SOLANINE
SOLIDISME.
alors prompte, elle a lieu dans l'espace de quelques heures. Mais si restomac n'a pas été perforé, un état de calme succède à ces symptômes si douloureux, état pendant lequel le malade tombe dans raffaissement ; puis survient un ensemble de phénomènes qui dénotent la phlegmasie la plus intense de la bouche, de l'œsophage et de l'estomac ; chaleur vive dans toutes ces parties, gonflement qui s'oppose à toute déglutition, hoquets et nausées; crachotemens continuels ; soif des plus intenses ; état douloureux de toutes les régions que ces organes occupent ; chaleur générale qui porte le malade à rechercher l'impression du froid , plus tard , l'éi^'lerme de la bouche et du pharynx se détache. On trouve ilaus les évacuations alvines qui se sont montrées, même dès le début de l'empoisonnement , des débris membraneux, du sang, et ces évacuations sont conslamment accompagnées d'épreintes insupportables. Enfin, heureux si tous ces symptômes se dissipent graduellement pour faire place à un état de langueur, de faiblesse générale; à des fonctions digestives difficiles même pour les alimens les plus légers, et à la convalescence plus difficile encore qui suit les empoisonniens par toutes les substances caustiques.
Les altérations pathologiques que développe ce poison sont des destructions de tissus sans eschares ; des ulcérations; une rougeur, et une injection des organes avec lesquels il est en contact, en un mot, toutes les altérations qui ressortent d'une inflammation intense. Les contre-poisons de la soude sont tous les acides, mais l'on doit s'adresser de préférence à l'acide acétique étendu d'eau , au vinaigre, parce qu'il n'offre pas les mêmes propriétés caustiques. Il faudrait donc, dans un cas d'empoisonnement, faiie prendre au malade de l'eau vinaigrée.
La soude du commerce n'est qu'un carbonate alcalin renfermant en outre du sulfure de sodium , du sulfate de soude, du chlorure de sodium , du carbonate et du sulfate de potasse, et une cendre terreuse insoluble. Outre le procédé <jue nous avons indiqué et qui consiste à l'obtenir de l'incinération de certaines plantes marines, on la retire encore : 1° de certains lacs d'Égypte qui se dessèchent pendant les chaleurs et laissent de la soude à nu ; 2° on en fait d'artificielles, composées de soude caustique , de carbonate de soude, de sel marin, de sulfure de calcium uni à la chaux , et de charbon. A cet effet , on calcine ensemble 180 parties de sulfate de soude, 180 parties de craie, et 110 parties de poussière de charbon de bois ou de terre.
La soude du commerce partage toutes les propriétés chimiques de la soude pure, avec cette différence qu'elle fait effervescence avec les acides forts, et qu'elle est altérée par les matières étrangères dont je viens de faire l'énumération.
Sels de, soude. Nous citerons les plus usités :
Carbonate de socde. Il fait la base de la soude du commerce ; on s'en sert pour faire le savon dur , pour fabriquer le verre , pour couler les lessives, et pour quelques opérations de teinture.
Bi-cAiîBOKATE DE soDDE. Il s'cn trouvc cn très-grande quantité dans les eaux de 'Vicliy , qui le fournissent pour les usages de la médecine. Mais on peut le préparer en exposant à l'action du gaz acide carbonique un mélange de quatre parties de carbonate de soude effleurée avec une partie de sel cristallisé pulvérulent. On enlève ensuite, par l'eau froide , le carbonate qui n'est pas sursaturé. Ce sel forme la base des pastilles de Darcet , de la potion antiémétique et de la limonade sèche.
Chlorure de sodium [hydrochlorate de soude, sel marin, sel gris et sel blanc). Il existe en grande quantité dans la nature , et principalement dans l'eau de la mer ou sous la forme de bancs d'une grande étendue. Dans ce dernier cas, il constitue ce que l'on désigne sous le nom de sel gemme. On l'extrait soit de ces sortes de mines, soit par révaj)oration ou la congélation de l'eau, qui le tient en dissolution. Quand il est extrait de la mer, il est ciistallisé en cubes de petit volume , de couleur grise, et retenant une assez grande quantité de matière grasse; il constitue alors ce que l'on désigne sous le nom de sel de cuisine. On peut le purifier en le calcinant, le faisant redissoudre dans l'eau , filtrant et évaporant, on a alors du sel blanc. Il est presque aussi soluble dans l'eau froide que dans l'eau chaude. Quand il est cristallisé en cubes , il ne retient pas sensiblement d'eau de cristallisation ; mais il renferme toujours de l'eau d'interposition , en sorte qu'il décrépite sur le feu.
Sulfate de soude (sel de Glaubcr). 11 existe dans plusieurs fontaines d'où on l'extrait par évaporalion ; mais on l'obtient en grande quantité comme produit de fabrication , et principalement dans la confection de l'acide hydro-chlorique. Cent parties d'eau, dissolvent douze de sel à 18 degrés, et deux cent soixante-dix à 33 degrés. Mais au-delà de cette température, la faculté dissolvante de l'eau diminue. Il est employé en médecine comme purgatif.
Chlorure de soude (liqueur de Labarraque). Préparée en faisant passer du chlore à travers une dissolution de carbonate de soude. ( Voy. Chlorures. )
Les autres composés de soude, offrant la plus grande analogio; avec les mêmes composés qui sont à base de potasse , nous renvoyons aux mots Potasse et Potassium. { Alph. Devergie. )
SOLANINE Cet alcali végétal a été découvert en 1820, par M. Desfosses, pharmacien à Besançon , dans les baies de la morelle noire (solanum nigrum ); depuis , le même chimiste l'a trouvé dans la tige de douce-amère (solanum dulcamara), M. Moriii , de Rouen, dans les fruits du solanum mammosum ; MM. Payen et Chevallier dans ceux du solanum verbascifolium ; enfin , M. Baup et M. J. Otto, de Brunswick, l'ont extrait des germes de la pomme de terre; de sorte que la solanine parait appartenir à la plupart des plantes du genre solanum.
Pour obtenir la solanine du suc des baies de morelle , on y verse de l'ammo-
niaque qui y détermine la formation d'un précipité grisâtre. Ce précipité étanij lavé et séché , on le traite par l'alcool bouillant qui fournit la solanine par l'éva-; poration. On la purifie par de nouvelles dissolutions alcooliques , que l'on décolore à l'aide du charbon animal. Pour extraire la solanine des germes de la pomme de terre , M. Otto les a traités par de l'eau aiguisée d'acide suHurique • il a pi écipité cet acide et la matière extractive par l'acétate de plomb ; puis il a décomposé l'acétate de solanine resté en dissolution par un lait de chaux , et a fait bouillir le précipité avec de l'alcool rectifié qui a dissout la solanine, etC',
La solanine se présente sous la forme d'une poudre blanche nacrée, insolvbld dans l'eau froide, à peine soluble dans l'eau bouillante , fusible au-dessus de lOC degrés , décomposable à une plus forte chaleur. Elle est très-soluble dans l'alcool, peu soluble dans l'éther ; elle bleuit le tournesol rougi par un acide, et forme avec les acides des sels neutres jusqu'à présent incristallisables. Comme tous les alcalis végétaux , elle contient de l'azote au nombre de ses clémens . mais les analyses qui en ont été faites par différens chimistes varient trop entr£| elles pour qu'on puisse regarder sa composition comme exactement connue, j
La solanine jouit d'une propriété acre et narcotique, moins intense que celle! d'autres alcalis tirés des végétaux de la famille des solances , mais néanmoins encore très-marquée Deux grains ayant été administrés à un jeune chien , onl déterminé, au bout d'un quart d'heure, de l'assoupissement et des vomissemensl considérables , suivis d'un nouvel assoupissement de trois quarts d'heure, aprèi lequel le chien s'est relevé bien portant. Dans une expérience de M. Otto, un seul grain de sulfate de solanine a fait périr un lapin , en six heures; et troi» grains en ont fait mourir un second , après neuf heures d'injection dans l'estomac. Les extrémités postérieures étaient en partie paral^-sécs.
(GUIBOURT.)
SOLIDISME. s m. I. Par cette expression, quelques auteurs désignent un système médical qui consiste à considérer les maladies comme affectant exclusif vementles solides. Pris dans cette acception , le mot solidisme est évidemment l'expression d'une doctrine fausse par exagération. Nous avons démontré en ef fet, à l'article humorisme de ce Dictionnaire, que les liquides jouaient un rôle' important dans les maladies étudiées d'une manière générale.
Quant à la part que prennent les solides dans les diverses altérations morbi des de l'organisme, elle n'est contestée aujourd'hui 'par personne, et même à l'époque où florissait l'humorisme dans toute sa force, on n'a jamais été assez hardi pour soutenir que les solides n'étaient jamais altérés soit isolément, soit' conjointement avec les liquides.
II. Ainsi que nous l'avons dit, d'après Bichat : toute théorie exclusive de so lidisme et d'humorisme est un véritable contre-sens pathologique. Il faut convenir cependant que les ouvrages des Hoflfman , des Cullen , des Brown , et la nosographie philosophique elle-même avaient porté à l'humorisme un rude coup, et donné au solidisme une prépondérailce signalée. « L'humorisme exclusif a » été si fortement attaqué, dans ces derniers temps , et si généralement aban- 11 donné , qu'il serait superflu de chercher à en combattre les principes. lien » est tout autrement du solidisme , qui compte aujourd'hui un très-grand nom- » bre de sectateurs , el vers lequel inclinent , au moins d'une manière très-pro- 11 noncée, beaucoup de médecins qui ne L'adoptent pas ouvertement » (Chomel; ^ élém. de pathol. génér. , l'« cdit., pag, 597-98. Paris, 1 824 ). Depuis l'époque à * laquelle écrivait le médecin que nous venons de citer , les solidistes purs ou exclusifs sont devenus beaucoiqi moins nombreux , et je ne sais même pas si l'on ■' pourrait en nommer un seul aujourdhui- ' JII. Quelques personnes s'imaginent que M. Broussais ne tient compte que ■ ^ de l'altération des solides dans les maladies. Si cela était, il faudrait s'en élon- ' ner d'autant plus que le célèbre réformateur invoque avant toute autre la grande ' s autorité de Bichat , lequel , encore une fois , professe qu'une doctrine exclusive ! ' de solidisme ou d'humorisme est un contre-sens pathologique. Mais c'est bien •! ' gratuitement qu'on prêterait à M. Broussais l'opinion que les solides seuls sont I \ susceptibles de maladie. En effet, dès la piemière édition de son examen, publiée en 1816 , cet illustre observateur pose en principe que les liquides peuvent ' i être altérés, non-seulement consécutivement, ce que personne n'a jamais pu 1 nier, mais même primitivement ; et il place, par exemple, de la manière la plus expresse , le scorbut parmi les maladies primitivement humorales. Apres avoir exposé quelques-uns des symptômes du scorbut , M. Broussais s'cfforçant *| d'en trouver l'explication, poursuit ainsi : « Ce qui en rendra raison, c'est l'allé- j|
» ration primitive du sang lui-même, qui nesaurait être niée dans le scorbut 1
» Ainsi, le scorbut est véritablement une maladie humorale, et, quoi qu'en U » puissent dire les vitalistes exclusifs et les Browniens , elle n'est pas le pur et l| » simple effet de la débilité générale. Il est donc des cas ou les maladies peu- [\
11 VENT COMMENCER PAR LES FLUIDES; ET c'eST ALORS PAR LES FLUIDES Qu'iL FABT I]
» LES ATTAQUER » ( Broussais ; Examende la doct. méd. génér. adopt. , etc., I pag. 284-86, Paris, 1816). Plus loin, l'auteur de l'examen dit que, dans le t| scorbut , les mauvais alimens ont commencé pas empoisonner, par corrompre \\ le sang, et il appelle cette altération cacochymie du sang (car , ajoute-il, ce mot , tout proscrit qu'il est, convient fort bien ici). On voit par ce qui précède que , loin d'être solidiste exclusif, il s'élève contre ceux qui le sont et qui ont voulu proscrire du vocabulaire de la science les dénominations propres à rappe- ' 1er l'existence des maladies humorales.
Le passage suivant du Précis d'analomie pathologique de M. le professeur Andral, e^t une nouvelle preuve de la tendance solidiste de la plupart des médecins de la fin du dernier siècle et du commencement du siècle présent, et il s'accorde en cela avec tout ce qui précède. « A une époque où dominait, en » France, un solidisme exclusif, Bichal disait : l'on a exagéré , sans doute , (f