‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource] (volume 2)Chapitre 237 sur 311 · RICIN · texte numérisé non relu

RICIN

doive aujourd'hui être mise en usage, nous pensons qu'il faut toujours s'abstenir de réunir la plaie du front , soit avec des bandelettes , soit par la suture. En cfFet, d'une part, ces moyens sont superflus, la nature seule pouvant faire tous les Irais de la réunion ; et, d'un autre côté, la traction des lèvres de la plaie a plus d'une fois déterminé des douleurs, des acciilens nerveux et des érysipèles graves, accidens qui surviennent souvent quand on se met en mesure de la manière la plus rationnelle contre leur apparition, et qu'il faut se garder, par conséquent ,irexciter par la nature du procédé que l'on emploie.

La rhinoplastie , suivant la méthode indienne , fournit l'occasion d'observer un phénomène nerveux fort singulier : lorsque l'on pique le bout du nez, le malade rapporte au front la douleur qu'on lui fait éprouver, comuie si le lambeau qui forme le nez était encore en son lieu ancien. Sans doute ce phénomène dépend de ce que le nez nouveau renlerme des filets de nerfs qui appartenaient auparavant à la région frontale, de sorte que l'erreur dépend de 1 habitude dès long-temps contractée de rajjporter au front les sensations nées dans celle parlie du système tégumentaii-e. Par la suite ce phénomène cesse d'être sensible, parce que l'observalion perfectionne le sentiment, et aussi , peut-être, en raisondes anasiomoses qui s'établissent accidentellement entre les nerfs du lambeau et les nerfs tronqués du moignon du nez.

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(Ph. Fréd. Elakdik).

RICIN. Ricinus cominunis , palma-christi , végétal de la famille des euphor- Liacées de Jussieu, et de la monœcie, monadelphie de Linné, Le nom de ricin lui vient, dit-on, de ce que son fruit entier est hérissé de nombreuses aspérités comme le tique , insecte parasite des chiens , appelé ricinus par les Latins. On l a nommé j)alma-christi à cause de la disposition palmée de ses feuilles. On trouve cette plante dans l'Asie, l'Afrique, l'Amérique, en Grèce, et en Espagne. Dans ces dilférentes contrées le ricin est un arbre élevé , du port de nos érables planes, et qui parvient à la hauteur de quarante pieds. Le professeur Richard a vu aux environs de V^iUe-lranche , prés de Nice, un bois de ricin ; niais cultivée dans nos contrées, cette plante n est plus qu'un herbe annuelle, haute de jilusieurs pieds, susceptible cependant, d'ajirès Desfontaines, de reprendre sa forme première dans les serres-chaïules.

Celte belle plante est ornée de petites fleurs disposées en épis rameux dont le sommet se charge de fruits. Ce fruit est une sorle de noix ovoïde formée par une capsule .i trois loges jnonospermes , et dont la surface est couverte de nombreuses aspérités Sortie des loges qui la contiennent , la semence du ricin a le volume et a-peu-près la forme d'un petit haricot ; son épisperme , de couleur marbrée et comme vernissé , présente un fond gris-jaunàtre, parcouru par des raies irrégulières et brunâtres qui semblent partir du hile de la graine et qui tlonnent à ces semence» un aspect fort agréable. Celte première enveloppe nommée iei/a jiar Gœrtner , est dure et cassante ; au dessous on trouve le teginen, membrane blanche extrêmement mince et un peu plissée, adhérente aux cotylédons. Ceux-ci formés de deux corps charnus, ovalaires et com[)rimés, sont blancs , onctueux sous le doigt qui les écrase doucement ; ils n'ont point d'odeur ; leur saveur est douceâtre el oléagineuse , elle finit par faire sentir un peu d'.àcrelé dans la gorge , surtout lorsque les semences sont anciennes. Au centre, on lioiive le germe ou embryon ipii esl petit, blanc, conique , d'une consistance un peu plus grande <|ue les coty léilous , mais d Une saveur douceâtre et qui ne diffère en rien de celle de ceux-ci. M. Merat a démonlré que cet embryon ne coulient aucun principe irritant.

Quoique d'une forme analogue à celle de quelques autres graines, les semences du ricin s'en distinguent cependant assez aisément. Ainsi on ne les confondra pas avec celles du croton tiglium parce que celles-ci sont plus j)etites, de couleur jaune ou noirâtre, sont ternes, el ne sont point veinées comme les graines de ricin. Les cotylédons sont d'une couleur jaune roiigcàtre plus ou moins foncée et d'une saveur bien autrement irritante que ceux du ricin. Le volume plus considérable, la forme plus cylindrique et la couleur noire de l'épisperme des graines du médicinier ou pignon d'Inde , empêcheront de le confondre avec la semence du l icin.

Celle scraencc est émulsiye. Du mucilage, de la fécule el de l'huile cnlrcut

dans sa composition. On en trouve plusieurs variétés dans le commerce. Elle nous sont apportées de l'Inde ou de l'Amérique.

Ces graines sont surtout importantes à cause de l'huile médicinale qu'elle contiennent. Tantôt cette huile nous vient de l'étranger el tantôt on la prépare chez nous. Pour extraire I huile de ricin ou de palma-christi , en Amérique on torréfiait les graines dans une chaudière , on les pilait, puis on faisait bouillij ( la pâte dans l'eau ; on recueillait l'huile qui surnageait, et comme elle entrain naît toujours une"certaine quantité d'eau on la faisait bouillir de nouveau Celte huile était de mauvaise qualité, la torréfaction des graines lui donnai! une couleur plus ou moins foncée; elle se rancissait aisément à cause de i'ear qu'elle contenait. j

Aux Antilles , on paraît au premier inconvénient en s'abstenant de lorréfiei les graines avant de les piler; mais on n'évitait pas le second puisque l'ébulli. tion de la pâte dans l'eau servait à l'extraction de l'huile.

On emploie deux autres méthodes pour obtenir', plus parfaite, l'huile dfj ricin : la première est la simple expression entre les plaques d'une presse des amandes fraîches et pilées ; la seconde est fondée sur la propriété qu'a cette huile d'être soiuble dans l'alcool , qui , s'il est à trente-six degrés , en dissoulles trois cinquièmes de son poids. Cette méthode consiste à faire macérer les amandes pilées dans de l'alcool froid. Ou obtient par ce procédé , dû à M. Fraguer, dix onces d huile par livre de semences monde'es de leur enveloppe corticale.

L'huile de l icin récente et bien préparée est de consi.^tance sirupeuse, filante, légèrement colorée en jaune-verdâtre , d'une odeur peu marquée , d'une saveur d'abord douceâtre, mais qui devient ensuite désagréable et rappelle celle du vernis. En vieillissant elle s'épaissit, se colore légèrement en rouge et devient plus transparente. Elle ne se congèle qu'à vingt degrés au-dessous de' zéro. La composition de l'huile de ricin a été étudiée par MM. Lecanu et Bussy.i Soumise à la ilistillation , elle leur a donné 1° un résidu solide d'une matière! spongieuse, jaunâtre , qui représente les deux tiers de l'huile employée; 2o unei huile volatile, incolore, très-odorante et pénétrante, cristallisable par le! refroidissement; 3» deux acides nouveaux, le ricinique el l'oléoricinique ,' auxquels l'huile de ricin semblerait devoir son âcrcté.

Maintenant que l'on prépare en France la plus grande partie de l'huile de ricin employée en médecine, on la trouve douée seulement de bonnes qualités; mais quand elle nous venait d'Amérique elle était âcre et très-irritante. Il paraît que cela tenait ou au mode de préparation , ou bien à ce que parmi le ricin on laissait quelques graines de crolon liglium ou de méà\cin\€r , jatropha curons.On reconnail facilement la pureté de l'huile de ricin par les propriétés qu'a' ce liquide de se dissoudre entièrement dans l'alcool. ■

Les Anglais font un fréquent usage de celte huile sous le non de castor oil , ' huile de castor, qu'elle porte en Amérique. î

L'huile de ricin cause du dégoût par son aspect oléagineux, et par le goûtt désagréable qu'elle laisse dans la bouche et dans la gorge, quelque douce* qu'elle soit; l'estomac la digère quelquefois avec facilité , quelquefois aussi il la'' rejette par le vomissement; mais le plus souvent ce liquide détermine, sans' coliques et sans douleur, à la dose d'une à deux onces , chez les adultes, un' effet laxatif as^ez marqué. Ce résultat est loin d'avoir toujours lieu et d'être* constamment le même , parce que l'huile varie beaucoup dans ses propriétés, selon qu'elle est préparée depuis plus ou moins de temps, et selon sou degré de pureté. L'huile d'Améri([ue employée autrefois , proiluisait souvent des su» perpurgations ; celle que l'on met en usage maintenant et cpie nous pi éparons chez nous manque quelquefois son effet laxatif. M. Laugier, professeur de chimie , disait, il y a quelques années , à l'académie de médecine, qu'il avait vu l'usage de l'huile de ricin suivi d'éruption cutanée. Ce fait ne s'est pas présenté à notre observation.

Cinq ou six semences de ricin suffisent, lorsqu'on les mange, pour procurer quelquefois des vomisseinens el quelques garde-robes. On a cru pouvoir conclure I de ce fait que l'huile ne contenait pas toutes les propriétés purgatives de la graine.

On prescrit l'huile de ricin à la dose d'une demi-once à un enfant, tl'une i deux onces à un adulte ; on donne ces doses dans une lasse de bouillon de viande , de bouillon maigre, d'eau sucrée ou de lait, ou bien on les suspend avec une quantité suflisjnte de jaune d'œuf , ou un gros de gomme arabique par once il'huile , dans trois ou qualie onces d'un véhicule convenable. Ou peut ajouter à cette émulsion purgative une once de sirop approprié, et une certaine quantité d eau de menthe pour masquer la saveur désagréable de la potion.

L'huile de ricin esl d'un usage fréquent, parce qu'elle purge sans produire de trouble remarquable dans le canal digestif; elle convient aux enfans et aux \* sujets irritables. I

On s'en sert avec avantage à la suite des couches , dans quelques cas de péri- \ tonile , où l'on reconnaît l'indication il évacuer le canal intestinal. Corvisart l'unissait au sirop de nerprun et prescrivait ce mélange un peu épais , à la 6n des pleuropneuraouies ; il obtenait de celte médication de grands avantages qiiC nous avons souvent observés ilans le service de M. Husson, notre maîLre , et i que depuis nous avons iious-mérac fréquemment constatés. I

Ou emploie avec succès l'huile de ricin , comme antliciminlique , contre les \ lombrics. MM. Dunant et Odier prétendent qu'on peut également s'en servir I pour l'expulsion du tœiiia. M. Mciat n'est pas de cet avis ; il est certain que les ) faits n'ont que rareuKîut réj)ondii d'une manière aiïinnative à cette assertion. | Cependant employée conjointement avec la décoction de fougère mâle et l'élher, | l'huile de ricin a ciuelqucfois réussi au professeur Bourdier dans le traitement I de ce parasite dangereux.

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