SCARIFICATION
Ou aurait sans doute du profit à laisser la scabieuse aux arts industriels qui pourraient tirer parti de la fécule verte qu'elle renferme, pour en faire une matière colorante bleue, tandis que la médecine n'en obtient aucun secours réel. Au reste, on se borne à la donner en infusion aqueuse à la dose d'un à deux gros par pinle. , (F. Ratier.)
SCAMMONEE. La scamraonée est une gomme-résine que l'on extrait eu Asie d'une espèce de liseron qui est le convoli>ulus scarnmonia L. Cette plante a une racine épaisse , blanche et charnue , comme la bryone. C'est de cette racine qu'on extrait la scamraonée, soit en coupant le collet et le creusant en coupe, où se rassemble le suc , soit en y faisant seulement des incisions, et recevant dans un vase quelconque le lait qui en découle. Ce suc laiteux , desséché à l'air, forme la véritable et pure scammonée; mais suivant plusieurs auteurs , dont l'opinion est justifiée par les produits impurs du commerce, on en obtient aussi en pilant les racines, et quelquefois les feuilles et les liges de la plante , et faisant évaporer le suc au soleil ou sur le feu. On connaît trois sortes de scammonée dont l'origine paraît certaine , et plusieurs autres intermédiaires , moins faciles à préciser.
La première de ces sortes est une scammonée en coquilles , préparée dans les environs de Sniyrne eu faisant évaporer au soleil, dans des coquilles , le suc découlé de la racine. Cette scammonée est en petites masses poreuses , légères , très-friables, d'un gris rougeâtre, ayant une cassure terne, cireuse, demi transparente, et formant une émulsion jaune-verdâtre lorsqu'on la mouille avec de l'eau ; son odeur est forte et désagréable. Cette scammonée est fort rare et ne se trouve que dans quelques droguiers.
La seconde sorte , qui est la première du commerce , est la vraie scammonée d^Âlep , formée en masses peu volumineuses, très-irrégulières , à cassure noire et vitreuse , jaune et transparente cependant dans ses lames minces , offrant des cavités dans son intérieur , très-friable et toujours recouverte d'une poussière grise ; blanchissant sur-le-champ par le contact de l eau ; d'une odeur de beurre rance ou de brioche. Celte scamuionée paraît provenir encore du suc découlé de la racine, évaporé spontanément, mais elle vient de Syrie et des environs d'Alep; elle est irès-cstiuice et toujours d'un prix très-élevé.
Une troisième sorte de scammonée se présente sous la forme de pains ronds et plats , larges de trois à quatre pouces , épais de huit à dix lignes, qui paraissent avoir pris la forme de petites assiettes , dans lesquelles ou les aurait fait dessécher. Cette scammonée a une cassure terne, d'un gris noirâtre: elle est moins friable que les précédentes , et blanchit peu par l'eau ; elle offre encore de petites cavités dans son intérieur j elle passe pour scammonée d'Alep , de même qu'une quatrième sorte inférieure, en pains orbiculaires aplatis, et à cassure noire , résineuse et compacte , qui ont évidemment été évaporés à l'aide du feu.
La cinquième sorte de scammonée porte , dans le commerce , le nom de scammonée de Smyrnc ; elle est en masses dures, non friables, pesantes, contournées, à cassure grise et terreuse, dune odeur faible et désagréable. Les phaimacicns doivent la rejeter, ainsi qu'une scammonée en ga/eîiei, fabriquée dans le midi de la France avec le sue du cjnanchum monspeliacum.
Deux chimistes , MM. Bouillon-Lagrange et Vogel, ont publié une analyse comparée des scammonées d'Alep et de Smyrne , dont les résultats sont rendus incertains par la grande impureté des substances employées. Cent parties de scammonée d'Alep m'ont fourni :
Résine précipitée par l'eau de la teinture alcoolique. ... 75
Extrait alcoolique dissous par l'eau 6,250
Extrait gommeux dissous par l'eau froide 3,125
Matière végétale insoluble dans l'alcool et dans l'eau. . . . 7,250
Matière terreuse 8,375
La scammonée est désignée souvent sous le nom de diagrède , diacridium , mot corrompu du grec cTwz^ucTkv qui signifie petite laime. C'est un purgatif drastique qui a toujours été regardé comme plus actif et plus dangereux que le jalap. Les anciens, convaincus de cette action souvent trop énergique delà scamraonée , avaient imaginé différens moyens de l'adoucir, qui consistaient : 1» à dissouare aeux parties de scammonée pulvérisée dans une partie de suc de coings , à faire évaporer toute l'humidité et à pulvériser la masse : cette préparation se nommait diagrède cydonié ; 2» à faire dissoudre une partie de scammonée dans deux parties d'un infusé de racine de réglisse ; en opérant , du reste, comme ci-dessus, on obtenait ce qu'on nommait le diagrède glycyrrhizé; 3° le diagrède sulfuré se préparait en exposant, pendant un quart d'heure , de la poudre de scauiraonée à de l'acide sulfureux provenant de la combustion du soufre. Ces préparations, qui tendaient à mitiger les effets de la scammonée, mais qui les rendaient aussi plus incertains , ne sont plus usitées , et l'on préfère aujourd'hui employer la scammonée non préparée, sauf à en diminuer la dose, et en ayant l'attention de ne pas la prescrire lorsqu'il y a irritation ou chaleur le long du canal digestif. On l'administre alors sans inconvénient , à la dose de six, douze ou dix-huit grains , suivant l'âge et la force des sujets , soit eu poudre , mélangée avec du sucre , ou mise en pilules , à l'aide d'un sirop, ou suspendue dans une émulsion. Elle fait aussi partie de la poudre cornachine ou de tribus , des pilules hj dragogues de Bonlius , des pilules mercurielles de Belloste , et surtout des pilules de Radius ou extraits pancliymagogues , qiy sont encore souvent prescrits sous le nom d'extrait de coloquinte composé. Enfin on emploie souvent la résine pure de scammonée. Celle-ci s'obtient en
traitant la scammonée d'Alep par l'alcool rectifié , distillant la teinture alcoolique aux trois quarts, étendant le résidu de beaucoup d'eau, et faisant sécher, sur des assiettes, la résine précipitée. Cette résine est en écailles transparentes , jaunâtres, d'une odeur de brioche, comme la scammonée , d'une saveur assez douce et très-peu nauséeuse ; elle se divise très-facilement dans l'émulsion d'amandes et dans le lait. Sous ces différens rapports, elle est bien préférable à la résine de Jalap , qui possède une saveur acre et strangulante , et qui s'agglomère et se met en masse , lorsqu'on la triture dans l'émulsion. Ces deux résines diffèrent encore par d'autres propriétés , ainsi que l'a fait connaître M. Planche {Journ. pharm., t. xni, p. 165). Ainsi, la résine de scammonée est à-la-fois soluble dans l'alcool et dans l'éther, elle jaunit immédiatement par l'acide nitrique, et s'y dissout en partie avec dégagement de vapeur nitreuse; la résine de Jalap est insoluble dans l'éther, et se dissout tranquillement dans l'acide nitrique sans dégagement d'acide nitreux.
M. Marfius a proposé d'enlever à la résine de scammonée son odeur et sa cotileur jaunâtre , au moyen du charbon animal; cette décoloration ne parait pas nuire à la propriété purgative de la résine. (Guibocrt. )
SCAPULAIRE. s. m. Qui appartient à l'épaule. Pièce de toile, longue d'une demi aune , large de quatre à six travers de doigts, fendue depuis une de ses extrémités Jusqu'à cinq ou six pouces du bout opposé, et qui sert à soutenir les bandages du corps. Le bout non fendu de cette pièce est fixé en arrière au milieu du bandage, ses deux extrémités sont ramenées sur les épaules et la poitrine, où on les attache à la partie antérieure du même bandage, qui se trouve ainsi soutenue et ne peut descendre vers l'abdomen.
( L.-S. BÉGIK. )
SCARIFICATEUR, s. m. On nomme ainsi plusieurs instrumens dont on se sert pour faire les scarifications, ou pour mieux dire les mouchetures.
Le scarificateur le plus ordinairement employé se compose d'une boîte cubique , en cuivre, quelquefois en argent, et qui offre sur une de ses faces douze, seize, ou vingt fentes destinées au passage d'autant de lames de lancettes qui sont mues par un ressort que l'on détend , en appuyant sur une bascule placée à l'extérieur de l'instrument.
Pour se servir du scarificateur, on commence ordinairement par appeler la sang dans le système capillaire cutané , en appliquant préalablement une ventouse sèche : cela fait , on tend le ressort pour armer en quelque sorte l'iastrument ; puis on appli(]ue sur les parties celle de ses faces qui présente le» fentes , on appuie sur la bascule , et l'opé ration se trouve terminée en un instant presque indivisible.
Le scarificateur offre l'avantage incontestable de produire très-peu de douleur, tant est prompte et instantanée sa manière d'agir ; mais il est d'un pris as^cz élevé , il est difficile de l'entretenir en bon état , et son mécanisme est facile à déranger. Tous ces inconvéniens l'ont empêché, en France au moins, d'être généralement adopté.
M. Larrey a fait construire un scarificateur beaucoup plus simple et qui re** semble assez à la flamme dont se servent les vétérinaires pour pratiquer laphlébotomie , avec cette différence que la pointe aiguë est remplacée par un tranchant demi circulaire. On se sert de cet instrument comme d'un bistouri. Il offre l'avantage de ne pas exposer à faire des plaies plus profondes qu'on ne le désire, comme cela arrive souvent au bistouri quand il est conduit par des niaiùa peu exercées.
C'est encore parmi les scarificateurs qu'il faut ranger l'instrument que M. to professeur Cruvcilhier a nommé pldébotonie de la piluitaire, et qu'il a imaginé pour pratiquer la saignée capillaire de cette membrane, dans les cas de phlegmasie encéphalique. Cet instrument est construit sur le modèle du lithotome caché , et il a deux lames de rechange , l'une dont la pointe est aigué comme celle d'un trocar, et qui sert à faire de simples piqûres, quand on ne veut obtenir qu'un écoulement de sang peu abondant ; l'autre terminée par un tranchant de deux lignes de longueur et qui est employée quand on veut obtenir une saignée plus abondante.
A défaut de ces instrumens, on peut très-bien se servir d'un bistouri ou d'une lancette.
Nous ne parlerons pas du xyslrum ophthalmicum de Woolhouse , pour pratiquer les scarifications de la conjonctive , parce que cet instrument est abandonné , ni des scarificateurs de l'urètre de MM. Amussat , Guillon et Tanchou, parce qu'ils ont été décrits à l'occasion des coarctations de ce canal , pour lesquelles ils ont été spécialement imaginés. ( L. J. Sanson.)
SCARIFICATION, s. f. Scari/icatio. Ce que nous avons dit des mouche- TUREs abrège de beaucoup ce que nous aurions à dire des scarifications. Nous avons vu , en effet , que ces deux espèces d'actions thérapeutiques ont entre elles tant d'analogie que les différences qui les séparent ne sont pas encore bien déterminées. Toutefois , nous rappellerons que la scarification est une véritable incision qui pénètre ordinairement dans le tissu des organes sur lesquels on la pratique, tandis que la moucheture consiste surtout dans une piqûre ou une incision très - superficielle qu'on multiplie à la surlace des parties.
La scarification est donc plus puissante que la moucheture, et elle est surtout faite dans l'intention de dégorger les tissus. C'est ainsi que, dans les cas de gonflement inflammatoire considérable de la langue , ou pratique sur la face supérieure de l'organe, et dans le sens de la longueur, des scarifications profondes qui , après le retour de la partie à son état naturel, dégénèrent en de simples égratignures. . .
Quelquefois les scarifications sont de véritables débridemeDS. C'est ainsi
SCARLATINE
SCARLATINE
l'agissent les incisions qu'on pratique aux membres aflecte's d'crysipèle phleg- Lneux ou atteints d'inflammation sous-aponévrotique , pour éviter la suppution ou la gangrène : c'est encore ainsi qu'agissent les scarifications par leslelles on détruit la bride formée par l'ouverUire du prépuce, quand on veut Juire un paraphymosis.
Enfin , dans quelques cas , les scarifications sont pratiquées sur des eschares, in de faciliter l'évacuation des sucs putrides qui les abreuvent , ou pour perettre aux topiques cxcitans qu'on emploie en pareil cas , d'agir sur les parties li ont conservé la vie, et d'y activer l'inflammation éliminatoire. Dans ce dorer cas, il est évident que l'incision doit diviser toute l'épaisseur des parties ortifiées , et pénétrer jusqu'aux parties vivantes.
Dans quelque but qu'on les pratique, les scarifications, telles que nous les tendons, doivent être pratiquées avec le bistouri , en suivant les règles qui It été établies pour les ikcisions. (L. J. Sanson.)
SCARLATINE, s. f. Exanthème contagieux qui, après un ou deux jours de vre , s'annonce par de petits points rouges , remplacés par de larges taches, 'cgulières , d'un rouge écarlate ou d'une teinte frainboisée , bientôt confoues et étendues à presque toute la surface du corps , accompagnées d'angine , se terminant par desquamation à la fin du premier septénaire. i§ 1. Cette maladie présente plusieurs expressions symptomatiques, qu'on peut |)porter à quatre formes principales : Scarlatina simplex ; Scarlatina ani^i- .sa; Scarlatina sine exanlhemaLe ; Scarlatina maligna.
1°. Scarlatina simplex^ Willan {scarlatine bénigne et régulière). Première riode [incubation ) : une faiblesse ou un malaise général , des nausées et des issons passagers, bientôt suivis de chaleur et une soif considérable , sont les ■ mpLôines précurseurs les plus ordinaires de l'éruption. Il s'y joint quelque- Is des douleurs de tête, des envies de vomir, des vomissemens , des saignei;ns de nez , de l'assoupissement et quelques autres accidens nerveux surtout lez les enfans. Ces premiers symptômes, qui se déclarent à toute heure du jir, augmentent ordinairement le soir et la nuit.
Deuxième période [éruption] : le deuxième jour àe l'invasion , qui correspond i cinquième ou sixième de l'infection , la face se gonfle ; de petites taches, non jDcminentes, d'abord d'un rouge peu foncé , puis d'un rouge vif, séparées par (i intervalles où la peau conserve sa teinte naturelle , apparaissent en grand irabre sur le visage , le cou et la poitrine. Dans l'espace de vingt-quatre heu- I , de semblables taches rouges se montrent sur tout le corps , ainsi que sur 1 lèvres , sur la langue , le palais et le pharynx. Le troisième jour , la plupart Ci interstices que les petits points observés sur la peau avaient laissés entre (i ont disparu, et sont remplacés par de larges taches pointillées , irrégulières (dentelées vers leurs bords ; l'exanthème devient général sur les joues et les t mbres , autour des doigts , et prend la couleur ecar/a2e qui le caractérise. ( clq ues élevures papuleuses se développent ordinairement en même temps s- les mains, la poitrine et les membres. La peau, beaucoup plus chaude ce dans les autres exanthèmes , est brûlante , prurigineuse , tendue , sèche et sisible au toucher ; sa surface, généralement unie, est rugueuse comme la pu d'oie sur quelques points , et en particulier à la partie externe et posté- I ure des bras et des cuisses ; les pieds et les mains où la rougeur est ordiuai- I nent intense , sont enflés , raides et douloureux. Sur le tronc , l'exanthème ( la scarlatine bénigne , rarement général , se dessine en larges taches, comme jintillées , vers leurs bords, très-diversifiées dans leur forme et leurs con- I rs. Aux aines , aux fesses et aux plis des articulations , dans le sens de la liion , la couleur écarlate est plus forte et plus persistante que sur les autres i;ions du corps. Cet exanthème, moins vif le malin que pendant la nuit , est tijours plus foncé le soir, surtout le troisième et \e quatrième jour. Il semble i rs, pour me servir d'une expression d'Huxham, que la surface du corps a été I bouillée avec le suc de framboise ou peinte en rouge. La fièvre diminue dinairement après l'éruption.
Troisième période : le czng'K/è/we , et au plus tard le sixième jour, l'cxanfîme commence à pâlir; la rougeur quitte les parties affectées dans l'ordre où e; était apparue ; le visage se dégonfle , les interstices qui séparent les taches C'iennent plus larges , et la couleur de ces dernières est moins vive. Le septpe , les caractères de l'exanthème ne sont déjà plus distincts. Dès le ciacjième , une légère desquamation précédée de prurit , a lieu sur le cou , les Inpes et la poitrine. Le huitième et le neuvième , de larges lamelles épiderl'ijues se détachent de la surface de la peau des mains, des doigts , des pieds «d'autres régions du corps.
àvant l'éruption et à son début, le pouls est ordinairement plein et fréquent; Ijsurface supérieure de la langue est couverte d'un enduit blanchâtre j ses l'ds sont rouges; le pharynx offre une teinte érythémaleuse pointillée ; les âygdales sont peu tuméfiées ; quelquefc 's les yeux sont rouges, brillans et l'jnides ; le sommeil est agité ou troublé par des rêves. Ces symptômes pré- Cptent une rémission marquée , le deuxième ou le troisième jour de l'éruption; llangue se dépouille quelquefois de son épilliélium ; sa surface paraît alors <!|n rouge très-animé.
1^ cette époque , la scarlatine bénigne présente quelquefois une anomalie ïjez remarquable ( reversio ). Après un mouvement fébrile , la peau se couvre cj nouveau de taches rouges , moins nombreuses et moins larges que celles de Ipremière éruption, et ces accidens s'évanouissent après une sueur plus ou i)ins abondante.
Quelquefois l'éruption de la scarlatine simple a lieu sans symptômes précurs rs sensibles.
1°. Scarlatina anginosa (scarL cjrnanckica. CuUen). Les symptômes précur-
seurs sont plus violens : une sensation brusque de raideur dans les muscles du cou et de la mâchoire inférieure a lieu souvent au début de cette variété. Le second jour, le pharynx est enflammé, la voix est rauque, la déglutition dilficile et douloureuse , la membrane muqueuse de la bouche et du pharynx est d'un rouge très-vif comme l'exanthème extérieur ; le gonflement des amygdales (ift souvent assez considérable. Quelques jours après l'invasion , et souvent le lendemain , les piliers antérieurs du voile du palais , les amygdales et le pharynx se couvrent d'un fluide visqueux , épais , ou de flocons <l une matière pultacée grise ou jaunâtre, blanche ou caséeuse, analogue à celle que l'on observe dans certaines amygdalites. Ces exsudations, de couleur et de consistance différentes, se prennent souvent en masse, et forment des espèces de croûtes, distinctes des plaques couenneuses, en ce qu'elles sont molles , et qu'on peut les sillonner avec un corps dur ou les enlever avec le bout du doigt, sans qu'il en résulte de douleur. Ces plaques pultacées et caséeuses se renouvellent du jour au lendemain ; elles se propagent souvent sur les parties latérales du pharynx et même jusqu'à l'œsophage. Je ne sache pas qu'on eu ait jamais observé après la mort , dans le larynx ou la trachée-artère. Planchon kur donne le nom de croûte ou de crasse aphtheuse. Fothergill et Huxham les considéraient à tort comme des eschares et des ulcères. Lorsque les tonsilles sont inégalement boursouflées et saignantes , ces exsudations pultacées sont quelquefois colorées en brun ou en noir, et simulent d'autant mieux l'aspect de certains ulcères , que l'haleine contracte souvent alors une odeur fétide. En examinant avec plus d'attention , on voit que cette matière pultacée , blanche , grise ou noire , se détache très-facilement de la membrane muqueuse du pharynx, et jamais par lambeaux comme dans l'angine couenneuse. Les points enflammés, délergés par l'effet des boissons et des gargarismes, n'offrent aucune perte de substance , ni aucune ulcération, double circonstance qui a lieu dans l'angine gangréneuse.
Les deuxième , troisième et quatrième jours , la température du corps s'élève quelquefois à quaranle-et-un et même à quarante-deux degrés centigrades ; en outre, le pouls est fréquent et peu développé ; altération de la bouche , langue d'un rouge animé, papilles très-prononcées, nausées, vomissemens, diarrhée ou constipation , toux sans expectoration ; éternuemens , coryza , voix gutturale , souvent hémorrhagie nasale , gêne de la respiration.
L'exanthème n'apparaît pas ordinairement d'aussi bonne heure que dans la scarlatine simple; souvent il ne se déclare que le troisième jour , et ne s'étend pas aussi constamment sur toute la surf.ice du corps. Il se compose de taches isolées d'une teinte écarlate ou framboisée, éparse sur le dos, les flancs, le col, la poitrine et les membres, et à peu-près constante sur les poignets. L'exanthème s'efface quelquefois en entier le jour même de son apparition , et se développe de nouveau à une époque plus ou moins rapprochée. Le plus ordinairement, dans cette variété, l'inflammation de la peau est accompagnée d'une tuméfaction très-prononcée du tissu cellulaire sous-cutané , surtout à la face et aux doigts dont la flexion et l'extension se trouvent gênées. Enfin , la durée entière de l'exanthème est plus longue que dans la scarlatine simple , et son mode de desquamation est moins régulier. Celle-ci est à-peu-près nulle , lorsque l'éruptiou a rapidement disparu ; elle se prolonge au contraire au-delà du troisième septénaire , lorsque l'exanthème a été très-intense.
La scarlatine angineuse peut être compliquée de laryngite, de pneumonie ou d'accidens cérébraux, et elle est quelquefois rapidement mortelle. Les mafadies secondaires sont aussi plus fréquentes, dans cette variété," qu'après la scarlatine simple.
3». Scarlatina maligna. La scarlatine se présente quelquefois avec des symptômes plus graves encore; elle débute comme la scarlatine angineuse, et, dans l'espace de deux à trois jours , elle est caractérisée par des symptômes d'une extrême gravité. Quelquefois elle s'annonce par une douleur fixe dans quelque partie du corps : ce phénomène, observé par de Haen , était du plus mauvais augure dans la constitution épidémique de 1777 à 1778. décrite par iMeza. A uu frisson profond ( horror) succède , dans la scarlatine maligne, une fièvre ardente : soif inextinguible , céphalalgie, pouls fréquent et véhément, ardeur à la gorge, vomissemens et iliarrhée, coma ou délire ; trois ou quatre jours après, éruption de taches , quelquefois plus élevées que dans la scarlatine bénigne ; parfois urines sanguinolentes. La teinte de l'exanthème est faible et livide; il est parfois parsemé de péléchies ; sa durée est incertaine ; il peut paraître et disparaître à plusieurs reprises; le pouls est petit et irrégulier; quelquefois les dents et la langue sont couvertes de croûtes noires ou brunes, les yeux sont mouillés et fortement injectés, un écoulement fétide a quelquefois lieu par les fosses nasales, les joues sont d'un rouge foncé; il y a en même temps surdité, délire chez les adultes; coma, agitation chez les enfans, haleine fétide, respiration bruyante et laborieuse, occasionée par des mucosités épaisses et visqueuses déposées dans le pharynx ; déglutition diflîcile ou impossible, constriction des mâchoires, exsudation noirâtre à la s:irface des amj^gdales et des parties voisines. Un coma continuel, la diflicullé extrême de la respiration, une diarrhée abondante, la formation de nombreuses pétéchies , annoncent une mort prochaine.
Le très-petit nombre de malades qui survivent à ces premiers accidens, ont encore à redouter les suites de l'inflammation des voies aériennes et des organes digestifs , qui persiste après la guérison de l'exanthème. Des eschares gangreneuses se forment souvent au trochantcr et au sacrum; elles sont suivies de larges ulcérations dont la gucrison diflicile prolonge encore la convalescence. Lorsqu'elles sont jointes à des inflammations intestinales chroniques, ces ulcérations sont toujours graves et souvent mortelles.
Dans d'autres cas, la mort a lieu quelquefois soudainement dès les deuxième, troisième ou quatrième jours (scarlatine «e/vcuie ) , après un état d'agitatiou
SCARLATINE
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et d'augoisse extrêmes , avec grande fréquence du pouls ( cent vingt à cent quarante pulsations par minute), après du délire ou du coma, avec éruption complète ou incomplète de l'exanthème.
4°. ScarlaLina sine exanihemate. Bans l'épidémie de 1766, observée par Fothergill et par Huxham à Edimbourg, quelquefois, chez les personnes d'un certain â^e et trcs-r;irement chez les enfans , après un mal de gorge scai latineux des plus violens, il n'y avait aucune éruption, quoiqu'il y eût de la démangeaison à la peau, et qu'on y observât plus tard une desquamation plus ou moins considérable. Dans l'épidémie de Buckingliamsbire, observée en 1788 par Rumsey , le mal de gorge était un symptôme plus fréquent que l'éruption. Stoll , Aaskow, Bang, Ranoë, et, dans ces derniers temps , un observateur aussi fidèle qu'éclairé. Dance, ont aussi constaté l'existence de ces fièvres scarlatines sans éruption. Jene les aiîpoint observées; mais celle circonstance lient peut-ètreà la difficulté de saisir tous les traits d'une épidémie de scarlatine dans la pratique d'une grande ville comme Paris, et à la rareté de celte maladie dans les hôpitaux de Saint-Antoine et de la Charité où l'on n'admet que des adultes.
§11. Quelle que soit la forme sous laquelle se montre la scarlatine, l'exanthème peut être compliqué avec d'autres éruptions à la peau. Du quatrième au cinquième jour de l'éruption, il se fait souvent sur le cou, les aisselles , et quelquefois sur d'autres régions du corps , une éruption de sudamina ou de petites vésicules semi-globuleuses, contenant un fluide perlé ou transparent, qui est promptemenl absorbé ou qui s'écoule à la surface de la peau , après la rupture de l'épiderme [scarlatina milijormis Frank). Quelquefois aussi on observe, au début de la desquamation, des éruptions prurigineuses, telle que l'urticaire; les complications de la scarlatine avec la rougeole, l'érysipèle elles inflammations pustuleuses sont plus rares. J'ai vu plusieurs fois deseru/j^/o/ji varioliques, et le plus souvent le chickcn-pox , compliquer la scarlatine. Tout récemment encore, j'ai vu un cas de scarlatine maligne hémorrkagique , rapidement mortel, offrant cette complication : la peau était ecchymosée, aux paupières, au menton et sur les joues; au cou, sur la partie antérieure de la poitrine, on remarquait un belle teinte rouge-écarlate , uniforme, qui disparaissait sous la pression du doigt; la peau des membres était marbrée de taches violettes ou noirâtres , irrégulières, qui ne pâlissaient pas par la pression ; des pustules varioliques existaient sur le pénis et à la paume des mains , dont la peau n'offrait pas la teinte de la scarlatine. J'ai, en outre, observé plusieurs cas de scarlatine compliquée de purpura hœmorrhagica.
§ Maladies secondaires Pendant la convalescence du quatorzième ou-quinzième jour de la maladie, et quelquefois plus tard, on observe souvent une anasarque dont l'étude mérite une attention particulière. Cette hydropisie a lieu surtout en hiver et chez les enfans, à la suite de l'impression du froid; elle s'annonce par un sentiment de lassitude , de langueur, de tristesse ou de dégoût ; par de l'insomnie , et par la rareté des urines qui deviennent épaisses, brunes , noirâtres, et quelquefois assez semblables à de la lavure de chair. La face et les paupières surtout se tuméfient, et l'œdème gagnant les extrémités inférieures ne tarde pas à devenir général. Tous les auteurs sont d'accord sur la gravité de celte espèce d'anasarque. D'après Plenciz et de Haen , elle est beaucoup plus meurtrière que la maladie primitive. Plenciz, Slork, de Haen et Withering regardent celte hydropisie, presque comme une seconde période de la scarlatine, comme un de ses caractères distinctifs. C. Vieusseux attribue cette hydropisie à l'impression du froid, Robert de Langres à une crise imparfaite. Blackall , et plus récemment M. Peschier, ont constaté que dans cette espèce d'anasarque l'urine était souvent albumineuse. G. Uberlacher en attribue la cause à une afl'ection des reins. Il y a , dans l'ensemble de ces remarques , bien des motifs pour rechercher si cette espèce d'anasarque n'est pas une variété de l'hydropisie que M. Bright a fait connaître, que MM. Gregory et Christison ont éclairée par de nouveaux faits , et sur laquelle j'ai fait moi-même un assez grand nombre de recherches (Tissot: De Chydropisie produite par Vaffection granuleuse des reins. \t\-\°. Paris, 1833). En efl'et , comme la maladie de Bright , l'anasarque consécutive à la scarlatine est presque toujours produite par l'impression du froid et de l'humidité. Au début de ces deux maladies, on observe .souvent une altération particulière des urines qui sont brunes , albumineuses et chargées de cruor. Toutes deux sont très-graves, et se terminent quelquefois par des hydrothorax et des hydrocéphales, et sont bien distinctes des hydropisies passives qui dépendent d'un obstacle au cours du sang, et dont M. Bouillaud a si bien fait connaître le mécanisme. Je n'ai pas eu l'occasion d'examiner, après la mort, les organes et les reins, en particulier, d'intlividus morts d'anasarque, suite de la scarlatine, quoique j'aie été assez souvent dans le cas de faire de semblables recherches sur des individus qui avaient succombé à la maladie de Bright. Je n'en ai pas trouvé d'exemples parmi les nombreuses observations publiées par M. Gregory; mais pendant la vie, il y a une i<lentité si parfaite, dans l'expression des phénomènes de ces deux maladies , que l'autopsie des cadavres démontrera très-probablement qu'elles sont de même nature.
On peut encore observer, à la suite de la scarlatine, des ophlhalmies , des otites, des laryngites, des bronchites, des entérites, des amauroses, des parotides et des inflammations du testicule chez les adultes , des engorgemens des glandes sous-maxillaires et inguinales chez les enfans; mais ces maladies sont plutôt accidentelles que secondaires.
§ IV. Observations anatomiques. Lorsque la mort est arrivée le deuxième jour de l'invasion ( scarlatine /lerp'eîise ) , je n'ai trouvé qu'un peu de rougeur dans la membrane muqueuse bronchique ; les traces de la scarlatine étaient dvanouies. Lorsque la mort avait eu lieu le troisième ou le quatrième jour, la membrane muqueuse du pharynx , de la trachée et des bronches offrait une
rougeur uniforme ; le cerveau présentait un engorgement sanguin, et le ré seau vasculaire de la pie-mère était injecté ; la membrane muqueuse de l'esto mac offrait quelquefois une rougeur pointillée de petites ecchymoses. Dans \, seconde période de la maladie , les lésions étaient k-peu-près les mêmes, ave. cette seule différence qu'elles étaient plus évidentes ; j'ai trouvé de la rougeur et quelquefois un dépôt de pus dans les amygdales et le tissu cellulaire sous muqueux de la partie supérieure du larynx; la membrane muqueuse dé 1: trachée et des bronches était rouge ou d'une teinte livide uniforme ; les petit vaisseaux de la pie-mère cérébrale et rachidienne étaient injectés et offraieui quelquefois de petites ecchymoses , et les ventricules latéraux contenaient di la sérosité ; mais quelquefois aussi je n'ai rencontré aucune lésion qui pù; rendre compte des symptômes cérébraux observés pendant la vie. Le sang ; été peu examiné. J iguore s'il jouit , comme dans la rougeole, de propriété contagieuses. J'ai observé des boursouflemens insolites des plaques de Pcye; et de la plupart des follicules des intestins , des ecchymoses et du sang h 1; surlace de la membrane muqueuse gastro-intestinale (scarlatine héinorrha gique), plus rarement des épauchemens sanguinolens el purulens dans la cavité des plèvres qui, par la promptitude de leur développement el de leut marche, semblaient tenir du genre de la scarlatine; la bouche , les fosses na sales et le pharynx ont présenté souvent la rougeur et les altérations propres à l'angine couenneuse.
§ V. Causes. La scarlatine est contagieuse, mais à un moindre degré queli rougeole. Petit-Radel a cherché vainement à l'inoculer; mais on assure qu( Stoll y est parvenu. J. Frank assure même qu'elle peut se transmettre d{ l'homme au chien. Elle affecte principalement les enfans et les adolescens , plus rarement les adultes ; elle atteint bien rarement deux fois le mèmt' individu. Sur deux mille cas , Willan n'a pas vu un seul exemple de récidive'' Je n'en connaissais pas lors de la publication de la première édition de mo4' Traité des maladies de la peau ; j'en ai recueilli un depuis. La maladie, côn* tractée par contagion , survint à un jeune homme que j'avais soigné de la scar latine plusieurs années auparavant, el qui était convalescent d'une pneumonul" dans laquelle les émissions sanguines avaient été largement employées.
Tous les individus ne sont pas aptes au même degré à contracter la scarla--' tine , et toutes les conditions ne sont pas également propres à son dévelop ' , pemenl. Elle atteint plus facilement les femmes que les hommes. Quelques' individus, après avoir été exposés en vain pendant plusieurs jours à la conta' gion de celle maladie, en ont été frappés plus tard , à la suite d'un simple rap '^ port avec des personnes atteintes de cet exanthème. La scarlatine règne tou ''' jours d'une manière épidémique , et le plus souvent vers les équinoxes. Ot' ' l'observe pendant l'hiver lors des vicissitudes atmosphériques , ou lorsque 1(' '' temps est humide , froid et nébuleux, et dans d'autres saisons , après des pluieif abondantes immédiatement suivies d'une grande chaleur. "
Les épidémies de scarlatine , considérées individuellement , offrent toujoijià un caractère particulier qui les rapproche ou les éloigne de quelques autr/5î Certaines épidémies ont été remarquables par leur caractère de bénignité, Une douleur fixe était un des symptômes graves de l'épidémie observée en ' 1777 et 1778 à Copenhague, par Meza ; la scarlatine maligne a été décrite pat \, Sennert en 1619 , et observée en Saxe en 1695 et 1697. Ch. Morton a donné le ' tableau d'une épidémie de scarlatine avec parotitles et bubons ; l'épidémie dfj' 1748 et 1749, observée à la Haye, était accompagnée d'ulcérations de la gorgefl* et des parties génitales ; dans l'épidémie d'Upsal , de 1741 , décrite par Rosen, des parotides n'étaient point d'un mauvais augure; l'épidémie observée en 1751 par Navier, à Châlons-sur-Marne , et celle qui fut observée à Vienne ea 1770 et 1771 par de Haen et Kirchvogcl , offrirent tous les caractères de laj scarlatine maligne.
Certaines épidémies se sont montrées avec un caractère mixte ou compliqué : telle était l'épidémie décrite par Lorry en 1777. Celle qui fut observée par ' ' Ant. Stark , à Vienne , en 1759 , était accompagnée d'une éruption miliaire; l'épidémie de Céphalonie , décrite par Angel. ZuUatlo , fut remarquable paP;i ' une complication bilieuse el vermineuse. '
§ VI. Diagnostic. La scarlatine diffère de la rougeole par ses symptômes précurseurs , par la teinte écarlate de son exanthème , dont les taches beaucoup plus larges, sans forme déterminée , ne présentent pas , comme celles de la rougeole, de petites élevures disposées en arcs et sensibles au toucher, et , par l'inflammation du pharynx qui l'accompagne presque constamment. Dans | ' la rougeole, le malade éprouve, trois ou quatre jours avant l'éruption , de i ' l'enchifrèncment et de l éternuement , une toux sèche et rauque ; les yeux .| deviennent humides et larmoyans ; dans la scarlatine , les yeux sont ardens,'j enflammés , les malades se plaignent d'une douleur .i la gorge. La rougeole' se montre le quatrième jour de l'invasion, d'abord sur les parties supérieures' i du tronc; et s'étend peu-h-peu sur les autres; l'exanlhème de la scarlatine i paraît dès le second jour sur tout le corps. La rougeole laisse le plus souvent ( h sa suite des bronchites, des ophlhalmies et des entérites ; l'anasarque suc- '' cède plus ordinairement à la scarlatine. Suivant M. Heim, la scarlatine a une odeur caractéristique, qu'il compare à celle que l'on sent dans les magasins où l'on conserve de vieux fromages , de vieux harengs, ou bien à celle qu'exhaie, à quelque distance, la loge où l'on retient les lions el les autres animaux de proie. Cette odeur se manifeste dès le début de la maladie et avant même l'apparition de l'exanthème. La rougeole a aussi son odeur particulière. Celte odeur, depuis le début delà' maladie jusqu'au septième jour , est douceâtre ; plus tard elle devient aigrelette , et tout-à-fait semblable à celle qu'exhalent les plumes fraîchement arrachées sur une oie vivante ou qui vient
SCARLATINE
SCARLATINE
ïtre tuée. La scarlatine diffère également par plusieurs caractères de la séole , de l'érysipèle et de l'érythème. Le développement accidentel de sumina ou de vésicules miliaires dans la scarlatine ne peut rendre incertain diagnostic avec la suette miliaire. Dans la scarlatine , elles sont peu nomeuses et n'occupent que certaines régions, le col et les aisselles le plus oriiairement; elles sont éparses sur la surface du corps dans la suette. Enfin xislence d'un exanthème écarlate à la peau suffit pour établir une distinction tre la scarlatine complète et les angines crémeuses , pultacées ou gangréiuses dû pharynx observées dans quelques épidémies de scarlatine , et désilées par Johnslon, Withering, Stoll, etc., sous le nom de scarlatine in/zs uption. M. Bretonneau a très-bien décrit les caractères qui distinguent la arlatine maligne angineuse de la diphthérite. Un trouble extrême de la cirlation , comparable à celui qui résulte de la morsure d'une vipère, peut re observé dès le début de la scarlatine maligne ; le système de la respiration 2st pas moins altéré ; fréquemment les fonctions du canal digestif sont perrties et d'énormes vomissemens accompagnent une diarrhée continuelle, en eme temps que les désordres de l'innervation, qui se prononcent de plus en us, présagent une terminaison funeste. Le début de la diphthérite est à
I ine marqué par un mouvement fébrile , ou du moins , après un accès de ivre éphémère , le pouls ne tarde pas à perdre de sa fréquence. Les fonctions ganiques et celles qui appartiennent à la vie de relation sont si peu trouées, que le plus souvent les enfans qui sont déjà dangereusement atteints • 1 angine maligne, conservent leur appétit habituel et continuent leurs ux. Chacune des phases de la scarlatine s'accomplit dans les termes d'une irée limitée ; aucun terme ne peut être mis aux progrès successifs de la phthérite. La marche de la scarlatine est très-aiguë ; elle peut se terminer ir la mort depuis le premier jusqu'au dernier jour de l'unique septénaire
II constitue son état ; l'inflammation diphthérique tend à la chronicité , si icclusion des voies aériennes n'apporte pas un terme à sa durée, l'inflamma- 3n scarlatineuse s'étend presque simultanément à tous les points des surfaces uqueuses qu'elle doit occuper; éminemment locale, c'est d'un seul point le l'inflammation diphlliérique se propage avec plus ou moins de rapidité IX surfaces qu'elle envahit graduellement. Ainsi , tandis que d'épaisses coaetions altérées dans leur couleur recouvrent depuis plusieurs jours les toniles et les parois du pharynx , on trouve, si le sujet succombe à l'occlusion 3s voies aériennes, la membrane muqueuse de la trachée , des bronches et ■s fosses nasales tapissée de concrétions qui offrent les caractères d'une exsuition plus récente. L'inflammation scarlatineuse a peu de tendance à se porr dans les canaux aérifères , tandis que l'inflammation diphthérique a une itréme tendance à s'y propager. Dans la scarlatine, si le malade succombe ins le cours du premier septénaire , aucune lésion anatomique importante 3 montre ordinairement la cause manifeste de la mort; la diphthérite ne svient mortelle qu'au moment où les couches membranéiformes qui tapissent intérieur des canaux aérifères, apportent par leur accumulation ou leur dé- )llement un obstacle mécanique à la respiration ; quelquefois même l'ashyxie ne survient pas avant que plusieurs divisions des bronches ne soient luluites d'une exsudation concrète. Le traitement topique , en modifiant de la lanière la plus satisfaisante l'inflammation couenneuse des tonsilles , n'abrège as la scarlatine et n'en diminue pas le danger. Les premiers jours du second îplénaire amènent la desquamation de la peau et une convalescence plus ou loins pénible ; les malades qui sont parvenus à une époque avancée de leur Dnvalescencc ne sont pas encore à l'abri des conséquences fâcheuses de cette evre exanthématique ; ils restent exposés aux ulcérations gangréneuses de la eau, aux convulsions, à l'anasarque, à l'œdème des poumons, affections [ironiques presque toujours accompagnées d'un changement remarquable ans les urines qui contractent une couleur fauve très foncée , due à un méinge de cruor altéré dans sa couleur. Au contraire , si le traitement topique lodifie l'inflammation diphthérique , le retour à la santé est obtenu aussitôt ue la maladie locale est terminée. Les épidémies les plus meurtrières de :arlatine moissonnent à peine un tiers ou un cinquième de ceux qui en sont tteints , quelle que soit la médication employée, et le plus souvent la mortaite est beaucoup moindre. Il est à-peu-près prouvé que tous ceux qui sont fffctés d'angine maligne périssent si la maladie est abandonnée à elle-même.
Ajoutons que, dans la scarlatine comme dans la rougeole, ce qu'il importe e plus , sous le rapport du diagnostic , c'est de déterminer l'étendue et l'intenitë des désordres qui accompagnent cet exanthème, et le caractère de bénignité u de malignité de l'épidémie régnante. Il faut surtout apporter la plus grande ttention dans l'examen des cas de scarlatine maligne. Le délire et d'autres ymptôraes graves sont quelquefois le résultat de la violence de l'inflammation ie la peau , du pharynx ou de quelques autres organes; dans d'autres circontances , ils semblent dépendre d'une co. gestion dans les veines méningiennes ; ,nfin , il est des cas où ces phénomènes, inJépendans de toute espèce de congestion cérébrale, sont encore plus graves et plus inexplicables.
§. VII. Pronostic. La scarlatine simple', chez un sujet bien constitué, [ui n'a pas récemment éprouvé de maladies aiguës ou chroniques, est sans langer. La scarlatine bénigne pourrait cependant devenir daiigereuse par la rétrocession de l'exanthème provoquée par un traitement incendiaire ou par ('impression du froid. Une hémorrhagie nasale , au moment de l'éruption , est Salutaire.
Le degré d'étendue de la phlegraasie pharyngienne et gastro-intestinale qui précède et accompagne quelquefois l'exanthème, le caractère de l'épidémie régnante, les affections pulmonaires ou cérébrales qui peuvent survenir à diver-
DlCT. DE MÉDECIME ET DE CHIRURGIE PRATIQUES,
ses époques de son développement , rendent le pronostic plus ou moins grave , suivant qu'elles sont elles-mêmes plus ou moins rebelles.
Chez les femmes récemment accouchées , la scarlatine est ordinairement grave. A la Maternité , M. Senn a observé qu'elle n'attaquait presque jamais les femmes grosses admises à l'hôpital , mais qu'elles la contractaient facilement après l'accouchement.
La scarlatine hémorrhagique et la scarlatine nerveuse , sont presque toujours mortelles.
Traitement. Dans la scarlatine simple, très-légère, on favorisera la marche naturelle et régulière de l'exanthème par l'action d'une température douce et uniforme ; on recommandera la diète, les pédiluves, les boissons délayantes et fraîches, telles que les infusions de violette, de coquelicot , agréablement acidulées avec les sirops de limon ou de groseille. Chez un individu fort et pléthorique, si la chaleur de la peau est très-considérable, on pratiquera une saignée du bras. Les malades ne doivent pas se laisser allerau mouvement instinctif qui les porte à se découvrir, et l'air de la salle ou des chambres ne doit être renouvelé qu'avec précaution. Plus tard il ne faut pas leur permettre de sortir de leur appartement , ou les renvoyer des hôpitaux avant le trentième jour , à moins que la saison ne soit très-chaude.
Dans la scarlatine angineuse , les gargarismes adoucissans avec le lait coupé ou la décoction de guimauve miellée ,les saignées du bras ou du pied, l'application de sangsues autour du cou ou h l'épigaslre, celle des sinapismes mitigés sur les coudepieds , les cataplasmes éniolliens disposés en cravate autour du cou, sont généralement utiles. Lorsqu'il ne parait plus permis de persister dans ces moyens , sans s'exposera déranger la marche naturelle de la maladie, il faut avoir recours à l'application d'un vésicaloire h la nuque, faire appliquer sur l'épigastre, et sur toutes les parties du corps où la chaleur est considérable, des linges ou des éponges imbibés d'eau froide vinaigrée , qu'on renouvelle fréquemment.
D'autres méthodes comptent de nombreux partisans. Currie, Withering, Bateman et le docteur Ant. T. Thomson , ont employé hardiment les lotions et les aspersions froides. Le malade est mis nu dans une baignoire , et on lui jette sur la tête un ou deux baquets d'eau froide. Après lui avoir rapidement essuyé le corps , on le remet au lit, et si la sensation de froid se prolonge , on lui fait boire un peu d'eau chaude et de vin. En quelques minutes , le pouls devient moins fréquent, la chaleur de la peau diminue , la soif est moins vive ; un sommeil calme succède h l'agitation , et il est ordinairement suivi d'une transpiration salutaire. Si les accidens se renouvellent, si la chaleur devient vive et très-clevée , on répète les aspersions , qui procurent un nouveau soulagement.
La crainte d'une répercussion , exprimée par les malades ou les assistans , a quelquefois obligé les médecins anglais à réduire cette méthode à de simples lotions froides acidulées, sur les mains , sur la face , sur le cou et sur le tronc. On renouvelle l'air de la chambre, en même temps qu'on diminue la tempi rature du corps. Nous ne possédons , dit Bateman , aucun agent , je n'en excepte pas même la saignée , qui agisse sur les fonctions de l'économie animale avec autant d'efficacité , de sûreté et de promptitude que l'application de l'eau froide sur la peau, pendant la plus forte chaleur de la scarlatine. J'ai eu , dans un assez grand nombre de cas , la satisfaction de voir s'améliorer sur-le-champ les symptômes, et un changement subit s'opérer dans la physionomie du malade, à l'aide de lotions froides sur la peau. |
Plusieurs médecins anglais ont proposé de combattre exclusivement la scarlatine angineuse par les affirmant qu'ils ne produisaient jamais le.? accidens nerveux et la dépression du pouls qu'on observe quel((uefois à la suite de la saignée. Le célèbre Willan , partisan de cette méthode, employait le calomelà la dose de deux à trois grains avec une même quantité de poudre antimoniale. Sur trois cents malades traités , suivant cette méthode , par un médecin d'Ypswich, en 1772, il n'en mourut pas un seul.
Pour diminuer la fièvre , la chaleur et l'insomnie , on a aussi employé, dès le début de la maladie, le tartre stibié , à doses vomitives, toutes les vingt-quatre ou quarante-huit heures.
Le chlore , administré à la dose de deux gros pour huit onces d'eau , dans l'espace de douze heures , a été préconisé par M. Batthwite comme un remède spécifique. Je n'ai point expérimenté ces diverses méthodes.
Dans les scarlatines simples et angineuses , complicp.ées d'inflammation intense de l'estomac , de l'intestin, du larynx et des bronches, de congestions cérébrales ou d'arachiiitis , etc. , l'activité des médications anti-phlogistiques doit être proportionnée au nombre et à la gravité de ces aiTections. Au début , elles réclament les saignées du pied et l'application de sangsues autour du cou , à l'épigastre , et sur tous les points où l'iiiflamiuation s'est propagée. Cependant il ne faut pas prodiguer ces saignées au point qu'elles deviennent elles-mêmes des hémorrhagies fâcheuses. Il ne faut pas non plus attribuer tous les délires à l'inflammation du cerveau ou de ses membranes. Il faut aussi savoir attendre quelque chose du temps dans cette fièvre exanthématique, comme dans toutes les autres. 'Viennent ensuite, comme pour la rougeole, l'indication de rappeler l'exanthème à la peau par des bains et des rubéfians , lorsqu'il est disparu à la suite de l'impression du froid et de l'humidité , et celle de le fixer , pour ainsi dire , par des vésicatoires , lorsqu'il paraît et s'efface alternativement. Lorsque cette marche irrégulière de l'exanthème est subordonnée h des paroxysmes d'itritation intérieure, comme cela a lieu le plus ordinairement, le meilleur moyen de fixer l'exanthème à la peau est de combattre et de détruire les affections internes, ce qui malheureusement n'est pas toujours possible.
SCARLATINE
SCIE
Dans la scarlatine maligne {scarl. ataxique , ataxo-adynamîque de quelques modernes) , que peut-on opposer avec succès au délire ,aux sufTusions sanguines dans l'estomac, dans les plèvres , les méninges , etc. ? La saignée échoue presque constamment ; le pouls se déprime avec une promptitude désespérante, comme dans les dotbincntéri tes graves, dont on retrouve quelquefois à l'ouverture des corps , les lésions intestinales. D'un autre côté, les médecins qui ont le plus préconisé les lotions et les aspersions froides , déclarent que , dans cette variété , elles ne sont point avantageuses. L'ipécacuanha et le tartre stibié provoquent le vomissement , expulsent le mucus sanieux accumulé dans l'arrièregorge, et ont quelquefois semblé ramener la maladie à une marche plus régulière. Les fumigations vinaigrées , et les décoctions de quinquina et de contrayerva acidulées avec l'oxymel ou l'acide muriatique, ou aiguisées avec du chlorure de chaux, ou légèrement alcoolisées, sont généralement conseillées en gargarisme ou en lotions. Les vésicatoires volans et les sinapismes autour du cou sont également recommandés. On assure que les purgatifs , et spécialement le calomel , à la dose de huit à dix grains, ont été plus souvent salutaires qu'aucun autre moyen. Je ne les ai point expérimentés, les scarlatines malignes sont assez rares à Paris, dans la pratique civile et même dans nos hôpitaux.
Suivant que la scarlatine sans exanthème se présente avec les caractères de la scarlatine simple ou compliquée , ou avec ceux de la scarlatine angineuse ou maligne , on lui applique le traitement de ces variétés.
Pendant la convalescence, on prendra toutes les précautions nécessaires pour prévenir le développement de l'anasarque. On prémunira le malade contre l'impression du froid , on administrera quelques bains tièdes, et si la teinte de la peau est devenue blafarde , on frictionnera légèrement la peau avec des flanelles sèches et chaudes , ou imprégnées d'une vapeur aromatique.
L'anasarque elle-même, développée spontanément ou survenue à la suite d'écart de régime, devra être combattue, si l'état de la constitution le permet, par la saignée elles bains tièdes , par l'acétate de potasse à dose d'un demi-gros par jour , ou par le calomel à dose purgative et par l'eau de Sedlitz.
Le docteur Hahnemanu ayant assuré que , dans une épidémie de scarlatine , les enfans et les adultes auxquels on avait administré la belladone avaient été présentés de cette maladie , bien qu'ils eussent fréquenté ceux qui en étaient atteints, plusieurs médecins français et étrangers se sont empressés de vérifier cette assertion. En 1820 , une très-forte épidémie de scarlatine s'étant manifestée àGutersIob, aucun des enfans qui prirent l'extrait de belladone n'en fut attaqué : on le donnait pendant huit jours. Hufeland a recueilli treize rapports de divers médecins allemands , qui ont confirmé cette opinion sur l efiicacilé préservative de la belladone dans la scarlatine. M. Martini croit aussi à celte vertu préservative. M. Ibrélisle, médecin à Melz, a vu douze enfans préservés, par la belladone , de la scarlatine , qui en attaqua deux cent six, au milieu desquels ils vivaient. Le docteur Velsen a donné celte plante à deux cent quarantesept personnes, dont treize seulement contractèrent la scarlatine. Il prescrivait deux grains d'extrait dissous dans deux onces d'eau et deu.x gros d'alcool, dont il administrait quinze à vingt gouttes par jour. Il résulte des recherches du docteur "Wagner, sur l'ensemble des épidémies où ou a administré la belladone, comparées à celles où on ne l'a pas employée , que , dans les premières , on a perdu tout au plus un enfant sur seize, tandis qu'il en est mort un sur trois dans ces dernières. Des villages entiers s'en sont préservés en Allemagne en prenant la belladone. Berndt conseille de faire dissoudre deux grains d'extrait de belladone dans une once d'eau de cannelle, et de donnerchaque jour, pendant toute la durée de l'épidémie, deux gouttes de celle liqueur soir et matin, aux enfans d'un an, et à ceux d'un âge jslus avancé, une à deux gouttes de plus qu'ils n'ont d'années. Toutefois, dans une épidémie de longue durée , l'usage quotidien de la belladone pourrait bien ne pas être sans inconvénient. Les effets d'un médicament aussi énergique, employé même à petite dose , devront être attentivement surveillés. Tous les documens sur l'ellicacité de la belladone contre la scarlatine ont été réunis par Hufeland ( La vertu prèseniatiue de la belladone contre la scarlatine , in-8", Berlin, 1826 ( en allemand). Schwartze , Cock et quelques autres médecins nient celte faculté préservatrice, qui demande à être confirmée par de nouvelles expériences.
Le docteur Hahnemann a reconnu que la belladone produisait quelquefois une rougeur plus ou moins fugace de la peau, et de la sécheresse dans la gorge: phénomènes homœopathiques qui , suivant lui , expliquent l'efficacité de celte plante.
Enfin, on a encore recommandé, commme préservatif de la scarlatine, une combinaison de soufre doré et de calomel. La dose , pour les enfans de deux à quatre ans, est d'un sixième ou d'un huitième de grain de calomel, uni à autant de soufre doré d'antimoine , êt mêlé à un peu de sucre ou de magnésie ; on répète cette dose trois ou quatre fois par jour.
A Paris , il est impossible de s'assurer du nombre de personnes qu'une épidémie de scarlatine peut atteindre. Je n'ai pu répéter convenablement ces expériences sur la propriété prophylactique de la belladone ou du soufre doré d'antimoine.
Jos, Franck pense que la scarlatine, au moins la scarlatine maligne, a été connue des Arabes et des médecins grecs; mais les passages i' krélée (De morbis acutis, \ih. à' Kiy'ias {Tétrah. \i,serm. 4), et d'Avicenne (lib. i\ ,fen. 2, //•. 4-6), qu'il indique sont fort obscurs, lograssias (i)e <«mor/Aui /pr<r<er nn/Hram , 1550 , cap. I , pag. 194), le premier , a donné les caractères de cette éruption en termes non équivoques. Buillou indique l'épidémie qui régna k Paris en liiSl , et Jean Coyltar , médecin de Poitiers , paraît l'avoir observée dès 1557 ( De febribus piirptiratis epidcinicis f/uœ^anno 1557, vittgal^v sunt, Poitiers, 1578, in-4''). Depuis lors, celte maladie a été l'objet d'une foule de recliercUes. De nombreuses obscrralions ont été
publiées sur quelques formes de celle maladie ( Armslrong , Praet. illust. ofthe icar/e</c| 51)111 per, in-8». 1818; , sur la scarlatine sans exanthème ( Anaskow, Obs. pract. de scarl. épk\ '5, — Collins, Medic. communie., vol. n, art. 22 , page 363), sur la scarlatine angineusl .||) (G. Pistollet , sur la scarlatine angineuse qui a régné épidémiquement à Langres en 180 ! , j„ in-S». Paris ) , sur les scarlalines compliquées iV affection typhoïde , àe symptômes ataxo-ady\ .i'^i namiques, elc. (Journal hebdomadaire tom. vi, pag. 55; loni. V, pag. 86. — ianced »r | française, tom. v, pag. 221. — Gazette médicale , 1831 , pag. 200 ), li' éruption miliaiil |''' (Lorry, Mémoires de la société royale de médecine , tom. u , •pag . 154), de varioloté . (Révolal, Lancette française , lom.v, pag. 41 1 ) , purpura {i. Paul, Med. and sur^\-;f Journ. of Edinb., tom. XXXVII , pag. 28 ) , sur le développement de la scarlatine , chez la femmes en couches ( L. Senn , sur la scarlatine puerpérale, Sn-k". Paris, 1825), sur le f SOI itiîUàiei secondaires , telles que l'ann^flA-^He ( Vieusseux , de l'Anasarque à la suite de l\ scarlatine ; Journal de médecine et de chirurgie , janvier 1811), avec urine albumineui^\^^ (J. Blackall , on nat. and cure of Dropsics , in-8°. Loiid. 1816, pag. 83.— Ve!|*^|j
cliier, Journal de chimie , t. Yli , pag. 410), le rhumatisme ( Murray , fHr «n? ej;t)èce dH. . rhumatisme consécutif à la scarlatine; Med. and. surg. of Edinb., tom. XXXIIl), sur le «"'sff |j noslic de la scarlatine et de la dipblhérite {^relonoeau"^ Archives générales de médecineW tom. XII, pag. 29), sur les altérations des viscères à la suite de la scarlatine ( Dance , Arch^'^\ ves générales de médecine , lom. Tixiii , pag. 321-401), enfin sur le trailemenl curatif tm^\f prophylactique de la scarlatine (-yoj-ej les notes bibliographiques de la seconde édition de mdifliilli Traité des maladies de lu peau , dans laquelle j'ai rapporté des exemples de scarlatine com WlWl pliquée de varicelle et de purpura , de scarlatine nerveuse et de scarlatine hémorrhagique, Jf^zi
(P. Rayer.)
SCIATIQITE. Fojez N EVRALGIES.
SCIE. s. f. Du mot latin serra. On appelle ainsi, en chirurgie , un instrumenlP'^ consistant particulièrement en une lame d'acier trempé et recuit jusqu'au bleu qui peut être conformée de diverses manières, mais offrant toujours des dente lures sensibles., dans le but de diviser les parties dures du corps humain. L( bistouri et tous les iiistrumens tranchans ne sont eux-mêmes que des scies , cail ils ne coupent qu'en agissant comme elles , seulement les dentelures innombra-i'F'' bles dont se compose leur tranchant sont extrêmement fines , régulières , et ml sont visibles quà l'aide du microscope ou d^une forte loupe. *' '
La scie est d'un usage très-fréquent en chirurgie : c'est particulièrement à elli qu'on a recours dans la section des os , soit pour les amputations , soit pour li destruction des parties nécrosées ou cariées. Jusqu'à ce jour, les exostoseSf"' étaient restées en dehors de son action , et la gouge et le maillet étaient seulsl"' appelés à les combattre; mais grâce aux tentatives de quelques chirurgiens|l modernes , ces moyens barbares et dangereux qui , par une dégradante compa-|'[ raison , rabaissaient la noblesse de notre art , seront bientôt entièrement aban"'""' donnés. Bientôt, ils ne figureront plus dans nos arsenaux de chirurgie quall comme terme de comparaison , et pour mieux faire ressortir les améliorationsP' progressives de la branche la plus positive de l'art de guérir. Bientôt enfin f comme on va le voir , il ne sera plus permis , au risque d'ébranler douloureust ment les organes les plus importans de l'économie , de faire sauter en éclats ré*) pétés les tumeurs des os , et de travailler la charpente osseuse de 1 homme comme on le ferait d'un tronçon de bois ou de tout autre corps brut. Mais n'anlicipoi pas , et avant tout , faisons connaître les diverses espèces de scies dont la chiru; gie tire le plus de parti.
Nous ne nous arrêterons pas à décrire la scie dont on se sert habituellement j*!' dans les cas d'amputation ; ce serait parfaitement inutile , car tout le monde en connaît le mécanisme et l'action. Nous dirons seulement que la prudence veut qu'on ait plusieurs lames de rechange, parce que si on n'en avait qu'une et i|' qu'elle vînt à casser , ainsi que cela est arrivé à Fabrice de Hilden , on se trou-j î verait dans un grand embarras , et le malade courrait des dangers réels. ''IP
La complication de celte espèce de scie, le petit appareil qui lui est nécessairé^(|' pour maintenir la lame et la tendre à un degré convenable, son grantl volume, et partant , le grand espace qu'elle occupe dans les boîtes à amputation , tou» ces inconvéniens ont déterminé la plupart des chirurgiens à se servir de préfé* renée de la scie droite que j'appellerai volontiers cullriforme , parce que,eil' effet , elle ressemble assez bien à un large couteau. Le dos , c'est-à-dire , le côte opposé aux dentelures est surmonté dans toute sa longueur , d'une tige de fer qui maintient la lame , et donne en même temps à l'instrument une certaine pesanteur qui en facilite le jeu. Un des plus ingénieux couteliers de Paris, M. Charrière , dont nous aurons plus d'une fois , dans cet article , l'occasion de vanter l'habileté , l'a modifiée avantageusement , en faisant que la tige qui forme le dos puisse facilement cire enlevée , et ne gêne pas l'action de la scie, dans le cas où l'on a à la porter sur des parties épaisses et profondes. Cet iuslruoient, construit sur de plus petites dimensions , constitue la scie connue généralement sous la dénomination de passe- parlont.
Cette scie a été modifiée, en Allemagne , de manière à pouvoir ouvrir une cavité osseuse , par exemple le crâne , sans crainte de léser les parties contenues dans celte cavité. Pour cela , on a imaginé de laisser au milieu du bord denté un intervalle dans lequel est reçue une languette de métal mousse et lisse qui tend continuellement à dépasser les dentelures au moyen d'un petit ressort élastique. Tant que la scie marche , la pression qu'on exerce sur elle , suffit pour vaincre l'action de ce ressort, et la languette ne dépasse pas le niveau des dentelures, mais aussitôt que l'instrument est parvenu dans la cavité, le ressort ne trouvant plus de résistance , pousse la languette dans cette cavité , et l'on se trouve arrête. Celte modification est ingénieuse sans doute , mais elle nous paraît dépourvue de toute utilité pratique ; aussi nous contentons-nous de la signaler.
En 1832, M. Charrière avait imaginé une scie rachilôme qui consistait en deux larges molettes dentées à leur circonférence, et maintenues éloignées l'une de l'autre , à la distance d'un pouce environ , par une tige centrale. Cette tige se terminait , de chaque côté , par un manche qui servait à faire agir l'instrument.
SCIE
SCIE
] is tard , il le simplifia et le remplaça par deux lames de scie longues de six j ices , disposées en dos d'âne pour s'accommoder à la profondeur des gouttières ^ tébrales , éloignées l'une de l'autre pour recevoir dans leur intervalle les
, î jphyscs épineuses, et il les fixa d'une manière invariable à un manche unici. A l'aide de cet instrument , dont un garçon d amphilhéùtre de 1 hôpital du M-de-Grâce , assure-t-on , avait eu aussi l'idée, M. Charrière est parvenu à ( rrir toute l'étendue du canal rachidien en moins de deux minutes. On conçoit i is peine que ce moyen est de beaucoup préférable à tous les rachitômes pro-
' jliés jusqu'à ce jour, parce qu'il ne blesse pas la moelle , et que, pour constater j lésions , il ne commence pas lui-même par lui en faire. La scie crête-de-cotj , dont M. le professeur Richerand s'est servi avec avan- I e, pour la résection des côtes , n'est autre chose qu'une moitié de lame sphéi lie, dentée et fixée à un manche. On en a fait de forme et de dimensions iférentes; mais le mouvement de va et vient, à l'aide duquel cet instrument ûre la section des os , étant très-borné , il en résulte qu'il ne peut agir qu'avec 1 e extrême lenteur , et par saccades répétées. Aussi , est-il à-peu-près abani;iné, d'autant mieux que nous possédons aujourd'hui des scies qui peuvent : eindre plus commodément le même but.
Dans quelques cas de nécroses ou de caries partielles à la main ou au pied , ]f exemple aux os du métacarpe et du métatarse, il est important d'aller iiaier la partie malade, au milieu des tissus voisins que la maladie n"a pas core atteints; mais il est évident que les scies dont nous avons parlé jusl'ici seraient d'un emploi tout-à-fait impossible. C'est dans le but de répon- ; à cette difficulté que Jeffrey a eu le premier l'idée de la scie à chaîne tie , oX on ne saurait trop louer l'utilité dans maintes circonstances dill'érentes. tte scie consiste en une sorte de chaîne de montre, dont les paillons sont nés de dents sur l'un de leurs bords, et son ensemble représente une série petites scies articulées les unes à la suite des autres. Chaque extrémité de ; instrument est munie d'un petit manche transversal , à l'aide duquel il ut être mis en mouvement. Comme on le devine facilement, il est d'une sibilité extrême; on peut le ployer comme on le ferait d'un cordonnet de anvre , et de là la possibilité de l'engager dans des espaces étroits et conirnés où toute autre scie ne pourrait avoir accès.
M. Heyne n'a pas lardé de faire de cette scie à chaînette une heureuse applition : il a imaginé delà faire mouvoir à l'aide d'une roue dentée , sur laquelle e passe et s'engrène pour aller ensuite se réfléchir sur une lame d'acier qui -mine antérieurement l'instrument, et qui la reçoit dans une rainure dont elle : creusée. Il résulte de là, qu'à l'aide de la manivelle latérale qui fait arner la roue, on donne à la chaînette un mouvement continu , et qu'ainsi temps de' toute section osseuse doit être considérablement abrégé. Ajouis que la lame d'acier, sur laquelle cette chaînette se réfléchit étant mince et u large, il est possible de porter l'instrument dans des cavités profondes, par conséquent d'y attaquer des tumeurs qu'elle seule peut atteindre. Est-ce dire pour cela que nous donnions en tous points notre approbation à cette e? Nullement : nous lui connaissons au contraire des inconvéniens capitaux nt nous parlerons tout-à-l'heure et à l'avance, quelque disposé que nous jrons d'ailleurs à en admirer le mécanisme, nous prenons nos réserves coni elle, parce qu'il est encore d'autres scies qui doivent lui être préférées : !st du moins notre avis.
Nous arrivons à un système particulier de scies, qui, sans être d'une inntion nouvelle, ont reçu, dans ces derniers temps , des modifications imirtantes, et tellement que d'un instrument que ses défauts avaient fait entièreent abandonner, elles en ont fait un, compliqué sans doute , mais ingénieux , et mt la chirurgie ne peut manquer de tirei' un grand parti. On devine aisément le c'est de la scie circulaire ou à molettes que nous voulons parler. Elle ait déjà connue dans les arts depuis fort long-temps, mais son application r l'homme n'est que de date récente. Nous devons dire pourtant qu'il y a us de trente ans , M. Morier père, de Brest , en a fabriqué une qui servit à igager un séquestre du tibia; elle consistait tout simplement en une lame fculaire , dentée à sa circonférence , et fixée par son centre à une manivelle rminée par un manche qui était destiné à la faire tourner. Cette manivelle le-même était soutenue par un double support qui était creusé pour la rece- )ir, et qui était disposé de manière que la molette pût , suivant les cas , être jaissée ou relevée.
Soit que cette première tentative de M. Morier soit restée inconnue , soit ue son application n'ait pas répondu convenablement à l'espérance qu'on en rait conçue, la scie à molette a été complètement abandonnée. Cependant, lus tard , l'attention des chirurgiens s'est de nouveau portée sur elle ; et aulurd'hui , grâce aux modifications qu'on lui a fait subir, elle est, de tous les istrumens propres à agir sur les os et leurs tumeurs , celui qui offre le
(lus d'avantages. On n'attend pas, sans doute , que^nous nous arrêtions à une lescription minutieuse de sa composition : ce serait beaucoup trop long , trop istidieux, et de plus, entièrement inutile : il nous suflira, dans un artile de ce genre, d'en donner une idée générale. Nous n'avons en vue que d'en Jiire comprendre le mode d'action.
( M. Machell paraît être le premier qui ait perfectionné la sci-î à molette , en li. faisant agir par une série de roues qui s'engrènent mutuellement les unes vec les autres , et dont la dernière s'engrène elle-même avec les dentelures ciantes de la molette. Les roues sont comprises l'une au-dessus de l'autre, ntre deux liges parallèles; une boîte les entoure, une manivelle sert à les faetlre en rotation , et un manche latéral est destiné à fixer l'instrument |ianj sa totalité, quand on le fait fonctionner. Cette dernière modification ap-
partient à Astley Cooper, car, dans l'instrujnent de M. Machell, le point d'appui était placé à l'extrémité opposée à la molette.
Depuis celte époque , ce genre de scie a fixé particulièrement l'attention des chirurgiens. On s'en est occupé en Angleterre , en France , en Allemagne, en Amérique , et tour-à-lour modifiée par GraefTe , Griîfiths , le professeur Thaï de Copenhague , les fabricans Kittel de Berlin et Savigny de Londres , elle est parvenue à un degré de perfection qui , en apparence, semblait ne devoir plus rien laissera désirer. Cependant , MM. Thomson et Charrière d'une part, et M. Leguillou de l'autre, ont, chacun de leur côté, ajouté encore à cette perfection. Quant à la polémique acerbe qui s'est élevée naguère entre ces messieurs, au sujet de la priorité de l'invention, nous n'en dirons rien , si ce n'est qu'il y a eu de la part de l'un d'eux des prétentions à une invention purement imaginaire, et que celte guerre d'engrenage et de moletles aurait fini par devenir plaisante, si elle se fût prolongée. Tout le mérite donc , si mérite il y a , et s'il n'est pas juste plutôt de le rapporter tout entier à l'habileté de l'ouvrier, appartient à celui dont l'instrument est le plus commode et le plus convenable ; or , sous ce rapport , celui de MM. Thomson et Charrière nous paraît mériter la préférence sur celui de M. Leguillou. L'un et l'autre , en effet , sont construits à peu de chose près sur les mêmes principes. Seulement, dans celui de MM. Thomson et Charrière , les dents de scie sont très-petites , séparées de loin à loin par des entailles dans lesquelles pénètrent , pour les faire mouvoir , des goupilles placées dans un espace laissé entre les deux bords dentelés de la dernière roue engrenée , et de là , il résulte que la force étant appliquée à l'extrémité du long bras de levier , le mouvement est à-la-fois plus facile et plus rapide qu'il ne l'est dans l'instrument de M. Leguillou , dans lequel l'engrenage de la dernière roue se fait latéralement sur l'axe même de la molette. Dans la scie des deux premiers , le doigt indicateur de la main gauche sert de point fixe ; dans celle du dernier , ce point fixe, au contraire, est à l'extrémité opposée à la molette, absolument comme dans l'instrument de Machell.
Sans y ajouter plus d'importance que M. Charrière n'y en ajoute lui-même , nous devons dire qu'il y a environ cinq ans , lorsqu'on ne parlait pas en France des scies à molette , et très-probablement sans connaître ce qui avait été déjà fait à ce sujet à Brest et à l'étranger , il en a exécuté une qui a servi à Dupuytren à réséquer une alvéole de la partie postérieure de la mâchoire. Celle-là ressemble beaucoup à l'instrument de M. Morier , seulement elle est plus simple et plus commode à manier.
Quoi qu'il en soit , pendant que ces messieurs étaient à discuter sur le mérite respectif de leur scie, et à faire valoir leurs titi'cs à une invention qui , comme on vient de le voir , n'était rien moins que réelle , un des chirurgiens orthopédistes le plus distingué de Paris, mon ami le docteur Ferdinand Martin, a trouvé le moyen de faire mieux encore que tous ses devanciers , et voici à quelle occasion : un malade s'était présenté à moi pour être opéré d'exostoses éburnées énormes , et situées , les unes sur le corps et les branches de l'os maxillaire inférieur , les autres dans les sillons latéraux du nez. Il était évident que les scies précédentes ne pouvant agir que directement devant elles, dans une direction toujours parallèle et en opérant une section planiforme , elles seraient impuissantes pour enlever ces exostoses , surtout celles qui étaient comprises dans la concavité qui sépare l'os molaire de l'apophyse montante du maxillaire supérieur. Bien pénétré de ces difficultés, M. Ferdinand Martin s'attacha à les surmonter, et voici comment il y est parvenu ; il fit exécuter une molette représcntaiit un segment de sphère creuse; il la fit monter sur un touret en l'air , et le mouvement lui fut communiqué par un villebrequin. La tige elle-même de ce villebrequin fut brisée vers le milieu de sa longueur, et les deux extrémités de cette brisure furent articulées à la manière de la suspension des horloges marines. Il résulte de là , que l'aide chargé de faire agir le villebrequin n'est pas obligé de suivre le chirurgien , dans les uiouvemens qu'il imprime à la molette , pour lui faire prendre la direction qui lui parait convenable , et que l'un et l'autre ne peuvent jamais se contrarier dans leur action , puisqu'elle reste toujours complètement indépendante. Cette courte description suffira pour faire comprendre combien cet instrument est à-la-fois simple et ingénieux , avec quelle facilité on peut le mettre en jeu, et combien l'idée de la molette concave lui donne de supériorité sur tous ceux dont nous avons déjà parlé, puisqu'elle permet d'enlever les exostoses qui seraient situées même dans une cavité sphéroidale. Indépendamment de ces avantages que personne n'oserait lui contester , il en ofl're de plus nombreux encore qu'un parallèle rapide fera mieux apprécier : et, en efl'et, les scies de Heyne , comme celles de MM. Thomson et Charrière, sont très-compliquées; celle de M. Martin, au contraire, est très-simple, comme nous venons de le dire. Les premières peuvent facilement être arrêtées dans leur marche, soit par le détritus des os, soit par le dérangement des engrenures dont les rapports sont d'une exactitude presque mathématique , tandis que rien de semblable n'est à craindre pour la dernière. Si quelque partie de l'instrument par engrenure vient à casser , il faut beaucoup de temps pour la réparer : dans celui de M. Martin , au contraire , cet accident ne peut avoir lieu que pour la molette, et elle peut être remplacée en quelques secondes ; celui-ci peut être nettoyé avec la plus grande facilité , celui-là ne peut l'être jamais complètement, et la rouille en use promptement les goupilles et les engrenures ; l'un est d'un prix élevé , l'autre est d'un prix modique. Celui de MM. Heyne et Thomson , ne pouvant être mis en action que par l'opérateur , ce dernier ne larde pas à éprouver une fatigue qui nuit à la précision de ses mouvemens ; celui de M. Martin , au contraire , ne coûte aucune peine : il suflit de mainteniren place la molette à l'aide d'un manche qui est fixé à la tige centrale , etc. Nous pourrions pousser plus loin encore cet examen comparatif de ces divers instrumens ; mais forcé
SCILLE
SCLEREMË.
que nous sommes de nous tenir dans des limites fixées à l'avance , nous nous bornerons à ce peu de mots : ils suffiront pour faire sentir la prééminence marquée de la scie de M. Martin.
MM. Thomson et Charrière ont eu l'idée de joindre à leur scie des perforalifs et des couronnes de trépan. Nous les applaudissons de cette adjonction, parce qu'elle réunit deux instrumens dans un seul. Mais la scie de M. Martin ne le cède encore en rien à la leur sous ce dernier rapport, car indépendamment de la molette simple et de celle en forme de champignon , qui peut facilement remplir le même office que le trépan , quoique en agissant d'une manière toute différente, une couronne ou un perforatif peuvent lui être facilement substitués. Le villebrequin les fera marcher toul aussi bien que la molette. Enfin, M. Martin , pour rendre son instrument d'un usage plus général, a encore trouvé moyen , par un mécanisme fort habile , de le transformer au besoin en une scie droite à amputation, de sorte qu'avec lui seul, on se trouve posséder un petit arsenal de chirurgie, ou tout au moins un trépan , des scies droites et des scies à molettes de forme et de dimensions différentes.
Quelle que soit l'espèce de scie qu'on adopte , il faut toujours , avant de s'en servir , mettre bien les muscles à l'abri de son action : une compresse fendue nous paraît, sous ce rapport préférable à tous les rétracteurs qu'on a proposés.
Avant de scier, Gaeffie divisait le périoste de haut en bas , Brunninghausen dans un sens inverse, puis il rabattait cette membrane sur la section opérée par la scie : bien que cette précaution nous paraisse exagérée , bien que le périoste soit par lui-même peu sensible, et que la plupart des accidens qu'on redoutait de sa déchirure ne puissent guère avoir lieu , nous ne pensons pas cependant qu'à l'exemple de J. L. Petit et de Ledran , on doive se dispenser de tout soin à cet égard, et qu'il soit entièrement inutile de l'inciser préalablement, ne serait-ce que pour ouvrir un commencenientjde voie à la scie. Nous n'en dirons pas autant du conseil donné par Graeffe et Hutchinson, d'éraousser, avec une lime ou un fort scalpel, les bords de la section osseuse dans toute l'étendue de sa circonférence, parce que nous n'y voyons qu'une complication mal raisonnée, et qui peut même être suivie de mauvais résultats.
Nous ne reviendrons pas sur les conseils que nous avons déjà donnés à l'article AMPUTATION (voir cc mot), pour le maniement de la scie et les précautions que le chirurgien doit prendre pour la faire marcher d'une manière convenable; nous nous contenterons seulement, pour terminer , de faire la remarque suivante : Quand on a à scier un os très-dur ou une exostose éburnée , il arrive quelquefois que la scie, quoique bien faite, s'arrête pendant la section et se refuse à fonctionner. Cet inconvénient résulte d'un excès de sécheresse, et pour y rémédier, il suffit de faire couler quelques gouttes d'eau ou de sang dans le sillon tracé par l'instrument, qui alors marche avec facilité : c'est une expérience que nous avons été à même de vérifier dans plusieurs circonstances , et particulièrement dans l'ablation d'exostoses éburnées volumineuses. Au reste, on sait que, dans les arts , on ne parvient à scier l'ivoire d une manière convenable qu'en humectant sans cesse le trajet parcouru par la scie.
Thomson et Charrière. Modèle de la scie à molelte, Paris, 1835, in-S", fig.
(Ph.-F. Blandik.)
SCILLE. Scilla marilimn ( Lin ). Cette plante appartient à la famille des liliacées. On n'emploie en médecine que son bulbe qui est pyriforme et très-volumineux; on le tire d'Espagne, d'Italie, de Sardaigne, etc., bien qu'il croisse abondamment en France, sur le littoral de la Méditerranée : on le trouve aussi le long des côtes de la Bretagne et de la Normandie.
Quand on coupe la scille fraîche, ses émanations irritent assez vivement la surface des yeux et l'intérieur du nez. Appliquée sur la peau, elle y cause du prurit, et même , dit-on, elle peut y provoquer une vésication véritable. Ces propriétés suffiraient seules pour établir que la scille est un modificateur actif, et qu'introduite dans l'appareil digestif, celui-ci doit en éprouver un effet topique puissant.
En effet , administrée à l'intérieur, elle produit souvent , même à des doses qui pourraient paraître peu élevées, de la gêne , de la douleur dans la re'gion de l'estomac, des nausées , des vomissemens, des coliques et de la diarrhée. On a vu même ce médicament produire la superpurgation et tous les effets qui suivent l'injection des poisons acres et irritans. Au surplus, on ne cherche jamais à utiliser cette action topique. Bien loin de là , on la redoute, et les livres n'en parlent que pour qu'on cherche à l'éviter.
La scille n'est, en général, administrée qu'à cause de deux propriétés que tous les auteurs lui reconnaissent, et qui ne sont, je crois, contestées nulle part. C'est d'avoir une action spéciale sur les bronches et l'appareil urinaire. On peut croire que ces propriétés résultent de l'absorption du médicament, d'abord parce qu'elles sont loin d'être en raison directe de l'effet topique , ensuite parce qu'il résulte de quelques expériences de M. Orfila, que la scille, administrée à l'intérieur, a donné la mort à des chiens en moins de deux heures, sans laisser dans l'appareil digestif de traces d'inflammation , et qu'appliqué sur une plaie , ce médicament a pu également donner la mort en peu de temps.
L'action de la scille sur les bronches est assez difficile à définir. C'est dit-on, une action stimulante, incisive; par elle, l'expectoration devient plus abondante, plus facile ; les bronches, les poumons se débarrassent des mucosités qui s'y étaient engouées. On s'accorde à repousser ce médicament, quand une inflammation aiguë, prononcée, existe dans les voies aériennes et le parenchyme pulmonaire ; les cas où Ton recommande la scille sont ceux où il y a catarrhe chronique, asthme humide, œdème du poumon ; c'est encore sur la fin des bronchites , des pleuro-pneumouies aigucs , quand l'inflammation est assez tombée
pour qu'on n'ait pins à craindre de la reproduire. Voilà tout ce que, d'après auteurs, on peut dire relativement à l'action spéciale de la scille sur les orgaii respiratoires , et à son utilité dans quelques maladies de ces organes. On peut, au reste, invoquer qu'une sorte de notoriété en faveur de cette action, cl' je ne sache pas que des expérimentations suivies et nombreuses aient été failji dans le seul but de la constater.
L'action de la scille sur les reins est bien plus prononcée et bien mieux étab que l'autre. On considère ce médicament comme un des plus puissans diuré ques connus. Ce n'est pas que la science écrite puisse appuyer cette opini d'une longue série d'expériences directes; sous ce rapport, comme sous tant d'i très, elle ne peut offrir encore que des témoignages de notoriété; mais ils si suffisans pour qu'on puisse dire que la scille est un diurétique précieux; aui est-ce le médicament le plus employé dans les diverses sortes d hydropii Qu'on ne croie pas cependant que l'on puisse l'administrer indistinctement dâi toutes : Stoll , qui a beaucoup employé et préconisé la scille , en a fait la remi que expresse. Ce médicament, disait-il, ne doit être administré que s'il y a al sence complète de symptômes fébriles, si Thydropisie est complètement séreuj et n'est pas enkystée ; enfin, s'il n'y a pas d'obstruction, surtout au foie (Prael tiones in diversos morb. chronic. 1788, p. 42). On voit par là combien cet hj bile observateur craignait d'exaspérer, avec la scille, les symptômes locaux et g néraux d'inflammation. Ceci s'explique par les effets qu'il avait vus plusieurs f( résulter de l'emploi de cemédicament. Voici commentil s'exprimaità cet égard \ « Incommoda squillœsubinde obsei vari solila sunt plura; 1° cardiatgia, vont turitioy vomitus, tormina, diarrhœa , dysenteriodes alfi fluxus, conamina ha morvhvidalia; 2" sitis febrisque, urina fvequens quidem, at semper parcior, intei susflava, ruffa , cruenta , stranguriosa, suppressa; 3o inflammationes tubiintesi nalis , systematis uropoietici; 4° dolores arluum in irritabilioribus, coni'ulsiow quoque ; 5o anxietates urgentes. » Ces inconvéniens de la scille ne s'observent bien entendu, que lorsqu'on la donne intempestivement ou à trop forte dos comme au surplus l'effet topique de ce médicament sur les organes digestifs ei l'obstacle le plus ordinaire à son succès, il convient toujours de chercher, p; un fractionnement bien entendu des doses , d'éviter cet effet.
La scille est quelquefois administrée en poudre ; on en donne alors un à deutaj grains en deux heures. Son extrait est rarement usité. Il paraît cependant quiet du temps de Stoll on en faisait un très-fréquent usage; la dose était d'un demi||s^
ne
;rain à un grain. On prépare avec la scille un vinaigre qui, seul, est peu employé Stoll vante beaucoup des acétates de potasse, d'ammoniaque et de chaux, prépaj rés avec ce vinaigre; c'était dans des potions qu'il les administrait, mais il ne d pas à quelle dose. Au reste, le vinaigre scillitique ne doit pas être employé vieii: car il se trouble et se décompose facilement, ainsi que l'a observé M. Planch Ce vinaigre sert particulièrement à préparer un oxymel, qui est la préparatio; scillitique la plus employée. On donne cet oxymel, ainsi que le vin scillitique depuis deux gros jusqu'à demi-once. Quelquefois on emploie la scille iatraleptil quement, en frictions; c'est alors dans du vin qu'on la donne. Chiarenti, Brér» et plusieurs autres auteurs, disent avoir obtenu un effet diurétique prononctj avec une sorte de pommade faite avec de la scille en poudre macérée dans diiL suc gastrique. ( Voyez Iatraleptie. )
^ ^ ( LÉop. Deslandes ).
SCLEREME. Endurcissement du tissu cellulaire. Cette maladie, parlicu lière aux enfans nouveau-nés , n'a pu être attribuée à la syphilis (Doublet qu'avant d'avoir été convenablement étudiée et d'après des observations di trop peu nombreuses , ou empreintes de l'esprit de prévention. Elle reconnaîl généralement pour cause l'action d'un froid intense ; aussi est-elle, toutes cha ses égales d'ailleurs, bien plus rare dans les contrées méridionales que darii les pays froids et humides , et ne l'observe-t-on guère, dans ceux-ci , que penH dant l'hiver ( du mois de septembre à celui de mai , à Paris ) , et en proportion d'autant plus considérable que l'hiver est plus rigoureux. Toutefois, il faut (aiié entrer en ligne de compte quelques autres considérations dans la productionij t du sclérème. Ainsi, il est évidemment plus commun, proportionnellement, dansiij les hôpitaux que dans les maisons particulières , même quand on emploie lèsMi moyens les plus propres en apparence à prévenir le refroidissement; et, dans '| 1. les cas observés hors des établissemens publics , il en est à peine un sur dix qui i appartienne à la classe riche ou aisée; sans doute le défaut de soins , l'humidité || des vêtemens concourt à refroider les nouveau-nés, dont la température s'a- 1 1 baisse avec la plus grande facilité , comme l'a démontré M. Edward ; mais le ) l défaut de nourriture convenable, l'allaitement artificiel , la disette, ajoutent , | beaucoup à la fâcheuse énergie du froid en affaiblissant l'enfant et diminuant | j chez lui la caloricité. Ce sont effectivement les sujets les plus faibles , les plus ; | maigres, ceux surtout qui sont nés avant terme, chez lesquels le sclérème ^' (l'œdémateux surtout) se montre le plus communément, envahit une plus J grande étendue et se complique plus souvent d'altérations fimestes. ,
Les enfans avortifs se refroidissent même dans une chambre bien chauffée, . j ou dans une saison très-douce , quoique couverts de bons vêtemens, et ils ne j| peuvent échapper aux effets du froid qu'à l'aide d'une chaleur étrangère et soutenue sans interruption; les causes qui ont d'ailleurs provoqué prématurément leur naissance sont ordinairement aussi de nature à les affaiblir', et leur action a même été quelquefois assez forte pour causer un œdème , une anasarque, un endurcissement du tissu cellulaire chez le fœtus non encore sorti du sein de sa mère. Ces considérations suffiraient à elles seules pour faire proscrire l'emploi systématique des baius froids chez les jeunes enfans , pratique dont nous avons d'ailleurs observé assez souvent , sous d'autres rapports, les iucouvénien» et le« dangers.
SCLEREME.
SCLIÉROTITE.
Pour éviter la confusion et les contradictions qu'on remarque en lisant les iiiteurs qui ont traité de cette maladie, il nous a paru nécessaire d'en distinguer lieux variétés dont Tétiologie , la symptomatologie et la marche offrent de nota- |)les différences : la variété œdémateuse et la variété concrète.
Sclérème œdémateux. C'est surtout à cette variété que s'applique tout ce que lous avons dit plus haut de la faibiesse des nouveau-nés. Le froid humide peut, 1 lui seul , produire un œdème circonscrit des mains ou des pieds , et assez sou- 'ént l'endurcissement succède .\ cet œdème , qui plus souvent encore se guérit )ar une résolution spontanée. Quand l'œdème suit une marche plus fâcheuse, a tuméfaction augmente, la tumeur prend plus de consistance, elle reste froide t violacée , et ne tarde pas à se propager du dos du pied à la plante de cette lartie , puis au bas de la jambe et au mollet , ou de la main à l'avant-bras , et urtout à son côté interne et à sa face antérieure.
Parfois le gonflement s'étend aux cuisses, aux fesses même, plus rarement aux iras et au thorax ; quelquefois pourtant il devient presque universel. La dueté est toujours médiocre , la consistance un peu pâteuse et conservant l'emreinte du doigt, mais il n'y a là ni la mollesse, ni la pâleur et la demi-translarence de l'œdème , ni une température aussi élevée que dans les parties non lalades. Ce n'est que quand le mal est grave, étendu , qu'on observe le trismus t même l'opisthotonos, que la voix s'affaiblit, s'éteint , et que le thorax, renantunson matàla percussion, indique une complication péripneumonique. Orinairement alors l'enfant meurt du qaatrième au septième jour de la maladie, )uand le sclérème œdémateux est plus restreint en étendue, borné par exemple ax mollets ou aux pieds , il arrive quelquefois , lorsque le traitement même ;t le plus rationnel, que la partie tuméfiée s'enflamme, prend un rouge plus vif, ne consistance plus réniteute , une chaleur assez forte ; nous avons comj)aré cet lat de choses aux engelures des adultes. La fièvre survient ordinairement alors, t l'enfant , graduellement affaibli , amaigri, succombe vers le quinzième jour, (ans des cas plus heureux , l'inflammation est moins vive et suivie de résoluon ; il y a même toujours une nuance d'inflammation quand la résolution se '''' renonce après un sclérème œdémateux tant soit peu intense ) il est bien rare '''I ne la suppuration s'ensuive, comme le dit Gardien.
Sclérème concret. Celui-ci attaque plutôt les enfans forts , à notable embon- DÏnt , et il est l'effet d'un froid vif et soutenu; c'est dans les parties pourvues une plus grande abondance de graisse qu'on l'observe principalement- Les ues , les jambes, les avant-bras, les cuisses , l'abdomen , le cou et le thorax rennent successivement ou simultanément la dureté du bois ; ils ne cèdent M )int à la pression, et offrent une température glacée, de manière à ressembler )mplètcment aux parties endurcies par le froid dans un cadavre congelé ; la ■wi îau est de 'même pâle et jaunâtre, plus rarement livide, et lorsqu'on place '""i infant dans un bain de vapeur, des gouttelettes se forment et se rassemblent romptement sur la peau durcie , qu'on parvient très-difficilement à échauffer, ors même qu'on parvient à dissiper ce froid local , la dureté ne se dissipe pas ur cela , et c'est une circonstance qui prouve qu'il n'y a pas là seulement soiflcation de la graisse , comme on pourrait le croire d'après la comparaison lême que nous établissions plus haut.
Des portions sclérémateuses enlevées du cadavre et plongées dans l'eau aude , ont plutôt gagné que perdu en fermeté. La raideur tétanique, le géissement grêle et débile qu'indique la co-existence d'une péripneumonie, iiri^^ montrent ici de bonne heure et à un degré très-intense si l endurcissement envahi de larges surfaces ; s'il est plus limité, au contraire, les symptômes oéraux sont moindres que dans la variété œdémateuse; les digestions surtout tent bonnes , et la résolution est plus prompte et plus simple. Elle s'annce par un ramollissement graduel qui marche de la circonférence au centre, qui n'amène guère l'inflammation. Cette tendance à la résolution peut même prononcer dans les cas graves au point que l'enfant succombe à la pneumoe vers le dixième jour, quoique le scle'rème ait disparu. Le plus souvent, and cette variété est mortelle, c'est du troisième au quatrième jour qu'elle lit périr le malade ; dans les cas heureux , il lui faut huit à dix jours pour une solution complète.
Nous avons , chemin faisant, signalé plusieurs des complications du scléime ; il faut y joindre l'ictère, qui se voit particulièrement dans la variété crête , et il faut ajouter que , dans un assez grand nombre de cas, il semble jvoir complication d'une des variétés par l'autre, ou plutôt mélange des ptômes de toutes deux , état intermédiaire au sclérème concret et à l'œdéeux. Nous avons vu une fois l'érysipèle compliquer le sclérème et laisser indant plusieurs jours une incertitude complète sur le vrai caractère de la aladie, qui, du reste, devient assez promptement funeste. Sans doute , l'incertitude que nous venons de signaler se représentei'ait aisélent à ceux qui oublieraient ce que nous avons dit plus haut de l'inflammation însécutive ; c'est la marche du mal auta it que ces symptômes qui doit ici éclai- ;r ce diagnostic ; c'est aussi par une appréciation exacte de la marche du mal ue l'on évitera de confondre le tétanos essentiel avec celui qui complique le 'lérème. D'ailleurs , il faudrait être bien inattentif pour confondre la dureté es muscles avec celle du tissu cellulaire sous-cutané.
Indépendamment de l'hépatisation ou de l'engouement des poumons, de la ingestion de sang dans les capillaires du cerveau, dont les enveloppes sont □elquefois légèrement enflammées, et des autres traces cadavériques apparmant à des complications , le sclérème a offert aux observateurs des remarues d'anatomie pathologique qui, malheureusement, n'ont pas jusqu'à présent ne grande valeur pour les applications pratiques. La brièveté du canal intesjnal, la persistance du trou de Botal, regardées comme constantes par
I DiCT. DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.
M. Breschet, ne le sont point et se retrouvent ailleurs que dans le sclérème ; les matières colorantes que MM. Lassaigne et Chevreul ont trouvé dans le sang ou la sérosité des enfans sclérémateux paraissent tenir à la complication ictérique; mais ce que nous avons dit plus haut des effets de la chaleur sur le sclérème concret, semble donner plus d'importance à la découverte, faite par M. Chevreul, dans les mêmes humeurs, d'une matière spontanément coagulal.le.
C'est donc moins sur la théorie que sur l'expérience qu'on peut établir les règles du traitement exigé par cette maladie.
Nous ne nous arrêterons pas sur la prophylaxie qui se trouve implicitement contenue dans l'étiologie que nous avons donnée plus haut ; nous ne dirons aussi qu'un mot des moyens internes , si l'on en excepte un régime convenable, Y allaitement naturel surtout, et avec toutes les conditions les plus avantageuses qu'on peut réaliser, soit par la lactation maternelle , soit par celle d'une nourrice. Quant aux toniques à prescrire dans la dernière période, nous préférerons toujours les employer à l'extérieur que d'en fatiguer l'estomac, bien qu'un peu de sirop kina, d'œillette , d'écorce d'orange, puisse avoir quelque faible utilité et peu d'inconvéniens.
C'est dans les applications externes générales ou topiques qu'on doit avoir le plus de confiance. Le mal est-il peu grave et peu étendu , des vêtemens chauds, la laine sur la peau, une chaleur constante sous les couvertures (boules d'étain, etc.), et dans l'air que respire le petit malade , pourront suflire sans plus. On y joindra si l'on veut le coton cardé sur les parties endurcies; on pourra les frotter avec un Uniment camphré, non sans ménagement toutefois, de peur d'amener l'inflam mation.
Lorsque cette inflammation existe, fomentations ou cataplasmes émolliens et légèrement résolutifs ( sureau ) ; rarement plus d'énergie dans les antiphlogistiques devient nécessaire, bien qu'on ait préconisé l'emploi des sangsues (Palletta). On y pourrait recourir, en cas de persistance opiniâtre , d'un noyau rouge et dur a|)rès la disparition des autres symptômes ; peut-être aussi alors , et alors seulement , le vésicatoire conviendrait-il pour achever la résolution d'un endurcissement indolent et œdémateux.
La maladie est-elle plus étendue, plus intense, ces moyens locaux ne suffisent plus, et la chaleur sèche serait inefficace. C'est alors le cas d'employer les bains chauds (30 degrés et plus), soit d'eau commune s'il n'y a point de faiblesse notable , si le sclérème est concret, soit d'infusions aromatiques et amères (feuilles de noyer, de sauge, de lavande, de sureau) mêlées au vin rouge et même à l'alcool , en proportion modérée , si le sclérème est œdémateux et l'enfant trèsaffaibli. Mais c'est du bain de vapeur qu'on obtiendra surtout des effets remarquables. Une serviette attachée autour du cou de l'enfant peut servir à recueillir et maintenir autour de son corps la vapeur émanée d'un vase au-dessus duquel ou le soutient ; mais il est plus avantageux d'y plonger l'enfant tout entier , et on le peut sans crainte , pourvu que l'espace et l'air par conséquent soient suffîsans. Ainsi , on ferait cette opération sous les couvertures d'un lit d'adulte convenablement soulevée, ou dans une baignoire garnie d'un coucher mollet et couverte d'un drap. Sous cette sorte de tente , serait placé un vase à large ouverture , rempli d'eau très-chaude, ou bien des briques échauffées sur lesquelles on verserait de l'eau pour la réduire en vapeurs; on peut aussi y faire arriver ces vapeurs par un tuyau communiquant avec un entonnoir ou chapiteau coiffant une cucurbite de fer-blanc. Dans les grands établissemens , il vaut mieux avoir une étuve ad hoc où les enfans sont suspendus dans des hamacs de toile claire. Ou tâche de soutenir pendant une demi- heure ou au moins vingt minutes la température à 3tio , et même jusqu'à 40" et 42° centigrades. Nous avons remarqué que les enfans eux-mêmes semblaient témoiguer par leur calme, par l'extension pour ainsi dire voluptueuse de leurs membres , de l'effet immédiat de ces bains qu'on peut répéter jusqu'à deux par jour. Si , après en avoir tiré le petit malade , on l'essuie doucement et qu'on entretienne autour de lui une douce température , il suffira quelquefois d"un seul, de deux, de quatre on cinq bains au plus pour le guérir.
Quant aux complications , elles aggravent le pronostic , mais apportent peu de modifications au traitement. Ira-t-on , par exemple, appliquer des sangsues dans un cas de péripneumonie douteuse, et qui n'est peut-être qu'un engouement atonique dû à la faiblesse extrême du malade ? Et jquant au vésicatoire, il ne conviendrait du moins que quand le sclérème serait à-peu-près dissipé , et que la péripneumonie paraîtrait plus opiniâtre.
Andry , Auvily, Huline. Mémoires de la société royale de médecine, 1784, 1785, 1787^
Troccon. Tliè.'ie de doctorat.
ilarzari et Palletta, dans les Annali iiniversali di medicina , 1826. A. Dugès. Tlièse de doctorat , 1821.
Voyez aussi les traités géoéraux de Ch. Billard et 5'. Denis sur les enfans nouveau-nts.
( AkT. Dl'GÈS. )
SCLEROTITE. s. f. Sclérotilis. La sclérotite est l'inflammation de la membrane albuginée du globe de l'œil.
Cette affection est encore peu connue , à la vérité , les travaux de Vetch , de Travers et de quelques autres ophthalmologistes, nous ont appris à distinguer l'injection de la conjonctive de celle de la sclérotique , à la couleur rouge des vaisseaux qui la composent , à leur forme arborisée et à leur direction flexueuse, à leur situation plus superficielle, à leur mobilité identique à celle de la membrane muqueuse , tandis que les vaisseaux de la sclérotique sont d'une couleur bleuâtre , très-fins , rectilignes , parallèlement placés les uns à côté des autres ,
SCORBUT
SCORBUT
et immobiles h la surface de l'œil ; mais c'est à-peu-près à cela que se bornent les connaissances acquises sur ce sujet; car les auteurs que nous avons indiqués ne s'accordent réellement entre eux, ni sur la disposition de ces vaisseaux, ni sur la signification de leur injection sanguine ; et si , d'un côté , les uns , avec Vetcb, lu bornent au cercle bleuâtre que nous avons vu caractériser pour eux l'oplithalmie dite rhumatismale , d'un autre côté , d'autres admettent avec Wardrop que la rougeur s'étend à toute la sclérotique, tandis que quelques autres regardent la plupart de ces formes d'injection moins comme la preuve de l'existence d'une inflammation du tissu albuginé, que comme une injection veineuse développée elle-même comme conséquence d'une inflammation des tissus plus profonds. ( Voyez Ophthalmie rhumatismale et iritis. )
Il résulte de là que pour faire une bonne description de la sclérotite, il est nécessaire d'attendre que des observations plus exactes aient été faites.
(L. J. Sanson.)
SCORBUT. Maladie sur la nature et le traitement, tant curatif que préservatif, de laquelle les observations exactes des anciens et leur minutieuse appréciation par les modernes , ont jeté tant de jour qu'il y en a peu d'aussi complètement connue peut-être, et sur laquelle l'influence de la médecine soit aussi évidente et aussi puissante. Il règne même, à ce sujet, parmi tous les médecins qui ont vu, une telle uniformité d'opinion qu'on est, à ce caractère, obligé de reconnaître la vérité : aussi notre article sera-t-il court comparativement a ceux des dictionnaires qui nous ont précédés, et dans lesquels les discussions et les coniroverses tenaient une grande place. On reconnaît facilement d'ailleurs qu'on serait arrivé plus tôt au point où l'on est parvenu aujourd'hui , si, au lieu de ne voir qu'un côté de la question , on l'eût envisagée dans son ensemble , et si l'on n'eût pas trop souvent entassé des faits disparates et incomplets dont on n'a pu tirer que des conséquences erronées.
Quoi qu'il en soit, le scorbut est une maladie générale , le plus souvent épidémique, ayant pour cause directe et appréciable une altération du sang , qui résulte elle-même du concours de circonstances diverses et plus ou moins multipliées. C'est une affection , sinon exclusivement départie aux gens de mer, au moins qui s'observe plus communément chez eux, bien que sa fréquence soit considérablement diminuée depuis qu'on a des connaissances positives sur ce sujet, et qu'il soit permis d'espérer , grâce au perfectionnement de la navigation, de la voir se restreindre encore. Cependant le scorbut sévit quelquefois dans les prisons, les hôpitaux, les hospices et dans certaines localités analogues, de même qu'on le voit aussi dans les places assiégées , et dans les corps de troupes en campagne. On l'observe aussi sporadiquement chez les sujets épuisés par de longues maladies, ou par l'abus des préparations mercurielles.
L'observation des phénomènes de la maladie et l'étude des descriptions qui en existent, tendent à prouver l'identité du scorbut de mer et du scorbut de terre , qu'on avait prétendu distinguer l'un de l'autre, de même qu'on avait admis un scorbut chaud et un scorbut froid, à raison de la présence ou de l'absence de symptômes inflammatoires qui ne tiennent pas au fond de la maladie. Il est maintenant de toute évidence qu'il n'est jamais contagieux, et que dans les cas où il frappe simultanément ou successivement un grand nombre de sujets, cela tient à l'influence de causes semblables qui agissent sur chacun d'eux.
Bien long-temps on a cru que le scorbut dépendait seulement de l'usage exclusif d'alimens salés , et qu'il guérissait inévitablement par l'emploi d'une nourriture végétale. Mais il a fallu reconnaître qu'on s'était trompé, lorsqu'on a vu des équipages privés d'alimens végétaux être exempts de scorbut, tandis que d'autres abondamment pourvus d'alimens de ce genre étaient décimés par la maladie. C'est que le même résultat pathologique peut être produit par plusieurs causes diverses groupées dans des proportions difl'crentes, et qu'il ne suflit pas d'avoir satisfait à l'une des lois de l'hygiène pour assurer la santé de l'homme : mais, qu'il faut les observer toutes, et, au besoin, savoir suppléera Ce qui manque. Par exemple , les viandes salées peu nutritives , mais très-excitantes, ne sont un mauvais aliment que quand on ne peut pas les associer à d'autres substances. Ainsi donc , une alimentation insufllsanle ou peu réparatrice, soit par sa nature propre, soit parce qu'elle est reçue dans des organes malades et incapables d'en tirer parti ; le froid prolongé , mais surtout l'humidité accompagnée de chaleur ou de froid ; l'absence de la lumière ou du mouvement sont autant de causes qui produisent le scorbut, et auxquelles on doit en ajouter une autre qui n'est pas moins puissante : le découragement et le chagrin. Nous ne chercherons pas à démontrer ici comment chacune de ces causes agit sur l'économie pour déterminer la maladiejjl nous suffira d'en exposer avec détail les symptômes , la marche et la terminaison , soit funeste, soit favorable , pour que de ce tableau résulte naturellement la prophylaxie et la thérapeutique.
Puisque le scorbut est le produit d'une modification lente et profonde de l'organisme, il est évident qu'il ne saurait se manifester subitement, etsans avoir été annoncé par des phénomènes précurseurs. Aussi n'est-ce jamais qu'après une navigation ou une station déjà un peu prolongée qu'on le voit apparaître. A bord, de même qu'à terre , il n'attaque les matelots, les prisonniers, les soldats ou les pauvres, qu'après qu'ils ont été soumis pendant un certain temps aux intempéries atmosphériques, aux privations , aux fatigues , aux affections morales, et autres causes débilitantes analogues, qui agissent en raison des dispositions dans lesquelles elles trouvent chaque sujet. L'expérience prouve, en eff"et , que , toutes choses égales d'ailleurs , les sujets robustes et d'un esprit ferme résistent plus long-temps que les autres aux influences morbifiques de ce genre, ainsi que ceux que leur position sociale entoure des soins et des ressources nécessaires.
Les premiers symptômes du scorbut signalent une débilité plus ou moins pro-
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fonde , mais qui d'ordinaire va croissant lorsqu'on n'a pas recours à temps ai! moyens de guérison. Ce sont un sentiment de faiblesse , de malaise et de noil chalance insolites , accompagné de tristesse et d'abattement, et d'une pâleJ avec bouffissure reconnaissable pour ceux qui l'ont observée. Bientôt après pê raissent deux phénomènes qui ont été considérés comme caractéristiques d scorbut, à savoir le gonflement des gencives avec fétidité de l'haleine ,saignt ment et ulcérations , puis l'éruption de taches sanguines sur diff érentes partie du corps , taches qui deviennent souvent aussi le siège d'ulcérations bien diff ciles à guérir. Ces deux symptômes n'en font bien certainement qu'un seul même, et indiquent un état d'altération du sang qui, privé de sa fibrine e grande partie , et ayant par conséquent moins de consistance, pénètre des pa tics du système vasculaire qui ne lui sont point perméables dans l'état de santi et iliminuant la densité naturelle des tissus , les dispose à l'infiltration sar guine , à l'hémorrhagie et aux ulcérations. Aussi voit-on les gencives rouges gonflées et laissant exsuder le sang à la moindre pression , comme on voit 1 peau sèche et rugueuse, sous lépiderme, et dans l'épaisseur de laquelle s forment des épanchemens sanguins irrégulièrement circonscrits , et qui , pjl suite de la résorption partielle qui s'en fait, présentent des nuances de rouge] bleu, jaune et vert comme les ecchymoses (A^oj^. ce mot). L'état général es variable suivant le tempérament du sujet, les conditions au milieu desquelU le scorbut l'a surpris , l'ancienneté de celui-ci, et probablement aussi le mod de traitement qu'on lui oppose. Les fonctions digestives se maintiennent gént ralemeiit assez bien, et la constipation est plus ordinaire que la diarrhée ; , circulation et la respiration n'offrent que peu de troubles et sont seulement u peu ralenties. Mais quand la maladie continue et s'aggrave , ce cjueles auteuj désignent sous le nom de seconde période, comme si la nature se conforma aux distinctions de l'école , on voit les phénomènes principaux prendre plus t développement, et le désordre s'introduire au sein des organes restés intac jusque-là. I^es forces physiques et morales diminuent de jour en jour; la p; leur augmente et devient terreuse et livide; les gencives s'altèrent de plus Ci plus et abandonnent les dents, qui deviennent vacillantes ; les hémorrhagie par les surfaces malades se multiplient; enfin, des eschares et des fongosit» rendent l'haleine plus fétide encore, provoquent une sécrétion abondante d salive et de mucus , et ajoutent aux souffrances des malades. L'infiltration sac guine de la peau suit une marche toute semblable ; aux ecchymoses succéder d'autres ecchymoses que la moindre pression fait développer instantanément les ulcérations s'établissent avec une telle facilité , qu'il suffit au malade de ! gratter pour produire un ulcère dont les bords deviennent presque immédii tement saillans et durs, et dont la surface est fongueuse et saignante. Li progrès rapides de ces ulcères mettent à découvert les os sous-jacens, et, e détruisant les vaisseaux, donnent encore lieu à des pertes infiniment débil tantes. Et ce n'est pas seulement par les surfaces ulcérées que le sang s'écould F'S toutes les membranes muqueuses laissent échapper l'espèce de sanie circulan» que renferment les vaisseaux , et qui est désormais insuffisante pour stimult physiologiquement les tissus organiques. Alors se manifestent des douleui ostéocopes , des crampes et des contractures dans les muscles , une gêne tôt jours croissante de la respiration , des battemens irréguliers du cœur, des pal pitations, des syncopes. Déjà les digestions se sont perverties , les évacuatiou de sérosité sanguinolente qui ont lieu à chaque instant achèvent d'épuiser lè' 'tl malheureux qu'emporte une syncope ou une hémorrhagie plus abondante qii les autres. Il y a bien là, en elTet , de quoi mourir : cependant il existe de ce constitutions vigoureuses et énergiques qui n'abandonnent la vie qu'après un lutte prolongée : c'est chez ces sujets qu'on observe les phénomènes précédém ment indiqués poussés jusqu'à l'extrême. L'abattement est complet et va jus qu'au désespoir ; les hémorrhagies ont lieu par toutes les voies ; les gencité tombent par lambeaux; les ulcères se multiplient, les cicatrices se rouvent les systèmes osseux , cartilagineux et musculaires s'altèrent de toutes les façon» possibles; les cavités séreuses et le tissu cellulaire se remplissent d'eau , U gêne de la respiration augmente de jour en jour, les syncopes se renouvellen sans cesse, la fièvre consume le malade; tandis qu'au milieu de ces scènes d< destruction , l'intelligence resie intacte et que le malade se regarde mourir ea touré qu'il est souvent de malheureux destinés au même sort.
Quelques complications phlegmasiques ou autres peuvent venir aggraver !t scorbut; mais on ne remarque point qu'il y en ait de particulièrement fréquentes. D'ailleurs la marche et la durée de celte affection n'ont rien de bien déterminé, quoiqu'en général on puisse dire que c'est une maladie chronique; ell d'ailleurs elles dépendent beaucoup des influences auxquelles les malades sonlj soumis et des moyens thérapeutiques qu'on met en usage.
Bien de plus facile que le diagnostic du scorbut , tant les caractères qu'i,| présente sont remarquables et impossibles à confondre avec ceux d'aucune au-i tre maladie. L'attention du médecin doit donc porter sur les complications qui| peuvent surgir dans son cours. Quant au prognostic, il n'est pas en raison dt) la nature des symptômes , comme dans la plupart des maladies , c'est-à-dire, que des sujets affectés de la manière la plus fâcheuse , peuvent très-bien guérir,] tandis que d'autres , avec des symptômes bien moins graves , succombent,) Mais un changement de saison ou de latitude, un approvisionnement nouveau, | i l'approche de la terre , sont des circonstances essentiellement favorables et dontf I il n'est pas toujours donné au médecin de pouvoir disposer. Dans le scorbut,! maladie absolument accidentelle et produite par des causes évidentes , les ma-| i lades ne demandent pour ainsi dire qu'à guérir, et dès qu'on les place dans lesj i conditions favorables , on voit survenir chez eux , presque immédiatement , les ! i changcmens les plus manifestes et les plus avantageux. : ,
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SCORBUT
SCORBUT
L'anatomic pathologique n'a pas appris sur le scorbut beaucoup plus que ce qu'avaient révilé déjà les symptômes morbides, et les anciens avaient bien signalé l'état particulier de décomposition du sang, dont les résultats sont si remarquables dans toute l'économie. Les phénomènes observés sur les cadavres des scorbutiques sont absolument ceux qu'on découvre chez les sujets qui ont
ipéri à la suite d'une abstinence prolongée ou d'une alimentatioii insuffisante. D'ailleurs ils se rapportent tous à ce qu'il faut bien , en dépit des opinions vitalistes , appeler décomposition des solides et des liquides ; ramollissement de la plupart des tissus jusqu'à celui des os, sulFusion de sang sous l'épiderme et à la surface des membranes muqueuses et séreuses, épaijchemens séreux dans toutes les cavités splanchniques et dans le tissu cellulaire. Le cœur flasque est rempli d'un sang noir et comme altéré, qui néanmoins se coagule. Les taches scorbutiques se montrent aussi sous la forme de petits caillots déposés à la surface de la peau sous l'épiderme, lorsqu'elles sont peu étendues; tandis que, dans les grandes ecchymoses, le sang est infiltré dans le tissu même de la peau et dans le tissu cellulaire. D'ailleurs on rencontre des désordres produits par des inflammations accidentelles du système muqueux ou séreux. Nous n'avons pas cru devoir entrer, dans ce Dictionnaire, dans la description minutieuse des lésions que le scorbut laisse après la mort, de semblables détails appartenant expressément aux monographies : nous préférons insister davantage sur la thérapeutique , dont il est au reste facile de prévoir la direction d'après ce qui a été dit précédemment.
Il faut se rappeler qu'à bord d'un vaisseau plus encore que dans la pratique ordinaire, le médecin doit être homme de ressource et prêt à savoir tirer parti de ce qu'il a pour suppléer à ce qui lui manque. D'ailleurs, les causes du ; scorbut étant multiples et variables, le traitement doit se prêter à ces nuances, fluj iqui exigent beaucoup d'attention et de sagacité. A diverses époques, les théoitl ries dominantes ont fait adopter des méthodes de traitement exclusives et uniformes, qui restèrent presque toujours infructueuses, précisément parce qu'on avait TU seulement une partie des faits. Les uns , en effiet , attribuant la maladie [jij à la privation de viande fraîche, s'approvisionnaient de manière à n'en point [jjj manquer , et n'en voyaient pas moins le scorbut ravager l'équipage, parce que jjij le renouvellement de l'air, les soins de propreté ou telle autre condition hygié- 5,1, nique, étaient oubliés , ou bien parce qu'on avait à lutter contre le climat ou (((1, des fatigues extraordinaires. D'autres , frappés des phénomènes de débilitation ifdj générale , prodiguèrent aux malades des toniques de toute espèce qui, arrivant Ijijj dans un appareil digestif malade, y portèrent un nouveau désordre. Le plus jj^j petit nombre, dominé par des doctrines vraies dans beaucoup de circonstances , I attribuèrent tout le mal à des inflammations locales, et employèrent les sai- ,t gnées, dont les bons efl'ets sont plus que contestables , et auxquelles on ne doit Ijfl avoir recours, de l'aveu de tous les praticiens , que dans des cas tout-à-fait par- ^ ;iculiers. On vit aussi régner l'opinion de la spécificité, et la thérapeutique qui r(j|i en découlait; mais les anti-scorbutiques prétendus eurent peu de succès, et iliii lorsqu'ils en eurent, ce ne fut qu'à raison de leurs qualités alimentaires : te'moin y, :e cochléaria qui, dans le nord , est une plante purement mucilagineuse; ce qui ijtl 'xplique comment des scorbutiques éprouvèrent du soulagement de son usage (|(,| ibondant.
tjijj Ces expériences diverses , faites à de longs intervalles et souvent chèrement uise achetées, tendent à établir l'importance extrême de l'hygiène, tant comme iiitf Jréservative que comme curative du scorbut. C'est principalement à la prophy- Icik axie qu'on doit s'attacher, car il est plus facile de prévenir que de guérir, Telle est d'ailleurs la connaissance des moyens de garantir les e'quipages du éffilH corbut , et l'abondance des ressources <lont on entoure les navigateurs de nos ours, qu'on peut dire hardiment que le développement du scoibut à bord, ormis certains cas supérieurs à la puissance humaine, accuse la négligence ou 'impérilie de ceux qui ont la mission de veiller à la santé des gens de mer. Le proche est encore plus mérité lorsqu'il s'agit du scorbut de terre , et c'est iors une véritable cruauté que de laisser périr un prisonnier qui , rendu à la iberté , guérirait en quelques jours.
C'est une nécessité indispensable qu'une alimentation suffisante en quantité 'l en qualité ; et cependant les officiers de santé de la marine française s'accorent à dire que la ration des hommes de mer n'est pas assez considérable ni isez nourrissante, surtout lorsqu'ils se trouvent exposés à des fatigues extraorinaires ou quand ils sont transportés sous un ciel plus rigoureux. Ce serait Ibnc une mesure sanitaire de la plus haute importance que d'accorder des igmentations de vivres, soit générales, soit au moins individuelles sur l'indiion des chirurgiens du bord. Que d'ailleurs l'approvisionnement soit conve- Iblement composé pour que la nourriture soit composée eu proportion conveable de végétaux et substances animales. Surtout que les liqueurs spiritueuses loient distribuées avec discernement , car leur usage exagéré n'est pas moins aneste que leur absence totale. Rien n'est plus fâcheux que l'ingestion d'une randc quantité de liqueurs alcooliques après qu'on en a été long-temps rivé.
Mais une des conditions les plus destructives c'est le froid et l'humidité de atmosphère lorsqu'on s'y expose sans précaution. Quoi qu'on ait pu dire sur la ossibilité de s'endurcir contre les intempéries des saisons , il reste démontré ue cette force de résistance est bornée à un petit nombre d'individus , et que , lez ceux-là même qui la possèdent , mille circonstances peuvent l'affaiblir et lême la faire complètement disparaître. Aussi doit-on se conduire d'après îtte considération et employer tous ses soins pour garantir les marins du froid '■ de l'humidité, en faisant fermer toutes les ouvertures pendant le gros •mps, et en veillant à ce que les hommes qui ont été de service soient pourvus
de vêtemens de rechange, et prennent le soin de quitter ceux qui sont mouillés ; ce que souvent ils ne feraient pas s'ils n'y étaient obligés par leurs supérieurs. Il faut d'ailleurs que ce désir de s'opposer à l'action du froid ne fasse pas tomber dans un excès opposé, et ne fasse pas négliger le renouvellement de l'air qui n'est pas moins important pour la conservation de la santé. Ce serait une chose bien utile chez les matelots que l'usage des vêlemens de laine sur la peau, surtout s'il pouvait se concilier avec la propreté qui n'est pas chez eux une qualité dominante.
L'exercice n'est pas ce qui manque à bord , au moins parmi les hommes d'équipages; mais encore est-il nécessaire que le chirurgien exerce une surveillance efficace pour que personne , et principalement ceux qui ont une prédisposition au scorbut , ne puissent rester dans une oisiveté funesle. Il sera donc avantageux qu'à l'exemple des navigateurs les plus éclairés, les commandans imposent à leurs équipages des exercices qui , sous prétexte de mesures d'ordre ou mieux encore, si l'on peut, sous une apparence de divertissement, assurent l'exécution d'une mesure sanitaire essentiellement conservatrice. Il est à peine utile de dire que c'est à eux à donner l'exemple du courage et de la résignation pour soutenir le moral des hommes qui leur sont confiés, afin de prévenir la maladie, ou, si elle s'est développée, d'en arrêter les progrès. A plus forte raison cette obligation est-elle celle des commandans et magistrats des villes assiégées et de tous ceux qui exercent une autorité ou une surveillance quelconques dans les lieux que le scorbut a coutume de visiter.
Le traitement curatif ne saurait être différent du traitement préservatif, dont il ne doit être que le développement , s'il est permis de s'exprimer ainsi. Toute idée de spécificité thérapeutique doit être con^sidérée comme démentie par l'expérience , et chaque malade exige des soins qui soient particulièrement adaptés à son état, de même que chaque cas collectif de scorbut présente quelque chose de spécial dans ses causes, ses symptômes, sa marche, sa durée et sa termmaison. Les descriptions d'épidémie scorbutique nous montrent en effet tantôt le froid humide, tantôt les fatigues, tantôt l'usage exclusif des alimens sales, comme la cause principale de la maladie ; de même que nous la voyons, suivant différentes circonstances, se développer subitement ou par degrés; atteindre toute une réunion d'hommes , ou seuleuient quelques-uns d'entre eux ; enfin, faire quelques victimes seulement, ou moissonner les malades par centaines. Là donc surgiront des indications variées, souvent, hélas! avec bien peu de moyens d'y satisfaire.
Il y aurait presque toujours de l'avantage à transporter les scorbutiques dans d'autres lieux que ceux qu'il» habitent, et c'est là peut-être la condition la plus difficile à remplir en général ; il faut donc tâcher de les mettre dans les localités les plus favorables parmi celles dont on peut disposer ; car c'est être mieux déjà que d'être moins mal. Nous ne rappellerons pas ici tous les moyens d'ASSAiNissEMENT {t^oy. cc mot) qui doivent être connus et mis en usage par les praticiens, et dont l'influence salutaire ne saurait être révoquée en doute. Le régime doit être, chez les malades, l'objet d'une attention particulière; ce sont eux qui , dans les conjonctures les plus fâcheuses, ont droit à tous les privilèges au milieu des privations que tout le monde subit. Mais il faut bien se garder de croire , comme on serait porté à le faire d'après quelques auteurs, qu'il soit bon, même dans les cas où le défaut d'alimens a produit le scorbut, d'insister d'autant plus sur les alimens stimulans et substantiels qu'on a affaire à des malades plus gravement affectés. Chez ceux-là, au contraire, on a besoin de beaucoup de prudence , et les alimens les plus doux et les plus digestibles, donnés en petite quantité et accompagnés de petites doses de boissons excitantes et fermentées, sont ceux qui ont toujours le mieux réussi. Les adoucissans et le lait en particulier ont été salutaires dans un grand nombre de cas.
Chez les malades qui peuvent rarement prendre de l'exercice , les frictions sèches et aromatiques, et quelques bains tièdes peu prolongés , serviront à rétablir et à entretenir la transpiration cutanée. Nous n'ajouterons rien sur la nécessité de relever le moral , cela est plus facile à conseiller qu'à exécuter; ni sur les indications thérapeutiques que peuvent susciter les complications diverses, parce que la tendance générale de cet article fait assez connaître notre pensée sur ces divers sujets. Nous allons examiner les divers agens médicamenteux qui ont été tour-à-tour proposés contre le scorbut et dont aucun , c'est l'opinion de tous les observateurs éclairés que nous aimons à consigner ici, aucun, disous-nous , ne jouit de propriétés spécifiques. Ainsi doit disparaître du vocabulaire médical l'ambitieuse dénomination tTanti'Scorbutitjues j qui ne saurait s'appliquer à rien d'une manière exacte , et par laquelle on désignait une collection de substances acres, amères et aromatiques , parmi lesquelles figuraient au premier rang le raifort, le cresson, le cochléaria, les alliacées, etc. Ce n'est pas que ces mcdicamens ne puissent trouver , dans le traitement du scorbut, une utile application ; mais c'est seulement à raison de leurs qualités excitantes et toniques , et l'on conçoit que , dans beaucoup de circonstances , ils doivent être contre-indiqués. Observons d'ailleurs que , comme tous les autres médicamens , ils peuvent seconder le traitement hygiénique, mais que dans aucune circonstance ils ne sauraient ni le suppléer, ni même lui préparer les voies.
Les acides végétaux ou minéraux , étendus en forme de limonade , sont souvent avantageux ; à plus forte raison les fruits acidulés , quand on peut se les procurer. Les liqueurs spiritueuses peuvent également être avantageuses comme médicament. La bière de bonne qualité, les vins légers , acidulés, les vins plus substantiels et plus spiritueux , pourvu qu'on ne les donne pas purs, ne sont pas moins avantageux , pourvu qu'on les emploie avec discernement. Enfin l'eau de vie ou le rhum , avec addition de sucre et d'eau pour eu atténuer l'ac-
SCROPHIILES.
SCROPHIILES.
tion excitante, rendent encore de grands services, dans les cas où Tonne pourrail pas facilement se procurer autre chose.
Il y a peu de secours à espérer en général des autres tnédicamens , et ceux qui ont été conseillés ne l'ont été que par quelques médecins isolés, et n'ont jamais eu un emploi suivi.
Qu'attendre en effet des purgatifs, des vomitifs, des sudorifiques , des diurétiques, des toniques et des irritans de tout genre, dans une maladie où la première indication à remplir serait de faire circuler dans le système vasculaire un sang mieux composé, et pourvu , dans de plus justes proportions , de tous ses élémens constitutifs ?
Quant aux accidens particuliers du scorbut et aux soins qu'ils peuvent réclamer, disons que, contre les ulcérations de la bouche , les gargarismes et les collutoires détersifs et légèrement astringcns sont d'une utile application au début de la maladie , et que , dans un degré plus avancé , l'on doit recourir aux styptiques pour arrêter les hémorrhagies qui tendent à se multiplier; mais ce ne sont encore là que des moyens palliatifs et secondaires.
Espérons que le scorbut disparaîtra de plus eu plus à bord des bâtimens , grâce aux perfectionnemens qui rendent la navigation plus rapide, et qui rassemblent sur les vaisseaux plus de bien-être et de ressources qu'on ne s'en procure souvent à terre, et grâce à la paix générale qui permet aux navigateurs de se secourir les uns les autres, et de relâcher plus fréquemment, pour se refaire des fatigues de la mer et pour renouveler leurs provisions. Espérons surtout qu'à terre, où la puissance de l'homme est plus évidente, cette triste maladie n'ajoutera pas aux tourmens de la captivité et aux souffrances de la misère. Faisons des vœux enfin pour que l'influence tulélaire d'une civilisation éclairée fasse oublier jusqu'au nom d'une affection qui doit appartenir exclusivement aux siècles d'ignorance et de barbarie.
On ne saurait compter l'immense quantité de traités ex proj'esso, d'essais, de dissertations publiés sur le scorbut, à partir seulement du quatorzième siècle. Mais ces ouvrages, pour la plupart, appartiennent plus à la théorie qu'à la pratique. Ils sont presque tous consacrés à établir des opinions, et peu d'entre eux reposent sur l'observation simple et consciencieuse des faits. Les livres qu'on peut recommander aux praticiens, après le grand livre de la nature , sont ceux dans lesquels on a su le mieux transcrire celui-là. Nous nous bornerons à indi- <]uer, comme pouvant suffire à ceux qui sauront les lire avec une suffisante attention, les ouvrages suivans :
J. Lind. Traité du scorbut, traduit de l'anglais, Paris , 1756, 2 vol. ia-12.
Roitppe , De morbis navigantium , Lugduni Batavorum , 1764, in-8**. F. Milman. Recbercbes sur l'origine et le siège du scorbut , Paris , 1787 , în-S". Th. Trotter. Observations on tbe scurvy, Edinburgh, 1786, in-S". — Medicina nautica, an essay on ibe diseases of seamen, London , 1797, 3 vol. in-S".
Batme. Traité historique et pratique chez rhoniine et les animaux , Paris , 1819, in-8°. /CerauAen. Réflexions sommaires sur le scorbut , 1804, in-S".
Nous indiquerons encore l'article excellent de Fodéré dans le Dictionnaire des sciences médicales , et surtout l'article non moins recommandablc de M. Forget , dans son ouvrage intitulé Médecine navale , Paris, 1834. (AkdrAL et Ratier.)
SCROPHULES. Etat morbide général ou constitutionnel, dans lequel les glandes et les vaisseaux lymphatiques, ainsi que les fluides qui les pénètrent, sont spécialement affectés. Celte maladie, qui parait avoir été observée dès les premiers âges du monde, que les Grecs avaient nommée xotpxà'iç, de xui/ooi pourceau, à cause de l'analogie qu'elle offre avec une affection propre aux porcs, que les Latins ont, pour la même raison, appelée s ii-uma ^ à cause de la forme globuleuse des tumeurs qui en sont l'un des phénomènes les plus caractéristiques, a été décrite, de nos jours, à-peu-près indistinctement par les auteurs sous les noms de scrophules ou d'écrouelles et d'affection tuberculeuse. Nous verrons toutefois à quel point il est permis d'admettre une pareille identité d'affections entre ces deux maladies, et si les descriptions que l'on a données de l'une et de l'autre sont réellement applicables aux deux espèces.
La maladie scrophulcuse , comme toutes celles qui sont liées à une modification générale de l'organisme et dont la cause est insaisissable, a nécessairement eu à subir le sort de foutes les révolutions de la médecine et de toutes les théories qu'elle enfanta. Presque tous les auteurs anciens la font consister dans une altération des humeurs , due à la présence d'un vice , d'un levain , d'un germe, d'un virus particulier auquel ils ont imposé diverses dénominations. Hippocrale et Galien l'attribuèrent à une pituite épaisse fixée sur les ganglions lymphatiques, et cette opinion fut à-peu-près celle de beaucoupd'auteurs modernes, tels que Paré, Duret, Sanctorius, Méad , Bordeu , Peyrilhe, etc.; Ethmu- 1er, Hunter, et une foule d'autres auteurs, accusèrent un acide que Baumes crut être de l'acide phosphorique. D'autres rapportèrent l'affection scrophuleuse tantôt à un vice spécifique de la lymphe (Renard), tantôt à un effet de transformation de la variole (Dehaen).
Mais le solidisme devait aussi avoir son tour dans cette succession des théories imposées à la maladie dont il s'agit. Sœmmering paraît être le premier qui vit dans l'affection scrophuleuse une sorte de faiblesse radicale des vaisseaux etdes ganglions lymphatiques ; et depuis que Cabanis, Bichat, Pinel, Alibert, Richerand et la plupart des auteurs contemporains ont appuyé cette théorie de leur opinion, elle est assez généralement consacrée. M. Lepelleticr lui a fait subir quelques moilifications , en la rapportant à une altération notable de la nutrition, d'où résulte nécessairement un défaut d'élaboration vitale, un vice d'animalisation, un véritable étiolement dans tous les tissus organiques. Girtanner fut le premier qui attribua les scrophules à l'irritabilité du système lymphatique , et Ton sait que M. Broussais a donné à cette théorie toute l'autorité de son nom.
Nous examinerons bientôt ce qu'il y a de vrai dans ces diverses opinions, en appréciant chacun en particulier les divers élémens de la maladie, c'est-ài dire les causes qui la préparent ou la déterminent, les symptômes qui l'accom pagnent et les altérations locales qui en sont la conséquence. Qu'il nous suffise! pour l'instant d'avoir énoncé les nombreuses vacillations qui ont régné jusqu'à! ce jour sur sa nature. I §. I. Étiologie DES SCROPHULES. Le développement dc la maladie scrophuleusej paraît tenir à un très-gi and nombre de causes. Tout ce qui tend à faire prédominer les fluides blancs dans l'économie, à imprimer à ces fluides une détérioration capable de les rendre impropres à la nutrition, tout ce qui vient augmenter l'action des ganglions et des vaisseaux lymphatiques, rentre dans l'étiologie de^ cette maladie; de là , par conséquent , deux ordres de causes distinctes, savoir: des causes organiques ou anatomico-physiologiques , des causes hjgiéni(jues< ou accidentelles.
lo. Causes organiques; hérédité, prédisposition. On ne met pas en doute que les scrophules ne soient souvent le résultat d'une disposition héréditaire, d'un tempérament lymphatique plus ou moins prononcé. On rencontre tous les joursj j dans la même famille plusieurs individus atteints de la même maladie. Cettej 3 prédisposition affecte quelquefois exclusivement les enfans mâles ; tantôt le contraire a lieu , sans qu'il soit possible de reconnaître celui des parens d'où procède la maladie; il n'est pas même nécessaire que les enfans naissent de parens scrophuleux pour apporter en naissant toutes les prédispositions organiques des scrophules; tous les jours on voit des enfans périr de la maladie scrophuleuse, alors que les parens offrent tous les attributs de la sauté la plus parfaite, et l'on sait qu'il en est de même de la phthisie pulmonaire et de beaucoup d'autres maladies qui semblent liées à des conditions d'hérédité.
Lalouette, dans un ouvrage qu'il publia , en 1780, sous le titre de Traité deS' scrophules, avait pensé que les fruits d'une conception qui s'opère dans le moment de la menstruation pourraient être entachés de vice scrophuleux, et M. Le-' pelletier croit avoir observé deux exemples favorables à celte opinion ; mais ce; qui paraît mieux constaté, c'est que la maladie affecte de préférence les enfansij qui naissent de parens faibles et qui ont abusé du coït, ou des mères qui, pen-/ dant le temps de la gestation, ont continué d'allaiter. On a dit aussi que l'allai'^ tement qui s'accompagne de la menstruation pouvait être une circonstance favorable au développement de la maladie scrophuleuse; mais cette opinion, plutôt admise aujourd'hui par le vulgaire que par les médecins, ne nous semble pas mériter une sérieuse réfutation.
Mais ce qui est de toute évidence , c'est que la maladie affecte spécialement lesenfans et principalement ceux qui sont doués d'un tempérament lymphatique, dételle sorte que, pour beaucoup d'auteurs, l'état scrophuleux semble n'être que l'exagération du tempérament lymphatique ( Richerand , Kortum, Broussais ). Ajoutons aussi comme un fait certain et capable de fortifier l'opinion qui attribue les scrophules à la prédominance d'action du système lymphatique , que les femmes qui participent du tempérament de l'enfance sont, par cela même , plus souvent atteintes que les hommes, delà maladie scrophuleuse. D'après les recherches de M. Lepelletier, les scrophuleux du sexe féminin sont, à ceux du sexe masculin, comme cinq est à trois. Cette circonstance influe si puissamment d'ailleurs sur le caractère spécial des maladies de la femme , qu'il n'est pas permis de la méconnaître dans la pratique. On sait que la phthisie pulmonaire, les engorgemens glandulaires, les affections squirrheuses, toutes les dégénérations organiques qui semblent s'opérer dans la texture des tissus blancs, ne l'affectent plus fréquemment qu'à cause de sa constitution plus lymphatique. Il y a toutefois loin du tempérament lymphatique , qui est très-compatible' avec la santé et constitue tout au plus une prédisposition à la maladie dont il \ s'agit, à l'état scrophuleux lui-même. | '
Une opinion , assez généralement consacrée parmi les pathologistes moderne.', est que la maladie scrophuleuse n'est que la transformation ou la dégénères- ^ cence du virus syphilitique ( Astruc , Rosensfein, Cam))er, StoU , Selle , Portai, i Alibert , Richerand, etc. ). ftlais M. Baudelocque, à qui l'on doit un travail récent sur cette matière , tout en faisant sentir que l'origine des scrophules remonte à plusieurs siècles avant celle de la syphilis, a très-bien prouvé que les analo- | gies qui ont été signalées entre les deux maladies, ne sont qu'apparentes. f
Dire que la maladie peut être héréditaire dans le sens des humoristes et dant ' f la supposition d'un principe spécifique, c'était admettre aussi quelle peut être contagieuse, et telle a été l'opinion de Dulaurens , de Bordeu , de Baumes, de > Pujol,etc. On sait même que l'ancienne académie royale de chirurgie, con- ; sultée par le Parlement sur cette question, s'était prononcée en faveur de la ' f contagion. Mais on sait aussi que, depuis cette époque , un assez grand nombre ' i d'observateurs ont cherché, les uns à vérifier les faits de contagion, les autres ' ( à s'éclairer par la voie expérimentale, et que tous ont été conduits à en mer ' formellement la réalité. C'est ainsi que Kortum , Pinel, Alibert , Richerand, * Dupuytren, Hébréard, Lepelletier, etc., ont tour-à-tour tenté inutilement de • ' communiquer la maladie soit en plaçant dans le même lit des enfans sains à côte i d'enfans scrophuleux, soit en frictionnant la peau d'un enfant sain avec le pus 1 : fourni par un enfant scrophuleux , soit en inoculant sous l'épiderme , soit en in- I | gurgitant dans l'estomac ou en injectant dans les veines d'animaux sains la ma- I tière d'ulcères évidemment strumeux. ■
On admet généralement que le lait d'une nourrice scrophuleuse ne peut fournir ■ i à l'enfant que des matériaux imparfaits et nuisibles à la nutrition , capables par ^ conséquent de prédisposer à l'affection scrophuleuse; mais peu de praticien» » attribuent à ce lait des propriétés contagieuses. Ainsi donc, l'hérédité, consi- I dérée comme fait de transmission d'un virus ou d'un principe strumeux des pa- I
SCROPIIULES.
SCROPHULES.
lens aux enfans, est inadmissible; mais considérée comme fait de la disposition spéciale de l'organisme pouvant réaliser la maladie sous certaines influences données , elle n'est pas douteuse. En d'autres termes , la maladie peut être hé- ,■ réditairc , elle n'est pas contagieuse. Maintenant, quelles sont les influences I hygiéniques qui paraissent concourir plus puissamment à la production des I scrophules ? Voici ce que l'observation et l'expérience nous apprennent à cet égard.
2". Causes hj-giéniques. Parmi les nombreuses influences extérieures aux-
, quelles on a pu attribuer le développement des scrophules, il n'en est pas de Iplus puissante , de plus commune et de plus généralement admise que l'habitaition des lieux froids, humides , bas , marécageux et inaccessibles aux bienfaits
i de la lumière et du soleil; ce qui fait que cette maladie est beaucoup plus comimune dans les pays humides que dans les pays secs , et qu'on la rencontre sur-
I jtout en Hollande, en Pologne, en Angleterre, dans le Vivarais, les Cevennes, (les Alpes , les Pyrénées , les gorges et les vallées qui séparent les hautes montagnes; le passage dans un climat froid, humide , paraît être surtout l'une des ;auses les plus actives de la maladie scrophuleuse. Des observateurs ont signalé l'exemple d'enfans qui, transportés des climats de l'Inde en Angleterre, y devien-
5 [lient scrophuleux ( Buchan , Samuel Cowper) ^D'autres ont fait la même rejnarque à l'égard de sujets transplantés de l'Amérique et du Brésil en France Guersent ).
Les grandes villes, celles où la population est entasse'e , privée d'air et de lu- T)ière , offrent surtout un grand nombre de scrophuleux. Bien plus, la respiration d'un air non renouvelé et dépouillé d'oxigène a paru dans ces derniers eraps à un excellent observateur, M. Baudelocque, l'unique cause, la cause né- ;essaire de l'airection strumeuse. Sans donner à une telle cause toute Timporance, toute la puissance d'action que lui attribue ce médecin, il est pourtant rai de dire que les individus encombrés jour et nuit dans les habitations troites et obscures, dont les loges de portier offrent le fréquent et pénible xemple , où dans les ateliers dont l'air est à-la-fois altéré par la respiration l'une population surabondante et par la combustion qu'on y entrelient, sont rès-souvent atteints de scrophules , et c'est sans doute à cette même cause qu'il aut rapporter la fréquence des affections strumeuses dans les villes de fabriques, omme chez beaucoup d'animaux domestiques que l'on entasse dans les étables les grandes villes , etc. Mais, d'un autre côté, on voit journellement des enans , soumis à l'influence de ces mêmes causes, conserver toutes les apparences le la santé, tandis que d'autres , placés dans les conditions hygiéniques les plus avorables, périssent victimes des scrophules. Il y a donc au moins exagération , 'il n'y a pas erreur , dans l'opinion de M. Baudelocque , qui fonde toute l'éiologie delà maladie scrophuleuse sur ce principe absolu, savoir, que cette fïection a pour cause essentielle , indispensable , pour condition sine qud non , ! viciatiou de l'air. Ce qui prouvera encore que l'affection scrophuleuse ne )eut-être le produit de cette seule cause, c'est qu'elle n'a de prise que sur les ■nfans et sur les sujets prédisposés; que cette cause, d'ailleurs, est celle qui e rencontre le plus souvent avec la mauvaise alimentation et toutes les conéquences de la misère , dont M. Baudelocque ne lient presque aucun compte.
D'après les observations de Humboldt, la diminution de l'action électrique leut, comme l'absence du calorique et de l'oxigène , favoriser le développement les scrophules, mais aucun fait n'a pu encore justifier celte opinion.
La privation de lumière a également paru devoir être une cause de scrophules , du moins l'étiolement qui en est l'effet , et qui s'accompagne de pâleur lestégumens, de flaccidité des chairs , de bouflîssure générale, donne à l'écolomie une sorte de physionomie scrophuleuse. Ces effets de l'étiolement sont 'autant plns^sensibles , qu'ils reconnaissent en même temps pour cause le froid t l'humidité qui l'accompagnent le plus constamment. On sait que M. Lepelietier qui a rapproché l'état scrophuleux de l'étiolement des végétaux, a donné cette cause une influence très-puissante dans la production des scrophules. . Une alimentation grossière, réfractaire à l'action de l'estomac et des autres irganes affectées à la nutrition, un allaitement de mauvaise nature , ou dû à me nourrice mal saine, affectée elle-même de maladie scrophuleuse, syphiitique , tuberculeuse; des substances alimentaires mal préparées, des boissons ion fermentécs ; en un mot , tout ce qui tend à détériorer la constitution de l'individu, à dépouiller les liquides de leurs principes alibiles ou réparateurs, •araît encore favoriser le développement des scrophules.
On a cru souvent devoir attribuer les scrophules à l'usage des eaux provenant le la fonte des neiges ou des glaces, comme étant privées d'air, mais aucun ait bien constaté n'est venu confirmer cette opinion. De même on a prétendu [ue les eaux séléniteuses , celles qui contiennent une très-grande quantité de jels calcaires, et qui déposent dans leur cours des stalactites, pouvaient ^onner lieu aux scrophules , et l'on a cité en faveur de cette cause l'exemple les habitans de Rheims dont une grande partie est, dit-on, redevable de la maadie scrophuleuse à l'action des eaux séléniteuses dont on y fait usage. 'Mais ans l'appréciation de cette cause, M. Baudelocque a également fait sentir le eu de valeur qu'il faut lui accorder , en sorte qu'il en est de ce préjugé popuaire comme de la prétendue curation des scrophules par le simple attouchement le la part de nos rois , dans les solennités du sacre.
Un agent chimique auquel on a généralement attribué la production des crophules est le mercure. L'expérience apprend , en effet , que les différentes )réparations de ce métal impriment souvent à tout le système lymphatique ine modification particulière et a l'économie entière une disposition analogue, louvent identique à l'état scrophuleux. On a cru aussi avoir i-emarqué que les ndividus qui sont soumis à l'action de cet agent soit par profession , soit dans
I DlCT. DE MÉDECIBE ET DE ChIRCEGIE PRATIQUES,
le cours d'un traitement , donnent souvent naissance à des enfans scrophuleux. Jean Hunter , 'V^igaroux , Samuel Cowpcr , Richerand , Alibert , etc. , ont consacré ce principe comme une vérité de fait bien démontrée. S'il y a quelque exagération dans une telle opinion , on ne peut nier du moins qu'il n'existe chez les individus qui ont été soumis aux préparations mercurielles , une prédisposition organique à l'état scrophuleux, capable d'être transmise par voie de génération; ce qui ne veut pas dire, encore une fois, que l'on apporte en naissant un virus, uu germe scrophuleux, mais seulement une organisation qui prédispose à la maladie.
^Appréciation du mode d'action des causes des scrophules. Il n'est pas douteux que les causes que nous venons de passer en revue ne puissent imprimer à l'organisme des modifications plus ou moins favorables à la production scrophuleuse; les faits sont suflisammenl établis à cet égard ; mais comment s'exerce leur action et dans quel ordre se succèdent les actes pathologiques qui constituent cette maladie? est-ce sur les solides? est-ce sur les liquides spécialement? ou bien , est-ce sur les uns et les autres en même temps que s'opère primitivement l'action de ces mêmes causes ? toutes les doctrines régnantes ont eu leur tour , pour répondre à ces diverses questions. Ainsi les humoristes qui ont admis tour-;itour l'acidité, l'àcreté, l'alcalinité, l'épaississement , la viscosité de la lymphe, n'ont vu dans ces altérations vraies ou supposées que les efï'ets de causes agissant immédiatement sur les liquides. Ainsi les solidistes attribuant les scrophules à la faiblesse ou à la prédominance d'action vitale des vaisseaux et des ganglions lymphatiques ont naturellement pensé qu'elles résultaient de cause agissant exclusivement sur les tissus qui les composent. Pour ceux-ci , les causes sont toutes physiques ou toutes organiques; pour ceux-là , au contraire, elles sont ou toutes chimiques , ou toutes vitales. Mais jusqu'à présent leur rôle s'accomplit dans l'appareil lymphatique, et personne, que je sache, n'avait cherché dans les phénomènes de la sanguification la cause de la maladie scrophuleuse. M. Baudelocque est probablement le premier qui ait attribué cette maladie à la viciation directe de l'hématose, par suite de faltération chimique de l'air. Si l'air que l'on respire , dit-il , a subi quelques changemens dans les quantités relatives de ses principes constituans, dans la diminution de l'oxigène, la prépondérance de l'acide carbonique, l'hématose est nécessairement viciée , imparfaite. Et comme le sang contient les matériaux de la nutrition et des sécrétions , il doit nécessairement imprimer à la composition des liquides , des altérations plus ou moins profondes , et amener le développement des scrophules. Ainsi donc, pour M. Baudelocque , la cause nécessaire , indispensable des scrophules est l'altération de l'air, et par une conséquence nécessaire celle de la nutrition ; pour lui aussi , le point de départ de la maladie est dans les liquides.
Quelques spécieux que semblent les raisonncmens de l'auteur, les objections se présentent en foule pour en infirmer la valeur. Et d'abord , si les scrophules étaient le résultat nécessaire de la viciation du sang , dû à la prédominance d'azote ou d'acide carbonique et à la privation d'oxigène de l'air que l'on respire dans certaines habitations , les premiers symptômes de la maladie seraient ceux d'une sorte d'asphyxie lente qui se manifesterait spécialement dans l'appareil sanguin, et non comme cela a lieu presque exclusivement, dans le système lymphatique. Jamais, au contraire, l'asphyxie par défaut d'air respirable n'a d'efféts sensibles sur l'appareil des vaisseaux et des ganglions Ij'mphatiques , et quoi que puisse dire M. Baudelocque , on essaierait en vain de produire par cette seule influence , le développement des scrophules. On voit d'ailleurs tous les jours des individus scrophuleux C[ui sont nés , qui ont vécu au milieu des conditions atmosphériques les plus heureuses ; de même que l'on voit des sujets qui offrent les attr ibuts de la santé la plus parfait* , quoique vivant habituellement dans un air dépouillé d'une partie de son oxigène ou saturé d'azote et d'acide carbonique. Si les scrophules avaient pour cause unique, exclusive, ce genre d'altération de l'air , elles seraient , ce semble , tout aussi communes dans les pays chauds que dans les pays froids, on en verrait en Corse, on en verrait dans tous les pays du monde.
D'un autre côté , si le froid humide n'était qu'une cause secondaire des scrophules, comme le pense M. Baudelocque , on ne les rencontrerait pas plus souvent dans les pays froids qu'ailleurs. Or l'expérience prouve assez le contraire ; car il est bien plus ordinaire de voir le système lymphatique devenir immédiatement le siège d'engorgemens par suite d'un froid humide plus ou moins prolongé. Ici, en effet, l'observation ne souffre plus d'exception dans les faits, comme elle ne trouve plus d'opposition dans les auteurs.
Bordeu attribuait également les scrophules à un vice de nutrition, à une maladie générale du suc nourricier ou de la lymphe; mais son étiologie, au lieu de s'arrêter à une seule et même cause, embrassait toutes celles qui peuvent imprimer à la lymphe une détérioration de ses éléraens nutritifs, et en cela peut-être était-il plus près de la vérité que M. Baudelocque qui n'en admet qu'une seule.
M. Lepelletier qui a également fait un travail spécial sur les scrophules , au moment où le solidisme moderne régnait avec toute l'autorité de son auteur, n'a v'u dans la maladie scrophuleuse qu'une affection des tissus et non des fluides lymphatiques. Nous avons déjà dit que , suivant ce médecin , toutes les causes des scrophules ont pour effet un c/e/àu« d'élaboration vitale, d'animalisation , un véritable étiolement de tous les tissus organiques. Il n'a pas été difficile à l'école physiologique de trouver dans l'affection scrophuleuse , tous les effets de causes irritantes s'exerçant spécialement sur le système lymphatique , et dans la maladie elle-même une sub-inflammation. C'est ainsi , en effet, que toutes les irritations morbides ou factices du voisinage des glandes du col , de l'aisselle, de l'aine , etc. , déterminent si souvent l'engorgement et l'inflammation de ces par-
SCROPHULES.
SCROPHULES.
lies. C'est ainsi que les mêmes effets se manifestent souvent aussi dans les gan- | glions bronchiques , pulmonaires , roésentériques , par suite d'irritations catarrhales ou autres, fixées dans le voisinage de ces parties. En un mot, les faits ne manquèrent pas quand il fallut faire rentrer dans la théorie de l'irritation, l'étiologie des scrophules. Seulement on a pu leur opposer l'immense distance qui existe entre des engorgemens lymphatiques et des tumeurs sci ophuleuses , entre des inflammations des ganglions lymphatiques et des dégénérations tuberculeuses. C'est là, eu effet, qu'est toute la question , et c'est dans l'étude et l'appréciation de? symptômes qu'il est naturel d'en chercher la solution.
II. Physiologie pathologique des scrophdles. Srmptômes, marche, durée, diagnostic , prognostic de lu maladie. La maladie scrophulense offre à étudier deux ordres de symptômes distincts , savoir : des symptômes locaux et des symptômes généraux.
1". Symptômes ou phénomènes locaux. Le plus ordinairement, c'estau milieu des apparences extérieuresde la santé qu'il semanifestesurlelrajet des ganglions et des vaisseaux lymphatiques des tumeurs ou globules ovalaires, mobiles sous la peau, qui se multiplient plus ou moins et augmentent graduellement de volume , restent d'abord indolentes pendant des mois, et des années, puis s'accompagnent de chaleur , de rougeur, de tumeur locale , de mouvement fébrile; souvent , après ce temps , la fluctuation apparaît , la peau s'amincit , s'ulcère , et donne issue soit simultanément, soit successivement, ou à une matière concrète ayant l'aspect et la consistance du marron ou du fromage, ou bien à un liquide scro-purulent chargé de flocons albumineux. Cette suppuration qui provient des ganglions lymphatiques ou des tissus voisins est plu.s ou moins abondante, et offre une durée iiidéterminée, des mois et même des années entières : dans tous les cas, la cicatrisation s'opère lentement; le fond de l'ulcère est formé de bourgeons aplatis ou peu développés; ses bords sont bleuâtres, violacés, et lorsqu'ils se réunissent, ils présentent à l'endroit delà cicatrice des traces indélébiles de la maladie; circonstance qui tient à-la-fois à la perte de substance des tégumens , du tissu cellulaire des ganglions lymphatiques , et aux adhérences que contractent les bords des ulcères avec les muscles sous-cutanés; les symptômes se manifestent le plus ordinairement autour du col , plus rarement aux aisselles et aux aines , moins souvent encore aux jarrets.
La peau est , dans beaucoup de cas, le siège de tuméfactions et d'ulcérations qui se multiplient dans les diverses régions du corps, et principalement au tronc et aux membres. Ces ulcérations donnent issue à un pus séreux plus ou moins abondant, laissant souvent après lui une matière plus épaisse, comme caséeuse, et quelquefois tuberculeuse , laquelle sépare et décolle les tégumens des tissus sous-jacens. Pendant tout le temjis de cette suppuration qui dure aussi des mois, des années, les bords des ulcères restent sanieux, fongueux, et laissent quelquefois à découvert des surfaces musculaires très-étendues. A mesure que ces ulcérations se multiplient , la santé générale se détériore , l'état cachecti((ue se prononce, la maladie est générale.
La plupart des auteurs ont décrit les scrophules comme une maladie dont la marche est lente et insensible , la durée longue et indéterminée ; en un mot , comme une affection qui -a pour caractère essentiel et constant la chronicité. Thomson parle même des scrophules comme d'une inflammation nécessairement chronique , et emploie indistinctement les épithètes de chronique et de scrophuleuse pour caractériser cette inflammation. Mais pour quiconque veut observer les faits , il n'est nullement douteux que les scrophules ne puissent s'offrir avec toute Vacuité Aei autres maladies. Les individus prédisposés qui subissent promplement et fortement les diverses conditions physiques et hygiéniques que nous venons de signaler , peuvent offrir cette forme de scrophules ; tels sont surtout les ouvriers qui travaillent le mercure, ou les sujets qui sont soumis à un traitement mercuriel trop prolongé ou mal dirigé , ceux 4}ui subissent l'action d'un froid humide , jointe à celle d'un air vicié ou dépouille d'oxigènc. Morgagni a rapporté 1 histoire d individus qui, après être restés plusieurs jours de suite exposés à l air froid, humide, et nécessairement altéré d'un lieu souterrain , furent tous atteints d'engorgemens des ganglions lymphatiijues du cou , des aines, des aisselles , etc. Je fus consulté , il y a quelques années , par plusieurs personnes d'une même famille et habitant le mémo endroit , qui , ilans la même nuit, et sans autre cause connue que l'impression d'un froid humide auquel ils avaient été exposés pendant cette nuit , offraient des tumeurs volumineuses et presque indolentes, sur tout le trajet des ganglions lymphatiques : c'était une sorte d'épidémie circonscrite, à laquelle il ne manquait peut-être que la condition de prédisposition pour accomplir la maladie qui disparut avec la cause qui paraissait l'avoir produite , ainsi que par le concours de la chaleur , des boissons sudorifiques , des bains chauds et des cataplasmes résolutifs.
En rapprochant ces premiers symptômes de l'état scrophuleux décrit par l'uni- \ersalilé des auteurs et des praticiens, on m'objectera jjeut-être que j ai établi en fait ce qui n'est que question , savoir : l'identité des tumeurs ou engorgemens chroniques des ganglions lymphatiques avec l'affection strumeuse proprement dite. Mais nous demanderons à ceux qui élèveraient une pareille objection, quelle est la limite qui sépare ces deux affections , et quels sont les caractères spécifiques qui les distinguent dans leur début? Nous demanderons si les plus simples engorgemens lymphatiques n'ont pas souvent pour terme l'état scrophuleux? ou si l'état scrophuleux le mieux constaté n'a pas ses degrés, depuis la plus simple induration des ganglions lymphatiques jusqu'à la dégénération organique la plus complète ? Ici , comme dans beaucoup d'autres maladies , les palhologistes ont peut-être eu tort de n'admettre l'espèce que lorsqu'elle a tous les caractères de la dégénération. Quoi qu'il en soit, ces tumeurs s'accompagnent
ordinairement de phénomènes généraux qui ne tardent pas à en déterminer l nature.
2° . Symptômes généraux des scrophules. Indépendamment des phénomène locaux, on remarque comme caractères physiologiques les plus constans d( l'afièctioii strumeuse , un tempérament lymphatique , qui lui-même a pou traits distinctifs une peau line et blanche, des cheveux blonds , une tête volu mineuse , de grosses lèvres , un cou allongé , une poitrine étroite , un ventr proéminent, des articulations saillantes, des chairs molles et flasques, de formes arromlies , un teint rosé; très-souvent aussi , il se joint à ces caractère physiologiques une série de phénomènes morbides , qui impriment à l'individi! qui en est atteint un cachet non équivoque des scrophules ; tels sont surtout h rougeur des paupières, le larmoiement habituel , la pâleur et la bouffissure di visage , un teint blafard , un enduit terreux , pulvérulent de la peau , des engc; lures aux pieds et aux mains. Dans beaucoup de cas d'ailleurs, la maladie ni borne pas ses progrès et ses ravages aux ganglions lymphatiques externes ; elle si propage aux ganglions qui avoisinent les bronches, le médiastin , le méseiitèré en sorte que l'appareil lympathique tout entier semble participer à la maladie (Voy. Carreau , phthisie.)
De plus , un grand nombre d'autres lésions peuvent survenir dans d'autre appareils d'organes. Ainsi, la peau est souvent le siège de rougeui's, d'érup tions pustuleuses et d'ulcérations diverses (Voy. Impétigo, lupus, esthïomène) Les tendons , les tégumens , les capsules synoviales , tous les tissus blancs s gonflent, se ramollissent, prennent unaspect lardacé, jaunâtre; les cartilagese les extrémités des os se tuméfient , se carient ( Voy. Ostéite ), enfin , les mem branes muqueuses participent également au désordre général de l'économie par cela même cju'elles admettent dans leur composition beaucoup de tissu blancs , et de là I'épiphora, les ophthalmies, les aphthes , les diarrhées chro niques , les catarrhes brouchiques , etc. Pénétrés d'une plus grande quantité di liquides blancs , les os conservent aussi plus de mollesse , plus de flexibilité ; il se gonflent, se déforment, et de là les exostoses, les déviations auxquels il sont sujets (Voy. Rachitis).
Rien de plus variable que la marche , l'ordre de succession et les degrés d'im lensité des symptômes des scrophules. Rarement, on les observe avant la pre mière dentition , plus rarement encore après la puberté , presque jamais dan la vieillesse; leur invasion , dans beaucoup de cas, a été déterminée par causes extérieures ou mécaniques, agissant sur l'appareil lymphatique, pa des solutions de continuité qui prennent l'aspect iiij gc/2e;w des ulcères scropha leux. (Voy. Ulcères.)
Les fièvres éruptives , notamment la rougeole et la variole , ont eu souveni pour terme le développement de la maladie scrophuleuse , et l'on ne s'en étoni nera pas quand on se rappellera que l'appareil lymphatique joue un rôle dei plus actifs dans l'étiologie et la pathogénie de ces sortes d'affections. La coque luche est encore une maladie qui parait influer puissamment sur le développe ment des scrophules ; on sait surtout combien elle est favorable au travail di tuberculisation pulmonaire ; on a vu aussi la gestation, la parturition, la lacta-' tion imprimera tout le système lymphatique un surcroit d'action vitale, un« véritable lymphangite , ayant pour terme la tuberculisation des appareils gan glionnaires thoracique ou abdominal.
Dans ces diverses circonstances , la maladie affecte encore une marche plus ou moins aiguë , s'accompagne souvent de phénomènes fébriles, et est le plaa constamment funeste. Mais dans les cas ordinaires, c'est-à-dire quand elle se développe avec l'enfance , elle est au contraire lente , et parcourt très-souvenJ des années entières avant d'arriver à sa fin. L'époque delà puberté en est iï terme le plus fréquent , comme elle en est souvent le remèdî le plus ef-i ficace.
Anatomie pathologique Siè^c et nature des scrophules. Les caractères ana tomiques des scrophules diffèrent comme leurs caractères physiologiques d'après les différens degrés de la maladie, d'après les organes où on les observe. '^1 Pour les étudier avec fruit , il faut d'ailleurs les examiner dans les fluides aussi ' bien que dans les solides. D'une part, il est certain qu'il existe chez les scro- ■ phuleux un défaut de propoi tion entre les solides et les liquides organiques ; et' f cette disproportion a lieu évidemment aux dépens de la partie rouge du sang, f comme l a constaté Portai, ou au profit de sa partie séreuse, ainsi que la plus j simple observation l'établit d'une manière positive. Mais cet appauvrissement • 1 du sang, cette surabondance de la lymphe ou de la sérosité n'expliquent nullement la formation des tubercules scrophuleux, car la cachexie chlorolique, l'ana-'l sarque, les pertes sanguines portées jusqu'à la décoloration de tous les tissus , i n'amènent pas de tubercules. Il faut doue une autre condition physique ou chi- ' j niique des liquides. Quelle est-elle? Suivons les faits. |
Indépendamment de celte surabondance de fluides blancs qui constitue l'un ' des principaux attributs du tempérament lymphatique, et en même temps l'un | des principaux caractères anatoraiques des scrophules, le plus simple examen ne permet pas plus de douter qu'ils n'aient subi dans leur composition intime des altérations plus ou moins sensibles; et d'abord , on sait positivement que les principes salins qui piédominent dans la composition des fluides lymphatiques sont les phosphates et carbonates de chaux, le chloriire de soude , et l'on sait aussi que ces mêmes principes constituent en grande partie la matière des tubercules scrophuleux. M. Buudelocque raconte que M. Labillardière , préparateur de chimie à l'école d'Allort , a constaté qu'il y a sept fois plus de phosphate de chaux dans le lait d'une vache attaquée de pommelièic (affection I tuberculeuse) , que dans celle d'une vache saine. Ce fait est certainement l'un |
SCROPHÏLES.
SCROPHULES.
[es plus importans et les plus propres à jeter quelque jour sur la nature intime es scrophules. Rapproché des influences qui ont été signalées comme les plus livorables à la production de celte maladie, il en explique assez le mode d'acion , et peut , par cela même , en éclairer le traitement. Un autre fait dont on |oit tenir compte ici, c'est l'acidité de la plupart des produits de sécrétion chez {;s individus scrophuleux. (Voy. Acidité. ) Considérée dans ses rapports purement analoraiques, la matière scrophuleuse arie aussi dans sa quantité , dans sa consistance , dans la proportion de ses élé- 'lens constitutifs, suivant les régions du corps où on l'observe. C'est son accu- ■; nulation dans les ganglions lymphatiques du cou, des aisselles, des aines , qui ' bnstitueni les premiers symptômes des scrophules. Dans ce premier degré de la ■■ laladie , et alors que la peau reste saine , les ganglions offrent un tissu dense , ^ risâtre , dans l'épaisseur duquel on trouve une matière plus ou moins abon- , jante , ayant l'aspect , la densité de la chair de marron. Plus tard , ces tumeurs ! i eviennent douloureuses par l'inflammation du tissu cellulaire qui les environne; • Il peau s'amincit et s'ulcère pour donner issue à une matière séro-purulenle 'abord, puis caillebotée , caséiforme et pultacée. Quelquefois même, cette uiaère acquiert une consistance crétacée par l'évaporatiou des parties liquides; rconstance qui m'a paru résulter, dans quelques cas , de l'effet thérapeutique es applications locales d'iode.
Dans tous les cas, l'induration semble s'opérer constamment de la circonféiiice au centre de la matière tuberculeuse , et affecter ainsi une marche conaire à celle des tubercules pulmonaires ; la portion qui reste ainsi indurée est j partie formée de phosphate et de carbonate calcaires , dans les mêmes prourtions que le tissu osseux. En enlevant cette matière avec une curette, ainsi Lie je 1 ai plusieurs fois pratiqué pour hâter la cicatrisation des ulcères scroliuleux , on trouve les parois du foyer inégales , aufractueuses , formées d'un ssu cellulaire dense, grisâtre, et comme fibreux; les bords ulcérés des léguens sont minces, frangés, sanieux , quelquefois surmontés de végétations, autres fois rentrant dans la profondeur de l'ulcération sous forme de cicaice , mais n'arrivant réellement à cet état qu'après un tiès-loug temps, etsou- ;nt après de nombreuses transformations îles tissus affectés. Lorsque cette ciitrisation est complète , il est digne de remarque que les ganglions qui ont é le siège des indurations ont entièrement disparu ; la peau a contracté des Ihérences avec les muscles sous-jacens , et ces adhérences sont tellement times qu'elles semblent obéir à tous les mouvemens qui les exercent. ! ! Les caractères analomiques des scrophules ne se bornent pas seulement aux inglions lymphatiques qui sont le siège de la maladie , la peau , les meinbras muqueuses et séreuses , les os et leurs annexes, en un mot tous les élémeas latomiques qu'elle affecte spécialement , peuvent être aussi le siège de lésions us ou moins graves. La peau est souvent le siège d'indurations indolentes, un rouge violet, qui , quand elles s'ulcèrent, donnent lieu à des petits claers qui pénètrent dans l'épaisseur du derme. Quelquefois ces indurations ennent l'aspect des pustules de I'impétigo ou de I'estutomène (Voyez ces ots ), L'examen anatomique a permis de reconnaître qu'elles sont formées par développement du tissu du derme , lui-même , qui a acquis plus de densité, dont les aréoles sont gorgées d'un liquide séro-sanguinolent. ( Guersent. ) Dans beaucoup de cas , les cartilages et les têtes des os se tuméfient, se raoUissent , se carrient. Dépouillés de leurs principes calcaires , en même Bips qu'ils sont saturés de fluides blancs , les extrémités articulaires aclièrent un surcroît de volume, et deviennent alors le siège de ces inflammajns blanches que l'on désigne sous le nom de tumeurs blanches ( Voy. Ar- IRiTE , ostéite); le tissu du corps même des os acquiert par cette isposition une mollesse et une flexibilité qui donnent fréquemment lieu à des
Icurvations plus ou moins considérables. ( Voy. Rachitis. ) 11 résulte évidemment des faits précédens que la maladie scrophuleuse est sentiellemenl complexe ; c'est-à-dire composée à-la-fois d élémens anatomiiies , physiologiques et hygiéniques, dont le concours est nécessaire à sa propction et dont l'appréciation est indispensable h l'étude de son traitement, j'une part, en effet , l'appareil lymphatique se compose de solides et de fluij'es qui sont doués de propriétés distinctes , mais qui doivent être dans des buditions respectives et des rapports convenables d'organisation et de vitalité, r, chercher dans les solides ou dans les fluides, exclusivement, la cause rochaine ou la nature intime des scrophules, c'est méconnaître l'une des lois ndamentales de la physiologie et de la pathologie , qui ne permet pas de jparer ces deux grands élémens d'organisation. Il résulte aussi des faits prédens que l'on ne peut établir la théorie des scrophules sur la force ou la failesse du système lymphatique, non plus que sur faltération isolée des )lides ou des fluides qui composent ce système; que des causes agissant excluvement sur les solides ou sur les fluiajs , ou des altérations affectant excluvemeut les uns et les autres , sont insuffisantes pour produire la maladie ; ue les causes anatomiques ou organiques qui la préparent aussi bien que les iuses hygiéniques, physiques, chimiques ou mécaniques qui la déterminent, )nt également nécessaires à son développement, enfin que les altérations qui constituent, accusent en même temps une détérioration , une altération de imposition des fluides et une irritation des solides lymphatiques. Un assez grand nombre de maladies ont été confondues avec les scrophules, i il importe surtout d'en préciser , autant que possible, le diagnostic. Nous 70ns dit que les engorgemens des vaisseaux et ganglions lymphatiques ne )nstituent pas , à eux seuls , les scrophules; cette proposition est suffisamment l'ouvée par l'exemple journalier des tumeurs glandulaires qui se manifestent
au cou par suite de vésicaloires à la nuque, d'aplithes aux lèvres, de psoriasis ou autre éruption du cuir chevelu , à l'aisselle dans le cas de panaris ou de phlegmon sur le trajet des vaisseaux lymphatiques de la main et de l'avantbras; à l aine , dans le cas de chancre vénérien ou de simple ulcération du prépuce, de cor aux orteils, d'éruption impéligineuse ou autres des pieds. Pour peu qu'un praticien soit attentif et expérimenté , il saura bien distinguer ces engorgemens lymphatiques, dus à la présence de telles causes , des engorgemens scrophuleux proprement dits , qui , nous le répétons , exigent, en outre, le concours de causes inhérentes à l'individu , c'est-à-dire à l'état actuel de ses fluides ; par conséquent ce ne peut être que dans l'existence, le rapprochement et l'appréciation des deux ordres de phénomènes locaux et généraux , qu'il trouvera tous les élémens d'un diagnostic précis sur la maladie dont il s'agit.
Il ne sera pas plus permis de confondre les tumeurs syphilitiques avec les engorgemens strumeux, pour peu que l'on apporte d'attention à l'examen comparatif de leur siège , de leur mode de développement , île leur terminaison. Indépendamment des différences d'âge qui leur appartiennent, il y a encore ces différences essentielles que, dans la syphilis, les engorgemens se manifestent le plus constamment aux aines, tandis que, dans les scrophules, c'est au cou ; que, dans la syphilis , les caries affectent de préférence les os du crâne et de la face , et dans les scrophules les articulations et les os des membres , il y a enfin cette grande différence , qu'il y a sub-inflammatiou ou inflammation blanche exemple de dépôt de matière tuberculeuse, tandis que, dans les scrophules, il n'y a pas seulement simple sub-inflammalion, mais dépôt de matière tuberculeuse, résultat nécessaire de l'altération des liquides. La syphilis résiste rarement aux moyens de Iraitemens bien conçus et méthodiquement employés; les scrophules sont le plus sou vent réfraclaires à toutes les ressources de la thérapeutique la plus active et la plus savamment ordonnée ( Baudelocque p 37 ). Il y a plus, c'est que les préparations niercurielles qui ont des effets si prompts dans le traitement de la syphilis , sont ordinairement de nul effet, si même elles ne sont une cause d'aggravation dans les scrophules. (Cullcii , Faure , Cullerier, Richerand , etc. )
On admet généralement que la phthisie pulmonaire est nécessairement liée , identique pour ainsi dire à l état scrophuleux, et cette assertion écrite dans tous les ouvrages modernes , consacrée aujourd'hui dans la pratique comme l'un des faits les mieux constatés de la pathologie , nous semble toutefois loin d'être pleinement justifiée par l'observation ; et d'abord, les scrophules n'affectent guère que les enfans qui n'ont pas atteint l âge de la puberté; rarement , au contraire, la phthisie pulmonaire ne se déclare avant cette époque, et l'âge qu'elle adopte de préférence, de 25 à 35 ans , est précisément celui qui semble exclure l'état scrophuleux. On invoque bien , pour expliquer ce fait, la loi du cercle vital qui , dans cette période de la vie , soumet à la tuberculisation pulmonaire , les individus qui y sont prédisposés. Mais , il faut bien le dire, cette loi nous abandonne à chaque pas que nous faisons pour en suivre l'application, en sorte qu'elle ne peut réellement servir d'appui à l'opinion que nous combattons.
Les sujets scrophuleux arrivent souvent au dernier degré de dépérissement sans présenter des symptômes de tuberculisation; ceux-ci, au contraire, surviennent très-souvent sans qu'il y ait concomitauce d'afl'ection scropluileuse. L'analomie transcendante n'a encore découvert aucun vestige de ganglions et de vaisseaux lymphatiques dans le cerveau, la moelle épinière , les os, et cependant il n'est pas rare d'y rencontrer des tubercules (Morgagni,Bayle,Laennec, Gendrin , etc. ). Les contrées où l'on rencontre le plus de scrophuleux , tels que la Hollande , les Pays-Bas , le Dauphiné, le Valais , le Vivarais , la Basse- Bretagne , etc., comptent moins de phthisiques que d'autres pays où l'on rencontre plus rarement des scrophuleux. J'ai cité ailleurs {De l'élat sanitaire et des moyens cT assainissement des landes de Bordeaux ) le fait assez remarquable de la fréquence des affections struroeuses coïncidant avec l'excessive rareté des affections tuberculeuses dans toute la région de pays qui se trouve sur la côte de l'Océan, depuis La Teste jusqu'à Mimizan.
Les caractères physiques de la constitution scrophuleuse diffèrent essentiellement de ceux de la constitution phlhisique. Dans le premier cas, la peau est blanche, fine et molle, les cheveux blonds ou châtains, la tète volumineuse, la face pleine et rosée , tout le corps couvert d'emponpoint ; dans le second , la peau est plus souvent brune, les cheveux noirs, le corps mince et fluet, les membres grêles et délicats. Le tempérament lymphatique est une des conditions les plus favorables à la maladie scrophuleuse ; on voit , au contraire , les constitutions sèches, nerveuses , plus prédisposées à la phlhisie pulmonaire; et l'on voit tous les jours des sujets scrophuleux parcourir toutes les phases de l'affection strumeuse, depuis le simple état lymphatique jusqu'au dernier degré de la cachexie scrophuleuse, sans offrir de symptômes de tuberculisation.
Les scrophules ne sont certainement pas contagieuses, elles ne sont pas même héréditaires. L'observation et l'expérience se réunissent pour établir jusqu'à l'évidence cette double assertion ; mais n'est-il pas, au contraire, démontré par Pobservation la plus journalière , que la phthisie pulmonaire est essentiellement héréditaire ? n'est il pas même plus que probable qu'elle est contagieuse sous certaines conditions organiques ? J'en appelle à fobservation des praticiens à cet égard ; mais , ce que je puis aflirmcr , c'est que j'ai vu nombre de faits qui ne me permettent guère de douter que la maladie ne se communique par voie de cohabitation, et plus encore par la respiration de l'air concentré des phthisiques. Un excellent observateur, M. Moignon, de Châlons , m'avait signalé
SCROPHULES.
SCROPHULES.
celle espèce de contagion comme assez fréquente d'après son expérience, et depuis cette époque j'ai eu maintes fois occasion de vérifier le fait. On sait d'ailleurs , qu'un assez grand nombre d'auteurs , tels que Morton , Bordeu , Pujol , Baumes , ont adopté celte opinion. 11 n'y a donc , sous ces difl'érens rapports , aucune identité de causes, de siège, de marche, entre les scrophuies et la pblhisie pidmonaire.
Que si l'on nous oppose l'analogie parfaite de caractères anatomiques entre les deux afl'ectious dont il s'agit , nous dirons que la véritable nature d'une maladie n'est pas dans la transformation ou la dégénéralion des tissus, mais dans l'élément anatomique qu'elle affecte , dans la nature des causes qui la déterminent, dans la manière dont elle se transmet, dans le mode d'invasion, l'ordre de succession des symptômes qui la constituent, dans les effets du traitement qu'on lui oppose; or, nous le répétons, rien de commun , sous ces rapports , entre les deux aflections dont il s'agit.
On discute encore aujourd hui si les tubercules pulmonaires ont leur siège dans le tissu cellulaire inlerstitiel du poumon (Stark, Rochoux , Roche , Lombard) , où dans les cellules pulmonaires (Magendie, Cruveilhier , Audral), où dans les ganglions lymphatiques des bronches ( Broussais, Bégin, Fournier ); mais je ne sache pas qu'on ait mis en doute que les tubercules scrophuleux eussent pour siège les ganglions et les vaisseaux lymphatiques. De même aussi , rien de plus vague et de moins déterminé que l'opinion des auteurs sur la nature des tubercules pulmonaires, à l'état rudimenlaire ; est-ce du pus'? est-ce de la lymphe ou de la sérosité, ou même du sang coagulé ? même dissidence d'opinion à cet égard; c'est qu'en effet, comme il n'y a probablement pas unité de siège et de composition dans la matière dite tuberculeuse, il ne peut y avoir unité d'opinion entre les auteurs qui ont observé les faits dont il s'agit.
L'analyse chimique elle-même, tout en fournissant la preuve des analogies de composition entre les tubercules pulmonaires et les tubercules sous-cutanés, ne peut guère justiher l'identité de l'un et île l'autre fait pathologique ; car on sait qu'on rencontre les mêmes élémens dans la plupart des produits de sécrétions accidentelles, dans le pus, dans les concrétions calculcuses, dans la matière cancéreuse, etc. Pour moi, je crois que ce que l'on appelle tubercule, en anatomie pathologique, n'est point identique; que la matière dite tuberculeuse est un produit commun de plusieurs causes pathologiques différentes, par conséquent variable dans son siège comme dans ses élémens physiologiques et pathologiques , quoique présentant des analogies de propriétés physiques et de composition chimique . Pour moi, enfin, la conclusion de tous ces laits et de toutes les discussions auxquelles ils ont donné lieu , c'est qu'il peut y avoir des tubercules dans les filières des vaisseaux et des ganglions lymphatiques , dans les locules du tissu pulmonaire, dans les extrémités des capillaires veineux , dans le tissu cellulaire interstitiel du poumon , etc. , mais qu'il n'y a pas identité de nature proprement dite entre les diverses sortes de tubercules.
Nous regrettons d'autant plus de n'avoir pu partager l'opinion qui identifie l'affection scrophuleuse et l'affection tuberculeuse, qu'elle a été consacrée par les esprits les plus judicieux , et développée à l'article phthisie , avec tout le talent de son auteur, par notre honorable collaborateur et ami , M. le docteur Roche. Nos lecteurs troin eront d'ailleurs une grande analogie entre les faits et les raisonnemens que M. Roche a rattachés à la théorie de la phthisie pulmonaire et ceux que nous avons rapprochés de l'étiologie de la maladie scrophuleuse (voy. Phthisie). Nous verrons si le traitement des scrophuies qu'il nous reste à exposer infirmera en quelque chose nos conclusions.
§ IIL Traitement des scrophules. L'hygiène et la matière médicale se réunissent pour fournir à la médecine les moyens de traitement que réclament les scrophuies, mais la première lui offre des secours précieux qu'elle attendrait vainement de la seconde ; en effet, si comme nous croyons l'avoir suffisamment établi, les scrophuies sont liées à une modification organique générale qui a sa cause la plus commune tians certaines influences hygiéniques , nul doute que l'hygiène ne puisse contribuer efficacement à en combattre les effets, et qu'elle ne doive sous ce rapport être le premier objet de l'attention du médecin.
lo. Moyens hj-giénkjucs. Placer le malade sous l'influence des conditions physiques, géographiques et atmosphériques convenables, lui prescrire un régime, des vêtemens et un exercice appropiiés, tels sont .sans contredit les premiers moyens à employer, et, il faut le dire, ceux sur lesquels il est surtout permis de compter dans le traitement des scrophuies. Ainsi, l'air le plus favorable aux scrophuleux doit être à-la-lois pur, sec et chaud ; leur habitation doit par cela même être élevée, exposée au midi ou au levant, sous l'influence d'une hbre et continuelle insolation ; les vêtemens doivent être chauds , de tissu de laine, capables à-la-l'oif d'entretenir l'action perspiratoire de la peau , et de prévenir toute répercussion de la sueur ; tous les exercices du corps, tels que la danse, l'escrime, la course, la chasse, l'équitation , la natation, la culture des champs où du jardinage , peuvent également avoir la plus heureuse influence sur la santé des sujets scrophuleux ou prédisposés à le devenir.
Un moyen non moins puissant, non moins précieux et que nous ne saurions trop recommander aux praticiens, est l'usage des bains de mer pris surtout dans la Méditerranée. Tissot , CuUen , Bordeu et beaucoup d'autres auteurs en ont préconisé les effets, et ce qui doit surtout contribuer à en accréditer l'usage, c'est le peu d'affections scrophuleuses que l'on rencontre parmi les habitans des contrées maritimes. Les bains d'eau de Barèges, de Plombières , du Mont-d'Or, etc., pris sous forme de douches, peuvent de même avoir la plus heureuse efficacité; ou sait encore que les fumigations aromatiques , alcalines et sulfureuses ont eu quelque succès à l'hôpital Saint-Louis , sous la direction de M. Biett.
Il est évident que tous ces moyens qui agissent comme stimulans , comme t( niques , doivent être employés avec toute la prudence que commande l'état a( tuel du malade ; que leur application doit être réglée sur la nature des sympti mes existans , modifiée d'après les degrés de la maladie, suspendue même dai le cas de réaction fébrile.
Le régime alimentaire constitue aussi l'une des parties les plus importante du traitement , et doit être composé de substances également propres à agi dans le sens des moyens précédens , c'est-à-dire de manière à combattre la dis position générale de l'organisme, à remédier h la surabondance et à la viciatiol des fluides blancs, à l'appauvrissement et à la détérioration des fluides rouge de l'économie. Les substances animales et surtout les viandes rôties comm étant plus stimulantes, les boissons gazeuses et plus ou moins alcooliques cor tribueront efficacement à ce but ; par la même raison les substances indigestes le pain non fernjenté , les alimens fai ineux , les légumes herbacés seront pros crits du régime des scrophuleux ; il en sera de même du laitage , même du lai d'ûnesse conseillé par Baillou , Richard , Wiseman , etc. , et que nous croyon le plus ordinairement contraire aux scrophuleux.
2" . Moyens pharmaceutiques. Il n'est peut-être aucune maladie contre la quelle la médecine ait tenté autant de remèdes que contre les scrophuies. Ains les médicamens dits anti-scorbutiques et anli-scrophuleux , les émétiques elle purgatifs , les mercuriaux, les alcalins, les sulfureux, les absorbans, les incisifs les altérans, l'électricité, etc., ont été tour à tour employés avec plus ou moin de succès, préconisés avec plus ou moins d'enthousiasme par les systématiqnci| * et les empiriques.
De tous les remèdes réputés anli-scrophuleux , il n'en est pas qui ait été plui vivement accueilli de nos jours c(ue l'iode et ses composés, et peut-être aus n'en est-il pas qui compte autant de succès ; employé à l'intérieur en soluliot aqueuse, en teinture, et à l'extérieur sous forme de bain, de pommade, di fumigation, il a puissamment contribué à la résolution d'engorgemens chroni ques des ganglions lymphatiques du col, de l'aisselle et autre partie du corps à la guérison de tumeurs osseuses, de gonflemens développés dans l'épaisseui de la peau par suite de cette maladie. Mais il y a pourtant loin des succès qui proclament certains praticiens à la réalité de ces succès ; employé concurreni' ment avec les moyens hygiéniques précités , dans des cas où la maladie scrophu' leuse n'offrait encore aucune trace de dégénération tuberculeuse et avec toutt la prudence que comporte la nature du remède, il a souvent fait merveille ses effets, au contraire, ont été presque nuls dans le cas de dégénération tuber culeuse, d'abcès en suppuration. Ils ont été souvent funestes et meurtriers dans le cas de cachexie scrophuleuse accompagnée de symptômes fébriles e d'amaigrissement. Comme il a été question à l'article iode des différentes pré parations de ce médicament , des circonstances dans lesquelles il convient de l'employer et des résultats qu'il est permis de se promettre de son emploi, nous devons nous borner ici à renvoyer le lecteur à ce mot. (Voyez Iode)
L'hydrochlorate de baryte fut long-temps vanlé comme un remède héroïque contre les scrophuies. Crawfort et Duncan en Angleterre, Hufeland en Ailemagne, Pinel, Hébréard, Fournier et beaucoup d'autres praticiens en France, en préconisèrent surtout les effets; mais l'expérience amena bientôt le désen-;^ chantement et l'indifférence des plus grands partisans de ce remède , qui est presque généralement abandonné aujourd hui, surtout depuis que M. Lepelle-, lier s'est élevé contre son usage qu'il regarde comme devant cire sans résullat| pour la maladie et dangereux pour le salut du malade , toutefois M. Baude-i locque a voulu renouveler quelques essais de cette substance; il l'a employée! tantôt à l'intérieur en dissolution aqueuse , à la dose d'un grain par once, , répétée une ou deux fois dans les 24 heures ; tantôt à l'extérieur, dans la pro- ' * portion d'un gros par once d'axonge et en a obtenu d'excellens effets, même dans des cas où toutes les préparations d'iode avaient été sans résultat. C'est ^ * surtout dans les ophthalmies scrophuleuses ordinairement si rebelles à tous les j trailemens ordinaires qu'il dit en avoir retiré les meilleurs effets. M. Chrestien, de Montpellier , dit avoir employé avec succès l'hydrochlorate d'or à la dose d'un 15<î de grain combiné avec partie égale d'hydrochlorate de soude, et iiicor- , ' poré ensuite dans quatre parties d'une poudre composée d'amidon, de charbon ï t et de laque des peintres.
M. Baudelocque a eu recours quelquefois a l'arséniate de soude, à la dose d'un seizième de grain à trois quarts de grain par jour, pris en solution dans un julep gommeux , et lui attribue plusieurs cas de guérison d'esthyomène scrophuleux, qui avaient résisté à une foule d'autres moyens précédemment employés; mais l'emploi qu'il a également fait de l'hydrochlorate de cuivre ammoniacal, lui a, au contraire, démontré que ce remède peut être d'un usage j dangereux, sans avoir l'eflicacité que d'autres lui ont attribuée, en Allemagne et en Angleterre (Rœchlin, Gœlis, Helvétius). Nous savons que M. Biett recommande dans ses leçons et conseille dans sa pratique l'hydrochlorate de chaux, ^ dissous dans l'eau distillée, à la dose de deux gros par livre de véhicule; mais | nous ignorons les effets qu'il a pu obtenir de cette substance. (/^o/ciAmmo- ^ kiaque). I
Les mercuriaux ont été vantés par beaucoup d'auteurs , et sont encore em- j ployés aujourd'hui par beaucoup de praticiens. 'Warton surtout pour mettre sa pratique d'accord avec son système plutôt que pour satisfaire à des indications rationnelles , prescrivait le sublimé jusqu'à produire une forte salivation. Bordeu et Pujol faisaient usage de frictions mercuriellcs à haute dose , et pendant long-temps , on a eu recours dans le même but aux frictions mercurielles à l'intérieur de la bouche, aux fumigations et aux bains mercuriels, d'après les j
s CROPHULES.
Sl^CRilIONS MORBIDES.
)rocédés conseillés par Clare, Ciiillo, Lalouelte, etc. Mais de nos jours, il n'y guère qu'en Angleterre où cette médication soit restée en usage. Quelques iralicieiis français, d'après Bouvart et Portai, emploient encore le sirop de lellet composé de nitrate de mercure , d'éther nitrique et de sirop de sucre ; 1 ('autres , eu plus petit nombre , et sur la foi de Charnier, de Hufeland qui l'ont !, iréconisé , ont essayé presque en vain le sulfure noir de mercure. M. Baude- I Bcque, après quelques essais infructueux, l'a abandonné.
I Les carbonates et sous-carbonatcs de potasse, employés d'abord dans des [ ues Ihéoriques et pour dissoudre la lymphe épaissie ( Sanctorius, Duret, Bor- ' leu, Levret), sont restés dans la pratique comme un remède qui paraît avoir eu
iielque succès contre les rachitis et autres affections scrophuleuses du système lisseux. L'élixir de Peyrilhe qui leur doit ses propriétés, est encore employé par
eaucoup de praticiens, à la dose de une à deux onces dans les vingt-quatre
eures. Pujol et Baumes ont conseillé le fer comme excitant de l'appareil san-
uin.
( Les purgatifs ont été employés de tout temps contre les scrophules (contre
I luelles maladies n'ont-ils pas été employés !) ; et souvent il faut le dire, l'expé-
II ience a suffisamment constaté leur efficacité. On les a prescrits tantôt seuls, pntôt combinés à diverses substances altérantes. Les pilules de Graleloup , qui ;Ut pour base le tartrate de potasse et de fer , l'oxide blanc d'antimoine, la rhuarbe , les cloportes , l'aloès et Je savon ; les pilules de Janiii , qui se composent e séné , de crème de tartre , d'agaric brûlé , de mécoachan , de rhubarbe, de :amraonée , de calorael , d'œthiops minéral , de gomme gutte , de carbonate de ;r, d'aloès, de jalap, de bryoïie ; Vélixir de Raulin , résultant de la macéraon alcoolique des plantes amères , de la rhubarbe , des follicules de séné et el'aloës; tels sont les principaux purgatifs qui sont préconisés dans nos anicnnes pharmacopées contre la maladie scrophuleuse, et dont peu de praticiens, tort ou à raison , conservent aujourd'hui le souvenir. -
Les exutoires ont été , comme les purgatifs , prescrits sans mesure contre les oropliules. C'est encore le remède obligé et en quelque sorte banal de la pluart des praticiens contre toutes les afl'ections tuberculeuses ; et ce qui doit le lus étonner dans cette routine , c'est de la voir survivre a toutes les doctrines , iiéme avec ses insuccès , même avec ses inconvéniens , je dirais presque avec lis dangers. Je ne crois pas , en effet, que jamais les milliers de vésicatoires et e cautères, qui ont déjà été employés contre les scrophules, aient guéri un iul tubercule pulmonaire ou sous-cutané; mais ce qui ne peut être douteux our quiconque a pris soin d'observer les effets de ce remède, c'est que très souentle développement des tumeurs scrophuleuses en a été la conséquence presuc immédiate chez des sujets (jui n'étaient que prédisposés à cette maladie; et on concevra facilement de tels effets , en se rappelant que la tuberculisalion ;rophuleuse ne suppose pas seulement une condition organique générale , un lat spécifique des liquides, mais encore le concours de causes accidentelles 'irritation , soit directe , soit sympathique , sans lesquelles elle ne peut s'aeiniplir. Or, il n'est peut-être aucune cause plus capable que le vésicatoire de onner lieu à cette irritation. Le médecin ne peut donc être assez réservé sur emploi de ce moyen dans les maladies scrophuleuses, et il doit d'autant plus se énétrer des motifs de cette réserve , qu'il aura souvent à lutter contre des préfjgés de famille difficiles à vaincre en pareil cas.
Les décoctions amères de quinquina, de gentiane et de houblon , les anti- 'orbutiques pris en tisane , en vin ou en sirop , ont pu, au contraire , secouer, dans beaucoup de cas , les heureux effets du traitement hygiénique. 11 est lutile de rappeler ici que le choix de ces médicamens doit être varié d'après ne foule de considérations individuelles que l'on ne peut déterminer ici d'une manière précise.
j' 3°. Tiniiement local. Les symptômes locaux dépendant de l'affection struleuse nécessitent Je plus ordinairement des modifications qui varient d'après ; siège , l'état actuel , la marche et l'intensité qu'ils affectent ; dans les engorlemeus indolens des ganglions lymphatiques , il est certaines préparations ex- [fernes qui secondent heureusement les effets d'un traitement général. Telles ont surtout les frictions avec la pommade d'iodure de potassium , d'iodure 'ammoniaque, d'iodure de plomb ou d'iodure de mercure; les applications f'emplâtres fondans, de dyachilum , de ciguë, de f'^igo cum mercurio ; les dou- Les d'eau de mer , d'eau alcaline; les cataplasmes résolutifs , ou la simple apilication de laine et de taffetas gommé.
Cavallo et Jalabert assurent que l'électricité a produit de très-bons effets omme moyen résolutif des tumeurs scrophuleuses.
Le docteur Adrien , de Châlons, a publié un certain nombre de faits tendant 1 prouver que l'inoculation du virus vaccin sur des tumeurs glandulaires chroùques , peut non-seulement en opérer la résolution, mais encore modifier avanageusement l'état général des sujets sc-ophuleux.
Lorsque , malgré l'emploi des moyens locaux joints à celui des remèdes géné- 'aux,la tumeur reste dans un état d'induration squirrheuse , on a proposé 'ablation ( Wisman , Larrey ). Si elle menace d'abcéder , on donne comme prélepte général d'en attendre la suppuration spontanée plutôt que d'en provoquer 'ouverture à l'aide d'instrumens tranchans. Des lotions alcalii.es ou iodurées, les injections de même nature ou de décoctions de feuilles de noyer, en cas de lécoltement ou de trajet fisluleux; dans quelques cas, l'extraction de la matière îoncrète ou tuberculeuse qui entretient Ja suppuration et l'ulcération h l'aide l'une curette, sont autant de moyens que le praticien doit encore faire concou- ■ir au traitement local des scrophules.
Les mêmes moyens, sauf quelques modifications subordonnées à la nature les accidens sont applicables dans les cas d'exostose , de périostose, de carie ou
DiCT. DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.
de nécrose scrophuleuses. Quelques-uns ont reçu d'utiles applications dans les affections strurneuses de la peau : telles sont, en particulier, la pommade d'iodure de mercure, ou même de nitrate acide de mercure, dans le cas où il se manifeste des végétations.
On sait que ro|ihtha!mie est un des symptômes les plus opiniâtres et les plus graves de la maladie scrophuleuse. Quelques sangsues appliquées derrière les oreilles , des pédiluves fréquemment répétés , des purgatifs doux , tels que le calomel , des lotions avec une infusion de laitue opiacée, lorsque la maladie se présente à l'état aigu, sont alors les moyens les plus convenables à employer. Aussitôt que l'acuité des symptômes inflammatoires a fait place à l'état chronique, on obtient quelques avantages d'un collyre composé de deux grains de sulfate de cadmium, et quatre grains d'extrait de belladone par six onces de véhicule. Plus tard , et s'il reste, comme effet de l'inflammation de la cornée, des taies sur les yeux , on les combat soit avec l'insiifTlalion du calomel , soit par l'instillation , chaque jour , du laudanum liquide de sydenham sur la cornée. Les écoulemens muqueux des oreilles, du nez, de la vulve, seront combattus avec des injections d'eau iodée ou chlorurée ; mais rappelons ici comme une vérité pratique que l'on ne saurait trop répéter , que tous les moyens pharmaceutiques généraux ou locaux n'auraient que des effets thérapeutiques bien faibles et bien douteux , s'ils n'étaient soutenus par le concours puissant des moyens hygiéniques.
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Baudelocque [A.-C). Eludes sur la maladie scrophuleuse , in-8<>, Paris, 1834.
( P. JOLLT ).
SCROTUM (Cancer du). Vojez Cancer des ramoneurs.
SÉCRÉTIONS MORBIDES. Les sécrétions jouent un rôle'si important dans, l'économie; elles exigent un concours si nombreux d'actions organiques; elles sont soumises à tant d'influences diverses, elles ont des produits si variables, qu'il n'est pas étonnant que des pathologisles en aient fait le fondement principal , quelquefois même exclusif de Ja pathologie.
Nous n'avons point h rappeler ici, pour les défendre ou les combattre, des théories humorales qui ont plus ou moins dominé dans la succession des siècles qui nous séparent de l'antiquité. Mais nous avons à signaler des faits de pratique puisés dans l'observation des phénomènes relatifs aux sécrétions morbides , à en déduire les conséquences diagnostiques et les indications thérapeutiques qui s'y rattachent; considérées sous ce point de vue , les altérations de sécrétion sont nécessairement liées ou à l'état général des fluides circulatoires , ou à l'état actuel des instrumens directs de la sécrétion , et de là deux grandes sources d'observations et de méditations pour le praticien. On trouvera à l'arlicle sang tout ce qui peut intéresser l'étude des sécrétions considérées comme produit de l'altération primitive de ce fluide, et à chaque article de maladie des organes sécréteurs, les détails qui ont trait aux anomalies de la sécrétion elle-même. Nous n'avons donc qu'à énoncer ici, et d'une manière aussi générale que succincte, les altérations de séci étion observables dans le cours des maladies. Or , toutes se rapportent à ces deux chefs , savoir : altérations de quantité , et altérations de qualité.
§ l. Altérations de qvA.VTnÉ des sécrélions. De tous les phénomènes appréciables des maladies , il n'en est pas de plus constant que l'augmentation ou Ja diminution des sécrétions dans les organes ou appareils d'organes qui sont devenus le siège d'un état maladif. 1° Et d'abord , lorsqu'il se manifeste des symptômes d'exaltation , d'orgasme ou d'irritation locale vers un organe sécréteur , il y a nécessairement afflux plus considérable de tous les matériaux de sécrétion, par conséquent toutes les couilitioin principales d'un surcroît d'action sécrétoire; tel est le fait d'une ophthalmie, d'un coryza, d'une bronchite, d'une entérite, etc. CV^oy. Htpehdiacrisie.) 2° D'un autre côté, lorsqu'il y a atonie, faiblesse radicale ou relâchement accidentel des tissus où s'opère la sécrétion par suite d'irritation , il y a également , dans les produits sécrétés, augmenlaliou notable , nonobstant les qualités particulières qu'elle peut affecter. Tels sont les catarrhes chroniques de la pituitaire , des bronches de l'urèthre, etc. (Voyez Rhinohrhée, BR0^CH0HRHÉE , blennorrhée). TcIlcs sout eucorc certaines hydropisies passives qui ont évidemment pour cause un défaut de rapport entre l'exhalation et l'absorption séreuse (Voy. Htdropisies). Dans la période d'acuité des phlegmasies muqueuses, séreuses , culauées, il y a d'abord diminution ou même suspension complète , puis augmentation des produits de sécrétion , cor. respoudant successivement à l'éréthisme, à la perméabilité, à la détenle des filières excrétoires. Telles sont les différentes périodes du coryza, de la bronchite, de I'entedite, de I'hépatite , de Ja néphrite , etc. (Voy. ces mots )
§ IL Altérations de qualité des produits de sécrétion. Les sécrétions ne sont