‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource] (volume 2)Chapitre 231 sur 311 · RATE · texte numérisé non relu

RATE

trie d'une famille, ou s'il ne se sent pas assez fort pour faire un sacrifice à son amour-propre qu'il demande un ou plusieurs adjoints sous un prétexte quelconque, mais dans le but réel de porter un jugement consciencieux et avec connaissance de cause.

Rapports d'estimation. Devaux a établi à l'égard des rapports d'estimation des préceptes généraux trop exacts et trop justes pour ne pas les rapporter ici.

Outre les règles générales exposées pour la confection des rapports , il faut :

lo. Marquer en marge du mémoire qui a été présenté , le jugement porté sur chaque article, pour prouver que Ton fait droit sur tous avec l'exactitude requise ;

2». Si l'on réduit le prix d'un article à une moindre somme , cette somme modifiée doit être marquée en chiffres ;

3°. Lorsque l'on ne trouve rien à retrancher , on doit mettre en marge le mot bon ;

i°. Le travail terminé , on doit le certifier au bas du mémoire ;

5°. Dans l'appréciation des honoraires réclamés par la partie intéressée , il faudra avoir égard à la nature et à la gravité de la maladie , aux soins qu'elle a dû nécessiter, à sa durée , aux pansemens dont elle a été l'objet , à la proximité ou à l'éloignement du malade et surtout à la qualité et à la fortune de ce dernier ;

6». S'il s'agissait de la fourniture d'un médicament , on devrait adopter un prix moyen auquel des substances sont débitées chez les pharmaciens.

( AlPH. DEVEnCIE. )

RASORISME. Doctrine qui emprunte son nom de celui de son auteur ( Rasori ) , et par laquelle ses sectateurs proposent de diminuer l'excitation ou la force vitale, en faisant perdre à l'agent qui la produit une partie de son énergie par un effet d'antagonisme ou de comtro-stiml'lisme.

Celte doctrine, enfantée du brownisrae, dont elle n'est qu'une sorte de monstruosité, en diffère en ce que , tandis que Brown considère tous les corps de la nature comme stimulans des organes , Rasori pense, au contraire, qu'une foule de substances agissent en déprimant l'énergie des stimulans, en affaiblissant l'excitation morbide. Déplus, contrairement à Brown, Rasori admet que tontes les maladies sont sthéniques, et de là, suivant lui, la nécessité de recourir à .me classe de médicamens capables d'agir sur l'excitabilité d'une manière conraire a. l'action des stimulans, c'est-à-dire à l'usage des contro-stimclahs. ( f^ojez ce mot. ) ( P. Jollt. )

RATAWHIA. s. f. Ce nom est cel ui que l'on donne , au Pérou , dans la province de Huanuco , à la racine de la kmmevia-triandra ,. sous-arbrisseau de la étrandie monogynie de Linné et de la famille des polygalés de Jussieux. Ruiz, [ui a découvert cette plante en 1779, et qui plus tard l'a introduite dans la natiere médicale , s'étant servi du mot indien ratanhia pour désigner sa racine, ;e nom lui a été conservé.

La ratanhia qu'on trouve dans le commerce se présente en ramifications cyindriques dont le volume varie entre celui d'une plume à écrire et celui du petit loigt. Elle n'a qu'une odeur très-faible et peu caractérisée. La partie cenirale le cette racine, son raéditullium , est ligneuse et blanchâtre ; son écorce est ssez épaisse et d'un rouge qui, à la surface, est beaucoup plus foncé. La saveur le cette partie corticale est assez âpre, styptique , mordante, et offre un peu l'amertume. Dans le méditullium , cette saveur est beaucoup moins prononcée : ussi le regarde-t-on comme ayant une action bien moindre que celle de la ortion corticale.

Vogel , Gmelin, Peschicr, Trommsdorf , M. Soubeiran, elc , se sont occupés e r examen chimique de cette racine. Les résultats obtenus sont loin de conorder sur tous les points : cependant il est constant que la ratanhia contient ne quantité considérable de tannin qui , selon M. Soubeiran , se trouve à l'état hir , à celui d'apothème et h celui d'extractif. On trouve encore dans cette lacnie une faible proportion de gomme, un peu de fécule amylacée, une petite

Îantité de matière sucrée , du ligneux et un acide mal déterminé que Peschier jarde comme spécial, qu'il a nommé kramérique , et auquel il attribue la 'pticité de la ratanhia.

Cinq ans après avoir découvert le krameria-triandra , Ruiz apprit accideutelnent qu'on en connaissait depuis long-temps la racine à Lima , sous le nom racine pour les dents, parce qu'on s'en servait pour les nettoyer , rafl'eruiir gencives et colorer les lèvres : cette circonstance et la saveur remarquable- ;nt styptique et astringente que lui présenta cette racine, lui donnèrent l'idée

!j'on pourrait en tirer un parti avantageux dans certaines hémorrhagies. 11 ;épara en conséquence un extrait de ratanhia et lui ayant trouvé une saveur !aucoup plus austère qu'à ceux de torn.^ntille , de historié , de pied-de-lion et ( beaucoup d'autres médicamens simples et composés que l'on emploie iiitésurement comnie styptiques , il chercha et trouva bientôt l'occasion d'ailiuistrer ce nouveau médicament dans les cas où l'on a préconisé ceux-ci. Des iccès furent obtenus , et voilà comment furent découvertes les propriétés une plante qui , aujourd'hui , occupe dans la matière médicale une place ■itinguée.

La ratanhia jouit à un degré remarquable de la propriété astringente; est-à-dire qu'on peut, au moyen de cette racine , faire que des organes cpn issaient le sang ou d'autres humeurs s'échapper , retrouvent la faculté de s retenir. La saveur et la composition chimique de cette racine font déjà (ressentir cette propriété que l'expérience thérapeutique a mise hors de toute nntestalion.

DlCT. DE MtDEClME ET DE CHIRURGIE PR.\Tl<^t ES.

Des hémorrhagies plus ou moins abondantes qui se faisaient par la surface des voies digeslives, et qui se manifestaient par des vomissemens ou des évacuations alvines de sang , ont été arrêtées par la ratanhia : Ruiz , Hurtado et beaucoup d'autres auteurs en ont rapporté des exemples. On en trouve un qui a été recueilli dans les salles de M. Andral , dans le no du 27 octobre 183 1 de la Lancette française. Des diarrhées muqueuses , abondantes , ont été aussi arrêtées au moyen de ce médicament. C'est M. Hurtado qui le premier l'a employé dans ce cas : ce médecin a eu depuis un grand nombre d'imitateurs , particulièrement pendant l'épidémie de 1832. Dans ces affections du canal digestif, la ratanhia avait été introduite en extrait ou en décoction dans le canal : aussi pourrait -on croire qu'elle ne produit l'astriclion que sur les surfaces avec lesquelles on la met en contact, si une multitude de faits ne prouvaient que cette condition est loin d'être indispensable pour que l'effet, dont nous parlons , ait lieu.

Il est bien constant qu'on peut arrêter , au moyen de la ratanhia administrée à l'intérieur, des hémorrhagies ou des écoulemens muqueux qui se feraient par des organes plus ou moins éloignés du tube digestif. Ainsi des observations multipliées prouvent que des hémorrhagies utérines qui avaient résisté à divers moyens , souvent efficaces , ont cédé promptement à l'administration de la ratanhia. On cite des cas d'épistaxis, d'hémoptysie , d'hématurie où un résultat semblable a été obtenu. Hurtado rapporte plusieurs exemples de leucorrhée excessive , où le flux muqueux a été arrêté par ce moyen : le même auteur donne l'observation d'une blennorrhée rebelle qui fut guérie de la même manière. Il est donc bien établi que par le seul fait de l'introduction de la ratanhia dans les voies digeslives , on peut arrêter des flux de liquides blancs ou de sang qui se feraient par d'autres surfaces.

Des pareils résultats ont été plus d'une fois obtenus à l'aide d'autres astringens. Resterait à savoir quel est le rang que la ratanhia doit occuper au milieu d'eux. Or, d'après les faits publiés par les auteurs et d'après mon expérience propre, je considère ce rang comme devant être un des premiers.

11 y aurait encore une autre question à examiner : quels sont les cas de flu.\ sanguin ou muqueux où il convient de prescrire la ratanhia ? Mais l'on conçoit que cette question d'opportunité s'applique non-seulement à cette racine, mais encore au cachou , au sang dragon , à la gomme kino, à la bistorte, à la tormenlille, enfin à tous les médicamens qui composent la série des astringens. Je me bornerai donc à dire que l'on s'accorde à rejeter ces agens quand le flux s'accompagne de symptômes soit locaux , soit généraux, prononcés d'inflammation : que l'on regarde la ratanhia et les modificateurs analogues , comme devant être préférés lorsque ces symptômes n'existent pas , lorsque le sujet est très-afl'aibli soit par le flux lui-même, soit par le traitement antiphlogislique employé, ou enfin lorsqu'il y a de ces signes généraux d'adynamie, d'alaxie , qui semblent indiquer l'existence d'un principe typhoïde.

Ainsi M. Foureau de Beauregard , qui considère la fièvre jaune comme une maladie essentiellement hémorrhagique , c'est-à-dire comme un scorbut sou.s une forme très-aiguë, à préconisé contre cette affection la ratanhia , qui parait effectivement avoir réussi entre les mains de M. Chabert, à la Véra-Crux ( Revue médicale , 1829, t. IV, p. 304). Toutefois il ne faudrait pas croire que l'existence de quelques signes d'irritation contre-imliqueraient ce médicament. Je l'ai vu réussir dans des cas de ménorrhagic, malgré des symptômes non équivoques d'irritation utérine. Des faits semblables sont rapportes par Hurtado ; M. Chauffard est parvenu chez une dame qui présentait tous les indices d'un avortement prochain , et particulièrement un écoulement de sang par la vulve , des douleurs dans les lombes , etc. , à dissiper ces symptômes à l'aide de la ratanhia. On peut même quelquefois , avec ce médicament, suspendre pour un temps plus ou moins long les hémorrhagies utérines, bien que le tissu mêmede la matrice soit altéré.

Les préparations de ratanhia , que l'on emploie le plus, sont la décoction et surtout l'extrait. Celui dont Ruiz et Hurtado se servaient et dont on s'est le plus servi, est l'extrait aqueux. Le codex prescrit de préparer l'extrait de ratanhia en épuisant cette racine par de l'alcool à 22", et en faisant évaporer les teintures pour séparer le véhicule. M. Soubeiran a démontré que l'extrait par l'infusion aqueusecontient une proportion beaucoup plus forte de tannin que ceux que l'on obtient par décoction ou au moyen de l'alcool, d'où il conclut que cet extrait est celui que l'on devrait préférer (Bulletin de thérapeutique , t. v , p. 91). L'extrait de ratanhia se donne depuis un demi-gros jusqu'à un gros , dose que l'on peut , dans des cas pressans , répéter plusieurs fois dans une journée. Pour faire la décoction, on met depuis un gros jusqu'à une once par pinte. M. Soubeiran legarde l'infusion comme beaucoup plus active. On donne quelquefois la poudre de ratanhia à dose double de celle de l'extrait. On a aussi employé un vin et un alcool de ratanhia. (Léop. Deslakdes.)

RATE ( Maladies de la), s. f. Lien , irir/i;'j. L'obscurité qui règne sur la jiliysiologie de la rate couvre aussi sa pathologie. A peine sait-on quelque chose sur son inflammation et ses désorganisations ; ses maladies chii urgicales sont seules passablement connues. Cela seul prouverait que cet organe n'a qu'un rôle peu important et tout-à-fait secondai) e à remplir dans l'économie, si de nombreuses expériences desquelles il résulte que l'on peut impunément retrancher cet organe sur les animaux , si les faits d anatomie pathologique le faisant voir chaque jour complètement induré, atrophié ou désorganisé , sans que la régularité des fonctions ait été troublée pendant la vie , ne l'avaient surabonilamment démontré. Une seule fonction lui parait dévolue, fonction obscure, passive, plus mécanique que vitale , parfaitement en harmonie du reste avec sa lexture cellulo-vasculaire et comme spongieuse, c'est celle de servir de réser-

RECTUM

RECTUM

voir au sang veineux dans les cas où ce liquide est fortement refoulé vers les organes intérieurs , comme cela arrive , par exemple , dans la course et dans le frisson des fièvres intermittentes. Aussi là maladie la plus fréquente dont il soit affecté, est-elle obscure , passive, toute mécanique , c'est son engorgement sanguin.

Cet engorgement accompagne presque constamment les fièvres intermittentes dans lesquelles le frisson est violent ou qui ont un grand nombre d'accès, dans celles des marais principalement. C'est sur ce fait que s'appuient les auteurs qui placent le siège de ces fièvres dans la rate ; ils prennent évidemment ici l effet pour la cause. D abord Tengorgement se dissipe avec l'accès, mais peu-à-peu l'organe cède à la distension, il ne chasse plus qu'incomplètement le sang qui remplit ses cellules , et si la cause persiste et se répète , il finit par acquérir un volume plus ou moins considérable. La rate alors gêne par son poids, elle devient douloureuse dans la marche rapide et à chaque retour des accès de fièvre intermittente , et plus tard cette lésion purement mécanique peut dégénérer en une pblegraasie chronique de l organe. C'est même ainsi que naissent la plupart des splénites , toutes peut-être à l'exception de celles qui résultent de l'aclion directe des violences extérieures et des inflammations du péritoine qui se communiquent à la rate par voie de continuité (f^oj-ez Splémie). Les cancers et les ramollissemens de la rate n'ont presque jamais d'autre origine. Enfin, la rupture même de cet organe , excepté toujours dans les cas de violence extdrieure , est encore une conséquence de cette première lésion. Elle ne survient, en effet, que chez les individus qui ont eu de iiombreu.'s accès de fièvre intermittente, et dont la rate s'est engorgée d'abord, puis ramollie , et c'est toujours pendant le frisson d'un dernier accès que cet accident arrive. Ces ruptures ne sont pas rares dans les pays marécageux ; c'est par elles que finissent un grand nombre des malheureux habitans des marais Pontins. Ainsi donc, la plupart des maladies non chirurgicales de la rate ont pour point de départ un engorgement mécanique de cet organe; cela nous explique leur extrême rareté au sein des populations qui ne sont pas soumises à l'influence des miasmes des marais.

Cependant la rate est susceptible , quoique très-rarement, de contracter primitivement toutes les maladies auxquelles sont exposés les autres organes. Elle peut s'enflammer, devenir le siège d'un ou plusieurs abcès, renfermer des hydatides, des tubercules, contenir plusieurs tumeurs squirrheuses ou être complètement convertie en une seule masse cancéreuse, s'atrophier, s'indurer, et même s'ossifier. On a rencontré toutes ces lésions dans les cadavres. Mais ces maladies sont beaucoup mieux connues des anatomo-pathologistes que des praticiens ; la plupart naissent et se développent si sourdement , elles excitent si peu de troubles fonctionnels, que rarement on en soupçonne même l'existence pendant la vie. Dans quelques cas, cependant, on peut reconnaître la splénite aiguë , au siège de la douleur , à la nature de la cause qui l'a provoquée , et à l'absence des signes de la péritonite. L'accroissement du volume de la rate, la tumeur qu'elle forme sous les côtes asternales gauches, et la forme même de cette tumeur, permettent aussi de diagnostiquer quelquefois les désorganisations de cet organe, mais il reste toujours difficile, pour ne pas dire impossible, de préciser la nature de la désorganisation dont il est frappé. ( Voyez Htdatides ,

TDBERCULES , CANCERS.)

La rate peut être contuse par un choc extérieur, blessée par un instrument tranchant, faire hernie et se gangréner à la suite d'une plaie des parois abdominales, enfin elle se rompt quelquefois dans les chutes d'un endroit élevé ou à l'occasion de coups violens ou répétés. On soupçonne plutôt sa contusion qu'on ne la reconnaît réellement; ses blessures par des instrumens piquans ou tranchans se reconnaissent au siège, à la direction et à la profondeur de la plaie, et à la grande quantité et à la couleur noire du sang qui s'échappe au dehors; sa hernie et sa gangrène ne peuvent pas être méconnues ; enfin sa rupture, immédiatement suivie d'un épanchemeut considérable de sang dans l'abdomen, donne lieu promptement aux accidens d'une violente péritonite qui entraîne toujours une mort rapide. Il est rare que la rate se rompe si elle n'était déjà ramollie ou désorganisée par une maladie antérieure. {Voyez Contusions, plaies, hernies

et RUPTURES.)

Nous ne parlons ni de l'atrophie, ni de l'induration, ni de l'ossification de la rate ; ces désordres ne sont en général reconnus que sur les cadavres, et presque toujours les individus qui en étaient porteurs n'en avaient éprouvé aucun dérangement dans leur santé.

Une seule conséquence pratique découle de tout ce qui précède, c'est que la rate n'est point accessible aux agens médicamenteux, et que les moyens de traitement dans ses diverses maladies doivent être locaux. Cependant le sulfate de quinine dissipe assez fréquemment les anciens engorgemens de cet organe produits par des accès de fièvro intermittente. Mais ce n'est là qu'une exception à la règle, qui ne peut l'infirmer. (L. Ch. Roche.)

RECTUM, s. m. dernière portion , portion pelvienne du gros intestin, le rectum n'a pas de limites tranchées supérieurement ; il s'étend depuis la symphyse sacro-iliaque gauche , jusqu'à l'anus.

Akatomie. Le rectum est placé à gauche de la ligne médiane dans ses cinq sixièmes supérieurs ; tandis qu'il occupe cette ligne intérieurement , dans l'épaisseur du plancher du bassin, ou périnée. Quelques personnes ont l'eprésenté cet intestin comme un peu dévié à droite au-dessus de l'anus ; cette disposition serait bien faite pour enhardir les chirurgiens dans les opérations qu'ils ])ratiquent sur le côté gauche du périnée; mais malheureusement elle n'existe pas ; de sorte qu'à moins de convenances étrangères à l'anatomie , les opérations périnéales , dans lesquelles on redoute la lésion du rectum, peuvent tout aussi bien être pratiquées sur le côté droit, que sur le côté gauche de cette région.

Le rectum décrit une courbe sigmoide dans son trajet : d abord concave supérieurement dans la plus grande partie de son étendue, il se recourbe un peu ! en sens inverse tout-à-fait en bas.

A son origine vers l'extrémité inférieure de l'S romaine du colon, le rectum offre quelquefois un rétrécissement; il se dilate constamment plus bas, audessus de l'anus et forme une cavité ovoïde , cu/-f/e iac t^a rectu/w; enfin au niveau de l'anus , il se rétrécit beaucoup en se terminant.

Extérieurement le rectum offre des rapports fort importans avec les organes qui l'entourent: il est revêtu par le péritoine dans ses cinq sixièmes supérieurs, et privé de tout rapport avec cette membrane dans son sixième inférieur. Il traverse la partie postérieure des aponévroses supérieure et moyenne du périnée.

En arrière , supérieurement , le rectum est lié à la partie postérieure et gauche du bassin par le méso-rectum , tandis qu'inférieu rement, il est plongé dans le tissu cellulaire lâche qui entoure le coccyx.

En auant et en haut , le rectum est séparé de la vessie chez l'homme , de la matrice et du vagin , chez la femme, par une dépression péritouéale profonde , dans laquelle descendent souvent des anses d'intestin grêle ; tandis qu'en bas , il est uni immédiatement à la partie postérieure du vagin ou au bas-fond de la vessie , de manière à constituer la cloison recto-uaginale ou la cloison reclol'ésicale. Au-delà de ces cloisons , le rectum est séparé du vagin , d'un côté, de la vessie et de l'urèthre , de l'autre, par un espace triangulaire, dont le sommet est en haut et la base en bas. Du tissu fibrocellulaire , de la graisse , des vaisseaux et les extrémités correspondantes des muscles sphincters de l'anus et du vagin remplissent cet espace chez la femme; il est occupé, chez l'homme, par la prostate , par une partie des aponévroses moyenne et antérieure du périnée, ])ar les extrémités correspondantes des muscles sphincters de l'anus bulbocaverneux , par des vaisseaux peu importans , et par du tissu cellulo-graisseux. Le péritoine descend sur la partie antérieure du rectum jusqu'à trois pouces six lignes de l'anus , terme moyen , chez l'homme , jusqu'à deux pouces au plus, chez la femme. Ainsi M. Lisfranc s'est doublement trompé dans les mesures qu'il a données à cet égard dans son mémoire sur l'excision du rectum; car, d'un côté, il suppose que le péritoine descend beaucoup plus bas que je viens de le dire, ce qui n'est pas exact, et de l'autre, il affirme qu'il descend moins bas chez la femme que chez l'homme.

Sur les côtés , le rectum est en rapport avec le péritoine , en haut, et avec le muscle releveur de l'anus , en bas.

Indépendamment des rétrécissemens et de la dilatation que présente la cavité du rectum dans certains points, elle est encore traversée par des saillies longitudinales , appelées colonnes du rectum , et par des plis , sortes de falvules transversales , sur lesquelles le docteur Houston a particulièrement éveillé l'at- ' tention dans ces derniers temps; valvules analogues à celles qui abondent dans' le reste du gros intestin, et qui le subdivisent en loges.

De nombreux follicules s'ouvrent sur la surface du rectum, au-dessus de l'anus particulièrement ; ceux qui occupent le dernier point, ont leur goulot naturellement dirigé en haut , comme la membrane muqueuse qui forme la partie inférieure de l'évasement ovoïde du rectum , ils sont bien disposés à recevoir les petits corps durs , un peu pointus , que recèlent parfois les matières fécales , et à s'en laisser engorger , comme cela arrive dans le principe de certaines 10flammations phlegmoneuses de la marge de l'anus.

Le rectum est tapissé à l'intérieur par la fin de la membrane muqueuse des voies digestives ; il est revêtu eu dehors par une tunique charnue très-belle, dont les fibres sont nombreuses , serrées les unes contre les autres , rouges comme celles des muscles du squelette , fibres dirigées longitudinalement en dehors et circulairement en dedans. Le péritoine , comme nous l'avons vu précédemment , n'existe que vers les cinq sixièmes supérieurs du rectum ; par conséquent il n'est pas un des élémens fondamentaux de cet intestin.

Des artères nombreuses et fort grosses arrivent au rectum de la mésentérique supérieure , de l'hypogastrique et de la honteuse interne, sous les noms d'Aemorrhoïdales supérieures , moyennes et injlérieures. Les veine* y abondent également , elles se rendent, la plupart, dans la petite veine niésaraique , commencent le système de la veine-porte , et sont dépourvues de valvules comme les autres branches qui dépendent de cette veine.

Le rectum n'offre pas toujours avec la vessie et le vagin les rapports qui ont été indiqués plus haut. Chez le fœtus et chez les plus jeunes enfans , cet intestin est libre d'union avec ces parties; le péritoine descend très bas au-devant de lui , et les cloisons recto-vaginale et recto-vésicale n'existent pas. Les chirurgiens ne doivent pas un seul instant oublier cette circonstance anatomique dans les opérations qu'ils tentent sur la portion rectale du périnée ; plus d'uue faute grave, plus d une méprise funeste ont été commises à défaut de ces notions, qui ne sauraient pour celte raison devenir trop vulgaires.

L'évasement ovoïde de la partie inférieure du rectum est développé en raison directe de l'âge ; il est plus large chez l'homme que chez la femme; il est large surtout chez les individus qui ont été long-temps sujets à la constipation. Aussi doit-on grandement prendre en considération ces circonstances lors des opérations dans lesquelles on intéresse la partie rectale du périnée.

Pathologie. Le rectum peut être le siège de maladies variées , dont il importe au moins de donner le cadre dans cet article.

1". Mrésie, de «r^ijw; , qui nest pas perforé. On désigne ainsi l'imperforation de l'anus.

Il y a deux espèces d'atrésie : l'une congèniale , l'autre accidentelle. La dernière peut être le résultat d'affoctions carcinomateuses , syphilitiques , etc. H

RECTUM

RECTUM

, a été question dans diverses parties de ce dictionnaire. Nous ne devons par nscquent nous occuper ici que de la première.

L'atrésie comprend deux degrés principaux , auxquels se rattachent de notneuses variétés : tantôt Tanus manque complètement, tantôt il existe bien nformé, et l'oblitération est placée au-dessus de lui dans le rectum , à une luteur plus ou moins grande.

Lorsque l'anus manque complètement , nous avons constaté que le sphincter t absent , soit que Ton aperçoive du côté de la peau le lieu vers lequel l'ourture devait se développer, soit que rien de semblable ne se rencontre. Ce test d'une haute importance, car l'anus périnéal , que l'on établirait par le opération, dans ce cas , aurait tous les inconvéniens d'une fistule stercole ordinaire , et donnerait continuellement issue aux fèces. Chez les enfans isi conformés, le rectum se termine de diverses manières dans les voies uriires , dans les parties génitales ; et l'ouverture ou le canal de communication tre ces parties est fort étroit. Les auteurs ont également parlé d'ouverture de îtestin à l'ombilic , sur les côtés de l'abdomen , au-dessus du pubis , dans l'esce d'atrésie qui nous occupe ; mais ces états, en apparence différens, ne dif- •ent essentiellement du précédent , que parce qu'il y a alors double vice de nformation , savoir : ouverture du rectum dans la vessie, et extrophie de la ssip. , oujislule vésico- ombilicale.

Dans l'atrésie du rectum, lorsque l'anus persiste, il peut arriver deux choses : 1 l'oblitération a lieu au niveau même de l'anus, ou bien elle est plus ou lins supérieure à ce point; mais , dans l'un ou l'autre cas , le plus souvent Jjlitéralion est produite par une membrane plus ou moins résistante , et d'un su celluloso-muqueux. Cette membrane existe toujours , lorsque l'atrésie I nous occupe, a lieu au niveau de l'anus; dans le cas contraire, l'obturam a souvent pour cause un rétre'cissement organique du rectum. Quoi qu'il

soit, dans l'atrésie avec persistance de l'anus , l'ouverture du rectum dans i voies urinaires ou génitales, peut se rencontrer encore , mais d'une manière )ins fréquente que dans l'atrésie avec l'absence de l'anus. Le défaut d'écoulement du méconium chez un enfant qui vient de naître;

cris, le ballonnement, l'endolorissement du ventre un peu plus tard; les usées et les vomissemens , plus tard encore , caractérisent suffisamment cette iladie. L'inspection de l'anus, lorsque l'atrésie existe à son niveau; l'introction du doigt dans le rectum , lorsqu'elle a son siège plus élevé , et la sensan d'une membrane , qui est déprimée chaque fois que l'enfant crie, ou fait s efforts, achèvent de rendre facile le diagnostic.

Du reste, l'atrésie du rectum, grave et presque mortelle lorsque l'oblitérain est caractérisée par une contraction organique de l'intestin et une absence l'anus, est, au contraire, assez simple quand elle est formée par une memane. Lorsque la membrane obturatrice occupe la hauteur de l'anus, la malae n'a aucune espèce de gravité.

Lorsque l'atrésie du rectum est compliquée d'absence de l'anus, on a quelefois tenté d'établir celte ouverture dans son lieu ordinaire; mais cette méode opératoire est d'autant plus mauvaise , que l'anus qu'on procure de la rte, a toutes les conditions des fistules stercorales ordinaires, comme nous vons déjà dit, et que, placé loin de la vue du malade , il est une source conluelle de gêne et de malpropreté. Bien plus encore les tentatives chirurgicales t été souvent inutiles ou fatales , dans ces cas; inutiles, le trois-quarts n'ayant atteindre l'intestin placé h une trop grande hauteur; fatales , par la lésion de vessie, du péritoine, etc., etc. Cette espèce d'atrésie constitue un des cas ns lesquels il convient d'aller chercher l'S romaine du colon dans la région aque, pour établir un anus artificiel , suivant la méthode de Duret. Mais lorsque l'anus persiste dans l'atrésie du rectum , le rôle du chirurgien t facile et bien tracé ; il doit diriger tous ses efforts vers la destruction de la pmbrane qui le plus souvent forme tout l'obstacle. Or , pour atteindre ce but , le simple incision suffit lorsque la membrane recouvre l'anus , tandis qu'une jnction est nécessaire , si elle est placée à l'intérieur du rectum. L'incision de la simple membrane anale est tout ce qu'il y a de plus simple médecine opératoire : l'enfant étant couché sur le ventre, les jambes penntes et les fesses écartées par un aide, on portera la pointe d'un bistouri bit sur la membrane , on y fera une ponction qui sera immédiatement agranfe, dans le sens antéro-postérieur d'abord, et dans le sens transversal ensuite, ^tssitôt les matières jailliront au dehors , poussées par la double contraction parois du rectum et des muscles abdominaux; et il suffira ultérieurement tenir l'ouverture dilatée , au moyen d'une petite mèche de charpie. ILa ponction, nécessaire dans les cas d'oblitération supérieure à l'anus , est e opération beaucoup plus délicate que la précédente, et qui réclame, de la rt du chirurgien , une attention toute particulière. Pour la pratiquer, il faut pir à sa disposition un trois-quarts analogue à celui qu'employait frère isme , pour la ponction de la vessie au-dessus du pubis. Alors le malade élaut uché sur le dos , les cuisses écartées , l'opérateur porte l'index gauche dans rectum , jusqu'au lieu oblitéré ; il saisit ensuite le trois-quarts de la uiain oite, le poinçon ne dépassant pas l'extrémié de sa canule, il glisse cet iustruifp.t sur le doigt place dans le rectum , arc-boute son extrémité sur le lieu qui ijît être percé , et alors , d'un seul coup , il enfonce le poinçon dans la canule « trois-quarts , et fait pénétrer celui-ci à travers l'obstacle. Quelque soin que lln apporte à cette opération , elle ne réussit pas toujours ; il est des cas , en fpt, dans lequel le rectum est oblitéré par contraction organique de ses parois, (IjOrne Schultz et Wagner en ont cité des exemples; or, dans ces circonstances, l|succès des moyens opératoires est presque impossible.

V-"- Rétrécissement du rectum. Sans être complètement oblitéré , le rectum

peut être rétréci , soit d'une manière congcniale , soit tout-à-fait accidentellement. Cet état présente deux degrés : en effet, le rétrécissement peut siéger au niveau de l'anus, ou plus haut que celte ouverture ; lorsqu'il siège au niveau de l'anus, le débridement est nécessaire pour relâcher le sphincter, et pour détruire le rétrécissement vers les points sur lesquels il s'est anormalement établi ; lorsque , au contraire , le rétrécissement est supérieur à l'anus , on doit se borner à dilater le rectum, à l'aide de mèches enduites de corps gras ou de préparations fondantes. Il faut alors , comme le voulait Desault, comprimer la partie affectée de l'intérieur à l'extérieur. Et si on n'a pas le bonheur de ramener les parties à un état tout-à-fait normal, au moins a-t-on la satisfaction de procurer aux malades un soulagement qu'ils chercheraient vainement à obtenir par d'autres moyens.

3». Corps étrangers. Des corps étrangers peuvent être portés dans le rectum par l'anus; d'autres y arrivent par la bouche , après avoir suivi tout le trajet intestinal, quelques-uns s'y développent ou se fraient une route vers lui , à travers les cloisons reclo-vésicale ou recto-vaginale ; des matières fécales s'y accumulent, (yoj-ez l'art, corps étrangebs.)

4o. Polypes. Des polypes , des tumeurs hémorrhoïdales se développent aussi , les premières rarement , les secondes fréquemment dans l'intérieur même du rectum , ou vers l'anus ( ^o/ea les art. Polype, hémorehoïdes. )

5". Dénudation. Dans certains abcès profonds , dans certaines fistules , le reclum peut être dénudé à une hauteur considérable , comme on l'a dit à l'article FISTULE ; mais, heureusement, la nature, au moyen des aponévroses qui fortifient le périnée en arrière, et qui mettent des bornes aux infilrations de ce côté, a rendu fort rares ces dénudations. Pour que le rectum soit dénudé dans les infiltrations urineuses en particulier, il faut que la crevasse des voies urinaires se fasse au-dessus de l'aponévrose moyenne du périnée; car l'urine qui s'échappe des perforations urétbrales qui existent au-dessous de cette lame fibreuse , éprouve beaucoup plus de facilité à se porter vers les bourses , qu'à fuser vers le rectum. L'aponévrose périnéale inférieure dont nous avons ailleurs fait connaître la disposition ( .^/za^. top.), relient l'urine de ce côté, tandis qu'elle la dirige du coté opposé.

D». Perforation du rectum. Des infirmiers maladroits ont quelquefois perforé l'extrémité inférieure du rectum , avec la canule de certaines seringues , et ont injecté le liquide du lavement dans le tissu cellulaire voisin, au-dessus du muscle releveur de l'anus. Cet accident est presque toujours mortel ; en effet , le tissu cellulaire sous-péritonéal du bassin est tellement lâche, que la matière injectée le pénètre avec la plus grande facilité , remonte jusque dans la région lombaire, et produit une inflammation dont les limites sont exirêmement reculées. On évite ces perforations, d'une part, en dirigeant la canule de la seringue plus méthodiquement , suivant le trajet de la partie inférieure du reclum, et surtout en n'employant jamais que des canules élastiques et arrondies à leur extrémité.

Mais les perforations du rectum ne sont pas toujours le résultat de la maladresse et de l'inexpérience , elle peuvent être le fait d'ulcérations de diverses natures, qui ont leur point de départ dans le rectum, dans la vessie, ou dans l'urèthre , chez l'homme ; dans le rectum , dans le vagin, dans la matrice , chez la femme. D'autres fois elles sont produites par des corps étrangers pointus, descendus avec les fèces dans la dernière partie de l'intestin. Ces perforations constituent presque toujours des fistules de diverses espèces , pour la description desquelles nous renvoyons à l'article fistule. Les corps étrangers perforent d'autant plus facilement le rectum , pour peu qu'il soient pointus , qu'ils s'arrêtent avec les fèces dans le cul-de-sac du rectum, et que se trouvant en rapport avec de nombreux follicules , dont le goulot est dirigé supérieurement, ils s'engagent dans la cavité de ces lacunes, et y déterminent une inflammation qui s'étend de l'intérieur à l'extérieur. Beaucoup de phlegmasies de la marge de l'anus débutent de cette manière ; et à l'ouverture de l'abcès qu'il avait produit on a vu plus d'une fois sortir , avec des matières plus ou moins fétides, le corps étranger qui avait été la cause de tous les désordres.

7». Cancer du reclum. Tout a été dit sur cette maladie à l'article cancer; nous ne voulons ajouter qu'une seule chose à ce qu'on trouvera dans cet article, savoir : que l'ablation de la partie malade ne doit pas être tentée au-delà de certaines limites , qui ont été posées au commencement de cet article , à l'occasion des détails anatoiniques que nous avons donnés.

8o. Procidcnce du rectum. On désigne ainsi la tinneur formée par une hernie d'une partie du rectum , à travers l'anus , à la faveur d'une invagination du premier dans le second.

Procidence , prolapsus, chute Aa rectum , sont réellement des expressions synonymes. Quelques personnes ont, à la vérité , voulu distinguer l'invagination, du prolapsus du rectum , désignant ^s^r invagination \i procidence de toute l'épaisseur de la paroi de cet intestin à travers l'anus , et réservant la qualification de prolapsus à la procidence de la seule membrane muqueuse. Cette distinction est certaineuient fondée en anatomie pathologique; mais est-il possible, au lit du malade , de bien caractériser l'une et l'autre altération? La chose est bien différente. Du reste, dans les deux cas, il est bien clair qu'il y a invagination à travers l'anus, tantôt de tout le rectum, et tantôt de sa membrane muqueuse seulement. Néanmoins , on conçoit combien il importe que le praticien sache que ces deux différentes lésions peuvent appartenir h la maladie qui nous occupe.

Dans la procidence de toute la paroi rectale , on trouve une dépression en forme de sac dans la portion rectale de l'excavation du bassin ; le bas-fond de la vessie chez l'homme, et la paroi postérieure du vagin chez la femme , sont

RECTUM

souvent tiraillés , et des anses de l'intestin grêle peuvent , comme nous l'avons observé , descendre dans le sac qui résulte de la dépression de l'intestin invaginé. Au contraire , dans la procidence de la seule membrane interne du rectum, rien n'est changé dans la disposition des parties qui forment le ioud de l'excavation du bassin; la membrane muqueuse seule est rouge, boursouflée , œdémateuse et plus ou moins renversée à travers l'anus.

La tumeur de la procidence du rectum varie singulièrement sous le rapport du volume : Fabrice d' Aquapendente cite une tumeur de ce genre qui avait le volume du poing et la longeur de l'avant-bras. La procidence de toute l'épaisseur du rectum forme une tumeur plus considérable généralement que celle qui résulte de la simple chute de la membrane muqueuse. Quelquefois , du reste , ce n'est pas le rectum invaginé à travers l'anus qui fait saillie au-dehors, on peut trouver encore dans la tumeur, l'S romaine du colon, le colon , et le cœcum invaginés dans le rectum.

Le relâchement de l'anus d'une part , de l'autre , les contractions répétées et violentes des muscles abdominaux pendant les efforts nécessaires à la défécation, chez les individus constipés , celles qui sont nécessaires à l'émission de l'urine dans les cas ou un obstacle mécanique s'oppose à l'issue libre de ce iluide , à l'accoucliement , etc., ont souvent donné naissance à la procidence du rectum. Toutes les irritations fixées vers la partie inférieure du tube digestif , celles des hémorrhoïdes , disposent encore à cette maladie. Ajoutons (îufin que la procidence du rectum est plus commune chez les enfans et chez les vieillards que chez les adultes , chez la femme que chez l'homme.

Il existe deux espèces distinctes de procidence du rectum, sous le rapport symplomatologique : l'une dans laquelle la tumeur se continue avec la muqueuse de la marge de l'anus, de telle façon qu'on ne peut faire pénétrer un stylet entre elle et l'iuteslin; l'autre , dont la tumeur ne fait que traverser l'anus sans lui adhérer, et sur les côiés de laquelle on peut gliser un stylet dans l'intestin , en l'enfonçant entre la base de la tumeur et l'anus. Dans cette dernière , il y a évidemment procidence de toute l'épaisseur de la paroi du rectum , quelquefois même d'une portion plus élevée du canal intestinal ; mais dans le premier cas , la muqueuse rectale est-elle seule déprimée ? Queli|ues personnes l'ont assuré; mais nous déclarons hautement que cette affirmation est une véritable erreur. Nous avons constaté anatomiquemeut qu'il peut en être autrement ; de sorte que le praticien pourrait se méprendre gravement sur la foi de cette funeste doctrine. Le diagnostic des deux espèces de procidence du rectum est, par conséquent , quelquefois facile , mais il est d'une telle obcurilé dans d'autres cas , que force est bien au chirurgien de se tenir sur ses gardes, dans l'application ultérieure des moyens thérapeutiques.

Une procidence du rectum est une affection plus grave chez l'adulte et chez le vieillard que chez l'enfant. Chez celui-ci, en effet, elle dépend souvent d'un défaut d'énergie du sphincter de l'anus, et il suffit de fortifier ce muscle pour rétablir l'état normal. Chez ceux-là , au contraire , il est plus difficile de donner (le la force au sphincter, si son affaiblissement a produit la maladie ; et, d'autre part, les autres causes de cette altération sont beaucoup plus rebelles.

Abandonnée à elle même la procidence du rectum tend à augmenter, elle s'accompagne d'un écoulement mucoso-purulent fétide , qui affaiblit beaucoup le malade , et le rend un sujet de dégoût pour lui-même et pour les personnes qui l'eutourent; la gangrène de la tumeur peut même être quelquefois le résultat de la constriction des parties invaginées dans l'anus. Par conséquent il y a urgence de faire disparaître cette maladie , ou tout au moins de pallier les accidens qu'elle produit, et de provenir les désordres plus graves encore qui peuvent en être la triste conséquence.

Lorsque la tumeur de la procidence du rectum est récente , la première indication à remplir consiste à la réduire : pour cela il f^iut coucher le malade horizontalement sur le coté, fléchir une des cuisses sur le bassin , laisser l'autre étendue; lui recommander de ne se livrer à aucun effort et faire écarter les fesses par un aide. Tout étant disposé de la sorte , on introduit l'index de la main gauche dans l'ouverture terminale de la tumeur; et de proche en proche on fait rentrer les unes dans les autres les parties invaginées du sommet vers la base de la tumeur. Lorsque tout est terminé , on comble avec de l.i charpie la dépression anale du périnée , on assure le maintien de l'appareil au moyen d'un bandage en T fortement serré , et on recommande le repos le plus complet au lit.

La procidence du rectum se reproduit quelquefois malgré la compression indiquée; alors on doit tenter de nouveau les moyens précédens ; mais il est des cas dans lesquels l'anus est tellement relâché, et l'intestin si mobile à l'intérieur du bassin , que la maladie reparait incessamment. Quelques chirurgiens ont alors conseillé de maintenir la tumeur au moyen d'une sorte de pessaire mais les malades ne peuvent long-temps supporter une semblable application; nous en avons vu un qui préféra les incommodités de son prolapsus à la gêne causée par la présence de cet instrument dans l'anus. Du reste il existe quelques cas de prolapsu.s anciens, volumineux et irréductibles auxquels cette prophylaxie ne saurait même être appliquée.

Quelques api)lications froides, toniques, ou astringentes sur l'anus et sur le bas-ventre peuvent être utilement employées chez les enfans , pour resserrer l'anus et pour empêcher la tumeur de la procidence du rectum de se reproduire, lorsque le malade l'ait des efforts de défécation.

Enfin, lorsijue la maladie est déjà ancienne, qu'elle a résisté juscpi ici au traitement que nous avons indique, certains procédés opératoires peuvent encore être tentés avec des chances de succès.

Sans parler de la cjulérisation vantée par M. A. Severin , cautéiisation qui ne

REDOUL. I

convient, à notre avis , que pour arrêter l'hémorrhagie qui survient quelque' i fois après l'excision , Vamputation de la tumeur , soit à l'aide du bistouri , se] i au moyen de la ligature, et l'excision des plis rayonnes de l'anus peuvent , sui | vaut les cas , être heureusement mis en usage. j (

L'amputation, l'ablation de la tumeur avec l'instrument tranchant ontrinconj j vénient d'exposer le malade à une hémorrhagie gra> e , très-difficile à arrête! I par le tamponnement ; en outre , elles ne conviennent pas dans les cas de pro| cidence de toute la paroi de l'intestin, circonstance qu'il n'est pas toujour i donné au chirurgien de bien reconnaître à priori. Toutes ces raisons nous l'on préférer de beaucoup à l'ablation avec l'instrument tranchant la section uvecui i fil. Pour pratiquer cette section, il faut placer le malade dans la position qui ; ( été indiquée précédemment pour la réduction; ensuite, on traverse toute 1. ( tumeur a sa base, dans le sens antéro- postérieur , avec une aiguille armée d'ui fil double très long; on saisit, à l'intérieur même de la tumeur, la partie moyCMii { du fil, on l'attire au-debors et on la divise ; ou sépare l'un de l'autre les deu: cordons du fil qui traverse la paroi intestinale; on associe un des cordons dufi| J postérieur avec un de ceux du fil antérieur; on les passe ensemble dans unij ■ aiguille , et de dedans en dehors on enfonce et l'aiguille et les (ils à travers,li| I paroi intestinale, près de la base de la tumeur, et à droite de celle-ci; ensuiti! I ou réunit les deux cordons des fils antérieur et postérieur qui d'abord auront éli! f laissés en place, et on les conduit au moyen d'une aiguille, de dedans en dehors ! V à travers la partie gauche de la base de la tumeur. '

Ce premier temps de l'opération une fois accompli , on a quatre fils qui eini| i' brassent par autant d'anses distinctes, toute la circonférence de la tumeur ; ï\mt ne reste plus qu'à les serrer au moyen de petits serre-nœuds , afin de pouveîM graduer la compression à volouté.

£n faisant ainsi la ligature de Li tumeur on ne s'oppose pas à l'écoulemeu' l'i des fèces ; et si la procidence du rectum se trouvait , contre l'attente du chirurvi gien, formée par toute l'épaisseur de la paroi intestinale, à la chute des tilsjlsi nature aurait produit l'adhérence des parties placées au-dessus de l'anus , et h; péritoine ne serait pas plus ouvert qu'à la suite de l'application de la pince' entéroiome dans l'anus contre nature. Du reste les coliques que produit la ligature sont d'autant moins vives et d'autant plus faciles à supporter, que l'ou' gradue plus exactement la pression avec les serre-nœuds. JNous n'avons euB'' ployé ce procédé qu'une seule fois ; mais nous devons dire que son succès a été' n complet ; le malade était affecté d'une procidence du rectum qui datait de plu-i sieurs années, et dont la tumeur avait quatre travers de doigt de longueur; otiit avait vainement tenté sur lui l'excision des plis de l'anus , la ligature l'a com-il'i plètement guéri. ipl

J,. L. Petit, Hey, Kirby et Dupuytren ont proposé , pour les cas de proei''W dence peu considérable du rectum, un procédé plus simple encore, et pluilSf avantageux que celui de l'amputation : il consiste à exciser un nombre plus Of ili moins considérable des plis radiés que forment la peau et la membrane inu :ij queuse sur la marge de l'anus. De la sorte , en effet, on produit une constric' " tiou de l'anus qui emjiêche la tumeur de se reproduire après sa réduction. Pool; * pratiquer cette excision, il sufliL de saisir avec une pince bien prenante les pli« » que l'on doit emporter, et de les couper de dehors en dedans , jusqu'à la baseiiiill de la tumeur, avec des ciseau.x recourbés sur le plat. Après cette opérationjilïii bien qu'on n'intéresse que la membrane muqueuse, on peut encore avoir une ;[( hémorrhagie; mais elle est peu grave, et lacile à étancher. Du reste, les moyens 4 qu'il convient d'employer en cette circonstance, ont été indiques à l'article hb-( ni MORROiuE. (Voyez ce mot. )

Mémoires de l'Académie royale de chiiiirgie, Paris , 17"4 , in-4», l. y, [lag. 610. 'R Bojer, Traité de maladies cliirurgicales. 11 vol. iQ-8°. Paris, 1830. \v Ac/iera/iti. Nosograpliie t'I tliérapoulicjue cliirurgicales , Paris , 1821,4 vol. in-S". I P

*S'. ft^OyOer. Dictionnaire de cliirurgie pratique , 2 vol. in-8o. I pi

Tlu Copland, Observations ou tlie principal disease of ihe rectum and anus , London , iSlûi^ Il

in-8°. i" J. Howsliip. Praclical observations on tlie diseasus of tlielower intestines an anus , Londoii ^

I820,in-8n.

TP^. T'p^hile. Observations on llie stj icliiies of tlie rectum and otlic r afTeclious , LuDcloa , |. 1820, in-S". P

C. B, Courtenay. Practicjl observations on tlie stricture of tbe uietbra and rectum, London, ' P 1828, in 8°. l|

G. Dupuytren. Leçons orales de clinique chirurgicale , Paris , 1832, 4 vol. in-S". ' f"

J. /.(.t/ranc. Mémoire sur l'excision de la partie intérieure du rectum, devenue caiciol>-| Hl mateuse. ( Mémoires de L'académie royale de médecine, 1833, t. m, p. 291). !

A Coj(n//n<. Essai sur un nouveau mode de dilatation, parliculièrcmenl appliqué au rétrécissement du rectum, Paris, 1834, in-8"', 6g. , ,

iS". Tanchou, Traité des rétrécissemens de l'urclbrc et de l'intestin reclum, Paris, 1835 lOrS"! |

(Ph. Fréd. Blakdik). i ||

REDOUL. Redon, Corroyèrc, ou Herbe aux tanneurs, Coriara myrtijhlla, L-J Cet arbrisseau appartient à la decandrie pciitagynie de Linné, et aux dicofylé- t I dones tlialamillores de M. de Caïulolle. 11 sert de type à la petite famille des I ( coriariées, qui a beaucoup de rapports avec celle des malpighiacées. Il croit na-l I turellement dans le midi de la France, en Espagne et en Italie. Ses rameau.\ • sont tétragones ; ses feuilles sont opposées, ovales-lanccolées, trinervées, gla- ' bres et très-entières; les fleurs sont disposées en grappes, et souvent presque' unisexiicUes, par l'atrophie des étauiines; le fruit est composé de cinq carpelle'- 1 rapprochées, indéhiscentes, nionospermes, recouvertes par les pétales devenus' charnus, ce qui lui donne l'apparence d'une baie. Ce fruit est vénéneux : des' militaires français en ay.int mangé eu E>îpagne, trois en moururent, et l'on cite plusieurs autres exemples aussi ftiucstes. Les feuilles sont également très-dan- '

RÉFORME

RÉFORME

creuses, et causent l'ivresse et des vertiges aux bestiaux qui les broutent. Ces euilles, par la plus coupable cupidité, sont quelquefois mêlées à celles du séné, t ont causé, à plusieurs reprises, des accidens fâcheux. J'ai fait connaître, dans 'Histoire abrégée des drogues simples et dans plusieurs recueils scientifiques, les noyens de reconnaître cette fraude, en opposant princi|)aleraent les trois ner- □res saillantes du redoul, aux nombreuses nervures pinnées du séné, et la pro- )riélé que possètle le premier de précipiter fortement en blanc la gélatine et le ulfate de fer en bleu, tandis que le séné n'exerce aucune action sur la gélatine !t prend seulement une teinte verdàtre par le sulfate de fer.

Le redoul, en raison de son principe astringent, est employé avec avantage lour le tannage des peaux ; on le trouve, dans le commerce, préparé pour cet isage à la manière du sumacb, et sous la forme d'une poudre verte , inodore , rès-astringente. ( Guibourt. )

RÉDllCTIOiy. [Chirurg.) Fof. Hernie, fracture, luxation. REFORME (Cas de). Dénomination par laquelle on exprime, d'une manière énérale, les imperfections organiques et les lésions de fonctions, incompatiilcs avec le service militaire, et qui motivent, soit l'exemption de ce service lors le la visite des sujets appelés à y prendre part, soit le renvoi prématuré des lorames qui ont tléjà passé un temps plus ou moins long sous les drapeaux. La onnaissance approfondie de ces cas est un des objets les plus importans de la ûédecinc militaire, et leur histoire n'aurait pu être omise dans cet ouvrage sans )orler atteinte h son titre et sans diminuer beaucoup son utilité.

Mais, indépendamment de ce que beaucoup de médecins civils sont fréquemncnt appelés à participer aux opérations des conseils de recrutement, il est une ouïe de circonstances, étrangères au service des armées, où les hommes ont in- érèt, tanlôl à feindre des infirmités qu'ils n'ont pas, tantôt à cacher celles dont Is sont réellement atteints. Les fraudes de ce genre se multiplient toutes les fois |u"il s'agit , soit de se soustraire à certaines charges résultant de besoins puilics , soit d'obtenir certains avantages , comme l'admission dans les écoles ilu ;ouvernement , ou dans les établissemens de bienfaisance , Tinscription sur les ôles de pensions ou sur les états de distribution des secours de charité, etc. ^ussi , bien que cet article soit spécialement consacré à l'indication des in'iriiités susceptibles de rendre les hommes impropres au métier des armes , il conieudra cependant sur l'ensemble des maladies simulées ou dissimulées, et sur e moyen de reconnaître les unes et les autres , des préceptes applicables à la flupai't des questions que le médecin peut être appelé à résoudre , concernant létat de santé ou de validité des sujets soumis à son investigation.

Les questions de ce genre se présentent spécialement en médecine légale, putes les fois qu'il s'agit de prononcer sur les résultats éloignés de certaines jlessures , et sur les degrés variés d'empêchement qu'elles entraînent dans jexécution des fonctions , ou dans l'exercice des professions à l'aide desquelles es individus pourvoient à leur subsistance, g Du choix des soldais. Tout le monde connaît la description pittoresque, Dncise et animée qu'a tracée Végcce des qualités physiques et des dispositions jorales que doit réunir le soldat ; mais ce type , rare sans doute dans tous les emps , l est surtout devenu de nos jours , à ce point que si l'on ne voulait adictlre dans les rangs que des hommes formés sur son modèle, aucune des nomreuses armées que l'Europe moderne croit indispensables au maintien de son jspos ne pourrait être entretenue. D'ailleurs , la loi, en France, n'a pas préindu que l'on dût choisir dans la totalité des classes les sujets les plus propi'es u service : elle a voulu que ces hommes fussent , après un tirage préalable au )rt , soumis , suivant l'ordre de leur inscription , à l'examen d'un jury spécial, It successivement admis ou rejelés jusqu'à la concurrence du nombre fixé pour |i contingent. Attentive à écarter la faveur ou l'arbitraire , elle a voulu, en faii int peser l'impôt sur tous, que le hasard , à capacité physique égale , et sauf I aelques exceptions fondées sur l'état des familles, réglât seul le choix des jeu- (cs soldats. En demeurant dans la réalité du fait , il ne s'agit donc plus ni d'exf 'aire de la population les seuls sujets d une structure parfaite , ni même de ne I rendre que les individus les mieux conformés : mais on doit admettre dans les ( ings , h mesure de leur présentation par le sort , tous les hommes susceptibles l 'y figurer sans danger manifeste pour leur santé et avec un avantage suffisant our l'armée et pour le pays.

Les limites de l'âge , pour l'engagepient volontaire , sont 18 et 30 ans, l'apel légal a lieu à 20 ans révolus. A 18 ans, dans nos climats , l'organisation n'a ias acquis, en général, un développement assez avancé , le moral participe trop

la mobilité de l'enfance , et les viscères sont trop impressionnables , pour que i'iiomme puisse faire immédiatement un bon soldat. Aussi , tout en encouraleant les enrôlemens volontaires, ne doit-on les autoriser à cet âge que pour [es sujets sortant de la ligne commune , et faisant exception par leur vigueur, Eur virilité précoce, et la perfection an'icipée de leur constitution. A vingt ans lême, les jeunes soldats ont presque toujours besoin encore de ménageniens ;

importe de les accoutumer par un noviciat graduel à tout ce que le service xige de fatigant et de pénible. A trente ans , l'homme a des habitudes déjà enlaciuées j la flexibilité organique et morale , qui existait précédemment, a fait llace à une raideur difficile à surmonter : aussi ne se plie-t-il alors qu'avec

eine au joug inusité de la discipline, aux exigences minutieuses des exercices |t de la subordination. U serait peut-être à désirer que vingt-cinq ans fût » limite extrême des engagemens volontaires primitifs, et que celui de ^renle ans remplaçât celui de trente-cinq pour les hommes qui ont déj.i servi, j condition même qu'ils rentreraient dans quelques-uns des corps de l'arme ilont ils ont fait partie.

Le jeune soldat doit être fort, dispos , agile, vigoureux, et autant que pos-

DlCT. DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.

sible, entraîné par une impulsion belliqueuse vers la carrière qu'il est appelé à fournir. Il importe que sa constitution soit exempte de ces e.iagcrations organiques qui constituent les tempéraméns très-prononcés; et qui disposent à des maladies spéciales, comme l'anévrysme du cœur, les scrofules, la phthisic pulmonaire, les affections nerveuses , etc.

Bien que le volume du corps , le développement des membres et l'élévation de la taille entrent pour beaucoup dans le choix des hommes propres à devenir soldats , il convient d'attacher une plus grande importance encore à la régularité de l'ensemble, à l'harmonie parfaite des détails, it l'aisance, la souplesse et la grâce de tous les mouvemens. La force de résistance des hommes ne se mesure pas d'après leur masse musculaire ou atlipeuse, mais d'après la concordance régulière de toutes les parties de leur constitution. Les sujets les plus grands ne sont pas ordinairement, ainsi que le démontre l'expérience , les pfus vigoureux, les plus tenaces durant les marches iorcées , ou lorsqu'il s'agit de supporter des privations. Toutefois , indépendamment des avantages mécaniques que la haute stature détermine, dans les luttes corporelles, en faveur des hommes qui en sont pourvus, il est une considération puissante qui doit faire repousser de l'armée les sujets trop petits : c'est que dans des cavités splanchniques dépourvues de hauteur et de profondeur ne peuvent se loger que «les viscères peu volumineux, gênés dans leurs actions , peu capables de suffire aux efforts de tous les genres que comporte le métier des armes. Les exceptions que l'on pourrait invoquer ne détruiraient pas ici la règle. Il serait donc à désirer que la taille légale actuellement établie fut élevée d'un pouce au moins ; et si cette taille continue d èire adoptée , on ne doit admettre, parmi les hommes placés à ses limites , que ceux qui rachètent cette petitesse de structure p.ir une conformation robuste, par un grand développement en largeur , et par tous les caractères d'une constitution tiès-vigourcuse. • — aOlH

Dans la visite des hommes convoqués en exécution de la loi sur le recrutement, le médecin , militaire ou autre , remplit l'office d'un expert qui , connaissant la nature du service demandé, prononce après examen , sur la capacité physique et morale du sujet qu'il a sous les yeux pour y satisfaire. Il doit éviter également et d'exempter un individusuffisamment robuste, et d'admettre un sujet trop débile , incapable de résister aux marches, aux vicissitudes atmosphériques, aux travaux et aux exercices. En cas de doute, le prononcé doit être constamment en faveur de l'homme qui le fait naître. C'est la seule manière de concilier tous les intérêts. Il est une foule d'hommes qui, trop faibles pour faire un bon service, causent à l'état des frais d'hôpitaux considérables, et succombent misérablement sous les drapeaux, en pleine paix , tandis que laissés dans leuis foyers, ils auraient continué leurs occupations et fourni peut-être une longue et laborieuse carrière. En envoyantde pareils hommes dansles régiracns,on leur impose plus que n'a voulu la loi ; car on les soumet à un danger manifeste de mort, tandis qu'elle n'a entendu exiger d'eux que le sacrifice d une partie de leur temps- Combien de sujets débiles, d'ailleurs, reviennent sous le toit paternel, épuisés, valétudinaires, incapables d agir, de pourvoir à leur subsistance, à charge à euxmêmes et aux autres j et qui , laissés chez eux , fussent devenus des citoyens utiles? L'homme robuste , au contraire, se fortifiera encore sous les drapeaux , l'armée aura en lui un soldat également propre aux travaux et aux combats; puis il rentrera, capable d'embrasser ou de poursuivie une carrière laborieuse, et de soutenir sa famille. Ainsi sera résolu le problème si important aux pays , savoir, d'assurer le mieux possible sa défense, en sacrifiant le moindre nombre de ses enfans.

Les anciennes instructions relatives au recrutement portaient que, pour motiver l'exemption ou la réforme , les maladies , les lésions ou les infirmités doivent être non-seulement de nature à s'opposer à la profession des armes, mais encore incurables. Cette proposition , prise trop souvent encore actuellement pour règle, renferme une confusion d'idées préjudiciable à l'armée, et contraire à la raison , qu'il importe d'éclaircir. L'hommequ'il s'agit d'exempter n'a pas encore rendu de services au pays, qui dès-lors ne lui doit rien; et, s'il ne vient pas sous les drapeaux, un autre y sera appelé à sa place : le soldat , au contraire, a déjà consacré une partie de son temps à la patrie : il a supporté des fatigues, couru des dangers, compromis sa santé ou reçu des blessures. Sises infirmités ne sont pas assez graves pour le mettre hors d'état de pourvoir à sa subsistance et pour lui mériter une pension , le pays lui doit des soins attentifs, éclairés, et l'on ne le peut renvoyer dans ses foyers qu'après avoir épuisé toutes les ressources de l'art pour le guérir. L'armée a intérêt , en outre , à ne pas se dessaisir légèrement d'un homme encore valide , que personne ne remplacera , et qui , façonné à la discipline, peut rendre d'utiles services , jusqu'à ce qu il ait atteint le terme légal de sa libération. Il doit doue être traité dans les hôpitaux militaires, et soumis, s'il y a lieu, aux opérations que son état peut exiger; car, si la guérison est obtenue, l'armée le conservera, et si ses infirmités persistent, il obtiendra non seulement sa réforme , mais encore une pension proportionnée à la gravité des maladies, reconnues incurables, qu'il aura contractées. Nul, sans doute, ne doit être opéré malgré lui , et les opérations les plus simples, pratiquées sous des influences morales aussi défavorables, seraient souvent funestes ; mais il faut faire comprendre à l'homme déjà sous les drapeaux que son intérêt bien entendu exige qu'il se soumette aux conseils éclairés et bienveillans des hommes de l'art.

Tant de précautions sont superflues pour le sujet à exempter dïvant les conseils de recrutement. Pour lui , il suffit que les maladies dont il se plaint existent réellement et ne puissent guérir que par des traitemens prolongés, d'un résultat incertain , ou par des opérations douloureuses , à la pratique desquelles il se refuse. L'armée ne doit pas se charger prématurément de frais d'hôpital

REFORME

pour des hommes qui n'ont rien fait encore, et qui seront peut-être ensuite renvoyés , tandis qu'à la place de ces individus , elle aurait pu avoir des sujets valides, susceptibles d'entrer immédiatement dans ses rangs. Quant aux opérations , la justice s'oppose à ce que l'on exige d"un jeune homme qu'il se soumette à aucune d'elles , uniquement dans le but de devenir propre au maniement des armes , alors que, dans la vie civile, il supportait , sans vouloir recourir à ce moyen extrême , toutes les incommodités attachées à son état. La loi veut d'ailleurs que l'on prenne l'homme propre au service, et non celui qui devra se faire mutiler pour devenir apte à en remplir les obligations : c'est en ce sens que l'hydrocèle volumineuse est un cas d'exemption. Les sujets atteints de lésions seulement désagréables, telles qu'une loupe, par exeinple , située dans une région où elle ne gène aucune fonction ; ces hommes seuls doivent cire incorporés , parce que, rigoureusement aptes, même dans leur état présent , à servir , ils auront plus tard le choix ou de continuer à le faire tels qu'ils sont , ou de se résoudre à l'opération , toujours légère, qui doit remédier à leur incommodité.

» En un mot , les conseils de révision , dit le ministre, doivent éloigner de l'armée , aujourd'hui qu'on ne prend qu'une partie des classes , tous les hommes qui ne paraissent pas évidemment susceptibles de devenir de bons soldats et de supporter toutes les fatigues de la guerre, n (Décision du 17 Juin 1829.)

Tels sont les principes dont les médecins ne doivent jamais se départir , relativement à la matière qui nous occupe. La raison et la justice leur imposent l'obligation de combattre avec énergie l'esprit mesquin et parfois cruel de quelques administrateurs locaux , qui, préoccupés du désir mal entendu de ménager les populations qu'ils gouvernent, jetteraient volontiers dans l'armée tout ce qu'ils ont de sujets chétifs , étiolés, malingres, scrofuleux, au risque de compromettre la sûreté du territoire , d'accroilre démesurément les dépenses de l'armée, de faire inévitablement périr les individus les plus faibles, ou de ne voir revenir les autres qu'épuisés et valétudinaires.

§ 2. Considéralions généniles sur les cas de réforme ou d'exemption. Le nombre des cas de réforme ou d'exemption du service militaire est exactement le même que celui des lésions de nos organes, assez profondes et assez graves pour abolir, ou pour reutire imparfaite d'une manière durable l'exécution de quelque fonction importante. Ces lésions , considérées sous le point de vue qui nous occupe , peuvent être divisées : l" en altérations mécaniques de la forme, du développement ou des connexions des diverses parties du corps ; 2° en affections morbides , aiguës ou chroniques, irritalives ou autres , ayant déjà déterminé des désordres irrémédiables dans la texture des tissus qui en sont le siège; 3° enfin en imperfections ou détériorations de la structure ou la force de l'ensemble de l'organisme.

Les praticiens qui savent, par expérience , combien il est souvent difficile , après un examen attentif, prolongé , fait à loisir , sur des personnes isolées , et pour des cas exposés d'abord avec détail et candeur , d'arriver à un diagnostic exact du siège et de la nature des maladies , et surtout de prononcer sur leur degré définitif de curabilité ou" de résistance à tous les efforts de la nature et de l'art; ces praticiens, dis-je, concevront les difficultés bien autrement grandes et multipliées qui entourent de semblables jugemens, lorsqu'il faut les porter , en quelques minutes, au milieu d'un public incessamment agité, en répondant aux objections des uns, en donnant à d'autres des explications parfois fastidieuses, l'esprit en défiance contre la mauvaise foi ou la fraude, et, dans un trop grand nombre de circonstances, préoccupé par l'idée toujours présente de se défendre contre les soupçons d'ignorance, de légèreté, ou même de séduction, si faciles alors à se produire. Aussi, dans l'exercice de ses pénibles fonctions, le médecin appelé près d ua conseil de recrutement ne peut-il pas se promettre d'éviter toutes les erreurs : les hommes qui prétendent être arrivés à cette perfection ne sont pas dignes de créance. Tout ce que la raison et la justice peuvent exiger du praticien consciencieux , c'est qu'il se crée des règles , h l'aide desquelles il parvienne le plus près possible , dans la plupart des cas , de la vérité. La science fournit , heureusement , des données assez nombreuses et assez certaines pour atteindre à ce degré, non pas absolu ,^mais satisfaisant de certitude.

Reprenons la division établie plus haut. Dans l'examen des altérations mécaniques, congéniales ou accidentelles , de forme, de structure ou de connexion des organes , telles que l'impcrforation de certaines ouvertures, celle du méat urinaire ou du conduit auditif, par exemple; l'adhérence des paupières à la surface de l'œil , celle des doigts entre eux ; I atrophie, le renversement, l'ankylose d'un membre, etc. ; dans tous ces cas, dis je, la lésion étant locale , isolée , accessible au toucher, ainsi qu'à la vue, le médecin n'a à s'occuper que de constater la réalité du fait, d'en préciser les particularités les plus importantes, et d'énoncer le degré d'empêchement qui en résulte, pour l'exécution des fonctions de la partie affectée.

Le diagnostic devient plus obscur, et le jugement plus difficile, lorsqu'il s'agit de maladies externes non terminées , et que les intéressés présentent comme plus ou moins anciennes , invétérées et rebelles. Plusieurs moyens se présentent, toutefois, pour lever la difficulté. Et d'abord, la presque totalité des maladies et des irritations qui existent depuis long-temps, déterminent, dans les parties qu'elles atteignent , des cliangemens d'aspect, de coloration, de consistance , de volume, qu'avec de l'habitude on distingue assez bien des altérations analogues, produites par les maladies récentes et aiguës. En second lieu, les affections locales externes, chroniques , habituelles , résistant à tous les traitemens, dépendent presque toujours de la profession des hommes , de leurs habitudes ou de l'influence des localités qu'ils habitent . circonstances

dont on trouve d'autres traces sur le corps , ou dont les témoignages public attestent la réalité. Enfin , ces affections sont liées chez la plupart des sujets à des particularités spéciales d'organisation , comme effets ou comme eau ses; et l'examen attentif de l'ensemble de la constitution vient encore éclairei le diagnostic. Ainsi , par exemple, un sujet présente de la rougeur à la con jonctive , et des cils de moins aux bords des paupières ; mais cette rougeur es! vive et la chaleur locale intense ; le teint est fleuri , le tempérament sanguin les sourcils intacts et épais; ces circonstances porteront à penser que la lésior est aiguë, récente, peut-être provoquée. Si, au contraire, la rougeur est peu marquée , la chaleur est presque nulle , les sourcils rares ou dégarnis, la constitution empreinte du cachet de la constitution lymphatique, les légumens surtout au visage , creusés de cicatrices varioliques, nul doute que la lésion ne soit ancienne, incurable et ne motive l'exemption ou le renvoi. Les même règles sont applicables aux affections des gencives, aux exanthèmes du crânt ou du reste du corps, aux ulcères , etc. j |

Mais ce n'est pas là encore où le médecin éprouve le plus d'embarras. Il s'agilj ( d'affections présentées comme profondes et anciennes , d'hémoptysies , de bron^ chites chroniques , de phlhisies, de gastrites, d'hépatites, d'entérites, de né phrites, de cystites, d'hématuries, d'hématémèses , etc. Quel sera, dani tous ces cas, le guide du praticien ? Le malade ne manquera pas d'exagéreil -i l'expression de ses douleurs; les certificats complaisans ou achetés ne lui man-; queront pas ; les causes d'erreur se multiplieront autour de l'homme de l'art Après s'être assuré que les phénomènes apparens sont réels, c'est-à-dire que les matières crachées viennent bien des bronches, que le sang rendu parla bouche, par l'urèlhre ou par l'anus , est fourni par le poumon , l'estomac, lai vessie ou l'intestin ; après avoir, en un mot , écarté autant que possible les er-| reurs de lait qui entraîneraient celles de jugement , le médecin doit appliquet| toute sa sagacité à l'exploration de l'organe malade. Le toucher, la pression ,i l'auscultation, la percussion directe ou médiate , sont autant de moyens qu'il; mettra , tour-à-tour, en usage , en les variant selon les cas. A cet examen local, il fera succéder celui de la conformation générale du sujet, de la coloration de sa face, du développement de ses muscles , des empreintes laissées par desj travaux plus ou moins rudes , ou par une constante oisiveté, et un repos habii tuel de diverses parties du corps. S'il le juge encore convenable , il examineraji alors les certificats, et interrogera le sujet sur les sensations excitées en lui par les modificateurs hygiéniques, les exercices ou les travaux, en comparant) avec soin les documens écrits avec les assertions verbales , en tenant comptei des coïncidences , ainsi que des contradictions qu'il remarquera entre les unesj et les autres, en rapprochant, enfin, les renseigiiemens fournis par ces der-i nières voies , avec les résultats de ses propres observations. Je l'ai déjà dit , on. ne peut prétendre arriver toujours à la vérité , déjouer la ruse ou éviter l'erreur ; mais, en procédant avec cette circonspection et celte réserve, il est rare que le jugement porté soit infirmé par les faits.

On a prétendu que les lésions matérielles , incurables , susceptibles d'êlrei directement appréciées par l'investigation médicale, devaient seules motiver l'exemption ou la réforme du service militaire; et que la maladie qui n'avait pas encore entraîné ce résultat , étant susceptible de guérison , ne pouvait don^ ner lieu qu'à l'envoi des hommes à l'hôpital, afin c|u'ils y fussent soumis à uni traitement méthodique. Celte doctrine, mise parfois en pratique, surtout & des époques où un zèle outré multipliait le nombre des jeunes soldats , sans trop tenir compte de ce qu'ils devenaient ; celte doctrine, dis je, est essentiellement erronnée. D'abord, toutes les maladies appréciables d'après leurs symptômes ne sont pas encore susceptibles d'être désignées , lorsque des organes splanchniques en sont le siège , par l'énonciation incontestable d'une altéralion de texture déterminée. Vous pouvez bien constater l'irritation chronique de l'estomac, du poumon ou d'autres parties intérieures; mais malgré le se- 1-" cours de tous les moyens de diagnostic, qui oserait affirmer qu'il précisera II toujours le mode de lésion anatoraique survenu dans les tissus de ces organes? '.| Il y a plus encore : il ne suffit pas, pour être soldat, que les principaux viscères soient exempts d'altération matérielle bien prononcée , il faut que ces viscères (1 soient assez robustes , et résistent assez bien aux modificateurs qui agiteront sur ' eux , pour supporter toutes les causes perturbatrices auxquelles la profession ( des armes les exposera nécessairement. On veut que les sujets atteints d'hé- ; moptysie, d'ématémèse , ou d'autres affections du même genre, sans altération I I parcnchymateuse appréciable, soient admis et renvoyés en traitement pour être ' I guéris. Agir ainsi, c'est vouloir peupler les hôpitaux, et non recruter les rangs de l'armée. Toutes les fois qu'un viscère important souffre , remplit im- I i parfaitement ses fonctions, ou est doué d'une susceptibilité exagérée, son i élat de douleur et d'irritabilité habituelles retentit sur l'ensemble de l'organisme, l'altère, le rend débile, entrave son développement, et les hommes (i chez lesquels on constate cet étal doivent être laissés dans leurs foyers. ' j

J'ai dit qu'il était un troisième ordre de cas susceptibles de motiver l'exerap- j lion ou la réforme: ils consistent dans certaines altérations ou imperfeclious déstructure de toute la constitution. Ici viennent se ranger en foule des hommes , tantôt lymphatiques à l'excès, mous , spongieux, blafards ; tantôt petits, grêles , débiles , à poitrine étroite, à membres sans muscles ; tantôt à peau sèche, terne et rugueuse, avec des articulations saillantes, des chairs flasques, des stygmates de teigne ou de scrofules; tantôt mal bâtis, mal proportionnés, sans griice et sans harmonie; tantôt enfin amaigris , usés par de longues fatigues , par des maladies antérieures, par les travaux de la guerre: tous ces hommes doivent être repoussés des rangs de l'armée. Il n'est sûrement pas possible d'indiquer chez eux quel organe , quel système ou quel appareil est en

RÉFORME

iouffrance : aucun rouage ne semble altéré plus que les autres , et cependant a machine est construite avec de mauvais matériaux , fonctionne mal et ne pourra manifestement suffire aux efforts que le service exigera d'elle. Ces .motifs dexemption ou de réforme sont ceux que l'on désigne ordinairement Dar ces formules : Jaiblesse de constitution , constitution scrojttleuse , phlhiliqne , etc.

En dépit de toute l'attention dont il est capable , et de l'emploi judicieux des Doyens les plus sûrs de diagnostic, il arrive assez fréquemment que le médecin reste indécis , et ne saurait prononcer , d'après ses propres observations , si 'affection qu'il a sous les yeux est réelle ou feinte , passagère et curable , ou i:hronique et rebelle. Deux moyens peuvent être employés par lui pour lever :ette difiicullé. S'agit-il d'une maladie qu'il croit simulée, mais qui doit iitre ancienne et n'a pu échapper à l'attention des compatriotes du sujet soumis I l'examen, comme la surdité, l'idiostime , la manie, la cécité, etc. ? Le aédecin doit exposer ses doutes et provoquer une enquête. Les magistrats de ;a localité , les jeunes conscrits de la classe , les pères de famille intéressés dans ;a décision à intervenir, seront interrogés si l'on opère en conseil de recrutement et fourniront les renseignemens dont on a besoin. Dans le cas de réforme ( prononcer , les officiers et sous-officiers du corps, les soldats de la compagnie, iîs camarades immédiats du sujet présenté comme infirme , viendront encore , lar une sorte d'acte de notoriété, lever les doutes. Lorsque la maladie est )cale, peu saillante , facile à cacher et susceptible de rester ignorée , comme lamaurose à un œil , un ulcère douteux à la jambe , etc. , l'enquête ne saurait |tre sollicitée , mais on peut provoquer l'entrée provisoire du sujet à l'hôpital liilitaire le plus voisin , ou quelques jours , quelques semaines au plus d'objîrvation suffiront pour arriver à la vérité. Les travaux des conseils de recrute- |ient se prêtent à cette mesure, qui m'a fait bien souvent éviter à-la-fois l'injusce et le froissement des intérêts militaires ou civils. Il suffit de considérer les idividus envoyés en traitement comme «/ourrae'i, et de désigner , en suivant lordre de la classe, un nombre correspondant de sujets appelés prot'isoiremeni^ j qui ne partiront qu'autant que, dans le délai indiqué par le médecin , les ^jets suspects seraient reconnus définitivement impropres au service. Nous en 7ons agi ainsi dans plusieurs cas , en 1834, au grand avantage des localités et e l'administration.

§3. De l'opération delà visite. L'e.xamen des hommes, soit qu'il s'agisse b l'exemption ou de la réforme du service militaire, soit que l'on ait à propncer sur l'admission dans ce service , à titre de remplacement, soit enfin , [le le problème consiste à apprécier le degré d'allération ou d'intégrité des 'ganes , afin de fixer la quotité des pensions , de faire entrer dans les hospices ; vieillards ou d'incurables , ou même de régler les clauses des contrats assurance sur la vie ; dans tous ces cas, dis-je , la visite des hommes doit être jumise à une méthode constante et invariable. Cette méthode , sans laquelle îxamen le plus prolongé serait souvent incomplet, et qui épargne le temps , ut en faisant éviter les erreurs , consiste à parcourir successivement , et [ujours dans le même ordre , les diverses parties de l'organisme. Elle peut irier au gré ,et selon les habitudes du praticien : ce qui importe , c'est qu'elle iste , qu'elle règle l'opération entière, et que, toujours présente , elle emiche l'attention de se distraire , en se portant au hasard d'un objet à d'autres, oici celle que j'ai adoptée , après l'avoir vu mettre en usage par un grand )mbre de chirurgiens militaires.

Le sujet , entièrement nu , étant placé debout, les talons rapprochés , elles 'as étendus le long du corps, on examine d'abord la surface du crâne, en ême temps qu'on la parcourt avec les mains; de là, on passe aux yeux, puis jx oreilles , au nez, à la bouche, au cou, à la poitrine, aux régions inguilles et crurales, aux organes génitaux, aux membres inférieurs, depuis la i.nche jusqu'aux extrémités des pieds, et enfin aux membres supérieurs, dont utes les iiarlies sont, à leur tour, mues et touchées. Faisant retourner en- Ste le sujet toujours placé dans la même attitude, les épaules, la colonne irsale, le bassin, les régions postérieures des cuisses et des jambes sont, . procédant de haut en bas, l'objet d'une attention spéciale. Cette partie de Investigation est complétée par le soulèvement alternatif des pieds, afin de iuvoir s'assurer de la conformation de leur face plantaire. La visite doit se terminer par quelques questions adressées à la personne qui

est l'objet, et qui ont pour but d'acquérir une idée approximative , si ce pst entièrement juste , de l'état de son esprit, du degré de finesse de l'ouïe, : la liberté plus ou moins grande de la parole et de la force de la voix; enfin, 'demander si elle n'a pas à faire valoir des douleurs , des lésions internes, ; d'autres affections qui auraient pu échapper à l'exploration la plus attende, parce qu'elles n'entraînent que peu ou pas d'altération dans les formes,

coloration et la structure apparente des parties. Quelques pas que l'on fait écuter en même temps, permettent de remarquer jusqu'à quel point les mouimens des membres abdominaux, et l'exercice de la marche, sont libres et piles.

|§ 4. Examen spécial des divers organes , susceptibles d'être le siège de ina- \dies réelles , simulées ou dissimulées.

|L Crâne. L'alopécie, ou la perte totale ou presque totale des cheveux, qui lipêche les hommes de porter la coiffure pesante du soldat, et les expose k lis les dangers résultant de l'action intense et brusque des variations almojhériques , peut être simulée , quoique rarement, par l'épilation , ou n'être jie passagère et le résultat de maladies aiguës, graves, récemment terminées, jdle qui est définitive et réelle s'accompagne d'une teinte blanche, uniforme tnate du derme chevelu ; les points bleuâtres correspoudans aux bulbes pi-

leux ne peuvent plus être distingués ; de larges plaques de tissu cutané nouveau, ou de cicatrices existent presque toujours , les cheveux rares qu'on remarque çà et là sont courts, effilés, ruiles.et comme rabougris. Ces caractères ne sauraient tromper. L'alopécie est dissimulée au contraire au moyen de pièces artificielles, plus ou moins artislement ajustées , susceptibles d'échapper à l'attention , si dans l'examen du crâne on néglige , en même temps qu'on parcourt sa surface avec les mains, de tirer légèrement sur les cheveux qui le recouvrent- Cet examen manuel du crâne est indispensable encore, afin d'y découvrir les ulcères ou les croûtes que la teigne y produit, et dont les remplaçans ont toujours intérêt à cacher l'existence.

Ajoutons que la teigne bien caractérisée, l'ossification imparfaite des os du crâne, reconnaissables à la persistance de la fontanelle fronto-pariétale , et quelquefois à l'écartement ou à la mobilité des sutures ; le volume monstrueux du crâne, ses déformations considérables à la suite de fractures , les cicatrices étendues, saillantes, fragiles, qui sillonnent sa surface, sont autant de motifs de réforme ou d'exemption.

On possède des exemples de simulation de la teigne au moyen de l'acide nitrique liquide, ou incorporé avec de I axonge, et appliqué sur le derme du crâne. Les simulateurs obtiennent ainsi la desirulion des cheveux et la formation de croûtes jaunâtres ; mais les parties restées à l'abri de l'action du caustique sont parfaitement saines , les cheveux qui les recouvrent s'offrent à l'état normal, et la constitution du sujet ne présente aucun signe d'altération, circonstances qui ne se rencontrent pas chez les teigneux véritables , et dont la réunion ne peut laisser de prise à l'erreur.

II. Appareil oculaire. L'ophthalmie aiguë et récente ne saurait s'opposer à l'admission du jeune soldat. L'ophthalm.ie devenue chronique elle-même ne motive l'exemption qu'autant qu'elle a déjà entraîné dans l'appareil de la vision des désordres susceptibles de gêner pour toujours ses fonctions. Lorsqu'elle est simple, et non liée à l'existence de quelque état morbide général, comme les scrofules caractérisées, elle dépend parfois des professions exercées par les sujets, et guérira presque certainement sous l'influence d'autres manières de vivre. Il faut admettre ainsi les forgerons, les graveurs, les hommes de cabinet, qui ont les yeux rouges, mais sans altération dans leurs didiverses parties.

Quant aux effets de l'ophlhalmie chronique prolongée, tels que la perte des cils, qui laisse l'oeil sans défense contre l'action de la lumière trop vive et des corps voltigeans dans l'atmosphère; le renversement en dehors ou en dedans des paupières; les taies, les ulcères, les perforations de la cornée, les staphylômes, le flux palpébral puriforme : ce sont autant de cas d'exemption. Il en est de même de toutes les autres lésions de l'oeil et de ses annexes jugées incurables ou devant laisser dans l'organe un état de susceptibilité assez prolongé pour gêner et afi'aiblir notablement ses fonctions. Pour énumérer ces lésions diverses, il faudrait reproduire presque en entier la table d'un traité d'ophthalmologie. Arrêtons-nous sur celles qui peuvent donner lieu à quelques remarques relatives à la simulation ou à la provocation.

Il est impossible de simuler les taies, les ulcères, les inflammations palpébrales : on les provoque, et, le plus ordinairement, les sujets de ces provocations ont à se repentir de s'y être soumis. On a vu des hommes s'arracher des cils, se cautériser les bords libres des paupières et se présenter comme atteints d'oplithalmies chroniques anciennes. Portée à ce degré , la simulation est parfois difficile à démasquer : cependant, lorsqu'elle a lieu, on ne trouve ni les rides des paupières, ni leur relâchement, ni la patte d'oie déterminée par leur clignotement habituel ; leur surface est, au contraire, plus ou moins rouge, unie, chaude et tuméfiée, et ces caractères indiquent assez bien que la maladie est récente et aiguë.

L'application très-superficielle du nitrate d'argent fondu sur la cornée, produit une tache blanchâtre, bornée aux lames les plus externes de la membrane, irrégulière, presque toujours large, et qui se dissipe en un temps assez court, sans laisser de traces appréciables, si l'opération a été bien faite. On reconnaît la fraude, d'abord aux caractères indiqués, et ensuite à l'absence de toutes les traces que les ophthalmies assez intenses et assez prolongées pour altérer ainsi la cornée , ne manquent presque jamais de laisser dans l'ensemble de l'œil. Lorsque le cas est douteux, l'homme doit être observé, son ajournement admis, et son envoi dans l'hôpital militaire le plus voisin ordonné.

La chute de la paupière supérieure peut également être feinte ; mais il y a alors absence d'engorgement œdémateux dans l'organe. Si l'on fait regarder le sujet en haut, on voit que la paupière prétendue malade ne reste abaissée que par l'effet des contractions du muscle orbiculaire; si on distrait fortement l'attention du fraudeur, en lui faisant brusquement remarquer un objet élevé, l'œil voilé se découvre; enfin, la paralysie du muscle releveur est orilinairement accompagnée de celle des autres muscles animés par la troisième paire de nerfs, de telle sorte que l'œil est en même temps dirigé eu dehors et dévie de sa rectitude normale.

Le clignotement des paupières peut être produit ou par la volonté ou par la présence momentanée de quelque corps irritant sur l'œil. Dans ce dernier cas, il est accompagné d'une rougeur vive, passag'rre, facile à distinguer; dans l'autre, il faut observer le sujet sans qu'il s'en doute, en excitant ou faisant exciter par d'autres son attention.

L'amaurose est l'affection des yeux le plus souvent et le plus facilement simulée. Le suc ou l'extrait de belladone, l'eau distillée de lauréole et l'extrait de jusquiame sont des substances ordinairement employées pour produira artificiellement les deux principaux symptômes de celte maladie, savoir la dilatation

REFORME

RlÉFORME.

et l'immobilité de la pupille. Dans l amauiose véritable et ancienne, l'œil est assez consamment altéré dans sa forme, plus saillant ou plus enfoncé; il existe parfois autour de l'orbite des traces de la lésion dont la paralysie de la rétine est le résultat. Si l iris conserve de la mobilité, ce qui a lieu chez quelques sujets, elle ne se manifeste, même sous l'action de la lumière la plus vive, que par des oscillations lentes, faibles, instantanées et bientôt suivies de l'état stationnaire de dilatation. D'ailleurs les membranes oculaires e.\ternes sont saines , transparentes et dans un état parfaitement normal. Lorsque la maladie est siniulée, les substances destinées à produire cet effet, ayant été récemment introduites entre les paupières, l'œil présente presque toujours à sa surface de la rougeur, du larmoiement et une légère nuance d'excilalion ; si l'iris est mobile encore, les oscillations se répéteront sous l'influence de la lumière aussi souvent que celle ci viendra frapper l'œil, et aucune irrégularité n'existera dans le contour circulaire de la pupille. La forme non plus que le volimie elle degré de saillie du globe oculaire n'ont alors éprouvé le moindre changement. Enfin, l'ainaurose véritable atteint aussi souvent l'œil gauche que l'œil droit, tandis que les fraudeurs sachant que la perte de la vue à gauche n'est pas, aux termes (les réglemens, un cas d'exemption, s'attaquent à-peu-prcs constamment à l'œil droit. Dans les cas douteux, il faut séquestrer l'individu de la manière la plus sévère, l'isoler de tout ce qui a pu lui appartenir, et l'observer. Et alors, deux causes d'erreur sont encore à éviter; la première consiste eu ce que, quelques parcelles d'extrait de belladone, conservées par le prétendu malade, peuvent lui servir dans l'isolement à entretenir la dilatation pupillaire : le moyen de l'éviter se présente de lui-même. La seconde est fondée sur l'assertion suivante émise par Percy, répétée par d'autres écrivains et que l'expérience démontre inexacte, c'est à-dire que l'eau distillée de l'auréole détermine une dilatation de vingt-quatre heures et l'extrait de belladone une dilatation de six heures environ. Je puis affirmer, parce que je l'ai vérifié avec une parfaite exactitude, que lorsque la belladone a été employée plusieurs jours de suite, ses efTels se continuent pendant plus long-temps, et que ce n'est que quarante-huit ou soixantedouze heures après la séquestration, que l'on commence seulement à remarquer du rétrécissement et de la mobilité à la pupille. En n'attendant pas au-delà de ce terme avantde prononcer,on courrait donc le danger de se laisserencore tromper.

L'amaurose, même à 1 œil gauche, serait un motif d'exemption , parce que, dans la plupart des cas, l'œil ilroit est alors menacé de la même affection. Le soldat, d'ailleurs, n'a jamais trop de ses deux yeux. L'amaurose récente , mais réelle, bien que susceptible de guérir, doit encore motiver l'exemption, parce que la guérison est peu assurée, souvent fort longue à obtenir, plus souvent encore incomplète, ou laissant dans les parties une manifeste disposition à la récidive. Il n'en est pas de même de celle cjui survient chez le soldat. Celle-ci doit être traitée comme toutes les autres affections dont il peut être atteint.

On prétend qu'un jeune homme se donna des cataractes en usant de lotions d'acide nitrique affaibli sur les yeux. En pareil cas, la maladie n'est pas simulée ; elle est provoquée. Le fait lui-même, malgré l'autorité de M. Tarira, est encore douteux. Quoi qu'il en soit, la cataracte constitue un motif constant d'exemption ou de réforme, parce que le succès de l'opération est incertain, et qu'en cas même de réussite, le sujet restera impropre à faire un bon service en temps de guerre. Si la cataracte était accidentelle, et survenue par suite d'une lésion éprouvée pendant un service commandé, le soldat atteint devrait se soumettre à l'opération ; car, s'il guérissait, il rentrerait dans ses foyers avec deux yeux au lieu d'un, et si l'opération était défniitivement suivie de cécité plus ou moins complète, la pension de retraite le dédommagerait de cette perte. En se retirant avec une cataracte simple, à un seul œil, au contraire, il n'aurait que sa réforme, et les dangers de l'opération, pratiquée plus tard, seraient à sa charge.

La myopie, infirmité souvent invoquée afin d'obtenir l'exemption du service, est aussi une des plus faciles à simider. Le myope a toutefois l'œil presque toujours saillant, des rides aux angles des yeux, des pupilles lentes à se resserrer; mais ces signes sont équivoques. Des épreuves fixées d'ailleurs par les instructions peuvent seules lever les doutes : il faut que le sujet lise, à un pied de distance du nez, avec des verres et 4, et qu'il distingue les objets éloignés avec le n° 5 et demi. Si ces conditions sont remplies l'exemption ne doit pas souffrir de difficultés. Des manœuvres bien connues peuvent, il est vrai, donner à quelques sujets, faiblement myopes, la faculté de subir ces épreuves et de tromper l'autorité ; mais dans des cas aussi ob.icurs, il a fallu fixer une limite, et ceux qui s'y trouvent compris doivent nécessaii emcnt en profiler.

La tumeur et la fistule lacrymales sont des cas manifestes d exemption et même de réforme, les sujets qui en sont atteints conservant toujours, après la guérison, une tendance à la récidive qui les rend impropres au service. 11 n'en est pas de mémo du strabisme, à moins qu'il ne soit porté jusqu'à annihiler l'action de 1 œil droit, invinciblement et constamment dévié de sa direction normale. Aus'i cette affection n'est elle que bien rarement simulée et toujours sans résultat.

III. Appareil de iolfacliun. La perle du nez, son volume excessif et d'aspect monstrueux, son très-grand aplatissement , avec un tel rétrécissement des narines, que la respiration et la parole en sont notablement gênées ou altérées, sont des cas manifestes d'exemption.

Des polypes ont été simulés à l'aide de testicules de poulets, ou même de reins déjeunes lapins, introduits dans les fosses nasales. Dans d'autres cas , on a voulu imiter l'odeur insupportable des ozènes, au moyen d'épon;;es imprégnées de matières putrides, ou de morceaux de fromage décomposé, portés dans ces cavités. Il suffit d'être prévenu de la possibilité de ces simulations d'affections, d'ail-

leurs incompatibles avec le service militaire, pour éviter l'erreur, en observar le bon état de la membrane muqueuse, la carnation normale du sujet, la natur et l'insensibilité des tumeurs c[u'il est facile de saisir, de retirer ou de faire reje ter à l'aide de quelque sternulatoire.

IV. Appareil auditif. L'ouie est un des sens dont la perfection importe 1 plus au soldat, et un de ceux qui se prêtent avec le plus de complaisance, si ce n'est avec le plus de succès , au.x manœuvres des Irautleurs.

La perte de la conque auditive, son développement monstrueux, son enva Iiissement par des tumeurs érectiles volumineuses, l'oblitération entière , o le rétrécissement considérable et la déviation du conduit auriculaire, la pré sence de végétations dans sa cavité, l'otite chronique avec écoulement puruler et fétide par l'oreille , ou perforation de la membrane du tympan , sont autan de lésions susceptibles d'exempter du service militaire, parce qu'elles entrai nent la perte de l'ouie ou son affaiblissement à un degré incompatible avec 1 profession de soldat.

La fraude, relativement à l'oreille , s'exerce en simulant des oblitérations des écoulemens ou la surdité.

Des pois , des fraginens de moelle de sureau , des globules de mie de pain introduits dans le conduit auditif externe, ont été présentés comme des prc ductions organiques occasionnant d'incurables oblitérations , et par suite 1| surdité. Percy rapporte un cas assez curieux de ce genre, dans lequel la rusl faillit cire couronnée de succès. Lorsque l'attenlioii est éveillée sur la possibij lité de pareilles ruses , il est rare que l'on puisse en être dupe. Le conduit arj ditif, en effet, est alors intact, sain, libre jusqu'à l'obstacle que la vue recoE| nait ; un instrument, porté sur cet obstacle, rencontre une résistance qui n'j rien d'organique; piquée, la prétendue excroissance ne fournit pas de sang' pressée, elle se déplace et s'enfonce davantage : ces caractères ne permetter pas de méconnaître sa nature; et, des procédés convenables d'extraction état| employés, la sortie du corps étranger achève la démonstration. 'w

L'écoulement purulent est parfois simulé à l'aide du miel , introduit dans leV conduits auditifs externes; quelques sujets emploient des sucs d'herbes , doni la teinte verdâtre leur paraît plus propre à tromper l'examinateur; enfin,!' vieux fromage, écrasé et délayé , a paru susceptible de donner à l'écoulemeo'. une fétidité spéciale , à raison de laquelle tous les soupçons devaient tombe)' J'ai vu, tout récemment encore , essayer ces derniers moyens, et dans un C£' où il s'agissait de l'introduction de fromage écrasé, la fraude a presque réussi Il importe donc d'examiner avec le plus grand soin , toutes les fois que l'otoi' rhée est présentée comme motif d'exemption , la nature du liquide arrêté danl le canal et à son contour extérieur; de porter les regards jusc|ue sur la meai' brane du tympan, et de bien déterminer l'état de la surface interne du condu:' auditif, ainsi que de la conque et desautres parties de l'oreille. La fétidité du pu se distingue assez facilement, pour les chirurgiens expérimentés, de celle d toute autre substance ; et il est rare qu'une otorrhée abondante existe depui long-temps sans qu'elle soit lice à des conditions organiques générales dont 1 présence ou l'absence vient lever les incertitudes que l'exploration locale pour rait encore laisser dans l'esprit.

Quelques individus ne simulent pas , mais provoquent des otites avec ccou' lement purulent , abondant , et parfois fétide ; des corps étrangers irritans , de' injections de même nature remplissent assez bien ces coupables intentions. C n'est pas , toutefois, sans danger que de semblables tentatives ont lieu. J'ai vi un fragment d'épi d'orge perforer ia membrane du tympan , et compromeltr les jours du malade ; on rapporte l'observation d'un jeune homme chez leque un corps du même genre détermina une otite profonde, la carie du rocher, un'f encéphalite consécutive, et la mort , après laquelle la cause de tout ce désordri fut trouvée sur le cadavre. Sabatier a consigne l'histoire d'un cas analogue' dans lequel une boide de papier, introduite accidentellement dans l'oreille produisit des désordres non moins profonds et funestes. Ici l'investigation lo'i cale la plus minutieuse et la comparaison de l'état des parties avec l'enseinbli'l de la constitution , sont d'un grand secours pour éclairer le diagnostic. '

La surdité, si fréquemment, si obstinément simulée par quelques individus' peut être constatée à l'aiile de plusieurs moyens. Le premier consiste dans dc| questions adressées au prétendu sourd. On doit toujours se défier de celui qu î ne perçoit absolument aucun son, quelque haut qu'on lui parle. Lorsqu'on es < parvenu à se faire entendre , il convient de continuer sur ce ton la conversa " tion , de feindre une entière confiance , puis , en excitant , en soutenant forte 1 ment l'attention du sujet, de baisser graduellement la voix jusqu'au ton ordi naire. Ce procédé, adroitement employé, réussit très-souvent. A défaut di ] celle-ci , d'autres épreuves peuvent être employées : comme de réveiller brus quement le sujet au milieu de la nuit , en l'accusant de quelque grand crime î de le suivre dans ses relations avec ses camarades, de laisser tomber derrière lui ' sans qu'il se croie observé, quelques pièces de monnaie, etc. L'habileté di i l'observateur doit lutter alors avec l'astuce du fourbe , et il est rare que la vé j rite ne soit pas découverte.

Le véritable sourd a, dans les traits , dans l'expression du visage et de I yeux, une expression indescriptible d'attention, de finesse interrogatoire | I difiicile à imiter, susceptible sans doute de manquer, ou de n'exister qu'un j | parfaitement; mais dont l'absence complète, accompagnée surtout dunaii, : stupide et insensible que feignent la plupart des simulateurs, doit toujour ! éveiller et nourrir les soupçons. ,

L'examen de l'oreille fournit souvent des notions plus satisfaisantes. Le sujet j i présenté comme sourd, a-t-il le conduit auditif obturé par des causes autre p que le cérumen accumulé ? une matière fétide ou seulement purulente s'ccou ^ I

RÉFORME

RÉFORME

le-t-elle par cette ouverture ? la membrane du tympan est-elle perforée , ainsi qu'on le constate en faisant exe'cuter un violent efTort d'expiration , le nez et la bouche étant fermés? Dans ces cas divers, la lésion appréciable de l'organe vient justifier et rendre très-vraisemblable l'imperfection ou l'abolition que l'on prétend exister dans ses fonctions. Je n'ai jamais hésité à provoquer l'exemption ou la réforme des hommes atteints d'otite, avec perforation de la membrane du tympan. Cette dernière lésion atteste la pénétration de la phlogose dans l'oreille moyenne, et dispose manifestement les sujets à ressentir, avec un excès de vivacité , toutes les impressions atmosphériques susceptibles d'entretenir, d'aggraver la maladie, et de la propager à des portions de plus !n plus profondes de l'appareil auditif. On voit, chaque année, dans les lôpitaux, un trop grand nombre d hommes chez lesquels l'otite, se renouveaut incessamment, détermine, soit la perte des osselets, soit la carie des celules mastoïdiennes , soit la destruction d'une partie du rocher, pour que cet ivis ait besoin d'autre justification que celle des faits.

En dernière analyse, l'ordre des investigations, relatives à la surdité, peut e résumer ainsi : en conseil de recrutement, l'examen attentif des oreilles , les ipreuves immédiates h l'aide de la voix, l'assurance que la membrane du tymjan est ou non perforée, et si des doutes subsistent encore, malgré l'emploi de ;es moyens , l'enquête publique dont il a déjà été parlé. En inspection générale, .'il s'agit de réforme , l'examen des oreilles, les épreuves plus ou moins proongées et variées, selon les localités et les probabilités de succès; enfin, l'en- ]uéte faite dans le corps. Il faut éviter autant que possible , toute indécision , orsqu'il s'agit de prononcer sur l'admission d'un jeune soldat. La question ilors doit être résolue dans le conseil de recrutement, car les éléuiens positifs )0ur atteindre ce but n'existent que là. Le fraudeur admis ,sans être convaincu le mensonge , continuera son manège au régiment , avec d'autant plus d'opiliâtreté qu'il aura l'encouragement d'un premier succès, et que, inconnu à 3US , nul ne pourra, dans le corps, le convaincre d'imposture. Il n'aura donc îlus qu'à se bien observer , et s'il déjoue les embûches dressées autour de lui, H libération est assurée. Si, au contraire, l'infirmité est réelle, l'admission, ;'une part , est une injustice ; de l'autre , elle fait perdre, après beaucoup de épenses inutiles et d'efforts superflus pour tourmenter l'infortuné placé en uspicion , un homme à l'armée et un défenseur à l'état. Suivant la loi , les jgemens des conseils sont définitifs ; les hommes admis par eux ne peuvent ilus être réformés que dans les régimens , et leur libération est absolue , sans jossibilité de compensation. De là dérive la nécessité d'agir , lors de la prepière investigation cantonnalc des hommes , avec une extrême réserve, toute Irreur devant préjudicier irrévocablement à l'armée, aux individus soumis à (examen^ ou à des tiers.

Je le répète donc : il est à désirer que toutes les questions relatives à la surjité soient définitivement résolues , devant le conseil de recrutement, devant ps autorités locales, les parens des jeunes gens appelés , et devant ceux-ci , jirectement intéressés au résultat du jugement. Le fraudeur convaincu sera nvoyé au corps avec une note qui lui ôlera le désir de continuer ses manœuvres ; l'homme reconnu réellement malade sera au contraire immédiatement .semplé , et l'on conciliera ainsi tous les intérêts.

j Des hommes sourds ou atteints d'otorrhée sont quelquefois présentés à titre je remplaçans. On évite de les admettre, 1'' en adressant à ces hommes quelues questions à voix peu élevée , et en observant leur manière d'écouter et de ^épondre ; 2° en explorant le conduit auditif externe, lequel , dans l'étal nortial , est toujours sec, légèrement jaunâtre et enduit d'une quantité variable 'un cérumen brun, épais et consistant ; tandis que , malgré tous les soins , ans le cas d'otorrhée, il reste blanc, humide, comme macéré , et ne contient iicune trace de la matière destinée par la nature à le lubrifier. L'épreuve îlative à la perforation de la membrane du tympan serait alors insuffisante, à lison de la facilité avec laquelle les hommes peuvent retenir l'air par la pntraction de la glotte , au lieu de le laisser s'accumuler dans l'arrièreouche et les fosses nasales , sans qu'il soit possible de bien distinguer la ipercherie.

y. Appareil de la mastication et de la déglutition. Le bec-de-lièvre , naturel u accidentel, accompagné de destruction étendue de l'une des lèvres , de la |;paration des os maxillaires , ou de la saillie considérable des os incisifs ; la lerte des dents canines et incisives; les perforations étendues ou la division [ongéniale de la voûte palatine et du voile du palais ; les difformités et les isions de l'une ou de l'autre des mâchoires , assez considérables pour gêner la lasticalion et la parole, et à plus juste titre encore la perte partielle u totale de ces os; la fistule salivaire et l'écoulement involontaire de i> salive reconnus incurables, sont autant de cas absolus de réforme ou l'exemption.

A cette nomenclature réglementaire il faut ajouter la perte , la carie ou le lauvais état d'un grand nombre ou de la plupart des dents. Il faut que le solat puisse au besoin broyer son biscuit ; il faut , s'il est privé de quelques dents |iolaires, que les autres soient saines, ainsi que les gencives qu: les supportent. I^es conditions opposées l'exposent à des irritations fréquentes , à des gonfleliens reproduits sous l'influence des causes les plus légères , et constituent des jfiàchoires à fluxions , selon l'expression vulgaire. U importe , dans la visite des lîemplacans surtout , d'être très-sévère sur ce point.

I L'haleine fétide est encore un cas indiqué parmi ceux qui entraînent l'exempîon. Si cette fétidité est accompagnée du mauvais état d'un grand nombre de 'lents, du ramollissement, de l'ulcération chronique, de l'engorgement bleuâtre t scorbutique des gencives, et se lie à une constitution faible ou détériorée ,

DiCT. DE MÉDECINE ET DB CHIRCnGIB PRATIQUES.

nul doute que la libération ne doive être provoquée. Mais si les dents , d'ailleurs saines , ne sont que malpropres et recouvertes de tartre , si surtout la constitution générale est bonne, le sujet doit paraître susceptible de servir, car tout porte a penser que des soins hygiéniques remédieront au mal, ou que même il est simulé à l'aide de collutoires ou de la mastication de substances fétides , dont l'usage aura précédé de peu d'instans la visite.

yi. Appareil de la déglutition. La difficulté d avaler les alimens solides ou les boissons, symptôme assez fréquent des affections hystériques , chez les femmes nerveuses , est une affection des plus rares parmi les hommes. Si , résultant de la paralysie ou de quelque autre lésion incurable des parties qui servent à la déglutition , elle existait réellement depuis un temps assez long pour altérer la santé, elle entraînerait un amaigrissement général marqué, et une débilité organique prolondedont l'existence ne saurait échapper au médecin. Il est rare aussi que cette maladie soit simulée , à raison de l abscnce alors des effets indiqués , absence qui ferait bientôt découvrir la simulation. 11 en est de même des tics, dont on a vu quelques jeunes conscrits se plaindre, et qui avaient pour résultat de faire revenir par les narines la totalité ou une grande partie des substances liquides ou solides soumises à la déglutition. Une observation attentive des sujets , que l'on surprend satisfaisant leur appétit, lorsqu'ils ne se croient pas épiés, ne manque jamais, en pareil cas, de confirmer les présomptions de fraude , nées de l'examen de l'ensemble de la constitution.

VU. Appareil de la phonation et de la parole. Le mutisme , l'aphonie et le bégaiement ne permettent pas à l'homme de figurer dans les rangs de l'armée.

Le mutisme congénial , toujours accompagné de surdité , est facilement constaté par l'état physionomique du sujet, ainsi que par l'enquête publique provoquée devant le conseil de recrutement. Le mutisme, qui existe seul , est, dans la plupart des cas , reconnaissable à des lésions manifestes des organes de la parole, et spécialement delà langue. Les nerfs de cet organe sont-ils frappés de paralysie? on trouve le corps lingual mince, atrophié, comme pelotonné dans la bouche ^ et ne pouvant en être tiré que difficilement. Existe-t-il des adhérences anormales, susceptibles de retenirla langue et de borner ou d'empêcher ses mouvemens? Ces obstacles sont facilement aperçus et constatés. Enfin, l'homme a-t-il provoqué le mutisme à l'aide de l'ingestion de substances stupéilantes, telles que le datura stramonium ou d'autres plantes? Les symptômes généraux de stupeur , de congestion encéphalique ou d'ivresse, qui accompagnent alors l'abolition de la parole, doivent donner l'éveil, et la séquestration suffisamment prolongée de l'individu vient ensuite lever tous les doutes. En résumé, ainsi qu'on l'a déjà dit , tout muet qui tire une langue bien conformée et la meut librement, s'il n'est pas sourd , est un imposteur.

L'aphonie ou l'impossibilité de former dans le larynx des sons suflisamment forts pour être entendus , est une maladie très-rare. Les fables destinées à motiver son invasion ne manquent pas toutefois aux individus qui la simulent ; mais ce qui leur manque, lorsque l'examen du cou , du pharynx, et l'épreuve tentée à l'aide des sternutatoires , n'ont pas sufli pour faire découvrir la vérité , c'est une persévérance assez grande et une attention assez constante sur euxmêmes, pour résister aux épreuves auxquelles ils doivent être soumis. Tantôt ce sont des impressions douloureuses, brusques et inattendues ; tantôt une frayeur excitée pendant un sommeil profond ou durant l'action de l'opium , de l'alcool , etc. Un cri poussé , une parole proférée dans ces circonstances , suffisent pour dévoiler l'imposture, et il n'est pas rare de voir alors ces hommes, prenant leur parti , devenir de bons et braves soldats.

Les considérations précédentes s'appliquent au bégaiement, infirmité facile à imiter, mais qui , lorsque des vices de conformation ou de connexion de la langue ne la justifient pas , ne doit être admise qu'autant que les preuves testimoniales les plus positives , résultant de l'enquête , viennent démontrer sa réalité. Hors ce cas , l'homme doit être mis en observation , et les moyens indiqués plus haut doivent être employées avec discernement et persévérance , afin d'arriver à la vérité.

■VIII. Face. Les grandes difformités de la face, les taches larges, livides, poilurs , hideuses, et les déperditions de substance des joues sont autant de motifs suflisans d'exemption. Quelques-unes de ces lésions ne gênent en rien l'exercice des fonctions; mais elles peuvent nuire aux autres, en excitant le dégoût, ou a celui qui en est atteint , en le rendant l'objet de plaisanteries inévitables, et par suite, en l'exposant à des querelles incessantes, souvent funestes.

IX. Cou. Le goitre, assez volumineux pour gêner le port de la cravate militaire et pour empêcher d'agrafer l'habit, est toujours un motif suffisant d'exemption. Lorsqu'il se développe chez un soldat déjà sous les drapeaux, il faut , pour entraîner la réforme , que les traitemens les mieux indiqués aient été infructueusement employés et qu'on l'ait reconnu incurable. Il importe, durant la visite des remplaçans, d'examiner le cou avec une grande attention. Les hommes qui se livrent à ce genre de spéculation , connaissant fort bien les propriétés de l'iode , s'efforcent ordinairement de diminuer le volume exagéré du corps thyroïde par ce moyen. Le goitre, seulement amoindri alors, reparait assez souvent ou reste définitivement stationnaire, et entraîne plus tard la réforme de l'individu. Quel que soit donc le peu de volume de la tumeur goitreuse , lorsqu'un remplaçant en est atteint, il doit être nécessairement refusé.

Ces considérations s'appliquent aux engorgemens chroniques des ganglions cervicaux et sous-maxillaires , qui caractérisent l'état scrofuleux. I^es tumeurs de ce genre, lorsqu'elles sont multipliées et volumineuses , les ulcères auxquels donne lieu^leur conversion en abcès , et même les cicatrices violacées , adhérentes , rugueuses, fragiles, qui succèdent à leur ouverture, sont autant de causes manifestes de réforme, et surtout d'exemption.

REFORME

Quelques individus ont cherché parfois à simuler des ulcères et les cicatrices de nature scrofuleuse, à l'aide de caustiques plus ou moins actifs ; mais le peu de coloration du sujet, l'état des conjonctives, le volume des lèvres, les contours arrondis des membres, la mollesse des chairs, sont autant de circonstances qui) en supposant que l'aspect de parties malades laisseît subsister quelques doutes ' ne permettraient pas de méconnaître l'existence de scrofules ou dont l'absence ne laisserait aucun doute sur la fraude.

X. Poitrine. Chargés de deux fonctions importantes et incessamment actives, la respiration et la circulation, les viscères thoraciques constituent un double appareil, dont la vigueur et la solidité importent d'autant plus au soldat, qu'il devra fournir à des efforts plus violens et plus souvent réitérés. Le thorax doit être ample, saillant, les côtes longuement et régulièrement arquées, les omoplates effacées et recouvertes de muscles qui remplissent parfaitement leurs cavités. 11 convient de se défier des sujets dont le thorax est rejeté en avant, tandis que les cartilages des côtes sont droits , au lieu de prolonger la courbure cintrée de ces os : ces poitrines , qui rappellent celle du poulet, sont rarement assez fortes et assez larges pour que le poumon s'y meuve avec une entière liberté. Le même jugement doit être porté sur les enfoncemens prononcés et quelquefois considérables de la partie inféi ieure du sternum et de l'appendice xyphoide , bien que le cœur plus que le poumon ait à souffrir de ce vice de conformation. On sait combien des omoplates ailées, ainsi qu'on le dit, sont d'un augure défavorable, relativement à la solidité des organes respiratoires.

Quelques médecins professent cette doctrine qu'avant de prononcer l'exemption , il est indispensable de préciser le genre de lésion organique du poumon ou du cœur, dont le sujet qu'ils examinent est atteint. Une prétention aussi exagérée est inadmissible, et c'est le cas de rappeler combien , dans nos cliniques , entourés de tous les moyens d'investigation et aidés de l'expérience et d'un profond savoir, les professeurs les plus habiles éprouvent souvent de difficultés pour établir le diagnostic de ces lésions, et combien de mécomptes leur viennent dévoiler les ouvertures des cadavres. C'est ici encore qu'il convient de ne pas oublier qu'aucun viscère très-important ne saurait souffrir durant plusieurs années , ou être le siège de lésions graves dans son tissu , sans que la constitution tout entière partage cette souffrance et présente une altération facile à distinguer.

Que la poitrine soit étroite et allongée; que le visage soit pâle ou seulement coloré d'un rose vif, aux pommettes ; que la voix soit voilée , la parole brève , courte, interrompue presque à chaque mot par le besoin de respirer; que la peau présente une finesse, une blancheur ou une teinte paille et une sécheresse anormales; que les membres, plus ou moins longs, soient grêles, pourvus de muscles émaciés et mous : ces caractères suffisent pour annoncer une constitution thoracique peu robuste, une disposition manifeste à la phthisie , et pour motiver l'exemption. Qu'à ces caractères on s'efforce d'ajouter les résultats fournis par la percussion, l'auscultation, ou la mensuration, on ne peut qu'applaudira cette investigation approfondie. La malité d'une grande partie du thorax, l'absence du bruit respiratoire , ses modifications diverses , le développement plus considérable ou l'affaissement d'un côté de sa cavité , viendront fortifier le jugement fondé sur les premières impressions , ou rectifier ce que leur insuffisance pourrait laisser de doutes dans l'esprit. Qu'il y ait alors catarrhe chronique , pneumonie ancienne, pleurésie avec épanchement, tubercules nombreux et suppurés, le médecin ne doit pas sans doute dédaigner de poursuivre ses investigations jusqu'à l'appréciation de ces particularités de l'état pathologique ; mais leur connaissance exacte n'est point d'absolue nécessité. Il suffit, pour que l'exemption doive être prononcée , que la poitrine soit mal conformée , que sa structure semble trop faible, et que les autres parties de l'organisme portent l'empreinte de la débilité et de la souffrance. 11 en est de même relativement à I hcmoptysie plusieurs fois répétée, constatée par des témoignages authentiques, et accompagnée de quelques-unes des imperfections de développement et de nutrition indiquées plus haut.

En opérant avec cette largeur de vue, on s'expose , il est vrai, à déclarer im propres des hommes susceptibles de devenir plus tard très-vigoureux, et qui pourront démentir, durant une longue et florissante carrière, le pronostic dont ils ont été l'objet. Mais parcourez le uécroioge de nos hôpitaux, interrogez les inspecteurs généraux d'armes, assistez aux revues trimestrielles de nos établissemens militaires, et vous serez effrayé du nombre d hommes qui , admis parce qu'on ne leur avait reconnu , lors de la visite des conseils de recrutement , aucune lésion organique déterminée du thorax , succombent cependant phthisiques, ou doivent, après avoir épuisé leurs forces, être renvoyés valétudinaires dans leurs familles. C'est là la plaie de l'armée. Je l'ai déjà dit, l'homme faible, laissé chez lui, peut se fortifier; envoyé sous les drapeaux, il périt presque certainement. Entre les deux écueils , le médecin , l'officier, le magistrat ne sauraient balancer un seul instant.

Ici, toutefois, il importe de se tenir en garde contre la fraude. Quelques jeunes gens atteints, disent-ils, de faiblesse de poitrine, se présentent inclinés en avant, le dos voûté , les épaules rapprochées , le sternum en apparence enfoncé, affectant une toux fréquente et sèche, et parfois même ne répondant qu'en haletant aux questions qu'on leur adresse. Cette simulation de la constitution phlhisique est facile à déjouer : il suffit de relever le prétendu malade, et de porter ses épaules en arrière pour constater l'état convenable de développement du thorax, eu même temps que la lèrmeté des tissus, la coloration des tégumeus, le volume des muscles, viennent démentir les allégations mensongères de maladies antérieures nombreuses et prolongées.

L'asthme étant une affection à accès irréguliers, qui peut ne pas déceler son

existence à l'instant de l'examen du sujet, et qui dépend même fréquemmentje lésions pulmonaires ou cardiaques assez peu considérables pour ne pouvoir js être constatées dans l'intervalle des paroxysmes ; l'asthme est par cette raii la cause assez fréquente d'incertitudes difficiles à détruire. L'exploration att tive des poumons et du cœur, unie à celle de l'ensemble de l'organisme, peuv bien conduire à des notions suffisantes en beaucoup de cas, pour atteindre ài vérité; mais, lorsque ces notions laissent subsister des doutes, l'enquête dt être provoquée, afin de les lever. Un asthmatique véritable est toujours coni comme tel dans sa commune ou dans sa compagnie.

Chez presque tous lesjeunes sujets soumis à la visite médicale , le cœurît avec une force exagérée, qu'augmentent l'émotion, le doute et les détails mênj de l'examen de toutes les parties du corps. Cette disposition , bien connue, dt engager le médecin à ne prononcer qu'avec une grande réserve sur les préttr dues hypertrophies du cœur , qui semblent se multiplier chaque année, surt(f dans les grandes villes. La percussion médiate est alors d'un grand secours, i permettant de déterminer avec exactitude l'étendue de l'espace occupé paii^ cœur ou par son enveloppe séreuse. L'auscultation ensuite fournit, relativem<t à la régularité des mouvemens des oreillettes et des ventricules, ainsi qu'à|i pureté des sons qui les accompagnent, des notions qui ne permettent guère !( se méprendre sur l'existence d'une lésion réelle. j

Quelques sujets ont cherché à simuler des anévrysmes du cœur, en gênantl circulation dans la tête et les membres , au moyen de ligatures serrées, appl quées autour du cou, à la partie supérieure des bras et à la base des cuisses. !l visage devenait vultueux, les mains violacées, les pieds se gonflaient, et il se.ti blait que le système veineux ne pût se vider du sang qui l'engorgeait. Cette fraupi ne peut être employée qu'autant que le sujet reste couvert de ses vêtemens pel dant les visites : elle serait presque impossible aujourd'hui qu'ils sont oblij de se présenter entièrement nus.

L'hémoptysie est simulée de plusieurs manières. Certains sujets se piquent doigt, l'avant-bras ou toute autre partie du corps accessible aux lèvres, et, exe çant ensuite la succion, remplissent leur bouche de sang, qu ils rejettent api avoir feint un accès ou un effort de toux. D'autres se piquent l'arrière-bouc ou les gencives, et agissent de la même manière. Il en est enfin de plus avisé qui placent sous la langue ou entre les joues et les arcades dentaires du l d'Arménie, ou même une éponge imbibée de sang, qu'ils expriment et rende en quantité variable. Connaître ces manœuvres, c'est posséder déjà le moy de les déjouer. Le sang de l'hémoptysique est d'ailleurs reconnaissable à son pect rouge, rutilant, écumeux ; à la fin de l'accès, il se mêle aux mucosil bronchiques qu'il teint de couleurs de moins en moins vives, et enfin l'accès ré laisse toujours après lui une pâleur, une débilité que le moyen artificiel ne d termine pas. Remarquons en outre que cet accès est précédé et accompagt dans presque tous les cas , de désordres appréciables de la circulation, dont, cas de fraude, on chercherait en vain les traces.

En résumé , chez le soldat , l'hémoptysie feinte est facile à découvrir; ch le jeune homme soumis pour la première fois à la visite , elle l'est égalemen aussitôt que l'on a reconnu la source du sang craché , ou que l'on a consta la nature de la substance étrangère qui a l'apparence de ce lic|uide ; enfil lorsque l'accès n'a pas lieu pendant la séance du conseil de recrutement , c'e à l'examen delà poitrine , ainsi qu'à l'ensemble de la constitution du sujet et l'enquête, à lever les doutes.

Par opposition à tout ce qui précède, le médecin doit, en examinant l| remplaçans, se défier de leur pose académique , de l'affectation avec laquel ils enflent leur poitrine, la portent en avant et effacent les épaules, afin ( mieux faire saillir le sternum. Cette attitude, si l'on n'y apportait quelqt attention, pourrait en imposer; mais il suffit du plus léger examen pour e détruire l'effet.

XI. Eas-wentre. La tympanite habituelle , l'hématémèse constatée , l'hydre pisie ascite, le carreau , l'hépatite chronique , l anus anormal , les heinies quel que soit leur siège , sont autant de cas d'exemption ou de réforme.

Percy rapporte l'exemple d'un individu qui se procurait à volonté une tyni panile artificielle, en avalant de grandes quantités d'air , qu'il rendait ensuit à l aide de nombreuses éructations par haut et par bas. La ruse lui réussit : e cas semblable , elle pourrait être dévoilée , en comparant le bon état général d l'organisme avec la lésion grave dont le ballonnement semblerait annonce l'existence dans le canal digestif. Peu de personnes d'ailleurs jouissent de 1 faculté d'avaler assez abondamment de l'air pour provoquer un gonflemen susceptible de motiver l'exemption du service. La difficulté serait plu grande encore , si la simulation devait avoir lieu au moyen de l'iiijectioi. de l'air par le rectum.

L'hématémèse peut être simulée à l'aide de l'ingestion préalable d'une cer ' taine quantité de sang , que le malade vomit à dessin devant !es médecins et le^! assistans; mais on évitera l'erreur, en remarquant, l» que le sang, nouvelle-^ J ment exhalé dans l'estomac est ordinairement vomi liquide , tandis qu'il es coagulé lors de l'ingestion ; 2° que le liquide rendu par suite de l'état moibidej ! sort en quantités variables à-la-fois , mais pendant un assez long espace d< < temps , et que, s'il s'échappe avec abondance, tous les signes et les résultatij ' des hémorrhagies internes ne tardent pas à se manifester : dans les vomissemens! ' sanguins artificiels , au contraire , la masse étrangère est rejetée sans effort I en quelques secousses , et s'épuise brusquement , sans que le prétendu malade I . en éprouve le plus léger aft'aiblissemcnt ; 3° enfin que , dans l'hématémèsci !| réelle et chronique, la santé gcuérale est allérce ; ce qui contraste avec! |

RÉFORME

RÉFORME

les signes extérieurs de bonne santé que les simulateurs offrent presque toujours.

Si rhydropisie ascite, le carreau ou l'engorgement chronique des viscères abdominaux, ne sauraient se prêter à la simulation, il n'en est pas de même de l'hépatite chronique, du moins dans un de ses principaux symptômes , l'ictère. De la suie délayée , la décoction de curcuma , la teinture étendue de rhubarbe , ont été employées afin de colorer la peau en jaune , et l'on a vu ces tentatives avoir quelque succès. Cependant, l'absence de la teinte ictérique sur les conjonctives, que les simulateurs ne sauraient jaunir , fera aisément découvrir l'erreur , que quelques bains ou même un simple lavage de la peau itendront plus manifeste encore.

Les hernies constituent toujours des cas d'exemption ou de réforme , tant sont multipliés et graves les incommodités et les dangers attachés à l'existence ie ces affections. Elles ne sont heureusement pas susceptibles de simulation ; mais il est assez fréquent de voir des individus dissimuler leur existence. Pour lyr parvenir, la tumeur n'étant pas très-considérable , ils la font rentrer, ijéjournent au lit pendant quelque temps , appliquent au-devant de l'ouverture iJilalée des topiques froids et astringens, puis viennent se présenter à la visite, a tumeur ne paraissant ni spontanément, ni même par l'effet d'une toux , que es drôles se gardent bien de rendre très-forte. J'ai actuellement encore sous |es yeux plusieurs exemples des fâcheux résultats de ce genre de fraude. Afin [le se prémunir contre elle , il convient non - seulement d'examiner avec jsoin les régions inguinales et crurales des remplaçans , et d'appliquer la main lur les ouvertures correspondantes, pendant que le sujet est engagé à tousser , nais encore, en refoulant le scrotum en haut , porter le doigt dans l'anneau (lous-pubien , afin de reconnaître sa dilatation et de sentir si quelque portion le viscère ,. engagée dans le canal inguinal, ne vient pas, durant ces efforts, se )résenler à son orifice. J'ai maintes fois fait reconnaître ainsi des hernies couiaençantes ou dissimulées, qui auraient plus tard nécessité des réformes nuisiiiies à l'armée. Il est des sujets, non atteints de hernies, qui ont le canal uguinal , ainsi que la portion correspondante de la paroi abdominale antéieure, faible, relâchée, formant au-dessus du ligament de Fallope une saillie blongue , allongée du pubis vers l'épine iliaque antérieure et supérieure , aillie qui augmente sous 1 influence de la toux , des efforts violens , et semble onslituer une sorte d'éventration rudiraentaire. Lorsque cet état est trèsrononcé , l'exemption doit être admise ; lorsqu'il existe , même à un faible egré , le remplaçant qui le présente doit être refusé.

XII. Oi'ganes s^énitaux et urinaires. L'hypospadias est un cas d'exemption, Jules les fois qu'il entraîne ou une lenteur extrême dans l'excrétion de l'urine , ,u la direction perpendiculaire du jet de ce liquide vers les pieds du sujet, (ans le premier cas , la satisfaction du besoin étant très-prolongée , le soldat ourrait être, à l'armée, laissé trop en arrière pour pouvoir rejoindre, ou exposé

de graves dangers par son isolement. Dans le second , l'urine , s'écoulant entre 'S jambes , souille les vêtemens , les infecte, et les détruit en peu de temps , idépendamment de ce que la sanlé peut avoir à souffrir d'une humidité presae contante durant les saisons rigoureuses. Ces considérations s'appliquent écessairement aux fistules vésicales ou urélhrales.

' L'incontinence d'urine est incontestablement une cause suffisante d'exempon, et cette maladie , qui existe en réalité si rarement, est une de celles dont s simulateurs s'emparent , pour ainsi dire, avec le plus de prédilection. Deuis quelques années , cependant , j'ai observé , dans leur manière d'agir, un langement très-remarquable. Autrefois , ils feignaient l'incontinence absolue X continuelle de l'urine ; mais ils étaient bien vite découverts. L'absence de la ileur et de la flaccidité du gland ; l'impossibilité de laissser couler goutte à

1 lutte , et avec une sorte de régularité , l'urine arrivant dans la vessie ; le .Ihétérisme pratiqué la nuit, à l'improviste , et qui donnait issue à des quantijSvariables de ce liquide ; l'inspection soudaine de la verge durant les gardes f ontées pendant un temps froid : tous ces moyens d'investigation avaient bien- U mis les plus retors et les plus opiniâtres dans l'impossibilité de continuer ur rôle. Un des moyens les plus simples et les plus sûrs d'atteindre ce but insiste à placer l'homme douteux nu devant soi et à observer la sortie de jrine. Si l'incontinence est réelle , ce liquide tombera goutte à goutte , spon- ,nément et à des intervalles égaux ; dans les cas contraires , on verra la sortie iterrompue pendant quelques instans , puis reprendre sous l'influence d'efforts «pirateurs marqués , et ces alternatives se continuer ainsi. Mais je le répète, s fraudeurs semblent avoir aujourd'hui renoncé à ce genre de simulation : ils lignent seulement une incontinence incomplète , nocturne, un pissement qui a lieu, disent-ils , que durant le sommeil , et contre lequel échoue toute leur pnne volonté. Si l'on surprend le lit sec , c'est que , /jur husard , cette nuit écoulement n'a pas eu lieu ; si les vêtet..ens ne sont pas mouillés , c'est que , prant la veille, l'urine peut être retenue. 11 n'est pas de subterfuges que jemploient les simulateurs de ce genre , pas d'explications qu'ils ne donnent, leur ténacité peut fatiguer la patience la plus opiniâtre.

Et cependant , il n'est pas d'exemple plus pernicieux que celui des cxemp-

Ims ou des réformes prononcées pour les cas de ce genre. Plus la maladie est flicile à découvrir, plus on est sûr que le succès du premier simulateur engara à l'imiter, et plus aussi on doit être sévère pour admettre la réalité de son j;istence. La réforme ou la dispense du service est alors une prime d'cncougementqui ne manque presque jamais de porter ses fruits , heureusement que Bconlinence, même incomplète, est une affection rare. Dans leur longue carpre, Percy et M. Laurent, bien que le nombre des sujets qui se présentèrent à s avec cette prétendue infirmité ait été très- considérable, affirment n'en pas

avoir rencontré deux chez qui elle fût réelle , en exceptant , toutefois , de cette catégorie, les calculeux et les individus soumis auparavant à l'opération de la taille.

En conséquence de ce principe que l'incontinence n'est presque jamais réelle, on doit déclarer propres au service les conscrits qui s'en prétendent atteints , toutes les fois qu'ils ne portent pas de traces de lésions extérieures susceptibles de justifier l'infirmité ; que la vessie ne contient pas de corps étrangers ; et , enfin , que la constitution, loin d'être faible , chétive ou morbide, présente les caractères de la vigueur et de la bonne santé. L'homme de l'art doit , ensuite, dans les régimens ou dans les hôpitaux, lutter de ruse et de constance avec le fraudeur, et l'amener, soit par la frayeur, soit par des traitemens douloureux , et surtout par la conviction que la réforme ne sera pas prononcée , à renoncer â son stratagème. Deux hommes, admis dans un des hôpitaux militaires de Paris , comme atteints de l'infirmité qui nous occupe, sont attachés sur leur lit , selon le mode usité pour l'opération de la taille souspubienne , et entourés d'un grand nombre d'élèves gardant un imperturbable sérieux. Le chirurgien s'approche, suivi d'un réchaud ardent , s'empare d'un énorme cautère, et se met en devoir de le plonger dans le périnée. A celte vue, un des câlins déclare qu'il pense pouvoir guérir , et pour ménager son amourpropre , il ne sort que quelques jours après , assurant à son régiment, qu'un traitement convenable avait rétabli sa santé. Le second, plus tenace, se laisse faire, au milieu de cris et de contorsions impossibles à décrire, une escarrhe superficielle , bientôt suivie d'une plaie qui ne tarda pas à se cicatriser. On revint alors à l'opération, déclarant que , dans la première, la brûlure n'ayant pas été portée assez loin, il fallait introduire le cautère plus profondément, et que même on était décidé à renouveler son application jusqu'à la guérison , dût celle-ci se faire indéfiniment attendre. A cette sentence , notre homme prit le même parti que l'autre , et rejoignit son régiment. Le même procédé m'a déjà plusieuis fois réussi à Strasbourg. La sévérité de ces épreuves peut, au premier abord, sembler cruelle; mais il ne serait guère possible de réussir avec plus de ménagemens ; et d'ailleurs , si, contre toute probabilité, l'incontinence était réelle, une cautérisation du périnée serait certainement un excellent moyen de traitement à lui opposer.

Pour réussir dans ces occasions , ainsi que dans toutes celles du même genre, il faut imprimer à l'homme cette conviction profonde , que sa fraude est connue, que l'on insistera sur les épreuves, si douloureuses qu'elles soient, jusqu'à ce que son obstination ait cédé, et que , dans tous les cas , ne dût-il faire que les corvées de la chambrée, il achèvera au corps son temps légal de service. C'est à cette conviction qu'est attaché le succès , et toute impression capable de l'affaiblir doit être évitée avec le plus grand soin.

L'hématurie réelle est fort rare dans la jeunesse. Lorsqu'elle existe à l'instant de la visite du sujet , il suffit d'introduire une sonde dans la vessie, afin de la vider complètement ; puis de pratiquer , deux heures après , un nouveau cathétérisme , quelques boissons délayantes ayant été administrées , et le sujet étant resté rigoureusement séquestré et surveillé. Dans le cas de réalité de la maladie , la nouvelle urine présentera les mêmes caractères que la première , indépendamment de ce que la sonde fera probablement découvrir quelque lésion susceptible d'expliquer le symptôme que l'on a sous les yeux. La garance et quelque autre substance jouissent , ainsi qu'on le sait , de la propriété de colorer l'urine en un rouge foncé , analogue à celui que lui communiquerait le sang; mais , en laissant reposer l'urine tlans un vase , la nature du liquide devient bientôt manifeste ; tandis que l'injection du sang véritable dans la vessie, ne tiendrait pas contre le cathétcrisme répété. Aussi , l'hématurie n'est-elle qu'assez rarement simulée, du moins devant nos conseils de recrutement. Il n'en serait pas de même , peut-être, si quelque grand intérêt portait un homme à établir que des violences dirigées contre lui ont produit un résultat aussi grave , et entraînant une incapacité de travail prolongée.

La gravelle et la |irésence de calculs dans la vessie sont des cas d'exemption ou de réforme que l'on ne saurait simuler , et qui sont trop rares pour que l'exploration de la cavité urinaire puisse devenir un moyen usuel d'examen des remplaçans ou d'autres individus ayant intérêt à cacher leurs infirmités.

La perte des testicules , par atrophie ou ablation , est incompatible avec le service militaire. Lorsque ces organes sont complètement retenus dans l'abdomen , ce dont on s'assure en faisant tousser fortement le sujet , pendant que le doigt indicateur explore l'anneau inguinal , le médecin doit avoir spécialement égard au développement des caractères de la virilité , motiver sur eux son ju. gement. Le testicule retenu à l'anneau ou dans la partie inférieure du canal inguinal est une cause légitime d'exemption. Arrêtée sur ce point , la glande séminale est en effet accessible à des froissemens douloureux, susceptibles de l'enflammer ; sous l'influence d'efforts puissans, elle peut s'étrangler dans l'ouverture aponévrotique quelle n'a j^as encore franchie , et enfin, pendant sa descente, ou même si elle conserve sa situation, des viscères peuvent s'introduire dans le canal resté ouvert de la tunique vaginale , et donner lieu à une hernie congéniale.

Le sarcocèle et même l'hydrocèle volumineuse rentrent dans la même catégorie, si , d'après le principe établi plus haut , nul ne peut être contraint à se faire pratiquer une opération douloureuse pour se rendre propre au service. Ces affections ne constituent pas des cas de réforme pour les sujets déjà sous les drapeaux ; les opératii ns qu'elles uccessitent doivent toujours être pratiquées , afin que le soldat puisse continuer le service.

Le varicocèle prononcé entraine une pesanteur habituelle et des tiraillemens douloureux , que la fatigue et la chaleur augmentent , et à raison desquels la

REFORME

RÉrORME.

réforme ou l'exemption doivent être prononcées. Cette afTeclion ne saurait être simulée; seulement, en se livrant à de violens exercices et en immergeant le scrotum tians de l'eau chaude , quelques jeunes gens en augmentent le volume. A l'aide de manœuvres opposées , c'esl-à dire du repos et des applications froides, les courtiers de remplacans diminuent au contraire , ou même font presque entièrement disparaître momentanément la dilatation variqueuse des veines chez les individus qu'ils présentent ; de telle sorte que, dans la visite de cette dernière classe de sujets , il importe de rejeter ceux qui jirésentent cette infirjuilé même au plus léger degré possible.

Une des manœuvres frauduleuses les plus fréquemment employées depuis quelques années , est celle qui consiste dans l'insulDation du scrotum à l'aide d'une piqûre faite à cette partie, ou de l'injection d'une certaine quantité de liquide inerte dans le tissu cellulaire qui forme un des élémens de sa composition. La première de ces simulations est facile à reconnaître à la légèreté , à la crépitation et à la sonorité de la tumeur. La seconde exige plus d'attention. Elle ne pourra être confondue toutefois qu'avec l'anasarque des bourses , affection qui n'est jamais isolée et qui s'accompagne de caractères organiques généraux faciles à distinguer. 11 est à présumer que le désappointement constant des auteurs de ces manœuvres criminelles dégoûtera bientôt ceux qui seraient tentés de les imiter, et qu'elles cesseront de se reproduire.

XIII. Anus. Les hémorrhoïdes volumineuses, dures et ulcérées , la tistule stercorale, la chute habituelle du rectum, sont autant (.le lésions qui doivent entraîner l'exemption du service , ou même la réforme , lorsqu'elles sont reconnues incurables , et qui, toutes, ont été l'objet de simulations plus ou moins ingénieuses.

Des corps étrangers introduits dans le rectum , un ressort à branches multiples et divergentes , portant à leur extrémité des portions de vésicules teintes en rouge , qui s'appliquent contre les tégumens , sont autant de moyens employés pour simuler les hémorrhoides externes et internes. La vue et le loucher tout aisément reconnaître ces pratiques grossières , de la possibilité desquelles il sufiit d'être instruit pour les déjouer.

On a imité la fistule stercorale à l'aide d'incisions, de piqûres plus ou moins profondes dans lesquelles même , afin de provoquer la formation de callosités et d'arrondir les ouvertures , on a introduit des fragmens de corps étrangers et entre autres de racines de tytimale ou d'hellébore. Afin de prévenir les résultats de ces fraudes, il convient d'explorer constamment les trajets fistuleux, et de s'assurer de leur profondeur, ainsi que de leur direction. Si cette exploration laisse subsister des doutes , il y a lieu à ajourner le jugement à un époque rapprochée, et à faire placer le jeune conscrit dans un hôpital, où l'examen pourra être fait plus à loisir et avec plus de succès.

La chute habituelle de rectum n'existe jamais qu'accompagnée d'un relâchement manifeste des sphincters de l'anus. A l'aide d'instrumens dilatans introduits dans l'intestin, et retirés au-dehors en même temps que de violens efforts d'expulsion sont exécutés , quelques sujets parviennent à faire arriver au-dehors une portion , quelquefois assez grande, de la membrane muqueuse , et à produire une véritable prot'idence de cet organe. Mais on ne reconnaît pas alors de relaxation des sphincters, et, la tumeur réduite, le sujet, quelque peine qu'il se donne, ne la fait plus reparaître. En observant d'ailleurs pendant quelques jours avec soin ces fraudeurs, on déjoue sûrement leurs manœuvres. Quant aux boyaux de bœuf ou de chat, renversés, introduits par un bout dans le rectum , et pendant par l'autre hors de l'anus, ces artifices ne sauraient tromper que des observateurs inattentifsià l'excès, ou décides d'avance à être pris pour dupes.

XIV. Colonne vertébrale. Il ne faut pas oublier que, presque toujours , la faiblesse générale de l'économie et son émaciation s'accompagnent de la proéminence exagérée des apophyses épineuses des vertèbres, sur les côtés desquelles un enfoncement longitudinal remplace la saillie légère et arrondie que devraient former les masses convenablement développés des muscles sacro- lombaires. Le rachis d'ailleurs, centre de tous les grands mouvemens du tronc et des membres, doit , chez le soldat , être droit, garni de muscles puissans , et ses déviations dans quelque sens qu'elles aient lieu , sont absolument incompatibles avec le service militaire.

Bien que ce point n'ait pas toujours excité l'attention des observateurs , la courbure rachidienne peut être feinte , ou du moins des jeunes gens essaient assez fréquemment de la simuler. J'ai vu ])lusieurs fois des sujets se présenter le dos voûté à l'excès , la poitrine creusée en avant, et prétendant ne pouvoir se redresser; d'autres élèvent un des cotés du bassin et courbent la colonne lombaire, ou bien abaissent excessivement une épaule ainsi que le côté correspondant du thorax. Ces manœuvres sont i econnaissables à ce que les courbures réelles de l'épine n'existent jamais isolément et que toujours la déviation du rachis dans un sens est accompagnée d'une contre-courbure en sens opposé placée au dessus ou au dessous de celle qui fixe principalement l'attention. Or cette contre-courbure n'existe pas chez les individus qui simulent la maladie. On l emarque en outre , dans Ip cas de gibbosité pathologique latérale , une tiifférence marquée entre les deux côtés du tronc, relativement à la force des muscles sacro-lombaires, à la direction des côtes , à la vigueur des épaules, différences que l'on n'observe pas lorsqu'il y a simulation. Dans la courbure antéropostérieure, un excellent moyen de redresser le sujet consiste à le coucher horizontalement en supination, sur un plan solide, la partie la plus convexe de la gibbosité appuyée contre la table ou le plancher, les épaules et la tête restant plus ou moins élevées. Dans cette situation , les muscles abdominaux et les sterno cléido-mastoïdiens , agens principaux de l'élévation simulée , ne tardent guère à le lasser, et le sujet finit par s'étendre entièrement. Cet expédient est

d'autant meilleur qu'il n'entraîne aucun danger, n'exige aucune violence , S que le coupable est lui même l'instrument qui dévoile sa ruse. |

A la suite de chutes , de blessures, de douleurs musculaires prolongées,» convulsions, ou même par le fait d'une conformation anormale, la tète re* quelquefois penchée sur un côté , et ne peut être ramenée à la situation droiji Lorsque la maladie est réelle, le muscle sterno mastoïdien du côté opposé n' pas ordinairement tendu , tandis qu'il l'est toujours dans le cas de simulatioj en outre, les malades véritables portent très-facileaient et très-loin les ye | du côté opposé à la courbure, l'habitude les ayant obligés d'exagérer ce moi vement, que les imitateurs ne peuvent exécuter au même degré.

Toutes les fois que les épaules n'ont pas une égale élévation , le rachis dêtre l'objet d'une attention spéciale; car il est presque impossible que la lési ne soit pas feinte si la tige qu'il représente conserve sa rectitude normale.

XV. Système neri'eux. Toutes les affections graves et chroniques du syslèi cérébro-spinal entraînent nécessairement la dispense du service militaire : t) les sont l'épilepsie , les convulsions habituelles et le tremblement de tout corps, la paralysie, l'idiotie, la manie, la démence. La manie, même guéri mais constatée par des témoignages et des pièces authentiques, est encore cas d'exemption ou de réforme. Une foule de circonstances sont susceptibles la réveiller pendant le service militaire; et qui voudrait encourir la responssij bilité des funestes résultats qui pourraient en être la suite?

La plupart.de ces maladies peuvent être simulées. L'épilepsie surtout (!« l'objet d'un grand nombre de tentatives de ce genre; et malheureusement, est à croire, puisqu'elles se renouvellent encore si souvent, qu'elles ne sont \ ',i aussi constamment déjouées que l'état avancé du diagnostic médical sembl rait le faire présumer. Et d'abord , on ne doit pas oublier que l'épilepsie réeljii n'atteint guère qu'un sujet sur mille, tandis que les prétendus épileptiques >"< présentent parfois au nombre de dix à quinze ou vingt sur cent. Les véritabl^J malades ofi'rent ordinairement un aspect spécial, impossible à imiter, et qj.] résulte du sentiment intérieur de leur infériorité, aussi bien que de l'empreins i physique répandue sur les traits , par suite des accès répétés et fréqueus qu'.; > ont éprouvés. L'expression de leur physionomie est rarement ouverte , gaie ■f\ vive ; on y découvre presque toujours au contraire un composé de tristesse, < timidité, de honte et parfois de stupidité. Leur teint est ordinairement paie ' terne ; leur visage , outre les cicatrices résultant des chutes qu'ils ont pu fain I est traversé de rides prématurées, produites par les convulsions souvent réit i rées de ses muscles ; leurs paupières ne s'élèvent qu'avec une certaine dif culté, leur tête est disposée à se pencher en avant ou à tomber vers l'une ( ( l'autre épaule, à raison de l'affaiblissement des muscles destinés à la souteni ; leurs veines temporales et jugulaires, dans lesquelles le sang a été si souve \ refoulé , conservent un volume et une saillie exagérés ; enfin, lorsque les acc ; ont été très-nombreux et fréquens, leurs lèvres présentent une colorati( \ bleuâtre, qui contraste avec la pâleur des autres parties de la face; leurs p ; piles conservent de la dilatation et de la paresse dans leur mouvemens; leu ( dents incisives, quelquefois en partie rompues, sont diversement usées, « même temps que leur langue présente des traces de morsure , plus ou moi J profondes. i

Les caractères de l'accès sont trop bien connus pour qu'il convienne de 1^ reproduire ici. La perte absolue de la sensibilité ; la dilatation et l'immobililii des pupilles ; les pulsations petites, lentes et serrées des artères : tels sont Ijl phénomènes qui doivent spécialement fixer l'attention. La violence des secou^iii ses, l'abondance de l'écume buccale et la plupart des autres signes sont ci| variables dans leur intensité , ou susceptibles de manquer entièrement. Aprij; l'accès, l'épileptiquc véritable a souvent froid, ou du moins la température àà sa peau n'est jamais élevée au degré de la transpiration, tandis que le simulî;^ teur est échauffé et suant en proportion de la durée ainsi que de l'énergie dt^ mouvemens qu'il s'est donnés.

Afin de distinguer, hors des accès , l'épileptiquc véritable du simulateur, U médecin doit surtout fonder son jugement sur l'examen des caractères physi<'( nomiques indiqués plus haut. Dans le cas de doute, et avec de l'habilelé et tl 1] l'habitude on n'en conserve qu'assez rarement, l'enquête doit être invoquée \ séance tenante , devant le conseil et tous les intéressés.

Durant les accès, il importe de s'assurer d'abord de l'état du pouls , qui < chez les simulateurs, à raison des efforts auxquels les oblige le rôle qu'ii.j jouent , est large , plein et fréquent ; puis d'observer les pupilles , qui se rétréji cissent et se dilatent alternativement, selon que l'on approche ou qu'on éloi i gne une lumière de l'œil. Si de l'écume couvre les lèvres , on s'assurera qu'ellj n'est pas le résultat de la présence du savon ou de quelque autre substanc ] étrangère dans la bouche. On emploiera ensuite divers moyens susceptible",! d'obliger le sujet à donner des signes de sensibilité, tels que l'approche d'u.|i flacon d'ammoniaque du nez, l'introduction des barbes d'une plume dans le. I

fosses nasales, le chatouillement de la plante des pieds, l'irrigation de l'eai froide sur la poitrine, et enfin l'ustion à l'aide de l'eau bouillante , de la cir à cacheter et même du cautère actuel. Ce dernier moyen est presque infail lible : le fer incandescent applique à la région du bras où l'on place ordinal rement les fonticules , aura , selon la judicieuse remarque de Percy, l'avanlagei ! si l'épilepsie est réelle, de piocurer au malade un cxutoire utile , tandis que si la maladie est feinte, il n'en résultera qu'une brûlure toujours facile à guérir Ces épreuves douloureuses , trop souvent rendues nécessaires par l'obsti nation des prétendus épilcpliqucs , doivent être employées alors même qu' l'on a la conviction de la fraude , parce qu'il ne suflit pas au médecin de recon naître les signes indicateurs de celle-ci ; il doit encore convaincre les assistans

REFORME

REFORME

qui ne peuvent toujours croire à la simulation d'un état aussi effrayant, et surtout obliger le prétendu malade de renoncer à son stratagème , désormais découvert aux yeux de tous.

Des convulsions peuvent avoir lieu , sans constituer Fépilepsie , ainsi qu'on l'observe chez quelques sujets nerveux , irritables , livrés aux excès de l'onanisme. Cette afTection , si elle atteint . ce qui est rare , un sujet robuste , ne doit pas motiver son exemption ; car les distractions et les travaux du service seront au contraire pour lui des moyens puissans de thérapeutique. Quant aux mouvemens alternalil's de relâchement et de contraction de certains muscles , quelle que soit l'adresse des imitateurs , ils ne parviennent jamais à reproduire la régularité , l'instantanéité , l'énergie toujours égale d'un mouvement morbide involontaire. Les trcmblemens choréiformes de tout le corps sont dans le même cas , et n'affectent jamais d'ailleurs les sujets assez robustes pour constituer de bons soldats.

Si les paralysies étendues à de grandes divisions du corps et résultant de lésions encéphaliques ou rachidiennes ne sauraient être ni imitées ni méconnues, il n'en est pas de même de celles qui n'atteignent qu'un membre , une de ses divisions , ou quelque autre partie très-circonscrite de la tête ou du cou. En se faisant rendre un compte minutieux par le sujet lui-même, des circonstances auxquelles il attribue son infirmité, le chirurgien peut déjà préparer son jugement. Une blessure par un instrument piquant a-t-elle laissé une cicatrice , si légère qu'elle soit, sur le trajet bien connu du nerf qui va distribuer la sensibilité ou le mouvement à la partie paralysée? Une luxation complète a-t-elle atteint une articulation, de manière à pouvoir distendre ou contondre des cordons nerveux importans ? Ces circonstances et d'autres analogues feront naître d'abord un préjugé favorable; mais, ce qui importe ensuite , c'est d'examiner avec une attention minutieuse les parties prétendues paralysées, en les comparant aux parties analogues du côté opposé. Toujours, lorsque la paralysie est réelle, on les trouvera molles , amaigries, souvent plus froides que le reste du corps , et ne présentant pas les rides , les plis , les saillies tendineuses , non plus que les duretés épidermiques , que la continuité des mouvcmens et l'exercice de la plupart des professions impriment aux parties qui sont fréquemment employées. La présence ou l'absence de ces caractères décident immédiatement et sûrement la question.

La paralysie de la paupière supérieure a été quelquefois produite par la section accidentelle ou faite à dessein de la branche frontale du nerf ophthalmique. La jiaupière alors cède sans résistance à toutes les impulsions , tombe spontanément après qu'on l'a élevée, et perd graduellement ses replis transversaux. Lorsque la maladie est feinte, au contraire, on sent que l'organe s'abaisse par la contraction antagoniste du muscle orbiculaire; les rides n'ont rien perdu de leur profondeur, et enfin , en distrayant l'attention du fraudeur pendant que l'on fait mouvoir avec le doigt la paupière, on le surprend, ou ne voulant pas la laisser abaisser lorsqu'elle est élevée , ou la maintenant en contact avec l'autre, lorsqu'on veut l'en séparer. Ces contradictions , que la plus grande habileté ne saurait faire éviter , ne laissent aucun doute sur l'exis- Itence de la fraude.

Parmi les nuances diverses de l'aliénation mentale , l'imbécillité , la monomanie et la manie sont les seules dans lesquelles l'art des simulateurs puisse s'exercer. Il est trop facile de reconnaître la démence et l'idiotie aux caractères spéciaux que ces affections impriment a la face , aux habitudes de tout le corps, et surtout aux actes de l'intelligence, pour que la plus simple inspection ne fasse pas aussitôt distinguer l'affection réelle de celle qui serait imitée.

Parmi les caractères propres à la monomanie et à la manie réelle , il en est leux sur lesquels doit principalement porter l'attention du médecin. Le preier est que , hors le sujet de leur délire , les monomaniaques et la plupart es maniaques jouissent d'une raison assez saine et répondent juste. Le second onsiste dans la privation presque absolue de sommeil qu'éprouvent généalemeut les fous. Or, le simulateur ne sait presque jamais restreindre ou tendre sufllsamment le champ de sa prétendue folie, et son cerveau n'éprouant pas en réalité l'excitation qui travaille celui du malade réel , il est obligé le céder comme tout le monde , et aux heures à-peu-près accoutumées, au besoin de dormir. La décoction de certaines plantes narcotico-âcres est susceptii)le de déterminer un trouble plus ou moins considérable, et accompagné de tongestion cérébrale , dans les facultés intellectuelles. Le simulateur peut lors braver toutes les ressources de l'investigation la plus savante; mais l'effet roduit ne pouvant être que peu durable, une séquestration sévère, en le disissipant, fera bientôt tlécouvrir la fraude. L'imbécillité communique au visage une expression difficile à bien reprouire , et se lie ordinairement k une conformation crânienne , que les progrès le la phrénologie ne permettront plus bientôt de méconnaître. On l'observe )rdinairement , d'ailleurs , chez des individus faibles , imparfaitement dévelop- )és, incapables d'occupations suivies, et par conséquent impropres à devenir oldats. Lorsque des sujets vigoureux, largement conformés et offrant les races de travaux prolongés et rudes , sont présentés comme atteints de cette raperfection intellectuelle , il est à-peu-près certain que l'affection est simulée ; 1 ne s'agit plus que de déjouer le stratagème par des questions habilement lirigées.

Au surplus , les nuances variées de l'aliénation mentale ne sauraient exister lepuis le jeune âge, sansjque les concitoyens du malade en aient connaissance, n cas de doute , une enquête contradictoire et publique doit donc être provojuée devant le conseil. Si la folie était survenue depuis l'entrée au service, lie serait la suite de quelque encéphalite, de quelque blessure, d'impressions

DiCT. DE MÉDECI^E ET DE CniRrRCIE PEATIQXJES.

morales vives et profondes , dont les camarades ou les officiers de santé du corps auraient conserve le souvenir, et l'enquête encore fournirait de précieuses lumières. (Koj-ez Folie.)

La nostalgie ne pouvant être imitée dans ses effets pathologiques , la simulation est toujours facilement distinguée et sans succès : aussi a-t-elle rarement lieu.

XVI. Membres. Les principales affections des membres , susceptibles de motiver l'exemption du service ou la réforme, sont les ankyloses partielles ou complètes , les contractures irrémédiables , les cicatrices adhérentes , les arthrites chroniques, avec ou sans tumeur blanche , la carie, la nécroseet les autres affections profondes des os, les anévrysmes , la goutte et le rhumatisme invétérés, l'atrophie , et enfin la perte du membre ou d'une de ses parties importantes.

A ce tableau il convient d'ajouter, comme ne se présentant qu'aux membres abdominaux, la sciatique ancienne et rebelle , la tuméfaction œdémateuse des jambes, les varices volumineuses et multipliées, les ulcères anciens et compliqués , la claudication , la déviation très-prononcée des genoux en dedans , les pieds plats , très-difformes et très-difficiles à chausser, le chevauchement considérable des orteils , la marche sur l'ongle , l'ongle entré dans les chairs avec lésion profonde aux parties molles, la sueur excessivement abondante et fétide des pieds.

L'ankyiose incomplète est une des affections que les jeunes gens croient pouvoir le plus facilement simuler, et[qu'ils ne se lassent pas , pour cette raison , de reproduire. Lorsque la maladie est véritable, cependant, on découvre presque toujours, dans la forme de l'articulation qui en est le siège , quelques traces des inflammations ou des fractures qui l'ont occasionée , et qui manquent chez les imitateurs. Constamment, dans l'ankyiose réelle, les niouvemens, libres jusqu'aux limites permises par la lésion, cessent alors brusquement, comme si un obstacle inerte et dur y mettait un terme , et sans que l'action musculaire intervienne en aucune sorte. Ces mouvemens,en outre, ne sont pas douloureux , et leur étendue ne varie jamais. Dans les cas de simulation , au contraire, les sujets accusent ordinairement une douleur vive. Lorsqu'on fait mouvoir l'articulation qu'ils prétendent malade, ils raidissent le membre, dont le mouvement s'arrête tantôt plus tôt, tantôt plus tard, d'une manière graduée, et par l'action des muscles , ce que l'on reconnaît à la dureté de ces organes , ainsi qu'à la tension de leurs tendons. Ces caractères ne laissent guère de doutes sur l'existense de la fraude. Pour la mettre entièrement en évidence ; il faut , feignant d'entrer dans les vues du fraudeur , faire mouvoir à diverses reprises et assez vite le membre, dans les limites qu'il dit être libres , puis , pendant que l'on distrait avec force son attention, agrandir successivement ces mouvemens, et finir, à l'aide d'une impulsion brusque, par achever complètement celui qui est l'objet de l'infirmité prétendue.

Moins communes que les prétendues ankyloses, les contractures musculaires qui empêchent de flétrir ou d'étendre certaines parties, comme les doigts, les orteils, l'avant-bras ou la jambe , se présentent cependant encore assez souvent à l'observation. Les remarques précédentes sont applicables en partie à ce cas. La maladie est-elle réelle ? on en découvre la cause dans des cicatrices, des atrophies partielles, etc. , et le mouvement, arrivé aux limites que lui assigne l'extensibilité des muscles ou des adhérences du tendon , s'arrête brusquement, sans douleur, sans effort et sans aller jamais au-delà. La contracture est-elle feinte? aucune de ces circonstances ne l'accompagne, et souvent, à l'aide du procédé indiqué plus haut, le chirurgien arrive à en démontrer immédiatement la fausseté. Mais les simulateurs multiplient presque à l'infini les précautions et les ruses. Les uns se fixent pendant plusieurs semaines et même pendant plusieurs mois, un ou deux doigts dans la paume delà main, couvrant celle-ci d'un bandage, laissant la peau s'amollir et l'épiderme se macérer par l'inaction et le séjour des produits de la transpiration. Il en est qui s'habituent à porter un soulier garni d'un talon élevé , ce qui , au bout d'un certain temps, détermine la saillie antérieure du genou. Quelques autres , doués d'une gi-ande force et d'une ténacité peu commune, maintiennent les jambes , le gros orteil, le pouce, dans une flexion permanente, que nul effort ne peut vaincre. Ces manœuvres , malgré leurs variétés, peuvent heureusement être presque toujours déjouées. D'abord, l'examen des membres fournit une première donnée, suffisante dans tous les cas, pour mettre sur la voie. Lorsque la maladie est réelle, l'amaigrissement ou même l'atrophie l'indiquent au premier abord. A la force ouverte, qui réussit rarement pour redresser la partie rétractée, il faut substituer la ruse , ou des efforts de longue durée , qui lassent les muscles et les obligent à se relâcher. S'agit-il du genou, le sujet sera couché sur le dos, et, pendant que l'on feindra de plaindre le simulateur et de démontrer la réalité de sa maladie, une brusque pression pourra étendre complètement la jambe. Un fraudeur entend due au médecin qui l'examine , que la uialadie est bien véritable, et que ce qui le démontre, c'est que le genou va pouvoir s'étendre, mais que rien ne pourra l'empêcher de se fléchir de nouveau , et tout-à-coup il laisse la jambe se redresser. Si ces moyens ne réussissent pas, on peut placer le fraudeur debout sur un tabouret , un banc ou une marche d'escalier, la jambe fléchie, pendante au bord du plan de sustentation, et le poids du corps reposant tout entier sur le membre sain. Au bout de quelques minutes, on voit le corps trembler, puis le membre contracté éprouver des oscillations manifestes, et enfin s'allonger complètement. Un bandage roulé , appliqué serré et sec sur les muscles qui produisent la rétraction, puis mouillé, afin d'augmenter encore la compression qu'il exerce, suspend ordinairement la faculté contractile, et permet de mouvoir librement les parties, ou du moins de les obliger à s'étendre par l'action de poids suspendus à leur extrémité. Dans les cas de voussure du

REFORME

dos, à la suite de douleurs musculaires , de chute ou d'autres accidens imaginés parles fraudeurs, une piqûre faite brusquement, par derrière, pendant qu'on leur parle et qu'on s'appitoie sur leur sort, les oblige assez souvent à se redresser.

Les cicatrices adhérentes ne peuvent motiver l'exemption ou la réforme qu'autant qu'elles gênent l'exécution des mouvemens. Certaines cicatrices , suites de brûlures, qui brident les doigts ou d'autres parties, rentrent dans la même classe. Une cicatrice adhérente au crâne ou à la partie sternale de la poitrine, par exemple, ne s'opposerait pas à l'exercice de la profession des armes.

Les arthrites chroniques , avec tuméfaction considérable, fistules , douleurs permanentes et autres lésions analogues, ne sauraient être ni siuiulées ni cachées. Lorsque la maladie est profonde et diflicile à reconnaître directement , comme à l'articulation coxofémorale , elle entraîne toujours dans le membre entier un amaigrissement assez prompt à se manifester, et qui vient éclairer le diagnostic.

La goutte et le rhumatisme articulaire, inflammations des petites ou des grandes jointures , rentrent dans la catégorie des arthrites , et n'entraînent l'exemption que lorsque des altérations appréciables des tissus en ont été le résultat.

Les douleurs rhumatismales , que feignent si fréquemment les jeunes gens soumis à la visite du recrutement, ou les jeunes soldats qui désirent abréger leur temps de service, doivent être jugées avec une grande sévérité. Elles n'existent jamais, d'une manière habituelle ou prolongée dans une partie, sans y déterminer un amaigrissement appréciable au toucher ou à l'aide d'une mensuration plus exacte, et toutes les fois que cette maigreur n'existe pas , la maladie n'est pas réelle.

L'atrophie, non plus que la perte d'un membre ou d'une de ses parties ne sauraient être ni feintes ni dissimulées : il n'y a donc pas lieu à s'en occuper ici, non plus que des anévrysmes spontanés ou par épanchement , qui , chez les soldats ne motivent la réforme qu'après la pratique des opérations indiquées par l'art.

Quant aux lésions , dont les membres abdominaux peuvent être spécialement le siège, la sciatique ne doit être admise que lorsqu'elle a déterminé un amaigrissement appréciable.

En appliquant un lien serré autour de la partie supérieure de la jambe et en laissant le membre suspendu hors du lit pendant la nuit, quelques sujets se tuméfient les pieds et les environs des malléoles jusque vers le mollet. L'impression laissée par la ligature, une surveillance attentive , l'application méthodique d'un bandage roulé et l'absence des lésions susceptibles de produire l'anasarque , ainsi que de la pâleur , de la flaccidité générale qui la précèdent et l'accompagnent , tels sont les moyens propres à faire distinguer alors la vérité de la fraude.

Les varices , que l'on peut rendre plus apparentes à l'aide des manœuvres dont il vient d'être question, ne sont pas susceptibles d'une simulation complète. Elles ne rétrogradent jamais , et quoique médiocres , leur existence suffit pour motiver le refus de l'enrôlé volontaire , ou des remplaçans; ceux-ci les amoindrissent quelquefois en gardant le repos , et en comprimant , plusieurs jours à l'avance, leursjambes.il faut donc être très-rigoureux dans cette partie de leur examen , et pour cela , les faire marcher , les obliger à se tenir alternativement sur l'une et l'autre jambe, pendant que la main appliquée au jarret , gêne , en le con>primant, le retour du sang veineux.

Aucune manœuvre susceptible de procurer la dispense du service ou la réforme , n'est aussi souvent employée, peut être, que celle qui consiste dans le développement artificiel d'ulcères aux jambes. Suéde plantes irritantes, comme l'euphorbe , emplâtres calhéréliques , caustiques solides et liquides , il est peu de substances capables d'irriter , d'entamer , de faire suppurer la peau , qui n'ait trouvé quelque application dans ce déplorable genre de fraude. Ici, l'infirmité , c'est-à-dire l'ulcère, existe. Il y a provocation et non simulation de la maladie : il ne s'agit pas de discuter sur la présence , mais d'apprécier ses causes, et de prononcer sur la possibilité d'en obtenir la guérison. Et d'abord, les ulcères anciens , constitutionnels, comme on le dit, ne se présentent ordinairement que sur des sujets faibles, cachectiques, h peau terne etterreuse, et portant d'autres signes d une constitution primitivement mauvaise ou détériorée. Le membre afl'eclé est assez généralement amaigri , ou le siège d'tme tuméfaction dure, ne conservant pas l'empreinte du doigt, indolente , sans chaleur exagérée , parfois couverte d'une sorte d'exsudation dartreuse; dans d'autres circonstances , des veines dilatées sillonnent les environs de la plaie , ou la traversent et s'y ouvrent; quelquefois enfin , les os, ou du moins les tissus fibreux qui les recouvrent, sont tuméfies et plus ou moins profondément altérés. Ces caractères manquent aux ulcères factices , à moins que la durée du temps pendant lequel ils ont été entretenus ne les ait rendus chroniques. Si le sujet est frais, bien coloré , pourvu de bonnes dents , ayant les chairs fermes , sans engorgemens glanduleux au cou, tout portera d'abord à penser que la maladie est provoquée par des causes étrangères accidentelles. Si des irritans , des vésicatoires entre autres , ont été appliqués dans l'intention d'exciter de la rougeur et de détacher l'cpiderme, les parties sont chaudes au toucher, et leur coloration, au lieu de se fondre graduellement avec la teinte de la peau environnante, est limitée par uu cercle tranché, de nature inflammatoire. En cas de doute, le sujet sera soumis à une rigoureuse observation. Il importe de tracer alors sur le bandage roulé qui affermit l'appareil , une ou plusieurs lignes avec de l'encre, afin d'empêcher le câlin de le dérouler sans qu'on s'en aperçoive; on le retiendra couché, en lui enlevant tous ses vëtemens ; si du sang échappé de la plaie teint la charpie et les compresses, on ajoutera à ces précautions celle

d'envelopper le membre dans une boîte , pour empêcher les froisseraens ou h grattage qui provoquent cet accident , et même on fixera le membre dans le lit pour éviter qu'il ne soit laissé suspendu pendant la nuit. Un régime plus qu, severe sera imposé alors au prétendu malade, jusqu'à ce qu'il consente à Si laisser guérir. Le but n'est pas toujours facile à atteindre ; mais il importe pour la justice et pour l'exemple , de le poursuivre avec une opiniâtreté supé rieure à l'entêtement des fraudeurs les plus obstinés, et de s'attacher à déjoue leurs tentatives , en multipliant les ruses autant qu'ils varient eux-mêmes leur stratagèmes.

La claudication n'est pas une maladie, mais bien une infirmité susceptlbl dêtre produite par un grand nombre d'affections diverses. La simulation le plu souvent employée , afin de faire croire à son existence , est le raccourcissemen d'un des membres , attribué à une fracture ancienne, à une luxation, à un chute , à des convulsions , etc. Le moyen le plus sûr de reconnaître la fraude consiste à faire coucher le sujet horizontalement sur le dos , et à mesurer com! parativement des deux côtés , l'espace compris entre la partie la plus saillantj de la crête iliaque et la malléole externe , en faisant passer exactement l ruban au-devant du grand trochanter. Que le bassin soit élevé ou abaissé , ce deux points extrêmes de la mesure ne sauraient varier ; et toutes les fois que le deux longueurs seront égales , la simulation sera manifeste. | i

Les genoux cagneux à un degré très-prononcé, rendent les membres abdo| » minaux faciles à se fatiguer, nuisent à la marche et s'opposent à ce que I| n soldat prenne convenablement l'attitude presci'ite sous les armes ; mais il fau se tenu- alors en garde contre les nouveaux Mazurier , qui simulent cette dis position , en tenant un des membres légèrement fléchi , et eu inclinant h genou correspondant vers l'autre.

Les pieds larges, dont la région tarsienne est peu élevée , ne doivent pa| être considérés comme des pieds plats , dans le sens donné à ce mot , lorsqu'il s agit de la dispense du service. Dans plusieurs contrées de la France, et entr« autres en Alsace, cet élargissement des pieds est presque général, et ne nuii en rien à la facilité de la marche ou à la solidité de la station. Le pied qui renci impropre à être soldat , est celui dont la voûte est effacée à ce point que 1;= tubérosilédu scaphoïde touche le sol , et que la ligne de station parcourt touti ) côté interne de l'organe. Alors la malléole interne est saillante , l'astragale es incliné en dedans ; et l'axe de la jambe ne tombe pas exactement sur le centr du pied. Il résulte de cette disposition, que le côté interne de l'articulatioij tibio-tarsienne est proéminent ; que les ligamens latéraux correspondans son allonges, affaiblis; et que , durant les marches soutenues, avec des fardeau;' pesans, cette partiej tiraillée , devient douloureuse , et que l'homme est obhg de rester en arrière. ;

J ai vu des remplaçans , exercés par leurs courtiers , chercher à dissimule celte infirmité, en appuyant le bord externe du pied sur le sol , et en soulei vant l'interne au moyen des muscles jambiers et du fléchisseur du gros orteil j mais les efforts qu'ils font pour atteindre ce but n'ont d'autre résultat quii d'attirer l'attention , et de rendre la confoi-mation vicieuse plus facile découvrir.

Quelques conscrits, en attachant pendant long-temps le premier orteil aii troisième , font passer celui-ci sous le second et déterminent un chevauche ment, favorisé d'ailleurs par des chaussures étroites. La ruse est alors diffiiJ cile à découvrir, et l'infirmité , quoique provoquée , si elle est portée très-loin À doit entraîner l'exemption , car on ne saurait avoir la certitude de la guéririj

On dit que les hommes marchent sur l'ongle , lorsqu'un orteil , et c'est ordinairement le second , étant rétracté et fléchi vers la face plantaire du pied,,< présente au sol , non sa pulpe, mais son extrémité et le bord libre de l'onglfifi, qui la garnit. Cette disposition rend la marche prolongée presque impossible .- él tant à raison des corps étrangers qui s'introduisent entre l'ongle et le derme,* que parce que l'ongle, incessamment pressé et refoulé de son bord libre verjlll sa base, détermine, dans toute l'étendue de ces points d'adhérence et surtout#;i dans sa matrice , une douleur qui devient bientôt insupportable. Mais on neifci doit pas s'en laisser imposer alors par une vaine apparence ; il faut , pour queA la lésion existe, que l'ongle soit usé , de niveau avec la peau , et que , mani-* festement, l'empreinte du sol se plonge jusqu'à lui inclusivement. fi

Bien que l'ongle ne porte pas, la flexion à angle droit de la seconde pha-i 1) lange du second orteil sur la première, wec ankjlose de l'articulation, csti j un cas d'exemption de service , parce que, avec cette disposition, l'orteiliA affecté ne pouvant s'étendre, le sommet aigu de son articulation fléchie portera | contre la partie supérieure de la chaussure , s'irritera , deviendra douloureux ,i ^ ce qui obligera l'homme à rester en route. L'amputation de l'orteil à sa base,' i souvent nécessitée par la carie de l'articulation malade, est le seul moyen de I remédier à cette infirmité , peu importante au premier abord. '

La sueur excessivement abondante des pieds macère ces organes, les amollit,, les dispose à l'irritation et rend le soldat impropre à la marche. Ce cas est! heureusement rare : on ne peut l'admettre dans la visite du recrutement , tant' il serait facile de le simuler, et ce n'est que dans les rcgimens, et d'après • l'expérience acquise , que les hommes qui le présentent doivent être réformés.

La sueur fétide est insupportable et insalubre dans les chambrées. Des I hommes l'ont imitée, en induisant leurs pieds de graisse, à laquelle ils avaient! incorporé de vieux fromages, ou bien encore avec de la teinture d'assa-fétida ou de l'huile animale de Dippel. Ces manœuvres dégoûtantes n'ont pas sans doute fait fortune; car elles paraissent abandonnées. Il en est de mémei de l'application des substances dont il s'agit sous les aisselles ou sur tout lei corps, afin lie simuler la transpiration générale fétide , affection rare, excepté j-

REFORME

REGIME

ïchez quelques sujets d'un roux très-ardent, et qui entraînerait l'exemption. Un lavage savonneux fait avec soin, et la séquestration exacte de l'individu feraient, dans tous les cas, bientôt découvrir la fraude , si le premier examen pouvait laisser quelque incertitude dans l'esprit.

XVII. Par des motifs divers , des hommes se sont fait à eux-mêmes des blessures plus ou moins graves , entraînant parfois (des mutilations considérables. Deux moyens s'offrent à Ihomme de l'art pour arrivera la détermination de la cause réelle de la lésion qu'il a sous les yeux. Le premier consiste dans l'examen local de la partie blessée ; le second ressort île la narration des ciriconstances qui ont, selon le sujet , accompagné la blessure. Un coup de feu |a-t-il emporté un doigt , traversé la maia? Si la lésion a été faite par renucnii , à une distance notable , on n'apercevra nulle trace de la combustion de la poudre sur les parties ; la plaie sera contuse , inégale , mais non déchirée au loin ; la balle aura fait son ouverture ou enlevé l'organe et rien de plus. Dans jies cas opposés, c'est-à-dire lorsque l'homme a placé sa main sur le canon

Se son fusil, la face palmaire de cette partie est noire , brûlée , et la solution e continuité, large et irrégulière , semble formée par l'éclatement des tissus plus encore que par le passage d'un projectile. A défaut de ces indices locaux , pomme lorsqu'il s'agit de plaies par instrumens tranclians , il est assez souvent Dossible , à l'aide d'interrogations convenables , d'arriver à démontrer que la ilésion n'a pu être produite soit par les armes auxquelles le fourbe l'attribue , 8oit dans l'attitude qu'il prétend avoir prise , ou qu'il assigne à son adversaire. Jja forme , la direction, l'étendue, le degré de profondeur de la solution de continuité , la présence ou l'absence de contusions sur ses bords , et la netteté li'ariable de la section des tissus , sont alors les particularités sur lesquelles e médecin expert doit le plus spécialement fixer son attention, et les plus jOropres à servir de base à son prononcé.

jî XVIII. ^iyoecf geV/e'ra/. L'amaigrissement extrême ou le marasme , l'anasartjue, le scorbut , les dartres, le cancer, sont autant d'affections qui doivent licarter du service militaire les sujets qui en sont atteints.

Le scorbut ne saurait être simulé dans les pétéchies ou les ecchymoses qui e caractérisent ; mais on a essayé de communiquer aux gencives un aspect 'oDgueux et de les rendre saignantes , au moyen de caustiques et de plantes Icres, de piqûres répétées , etc. Le bon état général de la constitution , la ilancheur des dents et leur solidité sont autant de circonstances qui rendront lors le succès de la fraude impossible.

Des applications irritantes extérieures , ainsi que l'ingestion prolongée de 'ubstances âcres et fortement salées , sont susceptibles de provoquer des érupfions que l'on pourrait confondre avec des dartres véritables; mais le premier e ces deux modes de simulation est facile à déjouer, en considérant la forme le la maladie, son existence isolée sur une seule partie du corps , les traces l'inflammation qui l'accompagnent, et l'ensemble favorable de la constitution. )uant aux substances âcres, employées à l'intérieur, la plupart d'entre elles (étermineraient plutôt une gastrite intense qu'une dartre , et ne seraient pas |ar conséquent sans danger , indépendamment de ce que les éruptions aiguës e ce genre seraient assez promptement distinguées des dartres véritables à ?urs symptômes et à leur prompte guérison.

! Le marasme , le cancer , l'anasarque sont aussi impossibles à simuler iu'à cacher.

i Quelques sujets , afin de simuler un état intérieur et général grave, se onnent, avant le tirage , une pâleur presque mortelle et un aspect, pour insi dire, cadavérique. L'ail , introduit dans le rectum , détermine , dit-on , n malaise accompagné de pâleur et d'altération notable des traits du visage, émétique pris pendant plusieurs Jours de suite, les vomitifs et les purgatifs ■iolens administres alternativement à diverses reprises, les fatigues prolongées,

privation du repos et du sommeil , sont autant de moyens bien connus 'altérer les traits du visage et de donner un air malade et presque moribond à domme le mieux portant. Mais il est à remarquer d'abord que la plupart de îs manœvres ne sont pas sans danger, et que, sur plus d'un fraudeur, elles it déterminé des maladies graves. Ensuite, elles ne sauraient réussir que sur îs sujets déj'a faibles , irritables , peu développés et par cela même dans le cas

l'exemption. Quant aux autres, les signes d'affection aiguë qu'ils présenteront, lur embonpoint général , le volume de leurs muscles , feront assez facilement stinguer les incommodités provoquées des altérations graves qu'ils voulaient muler.

§ 5. En résumé, les moyens propres h déjouer la fraude , en matière d'infirités ou de lésions des organes, se réduisent aux suivans : 1° appréciation de situation morale du sujet, et des motifs qui peuvent le porter à simuler, à icher, à imputer à autrui, ou même à voir provoqué la maladie dont il se étend atteint; 2" comparaison de cette maladie avec l'âge, le sexe, le tem-

i rament, la manière de vivre de l'individu ; 3" examen attentif des parties maies , des symptômes locaux qu'elles présentent , des empêchemens dans l'exere des fonctions qui résultent de leurs lésions , ou qu'on leur attribue; 4° rap- •ochement attentif de ces lésions avec le développement, la coloration , et les très dispositions générales de l'organisme ; 5» étude des causes auxquelles la sien réelle ou prétendue est attribuée ;6o interrogation méthodique du sujet, lativement aux circonstances qui ont accompagné le développement du mal, X sensations, aux douleurs, aux impossibilités d'action qu'il détermine; emploi convenable de moyens thérapeutiques en rapport avec les indications ^rnies par l'état morbide, et observation de leurs effets ; 8° excitations morales, jopres à distraire l'attention, en même temps que l'on examine les parties et .'on les fait mouvoir ; 9» recours , si la fraude semble suffisamment prouvée , à

des procédés rigoureux , susceptibles de vaincre les résistances musculaires , ou d'imprimer à l'esprit une terreur assez profonde pour faire renoncer le fraudeur à l'imposture,

R. Hamilton. The dulies of a regimental sui-geon coasiilered wilh o}jservalions on liis ge neral qualifications , Londres , 1788 , in-S".

J.-B.-L. Merle. Considéralions sur les devoirs des chirurgiens attaches aux régimens Paris 1804 , in-8".

P. Soiivillo. Des maladies qui peuveal exempler du service militaire , Paris, 1804, in-4''.

Laborie. Traité des maladies et des infirmités qui doivent dispenser du service militaire Paris, 1818, in-8°. — Essai sur le recrutement et les ho|.itaux militaires en France Paris' 1822 , in-8». '

Moricheau- Beaupré. Mémoire sur le clioix des hommes propres au service militaire dans les armées , et sur leur visite devant les conseils de révision , Paris , 1820 iD-8°.

Coche. De l'opération médicale du recrutement et des inspections générales, Paris, 1829 , in-8".

On consultera encore , pour les maladies simulées , les Traités de médecine légale de Mahon , Fodéré , Orfla , etc. ^ l .j 3^^,^, ^

REGIME, s. m. Ce mot, malgré la fréquence de son usage, n'a pas unesio-nification parfaitement définie. Attachons-nous donc encore à bien déterminer celle qui doit lui appartenir, et, pour cela, cherchons à l'établir en restant d'accord avec l étymologie , sans déposséder aucun mot d'une signification consacrée.

La vie n'étant que modifications est , en conséquence, le produit constant de l'action de modificateurs. Les uns peuvent la rendre plus longue ou meilleure les autres moins bonne ou plus courte : il y a donc lieu de rechercher ceux-ci et d'éloigner ceux-là, enfin degoiwernerla vie de telle sorte que les modifications qui la composent lui soient leplus possible favorables. Le mot régime conviendrait parfaitement, d'après son étymologie, pour désigner l'ensemble des règles qui président à cette direction : mais alors il embrasserait à-la-fois la thérapeutique et l'hygiène, et deviendrait synonyme de médecine. Or, comme l'usa-e s'opposerait à ce que le mot régime ait un sens aussi général, tâchons de lui en trouver un qui soit moins étendu.

La vie se présente sous deux aspects, suivant la tendance des modifications qui la constituent : quand elles tendent h ce qu'elle soit longue et bonne il y a santé; quand elles ont une tendance contraire, il y a maladie. Dans le premier cas la direction des agens vitaux doit avoir pour objet de conserver la santé ■ les con ' naissances relatives à cette direction composent Vhj-giène. Dans le second cas la science doit faire que la santé se rétablisse : c'est le but de la thérapeutique Sous ce double rapport la consécration des mots hygiène et thérapeutique est trop bien établie pour qu'on veuille leur substituer, ou leur donner pour synonyme celui de régime. Ce n'est donc pas à cet usage qu'on doit employer ce mot.

Beaucoup d'auteurs ont entendu par régime l'ensemble des règles relatives à l'emploi desalimens soit dans l état de santé, soit dans celui de°maladie Mais ICI on rencontre dans le mot dibie un synonyme dont la signification n'est pas équivoque, tandis que celle du mot régime est si peu définie qu'on doit le faire suivre de l'épithète alimentaire, si l'on veut qu'il soit bien entendu qu'il n'est question que de l'usage des alimens.

Il faudrait donc que régime ait une signification moins générale que médecine, thérapeutique, hygiène, et plus générale que diète.

L'homme, considéré à l'éiatsaia, se présente avec des inodificabilités et con séquemment, avec des nécessités diverses. L'hygiéniste, tenant compte de toutes ces nécessités, pose les règles suivant lesquelles on doit les satisfaire- il dit quelles sont les influences que l'on doit rechercher ou fuir dans l'intérêt du bien-être et de la conservation de l'économie, quelle conduite enfin l'on doit tenir à l'égard des modificateurs bons ou mauvais auxquels elle est soumise

Quand l'homme passe de l'état sain à celui de maladie, ou , en d'autres termes quand les modifications, qui constituent sa vie, ne tendent plus à ce qu'elle soit ongue et bonne, la modificabilité change, l'économie devient ou plus modifia ble, ou moins modifiable, ou autrement modifiable sous l'action des niodifica teurs. Les règles relatives à ceux dont on usait ou pouvait user dans l'état de santé, doivent donc changer aussi. Des agens, qui n'avaient aucune utilité dans cet état, deviennent nécessaires et prennent le nom de médicamens ■ ceux qui étaient utiles peuvent devenir nuisibles, ou du moins n'avoir d'utilité que sous des conditions nouvelles. Ehbien! le régime pose ces exclusions, ces conditions • c'est, enfin, l'ensemble des règles relalii^es à l'usage, dans tétat de maladie des choses dont on faisait ou pouvait faire usage dans l'état de santé. Par cette définition \e régime rentre dans la thérapeutique, il est moins qu'elle, plus que U diète; il comprend l usage de tous ceux des agens thérapeutiques qw, dans l'état de santé sont, ou peuvent être agens hygiéniques.

Nous avons donc à examiner dans cet article les modifications que les règles hygiéniques doivent subir quand 1 individu passe de l'état de conservation à celui de réparation.

Il y a quelques règles absolues en hygiène, parce que la vie a des conditions absolues qui se retrouvent chez tous les individus en santé. Aucun, par exemple, ne saurait vivre au-delà d'une certaine limite, sans air respirable, sans alimens' sans boissons. Mais ces règles sont très-peu nombreuses comparativement à celles qui n'ont qu'une valeur relatii'e , c'esl.-à-diie qui dépendent des conditions spéciales dans lesquelles les individus sont placés. Cependant, comme on peut grouper ces conditions, il est encore possible de poser un assez grand nombre de règles, ayant une certaine généralité. Ainsi, on peut établir des règles relatives aux climats, aux saisons, aux communautés d'individus, aux constitutions, aux tempéramens, aux âges, aux sexes, etc., mais ces règles subissent elles-mêmes

RIÉGIME.

REGIME

(les exceptions que les imlividualités rendent innombrables. Ainsi un petit nombre de règles absolues, un certain nombre de règles plus ou moins générales, et une multitude de règles qui ne sont qu'individuelles, voilà ce que nous présente l'hygiène.

En régime , et nous pourrions dire en thérapeutique, l'individualité exerce un empire encore plus grand. On pourrait difficilement, après la nécessité de respirer de l'air respirable , en indi([uer une qui fut rigoureusement absolue pour tous les malades. Chez eux, en effet, on trouve avec les différences nombreuses de modificabiiité qu'ils offraient dans l'état de santé, celles bien plus multipliées qui résultent de l'état morbide. Chaque maladie, chaque période, chaque phase, chaque instant de maladie, apporte avec soi des nécessités différentes. Aussi les qualifications de bon et de mauvais qui rencontrent tant d'exceptions chez l'homme sain , en rencontrent bien plus encore chez le maUule. Enfin la difficulté de poser des règles générales, concernant l'usage des choses dites hygiéniques, s'accroît considérablement quand les sujets passent du domaine de la jihysiologie ou de l'hygiène dans celui de la pathologie.

En thérapeutique comme en hygiène, les problèmes d'application peuvent se présenter tous sous les deux faces suivantes : 1° tel individu étant donné, qu'elles doivent être, dans l'intérêt de sa conservation ou de son rétablissement, les modifications qu'il doit rechercher ou fuir ? 2» tel modificateur étant donné, doit-on. pour le rétablissement ou la conservation des individus, en faire usage ou le rejeter ? Ainsi donc , on prend son point de départ , tantôt dans l'état de l'individu, tantôt dans les influences elles-mêmes. Le régime qui n'est, comme on l'a vu , qu'une partie de la thérapeutique, doit présenter les mêmes pro- Idèmes. Ou se demande, tel malade étant donné, quel usage doit-on faire de tels agens hygiéniques? ou bien, ces agens étant donnés, quel usage doit-on en faire dans l'intérêt des malades ?

Nous ne considérerons le régime que sous cette dernière face ; d'abord parce que l'espace nous manquerait pour faii-e autrement : ensuite, parce que si nous voulions parler de chaque maladie pour exposer le régime qui convient dans son traitement, nous reproduirions inévitablement des préceptes qui déjà ont été donnés dans d'autres articles.

Rarement on cherche, dans les maladies , à soumettre l'œil à une lumière éclatante , pour mettre à profit l'excitation qui pourrait en résulter; je conçois cependant que ce fluide peut agir comme les odeurs, et être au moins aussi efficace qu'elles dans les cas où on les emploie. Je conçois encore que dans certaines maladies aiguës où l'on cherche , au moyen d'excitans , à faire cesser la torpeur du système nerveux, on pourrait utilement donner à la lumière un accès libre dans l'appartement du malade. Les cas où elle est nuisible ont été mieux appréciés. Toujours elle tend à rendre plus intenses les inflammations de l'œil, et souvent elles ne peuvent être guéries que si l'on préserve cet organe d'une manière absolue de l'action des rayons lumineux, ou au moins que si on les amortit au moyen d'un intermédiaire avant qu'ils y arrivent. Pareilles précautions deviennent indispensables dans une foule de maladies où toute impression forte est à redouter. Ainsi les douleurs de tête sont constamment accrues par la lumière , et peut être n'existe-t-il pas de douleur vive, d'irritation forte, qu'elle ne puisse exaspérer ; c'est pourquoi il est toujours sage de n'éclairer que du plus faible jour le malade atteint d'une fièvre ardente ou d'une inflammation aiguë. Pareil précepte est applicable dans une foule d'affections du système nerveux ; quand il y a délire violent, convulsions répétées, dans l'hydrophobie, le tétanos, l'épilepsie, l'hystérie , la chorée , etc. ; enfin la lumière, cet agent dont l'excès ne peut nuire qu'à l'œil dans l'état de santé , trouve , comme on le voit, dans celui de maladie, une impressionnabilité différente qui entraîne de nouvelles nécessités.

L'action de la lumière, et particulièrement de celle du soleil sur les parties autres que l'œil peut, dans certaines maladies, avoir des inconvéniens et des dangers. Si cette action est susceptible de donner , comme on l'a vu , des érisypèles ou des encéphalites, à plus forte raison, elle pourrait accroître ces maladies. Sauf ce cas , l'action de la lumière sur la peau a un caractère chronique qui peut être utilisé dans certaines affections. Ainsi il pourrait y avoir quelque avantage pour les sujets scrofuleux, et généralement pour les individus qui ont besoin d'être chroniquemcnt excités, de les soumettre chaque jour ))endant une ou plusieurs heures à la lumière directe , après les avoir dépouillés de leurs vêtemens. Ce moyen pourrait aussi être employé chez certains cachectiques, et contre le scorbut. Des faits que nous avons rapportés à l'article lumière, tendent à établir que l'action directe de cet agent ne serait pas inutile chez les sujets qui ont besoin des secours de l'orthopédie.

Les vibrations sonores peuvent agir sur les malades de deux manières : 1° par l'ébranlement matériel que le corps peut en ressentir; 2° parles perceptions que transmettent les organes de l'audition.

L'ébranlement que les oscillations de l'air transmettent aux diverses parties du corps n'est réellement appréciable que si les sons ont une certaine intensité. Les succussions qu'elles éprouvent alors pourraient avoir, ilans certaines maladies, une action et une utilité analogues à celles du massage, des frictions, lie la flagellation, de la gestation en voiture et de l'équitation. Croit-on que des roulemens prolongés du tambour, s'ils avaient lieu dans une salle bien disposée pour réfléchir les rayons sonores , seraient sans action sur des malades dont les fonctions moléculaires auraient besoin d'être excitées ? Les organes qui sont le plus immédiatement soumis au contact de l'air extérieur, ceux qui sont situés dans les parties creuses du corps, particulièrement dans la poitrine, lessentiraient surtout cette action. Ne pourrait-on pas l'essayer dans certains cas de catarrhe chronique, d'œdème du poumon, d asthme, d'épanchement pleurélique et

dans plusieurs autres affections chroniques des organes Ihoraciqucs et abdom naux? Je me trompe fort ou les succussions sonores deviendront par la suild à cause de leur influence directe, un moyen estimé.

Mais ces succussions, comme toutes celles qui seraient produites aulremen pourraient accroître une irritation déjà existante , hâter une désorganisatio Si de fortes détonnations ont pu , comme la chose paraît prouvée (voyez mi Manuel d'hygiène , p. 65 et suiv. ) , donner la mort à des poissons au fond d lacs et des rivières , produire le même effet sur des fœtus dans le sein de le mère , ou fracturer leurs os ; déterminer chez des sourds, comme Percy constaté , des seutimens prononcés de douleur et de malaise ; provoquer d saignemens de nez et des crachemens de sang, ce qu'on voit souvent chez 1 artilleurs ; si, dis-je, de fortes détonnations peuvent produire de tels elfeli on conçoit combien elles doivent être évitées aux individus atteints de plai graves, d'hémoptysie, d'inflammations aiguës, particulièrement des organ respiratoires ; aux femmes menacées d'avortement, etc. , etc. Dans ces cas dans beaucoup d'autres, le bruit extrême doit être redouté, autant au moii| qu'une foule d'autres modes suivant lesquels l'agitation des corps extérieu est transmise à l'économie.

Les sons agissent encore , et plus encore chez les malades , des deux manii res suivantes : directement par leur perception, et indirectement par les ém tions qu'elle cause. Considére's sous ce dernier rapport , les sons rentrant dai la catégorie des agens moraux, nous n'avons rien à en dire ici. Comme exi tans spéciaux d'un appareil de perception , ils ont une action analogue à cel des rayons lumineux. Le bruit doit en conséquence être écarté des individ affectés d'otite aiguë, comme la lumière de ceux qui sont atteints d'ophthalmu de même encore que l'obscurité, le silence doit environner le malade agiié pj; la fièvre ou tourmenté par la douleur, celui qui cherche le sommeil et celui q l'a trouvé. Ajoutons que la perception du bruit peut comme celle de la lumier des odeurs , etc. , tirer certains sujets de l'engourdissement léthargique dai lequel ils sont plongés. '

11 ne peut être question de retrancher l'air aux malades : le régime n'a dot à régler, en ce qui concerne cet agent , que l'état suivant lequel on doit le le»' présenter.

L'air contient des proportions fixes d'oxigène et d'azote. Y aurait-il avanta: à modifier, dans certains cas, ces proportions? Je n'ai pas le moindre doute cet égard. Ayant au surplus exposé les motifs de cette opinion à l'article ox GÈNE , je dois me borner ici à y renvoyer le lecteur.

Les variations barométriques de l'air exercent une action puissante sur l'et des malades. L'art, par malheur, ne possède aucun moyen de les soustraire cette action. 11 y aurait peut-être quelque profit à transporter certains malad' sur de hautes montagnes , pour qu'ils y éprouvassent une pression atmosphi rique moindre: mais je ne saurais déterminer le cas où un pareil moyen pou rait être utile ; seulement la théorie et plusieurs expériences portent à croi que les individus atteints de maladies inflammatoires, de congestions sai guines, ou sujets à des hémorrhagies par les membranes muqueuses , se trot veraient mal de son emploi.

Le choc de l'air en mouvement contre les surfaces d'un malade , pourraii dans certains cas, avoir quelque utilité. Je conçois donc qu'on a pu vanter \ propriétés toniques des douches aériennes. Mais attendu que l'action d'un vei impétueux est inévitablement complexe ; que le malade soumis à cette actic est exposé à une déperdition considérable de calorique et partant à toutes li conséquences d'un refroidissement subit, je doute qu'on trouve l'occasion d'a| pliquer , non-seulement avec profit , mais sans inconvénient, ce moyen. Je 1 préférerais de beaucoup les vibrations sonores dont j'ai parlé plus haut.

L'influence fâcheuse que l'électricité exerce, dans les temps d'orage, suri malades, est une de celles que l'on peut étudier, mais qu'il faut subir. J\e poui rait-on pas la rendre moins active en chargeant d'humidité l'atmosphère circon scrite du malade? Il me semble qu'en agissant de la sorte on diminuerait 1 tension électrique où se trouve celui-ci.

L'homme iflin peut, malgré toutes les causes qui tendent sans relâche à modl fier sa température, en conserver une qui varie à peine, et qui ne pourrai varier davantage sans danger pour la vie. Ce privilège, il le doit surtout à cei taines puissances calorifiantes et réfrigérantes qui existent en lui et travaillent avec une harmonie ])arfaite , à lui assurer cette fixité de température qui Cl une des conditions de son existence. Cependant il ne s'en rapporte pas entièreB" ment à ses organes pour ce soin important ; il leur vient en aide , et s'atlach '"^ constamment à leur rendre moins difficile la tâche qu'ils ont à remplir, soite' J* modifiant la température des corps qui l'environnent, soit en mettant, au moye'^ d'intermédiaires qu'on nomme vêtemens, des obstacles aux échanges de caloriqu f que ces corps font avec lui. ' *

Si malgré l'harmonie de tous les efforts organiques il devient nécessaire de leu piêter secours pour que la température de l'homme sain reste fixe, corabie cette nécessité doit-elle s'accroître chez le malade, cl particulièrement dai:, certaines maladies. Ici , le plus souvent , cette harmonie dont nous parlor n'existe plus , ce que l'on ne voit que trop au.x variations infinies que subit aloi la chaleur animale. D'un autre coté, la modificabiiité des organes ayant chai3g( les impressions que le calorique produit sur eux en les ti'aversant, ne sont ph' les mêmes, ou ont une portée difl'crenle. Ainsi donc, soit que l'on considèi dans l'homme malade son besoin de conserver une température fixe, soit qu l'on envisage la nécessité où il est de n'éprouver que des impressions favorable à son rétablissement, et surtout de ne pas en éprouver de contraires, on vo combien le régime , en ce qui concerne la température extérieure , de\ient pli

REGIME

REGIME

iraporlaiit, plus difficile à conduire que ne l'étaient les soins de même nature dans l'état de santé.

Le régime de la température se compose de deux ordres de moyens : les uns consistent à modifier celle des corps extérieurs au malade, et particulièrement son atmosphère, à faire que l'échange de calorique qui a lieu entre elle et lui , se fasse dans telle mesure ou dans telle autre. Les seconds ont pour objet d'entraver cet échange ; ce sont les vêtemens, les objets de literie qui, placés entre le malade et Tatmosphère ambiante , le mettent, jusqu'à un certain point, dans un état d'isolement. Exposons les faits principaux qui président à l'emploi de ces moyens.

L'usage des températures extrêmes en thérapeutique , de celles qui tendent fortement soit à refroidir, soit à échautTer le malade , est Irès-difficile. Assurément ces températures ayant une action puissante doivent être souvent utiles; mais pour le même motif, elles doivent aussi être souvent dangereuses. Or , comme il est très-difficile d'apprécier les besoins de l'économie en fait de calorique, on s'attache le plus souvent à éviter aux malades les impressions trop vives soit de chaud , soit de froid : on leur préfère, à cause de la crainte qu'elles inspirent, celte température mitoyenne que l'on pourrait appeler négative. Surtout on cherche à la rendre autant égale que possible. Telle température qui paraîtrait douce au malade qui, depuis ((uelque temps, y serait plongé, l'impressionnera vivement, si elle succède tout-h-coup à une autre: la dernière venue a toujours dans ce cas une action exagérée. Remarquez bien , d'ailleurs, que la proiluction de la chaleur animale et que les besoins de l'économie, en fait de calorique , subissent, pendant la durée d'une ioule de maladies, des variations tellement nombreuses que, le plus souvent, on ne pourrait les suivre avec les moyens d'échauffement et de refroidissement que l'on possède : la température qu'on aurait établie survivrait le plus souvent aux besoins cjui l'auraient rendue nécessaire. Une température égaie et modére'e est donc celle dont il convient, le plus souvent, de faire usage; mais qu'on remarque bien qu'elle tire surtout sa valeur de l'insuffisance de nos moyens d'appréciation et d'application: lelle serait moins souvent prélcrable aux autres, si n'étaient les difficultés de toute sorte qu'elles rencontrent dans leur emploi.

C'est en vertu des règles qui viennent d'être exposées que l'on prescrit si souvent de garder l'appartement , à des malades qui , s'ils sortaient, s'exposeraient des températures ou trop basses, ou trop élevées , et aux vicissitudes subites de 'atmosphère : que l'on rafraîcliit ou que l'on échaufTe suivant la saison les chamres de malades; que l'on conseille à beaucoup d'entre eux d'abandonner un limât trop rude ou trop variable pour un climat meilleur; que l'on cheiche à :onserver aux malades une température modérée, au moyen de vêtemens et l'objets de literie faits de matières qui conduisent mal le calorique; enfin [ue l'on s'efforce de rendre nulles ou moindres une foule des causes d'cchaufement et de refroidissement , qui auraient une action trop forte ou trop )récipitée.

Cette température moyenne , dont il vient d'être parlé, peut être fixée du loiijsième au seixième degré centigrade, selon la manière de sentir du malade, e lerai observer qu'il y a , toutes choses égales d'ailleurs , moins d'inconvéniens caque cette température soit un peu tropélevée que trop basse : d'abord, parce [ue le chaud a moins d'occasions d'être nuisible que le froid : ensuite , parce que es malades étant privés, le plus souvent , d'exercice et de nourriture , sont plus isposés au refroidissement. Ajoutons que le corps, étant placé nu dans un lit ni ne tarde pas à s'échauffer, est exposé, s'il vient à être découvert, ce qui arrive Ouvent , à un refroidissement qui est d'autant plus prononcé que l'atmosphère mbiante est moins chaude. Un tel refroidissement peut avoir les conséquences is plus graves dans une foule de maladies, particulièrement dans celles où il se iit un travail criticfue à la peau.

Bien qu'une clialeur tempérée convienne au plus grand nombre des malades^ est des cas bien déterminés où une température plus élevée ou plus basse estinonteslablement nécessaire. Ainsi , quand le sang se perd abondamment par ae surface , l'impression du froid peut arrêter ou modérer l'écoulement de ce quide. Cette impression est aussi indiquée lorsque des congestions sanguines rtus ou moins menaçantes se font dans des organes importans et parliculièiejent dans le cerveau ou les poumons. 11 sufîit souvent à un asthmatique de jespirer pendant quelques instans un air frais pour que l'accès se dissipe, fuand un malade, en même temps qu'il éprouve un sentiment insupportable e chaleur , offre une peau brûlante et sèche , une face rouge , des veines tuléfiées , un pouls fort et développé , on peut sans inconvéniens , et même avec pantage, rafraîchir l'atmosphère que ce malade respire, et diminuer l'épaisseur es vêtemens qui l'en séparent. Dans certains cas de syncope et d'accidens nereux , l'impression subite du froid agit à la manière des odeurs fortes et des exlans de même espèce. Mais autant cette impression est utile dans les cas dont pus venons de parler , autant elle serait redoutable chez des sujets agités par ! frisson fébrile, refroidis par le choléra ou toute autre affection algide, Juisés par une longue maladie, une abstinence prolongée , ou un traitement lergique ; atteints de phlegmasies ou d'autres affections chroniques, particuerement des organes thoraciques ou abdominaux ;tourmenlés par des douleurs évralgiques , arthritiques ou rhumatismales; affectés de fièvres éruptives )mme rougeole , variole, scarlatine , etc. , dans ces cas on peut échauffer avec 'anlage l'atmosphère des malades , même on le doit si l'indication existe de Jusser à la transpiration.

Le régime alimentaire , la diète , présente des difficultés bien plus graves et en plus nombreuses que le régime atmosphérique. Comme on ne peut ni se >sser d'air , ni réduire la masse de celui qu'on respire, les questions d'absti-

DlCT. DE MÉDECINE ET DE ChIRDRCIE PRATIQUES.

nence absolue ou relative ne peuvent être posées pour lui , comme pour les alimens. De plus ceux-ci se présentant avec des conditions infiniment plus nombreuses que celles de l'air atmosphérique , les problèmes diététiquss s'accroissent dans la même porportion. Aussi la diète offre-t elle , relativement aux autres parties du régime , des dimensions tellement grandes, qu elle est devenue le régime lui-même , tout le régime, aux yeux d un grand nombre d'auteurs.

L'homme sain ne peut supporter long-temps l'abstinence : d'abord , il est invité par l'appétit à prendre des aliraens ; un peu plus tard , il y est forcé par la faim ; et s'il résiste , des accidcns graves , puis la mort ne tarde pas à survenir. Dans l'état de maladie , l'abslinence peut être supportée beaucoup plus longtemps , c'est ce que l'observation montre à chaque instant : ainsi , on voit des malades vivre pendant un temps très-long sans prendre de nourriture , ou n'en prenant pendant un mois que ce qui leur eût sufli , au plus, pendant un jour.

De ces faits il faut conclure , que les nécessités alimentaires c|ui existaient dans l'état de santé, se trouvent suspendues ou au moins réduites à des proportions moindres dans l'état de maladie.

Les deux j)rincipa!es de ces nécessités sont celles : 1° d'apaiser les sensations qui invitent, et, au besoin^ obligent à manger; 2° de fournir des matériaux à la réparation.

Serait-ce parce que la réparation deviendrait moins active , exigerait moins de matériaux dans l'état de maladie que dans celui de santé , que l'abstinence peut être prolongée beaucoup plus long-temps chez les malades? Ce qu'il y a de plus positif , c'est que les sensations , qui provoquent à se nourrir , sont trèssouvent suspendues pendant un temps fort long chez eux , ou , au moins , sont assez peu pressantes, pour qu'on puisse leur résister.

C'est particulièrement à celte circonstance que les malades doivent de pouvoir supporter, pendant un temps fort long, la privation plus ou moins complète d'alimens. Considérez ces histoires d'abstinences prolongées que rapportent divers auteurs; toutes sont relatives à des individus cjui n'éprouvaient paslesentiment de la faim. Ce fait, que j'ai déjà établi ailleurs {Manuel d'Hy giène publique et privée, p. 39j), peut êti e noté dans toutes ces histoires. D'autre part considérez les individus, hommes ou animaux , qui sont morts d'abstinence , vous verrez quêtons ont péri de faim. Je dis ont péii de faim pour me servir d'une locution consacrée, car il serait plus exact de dire qu'ils sont morts surtout de cet état des organes digestifs qui s'annonce de coutume par l'aiipétit et par la faim. Cet état , que l'on n'a pas suffisamment étudié , a beaucoup d'analogie avec certaines gastrites. A son moindre degré il se manifeste par des sensations plus ou moins pressantes , mais qui n'ont rien de désagréable ; plus tard , c'est la faim ellemême qui se fait sentir. Alors, déjà , l'individu éprouve des tiraillemens , de la douleur dans la région épigastrique , et il survient de la céphalalgie , de l'oppression et de la fatigue. A un degré de plus le désir des alimens se perd: souvent même un sentiment prononcé de dégoût, des nausées , des vomissemens le remplacent. Enfin , surviennent un grand abattement de corps et d'esprit, des niouvemens convulsifs, l'amaigrissement, la dessicaliou des chairs , puis divers symptômes typhoïdes , particulièrement la fétidité des excrétions , des péléchies , etc. , à l'ouverture des cadavres on trouve souvent , entre autres altérations , des traces d'inflammation dans l'appareil digestif, traces qui seraient plus évidentes sans l'état de décoloration et d'atrophie où se trouvent généralement les tissus.

La maladie que je viens de décrire , et que j'ai nommée ailleurs ésurite ( de eiuri'ci , faim ), se développant moins facilement chez une foule de malades, la nécessité de se nourrir est beaucoup moins pressante pour eux. Tant qu'ils offrent de l'inappétence, du dégoût, on peut être sûr que la privation d'alimens ne sera suivie d'aucun des symptômes dont elle est , dans l'état de santé , le principe. Mais si la faim , ce qui souvent a lieu chez les malades , se développe avec énergie , alors une abstinence trop rigoureuse peut avoir des suites funestes : des accidens analogues à ceux de l'ésurite se manifestent, l'estomac devient douloureux, des nausées, des vomissemens surviennent, la lange rougit, un mouvement fébrile continuel avec redoublement s'empare du malade ; la faculté de digérer les alimens se perd de plus en plus ; les boissons , même aux moindres doses , ne peuvent plus être supportées , et le malade finit par succomber à une affection que souvent le médecin abusé s'obstine à combattre par cette même abstinence dont elle est le produit.

L'abstinence, quoique plus facile chez les malades que dans l'état sain, a donc aussi chez eux des limites qu'elle ne peut franchir sans danger. Ce n'est pas à dire que la faim , ou que les sensations faibles ou fortes qui ont le même caractère qu'elle, doivent servir exclusivement à marquer ces limites; que, par exemple , il faille donner des alimens h tous les malades qui ressentent la faim , et les refuser à tous ceux qui ne l'éprouvent pas : ce que j'ai voulu seulement établir, c'est que , toutes choses égales d'ailleurs , l'abstinence est d'autant plus aisément supportée par les malades, et conséquemraent d'autant mieux indiquée , que le sentiment de la faim est plus faible. Souvent on se trouve dans le cas de nourrir, bien qu'il y ait inappétence. C'est ce qui arrive dans beaucoup de maladies chroniques et sur la fin de certaines maladies aiguës. Par exemple, si la faculté de diréger se conserve, ce qui peut avoir lieu quoi qu'il y ait inappétence , et si la maladie n'est point de celles qui peuvent être entretenues ou exaspérées par l'alimentation, on doit y avoir recours pour soutenir les forces et gagner du temps Cependant il est vrai de dire que, le plus souvent, lorsque l'inappétence et , à plus forte raison, le dégoût des alimens existent, il y a indication de ne pas en donner ; mais c'est parce que ces symptômes indiquent alors que l'appareil digestif n'est pas en état de supporter et d'élaborer convenablement la nourriture qu'on lui confierait. Ainsi donc, la sus-

REGIME

( iSâ i )

REGIME

pension de l'appétit n'est une indication d'abstinence que comme signe ordi- | uaire d'un trouble de fonctions digealives , qui contre indiquerait l'emploi des ' alimens. Or, comme ce signe n'est pas absolu, comme des alimens peuvent être, jusqu'à un certain pouit, digérés et nécessaires, bleu que le malade ne soit sollicité à en prendre par aucune sensation pressante , il y a , je le répète , des cas , assez rares il est vrai , où , malgré 1 inappétence, on doit alimenter.

C'est par les alimens que l'on remédie à la faim , ou plutôt à cet élal de l'estomac dont elle est le symptôme, à fésurile. Mais si chez l'homme sain il est souvent sage de n'employer ce remède qu'avec beaiicoup de précaution , cette nécessité est bien plus fréquente encore dans l'état de maladie. L'abstinence, quand on a faim , est un mal sans doute : mais il faudrait souvent, pour l'éviter aux malades , braver un mal plus grand encore. Supposez un individu atteint d'une maladie que l'introduction des alimens dans l'appareil digestif ne pourrait qu aggraver , d'une gasUite par exemjde ; ce malade, eùt-il de l'appétit, devrait s'abstenir d'alimeus , attendu qu'il y aurait moins d'inconveniens encore à braver cet appétit qu'à le satisfaire. Il en serait de même pour toute affection qui n'aurait pas son siège dans l'appareil digestif, mais à laquelle l'alimenlatioii pourrait nuire. Il y a donc constamment à se poser pour chaque malade cette question : lequel a le plus d'inconvéniens , ou de braver la faim , de refuser des matériaux à la réparation , de se priver des propriétés spéciales des divers alimens, de lésister enfin aux nécessités qui appellent ordinairement la nourriture ; ou de braver l'exaspération qu'elle pourrait apporter dans la maladie ? C'est un calcul de chanches comme la pratique médicale eu otïre à chaque instant.

Les alimens nuisent de plusieurs manières dans l'état morbide. Le plus souvent c'eot parce qu'ils ne peu^ eiit être digérés , qu'Us le sont difficilement ou imparfaitement. Ceci arrive même quand le siège principal de la maladie n'est pas dans l'appareil digestif. 11 est uni par tant de liens aux autres systèmes d'organes que , presque toujours , il prend à leur souffrance une part qui se manifeste par le trouble des digestions. A plus forte raison , ce trouble a lieu quand l'estomac où les intestins sont eux-mêmes plus ou moins gravement affectés. Je n'exposerai pas ici les efi'els nombreux des mauvaises digestions, les inconvéniens , les dangers qui en sont la conséquence. Qu on remarque seulement qu'elles empêLheat l'alimeutalion d'atteindre son but , car ce n'est pas ce qu'on mange , qui nourrit , mais ce qu'on digère , et que de plus , en même temps qu'il est peu de maladies qui ne puissent disposer à ces accidens , il n'en est pas qu'ils ne puissent accroître. Aussi , la ))remière de toutes les règles du régime alimentaire est-elle celle-ci : quel que soit le besoin d'aliment n'en donnez pas si la digestion ne peut s'en l'aire , ou n'en donnez , au plus , que la quantité que le malade peut digérer.

Les organes digestifs peuvent , quand ils sont malades , le devenir davantage sous l'in.fluence des alimens, même alors que la digestion de ceux-ci est encore possible. Cet acte s'opère dans ce cas, mais en fatiguant, c'est-à-dire en irritant les organes qui procèdent à sou accomplissement. L'influence de ce travail peut, quand il se lait régulièrement et, à plus forte raison, quand il est difficile, sétendre bien au-dela de l'appareil où il a lieu. Il suflit de considérer cette sorte de mouvement fébrile qui accompagne toujours la digestion , même dans l'état normal, pour comprendre qu'elle ne peut qu'accroître la fièvre ou une inflammation , si déjà ces états existent , ou précipiter leur développement , s'il y a quelque disposition à cet égard. Aussi est-il île règle de suspendre l'alimentation , dans loutes les maladies fébriles et inflammatoires, ou, si la faim , la durée de l'afTection , etc. , forcent à donner de la nourriture, de ne le faire qu'avec la plus rigoureuse parcimonie. Encore , dans ce dernier cas , convient-il de bien choisir les alimens et de ne les donner qu'aux époques les plus éloignées possibles de celles où les redoublemens ont lieu.

L'observation n'apprendrait pas chaque jour que l'alimentation excite ou accroît la fièvre et une foule de pldegmasies , que les inductions théoriques conduiraient à l'admettre. La digestion est, en effet, le principe, la souche d'une foule d'opérations vitales auxquelles aucun tissu ne reste étranger. En fournissant des matériaux à toutes les décompositions nutritives et sécrétoires , elle intervient puissamment dans la vie intérieure de chaque organe , dans celte vie dont le dérangement constitue presque loutes les maladies. Il faudrait que l'on pùt diriger cette intervention; mais , ne le pouvant, on lait en sorte de la prévenir, et c'est par l'abstinence qu'on y parvient. Assurément le mouvement nutritif et sécrétoire ne s'arrête pas , parce que les matériaux extérieurs n'arrivent plus; mais obligé de les preiulre dans les tissus , de procéder avec la substance précédemment acquise, il réduit insensiblement leur masse et les dessèche C'est ce qu'on observe sur les hommes et les animaux soumis à une abstitlence rigoureuse : il y a ici exténuation du corps par lui-même. Or on conçoit sans peine , que si I on peut , en fournissant des matériaux à la nutrition et aux sécrétions , entretenir ou accroître une foule d'états morbides , on peut, en suivant la marche inverse, prodiure l'effet contraire. C'est en vertu de ce raisonnement que l'on prescrit chaque jour l'abstinence pour opérer la résolution d'une l'oule d'engorgemens chroniques ou faciliter la résorption de liquides épanchés.

On voit , par ce qui précède, que le médecin , quand il veut diriger le régime d un malade , est toujours placé entre les nécessités qui demandent des alimens et le» craintes qui les repoussent. C'est , d'une part , la nécessité de calmer les exigences de l'estomac, de fournir des matériaux aux oi)érations nutritives , et de produire certaines modifications ; de l'autre , c'est la crainte d'avoir une digestion mauvaise, de fatiguer l'appareil digestif, d'exciter, de redoubler la fièvre , des phlegmasies, etc. , etc. Quand la plus impérieuse, la

plus évidente des nécessités qui poussent à l'alimentation n'existe pas, quand la faim ou ses équivalens ne se font pas sentir, le problème est assez facile à ré-! soudre, ou, du moins, on a le temps d'observer, d'étudier son malade , avanti de se déterminer : aussi une abstinence , au moins provisoire , est-elle de règle! toutes les fois que les sensations êsuviques ne se font pas sentir, ou ne se font sentir qu'à un degré très-faible. Mais quand il en est autrement , quand la faim est pressante ou que les forces du malade s'épuisent , que ses chairs se dissipent , quand enfin les nécessités qui imposent l'alimentation existent , bien que! ce soit en même temps que les symptômes qui la repoussent , force est de dou-i ner de la nourriture : la question n'est plus alors entre nourrir ou ne pas nourrir , ce n'est plus qu'une question de choix et de mesure.

Quand on se propose une question de mesure, en fuit d'alimens , il faut bien se rappeler deux choses : la première, c'est que si la mesure prise est trop forte , il faut inévitablement que le malade la subisse ; la seconde , c'est que , si elle est trop faible , on peut , en la répétant , atteindre, sans courir de risques le but que l'on s'était proposé. Il vaut donc mieux rester en deçà que d'aller au-j delà de la somme de nourriture que le malade pourrait supporter; aussi nei saurait on fruclioniicr li op les alimens que l'on a choisis. Ce fractionnement! doit ètie d'autant plus grand que l'on se méfie plus de l'effet qu'ils pourront! lif produire. Si cette règle, qui est une des plus importantes du régime, était raieuxi observée par les praticiens , on tiendrait moins de malades à l'abstinence abso-i lue , et on aurait moins souvent à regretter d'avoir donné des alimens. Combienj de malades sont privés de toute espèce de nourriture, ou bien sont devenuSj victimes de celle qu'on leur avait donnée, parce que le médecin s'était per-l suadé qu'il ne pouvait leur permettre moins d une tasse de bouillon. Celte meraei quantité , administrée par cuillerées d'heure en heure, ou à des intervalles plus! rapprochés, eût été fort innocente. J'ai vu souvent des malades qui se détérioraient de plus en plus par suite soit d'une abstinence exagérée , soit d'essais malheureux pour y mettre un terme, se réparer progressivement sous l'iii' fluence d'une alimentation Irès-fractionnée. Cette méthode est le tâtonnement ,|i quant à la mesure. Or, en régime comme dans les autres parties de la thérapeu tique, l'insuffisance de nos moyens d'appréciation fait une loi du tâtonnement

La question de choix présente des éiémens dont je vais essayer de donner! une idée succincte. Ce choix a pour but de faire que les alimens soient le mieux digérés possible , qu'ils ne produisent sur l'appareil digestif qu'une impression conven:ible, qu'ils fournissent à la réparation des matériaux suffisans , et que leurs propriétés spéciales soient en harmonie parfaite avec les besoins pathologiques du suji t. L'état physique des alimens , leur température et leur spéci ficité sont les éiémens principaux de ce choix.

Les substances alimentaires, quand elles sont à l'état liquide , se présentent* aux organes digestifs le plus divisées possible : aussi est-ce sous cet état qu'il' convient d'abord de les donner, c'est-à-dire de les essayer. Les décoctions féculentes, comme celles d'orge, de gruau, de pain ; les divers bouillons de viande, le lait, etc. , réussissent fréquemment, alors que des alimens solides, bien*'' qu'ils aient des propriétés analogues, provoqueraient des accidens. Ce n'e^'t pas à dire que les alimens liquides passent toujours mieux que les solides ; il n'y a pas de règles , en fait de régime, qu'une foule d'individualités ne puissent dé-'|" mentir. J ai vu , et il n'y a pas de praticien qui n'ait vu comme moi, des mala-'fjl des qui ne pouvaient tligérer du lait, du bouillon , de la tisane , et qui digéraient' sans peine du pain ou de la viande. C'est ce qu'il faut se rappeler pour ne pas rester obstinément dans une ligne qui deviendrait funeste. Les liquides ne pouvant au surplus présenter la substance nutritive que très-étendue , ne convien-' nentque dans le cas où les nécessités qui appellent l'alimentation ont peu d'exi-! , gence , ou sont en prcseiiee de contre indications trop fortes. "

Entre les alimens liquides et ceux qui sont solides , il y a des intermédiaires: * ce senties potages de toute espèce , certains légumes herbacés, les gelées végéta- " les et animales ', les crèmes , etc. , etc. Plus que les alimens liquides ils peuvent ! " satisfaire aux besoins d'alimentation ; mais souvent ils ne suffisent pas. 'Viennent * ensuite les alimens solides, ceux là par lesquels le régime des malades ressetn-'j * ble le plus à celui que l'on observe en santé. Ces alimens diffèrent par leur solidité , par leur cohésion , et, en général , leur digestibilité est en raison inverse de ces propriétés. Ceux que l'on donne d'abord aux malades sont les chairs de ^ certains poissons , comme la sole, la limande, le merlan, etc. ; de jeunes ani-^ maux, comme le poulet, le dindonneau, etc. ; le pain bien cuit et léger, l'é- | 1' chaudée, etc Plus tard, on donne la viande de boucherie, les volailles faites, etc. *« Je n'entrerai dans aucun détail sur la valeur relative des diverses substances f alimentaires , renvoyant pour cela à l'article aliment. L'échelle de digestibiUté "i de ces substances est en effet la même pour le malade que pour I homme sain : f * seulement, chez le premier, on se tient le plus souvent aux degrés les plus in-| t fimcs de l'échelle , et ce n'est que lentement et avec une grande circonspection I « que l'on franchit progressivement les autres. Je ferai remanjuer encore que J < ré|)oqueoù les alimens solides peuvent être pris sans inconvénient est toujours j i beaucoup plus proche pour les malades qui ont la patience de les réduire, par | » le broiement dentaire, a l'état le plus complet possible de division. Etendus I dans la salive et ainsi broyés, les alimens prennent alors le caractère des substances liquides et molles dont nous parlions tout-à-l'heure , sans pour cela perdre les propriétés nutritives qui les distinguent. ,

Ce que j'ai dit de la température de l'air, pour les malades, s'applique â | celle des alimens. Dans l'incertitude où l'on est de celle qu'il conviendrait de | leur procurer, on s'attache à faire qu'elle ne soit ni basse, ni élevée, on les donne tièdes enfin. Mais quand à cet état ils sont mal supportes, mal digcies,

< ii

ou cherche à leur donner une température qui soit mieux en

harmonie avec U

RÉGIME

RÉGIME

sensibilité des organes digestifs. Ainsi tel malade, qui ne pouvait supporter le bouillon lièJe, le conserve et le digère aisément quand il est pris froid. Combien d'individus convalescens du cbolcra n'ont trouvé que dans le bouillon frappé de glace, le moyen de remédier à l'épuisement profond où celle maladie les avait jetés ! Par opposition je citerai une dame qui en avait lété atleinte et dont le rétablissement n'a été obtenu qu'avec des aliuiens à une température tellement élevée qu'ils auraient été insupportables à toute autre personne. Ce n'est qu'après avoir essayé cbez cette dame des alimens de toute espèce, à tous les états et aux températures les plus diverses que j'arrivai à .connaître celle-là qui seule devait réussir. 11 en est effectivement de la température des alimens comme de leurs autres qualités , ce n'est le plus souvent que par un tâtonnement méthodiquement conduit qu'on parvient à découvrir celle qui convient le mieux.

Les alimens ne diffèrent pas seulement par la résistance qu'ils opposent aux forces digeslives , ils diffèrent encore par l'impression qu'ils produisent sur les lorganes qui les reçoivent, et par celle que leurs molécules répandues partout iau moyen de la circulation , peuvent produire partout. Il en est des alimens Icomme de tous les autres modificateurs; quelques-uns peuvent avoir une action analogue, mais il n'y en a pas deux qui soient parfaitement identiques : lîhaque aliment modifie donc à sa manière , a donc sa spécificité . Dans l'état [ordinaire cette spécificité n'a, bien que l'on doive en tenir compte, qu'une (portée médiocre; mais il n'en est pas de même dans l'état de maladie. Ici toutes ies impressions peuvent être senties, ce qui veut dire que le plus souvent, il pn résulte ou un bien ou un mal. On a dù chercher, comme on le pense Ijien , I classer les alimens sous le rapport de leur spécificité. Les dénominations, lutour desquelles on a groupe les substances médicamenteuses leur ont été appliquées , et de la sorte ils sont devenus des auxiliaires de ces substances. Ainsi ma admis des alimens rafraichissans , relàchans , excitans , toniques , elc. , l'après les propriétés qu'on leur connaissait ou qu'on leur supposait. Dans la jlasse des rafraicliissans, on a mis les fruits rouges , les cerises, les groseilles, es framboises, les fraises, les oranges, les citrons, les melons, l'oseille, les alades , etc. On a placé dans la classe des adoucissans la majeure partie des |ubstances végétales et des poissons ; le lait , les chairs des jeunes animaux, tes tissus chargés de gélatine; les substances farineuses, mucilagiueuses , surées, huileuses , graisseuses , etc., etc. Quant aux alimens excitans , ils doiient , pour la plupart , leurs propriétés à l'art culinaire et aux condimens tels fue le poivre, le sel, le girofle, le gingembre, la cannelle, le laurier, le thim, l'ail, etc., ce sont eux qu'on désigne si souvent par l'épithète d'écliaujjans. Ou ppelle toniques jjorli/ians, ceux qui oui la propriété d'exciter modérément les rganes en même temps qu'ils leur présentent en abondance des matériaux éparateurs. Parmi les véyélaux, celui qui possède la proj)riété réparatrice au 'lus haut degré est le pain , mais en tête des alimens toniques et avant le pain

faut placer toutes les chairs dans lesquelles l'osmazome est unie à la fibrine t à la gélatine. Les viandes , auxquelles on attribue au plus haut degré la crtu tonique, sont celles qui ont le plus de couleur, et qu'on désigne pour ilà sous le nom de viandes noires : telles sont celles du chevreuil , du lièvre, |e la caille, de la bécasse, de la perdrix, etc., etc. En général c'est rôties plu- H que cuites autrement que l'on donne les viandes, quand l'effet tonique est 3lui que l'on veut obtenir.

j Je me verrais entraîné trop loin, si je voulais apprécier la valeur de ces llassifications , et déterminer les cas où l'on doit puiser dans telle série d'ali- 'lens plutôt que dans telle autre. Cepenilaut je dois faire observer qu'en général in préfère , lorsqu'il y a doute sur le choix des alimens , ceux dont l'impreson étant la moindre n'ont en quelque sorte qu'un effet négatif. En se conduiint ainsi, on ne fait que mettre en pratique une règle qui domine toutes celles |Ui sont relatives au régime , règle dont j'ai déjà fait plusieurs applications , et ,ui résulte de la méfiance que les modificateurs inspirent quand , par le lait de

maladie , la modificabililé est devenue douteuse. Les diflërentes diètes lactée, rineuse , mucilagineuse, gélatineuse, etc., ne sont si souvent employées que >rce qu'on les redoute moins. En général , on estime que les alimens causent le impression d'autant plus faible qu'ils sont moins sapides , et on préfère ux qui joignent à la sapidité k plus faible, une somme assez forte des raoléiles nutritives. Dans les maladies aiguës on ne donne, presque toujours. Ire ces alimens , ou du moins c'est par eux que l'on commence. Dans les ma- [dies chroniques , c'est avec les alimens dont nous parlons que l'on gagne du mps , c'est-à-dire que l'on prolonge la vie, si elles sont incurables, ou que 9U donne aux forces qui tendent à rétablir l'ordre, et aux agens qui s'adres- Int à ces forces le temps d'opérer , lorsque ces maladies sont susceptibles de lérison. Les merveilles de la diète blanche ont été vantées, et à juste titre,

ns une foule d'ouvrages ; mais on s'est fait , le plus souvent, une idée fausse ! la manière dont elle agit. On a dit qu'elle guérissait , tandis qu'elle permet ulement cjue la nature et les médicamens guérissent Elle n'opère en général, le comme cette température mitoyenne et toujours égale dans laquelle ou aintient un malade que l'on voudrait soustraire à toutes les influences atmo- [héri<]ues, et que l'on priverait d'air s'il pouvait vivre sans respner. IC'est qu'il faut au moins que les agens hygiéniques, dont on ne peut se passer |ns l'état de maladie , soient neutres , quand ils ne servent pas d'auxiliaires. |, d'une part, des nécessités les réclament; de l'autre, il y a des incompatibili-

i, souvent mystérieuses , qui les repoussent. Certes , il serait beau de pouvoir ijours se dire : telle malade a besoin de telle modification , prenons tel aliintpourla produire. Ce langage est fréquemment tenu au lit du malade; mais ■«quemment aussi la vue est beaucoup moins perçante qu'on ne le croît , et on

travaille seulement à calmer certaines exigences qui parlent plus distinctement que d'autres. L'étude de ces exigences a beaucoup occupé les auteurs, mais, pour la plupart, ils en ont moins cherL-hé les signes, les caractères que les conditions. Ils se sont efforcés de déterminer l'influence que 1 âge, le sexe, le tempérament, les habitudes , les climats, les saisons , etc. , exercent sur le besoin de prendre des alimens. Nous ne suivrons pas cette route. Ce n'est pas que nous prétendions qu'il ne faut tenir aucun compte des circonstances qui viennent d'être énumérées ; mais de deux choses l'une : ou les nécessités alimentaires s'expriment elles-mêmes , et cela sullit; ou rien dans le malade ne les fait reconnaître, et tout ce qu'on a dit sur l'influence du sexe , du climat , de l'âge , etc. , ne saurait tenir lieu du langage de ces nécessités.

Pour les boissons comme pour les alimens, le médecin est souvent placé entre des besoins naturellement oppobés. Les buts divers qu'avec elles on se propose d'atteindre, sont les mêmes dans l'état de maladie que dans celui île santé. Ainsi elles ne sont jamais nécessaires que comme moyen de calmer la soif, de rendre l'abstinence moins difficile , de faciliter la digestion , de fournir des matériaux aux opérations nutritives ou séciéloires, et île produire les impressions dépendantes de leur spécificité. Mais si les nécessités que les liquider peuvent satisfaire sont de même nature chez l'homme sain et chez l'horame malade , elles sont loin d'avoir la même exigence dans les deux cas. Ainsi la soif peut avoir, dans l'état de maladie , une intensité , une persévérance que jamais elle n'offre dans la santé. Karement aussi on a l'occasion, dans ce dernier état , de rendre, au moyen des boissons, l'abstinence des alimens plus supportable ; tandis que cbez les malades , cette ressource est précieuse : car les boissons préviennent et trompent la faim , elles retardent le développement et les progrès de l'ésurité. Beaucoup d'individus qui supportent sans peine la privation d'alimens, y succomberaient s'ils étaient privés aussi de boissons. L'estomac perd souvent par une abstinence trop prolongée sa faculté digestive, mais il la perdrait bien plus vite encore sans les liquides qui viennent à chaque instant solliciter et entretenir son action. En revanche , ils ont moins souvent l'occasion de faciliter la dilution des alimens solides chez les malades, ces alimens n'étant donnés alors que rarement, ou en petite quantité, et devant être soumis préalablement à une mastication minutieuse. Dans un grand nombre de cas, on cherche à utiliser, au profit des digestions, l'impression spéciale que certaines boissons produisent sur l'estomac. Le vin pur ou coupé , la bière, les eaux gazeuses , sont fréquemment mises à cet usage. Elles agissent alors à la manière de la plupart des condimens. Ayant déjà parlé de l'utilité des boissons comme moyen de nutrition et ne voulant pas exposer ici leur valeur comme médicamens ,je n'ajouterai rien de plus à ce qui vient d'être dit sur les divers genres de services qu'elles peuvent rendre dans l'état de maladie.

On rencontre bien moins souvent, dans cet état, des contre-indications à l'emploi des substances liquides qu'à celui des solides. Aussi est il fort rare qu'on se trouve dans le cas de prescrire l'abstinence absolue des boissons. Ces contreindications viennent, le plus souvent , de même que pour les alimens, de l'état des organes digestifs qui peuvent être dans 1 impossibilité de les conserver, de les élaborer, ou qui n'y parvientiraient qu'avec peine. Heureusement il suffit presque toujours de modifier la boisson dans sa qualité, sa masse ou sa température pour la faire supporter. Comme , au surplus , les liquides exigent, en général, moins de travail de la part du système digestif que les substances solides, ils réussissent alors que la moindre qualité de celles-ci révolterait ce système, et, s'ils ne réussissent pas, comme ils ne causent que peu de fatigue, ils n'ont que peu d'inconvénicns.

D'après ce qui précède , on conçoit que les questions de mesure et de choix ont, en ce qui concerne les liquides, une gravité moindre que relativement aux solides, il est bien entendu que je ne parle ici que des boissons dont on fait habituellemeut usage. Néanmoins les règles de fractionnement et de tâtonnement que j'ai posées plus haut leur sont applicables, comme aux alimens , quoique avec un peu moins de rigueur. Ainsi il est de règle, en général, pour les malades, de ne boire qu à petits coups, dût-on les répéter à de courts intervalles. Souvent, pour ménager l'estomac, on fait comme en d'autres occasions pour la faim, on cherche à tromper la soif. C'est à quoi l'on peut parvenir en faisant mâcher des pastilles île menthe , ou un morceau de pain trempé dans du vin , du rhum, ou toute autre boisson alcoolique; en faisant laver la bouche avec un liquide trcs-chaud, en laissant fondre , dans cette cavité, de petits glaçons, ou si l'on ne craint pas d'introduire dans l'estomac un peu de liquide, en le donnant par Irès-pelilcs cuillerées. Le goût du malade est, en général, un indice que l'on doit suivre pour la température des boissons: cependant il est des cas où des indications précises font une loi de les donner chaudes ou froides. Les résultats obtenus déjà cbez le malade de boissons à températures diverses, peuvent être le fondement de ces indications: elles peuvent encore avoir leur principe dans les circonstances mêmes de la maladie ; par exemple, quand l'estomac supporte mal les boissons, celles qui sont froides réussissent, en général , mieux. Il suffit très souvent de frapper des boissons de glace pour arrêter des vomissemens opiniâtres. Les liquides à température basse conviennent encore dans une foide d'affections nerveuses ou hémorrhagiques. L'impression du froid , au surplus , est autant à redouter, quand elle s'opère par les boissons, que lorsqu'elle a lieu autrement: on doit donc l'éviter dans la plupart des maladies aiguës et chroniques de l'appareil respiratoire, dans les fièvres éruptives, quand il faut entretenir la transpiration cutanée, et à plus forte raison , quand la peau est chaude et couverte de sueur. Ajoutons que s'il n'y a aucune indication bien décidée, relativement à la température des boissons, il faut les donner tièdes, c'est-à dire à unetcmpéralnre aussi négativcque

REGIME

REGIME

possible, afin d'observer cette règle si souvent applicable , en thérapeutique, de s'abstenir dans le doute , et de ne rien risquer légèrement.

Le travail intellectuel , l'application de l'esprit, peut agir sur l'économie par les émotions qu'il cause et par les modifications qu'il introduit soit dans les organes encéphaliques , soit dans les autres. Chez l'individu sain, ce travail, s'il est modéré, peutêUe utile, nefût-ce que comme moyen de perfectionnement pour les organes qui s'y livrent: mais quand, chez le malade, il rend quelques services, ce n'est que par la distraction qu'il cause, ou qu'en rendant plus supportable le repos physiijue prolongé. Saut ce cas, les occupations de l'esprit, quand elles ne sont pas innoc< ntes, sont nuisibles. Considérez leurs effets sur l'homme en santé quand elles franchissent les bornes de la modération ,et, d'après cela, jugez ce qu'ils doivent être chez le malade. Si, dans un cerveau qui était sain, ces occupations peuvent développera tous les degrés les phénomènes de l'irritation et delà congestion sanguine, que sera cette influence sur des malades atteints déjà de ces affections ? Fécondant une irritation , une congestion déjà existante , quoique faible encore , ces occupations provoqueront ou hâteront le iléveloppement d'un arachnilis , d'une encéphalite , d'une apoplexie, etc. Les effets du travail intellectuel peuvent s'étendre , chez le malade, bien au delà du cerveau, car cet organe, quand il est fatigué, réagit sur les autres qui participent d'autant plus à cette fatigue qu'ils se trouvent plus, eux-mêmes, en dehors de l'état normal. C'est ainsi que, tous les jours , on voit un redoublement de fièvre, l'exaspération d'une phlegmasie, une rechute, survenir parce qu'un malade» préoccupé de ses affaires , n'aura pu tenir son esprit au repos. On pourrait mettre à l'abstinence du penser comme on prescrit la privation du manger, que cette abstinence devrait être imposée à tout individu qui tombe malade. Car, sous ce rapport aussi, une des principales règles du régime consiste à isoler cet indi\idu des influences qui agissaient sur lui quand il était en santé, ou, si la chose n'est pas possible , à faire qu'elles n'aient que la moindre prise surlui.

La création de la pensée agit encore sur le malade par les émotions morales qu'elle cause ; mais ces émotions doivent, comme celtes qui ont une autre origine, être étudiées indépenilamment de leur mode de production. Les impressions morales, et ici je les comprends toutes depuis la plus légère jusqu'à la passion la plus prononcée, exercent, toutes choses égales d'ailleurs , une action beaucoup plus forte chez le malade que chez l'homme sain : aussi les auteurs sont-ils remplis de faits constatant le mal et le bien qu'elles peuvent déterminer. Les passions tristes, celles qui se rapprochent de la peine, qui sont désagréables, comme la colère avec tous ses degrés, la frayeur, la honte, l'inquiétude, l'honneur, le chagrin, la tristesse, le dégoût, le découragement, etc., etc., sont presque toujours nuisibles au,^ malades. Je dis presque toujours , parce qu'on a vu, dans quelques cas rares, l'action forte et instantanée d une de ces passions dissiper une maladie, de même qu'on a vu quelquefois une indigestion rétablir les fonctions de l'estomac. Ainsi une dame, qui se plaignait de tous les symptômes d une gastralgie que j'avais long-temps et en vain combattue, en fut complètement délivrée par un accès violent de colère. Les passions et affections de l'âme que l'on nomme gaies, comme la joie, le contentement, l'admiration, l'enthousiasme, la contemplation, l'extase, l'amour, la reconnaissance, l'amitié, la bienveillance, etc., ont, beaucoup plus souvent que les précédentes, produit chez des malades un résultat heureux. Cependant il est arrivé souvent que les affections gaies de l'âme ont eu, dans l'état de maladie, des conséquences déplorables. Ceci a été particulièrement observé quand ces affections se développaient brusquement et avec force, ou quand elles succédaient immédiatement à des étals moraux précisément contraires. Ainsi donc, toutes les passions peuvent, quel que soit leur caractère, être nuisibles aux malades, avec cette différence que les unes le sont beaucoup plus souvent que les autres. Cette inconstance du résultat fait qu'en général les émotions morales doivent, autant que possible , être évitées aux malades, et qu'elles ne doivent être utilisées qu'avec une grande circonspection. Le doute fait qu'on doit, en ce qui le concerne, de même que pour les autres influences, rechercher l'état neutre, préféi'er cette placidité d'esprit qui est la négation de toute affection de l'âme. Cependant comme la substitution d'une affection gaie à une affection triste est souvent le seul moyen de dissiper cette dernière, on ne doit pas hésiter à opérer cette substitution toutes les fois qu'on peut y parvenir.

L'état de maladie modifie beaucoup l'usage que l'on doit faire des forces locomotrices. Pour elles aussi cet état nécessite souvent d'interrompre les habitudes de la santé. L'abstinence plus ou moins absolue île fout exercice, est, dans une multitude de cas, particulièrement dans les maladies aiguës, une condition indispensable de rétablissement. Des indispositions qui, avec le repos, n'auraient eu qu'une très-courte durén, deviennent des maladies longues et graves, parce qu'on s'est décidé trop tard à suspendre ses travaux. Combien de maladies, déjà sur leur déclin, ont acquis une force nouvelle, parce que le sujet n'avait pu résister au désir ou au besoin de reprendre ses occupations habituelles. Aussi quand un individu tombe malade, ce qu'on doit d'abord lui prescrire avec la diète c'est le repos. Plus tard on pourra lever ou relâcher la consigne; mais, provisoirement, il faut l'imposer. Au surplus, le sentiment de faiblesse, de brisure, que le malade éprouve alors, rend ce précepte facile à suii re. Ce sentiment, comme celui de l'inappélencc, vient avertir ([ue les nécessités ne sont plus les mêmes, et qu'il y a lieu d'éloigner de soi des influences dont on ne pouvait se passer. Du reste, comme le mot exercice est très-vague , passons en revue les divers usages que l'on peut faire des forces locomotrices, et disons ce qu'on doit craindre ou espérer de chacun d'eux dans l'état de maladie.

Il y a usage des forces musculaires dans la locomotion, la italion et la gestation. Tous les genres d'exercice peuvent être rangés sous ces trois mots.

L'usage habituel mais modéré des muscles a pour effet, dans l'état de santé d'accroître leur force , leur volume, de donner plus de vitesse, d'agilité, de pré cision à leurs mouvemens. Dans l'état de maladie, cet usage, toujours quand il n( dépasse point certaines bornes, lorsqu'il n'est pas poussé jusqu'à la fatigue, peu rendre des services analogues. C'est ainsi qu'un exercice modéréentretient les foi ces ou les répare, tandis qu'un repos trop prolongé produit le résultat contraire Il est donc toujours sage, quand il n'y a pas de contre-indication logique, de con seiller l'exercice , en le renfermant, bien entendu, dans la mesure des forcesd malade. Celte mesure est dépassée du moment que l'exercice cause de la fatigu ou accroît celle qui déjà existait : car la fatigue , c'est une affection douloureuse une irritation des muscles, une sorte de maladie, et, quand elle a lieu, on s'aper çoit promptement, au redoublement de la fièvre et à l'exaspération des autrcj ■■ symptômes, que le système musculaire n'est pas plus que les autres étrange il à la solidarité de souffrance qui existe entre tous les points de l'économie. ' !

Un exercice modéré contribue à réveiller l'appétit, à rétablir la digestion, el| i de la sorte, est souvent utile sur la fin des maladies aiguës et dans une foull i d'affections chroniques. Son action sur les appareils de la circulation etdell I respiration, lorsqu'il fait rougir la face, battre le cœur, quand il accélère lel ■! mouvemens respiratoires, échauffe la peau et la couvre de sueur, montre que| 7 suivant ses degrés, il peut être un tonique utile ou un excitant dangereux. £' É l'inaction physique a pour effet, quand elle est habituelle, d'être la source! 1 comme on ne le voit que trop, d'une foule d'affections nerveuses, on compremi \ tout le parti qu'on peut tirer de l'exercice dans ces affections : il tend à rappe 1er vers les forces motrices la puissance dont s'étaient accrues les forces sensiti ves, et à produire indirectement, de la sorte, une véritable sédation. Que l'o, considère bien, cependant, que cet effet n'est possible qu'à une condition, c'es que l'exercice devienne habituel. En effet il n'est sédatif que lorsqu'il agit cbrd niquement : il n'y aurait donc pas à compter sur lui, sous ce lapport, dans le' maladies aiguës: c'estàl'hystérie, àfhypocondrie, etc., qu'il faut l'opposer, c'esi enfin à ces affections qui sont entrées tellement dans la constitution du sujet qu' l'on doit s'en prendre à elle pour les modifier. On peut utiliser encore l'exercio chez les personnes dont quelques organes i m portans, particulièrement le cerveau sont dans un état habituel de congestion, chez les hémorrhoïdaires , et en gêné rai toutes les fois qu'il y a lieu d'imprimer une activité mieux répartie au cour du sang.

On voit assez souvent des douleurs névralgiques , rhumatismales et arthri tiques se dissiper, au moins momentanément, par l'action musculaire des par tiesquiles éprouvent. Cependant le raisonnement et l'observation posent commm règle générale qu'il faut qu'un membre malade se repose. L'action physique di' mouvement peut s'étendre bien au delà du point où il s'opère au moyen de succussions qui en partent. Ainsi la marche et à plus forte raison le saut,!' danse , peuvent exaspérer des douleurs ayant leur siège dans la tête , le ventni ou la poitrine. C'est pourquoi le repos absolu est de rigueur dans une fouli d'affections , particulièrement dans celles de l'utérus et de ses annexes. Jen'enI tends pas dire , cependant , que les secousses communiquées par l'exercice ni! puissent avoir que de mauvais résultats ; elles sont considérées comme propre^ à dissoudre certains engorgemens des viscères, et je suis loin de m'inscrin contre cette possibilité. Je ferai même observer qu'un des grands avantages dl' ces exercices gymnastiques où le corps est suspendu aux membres supérieurs ^ vient des secousses qui lui sont alors imprimées. Ce sont elles en effet, qu;| contribuent le plus à rendre à la colonne vertébrale sa rectitude primitive , ell elles sont pour cela une des principales ressources de l'orthopédie.

La station verticale est rarement utile chez les malades : cependant elle seule' dissipe souvent des accès d'oppression survenue dans tout autre posture.! Comme cette station exige beaucoup d'efforts , les malades , pour peu qu'ilil ; soient faibles, ne peuvent la supporter. Entre elle et le coucher, la station' 1 assise forme une transition. Dans toutes les stations, au surplus, celle hori-ti zontale exceptée , le sang remonte contre son poids dans une portion considé-* rable du système veineux: il n'en résulte pas d'effets très-apparens chez les individus sains lorsque ces stations ne sont pas trop prolongées ; mais il n'en est pas de même chez les malades, particulièrement chez ceux qui sont trèsaff.jiblis, ou qui depuis long-temps sont au lit. Des défaillances qui, heureusement, sont plus effrayantes que dangereuses, viennent alors attester le désordre de la circulation. Ajoutons que l'obstacle apporté dans le cours du saiigl veineux par la station verticale ne peut qu'entretenir certaines afléctioiis desi membres inférieurs, conjnie l'cedcme, les varices, les ulcères, etc. Il est .. contraire aussi dans les maladies des testicules. ' I

La gestation n'est à proprement parler qu'une modification de la station;' I c'est cette dernière , plus des mouvemens, des chocs, des secousses qui sont* • imprimées au corps par des agens extérieurs. De même que dans les différentes ' 1 stations , il y a dans les c.Kercices passifs effort musculaire pour maintenir l'é-l j quilibre , et cet effort est plus ou moins considérable, se passe dans tel ou tel ' { muscle suivant l'attitude de l'individu. Les effets de la gestation se composent 1 , donc \° de ceux de la station ; 2° de ceux qui dans l'exercice proprement dit ! I résultent du choc. En r;ipprochant ceci de ce que nous avons dit précédemment, 1 I il est facile de se faire une idée de l'utilité et des inçonvéniens des diverses es- 1 pèces de gestations dans l'état de maladie, aussi n'ajouterons-nous que quel-' 1 ques mots sur les principales d'entre elles. j j

L'équitation est, de toutes les gestations, celle qui exige le plus d'efforts ] musculaires , en même temps qu'elle est celle qui procure au corps les .secousses | les plus fortes. Aussi ne convient-elle que dans un nombre a.<sez borné de cas. ; Elle ne saurait être utile que dans ceux où le malade est assez fort pour qu'elle I |

REGLISSE.

RELACHAÎÎS.

t possible sans fatigue, et où l'on n'a pas à craindre que ses secousses aggraiit l'affection d'un organe. Or, c'est ce que généralement on ne rencontre e dans certaines maladies du système nerveux. Parmi les affections que l'éitalion peut accroître , et je ne parle que de celles qui ne la rendent pas possible, je citerai les maladies du cœur et des gros vaisseaux, l'hépatite ronique, les hernies irréduclibies ou celles que I on ne contient que didicinent, les calculs vésicaux, les tumeurs hémorrhoulales , toutes les maladies s testicules, la spermatorrhée diurne, etc., etc. Les voitures mal ou non spendues ne peuvent avoir que des inconvéniens pour les malades : il n'en ; pas ainsi de celles dont le roulis est doux. Dans ce cas , le corps n'a pas plus ifibrts à faire que dans la station assise, et de plus il éprouve une suite de tiles succussions dont l'influence peut être utilisée chez les malades trop bles pour se livrer à un autre exercice. La promenade en bateau , sur une Il tranquille , est celle de toutes les gestations qui se rapproche le plus du

lOS.

Le sens génital, comme celui de la faim , et probablement la faculté d'cngener, comme celle de digérer , se suspendent, le plus souvent, quand la maladie rive. Quelquefois cependant les désirs vénériens survivent à la santé ; mais ijours, alors, il est dangereux de les satisfaire, si ce n est dans les cas très- -es où un excès de continence est la cause de la maladie. La puissance de cte vénérien est si profonde, et les organes malades sont en général si prompts -essentir les impressions qu'éprouve l'économie, que l'on peut croire que, s'il i des maladies qui paraissent indifférentes à cet acte, c'est parce que les moîcations qu'elles en reçoivent échappent à l'observation. On peut donc poser règle générale que, pratiqué par des sujets malades, il doit leur faire du mal, , le plus souvent, leur en faire beaucoup. Ce mal doit être bien plus grand and ce sont les jouissances vénériennes elles-mêmes qui ont causé la maladie, l'on se figure une plaie dans laquelle on laisse et on enfonce toujours l'instru- ■nt qui l'a faite. C'est pourtant de la sorte que les masturbateurs entrelien- Dt et aggravent les maladies qu'ils se sont eux-mêmes données. (Voir, pour }s de détails sur cet objet, notre ouvrage sur l'onanisme et les autres abus vé- \-iens, p. 93 et suiv.)

[Vous avons vu qu'une des principales occupations du médecin appelé à conire un régime , est de soustraire le malade à l'action d'une foule d'influences i étaient avantageuses ou , au moins, qui n'avaient rien de contraire dans at de santé. Ce que l'on fait alors en détail , le sommeil l'opère sur une plus ge échelle : il isole momentanément les sens de tout ce qui pourrait agir sur k, en leur étant la faculté de le sentir. Le sommeil n'est donc, à proprement •1er, qu'une sorte d'abstinence; mais, sous ce rapport, sa puissance est consrable. En effet , si, dans l'état de santé , le repos est pour les organes une îessilé qui se reproduit journellement, combien leur est-il plus nécessaire lud , devenus plus irritables , souffrans , tout est fatigue pour eux. Souvent ilques heures de sommeil font plus de bien à un malade que tous les médica- ^s qu'il avale. Par malheur, ce grand moyen d'isolement n'est que d'une nière fort indirecte à la disposition du médecin. On n'endort pas les malades, lement on écarte d'eux tout ce qui pourrait les empêcher de s'endormir. Que soit donc, pour les personnes qui les entourent, l'objet d'une attention conlielle. Le sommeil, en effet, ne saurait être nuisible que de deux manières : Inme négation de l'exercice, quand celui-ci est nécessaire, et en exagérant une bosition à certaines congestions sanguines, particulièrement du cerveau : enie n'est-ce que l'exagération du sommeil que l'on doit redouter dans ces deux

I i le régime est important chez les malades , il l'est bien plus encore chez les I valescens. Pour eux il est tout , car le rôle des médicamens est fini. La con- I iscencp est un état à part : ce n'est ni la santé , ni la maladie ; c'est un état H irmédiaire à l'une et à l'autre. Comme de sa nature il est transitoire , il doit S ; progressif , il doit se rapprocher de plus en plus de cet état de santé dans liJel il doit se fondre. Pour cela il faut deux choses : rendre aux divers orjies les forces, les facultés que la maladie leur avait fait perdre ; mettre ces lanes en état de supporter sans inconvéniens ces mille et une influences dont timme sain est environné, et desquelles on avait abrité le malade avec tant A soins. Réparer et habiluer, voilà donc l'objet du régime chez les convalesi%. C'est une sorte d éducation ; mais combien elle est délicate à conduire ! C agens hygiéniques auxquels on va demander des forces, avec lesquels on B rche à se familiariser de nouveau, le bruit , la lumière , le froid , le chaud , kalimens. les boissons, le travail intellectuel, l'exercice, tout cela, le malade Gavait été privé, isolé pendant qu'il souffrait, ce qui l'avait rendu éminemment Miressionnable à leur action. Il n'est plus malade, mais il ne saurait être, à une époque de la vie, plus disposé à le redevenir; aussi le médecin est-il jours placé , quand il dirige une conva'escence , entre le désir de la rendre rte et la crainle d'une rechute. Pour atteindre le but en évitant l'écueil, il qu'une marche à suivre, c'est d^auancer peu-à-peu, en tâtonnant toujours. pouvant, vu la longueur de cet article, entrer maintenant dans de longs détails, ji n'arrête espérant que le précepte général que je viens de poser, trouvera commentaire dans ce que j'ai dit précédemment,

(LÉOP. DEStANDES.)

EGLISSE. Glfcjrlnza glahra L. Diadelpliie décandrie, dicotylédones poiétales périgynes, famille des légumineuses.

Selte plante croit naturellement dans le midi de l'Europe; sous notre climat, oJla cultive dans les jardins. Elle s'élève à la hauteur de trois à quatre pieds ; Si! feuilles sont grandes , impari-pinnées , et à folioles ovales ; les fleurs sont P'purines et disposées en grappes axiliaires, plus courtes que les feuilles; ses

DiCT. DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.

légumes sont glabres et à trois ou quatre semences; sa racine, ou tige souterraine, est longue de plusieurs pieds, traçante, cylindrique, lisse, de la grosseur du doigt ; elle est brune au-dehors, jaune en dedans, d'une saveur sucrée, mêlée d'une certaine âcreté. On l'apporte sèche du midi de la France et surtout de l'Espagne; il faut la choisir d'un beau jaune à l'intérieur et d'un goùl sucré.

M. Robiquet a fait l'analyse de la racine de réglisse et en a retiré de Vamidon , de l'a/èumi/îe coagulable par la chaleur, àu ligneux , Ae?, phosphates et malates de chaux et de magnésie, une Iiuile résineuse brune et épaisse , à laquelle la réglisse doit son âcreté , un jjrincipe qui n'a du sucre que la saveur sucrée, car il en diffère tellement à d'autres égards qu'on doit le considérer comme un corps particulier ; enfin un principe crisfallisable , azoté, que l'on avait d'abord regardé comme particulier à la racine de réglisse etqui avait reçu le nom à' agédoite, mais dont Plissona reconnu depuis l'indentité avecl'asparagine des asperges et de la racine de guimauve.

Pour obtenir le sucre de réglisse , ou la gljcyrhize , M. Berzélius conseille de traiter la racine par l'eau bouillante , et d'ajouter peu-h-peu de l'acide sulfurique à la liqueur concentrée , jusqu'à ce qu'il ne s'y forme plus de précipité blanc. Ce précipité est composé de glycyrhize combinée à l'acide , et d'albumine ; on le lave avec de l'eau acidulée , puis avec de l'eau pure, et on le traite afin par l'alcool , qui dissout la glycyrhize combinée à l'acide sulfurique, et laisse l'albumine. On ajoute à l'alcool du carbonate de potasse qui s'empare de l'acide; on filtre , on évapore et on obtient la glycyrhize sous la forme d'une masse jaune, translucide, d'une saveur sucrée, bien soluble dans l'eau et dans l'alcool , jouissant de la propriété de former avec les acides des composés peu solubles dans l'eau.

On prépare en Espagne et en Italie , dans la Calabre, avec la racine de réglisse, un extrait dit suc de réglisse , que l'on trouve dans le commerce sous la forme de bâtons cylindriques ou un peu aplatis, d'une couleur noire, d'une cassure vitreuse , lorsqu'il est sec et de bonne qualité et d'une saveur sucrée mêlée d'âcreté. Comme cet extrait est préparé par décoction , il contient fous les principes solubles de la réglisse, y compris l'iimidon. De jilus , comme on le concentre dans des chaudières de cuivre, d'où on le retire ensuite avec des spatules de fer, il est sujet à contenir des parcelles de cuivre métallique, que les pharmaciens en séparent lorsqu'ils le font dissoudre dans l'eau , pour ensuite en faire ce qu'on nomme le suc de réglisse anisé et la pâte de réglisse.

On trouve quelquefois dans le commerce , sous le nom de réglisse de Russie, une racine de réglisse grosse comme le bras , plus ligneuse et moins sucrée que la première décrite, et produite parle glycyrhiza echinata L. Cette espèce, dont les fruits sont hérissés , est la vrai réglisse de dioscorides , abondante surtout dans la Russie méridionale, dans l'Asie-Mineure et en Italie.

Quelques personnes même ont avancé que le suc de réglisse de Calabre, qui est plus estimé que celui d'Espagne, était extrait de la racine du glycyrhiza echinata; mais cette assertion est inexacte.

( GuiBOURT. )

REIiX (maladies dc). La situation et les rapports anatomiques du rein , sessympathies physiologiques et pathologiques , sa texture parenchymateuse et éminemment complexe , les usages importans qu'il remplit dans l'état physiologique , sont autant de circonstances qui rendent ses maladies à-la-fois nombreuses et fréquentes, d'un diagostic très-souvent obscur, et d'un traitement plus souvent encore réfractaire aux secours de l'art.

ludépendamment des nerfs , des vaisseaux artériels et veineux , qui entrent dans la composition intime du rein , et qui ont leurs maladies spéciales ( voyez NÉPHRALGiE, HÉMATURIE, ctc.) , deux subslanccs chargées de fonctions particulières, et pouvant subir des altérations pathologiques distinctes, en composent le parenchyme : l'une extérieure o\x corticale , qui remplit des fonctions de sécrétion, l'autre intérieure ou tubuleuse , qui est chargée d'opérer l'excrétion du fluide sécrété et de le transmettre dans les filières qui sont destinées spécialement à l'accomplissement de cette excrétion (uretères). Toutes deux sont sujettes simultanément ou isolément à des inflammations aiguës et chroniques (voyez Néphrite) suivies quelquefois de suppurations ( voyez Abcès , FisTCLES , ULCÈRES ) et d'une foulc de dégénérations organiques, telles que l'Hypertrophie, le cancer, les tubercules , 'l'état stéotamateux. Comme organe de sécrétion le rein offre aussi des altérations de sécrétion en plus ou en moins ( voyez diabètes , ischurie ) des viciations dans les produits sécrétés. ( Foyez Gravelle, calcul.) ( P. Jollt.)

RELA.CH.\]VS. Cette dénomination opposée directement à celle de toniques se rattache , d'une manière évidente, à la théorie pathogénique du strictum et du laxum, et s'explique d elle-même. Elle représente en effet une corde dont on fait cesserla tension. D'après cette idée on comprend qu'une foule de moyens thérapeuticpies très-divers peuvent produire un effet relâchant, soit sur la peau, soit sur les organes intérieurs; et que dans cette classe peuvent très-bien rentrer tous les médicamens désignés par les noms d'émolliens, d'adoucissans et même de laxatifs. Un des caractères les plus tranchés de l'action des relàchans , c'est qu'ils favorisent les sécrétions des surfaces sur lesquelles on les applique, en même temps qu'ils y déterminent la congestion et la stase des liquides circulans. On ne saurait nombrer les médicamens relàchans, parmi lesquels figurent au premier rang l'eau tiède , les huiles , les graisses , les mucilages , etc. Leur usage peut être ou interne ou externe; et souvent on combine ?vec succès ces deux modes d'administration.

Les relàchans sont essentiellement antiphlogistiques, et c'est, en effet, dans les diverses inflammations qu'on en retire le plus d'avantages. Néanmoins il faut se garder de croire qu'ils en soient le remède exclusif ou même le remède le

Page 1