‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource] (volume 2)Chapitre 242 sur 311 · SAFRAN · texte numérisé non relu

SAFRAN

'saignée.

oint de vue , son emploi dans le traitement de la gale , maladie où tant de emèdes divers ont été conseillés et dans lesquels les excitans locaux guérissent -peu-près constamment.

Quant aux maladies diverses contre lesquelles on avait voulu faire à la sabine ne sorte de réputation , on ne peut s'empêcher de remarquer, malgré l'auloité des noms qui se rattachi-nt à ces expériences , que rien ne démontre de aison bien réelle entre les guérisons obtenues et les propriétés constatées du lédicament , et que la révulsion donne une explication satisfaisante à ceux qui e veulent rien laisser sans l'expliquer. On aura peine à croire , en effet , que i Sabine soit spécifique contre la goutte, affection dont on cherche depuis si )ng-temps le spécilique , et pour laquelle on en compte un si grand nomre. Les mêmes probabilités existent à l'égard du rhumatisme , où , si uelques guérisons ont eu lieu , elles ont pu être le résultat de la purgaon , qui ne manque pas d'avoir lieu quand ce médicament est employé

dose suIRsante.

Il serait plus facile de comprendre son efficacité contre les fièvres intermitlenîs que contre les tumeurs de la matrice, ou l'ischurie des femmes en couches , laladies dont la nature et le siège sont mal déterminées : aussi les praticiens ;lairés s'accordent-ils à faire peu d'usage de la sabine, comme de tous les médiimens qui n'agissent pas d'une manière particulière et notable sur un organe 11 sur une maladie.

Cependant nous donnerons ici les indications relatives à son emploi médical, utre l'application extérieure de la poudre comme calhérétique , on peut don- 3r encore cette poudre à l'intérieur par prises de quatre à cinq grains, répétées lusieurs fois par jour, suivant l'efiet qu'on veut produire. Jl est à remarquer je la piaule sèche a plus d'ellicacité que la plante fraiche , et que , par conséiient , les doses doivent être mesurées sur cette indication. L'eau distillée , qui 3 manque pas de vertus, peut être prescrite d une once à deux ; enfin l'huile )latile, partie essentielle du médicament, serait donnée à la dose de quatre à s, ou dix gouttes dans une potion appropriée. L'extrait serait peu actif, l'évajralion taisant nécessairement disparaître l'huile essentielle. Quant à la prélution recommandée par quelques auteurs de faire bouillir la sabine dans du it, ou de l'associer à la gomme ou à des substances mucilagineuses, afin d'ajucir et de modérer son action , nous la regardons comme contraire aux idées ines en thérapeutique. En effet , on n'a pas besoin d'atténuer l'action d'un édicament , lorsqu'on l'administre à dose convenable et dans des circonstanis opportunes. (F. Ratieh).

SAFRAN. On désigne ainsi dans le commerce les stygmales qui terminent le ng pistil du crocus satcfus., plante que l'on cultive dans diverses parties de la rance, particulièrement aux environs d'Avignon et dans le Gatinais. Le safran jffre sous l'aspect de filamens déliés, et d'un rouge orangé très-prononcé j sa veur est aromatique, araère, et il a une odeur forte et spéciale. MM. Bouillon-Lagrange et Vogel ont trouvé dans le safran un principe coloint particulier qu'ils ont nonmmé polycroïle. C'est à ce principe surtout que !.s auteurs rapportent les propriétés médicinales du safran. Aucune expérimention n'a encore confirmé cette assertion.

Le safran n'est souvent employé aujourd'liui, que parce qu'il entre dans la cornjsition de plusieurs médicainens dont on fait un fréquent usage, comme le lauinum liquide de Sydenham, la thériaque , la confection d'hyacinthe , etc. ussi, n'a-t-on, en général , que peu d'occasions de constater les propriétés mécales attribuées par les anciens au safran.

La principale de ces propriétés consiste dans une action spécifique sur l'utéis, action qui se manifesterait par l'expulsion des règles et des lochies. Cette ropriété a pour elle une notoriété qu'on peut appeler populaire, car il arrive lus les jours que des femmes administrent le safran comme emménagogue sans insulter les gens de l'art. Auprès de ces derniers, il passe pour être tonique, icitant, aussi beaucoup d'auteurs recommandent-ils de ne le donner que lorsque ; matrice est dans un état d'atonie, car, disent-ils, on pourrait, sans cette préjulion exaspérer les irritations dont cette organe serait le siège. Quoi qu'il en )it, comme on peut croire, d'après la vieille réputation du safran qu'il a réeliment une action sur la matrice, il serait bon, pour s'en assurer, de le soumetre à de sérieuses expérimentations.

On lui attribue encore une action puissante sur le système nerveux. Donné à ne certaine dose, ce médicament détermine , dit-on, une sorte de sommeil , de :upéfaction ; il agit, dit Murray, comme l'opium et le vin réunis. Aussi l'a-t-on jnseillé dans l'hypochondrie, l'hystérie, les affections spasmodiques, la coqueiche , et même pour provoquer la gaîté , exciter le rire et chasser l'ennui. Ce ui paraît le moins contestable, relativement à l'influence du safran sur le sys- ;rae nerveux, c'est que des accidens plus ou moins graves ont été provoqués par ;s émanations de celte plante chez des oersonnes qui avaient respiré pendant uelque temps une atmosphère qui en était chargée. Au demeurant, ce qu'on a it du safran comme anti-spasmodique, anodin, nervin, est tellement vague et été avancé sur tant d'autres substances, que des expérimentations nouvelles, bien onduites et nombreuses, pourront seules dissiper les doutes qui entourent au- )urd'hui l'emploi de ce médicament.

Eu substance, on donne le safran depuis 12 jusqu'à 48 grains. Cette dose est -peu-près celle aussi que l'on fait infuser dans une pinte d'eau. On prépare un xtrait de safran que l'on donne de 4 à 12 grains. Sa teinture s'administre de 20

30 gouttes. Avertissons que ce médicament perd beaucoup de son activité par 1 dessiccation, et aussi que vu le peu d'usage que 1 on en fait maintenant, celui ue l'on trouve dans la plupart des officines est loin d'être nouveau.

A l'extérieur ce médicament est employé comme résolutif. On en préparé des

cataplasmes pour dissiper des engorgemens froids, et pour hâter la disparition des ecchymoses. On le fait entrer aussi dans certains collyres. Deux circonstances contrarient l'usage extérieur du safran : la première c'est qu'il donne à la peau une couleur jaune qui persiste pendant quelque temps malgré ce que l'on fait pour la dissiper. La seconde circonstance est le haut prix du safran qui ne coûte pas moins de cent francs la livre. (LÉop. Deslandes. )

SAGAPENUM. Gomme-résine qui a de l'analogie avec l'assa-fcetida, par son odeur, el qui vient de la Perse comme elle.

Le sagapenum est ordinairement en masse, et rarement en larmes; dans l'un et l'autre cas, il est mou , demi transparent , mêlé d'impuretés et des semences brisées d'une plante ombellilère. Il se distingue du galbanum en masse , auquel il ressemble beaucoup , parce qu'il est plus brun , et par son odeur alliacée; d'un autre côté , il diffère de l'assa-fœtida par cette odeur plus faible, et parce qu'il ne se colore pas en rouge violet par le contact de l'air et de la lumière. H est plus résineux que gommeux et plus soliible dans l'alcool que dans l'eau ; il fournit une huile volatile fétide à la distillation ; il entre dans la composition de la thériaque et de l'emplâtre diachylon gommé.

On est encore incertain de la plante qui produit le sagapenum. Il est probable seulement qu'il provient du ferula persi a W. ; en effet , les semences de cette plante ont été reçues par plusieurs botanistes comme étant celles de l'assafœtida, et le f'crula persica cultivé au Jardin- du-Roi provient de semences envoyées de Perse , par Michaux, sous le nom A'assa-fœtida. Or, comme ce n'est pas cette plante qui produit le véritable assa-fœtida , il faut au moins qu'elle donne une gomme résine analogue, et nous n'eu connaissons pas d'autre que le sagapenum. ( Guibourt.)

SAGOU. f^oj-ez Aliment.

SAIGiNEE. Ce mot, en médecine, a plusieurs acceptions : tantôt on l'emploie pour désigner l'opération qui consiste à ouvrir un vaisseau sanguin pour don' ner issue ii une certaine quantité de sang, tantôt il sert à indiquer la quantité de sang obtenue , dans un but thérapeutique , soit par l'opération , soit par tout autre moyen artificiel. Voyons d'abord comment on pratique l'opération; nous examinerons dans un autre article la saignée sous le rapport thérapeutique.

GÉNÉnALiïÉs. 'L'opération de la saignée remonte aux temps les plus reculés. C'est elle que l'on pratique lorsque l'on veut mettre en usage la saignée générale ; elle consiste donc à ouvrir des veines et des artères. On l'appelle dans le premier cas phlébolomie , et dans le second arlériotomie.

Cette opération , à laquelle on attache ordinairement trop peu d'importance , présente cependant d'assez nombreuses difficultés. Les cas multipliés qui la réclament et l'urgence dont elle est dans certaines circonstances , rendent sa connaissance parfaite indispensable à tous les médecins. Il serait même à désirer que toutes les personnes instruites sussent au besoin la pratiquer, en l'absence d'un médecin. Il n'y a pas long-temps, qu'en donnant une preuve de ses connaissances nonibreusss et variées , notre souverain saigna lui-même un de ses domestiques très-grièvement blessé , et lui conserva la vie , en employant à temps un moyen de salut qui plus tard eût peut-être été sans efficacité.

Pour faire une saignée, il est nécessaire de bien connaître les vaisseaux sur lesquels on opère, afin de ne point commettre d'erreur dangereuse; il faut être muni d'une lancette, instrument qui sert il pratiquer l'opération, d'une bande pour retenir le sang dans le vaisseau que l'on devra ouvrir, et que l'on place à cet effet entre le cœur et le point de la veine où l'incision sera faite. On a encore besoin d'une cuvt;tte pour recevoir le sang. On s'est pendant longtemps servi d'un vase particulier fait en étain, et à-peu-près de la forme d'une soucoupe. On l'appelait palette ; il contenait quatre onces de sang. On reçoit maintenant le sang dans une cuvette ou dans plusieurs soucoupes, et l'on apprécie sa quantité par le nombre d'onces que l'on retire. Un bain de pied , chaud, est nécessaire pour la saignée de la saj)hène , quelquefois même pour celle des veines du bras ; il faut enfin de l'eau pour laver la partie opérée , une bande et des compresses pour le pansement, du vinaigre ou quelque eau spiritueuse pour exciter l'organe olfactif, si le malade éprouvait une syncope.

On doit commencer par rassurer le malaile sur l'opération et ses résultats, le placer ensuite dans une position commode , le laisser couché, plutôt que de le tenir assis, et surtout debout, dans la crainte qu'il n'ait trop promptement une lipothymie. On choisit la veine que l'on doit ouvrir, on place la bande, puis on ouvre la lancette de manièi e que la châsse forme avec la lame un angle un peu obtus, on la tient par le talon, entre le pouce et le doigt indicateur , on fléchit ces deux doigts , et l'on pose les autres sur la partie pour donner de la fixité à la main; on enfonce la lancette dans le vaisseau, puis on agrandit l'ouverture en retirant l'instrument, et en relevant son tranchant par un léger mouvement de bascule, dont la pointe de la lancette est le centre. Le premier temps de l'opération s'appelle ponction , et le second élévation.

Il faut éviter, avant de pratiquer l'incision, de tendre irrégulièrement la peau sur le vaisseau, de peur que l'incision faite, il n'existe plus de parallélisme entre l'ouverture du vaisseau et celle des tégumens; il faut avoir soin que la pointe de la lancette attaque directement le vaisseau ,et ne passe pas audessus ou au-dessous de lui. C'est surtout quand il est profond qu'il faut faire attention à ce précepte , afin de ne pas manquer de l'ouvrir. On peut ouvrir les vaisseaux en long, en travers , ou obliquement. On donne ce dernier sens à l'incision des vaisseaux moyens ; on ouvre en travers les petits vaisseaux ; l'incision longitudinale n'est point usitée. On doit, en général , préférer les incisions grandes aux petites. L'incision faite , le sang s'échappe ; on en recueille la quantité convenable, puis on ôte la ligature , ou nettoie les par-

SAIGNÉE

SÀIGKÉE.

ties que le sang a tachées , on applique la compresse et la bande , puis on replace le malade dans une position convenable.

Phlébotomie. On pourrait inciser la plupart des veines pour en tirer du sang. Les anciens en ouvraient un très grand nombre : mais maintenant ou se borue seulement aux. veines du bras , à celles du pied et du cou.

Saignée du bras. On pratique celte saignée à l'une des quatre veines du pli du bras. Ces veines présentent beaucoup de variétés ; pour leurs divisions , leur volume ou la profondeur à laquelle on les trouve. M. Boyer ( Traité des maladies chirurgicales , tom. xi ) conseille d'ouvrir de préférence la veine raédiane-céphaliqiie , parce que de toutes les parties qui l'avoisinent , le nerf musculo-cutané est la seule dont la lésion puisse donner lieu à des accidens , et qu'il est facile d'éviter de blesser ce nerf , en n'enfonçant pas la lancette trop profondément. On ne doit ouvrir la veine médiane-basilique que quand les autres vaisseaux ne sont pas assez appareus pour donner aisément , après avoir été incisés, la quantité de sang nécessaire. Lorsqu'on est forcé de pratiquer la saignée sur cette veine, on doit s'assurer avec exactitude de ses lapports avec l'artère brachiale , marquer avec l'ongle ou tout autrement le point de contact ou de croisement , afin d'ouvrir la veine au-dessus ou au-des. sous. Si, n'en trouvant pas d'autre, l'on était dans la nécessité de faire l'incision sur ce point , il faudrait bien fixer le bras du malade , se servir d'une lancette à grain d'orge , la diriger presque horizontalement , et faire avec précaution une incision large, mais aussi peu profonde que possible. Si l'on n'avait pas l'habitude de saigner , il vaudrait mieux dans cette circonstance ouvrir la veine du dos de la main ou de l'avaut-bras , qui présenterait le plus de volume. On est alors souvent dans la nécessité de plonger l'avant-bras dans un bain cliaud , comme pour la saignée du pied.

Avant de pratiquer la saignée du bras , il faut avoir bien soin de dégager cette partie de toute cause de constriction qui pourrait gêner pendant et après l'opération; il faut donc ôter ou desserrer les manches que porte.le malade, éviter de saigner le bras où l'on trouvera un vésicaloire ou un cautère , dans la crainte que les pièces de pansement de ces exécutoires ne fassent continuer l'écoulement du sang , au moment où l'on voudrait l'arrêter pour appliquer la compresse sur la petite plaie. Si l'on était obligé de faire la saignée au bras embarrassé de ces liens, on prendrait la précaution de relâcher le plus possible la bande ou le serre bras.

Ces précautions prises, et le bras découvert, on s'assure de la position des vaisseaux ; on applique le centre de la ligature sur les bras , à trois ou quatre travers de doigt au-dessus du pli du coude ; on lait croiser les deux chefs derrière le bras, ayant l'attention de ne pas pincer la peau ; et dans un second tour de circulaire, on vient faire à la partie externe du bras , une boucle dont l'anse doit être relevée, les bouts pendans , et disposés de manière que l'on puisse resserrer ou relâcher aisément la ligature. Cette ligature doit être suffisamment serrée pour arrêter le sang dans les veines placées au-dessous d'elle , mais la constriction doit être assez faible pour permettre au sang artériel de passer , et d'arriver aisément dans les veines. La ligature est bien posée lorsque l'on voit les veines se gonfler, et que l'on sent en même temps les battemens de l'artère radiale. Le chirurgien placé du côté droit du malade, s'il doit ouvrir une veine du bras droit, fixe dans son aisselle gauche la main droite du malade, en même temps qu'il saisit avec sa main gauche le coude du bras sur lequel il opère. Alors, il explore de nouveau la position de la veine qu'il veut ouvrir, marque avec l'ongle ou fixe bien de l'œil le point qu'il doit inciser, prend sa lancette de la main droite, et pratique l'incision en suivant les règles que nous avons précédemment indiquées ; le sang s'échappe aussitôt. Le chirurgien se servirait de la main gauche pour faire l'incision , s'il pratiquait la saignée sur le bras gauche.

Pendant la saignée, il faut avoir soin de maintenir le parallélisme des ouvertures de la veine et de la peau; il faut veiller à ce que la constriction de la ligature soit dans des bornes convenables, et exciter les contractions musculaires de l'avant bras , en disant au malade de rouler dans sa main un corps quelconque, un étui par exemple. Ces mouvemens ont pour résultat de faire passer le sang des veines profondes dans les veines superficielles, et par conséquent d'augmenter la masse de celui qui doit s'écouler.

La saignée faite , on ôte la ligature , le sang s'arrête , on procède au pansement pour lequel on employait une bande déroulée. Une bande roulée nous semble au moins aussi commode pour faire le bandage en huit de chiffre qui maintient la petite compresse sur l'ouverture de la veine.

On ne doit faire l'incision de la veine que quand on voit, ou au moins que quand avec des doigts exercés on sent distinctement le vaisseau. Lorsqu'il existe déjà plusieurs cicatrices , on doit inciser au-dessous; quand la veine est posée directement sur le tendon du muscle biceps , il faut placer l'avant-bras en pronation, le tendon qui s'attache à la partie interne et po.stérieure de la tubérosité bicipilale du radius s'enfonce, et ne peut être atteint; enfin , nous le répétons , si la veine était placée au-dessus de l'artère, il faudrait , en prati((uant l'incision, faire la ponction presque horizontalement, la commencer sur un bord de la veine, faire suivre la pointe de l'instrument presque jusqu'à l'autre bord, en terminant l'incision par un temps iVéléi^ation peu marque.

Ou conseille d'oindre d'un corps gras les bords de la plaie lorsqu'on veut renouveler la saignée six ou douze heures après sans recourir à une nouvelle incision. Ce procédé est bon. Pour renouveler ensuite la saignée , on place la ligature dans le lieu ordinaire, et quand les veines sont gonflées, on fait remonter avec force et vitesse la colonne de sang vers l'incision. Celle-ci se rouvre et le sang s'en échappe. Si le sang avait de la peine à sortir, il vaudrait mieux,

plutôt que de fatiguer le vaisseau par des tentatives réitérées, inciser une autre < veine soit au bras déjà saigné , soit à l'autre.

yiccidens qui peuvent suivre la saignée du bras. On distingue ces accidens en' : légers et en graves. Les premiers méritent à peine ce nom , c'est la saignée i blanche , le trombus, l'ecchymose et la syncope ; les seconds sont la blessure! | de l'artère et l'inflammation.

On fait une saignée blanche lorsque après l'incision de la peau le sang ne ^ coule pas. Cela dépend de ce que la veine n'est pas ouverte , soit parce que la \ lancette n'a pas été enfoncée assez profondément, ou que le malade a retiré son hvas ; soit parce que la pointe de l'instrument , placée sur la peau en dehors de | l'axe du vaisseau , a passé sur celui-ci sans l'atteindre, soit parce qu'étant rou- j tant, comme on le dit, et n'ayant pas été suffisamment fixé , le vaisseau a ^ échappé à la pointe et au tranchant de l'instrument. Il arrive quelquefois que j la veine convenablement incisée, le sang ne coule pas. La saignée blanche , { dans ce cas , tient à ce qu'une impression morale profonde arrête ou diminue , momentanément l'énergie ordinaire de la circulation, ou à ce que la ligature • étant trop serrée, l'artère brachiale est comprimée et ne laisse pas arriver le sang dans les veines. C'est au chirurgien à reconnaître laquelle de ces causes existe. Si le sang ne coule point parce que la veine n'a pas été atteinte par l'instrument, on profitera de l'incision de la peau pour pénétrer avec la pointe, de la lancette jusqu'à la veine; et s'il y avait du danger ou trop de difliculté pour ouvrir ce vaisseau , on aurait recours à ceux de l'autre bras , ou à ceux du poignet. Si le sang ne coule pas à cause de l'émotion du malade, on calmera , celui-ci et on attendra ; si enfin la saignée blanche dépend d'une constriction trop forte de la ligature , on la desserrera. j

Le trombus est une petite tumeur circonscrite et sous-cutanée formée par du j | sang épanché aux environs de l'ouverture de la veine. Il dépend tantôt de ce ^ , que l'ouverture de la peau n'est pas assez grande ou n'est pas parallèle à celle , . de la veine, tantôt de ce qu'un flocon de tissu cellulaire graisseux se place en-| ; tre les lèvres de l'incision de la peau. On l'attribue aussi à la piqûre de part en , part de la veine. On remédie au trombus ou en agrandissant l'ouverture de la^ ' peau, ou, lorsque l'incision est assez grande , en appliquant le pouce sur la , petite tumeur, et en exerçint sur elle une douce pression avec le doigt que I'oUmI^ agite d'un léger mouvement circulaire , de manière à disséminer: le sang épan-ï ché et à en déterminer la résorption. Enfin on facilite celle ci par l'applicationil, de compresses imbibées d'eau salée. On pourrait couper avec des ciseaux le petitff flocon de tissu cellulaire , qui serait la cause du trombus. , \

h'ecchj-mose ou l'infiltration sanguine du tissu cellulaire a lieu quand les ou-» i^J vertures de la peau et de la veine étant suffisamment grandes , elles ne se trou*' | vent pas tout-à-fait parallèles l'une à l'autre. Elle survient encore lorsque !«!<'' pansement que l'on fait après la saignée est trop serré ou que les compresse» T qui le forment sont dures ou inégales. Cette ecchymose se dissipe aisément à IT l'aide d'applications résolutives. ]"

La syncope deviendrait un accident grave si elle se prolongeait long-temp»,»]''! On l'évite le plus souvent en faisant coucher le malade pendant la saignée; ou U y remédie en suspendant l'écoulement du sang, en plaçant le malade dans unî j* position complètement horizontale, de manière à faciliter l'arrivée du sang au.' ' cerveau, en aspergeant le visage de quelques gouttes d'eau froide que l'on y ' jl projette avec les doigts préalablement trempés dans ce liquide; en plaçant sous ' ' le nez un flacon de sels , du vinaigre ou des alcoolats aromatiques ; eu faisant 1 des frictions sur la région précordiale, et enfin en appliquant quelque rubéfiant i * sur la peau. On ne devra insister, pour continuer la saignée après la syncope, | ' que dans le cas où le malade aurait d'abord perdu trop peu de sang, et que, son ») ' pouls reprenant de la consistance, il se sentira mieux disposé à supporter la I S perte d'une nouvelle quantité de sang. Le plus souvent la syncope n'est qu'u^ rj ( effet utile de la saignée. (Voyez ce que nous en disons pag. 426.) , n

C'est surtout eu ouvrant la veine médiane basilique que l'on s'expose à blesser •( j l'artère brachiale, parce que ce vaisseau passe souvent au-dessous d'elle. 11 faut I donc éviter de pratiquer la saignée dans ce point, ou bien avoir le soin de faire i ; l'incision au-dessus ou au-dessous de l'entrecroisement des deux vaisseaux. Il i ■ vaut mieux ouvrir une autre veine , si l'on n'a pas une grande habitude de \ : saigner. ouverture de Vartère est donc ordinairement une suite ou de mala- i : dresse, onde manque d'attention. On soupçonne ce grave accident au jet de ] sang rutilant qui s'échappe en saccades isochrones au pouls. Ce second caractère . ■ est essentiel à indiquer, car souvent le sang veineux a la couleur rutilante du , ■ sang artériel , mais il ne s'écoule jamais avec un mouvement saccadé aussi mar- j ■ qué. On reconnaît enfin que le sang est fourni par l'artère à l'aide de la com- ^\ pression : si en compi iinant au-dessous de l'incision le sang s'arrête, c'est quil | i vient de la veine ; s'il continue de s'échapper en arcades saccadées et avec | d'autant plus de force que la compression sera plus considérable, c'est qu'il est fourni par l'artère. Ce sera un nouveau signe qu'il vient de ce vaisseau, s'il H cesse immédiatement de couler lorsqu'on établira la compression au-dessus de j • l'incision ou sur le trajet de l'artère brachiale. I

Lorsqu'un pareil accident arrive, il faut en éviter la connaissance au malade i du moins jusqu'à ce qu'on ait pu y remédier. On laisse couler autant de sang i i qu'on aurait désiré en obtenir, puis on s'occupe d'établir une compression , ] sufljsanle ou de faire la ligature de l'artère pour arrêter l'hémonhagie, empêcher j ' l'infiltration du sang, etc. On doit d'abord tenter le premier moyen : on y par- | vient en plaçant sur la plaie un tampon de papier bi ouillai d, mâché et exprime, ^ i de la giosseur tl'une noisette , ou bien un morceau d'agaric ou tout autre corps j j analogue; on applique par dessus une compresse de la largeur d'un ongle, et | i sur cette compresse d'autres compresses graduées, disposées en pyramides et , i

SAIGNEE.

SAIGNÉE

ssez saillantes pour établir, avec des tours de bande convenablement disposés, me pression qui empêche le sang de s'échapper à travers la blessure de l'artère. )n ajoute à cet app.treil local une compression convenable de l'artère sur l'hunérus lui-même, et ces moyens suffisent quelquefois pour déterminer la cicarisalion du vaisseau. Pour favoriser leurs effets, on pratique une ou plusieurs aignées afin de diminuer l'énergie de la diastole artérielle ; on place le bras ans une position commode, et on recommande le repos, la dicte, et quelques loissons rafraîchissantes. Quelquefois il s'établit une cicatrice entre les lèvres e la plaie de l'artère et celles de la veine, et il se forme ce que l'on appelle un névrysme variqueux. Mais, dans le plus grand nombre de cas, malgré l'emloi des moyens que nous avons indiqués, le sang continue à couler, il s'in- Itre dans le tissu cellulaire des parties environnantes, la ligature de l'artère evient indispensable ( f^ojrez l'article Anévrtsme du professeur Bégin). V inflammation qui suit la saignée est quelquefois bornée aux lèvres de la laie et présente peu d'importance. Il faut cependant s'en occuper avec soin, e peur qu'elle ne s'étende. Le repos du bras, des cataplasmes et un régime jnvenable suffisent pour arrêter et guérir cet accident. Quelquefois des abcès lus ou moins étendus l'accompagnent sans entraîner de suite fâcheuse, à loins qu'il ne soient entretenus ou ne se prolongent par la lésion d'un filet srveux , ou parce que l'inflammation s'étendrait au-dessous de l'aponévrose du uscle biceps. Cesaccidens , qui peuvent occasioner des suites dangereuses réament l'emploi d'un traitement anti-phlogistique local et général , énergique, in d'éviter l'extension de l'inflammation , le développement d'un érysipèle lilegnioneux grave, et la formation d'abcès nombreux et profonds, qui souvent ettent ou le bras, ou la vie du malade dans un grand danger. L'inflammation ne se borne pas toujours ainsi au tissu cellulaire , elle envahit lelquefois la veine ouverte , ainsi que Hunter l'a observé l'un des premiers , et oduit cette maladie si souvent funeste, appelée phlébite par M. Breschet ; madie dont le traitement est si rarement efficace contre laquelle M. Sanson a pployé plusieurs fois avec avantage l'émétique à haute dose , et que nous »ns une fois, sur deux ou trois cas , combattue heureusement par l'usage de cide anlimonique , à la dose de deux à ti ois gros par jour. (Voyez l'article LÉBiTE de M. Cruveilhier. )

Saignée du pied. On donne ce nom à la saignée que l'on pratique sur les ines saphènes externe ou interne , à la hauteur des malléoles ou au-dessous. ^ ouvre le plus souvent la saphène interne, qui est plus grosse que l'externe que l'on trouve au-devant de la malléole interne; lorsque le tronc est trop pfond, oniincise celui de ses rameaux qui est le plus apparent sur le pied. L'appareil se compose d'une bande pour faire la ligature, un bain de pied nud , une lancette un peu forte, nne palette ou un vase analogue, pour s'en vir au besoin, une bande roulée longue de deux aunes et une compresse |ur faire le pansement, enfin un drap destiné à protéger le genou du chiirgien.

I [je malade étant assis sur son lit, le chirurgien place une ligature à chacune (! jambes, quatre à cinq travers de doigt au-dessus des malléoles; il fait jinger ces parties dans le bain ; les veines se gonflent ; il choisit celle qui pré-

IUte le plus de volume et le plus de facilité pour pratiquer l'incision , et délirasse l'autre jambe de la ligature. Le chirurgien place ensuite sur son lou, couvert d'un drap épais, le pied sur lequel il va pratiquer l'opération; is prenant par son talon la lancette ouverte et placée dans sa bouche comme iir la saignée du bras, il pique le vaisseau en suivant le même procédé, *nt soin toutefois de faire une incision grande et transversale. |si le sang s'élance en jet, on le reçoit dans la palette ou le vase analogue SB nous avons indiqué dans la composition de l'appareil , et que l'on place à Ipr de l'eau , sans faire sortir entièrement le pied du bain. L'on peut de cette (jnière apprécier facilement les qualités du sang évacué. Si le sang s'écoule EÎ bavant, comme on le dit, on replonge le pied dans l'eau pour obtenir une sgnée plus abondante. On voit, en effet, bientôt le jet s'activer et reprendre 13 plus grande énergie. On juge de la quantité de sang sortie par la couleur 1 ige plus ou moins foncée du bain de pied et la quantité de coagulum qui s'y (. 30se.

llalgré toutes ces précautions , il arrive souvent que le sang , après avoir Cjilé d'abord très-bien, s'arrête tout-à-coup : on l'observe chez les personnes fisses, ou lorsque le vaisseau est trop petit, trop profondément placé, ou tjun caillot de sang s'est formé entre les lèvres de la plaie ; dans quelques c aussi les tégumens semblent s'infiltrer d'eau et se gonfler, de sorte que l'ouvtiire que l'on y a pratiquée se trouve trop éloignée de celle de la veine ou tp resserrée. Il faut dégager la plaie des caillots qui peuvent l'obstruer, prier 1 malade de mouvoir ses orteils , faire de.; frictions du gros orteil vers l'ouverte de la saphène interne, si c'est elle qui est incisée, exercer même une pressjo assez forte pour faciliter la sortie du sang et rétablir son passage , et , dans t s les cas , avoir soin que la température du bain de pied soit toujours suffis|iment élevée. Il arrive souvent , malgré toutes ces précautions, que l'on iibtient pas autant de sang qu'on l'aurait désiré.

Les accidens qui suivent la saignée du pied sont beaucoup moins nombreux ffe pour la précédente , puisqu'ici il n'y a point d'artère que l'on puisse ïisser.

^aignée du cou ou de la veine jugulaire. Alexandre de Tralles , qui vivait « sixième siècle , paraît être l'inventeur de cette opération , que Paul d'Egine ptiqua après lui, et que d'autres médecins , parmi lesquels il faut citer Bart)lin et Tralles, de Breslau , ont plus particulièrement recommandée. La

DiCT. DE MÉDECIHE ET DE CniRrRCIE PRATIQUES.

veine jugulaire externe , placée sur chacun des côtés du cou, est assez superficielle , quoique recouverte par le muscle peaucier, pour être incisée facilement. On se sert pour cette opération des pièces d'appareils analogues à celles que l'on emploie pour la saignée du bras; il faut y joindre une carte destinée ii diriger le sang dans le vase qui doit le recevoir. Voici comment on la pratique.

Le malade est assis sur son lit ou dans un fauteuil ; on lui couvre l'épaule et la poitrine avec une serviette chaude. On applique, auprès de la clavicule, sur le trajet de la veine que l'on veut ouvrir, une compresse carrée et épaisse; on pose ensuite le milieu d'une bande sur cette compresse, et l'on dirige ces chefs vers l'aisselle opposée, où on les noue fortement; de cette manière on comprime le seul vaisseau qu'il faut ouvrir. Valsalva et d'autres médecins conseillent de se servir du doigt d'un aide au lieu de bande pour assurer la compression. Ces deux procédés sont préférables à la ligature circulaire que l'on plaçait au cou , et qui avait l'inconvénient de comprimer les deux jugulaires et d'occasioner une stase pi olongée dans le système veineux placé au-dessus de la bande.

La ligature placée, et la veine gotifl'e , on applique le pouce delà main gauche sur le point de compression, et le doigt indicateur au-dessus, pour tendre légèrement les tégumens, puis, avec une lancette un peu large, tenue de la main droite, on incise le vaisseau presque transversalement d'arrière eu avant et un peu de haut en bas, dans un sens opposé à la direction des fibres du muscle peaucier. On recommande au malade de mâcher quelque chose, afin de faciliter l'écoulement du sang, et l'on se sert d'une carte pliée en forme de gouttière pour diriger celui-ci dans un vase. Lorsqu'on a obtenu la quantité de sang nécessaire, ou lorsque la saignée cesse de couler, on ôte la ligature, on place une compresse sur l'incision , et on assujétit ce pansement à l'aide d'un bandage circulaire peu serré. Si l'écoulement du sang persistait , on couvrirait la plaie de taffetas d'Angleterre ou de diachylum gommé , que l'on maintiendrait avec un bandage circulaire; s'il devenait nécessaire d'augmenter la compression , on placerait entre la bande circulaire et la peau un jet de bande tombant au-devant du sternum , et l'on exercerait ensuite une traction suffisante sur cette dernière afin d'empêcher la compression du larynx. Pour éviter l'hémorrhagie veineuse, Tralles de Breslau conseillait de faire tourner le menton vers l'épaule droite, quand on incisait la veine jugulaire gauche , et de maintenir les parties dans cette position pendant l'écoulement du sang. Lorsque la saignée était terminée, il voulait que l'on ramenât le menton dans sa direction ordinaire. De cette manière, on détruisait le parallélisme de l'ouverture de la veine et des tégumens , et l'on empêchait le sang de s'écouler.

La saignée du cou est rarement suivie d'accidens, mais elle est souvent incommode pour le malade; il s'en faut qu'elle fournisse toujours la quantité de sang que l'on désire.

Artériotomie. Saignée dans laquelle on extrait le sang directement des troncs artériels plus ou moins volumineux.

L'artériotomie , sous le rapport de son emploi thérapeutique , a été sujette à de fréquentes vicissitudes; elle paraît avoir été en grand honneur chez les anciens , Antyllus la recommande dans les affections graves de la tête , et donne le conseil remarquable de couper complètement l'artère en travers pour éviter l'hémorrhagie consécutive. Toutefois , on doit avouer qu'il règne dans la science de l'incertitude sur la question de savoir si c'était bien réellement l'ouverture des artères que conseillaient et que pratiquaient les anciens médecins ; car, avant Praxagoras , on confondait généralement ces vaisseaux avec les veines sous la même dénomination. Aujourd'hui l'artériotomie est peut-être trop généralement abandonnée par les médecins.

Ce n'est guère que sur l'art'ere temporale que l'on conseille de pratiquer l'artériotomie , non que d'autres vaisseaux du même genre ne puissent aussi bien que celui-ci être atteints par l'instrument tranchant, mais parce que , placé plus que les autres sur un plan osseux solide , il permet plus facilement une compression suffisante pour arrêter l'écoulement du sang après l'opération.

0 Mais qu'on ne s'y trompe pas, écrivait M. Blandin dans un article inédit sur l'artériotomie et auquel nous avons en grande partie emprunté celui-ci , il est loin d'être aussi facile qu'on se l'imagine au premier abord, d'obtenir de l'artériotomie une grande quantité de sang ; souvent ce fluide coule , eu commençant , par un jet assez rapide , mais bientôt il ne sort plus qu'en bavant, et s'arrête tout-à-fait au bout d'un temps assez court. Les causes de ces phénomènes sont faciles à indiquer, on les trouve : 1° dans la grande rétractilité des bouts de l'artère divisée; 2° dans le sang qui , à la faveur de la rétraction de l'artère, s'épanche dans la gaîne de celle-ci, la comprime et l'oblitèie; 3° enfin dans la plasticité extrême du sang artériel. »

Les instrumens nécessaires pour cette opération sont peu nombreux, un bistouri ou une lancette ; le premier est plus convenable.

On doit également préparer , en outre : un vase pour recevoir le sang , un morceau de carton pour faire une gouttière propre à y diriger ce fluide et l'empêcher de couler sur la face et de souiller les cheveux, des compresses disposées en pyramide, une bande pour maintenir l'appareil nécessaire après l'opération , enfin , du vinaigre , des éponges , de l'eau tiède.

Le manuel de l'artériotomie est fort simple : le malade sera couché horizontalement, la tête appuyée sur un oreiller du côté opposé à celui sur lequel on devra opérer , et les cheveux seront rasés sur le trajet de l'artère temporale, au-devant du pavillon de l'oreille; alors le chirurgien décide le lieu sur lequel il veut agir , le tronc même de l'artère temporale est le vaisseau qu'il convient d'ouvrir; cependant, plusieurs fois , on a incisé avec succès, soit la branche frontale, soit la branche occipitale de cette artère. Dans tous les cas, on doit se

SAIGNÉE

SAIGNÉE

rappeler : 1° que ces vaisseaux sont couverts à-Ia-fois par la peau, par un tissu cellulo-graisseiis et par une mince aponévrose qui se continue avec des couches analogues de la région sincipitale, couches dans lesquelles rampent les branches temporales des nerfs facial et maxillaire inférieur; 2° que le tronc de l'artère temporale se divise dans la tempe à environ quinze lignes au-dessus de l'arcade zygomatiqiie, et qu'il est placé à quatre lignes en avant du conduit auriculaire ; 3° que sa branche frontale s'incline en avant à partir de son origine , tandis que sa jjranche occipitale suit une marche opposée.

Cependant le chirurgien, placé en dehors du malade, a déterminé delà jnain gauche le point où il doit ouvrir le vaisseau; il tient le bistouri de la main droite , comme pour inciser de dehors en dedans , et plonge obliquement la pointe à quatre lignes au-dessus de l'arcade zygomatique , et trois lignes en avant ou en arrière de l artère , il attire l'instrument parallèlement à l'arcade zygomatique , et termine son incision en relevant l'instrument, à trois lignes en arrière ou en avant du vaisseau. Du premier coup, la peau, le tissu cellulograisseux sous-culanc, l'aponévrose superficielle quelques nerfs cutanés, l'artère temporale et sa veine satellite , ont été divisés , et l'opéi-alion est achevée ; on laisse écouler une quantité suffisante de sang; en ne perdant pas de vue qu'à volume égal de ce fluide extrait , l'artériotomie est plus débilitante que la phlébotoraie. Mais, nous le répétons, on obtient souvent difficilement par cette opération une évacuation abondante. Plusieurs fois nous l'avons pratiquée nousméme ou fait pratiquer , et plusieurs fois nous avons pu reconnaitre la vérité de cette assertion dont M. £landin et plusieurs autres chirurgiens ont constaté Texaclitude.

Lorsque le sang a cessé de couler, soit que l'hémorrhagie ait été spontanément arrêtée, soit que ce résultat ait suivi la volonté de l'opérateur, on s'occupe du pansement : la plaie est rapprochée, une pyramide de compresses est appliquée par-dessus , de manière à ce que sa base soit extérieure ; puis , à l'aide de la bande que l'on a fait rouler à deux globes , on pratique le bandage appelé nœud iVeniballeur ; pour cela, le plein de la bande est placé sur la base de la pyramide de compresses; on mène les deux chefs sur la tempe opposée, on les croise horizontalement, on les ramène sur les compresses ; alors on les change de main , et en les croisant encore , mais de manière à ramener vers le sommet de la tête le chef inférieur, et à porter le supérieur sous le menton; après quoi , on les passe perpendiculairement sur la tempe saine , et on les ramène sur les compresses; là , on fait un croisé semblable au premier, et de manière à ramener les deux chefs de la bande autour de la tête ; enfin, on continue de la sorte jusqu'à ce que la bande soit épuisée. Ce bandage est trèssolide , et peut servir à exercer sur l'artère divisée une pression forte, trop forte même quelquefois. Un simple bandage circulaire peut suffire dans le plus grand nombre des cas.

On pourrait, pour éviter la compression des différons vaisseaux du crâne , faire isolément la compression de l'artère ouverte à l'aide d'une sorte de demicercle en métal élastique qui fermerait l'ouverture du vaisseau , à l'aide d'une jielotte disposée à cet effet , et prendrait son point d'appui par son autre extrémité , que l'on placerait sur la région opposée à celle de l'artère ouverte.

Au bout de huit à dix jours, la plaie est cicatrisée; mais après cette opération , il peut survenir un anévrysme faux consécutif. ( f^oj. le mémoire publié sur ce sujet, par M. De^ruelles , Mémoires de la société médicale d'émulation y tom. IX , pag. 277.) M. Blandin a vu chez un malade, se développer de vives douleurs qui s'irradiaient vers le sommet de la tempe et suivaient le trajet du nerf temporal superficiel du maxillaire inférieur ; on évite cet accident , rare au reste , en prolongeant un peu les angles de la petite incision , et en coupant bien entièrement le filet nerveux que nous venons d'indiquer.

Saignées localbs. li'incision des veinules que l'on ouvre pour pratiquer la saignée locale , ne présente pas, loisqu'on l'exécute, de règles assez constantes pour que nous les indiquions. On trouvera au mot sangsues , le mode d'application de ces vers , et aux mots ventouses et scahifications , les procédés usités pour servir de ce-s difTérens moyens. ( Martin Solon.)

SAIGNEE. Tliérapeulique. On emploie le mot saignée pour désigner les émissions sanguines obtenues par les moyens artificiels.

Chap. I. Quelques généralités. La saignée est un des moyens les plus efficaces de la thérapeutique , et l'un de ceux que l'art possède depuis le plus de temps. Il importe peu d'en rechercher l'origine , et d'exposer les dispules dont il a quelquefois été l'objet dans l'antiquité et à des époques plus rapprochées de nous. Quoique toujours sorti vainqueur de ces controverses, ce moyen ne laisse pas d'être de temps en temps le sujet des opinions les plus opposées. Ainsi, vers la fin du siècle dernier , de Malon déclara la saignée toujours pernicieuse et souvent mortelle dans un ouvrage fort peu connu , fort peu digne de l'être , et qui a pour litre : Le conservateur du sang humain. Bosquillon , médecin fort .éclairé, employa, au contraire, les émissions sanguines avec tant d'opiniâtreté , qu'ironiquement on ne disait plus que bosquillonner au lieu de saigner. Cependant ceux qui ont suivi sa pratique , à l'hôtel-Dieu , assurent qu'il avait autant de succès que ses collègues, et que l'on était tout étonné de voir quelques malades atteints de prétendues fièvres putrides ou adynamiques, guérir sous l'influence de nombreuses saignées que les autres médecins proscrivaient dans fous ces cas.

De nos jours nous avons vu l'application des sangsues remplacer presque exclusivement l'usage de la phlébotomie. Cette substitution tenait sans doute à l'infl uence de la doctrine physiologique qui s'occupait exclusivement de la localisation des maladies, mais elle eut probablement aussi pour cause la commodité que l'on trouvait à ne pas se servir de la lancette , et l'absurde vanité

de ceux qui croyaient compromettre leur dignité en s'en servant. L'abus des sangsues n'a pas manqué de faire reconnaître l'insuffisance de la saignée locale , et de ramener beaucoup de médecins à l'usage de la saignée générale qu'ils ne doivent point dédaigner de pratiquer. Nous chercherons à démontrer , dans le cours de cet article , que c'est en combinant avec sagesse ces deux moyens que l'on obtiendra de la saignée les avantages incontestables qu'elle présente , et qu'il est diflicile de ne pas reconnaître , ainsi que l'on fait avant nous Hippocrate , Celse, Galien, Arétée , Sydenham , Baillou , et tant d'autres médecins! dont on s'empressera toujours de suivre les préceptes^

Des différens modes d'émissions sanguines. On retire du sang des diverses parties de l'appareil circulatoire, des artères, du système capillaire et des veines. Nous ne suivrons pas cet ordre physiologique dans l'étude de la saignée ,^ nous nous occuperons d'abord des émissions sanguines fournies par les vais seaux artériels et veineux et qui constituent la 5a/^'«ee gre'/iera/e , ainsi désignée parce qu'elle est plus propre à modifier toute l'économie; nous passerons ensuite à l'examen des évacuations sanguines données par les vaisseaux capillai l'es et qu'on appelle saignée locale , parce <(u'ordi nairement elle ne fait guère ressentir ses effets au-delà du point où on la pratique. Cette distinction, adoptée par fous les praticiens , se trouve déjà établie dans le passage suivant de Celse, qui dit, en parlant du sang : « Mitti vero is débet , si totius corporis causa fit, ex brachio ; si partis alicujus ex eà ipsâ parte, aut eertè quàni' proxima « [De re medicà , lib. ii, chap. ii , sect. i). Nous étudierons la saignée des veines ou phlébotomie , avant celle des artères ou artérioiomie , parce que nous y rattacherons, ainsi qu'on a sans inconvénient coutume de le faire, plu-i sieurs considérations générales qui ont trait à l'étude delà saignée examinéei* dans son ensemble.

Chapitre II. Saignée génér vle. La phlébotomie (j^^;//, j;>?S!;, veine, et ro/*)) in-éj cision , et T=^vco je coupe) , ou la saignée des veines, se pratique à plusieurs(|l| régions du corps, aux bras , vers les malléoles et aux jugulaires. C'est à la| première que l'on a le plus ordinaiiement recours ; ce sera surfout elle que'j nous aurons en vue dans les diverses considérations qui vont nous occuper.»

Les ejfels de la saignée sont locaux et généraux : les effets locaux ont peu^( d'importance ; cependant il résulte de l'application de la ligature une staseï sanguine plus ou moins prolongée dont on doit tenir compte , puisqu'on l'em ploie seule dans quelques cas avec efficacité. Le pédiluve, dans la saignée dul pied , ajoute encore à 1 effet de la ligature. La piqûre des parties qu'il faut inci ser pour ouvrir la veine tléterraine vers ce point une légère douleur accompagnée d'une trop petite irritation pour qu'elle puisse avoir un résultat notable, Cependant les expériences de Haller sur la saignée ont démontré que l'incisioti*! des veines les irrite toujours ; la phlébite, qui se manifeste lorsqu'on rouvrei trop souvent une veine incisée , ou lorsqu'on pratique plusieurs piqûres surj une même veine à des époques trop rapprochées , en donne quelquelois uiiej preuve nouvelle. On sait même que trop souvent on voit, après une seulej piqûre , faite convenablement, une phlébite ou un phlegmon envahir promplfi' ment le bras où la saignée a été pratiquée.

Les effets de la saignée se font d'autant mieux remarquer que le vaisseau ouvert est plus volumineux, et l'ouverture qu'on y a faite plus large. Un jet de sang s'en échappe en arcade, et lorsqu'il a coulé pendant le temps convenable , on observe s'il y avait pléthore ou phlegmasie du tissu cellulaire ou d'un organe parenchymateux , que le pouls perd de son ampleur, de sa force, de sa dureté et de sa fréquence ; l'encéphale n'est plus tourmenté de cetW agitation pulsativequi déterminait une violente céphalalgie; quelquefois même cet organe n'étant plus sufiisamment excité , il survient une syncope. Sous \ 1 influence de l'évacuation sanguine, la circulation capillaire devient plus j facile, l'absorption plus prompte, la respiration plus libre , la peau moins j rouge et moins brûlante, quelquefois même elle se couvre d'une douce moi- I leur; les sécrétions muqueuse et urinaire se rétablissent, et les fonctions re- i prennent leur rhythuie normal. Dans le cas d'oppression des forces , lorsqu'il i existe une péritonite, par exemple, le pouls , de concentré qu'il était , reprend ii son développement normal, et les autres modifications que nous venons de \ citer se montrent successivement. I Ces premiers effets de la saignée sont véritablement dus à la dépléiion des i vaisseaux. Le sang que l'on retire est ordinairement lieiise , plastique, riche,* comme on le dit, et plus ou moins coueniieux. Nous avons cependant vu, | mais rarement, le sang non couenneux à la première saignée , le devenir aux i suivantes. Lorsque l'on réitère la saignée, le sang perd peu-à-peu de sa consis- \ tance et finit par présenter une proportion de plus en plus considérable de | sérosité. La saignée devient alors spolialive, c'est-à-dire qu'elle fait perdre ausang i| une proportion de plus en plus considérable de fibrine. En effet , le sang ne se i répare plus que de parties séreuses qui lui arrivent par la voie du système I lympathitpie, soit de la résorption moléculaire que le mouvement nutritif ne i cesse d'enlever aux organes , soit de l'absorption des infusions légères que l'on ( donne au malade pour élancher sa soif, et qui ne peuvent conserver au saug I son ancienne plasticité. Si l'on insiste alors sur l'emploi de la saignée, outre l'ac- ( croissement de la sérosité du sang et l'augmentation graduelle de l amaigrisse- i ment, on observe que tantôt le pouls devient de plus en plus rare, parce que la cause irritalive diminue, et que tantôt il augmente de fréquence à cause de la i vacuité des vaisseaux et de la nécessité de présenter plus souvent aux organes ( un liquide devenu insuffisant pour leur enlrelien. Ces saignées excessives, • nécessitées seulement peul-Otre dans le traitement des anévrysmes par la me- i thode de Valsalva , jettent le système nerveux dans un trouble remarquable. I Des syncopes deviennent licqucntcs; le visage prend un teint pâle et aueœi- |

SAIGNÉE

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ue remarquable ; le malade devient irritable, inquiet et morose, ses sens affaiblissent, le système musculaire et l'appareil tligestif languissent , les sérétions urinaire et cutanée diminuent , le tissu cellulaire , au contraire , s'in- Itre de se'rosité , la peau et les conjonctives pâlissent et deviennent blafardes, t ce n'est que diflicileraent que l'on parvient à remédier à un trouble aussi onsidérable qui retentit dans toute l'économie.

Effets thérapeutiques . Ce n'est que rarement et par suite d'accidens que l'ocasion se présente de vériQer les effets funestes de la saignée portée jus((irà abus que l'on peut faire d'un aussi utile moyen ; mais, en s'en tenant aux preliers résultats que nous avons exposés, il est facile de comprendre quels avaniges la thérapeutique doit retirer des émissions sanguines sagement employées. In diminuant la quantité de ce liquide devenu trop irritant, la saignée soustrait omédiatemenl à l'économie une partie du stimulus morbide qui la disposait jx inflammations ou les entretenait. Les boissons tempérantes n'ont plus ensuite 11 'à maintenir le sang dans des conditions convenables, pour qu'il ne redeenue plus une cause d irritation. La surabondance du sang enlevée, et les cirilations générale et capillaire devenues plus libres, la rougeur inflammatoire is tissus diminue, la fluxion se dissipe. La chaleur et la douleur , qui n'étaient le le résultat de la présence des deux autres symptômes inflaaimatoires , disiraissent avec eux. L'absorption fait rentrer dans le torrent de la circulation s liquides infiltrés ou arrêtés , qui allaient fournir les matériaux de la suppution ou de quelque dégénérescence. La résorption ne se borne pas à l'infiltra- )n interstitielle des tissus, elle s'exerce encore à la surface des organes , aussi lit-on disparaître ou se modifier les épancheuiens et les fausses membranes is cavités séreuses , les infiltrations cellulaires, etc. Lorsque la saignée a été irtée au-delà des bornes convenables , les solides sont privés de la tonicité néssaire pour que la résolution ait lieu. Ce ne sont plus alors les effets thérautiques de la saignée que l'on observe, mais les accidens produits par les us de la saignée.

On a dit qu'une saignée suivie de syncope présentait des effets thérapeutiques LIS rapides et plus marqués. Cette assertion n'est pas dénuée de fondement, isque la syncope seule peut quelquefois avoir autant d'efficacité' que la salée elle-même. Je l'ai constaté, en 1828, dans le cas suivant : une jeune ilame lit atteinte d'érysipèle à la face et d'une fièvre assez intense. Je la déterminai e laisser saigner au bras. Au moment d'inciser la veine, une syncope eut lieu, la vre et l'érysipèle disparurent quelques instans , puis reprirent leur première ensitc. Je me disposais de nouveau à faire la saignée, lorsque, soit par la vue la lancette , ou par toute autre cause, la syncope se renouvela. L'érysipèle et fièvre cessèrent encore, mais pour ne plus reparaître. Le lendemain cette me était en parfaite santé.

Saignée dérii'alii'e et révulsifc. Hippocrate et les médecins anciens qui oulient un beaucoup plus grand nombre de vaisseaux que nous n'avons coutume le faire , distinguaient la saignée en dériualife et réwulsii'e , selon qu'ils la (tiquaient près ou loin de l'organe malade. Ainsi dans la glossite , l'amygdaî, l'ouverture d'une des veines racines constituait une saignée dérivative , et le de la saphène une saignée révulsive. Cette distinction fort simple, en appaice, du moins, eut pemlant long-temps de l'importance dans la pratique méJie. A l'exemple d'Hippocrate , Galien voulait que dans le traitement des maies , l'on commençât par les saignées révulsives, et qu'ensuite on employât saignées dérivatives. Cependant il était difficile de distinguer, dans quel(|ues , où se terminait la dérivation et où commençait la révulsion. Depuis l'époque de la découverte de la circulation , on a cherché à établir re ces distinctions des bases plus positives , mais les explications hydrostati- ;s données par Bellini , Sylva , Hecquet, Quesuay et Helvétius sur les eff'els ivatifs et révulsifs de la saignée , n'ont fait qu'embrouiller la question. Ainsi va admet bien que la saignée du pied est révulsive pour le cerveau et dériive pour les parties inférieures ; mais il ajoute qu'elle n'est dérivative pour parties que parce qu'elle y attire le sang artériel, et que c'est en agissant de te manière à l'égard de l'utérus, qu'elle peut faire paraître le flux menstruel. Il ulterait delà théorie de Sylva que chaque saignée serait à-la-fois dérivative pour taines parties et révulsive pour d'autres ; c'est ce que l'on pense génér.ilent. Mais le point de sa doctrine qui n'est pas admis par tous les médecins jui demande le plus d'attention, c'est cet afflux du sang dans les artères corpondantes aux veines ouvertes , afflux qui activerait la circulation dans les orgacorrespondans à ces artères et contribuerait d'autant à augmenter la révulsion, let afflux , en effet, est-il bien démontré ? Sénac, dans un travail publié sous le niXe Morisson , en a nié l'existence. Cependant , d'après quelques-unes des icriences faites par Haller sur ce sujet, et que l'on trouve dans le Mémoire de Yi\\yûo\o^\i^e sur le mouvement du suTig ; \\ paraîtrait (page 108)que la jnéeaugmenterait, en effet, le mouveme.it du sang dans les artères corresponites aux veines ouvertes. Ainsi la saignée de la saphène augmenterait la quande sang artériel qui se porte aux reins et à l'utérus; et la saignée du bras , soustrayant de proche en proche le sang de la veine-cave supérieure rendrait s active la circulation artérielle du cerveau Ces opinions ne sont pas généraient admises par les praticiens; mais elles mériteraient d'être examinées (Voyez uxiOKet plus bas le paragraphe de la saignée de la veine saphène, pag. 1880). sait qu'un chirurgien des hôpitaux de Paris, M. Lisfranc , affirme que les lades auxquels il fait pratiquer des saignées de bras pour les affections utées, éprouvent le plus souvent des étourdissemens et de la céphalalgie, et ï ces accidens sont déterminés , selon lui , par l'afDuxde sang vers l'encéphale, i résultats seraient pour la saignée du bras analogues à ceux que Sylva inJint pour la saignée du pied. Les effets de la saignée sont doue complexes. Ils

sont dérivatifs pour les parties d'où naissent les rameaux de la veine que I on ouvre , révulsifs pour les organes placés au loin sous la dépendance de l'arbre veineux opposé a celui dont l'un des rameaux a été ouvert, et affluxifs ou déterminant l allluxdu sang artériel dans les organes nourris par les artères qui communiquent avec la veine incisée- Ce dernier effet peut contribuer à augmenter la révulsion , en empêchant les parties éloignées de recevoir autant de sang.

Entendus de cette manière , les effets de la saignée nous paraissent beaucoup plus clairs et non susceptibles de ces controverses si longuement et si inutilement agitées de la révulsion et de la dérivation; car il nous semble, en effet , que toute saignée, étant à-la- fois révulsive ei dérivative, comme nous l'avons dit et comme l'ont pensé Ramazzini, Gattenhof, J.-P. Frank. , VVerlhof, MM. Polinière, .fi"//2iiiio/!i ia/ji;iii/iei;i''auchier; Indications de la saignée-, Pinel et M. Bricheteau,:/îeVa/i/o/j (Dictionnaire des sciences médicales)-, M. Blaudin Emissions sanguines (Bibliothér/ui; médicale, 1827 , t. iv ; etc. ) , il nous semble que l'on n'a plus qu à tenir compte de l'effet ujfluxif la saignée pour éviter d ouvi ir unedes branches qui se rendent à la veine-cave inférieure dans un cas de mélrite , d'hépatite ou de néphrite, de peur d'appeler le sang artériel dans ces organes. 11 faudra préférer alors la saignée du bras , c est-à-dire l'ouverture d'un des rameaux veineux qui se rendrent à la veine-cave supérieure. Par des raisons inverses, l'ouverture de la veine saphène conviendra mieux pour combattre les pblegmasies des organes encéphaliques. Quant aux pblegmasies thoraciques , les organes qui sont contenus dans cette cavité reçoivent trop peu de sang des vaisseaux que nous pouvons atteindre pour que le choix de la saignée du bras ou du pied puisse offrir , dans leurs maladies, une bien grande importance. Aussi se sert-on ordinairement contre ces affections , de la saignée du bras , à cause de la facilité avec laquelle on la pratique.

Clioix du côté où l'on doit pratiquer la saignée. Les opinions émises sur la dérivation et la révulsion ont exercé de l'influence sur le choix du côté du corps où I on devait pratiquer la saignée. Faite du côté malade, ou la croyait dérivative; on la jugeait révulsive , pratiquée du côté sain. Hipprocrate, Celse , Galien, Brissot, Rivière, Sydenham, ïiiller préféraient la première; Aretée , Cœlius Aurélianus , les Arabes, Scaliger et d'autres donnaient l'avantage à la seconde. Baillou pratiquait la saignée du côté gauche, parce qu'elle affaiblit moins. « Phlebotomia laleris sinistri non tàn imbecilliores nos re idere quàm « dextri » . Frédéric Hoffmann aimait mieux que l'on lit la moitié de la saignée sur un côté, et l'autre moitié sur le côté opposé, j ut non in uno, sed in diversis a locis san^uis revellaluro . Dès le quatorzième siècle. Nicolas le Florentin avait cependant proclamé qu'il est indifllrent de pratiquer la saignée de l'un ou de l'autre côté. Cette opinion est partagée par Péchlin , Hamberger , Lieutaud , Laennec et M. Polinière. M. Guersent , dans ses articles Saignées des diction, naires qui out précédé le nôtre , émet encore le même avis , en ajoutant qu'il est généralement adopté , snrtoutpour les affections thoracicjues. Malgré ce qu'en ont pu dire les anciens , ce qu'en ont écrit Baillou , et liordeu dans ces derniers temps, nous pensons , d'après nos propres observations et en faisant attention à la disposition anatomique des veines des deux côtés du corps , qui se rendent , celles des parties supérieures dans la vaine-cave supérieure, et celles des parties inférieures dans la veine-cave inférieure, nous pensons que cette distinction de côté ne présente aucun fondement dans l'emploi de la saignée générale. Nous croyons qu elle ne peut avoir d'application que dans les affections cérébrales , où l'on voudrait faire ouvrir la veiiwj jugulaire ou l'artère temporale du côté affecté , comme ou le fait dans les cas d'opbthalmie , d'angine , de douleur pleurétique , qi^ii réclament l'emploi de la saignée locale , que I on pratique alors , soit par l'incision des veinules correspondantes, soit par l'application des sangsues ou îles ventouses scarifiées,

Rapidité de l'écoulement du sang. Mais, si l'on doit attacher peu d'importance au choix du côté où l'on devra pratiquer la saignée, il n'en est pas de même de la rapidité avec laquelle on peut soustraire le sang. On sait, en effet que les résultats de la saignée sont diflërens dans les inflammations intenses selon qu'une évacuation sanguine se fait lentement par une petite veine ou par une petite ouverture, ou bien selon qu'elle a lieu rapidement par une large ouverture. Dans le premier cas , la maladie est à peine modifiée : elle est quelquefois jugulée dans le second. Hippocrate avait fait cette remarque : aussi voulait-il cjue , clans quelques circonstances , on ouvrit une veine aux deux bras en même temps. Huxham suivait également ce précepte. Il a été employé utilement par MM. Récamier et Husson. Nous en avons observé des succès incontestables. Nous avons encore vu M. Récamier faire ouvrir en même lempî et du même côté une veine du bras et du pied; nous avons vu le même professeur faire couler le sang d'une veine de l'un des bras, pendant que l'on faisait en même temps une saignée de la saphène du côté opposé. Ce dernier mode constitue les saignées croisées , et rappelle la méthode de Frédéric Hoflmann. Présente-il de l'avantage sur une saignée faite avec une large ouverture ou sur une double saignée des bras Nous ne l'avons pas remarqué ; mais il serait nécessaire de réunir un certain nombre de ces faits pour résoudre la question.

Les considérations que nous venons d'e.\poser, ayant rapport à la sai?née du bras aussi bien qu'à la phlcbotomie en général , il ne nous reste plus qu'à examiner ce que l'ouverture des autres veines offre de particulier.

Saignée de la veine jugulaire. L'ouverture de la veine jugulaire externe paraît avoir été surtout recommandée par Alexandre de Tralles , qui vivait dans le sixième siècle , puis par Paul d Egine. Beaucoup de praticiens , Heurnius , Hollerus, Prosper Alpin, l'ont conseillée à cause des nombreuses communications de la veine avec les vaisseaux de la tète. Bonet et Fabrice de Hikien se

SAIGNÉE

SAIGNÉE

louent de l'avoir employée clans la phrénésie. Bartholin s'exprime ainsi sur ce sujet: a Ceiilics jugiUares aperiendas curavi, non tantùm innoxiè , sed etiam féliciter; nec operosè , nec fericulosè magis quàm cœterœ venœ secantur , cent. I , epist. 18 ». Tx-alles, médecin de Breslau , s'est occupé de démontrer l'utilité de celte saignée dans un ouvrage qui a pour titre : De. jiigidari venâfrequentius secandd , Breslau, 1735.

Il la recommiinde surtout dans les maladies de l'encéphale, et désire qu'on en favorise les bons effets , en tenant la têle élevée, ainsi que le voulait Sydenham, in J'ebribus cerehi um pelentihus. Valsalva conseillait avec raison d'ouvrir la jugulaire du côté opposé à la paralysie. Moreau et Ferrant ont employé avec succès la saignée de la jugulaire pour prévenir, à 1 Hôtel-Dieu , les accidens des plaies de tète. Alphonse Leroy , dans son Manuel de la saignée , rapporte que Louis et Desault la prescrivaient avec avantage dans le même cas. Quoique l'on ait ainsi vanté de temps en temps l'ouverture de la veine jugulaire , cependant cette saignée , déjà rejetée par Lieutaud et plusieurs autres praticiens, est généralement abandonnée. Sans doute, elle n'offre point, comme la saignée du bras , le danger d'ouvrir une artère, etc. , mais elle présente d'autres inconvéniens. Ainsi, pour ouvrir la veine, il faut la comprimer au-dessous du point qui sera incisé; après la saignée faite , il faut établir une certaine compression sur l'incision , pour empêcher le sang de couler, et ces diverses compressions nuisent à la circulation cérébrale. En se servant du doigt, comme le voulait Valsalva, pour comprimer la seule veine que l'on doit inciser, on évite bien une partie de ces inconvéïiiens ; mais on ne les évite pas tous.

Morgagni dit avec l aison (Epist, ii, art. 10) que la stase sera moindre si l'on a pratiqué d'autres saignées antérieurement. Mais alors où est le grand avantage de l'ouverture de la veine jugulaire , si on ne doit la faire qu'après avoir pratiqué d'autres saignées ? Quant à I hémorrhagie veineuse , on l'évitera , ainsi que nous l'avons dit dans l'article précédent, en suivant le précepte de Tralles , qui conseille de faire diriger , pendant l'incision , le menton vers l'épaule opposée au côté du col dont on ouvre la veine, puis, quand l'opération est faite et le sang écoulé , de redonner à la fête sa direction ordinaire, pour détruire le parallélisme des ouvertures de la peau et de la veine. Enfin cette saignée est difficile à pratiquer, et ce reproche nest pas illusoire pour nous et pour tous ceux qui ont fréquemment essayé d'ouvrir la veine jugulaire externe. En effet, tantôt le vaisseau est petit et la peau qui le recouvre molle , tantôt le malade prend ou conserve difficilement la position convenable pour l'opération , tantôt enfin la saignée coule avec peine ou s'arrête avant que l'on ait obtenu la quantité de sang nécessaire. Ces différentes raisons nous ont souvent empêché d'avoir recours à la saignée de la jugulaire. Cependant si l'occasion convenable se présentait de la pratiquer pour une érysipèle du cuir chevelu ou pour une méningite , on ferait peut-être mieux de prélérer l'incision de la veine jugulaire gauche, parce qu'étant plus éloignée de l oreillette droite, l'aspiration ou l introduclion brusque de l'air dans le système circulatoire serait moins à craindre. Dans un cas de paralysie , il faudrait , ainsi que le propose Valsalva, préférer le côté opposé à la paralysie, dans l'espoir de dégorger plus directement le siège de l'épanchement sanguin.

L'anastomose fort étroite et non constante qui existe entre cette veine et la jugulaire interne diminue beaucoup l'utilité de son ouverture dans les affections cérébrales. Ses communications directes avec les veines de la face et des parties extérieures de la tête, donneraient de l'importance à son ouverture dans les cas d'érysipèle de la face ou d'ophthalmie , si on pouvait l'exécuter avec facilité. Mais on ferait peut-être tout aussi bien , comme le conseille le professeur Cruveilhier (Jnatomiej m, p. 291), d'ouvrir ces petites veines elles-mêmes.

Saignée de la veine saphène. Il n'est pas de moyen thérapeutique qui ait été, autant que cette saignée , l'objet de sentimens opposés. Employée de préférence par les Arabes contre les maladies thoraciques , Brissot la fit abandonner, et, par suite, elle tomba en discrédit pour toutes les autres affections. Sylva, et dans ces derniers temps Alphonse Leroy, essayèrent de lui rendre quelque importance. On voit , dans les traités modernes , M. Fréteau la recommander flans les affections céphaliques , et M. Polinière lui préférer la saignée du bras. Ces différentes opinions nous paraissent dépendre de ce que l'on a confondu les résultats de la saignée du pied bien ou mal faite. Il n'est pas toujours aisé de faire couler le sang de la veine saphène avec abondance. On sait, en effet, que tantôt la veine saphène interne est très-petite , et que tantôt la peau ou le tissu cellulaire qui la recouvrent ont trop d'épaisseur ou de densité , de sorte que, dans beaucoup de cas, lors même que l'ouverture est grande et bien faite, le sang s'arrête presque aussitôt qu'on a incisé la veine. Il est certain que , dans ces circonstances , la saignée ne peut avoir une grande influence. Mais quand la veine est largement ouverte et que le sang s'en échappe avec assez de facilité et d'abondance pour être recueilli dans un vase placé à fleur d'eau du pédiluve, comme nous l'avons recommandé en décrivant l'opération , on s'aperçoit alors que le visage pâlit plus promptement et que la syncope est plus fréquente que dans la saignée du bras. Il est cei tain que, dans ce cas , la veine-cave inférieure rapportant moins de sang à l'oreillette droite, la veine-cave supérieure doit se désemplir plus aisément, et par suite les veines jugulaires internes et externes. Si l'on ajoute à ces raisons, que l'on ne peut se refuser d'admettre , celles que Bellini et Sylva donnaient et que nous avons exposées plus haut en parlant de la révulsion , ou ne doutera plus de l'efficacité de la saignée du pied. Nous ne pensons pas que les opinions des deux médecins que nous venons de citer soient de simples hypothèses , parce que , outre que les expériences de Ilaller les confirment, la simple observation les démontre. En

effet , que l'on applique une ligature au bras ou à la jambe , on interrompra la circulation veineuse, et l'on verra les veines, placées au-dessous de la ligature , se gonfler ; mais que l'on plonge en outre ces parties dans un bain chaud, les veines se dilateront bien davantage et bien plus promptement. Or, cette augmentation et cette continuité de l'afllu du sang dans les veines ne pourront avoir lieu que par l'accélération du sang dans les artères correspon-; dantes. Ainsi, que dans la saignée du pied, ce soit par le fait seul de l'ouverture de la veine , ou par l'usage du bain de pied , il nous paraît démontré que l'on doit admettre l'augmentation d'afflux du sang artériel dans les organes sous-diaphragmatiques , surtout lorsque le sang s'échappe de la veine avec facilité. Cet appel du sang artériel dans les organes abdominaux doit diminuer d'autant, pendant qu'il a lieu, la quantité de celui qui se serait porté vers l'encéphale. Cet effet doit donc être ajouté à celui de la déplétion , le plus remarquable que présenterait dans ce cas la saignée du bras.

L'afflux du sang artériel dans les organes abdominaux que nous croyons devoir admettre lorsque la saignée du pied coule abondamment, produit-elle sur l'utérus, par exemple, une congestion suffisante pour amener l'éruption menstruelle ou déterminer l'avortement ? Les opinions sur ce sujet sont encore bien partagées. La question peut-être n'a pas été suffisamment étudiée , bien qu'elle méritât de l'être. Sylva et quelques auteurs sont pour l'affirmative; Zacutus Lusitanus , Levret , Astruc, Van Svviéten et beaucoup d'autres pensent le contraire. Nous avons très-souvent fait pratiquer la saignée du pied à l'époque des règles , sans que le flux menstruel se soit établi ; et il nous est arrivé plus d'une fois de voir les règles paraître h la suite de la saignée du bras. Nous ne pensons donc pas que la saignée du pied ait dans ce cas une grande influence , et on le comprendra facilement, si l'on fait attention que la saignée comme le pédiluve durent trop peu de temps pour déterminer une con-.'' gestion menstruelle eflicace vers l'utérus. Sans cela le foie, les reins ou les in-(| testins pourraient devenir le siège de congestions morbides, et la saignée dui pied mériterait alors les reproches que quelques auteurs lui ont adressés

D'après les résultats données par les observations de méningite , de MM. Pa-' rent-Duchâtelet , Martinet et autres praticiens; d'après ce que nous avons vu dans les affections cérébrales , et d'après les raisons que nous avons exposéeS'i ; précédemment, nous croyons qu'à évacuation égale, la saignée de pied doilij : être préférée dans les maladies encéphaliques congestives et inflammatoires ,i( s surtout lorsque l'on prend la peine de recueillir une certaine quantité de sang ,41! pendant la saignée, afin de pouvoir juger ce liquide. Quand , au contraire , lai; saignée du pied est diflicile ou quand l'indication est trop pressante et ne laisseij j pas le temps d'attendre les préparatifs nécessaires pour cette opération , nous Li pensons qu'on ne doit pas hésiter à lui préférer la saignée du bras , en faisant* prendre en même temps un pédiluve toutes les fois que cela est possible; telle»|; est, du moins, notre manière d'agir dans les affections cérébrales, dans beaucoup J i de cas d'aménorrhée, etc. J;

Oui^erture de quelques aultvs veines. Bien que la saignée des veines nom»is breuses que les anciens incisaient soit généralement abandonnée pour rapplica>{| tion des sangsues, quelques praticiens ont néanmoins conseillé ou employé quel ques autres émissions sanguines veineuses. M. Déjean , professeur de médecine^ à Caen , a proposé la saignée du sinus longitudinal supérieur avec la lancette, li « après avoir trépané le crâne à l'un des endroits correspondans de ce sinus» (thèse de M. Vitry , 1823, n" 100, page 94). Ce moyen ne paraît pas avoir été mis à exécution. Aslley Cowpera obtenu des avantages incontestables de l'ouverturC'. des veines du scrotum dans l'orchite (Extrait par M. Bérard, Journ. Iiebd., 1830, t. I, p. 327). Nous reviendrons sur l'emploi de ces moyens à l'occasion de la saignée locale. Examinons maintenant les avantages et les inconvéniens de l'artériotomie, et terminons ainsi ce que nous avons à dire sur la saignée générale.

Ai tériolomie. On ne sait guère à quelle époque faire remonter l'usage des émissions de sang artériel. Celse les mentionne ; Galien les mettait en usage et se plaignait de ce qu'elles étaient trop négligées par les médecins de son temps. Les Egyptiens, au rapport de Prosper Alpin, les prescrivaient souvent. Dans les maladies de la tête, ils ouvraient les artères, frontales, temporales ou auriculaires postérieures. Dans les maladies du foie ou des autres organes abdominaux, ils inci- j saient la fin de l'artère radiale entre le pouce et le doigt indicateur. Enfin on a également ouvert les artères sous orbitaires, coronaires, labiales et tyroïdiennes inférieures. Ces différentes saignées sont maintenant abandonnées, soit à cause des diflicultés qu'elles présentent, soit parce qu'il n'est pas toujours facile de les arrêter. On se borne à la saignée de l'artère temporale et encore on l'emploie rarement, Baillou, Rivière, Etmuller et Wepfer la recommandent dans la phrénésie et quelques autres affections cérébrales. M. Double a publié, dans le dixhuiticme volume du journal de M. Sédillot une note historique des médecins qui l'ont pratiquée. MM. Gigaud (Journal de Sédillot); Desruelles (/ournal général de médecine) ;Mailly [Journal Itebdomada ire , 1832, t. vi, p. 379), et plusieurs autres médecins l'ont quelquefois employée. Nous l'avons prescrite à plusieurs reprises, mais deux fois seulement, nous avons obtenu un jet de sang suffisant pour apprécier ce mode d'émission sanguine. Il nous a semblé que dans ces deux cas, les symptômes aigus de méningite que nous cherchions a combattre avaient été dissipés plus promptement que, par la saignée du bras. Il faudrait un plus grand nombre de faits pour juger cette saignée ; mais les difficultés nombreuses que l'on éprouve pour la pratiquer , empêchent de s'en servir fréquemment et d'en retirer les avantages qu'elle a quelquefois présentés.

On rapporte à trois causes les avantages de l'artériofomie : l" la rapidité de l'écoulement du sang ; 2° les qualités du sang perdu ; 3" la diminution de la quantité de sang reçue par le cerveau. La première de ces causes n'a rien de

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litif, car, en un temps donné , on perd bien autant de sang par une veine du is que par Tarière temporale. La seconde est fondée, car le sang tiré de l'areestpltis plastique et plus rutilant que le sang veineux; on sait, en outre, il est plus excitant, et que sur les champs de bataille ou pendant les opéranji ciiirurgicales, les hémorriiagies artérielles sont bien plus débilitantes que hémorrhagies veineuses. Enfin on peut croire, quant à la troisième cause , en elFet, sortant avec abondance d'un rameau de l'artère carotide externe, le g peut se porter en moindre ([uantité dans l'artère carotide interne dont il ible, pour ainsi dire, délourué , et que l'excitation des organes encéphaliques t en éprouver une sensible diminution. C'est, du moins, ce qu'il est permis conclure, d'après le petit nombre de faits qui sont arrivés à notre connaisce , et dans lesquels l'ouverture de l'artère a pu donner promptement une intité convenable de sang.

)'après ce que nous avons dit des différens moyens de soustraire le sang vei-

IX ou le sang artériel par la saignée générale, on a pu voir qu'ils ont tous ; certaine importance, mais que les dillicultes qu'ils présentent dans l'exécu- 1 rend souvent incertains leurs résultats , et oblige presque constamment de ourir à la saignée du bras. Examinons maintenant les eflfets de la saignée de.

]HAP. III. Saignée locale. La pratique des anciens, qui consistait à our les veines placées auprès de l'organe malade , est maintenant abandonnée: l'a remplacée par l'usage des sangsues , des ventouses et des scarifications. \angsues. Nous n'avons à nous occuper maintenant que des effets qui résult de l'application des sangsues. On trouvera au mot sakgsci'. ce qui conne ces anuélides sous les rapports de Vhisloire naturelle et de leur emploi iical.

jes morsures de sangsues causent sur la partie qu'elles occupent deux eflfets incts : 1° une douleur vive qui occasionne un afflux du sang ; 2° un écoulent sanguin. La quantité de cet écoulement varie selon les sujets sur lesquels sangsues ont été appliquées , et selon le nombre , le volume et la vivacité sangsues employées. Sur les jeunes sujets , les sangsues font quelqueibis der le sang avec assez d'abondance , pour occasiouer des hémorrhagies rapilient inquiétantes ou mortelles. Chez les sujets avancés en âge, le tissu iculaire de la peau , les petits vaisseaux cutanés et sous-cutanés donnent laaent lieu à un écoulement sanguin trop considérable. Bien plus souvent cet ulcment n'alteint pas la quantité que l'on aurait désirée , quoique l'on une la précaution de lotionncr la partie avec de l'eau chaude, de l'exposer i va])eur, de la plonger dans un bain ou de la couvrir de cataplasmes chauds bien humides. La quantité du sang varie encore d'après la disposition du u cutané et du système capillaire sanguin , sur lesquels les sangsues ont été )liquées; au col, à l épigaslre, aux points de continuité de la peau avec les mbranes muqueuses et aux orifices de ces membranes , les applications de gsues sont suivies d'écoulement de sang assez abondant. Cet écoulement est lucoup moindre sur des parties de la peau douées d'une plus grande épaisr. Il est donc difficile, à priai i, de bien apprécier la quantité de sang que Ta fournir la saignée capillaire, et cependant ses résultats varient selon elle est plus ou moins abondante. En effet , si , les sangsues tombées , il ne :oule pas de sang , ce fluide , appelé vers la partie , y déterminera une sion , qui augmentera les accidens ; si l'écoulement du sang se fait avec lité,le système capillaire correspondant se désemplira , lu partie pâlira jidantun certain temps, mais la déplétion ne s'étendra pas beaucoup au-delà I lieu de l'application : ce sont là les effets de la saignée locale. Si, au coure, l'écoulement est trop considérable, à ces derniers résultats se joindront

X qui dépendent de la déplétion des gros vaisseaux , et qui ont été exposés , iqu'il a été question plus haut de la saignée générale.

;es saignées locales faites à l'aide de sangsues peuvent s'étendre assez loin , ce à la communication de certaines veines superficielles avec des organes ifondéraent placés. On retire de trop grands avantages de ces émissions guines pour ne pas nous y arrêter un instant. Ainsi on peut espérer dégorle sinus longitudinal supérieur de la dure-mère en appliquant des sangsues la région des trous pariétaux , puisque les vemes de Santorini établissent î communication entre le système veineux de ces parties j une application sangsues le long de la suture sagittale aurait un résultat semblable. A la ion occipitale , une communication bien plus considérable a lieu avec le

Es latéral , au moyen à\\n gros rameau qui se rend dans la veine occipitale , anastomoses donnent le moyen d'agir sur la circulation des régions postéire et inférieure du cerveau. En appliquant des sangsues à l'anus , la comnication qui existe entre les veines héniorrhoidales inférieures , branche de rpogastrique , et la veine mésentérique inférieure , branches d'origine de la ne-porte, permet d'atteindre l'articuiation des organes de la digestion. 'i communications vasculaires rendent raison de l'avantage que l'on peut irer de l'application locale des sangsues dans plusieurs affections cérébrales iians un grand nombre de maladies abdominales.

Selon quelques personnes , les émissions sanguines, même modérées, obte- |es à l'aide des sangsues , occasionnent un affaiblissement proportionnel lus grand que la phlébotomie. Il est assez difficile de bien juger celle assertion, :'ï nous semble cependant avoir quelque justesse ; car d'abord les faits en Montrent quelquefois l'exactitude, ensuite le sang qui s'échappe des piijres de sangsues n'a point encore, comme celui qui s'écoule des veines, été 'Ijïsé par les divers actes de la nutrition. En effet, sa composition d'après fialyse de M. Pallas , de Pampelune , se rapproche beaucoup de celle du ijlg artériel.

DiCT. DE MÉDECINE ET DE CHiaURGlE PRATIQUES.

Nous parlerons ailleurs des efTets de l'irritation que la morsure des sangsues détermine au moment de la piqûre et après que le sang a cessé de couler.

Scarifications et incisions de veinules. Ce moyen est trop peu usité pour que nous nous occupions de ses effets. Nous pensons que l'on devrait moins le négliger. Quelques faits prouvent que dans le chémosis , il est avantageux de scarifier les veinules de la conjonctive, et que l'on peut , à l'exemple du professeur Cru veilhier , scarifier la membrane pituitaire, pour obtenir une épistaxis artificielle. Il serait peut-être utile , dans l'ophthalmie , d'inciser la veine angulaire pour désemplir les vaisseaux de la paupière inférieure. On retirerait probablement de bons résultats de l'ouverture de l extrémité inférieure de la veine frontale ou de Xaicade nasale elle-même , près la racine du nez , dans l'inflammation des parties profondes de l'œil , leur communication directe avec la veine ophlhalmique le ferait du moins espérer. L'ouverture de ces vaisseaux serait peut-être utile dans les aflections de la base du cerveau, puisqu'ils communiquent directement avec le sinus caverneux.

Ces petites saignées locales sont abandonnées , parce qu'il est difficile d'y avoir recours , soit parce que ces veinules sont souvent accompagnées d'artérioles ; soit parce qu'il n'est pas facile d'établir la compression nécessaire pour le gonflement du vaisseau, tantôt parce qu'on manque de point d'appui et tantôt à cause des nombreuses anastomoses qui existent. On préfère à l'ouverture de ces veinules l'usage des sangsues ou des ventouses scarifiées. Cependant nous avons vu plus haut qu'Astlcy Cowper recommande l incisiou des veines du scrotum dans l'orchite.

y entouses. Les ventouses , fort usitées chez les Egyptiens , qui ne possédaient point de sangsues, ont également été d'un usage fréquent chez les Grecs et les Romains. Les Allemands et les Anglais en retirent de grands avantages, mais elles ne sont employées chez nous que par un petit nombre de personnes. Les résultats favorables qu'on en obtient devraient cependant en étendre l'usage. Les ventouses scarifiées produisent des émissions sanguines à la manière des sangsues ; l'écoulement sanguin est moins abondant , il est vrai , mais la fluxion sanguine et l'irritation vers les parties où on les applicjue , sont bien plus considérables. On conçoit toute la puissance que doit avoir un moyen thérapeutique qui réunit à-la-fois les avantages des émissions sanguines et d'une révulsion énergique. Aussi dans les inflammations intenses et profondes, déjà affaiblies parles saignées générales , oblient-on de l'application des ventouses mouchetées ou scarifiées les eflfets les plus satisl'aisans. On trouvera au mot ventouses tout ce qui a rapport à l'emploi de ce moyen et aux différentes modifications qu'on lui a fait subir.

Chap. IV. Parallèle des effets thérapeutiques de la saignée générale et DE LA SAIGNÉE LOCALE. La Saignée générale produit une évacuation rapide et une déplétion de tous les organes , qui occasionne une dépression prompte des forces; la saignée locale ne donne lieu qu'à un écoulement de sanglent, ses effets ne s'étendent guère au-delà de la région du système attaqué , il dépriment les propriétés vitales de ce seul point sans affaiblir celles du reste de l'économie. Dans les maladies inflammatoires graves et étendues, on obtient de grands avantages, surtout au début, de la saignée générale; quand il existe une fluxion locale opiniâtre , soit par l'intensité ou l'ancienneté de l'irritation , la saignée locale seule peut l'atlaquer avec avantage. La saignée doit précéder la saignée locale chez les sujets pléthoriques ou atteints de phlegmasies intenses sans cela les eflfets de celle-ci sont sans cesse détruits par l'arrivée du sang que la circulation générale verse avec abondance dans le système capillaire; dans quelques cas déconcentration des forces vitales, avec petitesse du pouls , la saignée locale précède avec avantage la saignée générale et permet ensuite d'avoir recours à celle-ci. On attaquerait avec peu de succès, par la saiguée générale, les phlegmasies locales exemptes de réaction ; ces phlegmasies sont bien plus sûrement et bien plus avantageusement combattues par la saignée locale , qui , dans ce cas , évite de faire perdre inutilement une grande quantité de sang au reste de l'économie. La première de ces évacuations n'a pas d'influence favorable sur les phlegmasies chroniques ; la seconde en occasionne souvent la résolution, lorsqu'elle est convenablement employée. L'une ne produit d'autre effet que celui d'une déplétion sanguine avec révulsion contestable; l'autre détermine une déplétion accompagnée d'une révulsion prolongée, sur l'existence de laquelle l'irritation et l'afflux sanguin que les piqûres de sangsues ou les scarifications occasionnent ne peuvent laisser de doute. I.'afllux du sang que l'on appelle à l'aide d'un petit nombre de sangsues ou de quelques ventouses mouchetées , palcées vers un point où cet afllux est nécessaire, serait inutilement recherché par l'ouverture des grands vaisseaux. On remplace bien , à l'aide d'une petite saignée , une application de sangsues , quant à la perte de sang, mais c'est le seul effet qu'on en puisse obtenir. Une application nombreuse de sangsues peut remplacer une saignée générale , mais elle tourmente et fatigue le malade bien autrement que l'ouverture prompte et facile de l'un de vaisseaux de la circulalation générale. En faisant cette substitution , on n'a pas l'avantage de connaître exactement la quantité de sang soustraite, sa nature, etc. 11 est donc nécessaire (|ue chacun de ces moyens soit employé d'après les indications qu'il remplit, et qu'on ne substitue pas la saignée locale à la saignée générale, comme on l'a fait trop souvent depuis quelques années. Nous bornerons à ces traits principaux le parallèle de la saignée générale et de la saignée locale. Les différences c[ue nous aurions pu ajouter trouveront une place plus convenable dans le cours de cet article.

CHAPITRE V. Considérations générales sur l'usage de la saignée. Ces considérations sont fondées soit sur des raisons physiologiques , soit sur des indications de pathologie générale.

SAIGNEE.

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§ I. Considérations physiologiques. y4ge. On se sert de la section du cordon ombilical pour faire une émission sanguine aux enfans qui viennent de naître et qui sont atteints de stase ou de congestion sanguine au cerveau, etc. M. Guersent a fait pratiquer la saignée à des enfans âgés de quelques jours seulement ; mais à cette époque, et jusqu'à un ou deux ans , les applications df sangsues suffirent le plus souvent. 11 est rare que l'on ait besoin de recourir à d'autre moyen pendant les années suivantes ; cependant la saignée du bras devient de plus en plus applicable. Badilius , de Vérone , la recommande de bonne heure dans une thèse inlitulée : De secandd vend in pueris ; il s'claie de l'autorité de Galien. BjIHou ne voulait pas que le jeune âge empêchât de saigner pendant les phlegniasies abdominales : débet sangiiis miltiy nec dchovlari débet œlatula.

Les vieillards supportent mieux qu'on ne le croit généralement les émissions sanguines locales ou générales. La gêne qui se révèle dans le système circulatoire par l inlerniiltence et l'irrégularité du pouls , loin de contre-indiquer la saignée, la réclame souvent ainsi que la disposition apoplectique que l'on observe à cet âge. F'œnœ seclio sœpius senibus ulillissiina, imo ad longœvam vilam conjèrt, dit F rcdéric Hoffman dans son livre intitulé : De vente sectionis abusu; Opéra onmiri. Nous avons vu des vieillards, atteints de pleuro-pneumonie, sauvés par des saignées assez fortes et répétées deux ou trois fois. Néanmoins il faut , à cette époque de la vie , employer la saignée avec plus de parcimonie que pendant l'âge adulte, et souvent préférer l'application des sangsues à l'anus à l'emploi de la phlébotoniie. La fréquence des hémorrhoïdes chez les vieillards semble plus particulièrement indiquer ce moyen.

Sexe. Arrivées à l'époque de la puberté les femmes présentent une indication spéciale pour la saignée, c'est de hâter l'apparition du flux menstruel par des applications de sangsues à la vulve, à la partie supérieure des cuisses ou h l'anus. Ce flux une fois établi, on le rappellera, s'il vient à éprouver quelque dérangement, en employant ces mêmes moyens, ou la saignée du pied^ ou la saignée du bras , les pieds étant dans l'eau , aux époques où il devra paraître. S'il survient une phlegmasic grave pendant l'époque menstruelle, devra-t-on s'abstenir d'émission sanguine dans la crainte de déranger les règles? L'expérience a résolu fréquemment cette question , et on ne doit pas balancer alors à pratiquer les émissions sanguines nécessaires. Le flux menstruel , bien loin d être arrêté, deviendra, au contraire, plus facile, puisque l'on diminuera l'intensité d'une phlegmasie qui pouvait à tout moment l'enrayer dans sa marche. Préférera- t-on d'ailleurs la saignée du pied h la saignée du bras?l' faudra employer celle qui semblera le plus favorable à la sortie abondante du sang, sauf ensuite à placer quelques sangsues aux cuisses, en petit nombre, pour rappeler ou entretenir l'afllux menstruel. Nous avons, dans ces circonstances, vu si souvent les règles paraître ou se rétablir sous l'influence de la saignée du bras, que nous n'hésitons pas à l'employer, lorsqu'à l'inspection des veines saphcnes 7 la saignée du pied ne semble pas devoir donner lieu à un écoulement de sang suflisant.

L'état de grossesse ne confre-indique pas l'emploi de la saignée dans le cas de phlegmasie grave, surtout si la grossesse est déjà parvenue au quatrième ou cinquième mois. S'il est nécessaire de la pratiquer avant cette éi)oque , il faut avoir l'attention défaire tenir la malade couchée, d'éviter les mouvemens brusques, etc. Les émissions sanguines demandent, dans ce cas, de grandes précautions, et les médecins n'ont même pas toujours été d'accord sur leur utilité. Ils en craignent généralement moins les efl'ets lorsque la gestation est plus avancée. Hippocrate les appréhende dans l'aphorisme suivant : Mulier utero gercns vend sectâ abortit, idque polissimum si fœtus giandior J'uerit, aph. XXX, sect. v. C'est aux conséquences de cette doctrine, maintenant abandonnée , qu'il faut rapporter le làcheux pronostic que le père delà médecine portait ailleurs sur l'issue des maladies aiguës chez les femmes grosses : Mulierem utero gerentein morbo qnodani aculo corripi, [ethnie. Ce pronostic se trouve heureusement démenti en suivant le précepte donné depuis par Celse et beaucoup d'autres médecins de s'en rapporter à l'état des forces, qtiœ sint i^ires , pour juger s'il faut avoir , dans cette circonstance , recours à la saignée. Au reste , en se servant de l'auscultation ; ainsi que l'a fait avec sagacité M. de Kergaradcc , on pourra, dans ce cas , mesurer l'abondance des saignées à la force de la circulation fœtale et placentaire , autant qu'à l'état du pouls de la mère.

La saignée est-elle nécessaire pendant tous les cas de grossesse ? L'usage de la saignée est devenue luie sorte d'habitude banale, surtout parmi les femmes grosses des classes inférieures de la société. Cet usage présente autant d'inconvéniens que la pratique opposée. En efl'et , la saignée dans cet état, comme dans foutes les autres circonstances , peut être tantôt nuisible et tantôt trèsutile. En général , on s'en abstient pendant les quatre premiers mois, à moins qu'une perte , une phlegmasie utérine ou tout autre accident n'oblige d'y recourir. Plus tard , la saignée devient non-seulement utile, mais quelquefois nécessaire, ainsi que l'a écrit Mauriceau, pour les femmes qui avaient auparavant des règles abondantes . et qui, pendant la grossesse, présentent des«signes evidens de pléthore générale ou locale , ou quelque embarras de circulation dans le système sanguin de l'appareil utérin. Dans tous ces cas, la saignée du bras doit être préférée, ainsi que 'Van Swieten le recommande dans ses Commentnires sur Boérrhaaue, tom. v, pag. 420, à celle du pied , bien que, d'après les observations d'Astruc , de Levret et de quelques autres praticiens, celle-ci ne soit pas , ainsi qu'on l'a avancé . une cause facile d'avortement.

Lorsque les femmes arrivent à l'âge critique; on évite de leur pratiquer des émissions sanguines sur l'arbre veineux inférieur. Souvent les saignées du bras deviennent alors fort efiicaccs , en empêchant le sang de se porter vers l'utérus.

Lorsque celte époque est franchie , les particiens préfèrent encore l'ouvcrtn des vaisseaux supé'''eurs à la saiguée sous-diaphragmatique locale ou générale afin de ne plus rappeler le sang vers le système utérin.

Tempérament. La nature elle-même indique par les hémorrhagies abondant^ qui surviennent aux personnes douées d'un tempérament sanguin , que ces si jets ont un pressant besoin de la saignée et qu'ils peuvent la supporter bie mieux que les autres ; c'est aussi ce que l'observation démontre A moins qi ce ne soit pour diminuer l'hypérémie hépatique que l'on observe souvent ch( les sujets bilieux , ces individus ont rarement besoin de la saignée ; et les San; sues à l'anus remédient le plus souvent à la distribution inégale du sang qui; porte de préférence vers le système abdominal. Les sujets lympathiques suj portent, en généial , assez mal les émissions sanguines. Si on y insiste leu maladies passent à l'état chronique , ou se terminent par une disposition ai infiltrations sérieuses. Van Swieten aflirme que les individus obèses qui oi souvent recours à la saignée, accroissent encore par ce moyen leur polysarciij (f On sait d'ailleurs qu'ils ont moins de sang et qu'ils supportent plus difficilemei; If les évacuations sanguines que les sujets doués d'une constitution sèche. | '»

Chez les sujets nerveux, les émissions sanguines générales ou locales augmerl jil tent le plus souvent ou développent des accidens spasmodiques qui obligentden « recourir que quand il existe une évidente nécessité. Chez quelques personnel même, onvoit les sangsues déterminer des convulsions plus ou moms prolougéeil

Habitudes. La saignée devient souvent nécessaire à ceux qui ont l'habituii d'y recourir à certaines époques de l'année. L'omission de cet usage détermic chez eux un état plolhorique , qu'il faudrait prévenir par de l'exercice et un r( girae approprié. Quant à l'habitude, on y satisfera, s'il y a indication, inai on devra la faire cesser en éloignant successivement et de plus en plus les évs cu.itions sanguines.

Les diffcrens climats et les diyevses saisons, exercent une assez grande iri.p fluence sur l'emploi des émissions sanguines. Ainsi, on observe que, dans leii|i!ti pays secs et froids , et dans ceux qui sont chauds et secs, les saignées répélért/ifo et abondantes sont plus nécessaires que dans les contrées placées dans des àiim constances opposées. Cela tient peut-être aussi à ce que dans ces pays, comm; fli aux saisons qui leur correspondent, les maladies inflammatoires sont plus ité\ a quentes , et acquièrent plus d'intensité. ]

Les règles établies à une époque sont , à ce qu'il paraît , pour ce sujet suscep^iji tibles d'éprouver plus tard des modifications. On sait quels avantages on retil* en France delà saiguée ; cependant, de son temps, Galien voulait que l'on n til la pratiquât aux Gaulois qu'avec une certaine retenue. Froinds minus detrahi f^

mus, quant pleniludo commonet quod ad corporis liabiius, in candidis e\ |

quibus mollis tener u/ue est caro, quales Galli sunt ( De curand. ratio per san^ je miss. cap. 14 ). L'assainissement du sol de la France devenu moins humide eftii moins froid, par la disparition d'immenses forêts, explique comment avec unijim constitution probablement moins molle la saignée nous serait devenue j>luii| f applicable. |''''

Au reste , quelque modification que les diverses circonstances, dont nous ve lui nons de parler, apportent à la pratique de la saiguée, il n'en est pas qui lui «1* impose davantage que la constitution médicale, sous l'influence de laquelle leMpe maladies se développent. '"P

Constitution médicale. Depuis Hippocrate jusqu'à nos jours, on a signalé dejun temps en temps l'utilité et les inconvéniens de la saignée dans les mêmes mala-||iil dies. Cette coutradiction apparente s'explique facilement par l'influence deiitli constitutions médicales, dont il est impossible de nier l'existence, lorsque l'onj» a médité les ouvrages de Sydenham , Baillou, Stoll , Huxliam , Lepccq de laji* Clôture, etc. On sait que Sloll , après avoir vu régner à Vienne des constita-j»| tions médicales bilieuses, observa les mêmes maladies sous l'influence de coiistitU'Ij » tions inflammatoires, et qu il mit en usage contre ces dernières les émissions san-l n guines avec autant de succès qu'auparavant il avoit employé les évacuations 1 bilieuses contre les premières. V oyez : An Hippocr. doclri. de constitutio.j,^ ijicf^. co/ï2/7ro5-î/H/<i. ( Thes. agreg. 1826. Martin Solon.) U

Bien que nous ignorions comment agit sur nous l'influence des constitutions médicales pour modifier la nature des maladies qui nous afreclent ; bien que I | ces grandes modifications se présentent rarement, ce qui les a fait nier par I ( quelques-uns de ceux qui ne les ont point observées , cependant les laits indi- . .1 qués par les auteurs que nous avons cités, et par Stoll en particulier, nousji semblent d'un trop grand poids pour ne pas les avoir rappelés à l'occasion des I ! con.siiléralions générales de physiologie pathologique que nous devions donner *| > sur l'usage de la saignée . *'

§ II. Considérations fondées sur les indications de pathologie générale. Elio- i i logie- La nature connue ou supposée des maladies a toujours eu sur l'emploi de i i la saignée une influence considérable ; aussi , suivant le règne de tel ou tel sys- | tème, ce grand moyen thérapeutique a-t-il éprouvé , dans l'usage que l'on en »l a fa-it , de nombreuses vicissitudes. Cependant il est peu d'auteurs qui n'aient ( reconnu son efficacité dans les phicgmasies , et si l'on en excepte quelques contre-stimulistes, et avant eux Van-Helmont qui écrivait : Ego qnide.m neinint , snnguinem milto , tout le monde s'accorde à reconnaître la nécessité de la saignée pour combattre l'inflammation. On s'accorde généralement à regarder l'état couenneux et riche en fibrine du sang comme un indice de la nature inflammatoire des maladies. Dans les afl"ections d'un caractère douteux, on pratique quelquefois une saignée exploratrice, lorsque l'état du malade le permet; les résultats que l'on en obtient servent à faire connaître la nature de la maladie, ce que le traitement apprend quelquefois, ainsi que le pensait Hippocrate lorsqu'il disait : « Naluram morborura deuuntiat quoque curatio. »

SAIGNEE.

SAIGNÉE

' Epoque de la maladie à laquelle on doit pratiquer les émissions sanguines. )n est étonné que ce point de l'histoire de la saignée ait pu être le sujet de lisciissions sérieuses. Cependant, dans la crainte d'empêcher la coction d'avoir lieu , quelques auteurs ne voulait pas que l'on saignât passe le troisième jour, la [ioction devant arriver le quatrième. Ces principes sont à juste titre abandonnés; jar , pour resteindre l'usage de la saignée, à certains jours , il faudrait d'abord [ue les maladies suivissent un ordre précis et déterminé ; l'observation déiiontre qu'il n'en est pas ainsi. Depuis long-temps , les médecins se conforment lU précepte que Galien donne dans le chap. xx de son livre De curandi ralione ler sanguinis missionem , dans lequel il recommande de saigner le vingtième our de la maladie, si l'indication s'en présente. Ainsi , dans les maladies aiuës , tant que la période inflammatoire dure ou se reproduit, on doit , si les orces du malade le pei mettent , avoir recours au.x émissions sanguines. C'est in les employant convenablement que l'on arrête les progrès de l'inflammation , ue l'on en obtient la résolution, que l'on empêche les gangrènes partielles, tpar étranglement des parties, de se développer ou de faire des progrès (Voy. )bs. Je pneunomie gangreneuse , archiv. xxiv, p. 61. Martin Solon). Lorsque, u contraire , la résolution , quelque effort critique , une gangrène primitive ou ssentielle, la suppuration ou l'état chronique se manifestent, on doit rejeter u suspendre ce moyen.

On s'est quelquefois proposé de prévenir les maladies par la saignée prophyicLujue. Ce moyen, employé sagement, peut être de quelque utilité. Mis en sage avant de pratiquer certaines opérations chirurgicales, il sert à prévenir is inflammations qui les suivent trop fréquemment. La saignée prophylactique été quelque temps de mode en médecine. Guy Patin se faisait saigner cinq us par an. Van Swieten s'est élevé contre le ridicule de celte pratique inutile !t souvent dangereuse. La saignée prophylactique ne peut être employée que Liand il existe une indication réelle; ainsi, pour remédier au malaise qui peut livre la suppression d'hémorrhagie habituelle, pour arrêter les prodromes apoplexie , d hémoptysie, etc. Saigner sans cause , c'est priver l'économie de m excitant naturel et l'affaiblir inutilement. Quoique la saignée soit employée

plus souvent dans un but curatif, elle n'est cependant que palliatii^e dans len des cas. Ainsi , dans la phlhisie pulmonaire , on calme quelquefois l iniisilé des symptômes inflammatoires concomitans par des petites émissions inguines; mais ces émissions sont insuflisantes pour arrêter la marche de la aladie. Il en est de même pour la plupart des anévrysmes et pour beaucoup aulres affections.

Symptômes. L'appréciation exacte de l'état des fondions, et par conséquent 3s organes qui les exécutent , est d'une grande importance dans l'emploi ou rejet de la saignée. L'étude et l'examen du pouls devront entrer en première ;ne comme moyen de détermination, puisqu'ils nous font reconnaîire, d'une anière satisfaisante, l'état de la circulation. Le pouls large, fort et dur , inque la nécessité de la saignée. Cependant chez les vieillards, le pouls, à cause ! la densité des tuniques artérielles , peut présenter ces caractères , sans que saignée soit nécessaire. Il faut aux trois caractères de développemens que )us venons d'énoncer, ajouter un signe tiré du rhythme, la fréquence , pour le l'exploration du pouls fasse reconnaître plus positivement l'utilité de la Ignée. Le pouls faible et petit , le pouls petit et vibrant que l'on appelle aussi irveux , contre-indiquent l'emploi de la saignée. Il n'en est pas de même du luls serré, petit , fréquent et concentré, qui indique l'oppression des forces , réclame le plus souvent des émissions sanguines promptes et abondantes , r lorsqu'on les a faites , il perd les caractères qu'il présentait, pour se rapocher de plus en plus de l'état norm.Tl. Au reste avant de se déterminer à iployer les émissions sanguines, il faut prendre garde de s'en laisser imposer ries anomalies et les caractères passagers que présente le pouls. 'Voyez les mités de séméiologie et l'article pools.

IL'examen du pouls n'est pas seulement utde pour apprécier l'indication de saignée, il est encore indispensable , pendant que le sang coule, pour déteriner quand on devra faire cesser l'écoulement. On y aura enfin recours de luveau pour reconnaître si la saignée devra être répétée.

Quelque importance que présente l'état de la circulation , pour reconnaître itilité de la saignée , on doit cependant encore y joindre l'examen de quelques très fonctions. La respiration , la calorification et les sécrétions doivent être terrogées.

La fréquence et l'anxiété de la respiration , l'air brûlant qui s'échappe de la litrine ; la soif vive et la sécheresse de la bouche , la chaleur sèche , intense , ordicanle de la peau et l'injection de son système capillaire , surtout à la face, noncent ordinairement la nécessité de soustraire à l'économie une partie du [Liide stimulant, qui développe et entretient l'excitation générale au-delà de n type normal. La sécheresse des membranes muqueuses , la diminution de sécrétion urinaire, la couleur rouge et l'augmentation de densité de l'urine pt autant de signes que l'on doit rapprocher des précédens , et dont l'enpble constitue un état général désigné par le mot Jîèfre , dont l'existence néjssite le plus souvent l'usage des émissions sanguines.

Les signes tirés des autres fonctions seront également appréciés avec soin mt établir l'utilité de la saignée dans les maladies des organes qui les exécuiQt. Ces considérations doivent être renvoyées aux articles qui s'occupent en frticulier de chacune de ces affections.

\Marche et durée des maladies. S'il faut en croire le résultat que l'on trouve ns \e& Recherches sur les effets delà saignée, publiées récemment par un fservateur distingué, M. Louis , les émissions sanguines , lors même qu'on les atiquerait d'assez bonne heure , n'auraient pas d'inûueace bien marquée sur

la durée des pneunonies , des érysipèles , etc. Ces résultats, contradictoires avec l'opinion de beaucoup d'autres médecins qui établissent la leur également sur des faits, tiendraient-ils donc à une fausse application de la méthode numérique, je le pense ainsi. On ne me comptera pas parmi les détracteurs de cette méthode , puisque je n'ai cessé d'eu faire usage depuis long-temps. Cependant je ne l,a crois pas infaillible, si elle n'est employée avec précaulion. En effet, que de différences dans les faits que l'on rapproche ainsi pour en tirer des conséquences.... par addition. Une inflammation, par exemple, peut envahir une plus ou moins grande quantité de parties, occuper un tissu antérieurement sain ou détérioré par une phlegmasie aiguë ou chronique ; elle peut être légère ou intense , récente ou déjà ancienne , au premier ou au troisième degré , simple ou compliquée, se développer sur un sujet sanguin ou sur un sujet scrofuleux. Enfin on peut rapprocher des faits observés dans des saisons différenles ou sous l'influence de constitutions médicales opposées, etc. Comment, avec des élémens aussi variés et aussi nombreux, prétendre établir des lois sur la marche et le traitement des maladies ! Le positif que l'on donne dans ce cas n'est qu'illusoire, et les asserlions qu'il présente deviennent d autant plus dangereuses qu'elles ont pour base un immuable et infaillible chiffre. A nssi pensons-nous que ces proportions , formées avec ces élémens ainsi accumulés, élémens auxquels d'ailleurs cent autres médecins pourraient en accumuler de nouveaux et de différens , seraient plus sûrement formulées par les mots quelquefois, rarement , fréquemment , etc. , que par des chiffres. Et quand on voudra que ces chiffres aient une véritable signification , il faudra, ainsi que l'a fait M. Bouillaud dans son article pneumonie, établir autant de tableaux qu'il y a de groupes de faits différens. Illais c'est trop nous éloigner de notre sujet.

L'assertion de M. Louis nous a d'abord fait penser que nous nous étions trompé sur les faits que nous avions recueillis jusqu'alors , et que, contrairement à ce que nous avions observé , la pneunomie , par exemple , ne pouvait être jugulée par la saignée , pour me servir d'une expression déjà fort ancienne. Mais le cas suivant , que nous avons observé tout récemment, nous a démontré de nouveau l'influence de la saignée sur la marche de la pneunomie. Un jeune homme de vingt ans , d'une assez bonne constitution, coidonnier, fut pris d'un refroidissement pendant la nuit du 29 au 30 mars 1835, en mettant ses pieds sur le carreau. Le 30, courbature, fièvre , douleur au-dessous du sein droit, toux , expectoration sanguinolente. Eau sucrée. Entré le 31 à l'hôpital Oeaujon , le râle crépitant et l'expectoration rouilléc , joints aux autres sympt(5mes, ne laissèrent de doute à personne sur l'existence d'une pleuro-pneunomie du lobe inférieur droit au premier degré. Saignée de vingt onces , tisane pectorale , julep, lavement émoi lien t. Sang cou en neux et dense. Sueur abondante pendant la nuit.

Le lendemain, cessation des symptômes fébriles (soixante-six pulsations), râle crépitant moins étendu , douleur concentrée dans un espace de deu.x ou trois pouces au dessous du sein, quinze sangsues sur le point douloureux; épistaxis pendant la nuit.

2 avril, troisième jour de la maladie, respiration facile, expectoration muqueuse légèrement safranée , toux rare ; épistaxis dans la journée ; bouillon.

3 avril , quatrième jour de la maladie, guérison confirmée; soupe.

Nous donnâmes le demi-quart le lendemain, et le 7 avril ce jeune homme sortit de l'hospice.

Nous ne discuterons pas les différens points intéressans de cette courte observation , nous la donnons seulement comme une exemple de pneumonie jugulée.

L'observation cxi de la clinique du professeur Andral présente un exemple dans lequel la maladie s'est terminée le troisième jour , sous l'influence d'une seule saignée.

On trouve d'autres faits analogues dans les ouvrages de MM. Cliomel et Bouillaud , et dans ceux de différens observateurs; nous ne croyons pas nécessaire de les rapporter. On ne voit pas ordinairement les pneumonies, même au premier degré , se terminer spontanément; nous pouvons donc penser que la saignée a déterminé cette solution heureuse. Sans doute cela n'arrive pas dans tous les cas; mais serait-il logique d'en inférer que cela ne puisse pas arriver. Sans doute on ne voit pas ce résultat favorable survenir souvent quand la maladie est plus avancée; c'est un motif pour saigner dès le commencement : principiis ohsla.

On ne peut donc douter que la saignée ne modifie efficacement la marche des maladies ; M. Bouillaud en a surtout donné des preuves nombreuses dans l'article PNEUMONIE de ce dictionnaire. Mais pour que celte modification ait lieu , il faut : \° que la saignée soit le plus possible employée , comme nous l'avons dit dans un paragraphe précédent , à une période peu avancée des maladies ; et 2° qu'elle soit suflisamment continuée pour que ses effets se maintiennent et amènent la résolution de l'inflammation. De celte manière on perd tout au plus le dixième des malades atteints de pneumonie, comme le prouve notre tableau de Résultats de pneumonies ohseruées , en 1818, à t Hôtel- Dieu , imprimé à la fin de l'article Pneumonie de M, Bricheteau , Dictionn. des scienc. méd. , t. xLiii, p. 4i,'5, et les résultats que nous observons maintenant dans notre service ; ce qui est fort différent de ceux que l'on trouve dans le mémoire qui a donné lieu à ces réflexions, et dans lequel la mortalité des pneumoniques s'élève à un septième des maladies traités. Ce que nous avons dit de la pneumonie se rapporterait avec exactitude aux autres plilegmasies aiguës.

Diagnostic. En parlant de l'étiologie , nous avons dit que la saignée pouvait, soit par l'état consécutif du pouls , soit par l'inspection du sang , faire reconnaître la nature inflammatoire ou autre de la maladie. La saignée ne peut guère servir à localiser les affections , ce sont les troubles fonctionqels qu'il faut inter-

SAIGNÉE

SAIGNÉE

rogcr pour avoir de plus satisfaisantes réponses. Cependant le retrait que prend le cœur, dans certains cas, après la saignée, sert à reconnaître que cet organe était distendu par le sang et non hypertrophié. L'inspection du sang a été depuis long-temps recommandée. Fernel a écrit un chapitre sur ce sujet. Il a pour titre : Einissi sanguinis observalio , t. i , page 315. Le caractère de ce liquide était, dans ie choléra asiatique, un élément de diagnostic ; dans d'autres cas , son examen nous a fait soupçonner des lésions du foie par la couleur jaune que le sérum communiquait au linge que l'on en imbibait. L'analyse chimique ferait peut-être reconnaître quelques modifications apportées dans sa composition par le trouble des organes de la nutrition et des sécrétions. Mais ces essais sont encore à tenter.

Pronostic. En examinant les résultats qui suivent la saignée, soit dans les modifications qu'ils apportent au trouble fonctionnel de l'organe affecté, soit dans le pouls ou dans le reste de l'économie, on peut porter un pronostic favorable ou fâcheux de la maladie. L'inspection du sang présente également sous ce rapport des avantages incontestables. La couenne persiate-l-elle , la densité du caillot demeure-t elle la même? la disposition inflammatoire n'est pas encore modifiée. Le sang revient-il à l'état normal? l'intensité de la maladie va cesser, la convalescence ne tardera pas à commencer. La proportion de sérosité est-elle considérable? la convalescence sera longue , et il faudra, autant que le cas le permettra , s'occuper de réparer les forces par une alimentation convenable. Le sang présente-t-il des caractères insolites de diffluence et d'altération dans ses propriétés , tels qu'on pourrait presque le méconnaître; c'est d'un fâcheux pronostic. Tel était le cas d'une jeune fille d'une très forte constitution , atteinte de variole confluente compliquée de méningite que nous avons récemment observé. Le sang obtenu par deux saignées qui lui furent successivement pratiquées , était brunâtre , visqueux , gluant , comme sirupeux ; une couenne livide le couvrait ; il ne présentait aucune apparence de cruor ni de sérosité distincte. Après avoir offert un léger degré d'amélioration , la malade succomba le troisième jour de l'éruption. La plupart de ses membranes muqueuses présentaient une rougeur hémorrhagique très-intense.

L'altération du sang n'est cependant pas toujours d'un pronostic aussi fâcheux.

La cxie observation insérée par le professeur Andral dans le tome m, page 354 ^ de sa Clinique médicale, 2^ édition, en donne une preuve remarquable. Le malade qui en fait le sujet, âgé de vingt-trois ans, était atteint d'une affection grave, probablement une fièvre typhoïde, au neuvième jour de laquelle, le pouls étant dur et fréquent, on pratiqua une saignée. « Le sang de la veine ne se rassembla point en caillot; mais les morceaux de fibrine restèrent comme dissous dans la sérosité... C'était le sang dissous des auteurs. « Le malade guérit. Pendant sa convalescence, il contracta une pneumonie, on le saigna , et cette fois le sang, neuf jours après la première saignée , était dense et couenneux. Le malade

"uérit promptement. C'est de ce cas que nous voulions parler plus haut à la page 1883.

Tiaiteinent. Choix du mode d'émission sanguine. 1" Lorsque, en suivant le sage précepte de Baillou : Antequani de inorbis staluatiir , primum constare opovtel quis , morbus et quce morbi causa [Opéra omnia , t. ii , p. 32) , on aura reconnu la nécessité des émissions sanguines, ou devra d'abord déterminer si I on fera une saignée générale ou une saignée locale. Le parallèle que nous avons donné de ces deux modes d'évacuations sanguines fait aisément connaître que s'il s'agit d'un sujet fortement constitué , si la maladie commence , si les accidens inflammatoires sont intenses , les symptciraes généraux très cléveloppés et la fièvre violente, on devra préférer la saignée générale. Mais quel mode d'émission sanguine générale choisira-t on ? il est incontestable que s'il faut conibaltre une phlegmasie thoracique ou abdominale, on devra donner la préférence à la saignée du bras, à cause de la facilité avec laquelle on la pratique , du peu de gêne qu'elle donne au malade, de la possibilité de retirer autant de sang qu'on le veut cl de le recueillir sans peine dans un vase pour l'examiner ensuite. Devra-t-on, dans les effections céplialiques , lui préférer la saignée des veines jugulaires, des veines sapbènes ou des artères temporales? quelque utilité que plusieurs praticiens distingués semblent avoir retirée de la saignée de la veine jugulaire, soit dans l'apoplexie, la méningite ou les affections des parties extérieures de la tête , nous n'avons pas vu , dans le petit nombre de cas où nous sommes parvenu à retirer par l'incision de ce vaisseau autant de sang que nous le désirions, que cette saignée présentât sur celle du bras d'avantage réel, et nous l'avons toujours trouvée incommode pour le m;ilade pendant l'opération. Aussi, à l'exemple de la plupart des praticiens, la remplaçons-nous par la saignée du bras ou par l'application de nombreuses sangsues vers les régions auriculaires ou occipitales. La saignée de la jugulaire serait peut-être cependant spécialement indiquée dans quelques affections du cœur où la difficulté qu'éprouve le sang pour traverser les cavités droites de l'organe détermine le développement du pouls veineux, un refoulement continuel du sang vers le cerveau , et des accidens de stase sanguine d'un danger imminent. L'opération serait facile à pratiquer; mais cette saignée ne pourrait être que palliative : elle ne remédierait pas à la cause première de la maladie.

Quant à la saignée du pied , nous croyons, quand elle est facile à pratiquer, qu'on fera bien de la préférer dans ces maladies céplialiques qui réclameront l'emploi des émissions sanguines; ses effets, dans ce cas, nous ont paru plus prompts, plus évidens. Mais, comme ce n'est que par exception que l'on obtient de l'ouverture delà sapliènc la quantité de sang désirable, il en résulte qu'on est presque toujours obligé de la remplacer par la saignée du bras. Car nous n'avons pas observé que cette dernière présentât lesinconvéniens que Baglivi lui reproche dans le passage suivant, et dans lequel il établit la supériorité de la saignée du

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pied : « In malignis febribus dum sanguis millebatur exbrachio , aeger în pejus ruebat, ettotus morbi impetus ferebatur in caput...., contra, misso sanguine ex pede, melius habebam. »

L'artériotomie, lorsque l'artère temporale es tassez développée pour que son ou- ! } verture donne suffisamment de sang, nous a paru préférable dans la méningite ! aux autres émissions sanguines ; mais il est si rare que cette saignée laisse au-i ' tant couler de sang qu'on le désire, que Ton est presque toujours obligé de lal remplacer par celle du bras. En définitive, lorsqu'elles peuvent être suffisantes, nous préférons dans les maladies inflammatoires aiguës de l'encéphale rartério-! tomie et l'ouverture de la saphène à la saignée du bras, et nous n'avons recoursj î' à cette dernière que quand les autres présentent trop de difficultés dans l'exc-j R cution, et par conséquent trop d'incertitude dans le résultat. j f

Lorsqu'il s'agit d'un sujet faible atteint d'une inflammation en rapport avec} ? le peu d'énergie de ses forces vitales; lorsqu'une phlegmasie n'est plus à sal ^ période d'acuité ; lorsque les phénomènes morbides se sont limités au pointi ' primitivement affecté, qu'il ne s'agit plus pour ainsi dire que d'arracher' l'épine morbide, et que la réaction générale a cessé, etc., l'indication de lai ^ saignée locale devient alors la seule que l'on doive remplir. Nous en avons| i*'' indiqué les règles à la page 1881 et suivantes. ! *"

Le nombre des saignées générales et locales, auquel on aura recours dans une- Pmaladie, ne peut être indiqué d'avance. Nous l'avons porté à sept avec le plus! r' granil succès, en quelques jours, dans un cas de pneumonie double. D'autres " ont élevé ce nombre jusqu'à douze. Il faut examiner les symptômes et les! modifications apportées dans la maladie a|)rès la première émission sanguine; pour savoir si l'on doit la réitérer, et suivre ce précepte si sage de Stoll : à juvantibus et lœdenlibus indicatio. L'absence totale de sérosité, la densité du caillot, l'épaisseur de la couenne fibrineuse , qui le recouvre le plus souvent, indiquent avec la persistance des symptômes inflammatoires locaux qu'il faut avoir de nouveau recours à la saignée. Mais faut-il, ainsi que le voulait Triller,' saigner jusqu'à ce que la couenne dite inflammatoire disparaisse? Cette cons, duite serait certainement dangereuse; la proportion de sérosité qui augmente ordinairement après la troisième ou la quatrième saignée, indique qu'il ne ^ faut pas pousser trop loin l'emploi de ce moyen. D'ailleurs, si l'on voulaii ™ s'en rapporter à ce précepte de ïriller dans l'arthritis aiguë et la pleuro-pneumonie par exemple , maladies dans lesquelles le sang présente si ordinairemen le caractère couenneux, l'on verrait le malade succomber avant que la couenne fibrineuse ait cessé de se former.

La quantité de sang que l'on peut tirer a été bien diversement indiquée pai les auteurs. Les uns veulent que les saignées soient peu abondantes; d'autre qu'elles soient de plusieurs livres, et qu'on les répète souvent. Botal étaitd* ce dernier avis , parce que , disait-il, plus on tire d'eau d'un puits plus celle qu la remplace est pure.

Dans les plaies de têle, Ambroise Paré faisait ôter jusqu'à vingt-sept palettes de sang. Sydenham, à l'exemple de beaucoup de médecins ses devanciers ''l recommandait les saignées abondantes. Rivière a tiré près de trois livres d< sang à deux femmes atteintes de pleurésie. Dans un cas semblable, Zacutu! conseilla une saignée de quarante-deux onces , et il eut un plein succès, M. Giberta vu un homme auquel on soupçonnait une cardite, et qui perdit en moins de dix minutes , quatorze palettes de sang. Cet individu fut encorel saigné le soir du même jour et le lendemain malin ; il sortit peu de temps après! de l'Hôtel-Dieu parfaitement guéri. Nous avons maintes fois obtenu les raeil. leurs effets de saignées d'une livre, une livre et demie; dans les phlegmasie' étendues et intenses ; mais il est impossible d'établir des préceptes géiiérauj sur leur emploi. Seulement, on peut dire qu'il est bon que les premières sai gnées soient ordinairement abondantes, afin que la réaction qui les suit ne] rétablisse point, dans les parties malades, l'état hyperémique qui existait avant l'émission sanguine. C'est alors le cas de consulter le quœ sint vires , di Celse. Pousser la saignée au-delà de ces limites , c'est en faire abus et enlever, ainsi que le fait observer le professeur Broussais dans ses Phlegmasies chroniA ques, 0 la force nécessaire à la résolution de l'inflammation. »

Abus. Ce n'est qu'en agissant d'après des idées préconçues , ou quand on s'e» rapporte à un seul ordre de phénomènes , que l'on emploie les émissions san-i guines au-delà de ce que réclame la nécessité. Riolan , Botal, Hecquet , Ga Patin en ont quelquefois poussé le nombre à l'excès. Dans quelques cas même, une seule saignée constitue un abus fâcheux. Ainsi , Fréteau rapporte, page 58, que le régiment de Roussillon , employé, en Bretagne, à creuser le lit delà rivière d'Ille-et-Vilaine , en I78G, fut pris de fièvre intermittente. Les saignée* que l'on pratiqua à ces militaires déterminèrent des accidens de cachexie et (i'hydropisie. Nous avons indiqué, page 1879, les effets de l'abus de la saignée On évitera ces accidens, en ayant égard aux différentes règles que nous avons établies pour son emploi. Voici maintenant les circonstances dans lesquelleson devra s'en abstenir. i

Contre-indications. On doit s'abstenir de pratiquer la saignée chez les sujets'' pâles et d'une faiblesie bien reconnue , chez ceux dont le pouls est faible et' dépressible, qui sont disposés à la syncope, ou dont l'idiosyncrasie ne peut supporter les émiisions sanguines. Stoll rapporte que dans la constitution de pleurésie bilieuse qu'il a décrite avec tant de talent, la saignée aggravait les accidens et devenait pernicieuse. Lorsque les phlegmasies tendent à la suppuration , à l'induration ou à l'état chronique , la saignée, surtout chez les sujets déjà affaiblis , ne fait que hâter la marche fâcheuse de la maladie. Lorsqu'une première saignée augmente les accidens , il est rare qu'une seconde soit plus favorable; quand le sang est décoloré et difllucnt, la saignée ne peut avoir que

SAIGNÉE

SAIGNÉÊ.

les inconvéniens. A moins d'une indication pressante , il faut éviter de prati- [uer la saignée pendant la digestion. Enfin , il survient des contre-indications [ueles symptômes et la marche des maladies font reconnaître, et dont l'exposé jipparlient à la description particulière de chaque maladie, i La saignée , d'après tout ce cjue nous avons dit, réclame donc toute l'attenion du médecin, et, pour en limiter l'emploi dans de justes bornes, nous citeons avec M, Polinière, Eludes cliniques sur les émissions sunquines , le passage iuirant tiré du livre de F. Hoffmann, intitulé : De nenœ sectionis abusu : '. Suramâ prudentia ac judicio opus est, utjusta et corpori proportionata sangui- ^isquantitas emittatur. Sive enim nimium , sive parciùs jusfo subtrahitur nocet itrumque. Quapropter in definiendâ quantitate exacta habenda est ratio œtatis, exus , corporis habilus, pulsus , vitse genus , consuetudinis morbi , ipsius , maxiaeque omnium virium». (T.v,p. 346.) Chap. VI. Substitutions faites a la saignée. Pour com])léler ce qui a raplort à l'emploi de la saignée, il nous resterait à exposer les cas dans lesquels on n doit faire usage; mais ces considérations étant exposées aux mois fièvres, hlegmasies , hémorrhagies , névroses , el à l'occasion des différentes mnlailies jccrites dans cet ouvrage , nous nous abstiendrons de nous en occuper. Nous dipns seulement un mot des moyens thérapeutiques que l'on a tenté de substiuer aux émissions sanguines.

Diète. Erasistrate voulait remplacer la saignée par trois jours de diète. Pluieurs médecins ont long-temps cherché à remettre en vogue celte pratique. Il 'est pas nécessaire de discuter long-temps pour prouver que si, dans des indisositions légères, la diète peut quelquefois remplacer la saignée, elle a le plus puvent dans ce cas l'inconvénient de prolonger le malaise. Mais dans les mala- |ics graves , les inflammations profondes, étendues, développées chezles sujets inguins et vigoureux, comment confier la solution de la maladie à la diète paiement, sans avoir la crainte de voir les accidens s'aggraver au point de evenir incurables ?

La saignée enlève rapidement à l'économie son stimulant naturel, le sang. La icte diminue bien les propriétés surexcitantes de ce fluide, mais elle le fait ■ntement. La diète ne peut donc convenir, quand il s'agit de soustraire promp- :!ment à l'économie le liquide qui détermine ou entretient les maladies aiguës. In ne pourrait substituer la diète aux émissions sanguines , que dans le cas où

s'agirait de prévenir l'état pléthorique, ou de mettre en usage la saignée probylactique. Dans toutes les autres circonstances , la diète ne saurait être consiérée que comme un auxiliaire utile de la saignée.

Puri'atifs. A plusieurs époques , on a voulu remplacer dans le traitement des laladies aiguës la saignée par les purgatifs ; en se fondant sur ce que ceux-ci 'évacuent de l'économie , à moins qu'ils ne soient portés trop loin , que ce (jui si altéré^ ou que ce qui pêche par sùs qualités ( Fernel , /J' J/n. pars, p. 321 ). eaucoup d'auteurs, parmi lesquels nous citerons Hamilton, ont souvent employé ;s purgatifs dans plusieurs maladies que d'autres médecins conibattaient par les missions sanguines. Mais la supériorité de celles-ci en a généralement fait pré- ;rer l'usage dans les affections aiguës.

Les essais que l'on a de nouveau tentés a\ ec les purgatifs dans la fièvre tyhoiile, ne nous ont pas paru avoir une grande influence sur la ciarclie de cette laladie , lorsqu'elle est grave et compliquée d'accidens cérébraux ; mais ils nous ut semblé utiles pour remplir quelques indications passagères données soit par état saburral, soit par un météorisme incomuiode et rebelle. Dans trois cas raves, où les malades atteints de fièvre typhoïde et de méningite ont sucombé, nous n'avons rencontré ni sur la membrane muqueuse intestinale, ni iir les plaques de Peyer , la rougeur inflammatoire qu'à priori nous pensions rouver. Dans un quatrième cas de fièvre tjphoïda inflammatoire, qui s'était raendé sous influence des sangsues , au point que le malade arrivait à une heueuse convalescence, nous avons employé les purgatifs réitérés, pendant une ecliute qui eut lieu ; une perforation intestinale survint ; et le malade succomba. Vous n'attribuons pas exclusivement la perforation à l'usage des purgatifs, mais jj crainte d'une pareille issue doit au moins faire repousser leur emploi dans 'espèce de fièvre typhoïde que nous venons de citer.

I Dans les affections chroniques , certaines ophtlialmies extérieures ou profondes, hertaines états encéphaliques, qui font craindre l'apoplexie, les vésanies ou iiccidens analogues chez des sujets peu sanguins ; dans les pleurésies chroniques ivec épanchement ; dans quelques cas de phlegraasies chroniques du foie, ceraines phlegmasies chroniques de la peau, du système lymphatique, etc. lespur- ;atifs répétés de temps en temps, surtout les sels neutres, le calomel, et ceux jui ont une action analogue , l'emportent souvent sur les émissions sanguines, parce qu'ils joignent aux avantages d'une évacuation muqueuse ulile , les bien-

iaits d'une révulsion étendue et prolongée qui n'est pas moins favorable. Au este, dans une foule de circonstance."-, on obtient de la combinaison de ces leux grands moyens thérapeutiques les résultats les plus avantageux., ] Conti-e-sliimdans. Convaincus qu'il est insuffisant de combattre les inflammations par des émissions sanguines, et qu'il faut attaquer directement la cause première de l'inflammation pour faire cesser l'afflux sanguin, Tommasini et i'école italienne ont proposé l'emploi des cunlre-stimulans. Ces moyens peuyent-ils être regardés comme de bons et vrais succédanés de la saignée ? Parmi les nombreux médicamens auxquels les Italiens ont reconnu la propriété contre-stimulante , il n'en est pas qui aient été plus vantés que les préparations antimoniales. Cependant, si l'on examine les résultats publiés ])ar Rasori , sur les six cent cinquante-deux faits qu'il a observés , on voit que, quand il employa l'émétique seul, le septième de ses malades succomba; qu'il n'en perdit que le neuvième quand il fit pratiquer quelques saignées en même temps, et que le tiers de Dict. de Médecine et de Chirurgie pratiques.

ses malades mourut , quand les saignées furent élevées au nombre de sept ou de dix. Il semblerait d'abord que dans ces faits de Rasori, la saignée aurait eu dernier lieu un désavantage marqué, puisque la mortalité paraîtrait augmenter en raison directe du nombre des évacuations sanguines. Mais en appréciant mieux les faits, on verra que c'est à la gravité des cas , et non au traitement , qu'il faut attribuer la dernière proportion de mortalité. Si , au contraire, on examine les deux premières séries d'observations , dans lesquelles l'intensité de la pneunomie étant moindre , on n'eut pas toujours recours à la saignée, on verra que c'est dans la série la plus nombreuse, celle de trois cent cinquantecinq malades, que l'on traita par les saignées et par le tartre slibié, que la mortalité ne s'éleva qu'au neuvième, tandis qu'elle fut d'un septième dans la série où l'émétique seul fut prescrit. Les émissions sanguines présentent donc , dans celle de ces deux séries où elles ont été employées , une supériorité incontestable sur les contre-slimulans.

Quoique favorables à l'action de la saignée, ces résultats formés avec des élémens si variés , ne nous semblent pas assez probans pour nous y arrêter exclusivement. Recherchons dans les faits suivans l'influence immédiate des deux médications sur la marche de la maladie.

Nous avons observé pendant le printemps et l'été de 183J,àla Pitié el à l'hôpital Beaujon , vingt-trois malades atteints de pleuro pneumonies aiguës , et nous les avons soumis à l'usage de l'antimoine diaphorétique lavé , donné à la dose d'un à trois gros en vingt-quatre heures. Nous avons été six fois obligés d'abandonner la préparation antimoniale et de recourir à la saignée, soit parce que les symptômes restaient stationnaires, soit parce qu'ils s'aggravaient. Dans ces six cas , la saignée a immédiatement remédié à l'intensité des accidens. Il est bien rare, quand on commence le traitement par les émissions sanguines, que l'on soit ainsi obligé d'avoir recours aux préparations antimoniales données à haute dose. Dans les vingt-trois faits dont nous parlons , nous avons deux fois seulement observé par la rareté du pouls et de la respiration, et par la diminution de lu couleur sanguinolente de l'expectoration , une amélioration immédiate et marquée , produite par l'influence de l'antimoine diaphorétique seul. Dans tous les autres cas l'amélioration a été lente , le pouls n'est pas descendu au-des sous du type physiologique. Si , maintenant, nous remarquons que dans les cas les plus heureux de ce traitement , on voit une sorte de bruit de taffetas persister long-temps après son emploi , et se prolonger pendant la convalescence , en apparence déclarée , lors même que la maladie était peu intense ; comme , d'un autre côté , ce bruit de crépitation ou de taffetas ne se prolonge pas ainsi , lorsque la résolution succède aux émissions sanguines , il en résulte que l'avantage reste évidemment à celle-ci. En effet, ce bruit, qui existait également dans les deux cas où l'amélioration avait été évidente et rapide , laisse des doutes sur l'entière résolution de la pneumonie, et donne la crainte devoir se développer des dégénérescenses morbides consécutives.

Bien qu'appliqué à beaucoup de maladies différentes, tout le monde convient que c'est dans la pneumonie que le contre-stimulisme a eu le plus de succès. Mais si d'une part nous remarquons que , d'après les faits de Rasori, il s'en faut que cette médication augmente la proportion des guérisons ; si , d'un autre côté, nous rappelons qu'elle est insuffisante, puisque, en l'employant, ou peut être obligé de recourir à la saignée, et que, le plus souvent, elle ne rassure pas complètement sur la résolution de la maladie , il sera aisé de conclure qu'en général les émissions sanguines sont incontestablement supérieures au.x contre-stimulans.

Rapprochons maintenant aussi brièvement que le peu d'étendue d'un article de dictionnaire l'exige, les différentes considérations que nous venons d'exposer.

Conclusions. La division la plus importante de la saignée consiste à la distinguer en générale et en locale.

Les effets locaux de la saignée générale ont ordinairement peu d'importance. Les effets généraux en ont beaucoup plus : ils sont fondés sur les phénomènes de la déplétion , qui sont admis par tout le monde , et sur ceux de la dérivation et de la révulsion. Ainsi la saignée du pied est dérivative pour les viscères abdominaux , et révulsive pour ceux de la tête , et vice versd.

L'afflux du sang artériel vers les organes dont on a ouvert le système nerveux est un élément de révulsion de plus.

Les effets de dérivation, de révulsion et d'afflux cessent aussitôt que la saignée est terminée. Ceux de la déplétion seuls subsistent. La déplétion est donc le phénomène le plus important de la saignée.

Le but de la saignée locale est d'obtenir une déplétion circonscrite et d'établir en même temps un point de révulsion.

Comme dans la saignée générale, la déplétion de la saignée locale ne peut être que momentanée, mais la révulsion a toujours une cerlaiiie durée.

La révulsion déterminée par les ventouses est plus vive que celle que l'on obtient à l'aide des sangsues.

Nous avons cherché , dans ce court résumé et dans les chapitres iv et v de notre article , à rapprocher les notions pratiques les plus importantes à déduire de l'étude de la saignée. Si nous n'avons pas été aussi complet que nous le désirons , qu'il nous soit permis d'en rejeter en partie la faute sur les dilîicultés que présente ce sujet important.

C. Calent. De venas seclione liber. — De ciirandi ratione per sanguinis missionem liber. L. Bolal. De curalioue per sanguin is missionem , Lugduui , 1577, in-S". R. Moreait. De missione sanguinis in pleuritide, Parisiis, 1622, ia-8".

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