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l'ère chrétienne on ne peut plus clouter que la rage n'ait été observée sur riiomme ; mais était-elle alors réellement une maladie nouvelle, comme le pensaient la plupart des médecins de cette époque, ou bien, ainsi que le prétendaient deux médecins de la secte d'Érasistrale , Artémidore de Sida, et Caridème , la rage humaine était-elle déjà une maladie connue depuis longtemps ?
Quoi qu'il en soit de ces questions , insolubles pour nous , et que Ton peut du reste renouveler , sans plus de succès , à roccasion de toutes les maladies virulentes, il faut arriver jusqu'à C. Celse ])0ur trouver une description un peu détaillée , et une Ihcrapeulique raisonnée de la rage transmise à l'homme par les animaux. Après Celse, beaucoup de médecins ou philosophes grecs, latins, arabes , etc. , ont encore écrit sur la rage , mais sans rien ajouter de positif, à ce qu'il avait dit. Le plus grand nombre même , n'ont fait que substituer des pratiques superstitieuses ou des médications insignifiantes, au seul traitement efficace qu'il avait si nettement exposé {De le niedica , v. 12) ; puis , vint un long temps de barbarie qui suspendit, arrêta tout progrès dans la médecine comme dans les lettres , et fit même oublier les acquisitions des temps antérieurs. Ce n'est plus que vers le quatorzième ou le quinzième siècle que reparurent quelques écrits sur la rage, comme sur la médecine en général, mais, imbus des idées superstitieuses qui dominaient alors tous les esprits, ils sont à- peu-près sans valeur. Vers le milieu et la fin du siècle dernier, furent publiés , sur la rage , des travaux véritablement utiles , parmi lesquels nous distinguerous les Recherches d'Andry, les Mémoires provoqués et publiés par la Société royale de médecine (Mémoires de la Société royale de médecine , tome vi ) , ceux d'Énaux et Chaussier , de Portai ,etc. Enfin , de nos jours , parurent de toutes parts , sur la rage, une foule de dissertations , de traités, de mémoires , dont nous ferons connaître les plus estimés.
La maladie que nous désignons ici sous le nom de rage , avec la grande majorité des médecins, a reçu, par d'autres, diverses dénominations. Les uns, n'ayant considéré que le symptôme dominant de la maladie , l'horreur des malades pour les liquides , l'ont appelée hjdropliobia , hjgropkobia, aquifuga , filiobodi/jsia , etc. Les autres , frappés par un autre phénomène ordinaire de la maladie , la crainte qu'inspire aux malheureux enragés la vue de tout ce qui les entoure , ont imposé à la rage les noms île aeropliobia ^ panopliobia ou paiilophobia. D'autres encore, voulant rappeler, dans le nom de la maladie, son origine, l'ont désignée sous le nom de cyiiolisson. fil. Bosquillon, parmi nous, l'a nommée, dans sa traduction de Cullen , rage furieuse , à cause de la fureur qui paraît transporter les animaux qui en sont attaqués; M. Baumes l'a appelée tuxicose rabique , à cause de l'espèce d'empoisonnement dont elle est la conséquence. M. Girard , de Lyon, considérant plutôt les effets de la rage que sa cause, l'a décrite sous la dénomination de tétanos rabien , etc. , etc. j mais les deux noms de rage et d'hydrophobie sont généralement, et à-peu-près seuls adoptés en France. IS'ous avons préléré le premier , parce qu'il est plus anciennement employé par les auteurs, et qu'il y a de graves incouvéniens à changer continuellement les dénominations usitées, ces changemens continuels de noms pouvant introduire de la confusion dans le langage, et , par suite , même dans les idées. L'hydrophobie , d'ailleurs, ne constitue pas une maladie , c'est un symptôme commun à plusieurs états morbides ; conséquemment , elle ne peut servir à désigner une maladie spéciale j dans la rage, elle n'est qu'un accident , bien qu'on l'y observe, il est vrai, plus constamment que dans aucune autre afl'ection. {Vojez Hydboi'hobie. )
Les auteurs qui ont écrit sur la rage, ont admis plusieurs variétés de cette maladie ; quelques uns , ayant égard aux circonstances antécédentes , ont désigné sous le nom de rage spontanée , rage de cause interne , hydrophobie , rage simplement , la rage qu'ils ont cru se développer spontanément chez I homme, sans morsure préalable , coinuie elle se développe chez certains animaux ; et ils ont appelé rage communiquée , canine, contagieuse, celle qui suit la morsure d'un animal enragé. D'autres ont voulu établir une distinction entre la rage mue ou commençante, et la rage blanche ou déclarée; mais on ne voit là que deux périodes dilférenles d'une même maladie. D'autres encore, ont nomuié rage traumatique, celle qu'ils ont prétendu , mais à tort , succéder à la blessure ou à la morsure faite par un animal non enragé. Belloste a même admis une rage australe ou d'été , et une rage sejitcntrionale ou d'hiver, suivant la saison dans laquelle elle apparaît.
JVous passons sous silence une foule d'autres divisions de la rage ; la seule qui doive fi.\er notre attention , est sa distinction en spontanée et en communiquée ou contagieuse. Examinons d'abord si la rage est susceptible de se développer spontanément chez 1 homme; nous rechercherons ensuite si la rage spontanée est ou non de même nature que la rage communiquée par la morsure d'un animal enragé. Pour résoudre cette question , nous nous trouverons dans la nécessité de recourir à l'e.xpéricnce d'autrui , bien jjlus qu'à la nôtre propre, parce que, heureusement, les occasions d'observer la rage ne sont pas communes. Les faits d'ailleurs en aurout plus de poids.
Examinons avec soin les observations de rage spontanée , d^lijrd) ophobie , sans morsure antécédente, publiées pardilTérens auteurs, et les comparant ensuite scrupuleusement à d'autres observations de rage, succédant à la morsure d'animaux enragés , il est quelquefois impossible do ne pas reconnaître entre ces deux états morbides la plus parfaite similitude. Parmi les observations publiées sous le titre de rage s|)0iitanée, il en est certainement ((uelques-unes qui n'offrent point tous les détails désirables pour enliainer une conviction absolue; dans plusieurs même , on peut reconnaître quelcpies-unes de nos maladies habituelles , soit inflammatoires , soit nerveuses , avec des symptômes d'hydropho-
bie ; mais il faut convenir aussi que, dans un certain nombre de ces observa- i tiens , on rencontre tous les détails propres à convaincre les esprits les plus exigeans; exemples : I :
« Un jeune militaire, dégoûté de la profession des armes , et consterne par ; des chagrins domestiques , cherche la solitude et s'éloigne de ses camarailes , ce i qu'ils attribuent à un défaut de bravoure : et par manière de jeu ,ils entrent à ! minuit dans sa chambre, précédés d'un tambour qui battait la charge, s'écriant < que les Autrichiens avaient passé le Rhin , et que tout était dans le plus grand | danger. Ce jeune homme éprouve à l'instant des convulsions effrayantes , son ! regard est furieux , il jette des cris horribles, et quelques propos rassurans i qu'on lui tienne, il ne revient à lui qu'au bout d'un quart d'heure. Dès-lors, i sentiment d'ardeur et de constriction à Li gorge, et nouvelles convulsions aussi- \ tôt qu'on lui présente de L'eau et du vinaigre , avec expectoration dune salive ' écumeuse et abondante, lue IcnAtmam , h. ion admission à l'hôpital militaire, |j nouvelles convulsions à l'aspect d'une boisson qui lui fut offerte; regar<l étince- i lant , respiration précipitée et irrègulière ; pouls intermittent et à peine sensi- i ble ; hurlement affreux. Cet accès dure une demi-heure , et le malade revient! i à lui-même, se plaignant d'avoir les liquides en horreur, d'éprouver une grande ! ( chaleur à la gorge , et une extrême pesanteur de téte. Prescription de bains, et ; d'une potion anti-spasmodique , que le malade ne peut prendre, à cause des convulsions que renouvelle la seule vue des liquides. Impression de la lumière i insupportable ; on le place dans un cabinet peu éclairé ; retour de plusieurs accèsjusqu'à onze heures , époque de la mort. ;
» Dans l'intervalle des accès, la respiration était à peine gênée ; le pouls était I fort et développé , le regard abattu. Le malade assura n'avoir jamais été mordu il par aucun animal: il ne chercha lui-même à mordre que dans le dernier accès; ; mais , quoiqu'il ne fût pas tenté de le faire dans les précédens, il priait néan- i moins les personnes qui l'environnaient de s'éloigner dès qu'il en pressentait \ l'invasion. L'autopsie cadavérique n'apprit rien de particulier. La gorge conte- j nait seulement une mucosité assez abondante. ( Pinel, Nosog. phil. , tom. m , 1^ pag. 145 , 4e édition. )
Nous pourrions nous borner à ce seul exemple : les symptômes sont C assez prononcés pour ne laisser aucun doute sur le caractère de la ma- il ladie. Nous allons pourtant citer encore une observation puisée à une autre k source. Elle ofl'ie peut être quelques détails superflus; mais nous avons préféré 6 la rapporter telle que l'auteur l'a donnée, pour ne pas paraître avoir sup- i' primé à dessein des passages capables d'infirmer l'opinion que nous voulons établir.
8 Un jeune homme de trente ans, d'un tempérament mélancolique , asthmatique depuis plusieurs années , s'étant livré pendant quelques jours à des exercices de corps très-violens dans un grand magasin de papier , où il respira, beaucoup de poussière, se découvrit presque tout en sueur. Il fit , le 31 mai 1757 , durant la plus grande chaleur du jour, une marche forcée à deux lieuesj de Paris. Pendant ce voyage, il éternua presque continuellement. De retour, j difficulté de respirer et d'avaler, tristesse, inquiétude ; le malade se met au lit, y reste tout le jour sans vouloir rien prendre. Le soir augmentation très-grande de la diflicullé de respirer, crainte de suffocation. Un chirurgien appelé fait, une saignée du bras, et ordonne de la thériaque délayée dans l'eau. Le malade,: après l'avoir refusée , consent enfin à la prendre. Il l'avale avec la plus grande< difficulté , et à l'instant siffocation , raidissement des bras et des mains , cris,- Il prie qu'on le secoure , en lui tirant les doigts avec force. Cet accident passé, i il revient à son premier état, et passe ainsi la nuit. Le malin , nouvelle saignée, 'i qui ne soulage pas plus que la première. A onze heures, M. Lavirotte voit le '■ malade ; la respiration ne se lait point par le nez, et cependant le malade craint^ j d'avoir la bouche ouverte. Il y porte lu main dès qu^on ouvre la porte de la \ chambre , et crie que lirruption de l'air va l'éiovffer . l'iialcine même de ceux qui lui parlent l'incommode beaucoup : il se retourne pour l'éviter. Ses •'•i yeux sont hagards ; son pouls est dur , concentré, jias plus agité que dans l'état naturel ; la gorge ne présente aucun vestige d'iiiflammation ; poiut de céphalal- ij gie , douleur à l'estomac , éructations. La nuit précédente, il avait eu quelques Jj nausées. A la vue de l'eau qu'on lui présente dans une cudler à café, les jeux i se tournent; les membres sont agités de mouvcmens convulsi/s ; les muscles du , i corps se raidissent; le cartilage thyroïde s'élève et s'abaisse avec une vivacité i singulière. Après quelque temps de calme , il essaie sans horreur d'avaler un ^ peu de mie île paiu ; mais tous ses efforts sont inutiles; un demi-bain proposé i ( n'effraie pas le malade; mais, lorsqu'on apporte de l'eau, il éprouve un frémis- i sèment convulsif universel et une sueur froide considérable. 11 eut de la peine à entrer dans l'eau; il y resta une heure et un quart , et demanda alors avec i beaucoup d'agitation à en sortir. On craignit une syncope et ou le retira. Il se j trouve un peu soulagé et dit que, dans l'eau, sa gorge était moins serrée , sa J respiration plus facile ; qu'il lui semblait alors que son mal commençait à des- ^ ( cendre, mais qu'il lui était impossible d'y rester davantage. Le spasme augmente ^ i. bientôt. Une saignée du pied semble le rendre un peu plus tranquille. Le ma- | | lade ilciuande un bouillon ; mais il en détourne la vue : il jr trempe seulement j i son doigt et le porte sur sa iaui^ue ; à l'instant il Jette des cris affreux : il est , pris de convulsions si violentes , que six personnes ont de la peine à le tenir; sa téte surtout est agitée d'une manière épouvantable ; son visage est gonfle , sa , bouche ouverte ; il cherche à mordre, cl rejette une bile noirâtre. Le cou turae- < fié égale presque la tête en grosseur. Pouls très-petit, très-vif, serré etconvul- < sif; sueur froide et gluante. Après trois heures de cet état terriljle , les forces et l'agitation diminuent ; les cris cessent , et la mort a lieu dans le même jour, ! second de la maladie. Cet homme assura , et ceux qui vivaient avec lui depuis '
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lusieurs années confirmèrent qu'il n'avait jamais été mordu ni piqué par aucun nimal ». ( Lavirotle , Journal des sai/ans , août , 1757 , pag. 81 . )
Le Rewue médicale , cahier de mai 1834, a rapporté un cas d'hydrophobie erminéc par la mort à la suite de la morsure d'un chien paifailement sain. îetle observation , extraite du Journal de Huf'eland (décembre, 1833), est due
M. le docteur Hermann Slrahl : k en janvier 1833, un aubergiste tomba subieraent malade ; M. Stralil , à son arrivée , le trouva couché sur son lit , et ne e plaignant de rien, sinon que les alimens lui répugnaient et qu'il avait quelque iflicullé à avaler. Le pouls, la température de la peau et la langue n'offraient ien d'anormal. Sa mère lui ayant offert une tasse de thé, il la repoussa avec orrenr, assurant qu'il lui serait impossible de boire, etc. On apprit qu'i! avait té mordu cinq semaines auparavant par un chien qu'il dressait pour la chasse, t que la plaie s'était parfaitement cicatrisée. Le chien , amené sur la demande u médecin , fut trouvé dans un état de santé parfaite ; il n'avait jamais été lalade ; il était parfaitement tranquille , aboyait avec force , et but sans peine ne grande quantité d'eau. Dans la soirée, après les plus grands efforts, le lalade parvient h boire trois cuillerées d'une infusion de valériane avec de l'olium. Le soir du lendemain il eut un véi itablc accès de rage. Voyant sa sœur oire un verre d eau , il entra dans une fureur horrible , cassa un miroir, et ipplia les assistans de s'éloigner parce qu'il les mordrait infailliblement. Après ne demi-heure de cet état, sommeil tranquille; à dix heures nouvel accès , endant lequel le malade se mit à crier, à aboyer comme un chien , et brisa )ut ce qui, dans la chambre, avait un éclat brillant. Ses sœurs se sauvèrent, lais ayant atteint sa mère , âgée de soixante-cinq ans , il la jeta par terre et la lordit à la joue. Après cet acte de fureur, il parut revenir à lui , et lorsqu'on iitra dans sa chambre, une demi-heure après, on le trouva mort la tête cahée dans ses draps. Sa mère n'éprouva aucun accident par suite de sa morsure.» 1 ne parait pas que dans cette observation aucun des accidens doive être raporté à la morsure de l'animal , puisqu'il n'a jamais été malade, ni à la peur de I personne mordue, puisqu'elle semblait elle-même avoir oublié son accident.
Opposons à ces observations puisées à des sources différentes, recueillies avec oin , bien détaillées, et qui semblent empreintes d'un cachet de vérité, une îule observation de rage communiquée. Nous mettrons ainsi le lecteur à lême de juger par lui-même et de se former une opinion indépendante et ■•fléchie.
<i Un homme, âge d'environ quarante ans, robuste et d'un tempérament bieux, avait été mordu trois mois et demi avant par un petit chien au bout du ouce de la main droite. On n'apercevait alors a l'endroit mordu qu'une petite îchymosei, d'un rouge livide, sous l'ongle. Le avril , le malade refusa de mnger de la soupe , quon lui présentait , et de boire. Il n'y ût pas grande at- ;nlion , et le lendemain il alla en ville pour un procès ; mais , de retour chez li , il ne peut ap/ji'other des liquides de sa bûuclie sans une horreur complète. es parens se rappelèrent la morsure faite quelques mois auparavant, que le lalade n'avait crue d'aucune importance : ils ne doutèrent plus de son état, t l'amenèrent, le 3 avril, à 1 hôpital. A son arrivée, il ne put assez exprimer ombien il avait souffert en chemin des impressions de l'air. Il pria instamment u'on fermât exactement la chambre , pour que Vair extérieur ne pût y entrer, a moindre ventilation lui causait des agitations et des angoisses tei-ribles. Le ouls était à peine sensible. 11 avait sa raison ; mais l'esprit et le corps étaient ans une agitation singulière. On lui présenta un vase rempli d'eau : il le saisit, 3 porta en tremblant à sa bouche , et en prit avec effroi quelques gouttes ; mais ienlôt il le repoussa avec des gestes qui exprimaient le désespoir dont il était uisi (saignée copieuse du bras , bol composé , frictions mercurielles sur le bras roit). A cinq heures et demi du soir, meilleur état, plus de tranquillité, pouls égulier. Le malade peut boire sans beaucoup de souffrance , la poitrine est loins serrée, l'air renouvelé n'est plus aussi insupportable. Tout fut assez ien jusqu'à sept heures du soir, époque à laquelle I homine qui le gardait sortit n instant. Alors, et tout-à-coup, les angoisses, les frayeurs les plus terribles emparèrent de son esprit : il criait qu'il lui était impossible de rester seul. iCS symptômes furent toujours en augmentant jusqu'à dix heures du soir, qu'il jourut sans jamais avoir perdu la raison. (Andry, Recherches sur la ragej in 8°, 'aris , 1780, pag. 192, observation de M. Rislez.)
Certes il est dillicile de trouver entre deux observations d'une même maladie, ilus de ressemblance: mêmes accès, réveilléssousl'influence delamême cause, aême marche , même terminaison de la maladie, même genre de mort. Il est . regretter que les auteurs de ces observations n'aient pas recueilli les altéraions trouvées sur le cadavre. A part la circonstance de la morsure par uu inimal enragé, que l'on rencontre dans celte dernière observation, et qui nanque dans les précédentes, tout est absolument semblable. Voilà donc, inon un motif de conviction, au moii.s une puissante raison de doute, et si 'on considère ensuite l'extrême facilité avec laquelle l'homme contracte la rage 1 la suite de la morsure des animaux enragés; l'extrême facilité avec laquelle il 'inocule le fluide du vaccin et en général toutes les maladies virulentes (syphiis, variole, etc.) , les probabilités seront grandes en faveur du développement pontané de la rage dans l'espèce humaine. C'est à tel point que plusieurs nédecins recommandables ont émis ou admis celte opinion , qu'il y a grande ipparence que toutes les maladies virulentes que l'on observe actuellement dans 'espèce hnmaine ont été transmises à l'homme par les animaux (Bibl. méd. , om. ixxii , pag. 278. — Hufeland, du danger qu'il y a de laisser des enjans ivec des chiens. — Beclard , Cours inédit de pathoL chir. , projessé à l'hôpital ie la Pitié , Paris , 1824.— fiit/. méd. , tom. Lxxiv, pag. 263 , identité de la va- ■lole et de la maladie des chiens. — A. F. C. de Saint-Martin , Monogv, sur la
DiCT. DK MÉDECIKK ET DB CuiRtRCIK PBATIQVEÏ.
rage , Paris, 1823, voy. la note de la page 72). Ces rapports , cet échange de maladies entre l'homme et les animanx , se seraient effectués par l'intermédiaire des animaux domestiques , qui , partageant nos habitudes, nos demeures, notre manière de vivre, auront pu recevoir quelque peu de notre aptitude pour certaines maladies , et nous communiquer quelque chose de leur aptitude propre à certaines autres , au nombre desquelles nous devons placer la rage. Le premier qui parla de rage , développée spontanément dans l'homme, émit une idée qui dut paraître étrange; puis d'autres exemples suivirent à de longs intervalles et en petit nombre , il est vrai ; mais dès-lors ils fixèrent l'attention des médecins et entrainèrent quelques convictions; puis enfin les faits et les convictions se sont multipliés, et l'opinion de la spontanéité de la rage humaine compte chaque jour un plus grand nombre de partisans (de Saint-Martin , ouvrage cité. — Béclard , Cours inédit. — Boisseau, Nosogniphie organique. — Roche et Sanson , Nouv. Elém. de pathol. médico-chirurg. — Guérin , de Rlamers , Nouvelle toxicologie.— Gorey , Recherches sur l'Iiydrophobie , Paris, 1821). Cet horrible mal serait-il donc destiné à venir augmenter encore , dans la suite des temps , le nombre déjà si grand de nos maladies habituelles ?
La rage spontanée une fois admise dans l'hoiume , demander si elle est de même nature que la rage qui lui est communiquée par morsure , autant vaudrait demander si la variole contractée par le contact avec un varioleux est de même nature que la variole survenue spontanément , sans contact antérieur ; si le vaccin pris sur uu individu de l'espèce humaine est de même nature que le vaccin pris à sa source. Si l'on pouvait en médecine tirer quelque induction d'un fait isolé , il semblerait même, d'après une observation rapportée par IM. Busnout dans sa dissertation inaugurale (Paris , 1814) , que la rage spontanée de l'homme serait susceptible de se transmettre comme la rage des animaux , au moyen de la salive. On trouve celte opinion formellement exprimée par M. Guérin , de Mamers. «La rage, dit-il, quoique développée spontanément ne se communique pas moins par morsure» [Nouv. J'oz/coZ. , Paris , 1826^ pag. 313); mais aucune observation n'est apportée par l'auteur à l'appui de cette opinion. C'est un fait qui , comme beaucoup d'autres en médecine , ne peut être constaté que par de» expériences directes faites avec soin.
Étiologie. Le développement de la rage , comme celui de toutes les maladies contagieuses et virulentes , suppose nécessairement le concours de deux ordres de causes , savoir: 1° des causes organiques ou inhérentes à l'individu , capables de constituer la prédisposition, l'aptitude de l'organisme à contracter la maladie; 2" une cause virulente ou matérielle , développée spontanément ou transmise accidentellement , qui en est la condition nécessaire.
1». Causes organiques. Prédisposition. /Aptitude. Les animaux sujets à la rage spontanée sont le chien, le loup, le renard, le chat, qui, tous, jouissent du privilège également incontesté de la communiquer par morsure ou par l'inoculation de leur bave à tous les autres quadrupèdes, à l'homme et, à ce qu'il parait même, aux oiseaux. Mais l'on n'admet pas aussi généralement que d'autres animaux soient, dans nos climats, susceptibles de la rage spontanée, ni qu'ils puissent communiquer à d'autres animaux la rage qui leur a été transmise par morsure ou par inoculation. Suivant M. Husard (mém. lu à Tinslitut), les quadrupèdes herbivores atteints de rage ne peuvent la transmettre. « Depuis , des expériences et des observations nouvelles , faites à l'école vétérinaire d'Alfort, ont confirmé celte assertion. M. le professeur Dupuy n'a jamais pu donner la rage à des vaches et à des moutons , en frottant une plaie qu'il leur avait faile^ avec une éponge que des animaux enragés, mais des mêmes espèces, venaient de mordre, tandis que la rage était la suite des essais d'inoculation semblable quand il faisait mordre l'éponge par un chien enragé. En outre, M. Dupuy a vu , dans beaucoup de troupeaux, des moutons attaqués de celle maladie, et jamais celle-ci n'a été communiquée à d'autres, malgré les morsures que ces derniers recevaient quelquefois dans des parties dépouillées de laine, et que la peau se trouvât plus ou moins écorchée » (Dict. en 60 vol. art. Rage.) Répétées par divers médecins, et dans les mêmes circonstances, c'est-à-dire sur des animaux et avec la bave d'animaux autres que ceux que nous avons signalés comme susceptibles de la rage spontanée, ces expériences ont également donné des résultats négatifs.
Plusieiir médecins (Vaughan, Babington, Giraud, Girard de Lyon, Paroisse) en Angleterre et en France, avaient essayé d'inoculer à des chiens la bave d'hommes atteints de rage communiquée; et dans aucun cas, ces animaux n'étaient devenus enragés cjuclques précautions qu'on eût prises pour assurer la contagion : mais une expérience , tentée à l'Hôtel-Dieu à Paris, en présence d'un grand nombre de médecins et d'élèves , a réveillé toutes les craintes que ces essais infructueux auraient pu calmer. Le 19 juin 1813, MM. Magendie et Breschet inoculèrent à deux chiens bien porfans la bave d'un homme enragé nommé Surlu, qui, le même jour, mourut à l'Hôtel-Dieu : l'un des chiens enragea le 27 juillet suivant; ils liront mordre alors d'autres chiens qui, à leur tour, devinrent enragés ; et ils propagèrent ainsi la maladie pendant tout l'été. Cette expérience , dont l'exactitude est garantie par le nom et l'habitude des expérimentateurs, doit éveiller l'attention des médecins et appeler d'autres expériences, car elle établit d'une manière positive la transmission possible de la rage par la bave d'un homme enragé : l'on peut, et l'on doit peut être en conclure, contrairement à l'opinion généralement admise, que la rage peut aussi se transmettre d'homme à homme ; de même qu'il est permis d'y trouver une nouvelle preuve en faveur du développement possible de la rage spontanée dans l'espèce humaine.
2°. Causes essentielles ou spécifiques. De toutes les causes capables de produire la rage, la plus puissante et la plus commune est sans comparaison la morsure
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