III. MALADIES DU TISSU PBOPRE DD FOIE
XVI. L'inflammation aiguë de la membrane séreuse d'enveloppe du foie est presque toujours confondue avec la pleurésie. Les adhérences du foie au diaphragme peuvent gêner dans la course, dans l'asthme, mais ne constituent pas une maladie. Les épaississemens cartilagineux de cette membrane ne donnent 'lieu à aucun symptôme. Je ne fais que les indiquer pour passer aux maladies du tissu propre du foie.
XVII. Foie granuleux (cyrrhose). Il n'est ])as rare de rencontrer (voy. Ànat. pathologique., pl. l"'»^, 12e livraison), en même temps qu'une ascite, un foie ratatiné , bosselé , granuleux à sa surface , granuleux dans son épaisseur. Presque toujours alors cet orgaue a considérablement diminué de volume. Il est difforme; sa couleur est d'un jaune de cire; ses membranes présentent des épaississemens circonscrits et des plaques cai tilagineuses. Ces granulations ne sont point des tubercules comme on le croyait avant les travaux des modernes ; ce n'est point un produit accidendel ainsi que le pensait Laennec, qui, le premier, a décrit cette altération sous le nom tie c/r/liose., en raison de sa couleur, qu'il regarde comme produit accidentel, pouvant se développer au milieu de tous les organes. Elles ne sont point le résultat de l'hypertrophie de l'élément jaune avec disparition de l'élément brun; car il n existe qu'un élément immédiat dans le foie, qu'une seule espèce de granulations. Une dissection attentive m'a démontré que dans les foies ratatinés et granuleux il y a atrophie , disparition complète du plus grand nombre des granulations et développement considérable des granulations restanles; il n'y a pas désorganisation ; car 1 étude attentive de la texture des grains glanduleux malades permet de reconnaître les mêmes caractères anatomiques que dans les grains glanduleux sains, c'est-à-dire la disposition spongieuse à la manière de la moelle de jonc. Les foies dits cjrrhosés me paraissent essentiellement des foies atrophiés. Voyez en effet la majeure partie des granulations qui sont plus petites que des grains de mil ; voyez encore la grande quantité de tissu fibreux qu i existe dans l'épaisseur du loie.
XVII I. Doil-on rapporter à la cyrrhose ramoZ/i'e l'altération suivante que j'ai rencontrée plusieurs fois ? Le foie est d'un brun foncé , bosselé , plus volumineux que de coutume. Si on fait des coupes , on voit que sa substance est ramollie, convertie en une pulpe brunâtre qui remplit des aréoles frès-multipliées d'inégales dimensions. Si on soumet une tranche de ce foie ainsi altéré à la macération, l'eau enlève la pulpe en se colorant fortement ; il ne reste plus que la trame fibreuse. Dans deux cas de cette espèce , la veine-porte et ses ramifications étant remplies de la même pulpe brunâtre, il est évident que cette altération est tout-à-fait différente de la cyrrhose, bien qu'il ne soit pas rare de voir quelques-unes des granulations les plus volumineuses des foies cyrrhosés présenter un commencement de désorganisation. Les foies dits cyrrhosés me paraissent donc des foies atrophiés dans la plus grande partie de leurs granulations, et hypertrophiés dans les granulations restantes.
XIX. 'L'atrophie du foie peut être partielle ; et alors les grains glanduleux qui ont échappé à l'atrophie acquièrent un développement prodigieux , comme pour suppléer les granulations qui ont disparu. J'ai vainement cherché dans les vaisseaux du foie soit artériels , soit veineux , la raison de l'atrophie de l'organe. Ils ont diminué en raison directe du l'oie, mais rien n'annonce que cette diminution ait été primitive. Je saisirai avec empressement la première occassion qui se présentera de faire injecter les vaisseaux d'un foie granuleux,
"L'atrophie du Joie s'observe dans un grand nombre de circonstances. Dans certains cas de rétention de bile , les conduits hépatiques étant extrêmement distendus, le foie avait perdu la moitié de son volume naturel. Plusieurs foies indurés m'ont paru atrophiés : à peine pouvait-on y reconnaître la disposition granuleuse. L'atrophie partielle est en général le résultat de la compression exercée sur le foie par des tumeurs développées soit au voisinage , soit dans l'épaisseur même de cet organe.
XX. Foie hypertrophié. Le développement considérable du foie peut tenir
FOIE (MALADIES DU)
FOIE (MALADIES DU)
à (les productions accidentelles formées dans lepaisseur de cet organe ; ce n'est point là riiypertrophie du foie à proprement parler. Cependant il n est pas rare de voir la fluxion , ra))pel de liquides et de vitalité nécessaire pour la production de semblables tumeurs , accompagnés d une véritable hypertrophie du tissu du foie lui-mt*me ; en sorte qu"il y a, en même temps que des tissus accidentels, augmentation intrinsèque de la substance propre de l'organe. Dans d'autres cas, le tbie est le siège d'une fluxion qui a pour résultat l'augmentation de volume pure et simple de cet organe, sans altération aucune dans sa «ubstance.
Quant à I hypertropliie d'un lobe , qui s'accompagne presque toujours de la diminution de volume de l'autre lobe , je crois qu'elle n'est qu'illusoire dans beaucoup de cas , la division du foie en deux lobes étant tout-à-fait artificielle. Le foie est en quelque sorte malléable et se moule sur les parties environnantes : est-il comprimé dans un sens , il change de forme et gagne d'un côte ce qu'il a perdu de l'autre. J'ai vu dans quelques cas le lobe gauche réduit à une languette , non parce qu'il avait disparu , mais parce que les granulations qui le constituaient avaient été refoulées à droite. Chez une femme âgée qui avait eu dans sa jeunesse l'habitude d'un corset très-serré , le foie , allonge dans le sens vertical , débordait les fauses côtes , et représentait un cône , dont la base évasée regardait en bas et le sommet regardait en haut.
XXI. Foie graisseux. Tandis que l'état adipeu.v parait le dernier ternie de l'atrophie des autres organes et des muscles on particulier, l'état adipeux du foie paraît le dernier terme de son hypertrophie. Je n'ai jamais observé chez 1 homme une transformation adipeuse aussi complète que celle qu'on produit chez les animaux (oie, canard) à l'aide de l'immobilité la plus absolue, de l'obscurité et de l'ingestion artificielle d'une trcs-graude quantité d'alimens ; je dois même dire qu'on donne trop souvent chez l'homme le nom de Joies gras aux foies décolorés des phlhisiques, où l'analyse chimique ne démontre la matière grasse que dans les proportions qui se trouvent normalement dans le foie.
XXII. Apoplexie du Joie. Le foie est exposé a des congestions sanguines qui vont quelquefois jusqu'à la déchirure des vaisseaux sanguins et à la formation de foyers sanguins (voyez Apoplexie). Le premier degré delà phlébile hépatique est souvent un foyer sanguin ou plutôt une infiltration circonscrite du sang dans le tissu du foie.
XXIII. Phlébite du foie. Le développement considérable du système veineux du foie , lequel , indépendamment de veines communes à tous les organes , reçoit un système veineux tout entier , le système veineux abdominal , doit faire pressentir la fréquence et la gravité de la phlébite hépatique. En effet . la phlébite du foie se voit très-souvent à la suite de l'inflammation de quelque autre veine. Il n'est pas rare de l'observer à la suite des grandes plaies et des opérations chirurgicales. J'ai pu la produire artificiellement par l injeclion de corps irrilans , soit dans le système veineux général , soit dans le systcnic delà veine-porte (voyez y^naï. /?ai/ioZ. , 11"' livr. , Phlébite ). Les inflammations circonscrites du foie, suite de phlébite, présentent tous les degrés, depuis l'induration rouge jusqu'à la collection du pus.
Dans un cas de renversement très-ancien du rectum, j'ai vu des tentatives immodérées et infructueuses de réduction suivies de l'inflammation des veines hémorroïdales , laquelle s'est propagée jusqu'aux veines du foie, et a produit une multitude d'abcès superficiels et profonds de cet organe. Au reste , dans le foie comme dans les autres organes , la phlébite peut être purement capillaire ou occuper en piême temps et les grosses veines et les capillaires.
XXIV. Ahcès du Joie. |o II est des abcès au foie qui sont la suite d'une déchirure de la substance de cet organe; 2° il en est d'autres (et c'est le plus grand nombre) qui ne reconnaissent d'autres causes que la phlébite , suite elle-même d'une phlébite siégeant dans un lieu plus ou moins éloigné, tels sont en particulier les abcès du foie dans le cas de plaies de tête ; 3o il est des abcès , suite d'inflammation phlegmoneuse du foie ; ces derniers sont assez rares .pour que plusieurs médecins d'une jifatique étendue n'en aient jamais rencontré. Je me rappelle avoir soutenu une discussion à cet égard , il y a plusieurs années, avec un médecin qui fait beaucoup d'ouvertures de cadavres, et qui prétendait qu'il ne se formait jamais d'abcès ni dans le foie ni dans les poumons , car , disait-il , il n'en avait jamais vu. Le fait est que l'hépatite pro- ])rement dite et sa terminaison par suppuration sont assez rares, au moins dans nos climats. On a souvent pris pour des abcès du foie des collections de pus formées entre le dia|)hragme et le foie , collections qui dépriment le foie à tel point qu'on dirait que la collection a lieu dans l'épaisseur même de cet organe. 4° Dans un cas qui ne sortira j."mais de ma mémoire, à cause de l'absence complète de symptômes locaux et des efforts inutiles «jue je fis pour établir le diagnpstic ^ le foie était traversé par une multitude de canaux purulens. Ces canaux piirulens étaient circonscrits aux divisions de la veine-porte et fornjés dans le tissu cellulaire qui entoure ces veines. 5o Les kystes acéphalocystes du foie s'aecompagncnt quelquefois d'inllammation ; tantôt c'est autour du kyste que se développe l'inflammation et la suppuration , tantôt c'est la face ifilerne dij kyste qui s'enflamme et qui suppure.
XX'V. Lorsque les abcès du foie ne sont pas suivis de la mort , le pus qu'ils contiennent peut se faire jour par un grand nombre de voies ; s'il occupe la face convexe, il peut s'ouvrir dans la cavité de la plèvre , dans l'une des divi- .sions bronchiques du poumon droit, à la suite d'adhésions. On cite un cas d'ouverture d'abcès du foie dans le péricarde. Le pus peut paraître entre les côtes , fusera travers des adhérences jusque vers l'ombilic, s'épancher dans le péntoinc. Le pus de la concavité du foie peut se faire jour dans l'estomac ,
le duodénum , dans le colon : le pus qui entoure la vésicule du fiel peut pénéV trer dans cette vésicule , et passer de là dans l'intestin grêle. On dit avoir vu des abcès situés dans l'épaisseur du foie s'ouvrir dans la veine cave; \ Dans celte énuraération des causes diverses des abcès , je n'ai point parlé dcg abcès du foie produits par la résorption purulente , car il me semble prouvé , d'après les faits et les expériences rapportés dans la 1 1» livraison (loco ciiato), que le pus est formé dans le lieu même où il apparaît , bien que dans quelques j cas les petits foyers purulens ne présentent aucun vestige d'inflammation; i D'après une manière de voir que j'ai émise il y a plusieurs années, et qui s« ii fortifie tous les jours dans mon esprit, les abcès au foie, comme d'ailleurs toutes ! les inflammations , ont leur siège dans le système capillaire veineux.
XXVI. Ramollissement du Joie. 11 n'est pas rare de rencontrer des foies tellement ramollis qu'il est presque impossible de les détacher sans les déchirer en lambeaux, et lorsque les membranes péritoncale et propre sont rompues | ils se réduisent en une sorte de pulpe brun fauve. On a le plus souvent re4 gardé cette altération comme cadavérique .je l'ai cru moi-même pour quelque* cas , et il a fallu deux exemples bien tranchés pour me retirer de mon erreuri Voici d'ailleurs l'aspect que présente ce genre d'altération. Le foie sembla converti en une pulpe dépourvue de toute organisation. On croirait que cetlel pulpe doit être fétide; point du tout , elle est sans odeur. Si on plonge le foie^ dans l'eau , on verra une disposition très-remarquable et bien propre à révélep' la structure de cet organe : ce sont des myriades de petites granulations jaunâtres , bien distinctes , bien disséquées, semblables à de petits grains de raisin desséchés , qui tiennent aux gros vaisseaux par des pédicules vasciilaires ; cej] gros vaisseaux sont la charpente qui , en traversant le foie dans tous les sens.} soutiennent l'édifice. f
XXVII. Indurations du Joie. J'ai trouvé souvent le foie d'un vert olive ,^ d'une extrême densité, se déchirant avec une grande difficulté , d'un volumMi moindre que dans l'état naturel. Les granulations paraissaient atrophiées/ l'enveloppe fibreuse de chaque granulation épaissie. Au lieu de bile , lei' canaux biliaires contenaient une sérosité teinte en jaune clair. Un de mei! malades, affecté d'ictère vert , dépérit peu à peu , à la manière des individuiJ» affectés de cancer au foie ; pour toute lésion , je trouvai à l'ouverture l'altéra-' tion que je viens de décrire. La plupart des indurations du foie coïncident aveq une diminution de volume de cet organe. "
XXVIII. Kystes du foie. Rien de ])lus commun que les productions de kyste | dans le foie. On doit en distinguer plusieurs esjsèces : l» les plus fréquens sont P les kystes acéphalocystes. Tantôt il n'y a qu'une acéphalocyste pour chaque kyste, d'autres l'ois on en trouve un plus ou ipoins grand nombre dans la même cavité. Aucune maladie ne se présente sous des formes plus variées ; et noua avons dit ailleurs que l'art n'était pas toujours simple spectateur des efforts de
la nature , que, dans des conditions déterminées, il pouvait l'imiter, en donr' nant issue aux corps étrangers [voy. AcÉPHALOCTSTt:s ). 2° Il est des kystet' séreux ; et ces kystes , bien plus fréquens chez les ruminans que chez l'homme, sont toujours multiples. C'est une maladie bien digne de méditation que cettei lésion des ruminans (mouton, bœuf), si commune dans les climats froids et' humides, et qui consiste dans la production simultanée de milliers de kyste»'dans les poumons, le foie, la rate, jusque dans l'épaisseur des os. Assurément, il y a là autre chose qu'une maladie locale, et celte sorte de diathèse enkystéei doit être rapprochée de la diathèse tuberculeuse, cancéreuse, purulente. S" 11^ est des kystes qui contiennent des matières de diverse nature qui ont été diveivl sèment dénommées , suivant la consistance, la couleur. Les kystes acéphalocystes, lorsqu'ils deviennent le siège d'un travail morbide inflammatoire oui autre , peuvent donner lieu à des produits d'une apparence singulière. 4» Il est des kystes que je regarde comme produits par les vaisseaux excréteurs de la ' bile, lesquels s'oblitèrent dans des points peu distans et se dilatent dans la portion intermédiaire. Cette petite poche circonscrite, communiquant avec quelques radicules biliaires, continue à recevoir une certaine quantité de bile. ; C'est dans des cas de cette espèce qu'on a admis l'existence des calculs hépatiques, c'est-à-dire des calculs formés hors des voies \^\\\Mvt%. {Anat. path. A 20ivr. , pl. 5.) I
XXIX. Tubercules du foie. Il n'est pas rare de rencontrer dans le foie d 'enfans tuberculeux des milliers de petites granulations du volume d'un grain de mil, duces, demi-transparentes, que l'on reconnaît tout aussi bien au tact qu'à la vue, à cause de leur densité, et qui échappent pour l'ordinaire à un examen I peu attentif. Les tubercules du foie sont très-rares chez l'adulte : je ne les ài jamais rencoptrés dijns les cas nombreux de phlhisie pulmonaire , de phthisie abdominale que j'ai eu occasion d'examiner. J'ai vu le foie d'un individu farci de ipilliers de tubercules ; chacun d'eux était formé par un kyste très-densrij ^ contenant une goutelette de pus; en même temps existait un grand nombre dflli ^ calculs dans les voies biliaires. On confond bien souvent avec raffeclion tuber culeuse du foie dë petits kystes mulliloculaires ou uniloculaires formés ])ar lel radicules des conduits excréteurs de la bile et contenant de petits calculs ou un liqujde teint par la bile. J'ai eu occasion de voir plusieurs fois cette altérationi dans le foie cl'enfaus nouveau-nés. Je l'ai également rencontrée chez l'adulte C'est cette disposition que j'ai fait représenter pl. 5 , 12<' livr. . Anat. palli,
XXX. Tumeurs ércctiles du foie. Les tumeurs dites érecliles , c'est-à-din semblables au tissu du corps caverneux de la verge, sont bien plus fréquente! dans le foie que dans les autres organes ; tantôt uniques , tantôt multiples , ellei me paraissent formées aux dépens d'une masse plus ou moins considérable d( granulations , et sont susceptibles d'un accroissement indéfini. Dans un cal soumis récemment à mon observation , au centre de la tumeur existait vn'
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