‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource] (volume 2)Chapitre 258 sur 311 · SPÉCIFIQUES · texte numérisé non relu

SPÉCIFIQUES

famille, qui ont une saveur, une odeur analogues , dont la composition chimique est à-peu-près la même ; tous ces faits peuvent fournir des indices à l'expérimentation, mais elle seule a le pouvoir de déceler les vertus spéciales des médicamens. La spécificité n'étant au surplus que 1 expression d'un rapport entre un modificateur et une organisation déterminés , il doit être bien entendu que je ne parle ici que de l'expérimentation faite sur l'homme. Pour comprendre la valeur de cette remar((ue , il suffit de considérer que telle substance qui est innocente pour une espèce, n'est ])as moins qu'un poison violent pour une autre, même voisine de la première. C'est ce que ]\L Virey a établi par une multitude de citations dans un mémoire intéressant it/r /a diversité d'action des poisons , suif ant la diversité des organismes ( Revue médicale, juillet 1831). Les expériences sur les animaux ne peuvent donc fournir que lies données pour l'expérimentation sur l'homme, qui seule peut faire connaître le rapport spécial qui existe entre lui et un agent déterminé.

Cependant ces données sont précieuses, car ce n'est point au hasard que nous devons expérimenter sur nos semblables. Avant de le fiiire , on doit s'entourer de tous les renseignemens qui peuvent prévenir des essais dangereux. Ces renseignemens , on peut les puiser non-seulement dans les expériences faites sur les animaux , mais dans les caractères physiques et chimiques des substances ; dans les faits où elles ont été administrées par hasard ou par imprudence à doses plus ou moins fortes; dans la notoriété populaire qui n'est souvent que l'expression d'e.\périences répétées, et enfin dans les mille et un détails qui courent les livres, détails que l'on méprise parce que l'on ne comprend pas ce qu'ils valent ou du moins ce qu'ils peuvent valoir, et conséquemment le parti qu'on peut en tirer.

Si la spécificité d'action d'une substance varie suivant les espèces auxquelles on l'administre, elle doit varier également suivant les individus. Ce mot spécificité exprime un résultat qui dépend à-la-fois de la substance employée et de la modificabilité du sujet sur lequel on l'emploie. Aussi les expérimentations sur l'homme sain n'ont-elles qu'une valeur médiocre en ce qui concerne le malade , car on sait combien la motliûcabililé change dans le passage de l'état de santé à celui de maladie. Cette seule remarque suffirait pour frapper au cœur la thérapeutique de Hahnemann, cette thérapeutique dont la base consiste uniquement dans des expérimentations faites sur l'homme sain. Pour les mêmes raisons , la spécificité des médicamens varie suivant les malades , car ils sont loin d'avoir tous une modificabilité identique. Les vertus spécifiques ne sont donc en réalité que des vertus relatives. Un médicament est spécifique parce qu'il produit des effets que luiseul peut produire, mais ces effets, il ne les produit qu'à cause des dispositions organiques qu'il rencontre. Il y a donc toujours à con--idérer , quand on expérimente un agent pour connaître sa spjécificité , la fréquence relative de ses effets, car il faut déterminer quels sont ceux qui se montrent le plus souvent, ceux qui sont moins ordinaires et ceux qui se produisent rarement.

Les spécificités médicamenteuses sont exprimées de deux manières; ou bien on dit : l'action spéciale de tel médicament s'exerce sur tel organe et de telle manière; ou on exprime cette spécificité en disant : tel médicament a la propriété spéciale de guérir telle maladie.

Rien n'est plus difficile à saisir que les modifications /ôractionne/Zei produites par les médicamens , par cette raison que les opérations fonctionnelles sont pour la plupart très-difficilement saisissables , et partant mal connues. Certes il serait beau de pouvoir dire: l'action spécifique de telle substance s'exerce sur tel organe , tel élément d'organe , et de telle manière ; de pouvoir localiser et caractériser toutes les maladies médicamenteuses, les médications : on a cherché souvent à le faire ; ainsi M. Flourens a cru avoir prouvé que l'opium agit exclusivement sur les lobes cérébraux, la belladone sur les tubercules quadri-juraeaux , et l'alcool sur le cervelet. Mais les recherches faites pour localiser les médications ont conduit plutôt à des analogies qu'à des spécificités. Ainsi on a pu reconnaître qu'un certain nombre de substances agissent sur l'appareil urinaire , le tube digestif, le système nerveux , etc. , etc. Mais l'action spéciale de chacune de ces substances , cette action qui fait qu'on n'en trouve pas deux qui soient absolument identiques, est restée ignorée. Cherchez à formuler d'une manière nette, sous le rapport des effets physiologiques, non la différence qui existe entre la mauve et la guiuiauve, mais celle qui sépare le camphre du musc, vous ne pourrez y parvenir. Aussi , par les efforts pour localiser les médications , on est seulement parvenu à former des classes de sudorifîqiies , de diurétiques , de purgatifs, de nervins , etc. , etc. , classes où l'on prend , comme dans un répertoire, des médicamens analogues sous quelques rapports, dissemblables sous une foule d'autres, mais sans qu'on puisse indiquer « priori, même d'une manière vague , les spécificités qui les distinguent.

Il est moins difficile, en général , de caractériser les spécificités par des résultats curatifs : Le mercure guérit la syphilis ; le quinquina les affections intermittentes; l'opium arrête telles diarrhées ; avec l'huile de térébenthine on guérit telles névralgies: d'une part un remède, de l'autre une guérison, voilà deux faits qu'on peut aisément constater. Ici le mode de production échappe , on ne lecherche pas, on ne voit de la chaîne que ses deux bouts. Mais que de difficultés encore! D'abord sont-ce bien les deux bouts de la même ch;u'ne que l'on voit? Est-on bien sur de n'attribuer à la substance donnée que les résultats qui lui appartiennent? Les causes d'erreurs en ces matières sont tellement nombreuses que, même alors que l'on administre un seul médicament et qu'on en cherche les résultats avec l'observation la plus attentive, on est exposé mille fois à s'abuser. Pour aller plus sûrement, on s'est déchargé des difficultés que l'on rencontre quand on veut constater les spécificités fonctionnelles, on s'en est tenu aux spécificités curatives; assurément en procédant ainsi la tâche est moins

SPECULUM

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rude, mais elle l'est encore assez pour n'engendrer souvent que le doute, l'erreur, ou pour qu'au lieu de spécificités on ne saisisse que des analogies.

Mais après les diflicultés pour constater le fait, viennent celles pour l'exprimer, et celles-ci ne sont pas les moindres. Pour exprimer une spécificité curative , il faut désigner clairement l'état morbide que l'on a détruit. C'est alors que toutes les incertitudes, toutes les obscurités de la pathologie viennent peser sur la matière médicale. Dites combien d'étals morbides peuvent , dans l'état présent de nos nomenclatures , être exactement précisés par un mot intelligible pour tous. Les cinquante écoles qui se sont succédées ont eu chacune leur langage, et aujourd'hui , qu'il n'y a plus d'écoles , chacun a le sien. Peuvent-ils se comprendre les disciples de Broussais, de Pinel, de Rasori, deBrown, de Cullen , de Sloll , etc., etc. , lorsque l'un d'eux écrit aux autres que telle substance est spécifiquement bonne dans tel cas qu'il nomme? Immédiatement , il faut interpréter un langage , le traduire en un autre, et Dieu sait comme le plus souvent on y parvient. Voilà pourquoi l'histoire de chaque médicament présente une bigarrure de termes appartenant à tous les âges, à toutes les écoles , vraie macédoine qui n'a généralement de valeur que comme donnée expérimentale, valeur qui restera elle-même fort médiocre jusqu'au moment fort éloigné encore, où la langue médicale sera définitivement fixée.

Après ce que je viens de dire, on s'explique l'état vraiment mise'rablede notre matière médicale. Il faudrait que les spécificités médicamenteuses fussent connues, classées , et le plus souvent on ne peut ni les constater, ni les exprimer. On peut présumer que les médicamens agissent tantôt comme antidotes en détruisant matériellement des principes morbifiques, et tantôt comme modificateurs des opérations organiques : mais les faits et le langage manquent à-la-fois pour marquer à chaque agent sa place comme antidote ou modificateur. Le praticien , au lieu de choisir des spécificités, prend , et cela presque au hasard, parmi des analogues; puis il essaie, il tâtonne, et demande aux résultats de rectifier ou de consolider sa marche. Ne pouvant profiter dans une foule de cas des indications offertes par les auteurs, parce qu'il ne comprend qu'imparfaitement leur langage , il se fait avec ses souvenirs une matière médicale qu'il comprend seul , qui conséquemment n'existe que pour lui et mourra avec lui. Si, réunis à d'autres confrères , ils veulent faire une thérapeutique que tous ils comprennent bien , ils ne sortiront pas d'un cercle étroit de moyens ; ils s'en tiendront à ceux-là sur lesquels il y a des lieux communs à l'usage de tous. Tout ceci prouve , je crois , qu'un malade est généralement mieux traité par un bon praticien que par plusieurs , et que pour être bon praticien , c'est peu que d'être savant de science écrite, il faut de plus avoir eu le temps de se faire une matière médicale , et avoir assez de jugement pour bien l'appliquer.

( LÉop. Deslandes. )

SPECULUM, s. m. C'est un mot latin qui signifie miroir, et qui a été naturalisé dans notre langue, pour désigner un certain nombre d'instrumens propres à dilater quelques cavités naturelles, à examiner les lésions dentelles peuvent être atteintes , et aussi à faciliter l'emploi des moyens qui peuvent en amener la guérison. C'est donc tout à-la-fois dans un but de diagnostic et de traitement que nous aurons à considérer le spéculum.

Si l'on voulait s'attacher strictement à la valeur étymologique du mot, on n'appellerait ainsi que les inslrumens , qui , par suite de la réflexion de la lumière naturelle ou artificielle, permettent de voir dans l'intérieur de certains organes; mais on est convenu d'appliquer aussi cette dénomination à d'autres instrumens qui amènent au même résultat, quoique par un mécanisme d'action différent, par exemple par la dilatation : aussi croyons-nous devoir sacrifier à l'usage reçu et les décrire tous, dans un article général , bien que nous soyons tout prêts à convenir que la plupart d'entre eux seraient mieux désignés par le nom de dilataloires.

Autant on remarque d'orifices naturels à la surface de la peau , autant nous aurons à décrire d'espèces de spéculum. C'était facile à prévoir: oui, à quelques pertuis près, tous les autres orifices extérieurs ont tour-à-tour exercé l'esprit inventif de quelques chirurgiens qui se sont modestement imaginé concourir aux progrès de la science, en ajoutant à sou arsenal instrumental malheureusement déjà trop riche, celui-ci un morceau d'acier courbé dans un sens plutôt que dans un autre , celui-là un manche ; l'un , une articulation particulière; l'autre , une plaque de la longueur do quatre pouces au lieu de trois et demi. Voilà même ce que quelques-uns appellent encore aujourd'hui , sans hésiter, un perfectionnement et d'autres plus hardis, une invention !

Quoi qu'il en soit, et sans préjudice des inventions de ce genre qui se médi. ient encore , j'allais dire qui se trament dans le cerveau de nos chirurgicomécaniciens modernes , nous allons provisoirement passer en revue la série sans fin de CCS instrumens , et décrire , aussi brièvement que faire se pourra , les spéculum de l'oeil , du nez , de la bouche , des oreilles, de l'estomac , de l'anus , de l'urèthre , et nous terminerons par le plus important de tous , par celui de la matrice et du vagin.

Spéculum oculi. Il est destiné à maintenir les paupières écartées, pour facilitcr l'examen de l'œil et les opérations qu'on veut y pratiquer. On trouve dans le traité de l'art de la coutellerie , imprimé en 177 1 , par Jean Jacques Perret un assez grand nombre de figures représentant plusieurs espèces de spéculum oculi. Garengeot attribue à J. L. Petit l'invention d'un de ces instrumens , et dit qu'il est formé par deux plaques lisses disposées en demi-cercle, et qui ' étant rapprochées, circonscrivent l'œil dans leur intervalle.

Lecata aussi imaginé un spéculum oculi qu'il nomme ophthalmostat ; ce n'est autre chose qu'une tige ronde , longue de cinq à six pouces, coudée , terminée

par un demi-cercle dont l'extrémité est olivaire, et qui , placée entre le globe 'f oculaire et la paupière, met le premier à découvert.

On trouve figuré dans J. L. Petit un instrument analogue : il est composé de deux plaques disposées en forme de fer à cheval , et supportées par deux tiges réunies par charnière. Pour les écarter , il suffit de presser sur les tiges dans l'intervalle desquelles se trouve un ressort élastique. Le même auteur en décrit' aussi un autre imaginé dans le même but, mais agissant différemment et destioé à renverser séparément l'une ou l'autre des paupières. Il est formé par deux branches , dont une se termine par une petite plaque transversale et étroite, et l'autre par une autre plaque disposée de la même manière , mais un peu plus Ion-, gue et plus large ; les deux branches sont réunies par une charnière, et dans leur! intervalle se trouve aussi un ressort qui tend à les écarter et à rapprocher les deuxj if'* plaques pour serrer la paupière. Celle-ci , une fois saisie , peut être facilement! i'^' renversée. Enfin , on se servait anciennement de releveurs des paupières à an-neau, d'autres en forme de fourchette; on en employait de doubles, de sim- ^^P" pies, etc. Le spéculum oculi, que les chirurgiens anglais mettaient en usage, i .*« est fait sur les principes de la pince à dissection, avec cette différence seulementi ffltai que l'extrémité destinée à pincer est terminée de chaque côté par un demi cercle.l

Tous ces instrumens ont été justement proscrits , et ils ne servent plus main- iiij tenant qu'à figurer dans les arsenaux de chirurgie des écoles. Besoin n'est pasj Ktii de réfléchir long-temps pour en apercevoir les inconvéniens ; il est , en effet , j '« ( facile de voir que leur présence doit nécessairement gêner le chirurgien pendant j iit les opérations, quelles qu'elles soient qu'il a à pratiquer sur l'œil; que leuribiirl contact doit singulièrement exciter la conjonctive déjà par elle-même sijjeiu sensible , et que les pressions qu'ils exercent sur elle peuvent être suivies de j Ip graves inconvéniens. Il est encore une autre raison qui devait nécessairement | iiilei en faire tomber l'usage, c'est qu'ils sont tout-à-fait inutiles , et qu'il n'est pasj ion) d'opérations qu'on ne puisse faire , sans eux, sur l'organe dont il s'agit.

Spéculum nasi. On trouve figuré dans les planches des œuvres chirurgicaleSMgip de J. L. Petit, un spéculum de ce genre ressemblant assez a une pince à panse- ijune ment, mais dont l'extrémité de chaque branche est recourbée en forme de;|j'ofl bec-de-grue; l'une de ces branches est creuse et reçoit en partie la branche (lèni correspondante. Perret en décrit également un qui ressemble complètement à jains celui à deux valves qu'on a employé pour l'oreille. Ce que j'ai dit contre les i^jraj instrumens précédens , s'applique parfaitement à ceux-ci : la pince à panse- jSifUi ment ordinaire ou même une simple sonde droite peuvent facilement les j^seo remplacer. (yii

Spéculum oris. Le but de ces instrumens est de tenir écartées les mâchoires ^(juJ l'une de l'autre , pour examiner les lésions profondes ou cachées de la gorge et de l'arrière* gorge , et en même temps pour y pratiquer les opérations néces- jisw saires. Mais hâtons-nous de le dire , la plupart sont défectueux , et leurs in- jjtei convéniens les ont fait abandonner à-peu-près complètement. Celui de Levret (j|o; était sans contredit le moins mauvais , et consistait en un coin qui devait écarter les arcades dentaires, en même temps qu'une plaque maintenait la langue., Caqué de Rheims en avait imaginé un propreà faciliter l'ablation des amygdales; Jij^ mais il avoue ne l'avoir jamais employé , parce qu'il ne voulait pas gêner inu- [llnji tilement les malades , dit-il ; parce qu'il ne voulait pas multiplier ce qui pouvait augmenter leur crainte, et parce que le spéculum les empêche de se débarras- jj,^ ser en crachant du mucus ou du sang qui peuvent aussi rendre plus diflicile jjj^ l'opération, en dérobant les parties au chirurgien. Cependant, celui qu'il a fait <|fiiit graver dans le cinquième volume des Mémoires de l'Académie de chirurgie est j(, très-simple ; il consiste en un chevalet destiné à séparer les arcades dentaires, j m, et en une espèce de manche très-recourbé qui embrasse, dans sa courbure, la commissure des lèvres , et passe sur la joue du malade où un aide le main- jdi tient en place. i

Perret décrit un spéculum oris composé de deux colonnes cylindriques , terminées d'un côté par une espèce de piédestal taillé à pans, qui est percé d'un écrou par lequel passe une vis. A l'extrémité des colonnes , sont deux plaques, dont une fixe et l'autre mobile, peuvent se rapprocher ou s'éloigner l'une de l'autre , au moyen de la vis , et dès-lors on conçoit comment les mâchoires peuvent être écartées ; l'une et l'autre plaques sont taillées en biseau et ont cha- J cune à leur surface externe plusieurs rainures qui empêchent les dents de | glisser. Nous n'avons donné cette courte description que pour faire sentir la ^ complication inutile de cet instrument et prouver que ceux qu'on donne aujour- jl d'Iiui comme nouveaux, et qui sont à peu de chose près disposés de même, j sont bien loin d'être d'une invention récente.

Sous le nom ie glossocaioche , les anciens auteurs décrivent des instrumens i qui avaient pour effet d'écarter les mâchoires , ou seulement d'abaisser la lan- / gue , ou bien encore de faire l'un et l'autre en même temps. Celui qui est figuré i dans les planches de l'ouvrage de J. L. Petit est composé de deux branches qui | se croisent à jonction passée ; l'une se termine en forme de palette, et sert a 1 abaisser la langue ; l'autre , plus courte , a la forme d'une fourche eu fer à che- I val , et s'applique sous le menton ; le spéculum oris , dit des asphyxiés , n est \ autre chose qu'un dilatateur en forme de pince à branches longues et creusées , de sillons transversaux , pour que les dents ne puissent pas glisser. A l'aide de | cet instrument , on peut écarter les mâchoires à un degré convenable , les maiu- j tenir dans cet écarlement pendant tout le temps nécessaire, et avoir ainsi toute facilité de faire ce que l'art prescrit en pareil cas. Ce moyen est d'une exécution facile et ne gêne nullement l'opérateur ; c'est certainement le plus commode.

Autrefois , quand la traite des noirs était considérée comme une branche de commerce presque honorable , les philanthropes d'alors s'occupaient beaucoup

»il

SPECULTM.

SPECULUM

;s spéculum de la bouche. Les nègres, malheureuse denrée de ce commerce, .fusaient toute espèce de nourriture, et se laissaient mourir de faim; il Lgissait alors de les forcer à vivre , et pour cela on ne trouvait rien de mieux faire que de leur ouvrir la bouche malgré eux et de leur pousser des alimens ans l'œsophage. Dès cet instant, le spéculum oris a fixé l'attention de ces archands d'un nouveau genre; dès cet instant, on en a fait de formes diffémtes; la puissance des ressorts a été basée sur celle des masseters de ces alheureux, et cet instrument, plus ou moins perfectionné, est devenu le |euble obligé des bâtimens négriers. Aujourd hui , pour l'honneur de l'humaité, ces spéculum inutiles sont tombés tout- à-fait dans l'oubli. La chirurgie le-même les a abandonnés ; le manche d'une cuiller ou une large spatule lut plus que suflisans pour explorer , autant qu'il est nécessaire , les parties refondes de la gorge et de l'arrière-gorge , et au besoin un morceau de liège igagé entre les deux arcades dentaires , remplit toutes les conditions désiraes , pour y pratiquer les opérations prescrites par la chirurgie. Spéculum auris. Pour examiner le conduit auditif externe , les chirurgiens servaient anciennement d'un petit spéculum à deux valves , qui pouvaient re rapprochées ou écartées par un ressort. M. Iiard en emploie encore queljefois un de ce genre; mais l'usage en est totalement tombé parmi la plupart ;3s chirurgiens modernes. Nous ne pouvons qu'applaudir à ce juste abandon, jrce que dans la grande majorité des cas , on peut parfaitement examiner le )nduit dont il s'agit, en tirant un peu en haut l'oricule pour effacer en partie courbure qu'il offre dans son trajet , et qu'au' besoin , une petite pince à meaux fera mieux que toute espèce de spéculum.

Spéculum ventriculi. Bombolzini a proposé , pour examiner l'intérieur des vités profondes et particulièrement de l'estomac, un instrument qui mérite

nom de spéculum dans toute la force du mot ; il consiste en deux tiges creus adossées l'une à l'autre, et à l'une des extrémités desquelles se trouvent ;ux petites glaces destinées à réfléchir l'image des cavités dans lesquelles l'inrument est introduit; l'une de ces tiges donne passage aux rayons lumineux a'on y fait arriver du dehors, et qui doivent éclairer l'organe; l'autre en mène l'image au chirurgien, et la retrace sur un corps blanc avec plus ou oins d'exactitude. Bombolzini, dans le but de réunir un plus grand nombre ; rayons lumineux faisait usage d'une lampe à réflecteur. Sans doute, cet strument est ingénieux, sans doute aussi il présente une application curieuse :is connaissances physiques ; mais doit-on sérieusement en attendre quelque sultat utile? Nous ne le pensons pas : seulement nous sommes sûr qu'il resra dans l'arsenal de la chirurgie, ne serait-ce que comme un témoignage mariel des louables efforts d'un homme de savoir, pour éclairer le diagnostic si luvent obscur de quelques maladies; or, c'est déjà beaucoup. Nous nous croyons, .1 reste , dispensé de faire sentir les difficultés , nous dirons même les dangers ; son application : tout le monde les saisira comme nous. Spéculum uni. Ces instrumeus offrent beaucoup de variétés : tous ceux qu'on imaginés pour le vagin , peuvent en effet être appliqués à l'examen du recm, avec cette différence seule qu'ils seront beaucoup plus petits et coniques leur extrémité rectale. Les anciens se servaient particulièrement du suivant : ;ux branches longues de huit pouces environ, et unies au milieu par une charère, en faisaient la base ; la partie antérieure de chaque branche était coudée

creusée en gouttière , de manière que les deux gouttières réunies, quand nstrumenl était fermé , formaient un canal entier , clos à l'extrémité rectale , ivertet largement évasé à l'extrémité opposée. La portion recourbée des deux anches servait de manche , et un ressort, placé dans leur intervalle , rapprolait ou éloignait les deux gouttières. Rien de plus facile que de comprendre mécanisme de cet instrument. Il serait oiseux de passer en revue tous ceux l'on a proposés dans le même but; aussi nous en tiendrons-nous à celui-ci : l il nous suffise de dire que tous , sans exception , n'ont aucune utilité réelle; le leur introduction est quelquefois impossible et souvent douloureuse; que s plis de la membrane muqueuse s'interposant dans l'intervalle de leurs branles peuvent être pincés, contondus; que dans tous les cas, ils empêchent de mstater même les lésions existantes , et qu'enfin le toucher est encore le moyen plus sûr de parvenir à la découverte de ces lésions. Nous ne ferons pas même exception , dans cette proscription générale , eu faveur des dilatatoires de . Guillon , dont nous parlerons tout-à-l heure à l'occasion du vagin , bien je cependant, ils nous paraissent plus convenables que tout ce qu'on a proposé squ'ici.

Spéculum uretro-vesicce. M. Segalas a présenté à l'Académie des sciences , il a quelques années, un instrument qu'il croit propre à permettre de voir dans intérieur des organes profonds, et particulièrement dans l'urcthre et la vessie, et instrument, qu'il appelle spéculum urelro-cystique , consiste en deux boules, deux miroirs et des tubes cylindriques. C'est assez dire qu'il ressemble paucoup à celui de Bombolzini, et qu'i! est tout au moins identiquement basé irles mêmes principes ; aussi croyons-nous pouvoir nous dispenser d'en doner une description plus étendue. Au surplus , nous sommes autorisé , dans otre réserve , par M. Segalas lui-même , car il l'a complètement abandonné. [|Ous savons bien que , dans la note qu'il a lue à l'académie des sciences , il [moignait l'espoir de parvenir par ce moyen à reconnaître l'éiat actuel de la lembrane muqueuse de la vessie et de l'urèthre, et de constater par exemple, l'une manière certaine, la présence des calculs urinaires ; mais rien, que nous |chions , n'a encore été fait , et nous sommes toujours à attendre la réalisation \p ces grandes espérances.

\\ Spéculum uteri. Si jusqu'ici nous n'avons trouve que des paroles de blâme antre les spéculum , et si nous les avons tous ou presque tous repoussés , nous

serons moins sévère pour celui de l'utérus. Celui-là , en effet, est d'une importance réelle et peut être d'une très-grande utilité comme moyen de diagnostic et de traitement; aussi nous étendrons-nous plus volontiers sur sa description.

Le spéculum uteri est loin d être une découverte récente; son origine, au contraire, se perd dans la nuit des temps, et il serait bien difficile de dire positivement le nom de son inventeur. Il est très-probable qu'on s'en est servi de toute antiquité , et que le premier chirurgien qui aura eu à traiter une affection du col de la matrice , en aura senti le besoin et l'aura imaginé. Ce qu'il y a de bien sûr, c'est qu'en effet on en trouve la description dans les ouvrages des auteurs les plus anciens de l'Égypte, de la Grèce, et de Rome. Paul d'Egine ( traduction de Rondelet ) dit à l'article phymosis chez les femmes : L'instrument appelé AcKipx estant introduit fermé dedans la uulue , après soit tourné pour l'ouurir, ajjin que les conjonctions du-dit instrument soient eslargies , et la cauité de la fenie soit disiédue. Le spéculum dont cet auteur entendait parler était à deux valves dont le rapprochement ou l'écartement était effectué par une vis. Dans un énorme traité in-fol. sur les maladies des femmes par Spachius, on trouve aussi une traduction d'Albucasis, et on y voit que ce dernier auteur a décrit sous le nom de vertigo , deux instrumeus dont l'un, analogue au forceps des anciens , servait à extraire les fœtus morts dans la matrice, et dont l'autre, ressemblant lout-à-fait au spéculum à deux branches , était destiné k dilater le vagin. Jusqu'alors on n'avait décrit que le spéculum à deux branches ; mais dans le même Spachius, Jacobus Ruflius adonné la figure d'un, formé de trois branches qui pouvaient être rapprochées ou écartées par une vis située dans leur intervalle. Franco, Amb. Paré, Scultet et (iarengeot donnent aussi la description de spéculum à deux et trois branches. Celui du dernier de ces auteurs, quoique fondé sur le même principe que les autres, est cependant beaucoup plus compliqué. Parmi ceux que représentent les planches de Perret, celui à trois branches offre cette particularité, que les extrémités utérines de ces branches se touchent mutuellement et qu'elles représentent, dans leur ensemble , un cône fermé de toutes parts; ce qui dispense de l'embout dont on a, dans ces derniei's temps, si grandement exagéré l'utilité.

Enfin ces instrumeus étaient tombés dans un oubli à-peu-près complet, quand M. Recamier en a fait revivre l'usage, en démontrant mieux qu'on ne l'avait fait avant lui les avantages qu'on pouvait en retirer. Celui dont il se servait est on ne peut plus simple. Il consiste en un tube d'étain poli, dont l'extrémité utérine est munie d'un léger bourrelet qui lui permet d'embrasser le col de la matrice sans lésion aucune , et dont l'extrémité opposée est très-évasée et taillée en un bec de flûte allongé : mais cet instrument était évidemment trop long, et gênait le chirurgien par cet excès même de longueur ; c'est ce qui détermina Dupuytren à le modifier, en le réduisant à l'étendue du vagin, et en y ajoutant un manche qui perjnit de le fixer, quand il serait introduit dans ce canal. M. Dubois, dans le but de le faire servir en même temps à l'examen et au traitement des fistules urinaires en général , et en particulier de celles qui sont le résultat de la gangrène du vagin et du col de la vessie , à la suite de certains accouchemens , a fait pratiquer une échancrure vers sa région supérieure.

Dès ce moment, le spçculum uteri n'a fait que passer de modifications en modifications, si bien qu'il est réellement diflicile pour nous de les indiquer toutes ; c'est à ne plus s'y reconnaître. Ajoutons que la fureur de la modification est encore dans toute la vigueur d'un premier accès , et que chaque jour on en voit surgir de nouvelles. Encore si l'instrument y gagnait quelque chose ; mais non, on le complique et on appelle cela le modifier ; on y ajoute une branche de plus , ou un manche d'une forme un peu différente , ou une articulation particulière dont tout le mérite devrait être rapporté à l'ouvrier ; puis on se pose en inventeur, et l'on dit modestement : mon spéculum , mon instrument. Il est vrai qu'on se donne par là quelques titres à une lucrative spécialité et qu'on espère se faire connaître comme homme spécial. On serait vraiment tenté d'expliquer par là le secret de cette exubérance de modifications qui, pour la plupart, ne modifient rien ; et, si je ne craignais une mauvaise consonnance de mots , je dirais que tous les jours on spécule sur le spéculum.

Quoi qu'il en soit, et quelque fastidieuse que soit pour nous la revue de toutes ces modifications fractionnelles, nous allons nous dévouer, et la faire aussi rapide que nous le pourrons ; seulement nous ne promettons pas de ne pas oublier quelque rainure ou quelque petit trou , ces deux grandes bases de toute modification du jour , mais nous voulons nous mettre en mesure et nous en demandons pardon à l'avance à leurs ingénieux inventeurs.

Madame Boivin a ouvert la marche ; elle a voulu avoir aussi un spéculum de sa création, et pour cela , elle en a fait construire un d'après le modèle de l'ancien à deux branches : il est formé de deux moitiés de cylindre et porte à l'extrémité qui doit rester en dehors un manche terminé par deux anneaux. Quand il est introduit, et qu'on veut écarter ses branches , on agit sur les anneaux comme on le fait quand on veut ouvrir des ciseaux. Celui que M. Lisfranc a fait fabriquer ne diffère de celui-ci qu'en ce que son sommet est plus allongé, un peu plus aplati , et que son manche manque d'anneaux.

M. Guillon est sans contredit celui qui a fait le plus pour le spéculum , et qui l'a le plus modifié. Persuadé avec juste raison que pendant la dilatation des branches de cet instrument , c'est particulièrement l'orifice extérieur du vagin qui souffre de cette distension , il s'est attaché à faire des spéculum qui pussent seulement être dilatés dans leur portion vaginale , et point au niveau de la vulve. Le premier qu'il a proposé a la forme d'un cône tronqué , long de cinq pouces , et dont la base est coupée obliquement; il est formé par deux segmens de tube réunis par une charnière, et uu troisième segment analogue sert

SPECULUM

SPERMATOCELE.

à le convertir en un tube complet. Deux branches fixées à sa base, et une crémaillère permettent de l'ouvrir au degré le plus convenable. Le segment supplémentaire ou élargissure à pivots ne pouvant agir que par un mouvement de bascule, le vagin seul se trouve dilaté. Enlîn un embout d'ébcne qu'on peut retirer quand l'instrument est en place , facilite son introduction en présentant aux plis du vagin une surface lisse sur laquelle ils glissent sans froissement douloureux. Mais , pour être juste , nous devons dire que madame Boivin a eu , la première , l'idée de ces embouts.

Sous le nom de dilatatoires , M. Guillon se sert encore de deux instrumens dont il conseille l'usage. L'un se compose de six leviers du premier genre qu'on fait mouvoir par une corde à boyau fixée à une espèce de cric qui est disposé de manière à servir de manche : l'autre est formé par une feuille de nikel roulée sur elle-même , et qu'on élargit ou qu'on resserre à l'aide d'une vis d'engrenage. Ces dilatatoires sont courts et ont tous les deux l'avantage dont nous venons de parler , c'est-à-dire de dilater considérablement le canal vaginal sans distendre la vulve. Ce but , dont l'idée première appartient à M. Guillon, est devenu, si je puis ainsi dire, le point de mire auquel ont tendu la plupart de ceux qui , après lui , se sont occupés du spéculum. Celui que M. Berlze a proposé se compose de deux tubes renfermés l'un dans l'autre : l'interne se divise en plusieurs lames élastiques dans sa moitié supérieure , de telle sorte que ces lames abandonnées à leur propre ressort s'écartent d'elles-mêmes dans le vagin, aussitôt qu'on tire en dehors la pièce qui leur sert de gaîne. Celui de M. Colombat est formé de huit lames qui réunies forment un cône creux : ces lames sont rapprochées ou écartées par des vis de rappel placées aux deux extrémités d'un des grands diamètres de l'instrument. Quand il est déployé, il ressemble assez bien à un grillage qui permet d'explorer tout à-la-fois les parois du vagin et le col de la matrice.

Celui de M. Jobert est formé de deux moitiés de cylindre réunies entre elles par une charnière qui les laisse s'écarter par un mouvement de bascule : une tige d'acier, disposée en forme de segment de cercle , passe d'une branche à l'autre , à l'extrémité extérieure de l'instrument, et au moyen d'une vis de pression l'écartement est fixé d'une manière invariable. A mesure qu'on l'introduit dans le vagin , on presse sur les branches extérieures , on les rapproche , et par suite de ce rapprochement leur extrémité utérine s'écarte et dilate le vagin. Celui dont se sert M. Ricord, plus simple encore que celui de M. Jobert, est construit sur le même principe , ce qui nous dispense de le décrire plus longuement. M. Hatin en a proposé un à trois branches qui n'offre rien de particulier; enfin M. iiicque en recommande un autre qui ressemble tout-à-fait au spéculum cylindrique ordinaire, niais avec cette différence qu'il est criblé de trous. L'auteur espérait par ce moyen éviter de pincer la membrane muqueuse vaginale, tout en bien constatant les lésions dont elle pourrait être le siège.

Nous ne perdrons pas notre temps à faire un parallèle entre ces divers instrumens, et à faire ressortir leurs avantages et leurs inconvéniens respectifs : cet examen nous mènerait beaucoup trop loin , et qui pis est , il serait sans aucune importance. Nous nous contenterons de dire en propositions générales : 1» que le spéculum ordinaire tel que Dupuytren l'a modifié doit avoir la préférence sur tous, quand il s'agit seulement d'explorer le col de la matrice ou de le cautériser , parce que la lumière y est mieux réfléchie que dans le spéculum brisé, et parce que le col utérin s'engageant dans son intérieur, il n'y a aucune crainte que la substance cautérisante s'échappe dans le vagin et l'attaque à son tour; 2o que tous ou presque tous les spéculum brisés ont le grand inconvénient d'exposer à pincer et à confondre la membrane muqueuse du vagin entre les branches de l'instrument , quand on vient à le fermer, et que , dans tous les cas , on ne l'évite qu'en y pi étant beaucoup d'attention , et qu'en usant de précautions dont tous les chirurgiens, quelle que fût d'ailleurs leur bonne volonté, ne seraient pas toujours capables; 3" que la complication qu'apportent, dans presque tous les spéculum brisés, les ressorts destinés à faire jouer leurs branches, doit aussi en faire restreindre l'usage, parce que ces ressorts demandent une étude et une attention jiarticulières pour les mettre en action d'une manière convenable, et qu'ils exposent, en se dérangeant pendant l'opération même, à être forcé d'avoir recours à d'autres ; 4» qu'une dilatation produite par des puissances toutes mécaniques , et dont il n'est pas toujours possible de mesurer au juste le degré, doit aussi être ajoutée à la somme de leurs inconvéniens ; 5° enfin qu'il y a fort peu de circonstances où le spéculum brisé puisse être d'un usage indispensable, si ce n'est pour les sutures vaginales et l'extirpation du col de l'utérus. Nous ajouterons que dans le cas où il s'agit de constater une fistule urétro-vaginale ou d'y porter remède , celui de M. Guillon nous paraît devoir mériter la préférence. Quant aux embouts dont nous avons déjà parlé, nous ne les blâmerons pas d'une manière absolue, mais nous dirons, qu'à notre avis , on en a exagéré l'importance et qu'on peut facilement s'en dispenser, parce que, si avant d'introduire le spéculum quel qu'il soit , on a préalablement la précaution de bien efl'acer les plis de la vulve , la malade ne souffrira pas plus que si l'instrument était armé d'un embout.

Pour appliquer le spéculum , les anciens faisaient mettre la femme comme pour l'opération de la taille. Quelques-uns, parmi les chirurgiens modernes, la font placer sur le côté, à-peu-près dans la situation qu'on fait prendre pour l'opération de la fistule à l'anus. M. Guillon afîirnie que la meilleure manière est de la faire renverser sur un fauleuil à dossier. Nous préférons, nous , l'examiner dans la situation suivante : un lit étant garni d'alèzes, et situé autant qu'il sera possible en face d'une croisée , la malade est couchée sur le dos , les fesses répondent au bord de ce lit , et les jamles fléchies sur les cuisses sont maintenues par deux aides, ou à défaut de ceux-ci la malade appuie ses pieds

sur les genoux de l'opérateur qui est assis au-devant d'elle. Il s'agit ensiù d introduire le spéculum, et voici comment on y procède : après avoir préal blement enduit cet instrument d'un corps gras quelconque, on écarte avec soJ d'une main les grandes et les petites lèvres, et toujours de manière à bien eS;\ cer les plis que la membrane muqueuse fait au pourtour de la vulve, puis pn nant le spéculum de l'autre main, on le fait pénétrer lentement en le dirigeai d'abord directement d'avant en arrière , et ensuite de bas en haut , en lui fa sant bien suivre la direction de l'axe de la vulve et du vagin. Avec ces précai tiens , l'introduction se fera presque toujours sans douleurs pour la femme, moins que les dimensions de l'instrument ne fussent par trop disproportionnét avec celles de l'orifice viilvaire, ou que quelque tumeur s'opposât à sa pénélrj tion. Il est sans doute inutile de dire que si la lumière solaire ne suffisait pas poi éclairer convenablement le col de la matrice , il faudrait avoir recours à celi d'une bougie. ^ (F. Ph. Blandin.)

SPERMATOCELE. s. m. De ixKsp/j.x sperme, et de z);>>i tumeur. On enten par ce mot une tumeur formée par l'accumulation du sperme dans le testicul même ou dans l'un des points de son canal excréteur. La nature de cette maU die est encore peu connue, ou tout au moins on ne connaît encore que d'un manière imparfaite les conditions de son développement. Si, en effet, on 1 avec attention les descriptions qu'en ont données les auteurs anciens , et parti culièrement Morgagni ( De sedibus et causis moi b. epist. x , 1. m , art. 39) , o ne larde pas à se convaincre qu'ils ont confondu le spermatocèle avec les hernie inguinales , les kystes du cordon testiculaire , le varicocèle, etc. Sans doute n'est pas impossible qu'un obstacle quelconque , survenant dans un des point des conduits du sperme , ce liquide s'accumule au-dessous et y forme une ti meur , il est même certain à priori que cela arrive quelquefois ; mais on n'e possède pas encore d'observations assez nombreuses , assez authentiques et ba sées sur des autopsies, pour que nous puissions dire quelque chose de bien pq sitif à cet égard.

Quoi qu'il en soit, et quelque obscurité qui règne encore sur cette afTection' toujours est-il qu'on l'observe particulièrement chez les hommes qui se livrent la vie religieuse et contemplative , chez ceux aussi qui , ayant d'abord abusé d coït, se condamnent brusquement à une continence absolue. Des désirs vénérien trop long-temps comprimés , la rétention du sperme au moment de l'éjacula tion , quelques causes mécaniques , comme la compression du cordon par le hernies inguinales, par les bandages herniaires , parles tumeurs prostatique | '| ou rectales, etc., sont aussi des conditions favorables au développement di^^ spermatocèle. Puisque le professeur Roux a eu l'occasion d'observer un calcu spermatique formé derrière un rétrécissement de l'urèthre , il ne serait donjT pas impossible qu'il pût s'en former aussi dans les vésicules séminales ou sul/ tout autre point des conduits du sperme, et que l'excrétion de ce liquide m™ pouvant avoir lieu , il se formât un spermatocèle. Lapeyronie, dans un mi moire ayant pour titre : Quelques obstacles c/ui s'opposent à l'écoulement natu rel du sperme , inséré dans les Mémoires de l'Académie de chirurgie , dit qu'i' la suite des gonorrhées de la portion membraneuse de l'urèthre, il a vu plu(^| sieurs fois le verumonlanum , altéré par l'inflammation, diriger le sperme dant la ves.sie , de sorte que ce liquide n'était rendu qu'avec les urines : de là à ue obstacle absolu d'excrétion , il y a peu de distance , et on en conçoit facilemeiii ' ^ la possibilité. Quelques auteurs, enfin, indiquent comme cause de cette mala«' die les affections du cervelet ; mais ce n'est là évidemment qu'une idée spécula. ' tive basée sur les liens sympathiques qui unissent cet organe avec ceux delà ' génération.

Quelle que soit la cause de l'accumulation exagérée du sperme dans ses conrl duits, voici quels en sont les principaux symptômes : les testicules se gonflent, | deviennent d'une sensibilité exquise et se rétractent vers le canal inguinal; la ' peau du scrotum devient chaude et rouge; le pénis est dans un état d'érection:1 j permanente ; les cordons spermatiques sont durs , douloureux et comme noué»j| des tiraillemens se font sentir dans la région des lombes; une douleur teiisiTC ' existe derrière le pubis et vers l'anus , et indique la distension des vésicules se» ' ' minales ; l'épididyme s'élève dur et comme variqueux au-dessus du testicule : V en même temps la face se colore , les yeux deviennent briUans et humides, les lèvres sensibles et comme tuméfiées , la peau chaude et halitueuse : M. Londe assure que quelquefois la nuque est brûlante. Enfin, si la nature ne vient elle» même, par une évacuation spontanée, faire cesser tous ces symptômes, ils prennent, au contraire , plus d'intensité ; la fièvre s'allume ; le cœur bat avec véhémence, et un délire plus ou moins furieux se manifeste. On a eu occasion d'observer, dans quelques cas de ce genre, des apoplexies du cerveau et particulièrement du cervelet. La folie, la manie, la mélancolie , le priapisine, l'cpilepsie même sont les suites ordinaires de cette orageuse excitation : cependant assez souvent les accès s'éloignent de plus en plus , les désirs d'abord si impétueux s'éteignent peu-à-peu, et l'impuissance survient. Galieu a observé sur des athlètes , et rialler sur de pieux cénobites , l'atrophie des testicules , par suite d'une trop longue abstinence.

Pour combattre les effets du spermatocèle, il faut d'abord éloigner la cause, si elle est connue. Dans le cas contraire, on s'attachera à calmer l'irritation qui en résulte par les anti-phlogistiques. Dans quelques couvens de moines , pour éviter les accidens de la continence , on n'avait trouvé rien de mieux à faire que d'affaiblir ceux qui étaient trop robustes, et la saignée était prescrite par le règlement. On appelait cela diminuer le moine (minuere monacum).

BufTun cite l'exemple d'un prêtre de l'ancienne Guïenne, qui était tombe dans un délire vaporeux par suite d'une trop grande continence; il eut des pollutions nocturnes, et il guérit : BufTon ajoute malignement que, connaissant

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