‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource] (volume 2)Chapitre 248 sur 311 · SAUGE · texte numérisé non relu

SAUGE

tive- la bouche, disent les auteurs, laisse échapper une bave écumeuse; le malade exhale une odeur analogue à celle des animaux en rut, et ne cherche qu'à assouvir sa rage amoureuse sur quelque objet que ce soit. Cet état offre néanmoins quelques rémissions , pendant lesquelles , honteux de ses excès , le salyriaque est jeté dans la tristesse. Si le malade éprouve de la résistance à satisfaire ses désirs , il emploie tous les moyens pour la surmonter. En cet état, un soldat de Montpellier se précipite sur unejeuiie fille et la viole publiquement. Une nymphomane que j'ai vue à la Salpêlrière , s'arrache à sa famille , provoque et soutient sur unegrande route , pendant son voyage à Paris , les assauts de plusieurs rouliers, douze je crois, m'a-t-elle dit, en un jour. Cette provocation et ces accès de fureur étonnent davantage dans la nymphomanie qui n'est que le satyriasis de la femme , parce qu'ils forment avec l'itat normal de ce sexe, qui est en quelque sorte un état passif, un contraste plus choquant. Ne pouvant rien, pour la satisfaction de leur penchant , sans le consentement et la coopération active de l'homme, les nymphomanes frappent souvent ceux qui résistent à leurs désirs , excès auquel ne se portent pas les salyriaques; si le malade n'est en rien contraint, s'il a une femme ;i sa disposition , il répète le coït un si grand nombre de fois que ses parties génitales s'enflamment et sont frappées de gangrène. La mort termine ordinairement un pareil état heureusement fort rare.

Dans le satyriasis qui se manifeste à la suite de l'ingestion des canlharides, l'affection éclate et marche plus rapidement que dans le satyriasis produit par les autres causes; et quand la dose du poison est forte, le malade succombe rapidement à la violence des symptômes inflammatoires complexes de l'encéphale, de l'estomac et de la vessie.

On peut donc, pour le pronostic de la maladie , admettre deux variétés de satyriasis : l'une, dont la cause prédisposante est dans l'organisation, et la cause déterminante dans toutes les habitudes morales et physiques jiropres à exciter la prédominence de celte disposition organique; l'autre variété, pour la production de laquelle il n'y a nulle cause prédisposante, et qui s'est manifestée sous la seule influence d'une substance douée d'une action spécifique sur le système générateur. La première de ces variétés se termine par le retour à la santé ou par quelque affection amenée par l'abus du coït', comme la phlhisie pulmonaire, des anévrysmes , la folie , la démence , l'apoplexie; la seconde variété, qui n'est qu'une sorte d'empoisonnement, se termine par un retour prompt à la santé, .-i les cantharides ont été ingérées à dose très-faible , et qu'un traitement anti-phlogistique et adoucissant ait été mis de suite en usage, et par la mort si l'ingestion des cantharides a été considérable.

Le siège du satyriasis est encore, pour beaucoup de monde, un point en litige. Cette affection , jusqu'à l'époque des travaux de Gall , a toujours été regardée comme une névrose des organes génitaux ; depuis ces travaux les auteurs qui ont traité du satyriasis se sont bornés à faire connaître, sans l'adopter ni la repousser, l'opinion de Gall sur le siège des désirs vénériens.

Ce physiologiste célèbre, appuyé de faits nombreux, dont quelques-uns lui ont été fournis par M. le baron Larrey et M. Serres, place, comme on sait, dans le cervelet le siège de l'appétit vénérien. On peut consulter dans l'ouvrage même de Gall les preuves qu'il donne h l'appui de son opinion. Elles sont eu très grand nombre, et paraîtront à beaucoup de personnes , Irès-concluanles. Beaucoup d'observations récentes semblent encore confirmer ce point de doctrine que du reste aucun fait contraire, bien authentique, n'a encore infirmé. Nous citerons la suivante due à M. Chauffard, médecin à l'hôpital d'Avignon. » Chav..... âgé de 53 ans , de mœurs douces et d'un caractère paisible , fait une chute dans sa chambre et frappe violemment de la nuque contre un des angles du lit : empâtement delà région occipitale inférieure, altération subséquente des habitudes du malade. Il est pris d un violent et continuel satyriasis, et d'une telle lubricité, qu'il poursuit à outrance sa femme, ses filles, et en général toutes les personnes (lu sexe. Jusqu'alors pieux et modeste, il tombe peu à-peu dans le délire le plus erotique , et s'abandonne sans mesure aux propos et aux actes les plus indécens. Cet état s'accroit pendant envii on trois mois ; en même temps son intelligence et ses forces s'alfaiblissent, lorsqu'à la suite d'une ardente colère que lui occasionnent les refus de sa femme, il tombe en convulsions, se plaint ensuite d'une vive douleur en avant du sommet de la tête, et ne ressent plus celle qu'il éprouvait à la partie ])ostérieure et inférieure du crâne. Commencement de ))aralysie du côté gauche, cessation du satyriasis et du délire e'rotique ; délire religieux, marmottement continuel de prières, etc. ; phénomènes qui dui-ent jusqu'à la mort, arrivée huit jours après cette conversion des phénomènes morbides ( Arch. février 1829, tome 19, page 263 ). Il est vrai qu'on a opposé aux opinions dr Gall et de ses disciples sur les fonctions du cervelet, les expériences de physiologistes modernes qui attribuent à cet organe une part plus ou moins large dans les mouvemens de translation , mouvemens dont l'un même de ces physiologistes prétend que le cervelet est le régulateur; mais ces dernières assertions ne sont appuyées que sur des vivisections, et, nous l'avons déjà dit dans un autre ouvrage, aucune faculté intellectuelle ou morale fondamentale ne se manifestera jamais clairement pendant les convulsions de la douleur et les angoisses de l'agonie.

Si maintenant nous suivons la filiation des symptômes du satyiiasis, nous voyons qu'il y a d'abord «/ei/ri exaltés , persistance d'un ordre d'idées^ puis intelligence troublée ; or troublés ou normaux , les désirs , les idées , Vinlelligence, ne sont que des actes encéphaliques. Que si l'on m'objecte que, parmi ces symptômes , je passe sous silence l'érection du pénis , je répondrai que , dans l'état ordinaire, pour faire naître celle-ci, il faut que l'encéphale ait l'initiative , puisque la mémoire reproduit d'abord des formes de femmes , des

objels de volupté ; que d'ailleurs le satyriasis est pour l'homme ce qu'est i nymphomanie pour la femme, et qu'il y a cependant entre elle et l'homme ui: différence notable dans les organes chargés de l'exécution de l'acte ; et je coii durai des faits qui précèdent : que le satyriasis n'a pas plus son siège dans | i, verge ou les testicules, que la nymphomanie n'a le sien dans la matrice c | dans le clitoiùs; que ce penchant désordonné à l'acte vénérien, a le même siéj I chez l'homme et chez la femme, car, une cause différente ne produit pas dei effets identiques; que ce siège enfin ne peut être autre qu'une partie quelcoi que de la masse encéphalique et que les faits tendent à démontrer que cet partie est le cervelet.

Le traitement du satyriasis ne peut être soumis à une règle invariable On r peut indiquer d'une manière générale, que les moyens adoucissans, et l'èlo gnement des causes qui ont produit le mal. Si le satyriasis dépend d'une cent nence absolue , chez un sujet jeune , robuste et vigoureux , on emploiera d'ui manière plus ou moins énergique , suivant l'intensité du mal , le traitement d bililant et les révulsions physiques et morales de toute espèce. Les saignées gnérales , les boissons émollientes, les réfrigcrans, les saignées locales lormeroi la base du traitement ; mais comme le satyriasis, suite d'une continence abs( lue ou relative , n'éclate pas tout à-coup , on pourrait , si l'on est consulté temps par un malade que tourmentent des idées voluptueuses , des désirs vit lens , des érections fréquentes , recommander le coït moiléré, proscrire penda; le temps écoulé entre les répétitions de cet acte , tout ce qui peut en rameu la pensée et le désir , par exemple , les lectures ou gravures obscènes , les spe tacles où paraissent des femmes dont les charmes à demi voilés , les altitudi voluptueuses peuvent enflammer les sens; conseiller une vie active, physiqo ment occupée , des exercices pénibles , celui du jardinage, celui du tour, chasse , de longues promenades au milieu des champs et en compagnie ; on de porter oes exercices jusqu'à la fatigue, se coucher sur un lit dur qu'on quilted qu'on ne dort plus ; n'avoir, pour orner son appartement, que des tableaux gravures ou statues représentant des scènes graves, mâles, propres à élev( l'âme et à faire diversion aux idées lascives, ne lire que des ouvrages qui poi tent le même cachet , l'histoire des hommes dont la vie a été occupée de gram travaux, celle des hommes de Plutarque , celle des géans de notre révolulioi celle de Napoléon. Ces lectures écarteront les idées de volupté et enflammero d'une noble énergie l'homme que les lectures licencieuses maintenaient da j des idées lascives. Ces moyens seront secondés par l'abstinence de toute espèii d'alimens, boissons ou assaisonnemens stimulans , par l'usage des viandes bla ches , poulet, veau , lapin, rôties ou bouillies , mais sans apprêt, et, si ce ri^ gime alimentaire est trop substantiel , par la diète lactée , les légumes herbacé^ les laitues , le pourpier , les cardons , le concombre , la chicorée, la scarole , i épinards , les choux-fleurs, les pâtes, les fécules, tout cela préparé au lail < au sucre ou au beurre frais.

Si ces moyens échouent, ou plutôt si le satyriasis est trop avancé pour qa\ puisse espérer de le voir céder à leur seul emploi, alors ou ailra recours àt saignée générale d'abord ; ensuite aux applications de sangsues aux apophyst mastoïdes , à la saignée des veines qui rampent derrière les oreilles, aux vei touses scarifiées à la nuque; et, si l'on adopte l'opinion de Gall, aux réfrigérai placés sur la région occipitale. Ces moyens seront secondés par la diète, les bains généraux, les boissons aqueuses , principalement l'orgeat, 1 inlusio de feuilles de laitue, les décoctions de nympbœa, de concombre , le pelit-laft les sucs végétaux acidulés étendus , l'eau d'orge, l'eau de veau , l'eau de pouH très-légère, et s'il est vrai , comme le raconte Timeus Baldassar, que l'usagei nitre dissous dans l'eau de nymphœa , et pris pendant huit jours matin et soir soulagea un satyriaque , au point qu'il put à peine remplir les devoirs conju gaux, ou ajoutera aux boissons indiquées ci-dessus , 10 , 12 et 16 grains déni trate de potasse par pinte. On pouiTa encore avec avantage les rendre légère' ment laxatives, ou administrer , à l'exemple d'Henri Ab-Haers, des lavement rendus purgatifs par la casse.

Si le satyriasis , au lieu d'être produit par la continence, et d'exister cl un sujet jeune , robuste et vigoureux , frappe un sujet d'une constitution débl ou affaibli par des excès vénériens , on se relâchera de la rigueur du traitemeiri anliphlogistique , on soutiendra les forces du malade sans l'exciter, on préf£( rera aux boissons indiquées ci-dessus , quelques amers comme les infusions d' petite centaurée, de pensée et chicorée sauvages auxquelles enjoindra le siro|! de quinquina, ou tout autre, et l'on observera , dans toute leur rigueur, lei révulsions hygiéniques, physiques et morales, que nous avons indiquées ci-de» sus. C'est dans ce cas-là surtout que les bains frais de rivière et la natation con* viennent quand le mal n'est pas porté à un trop haut degré.

Si le délire du satyriaque était intense et furieux , le malade serait maintenu dans son lit , soustrait au bruit et à la lumière trop intense.

La castration , proposée dans le satyriasis grave , exposerait le malade à dei douleurs et à des périls inutiles; dans le satyriasis peu intense, c'est im remèd' auquel , à cause de ses dangers et de ses résultats , s'opposera toujours la pru dence.

Le traitement du satyriasis , produit par l'ingestion des canlharides, a éti traité précédemment. (Voyez Cantharides.) (Ch. Lomie. )

SAUGE, s. f. Sah'ia officinalis, L. C'est un sous-arbrisseau de la famille de labiées qui croît naturellement dans le midi de la France, et que l'on cullivi dans nos jardins.

Comme la plupart des plantes de la même famille, la sauge est fortemcn aromatique : même c'est une de celles qui le sont le plus ; elle donne à la distil lation une grande quantité d'huile volatile d'une couleur verte, et de laqucli

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