‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource] (volume 2)Chapitre 244 sur 311 · SALSEPAREILLE · texte numérisé non relu

SALSEPAREILLE

En eflet, dès que le mercure fut administré à forte dnse dans le traitement de la syphilis , la salivation dut être observée , et il était impossible que ce grave phénomène ne fixât pas l'attention. D'abord, et pendant long-temps, elle fut considérée comme une évacuation salutaire, comme la crise de la fièvre que suscitait le mercure , et comme entraînant le virus qui se fixait sur les glandes salivaires : mais les accidens très-fâcheux qui se manifestèrent si fréquemment, finirent par ouvrir les yeux des praticiens , qui commencèrent à se demander si ce n'était pas acheter bien cher une guérison d'ailleurs encore incertaine , que de soumettre les malades aux pénibles chances de la salivation. Les souffrances des malheureux exténués par le mercure furent représentées avec les couleurs les plus sombres, et c'est de cette époque même que date l'introduction des su- EoniFiQUEs (voyez ce mot) dans le traitement de la maladie vénérienne. Il paraît d'ailleurs , par ce que nous avons vu nous-mêmes, que le tableau pouvait n'être pas exagéré. D'un autre côté on vit des malades chez lesquels le mercure n'avait pas produit de salivation guérir néanmoins , et l'on essaya la méthode par extinction , comme on l'appelle , c'est-à-dire celle dans laquelle la salivation est considérée comme inutile et même comme nuisible et soigneusement évitée. Comme les guérisons ne furent ni moins nombreuses ni moins solides, et que la salivation avait laissé de tristes souvenirs , on accuellit avec empressement la nouvelle méthode qui a conservé son crédit jusqu'à nos jours.

Ce n'est pas, néanmoins, que des praticiens respectables n'aient employé et n'emploient quelquefois encore la salivation , comme assurant le succès du traitement, dans les maladies syphilitiques graves et rebelles, ou comme moyen d'enrayer immédiatement les progrès de celles qui marchent avec trop de rapidité. Mais de l'examen attentif et du dépouillement de nombreuses observations résulte pour nous celte opinion , que si, dans le premier cas , il est bon que le mercure porte aux gencives pour être assuré qu'il est absorbé et qu'il agit ; et que si , dans.le second , la salivation , rapidement provoquée, peut être doublement salutaire et par la révulsion , et par la médication spécifique, il est inutile et même nuisible de l'entretenir et de la prolonger : on doit, au contraire, et c'est ainsi que nous pyratiquons habituellement, la combattre et continuer le traitement par extinction.

D'ailleurs nous avons envisagé la salivation sans prévention , et si nous la signalons comme inutile et comme nuisible en général, ce n'est pas du tout par la frayeur panique qu'elle nous aurait inspirée, comme elle l'inspire à beaucoup de personnes. En effet, celte affection accidentelle peut êlre maintenue dans des limites telles qu'elle soit fort supportable, et il faudrait avoir bien peu observé et bien mal lu pour croire qu'elle amène toujours la carie des dents et des os maxillaires, ainsi que la gangrène des joues. Nous nous résumons donc en disant que , dans l'état actuel de la science et de la pratique , la salivation est regardée comme un accident du traitement mercuriel , même par les médecins qui admettent la spécificité du mercure ; qu'elle peut avoir quelque utilité dans des cas particuliers et assez rares ; qu'en tout cas elle ne doit pas être entretenue comme on le faisait jadis. ( CcLtEMER et Ratieb. )

SALSEPAREILLE. Sniilax salsaparilla. Plante appartenant au genre smilax de la dioécie hexandrie et de la famille des asparaginées , qui jouit en médecine d'une grande réputation, et qui est employée particulièrement, et même pourrait-on dire exclusivement dans le traitement de la maladie syphilitique. C'est de la racine qu'on fait usage, et ce n'est pas seulement de celle de la salsepareille proprement dite , mais encore de celle d'un grand nombre d'espèces du smiiax , indépendamment de ce que diverses plantes plus ou moins étrangères à ce genre ont été nommées aussi salsepareille , parce qu'on les employait dans des circonstances analogues. Ces plantes , dont les unes sont exotiques et les autres indigènes, sont journellement mêlées à la salsepareille, dont le prix est assez élevé; et l'on a vu bien des malades guéris qui très-probablement n'avaient pas pris une once de véritable salsepareille.

C'est encore un de ces médieamens traditionnels dont la réputation n'est pas près de finir, bien que ses vertus aient été contestées par des observateurs judicieux , et qu'elles ne soient que bien faiblement prouvées par ses défenseurs. Elle est en possession du droit de figurer dans les traitemens non mercuriels, et de s'associer au mercure dans le cas de maladies vénériennes ; et l'enthousiasme peu éclairé qui l'a introduite dans la matière médicale l'y maintient encore en dépit de l'observation, laquelle démontre, en eiïet , que les mêmes résultats thérapeutiques pourraient être obtenus par une foule d'autres agens. Etudions cependant avec exactitude la salsepareille, comparons les idées qui résulteront de cet examen avec celles qui sont le plus généralement admises parmi les médecins, et laissons au lecteur le soin de prononcer.

La salsepareille la plus employée en médecine, et dont nous avons à nous occuper ici , vient de l'Amérique méridionale, d'où elle est expédiée en Europe par différentes voies. On en compte plusieurs variétés plutôt d'après leur provenance que d'apr'es des différences de forme bien réelles , attendu d'ailleurs que , dans le même envoi , se trouvent des racines appartenant bien évidemment à des espèces distinctes. Elle se trouve dans le commerce en grands faisceaux composés de racines longues et pliantes, grosses comme une plume, d'un gris rougcâlre comme sali par la fumée. Un épiderme mince recouvre une écorce assez épaisse et grisâtre, séparée par une couche mince et rose d'un méditulliiim blanc et ligneux. L'otleur de cette racine est Irès-faibleinent aromatique. Quant h de la saveur, elle n'en a pas d'autre que celle de mucilage ou de fécule , principes dont elle est abondamment pourvue Aussi les infusions , les décoctions , les extraits cl autres préparations rie salsepareille ont-ils généralement peu de saveur et d'odeur.

L'emploi médical de la salsepaixille date de l'époque où les mauvais effets de

I l'abus du mercure engagèrent les médecins à tenter d'autres moyens de gué son , et où les sudorifiques commencèrent à acquérir un grand crédit. Cette i cine avait alors tout ce qu'il fallait pour séduire: origine américaine, et p conséquent grande cherté, qui devait faire espérer des propriétés raerveilleus< Elle fut donc recommandée conjointement avec le gayac, le sassafras et squine, groupe connu sous le nom des quatre bois sudorifiques. Mais plus ta elle en fut séparée, on ne sait pourquoi, et fut administrée seule, comme el l'est presque constamment de nos jours Des son apparition en Europe, elle f annoncée comme un puissant sudorifique et préconisée principalement coiit la syphilis. C'est d'ailleurs l'opinion qui s'est maintenue depuis lors , et Ton ii guère cherché à en étendre l'application.

Quand on commença h s'occuper des recherches de chimie organique, la sa separeille dut, une des premières , appeler l'attention des expérimentateurs q voulurent se rendre compte des efl'ets curatifs obtenus, et trouver le princi| actif auquel on devait les attribuer. Alors furent successivement découver deux alcaloïdes : la parigline et la sniilacinc , provenant l'un de l'écorce, l'auti de la partie médullaire de la salsepareille. Mais aucune de ces deux substanc n'a encore été expérimentée séparément , el l'on ne saurait encore fixer d'ut manière précise les propriétés particulières qu'elles peuvent posséder. D'aulrt expériences, dont nous consignerons seulement les résultats, tendent à prouvei \° que de toutes les salsepareilles, les plus riches en extrait sont la salsepareil de la Jamaïque , puis celle de la Vera-Cruz, celle de Caraque , celle de Hondi ras , et enfin celle de Portugal ; 2° que l'eau simple et même l'eau froide sull sent pour enlever à cette substance toutes ses parties essentielles, tandis qi l'eau chaude, et surtout l'eau bouillante, les altère toujours plus ou moins. Cet dernière opinion , nous le ferons remarquer tout d'abord , se trouve en formel contradiction avec la pratique la plus anciennement connue, et qui compte (j( si nombreux et si brillans succès. Autrefois, en effet, on avait coutume (.\\ soumettre la salsepareille à une longue dccoction pour en extraire les parliiU actives , qu'on rapprochait ensuite par l'évaporation ; et c'est d'après cette idé* j qu'ont été préparés dès le principe, et que se préparent encore les sirops, eijj traits, essences, robs de salsepareille qui ont fait la fortune de Laffecteur |j Velnos, Feltz, et autres célébrités du même genre. Nous nous expliquerons alp leurs ( F". Sudorifiques ) sur le mode d'action de ces préparations, qui ont réus '> dans une infinité de cas, et dont les auteurs n'ont eu que le tort d'avoir exploit! à leur profit une vérité dont ils auraient dû fiire part à la société tout entièri'

Ici s'élève une question grave et que nous soumettons aux réQexions des mej decins. D'après les travaux de la chimie moilerne, il semblerait qu'on a loiif<l temps fait usage des préparations les plus vicieuses pour la salsepareille, ij cependant c'est à celte période que se rapportent un nombre de guérisons tro considérable pour pouvoir être démenti. Que doit-on donc penser ? sinon qu'e les ont eu pour cause principale la suspension d'un traitement mercuriel iuten peslif ou exagéré. Car on doit se rappeler que les cas où brillait la vertu curt tive de la salsepareille, étaient justement ceux dans lesquels le mercure av* échoué , c'est-'a-dire ceux dans lesquels on n'aurait pas dû l'administrer, et ceu où, d'ailleurs indiqué, il avait produit des accidens plus ou moins graves. 1^ faut se souvenir encore que les auteurs de matière médicale, et ceux qui oi écrit sur la syphilis , s'accordent à dire qu'on ne peut compter sur l'efTicacité d celte plante qu'autant (ju'on en a fait usage pendant cinq ou six mois ; laps temps qui doit assurément être compté pour quelque chose.

Lorsqu'on fait prendre à un sujet sain, et dont les organes digestifs surtou sont en bon état, la décoction, l'infusion ou l'extrait de salsepareille, on n remarque aucun phénomène particulier qu'on puisse raisonnablement attribue à ce médicament ; il est complètement digéré , et aucune fonction ne parai]^ modifiée d'une manière constante et sensible : on n'a jamais remarqué d'aillenr'l que la transpiration cutanée soit accrue, malgré le titre de sudorifique donni, ) au médicament, à moins qu'on ne l'administre sous forme d'un liquide chaud U abondant, et donné dans les conditions hygiéniques favorables à l'apparitioi ,| des sueurs ; et cela est tellement vrai que les partisans de la salsepareille disen , i eux-mêmes, de la manière la plus précise, qu'elle ne fait pas suer, et qu'ell j agit d'une manière altérante, ce qui est loin d'être aussi bien prouvé que 1 f première proposition , à moins que , dans l'action altérante, ne figurent pou ^ j beaucoup le temps et celte tendance habituelle tle la nature à rétablir l'équi i libre des fonctions. j

C'est donc d'une manière altérante , c'est-à-dire à la façon des spécifiques ■ | sans provoquer de phénomènes appréciables, et seulement en procurant la disj 1 parition graduelle tics symptômes de la maladieque la salseparedle opère, si i'o) j | en croit la plupart des médecins; et nous ne chercherons pas à ébranler uni | foi si bien établie, que la seule tentative d'une démonstration contraire serai,: regardée comme téméraire et subversive de foute idée saine en thérapeutique^ ' Soyons donc seulement historiens. Disons, qu'indépendamment de son enipl( presque exclusif dans la syphilis ancienne et récente, la salsepareille a été en core conseillée dans une foule d'affections diverses où l'on croyait utile de susc; ter la diaphorèse, dans la goutte , le rhumatisme , les névralgies et en gêner: dans les affections douloureuses, de même que dans les inflammations viscérale chroniques et les dégénérations désignées par les noms d'obstructions , de mala dies glanduleuses etc. ; et qu'on l'a même indiquée comme émoUienle, fondante analeptique et aphrodisiaque. Disons aussi que ces dernières assertions ne sor plus guère reproduites de nos jours.

Quanta ce qui concerne l'application spc'ciale au traitement de la maladi syphilitique , nous nous abstiendrons des iilées générales qui doivent être expo sées au mot sudokifiqi'es, et nous nous bornerons à ce qui appartient expie:

SANG

SANG

nent à la salsepareille. On sait qu'au moment de son apparition elle fut em- )yée seulement dans les maladies vénériennes chroniques et rebelles au l itement mercuriel. Alors on la donnait en décoction qu'on préparait avec liucoup de soin et avec une grande quantité de médicament , comme deux , i,atre,six onces et plus par pinte d'eau , qu'on faisait long-lemps bouillir et n'en accompagnait d'un régime extrêmement sévère et de précautions hygiéijfues aussi nombreuses que minutieuses. Dans l'état aigu de la maladie, le traitelènt mercuriel seul était en faveur; plus tard la tisanne et le sirop de salse- |tbeille marchèrent deconcest avec le sublimé et les frictions ; on donna le i)limé dans le sirop et l'on fit prendre aux malades des décoctions moins charl|;s; c'est encore la méthode que suivent aujourd'hui un grand nombre de pralliens. Mais ceux qui ont étudié soigneusement la marche naturelle de la maladie lies effets du traitement, savent que, d'une part, le mercure agit, quelle que soit ||boisson qu'on prescrive avec lui , et que de l'autre, l'action thérapeutique de lisalseparcille n'est pas supérieure à celle de diverses autres substances végékes réputées ou non sudorifiques. Ils savent de plus que , contre les symptô- : s syphilitiques réceus , ce médicament n'est non-seulement pas iiidispensa-

I , mais n'est pas même d'une efiicacité suffisammetit démontrée. D'ailleurs ce [ prouve combien il est nécessaire d'avoir à soi son opinion, c'est qu'on pourrait jr, contre la salsepareille eten sa faveur, des autorités également respectables- /^oici donc exposées les différentes manières de penser et d'agir parmi les-

ijsUes on peut choisir : l'ancienne école administre dans les maladies récentes li décoction de salsepareille préparée par ébullition prolongée , pour laquelle 3 emploie, par pinte d'eau, une once ou deux de racines coupées par petits rceaux et fendues. Cette tisanne est bue en abondance, et dans les maladies étérées une décoclion beaucoup plus forte ( quatre , six , huit onces même ) , icentrée par l'évaporation et convertie quelquefois en sirop ; ces préparations Iministrent sous un moindre volume et à des intervalles assez longs. Quelques iliciens font prendre dans la journée, une décoction faible faite avec le marc U première D'ailleurs , la plupart des recettes qui ont joui de quelque vogue sentent dans leur manière d'opérer quelques-unes de ces bizarres recomman- [ions dont les lumières de la chimie ont fait justice, parce que les unes sont pgnifiantes et superflues, et que les autres , loin d'ajouter à la bonté des pro- |ts, ne font que les détériorer.

iVous signalerons encore ici les additions nombreuses et plus ou moins impor- Ites qu'ont faites à la salsepareille les marchands de remèdes secrets. Cesaddifis sont quelquefois de nature à constituer un médicament tout différent : tels t, par exemple , la chaux et le sulfure d'antimoine.

Les novateurs, au contraire, s'appuyant sur ce que l'eau simple , même à la ppérature ordinaire, dissout bien les principes extractifs qui résident dans orce sans se charger delà fécule tout-à-fait inutile , que contient la partie traie, recommandent de faire infuser dans l'eau froide, sans la fendre, la ine de salsepareille; d'autres approuvent l'eau tiède ; d'autres encore veulent japrès vingt-quatre heures d'inlusion on fisse bouillir le liquide pendant un art d'heure. Enfin quelques uns ont soumis le médicament à l'action prompte puissante de la vapeur d'eau , et ce n'est pas , à coup sûr, le moins bon pro- |é (le tous ceux qui viennent d'être indiqués. L'ex])érience prononcera. De quelque manière qu'elle ait été préparée, la décoction de salsepareille ^ailètre prise chaude, et dans les conditions de repos et de température pro- !s à faire suer, ou du moins à favoriser la transpiration de la peau; ce qui a p bien rarement. Le sirop qu'on en fait se donne à la dose de deux à quatre et qu'à six onces une fois et même deux fois par jour. On s'en sert fréquemment ur administrer la liqueur de Van-Swieten, surtout chez les personnes dont itomac a besoin d'être ménagé. On conçoit alors que la solution mercurielle nduedans un véhicule sucré et extractif, fasse une impression moins pénible r la membrane muqueuse.

II est une condition importante du succès de la salsepareille dans les affec- ■ns dites syphilitiques qui ont résisté au mercure : c'est un régime d'ime ex- ^me sévérité ; c'est ce qu'ont très-bien vu et surtout bien exploité à leur profit

vendeurs de robs , sirops , etc. (F. Ratier.)

iA^Gr, { Pathologie ). De tous les fluides qui entrent dans la composition s êtres organisés, le plus important, sans contredit, est le sang Élément gérateur de toute organisation , le sang est aux animaux , ce que la sève est aux ^étaux. Très-variable d'aspect et de composition , suivant les espèces , nous vons ici nous borner à l'envisager chez l'homme dans l'état de maladie, n'emuntant à la physiologie que les notions indispensables à l'intelligence du sujet. lOduit des éléniens variés qui lui sont fournis parles absorptions digestive, spiratoire , externe et interstitielle, doué peut-être d'un mouvement intime

recevant l'impulsion d'organes spéciaux , le sang est , à son tour, la source fs sécrétions diverses et de celte fonct'on mystérieuse qui , sous le nom de jtrition , préside à la composition de tous les tissus de l'économie. C'est une j!s lois les plus générales de la nature organisée, que les solides puisent leurs ^mens dans les liquides, lesquels, réciproquement, dérivent de la décompolion des solides ; or, le sang est l'expression de cette loi. A peine la molécule lObryonnaire a-t-elle reçu l'animation, qu'un point rouge apparaît au centre :

!îst le rudiment du fluide circulatoire qui va lui-même se créer un appareil , lis fournir aux matériaux de tous les organes , lesquels bientôt réagiront sur i. Si le sang contenu dans les gros vaisseaux nous apparaît comme un corps iplé, dépourvu de ces attributs de l'organisation qui distinguent les solides, il |en est plus de même dans les capillaires ; là tendent à se confondre et le sang les tissus auxquels ce sang se distribue ; au point de contact , il y a fusion de Jture; il n'est plus de limite entre le fluide organisateur et ses produits. Mais ce

DiCT. DE MÉDECINE ET DE CuiRtlRGIE PRATIQUES.

n'est pas là seulement que la force d'organisation du sang nous est révélée ; nous la retrouvons puissante et féconde partout où la fibrine vient à se solidifier. Ici, comme dans l'embryon, des vaisseaux se dessinent, une circulation s'établit , des sécrétions s'opèrent, des tissus se développent. Aussi, verrons-nous bientôt que, chimiquement examinée , la composition du sang diffère peu de celle des solides, dont il contient les principes immédiats.

Dès la plus haute antiquité , l'on a reconnu le rôle immense que joue le sang dans l'organisme; et dans les livres de Moïse (Lévitique, Deuléronome) , il est dit que Vdme delà chair est dans le sang, métaphore non moins expressive que celle imaginée par Bordeu qui, pour exprimer l'identité de composition du sang et des solides , disait que le sang est de la chair coulante. Physiologiquement, on ne saurait donc établir aucune ligne de démarcation rigoureuse entre le sang et les solides. Ces deux parties d'un même tout ne peuvent, en effet, être modifiées l'une sans l'autre. Puisque le sang nourrit les solides , comment l'état des solides ne serait-il pas modifié par l'élat du sang ? Et, d'autre part, si les solides agissent pour faire le sang, un solide quelconque pourra-t-il subir la moindre modification , sans qu'il y ait dérangement dans la nature ou la quantité des matériaux du sang? La physiologie nous conduit donc encore à admettre, qu'à la suite de toute altération des solides , il doit y avoir altération du sang, de même qu'à la suite de toute modification du sang, il doit y avoir modification des solides ; il était essentiel d'insister sur ces pj-incipes fondamentaux. Dès-lors, comLue l'a fort bien dit Bichat , toute théorie exclusive de solidisme ou d'humorisme est un contre-sens physiologique. Cette sentence est cependant demeurée long-temps oubliée. Les théories humorales des anciens avaient conduit à de si fausses interprétations , à de si funestes applications thérapeutiques, que la défiance à l'éganl de l'humorisme était chose toute naturelle. La réaction dépassa les limites, et les faits furent enveloppés dans la même proscription que la théorie. Ce n'est que depuis qu'on a reconnu l'insuffisance du solidisme exclusif, que , par un juste retour, on a pris le parti de demander à l'humorisme épuré la solution de certains problèmes insolubles sans lui. Ces variations sont une conséquence naturelle de la marche de l'esprit humain , dont la destination est d'osciller long-temps avant d'atteindre à la vérité. Nous allons essayer de dresser, en quelque sorte , l'inventaire de nos connaissances en ce qui concerne les lésions du sang dans les maladies , el tâcher de déterminer ce qu'on sait , ce qu'on ignore , et ce qu'il convient de faire pour nous éclairer sur ce point important, mais encore bien obscur de notre science. Nous chercherons à nous appuyer sur l'observation , et nous serons scrupuleux à ne tirer des faits que des inilucîions légitimes.

Si les anciens ont tant divagué sur le rôle des humeurs dans l'économie , c'est surtout parce quils manquaient d'une base indispensable, la connaissance précise de la matière sur laquelle ils raisonnaient. « L'avenir de la physiologie et de la science médicale, dit avec raison M. Donné, est lié à l'étude de la chimie organique età l'analyse élémentaire des produits morbides » . {Recherches sur les propriétés chimiijues des sécrétions ). Et , cependant, les premiers essais chimiques sur le sang ne remontent guère qu'au xvii''siccle ; encore les expériences deBarbatus, de Bohnius, celles même de Vieu3sens,Westrumb, Menziez, etc., ne comportent-elles qu'un intérêt purement historique ( Lecanu ). Jusque vers le milieu du xviiie siècle, nos connaissances positives sur le sang se bornaient à ce que Leuwenhoëck, Lémery, Haller, Dehacn, nous avaient appris sur les globules vus au microscope, sur l'existence du fer et de plusieurs matièies salines mis à nus par la calcination. Mais bientôt l'examen chimique du sang fut singulièrement avancé par les travaux de Rouelle et de Bucquet ; ils analysèrent séparément le sérum et le caillot , et en déterminèrent la composition essentielle. Postérieurement à ces recherches , nombre de chimistes se sont occupés de l'analyse du sang. Berzelius et Brande ont fait l'importante découverte du principe colorant organique, et ont reconnu un composé d'albumine et de soude dans ce que les anciens chimistes avaient pris pour de la gélatine ; Eerzelius et Marcet ont annoncé l'existence de nouvelles matières extractives ; "Vauquelin et M. Chevreul ont séparé de la fibrine une matière grasse analogue à celle du cerveau ; enfin , 'Vogel , Traill , Prévost et Dumas , Lassaigne , Denis, Lecanu , Raspail , etc. , ont successivement perfectionné celte importante partie de la chimie organique. Ilestvrai de dire que les diverses analyses du sang ne concordent guère entre elles, quant aux proportions relatives des principes , et même au nombre et à la nature de ces principes; aussi , nous nous bornerons à l'énoncé des élémens du sang , renvoyant pour plus de détails aux traités de chimie. Nous ne croyons pas devoir nous arrêter aux propriétés physiques du sang, veineux ou artériel, que nous supposons suflisamment connues ; nous arrivons à l'analyse. On trouve comme élémens du sang , Veau en très-grande proportion ; la fibrine qui, selon M. Raspail, n'est autre chose que de l'albumine insoluble alliée à certains sels , Valbuminc , la matière colorante ( hémalosine de Berzelius , cruorine de M. Denis ) , qui n'est point un principe immédiat, mais une combinaison d'albumine et d'une substance particulière que M. Lecanu nomme globuline , laquelle contient beaucoup de fer ; la matière grasse cristallisable , substance pliosphorée , que M. Chevreul compare à la matière cérébrale ; une matière huileuse ( Hewart , Traill ) ; des matières extractives , solubles dans l'alcool et dans l'eau ; de l'albumine combinée à de la ioude et à de Vammoniaque ( Proust, Raspail ) ; des chlorures de sodium et de potassium; des sous-carbonates de chaux , de magnésie , de fer , du peroxide de fer ; Proust y a signalé un hydro-sulfure, des traces d'acide acétique , du benzoate de soude; Brande , "Vogel , Reid , Clanny en ont vu se dégager du gaz acide-carbonique ; M. Denis dit y avoir trouvé de Vosmazome, de la cholestcrine , ce que M. Lecanu révoque en doute , la choleslérine étant un principe composé. Cependant

SANG

SAHG.

M. Félix Boiidet , clans ces derniers temps, y a trouvé aussi la cholestérine,plus un principe particulier qu'il appelle séroline. Les globules du sang, selon M. Raspail, ne sont qu'un précipité alburaineux provenant de rélimination des menstrues ( soude et ammoniaque ). Eu étudiant la nature et les variétés des principes immédiats du sang , M. Lecanu s'est assuré que le sérum les contenait tous, à l'exception de la fibrine et de la matière colorante, de telle sorte que le sang peut être considéré comme du sérum tenant en suspension des globules. Dans quelques circonstances particulières, on trouve dans le sang certains principes (jui ne se rencontrent que dans d'autres humeurs, du moins en quantité appréciable. MM. Orfila , Clarion , Lassaigne , Lecanu ont trouvé la matière jaune de la bile dans le sang des ictériques, matière subdivisée par M. Clievreul, en principe colorant jaune-orangé et en principe colorant bleu. MM. Prévost et Dumas , Vauquelin et Ségalas ont constaté la présence de l'urée dans le sang d'animau.x auxquels ils avaient enlevé les reins. M. Raspail pense, il est vrai , que l'urée a pu être produite parles procédés chimiques eml^loyés pour l'extraire.

Les analyses du sang, trop peu nombreuses et trop variables encore , démontrent cependant , comme on le voit, que ce fluide contient les élémens de la plupart des tissus et des produits de sécrétion. Mais fussions-nous privés de ces notions positives , nous serions encore en droit d'admettre, par simple induction , que le sang renferme , sinon les matériaux tout formés , du moins les elémens de toutes les parties constituantes de l'économie , puisqu'il en est alternativement la source et le produit. C'est ainsi qu'après avoir constaté la présence de la matière colorante de la bile dans le sang des ictériques, M. Lecanu conclut qu'il faut y admettre les autres principes, par analogie. ; car, dit-il , ces principes peuvent être composés et n'exister qu'en élémens dans le sang; tel est le picromel ; d'autres sont en si petite quantité , même dans la matière sécrétée , qu'il doit être bien difficile, sinon impossible d'en constater l'existence dans le torrent circulatoire. Néanmoins, les progrès journaliers de la chimie agrandissent incessamment le cercle de notre puissance à cet égard, ou du moins nous révèlent les raisons de notre insuflisance. C'est ainsi qu'il était démontré depuis long-temps que le sang contient du fer, sans que les réactifs pussent le mettre en évidence ; or, M. Raspail a fait observer que les matières coagulables étaient capables de soustraire une substance métallique à l'action des réactifs les plus énergiques, effet que Rose a directement constaté à l'égard du mélange de l'albumine et de la gélatine avec le protoxide de fer. Il y a plus: certaines substances injectées imraéiliatcment dans le sang ne s'y retrouvent pas , ce que MM. Coindet et Christison ont vérifié pour l'acide oxalique introduit, même en assez grande quantité, dans les veines, et pourtant ce poison produit dans le sang des altérations très-appréciables. De ce qui précède , il résulte : 1° qu'il est rationnel de penser , avec M. Denis, que la nutrition n'a d'autre but que d'appliquer aux organes des élémens qui existent tout formés dans le sang; 2" que l'impuissance de la chimie à démontrer la présence d'un principe dans le sang , est loin d'être une raison sufllsaute pour nier l'existence de ce principe.

Avant de passer à l'étude des modifications que peut subir le sang dans les maladies , voyons celles qu'il présente dans certains états physiologiques. Nous empruntons ce qui va suivre aux précieuses recherches de M. Lecanu. Étudiant à part chacun des principaux élémens du sang, cet observateur habile a constaté que, 1° la proportion de sérum varie dans le sang d'individus de sexe et d'âge difforens; dans celui d'individus de même sexe, mais d'âges dilFérens , la proportion du sérum est plus grande chez la femme que chez l'homme. Il est donc vrai de dire , comme on le répétait empiriquement , (jue la constitution de la femme est , en général, ])lus molle, plus humiite que celle de l'homme. Le sérum est aussi en proportion plus considérable dans le sang des individus lymphatiques que dans celui des individus sanguins de même sexe. Ici, la démonstration est également d'accord avec les idées généralement admises ; mais on r.e remarque aucune relation entre la quantité de sérum et l'âge des individus de même sexe, du moins dans les limites de vingt h soixante ans. Ce résultat contrarie un peu les idées reçues, caron admet généralementque la constitution de l'adolescent est plus humide que celle du vieillard , ce qui peut encore être vrai et dépendre , non de la composition du sang, mais de la rigidité des tissus proportionnelle à l'âge. Cependant, selon M. Denis , dont les expériences, du reste, sont tout-à-fait d'accord , sur les autres points, avec celles de M. Lecanu, la partie aqueuse du sang est plus considérable chez les enfans et aussi chez les vieillards, que dans l'âge adulte où prédominent les parties en suspension. 2° La proportion d'albumine , de fibrine et de matière colorante , en d'autres termes , des substances nutritives (car, selon l'expression de M. Denis, l'élément aqueux du sang parait n'être que le véhicule des élémens nutritifs) , varie dans le sang d'individus de même sexe mais d'âge différent ; elle est moindre dans le sang de femme que dans le sang d'homme , et aussi dans le sang d'individus lymphalhiques que dans le sang d'individus sanguins de même sexe. Ces propositions sont , pour ainsi dire , la contre-preuve des précédentes. Ainsi la proportion des globules est plus forte chez l'homme et chez les individus sanguins ; aussi M. Lecanu est-il d'accord avec MM. Prévost, Dumas et Denis , pour considérer la quantité des globules comme la mesure de l'énergie vitale ; témoins les oiseaux et les carnivores , chez lesquels la proportion des globules est trèsconsidérable. On ne remarque, d'après M. Lecanu, aucune relation entre les quantités de matières nutritives et l'âge des individus de même sexe, du moins dans les limites de vingt à soixante ans; c'est la conséquence de ce cju'il a dit du sérum. Les pertes sanguines dans les deux sexes, le flux menstruel chez la femme , peuvent faire singulièrement varier la proportion des globules;

la différence peut aller jusqu'à moitié. Selon M. Raspail et autres , les saisons l'idiosyncrasie et surtout l'alimentation peuvent influer sur la quantité des glo bules. On comprend combien de pareilles données sont utiles , eu égard à l'appréciation exacte des qualités du sang, comparées à l'état normal de l'individu dans les maladies. Ces expériences exactes, ces observations nui/ie/'/iyMes , ei: confirmant la réalité des faits vaguement admis , nous enseignent à respectei l'expérience des siècles et à professer moins de scepticisme à l'égard des idée: et des préceptes que nous ont légués les anciens. Combien il serait à désirei que des recherches analogues eussent été faites sur le sang dans l'état rarobide M. Lecanu regrette de n'avoir pu exploiter cette mine féconde; cependant quel ques faits isolés l'autorisent à penser que, dans les maladies inflammatoires les globules se trouvent en plus grande proportion, tandis que le contraire; lieu dans les malatlies adynamiques ou putrides.

Nous voici naturellement conduits à exposer ce que nous savons des modiû cations que présente le sang dans l'état morbide. Pour procéder avec quelque méthode dans le développement d'un sujet si complexe , nous allons d'abord étu dier les altérations du sang en elles-mêmes , dans la masse du fluide , puis dan: le sérum et le caillot, enfin dans les élémens chimiques. Nous tâcherons d'ap précier les causes et le mécanisme de ces altérations. Chemin faisant, nous déduirons les considérations pathologiques et les conséquences thérapeutiques qui ressortiront plus spécialement du sujet

Dans l'examen des altérations du sang en masse, nous avons à nous occupei d'abord de la quantité. L'excès de cette quantité constitue ce que l'un de nous M. Andral, appelle hypérémie, laquelle peut être locale ou générale , sthénic|u( ou astliénique , mécanique, etc. Une des grandes diflicultés du diagnostic es d'établir la ligne de démarcation entre la congestion physiologique et la con gestion pathologique, entre celle-ci et l'inflammation proprement dite ; nous ne pouvons nous arrêter à ces questions. Une remarque importante à faire| c'est que I hypérémie locale est loin d'être toujours en rapport avec l'hypérémi^ générale. L'hypérémie générale sthénique constitue une des formes de la plé-, Ihore, qui est une véritable hypertrophie du sang. La pléthore n'est un ^ta morbide que lorsqu'elle détermine des phénomènes locaux, lesquels, W ^ vrai, peuvent se manifester dans plusieurs organes à-la-fois et prendre l'aspçc d'une maladie générale; maladie générale en effet, puisqu'elle lient à l'cxube^ rance du fluide universel. De cet état peuvent résulter des maladies diverses d'abord la fièvre dite inflammatoire, qu'il faut admettre en tant qu'il n'exjiitffi pas encore de localisation bien prononcée ; puis des phlegmasies, hypérémieij , locales , qui viennent compliquer l'hypérémie générale dont elles dépendent des hémorrhagies , des hyiiropisies actives , qui semblent résulter de la transsu-jj ^ dation du sang en nature ou d'un de ses élémens, par le fait du trop-plein tiài^^ l'excès d'impulsion du cœur. L'hypérémie asthénique est constituée parl;^, surabondance d'un sang dépourvu de plasticité, de qualités stimulantes , oi^ stagnant dans des parties impuissantes à le faire rentrer dans le torrent ciicula-ij, toire. L'hypérémie asthénique générale caractérise certaines cachexies dontl£|; nature est très-variable ; elle peut se révéler par des symptômes locaux qui peuvent aussi se montrer indépendamment d'une affection générale. Auxhypcré-. j mies aslhcniques locales se rattachent une foule d'affections dites atoniqucs congestions passives, inflammations chroniques, gangrènes, hémorrhagies^ j hydropisies passives , flux , etc. L'hypérémie mécanique n'est pas moins impory tante à étudier : elle résulte des obstacles apportés à la circulation. On conçoit qu'elle ne peut guère être que locale ; mais elle n'en détermine pas moins des symptômes généraux, tels que la cyanose , des hémorrhagies, des hydropisies essentiellement passives , mais différant des précédentes par la spécialité de leui cause. De l'hypérémie mécanique dépendent les suffusions séreuses qui suivent

l'oblitération des veines, le rétrécissement des orifices du cœur et des gros vaiï seaux : le sang se trouvant arrêté dans les veines, cesse d'absorber ou laisse | transsuder la sérosité. Dans l'hydropisie active , la force agissait « ?er^o ; ici elle se trouve en auant du fluide arrêté par un obstacle. Nous devons mention- \ ner l'hypérémie cadavérique , toujours locale et dépendant simjilement des lois i delà pesanteur; il im[)orte de savoir en discerner les caractères, quant à la ( juste appréciation des altérations morbides étudiées sur le cadavre

La diminution de quantité du sang constitue l'anémie; cet état du sang nie-j,j rite, comme le précédent, une élude sérieuse, nous allons le faire sentir par un exemple : un individu se présente avec des convulsions, du délire et autres phénomènes nerveux. Il s'agit d'appliquer une médication; or l'expérience a démontré que ces symptômes peuvent également se manifester, soit que le cerveau reçoive plus de sang, soit qu'il en reçoive moins que dans l'état normal; dans le premier cas , la saignée sera le souverain remède ; dans le second, elle aggravera les symptômes et pourra devenir funeste. L'anémie peut suivre, accompagner, entietenir la plupart des maladies chroniques : phlegmasies, hydropisies, lésions organiques; l'anémie est la conséquence naturelle de 1 alimentation insuffisante et l'eiret direct des pertes de sang ; elle constitue le phénomène prédominant de la chlorose. L'anémie des vieillards n'est qu'apparente: chez eux, le réseau capillaire paraît s'oblitérer; mais le sang reflue dans les gros vaisseaux. Les vieillards, en effet, supportent assez bien la saignée,! et , dans leurs cadavres, on rencontre les gros troncs artériels et veineux rem" plis de sang.

La pléthore et l'anémie directe sont les lésions du sang que nous combattonsi avec le plus d'avantage, car ce sont celles que nous connaissons le mieux eJ contre lesquelles nous possédons des remèdes spécifiques , à vrai dire : la saignée d'une part, lalimcntalion de l'autre. Ici la certitude de la médecine es

SANG

SA.NG

'aie à celle de la chirurgie, et l'aphorisme suhlald causâ trouve son applica- Dn tout entière.

Le sang peut varier sous le rapport de la consistance. L'cpaississement du ng peut être local ou général. Celui-ci coïncide ordinairement avec Vhyjrémie , mais il peut exister sans elle. Il faut distinguer, en effet, deux pèces de plélhore : l'une par quantité, l'autre par qualité , c'est-à-dire par •cdominance relative des éiémens stimulans du sang. L"épaississement du ng se reconnaît soit à la lenteur avec laquelle il s'écoule de la veine , soit 1 volume du caillot qu'il forme dans le vase; on dit alors que le sang est riche. e sang offre en général plus de consistance ou de plasticité chez les individus ibustes et dans les maladies inflammatoires ; cet épaississemeut résulte d'une imentation succulente et de l'activité de l'hématose , d'une élaboration par- :ulière , inconnue, qu'il subit dans certaines phlegmasies ou autres affec- )ns sthéniques; d'autres fois il est le résultat de la soustraction des éléraens juides , comme dans le choléra-morbus , quelques hydropisies , certains flux , la suite desquels le sang trouvé dans les vaisseaux a la consistance d'un sirop i d'une marmelade , ce qui résulte tiès vraisemblablement de l'abondance is selles et des vomissemens liquides qui , dans le choléra , ont offert à malyse la composition du sérum ( Lecauu ) ; ou des exhalations séreuses ms ihydropisie, ou des sueurs, des urines, de la salive dans d'autres rconstances. Dans tous ces cas l épaississement paraît être un effet purement lysique. Quelques praticiens, MM. Magendie et Piorry en particulier ; ont it d'heureuses applications de ce principe à la thérapeutique. L'épaississeent local s'observe lorsqu'une cause quelconque entrave la circulation dans 1 point donné du réseau circulatoire. C'est ainsi que des caillots peuvent se rmer dans le cœur et les gros vaisseaux pendant la syncope ou durant igonie. Un des premiers effets de l'inflammation vasculaire est de déterminer coagulation du sang ( Cruveilhier ). En appliquant ce principe à l'inflamation capillaire , peut-être aurons-nous le secret de la stase des globules iservée au microscope , dans la seconde période du travail inflammatoire, est sur le phénomène de la coagulation par arrêt du sang qu'est basé le iitement des anévrysmes par la ligature. M. Leroy ( d'Etiolles ) a proposé , cemment , de traiter ces maladies en exerçant une compression sur deux lints différons de l'artère, a£in de déterminer la coagulation du sang dans ntervalle. Certaines substances injectées déterminent subitement cette coadation , propriété dont il serait peut-être [)ossible de tirer parti en chirurgie. 3 sang, coagulé pendant la vie, peut subir ensuite diverses modifications que )us examinerons plus tard.

L'état inverse ou fluidité du sang, coïncide ordinairement avec l'anémie, et suite soit d'une alimentation insuffisante , d'une nutrition vicieuse, comme ms le scorbut ; soit d'une perturbation dans la cràse des fluides , comme chez s animaux surmenés , dans le cours des maladies dites putrides , dans cerines cachexies , comme les scrofules, la chlorose, etc ; soit enfin de la perle !S éiémens solides : c'est ainsi que, dans les hémorrhagies abondantes et prongées , le sang dépouillé de fibrine finit par couler pâle et séreux. Alors, sent les gens du monde, le sang se tourne en eau. La dissolution du sang ins les affections adynamiques et putrides , le typhus , les exanthèmes comiqués de malignité , a été supposée par les anciens et constatée par Chirac, orton, Cullen , Huxam , Pringle , Morgagni , Haller, et par la majorité des aticiens modernes comme par nous-mêmes. Si , dans certains cas de fièvres aves, cette altération ne s'est pas rencontrée, c'est que , peut-être, selon la marque de Lobstein , n'a t-on pas assez distingué la période d'irritation de Ile d'adynamie , c'est-à-dire le temps où l'élément inflammatoire domine , ! celui où la résorption des matières putrides a déterminé cette dissolu- )n du sang. II y a des cas où le sang, entièrement liquide, ressemble à de la atière colorante rouge, brune ou noire; d'autres fois , au lieu de former un illot, le sang dépose une sorte de purée homogène, d'un brun foncé ou d'un is sale , ressemblant plus à de la sanie qu'à du sang. La dissolution clu sang !ut , par elle-même , et sans hypérémie, devenir cause d'hémorrhagies ; car doit suffire, pour que le sang transsiide à travers les tissus, que les quais de ce fluide soient modifiées de telle sorte que ses molécules aient perdu iir force de cohésion accoutumée. Alors le sang s'échappe des vaisseaux , et , , plusieurs points de l'économie , se produisent simultanément des hémorrha- ;s remarquables par l'absence de tout travail d'irritation là où elles ont !u ; c'est ce qu'on observe , en effet , dans le scorbut, dans les fièvres lyloïdes , etc.

Par la raison que nous avons des moyens de modifier, dans certains cas, la lanlité du sang , nous en possédons aussi pour modifier sa consistance , rsque ces attributs sont réunis, c'est-à-dire lorsque c'est la nutrition seule li pèche par excès ou par défaut ; car dans les cas d'infection putride ou de chexie profonde , nos notions théoriques sont trop souvent stériles pour la •alique.

La couleur du sang peut varier suivant une infinité de circonstances , de spositions constitutionnelles ou accidentelles , naturelles ou artificielles. Le ng veineux devient d'un beau rouge par le mélange de l'oxigène ou du gaz nmoniaque , rouge violet par le gaz oxide de carbone , deuloxide d'azote , i^drogène carboné; rouge-brun parles gaz azote, acide carbonique, hy- •ogène , protoxide d'azote ; violet foncé passant au brun-verdâtre par l'hy- "ogène arséniqué ou sulfuré ; brun-marron par le gaz hydro-chlorique ; brun- )ir par le gaz sulfureux ; brun -noir passant au blanc jaunâtre par le dore, etc. ; et remarquez que ces résultats artificiels se reproduisent dans usieurs circonslances physiologiques et pathologiques telles que l'hématose

et divers genres d'asphyxie. Chez les personnes délicates, lymphatiques, anémiques, après les grandes hémorrhagies , le sang est à-la-fois pâle et séreux ; chez les individus mélancoliques, hypocondriaques, hémorrhoïdaires , dans les maladies de langueur, dans les maladies du cœur, selon Reil , Meckel , Kreysig et autres ; dans le scorbut, le choléra épidémique , les fièvres graves, etc. Le sang est foncé ou noir, phénomène qui, d'après les docteurs Stevens et Turner , tiendrait, dans ces derniers cas , à la disparition des principes salins. Le sang veineux est clair et vermeil quand la circulation est rapide, comme dans les lièvres inflamm;itoires. Quelquefois le sang s'est présenté sous une apparence laiteuse : Chrislison en a réuni nombre d'exemples dans un intéressant mémoire sur la cause de ce phénomène qu'il attribue a la présence d'un corps gras dans le sang et non pas à l'excès d'albumine comme on le pense généralement , car, dit-il , le blanc d'œuf, composé d'albumine pure , est limpide. Mais l'albumine , sans être en excès , peut avoir été troublée par uu principe coagulant, comme dans le cas suivant : en 1829, M. Gendrin publia l'observation d'un homme atteint de vertiges, dont le sang, au sortir de la veine, était trouble , d'un rouge clair, et devenait rouge blanchâtre , marbré, à mesure qu il se refroidissait. Quelques gouttes tombées sur le carreau blanchissaient en peu d'instans et prenaient l'aspect du chocolat au lait. Au bout d'une demi heure, le caillot nageait dans une grande quantité de fluide blanc et opaque, tout-à-fait semblable à du lait, o De là , dit M. Raspail , grande rumeur parmi les médecins et les chimistes. Or , cela s'expliquait par la formation d'un acide, d'origine inconnue, lequel avait favorisé la coagulation de l'albumine et produisait ainsi l'aspect marbré du sang et lacté du sérum. En effet, analysé par M. Cavcntou, ce sérum ne contenait plus d'albumine et !a présence de l'acide était directement prouvée par l'action du liquide sur le carreau. » Les progrès d'une inflammation , ajoute M. Raspail , sont capables de produire sur le sang des effets analogues. On sait que le sang présente une couleur jaune dans l'ictère bilieux , dans l'ictère des nouva%u-nés , dans l'endurcissement cellulaire, après la morsure des serpens venimeux. Fourcroy rapporte que, chez une femme qui eut des hémorrhagies ]>ar les paupières, les narines et les oreilles , le sang, d'abord de couleur brune , passait bientôt au bleu. Enfin la couleur du sang peut varier dans la même affection , et l'un de nous , M. Andral, l'a vu , dans la fièvre typhoïde , devenir successivement rosé, lie-de-vin , grisâtre, noir , etc.

Au lieu de cette iawu/' douceâtre (jui le caractérise , le sang peut offrir dos nuances de sapidité très-variées. Lauer dit l'avoir trouvé d'un goût salé chez deux femmes affectées de syphilis , acidulé dans le rachitis. Il est légèrement amer dans l'ictère. Les modifications de saveur du sang ont été peu étudiées.

Le sang comporte une o</e^/r nauséabonde dans le scorbut et dans la variole confluente , selon Haller qui , sans doute n'a pas confondu l'odeur du sang lui-même avec celle de la suppuration des pustules varioliques. 11 présente la même odeur dans les fièvres malignes ou putrides ; dans celles-ci même Huxam prétend lui avoir trouvé une odeur réellement putride au sortir de la veine. M. Barruel a trouvé que le sang traité par l'acide sulfurique, exhalait l'odeur propre aux animaux dont ce sang provenait: ne pourrait-on pas tirer parti de ce mode d'exploration en pathologie où les conséquences immédiates sont moins graves qu'en médecine légale? si l'odeur du sang était autre que celle naturelle à l'homme on en conclurait que ce liquide a subi quelque altération.

La chaleur du sang offre des variations dans les maladies. Lauer prétend que , dans les affections inflammatoires , le sang conserve plus long-temps sa chaleur à l'air libre , surtout lorsqu'il se couvre d'une couenne. Dans la C3'anose , on a vu sa température tomber de 32° à 21" ; dans le choléra épidémique on l'a trouvé à 24° , celui d'un individu pleurétique étant à 20°. On sait que le corps et le sang, par conséquent , conservent plus long-temps leur chaleur dans l'asphyxie par le gaz acide carbonique et dans la fulguration. On pourrait faire des expériences comparatives plus multipliées et plus exactes dans diverses maladies, aujourd'hui que les moyens d'apprécier la chaleur ont été perfectionnés, récemment encore par MM. Becquerel, Breschet et Pelletier.

A l'égard de l'clectriciLe du sang et de ses variations , beaucoup d'obscurités régnent encore ; et d'abord l'électricité augmenle-t-elle ou diminue-t-elle la température du sang ? Aux observations de Schubler , Albers de Bonn et Julia Fonlenelie qui prétendent que le sang électrisé perd de sa température, on peut opposer celles de Jalabert , 'Voila , Bertholon , Barneveld , Siruve et surtout celles de 'Van Marum et des expérimentateurs que nous allons citer, observations qui prouvent précisément le contraire. Un fait bien favorable aux recherches sur l'électricité du sang, c'est la loi signalée par M. de HumboKlt, admise et développée par Berzelius , et confirmée par les expériences deScudamore: que les phénomènes électriques sont eu rapport avec ceux qui accompagnent le dégagement de calorique ; aussi les expérimentateurs modernes ont-ils donné à leurs expériences sur la chaleur et l'électricité des divers organes le nom d'expériences thermo-électri(jues , parce que ces deux propriétés s'explorent à-lafois. Bellingeri dans ses expériences directes sur le sang dans les maladies, a constaté que ce fluide possède une électricité propre, qu'il conserve indépendamment de celle de l'atmosphèi e. De l'exploration dusangdans le rhumatisme , la goutte, la péripneumonie, l'hydrothorax, la fièvre intermittente, la phthisie , la syphilis , Bellingeri conclut : I" que le sang a dans chacune de ces maladies un état électrique différent ; 2° que dans l'état de santé le sang contient plus d'électricité que dans l'état d'inflammation violente; 3° que le sérum, séparé du cruor , n'a plus d'action sur l'électromètre. Le second résultat , dit Lobstein , provient-il de ce que le sang dans les maladies inflammatoires, abandonnerait aux organes son excédant de fluide électrique? scion Rossi , le sang , dans les

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fièvres graves , présenterait un état électrique clifTérent de celui qu'il comporte dans l'élatsain. Certes, c"en est assez de ces expériences jointes à celles si variées (pfcn a tentées sur l'électricité du système nerveux , pour autoriser les applications nombreuses que, dans ces derniers temps, on avoulu faire de l'électricité à la thérapeutique. Uécemment encore, MM. Coudret et Fozambas ont conçu l'idée de soulager les parties souffrantes en leur soustrayant l'électricité au moyen d'un appareil fort simple qu'ils appellent électro-moteur. Toujours esl-il que nous en savons assez pour poser en principe qu'un des élémens du sang, l'électricité, peut être altéré en plus ou en moins.

Voilà pour les altérations des propriétés physiques du sang considéré en masse, réiiélrons plus intimement dans sa substance et voyons quels sont les élémens hétérogènes qui peuvent modifier sa constitution. La production de ces élémens peut être spontanée, idiopathique , c'est à-dire résulter d'un mouvement intime , de réactions réciproques entre les principes du sang, ou bien ils peuvent provenir de l'irruption de certains autres matériaux de l'économie dans le torrent circulatoire, matériaux qui peuvent être des produits normaux on anormaux ; ou bien encore ces élémens étrangers viennent du dehors et sont introduits par voie d'absorption, ou plus directement par transfusion dans les vaisseaux. Quelque lucides que soient ces distinctions en théorie, il est souvent difficile d'eu faire l'application , et de déterminer si tel élément hétérogène est de production spontanée ou s'il provient des absorptions. Bien plus, il est des cas où l'introduction d une substance étrangère est incontestable et où pourtant il est impossible de la constater dans le sang ; nous l'avons vu pour l'acide oxalique injecté dans les veines. Mais lorsque la chimie est impuissante, la présence de ces corps peut être constatée par certains caractères qui leur sont particuliers, tels que la couleur, l'odeur, etc.; ou par les modifications qu'ils impriment aux propriétés physiques du sang; car toute variation dans ces propriétés en indique une dans la composition; ou enfin par la physionomie, la succession des symptômes morbides que ces corps déterminent. Dans l'énumération que nous allons faire, nous suivrons, autant que possible, un ordre phy- .siologique , ayant soin d'indiquer les nombreuses obscurités que nous devons renconfrer.

D'après les expériences de Tiedeman et Gmelin , Magendie, Fodéra , Dulrochet, etc. , quantité de substances peuvent passer des organes digestifs dans les voies circulatoires : telles sont l'indigo, la garance , la cochenille, la gomme gutte, la rhubarbe, le camphre, le musc, l'alcool, la térébenthine, l'assa-fcetida, certains sels de potasse , de fer , de baryte , etc. , etc. C'est en passant des organes digestifs dans le sang et de là dans les mamelles , que les remèdes administrés à la nourrice vont médicamenter le nourrisson : ici le résultat thérapeutique n'équivaul-il pas à la démonstration chimique? C'est par la même voie qu'agissent quantité de poisons septiques et autres ; c'est par là, manifestement, qu'une alimentation vicieuse va modifier la crâse du sang et déterminer la cachexie scorbutique, par exemple.

La respiration est peut-être une source encore plus féconde d'altérations humorales, plus féconde en ce qu'elle s'exerce continuellement et peut s"emparer des élémens morbides les plus subtils répandus dans l'atmosphère : par là pénètrent les molécules métalliques ou autres , susceptibles de déterminer des empoisonnemens divers tels que la colique de plomb, le tremblement mercuriel, etc.; les gaz qui déterminent les divers genres d'asphyxie, les effluves et les miasmes, dont pourtant la chimie n'a point encore révélé la présence dans le sang, présence qui n'en est pas moins constatée et par la nature même des symptômes, et par l'analogie des phénomènes morbides avec ceux que détermine l'introiluction artificielle des matières putrides dans l'économie. M. Roche a très-ingénieusement développé la théorie des fièvres intermittentes par intoxication du sang [Jouin, hebd. , 1833) ; les expériences de MM. Gaspard, Leuret et Dupuy, Magendie, Bouillaud, Gendrin, etc. , ont surabondamment démontré que les miasmes introduits par une voie quelconque sont la cause formelle des affections putrides. Néanmoins on a vu l'affection typhoïde se développer dans des circonstances hygiéniques extérieures les plus salutaires en ap|)arence ; ces exceptions au principe que nous énonçons seront plus rares qu'on ne pense si , comme l'a fnit M. Bouillaud {Traité des fièvres), on veut tenir compte des absorptions qui peuvent s'opérer dans l'intimité des organes contenant des sources d'infection, telles que des foyers gangréneux, purulens, ou même de simples accumulations de matières fécales. Les faits ont ici trop d'importance pour que nous n'entrions pas dans quelques détails.

C'est en 1822 que M. Gaspard, le premier, publia des expériences constatant que des matières putrides injectées dans les veines des animaux produisaient un ensemble de lésions et de symptômes très-analogues à ce qu'on observe dans certaines maladies spontanées. En 182G MM. Leuret et Dupuy imaginèrent d'introduire dans le tissu cellulaire , et d'injecter dans les veines d'un cheval sain du sang provenant d'un autre cheval atteint du charbon , opération d'où résulta le développement du charbon chez l'animal d'abord eu bonne santé. Dans son ouvrage sur les fièvres , M. Gendrin rapporte l'histoire d'un écorcheur qu'il soignait d'une fièvre dite putride , avec éruption de pustules gangréneuses. Une once de sang tirée d'une veine de ce malade fut injectée dans le tissu cellulaire de l'aine d'un chat. On observa tour-à-tour chez cet animal des vomissemens copieux de bile d'abord jaune, puis verdâtre , de la dyspnée, un pouls petit, fréquent et irrégulicr , une langue sèche et brune, une prostration de plus en plus grande, et, par intervalles , vers la fin , quelques mouvemens convulsifs. La mort eut lieu six heure;, cinquante minutes après l'injection. Les lésions suivantes furent trouvées sur le cadavre : la peau de l'aine était décollée ; le tissu cellulaire était mou , comme pulpeux , d'une cou-

leur jaune cendré ; il répandait une odeur fétide et était parsemé de petites taches rouges. La muqueuse gastro-intestinale était dans un état physiologique; celle des voies respiratoires était d'un brun rougeâtre. Les poumons contenaient du sang noir : ils étaient parsemés de taches noires, brunâtres; partout le sang était liquide et noir ; il y avait dans la plèvre gauche deux onces environ de sang noir très-séreux. Le cœur était flasque, mou. Pas de lésions dans le cerveau ni dans la moelle épinière. Le cadavre de l'animai exhala promptement une odeur fétide. Du sang fourni par une épistaxis survenue chez le même malade fut injecté dans la veine crurale d'un chien : celui-ci succomba avec la même série de phénomènes que l'animal soumis à la précédente expérience.

Dans son histoire des inflammations, le même auteur rapporte quelques expériences où il a injecté dans les veines d'animaux du sang d'individus atteints de variole confluente : des symptômes très-graves, rapidement mortels se sont manifestés , et , à l'ouverture des cadavres on a trouvé plusieurs organes fortement enflammés. Ces faits rappellent l'observation si souvent reproduite de Duhamel sur un bœuf surmené, dont le sang produisit, par simple contact, chez quatre individus , des affections gangréneuses dont deux furent mortelles.

Le poumon parait être la voie des miasmes contagieux admis pour le typhus, la scarlatine, la rougeole , etc. Les virus proprement dits pénètrent plus spécialement par la peau. L'existence des virus est peut-être plus problématique, et leur action plus occulte encore que celles des miasmes. Néanmoins ils se révèlent par des symptômes tels que le soupçon de leur mélange avec le sang m équivaut presque à une certitude, dans la variole, la rage, la syphilis, par ' exemple. I-a preuve des virus existe, pour ainsi dire, dans les venins : ici l'introduction d'un principe délétère matériel est manifeste, et personne ne révoque en doute son action sur l'économie et sur le sang en particulier. Parlalji peau pénètrent une foule de substances vénéneuses ou salutaires ; c'est suree principe que sont fondées les méthodes iatraleptique et endermique. On conçoit | que dans une foule de circonstances les absorptions digestive, respiratoire et iji cutanée se combinent pour produire des altérations du sang.

M. Roche s'est attaché à prouver par l'évolution des symptômes, la réalité dfis É altérations du sang dans les cas où la chimie reste muette. Dans les fièvres in- | termittentes , le typhus , la fièvre jaune , la peste , les maladies éruptives , les \ phénomènes morbides se succèdent dans un ordre tel qu'ils accusent ostensi-, il blemeut la présence d'un agent hétérogène introduit dans l'économie, et que l'économie s'efforce d'expulser : le malaise, le frisson du début indiquent l'introduction du corps étranger et sont les premiers effets de son contact avec les organes; la réaction qui suit est constituée par l'ensemble des efforts élimina- fi teurs; enfin , les crises qui surviennent par les sueurs , les urines, la diarrhée, *; les sudamina , les péléchies , les bubons, la gangrène, signalent la période « d'élimination. Or , cette série de phénomènes se présente dans les expériences*! où l'introduction de l'agent morbide est manifeste. De ces considérations M. é; Roche déduit la preuve de la contagion : si l'agent qui a produit la maladie, | dit-il, est expulsé en nature, avec ses caractères primitifs, il est évident que, transporté sur d'autres individus, il pourra déterminer une maladie semblable, h Beaucoup de circonstances, il est vrai , peuvent modifier ce résultat. Cette doc- | trine , selon l'auteur, donne un caractère rationnel aux méthodes de traitement ij^ usitées : c'est ainsi que les saignées , les purgatifs auront pour effet d'opérer ^ l'élimination de l'agent morbide {Jour. hebd. 1833). Nous avons reproduit les ■ idées de M. Roche pour faire apprécier l'intensité du mouvement réactionnaire qui reporte les esprits vers les doctrines de l'antiquité, mouvement qu'il faut suivre , mais avec la réserve que commandent l'incertitude et l'obscurité de nos lumières en ce qui concerne l'essence des maladies.

Des gaz peuvent se produire accidentellement dans le sang. Péchlin , selon ij Lobstein, est un des premiers qui ait entrevu ce phénomène; et cependant!) Hippocrate admettait des apoplexies gazeuses. Morgagni {de sed. epist 5) a réuni li une foule d'observations de ce genre ; les modernes en ont recueilli en grand U nombre. Les auteurs ne sont pas d'accord sur l'origine de ces gaz : les uns 1^ f| attribuent aux altérations ou au simple ralentissement du sang, d'autres sug- si posent qu'ils se sont introduits par les voies respiratoires. L'altération du sang \. nous parait être la cause manifeste dans les cas nombreux où ce développement | de gaz accompagne les affections dites putrides ou les empoisonnemens par les i| matières septicjues. Toujours est-il que par eux-mêmes ces gaz peuvent déteri)|j- |lj ner des accidens graves. 1: j.

Peut-être est-ce le désir d'expliquer ces accidens qui a suscité l'idée d'injecter <i l'air dans les vaisseaux. C'est à Wepfer qu'on attribue les premières expériences |] de ce genre, bien que Redi, avant lui , en ait publié de semblables. Tous les expérimentateurs ont observé les terribles effets de ces injections, qui causent j] instantanément la mort. Ceci n'était pourtant qu'un simple objet de curiosité, j< lorsqu'en 1821 M. Magendie crut voir le phénomène de l'introduction de l'air |l dans les veines s'effectuer spontanément chez un malade opéré d'une tumeur |l volumineuse de l'épaule. Depuis lors des observations analogues se sont multipliées, et cet accident est devenu un des plus redoutables dans les opérations pratiquées au voisinage des gros troncs veineux qui partent du cœur. Nous n'avons point à examiner ici comment arrive la mort ; il nous suflit de constater le fait en tant qu'il constitue un mode particulier d'altération du sang. j?)

Nous arrivons à l'examen des élémens d'altération que le sang puise dalis l'économie. Parmi les conquêtes de la science, les plus belles , sans doute, sont celles qui fournissent des lumières à la thérapeutique ; telle est la découverte du rôle que jouent dans les maladies certains principes étrangers qu'oiif^etrouve dans le sang : on pressent que nous voulons parler des recherchc^e M. Magendie sur la giavelle , et de celles qui ont jeté quelque jour sur la

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ire de la goutte, dans laquelle, selon M. Masuyer, le sang contient de l'acide rique en excès ; maladies dont on peut jusqu'à un certain point se préserver ; quelquefois guérir eu se privant de tels ou tels aiiniens fortement azotés qui Ivorisent la formation de Turée, base des concrétions arthritiques et urinaires. ,'auti'es pi'oduits de sécrétion peuvent se rencontrer dans le sang; lelle est, )inme nous l'avons vu, la matière colorante de la bile, qui donne lieu à l'icre et entre peut-être comme élément dans les phénomènes de la fièvre dite lieuse. Tels sont aussi l'urine , dont la diffusion est la cause très-probable de fièvre uriueuse, si l'on s'en rapporte à l'odeur des excrétions ; le lait, dont jli conçoit tout aussi bien la déviation , à l'appui de laquelle la science moderne assède quelques observations qui seraient plus concluantes si nos moyens chiiques nous permettaient de bien distinguer le caséum de certains principes ji affectent les mêmes apparences. Il convient de faire observer que des doutes ,iistent encore dans l'esprit des physiologistes , quant à la question de savoir jces produits, rencontrés dans le sang , sont le résultat de la résorption des iatières sécrétées , ou s'ils ne sont que l'exagération , l'accumulation d'élémens istant normalement dans le fluide circulatoire. Quoi qu'il en soit, ces faits ■nt des plus précieux pour la pathologie.

Le produit des sécrétions morbides peut aussi venir se mêler au sang, et l'on inçoit combien ce mélange peut devenir funeste. D'après les observations et les avaux d'une foule d'observateurs modernes, le fait de la résorption du pus n'est us un objet de doute pour personne. Le seul point de contestation entre les obrvatcurs est celui de savoir si ce pus est absorbé par molécules qui vont ensuite riter les parenchymes et déterminer là de nouveaux foyers de suppuration, ou si pus est absorbé en masse et va se déposer en nature au sein des tissus pour y forer en quelque sorte des collections passives. La première opinion, déjà très bien posée parMorgagni {de sed. epist. i.) et Quesnay (t/e la suppuration) a été réceraenl soutenue par Dance , MM. Blandin et Cruveilhier; la seconde théorie est lie des anciens . de Van Swiéten , de J. L. Petit, et se trouve soutenue par onteggia , MM. Ribes et Velpeau. Ce n'est pas ici le lieu de discuter la prééinence de l'un ou de l'autre de ces systèmes , qui peut-être ne s'excluent pas icessairement. D'autres produits morbides peuvent également passer dans le ng : on a surpris, pour ainsi dire, la matière tuberculeuse, la matière encélaloide pénétrant d'un foyer dans les veines émergentes. Il y a plus : ces prolits (pus , tubercule , encéphaloïde) peuvent se former de toutes pièces au sein la masse sanguine. On ne compte plus aujourd'hui les observateurs qui , puis Bichat , ont rencontré du pus soit au centre de caillots sanguins , soit ns le cœur (Velpeau , Guersent ) , comme nous en avons vu plusieurs exemes , soit dans les gros vaisseaux. Mais personne que nous sachions , n'a songé léduire de ce fait les conséquences qui en dérivent pour la théorie de l'inmmation ; si ce n'est l'un de nous , M. Forget , qui a laissé percer ses idées à t égard (Journ. hebdom. 1834). Si le pus , en effet, peut s'engendrer au sein an caillot , la suppuration, pour se former, n'aura plus besoin du concours s solides , car chaque molécule de sang , arrêtée dans les capillaires , pourra re considérée comme apte à produire du pus , les vaisseaux ne faisant plus flice que de réceptacles inertes en quelque sorte. M. Cruveilhier s'est inscrit ntre la génération du pus par le caillot : selon cet habile observateur le pus est crété par les parois du vaisseau et s'infiltre dans le caillot au centre du(]uel il dépose. Outre que les parois vasculaires ne sont pas toujours enflammées et ppurantes , outre que nous ne concevons pas bien ce dépôt au centre d'un illot, sans dilution de la masse totale, nous opposerons à l'opinion de M. Ci uilhier la formation de pus au centre de caillots trouvés presque enlièrement ires dans les cavités du cœur. Cette théorie humorale de la suppuration trouve solides appuis dans les idées que nous avons , depuis Hunter, sur la force organisation qui réside dans la fibrine , et surtout dans les observations mioscopiques les plus récentes, sur l'inflammation et le mécanisme de ses phases ;rerses. Ce n'est point ici le lieu d'insister sur un aperçu que nous livrons aux ïditalions du lecteur.

Béclard avait déjà rencontré de la matière encéphaloïde au sein d'un caillot ifermé dans le cœur, lorsqu'en 1826 M. Velpeau en rencontra un autre ns un caillot de la veine-cave ; Mareschal , en 1828 , a trouvé des tubercules ns du sang coagulé ; depuis , de pareilles observations se sont multipliées

sont venues donner à penser sur ces cachexies , ces diathèses , ces maladies nérales des anciens, que les modernes se sont efforcés de localiser et qui , ut-être, ont leur source dans certaines modifications des fluides , mal appréies encore. Des concrétions calculeuses peuvent se former dans les vaisseaux, ncrétions que quelques-uns prétendent s'être formées dans l'épaisseur des niques , mais qui pourraient bien avoir pour origine de petits caillots de 3g, comme le pensent Lobstein et M. Velpeau. Dans les vaisseaux peuvent endre naissance des êtres animés, des entozoaires : un de nous , M. Andral, M. Breschet ont rencontré des hydaiides jusque dans Tintéi ieur des veines limonaires ; d'autres espèces de vers ont été rencontrées dans les vaisseaux

certains animaux. C'est que dans le sang, nous le répétons, gît une issance organisatrice dont on n'a pas calculé toute la portée. Quelles que soient , du reste , les idées qu'on se fasse sur le mode de formam de ces produits divers : qu'ils prennent naissance dans le sang ou qu'ils ■ trouvent introduits d'une manière quelconque ; toujours est-il qu'en se mbinant avec lui ils en changent parfois complètement la nature. Il est artit qu'à la place du sang on n'a trouvé qu'une matière plus ou moins consisnte , grumeleuse, friable, d'un gris sale, assez semblable soit au pus demi ncret de certains abcès froids , soit à la sanie qui s'écoule d'ulcères de mauise nature , soit encore aux masses encéphaloïdes du foie , lorsqu'elles sont

DiCT. DE MÉDECINE ET DE CbIBURGIE PBATIQCES.

réduites en détritus et rougies par un peu de sang. Tantôt cette matière n'existe que dans quelques vaisseaux, tantôt on la rencontre dans la presque totalité de l'arbre circulatoire. Le plus souvent il existe en même temps dans la trame de plusieurs solides des sécrétions morbides , purulentes ou autres , formées par une matière qui a la plus grande analogie avec celle trouvée dans les vaisseaux. Chez une femme qui succomba, à la Charité , avec tous les signes d'une double affection chronique du poumon et des voies digestives , un de nous, M. Andral , trouva au devant de la colonne vertébrale une énorme tumeur constituée par une agglomération de ganglions lymphatiques qui, à la place de leur tissu normal, n'offraient plus qu'une bouillie inorganique grisâtre ou rougeâtre. Une semblable matière apparaissait dans le foie sous forme de masses arrondies et isolées; elle se montrait aussi dans la rate où elle semblait comme déposée dans les cellules de cet organe, à la place du sang qu'elles contiennent ordinairement; enfin, en plusieurs points des poumons, on voyait des lobules infiltres de cette même matière. Un grand nombre de rameaux de l'artère pulmonaire contenaient, au lieu de sang, une matière grumeleuse, d'un gris rougeâtre , d'un aspect semblable à celui de la matière trouvée dans les ganglions niésenlériques , le foie , la rate et les poumons. Les cavités droites du cœur, l'artère pulmonaire et ses premières divisions contenaient du sang peu coloré et mal lié. Chez une autre femme , atteinte d'un cancer utérin en détritus, toutes les veines de la matrice et le tronc de la veine-cave jusqu'à son passage dans le foie, étaient remplies par une matière demi liquide , sanieuse , d'un blanc grisâtre ou rougeâtre. Chez un homme encore jeune , qui avait dans un grand nombre d'organes des masses encéphaloïdes ramollies, les veines cave inférieure , rénale , splénique , quelques rameaux des veines sus-hépatiques et des vaisseaux pulmonaires étaient remplis par une sorte de détritus d'un gris rougeâtre, sans adhérence aux parois veineuses qui, dans ce cas d'ailleurs, non plus que dans les précédons , n'offraient aucune trace d'altération appréciable. Voilà des types de cachexies cancéreuses. Eh bien, autant on peut en observer dans la cachexie scrofuleuse dont M. Baudelocque a si bien analysé l'essence humorale; dans l'affection tuberculeuse, qui a tant d'affinité avec les scrofules et dont M. Roche , dans l'article phthisie de ce dictionnaire , a développé avec un talent original le mode de formation par altération des liquides. Nous pensons en avoir dit assez pour faire apprécier l'influence que le sang en masse peut exercer dans les maladies ; il nous reste à le décomposer pour étudier les altérations de ses élémens séparés. Les détails qui précèdent nous permettront d'être bref dans ce qui va suivre.

Après sa sortie du vaisseau, le sang dans l'état normal subit une espèce de séparation spontanée de ses élémens, séparation qui consiste dans la formation du sérum et du caillot : celui-ci spécialement formé de fibrine et de matière corolante, le sérum composé en très-grande partie d'eau et d'albumine en dissolution. Cette séparation est plus ou moins prompte et parfaite selon certaines circonstances pathologiques : elle est prompte dans la pléthore et dans les maladies inflammatoires, comme le fait voir l'observation journalière; elle est lente, au contraire, et plus ou moins imparfaite dans les fièvres de mauvais caractère , dans le scorbut et autres cachexies , dans les cas où une atteinte vive et profonde est portée à l'innervation, comme dans certaines asphyxies; alors le caillot se sépare incomplètement du sérum, il est mou, difïluent au point que par fois il se liquéfie, lorsqu'on agite le vase. Les observateurs ont varié sur l'explication à donner du phénomène de la formation du caillot : Hunter a prétendu que la coagulation est un phénomène vital , une véritable contraction comme celle des muscles mis en jeu par la volonté. Tourdes a constaté, en effet, que la fibrine du sang se contracte par le galvanisme. M. Denis, d'accord sur ce point avec la plupart des observateurs, avec Lobstein en particulier, pense que la coagulation est le résultat de la mort du sang, c'est-à-dire de la cessation de l'influx vital qui l'entretenait à l'état liquide. Mais, selon M. Raspail, l'albumine que le sang contient en grande abondance étant tenue en dissolution pendant la vie par un alcali (soude ou ammoniaque) , après que le sang est sorti du vaisseau, l'acide carbonique de l'atmosphère et celui qui se forme dans le sang lui-même , saturent le menslrue de l'albumine laquelle ainsi dégagée se précipite en caillot (on se rappelle que pour M. Raspail, la fibrine n'est autre chose que de l'albumine). Deplus,révaporalion de l'ammoniaque et surtout l'évaporalion de l'eau du sang qui sort en fumant de la veine, abandonnent aussi une certaine quantité d'albumine dissoute qui concourt à la formation de ce même caillot. Il n'est donc pas nécessaire d'invoquer ici l'abandon de la vie, la mort du sang, car tout s'explique naturellement par les simples lois de la chimie. Examinons successivement le st rum et le caillot.

Sous le rapport de la quantité , le sérum varie selon les conditions mentionnées au sujet de la consistance du sang, consistance qui naturellement est en rapport inverse avec la quantité du véhicule des parties solides, ou sérum; c'està-dire que celui-ci est moins abondant dans les alTections slhéniques, plus abondant dans les affections asthcniques et les cachexies ; c'est ainsi que Nicolas et Gueudevilleont observé la prédominance du sérum sur la fibrine dans le diabétès. Le sérum prend la couleur.des substances solublcs qui s'y trouvent mélangées : il est jaunâtre dans l'ictère et après l'ingestion de la rhubarbe ; dans les maladies inflammatoires il affecte une couleur citrine; on l'a vu trouble et blanchâtre dans la péritonite des femmes en couches ; voyez à cet égard ce que nous avons dit plus haut de la couleur laiteuse du sang, quoique pourtant nous ne voulions pas nier absolument les métastases laiteuses. Lauer l'a vu laiteux également chez un homme atteint de néphrite. Davy et Marcet l'ont vu de la même couleur dans le diabttès et Traill dans l'hépatite- F. Hoffmann dit qu'il est trouble , livide , couvert d'une pellicule blanchâtre dans les maladies cachectiques ; on l'a vu recouvert d'un mucus trouble dans la syphilis jWerlhoff, dans les fièvres

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intermittentes soporeuses , l'a vu recouvert d'un enduit gélatineux s'élevant en voûte. Le sérum est très-coagulable chez les enfans affectés d'endurcissement cellulaire ; quelquefois on l'a vu surnagé par des gouttes huileuses sur l'origine desquelles les opinions ont beaucoup varié, les uns les considérant comme un produit normal du sang, qui s'isole, d'autres comme un produit morbide, d'autres enfin comme le résultat d'une absorption de la graisse. M. Rayer a rencontré ces gouttes huileuses dans le sang d'un individu asphyxié par le charbon , individu chez lequel de pareils globules furent trouvés dans les urines. Le sérum acquiert plus de pesanteur dans les maladies inflammatoires, pesanteur ou densité qui diminue parles boissons abondantes, les saignées répétées , la putréfaction. M. Gendrin a vu se former dans le sérum une couche muqueuse qui quelquefois se précipite , d'autres fois reste suspendue comme un éuéorème ; dans nii cas le malade était affecté d'un empyème , dans un autre la cuisse était le siège d'un vaste abcès. Traill et M. Gendrin ont trouvé le sérum plus albumineux dans les maladies inflammatoires, où il est remarquable par sa viscosité ; chez les cholériques il contient moins d'eau et relativement plus d'albumine et de sels; on prétend en outre qu'il est moins alcalin que dans l'état de santé.

Le volume et la densité du caillot sont généralement en rapport avec l'état des forces vitales. Tous les praticiens ont observé l'excès de volume et de densité chez les individus robustes et pléthoriques , ainsi que dans les maladies inflammatoires , et par contre sa petitesse et sa liquidité chez les individus lymphatiques , anémiques , et dans les affections asthéniques ou putrides. Authenrieth a remarqué qu'il est moins dense en été qu'en hiver, où tous les tissus sont plus rigides. Selon Lobstein, le caillot se couvre d'une écume à petites bulles persistantes dans la pléthore et les maladies inflammatoires ; lorsque l'écume tient à des circonstances extérieures, les bulles sont plus grosses et disparaissent plus vite. Les vacuoles qui se forment dans le caillot indiquent un haut degré de coagulabilité. Le caillot est mou , diifluent , noirâtre dans les affections typhoïdes, dans le scorbut. Hunier et Lauer ont observé fju'il se putréfie moins vite chez les jcinies sujets que chez les vieillards ; cette putréfaction est aussi plus prompte dans les affections de mauvais caractère et aux approches de l agonie. Dans les affections compliquées de malignité , le caillot dépose quelquefois un sédiment noirâtre et pulvérulent, ce qui, selon Laucr et M. Gendrin , ne s'observe jamais dans les inflammations simples. La surface du caillot rougit proniptement à l'air, phénomène qui, d'après M. Rayer , ne s'observe que très-peu dans celui qui provient du sang des cholériques chez lesquels , d'après Thomson, la matière colorante est pourtant plus abondante , tandis que l'albumine et la fibrine sont en moindre quantité.

Nous avons à examiner une particularité du caillot qui a beaucoup occupé les pathologistes depuis Galien , nous voulons parler de la couenne dite inflammatoire : elle résulte de ce que la portion de fibrine occupant la superficie du caillot se dépouille de sa matière colorante. La couenne forme une couche d'aspect et de consistance variables , dont l'épaisseur peut être de moins d'une ligne ou de plusieurs pouces. Bien que ses diverses modifications puissent tenir à plusieurs circonstances indépendantes de l'état morbide, telles que la grandeur de l'incision faite à la veine , la manière dont le sang coule , la forme et même la température du vase , etc. ; malgré les ai'gumcns fondés sur des expériences telles que celles de Davy , il n'en est pas moins avéré , pour la grande majorité des praticiens , que la couenne est un phénomène significatif dans plusieurs affections : on la voit se former dans la pléthore , dans la grossesse , dans les inflammations un peu considérables des parenchymes, des membranes séreuses et des articulations surtout ; dans les fièvres intermittentes, la fièvre jaune, dans le principe des hémorrhagies et même des hydropisies actives, dans la forme de scorbut, dite inflammatoire, quelquefois dans la syphilis, dans l'hydrophobie, etc. Dans les inflammations intenses, elle est épaisse, dense, opaque, d'un blanc jaunâtre, lisse ou rugueuse, ou concave et à bords relevés; tandis que dans les maladies asthéniques , ou elle n'existe pas , ou elle est mince , molle , gélatineuse , verdàtre ou noirâtre. Une observation bien digne de remarque, faite par M. Gendrin, c'est que le sang couenneux avant ou après , cesse de l'être pendant la syncope. Lorsque, dans des saignées successives , la couenne cesse de se former, c'est un assez bon indice des bornes qu'il convient de mettre aux évacuations sanguines. MM. Piorry et Mondezert ayant remarqué que la couenne peut se former sur le sérum décanté , en ont conclu que la couenne vient du sérum et se compose par conséquent d'albu. mine, aperçu qui concorde avec l'opinion de M. Kaspail sur la nature albumiueuse de la fibrine, et qui, de prime abord , permet de saisir l'analogie de la couenne avec les fausses membranes que déjà Bichat considérait comaie de l'albumine coagulée. Dowler et M. Gendrin ont aussi constaté que la couenne contient beaucoup d'albumine , de sorte que son analogie avec les fausses membranes est à-peu -près démontrée. En poursuivant ce parallèle, nous voyons que c'est dans les maladies où le sang est le plus couenneux, les phlegmasies séreuses, que les pseudo-membranes se forment en plus grande abondance. Quant à la cause déterminante de ces concrétions albumineuses , nous signalerons en passant une ingénieuse hypolh'cse de M. Donné , qui, ayant remarqué que l'exhalation séreuse devient acide dans l'état inflammatoire, voit dans cette acidité même la raison sufiisante de la coagulation de l'albumine à la surface des membranes enflammées. Il serait curieux de constater si le sang couenneux ne contient pas un excès d'acide. Quoi qu'il en soit , ce que nous venons de dire suflit pour légitimer l'emploi des délayans usités de tout temps dans les affections inflammatoires, et celui des boissons abondantes indiqué par M. Piorry comme moyen de s'opposer au développement des concrétions pseudo-membraneuses telles que le croup , en diminuant la plasticité du sang.

En particularisant de plus en plus nos études , nous aurions voulu les poui suivre jusqu'aux altérations ou modifications que peuvent subir les élémei chimiques du sang dans les maladies ; malheureusement, peu de recherches o( été faites sur ce point et nos notions positives se bornent à bien peu de chose on les a rencontrées éparses dans ce que nous avons dit précédemment; elle se réduisent à-peu-près à ceci : augmentation de la fibrine et de l'albumir? dans les maladies inflammatoires; augmentation du principe aqueux dans 1^ maladies asthéniques, diminution du principe aqueux dans le choléra (Hermanr Lecanu), Point de données précises sur les variations des autres principes. De hypothèses ont été émises , il est vrai , sur le défaut d'acide carbonique daii le sang, comme cause des fièvres typhoïdes (Reid Clanny); sur le défaut d principes salins comme cause des mêmes fièvres et du choléra (Stevens) : de 1 l'emploi de l'eau gazeuzeou des sels dans ces maladies; diminution de l'acid acétique dans le choléra (Hermann) ; mais ces opinions reposent sur des obseï vations trop peu nombreuses pour être admises. Il n'en est pas de même de 1, matière colorante de la bile trouvée dans le sang des ictériques ; quant à l'uré' trouvée dans celui des animaux privés de reins , il faudrait la constater dans ! sang de l'homme affecté de gravelie ou de goutte. En définitive , eu égard à 1. pénurie des analyses chimiques, nous pouvons dire encore avec MonfalconI le fait de l'altération du sang dans les maladies est prouvé, mais il n'est paj démontré . (Dict. des sciences méd., art. sang.) j

Nous avons besoin de revenir sur le mécanisme par lequel s'opèrent les al térations dont nous venons de faire l'énumération sèche et rapide, et de ration naliser , en quelque sorte , des faits exposés sous forme empyrique. De ce qu nous avons dit il résulte que les altérations du sang peuvent être physiques oi chimiques; que les premières sont souvent les seules que nous puissions appré cier ; que ces altérations peuvent résulter de variations en plus ou en moinl ' dans la masse ou dans les éléraens partiels du fluide sanguin, ou de combinai' " sons diverses entre ces élémens. Les variations en peuvent être spontanées ' ' c'est-à-dire inconnues dans leur essence , ou résulter de matériaux apportés pa • les absorptions digestive , respiratoire, cutanée , interne , ou par la transfusioi ' directe. Les matériaux fournis par l'absorption interne peuvent être ou deSi' produits de sécrétion normale, ou des produits de sécrétion anormale, ou deif' substances déposées dans l'intimité des tissus. Les variations en moins peuvenlff comme les précédentes , être spontanées, de nature occulte , ou résulter de liSF privation des matériaux destinés à faire le sang , ou des pertes éprouvées pa;^ f celui-ci , ou de sa soustraction directe. Les variations de combinaisons dans le' ' élémens du sang, entant qu'elles ne dépendent pas des modifications précéi ( dentés , nous sont à-peu~près complètement inconnues. 1 1

Ces variations ne peuvent s'opérer que par l'intermédiaire des organes ou dei fonctions. Une des causes qui ont le plus retardé la régénération de l'humo- : risme , c'est sans contredit la doctrine des propriétés organiques proclamée pai'i ' Halier et Bichat. Sur l'autorité de ces grands noms on a cru long-temps que les! ^ tissus étaient doués d'une sensibilité spéciale, élective en quelque sorte , qui lest" faisait n'admettre que les élémens appropriés aux besoins de l'économie et re-lj pousser les principes nuisibles. Certes , il existe une faculté semblable , puis-l que chaque tissu s'organise et s'entretient à sa manière. Mais nous savoni aujourd'hui, grâce aux expériences de Tiedemann et Gmelin , Magendie , Fo' dera, Dutrochet , etc., que cette sentinelle vigilante, la sensibilité élective, esl souvent en défaut. Nous avons vu combien de principes hétérogènes peuveni être introduits par les organes digestifs , les poumons , la peau , en vertu d'une des fonctions les plus universelles , l'absorption. Or, des expériences moder nés ont constaté qu'un tissu membraneux quelconque, artère , veine , anse intestinale , vessie , à l'état mort ou vivant, livrait passage aux substances les plus vénéneuses (solution alcoolique de noix vomique, prussiate de potasse, tabac, etc.) sous la seule condition de la solubilité. Celte absorption , moins facile sur le vivant , est actiyée par la pile galvanique , modifiée par certaines conditions physiologiques ou morbides ; mais le fait fondamental , l'absorption obligée, n'en existe pas moins. Telle est la source de la plupart des altérations primitives du sang ; quant au.x altérations secondaires , elles sont universelle' meut reconnues et n'ont pas besoin d'être prouvées. A part leur influence par absorption , les organes peuvent altérer l'hématose en vertu des actions qui leur sont propres. C'est ainsi que les maladies du tube digestif, en modifiant la chylification , sont des causes puissantes de cachexies; c'est ainsi qu'indépendamment des principes qu'elle puise dans l'atmosphère, la respiration altère le sang par le fuit de son activité ou de son inertie , comme cela s'observe pour la circulation. L'intégrité du fluide circulatoire , en effet , doit dépendre de la régularité de ses mouveraens , dont la perversion amène nécessairement des variations dans l'arrangement, l'affinité moléculaires. C'est ce que prouvent le fait cité de Duhamel ; celui de Dupuy , qui a vu la fibrine diminuée de quantité dans le sang d'un cheval atteint de cornage par suite d'une course forcée; celui de M. Uochoux , qui a vu une fièvi-e putriile se développer chez un homme qui venait de faire des courses longues et rapides. Les bons observateurs ne dou- i tentplus aujourd'hui qu'un mouvement fébrile prolongé ne donne lieu à car- '| taines modifications du sang et ne détermine des localisations secondaires. Nous ' avons vu que le ralentissement du sang en favorisait la coagulation , d'où le ' précepte de saigner jusqu'à syncope dans certaines hémorrhagies.

Il est temps d'aborder une autre cause d'altération du sang , dont personne j plus que nous n'est disposé à recofiuaitre l'influence , qui d'ailleurs est révélée j par des faits matériels : c'est l'innervation. Barthez a beaucoup parlé d'une in- | fluence directe que le système nerveux exercerait sur le sang, influence qu'on i admettra difficilement pour le sang contenu dans les gros vaisseaux ; cependant |

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