‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource] (volume 2)Chapitre 246 sur 311 · SANGSUES · texte numérisé non relu

SANGSUES

il est fragile, friable, à cassure luisante. Il est inodore k froid et même à chaud; seulement lorsque la température est assez élevée, il dégage une fumée qui irrite fortement la gorge. 11 est insoluble dans l'eau , très-soluble dans l'alcool et en est précipité par l'ammoniaque.

On lit dans beaucoup d'auteurs qu'une partie du sang-dragon du commerce est produite par le dracœna draco, grand arbre des Canaries qui appartient à la famille des asparaginées ; mais je n'ai pu acquérir la preuve que la résine rouge de ce végétal fût réellement exportée. Il n'en est pas de même de celle du pterocarpus draco des Antilles , que je possède sous la forme de larmes ou de petites masses irrégulières et aplaties , comme le serait une matière demiliquide tombée sur un corps froid. Ce sang-dragon est d'un beau rouge comme le précédent, opaque , mais à cassure vitreuse. Il est insoluble dans l'eau, trèssoluble dans l'alcool et dans l'ammoniaque, d'où il résulte que sa teinture alcoolique n'est pas précipitée par cet alcali. Du reste il peut servir aux mêmes usages que le sang-dragon des Moluques.

Le sang dragon est astringent, il entre comme tel dans différentes poudres et opiats dentifrices, dans la poudre et les pilules astringentes, dans les pilules d'alun teint d'IIelvétius, etc. (Guibourt).

SANGSUES. Animaux articulés , annélides, endobranches , aquatiques et hermaphrodites , sans yeux ni organes extérieurs apparens ; leur corps est oblong, comme tronqué aux deux extrémités, composé d'un grand nombre d'anneaux musculeux et contractiles. On en connaît un assez grand nombre d'espèces qui composaient le genre hirudo de Linné , mais qui se trouvent aujourd'hui séparées en treize genres, en raison des différences qu'elles présentent dans leur mode de reproduction et dans leur appareil digestif.

La sangsue officinale , qui nous intéresse principalement, est le jatrobdella medicinalis àe M. de Blainville. Cetteespèce présente un certain noriibre de variétés, dont les plus communes dans les pharmacies, et presque les seules usitées, sont connues sous les noms de sangsue grise et de sangsue verte [sungnisuga medicinalis et sangufsu^a offlcinalis , Sav. ). On les reconnaît à la forme olivaire qu'elles prennent lorsqu'on les retire de l'eau, leur bouche est munie d'une lèvre supérieure susceptible d'extension, qui leur sert à-la-fois de palpe, d'organe du goût, de moyen ambulatoire et d'organe de succion. Lorqu'elle est épanouie , la bouche offre une forme ronde , et on distingue au fond une ouverture triangulaire, au bord de laquelle se trouvent trois mâchoires bombées et dentées comme une scie. C'est à l'aide de ces mâchoires que la sangsue incise la peau des animaux, après y avoir opéré un mouvement de succion, qu'elle continue pour s'abreuver de sang. Elle ne lâche prise ordinairement que lorsqu'elle s'en trouve gorgée au point d'eu être presque privée de mouvement. Les sangsues meurent souvent après cet excès de nourriture, à moins qu'on ne les jette dans une eau courante, où elles mettent plusieurs mois à digérer le sang qu'elles ont pris et à revenir à leur volume primitif.

Depuis une vingtaine d'années la consommation des sangsues est devenue tellement considérable, qu'on a cherché tous les moyens de les multiplier et de les conserver. C'est alors qu'on a constaté ce fait, anciennement reconnu parBcrgmam, que les sangsues sont ovipares et non vivipares , comme on l'avait cru avant et depuis cet observateur. Alors également on a imaginé de les conserver dans de grands viviers garnis d'argile-glaise, où les sangsues déposent leurs œufs pendant l'été, et s'ensevelissent durant l'hiver. Dans les pharmacies également, on a reconnu que la meilleure manière de les conserver pendant l'été, était de les mettre dans de grands pots contenant de l'argile ou du sable de rivière , et dont l'eau se renouvelle par un filet non interrompu ; mais , dans les temps froids, ce courant d'eau est préjudiciable aux sangsues, et alors on les conserve mieux dans du sable humecté qu'on lave tous les jours avec de l'eau dégourdie.

Avant l'établissement de la doctrine dite physiologique , les sangsues étaient très-abondantes en France, et l'excédant de la production sur la consommation, permettait d'en faire un cousmerce avantageux avec l'Angleterre; maintenant elles y sont devenues rares , et la Sologne même qui en fournissait le plus, ne suffit pas à beaucoup près à la consommation des villes voisines, qui tirent leurs sangsues de Paris, et Paris de l'étranger. L'Espagne nous en a fourni d'abord, puis l'Italie ; et maintenant c'est d'Alger , de Tunis , et surtout des marais de la Hongrie que nous tirons l'immense quantité de ces annélides que la médecine emploie et détruit journellement. Bien des personnes dans la crainte que les sangsues ne viennent à disparaître entièrement , ou , au moins, dans celle de les voir augmenter de prix au point d'en rendre l'usage trop coûteux pour le plus grand nombre des malades , ont demandé s'il ne serait pas possible de les faire resservir plusieurs fois. Personne aujourd'hui ne doute de cette possibilité; mais on manque de mayens d'exécution propres à être appliqués sur une grande échelle , et qui détruisent en même temps les craintes et la répugnance attachées à l'idée d'employer des sangsues qui aient déjà servi à d'autres. Jusqu'à présent il n'y a que quelques personnes qui, dans leur intérieur, et en soignant pendant plusieurs mois des sangsues destinées à leur propre usage, aient pu se les appliquer plusieurs fois. Il est facile de coin|)rendre que ces moyens particuliers de conservation , si multipliés qu'on les suppose, ne pourront jamais agir d'une manière sensible sur la consommation générale des sangsues.

On trouve quelquefois , mêlé à la sangsue officinale, un autre annélide noirâtre et presque semblable en ap[)arence, mais qui ne peut servir à sucer le sang, ce ver étant dépourvu de dents propres à entamer la peau ; aussi se nourrit-il d'insectes et de vers. Quelques persoimes ont nommé à tort cette sangsue sangsuede cheval;cc\\c à.,hji>pobdcUa sanguisorba (Blainv.), ayant l'organisa-

tion de la sangsue officinale ; l'autre est hirudo verax de M. Huzard fils , pseu dobdella nigra ( Blainville. )

On peut coniiuller, pour la dislinction de ces deux espèces et pour l'iiistoire des sangsues en général , l'arlicle Sangsues de M. de Blainville [Dictionnoiie des sciences naturelles, tom XLVW, pag 205j; le mémoire de M. Huzard Cls (i^oarn. j»Aarm., tom. XI , pag. 105); celui de M. Rayer sur le développement des œufsde plusieurs espèces (//«'rf., lom.x, pag. 593): l'jî/j toire naturelle et médicale des sangsues, Paris , J.-L. Derheims 1825, in-8», 6 pl. ; le Traité de la sangsue médicinale , parVilet, Paris, 1810, '\a-^o [e Mémoire pour servir à l'histoire des sangsues, par Thomas, Paris, 1806 , in-B». ; la Monographie de la famille des hirudiA nées , iiar À.. Moquin-Tandon , Montpellier, 1827 , iii-i". fig. ; enfin difFérens mémoires ou ouvrages de MM. Châtelain, Desaux, Leuoble, etc., publiés dans divers recueils périodi(jues! ou séparément. (GuiBOUKT.)

SANGSUES. Emploi médical. On peut appliquer les sangsues sur toutes les parties du corps. C'est à la propriété qu'elles ont de s'y attacher, hcerere , qu'elles doivent, dit-on, leur nom latin hirudo. li est certaines régions, toiles que la paume des mains, la plante des pieds, où elles refusent de se fixer, à cause de l'épaisseur de l'épiderme ; elles prennent aisément sur tous les autres points du corps. On doit éviter de les placer sur les parties dans lesquelles on rencontre des veines volumineuses et très-superficielles , ou des rameaux arlé' riels un peu gros et trop rajiprochés de la peau. Cette précaution est bonne pour éviter des hémorrhagies qui pourraient devenir inquiétantes , surtout chez les enfans. Autrement on choisit les régions de la peau qui présentent le moins d'épaisseur , et un système capillaire bien développé : les tempes, le cou, l'épigastre , la face interne et supérieure des cuisses, les environs des malléoles. On les applique en grand nombre à l'anus , pour dégorger spécialement le système veineux abdominal ; et à la face interne des grandes lèvres , pour soustraire du sang aux organes génitaux de la femme. On les met en petit nombre à ces mêmes régions lorsque l'on veut seulement y attirer le sang. Il suffit pour ces** diverses applicalions que la peau ait été convenablement lavée, et que sa tem- ' pératui e ne soit pas trop basse. Quelques personnes veulent qu'on la recouvre ' * d'un peu de lait, d'eau sucrée ou de sang , ces précautions n'ont pas une grande V utilité. Les sangsues doivent être privées d'eau depuis un quart d'heure, et en- i ' veloppées dans un linge sec et chaud. On les présente ensuite à la partie par leur ' petite extrémité , qui est munie des moyens nécessaires pour inciser la peau , eti * qui communique avec l'appareil de la digestion. L'autre extrémité, pourvue ' d'un disque musculaire, disposé comme une ventouse, est destinée à se fixer auit, ' tégumens en s'y appliquant fortement On place ainsi.les sangsues une à une, mais M le plus souvent on les met collectivement à l'aide delà main couverte d'un linge, I < ou à l'aide d'un petit verre qui sert à les contenir. Si l'on veut limiter la région > de la peau sur laquelle on désire qu'elles s'attachent, on n'a qu'à couvrir la partie j| d'un linge percé d'un trou offrant la dimension exacte de l'étendue sur laquelle tii il faut les placer. iji

Quand l'indication exige que les sangsues soient mises sur la muqueuse nasale M > pour simuler une épistaxis ou l'appeler, etc. , ou bien sur la muqueuse bue- U cale pour dégorger cette membrane , on peut , ainsi que le conseille Osborn, ;i de Dublin , les traverser d'un fil à c[uatre ou six lignes de leur extrémité cau- ji dale, pour les retenir facilement au dehors. On peut , si ce moyen ne convient i; pas, se servir de tubes de verre, ou d'un tube à piston , à l'aide duquel on pousse et on maintient la sangsue vers le point qu'elle doit attaquer. Eufiu , lorsqu'on veut les placer au col de l'utérus , on met celte partie à découvert! à l'aide du spéculum , et l'on y dirige ensuite les sangsues à travers l'instrument.

Aussitôt que les sangsues ont fait sentir la douleur lancinante qui annonce qu'elles sont fixées , on aperçoit aux contraclions successives de leurs anneaux que le mouvement de succion s'opère. Peu-à-peu elles se gorgent de sang. La quantité qu'elles en prennent varie d'un à quelques gros. On a proposé de couper transversalement l'extrémité caudale de leurs corps pour faire couler le sang pendant que la succion continue: ce moyen réussit rarement , caril détermine le plus souvent la chute de l'animal. Les sangsues restent fixées pendant un temps fort variable pour se remplir ; mais on peut , au besoin , déterminer sans inconvénient leur chute en plaçant sur leur corps un peu de sel de cuisine ou de tabac. Il ne faut pas les détacher violemment , dans la crainte que leurs mandibules ne restent dans les morsures qu'elles ont faites , et ne s'opposent à ce qu'elles se cicatrisent.

La quantité de sang qui s'écoule des piqûres de sangsues varie beaucoup, selon la région de la peau où elles sont faites , la constitution du sujet, le nombre et le volume des vaisseaux ouverts ; la profondeur des plaies et une foule d'autres circonstances. On favorise l'écoulement du sang en exposant la partie à la vapeur de l'eau chaude , en faisant dessus des lotions avec ce même liquide , en la plongeant dans un bain tiède , ou en la couvrant de cataplasmes chauds et bien humides , de ventouses , etc. On obtient quelquefois, à l'aide de ces moyens , une évacuation sanguine assez abondante pour représenter une saignée générale copieuse. Il faut , en les employant , éviter de laisser la partie découverte et exposée à un refroidissement dangereux. Outre l'avantage d'augmenter la quantité de sang qui doit s'écouler des piqilres de sangsues, la plupart de ces divers moyens facilitent la résolution de l'ecchymose qui les entoure, détergent les lèvres de la plaie triangulaire faite par ces annclidcs, et en rendent la cicatrice plus facile. Celle-ci se fait ordinairement en quelques jours ; elle est d'abord d'une couleur plus ou moins rosée , environnée d'un cercle bleuâtre, formé par du sang cxiravasé. Peu-à-peu elle devient blanche, comme nacrée , et ressemble assez bien alors , pour la couleur , à la cicatrice d'un trés-petit furoncle ; elle en diffère cependant par sa forme , que l'on peut

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