SONDE
médecine humorale ; mais elle a des fondemsns réels , et, dans une Joule de cas , on ne peut disconvenir cfue tout doit se rapporter aux vices des humeurs. Cette idée, en quelque sorte perdue dans l'ouvrage de Bichat, ne fut féconde'e ui par lui , ni par ses contemporains. Les théories humorales des siècles précédens avaient conduit à de si fausses interprétations sur la nature d'un grand nombre de roaladies , et surtout à de si funestes applications thérapeutiques, qu'il n'était pas étonnant qu'on se tînt généralement en garde contre les opinions et les faits mêmes qui tendaient à faire jouer un rôle quelconque aux humeurs dans la production des maladies. Long-temps I humorisme parut condamné sans appel; des faits nombreux, qui ne sont aujourd'hui que rappelés , semblaient ne plus exister, ou demeuraient stériles. Nul ne cherchait à les féconder; mais il était facile de prévoir qu'après avoir été poursuivi dans toutes ses conséquences , le solidisme exclusif \ieaàraL\i à être rejeté , parce qu'en lui on ne trouverait pas la solution de toutes les questions, et qu'alors il faudrait bien de nouveau demander cette solution à un
1 autre système. » (Andral, Préc. d'anat. pathol. , tom. \er pag. 524. Paris
I I"V. Quant à nous qui , dans un travail déjà vieux de douze ans {thèse sur les tei alions primitives et consécutives des humeurs , pour le concours de Vagréiiion en 1823 ) , nous étions déclaré avec Bichat , antagoniste de tout système iclusif de solidisme ou A'humorisme , les faits nous ont de plus en plus confirmé MIS nos premières idées. Les recherches assidues que, depuis bientôt quatre is , nous avons faites, en présence d'un bon nombre d'élèves, sur l'état des ■incipaux liquides , tels que le sang , l'urine , la sérosité, la salive, nous ont îiuontré combien il était important de ne pas négliger l'élément humoral nis l'analyse des phénomènes pathologiques. Ne pas tenir compte des altéraons des humeurs ou des liquides dans l'appréciation ou l'explication des malaes , lesquelles , en dernier ressort , ne sont que des fonctions anormales , ce nait supposer que pour l'interprétation des fonctions normales ou à l'état de nté, on peut se dispenser de faire intervenir les liquides ou les humeurs. Or , ne telle supposition implique une véritable absurdité.
V. Mais , demandera-t-on peut-être, quel est, entre l'humorisme et le soli- I sme , celui des deux qui joue le principal rôle pathologique ? Ainsi que je l'ai t , à l'article humorismb , une telle question est actuellement prématurée et iniiluble. Toutefois , elle ne sera pas indigne d'exercer plus tard la sagacité d'un iDservateur laborieux , et elle pourrait être le sujet d'un important ouvrage. Dans l'article homobisme de ce Dictionnaire , nous avons cru devoir descene dans quelques détails sur les espèces d'altérations dont les liquides sont susptibles , et nous avons même offert aux lecteurs une ébauche de classification .'ces altérations. Cela nous paraissait indispensable à une époque où la i>aur de l'humorisme n'est peut-être pas encore assez généralement sentie. Mais ijuoi bon citer des exemples à l'appui des altérations des solides dans les madies ? Nous ne prêchons ici que des convertis , si l'on veut bien me passer tte expression vulgaire , et tout développement serait vraiment superflu. Ce que nous avons dit suffit donc au but que l'on doit se proposer dans un ctionnaire de médecine et de chirurgie pratiques. Dans un tel livre, en effet, s questions générales , les problèmes de philosophie médicale doivent être aités brièvement, et les expositions étendues et détaillées doivent être réser- ■es pour l'étude de chaque maladie en particulier, étude qui, en dernière iialyse , est celle qui intéresse le plus directement le praticien. Toutefois , le Kiticien ne doit pas dédaigner la philosophie de la science, car celte philosonie bien faite n'est que l'expression exacte et rigoureuse des faits particuliers, r, nous terminerons en disant une dernière fois, que la médecine ou la science ,;3 maladies ne doit pas consister dans la connaissance exclusive des altérations !.>s solides , mais dans la connaissance combinée des altérations des solides et îs liquides, sans préjudice des cas dans lesquels un état morbide peut se dévepper sous l'influence de conditions purement dynamiques.
[ J. BOUILLAIJD. )
SOMNAMBULISBIE. Fojez Magkétisme.
ISOMNOLENCE. État intermédiaire entre le sommeil et la veille, qui acjimpagne ordinairement le mouvement fébrile, quelquefois le travail de la diislion , et qui précède souvent les affections cérébrales ; c'est le premier degré ps affections soporeuses. {V oyez Coma.)
( P. JOLLY
SONDE, s. f. Specillum. Instrument fort souvent employé en chirurgie, tantpour explorer certains conduits naturels ou anormaux, tantôt pour évacuer îs liquides contenus dans des cavités accidentelles ou normales, et tantôt enfin 3ur guider au milieu des organes des instrumens dont la déviation serait dan- (Teuse, et pourrait occasioner des lésions graves.
Toutes les sondes offrent au chirurgie, des instrumens lisses , polis , déliés , ngs de six à dix pouces , raides ou flexibles , parfois creusés d'un canal ou un sillon plus ou moins large , selon les usages auxquels on les destine. 1°. Les sondes exploratrices sont des tiges ordinairement métalliques, arronies , terminées par un contour assez volumineux pour ne pas permettre à l inrument de se dévier facilement dans les tissus et de s'y creuser de fausses rouiS. Les bougies en gomme élastique servent souvent à l'exploration des trajets nueux; des sondes brisées , dont les deux moitiés se vissent l'une sur l'autre , int employées , bien que rarement, pour traverser l'épaisseur de régions épaiss , comme la poitrine , la cuisse , etc. Il est question à l'article rétrécissessT des sondes exploratrices de l'urèthre, et de leurs nombreuses moJifica- )ns.
2", Les sondes conductrices sont toujours cannelées, afin de recevoir, de
DiCT. DE MÉDECIKE ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.
recouvrir, et de guider sûrement la pointe des instrumens Iranchans qu'elles servent à diriger au sein de nos organes. La plus généralement usitée d'entre elles , la sonde cannelée, est formée par une tige longue de six pouces environ, plus mince à son extrémité libre qu'à l'autre, arrondie et très-lisse dans les deux tiers de sa circonférence, creusée dans l'autre tiers d'une rainure profonde, large , unie , et terminée par un cul-de-sac à la pointe de l'instrument. Du côlé opposé, cette sonde porte une plaque transversale, à bords obtus, à angles émoussés , divisée du côté opposé à la tige , et dans le sens de l'axe de l'instrument, par une fente étroite, médiocrement profonde. Cette plaque sert à soulever la langue, et cette fente reçoit le filet de cet organe, lorsque, chez les jeunes enfans,la section de ce lien membraneux trop prolongé doit être faite. Quelques sondes cannelées, destinées à être introduites entre les lames du tissu cellulaire . au-devant des enveloppes séreuses des hernies ou des gros troncs artériels, comme dans les opérations de la hernie ou de l'anévrysme , doivent être terminées par une extrémité mince et sans cul-de-sac. D'autres, comme celles de MM. Larrey , pour l'opération de la fistule à l'anus, se prolongent en un stylet flexible et délié , susceptible de parcourir le trajet fistuleux, et d'y frayer une voie au corps de l'instrument. Enfin, la sonde dite à panaris est une sonde cannelée très-tenue et sans plaque; assez mince pour être aisément introduite dans les pertuis les plus resserrés.
On a , dans ces derniers temps , transposé , en quelque sorte, les dispositions de la sonde conductrice et du bistouri qu'elle doit guider. La première a été ! transformée en un stylet très-fin , flexible , terminé par un bouton arrondi ; sur le dos du second, près de la pointe, a été pratiquée une rainure dans laquelle le stylet s'engage et qui, suivant exactement celui-ci , ne permet pas à la lame tranchante de se dévier de la route qu'elle doit suivre. Cette modification est utile , et trouve son application dans les cas assez nombreux où les sinuosités des fistules sont trop étendues et trop étroites pour admettre les sondes cannelées ordinaires, même du plus petit diamètre.
3». Une variété remarquable de la sonde conductrice est celle qui porte le nom de sonde de Belloc. Composée d'une canule en argent légèrement recourbée, et d'un mandrin deux fois plus long que la canule , terminée par un ressort de montre, que surmonte un bouton olivaire. Cette sonde est spécialement employée toutes les fois qu'il s'agit de retirer de la bouche , dans les fosses nasales , soit une ligature pour étrangler les polypes de ces cavités, soit un double fil qui entraîne un bourdonnet destiné à obturer leur ouverture postérieure, lors de leur tamponnement. Cette sond^ est portée alors comme un stylet jusqu'au-delà du plancher des cavités du nez, puis, la tige qui les dépasse étant pressée . le ressort pénètre dans le pharynx, et contournant le voile du palais , vient se présenter à l'arrière-bouche, où on le saisit afin d'y attacher le filou la ligature qu'il doit ramener par l'ouverture nasale antérieure.
4". La sonde exploratrice devient parfois , en même temps , une pince ou un instrument d'extraction , comme cela peut être observé dans la sonde ou pince de Hunter. Cet instrument composé d'une canule , droite ou recourbée, à la manière des algalies uréthrales , reçoit un mandrin en acier, terminé à son extrémité vésicale par deux mors que leur élasticité écarte et cjue rapproche la canule extérieure. La manière d'agir de cette pince est facile à comprendre. Introduite jusque sur le corps étranger , les branches étant rapprochées, elle reconnaît sa situation , arrêtées au-devant de lui , ces branches sont écartées par le retrait de la canule que le chirurgien tire en arrière ; puis , portées en avant, ces mêmes branches embrassent le calcul et sont serrées sur lui de manière à le saisir, et à l'amener au dehors.
Cette pince, dueà Haller, a été heureusement perfectionnée dans ces derniers temps. On en a supprimé la canule , et ses deux branches en acier, rendues parallèles, représentent assez bien un stylet droit, solide, médiocrement volumineux. Entre ces deux branches est une tige , surmontée d'un renflement , laquelle , tirée en arrière, agit à la manière d'un coin et oblige la pince à s'ouvrir. De celte manière on n'est plus obligé de se confier à la force excentrique due à l'élasticité des branches de l'instrument , mais on peut exercer sur l'urèthre, au-devant du calcul, une action dilatante, graduée, énergique et suffisamment intense pour arriver jusqu'à lui et le saisir. Ce but étant atteint, le coin étant repoussé un peu en avant , l'élasticité, aidée de la pression exercée 1 par les parois du canal , resserre l'instrument et rend le corps étranger immobile dans l'instrument , qui l'amène sûrement au-dehors.
5". Les sondes évacuatrices ne sont guère employées que pour vider la vessie et assurer par leur séjour le libre écoulement de l'urine. Leur emploi est fondé sur le danger bien constaté que fait courir à l'urèthre la présence des algalies métalliques même courbées en S , laissées pendant quelques jours dans sa cavité. Aux sondes en corne de Fabrice d'Aquapendente, au cuir de Vanhelmont, au fil d'argent aplati, contourné en spirale et recouvert ou non de parchemin, on a substitué, depuis Bernard, les sondes dites en gomme I élastique.
Il n'entre pas dans le plan de ce travail de décrire les procédés de fabrication h l'aide desquels on établit les sondes qui nous occupent. Indiquons seulement les conditions qu'elles doivent remplir et les caractères distinctifs des meilleures d'entre elles : î» Une tresse ou trame en soie, solide, tissée sur un mandrin de cuivre , doit leur servir de canevas , et il convient que cette base résistante soit reconnaissable encore à travers de l'enduit qui la recouvre. 2" Les yeux, ou plutôt l'œil unique dont ces sondes doivent être pourvues près de leur bec, doivent être ménagés dans le cavenas même , et non ouverts après coup, afin de ne pas affaiblir celle partie de l'instrument la plus exposée à la fatigue et I aux ruptures. 3° Il importe que les sondes en gomme élastique aient des pa-
SOUFRE
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rois minces , quoique suffisamment résistantes, afin de conserver sous le même volume le canal le plus large possible , disposition très-utile dans les numéros inférieurs de ces instrumens. A" L'enduit en caoutchouc qui le recouvre doit être assez souple, assez élastique pour permettre à la sonde de se ployer dans tous les sens, sans se rompre ou s'écailler. 5° Enfin la surface extérieure de l'instrument doit être parfaitement lisse , polie, glissante , et dépourvue de toute rugosité.
Ajoutons que le mandrin destiné à leur donner de la solidité ne doit jamais y être laissé à demeure après qu'on s'en est servi, parce que l'oxide qui le couvrirait alors adhérerait bientôt à l'intérieur de l'instrument , et altérerait son tissu. Graduées par quart de ligne, depuis le n» 1 , qui a une ligne de diamètre, jusqu'au n° 13 , qui en a quatre , les sondes en gomme élastique suffisent à presque tous les besoins de la pratique. Les bougies creuses n'en diffèrent que parce qu'elles sont dépourvues d'ouverture près de leur bec, et l'emportent si manifestement sur les bougies pleines, que bientôt, sans doute, on ne fera plus usage de celles-ci. (Voy. Algahe , bougie , catiiétérisme, bétrécissement.)
( L.-J. BÉGIK. )
SOUDE, rojez Sodium.
SOUFRE ( Chimie pharm. ). Le soufre est un corps simple non mélallique, qui est connu de toute antiquité. Dans la classification naturelle des corps simples , il compose avec le sélénium et le tellure , le genre de thionides , caractérisé de la manière suivante : corps solides , inodores à froid , pouvant s'unir directement , aune certaine température, avec l'oxigène de l'air, et se combinant avec ce corps, soit parce moyen , soit par d'autres , dans le rapport de 1 atome de radical contre 1, 2 ou 3 atomes d'oxigène. Les composés qui résultent de ces deux dernières proportions sont des acides forts. Ces mêmes corps se combinent à l'hydrogène dans le rapport de 1 à 2 en volume, et forment avec lui des acides faibles.
Le soufre en particulier est solide , jaune , friable, insipide et inodore à froid , deux fois plus dense que l'eau; il acquiert l'électricité résineuse par le frottement, il se fond à cent huit degrés centigrades; s'enflamme à une température plus élevée s'il a le contact de l'air , et forme par sa combustion de l'acide sulfureux très-reconnaissable à son action irritante et suffocante sur les organes de la respiration. Il ne passe au maximum d'oxigénation , ou à l'état d'acide sulfurique , que dans des circonstances particulières dont il sera parlé à l'article sulfuriqde (acide). Lorsque, au lieu de chauffer le soufre avec le contact de l'air , on le soumet à l'action du calorique, dans des vases fermés , il se sublime ou distille sans altération.
Le soufre existe dans la terre, tantôt à l'état de pureté , tantôt combiné aux métaux et formant des sulfures ; d'autres fois combiné à l'oxigène ou aux oxides métalliques , et formant des sulfates. Le soufre pur ou natif est quelquefois cristallisé en octaèdres allongés et transparens, ou en cristaux qui en sont dérivés. Le plus souvent il est en masses translucides ou opaques, mêlées par couches dans du sulfate de chaux , de l'argile ou d'autres substances terreuses ; souvent aussi on le trouve aux environs des volcans , sous la forme d'une poussière jaune très-fine. Dans ces diflërens cas, pour séparer le soufre des substances terreuses , on le chauffe dans de grands pots de terre , munis dans leur partie supérieure d'un tuyau qui conduit le soufre, partie fondu, partie volatilisé, dans un récipient qui plonge dans l'eau ; comme il n'est pas encore pur , on le distille dans une grande cornue en fonte qui communique avec une chambre en maçonnerie servant de récipient. Et suivant qu'on laisse ou non la chambre s'échaufi'er, on y recueille du soufre en pouiire fine, nommé soufre sublimé , ou du soufre fondu que l'on reçoit dans des moules où il preml la forme de cylindres solides ; celui-ci se nomme soufre en canons.
Le soufre sert dans les arts à fabriquer l'acide sulfurique, le cinabre et d'autres composés chimiques; mêlé au nitrate de potasse et au charbon , il constitue la poudre à canon. En pharmacie, on l'emploie sous les différentes {aimes Ae soufre sublimé , lavé, porphyrisé , précipité, dissous dans les huiles volatiles et formant ce qu'on nommait autrefois des baumes de soufre; enfin combiné aux alcalis et constituant les composés complexes communément nommés sulfures alcalins.
he soufre sublimé est très-souvent associé aux corps gras, sous forme de pommade; le Jou//'e Zat'e, employé préférablement à l'intérieur , est du soufre sublimé qui a été prive par l'eau bouillante de l'acide sulfurique qu'il contient toujours , par suite de l'action lente de l'air humide sur l'acide sulfureux qu'il retenait primitivement dans son intérieur. Le soifre porphjrisé joint à l'avantage du soufre lavé celui d'être réduit en particules plus tenues , ce qui augmente son action sur l'économie animale; mais de toutes les formes sous lesquelles on peut administrer le soufre, celle de soufre précipité , nommée autrefois lail de soufre ou magistère de soufre , est sans contredit la plus efficace. On l'obtient en décomposant un soluté de persulfure de calcium hjposulfilé (sulfure de chaux liquide) par l'acide hydrochlorique ou acétique qui forme un sel soluble avec la chaux, dégage du gaz hydrogène sulfuré , et précipite l'excès de soufre du sulfure. On filtre, on lave exactement le précipité et on le fait sécher.
Les sulfures alcalins usités se réduisent à ceux de potasse, de soude et de chaux ; mais ils peuvent exister sous plusieurs étals qui en font des médicamens tout-à-fait dilférens , et qu'il est par conséquent très-utile de distinguer. Je prends pour exemple les composés du potassium; ce que j'en dirai peut s'appliquer presque entièrement aux autres.
Sulfure simple de potassium, sulfure potassique, Berz. (SK). Ce composé résulte de la décomposition, à l'aide de la chaleur et en vase clos , du sulfate
de potasse par l'hydrogène ou par le charbon. Dans le premier cas, il est pur blanc, et entièrement soluble dans l'eau, qui le convertit, si l'on veut, eii sulfhydrate de potasse; dans le second, il est mêlé à l'excès de charbon em-: ployé qui lui donne une couleur noire , et la propriété de prendre feu lorsqu'il; est exposé à l'air humide. Ce sulfure étant dissous dans l'eau et décomposé par un acide, dégage son soufre à l'état de gaz sulfide hydrique (hydrogène sul-i furé ) sans en laisser précipiter aucune portion.
Sulfhydrate de sulfure de potassium. On obtient ce composé en décomposant dans une cornue , et à l'aide de la chaleur, le carbonate de potasse pur par un courant de gaz sulfide hydrique. D'abord la potasse du carbonate est décom posée par l'hydrogène d'une partie du sulfide ; il se dégage de l'acide carbonique et de l'eau , et il se forme du sulfure de potassium. Alors celui-ci absorbe um quantité de sulfide hydrique égale à celle qui a été décomposée, et il en résulte un sulfhydrate (hydrosulfate) de sulfure de potassium, dans lequel le sulfide et le sulfure contiennent la même quantité de soufre. Ce corps est brun-noir, lorsqu'il est fondu au feu ; mais il est blanc lorsqu'il est refroidi ; il se dissoul! dans l'eau sans la colorer, et se convertit alors en bi- sulfhydrate de potasse ; puisqu'il contient déjà une proportion de sulfide hydrique , et qu'il s'en forme une seconde par la fixation des élémens de l'eau sur le sulfure de potassium U
On obtient bien plus facilement le même composé liquide, en faisant passer.) en vase clos , un courant de sulfide hydrique dans un soluté de potasse pure l\ l'alcool, jusqu'à ce que le gaz soit en excès. En effet, la potasse absorbe alors' deux proportions de sulfide hydrique , et forme un bi-sulfydrale potassique qu est incolore et très-odorant. Ce liquide évaporé en vase clos perd la moitié de son acide, et se convertit, en cristallisant , en simple suif hydrate de potasse
Tri-sulfure de potassium sufaté {sulfure de potasse ou foie de soufre). Poiu obtenir ce composé chimiquement pur , il faudrait prendre deux cents partie; de soufre sublimé , trois cent quarante-cinq parties de carbonate de potasse pu»' et sec, mélanger exactement ces deux corps , et en opérer la fusion dans un ma-j tras de verre ou dans une cornue. Alors l'acide carbonique se dégage ; l'oxigène des trois quarts de la potasse se porte sur une partie du soufre , et forme de l'a cide sulfurique qui se combine au quart d'alcali non décomposé ; le potassiuir réduit s'unit au restant du soufre , et de là résulte un mélange de trois atomes de tri sulfure de potassium et d'un atome de sulfate de potasse , qui constitue C( qu'on nommait autrefois foie de soufre ou sulfure de potasse. Il est solide e d'une couleur rougeâtre ; exposé à l'air , il en altère l'humidité , répand uni odeur infecte , passe à l'état d'hyposulfite , et devient d'un blanc grisâtre.
Il est rare que l'on fasse ainsi le sulfure de potasse, à cause de l'énorme con sommation qu'on en fait pour les bains sulfurés, connus abusivement sous li nom de bains de Barhges et à cause du bas prix auquel il faut le livrer; alor on mélange une partie de soufre avec deux parties de potasse perlasse pulvé risée ; on fait fondre le mélange dans une chaudière de fonte , et on le couli fondu sur une plaque de fer où il se refroidit. Ce sulfure se distingue du précédent par sa couleur verte due à un peu de sulfure de fer qui s'est formé et diS'! sous dans le sulfure de potassium : lorsqu'on le traite par deux ou trois fois sot i ' poids d'eau, il laisse d'autant plus de chlorure de potassium , de sulfate de po-t' tasse et d'autres sels non dissous , que la potasse employée était moins pure. Dii|i reste, le soluté est d'un rouge brun; traité par un acide, il dégage du gaz sulfhy-' i drique ( hydrogène sulfuré) qui emporte le tiers du soufre, et les deux autres ' tiers se précipitent. |f
Sulfure de potassium liquide hyposulfté. Ce composé, nommé autrefois foie**de soufre liquide on sulfure hydrogéné de potasse, se prépare en saturant , à' ' chaud , de la potasse caustique liquide avec du soufre sublimé. Il diffère du précédent en ce qu'il contient, outre du tri ou du quadri-sulfure de potassium , di Vhyposulfîte de potasse, au lieu de sulfate de potasse. Ce procédé est très employé maintenant, que l'on obtient si facilement le sulfure sec par la fus: dans une chaudière de fonte. *'
Les différens sulfures à base de sodium jouissent de propriétés très-analogue« à celles des sulfures de potassium. M. Félix Boudet a proposé , avec raison, de substituer au tri-suif ure de potassium, qui sert ordinairement à la prépara-1 tion des bains sulfurés , le simple sulfhydrate de soude { hydrosulfate de soude puisque c'est ce dernier sel qui forme la base de l'eau naturelle de Barèges, que) l'on a ainsi l'intention d'imiter. Les sulfures de calcium se distinguent des pre-( miers par une solubilité beaucoup moins grande. Le sulfure de barium et celuil^ de strontium ne se préparent guère que momentanément, par la décomposition"^! des sulfates au moyen du charbon; on les décompose ensuite par un acide ni-<(Ji trique, chlorhydrique ou autre , pour obtenir différens sels de barium. Les au- ,' très sulfures alcalins ou terreux sont inusités. Pour les sulfures des métauxf) anciennement connus, et qui tirent leur application médicale plutôt de leur»! radical que du soufre, voyez les articles particuliers Antimoime, mercure, etcij
( GuiBOURT.) \\
SOUFRE ( thérapeutique). Le soufre est une de ces substances dont les dé-Jj rivés sont si nombreux , et si différens les uns des autres, que les médicamensli qu'on en tire devraient figurer dans des sections distinctes. Aussi devrons-nous, <i pour en traiter , les diviser de cette manière. Nous ferons observer d'abord queili| comme c'est un des corps les plus anciennement connus , il a dû être par celafl même un des premiers employé en médecine , et ensuite que ses divers composés || présentent des propriétés fort différentes, et qui en font autant de médicamens distincts et qu'il faut étudier séparément, tant il existe peu d'analogie entre eux.
lo. A l'état de pureté, le soufre est soluble dans les huiles tant fixes que volatiles, peu soluble dans l'alcool, et absolument iusoluble dans l'eau, daus
SOUFRE. ( 1927
laquelle il ne peut qu'être suspendu lorsqu'il est fort divisé , et à laquelle il ;st infiniment peu probable qu'il puisse communiquer des propriétés médicanenteuses. Les anciens qui l'employaient beaucoup , et qui lui accordaient une <rande confiance contre les maladies de la peau , confiance qui s'est continuée Jusqu'à nos jours , lui faisaient subir différentes préparations plus ou moins aborieuses, et qui n'avaient presque aucune influence sur lui. On sait bien à )résent que le soufre porphyrisé, ou celui qui est préparé par sublimation, liffèrent peu l'un de l'autre, lorsque le dernier a été débarrassé, par le lavage, Je l'acide sulfureux qui pouvait y être adbcrent, et qu'il en est à-peu-près de nême de celui qu'on obtient de la décomposition des sulfures , lorsqu'il est :omplètement isolé de toute substance étrangère. Cependant on lit que des aueurs recommandables l'ont conseillé avec succès contre la colique , l'asthme, 'hydropisie , etc., et cela doit peut-être inspirer quelque réserve relativement lux assertions des anciens lorsqu'il s'agit de l'histoire des médicamens. Il fésulte donc des travaux des chimistes modernes que le soufre sublimé et lavé «présente à lui seul un grand nombre de préparations sulfureuses des anciens j it si l'on examine le mode d'action Je cette substance , on sera forcé de coulure qu'on a singulièrement exagéré ses vertus curatives.
En effet, le soufre en substance ( fleurs de soufre ) ne produit aucune senation particulière sur les membranes muqueuses de l'oeil , du nez, ni de la bouhe , non plus que sur celles des voies génito-urinaires , ni sur les plaies, jldministré à l'intérieur, à des doses assez considérables , il ne produit d'ordi- [aire, ni vomissemens ni purgalions ; et quand , ce qui arrive quelquefois , il étermine quelques évacuations alvines, c'est moins en vertu d'une action purative réelle que comme le peut faire, par son poids , toute substance inerte et efractaire aux organes digestifs qui s'empressent de la chasser au-dehors. Peut- !tre pourrait-on admettre que ([uelques réactions chimiques , ayant lieu dans 3 tube intestinal , produiraient quelques sulfures ; en tout cas , ce ne serait as davantage au soufre qu'on devrait attribuer le résultat observé. C'est à ces roduits nouveaux développés dans le canal intestinal que peuvent se rapporter îs évacuations fétides , et les rapports nidoreux qui ont lieu quelquefois , de iiême que l'odeur sulfureuse de la transpiration cutanée. Quant à l'état férile et aux hémorrhagics qui ont pu suivre son emploi , ne faudrait-il pas en ;!iercher la cause ailleurs que dans le soufre pur. On en est complètement réuit aux hypothèses sur l'influence que peut exercer le soufre à l'état d"extrême livision , et l'on aurait à faire beaucoup d'expériences à ce sujet, d'autant lieux que les auteurs , en général , précisent mal le médicament sulfureux dont s se sont servis , et les cas dans lesquels il y ont eu recours.
D'un autre côté, les auteurs modernes qui se sont occupés avec le plus e succès de l'étude pathologique et thérapeutique des maladies de la peau, ;accordent à regarder le soufre pur comme un médicament presque sans bi'ta , et dont l'action douce et bénigne s'explique précisément par cette nul- |té. Ainsi se trouvent réduites à leur juste valeur ces préparations, tant ifïicinales que magistrales , dans lesquelles le soufre pur se trouvait associé , lit à des substances non moins inertes que lui, soit à des substances plus ou oins actives , et auxquelles doivent être attribués les phénomènes thérapeutiies, lorsqu'il s'en est présenté. Pour tout observateur de bonne foi etsuflimment attentif, qu'est-ce que de l'eau dans laquelle on a fait infuser ou bouil- 1- du soufre, si ce n'est de l'eau pure? Que doit-on penser des bols , pilules ectuaires , opiats , pastilles , poudres , baumes , etc. , dont les pharmacopées iîus conservent les innombrables formules , si ce n'est que le soufre n'y est j'un véritable hors-d œuvre ? Quel rôle joue-t-il dans les emplâtres et les jmmades où il figure encore, malgré l'expérience qui a constaté <[ue la gale
les autres maladies de la peau guérissent parfaitement bien sans son secours : et ailleurs ne suffit-il pas de jeter un coup d'œil sur les formules pour voir que
u tes celles qui ont eu quelque eflicacité sont celles où des substances trèsîtives viennent à l'aide d'un médicament tout-à-fait inerte. ! Rien de plus facile à vérifier que nos assertions qui résultent de l'expérience lurnalière. Que dans des cas analogues , on emploie le soufre chez quelques alades, tandis qu'on s'en abstiendra chez quelques autres, et que l'on compare s résultats !
Le petit nombre de faits mal décrits et mal circonstanciés , dans lesquels le ufre administré à forte dose aurait produitdes atcidens graves, suffisent d'aunt moins à notre avis pour infirmer ce qui précède , que ces faits peuvent îxpliquer facilement par la présence de l'acide sulfureux dans les fleurs de ufre mal lavées.
Quant aux propriétés spécifiques dans telle ou telle maladie, nous serions irfaitement disposé à les admettre, si des guérisons inexplicables de toute lire manière se présentaient en nombre suffisant : ce qui n'a point eu lieu jusl'ici , nonobstant les assertions toutes rratuites des auteurs. De même qu'on i saurait admettre les explications théoriques qu'ils cnt voulu donner de la anière intime dont le soufre agit sur l'économie animale , explications qui ont les-mêmes varié suivant les différentes époques où elles ont été présentées , et le nous ne croyons pas devoir reproduire ici.
De ce que nous venons de dire, il résulte que pourvu que le soufre pur , porlyrisé ou sublimé, soit bien dépouillé de l'acide sulfureux qu'il peut contenir, n'y a aucun danger à l'employer à l'intérieur et à l'extérieur à dose assez insidérable , telle qu'une à deux onces même. Quant à son association avec autres substances , on sait à quoi s'en tenir , à l'époque où nous sommes , sur is médications complexes dont les résultats sont si difficiles à apprécier d'une anière exacte, et c'est avec raison qu'on y a renoncé.
Mais si le soufre , à sou état primitif, a peu d'action lorsqu'il a subi diverses j
) , SOUFRE
associations , il se présente sous un point de vue à-la-fois nouveau et plein d'intérêt , et développe des propriétés médicales réelles.
2". Acide sulfureux. Résultat de la combustion du soufre , l'acide sulfureux exerce sur la plupart des corps une action puissante. Il agit en particulier sur les organes de la respiration comme un irritant extrêmement énergique , et dont l'impression ne saurait être long-temps supportée. Une toux violente, une oppression extrême et bientôt suivie d'une suffocation qui pourrait devenir mortelle, sont les phénomènes qui accompagnent son introduction dans les voies aériennes , et qui s'opposent à ce qu'on l'emploie en médecine autrement qu'à l'extérieur, au moins à l'état gazeux. Quelques praticiens, néanmoins, avaient conseillé l'inspiration de ce gaz comme propre à stimuler les poumons dans les cas de syncope et d'asphyxie ; d'autres mêmes avaient prétendu l'utiliser dans le traitement des affections chroniques de la poitrine. Il est permis de croire que des fumigations d'acide sulfureux , employées avec ménagement et dans des appareils bien disposés , ne seraient pas moins efficaces dans des catarrhes opiniâtres des voies aériennes, que n'ont pu l'être les fumigations de chlore et d'autres vapeurs stimulantes. Mais c'est surtout comme un moyeu propre à agir sur la peau d'abord, et ensuite par son intermédiaire sur les organes plus profondément situés, que l'acide sulfureux a été employé, et les affections delà peau elle-même d'abord , puis celles des systèmes musculaires et fibreux sont celles dans lesquelles on a obtenu les plus nombreux succès. D'ailleurs, l'effet général de ce remède est extrêmement marqué , et c'est ce qui ^ donne lieu à de nombreuses contre-indications qu'il est facile de concevoir. Nous avons décrit ailleurs les appareils fumigatoires dans lesquels les malades sont enveloppés de vapeurs sulfureuses, et peuvent néanmoins respirer l'air extérieur. Pour peu qu'ils aient la peau sensible , ils éprouvent en même temps une chaleur assez considérable, un picotement et un prurit pins ou moins vif par tout le corps , et qui se fait sentir d'une manière plus cuisante aux parties où l'épiderme se trouve accidentellement soulevé. La circulutiou et la respiration s'accélèrent, en même temps que la transpiration devient plus abondante, et que les autres sécrétions diminuent. Il parait cependant que l'absorption continue d'avoir lieu, puisque, pendant quelques jours," les gaz intestinaux présentent une odeur sulfureuse, qu'on trouve aussi dans la perspiration pulmonaire et cutanée. Quelques personnes accusent aussi après ces bains de vapeur, une sécheresse et une rigidité de la peau et des plans musculaires subjacens , phénomènes qui, au reste, n'ont jamais une durée très-considérable. Néanmoins . chez les sujets pléthoriques, ils peuvent forcer à interrompre l'usage des fumigations.
L'acide sulfureux a été administré à l'extérieur, surtout contre la gale, et on a prétendu en faire un spécifique contre cette maladie ; ce qui est contraire à l'observation. Mais les praticiens savent que c'est un moyen de traitement souvent efficace, pourvu qu'on sache y joindre à propos les anti-phlogistiques , les purgatifs et autres agens accessoires. On en tire également bon parti dans diverses autres affections de la peau , surtout lorsqu'elles existent à l'état chronique , et qu'elles ont besoin d'être échauffées et ramenées à la forme aiguë. Telle est même leur puissance, que souvent les fumigations dépassent le but qu'on s'était proposé, et qu'on est obligé d'en suspendre l'emploi et même de remédier aux phénomènes d'irritation qu'elles ont produits, lorsqu'on n'a pas eu le soin d'en surveiller suffisamment les résultats immédiats.
Outre cette application spéciale et directe, les fumigations sulfureuses peuvent être encore utilisées comme un puissant moyen de dérivation et de révulsion sur la peau saine dans des affections de diverse nature : et les lentativcs qu'on a faites à ce sujet ont généralement réussi, toutes les fois qu'on a eu égard aux règles générales de la thérapeutique. Ainsi on s'en est servi avec de grands avantages dans le traitement de la goutte et du rhumatisme chronique et apyrétique, dans les scrophules exemptes de symptômes inflammatoires aigus dans quelques paralysies , dans certains cas d'infiltration ou de collection séreuse, de même que dans l'aménorrhée et autres affections où la circulation est languissante. On a d'ailleurs abusé de ce moyen comme de tant d'autres ; ce qui n'empêche pas qu'il ne doive rester au nombre des agens thérapeutiques les plus recommandables. Nous mentionnons seulement pour mémoire l'emploi des fumigations désinfectantes avec l'acide sulfureux. On y a renoncé depuis qu'on a découvert les propriétés du chlore qui leur est de beaucoup préférable. Malgré quelques inconvéniens cependant elles ne sont pas sans efficacité, et dans le besoin on pourrait y avoir recours avec confiance , pourvu qu'on prit les précautions convenables.
L'acide sulfureux liquide n'est guère usité en médecine : ses propriétés différant peu de celles de l'acide sulfurique dont nous allons parler immédiatement.
30. Acide sulfurique. Considéré comme médicament, l'acide sulfurique peut être employé , ou bien à l'état de pureté , ou bien plus ou moins étendu d'eau. Dans le premier cas c'est un caustique fort énergique , dont l'action rapide, et la facilité avec laquelle il pénètre profondément, doit le faire préférer lorsqu'il s'agit de cautériser des plaies profondes et sinueuses, comme les morsures d'animaux enragés : outre que c'est un moyen qu'on a fréquemment sous la main, eu égard à ses nombreux emplois dans les arts industriels. Cependant l'acide sulfurique n'agit ici que comme feraient d'autres caustiques analogues , et ne saurait être préféré comme jouissant de propriétés particulières. Combiné en proportions variables avec les corps gras , il forme des composés plus ou moins acides qu'on avait autrefois vantés comme des fondans extrêmement actifs , et qu'on administrait tant à l'extérieur qu'à l'intérieur. On a depuis lont'-temps renoncé à ces médicamens dont on avait bien évidemment exagéré les vertus, et dont les formules nombreuses ne sont que d'insignifiantes varia-
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tious du savon acide d'Achard. On sait maintenant que les lotions avec Tacide | sdlfurique plus ou moins étendu d'eau produisent les mêmes résultats.
On peut envisager sous le même point de vue les mélanges d'acide s ulfurique et d'alcool, connus sous le nom d'acide alcoolisé, dulcifié, d'élixir acide, eau lie Rabel , etc. , qu'à des époques plus ou moins rapprochées de nous on a employés comme astringens et antiseptiques , et que de plus on a recommandés comme particulièrement propres à guérir certaines maladies dont la nomenclature seule occuperait une page entière.
L'acide sulfurique, soit pur , soit préalablement étendu d'alcool, et mêlé dans l'eau jusqu'au point nécessaire pour communiquer à ce liquide une agréable acidité ( limonade minérale), a été fort employé en médecine. Quelquefois cependant , au lieu de le donner dans un véhicule aqueux et abondant , on le prescrivait sous un petit volume, dans une potion presque toujours plus ou moins compliquée. Les effets de la limonade sulfurique sont faciles à apprécier. Elle agit sur les dents qu'elle blanchit d'abord, mais dont peu-à-peu elle détruit l émail , et dont elle finit par amener la carie. C'est ce qui oblige , dans les cas où l'on veut en faire continuer l'usage aux malades , à la leur faire boire avec un chalumeau de paille pour éviter qu'elle ne soit en contact avec les dents. Lorsque l'estomac est sain, et que l'acide n'est pas en trop grande quantité, il n'y a pas d'effet immédiat, appréciable; dans le cas contraire, on éprouve au moins des pincemens, et quand on continue, des douleurs plus ou moins vives dans la région de l'estomac , et des désordres des digestions qui ne permettent pas de continuer l'usage du médicament. Pour les effets généraux et curatifs, on en est vraiment réduit aux hypothèses, et encore faudrait-il choisir parmi les idées les plus contradictoires. Les uns veulent que la limonade sulfurique soit rafraîchissante, et ils ont raison, puisqu'elle a guéri des sujets atteints de fièvres inflammatoires bilieuses, etc. Les autres la donnent pour astringente , parce que des héinorrhagies et des flux muqueux atoniques ont l'édé à son usage ; et l'on peut , sans être accusé d'erreur , la dire antiseptique et tonique , en considération de ses succès dans les fièvres dites adynamiques ou putrides. Mais comment concilier ces idées avec celles des praticiens qui le considèrent comme un stimulant très-énergique des systèmes nerveux et vasculaires? On ne saurait passer sous silence l'application spécifique qu'on en a voulu faire dans ces derniers temps au traitement de la colique de plomb (voyez ce mol), application qui n'a pas également réussi entre les mains de tous ceux qui l'ont tentée. Non seulement ou a conseillé l'acide sulfurique en limonade contre la colique déclarée , mais encore on le recommande comme un moyen préservatif d'un effet assuré. Les essais doivent être multipliés sur ce sujet : car ce serait avoir rendu un grand service que d'avoir découvert un remède certain contre la maladie dont il est ici question.
11 est facile, d'après ce qui précède , de se faire une idée de l'emploi médical de l'acide sulfurique, de même que d'apprécier à leur juste valeur les éloges exagérés qui lui ont été donnés par des auteurs prévenus ou peu exacts dans leurs observations , et qui en feraient un médicament propre à guérir les maladies les plus opposées par leur nature. On pourra aussi se rendre compte du rôle i(ue pouvait jouer cet acide dans les divers composés médicamenteux où on le faisait entrer , et dans lesquels se trouvaient la plupart du temps des substances avec lesquelles il devait inévitablement se combiner, et qui, par conséquent, changeaient totalement son action. Le mode d'administration de l'acide sulfurique est simple : à l'extérieur , suivant qu'on voudra produire une cautérisation ou une simple excitation , on emploiera cet acide plus ou moins concentré, et dans le dernier cas, l'état des parties sur lesquelles on devra opérer servira de mesure. En général, pour des lotions excitantes, deux à quatre gros par litre d'eau suffisent. Au contraire, pour l'usage intérieur, quinze, vingt, trente gouttes par litre d'eau doivent être rarement dépassées, encore doit-on y ajouter du sucre pour rendre le médicament plus supportable. Cette forme d'ailleurs est celle qu'on doit préférer comme étant la plus rationnelle, et celle qui permet de mieux apprécier la portée de la médication.
A«. Acide hjdro-sulj'urique. Malgré la communauté de base, on ne saurait imaginer de propriétés plus différentes que celles des deux acides qui précèdent , comparés avec celui dont nous avons à nous occuper. L'acide hydro-sulfurique (hydrogène sulfuré) est un des poisons les plus rapides qu'on connaisse; il tue à une très-faible dose, et les lésions qu'il laisse après la mort semblent indiquer une action profonde sur le système nerveux, ainsi qu'une altération considérable du sang et même des solides organiques. Cependant l'observation montre que l'homme est un peu moins sensible à son action que les animaux, et que d'ailleurs sa dissolution dans l'eau, et sa combinaison avec les bases salifîables permettent de l'employer sans danger. Quoi qu'il en soif, son emploi médical compte peu de succès réels, et de plus , son odeur essentiellement désagréable en détourne les malades, malgré les élogesde quelques auteurs qui l'ont conseillé contre ces maladies dont on est encore à chercher le remède, comme la rage, la phthisie pulmonaire , le choléra morbus , le diabètes , etc. , etc.
5". Sulfures. La r.ige de chercher partout des remèdes a fait c| ue dès que les chimistes ont découvert ou étudié particulièrement une substance , les médecins s en sont immédiatement emparés pour y trouver un moyen de guérison pour quelque maladie. C'est ainsi que les sulfures de chlore et d'iode ont été expérimentes , et nous ne pouvons ici que répéter les assertions émises à ce sujet , savoir qu'à la dose de vingt-quatre à trente-six grains par once d'axonge , ils forment une pommade efficace contre les dartres lichenoides squameuses, la teigne nummulairc et le prurigo, maladies contre lesquelles , ainsi que les formulaires en font foi, nous possédons une foule de pommades non moins salutaires.
I Plus anciennement connus, les sulfures alcalins sont aussi depuis plus longtemps usités en médecine , où la vogue dont ils jouissaient , il y a quelques années , a fait place à une indifférence presque complète. Les sulfures de chaus , de magnésie, de potasse et de soude, et surtout les deux derniers qui se trouvent en abondance dans les eaux minérales hydro-sulfurées ont été employés séparément dans des intentions diverses. Ainsi , ces divers sulfures ont été vantés contre la gale, contre la syphilis, contre la salivation mercurielle, puis contre la phthisie pulmonaire, et cela sans aucune autre prouve que les plus vagues assertions , et les observations les plus incomplètes et les plus équivoques. Et toutes les fois qu'un praticien exercé et judicieux a voulu répéter- les expériences indiquées , il n'a éprouvé que des revers bien propres à inspirer de la défiance et du découragement. Heureux encore, lorsque des événemens sinistres ne sont pas venus lui apporter des regrets. Nous nous abstiendrions donc de rappeler toutes ces erreurs, si nous n'y étions forcés sous peine d'être accusés d'inexactitude.
Le sulfure de potasse est depuis long-temps employé en médecine, surtout à l'intérieur, en solution où il subit un changement notable en passant à l'état d'hydro-sulfale, forme sous laquelle il se trouve dans les eaux minérales dites hydro-sulfurées. Il est difficile de dire quelle est son action thérapeutique sur l'économie animale ; on sait seulement qu'à forte dose , c'est un des plus violens j poisons que l'on connaisse, et celte triste vérité , on ne la doit pas seulement aux expériences faites sur les animaux vivans , des événemens funestes ont fait voir qu'une faible quantité suffit pour produire la mort , en laissant les traces d'une inflammation intestinale des plus violentes. Cependant, cette dangereuse "substance est encore employée en médecine, moins cependant qu'autrefois. Outre que l'on continue à prescrire à l'intérieur les eaux minérales qui la renferment , on la donne en solution à la dose de huit à dix grains par pinte d'eau. Des praticiens , d'un mérite reconnu , y ont cherché un remède contre diverses affections des voies aériennes, et notamment contre l'asthme et le croup. Le sirop proposé par Chaussier contenait six grains de sulfure par once. Quelque temps, . il a joui delà réputation de spécifique qui lui a été bientôt enlevée par l'expérience. N'oublions pas de dire qu'on l'avait proposé comme antidote du sublimé, comme si l 'on n'avait pas pour opposer à ce poison des moyens plus innocens, supposé même qu'il eût été efficace, ce qui est plus que douteux. Il n'y a plus lien d'ajouter foi aux éloges qu'on lui donne comme moyen avantageux dans la colique de plomb. Mais, quant aux maladies scrophuleuses , il ne parait pas en être le spécifique plus que l'iode, et tant d'autres remèdes appelés héro'iques. Quelle que soit la maladie contre laquelle on puisse l'administrer encore, on ne devra pas perdre de vue, d'abord la grande activité dont il est doué, afin d'en mesurer' soigneusement la dose ; en second lieu , ses affinités chimiques et les modifications profondes qu'il éprouve dans certains composés, dans lesquels il est cependant considéré comme ayant agi. De là, résulte la nécessité de l'administrer isolément, lorsqu'on croit pouvoir en attendre quelques bons résultats.
L'usage externe moins périlleux, bien qu'il ne soit pas complètement exempt de danger , s'est continué plus long-temps , et il est même encore actuellement en vigueur. Les solutions aqueuses de foie de soufre servent à faire des lotions dans les cas de gale et de dartre, de même qu'à préparer des bains usités dans ces maladies et dans beaucoup d'autres , et au moyen desquels on supplée les; eaux sulfureuses naturelles. La dose est de trois à cinq onces de sulfure de potasse pour un bain dans lequel quelques praticiens font ajouter deux ou trois livres de gélatine pour tempérer l'activité du sulfure ; pour les lotions, la dose peut être augmentée , lors((u'on veut obtenir des effets plus énergiques. 11 n'est pas exact que les bains sulfureux puissent, comme on l'a prétendu, servir de pierre de touche pour distinguer les affections vénériennes des dartres. Non- ; seulement ces bains n'aggravent pas toujours les affections syphilitiques, mais encore ils sont employés avec avantage dans leur traitement. On a également préparé avec le sulfure de potasse , combiné à l'axonge ou aux huiles avec a<lilition de savon , des liniraens appelés avec raison sulfuro-savonneux , et dont on se sert avec avantage dans le traitement de quelques affections cutauées» Cette forme a l'avantage de ménager le linge et d'entretenir la propreté.
Les sulfures de soude et de chaut s'emploient dans les mêmes circonstances et de la même manière, et l'on ne remarque pas qu'il y ait de différence entre les résultats des uns et des autres.
Quant aux sels formés par les divers acides qui dérivent du soufre , il en est question aux articles qui traitent des diverses bases.
Si après avoir parcouru l'histoire thérapeutique du soufre , nous voulions la résumer , on verrait que la plupart des opinions qu'on s'est faites sur ce corps, et sur ses composés relativement à leur application médicale , tombent devant les travaux des chimistes et des physiologistes modernes avec les théories qu'ils ont renversées. Dans le nombre immense des préparations plus ou moins complexes qui nous ont été transmises, combien font double emploi! Combien, plus fautives encore , anéantissent le médicament dont elles sont censées développer les propriétés! Le plus léger examen suffit pour prouver ce que nous avançons; et le lecteur éclairé nous saura gré sans doute de lui avoir épargne l'exposition et la réfutation détaillée de toutes ces erreurs qui appartiennent a l'histoire de l'art. Réduit à sa véritable valeur , le soufre occupe encore une place assez importante dans la matière médicale, et cette place lui serait mieux assurée, si des études nouvelles , faites par des hommes exempts de préventions, venaient la marquer d'une manière bien précise. Car , il faut bien 1 avouer , les travaux de nos prédécesseurs sont essentiellement défectueux , et la meilleure preuve qu'on en puisse donner , c'est le désaccord qui règne entre tous les auteurs sur la plupart des questions. (F. RiTien.)
SPECIFIQUES. (
SPARADRAP. On nomme ainsi des bandes de toile ou de laffelas uniforléaient recouvertes d'une couche médicamenteuse de nature emplastique : on es prépare à l'aide de plusieurs instrumens nommés sparacirapiers. Le plus impie consiste en <\e\ni. griffes munies de pointes qui servent à tendre la toile ar les deux bouts , tandis qu'une personne, après avoir versé une certaine uautité du mélange emplastique fondu sur l'un des bouts , l'étend sur toute a surface à l'aide d'un couteau en fer chaulFc. On prépare des sparadraps prinipalement avec des emplâtres diapalnie , de minium, diachylon gommé, V^Andrè de la croix , de styrax , etc. Les deux premiers , non agglutinatifs, ervent pour le pansement des cautères, ou pour recouvrir des plaies que l'on j eut soustraire à l'action de l'air : les trois autres, très-aggiutinalifs , servent à naintenir des appareils de chirurgie , à réunir le Lord des plaies, etc.
On peut ranger au nombre des sparadraps la toile préparée à la cire , à\\.e |oj/e de mai , que l'on obtient en trempant une bande de toile dans un mélange jondu de cire blanche, d'huile d'olives et de térébenthine, la retirant et la faiant passer entre deux rouleaux , pour en retirer l'excédant du mélange. Le affetas vésicant , \e papier à cautères et le taffetas d'' Angleterre , sont encore les espèces de sparadraps. Le premier se prépare comme le sparadrap ordij lan-e, en prenant une bande de toile cirée line, verte d'un côté et noire de
(autre, et la couvrant , sur sa face noire, d'une couche d'un mélange vésiant, composé avec de l'extrait éthéré de cantharides et de la cire. Le second 'obtient en étendant encore à l'aide du sparadrapier , sur des bandes de papier, n mélange de cire blanche , de blanc de baleine , de résine élémi et de téréenthiue. Pour fabriquer le troisième, ou tend une pièce de taffetas de soie nr un châssis de bois; on couvre une des faces du taffetas, à l'aide d'un pin- :eau , avec un soluté chaud de colle de poisson ou iciuhjocolle , et on le laisse lécher à l'air; on recommence cette opération jusqu'à ce que le taffetas soit issez chargé d'ichthyocoUe ; on met en dernier lieu une couche de teinture de )aume du Pérou. ( Guibocrt. )
SPASME. Expression qui est souvent employée par les auteurs comme synolyme de convulsion , et que d'autres , dont nous adoptons de préférence l opilion , réservent pour désigner la contractilité morbide des muscles de la vie ntérieure ou organique. Ainsi on dit convulsion ou contraction convulsive des nombres, et spasme ou état spasmodique du pharynx, de l'œsophage, de l'es- ;om3c, de la vessie, etc. L'un et l'autre états sont d'ailleurs subordonnés aux nêmes lois pathologiques et ont été l'objet de considérations suffisamment déaillées à l'article convulsions. (V. ce mot.) (P. Jollt.)
SPECIFIQUES. Si, par spècijiqus on entend un remède qui, une fois adninisfré, s'attache inévitabUmant au principe d'une maladie et le détruit toujours, on peut dire qu'il n'y a pas de spécifiques, car en thérapeutique l'idée d'un effet constant est absurde, rien n'étant plus variable et surtout plus difïicilement appréciable, que l'état, les dispositions, la modificabilité dans lesquels se trouve actuellement !e sujet auquel on administre un médicament.
Si par spécifique on entend un remède qui a une action spéciale, action qui peut être plus ou moins analogue à celle d'un autre médicament, mais qui n'est identique à aucune ; qui fait que deux remèdes ne sont jamais des succédanés co/iiZa«4 et paiyaits l'un de l'autre, qui fait, enfin, qu'une question de choix plane toujours sur les médicamens, même sur ceux qui paraissent les plus congénères, on peut dire que tous les médicamens, tous sans exception, sont spécifiques.
Pour avoir le droit d'affirmer ce fait, il n'est pas nécessaire de l'avoir constaté expérimentalement : il suffit de considérer que deux substances étant deux choses différentes, elles doivent être par cela seul deux modificateurs différens. Admettre le contraire, serait tellement extra-logique, que l'identité absolue d'action entre deux agens de nature hétérogène pourrait être niée, même après qu'elle paraîtrait établie par l'expérience , car on pourrait toujours croire qu'une cause insaisissable d'erreur se serait introduite dans la filiation des résultats. Ainsi donc, tout agent, toute substance capable d'exercer une action sur l'économie, agit d'une manière c[ui lui est propre, porte en elle une spécificité.
Ce principe, après avoir été établi par le raisonnement, peut l'être par l'expérience. Il n'y a pas deux agens qui aient exactement la même saveur, la même odeur; donc ils modifient tous différemment. Le goût, l'odorat, ne donnent point, eu effet, à une substance des propriétés qu'elle n'a pas, ils ne font que reconnaître celles qu'elle possède; il y a deux spécificités , puisqu'il y a deux impressions, qui d'ailleurs en impliquent une foule d'autres. L'application des substances médicamenteuses aux malades prouve, au surplus, que toutes elles ont une action spéciale. Assurément on pourrait en douter, si on s'en rapportait aux livres. On y voit, en effet, les mêmes propriétés attribuées, avec quelques variantes de rédaction, à de nombreux médicamens, si bien que l'on pourrait croire que tous a3fant exactement le même mode d'action, il n'y a ■pas de choix à faire entre eux. Mais suivez leur application au lit du malade, vous verrez non-seulement que le camphre agit autrement que le musc , mais encore que la violette agit autrement que la mauve, et celle-ci que le bouillon blanc. Tel malade qui se trouvera mal du chiendent, se trouvera bien de l'orge,
I et celui-ci, chez un autre sujet, réussira mieux que le gruau. Chacune de ces
j substances a donc une spécificité qui se révèle à tout instant au praticien , et si les livres ne formulent point ces tlifférences, ce n'est pas qu'elles n'existent
! point , c'est que la science n'est pas encore en état de les formuler.
I Des analogies d'action peuvent être révélées par des analogies dénature; mais la spécificité ne peut être révélée que par l'expérience. Ainsi, on peut çupposer une analogie d'action à des végétaux qui appartiennent à une même
DiCT. DE MÉDECIMB ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.