‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource] (volume 2)Chapitre 251 sur 311 · SÉNÉ · texte numérisé non relu

SÉNÉ

pas moins variables dans leurs qualités que dans leurs quantités , et ne méritent pas moins l'atleution du praticien dans l'un que dans l'autre cas. Il est peu de maladies aiguës ou chroniques , générales ou locales , dans lesquelles elles ne souffrent quelques altérations , soit physiques , soit chimiques. En nous bornant à exposer des faits qui, sous ce double rapport, intéressent plus spécialement la pratique, nous avons à signaler surtout la consistance ou la densité , la couleur, l'odeur, la saveur, la composition intime des produits sécrétés.

1°. Consistance. Dans la première période des maladies aiguës, les fluides sécrétés sont généralement plus clairs et plus aqueux ; ils sont, suivant l'expression des anciens, à l'état de crudité; ainsi, les écoulemens muqueux de la pituitaire, des bronches , de l'intestin, de l'urèthre, d'abord séreux, prennent graduellement plus de consistance à mesure que l'inflammation qui les provoque marche vers la périotle de décroissance. Ainsi les urines , d'abord limpides et incolores au début des fièvres graves, acquièrent, dans la succession des périodes de ces maladies , des caractères particuliers qui ne permettent pas à un praticien exercé de les confondre avec les urines dites de crudité.

2». La couleur des sécrétions subit de même des différences notables dans les diverses périodes des maladies , et dans les divers appareils de sécrétion. Elle est successivement claire, jaune , verdâtre , o[)aque ou opaline dans les diverses périodes des affections catarrhales. Celle des urines offre surtout des variations remarquables : c'est ainsi qu'elle est limpide et aqueuse dans l'invasion de la plupart des maladies aiguës, dans le premier staste des fièvres intermittentes, dans les accès d'asthme , d'hystérie et autres affections nerveuses; qu'elle est lactescente dans les maladies de la prostate, dans les affections vermineuses , dans les fièvres catarrhales ou muqueuses ; qu'elle prend une teinte foncée et rougeâtre dans les phlegmasles aiguës des voies urinaires et des organes parenchjmateux; qu'elle acquiert une teinte brune, noire dans les maladies du foie accompagnées d'ictère. On sait aussi que les sueurs ofl'rent dans quelques cas une couleur jaune ou rouge , qu'elles communiquent au linge.

3". Toutes les sécrétions morbides acquièrent des odeurs variables en raison de leurs produits ; elles sont généralement fétides dans les fièvres typhoïdes, et sous ce rapport même il n'y a d'exception pour aucun des fluides sécrétés. De même, l'ozène , la stomatite, la gangrène de la bouche, la gingivite , etc., donnent lieu à une sécrétion de mucosités plus ou moins fétides. Les urines ont line odeur forte dans les maladies aiguës , aigre dans les affections eatarrliales et vermineuses des enfans , ammoniacale dans les catarrhes chroniques et les affections calculeuses de la vessie. On sait que les sueurs ont une odeur spécifique chez les femmes en couche, dans la variole, dans les affections dartreuses , dans les croûtes laiteuses des enfans.

4». La saveur des produits des sécrétions morbides a été signalée comme caractère diagnostique , et comme indication thérapeutique. Sans pai ler de celles qui sont perçues par le malade lui-même, et qui ont été étudiées ailleurs sous le rapport du Diagnostic ( voy. ce mot ) , il en est de salées , de sucrées , d'acides, d'alcalines , d'amères, de douceâtres, etc. La plupart des sécrétions sont salées dans la péi iode d'irritation des phlegmasies muqueuses ; telles sont les mucosités nasales et bronchiques dans le coryza et le catarrrhe des bronches, et il est digne de remarque que plus elles sont épaisses ou à l'état de coction, moins elles sont salées, et plus elles sont douceâtres et sucrées. Les sécrétions de l'urine et de la sueur semblent subir des modifications analogues. On sait qu'elles sont ordinairement salées dans les phlegmasies aiguës ; qu'elles prennent une saveur plus ou moins sucrée dans les maladies chroniques, notamment dans la phthisie, l'entérite chronique , le diabètes , etc.

•So. L'acidilé et l'alcalinité des sécrétions morbides constituent un fait des mieux constatés de la physiologie pathologique. L'acidité des fluides muqueux , séreux , urinaires , etc. , coïncide généralement avec les maladies fébriles des enfans , des femmes en couche , avec la chlorose , les fièvres cruptives , les maladies cérébrales, les scrophules, etc. L'alcalinité des mêmes produits sécrétoires s'observe ordinairement dans les affections inflammatoires des organes parenchymateux, et au début de la plupart des phlegmasies aiguës, (f^oj-. Acidité,

ALCALINITÉ.)

Quant aux déductions thérapeutiques relatives aux altérations de quantité ou de qualité des sécrétions, elles se trouvent suffisamment exposées aux articles spéciaux de pathologie des organes , ou des fluides affectés aux sécrétions, et nous devons nous borner ici à y renvoyer le lecteur. (V. Lymphe, sakg ,

BRONCHITE , HEPATITE , nÉPHRITE , CtC.) ( P. JoLLY. )

SEMEN-CONTRA.. On sous-entend vermes dans le nom de ce médicament. C'est, en effet , contre les vers qu'on l'administre, mais ce n'est point une semence, ainsi que l'étyraologie du mot l'indiquerait et comme on l'a cru longtemps. Quoique l'on ne connaisse point parfaitement sa nature à cause de la petitesse des parties qui le constituent , on pense généralement, et l'on peut s'en assurer à l'aide de la loupe , qu'il est composé de fleurs non épanouies , d'écaillés , de bractées , de folioles , de petits morceaux de pédoncules et de tiges de diverses armoises , mais on n'y trouve pas de semences. Suivant MM. Merat et de Lens, ces divers fragmens appartiennent aux arlemisia milans, monngyna et g/omerata , de la famille des corymbifèrcs.

Le seincn-conlra est d'un assez beau vert, un peu jaunâtre, d'une odeur agréable, d'une saveur aromatique, chaude et amère , il nous vient du Mogol et de la Perse, par Alep, Alexandrie, Smyrne ou la Russie. On le nomme dans le commerce semeii-contra d'Jlep. U en existe une autre espèce , appelée semencontra de Barbarie ; elle est fournie par des armoises pubescentes , on ne peut donc la confondre avec les premières, qui appartiennent à des armoises glabres. M. Wackcnroder , dans une analyse récente du semen-conlra , l'a trouve

composé sur cent parties de : principe amer, 20,15 ; substance brune résineusj amère, 4,45; résine balsamique verte , acre, aromatique, 6,05; cérine, 0,35 extractif gommeux, 15,50; alumine, 6,60; malate de chaux avec un pe de silice, 2,00; ligneux, 35,45; parties terreuses , 6,70. Enfin M. Kahler d Dusseldorf, M. Alms,de Mecklembourg , ont trouvé dans le semen-conlra m principe cristallisable qu'ils ont appelé santonine. M. Jehn, pharmacien prépare un extrait de semen- contra que Schupmann , médecin à Geseke , près crit, a la dose d'un à trois grains, aux enfans , et à celle de cinq a trente au: adultes. Cet extrait paraît contenir les propriétés actives du médicament. Oï le donne mêlé avec du sucre sous forme pillulaire et on le fait prendre le malii àjeun. (Bull. Féruss. février 1831, pag. 250. )

On emploie le semen-contra comme anthelmintic[ue. Baglivi alBrme {d lumbricis puerorum , oper. omn. ) que des vers placés dans l'infusion de semen tme , nom que l'on donne aussi semen-contra j périssent en cinq heures tandis qu'ils vivent encore vingt-quatre heures après qu'il les avait plongé) dans d'autres liquides , l'huile d'amandes douces, par exemple. Les faits dij thérapeutique parlent plus haut que ces expériences , et ces faits prouvenil que, dans les affections vermineuses, surtout lorsqu'elles sont accompagnée:! de sécrétion muqueuse plus ou moins abondante , et d'un état atonique di canal intestinal , le semen-contra rappelle à leur type normal les propriétCi vitales du canal digestif, en chasse les vers et empêche leur reproduction. Ces' cette propriété assez généralement reconnue qui a fait donner àceltesub stance le nom de poudre à vers , lorsqu'on la pulvérise.

Ce médicament est précieux pour les enfans , parce qu'ils le prennent asseï facilement à la dose d'un demi-gros à un gros en infusion; on le donne plui aisément encore en poudre , que l'on mêle avec du miel , du sirop , des confitures , une cuillerée de soupe à l'oseille , du pain d'épices. On peut, ainsi que le conseille Murray, se servir de ces poudres pour recouvrir des tartines de beurre ou de miel. On en prépare des pâtes, des opiats, etc. On le donne à lai dose d'un à deux gros aux adultes.

On réunit quelquefois le semen-contra avec les semences de tanaisie, d'aurone et de santoline à feuilles de cyprès, et l'on désigne ce mélange sous le nom de barbotine. Ce mélange jouit aussi de propriétés vermifuges.

Le semen-contra entre dans la composition de la plupart des médicameni vermifuges oflicinaux. { Marths Solon.)

SENE (fsuilles ET FOLLICULES de). Le séné provient de trois arbrisseaux de la décandrie monogynie et delà famille des légumineuses , qui croissent dans l'Éthiopie , l'Abyssinie , la Nubie, la Haute-Égj'pte et l'Arabie. Linné< les avait réunis dans une seule espèce, qu'il nommait cassia senna ; mais les botanistes eu font aujourd'hui au moins trois espèces, sous les noms de cassi», acutifoLia , C. lanceolala , C. obofata.Voïcï les caractères auxquels on peutii les reconnaître :

Le cassia acutifolia Del., est un arbrisseau de deux à trois pieds , à feuilleS' alternes, stipulées, dépourvues de glandes à la base du pétiole, ailées , com-« posées de quatre à cinq paires de folioles opposées , ovées , lancéolées-aiguë» ;j les fleurs sont jaunes et inodores ; les fruits , nommés vulgairementyo///cu/eî,< sont des légumes tout-à-fait aplatis, larges de neuf à onze lignes, longs dels ' quinze à vingt-deux, peu réniformes ou presque droits , à surface lisse, verdâtre: sur les bords , noirâtre au milieu et contenant de six à huit semences grises, 7 assez semblables à celles du raisin. Ce séné croît dans la Haute-Égypte , dans i le Dongolah et dans la province de Sennaar, d'où est venu le nom de senna ou ( de séné. I

Le cassia lanceolata a été observé par Forskal dans les déserts de l'Arabie. Il a les feuilles composées de cinq paires de folioles lanceolées-aiguës , égales, courtement pétiolées , vertes, portant une glande sessile à la base du pétiole. Le légume est linéaire , recourbé , à surface lisse et verte-noirâtre , comme le précédent. • :

La troisième espèce est le cassia obovata de Colladon ; ses folioles sont obovées ou obcordées, terminées par une petite pointe très courte ; les fruits sont (j étroits, très-arqués, noirâtres, munis sur chaque semence d'une arête saillante. Cette espèce croit dans la Haute Egypte, la Syrie, au Sénégal, dans l'Europe méridionale, et en Italie , d'où il a reçu , de quelques auteurs , le nom de séné d^ Italie. '

On trouve dans le commerce plusieurs sortes de séné , qui sont connues sous les noms de séné de la pake ou d' Alexandrie, séné de Tripoli, séné d'Alep ou de Syrie , séné Moka et séné de l'Inde. Le premier vient d'Égypte et tire son nom d'un impôt nommé pallc , auquel il est assujéli. Ce séné est principalement composé des folioles du cassia acutifolia ; mais il est constamment mélangé de celles du cassia obot^ata , et en outre de ieinUes d'arguel , cynanchum arguai de Delile , arbrisseau de la famille des apocynées , dont les propriétés sont au moins suspectes. Les pharmaciens doivent donc monder avec soin le séné de la palle des feuilles d'arguel , qui sont faciles à reconnaître, du reste, .1 leur épaisseur, au manque de nervures transversales, et à leur surface chagrinée et d'un vert blanchâtre. Elles ont aussi une saveur beaucoup plus amère que celle du séné, et une forte odeur nauséeuse. Lorsque le séné de la palte est privé darguel , de ses pétioles ou bûchettes , et des feuilles brisées ou à demi pulvérisées qu'il contient toujours, il devient le plus estimé de tous. Ses /o/Z/'cu/pi sont telles que je les ai décrites plus haut , aux caractères du cassia acutifolia.

Le séné de Tripoli est une variété de séné à feuilles aiguës, qui vient des parties intérieures de l'Afrique par la régence de Tripoli. Il est un peu plus petit que le séné de la palle, un peu moins aigu , plus vert, et d'une odeur

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