d e.tcès de masturbation ou de coït. Un grand nombre de personnes qui se livre ) à ces excès finissent , après un temps plus ou moins long , par éprouver , ( long de la coloune vertébrale , des sensations diverses , qui d'abord ne sont qi i passagères, mais qui deviennent ensuite continuelles. Le plus souvent c'e une douleur sourde plus incommode que vive, qui oblige le malade , quand est assis ou debout , à changer souvent de posture , et qui ordinairement ( ( moius prononcée , ou même se dissipe quand il est horizontalement couch < D'autres fois , c'est une formicalioa ; les malades croient sentir, ditHippocrat t qui le premier a noté ce symptôme , comme des fourmis qui descendent de i tête, le long de l'épine. Quelquefois ces sensations ont un caractère spécial qi j chaque malade exprime à sa manière. Ainsi un homme qui,', depuis deux ans ; se livrait matin et soir au coït , se plaignait à moi de poussemens , qu'il éproi I vait à chaque instant entre les épaules : il comparait cette sensation à cel 1. qu'aurait causée un poing fortement appuyé. D'autres disent que c'est comn ,1 un nœud qu'ils ont dans le dos. 11 y a des cas où des douleurs beaucoup pi » vives existent. Joignez aux symptômes que je viens de décrire tous les insign(-:j de la consomption, toutes les maladies , toutes les détériorations qu'on obsen'i après les abus vénériens prolongés , et vous aurez une idée de ce que les auteu j ont appelé tabès dorsalis. ']

Quels sont le siège et la nature des sensations rachialgiques dont il vient d'èh'1 parlé ? Les phénomènes dont elles finissent par être quelquefois accompagné) 1 montrent que , dans le plus grand nombre de cas , elles doivent être rapporté 1 au prolongement rachidicn lui-même. Ces phénomènes sont des douleurs plt' ou moins vives , des sensations plus ou moins prononcées de froid, d'engourdi,', sèment et de formication dans les membres , particulièrement dans les men 1 bres inférieurs; des crampes, uu tremblement continuel ou des mouvemei'j convulsifs dans ces parties ; leur rétraction par suite de contractures , leur ra deur tétanique, l'affaiblissement graduel de la partie inférieure du corps, i ' enfin la paraplégie. L'affection des parties contenues dans le canal rachidieh peut s'étendre à ce canal lui-même. Les faisceaux ligamenteux qui uuissentle'i vertèbres s'altèrent ; le corps même de ces os devient le siège de tubercules, d' caries , et c'est de la sorte que se forme, ainsi que je l'ai démontré dans Toivragc queje viens de publier sur l'Onanisme et les autres abus vénériens , gibbosités vertébrales , qu'on a si souvent observées chez les masturbateurs. jl

Quelque chose de très-analogue à ce qu'on voit dans le tabès dorsalis produ 1 par l'onanisme , s'observe chez les femmes qui ont habituellement un écouhr ment leucorihcique abondant , chez les nourrices qui sont affectées de gala(|] torrhée, ou qui donnent avec excès le sein à leur enfant. Une douleur insuppoi ' table se fixe chez elles sur un point quelconque du rachis, mais ordinairemer ! entre les deux épaules. Est-ce aussi le prolongement rachidien qui , dans ce cas jl est le siège de la douleur ? Par analogie , on pourrait lecroire , l'afraiblisseineB,! très notable des extrémités inférieures que l'on observe alors, tend à confirnu cette opinion : cependant les tiraillemens d'estomac, les douleurs gastralgiqm , qui accompagnent ordinairement , dans ce cas, celles du dos, portent à pens( ]

RACHIS

RACHIS

que ce sont principalement les plexus nerveux qui avoisinent la partie antérieure de la colonne dorsale , qui sont affectés. Au surplus , ce tahes se dissipe généralement avec rapidité quand la cause qui l'entretenait n'existe plus.

D'après ce qui vient d'être exposé , on conçoit que je n'ai rien de spécial à dire sur le traitement de la kachialgie , c'est-à-dire d'une affection qui n'est, comme on le voit, que le symptôme de diverses maladies.

( LÉop. Deslamdes.)

RACHIS (Maladies du). Le rachis ou la colonne vertébrale formant le centre de la charpente osseuse du corps, soutenant le tronc dans sa rectitude, et se prêtant néanmoins à tous ses niouvemens , ne pouvait résister à tant de causes de dérangement qu'en réunissant , dans sa structure , la souplesse et la solidité qu'on y remarque; à cet effet, il a dû être composé , non pas seulement d'os multiples, courts et épais , mais encore de ligamens robustes et nombreux , de muscles à fascicules singulièrement multipliés et fortifiés par des tendons presque aussi forts que les faisceaux charnus. De cette constitution résulte aussi une aptitude à des maladies particulières, auxquelles sont prédisposés , d'une part , les os en raison de leur organisation spongieuse et vasculaire , de l'autre , les ligamens en raison de leur épaisseur, de leur mollesse naturelle (substances intervertébrales ) , et enfin , les muscles qui peuvent s'affaiblir et s'atrophier facilement, soit à cause de la continuité des efforts qu'ils ont à soutenir, soit à cause de la grande proportion de tissus tibreux qui entrent dans leur composition. Mais le rachis offre encore au pathologiste des considérations bien importantes relativement aux organes qu'il renferme , la moelle épinière et ses membranes. Dans la brève exposition qui va suivre , nous nous occuperons successivement des affections du contenant et du contenu.

1". Maladies du rachis proprement dit. Les altérations que nous rangeons sous ce titre peuvent dépendre immédiatement d'une violence physique et le plus souvent extérieure , ou d'une cause interne et véritablement morbifique. Nous les classerons , dans chacun des groupes ainsi établis , suivant leur degré d'intensité , de gravité.

Un effort pour soulever un fardeau pesant , pour prévenir une chute, détermine souvent une vive douleur dans un des points correspondans à l'épine du dos , et surtout à la région des lombes ( tour de reins ) ; c'est ordinairement à une sorte de crampe ou même à une rupture de fibiilles musculaires qu'on attribue cette douleur qui se prolonge quelquefois durant plusieurs semaines ; mais quelquefois aussi elle ne dure que peu de jours , et l'on peut croire qu'il n'y a pas eu rupture , mais allongement forcé de quelques tendons ou ligamens ; ce serait alors une véritable entorse, et l'entorse pourrait aussi dépendre , dans quelques Cas , de l'une des causes dont nous allons parler, mais agissant avec moins de violence.

Une rotation rapide de la tête, soit volontaire, soit forcée, surtout si une inclinaison latérale ou antérieure vient s'y joindre, a pu produire les /waraiions de l'apophyse odontoide ou des apophyses articulaires de quelques-unes des vertèbres du cou. Ces luxations sont les seules qui méritent réellement ce nom ; car on ne saurait le donner à ces déplacemens,plus ou moins considérables, qui résultent d'énormes dilacérations, de ruptures dans les substances inlcrvertébrales, ou indifféremment de fractures transversales : au corps des vertèbres des chutes d'un lieu très-élevé, notamment une chute sur la tête pour les vertèbres du cou , un écrasement par quelque lourde voiture, par un éboulement , une percussion violente, par quelque explosion, peuvent occasioner ces désordres dans lesquels la gravité du pronostic est moins en proportion avec l'étendue des lésions du rachis, que de celles de la moelle inévitablement dilacérée alors. Nous avons vu une cause assez grave, une chute d'un lieu élevé, dans laquelle le corps, tombant sur le sacrum, fut fortement ployé en avant, ne produire d'autre fracture que celle d'une apophyse épineuse, et permettre une guérison prompte et complète, parce que la moelle avait été respectée comme le corps des vertèbres ; une percusion directe pourrait produire des effets pareils et sans résultats plus fâcheux.

Parmi les altérations qui dépendent d'une cause interne et ordinairement générale , nous mentionnerons d'abord les difformités dont le rachis est assez souvent le siège. Ces difformités consistent surtout en déviations latérales et jpostérieures, et le plus souvent c'est vers le tiers supérieur de la région dorsale iqu'elles se manifestent ; toutefois, peut-être aussi commencent-elles , dans un certain nombre de cas , par la région lombaire , et telle serait l'opinion du dociteur Shaw. Ce qui établit du doute à cet égard , c'est que bientôt, lorsque la |courbure latérale se prononce dans une région, il s'en établit une en sens inverse dans les autres pour maintenir l'équilibre. On a pensé, et l'auteur anglais que nous venons de citer a été surtout de cet avis, que des attitudes vicieuses pou- |vaient au moins prédisposer à ces sortes de déformations , et que le plus grand inombre ne tenait qu'à la faiblesse mus"ulaire. Nous ne douions pas que, chez jplusieurs jeunes personnes , le rachis ne tende à s'inûéchir par une faiblesse des muscles et des ligamens qui laisse, sous l'influence du poids de la tête et des lepaules , s'exagérer les courbures normales du rachis , se prononcer davantage Isa courbure postérieure (dos voûté) et son inflexion naturelle à droite ; mais ces jsortes de déviations qu'on guérit aisément par un bon régime , de l'exercice et i des toniques , se reconnaissent fort bien à la facilité avec laquelle l'enfant luiimême les fait spontanément disparaître , au moins pour un moment, quand il jlui plaît de se redresser. Toute difformité qui ne se dissipe pas instantanément de cette manière, nous paraît de nature suspecte, et pour le dire plus nettement, jdue au rachitis , soit qu'il ait de prime abord porté son action sur les os , soit Jqu'il ait agi spécialement sur les substances intervertébrales. Les distinctions que nous avons établies à l'article rachitis, entre les divers effets de cette affec-

tion , suivant l'âge où elle se développe , prouveront assez qu'il ne faut pas la croire absente , parce que les os des membres ne participent pas au ramoUisement, au gonflement ; parfois même, avec un peu d'attention, on trouverait, du moins en pareil cas , quelque chose qui indiquerait que l'ostéose n'est pas ailleurs parfaitement normale ; tantôt on verrait la taille rester au-dessous de la moyenne, soit à cause d'une stase universelle dans l'accroissement, soit en raison d'un développement plus lent des membres inférieurs, etc., etc.

Le rachitisme n'est pas le seul vice qui puisse porter sur la colonne vertébrale une action défavorable ; le vice rhumatismal , indépendamment des douleurs musculaires [lumbago) qu'il occasionne bien souvent, passe pour pouvoir causer aussi une inflammation chronique plus ou moins grave des os ou des ligamens, que d'autres causes plus directes et parfois aussi des plus obscures , peuvent également produire.

C'est sans doute à une phlegmasie chronique très-faible et méritant bien le nom de sub-inflammation qu'il faut rapporter ces gonjlemens des substances intervertébrales trouvées quelquefois épaissies et comme infiltrées sur le cadavre, supposées parfois aussi dans des cas où le rachis semblait plus faible, plus mou, les vertèbres plus écartées que de coutume, et la moelle tiraillée sans déviations pourtant, où les nerfs vertébraux, la moelle même étaient supposés comprimés, comme on croit que cette dernière l'est parfois dans le mal de Pott.

Si cet état est problématique, il n'en peut être ainsi des cas de luxation spontanée. Les parties articulaires de quelques vertèbres , celles du cou en particulier, se sont montrées plus d'une fois atteintes de ce genre d'altération qui, dans les articulationsdiarthrodiales, a reçu les noms de luxation spontanée ou de tumeur blanche ; l'atlas et l'axis ont été plusieurs fois tellement envahis que leurs anneaux, en partie détruits, en partie déplacés et soudés à l'occipital, etc., avaient considérablement rétréci le diamètre du canal vertébral, de sorte que l'inspection de la pièce anatomique rendrait comme inexplicable la possibilité de la vie , chez les individus porteurs de ces altérations , si l'on ne savait tout ce que peuvent impunément ou presque impunément souffrir de compression la masse cérébrale et son prolongement, quand cette compression est très -lentement progressive.

La carie accompagne fréquemment, pour ne pas dire toujours, les autres désordres dont nous venons de parler. Cette carie peut exister seule ; rarement attaque-t-elle les apophyses épineuses ou transverses; c'est plus souvent le corps d'un ou de plusieurs vertèbres. Cette carie, superficielle et primitive, qui cause des douleurs sourdes ou vives, sans difformité apparente, qui produit de bonne heure des abcès par congestion , doit être bien distinguée de la carie profonde et consécutive qui constitue la période la plus avancée du mal de Pott.

Cette dernière maladie , nommée aussi mal vertébral , gibbosité , affecte profondément la substance spongieuse du corps des vertèbres , les gonfle sans doute d'abord aussi bien que les substances intervertébrales, propage surtout l'inflammation chronique à la moelle et à ses enveloppes, ou aux nerfs dits de la queue de cheval , et avant même que la compression soit réelle , amène des lésions notables dans les fonctions de ces organes , la contraction, la paralysie des membres inférieurs, etc. Que la phlegmasie soit suivie d'un simple ramollissement , de suppuration , ou enfin , de dégénérescence tuberculeuse , comme le pensait trop exclusivement Delpech, le corps des vertèbres affectées s'affaisse et produit ces courbures anguleuses eu arrière qui ont donné lieu à l'une des dénominations ci-dessus mentionnées; et alors seulement aussi surviennent ces abcès qui se montrent au loin, et le plus souvent à la partie supérieure des cuisses, le pus fusant autour des muscles psoas ou derrière eux, toujours sous le Jascia iliaca , qui le conduit vers l'arcade crurale.

2°. Maladies de la moelle épinière et de ses enveloppes. Nous avons dit que c'était surtout par leurs effets sur les parties contenues dans le canal vertébral ou par leur complication avec des atteintes portées directement à ces mêmes parties, que les lésions physiques du rachis acquéraient un caractère de gravité souvent des plus prononcés. Ces parties ne peuvent guère être attaquées en effet sans que le rachis ait considérablement souffert; toutefois ce n'est pas là une règle sans exception : un corps aigu peut pénétrer entre deux vertèbres , par un trou de conjugaison et piquer , couper la moelle comme on le fait dans les expériences physiologiques; une percussion violente, mais sur une surface large peut n'endommager nullement la colonne vertébrale et produire dans le prolongement encéphalique une commotion, suivie de paraplégie incurable et souvent mortelle. Toutes les fois en effet que ce prolongement a été détruit , l'influence nerveuse doit nécessairement cesser dans les membres inférieurs , et il ne faut pas s'en laisser imposer par quelques faits donnés pour merveilleux, mais non pas inexplicables. Un homme portait depuis plusieurs années, dans la colonne vertébrale, un bout d'épée; ou l'extrait; l'homme meurt, et l'on trouve la moelle divisée quoique cet homme n'eût éprouvé depuis sa blessure aucun embarras dans les membres abdominaux; la solution du problème n'est pas difficile pour nous; c'est que l'opérateur a déchiré la moelle durant l'extraction du corps étranger , et qu'elle était auparavant intacte. Un homme a le rachis fracturé par une balle qui a traversé les deux côtés du thorax et le corps d'une vertèbre ; point de paralysie , accidens inflammatoires, mort. A l'ouverture du cadavre on voit la moelle épinière déchirée au niveau de la fracture du rachis; c'est que sans doute dans le transport du cadavre on a lacéré, par des mouvemens inconsidérés du tronc, cette substance si molle et ramollie encore par l'inflammation que lui ont transmise les parties voisines.

Que la moelle soit comprimée brusquement par un corps étranger , par une esquille , par un épanchement de sAïig (apoplexie vertébrale) , ou de sérosité [hjdrorackis aiguë) , as fonctions seront également détruites, l'innervation

RACHITIS. ( 1801

cessera dans les parties qui en reçoivent leurs nerfs , et la mort suivra surtout ces désordres s'ils ont lieu au-dessus de la naissance des nerfs costaux et plus notamment encore des diaphragmatiques. Il n'en est pas tout-à-fait ainsi d'une compression lente , comme déjà nous l'avons fait entendre ; aussi des tumeurs de diverse nature (osseuses, tuberculeuses, cancéreuses, fibrineuses (comme nous en avons vu un exemple) , lentement développées auprès de la moelle ou même dans son tissu, ne produiront qu'à la longue de graves accidens. L'homme n'est pas sous ce rapport aussi sujet que d'autres mammifères à certains genres de compression et de désorganisation, celles qui reconnaissent pour cause la présence du cœnurus cerehralis , sorte d'helminthe hydatiforme.

Sous l'influence des causes internes ou externes, les enveloppes de la moelle et cette substance elle-même sont susceptibles d'altérations primitivement vitales et quelquefois suivies aussi d'une rapide désorganisation ; V inflammation des membranes ou du prolongement rachidien même (myélite), sont toujours des maladies graves , mais souvent d'un diagnostic obscur. On leur a attribué sans preuves suffisantes la rage , le tétanos, sans doute parce qu'on a confondu avec ces maladies les symptômes convulsifs qui accompagnent fréquemment la ])hlegmasie aiguë de quelque portion de l'encéphale. Le ramollissement de la moelle est un des effets les plus directs de son inflammation, et ce ramollissement peut aller jusqu'à la diffluence et la désorganisation complète. Des cas de cette nature, où le mal avait marché avec lenteur et avait produit des désordres ])artiels , ont donné lieu à des considérations physiologiques intéressantes relativement aux usages des divers faisceaux dont se compose la moelle épinière j d'autres faits aussi ont été mal interprétés , comme ceux dont il a déjà été question plus haut ; on a voulu révoquer en doute les fonctions bien reconnues de cette portion du système nerveux, parce qu'on l'a trouvée dissoute chez des sujets qui, peu de jours avant leur mort, avaient montré dans les membres inférieurs une sensibilité, une motiiité non équivoque , mais on n'avait pas réfléchi sans doute que , dans un organe pareil , il suffit de jjeu de jours , de peu d'heures même pour qu'une inflammation très-aiguë amène des délabremens qui n'existaient point précédemment et qui pouvaient permettre des actes incompatibles avec une annihilation de l'organe qui constamment y préside.

Nous renvoyons les lecteurs , surtout pour cette dernière partie de notre sujet , à l'ouvrage spécial de M. OUivier. ( Akt. Dugès. )

RiLCHITIS ou RACHITISME. Ramollissement et déformation des os chez les enfans. Il importe , en premier lieu , de bien établir ce que l'on doit entendre par le mot rachitisme , de déterminer le genre d'altération qui en fait l'essence, et de la séparer aussi nettement que possible, de celles avec lesquelles cette altération a été fréquemment confondue.

11 faut d'abord écarter du parallèle , des aifections qu'on n'a pu réunir à celle-ci que par un abus de mots et d'idées , ou par suite de fausses théories : ainsi , tout ce qui constitue la J'ragiiité du système osseux, tout ce qui le rend plus friable, quelle qu'en soit la cause, quelle que soit la multiplicité des désordres qui s'ensuivent, ne saurait être identihé avec le ramollissement. Que la syphilis ait sourdement miné la substance d'un os long, par un travail inflammatoire ou autre j que l'affection cancéreuse ait produit une détérioration du même genre , soit qu'elle ait débuté par la moelle, soit qu'elle ait envahi d'abord le périoste ou la substance osseuse même, on ne voit point l'os se courber lentement mais se fracturer tout- à- coup, comme si la diminution de cohésion avait porté plutôt sur la trame gélatineuse que sur la portion calcaire , ou du moins sur toutes les deux à-la-fois, tandis que c'est évidemment l'opposé dans les cas de ramollissement , proprement dit. Dans le ramollissement , en effet, le tissu osseux tend à se réduire de plus en plus à sa portion organisée à se dépouiller des substances salines qui eu font comme la maçonnerie , et qui lui donnent sa consistance et sa rigidité.

Mais tous les ramoUissemens ne sont pas sans doute de même nature, tous au moins ne dépendent pas des mêmes causes , et n'ont pas, à beaucoup près , les mêmes conséquences. Chez les enfans même, où il constitue le vrai rachitisme, peut-être le ramollissement varie-t-il assez dans sa nature pour qu'on dût en faire plusieurs espèces distinctes et réclamant des soins différens; mais jusqu'ici la science n'est pas assez avancée pour nous permettre d'établir autre chose que des variétés presque individuelles et qui n'apportent que quelques modifications aux détails de l'histoire générale de cette affection; c'est évidemment tomber dans une exagération toute systématique et qui n'est bonne qu'à embrouiller ce sujet déjà assez difficile par lui-même, que de vouloir, avec Portai et autres, créer autant d'espèces de rachitisme qu'on peut lui supposer de causes réelles ou hypothétiques. Il n'en est pas ainsi , comme je l'ai fait déjà pressentir, de la distinction du ramollissement considéré chez les enfans ou chez les adultes. Ce dernier peut bien quelquefois offrir les caractères du vrai rachitisme, de celui des enfans , mais la plupart du temps , il en diffère du tout au tout , et ce serait nous forcer à des digressions continuelles sur des objets hétérogènes , que de les réunir dans une même description ; ce serait aussi embarrasser le praticien que de lui présenter simultanément les cas généralement incurables du ramollissement des adultes et ceux du rachitisme qu'on peut si souvent arrêter, amoindrir, et que la nature même retient si fréquemment dans des limites très-reslreintes en intensité et en durée.

Cette différence entre deux lésions qui ne sont pas sans analogie, mais quj se montrent à des âges bien différens, cesse d'étonner quand on considère que le système osseux doit perdre chez les uns une organisation déjà acc|uise; qu'il n'a, chez les autres, qu'à suivre une marche anormale dans son travail d'organisation encore incomplète ; on conçoit qu'une cause assez légère peut imprimer à l'ostéose en pleine activité des modifications morbides, mais faciles à

) RACHITIS

combattre, tandis que la destruction ou l'altération profonde d'une ossification déj [ | faite, suppose toujours une cause puissante et fréquemment inattaquable; auss i voyons-nous que, même chez les enfans, des âges différens donnent à la maladi i des caractères différens, et n'ignore-t-onpas, quant aux adultes, et l'opiniâtreté diî i mal, et la violence de ses effets. Dans tous les cas authentiques qui onlétéobserl i vés, les os étaient comparables à du carton mouillé, à de la cire , quant à leur consisi i tance. Les os les plus durs, les dents mêmes, participaient quelquefois à cet éta i (Plank). Plusieurs fois la grossesse a compliqué cette affection, plus communémen I observée chez des femmes, et le bassin affaissé, rétréci au point d'admettre diffi i cilement les doigts de l'accoucheur, s'est laissé ouvrir et dilater par la fête dij i fœtus , au point de permettre une parturition naturelle. Les os comme charnus i i homogènes, se réduisent, en pareil cas, par la dessiccation, à des dimension! i bien moindres qu'ils n'en avaient dans l'état de fraîcheur ; ils se déforment auss i davantage; et il ne faudrait pas juger rigoureusement de ce qui avait liei I dans l'état de vie, par ce qu'on voit du squelette , de celui de la femme Supiot par exemple, qui a offert un des plus remarquables échantillons de cette altéra ' tion singulière , et dont les os sont conservés encore au cabinet de l'École de mé decine de Paris. Nous avons nous-raêrae observé un ramollissement considérabl chez un écureuil conservé en domesticité et qui mourut de faim, faute de pou i voir broyer les alimens entre ses mâchoires affaiblies. Les os étaient partou i flexibles, plutôlamincis qu'augmentés en épaisseur; coriaces, grisâtres, humi J des et à-peu-près tels que ceux qu'on aurait fait macérer dans un acid( e'tendu d'eau, sans leur enlever la totalité de leur phosphate calcaire. '

Ce ne sont pas là les altérations que démontrent le cadavre des enfans atteint d'un rachitisme actuel, c'est-à-dire dont le travail morbide n'est pas encon terminé. Si l'on s'en tenait à ce que disent et répètent là-dessus les auteur: classiques , on se ferait des idées assez peu exactes de l'état réel des choses et cela vient de ce que plusieurs ont écrit plutôt sur des probabilités , que sui des observations, et que d'autres ( Boyer par exemple) ont rduni et con-l fondu des altérations hétérogènes ; nul, à notre avis , n'a mieux observé ce qu; appartient au rachitisme propre, que M. Rufz {Gazette médicale, lo fé-' vrier 1834), et ses remarques offrent bien plus de précision que celles même dé Stanley, de Guersent, et sont plus complètes que celles que nous avions nousmême pu faire. Il est bien rare, si jamais même cela existe dans le vrai rachitisme, que les os prennent une consistance presque cartilagineuse et devieu' nent quelque peu flexibles; mais il est très-vrai que leur tissu devient plus lâche, plus spongieux; les os longs, par exemple , m'ont offert un périostt non pas épaissi, comme le dit M. Guersent, mais très-adhérent à l'os, et la lam« externe de la diaphyse, séparée des lames profondes par une couche de tissu spon ' gieux fort peu solide. Selon M. Rufz, les lames profondes seraient également sépa^ rées de même les unes des autres , par des couches celluleuses , et la totalité de l'os se présenterait ainsi assez généralement molle , vasculaire et saignante après la section. A l'analyse chimique , ils ne fournissent , d'après Meckel , qm vingt-et-un centièmes de phosphate calcaire, au lieu de cinquante à-peu-prè< qu'ils contiennent à l'état normal. Dans tous les cas, les lames compactes ellesmêmes m'ont paru peu serrées, humides et faciles à entamer, à couper avec le scalpel. Cette même diaphyse des os longs présente aussi des altérations quant à son canal médullaire ordinairement rétréci , qui même peut s'oblitérei dans les points de courbure très-forte , et quant à sa moelle , plus rouge et bien moins graisseuse que de coutume ; elle est remplacée par une sérosité rougeâi tre ( Boyer ).

Les extrémités articulaires de ces os sont toujours volumineuses , et , selon la plupart des auteurs , cette tuméfaction tiendrait à l'élargissement des cellules dans la substance spongieuse des épiphyses (Stanley). M. Rufz l'attribue à la naissance d'une substance osseuse , molle, en forme d'épongé Jine et rouge entre Vépiphfse ei /'os mé/we ; toutefois , il nous paraît qu'il faut admettre aussi un gonflement réel de l'épiphyse , et ce jeune médecin reconnaît que la tuméfaction de l'extrémité antérieure des côtes en particulier , tient au gonflement de leur substance spongieuse; il a d'ailleurs reconnu aussi que les cellules par j lesquelles commence l'ossification des cartilages épiphysaires offraient 'des di- | mensions anormales.

Les os plats présentent aussi , dans leur milieu , cet élargissement des cel- < Iules avec diminution de la substance compacte ; Béclard avait déjà remarqué la t tuméfaction et la vascularité du milieu des pariétaux ; nous avons vu la région -j centrale, celle du point de départ de l'ossification , offrir, dans presque tous! I les os du crâne, aux bosses frontales, pariétales, à la protubérance occipi- '! taie , sur les temporaux, une tumeur méplate, rouge, circonscrite et formée 1 par un tissu à cellules arrondies ou contournées , vermiculées , larges , et dont t jes parois dépassaient peu en consistance celle du cartilage. !

Que conclure de ces résultats de l'analoraie pathologique ? Y a-t-il là une • I inflammation presque universelle du système osseux ? Certes ni les vestiges de { l'affection , ni ses symptômes n'annoncent du moins un état inflammatoire ^ I aigu ; mais y a-t-il là seulement relâchement , infiltration , faiblesse ? Non pas i sans doute absolument. Le travail morbide du rachitisme a souvent , dans le' 1 principe, quelque chose d'actif, au moins partiellement et localement, comme nous ' i le prouvera la symptoraatologie ; mais cette période. est courte , parfois nulle, ■• et l'on peut croire que c'est plutôt par impuissance que par excès d'action que | i l'ostéose est intervertie et reste imparfaite durant les périodes subséquentes. 1 Qu'il y ait congestion, sub-inflammation dans le système osseux, qu'il y ait ' même une sorte d'hypertrophie, il ne s'ensuit pas que l'essence du mal soit sthénique et réclame un traitement débilitant , pas plus que l'embonpoiut des sujets lymphatiques , ni même les inflammations chroniques des glandes , du

RACHITIS

RACHITIS

^ez , (les lèvres , des yeux , chez les scrofiileux , ne dénotent une constitution robuste ou un élat de véritable et générale exaltation morbide.

Causes ilu vaclùUsine. La constitution qui prédispose le plus à cette maladie l'est pas facile à déterminer; souvent inconnue dans son origine, elle n'en est ■)as moins réellesans doute, puiscpiefréqueuiment elle se transmet par hérédité. Si l'on voit, dans quelques familles, un seul enfant entaché du vice rachitique, léveloppé plus tôt ou plus tard après la naissance, il n'est pas moins commun le voir plusieurs frères ou soeurs atteints, à divers degrés, de la même affecion, et en remontant à la source, on trouve presque toujours alors que l'un les parens en a été plus ou moins vivement attaqué dans son enfance, ou que lu moins quelque ascendant ou collatéral à un degré très-voisin en a été vicime. Cette constitution a été presque toujours regardée comme inhérente en [uelque sorte au tempérament lymphatique ; mais l'observation ne confirme )as cette assertion peut-être un peu spéculative : nous avons vu bien des enfans I peau brune et à cheveux noirs , devenir rachiliques; et M. Rufz n'en a trouvé [ue deux blonds contre dix-huit bruns sur vingt atteints de cette maladie. Il emarque que souvent ces enfans ont la peau couverte d'un duvet noirâtre , urtout remarquable à la lèvre supérieure et au front. Depuis long-temps nous vions observé la coïncidence d'un front velu et déprimé avec le rachitisme, nais c'était toujours chez les enfans idiots. L'idiotisme y prédispose efTective- □ent , comme les crétins en donnent la preuve.

La constitution susdite est parfois si complètement indépendante de toute ausalité extérieure qu elle a pu se prononcer durant la vie intra-utérine même. )n peut croire , malgré beaucoup d'incertitude , que tels étaient les enfans nés ans os dont il est fait mention dans les œuvres d'Hippocrate et autres ; des ixemples plus certains ont été cités dans les temps moilernes ( Pinel, Cbausier ) ; et nous avons vu du moins quelques sujets dont les os offraient déjà un ommencement de déformation manifeste , et qui s'est ultérieurement dessinée le la manière la plus complète.

Le plus souvent , le rachitisme se montre vers l'une des époques suivantes : remière dentition , deuxième dentition, puberté surtout chez la femme, et iremière grossesse ; mais il s'en faut beaucoup qu'il se présente à ces diverses poques avec la même fréquence, avec les mêmes caractères , et agisse sur les lûmes régions, peut-être sur les mêmes tissus. Le premier âge est sans contreit le plus favorable à son apparition , du moins à partirdel époque du sevrage; ur 20 enfans , M. Rufz en compte 13 attaques avant Tàge de 2 ans et demi , à 3 ans, 2 à 5 ans, et un seul à 1 1 ; toutefois ces proportions ne sauraient faire pgle , elles ne sont que très-approximatives. Que ces époques soient seulement jlus favorables au développement du mal rachitique en raison du mouvement Qu'elles excitent dans l'économie, ou que les phénomènes principaux qui les iractérisent aient une action directe sur la production de ce mal , c'est dans )ute supposition une coïncidence à noter et que nous reproduirons à la syuippmatologie. Il est en effet souvent bien difiicile , impossible même, de distiniier les causes simplement prédisposantes des efficientes, et souvent aussi elles p confondent en réalité dans leur essence et leur manière d'agir, ou ne diffèîût que par le degré d'activité.

Au nombre des causes prédisposantes on a pu placer avec quelque apparence s raison le sexe féminin ; aussi M. Dufour regarde-t-il les déformations du ralis comme étant dans la proportion de 13 chez les filles, pour une chez :s garçons ; et M. Marjolin va-t-il jusqu'à établir cette proportion dans les îrmes de 20 ; 1. Mais nous devons faire observer que ceci n'est vrai que des jurbures survenues vers la deuxième dentition ou à la puberté , et non du ralitisme du premier âge.

Il est quelques prédispositions locales dont nous devons dire un mot avant de irler des causes efficientes proprement dites. D'abord nous en signalerons une lut accidentelle; nous avons vu , lors du développement du rachitisme, le cal une ancienne fracture , devenu le siège d'une incurvation considérable ; on lit que la colonne vertébrale se déforme aussi quelquefois isolément, ou plus ie d'autres parties ; la théorie de cette déformation n'est pas sans importance , elle a servi de base à divers genres de traitement. Sans doute la vascularité,

nature spongieuse des os qui la composent, ne sont pas sans influence sur la icilité avec laquelle les distorsions s'y produisent ; sans doute les substances iter-verttbrales peuvent se ramollir et céder dans un sens ou mieux se gonfler ins un autre, et déverser du côté opposé le rachis ; mais il faut quelque chose ; plus pour déterminer la grande fréquence de certaines inflexions par rapport

d'autres , celle de la région dorsale à droite, de la région lombaire à gauche^ ir exemple. Les courbures naturelles du rachis prédisposent sans doute à ces iflexions, car on n'ignore pas que, naturellement, il existe, indépendamment ps cambrures antéro-postérieures , une incurvation latérale dont la convexité

t à droite ; des attitudes vicieuses peuvent accroître cette disposition qui peut

en dépendre de la fréquente nécessité où nous mettent les usages sociaux de ^'gager le bras droit pour le faire plus puissamment agir ; mais qui sans doute ent aussi en partie à la nécessité d'agrandir davantage le côté droit du thorax,

tréci par le refoulement du diaphragme, en raison du volume du foie. lUelle qu'en soit la théorie, encore faut-il, pour que la couibure devienne prbide , qu'il y ait , d'une part, afTaiblissement des muscles incapables de

sister efficacement au poids de la tête et des membres supérieurs , et de

uilre diminution dans la cohésion, des vertèbres mêmes ou de leur moyen

union.

|Les courbures naturelles des os longs peuvent bien aussi les disposer à en rendre de moi bides ; aussi le fémur se cambre-t-il le plus souvent de manière avoir la convexité en avant et en dehors ; l'influence de l'action musculaire et

V DiCT. DE MÉDECINE ET DE CuiRURGIE PRATIQCES.

le poids du corps se manifestent ici comme dans le cas de facture mal consolidée ; mais nous verrons bientôt qu'il n'en est pas constamment ainsi, et que celle sorte de prédisposition n'empêche ])as toujours une déviation en sens opposé. En ce qui concerne la pesanteur du corps en particulier, nous ferons remarquer ici que c'est à tort que le vulgaire attribue la plupart des déformations rachiliques des membres inférieurs à un exercice prématuré de ces membres ; du moins on peut assurer que ce n'en est là qu'une cause très-secondaire et toutà-fait accessoire.

Parmi les causes efficientes les (dus puissantes dans .'a production du rachitis, on a généralement placé l'affection scroluleuse. S'il est juste de ne voir dans les scrofules qu'une exagération du tempérament lymphati ue, si la dégénérescence tuberculeuse en est un des effets les plus caractérisques, il faut bien reconnaître l'hétérogénéité complète des écrouelles et du rachitisme. En effet , d'une part, nous avons vu que le tempérament susdit était loin d'entrer comme corjdilion nécessaire dans l'étiologie de cetfe dernière maladie, et les remarques de M. Rufz prouvent que les tubercules s'y montrent bien rarement puisqu'il n'en a trouvé dans les poumons ou ailleurs que six fois sur vingt cadavres de rachiliques. Ce qu'il y a de commun à l'une et à l'autre affection , c'est de naître sous l'influence de causes longuement débilitantes comme un allaitement irrégulier , insuffisant, le lait d'une nourrice devenue enceinte, un sevrage piémaluré ou, au contraire, trop tardif, et l'usage d'aliniens peu nourrissans ou de mauvaise nature , l'habitation de lieux humides , obscurs , froids et mal aérés. Dans la classe aisée nous avons vu des enfans se nouer parce qu'on abusait des bains tièdes ou parce que dans des maladies aiguës plus ou moins répétées, on avait indiscrètement insisté sur les évacuations sanguines.

Sjrrnplômes et périodes. Nous avons déjà fait entendre que la durée de la première tlentition , c'est-à-dire l'âge de un à quatre ans était celle pendant laquelle se montrait le plus souvent la maladie qui nous occupe, et que c'était alors qu'elle s'offrait dans tout le développement dont elle est susceptible. A l'époque de la seconde dentition, on voit bien rarement le rachitis porter son atteinte sur les membres , à moins que déjà, dans un âge antécédent, il n'y ait eu, comme cela n'est pas rare , quelques atteintes d'un rachitisme peu intense; c'est sur le rachis seulement cjue porte alors le mal ; mais le bassin chez les filles n'ayant pas encore acquis son développement complet , peut aussi être consécutivement déformé. Au contraire, quand c'est à la puberté que le rachitisme se prononce , le bassin reste normal , quelle que soit la déviation du rachis , et il en est de même, à plus forte raison , si c'est à l'occasion de la grossesse que l'épine vient à se dtforraer , toujours avec la restriction qu'il n'y a pas eu , durant la première enlance, des altérations notables dans le même genre, {f'ojr. Bassin).

Aussi peut-on généralement reconnaître sans peine les bossus qui le sont devenus à une é])oque tardive ; leur visage n'offre point la physionomie dont il sera question ci-après ; au contraire la face est souvent comprimée latéralement, le nez très-saillant, et la mâchoire supérieure très-avancée; la tête semble grosse plutôt qu'elle ne l'est réellement , de même que les membres semblent longs et grêles parce qu'ayant conservé leur rectitude ils ont beaucoup de longueur proportionnellement au tronc raccourci par la distorsion spinale ; les membres supérieurs surtout offrent cette disproportion apparente, les mains, les doigts semblent effilés , et les caricaturistes ont souvent très-bien saisi ces particularités dans leurs représentations d'un personnage idéal. Quant au rachis , ici plus que dans le rachitisme complet; il a de la tendance à se porter non-seulement de côté mais aussi en arrière , à produire ainsi une bosse plus proéminente.

Le rachitisme du pi'emier âge s'annonce quelquefois brusquement par un état fébrile peu intense, la tristesse, l'inappétence, l'impossibilité de se soutenir , des douleurs dans les membres , des urines troubles , etc. Ces symptômes peuvent manquer ou bien ne se montrer qu'au moment d'un accroissement subit dans l'intensité du mal qui le plus souvent s'annonce à l'avance par la langueur, la pâleur, et ce gonflement des articulations qui fait dire aux personnes du monde que l'enfant se noue. Quelquefois le premier symptôme apparent est une déformation, une couibure rapidement opérée dans le milieu d'un des os longs on de plusieurs à la fois. Que ces déformations soient simultanées ou successives , elles tendent à s'accroître tantôt inégalement, tantôt d'une manière , égale, et peuvent arrivera un point tel que l'on conçoit diflicilement comment la vie peut se conserver dans un corps aussi maltraité ; on voit de ces individus parvenir à l'état adulte et n'avoir guère plus de deux pieds de hauteur. Tel était le cas d'une malheureuse femme qui , devenue enceinte , fut accouchée , par l'opération césarienne à l'hospice de la Maternité et succomba aux suites de celte opération dans l'année 1821. Jetons un coup-d'œil rapide sur les principales déformations qui s'observent chez des sujets moins maléficiés et qui se consolident et subsistent même après la disparition de la maladie considérée en elle-même. La tête est généralement grosse , même absolument parlant ; elle se renfle surtout en arrière à partir des tempes ; les yeux sont saillans , et surtout la mâchoire inférieure est courbée à concavité en dessus, et avance au-delii des os sus-maxillaires , de manière à constituer ce qu'on nomme menton de galoche. Les dents sont souvent gâtées , du moins striées en travers et comme portant les traces des oscillations d'activité et de retard par lesquelles a passé l'osléose.

Le rachis conserve quelquefois sa rectitude au milieu de la déformation universelle , ou bien il est moins fortement vicié que les membres inférieurs; aussi u'est-il pas absolument rare de rencontrer un sujet bancal , comme dit le vulgaire, et non bossu, quoique ces deux difl'ormités marchent le plus souvent ensemble. Mais quoique le rachis en général se défigure ici plus tardivement que les autres os du corps, ses alléralioas n'eu sont pas toujours pour

RACîîlTîS.

RACHITIS

cela moins proforules , et il est aussi des cas où cette partie est tellement contournée que, clans quelques parties de son étendue , elle a presque la direction transversale. On saitqu'alors des déviations en sens inverses compensent, d'une région à l'autre , l'inclinaison qu'une seule donnerait au cenire de gravité ; celte compensation s'étend jusqu'au bassin, et c'est ainsi seulement qu'on peut rendre raison de l'irrégularité de forme qu'otTrcnt presque tous les bassins viciés. Sans revenir ici sur des détails consignés ailleurs, nous ferons remarquer par exemple, que si la région doraale est courbée à droite, la région lombaire du rachis, se portant forlemetit à gauche, pressera obliquement sur la base du sacrum et le forcera de s'incliner du côté opposé, de manière à rétrécir le côté droit du bassin, tandis que chez des femmes bancales, mais à rachitis droit, nous avons trouvé le bassin rétréci, mais symétrique. Dans tous ces cas les os coxau.\ se tléforment principalement par le redressement de leur obliquité naturelle, par la tle.xion plus prononcée de leur portion ischio-pubienne surTiliaque, et en outre ils acquièrent en totalité des dimensions beaucoup moindres que celles de l'état normal.

Lorsque le rachis est fortement déformé, il est impossible que les côtes conservent leur état régulier; non-seulement en efl'et elles doivent se rapprocher au côté concave, s'écarter au eôté convexe de la colonne vertébrale, mais encore il est d'observation que les vertèbres tournent toujours leur face antérieure du côté lie la convexité ; ces os tournent donc sur leur axe en même temps qu'ils s'inclinent et se déforment en s'épaississant d'un côté, s amincissant de l'autre ; il s'ensuit que, du côté convexe, les apophyses Iransverses et par conséquent les côSes sont perlées plus en arrière, et constituent la partie la plus saillante de la bosse; bien que leur angle soit plus coudé que de coutume, elles n'en sont guère moins reculées par rapport aux côtes du côté concave; aussi la partie antérieure de la poilrine est-elle déprimée vis-à-vis de la bosse dorsale, et saillante du côté opposé. Même avant que la colonne vertébrale soit sensiblement déformée, on voit, chez certains cnfans rachiliques (quelquefois peu de mois même après la naissance), les côtes montrer une altération de l'orme très-nolable ; le mal est-il léger, le ramollissement général est peu considérable, la courbure naturelle des côles augmente vers leur angle, la poitrine se rétrécit transversalement et les cartilages des côles se recourbent souvent davantage, soit dans toute leur longueur, soit seulement fout près du sternum ; mais un rachitisme profond produit l'enfoncement en dedans delà partie moyenne des côtes. Le thorax se déprime vers la région des mamelles et un peu en arrière, au point qu'on a pu croire quelquefois que ces enfoncemens étaient dus à la ])ression e.\ercée par les bras de l'enfant dans un maillot trop serré. La partie inférieure du thorax s'évase, au contraire, beaucoup pour s'accommoder à la grosseur du ventre Irès-ordinaire en pareil cas.

Les clavicules sont en même temps et quelquefois isolément Irès-déformées aussi; leur courbure naturelle en avant est quelquefois accrue au point de devenir anguleuse. Les autres os du meoibre supérieur éprouvent un raccourcissement notable ; les doigts , surtout , tout courts , épais et noueux : les phalanges ont quelquefois autant de largeur que de longueur; en outre , le bras est fréquemment courbé un peu en S, et l'avant-bras cambré en dedans.

Les fémurs sont aussi plus ou moins contournes en S, la partie supérieure de la diapliyse se ployant en dedans , l'inférieure en ilehors. Suivant que l'une ou l'autre de ces deux cambrures prévaudra, selon que l'un des deux condyles se tuméliera plus que l'autre (Rufz), l'individu seia plus ou moins cagneux, c'est-à-dire qu'il aura les genoux plus ou moins portés en dedans; et cette circonstance influera sans doute aussi sur la direction et les courbures des os de la jambe. Le plus souvent le tibia devient convexe en avant et en dehors; c'est ^ers son tiers inférieur qu'il subit cette inflexion. Plus rarement cet os se courbe, dans sa partie supérieure, en avant et en dedans, et on a vu cette incurvation portée an point que le sujet s'appuyait sur le sol autant de la jambe que du pied.

Diagnostic. Il importe surtout de rappeler en peu de mots les premiers phénomènes qui dénotent l'apparition du racliilis ou ses premiers degrés dans les cas où l'invasion est lente. On doit le craindre au premier âge chez les enfans ((ui ont soufTert, lorsqu'on leur trouve la tête volmnineuse , le ventre gros , les jambes grêles et faibles, les articulations des genoux et des ))oignets Irès-reii fiées que la dentition est j énible, que les dents se gâtent tie bonne heure; la cambrure lies jambes, la saillie des clavicules et l'enfoncement des côtes avec respiration courte et grande aptitude aux rhumes, tels sont les premiers signes qui annoncent le développement du mal. Aux âges subséquens, c'est surtout à la déviation de la taille, à de mauvaises attitudes qu'on s'en aperçoit. L'enfant se tient mal, et si on l'oblige à se redresser, on remarque, en l'examinant avec attention, que l'une des épaules est plus forte, plus élevée que l'autre. C'est ordinairement l'épaule droite (comme 20 est à 1 selon M. Dufour ; comme 8 esta 1 selon Shaw ) qui se soulève ainsi, parce que la région dorsale se porte de ce côté et se courbe vers son tiers supérieur. Si la courbure s'opère plus bas, il arrive quelquefois, comme nous l'avons vu, que le haut de la région dorsale aussi bien que le cou se portant du côté opposé pour le maintien de l'équilibre, l'épaule gauche parait au contraire , non plus élevée, mais plus forte, le muscle tr.ipèze surtout présentant plus d'épaisseur. Dans tous les cas, le côté droit (lu thorax devient plus bombé, le côté gauche rentre au contraire et forme une dépression dont la profondeur s'accroit avec la déviation. On a coutume dans cette déviation commençante d'examiner avec beaucoup de soin la série des apophyses épineuses; c'est une attention qu'il ne faut pas négliger, mais il faut être prévenu que leur considération ne donne pas la mesure de l'intensité des désordres. Eu effet, ?i l'on jelle un coup d'oeil sur un rachis très-déformé

on verra que le corps des vertèbres est bien pins dévié que leur apophyse cp neuse, le premier se portant fortement vers la convexité, la dernière se i-a| prêchant au contraire par cela même autant que possible de la ligne mcdianjiS toutefois elle s'en écarte aussi plus que si la vertèbre n'éprouvait qu'un simpii] mouvement de rotation sur son axe ; car cette apophyse éprouve aussi poi l| elle-même une déviation spéciale ; de sorte qu'une vertèbre rachilique n'est p <| seulement déformée par l'inégal aplatissement de son corps, qui a quelquefcii d'un côté le double de la hauteur qu'il offre de l'autre ; mais qu'en outre, cet l| est comme ployé sur sa ligne antero-postérieure, le corps et l'apophyse é|; ^ neuse tendant ;» se porter à-la-fois du côté convexe de la bosse et rétrécissa![â ainsi considérablement la gouttière vertébrale de ce même côté. i

Je ne reviendrai pas sur le tableau d'un rachitisme ancien ; il est trop parla i;( par lui-même, et je préfère dire quelques mots d'alfections qui pourraient èl i. confondues avec le rachitisme commençant et surtout partiel. |

1°. Les attitudes vicieuses dépendant de mauvaises habitudes ou de faibles ! sont fréquemment attribuées au rachitisme et ont fait tomber dans de déplorabb i abus, au temps de la grande faveur de l'orthopédie mécanique, tandis que | temps, les toniques et l'exercice suffisent le plus souvent pour y remédier. ( ; qui caractéiise surtout cet état de choses, c'est la possibilité d'un redresseme i complet et spontané, quand le jeune sujet contracte puissamment ses muscle | c'est ici plus que jamais le cas d'emploi de la gymnastique. Dans la dévialii | vraiment rachitique, au contraire, il y a toujours affection des vertèbres même ■ ou tout au moins de leurs moyens d'union. Ces os se déforment à la longue, | l'on ne peut douter qu'ils ne se soient préalablement ramollis, peut-être aul ■ inégalement gonflés , et cela est si vrai que quelquefois l'altération va jusqi' ! une dégénérescence complète.

2°. Cette dégénérescence est la tuberculeuse : elle est loin d'être constant I et nous avons vu déjà que l'on ne pouvait ranger dans la même catégorie, i du moins regarder comme identiques les affections scrofuleuse et rachitiqu I Ce n'est donc que comme conséquence et complication qu'on doit envisager i tuberculisation des vertèbres rachiliques, observée par le docteur Mitchell ' par nous-mêmes chez des enfans de sept à dix ans : nous avons remarqué q dans ce cas, il y a des douleurs locales et même des accidens de paralysie q I ne se voient pas dans la bosse simplement rachitique, et nous avons obscr i aussi que cette dégénérescence produisait une bosse plus saillante en ari icr plus aiguë, moins latérale et souvent même lout-à-fait médiane. Toute b,)S5 ainsi conformée, n'est pas nécessairement compliquée de tubercules , mais i diqne seulement une plus grande prédisposition à celte complication làcheu: Ici un grand nombre de vertèbres (jusqu'à dix ou onze) est simultanément ; fecté, et c'est en cela surtout que cette complication même diffère essentiel! > ment de la gibbosité proprement dite ou mal vertébral, maladie de Pott. Da celle-ci, qu'elle dépende de la tuberculisation ou d'un autre genre d'allér.itii du corps des vertèbres , ce mal est très-limité, la courbure est anguleuse i caractérisée, surtout par la saillie d'une ou au plus deux apophyses cpineust d'ailleurs il y a ordinairement paraplégie, et il faudrait bien prendre ganlc i ne pas s'en laisser imposer à cet égard par la faiblesse de certains racliitiqu i et leur répugnance à marcher. Il y a ordinairement, dans ce dernier cas , d^ i torsion des membres inférieurs. j

3°. Une déviation, tout aussi restreinte en étendue, a été observée sans cauu'j connue et sans maladie antécédente ou actuelle (Maisonnabe), nous l'avons vi il pour la septième vertèbre du cou; mais la ilifl'orraité n'était appjirente <Jtt' pour un observateur attentif; il n'est pas nécessaire de nous y arrêter d\i vantage. *

4". Un cas bien autrement important est celui où l'atrophie d'imc des moili i du thorax a infléchi la colonne vertébrale ; la courbure est alors toute latérali! douce et uniforme , et l'on achève de s'éclairer par l'examen complet de la pci trine. Nous avons vu un cas dans leqiiel un ancien empyème avec abcès soul cutané fut pris pour une carie vertébrale à cause de l'incurvation du rachis ; | nous avons par contre, vu aussi une jeune fille dont la difformité fut attribui H momentanément à une atrophie imaginaire de l'un des ])oumons. Chez qu<â ques sujets il existe , par l'effet d'une cause analogue, un autre genre de coii3 bure rachidiennc. Chez une jeune femme , bien conformée du reste, le liant la poitrine est déprimé des deux côtés, en avant, au-dessous des deux clavici/i les ; les deux épaules sont saillantes en arrière et comme soulevées par l'incu'4 vation , la voussure du rachis et des côtes supérieures directement en arriérai Cet état de choses s'est manifesté consécutivement à une coqueluche Irès-grav'^j très-opiniâtre et dans laquelle on peut soupçonner qu'il y a eu formalioli < i cavernes, et consécutivement atrophie de la partie supéiieure des deux poiM mons ; d'où l'affaissement ultérieur des parois de la poitrine On conçoit cod . j bien il serait dangereux de prendre de telles dispositions pour des effets i' | rachitisme et d'en essayer la réduction par l'emploi de moyens mécaniques. ' |

.5". J'ai vu une courbure uniforme de la colonne vertébrale voûtée dircctiji ment dans presque toute sa longueur par l'efTet d'une alTecliou rhumatismalcl I et la cause et la forme distinguaient assez cet état de choses de celui qui appa:;| I lient à notre sujet actuel : ici l'orthopédie devenait applicable et a efTeclivcmei' > obtenu un beau succès. '

6". Quant aux os des membres, on a quelquefois attribué à des fractures ni:j I consolidées les courbures anguleuses ou presque anguleuses des clavicules > i inculpé ainsi une nourrice fort innocente de ce genre de méfait. Moi-même j j i ci u moraculanément à l'existence d'un cal difforme par suite de fracture di< ' connue chez un jeune enfant dont les os de l'avant-bras s'étaient courbes j i angles obtus à la suite de vives douleurs. Bientôt le développement général di I

RACHITIS

RAGE

rachitisme m'a dessillé les yeux et m'a fait abandonner de vaines tentatives de redresscnient. Souvent aussi la déviation du tiers inférieur des os de la jambe a été prise, au moins p;ir les parens, pourun premier degré de celte dilTormilé que l'on connaît sous lenom de pied-bot. Un examen tant soit peu attentif fait bientôt reconnaître que la déviation n'a pas son siège dans l article, mais au-dessus.

PronoslLC. Les complications dont nous avons dit quelques mots en passant doivent nécessairement ajouter à la gravité du pronostic, niais nous n'insisterons que sur ce qui concerne le rachitisme même ou ses effets directs. Dans certains cas graves et presque aigus, le mal marche avec une intensité croissante et finit par enlever le petit malade sous l'influence d'un marasme qu'accélèrent et la diarrhée et la dyspnée , soit que le carreau et la plitlusie s'adjoignent à l'affection principale , soit que ces symptômes dépendent uniquement de la yiciation générale de la nutrition ou de la gêne des organes respiratoires.

Plus ordinairement la maladie marche avec quelque lenteur, l'art ou la nature même l'arrêtent après une durée variable. Cet arrêt est-il suflisamment hàtif, le sujet pourra ne conserver de son mal que des traces insensibles, seulement il sera prédisposé aux récidives lors de quelqu'une des époques que nous avons signalées déjà plusieurs fois , savoir la deuxième dentition, la puberté ou les couches. Cette dernière circonstance est une des moins connues peutêtre, mais elle est malheureusement loin d'être rare : nous connaissons personnellement plusieurs femmes qui, ayant été atteintes de distorsion du rachis vers l'époque de la puberté, en ont été de nouveau attaquées avec une intensité beaucoup plus considérable après une première couche et même déjà durant la grossesse. Parmi elles, les unes n'avaient, avant le mariage, qu'une difformité facile à cacher sous les vêtemens , les autres ayant subi un traitement parles moyens orthopédiques d'extension et même de gymnastique, avaient été complèlcment ou à-peu-près complètement redressées. Chez les unes et chez les autres , la taille a perdu considérablement de sa hauteur en même temps que de sa régularité. 11 n'en a point été ainsi de quelques autres femmes qui n'avuicnl eu , dans leur enfance, que des inflexions du rachis par faiblesse musculaire ou mauvaises attitudes et qui avaient été guéries par les toniques ; celles-ci ont pu, sans récidive aucune, résister à des couches nombreuses et parfois fatigantes.

Si le racbitis de l'enfance ne s'est arrêté que fort tard, il laissera des difformités proportionnelles à son intensité primitive. Toutefois les déformations , quoique d'abord assez prononcées , pourront, sinon s'effacer totalement, du moins s'amoindrir beaucoup par les progrès ultérieurs de 1 accroissement. JNous avons vu des enfans petits et diirurmes juscfu à l'âge de puberté, grandir alors, et sans devenir d'une belle taille et d une belle conformation , n offrir à l àge adulte rien qui les fit délavorablenieiit remarquer dans le inonde : quelquesuns , plus promptement débarrassés encore du principe morbiOque , ne conservaient c|u'un peu de cambrure dans les jambes , un peu d avancement dans la mâchoire iniérieure. Quant aux difioiinités permanentes et continuelles, à part ce qu'elles ont de désagréable pour l amour-propre , il n'en résultera pas toujours d'iuconvéïiiens bien graves, si surtout le rachis est peu all'eclé, si les membres seuls sont très-ilètigurés. Ou remarque qu'alors il y a le plus souvent assez d'égalité d'un coté à l'autre pour que la marche ne soit point ciautlicante, et que dans leurs déformations les os se sont disposés de manière à prendre tlu moins le plus de solidité possible : c est ainsi que généralement ils se montrent plus épais , plus durs du côté de la convexité , que leur canal médullaire est parfois même oblitéré , que ces os acquièrent une force et une épaisseur remarquables , qu'enfin ils s élargissent fréquemment dans le sens île la courbure ^Stanley) en s'applatissanl dans 1 autre , ce qui les rend plus aptes à supporter le poids du corps. Mais, sans parler des cas où la distorsion est telle que le sujet ne peut marcher qu'avec des béquilles , sans rajjpeler encore ce (jui couterne le rétrécissement du bassin chez les lemmes , les elfets du rachitisme , inême toul-à-fait arrêté, sont quelquefois bien plus lâclieux , ils le sont surtout ijuand le rachis est fortement dclormé. La poitrine eit alors tellement rétrécic jue les organes circulatoires et respiratoires sont alors habituellement gênés et compromettent l'existence du sujet a la moindre maladie aiguc. J avais depuis long-temps remarqué que presque tous les eiilans rachitiques apportés aux enfans malades ne tanlaieut pas y à périr et le plus souvent d une pneumonie. M. Guersent, M. Rufz ont fait la même remarque. 11 n'est personne , d'ailleurs, qui n'ait remarqué l'oppression des individus difformes, surtout au moindre exercice, qui n'ait été frappé de leur voix criarde ou caverneuse, de leur parole brève , de la toux, courte et sèche a laquelle ils sont sujets. Aussi ces individus ^rrivent-ils rarement à une vieillesse avancée. Aux affections de poitrine qui fréquemment les enlèvent , il faut ajouter encore l'apoplexie à laquelle ils ne sont que trop réellement prédisposés. Des effets moins graves de leur conformation vicieuse dépendent quelquefois le la compression ilu foie ou des reins : d en est d'autres plus communs peut être et qui sont plus ou moins lâcheux selon qu'ils sont plus ou moins intenses. Beaucoup de bossus éprouvent des sngourdissemens , des ilouleurs, des coliques spasmodiques , des demi paralysies ordinairement passagères dans les membres inlérieurs ou dans toutes les ïarties du côté correspondant à la concavité de l'incurvation , et cet effet de la ;ompresssion des nerfs est porté cjuelquefois au point de simuler des accès d'an- |ine de poitrine , tant sont grandes l'angoisse et la douleur qui accompagnent es retours ou les recrudescences de ces phénomènes. Le plus souvent néanmoins les organes digestifs restent parfaitement libres au milieu de celte gêne les autres viscères , et les organes génitaux, surtout chez le sexe masculin, jemble jouir d'une aciivitc plus graïule que chez beaucoup d'autres sujets de la plus belle conformation.

Trailement. Le rachitisme esl du nombre des maladies qu'il est possible de prévoir, puisqu'il est parfois héréditaire ou du moins commun à tous les frères et sœurs d'une même famille. Il esl alors avantageux de chercher à le prévenir, et c'est ce qu'on fait dès les premiers instans de la vie. En cas pareil , on confiera l'enfant à une nourrice robuste, accouchée depuis plusieurs mois, brune et sanguine : autant que possible on la surveillera attentivement , et si c'est la mère qui s'est décidée à nourrir , elle devra du moins cesser l'allaitement au moindre soupçon de grossesse. On donnera d'assez bonne heure quelques alimens tirés du régne animal à l'enfant (soupes grasses), et l'on continuera ce régime et l'allaitement ensemble jusqu'au terme de quinze à dix-huit mois ; par-delà le lait devient plus nuisible qu'utile au nourrisson. C'est aussi au règne animal qu'on empruntera principalement, mais non exclusivement, la nourriture de l'enfant en bas âge ; l'eau vineuse sera sa boisson ordinaire. On aura soin que l'exercice en plein air ne soit pas négligé ; la promenade au soleil, l'habitation de la campagne seront préférées, et plus lard la gymnastique sera d'un usage recommandable. On évitera également l'excès dans l'épaisseur des vêtemens et le système d'endurcir forcément les enfans au froid; le coucher sera dur et la durée du sommeil modérée; les études ne seront point soutenues avec une assiduité fatigante au moral et stupéfiante au physique; on s'occupera d'abord du corps et plus lard de res|)rit. C'est surtout dans les convalescences de maladies aiguës ou sub- aiguës , delà coqueluche , de la rougeole , etc., qu'on insistera sur des fortiQans pris surtout dans les moyens hygiéniques .

Quand le rachitisme est à son début ou peu ancien encore , il peut être arrêté, avons-nous dit, et ses effets môme se corriger par l'accroissement ultérieur du corps; il faut donc se hâter d'employer un traitement curalif. Toutefois, ce n'est pas dans le moment tle la fièvre et des douleurs qu'on doit eoniineneer l'emploi îles toniques; le repos , les embrocations huileuses et calmantes ( huile camplaée et baume tranquille) , quelques cataplasmes de farine de graine de lin saupoudrée de kina appliques aux points les plus douloureux, une iliète modérée et quelques boissons acidulés sont alors de mise.

Mais dès que cette courte période est passée, le régime fortifiant peut être appliqué dans toute son énergie. Exercice fréquent, insolation modérée , air sec et libre, diversion et gaité , coucher sur des paillassons de fougère, de feuilles de chêne , de varec , ;bien desséchés , nourriture animale , viandes faites et rôties , gibier même , vin pur, pris avec modération , usage modéré des fruits et des légumes; voilà pour la diététique. Quand aux médicamens , nous mettons au rang des plus puissans ceux qui s'administrent par la peau; les frictions sèches, mais surtout celles faites avec une flanelle imprégnée de la fumée des baies de genièvre ou de l'encens, ou bien encore imbibées de baume de Fioravanti, d'eau de Cologne, de rhum ou d'eau-de-vie, répétées deux fois par jour, les bains aromatiques deux à trois fois par semaine ( infusion de labiées, telles que sauge , romarin , la vande , etc.) , ceux avec une décoction de feuilles de noyer ou d'écorce de chêne , suivis de frictions sèches, ceux des eaux minérales ferrugineuses ou salines , et par-dessus tous les bains de mer, voilà des moyens de produire beaucoup d'effet sans fatiguer les organes digestifs. A leur défaut ou en cas d'iinuiïisance, on peut néanmoins faire usage d'eau ferrée prise aux repas avec le vin, le vin de Kina , de Gentiane , donnés en petites doses (demi- once à une once par jour ) , ou le sirop de ces substances , préférable, selon nous, au siroj) anti-scorbutique et au sirop composé de Portai. L'iode ne conviendrait qu'en cas de complication avec les scrofules.

Un traitement curalif peut être dirigé spécialement plus tôt ou plus fard contre les effets du rachitisme , c'est-à-dire contre les difformités qui en sont la suite; mais alors ces effets sont devenus en quelque sorte étrangers au mal primitif ; ils donnent lieu à des considérations il'un autre ordre et réclament une thérapeutique toute particulière. Voyez les articles gy.iinastiqce et orthopédie; voyez aussi railicle rachis. Nous n'en dirons pas davantage des moyens palliatifs qui peuvent être conseillés pour cacher certaines de ces difl'orraités ou en diiniiuier les inconvéniens.

( Aux. DCGÈS. )

RA.GE. Rab Les j y.v'j'jx, Malailie contagieuse développée le plus orilinairemciit, sinon nécessairement, chez l'homme, par l'introduction sous la peau ou les membranes muqueuses, d'un virus particulier, dont la nature est inconnue.

Telle est à-peu-près la définition que l'on peut donner de la rage, d'après l'opinion la plus généralement admise parmi les médecins, car, il n'en est qu'un très-petit nombre qui , jusqu'ici, aient attribué à cette maladie la propriété de se développer spontanément chez 1 homme.

Considérations cÉNÉBALES. HisLoviqiie , synonymie , divisions. Plusieurs passages des écrits il'Homère et de Xéiioplion ne permettent pas de douter que, dès les premiers temps de l'antiquité , la rage n'ait été observée sur les animaux ; mais il ne parait pas qu'elle eût encore, à cette épo([uc, attaqué l'espèce humaine. On a pu seulement le présumer d'après quelques passages douteux d'Hippocrate et de Polybe, mais rien n'est moins certain. On trouve même dans les œuvres d'Arislote (Histoire des animaux , liv. vm , chap. 22) cette phrase remarquable : « Les chiens sont sujets à la rage, elle les rend furieux; tous les animaux qu'ils mordent en cet état deviennent enragés, excepté l'homme, o Cette phrase si positive , trop [lositive peut-être, a été diversement interprétée , le texte même diversement altéré par les commentateurs, suivant leurs dilféreutes opinions, en sorte qu'aujourd'hui il est réellement impossible de déterminer si la rage a existé ou non chez l'homme , à l'époque dont nous parlons. Mais cette incertitude va bientôt cesser : deux cents ans environ avant

RAGE

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