‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource] (volume 2)Chapitre 229 sur 311 · RA.GF · texte numérisé non relu

RA.GF

des animaux enragés, et l'insertion, sous la peau ou les membranes muqueuses, (le la bave qui découle de leur bouche. Nous avons vu que, sous ce rapport, il y a une immense différence entre la bave des carnivores et celle des animaux herbivores et des oiseaux devenus enragés. La bave des premiers communique la rage avec une étonnante facilité ; on n'a jamais vu , dit-on , la rage suivre les morsures ou l'inoculation de la bave des herbivores; et les oiseaux, en raison de diverses circonstances propres à leur organisation, telles que le peu de salive qui lubréfie leur bec , la forme particulière de cet organe qui, lors même qu'il aurait assez de force pour diviser nos tissus, ne pourrait y introduire que difliciment une bien petite quantité du principe virulent de la rage , ne paraissent nullement propres à communiquer cette maladie. Mais leur bave inoculée, leurs morsures entre eux, ou chez d'autres animaux de petites espèces, seraient-elles également sans inconveniens ?

On a beaucoup écrit sur la rage, et pourtant , plus on s'en occupe , plus on trouve dans son histoire d'incertitudes et de contradictions. Ainsi, tandis que la plus grande partie des médecins ne reconnaît d'autre voie à la contagion , que l'introduction de la bave à travers nos tissus, regardant comme sans effet le séjour de cette même bave sur la peau , et même sur les membranes muqueuses non excoriées, d'autres médecins assurent que des chevaux, des moutons, des bœufs sont devenus enragés pour avoir mangé de la paille sur laquelle étaient morts des cochons enragés. Enaux et Cliaussier disent que plusieurs personnes ont contracté la rage pour s'être mouchées dans des linges imprégnés de la bave d un animal mort de cette maladie : ils ont vu, disent-ils encore, un homme être pris de rage pour avoir reçu sur la lèvre de la bave d'un chien enragé. On m'a assuré, dit Portai [Obs. sur la ra^e) , que deux chiens, qui avait léché la gueule d'un autre chien enragé, furent pris de la même maladie sept ou huit jours après. Gilbnain ( page 88 ) rapporte, d'après ie docteur Thomas Percival, qu'un homme, pendant son sommeil, fut léché près de la bouche, par un chien enragé, et périt de la rage sans qu'on ait pu découvrir la moindre lésion sur aucun point de la peau. Tels sont, entre beaucoup d'autres, les exemples les moins équivoques de transmission de la rage, sans solution de continuité de la membrane qui a reçu le principe de la contagion. L'on voit que, dans la plupart de ces observations, la bave a été déposée sur une membrane muqueuse; mais quand il s'agit de la surface cutanée , le doute est beaucoup mieux fondé et les laits ne sont plus, ni aussi nombreux, ni attestés par des autorités aussi recommaudables.

Les causes du développement spontané de la rage chez les animaux, dont on a voulu éclairer l'étude de la rage chez l'homme, sont on ne peut plus obscures. On en a accusé tout à-la-fois et l'extrême chaleur et le froid excessif, comme pouvant priver les animaux de nourriture et de boissons suffisantes ; et à l'école pratique de la faculté de Paris, MM. Dupuytren, Breschet, Magendie ont laissé périr de faim et de soif des chiens et des chats qui sont morts sans avoir offert le le plus léger symptôme de la rage. Déjà cette expérience avait été tentée auparavant par Bourgelat et sans plus de succès. Il résulte même d'un relevé fait par M. Trolliet (Observadons cliniques sur la rage) que le mois de janvier, le plus froid de l'année, et le mois d'août, le plus chaud, sont précisément ceux qui offrent le moins d'exemples de cette malailie. C'est au contraire, pendant les mois de mars et d'avril, qu'il y a le plus de loups enrages, et pendant ceux de mai et de septembre qu'il y a le plus de chiens atteints de la rage spontanée. On a encore prétendu que la chaleur excessive de certains climats et le froid excessif de certains autres étaient autant de causes occasionnelles ou productrices de la rage, et des voyageurs et des médecins (Volney, Larrey , Brovi'n, Savary, Portai, etc.) disent que la rage est à peine connue ou même tout-à-fait inconnue dans l'Égypte, dans la portion de la Syrie qui avoisine la mer, aux environs du cap de Bonne-Espérance, dans la partie méridionale de l'Amérique. Selon Louis ■yalenfin même, elle est extrêmement rare dans les régions chaudes , tandis qu'elle eslcommune dans l'Amérique septentrionale. Au dire d'un médecin russe, qui a voyagé dans tout le nord de la Russie (Dict. des se. méd. , art. liage), on ne voit jamais ou presque jamais de chiens enragés à Arcliangel, à Tobolsk , ni dans les pays qui sont au nord de Saint-Pétersbourg ; et, dans nos clijnats tempérés, la rage est fort commune. C'est sans plus de fondement qu'on a essaye de ranger, parmi les causes capables de donner lieu au développement de la rage, les chaleurs, le rut des animaux et les passions qui les tourmentent alors ; les époques où les exemplts de rage sont les plus communs ne correspondent à l'époque du rut ni pour les loups ni pour les autres animaux domestiques autant qu'il est possible d'assigner rt^)oque du rut pour ces derniers. Ainsi donc tout reste obscurité dans l'examen des causes de la rage spontanée chez les animaux. Voyons si nous serons pli.s heureux dans l'étude de ces mêmes causes , eu ce qui concerne la rage de l'homme.

Toutes les causes susceptibles de dontier lieu à l'explosion des symptômes de la rage après la morsure d'un animal enragé, sont aussi celles dont l'influence a paru favoriser le développement de la rage spontanée: ainsi, ce que nous allons dire s'appliquera à l'une et à l'autre indistinctement. On peut ranger toutes ces causes sous quelques chcis principaux, savoir : lésions physiques, affections morales, écarts de régime, disposition individuelle.

Dans une foule d'observations de rage communiquée, on peut voir que c'est à l'occasion d'un coup, d'une chute, d'une nouvelle blessure sur le lieu de la cicatrice, qui avait succédé à la morsure, que les symptômes de la rage se sont développes. Tant de faits établissent l'influence occasionnelle de ce genre de causes qu'il est tout aussi incontestable que le fait de la contagion. Dans d'autres circonstances, c'est un coup reçu dans une autre partie du corps, qui a donné lieu à l'explosion de la rage. C'est souvent à la nouvelle imprévue d'un événe-

ment malheureux, après une vive frayeur, un violent accbs de colère, à la suitij | de chagrins, que la rage s'est déclarée; c'est le plus ordinairement à l'occasioii i d'une cause de ce genre et presque toujours peu après son action, que s'est dé clarée la rage spontanée, seule circonstance qui a pu donner quelque crédit à l distinction qu'on a voulu établir entre la rage communiquée et la rage humaini spontanée (hydrophobie de quelques auteurs); mais une seule circonstance dan l'action d'une cause, quand, du reste, tous les effets sont semblables, peut-ell( légitimer une pareille distinction? L'on croit sans peine que la rage soit surve nue après des écarts dans le régime, des excès de table ou autres, après un excè de fatigue , à la suite d'un travail long-temps continué sous un soleil brûlant on sait , et de reste , quelle peut être l'influence de causes aussi excitantes sui les appareils de l'innervation.

Mais toutes ces causes, même portées au plus haut degré qu'elles puissen atteindre, ne produisent ni toujours ni inévitablement la rage; et sur un nombri donné de personnes mordues par un même animal enragé, toutes ne contracten! ■( pas la rage. Il faut donc de toute nécessité admettre, pour la rage comme poui; , les autres maladies virulentes, une disposition individuelle , sans laquelle I; |ll contagion ne saurait avoir lieu , ni la rage se développer spontanément. Ces 1' ce que semble du moins établir ce que nous avons dit précédemment sur la pré i^i férence que la maladie affecte pour certains animaux comme pour certains in f| dividus, même dans l'espèce Carnivore. De plus, on a pensé que cette disposi |i tion est moins rare chez les hommes d'un teuipérament nerveux , mélancoliqu<; 4 ou bilieux , que chez les autres. Beaucoup plus commune chez les chiens , cett( % disposition n'est pas non plus générale chez les animaux ; car , à Charenton oi t( a fait mordre inutilement le même chien à des époques différentes, par und ji trentaine d'animaux enragés : jamais on n'a pu développer la maladie chez lui; Combien de personnes rélraclaires à l'action du vaccin? C'est cette dispositioii particulière qui fait que, de deux personnes exposées à la contagion delà variole» de la syphilis , de la rougeole, une seule contractera la maladie : c'est elle seuk qui, plus ou moins prononcée, peut rendre raison des cas de rage spontanée) dans l'espèce humaine , et des faits exceptionnels d'immunité ; mais , commé rien n'indique que , sur plusieurs personnes mordues par un animal enragé ;| telle sera préservée et telle autre prise de la maladie, il est bonde ne teniil compte de cette disposition spéciale que dans la théorie, et de soigner tous les blessés comme si tous devaient inévitablement devenir enragés sans cette pré-i caution. I

En résume, des observations et des expériences publiées jusqu'à ce jour sur la ra<'e communiquée, il parait résulter ces faits généraux : 1° que le véhicule du principe contagieux de la rage, est la bave ou la salive qui souille la boucha des animaux enragés; 2" que ce fluide semble avoir une plus grande activité) inoculé par l'animal lui-même pendant un accès ; 3» que l'unique voie de con-i tagion est l'introduction de la bave par une solution de continuité de la peau ou d'une membrane muqueuse ; 4» et que plus les animaux, observés ou soumis aux expérimentations , s'éloignent de l'organisation des carnivores , moins ils sont susceptibles , sinon de recevoir , au moins de communiquer la rage. Nous verrons plus tard si l'on ne pourrait pas tirer quelque induction de ce dernier) fait pour le traitement de la maladie.

Physiologie pathologique. Sj-mplômes , marche , durée , terminaison , diagnostic , pronostic. Il n entre pas dans notre plan de décrire les symptômes' de la rage dans tous les animaux chez lesquels on a pu l'observer; mais, comme,^ dans le nombre , il en est un qui , partageant nos demeures , nos habitudes domestiques, en devient ainsi la cause la plus ordinaire, parmi les hommes, nous croyons devoir dire en peu de mots quels sont à-peu-prés les symptômes et la marche de celte maladie chez le chien.

Quelque temps avant que la rage ne soit déclarée, l'animal est (riste, chagrin, hargneux: il a de l'aversion pour les alimens et les boissons , recherche l'ob»-) scurité et la solitude , témoigne un besoin extraordinaire de l'accouplement.) Cet état peut durer plusieurs jours : quelquefois il ne dure que peu d'heures. La maladie étant confirmée, l'animal abandonne la maison de son maître,? quelquefois y revient , d'autres fois n'y reparaît plus. Sa voix est altérée d'une *f manière toute particulière , devient rauque au point qu'à ce seul signe des per- IJ sonnes reconnaissent qu'il est enragé. Il court en chancelant, en baissant lai tête et les oreilles , la queue entre les jambes , ou la balançant comme quand il il veut mordre. Ce balancement particulier de la queue et l'altération de la voix |f sont donnés par quehjues personnes comme signes pathognomoniqucs delà l' rage chez le chien. Le poil de l'animal est terne , hérissé , les yeux sont hagards, '1 rouges , secs ; la gueide est ordinairement béante , la langue pendante, j< et couverte d'une bave blanchâtre. En cet état, le chien se jette sur les per- v sonnes qu'il rencontre , mais plus volontiers sur les animaux de son espèce, i' qu'il mord avec fureur. On a dit, mais il n'est pas prouvé , que les autres ani- |i maux fuient à l'aspect d'un animal enragé. L'accès peut durer ainsi d'une i\ demi-heure à une heure, après quoi l'animal , épuisé de fatigue, se relire dans ^1 un endroit obscur et isolé ; puis à quelques heures de là , plus tôt ou plus • tard , un nouvel accès se déclare , et, après trois ou quatre de ces accès, qui ] deviennent de plus en plus violons et rapprochés, l'animal finit par succomber, quelquefois au milieu des convulsions; d'autres fois dans le calme de l'épuisement.

La marche de la maladie et ses symptômes sont à-peu-près les mémos chez l'homme. ÏNlais, avant d'aller plus loin , nous avons à signaler un fait important dont on doit la communication , encore récente (1821), à deux médecins russes, MM. Salvatori et Maroclietti. Ces médecins ont constaté , le premier une seule j fois, M. Marochclti fort souvent, que , chez les animaux enragés comme chei

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es personnes qu'ils ont mordues, du troisième au neuvième jour après l'accilent, rarement plus tard, presque toujours il apparaît sous la langue, sur les ;dte's du frein , de petites pustules, de forme variable , renfermant une petite [uantité d'un liquide sanieux, de couleur jaunâtre et verdâlre. Depuis , l'exisence de ces pustules sublinguales a été constatée en France , en Italie, en Alemagne : c'est donc un fait qui paraît devoir être généralement admis ; la cauérisation de ces pustules, dit-on, empêche les progrès ultérieurs de la maladie; l'est maintenant ce qu'il s'agit de constater par des observations nombreuses •t décisives.

Quoi qu'il en soit, les plaies qui suivent la morsure des animaux enragés , outes choses égales d'ailleurs, se guérissent exactement comme celles qui seaient dues à la dent d'un animal en santé ; mais quelque temps après la morure , le pus ordinairement de trente à cinquante jours, quelquefois à l'occasion i'une chute , d'un coup reçu sur la cicatrice , d'autres fois spontanément, cellei devient le siège d'élancemens douloureux qui , de la partie blessée , se portent ers la gorge, qui en éprouve une constriction douloureuse • en même temps il y

douleur de tête gravative; les tempes sont comme serrées dans un étau; la cicarice devient violacée, se tuméfie, s'ulcère et laisse suinter une sérosité roussâtre.

Quand la maladie se déclare avant la cicatrisation entière des plaies, celles-ci s dessèchent ou donnent lieu , comme la cicatrice rouverte, à un suintement cro-sanguinolent , s'enflamment, deviennent livides , et leurs bords se renversât. A partir de ce moment, le malade se plaint de frissons irréguliers, d'un lalaise général, d'un sentiment de pesanteur vers l'épigastre , d'inappétence, 'une constriction plus marquée vers la gorge: il devient triste , morose , reise de manger , recherche la solitude , puis , dans les moniens de câline , relent dans le monde, pour le fuir de nouveau. 11 est en proie à des agitations )ntinuelles ; son sommeil est inquiet , troublé par des rêves pénibles et efayans ; d'autres fois sommeil profond, accablement dont on a peine h retirer is malades; bàillemens , soupirs , plaintes sourdes, frissonnemens de la peau 5 icousses , soubresauts des tendons; bientôt apparaissent des mouvemens conalsifs partiels ou généraux; sommeil plus rare, plus tourmenté, rêves plus ITrayans; en un mot, tous les symptômes augmentent de fréquence , d'intensité t de durée.

De nouveaux symptômes plus graves s'ajoutent aux précédens ; les momens e calme deviennent plus rares et plus courts ; toute sensation , même légère , s sensations inopinées surtout , renouvellent tous les accidens chez le made , qui éprouve des mouvemens intérieurs analogues. Les muscles de la resiration sont comme convulsés , et le malade se plaint d'étoufl'emens , d'opressions qui l'effraient. Perte du sommeil, déglutition d'abord difficile, doulouîuse, puis lout-à-fait impossible pour les liquides surtout ; face ordinairement île, exprimant l'anxiété, quelquefois rouge, exprimant la fureur, le plus •dinairemeut pouls sérié et un peu accéléré ; voix altérée , ordinairement luque; ventre tendu, souvent resserré; nausées , efforts pour vomir; fréiemment vomissemens de matières écumeuses ; quelquefois évacuations de latières verdâtres ; urines rares, cuisantes; le malade ne pouvant boire, soif lus vive , et, au moindre effort pour la satisfaire , les convulsions se renouillent toujours plus violentes. Le malade est effrayé de tout : la lumière la us douce , le bruit le plus léger, le moindre mouvement de l'air , tout le esse , l'irrite, devient pour lui un supplice et l'occasion de convulsions Freuses. Il est en proie à des sensations illusoires , à des terreurs paniques. Cependant on remarque encore entre les accès des intervalles d'une santé 'esque parfaite; puis pour la moindre cause , quelquefois spontanément , un )uvel accès a lieu plus violent que tous ceux qui l'ont précédé ; le malade urne , sa bouche est desséchée , sa soif extrême et il ne peut boire ; ou , s'il irvient , après bien des efforts , à faire tomber sur ses lèvres une goutte de linde , la douleur et l effroi sont si vifs qu'il rejette brusquement le vase loin de i et retombe dans des convulsions : la sensation la plus faible est insupporlaeet détermine une exacerbation.

Enfin les accès deviennent de plus en plus longs, de plus en plus fréquens, ! plus en plus effiayans ; le pouls devient plus serré et irrégulier , les frisson- ;mens et les transpirations sont presque continuels, les convulsions musculais portées au plus haut degré; les yeux égarés, menaçans. Le malade jette intinuellement , en crachotant, sa salive autour de lui : fureur menaçante en âme temps que crainte de tout ce qui l'environne ; fort souvent , priapisme ou rmphomanie; quelquefois cris affreux, mouvemens désordonnés dans tout le rps, d'autres fois stupeur. Souvent alors, dans les momens de calme, l'hydrolobie cesse , et les malades demandent des boissons qu'ils prennent avec assez : facilité : quelques-uns remercient affectueusement des soins qu'on leur progue, demandent qu'on excuse les emportemens auxquels ils sont livrés; ou en invitent les personnes qui les entourent à se retirer dans la crainte de les ordre. Puis , enfin, les accès se confondent tellement que la malade , épuisé , ccombe soit au milieu d'un accès, soit dans un moment de calme. Telle est la marche , et tels sont les symptômes les plus ordinaires de la rage ins l'homme : mais ces symptômes , comme en général il arrive pour toutes les itres maladies , ne se trouvent pas tous constamment réunis. Les accès sont us ou moins violons , selon l'état moral des malades et leur constitution plus 1 moins irritable ; ceux qui craignent la douleur , ou sont effrayés , présentent s symptômes beaucoup plus graves. Les soins divers que l'on donne aux macles donnent lieu à des différences dans les symptômes. Parmi ceux-ci , quelles uns, qui sont sans doute moins en rapport avec l'organisation du malade, 1 manquent totalement, ou sont à peine marqués. Il n'est pas jusqu'à l'hydrolobie qui ne manque quelquefois : on a des observations de rage communiquée ,

dans lesquelles elle a été à peine sensible, ou même ne s'est pas montrée. Les douleurs dans la cicatrice, non plus que son ulcération, ne s'observent pas dans tous les cas ; les pustules sublinguales elles-mêmes n'ont pas toujours été rencontrées; quelquefois en leur place, on n'a trouvé qu'un développement considérable de cryptes muqueux qui tapissent la face intérieure de la langue et l'intérieur de la bouche. Maison définitive l'hydrophobie , la présence de l'écume dans la bouche des malades, le crachotement continuel, les mouvememcus convulsifs , l'apparition des pustules sublinguales sont les symptômes les plus constans de la rage confirmée. H serait curieux de rechercher si ces pustules n'existent point égaleuient dans le cas de rage spontanée.

La durée de la rage communiquée à l'homme par la morsure d'un animal enragé , n'est pas la même dans tous les cas ; ces différences de durée portent uniquement sur la période d'incubation, qui varie d'une part, en raison du plus ou moins de disposition du blessé à contracter la rage ; et de l'autre, eu raison des soins et des précautions dont on l'a entouré.

On a pu voir par la description que nous avons donnée de la marche et des symptômes de la rage , qu'il est facile de partager la durée totale de la maladie en trois périodes assez tranchées : La premièr^, dite d'incubation , comprend depuis l'instant de la morsure jusqu'à celui de l'apparition des symptômes précurseurs de la rage confirmée ; elle varie depuis quelques jours jusqu'à quelques mois, le plus ordinairement elle est de trente à cinquante jours : on a prétendu qu'elle pouvait embrasser plusieurs mois et même plusieurs années, mais les observations de rage développée plusieurs années après la morsure d'un animal même enragé, ne méritent en général aucune confiance comme faits de rage communiquée. La seconde période , symptômes précurseurs, date du moment où les premières douleurs se manifestent dans la cicatrice jusqu'à celui où l liydrophohie se déclare; elle ne dure guère que de quatre à six jours au plus. Enfin la troisième et dernière période , rage confirmée, comprend le temps qui s'écoule entre l'appurition de 1 hydrophobie et la terminaison de la maladie par la mort ou la guérison. Dans le premier cas , sa durée est toujours fort courte ; dans le second elle est illimitée.

Quelque pénible que soit cet aveu , il faut le faire : la terminaison la plus ordinaire de la rage une fois déclarée , c'est la mort , que le malade soit abandonné à lui-même ou secouru par l'art, à moins qu'il ne soit dans la première période de la maladie. On a prétendu, cependant , avoir vu des guérisons spontanées de rage bien confirmée. Certains praticiens assurent aussi qu'après la guérison, les malades restent exposés à des récidives.

Le diagnostic de la rage, même spontanée , ne saurait être long-temps douteux : pourtant, il est quelques maladies qui peuvent la simuler. Ainsi des personnes qui ont été mordues par des animaux qu'elles croyaient enragés , ont présenté des névroses analogues aux symptômes de la rage : des individus qui avaient été une première fois atteints de la rage, ont éprouvé le retour d'acci- (lens assez semblables aux premiers , mais en général , sans la même violence. Des auteurs ont prétendu que quelquefois on a pris pour des rages véritables d'autres maladies , telles que le tétanos , des méningites , ou des inflammations simples de la pulpe cérébrale; mais de pareilles erreurs ne sauraient être commises, ou être de longue durée, si l'on apporte une attention sérieuse dans l'examen des malades. Les symptômes que nous avons signalés comme les plus constans dans la rage , se retrouvent, il est vrai , dans quelques-unes de ces affections , mais isolés , et ne se succèdent pas dans le même ordre. Quand , à ces symptômes , se joignent la circonstance d'une morsure antérieure par un animai qu'on a lieu de croire enragé ,et l'ulcération de la cicatrice, il n'est pas possible de se méprendre sur la nature de la maladie, la rage est confirmée.

Le /^J'oreojti'c de la rage est toujours grave; mais il offre cependant quelques différences relativement aux différentes époques des périodes de la maladie, au nombre, à la forme et au siège des blessures; aux diflérentes saisons de l'année, et à quelques autres circonstances delà morsure. Ainsi les morsures d'un loup enragé qui , en général , s'élange au visage, sont, dit-on , plus dangereuses que celles du chien qui, ne s'élançantpas de la même manière, atteint plus fié(juemment la partie inférieure du tronc et des membres. De plusieurs personnes mordues dans le même moment et par un même animal , celles qui l'auront été les premières, celles qui l'auront été sans vêlemens, seront plus exposées que dans les circonstances opposées, la bave étant , dans le pi'emier cas , plus abondante, dans le second , plus parfaitement introduite dans la plaie; conséquemment , les morsures sont moins dangereuses n'étant point encore souillés tie bave , ou ne l'étant que fort peu. On a cru remarquer que pendant les saisons chaudes , dans les climats chauds, les morsures oflient plus de gravité; c'est une remarque que l'on a eu l'occasion de faire également à l'occasion des morsures de certains serpens : serait-ce que pendant cette époque de l'année et sous ces climats , l'absorption est plus prompte et ]ilus facile? Les blessures petites , étroites , sinueuses , profondes, sont eu général les plus graves; elles saignent mal , et il est plus difficile d'y atteindre et d'y détruire la cause du mal. Plusieurs morsures exposent à plus de dangers qu'une blessure unique, toutefois ceci souffre quelques exceptions ; car , les morsures faites à la partie supérieure du tronc , à la tète , au visage , au cou , dans la région sous-maxillaire , ont paru constamment donner lieu au plus prompt développement de la rage. Quant aux diverses périodes de la maladie , le pronostic est toujours très-grave dans la première : presque constamment funeste dans la seconde, il l'est davantage encore dans la troisième. C'est au point que des praticiens estimés sont persuadés que tous les moyèns , quels qu'ils soient, échouent contre la rage une fois confirmée.

Anatomie pathologique. Sié^^c et nature de la maladie. Dans ces derniers

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temps, des recherches d'analomie pathologique, bien faites, quoiqti'en petit nombre, semblent avoir établi à n'en plus douter, ce que la description des symptômes de la maladie a déjà fait pressentir, que c'est surtout dans les voies aériennes et dans les centres neri'euxj qu'il faut cliercher les lésions les plus constantes, les lésions essentielles à la rage. En effet, constamment la trachée et les bronches, quelquefois le larynx et le pharynx lui-même, ont offert une rougeur remarquable, mais toujours d'autant plus prononcée qu'on approchait davantage des divisions bronchiques. En même temps, la trachée et les divisions principales étaient obstruées par un liquide mousseux, blanchâtre, tout-à-fait semblable à celui qui remplissait la bouche des malades; ce qui ferait croire que c'est là que s'opère la sécrétion de celte mucosité écunieuse dans laquelle réside la propriété contagieuse de la rage. — La plèvre n'a rien offert de particulier.— Les poumons, d'un rouge brun, très-engorgés d'un sang noirâtre et fluide, ont à-peu-près toujours offert un emphysème remarquable dû, sans doute, à la rupture de quelc|ucs vésicules bronchiques pendant les efforts d'une respiration convulsive. Constamment l'intérieur de la bouche et les glandes salivaires n'ont offert aucune altération.

Mais le cerveau , la moelle épinière et leurs membranes ont constamment présenté des traces évidentes d'inflammation et de congestion sanguine. Ainsi, on a trouvé la substance de l'encéphale et la moelle épinière ramollies , plus ou moins fortement ecchymosées , injectées , engorgées par le sang et la sérosité, parsemées de taches écarlates plus ou moins vives^ plus ou moins étendues; les sinus cérébraux distendus par un sang noir et liquide, et les nombreux vaisseaux qui parcourent les membranes cranio-rachidiennes , fortement injectés ; les plexus choroïdes engorgés de sang brun. « Une sorte de petit plexus fermant en arrière la quatrième ventricule, et se prolongeant jusque entre l'origine de la huitième paire de nerfs et la partie correspondante du cerveau, a été trouvée aussi bien plus rouge que dans les cadavres dont le cerveau est sain. Ce plexus était tellement coloré en brun sur un sujet, qu'il paraissait ecchymosé. Ainsi les plus grandes lésions existeraient autour de la naissance des nerfs optiques et des nerfs pneumo-gastriques , qui semblent jouer un si grand rôle dans la rage. » ( Trolliet. )

Parmi les lésions anatomiques que nous venons de signaler, il en est quelques-unes que l'on ne peut certainement rapporter qu'à un état inflammatoire, h une violente excitation du système nerveux; mais beaucoup d'autres appartiennent au genre de mort auquel succombent les personnes atteintes de la rage (asphyxie); et quelques autres, évidemment survenues après la mort, sont de véritables altérations cadavériques.

Quoi qu'on en ait dit, on ne rencontre dans les voies digestives aucune altération bien prononcée qui paraisse lice à la maladie qui nous occupe. En général , on trouve le sang fluide, non coagulable; et c'est une remarque anciennement faite que les cadavres des animaux morts de la rage , se putréfient trèspromplement. Ces circonstances, du reste, ne sont pas particulières à la rage; on les retrouve dans les cadavres des individus qui ont succombé à la tièvre typhoïde , à une phlébite, aux morsures de certains serpens, à l'asphyxie par le charbon , etc. Enfin on les retrouve constamment dans toutes les maladies qui «emblent dues à une infection générale.

Considérée dans ses effets, dans son mode d'inoculation , de développement et dans quelques-uns de ses symptômes, la rage nous offre de l'analogie avec les maladies virulentes et tout à-la-fois avec le tétanos, les névroses et les inflammations des centres nerveux portées au plus haut degré. Aussi, est-ce àpeu-près toujours dans le système nerveux que ceux qui se sont spécialement occupés de la rage, en ont placé le siège; et dans un empoisonnemeut spécial que, pour la plupart, ils en ont trouve la cause. En effet, on peut donner, en preuve de la nature virulente de la rage, la période d'incubation qui en précède le développement, la manière dont on la transmet à volonté par inoculation comme la variole, la vaccine, la syphilis, de même que l'on produit à volonté des phlébites, des fièvres typhoïdes, en injectant dans les veines ou dans le tissu-cellulaire sous cutané , soit des matières animales en putréfaction , soit du pus vicié , soit la matière des lochies viciée pendant le cours d'une fièvre puerpérale (phlébite utérine); enfin une autre preuve peut se déduire encore de l'état des liquides après la mort et de la prompte putréfaction des cadavres. Les terreurs qui saisissent les malades spontanément ou pour les moindres causes, les mouvemens désordonnés de tous les muscles, l'cxlrème sensibilité' de tous les organes des sens, les lésions observées après la mort dans le système nerveux, n'ont pas permis davantage de méconnaître l'intervention et la lésion de ce système dans les symptômes de la rage.

En résumé , l'opinion la plus générale et la plus probable , considère la rage comme le résultat d'un empoisonnement de nature particulière, dont l'action , quoique générale, se porte spécialement sur le système nerveux.

Traitement. Quel que soit le principe raorbifique de la rage, quelle que soit la condition physiologique nécessaire à son développement, quelle que soit la modification organique qui la constitue , il est impossible , nous le répétons, de ne pas voir dans l'appréciation de ses symptômes une affection des centres nerveux. Telle est aussi l'opinion de plusieurs auteurs qui ont fait de de celle maladie le sujet de leur méditations ( Chaussier , Gorcy , Guériu de Mammers , etc.). La simultanéité des désoi-dres des appareils sensilifet locomoteur , l'excessive exagération de toutes les sensations et de tous les mouvemens , tels que le délire , les visions fantasiiques , l'état convulsif général ou partiel , le priapisme, etc. , qui acquièrent le plus violent, le plus haut degré d'exacerbation par la vue des corps polis , par la simple impression de la lumière , du bruit, des odeurs , par le simple contact de l'air , tout semble con-

firmer cette vérité ; et ce qui n'est pas moins démontré par la plus triste expérience, c'est que les individus atteints de rage succombent le plus constamment dans un état d'asphyxie, de la même manière que les sujets affectés de tétanos , quelquefois de la même manière que les épileptiques.

En appliquant toutes ces données au traitement de la rage, en déduisant les indications de la nature des causes; de la forme et de la marche des symptômes, il est évident que tous les moyens thérapeutiques qu'il est permis d'opposer à cette maladie, doivent tendre à un triple but , savoir :

1". Neutraliser l'action ou arrêter l'absorption du principe matériel de la rage ;

2". Atténuer, détruire autant que possible , l'aptitude individuelle à l'incubation du principe rabiétique , eu plaçant autant que possible le sujet dans les conditions physiologiques les plus défavorables à cettei ncubation ;

3°. Combattre enfin la maladie elle-même dans ses symptômes généraux et essentiels par tous les moyens que le raisonnement et l'expérience permettent de lui opposer.

L Moyens locaux. Les premiers secours à donner à une personne qui vient d'èlrc mordue par un animal enrage sont uniquement relatifs à la blessure ; ils constituent le traitement local , la partie la plus importante de la thérapeutique de la rage communiquée, puisqu'elle comprend les seuls moyens sur lesquels on puisse raisonnablement asseoir quelque espérance de succès. Plusieurs moyens se présentent pour remplir les premières indications que nous avons établies , mais il est essentiel que les secours soient administrés au plus tôt; ce n'est que sous cette condition qu'on peut espérer , d'une part, dei neutraliser l'action du principe matériel de la rage ; de l'autre , d'en empêcher: l'absorption. Ainsi donc , après avoir au plus tôt incisé largement et profondément pour les agrandir et en mettre le fond à découvert , les plaies étroites ou sinueuses qui sont le plus à redouter, l'on doit laver abondamment et longtemps toutes les plaies pour les faire bien saigner dans le but d'entraîner le virus qui peut y avoir été déposé par la dent de l'animal. On a proposé pour ces lotions une foule de liquides différens ; entre autres la lessive des savonniers, l'eau froide ou chaude , simple ou chargée de dissolutions d hydrochlorate de soude, de potasse, de savon, de chlorures de chaux ou de soude, dans le but de neutraliser, s'il est possible, en le décomposant, le principe de la rage inoculé avec la bave. Puis deux moyens restent encore pour prévenir l'absoplion des portions de virus qui n'auraient pas été entraînées ou décom-l posées par les lotions. Ces moyens sont : la succion et la ventouse qui suspen dent l'absorption, et la cautérisation qui, en même temps qu'elle détruit immédiatement le principe de 1ï rage dans la plaie , désorganise les tissus et les rend incapables d'absorption. Mais comme il n'est pas absolument prouvé que la succion de la plaie, qui suit la morsure d'un animal enragé , soit sans aucun danger, on lui subtituera la ventouse, qui en présente tous les avantages , sam en avoir les inconvéniens. Celle-ci sera appliquée avec soin , à différentes' reprises sur toutes les plaies, préalablement débridées et bien lavées; à défaut d'une ventouse, ou même pendant qu'on se livre au nettoiement des plaies, on pourrait placer au-dessus de celles-ci , quand leur situation le permet , une ligature fortement serrée , dans l'intention de ralentir l'absorption de la bave» dont elles sont souillées. Puis enfin on aura recours à la cautérisation.

Autant que possible , on devra préférer le fer rouge aux autres moyens dei i' cautérisation ; mais, comme d'une part , avec le cautère actuel on ne peut paslii toujours atteindre le fond de toutes les plaies , et qu'il est des personnes que^ab cet appareil affraie; et comme d'une autre part, il ne serait pas sans incovéniensi(»« dans quelques cas, soit à cause du voisinage d'un gros tronc nerveux ou vascu-f/ili laire, soit à cause de la situation de plaies, au col, s,ur la peau du crâne, aux pau-l pières, aux mains, aux articulations par exemple , on lui substitue souvent, avec' avantage, les caustiques qui s'insinuent dans les plaies. C'est le plus communément' au deutochlorure d'antimoine qu'on donne la préférence ; mais à son défaut,! (Ji on pourrait indifféremment se servir de tous les acides ou alcalis concentrés:'' celui qu'on pourra se procurer le plus promptement sera le meilleur , il est im-'l portant d'agir vite , car la durée de la période d'incubation n'a été quelquefois ' w que de peu d'instans. Quel que soit le mode de cautérisation que l'on ait pré--tl|il féré, les plaies devront, avant fout, être parfaitement desséchées , la cautéri-' salion en sera plus complète et partant plus sûre ; dans quelques cas les bords! ou les lambeaux fortement contus, ecchymosés , devront être réséqués ; si l'on se sert de fer rouge, il faut choisir les cautères les mieux adaptés à la forme et m à l'étendue des plaies , et ne pas craindre de les porter profondément et à diver- > ses reprises dans chacune de celles qu'on aura pu découvrir; dans ces cas, mieux vaut plus que moins de hardiesse. Si c'était une partie saillante , l'extré- , mité d'un doigt, le lobule de l'oreille, etc. , qui eût été mordue, il vaudrait' mieux l'enlever que de la cautériser.

Si l'on se sert des caustiques , après les mêmes précautions que nous avons indiquées pour la cautérisation par le fer rouge , on prend un tampon de charpie ; bien serré, ou 1 imbide complètement du caustique, et on l'introduit , aussi' profondément que possible , dans la plaie ; ensuite on entoure celle-ci d'autres ' bourdonnets de charpie pour préserver les parties voisines de l'action du causli- ' que , qu'il n'est jamais possible délimiter d'une manière exacte, circonstance qui a fait préférer , par plusieurs praticiens, les caustiques chimiques au fer i rouge, dont l'action , selon eux , est toujours superficielle- Un pluniasseau de charpie, une compresse et un bandage roulé, ou des bandelettes agglutinatives , complètent l'appareil. Si l'on avait employé un causiique solide, on le maintiendrait de la même manière, dans les plaies. L'escarrhe formée , sis ou ; huit heures après l'application du caustique , on lèvera l'appareil et les plaies |

RAGE

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