‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource] (volume 2)Chapitre 260 sur 311 · SQUINE · texte numérisé non relu

SQUINE

ce qui a lieu ; nous ne connaissons pas d'exemple de splénite primitive et nous n'en concevons même pas la possibilité ; on ne l'observe en général qu'à la suite des coups , des chutes , des fortes pressions sur la région qu'elle occupe , et des blessures qui pénètrent son tissu ; dans le cours de la péritonite par la propagation par voie de continuité de l'inflammation de la membrane séreuse à la tunique externe de cet organe ,et enfin après les courses forcées , et les frissons prolongés qui commencent chaque accès de fièvre intermittente. La manière d'agir de ce dernier ordre de causes demande à être expliquée , nous allons le faire en peu de mots.

Tout le monde sait que dans la course forcée, la rate se gonfle, s'engorge et devient douloureuse ; ce fait s'explique très-bien , en admettant , avec M. Broussais, que dans les contractions musculaires fortes et répétées qu'exige la course rapide, une grande quantité de sang est exprimée du système capillaire ef chassée dans les veines; on acquiert journellement la preuve que telle est en effet l'action des contractions musculaires rapides , lorsque dans l'opération de la saignée on fait remuer les doigts et contracter les muscles de l'avant-bras au malade , et surtout en examinant la rate des animaux forcés à la course , qui chez tous se montre distendue par le sang et même déchirée chez quelques-uns. Ce sang ainsi exprimé du système capillaire et du tissu des muscles eux-mêmes, arrive en trop grande quantité dans les cavités droites du cœur ; il y afllue avec une vitesse siconsidcrable que les contractions de loreille et du ventricule droits ne peuvent le recevoir et s'en débarrasser assez rapidement; il reflue ou se ralentit dans le système veineux qui se distend de proche en proche , et la rate, dont la fonction est de lui servir de réservoir, et dont la texture est lâche et extensible , se trouve bientôt remplie et distendue parle fluide. C'est aussi par le même mécanisme à-peu-près que cet organe s'engorge pendant le frisson des fièvres intermittentes; tant que le frisson dure , en elTet, le sang abandonne tout le système capillaire extérieur , ainsi que le prouvent le froid et la pâleur de la peau, et il n'y pourra revenir qu'après la cessation de ce phénomène; il se concentre par conséquent vers les organes intérieurs et se réfugie principalement dans les grandes masses de vaisseaux capillaires internes, tels que les poumons et le foie , mais surtout dans la rate dont c'est la fonction spéciale et dont le tissu cellulo-vasculaire se prête plus facilement à son irruption. Or, dans les deux cas , le résultat est le même ; il y a engorgement mécanique et distension douloureuse de l'organe , et suivant la résistance de son tissu, la force et la durée d'action delà cause, l'engorgement se dissipe immédiatement après la course ou le frisson , ou bien il persiste à un degré plus ou moins considérable. Lors donc que cet engorgement survit à sa cause , il devient tôt ou tard une cause d'irritation pour l'organe , et c'est ainsi que naissent les inflammations chroniques de la rate ; les splénites aiguës qui commencent par le tissu même de cet organe , et qui ne sont pas produites par des violences extérieures , n'ont probablement pas d'autre origine.

Cette manière toute mécanique de se rendre compte du développement de la splénite dans beaucoup de cas nous paraît très-rationnelle, puisqu'elle re- ])0se sur des faits physiologiques incontestables. Mais dans la spiénitequi succède au frisson ne faut-il pas ajouter celle du miasme dont le sang est saturé ? Nous sommes porté à le croire. Ce qui fait naitre en nous celte pensée , c'est que chez les animaux dans les veines desquels on injecte des matières putrides , et dans tous les empoisonnemens miasmatiques assez graves pour entraîner la mort chez l'homme , on rencontre des taches noires , des espèces d'ecchymoses, dans divers organes et en particulier dans la rate , et cela sans que cet organe ait été distendu outre mesure par le sang , ce qui prouve que ces lésions n'ont pas été opérées mécaniquement. Une analogie puissante vient doncétayer notre opinion , et si, comme nous le croyons , elle est fondée, il faut compter l'infection miasmatique parmi les causes de la splénite.

Ou connaît à peine, avons-nous dit, les symptômes par lesquels l'inflammation de la rate se manifeste. Voici cependant , s'il faut en croire le savant et modeste M. Eibes , à quels signes on peut la reconnaître. Une douleur en japport avec l'intensité de l'inflammation se fait sentir dans la régipu de I bj'pocondre gauche , elle augmente par la pression et s'étend quelquefois à tout l'abdomen ; eu même temps le pouls est fréquent et la peau chaude, il y a de la soif, de la didiculté de respirer, parce que l'abaissement du diaphragme réveille ou accroît la douleur splénique , les malades vomissent, ils éprouvent quelquefois des coliques et de la diliiculté d'uriner, chez quelques-uns il survient un ictère. Nous n'avons pas besoin de faire remarquer combien ces symptômes ont peu de valeur diagnoslique pour la plupart ; le seul qui soit vraiment pathognomonique , c'est la douleur locale , et encore pcut-il aussi bien appartenir à une inflammation du péritoine de cette région qu'à celle de la rate. Il n'est donc pas facile de reconnaître celte maladie, heureusement fort rare et peu grave. Nous croyons en avoir observé un exemple dans le fait suivant : Une jeune ouvrière avait un assez long trajet à parcourir pour se rendre du lieu de son travail chez elle ; elle fut un soir , à nuit close, accostée par deux hommes qui la suivirent jusqu'à la porte de sa demeure. Dans l'espoir de s'en débarrasser , elle marcha très-vite , rentra tout essoufflée , et ressentant une douleur dans la région delà rate à laquelle cependant elle fit peu d'attention. Mais le iendemain , lorsqu'elle voulut se lever, elle se sentit malade, et ses parens nous firent appeler. Nous la trouvâmes dans l'état suivant : elle éprouvait une douleur assez vive sous les dernières côtes asternales gauches, tout-à-fait sur le côté ; celle douleur augmentait beaucoup moins à la pression que celle qui accompagne la péritonile , elle n'irradiait pas au loin ; on sentait une tuméfaction profonde en palpant vers le bord libre de la dernière côte ; la température de la peau était légèrement accrue , le pouls un peu plus fréquent que dans

l'état naturel, l'appétit nul, la soif à peine augmentée , et la langue exac tement de la couleur de la cendre dans tous les points de son étendue. Une première application de quinze sangsues diminua considérablement tous le: symptômes , et une application semblable le lendemain fit tout disparaître Il nous semble évident que nous avons eu affaire à une inflammation de la rate, La nature de la cause , le siège de la douleur , la tuméfaction de la partie l'absence des signes de la péritonite , tout nous confirme dans cette opinion.

La splénile chronique, quoique beaucoup plus commune , n'est pas moins difficile à diagnostiquer : ce n'est en général que lorsque la tuméfaction est un peu considérable et l'organe induré , que l'on y parvient aisément. Le siège qu'occupe la tumeur dans l'hypocondre gauche , et la douleur qu'y détermine la pression , laissent déjà peu de doutes , mais il est une circonstance que l'on n'a pas signalée, qui les dissipe en grande partie, c'est que le gonflement el la douleur augmentent chaque fois que le malade veut marcher un peu vite; enfin , si la tumeur s'est développée pendant la durée d'une fièvre intermittente, et si l'absence complète de troubles actuels ou antérieurs dans la sécrétion iirinaire écarte toute idée qu'elle puisse appartenir au rein gauche, il devienli démontré qu'elle est formée par la rate. Souvent la splénite chronique ne produit que ces symptômes locaux, mais lorsque l'engorgement est ancien et considérablej cette affection entretient les malades dans un état de pâleur , d'inaptitude aa mouvement , et de faiblesse, puis elle finit par agir sympathiquement surle cœur et les voies digestives , et par entraîner le marasme. Dans ce cas , elle produit souvent l'ascite. Il arrive quelquefois aussi q>ie la rate se désorganisai se ramollit, puis se rompt dans un effort ou pendant le frisson d'une fièvre intermittente ; et alors un épanchement considérable de sang dans le péri-l toine, une péritonite violente, et une mort rapide, sont constamment les suites| de cet accident. |

On ne connaît ni la marche ni la durée de la splénite aiguë; la splénite chronique est presque toujours très-longue et très-lente , elle se prolonge souvent pendant un grand nombre d'années ; l'une et l'autre peuvent se termi ner par résolution, suppuration, induration, el gangrène : ce dernier modedéi terminaison est le plus rare. Dans les cas de terminaison par suppuration , le pus peut s'échapper dans l'abdomen , et une péritonite et la mort rapide en être les suites ; ou bien il peut se frayer une roule dans la poitrine, dans l'es-tomac ou dans le colon, et être rendu par les crachats , les vomissemens ou les selles ; enfin , il s'épanche parfois derrière le péritoine , et va se faire jour au loin ; le marasme en est la conséquence presque nécessaire dans tous ces cas. Ce n'est , en général , qu'après avoir duré pendant très-long-temps , que la splénile compromet la vie des malades ; elle n'est donc pas une maladie gravC) etcependant on en obtient difficilement la guérison , lorsqu'elle est chroniqu&i

On trouve assez souvent dans les cadavres, la rate ramollie, ecchymosée,gorgée de sang et accrue de volume. Quelquefois on la rencontre en pleine sup-i puration, et le pus partagé en plusieurs kystes , ou bien réuni en un seul dépôt, au milieu duquel tout le tissu de l'organe a disparu; la tunique propre de 1« rate sert dans ce dernier cas de poche au pus. Dans quelques cas , le produit de la suppuration recouvre seulement la rate, qui s'en trouve comme entourée. On trouve quelquefois aussi la rate parsemée de tubercules ramollis, ou réduite en putrilage fétide, ou convertie en un mucus rougeâtre comme de la lie de vin, ou remplie d'hydatides, ou squirrheuse, osseuse, et dans ce dernier cas toujours diminuée de volume. Sa membrane propre présente assez souvent la transformation cartilagineuse ; elle devient aussi plus fréquemment osseuse que l'organe lui-même, et l'ossification s'y montre par plaques et ne l'envahit jamais en ea« tier. Dans presque tous ces cas, la rate a contracté des adhérences plus (M moins intimes avec les parties environnantes.

Aucun traitement n'est plus simple que celui de la splénite aiguë. Des saignées générales et locales, des topiques émolliens et narcotiques, des bains, des boissons délayantes, et la diète, tels sont les seuls moyens qu'il réclame. Il serait très-probablement inutile d'y ajouter l'emploi des révulsifs; sur quelque partie qu'on les appliquât, ils resteraient sans influence sur un organe aussi dépourvu de rapports sympathiques que la rate. Le traitement de la splénite chronique doit reposer sur les mêmes bases; mais il faut y avoir recours de bonne heure, presque dès le début de la maladie , avant, en un mot , que le désordre ne soit trop profond, car alors toute thérapeutique échouerait infailliblement. On traitait autrefois par le quinquina les anciens engorgemens de la rate connus sous le nom d'obstructions , ceux qui succèdent aux fièvres intermittentes, et on le faisait souvent avec succès. Mais comme on avait vu quelquefois ce médicament accroître l'engorgement et provoquer d'autres accidens, on y avait complètement renoncé, et la maladie restait, dans le plus grand nombre des cas, abandonnée à elle-même. M. Bally vient de réhabiliter cette thérapeutique, et de prouver, par une nombreuse série d'expériences cliniques, que l'on parvenait souvent à guérir les obstructions même assez anciennes de la rate au moyen du sulfate de quinine administré à doses un peu élevées. L'iode et ses prépai-ations réussirait-il contre cette affection, comme il le fait dans un grand nombre d'engorgemens chroniques, et ne devrait-on pas l'essayer dans les cas où le sulfate de quinine aurait échoué ? L'analogie porte à croire qu'il y serait utile ; l'expérience n'a pas prononcé.

SQUINE. Smilax China. La squine, après avoir long-temps figuré au rang des quatre bois appelés sudorifiques, s'est peu-à-peu effacée derrière la salsepareille qui possède aujourd'hui exclusivement la faveur des praticiens. Elle aurait pourtant quelques droits à la partager, d'autant plus qu'elle appartient comme elle au genre smilax de la famille des asparaginécs. On emploie en mé-

STAPHYLOME.

STAPHYLOME.

iicine la racine de cette plante qui est tubéreuse , et qu'on trouve dans le (inmerce en morceaux, assez volumineux, irréguliers , compactes et médiocreent pesans ne'anraoins, d'un gris rougeâtre en dehors et blanc en dedans. L'o- Bur de cette racine est presque nulle ; sa saveur douce et fade finit par préinter une très-légère amertume , et en somme il semble que la fécule domine ans sa composition , bien que l'analyse chimique ne soit pas encore venue délontrer la nature et la proportion de ses principes constituans. La même ignorance règne relativement à son action directe et immédiate sur économie animale, et elle n'a guère été administrée que colleclivement avec salsepareille , le sassafras et legayac. Les probabilités sont d'ailleurs tout-àjt contre elle , et l'on est fonde à penser avec Peyrhile que les gue'risons qu'où li attribue auraient eu lieu tout aussi bien sans son emploi. On doit donc applaudir à la radiation de la squine du catalogue des médiiimens , puisque cette plante exotique ne présente aucune vertu réelle et bien instatée , en compensation de la peine qu'on prend d'aller la chercher au loin, a risque encore de ne l'avoir que falsifiée. D'ailleurs cette falsification aurait 5 la peine à substituer quelque chose de plus insignifiant. Cependant depuis bien des années , on répète que la squine est sudorifique, ipurative et fondante; qu'elle est efïicace contre la goutte, le rhumatisme , la ralysie, le trômblement, les railadies laiteuses , cutanées , les obstructions , le juirrhe, le cancer, les écrouelles, le catarrhe de la vessie, la pierre, et surtout jintre la syphilis; et conséquemment à ces assertions, des milliers de prakiens l'administrent sans succès, et ne sont pas même instruits par l'expérience, La squine s'emploie en décoction dans l'eau à la dose de demi-once à deux Qces. On peut en préparer un rob ou un sirop qu'on peut assimiler à ceux 3 salsepareille , et qu'on emploierait dans les mêmes circonstances. F'ojez

DDORIFtQUES. ( F. RATIER. )

SQUIRRHE. ( royez CANCiSR. )

STAPHISAIGRE. Delphinium staphisagria. Plante médicinale, aujourd'hui 3u employée , et qui appartient à la famille des renonculacées. C'est pourtant le des espèces les plus actives de cette famille , dont les propriétés médicinales nt des mieux établies ; et comme médicament indigène, elle aurait droit à lelque préférence. Le nom populaire d'herbe aux poux, qui lui a été imposé, ^nale une de ses applications qui n'est pas la plus heureuse de toutes , et dans quelle il serait peut-être convenable de la remplacer par d'autres moyens. 3tte plante , qui croit dans les régions méridionales de l'Europe , fournit à la édecine ses semences , qui sont au nombre de trois ou de quatre , renfermées >ns des capsules courbes et peu volumineuses , présentant une saveur âcrc, nère et brûlante , et qui agissent sur l'économie à la manière des poisons res. Sur quelque surface qu'elles soient appliquées , ces semences déterminent it directement , soit par voie d'absorption , des accidens graves et qui peuvent ême devenir mortels, ainsi que le prouvent les expériences sur les animaux vans.

La chimie a montré l'existence d'un principe acre dans la semence de la stajiisaigre, dont les qualités irritantes et vénéneuses n'étaient douteuses pour ;rsoune. Lii detphine, alcali végétal, récemment découverte, etqu'on exlraitde ; tlécoction des semences de stapbisaigre, est une substance blanche et cristalline, une saveur acre etamère extrêmement marquée, soluble dans l'alcool et l'éther, t peu soluble dans l'eau. Elle agit violemment chez les animaux et détermine, litre des nausées , des vomissemens et des déjections alvines , des phénomènes irritation locale, des vertiges, des convulsions et autres symptômes analogues ;nalantune impression portée sur le système nerveux. D'ailleurs cette matière iportanten'a pas été encore expérimentée comme médicament, non plus que les oduits plus ou moins imparfaits des opérations chimiques tentées à diverses loques sur la stapbisaigre ou plutôt sur ses semences , qui seules paraissent )urvues d'un principe acre associé à une huile grasse comme dans le ricin. C'est principalement contre la gale qu'on a employé la décoction de staphiigre , indépendamment de l'usage mentionné au commencement de cet ar- ;le , savoir, la destruction de la vermine. Comme toutes les lotions irritantes, 3 lotions avec la décoction de stapbisaigre seule ou additionnée d'opium , mrae l'ont proposé quelques auteurs , qui seraient peut-être fort embarras- \i de motiver ce mélange, ces lotions, disons-nous, ont pu contribuer à guérir gale ; et néanmoins on ne saurait les recommander d'une manière particure et préférablement aux autres moyens analogues. On a peu songé à applier à d'autres maladies le médicament (jui nous occupe; l'usage intérieur mble avoir effrayé les praticiens , et quelques-uns seulement osent le presire à faibles doses dans les affections rebelles et incurables, telles que l'épilep- ;, la rage, etc. 11 est pourtant à croire que l'huile extraite de ces semences liurrait être utilisée à la manière de l'huile de ricin ou de celle de croton tiium. (F- Ratier. )

iSTAPHYLOBIE. s. m. (ir-cifjlii, raisiné. Probablement admis d'abord pour Isigner une forme particulière d'altération de la cornée, le nom de staphytne est aujourd'hui étendu h plusieurs affections différentes , et ayant même pr siège dans d'autres tissus de l'œil.

(C'est ainsi que la convexité de la cornée, distendue par l'humeur aqueuse j|as perte de sa transparence, que son amincissement accompagné d'adhérences l'iris et de sa protrusion par les humeurs de l'œil , que la saillie de l'iris à »vers une perforation de son tissu , qu'enfin , certaines bosselures formées , ns quelques cas ,par la sclérotique, constituent aujourd'hui autant d'espèces staphylômes, que nous décrirons successivement sous les noms de staphyne transparent de la cornée , de staphylôme opaque, de staphylôme de l'iris, fia de staphylôme de la sclérotique :

10. Staphylôme transparent de la cornée. Il se présente sous deux formes : le staphylôme conique et le staphylôme spbérique.

A. Staphylôme transparent conique. Propulsion conique de la cornée. Hypercératosis. Cette affection, assez rare, consiste essentiellement en une déformation du centre de la cornée qui prend une forme conique.

Les causes qui la produisent sont peu connues. Elle paraît affecter de préférence les jeunes personnes. Quelquefois elle apparaît subitement à la suite d'efforts ou de cris, mais le plus ordinairement sa marche est très-lente, et sa cause reste inconnue. Elle attaque tantôt un seul œil et tantôt les deux : si j'en juge d'après mes propres observations, ce dernier cas est le plus ordinaire ; car je ne l'ai observée que trois fois , et dans les trois cas , elle était double.

Quoi qu'il en soit, le sommet du cône, qui se trouve ordinairement au centre de la cornée , est épais , dans quelques cas légèrement opaque, le plus souvent transparent; si, dans ce dernier cas , on l'examine de côté, il présente l'aspect du cristal; si, au contraire , on l'examine de face, il paraît étincelant , et cette circonstance empêche de distinguer la couleur de l'iris et surtout la pupille.

La transformation de la convexité régulière de la cornée en une pointe conique, et son épaississement , ont pour résultat une gêne extrême de la vision. Les malades deviennent d'abord myopes , et sont obligés souvent pour distinguer les objets de les regarder de très-près, et de côlé , et le plus souvent encore ces objets leur paraissent-ils plus ou moins déformés : à une distance même peu considérable, ils ne distinguent rien, pas même les objets volumineux.

La maladie s'arrête ordinairement d'elle-même après avoir acquis un certain développement. Dans quelques cas cependant, le sommet du cône s'enflamme , se trouble et s'ulcère , et cet accident peut avoir toutes les conséquences de la kératite.

Le traitement de cette affection n'est point encore établi sur des bases bien fixes. On a tenté divers moyens avec des succès variés. Les vésicatoires volans , unis aux purgatifs répétés et à l'usage d'un collyre astringent ont procuré quelques guérisons. On a aussi vanté l'instillation entre les paupières de quelques gouttes d'une infusion de tabac. La ponction de la cornée, suivie de l'évacuation de l'humeur aqueuse n'a eu aucun résultat avantageux. Enfin il paraît que l'on a pu diminuer la myopie extrême qui résulte de la conicité de la cornée, en pratiquant l'abaissement du cristallin , comme quand il est affecté de cataracte.

L'un des trois malades que j'ai observés a conservé sa maladie , malgré l'emploi des moyens les plus énergiques mis en usage pendant six mois, après quoi je l'ai perdu de vue; chez l'autre , la cornée s'est ramollie au sommet du cône, et est devenue opaque dans sa presque totalité ; chez le troisième enfin, la maladie s'est guérie spontanément après plusieurs années de durée.

B. Staphylôme transparent ^.phcrique. On voit quelquefois la cornée se laisser distendre par l'humeur aqueuse au point de former à la partie antérieure de l'œil une espèce de bulle transparente. Quelques auteurs ont rangé cette affection parmi les staphylômes ; mais elle ne consiste évidemment que dans une variété de l'hydrophlbalmie , et nous renvoyons à ce mot.

11. Staphylôme opaque de la cornée. Celui-ci est le staphylôme proprement dit : il suppose toujours l'adhérence de l'iris à la cornée.

Quand l'adhérence est partielle, elle occupe ordinairement la partie inférieure de la cornée, qui est seule saillante, inégale et trouble : au-dessus, la chambre antéi ieure de l'œil est conservée ainsi que l'intervalle qui sépare l'iris de la cornée , la pupille est ou perdue en entier ou tiraillée vers ce staphylôme partiel.

Quand l'adhérence est totale, l'humeur aqueuse continuant de s'accumuler dans la chambre postérieure seulement, c'est-à-dire dans un lieu où l'on pense que l'absorption est très-peu active , pousse en avant l'iris et la cornée, en pesant également sur tous les points, et il se forme un staphylôme général sTphérique. C'est cette espèce de staphylôme qui se forme ordinairement lorsque l'affection a débuté par la cornée.

Quand, au contraire, le staphylôme est la suite d'une ophthalmie interne, d'une iritis, par exemple, à l'adhérence de la totalité de la face antérieure de l'iris à la cornée , se joint celle de la face postérieure de cette membrane ou de Yufée à la capsule du cristallin , alors les deux chambres sont effacées et la sécrétion de 1 humeur aqueuse détruite; le cristallin, poussé par l'action simultanée des muscles de l'œil, se porte en avant, la pression qu'il e.xerce se fait surtout sentir au niveau du centre de la cornée, et le staphylôme prend une forme conique.

Pour bien comprendre le mécanisme de la formation du staphylôme de la cornée dans les différens cas qui viennent d'être supposés, il faut se rappeler qu'une inflammation attaque toujours primitivement ou consécutivement la cornée, et que c'est au moment où celle-ci , gonflée en avant et en arrière et ramollie, se perfore pour laisser échapper l'humeur aqueuse, que l'iris, seule, ou avec le cristallin , vient exercer sur elle une pression à laquelle elle doit nécessairement céder.

La formation d'un staphylôme général suppose deux chose» : un ramollissement général de la cornée et l'évacuation lente de I humeur aqueuse par une très-petite ouverture. Quand la perforation de la cornée est large et son inflammation partielle ,( l'iris se présente par l'ouverture et forme au-dehors une hernie plus ou moins considérable. Les autres parties de cette membrane sont tendues, elles restent éloignées de la cornée, et la chambre antérieure est conservée dans les points correspoadans. La portion qui fait hernie se recouvre

STAPHYLOME.

STAPHYLORAPHIE.

d'une cicatrice blanchâtre ou bleuâtre, elle reste luisante et il en résulte un staphyJôme partiel.

Les causes du staphylùtne opaque de la cornée sont toutes celles de la sclérotite, notamment les oplilhalinies morbilleuse, varioleuse , scrophuleuse , et surtout les ophthalmies purulentes et blennorrhagiques.

La marche de la maladie est plus ou moin^ rapide. La tumeur qui constitue ce slaphylome se forme en général en quelques semaines : mais pendant longtemps, souvent pendant plusieurs mois, l'œil conserve encore des traces de l'irritation qui a signalé le début du mal. Quand l'irritation a disparu , le staphylôme prend une couleur d'un blanc mat, d'un gris clair, ou d'un gris blanchâtre, ou enfin d'un gris rougeâtre.

Une fois formé , le staphylôme ne reste pas toujours pour cela stationnaire. Souvent il continue de s'accroître lentement, et quelquefois il finit par acquérir un volume tel qu'il renverse en dehors la paupière inférieure. Très-souvent, sans même acquérir un volume considérable , il s'irrite par le frottement des paupières, et s'enflamme de temps à autre d'une manière plus ou moins vive ; dans quelques cas, la tumeur se perfore, laisse évacuer l'humeur aqueuse accuniule'e dans la chambre postérieure , s'affaisse pour quelque temps , et reparaît ensuite ; chez quelques sujets, l'inflammation, après s'être ainsi assoupie et réveillée à plusieurs reprises, finit par envahir les parties profondes de l'œil, et j)ar en déterminer la fonte purulente ; d'autres fois , l'état ordinaire de l'œil est une inflammation chronique permanente accompagnée de larmoiement : il n'est pas alors très-rare de voir la tumeur dégénérer en un véritable cancer de l'œil, surtout quand il s'agit d'un staphylôme général conitjue.

Enfin lors même que la maladie n'entraîne aucune de ces suites graves , elle constitue toujours une difformité très-apparente , et elle détermine la cécité, toujours, quand il s'agit d'un staphylôme général, sphérique ou conique, et souvent, quand il n'y a qu'un staphylôme partiel, soit parce que l'opacité s'étend jusqu'au niveau de la pupille , soit parce que cette ouverture est presque toujours déplacée, déformée, ou comprise dans la tumeur.

Traitement. La perte de la vue déterminée par un staphylôme est incurable toutes les fois que celui-ci est général : on ne peut remédier à la cécité déterminée par un staphylôme partiel qu'au moyen de l'opération de la pupille artificielle, quand d'ailleurs le malade se trouve dans les conditions favorables à celte opération. [Foy. Pupille aetificielle. )

Le staphylôme , considéré en lui-même , est incurable. On peut pourtant diminuer quelquefois la saillie d'un staphylôme partiel , par l'usage des caustiques solides ou liquides , appliqués légèrement sur la tumeur que l'on lave ensuite promptement. Mais ces moyens sont dangereux , et il faut s'en abstenir toutes les fois que l'œil présente quelque trace d'irritation, de la dureté, des vaisseaux variqueux, en ini mot, des altérations qui doivent faire craindre la dégénération cancéreuse.

Dans le plus grand nombre des cas , on doit se borner à calmer les accidens inflammatoires chaque fois qu'ils se reproduisent: s'ils deviennent permanens, si la saillie formée par la tumeur est très-difforme, douloureuse ou gênante, il n'y a d'autre parti à prendre que celui de vider l'œil par l'opération qui a été décrite à l occasion de I'hydrophthalmie.

Enfin , si l'œil menaçait de dégénérer , il faudrait aussitôt que cette tendance serait reconnue , en pratiquer l'extirpation complète.

in. Staphylôme de l'iris. Cette affection a déjà été décrite à l'occasion des HERNIES de l'iris.

IV. Slaphylome de la sclérotiqrie et du ligament ciliaire. On nomme ainsi des bosselures bleuâtres qui se forment quelquefois à la surface de la sclérotique. Quand elles apparaissent autour de la circonférence de la cornée, elles constituent le staphylôme antérieur de la sclérotique , ou le staphylôme du corps ciliaire ; lorsqu'elles occupent un point plus reculé , elles forment le staphylôme postérieur.

Le staphylôme de la sclérotique est ordinairement le résultat d'une affection plus profonde de l'œil, qui a détermine le ramollissement du tissu de la sclérotique . et lui a permis de céder à la pression des parties qu'elle renferme.

Quelquefois c'est une iritis chronique dont les traces restent apparentes, et alors c'est un staphylôme antérieur qui se forme; d'autres fois, c'est une hydroplithalmie générale du corps vitré ou une sorte d'hydropisie enkystée qui se développe entre la sclérotique et la rétine; enfin , dans quelques cas , c'est un développement variqueux des vaisseaux choroïdiens {cirsophthalmie) ou une véritable dégénération mélanique.

Dans tous les cas , la vue est fort affaiblie ou complètement perdue.

Lorsque l'affection est le résultat d'une accumulation de liquides dans la profondeur de l'œil , elle suit la marche , présente les accidens et réclame les mêmes soins que l'hydrophthalmie dont elle n'est qu'une variété ; lors , au contraire , qu'elle est due à une dégénérescence variqueuse peu avancée des vaisseaux de la choro'ide , on conseille de lui opposer quelques saignées dérivatives et révulsives , l'usage réitéré des purgatifs , celui des fondans et l'application de la glace sur le globe de l'œil.

Quand l'afTection est stationnaire et ancienne, on doit désespérer de la faire disparaître par aucun moyen , et il est convenable de s'abstenir de tout ti-aitement; lorsqu'elle augmente ou lorsqu'elle présente les caractères de la dégénéralion mélanique ou cancéreuse, il faut pratiquer au plus tôt l'extirpation de l'œil.

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( L.-J. Sanson.)

STAPHYLORAPHIE. s. f. de ct«ç>u),i, , raisin, luette, et pu'fii , couture, ve LOSTNTHÈsE , de vclum , voile , et tru-jS^çii, réunion ; opération qui a pour but li réunion des solutions de continuité du voile du palais.

La staphyloraphie a été imaginée pour remédier à des vices de conforma' tion originels du voile du palais ; mais on comprend néanmoins que des plaies, que des perforations survenues à la suite d'ulcérations syphilitiques , puissen' également en réclamer les bienfaits.

La staphyloraphie est une conquête chirurgicale de notre époque ; 'MM. Roux et Grœfe de Berlin se partagent l'honneur de son institution ; et bien que les travaux de M. Grœfe, sous ce rapport, paraissent remonter à une époque an térieure à celle où M. Roux s'occupa du même sujet, il est certain cependantj que l'un et l'autre ont des titres égaux à la découverte de cette importante operation. En effet, les récriminations de M. Grœfe toucheront toujours fort peu ceux qui connaissent la franchise et la bonne foi scientifiques de M. Roux; oi ce professeur assure qu'il n'avait eu aucune connaisance des essais du chirur- ("fj gien prussien à l'époque à laquelle il pratiqua sa première opération. '

Quoi qu'il en soit, la staphyloraphie a pris rang dès long-temps dans la'*" science; depuis quinze ans elle a été pratiquée par une foule de chirurgiens ;r'"'" et, chose fort remarquable, ainsi qu'on le verra plus loin, on n'a presque rien-'*'' changé au mode opératoire qui avait tout d'abord été imaginé par M. Roux, ^i*''

Comme nous l'avons dit en commençant, c'est presque uniquement dans desl'I'P' cas de vices de conformation du voile du palais que la staphyloraphie est néces-^^''' saire ; ce sont ces vices surtout qui ont inspiré à MM. Roux et Grœfe l'idée de''^ la pratiquer. ^

Les principaux vices de conformation du voile du palais sont ceux qui résultentde sa bifidité. Or cette bifidité, cette fente, offre plusieurs degrés qu'il iin-'''il' porte par-dessus tout de bien distinguer ici. I''*

La bifidité du voile du palais est toujours médiane ; mais tantôt elle affe<ffl|l>i le voile du palais seulement , et tantôt elle est étendue en outre à la voûte paSwIi latine. Dans le premier cas, la bifidité peut n'appartenir qu'à la luette, tandisjlire que d'autres fois elle comprend le quart ou la moitié de la hauteur du voile, ouiïili le voile tout entier. Dans le second cas, la fente palatine qui vient compliquer ii si gravement le vice de conformation du voile du palais, est tantôt bornée à la M partie postérieure du palais, et tantôt elle s'étend à toute cette voûte , mêmeàii la lèvre supérieure. ' "

Pour le voile du palais, la bifidité eongéniale est un vice de conformatîon'js analogue à celui qui constitue le bec de lièvre pour la lèvre supérieure. On doit se le représenter comme le produit d'un arrêt <Ians l'évolution de la partie à la- '"i quelle il appartient. En effet, le voile du palais se développe par deux moitiés ■« latérales qui viennent se réunir pendant la vie embryonaire , et se confondent i dans un raphé médian qui s'établit de haut en bas, de la voûte palatine vers la ' ' luette. Aussi, que l'évolution s'arrête de bonne heure, la voûte palatine et son 1 voile sont bifides à-la-fois ; tandis que plus tard , la même cause produit seule- i i ment la bifidité du voile tout entier, ou celle de ses parties inférieures. Jamais :i on n'observe la division supérieure du voile du palais, la partie inférieure du if même organe offrant l'état normal ; tandis qu'au contraire l'inverse a été fré- 1:) quemment remarqué. i '

Du reste, si l'on nous demandait la cause de cet arrêt dans le travail de développement de la partie qui nous occupe , nous serions forcé d'avouer que la science n'est pas faite à cet égard , que des observations et des faits sont encore nécessaires. On peut bien hasarder quelques hypothèses, présenter quelques j vues plus ou moins ingénieuses pour rendre compte de cet état, mais ce ne sont que des spéculations, bonnes tout au plus pour satisfoire l'esprit de ceux qui demandent à tout prix des explications , et qui veulent du premier coup péné- ^ trer les mystères les plus cachés de l'organisation.

Une autre question, i)lus intéressante et d'une solution un peu plus facile que la précédente, est celle-ci : la bifidité du voile du palais est-elle subordonnée à celle de la voûte palatine? ou bien l'inverse a-t-il lieu ? ou bien encore ces deux états s'établissent-ils ensemble, sans que l'un n'exerce aucune influence sur l'autre? Voici ce que l'observation la plus rigoureuse nous enseigne à cet égard. Jamais on ne rencontre de bifidité de la partie postérieure du palais, sans une séparation analogue du voile ; et, d'autre part, bien que la bifidité du voile du palais ne suppose pas plus nécessairement que le bec de lièvre la bifidité de la voûte palatine, cependant les cas sont communs dans lesquels on observe la coïncidence de ces deux états. Ainsi la formation complète et régulière du voile du palais, implique nécessairement la formation complète et régulière de la partie postérieure de la voûte palatine; ainsi la formation anormale du voile du palais, coexiste souvent avec le développement irrégulier de la portion de palais à laquelle tient celui-ci. De sorte que s'il fallait nous prononcer définitivement sur la question que nous avons posée en commençant, il nous paraîtrait plus logique d'admettre que le voile du palais commande le développement de la partie postérieure de la voûte palatine , que de professer une opinion in-

STA.PHTLORAPHIE.

STAPHYLORAPHIE.

erse. Ajoutons qu'à la suite de la staphyloraphie entreprise heureusement , dans le cas de division simultanée du palais et de son voile , il est permis d'espérer le rétrécissement, l'oblitération même de la solution palatine ; tandis que personne ne compterait sur la disparition spontanée de la bifidité du voile du palais , dans le cas où l'on serait assez heureux pour obtenir primitivement 'oblitération de la fente palatine.

La bifidité du voile du palais est un vice de conformation assez commun , un jeu moins cependant que le bec de lièvre; sans doute, parce que le voile du jalais se développe seulement par deux points, et qu'ainsi les chances de séparation doivent être moins grandes pour lui, que pour la lèvre supérieure qui :oinmence par quatre, ou au moins par trois parties.

Lorsque la bifidité est bornée au voile du palais , celui-ci présente sur la igne médiane une fente triangulaire à base intérieure ; fente de forme quadriatère , lorsque la voûte palatine et le voile du palais sont bifides à-la-fois, jorsque la bouche est close et que le malade respire par le nez , les lèvres de 1 solution de continuité du voile du palais sont en contact, ou au moins dirigées une vers l'autre et aussi rapprochées que possible ; mais aussitôt que la bouhe est ouverte, elles se rétractent convulsivement en dehors, sous l'influence es muscles péristaphylins externes , et s'appliquent sur les côtés du pharynx ; e sorte que la fente qui les sépare acquiert alors des dimensions tellement onsidérables , qu'au premier abord, on dirait que le voile du palais a subi , ïne perte de substance, et que le rapprochement de ses parties latérales est

■ impossible. Toutefois après quelques instans de repos, pendant le moment de

■ lexpiration , on ne tarde pas à voir les deux parties rétractées revenir l'une i^rs l'autre , sans arriver pourtant jusqu'au point de contact. Alors , mais seu- ;ment alors, il est possible de porter un jugement plus exact sur l'état des arties que l'on observe. Le moindre contact du doigt ou de quelque instrument ir la base de la langue, ou sur quelque autre point de l'isthme du gosier, roduit , à un plus haut degré encore que la simple ouverture de la bouche ,

, ps phénomènes de rétraction qui viennent d'être exposés. Cette circonstance, ttéfavorable pour l'opération de la staphyloraphie , met le chirurgien dans la

Îécessité de saisir les parties pour ainsi dire à la volée , dans le moment où il îit les traverser avec les aiguilles à suture. H Bien différente de la bifidité qui caractérise le bec de lièvre, la bifidité du ^)ile du palais ne détermine aucune difformité. Elle ne frappe pas l'œil de Dbservateur au premier abord; mais, en revanche, elle apporte dans l'acimplissement de certaines fonctions, dans la déglutition , et dans la formation la parole, des modifications qui la peuvent faire remarquer avant l'examen rect. Elle rend la déglutition des liquides difficile , impossible même dans rtaines positions, la tête étant un peu inclinée en bas. Il esl impossible r exemple, aux personnes atteintes de ce vice de conformation , de se désalrer au bord d'un ruisseau , ou de humer l'eau qui sort du tuyau d'une fonjne. Elles ne peuvent faire le vide dans l'intérieur de leur bouche , ni disîidre cette cavité avec de l'air ; l'action de sucer ou de téter leur est interdite, ssi bien que celle de jouer du cor ou des autres instrumens à vent. Les ens ainsi affectés sont difficiles à élever ; on ne peut les allaiter que debout, et leur faisant tomber du lait dans le fond de la bouche. Pendant l'acte du missement , la bifidité du voile du palais détermine le passage des matières ns les fosses nasales, et elle ajoute ainsi des angoisses spéciales, à celles li résultent du vomissement chez les personnes ordinaires. La parole des personnes affectées de division du voile du palais est sourde nasonnée ; cependant il est juste d'ajouter qu'il existe, sous ce rapport, quelles différences remarquables qui nous paraissent dépendre de la langue que rient les sujets que l'on étudie. Les Anglais sont un peu plus heureux que us de ce côté ; cette remarque a échappé jusqu'ici aux pathologistes , il us a été donné de la répéter fréquemment sur un jeune Anglais qui nous t adressé, il y a quelque temps , par notre ami le docteur Gillette. Ce malade ixprimait en français et en anglais avec une égale facilité , sa voix offrait un sounement désagréable quand il parlait le français , tandis qu'au contraire le avait presque son timbre naturel quand il s'exprimait en anglais. La diffénce était même telle , chez ce malade en particulier , qu'il eût été presle impossible dans le second cas de supposer une division du voile du palais, ndis que dans le premier cas, il devenait évident que cette partie ou la voûte latine présentait une ouverture anormale.

La division congéniale du voile du palais est assez commune ; et si l'on doit ce surpris d'une chose , c'est que l'opération qui s'y rapporte n'ait pas été laginée beaucoup plus tôt.

La staphyloraphie est une opération délicate plutôt que difficile; elle exige iê patience et une docilité très-granc' de la part de celui qui s'y soumetissi, différente, sous ce rapport , de l'opération du bec de lièvre, elle ne peut •e pratiquée dans les premières années de la vie; il faut pour qu'elle porte us ses fruits, que le malade comprenne bien l'importance qu'il y a pour lui à tenir une entière guérison ; or cette importance ne peut être bien appréciée ■l'à un âge déjà assez avancé. 11 y aurait imprudence à l'appliquer à des enfans -dessous de quinze ans ; plus jeunes , les enfans , non-seulement ne se prêraient pas d'une manière suffisante aux manœuvres fatigantes et longues de Opération, mais encore ils ne pourraient, sans danger, supporter l'abstinence olongée qui doit la suivre. Toutefois , bâtons-nous de le dire, c'est un mal- !ur que la staphyloraphie ne puisse être pratiquée dès l'âge le plus tendre, a effet, dans les cas où le voile du palais et la voûte palatine sont divisés inultanéraent, la réunion du premier apporterait des chances d'autant plus

DiCT. DE MÉDECINE ET DE ChIKURGIE PRATIQUES.

grandes en faveur de la restauration de la seconde , que l'opération serait faite plus près de l'époque de la naissance.

L'opération de la staphyloraphie, comme toutes celles qui ont pour but la réunion des solutions de continuité congcniales ou anciennes, se compose de deux temps, savoir Vai'wement et la réunion. Elle peut être faite suivant plusieurs procédés. Quoi qu'il en soit, nous décrirons d'abord celui de M. Roux, parce qu'il est le plus parfait, et qu'ainsi il nous servira comme de règle à laquelle nous rapporterons ceux que nous exposerons après lui.

lo. Procédé de M. Roux. Pour pratiquer la staphyloraphie il est nécessaire d'avoir plusieurs aides à sa disposition, soit pour soutenir la tête et les mains du malade, soit pour présenter les instrumens , et pour assister plus immédiatement le chirurgien.

L'appareil instrumental se compose : !<> de trois ligatures plates, formées par la réunion de trois ou quatre fils; 2° de six aiguilles placées une sur chaque bout des ligatures ; 3» d'un porte aiguille; 4o de pinces à pansement un peu longues dont les mors soient bien prenans ; 5» d'un long bistouri droit , à lame étroite, boutonné à son extrémité, tranchant seulement près de son bouton, ou garni de linge jusqu'à huit ou neuf lignes de ce point; 6° de ciseaux légèrement coudés sur leurs bords , ou tout-à-fait droits.

De l'eau froide ou vinaigrée ; des vases pour recevoir le sang craché par le malade; une ou plusieurs alèzes , sont encore nécessaires , et doivent être disposés à l'avance. Les bouchons de liège que quelques personnes placent entre les dents pour empêcher le rapprochement des mâchoires, sont beaucoup moins utiles qu'il le semblerait au premier abord , parce que le malade n'éprouve aucune tendance à fermer la bouche lorsqu'il se sent accroché par les instrumens ; aussi commence-t-on à les mettre de côté, non-seulement pendant la staphyloraphie, mais encore dans l'excision des amygdales, ainsi que nous l'avons dit précédemment.

On peut employer avec avantage, pour l'avivement, une longue pince-airigne dont les mors soient très-déliés, de manière à maintenir des bords de la solution pendant la section difficile qu'on y pratique.

Le porte-aiguille de M. Roux est une pince à deux branches qui s'écartent par leur élasticité , et dont le rapprochement est déterminé par un anneau que l'on pousse sur elles au moyen d'une tige ou mandrin, qui traverse le manche de l'instrument dans le sens de sa longueur.

Tout étant disposé comme nous venons de le dire, le malade entouré d'une alèze est assis sur une chaise un peu basse , devant une croisée bien éclairée , la tête un peu renversée, et tenue dans cette position par un aide placé derrièie lui. Deux autres aides placés à droite et à gauche fixent les mains, et se tiennent prêts à saisir les fils aussitôt qu'ils seront placés. Un autre présente les instrumens dans l'ordre où ils deviennent nécessaires.

Quoi qu'il en soit , l'opération doit être exécutée de la manière suivante : le talon des aiguilles est placé successivement entre les mors du porte-aiguille; cet instrument est tenu avec la main droite , pour passer l'aiguille du côté droit du voile du palais , et avec la gauche , dans le temps opposé ; la bouche du malade étant ouverte, la langue est abaissée avec la main qui ne tient pas actuellement le porte-aiguille ; cet instrument est porté profondément à travers l'isthme du gosier, au-delà du voile du palais; le chirurgien, les yeux fixés sur la partie malade , saisit le moment où le voile du palais se relâche de la contraction convulsive qui l'efface dès l'abord sur les côtés du pharynx ; l'aiguille est passée d'arrière en avant , à trois lignes de la solution -de continuité ; le porte-aiguille est incliné en dehors par un mouvement de bascule, et sa pointe paraît en avant ; cette pointe est saisie avec une piuce à pansement ; un aide attire à lui le mandrin du porte-aiguille; celui-ci, devenu libre, est retiré au dehors, pendant que, d'un autre côté, l'aiguille sollicitée par la pince qui l'a saisie traverse le voile du palais , et parait hors de la bouche avec le fil qu'elle traine après elle.

On passe d'abord le fil inférieur , et ensuite successivement ceux qui sont audessus du premier. Du reste , lorsque le fil inférieur est en place , il sert à fixer le voile , et il rend les manœuvres destinées à placer les autres et plus faciles et plus promptes. Les fils sont confiés à des aides qui les maintiennent sans exercer sur eux aucune traction. Ordinairement trois fils sont nécessaires pour la staphyloraphie; mais on conçoit que deux pourraient suffire, si le voile du palais offrait seulement une division vers sa partie inférieure.

Le placement des fils une fois accompli, la staphyloraphie est loin d'être achevée, il faut encore, en effet, procéder à l'avivement des bords delà solution de continuité avant de pratiquer leur réunion. Ainsi le mode opératoire de la staphyloraphie est bien différent de celui que l'on met en usage pour le rapprochement des bords des autres solutions de continuité ; tandis que pour cellesci , l'avivement précède le placement des fils , il lui succède , au contraire, dans la staphyloraphie.

Pour pratiquer l'avivement des bords de la fente staphylienne , M. Roux saisit avec de bonnes pinces à pansement l'extrémité inférieure de chacun d'eux , les attire en avant et en bas , fait relâcher les fils, les refoule un peu vers le pharynx , et commence la section en bas avec les ciseaux coudés sur leurs bords, ou simplement avec les ciseaux droits; mais il ne se sert des ciseaux que pour commencer. Aussitôt après, il s'empare du bistouri boutonné , préparé à cet effet; il en dirige le tranchant en haut ; et par des mouvemens lents et bien dirigés alternativement d'avant en arrière et d'arrière en avant , il détache la partie la plus extrême des lèvres de la division , et réunit à angle les incisions droite et gauche au-dessus de l'extrémité supérieure de la fente anormale.

Après l'avivement, il ne reste plus qu'à serrer les fils. Pour cela , on commence par le fil supérieur , et on termine par l'inférieur. On saisit les deux

STAPHYLORAPHIE.

Sî APHtLÔRAPHiË.

chefs Je chaque fil , et l'on fait un nœud simple que l'on conduit dans la bouche au moyen de l'index des deux mains. Lorsque la constriction de ce premier nœud a e'té suffisante pour rapprocher et maintenir rapprochées les parties , un aide le fixe, eu le prenant avec une pince à pansement , jusqu'au moment où l'on a fait un second nœud qui puisse arrêter le premier. On se conduit de la même manière pour le second et pour le troisième points de suture ; et on termine en coupant les fils à deux lignes environ de leurs nœuds. Comme on le voit , c'est la suture entrecoupée que l'on met en usage dans la staphjloraphie; c'est la seule qui convienne , en effet , dans cette délicate et importante opération.

Lorsque l'opération est terminée, la solution de continuité est effacée, le malade peut parler et avaler les liquides avec plus de facilité qu'auparavant ; mais il faut peu lui permettre de se livrer à ces actes. L'ingestion immédiate d'une certaine quantité de boisson est cependant d'autant plus nécessaire , que l'opéré devra en être privé jusqu'au quatrième jour , si la chose est possible.

Indépendamment de cette abstinence d'alimens , et de ce mutisme , auxquels a besoin d'être astreint l'opéré de staphyloraphie , il doit encore être placé loin de toutes les causes d'irritation : il sera tenu dans une chambre éloignée du bruit , à une température douce ; on lui recommandera de ne faire aucun effort soit pour cracher, soit pour se moucher ; ou lui défendra même d'avaler sa salive ; enfin , il évitera d'ouvrir la bouche , parce qu'il est d'observation que les bords de la solution de continuité du voile du palais tendent à se porter en dehors , quand les mâchoires s'écartent l'une de l'autre.

Le quatrième jour, les parties sont réunies , si l'opération doit avoir le résultat désiré; mais il est prudent de ne pas enlever tous les fils , de peur que la cicatrice ne soit déchirée ; on coupe seulement les deux supérieurs , et on ne retire le dernier que le lendemain. Pour retirer les fils , on les saisit avec une pince près du nœud , et , avec de bons ciseaux , on les coupe un peu en arrière de celle-ci.

D'abord, le malade doit Tivre de bouillons clairs, puis successivement il prendra des bouillons plus substantiels et des potages. Il importe , le jour de l'ablation des fils, de recommander les plus grandes précautions; les boissons que l'on peut permettre , seront avalées à petits coups , en les faisant glisser par cuillerées sur le dos de la langue; l'usage de la parole doit encore être interdit.

Lorsque l'opération réussit , la voix prend le timbre ordinaire , et tous les inconvéïiiens attachés à la bifidilé du voile du palais disparaissent promptement.

Jusqu'ici, nous avons supposé l'existence d'une simple division du voile du palais , circonstance qui rend la staphyloraphie plus facile , et d'un succès plus assuré ; étudions cette opération maintenant dans les cas où la bifiJité porte àla-fois sur le voile et sur la voûte du palais.

Dans certains cas de division de la voûte palatine, il existe un tel écartement entre les os , que le voile du palais ne peut être soumis à l'opération réparatrice que nous venons de décrire , la maladie est au-dessus des ressources de l'art. Mais dans d'autres circonstances , soit que le palais présente seulement une bifidité en arrière , soit que cette bifidilé le comprenne tout entier , l'opération peut encore être tentée, et le chirurgien doit l'entreprendre. Mais il faut bien savoir qu'elle n'offre alors que peu de chances favorables; M. Roux l'a pratiquée souvent dans des cas de ce genre; il n'a obtenu qu'un ou deux succès; et encore n'a-t-il jamais réussi à réunir la partie supérieure du voile du palais. Néanmoins ces rares succès procurent l'avantage de permettre plus facilement l'usage d'un obturateur. Par malheur, comme nous l'avons déjà dit, il n'est pas possible de pratiquer l'opération de la staphyloraphie d'assez bonne heure, pour que l'on puisse espérer qu'elle ait sur l'oblitération de la partie postérieure delà fente palatine, l'influence qu'exerce l'opération du bec-de-lièvre sur la partie antérieure de cette voûte.

M. Roux n'a pas seulement le mérite d'avoir institué la staphyloraphie pour les cas simples, c'est lui encore qui s'est occupé Je premier des cas compliqués que nous venons de mentionner. D'abord il a pratiqué l'opération dans ces cas sans la modifier en aucune manière ; mais plus tard il eut l'idée de faciliter le rapprochement en détachant les deux parties latérales du voile du palais du bord postérieur de l'os palatin. Chez une jeune demoiselle à laquelle il appliqua cette modification avec succès, il étendit celte section transversale un peu en dehors des points vers lesquels avaient été placés les fils destinés à la suture.

Ce qui s'oppose au succès de la staphyloraphie dans les cas de division palatine, c'est cette division elle-même et l'état d'écartement dans lequel elle tient les parties molles. Aussi rendrait-on un service signalé aux malheureux affectés de ce vice de conformation , en proposant un moyen qui pût de bonne heure rétrécir et oblitérer la fente de la voûte palatine ; on changerait ainsi les cas compliqués en des cas tout-à-fait simples, pour lesquels l'opération réussit le plus souvent. Levret, Jourdain , Autenrieth, et M. Roux , dans ces derniers temps, ont songé à remplir celte indication. M. Roux a tenlé la compression des arcades dentaires de dehors en ded ans, compression qui a été heureusement exécutée, dit-on, par MM. Pointe de Lyon et Maunoir de Genève. L'autoplastie, dont on a si largement agrandi la sphère dans ces derniers temps, pourrait aussi être essayée avec quelque avantage dans ces cas. Déjà M. Roux avait fait quelques essais, sous ce rapport, en cherchant à décoller le tissu fibro-muqueux de la voûte palatine, et à l'affronter au-dessous de la solution de continuité osseuse. Mais M. Krimer a été plus loin encore : il a pratiqué , à quelques lignes en dehors de la fente palatine et tle chaque côté , une incision semi-elliptique comprenant toute l'épaisseur du tissu dense du palais ; et après avoir disséqué les

deux lambeaux ainsi formés, il les a renversés de dehors en dedans vers la ligne médiane, elles a réunis ensemble au moyen d'une suture. Cette ingénieuse; opération mérite d'être répétée.

2°. Procédé do M. Grœjé. M. Grœfe se sert, pour fixer les bords de la solution de continuité, d'une longue pince à disséquer un peu recourbée vers la pointe el terminée en double érigne , et il excise ces bonis avec des ciseaux. Pour la suture , il emploie maintenant des aiguilles presque droites , elles dirige à l'aide d'un porte-aiguille qui diffère de celui de M. Roux sous ce rapport, que la tige n'est pas traversée par un mandrin , et que deux anneaux supportés par deux montans latéraux l'ouvrent ou le ferment , suivant qu'on les pousse vers la pointe ou vers le manche de l'instrument. M. Grœfe emploie aussi quelquefois pour porte-aiguille une pince articulée, qui forme un coude à son extrémité, et dont la branche mobile présente une bascule analogue à celle de la lame du! lilhotome caché.

Pour serrer les fils et arrêter définitivement la suture , M. Graefe a adoptéi un procédé compliqué qui contraste singulièrement avec les manœuvres simples imaginées par M. Roux dans le même but. lia besoin pour cela, 1° d'une petite portion de cylindre creux percé sur les côtés ; 2° d'une pince coudée sur le dos près de son manche, et creusée de deux rainures en dehors de son bec ; 3» d'une vis ou bouchon en rapport de diamètre avec le canal du cylindre ; 4» d'une pince droite montée comme un porte-crayon ordinaire. Ces instrumens étant préparés, voici comme on les fait agir : on passe les extrémités des fils de dedans j en dehors dans les ouvertures latérales des cylindres ; on porte ceux-ci avec lai pince coudée jusqu'au voile du palais ; on serre un peu fortement ; et on arrête] le fil à l'aide du bouchon que l'on enfonce dans l'ouverture du cylindre au moyen j J de la pince droite. ' j ^

Le procédé de M. Grœfe est remarquable, comme on le voit, par une surcharge' toul-à-fail inutile d'inslrumens: il ne saurait, sans une airande défaveur, soutenirn , le parallèle avec celui de M. Roux. "1

3°. Procédé de M. Diejfenhach. M. Dieffenbach préfère le fil de plomb au fil', SU de chanvre; pour le placer, il emploie des aiguilles droites comme celles deï*" M. Ebel. Ces aiguilles n'ont pas de chas, elles ressemblent à de petites lardoires, et sont creuses vers leur talon, de manière à recevoir l'extrémité du fil de^ I'" plomb qu'elles doivent entraîner. Il se sert des pinces érignes de M. Grœfe pour'*f fixer le voile du palais pendant l'avivement , et il emploie pour cette dernière^!''! partie de l'opération un petit couteau ou staphylotome , dont la lame ressem-|'W ble à celle d'une lancette, et dont le manche est fort allongé. Son porte-aigui]lel|î""! n'est autre chose qu'une bonne pince à pansement. Enfin son serre-nœud res-^*'''^ semble beaucoup à la canule de Levret pour la ligature des polypes des fossesl^^'i nasales, canule dont l'extrémité est séparée en deux par une traverse. Le serrenœud de M. Doniges, qui consiste en une béquille fendue aux deux bouts delà M traverse pour recevoir les extrémités du fil métallique, pourrait également être j'""' mis en usage. Pour serrer le fil, il suffit d'engager ses deux extrémités, soit dan8'i"|*"j la canule , soit dans les entailles de l'instrument de M. Doniges, et de les tordre l* deux ou trois fois l'une sur l'autre. j''^'

Du reste, M. Dieffenbach a proposé, pour amener plus facilement au pointi» de contact les parties latérales du voile du palais, sans les fatiguer par des trac- iiè tions trop fortes , de pratiquer en dehors des fils , de chaque côté , une incision j Si longitudinale qui comprît toute l'épaisseur du voile, et qui s'étendît depuis la base jusqu'au bord libre de cette partie exclusivement. Cette ingénieuse modi-<Mi fication importe surtout dans les cas où l'écartement est considérable.

4». Procédé de M. Beaufils. Dans les cas de perte de substance ,à la suite '«Ji des perforations syphilitiques, par exemple, M. Beaufils, de Nancy, a proposé * de prendre un lambeau sur la voûte palatine , de le tordre sur son pédicule '« pour l'adapter aux bords de la solution de continuité. Ce chirurgien assure ( «ili avoir mis une fois ce procédé en usage, et avoir obtenu un succès presque i* M complet. ' 1?'^

Quelques modifications moins importantes que les précédentes ont encore li>'' été apportées à la staphyloraphie depuis son invention, mais elles ne sont pas Li assez remarquables pour constituer des procédés opératoires particuliers. Ainsi ïl Dupuytren, Béclard, MM. Ebel, 'Werneeke et Doniges ont cherché à substituer '«le la cautérisation à l'excision des bords de la solution de continuité; mais les 'TO essais qui ont été faits de ce moyen d'avivement ne lui ont pas été favorables, I* de sorte qu'aujourd'hui on l'a à-peu-près généralement abandonné. Ainsi j || M. Schwerdt et M. A. Bérard ont proposé d'aviver en conduisant le bistouride \ k haut en bas. Ainsi M. A. Bérard, en particulier, a proposé de passer les aiguil- < «I les d'avant en arrière. | '

Nonobstant l'époque déjà éloignée de nous à laquelle M. Roux a fait con- ■« naître son procédé opératoire , et malgré les travaux qui ont été entrepris sur | i| le même sujet depuis cette époque , ce procédé nous paraît le meilleur. C'est \ « incontestablement celui qui a été le plus souvent soumis à l'épreuve de la pra- ■ « tique , et celui qui compte le plus grand nombre de succès. '

Il ne suffit pas en chirurgie de fixer les cas dans lesquels une opération con- ' ;« vient, il faut encore examiner les circonstances qui peuvent la contre indiquer. ' i Nous ne devons plus revenir sur ce qui a été dit précédemment du peu de chan- ' : ces de succès que présentent les cas de division simultanée du voile et de la voûte palatine, puisque nous avons reconnu, du reste, que ces cas n'offrent pas de contre indications positives à l'opération. Nous devons ajouter seulement que la toux habituelle est une circonstance qui s'oppose absolument à la staphyloraphie. Les personnes qui rêvent et qui parlent beaucoup en rêvant, sont également assez peu disposées à cette opération. Une jeune fille qui était dans ce cas est venue se confier à nos soins l'année dernière à l'hôpital Bcaujon.

STÉATOME.

STERCORAL

/opération fut pratiquée, elle ne présenta rien de particulier ; ignorant l'esèce de somnambulisme nocturne de cette malade , nous ne prîmes aucune récaution particulière pour en corriger la fâcheuse influence , et ropcratiou l'eut aucun succès. Au bout d'un mois, nous renouvelâmes l'opération, en renant la précaution de pratiquer les deux incisions latérales de M. Diefï'enach , afin de mettre les parties dans un relâchement aussi grand que possible ; i coaptation des parties fut parfaite. Mais, nonobstant les soins que lui donna ne garde qui ne la quitta pas un seul instant , nonobstant l'ordre donné de empêcher de dormir, on ne put eaipêcher celte malade de parler chaque fois u'elle tombait accablée par le sommeil; et l'opération échoua, cette fois, omme la première.

Sans doute , il serait inexact de dire que la staphyloraphie est incapable de roduire aucun accident. La saignée et même de plus simples opérations , ont ien quelquefois donné naissance à des désordres graves; mais nous serons icilement crus, si nous affirmons qu'elle doit être rangée parmi les actions birurgicales les moins dangereuses. M. le professeur Roux l'a pratiquée envion soixante fois , et dans un cas seulement il a eu h regretter de l'avoir enlrerise; et encore c'est beaucoup moins à l'opération en elle-même qu'à des cironstances étrangères, que doit être attribuée l'issue funeste du malade auquel ous faisons allusion.

C.-F. Griffe Die Gauinennalli (dans Graefe uad Wallher. Journal der chirurgie, )m. i, in-8°.).

P/i.-tT, i?oï/x. Mémoire sur la staphyloraphie ou suiure du voile du palais, Paris, 1825, 1-8°, avec 2 planches.

Doniges. De variis uranorhaphes melhodis , Berlini , 1823, in-8°.

Lesen/jerg. T)n sta phylorapliia qiiairïam , Rosloch , 1827, in-8o.

F , Schwerdt. Die Gaunnethnalh , Berlin , 1829, in-4°, avec 4 planches.

{ Ph.-Fréd. Blandin, )

STEARATE, voyez Emplâtre.

STEATOME. s. ju. Sieaioina. de nz-ctp , suif, graisse. On nomme ainsi une jmeur formée par l'accumulation d'une substance semblable à de la graisse ou du suif.

Les auteurs ne sont pas encore bien d'accord sur la nature du stéatôme ; ainsi, iltre avait cru voir deux maladies essentiellement différentes entre le lipome t le stéatôme, tandis que Louis, Chopart , Delpech , etc. , n'y trouvent que eux degrés de la même maladie. Suivant ces derniers, le stéatôme ne serait u'un lipôme altéré , dégénéré , et cette opinion leur a paru d'autant plus proable que souvent ils ont rencontré , dans la même tumeur , de la matière à-la- )is lipomateuse et stéatomateuse. Boyer s est rangé du côté de la manière de oir de Littre , et donne comme caractère du stéatôme de tendre à la dégénéascence cancéreuse. M. Richerand attribue , au contraire , cette funeste tenance au lipôme ; il a interverti , il est vrai , les dénominations, et il appelle pôme ce que les autres auteurs appellent stéatôme , elvice versd. Nous deons dire aussi que Boyer, quoiqu'il ait admis l'opinion de Littre , ne trouve e différences entre le stéatôme et le lipôme qu'en ce que, dans le premier, la laisse est blanche j/erme , dégénérée , et mêlée de lymphe, tandis que, dans ; dernier, elle est seulement un peu plus consistante.

Si l'on fend un stéatôme dans le sens de sa longueur, on voit les cellules de m pédicule rangées parallèlement, et se subdiviser dans l'intérieur de la tuleur à l'instar des vaisseaux ; mais si la tumeur est ancienne, le plus ordinaisment on ne trouve plus de subdivisions intérieures , et alors la substance est irdacée , dure , homogène , c'est-à-dire analogue à celle des cancers. Le pédiule du stéatôme renferme ordinairement une assez grande quantité de vais- ;aux sanguins ; on n'y rencontre jamais de véritable kyste. La nature de la latière stéatomateuse ressemble beaucoup à celle du tissu cellulaire dans l'éléhantiasis : ces deux maladies se touchent même par tant de caractères analoues que nous pourrions dire peut-être, sans exagération, que le stéatôme n'est u'un éléphanliasis local.

Le stéatôme comme le lipôme, se montre plus particulièrement aux régions iches en tissu cellulaire graisseux, à la nuque, au dos, aux parois abdomiales, aux fesses, aux cuisses, etc., et fait saillie sous la peau : cependant on le encontre parfois aussi à l'intérieur des cavités ; ainsi, Dreliucourt en a trouvé un itué entre le cerveau et le cervelet; Juncker en a vu un, gros comme un œuf, ui comprimait le canal cholédoque et la veine-porte. Qui n'a été frappé, en sant Boerhaave, de cet énorme stéatôme qui remplissait toute la poitrine d'un ertain de Saint-Auban , et qui finit par l'étouffer ?

Le stéatôme a une pesanteur spéciQque supérieure à celle du lipôme , il offre loins de bosselures ; à l'intérieur , ses lobes sont moins distincts : plus dur tplus l'ésistant au toucher que le lipome, il est plus susceptible que lui de ['enflammer, de devenir douloureux, et de dégénérer en cancer. Ses progrès Ibnt aussi plus rapides. Dans le principe, il est peu incommode et mobile ous la peau ; mais à mesure qu'il se développe, il devient déplus en plus ênant, et produit des symptômes qui varient suivant le lieu qu'il occupe , suiant la résistance qu'il rencontre, et la compression qu'il exerce sur les parties ui l'avoisinent. Au bout d'un temps plus ou moins long, tantôt à l'occasion 'un coup, tantôt sans cause appréciable , il s'enflamme , devient douloureux, e ramollit, s'ulcère, et dès cet instant, il investit tous les caractères des tumeurs

ricéreuses : ordinairement , des élancemens préludent à tous ces symptômes , persistent pendant tout le cours de la maladie. D autres fois , au contraire , \ stéatôme reste stationnaire, sans produire au malade autre chose qu'une gêne ariable suivant son volume et sa situation.

Le volume du stéatôme n'a rien de précis ; on en a observé depuis la gros-

seur d'une noisette jusqu'à des dimensions extrêmes : les auteurs ont parlé de tumeurs de ce genre du poids de soixante livres. Les sous-cutanés se développent généralement davantage que les sous-aponévrotiques ; au crâne, la peau plus résistante qu'ailleurs les empêche aussi de prendre une grande extension. Blasius parle d'un stéatôme qui , chez une femme , diminuait quand elle était enceinte , et grossissait pendant qu'elle nourrissait.

Sa forme est également très-variable et dépend de la résistance des parties qui l'entourent. Ici il est pédiculé , là à base large ; chez l'un arrondi, chez l'autre conique ou noueux , etc. Quant au nombre, il n'y a pas non plus de limites positives : tantôt il est unique , tantôt multiple. Boyer assure que dans ce dernier cas il acquiert généralement moins de volume.

Le plus souvent, les stéatômes se développent spontanément et sans cause apparente. Quelquefois cependant on a cru pouvoir les attribuer à des chutes , à des coups, à des pressions prolongées, mais il est probable que ces causes n'ont agi que comme occasionnelles , et non comme eflicientes. La nature même de ces tumeurs étant encore obscure, nous ne connaissons , il faut l'avouer, rien de positif sur les conditions de leur formation. Tout ce qu'il y a de certain , c'est que leur transmission peut-être héréditaire. On a vu même des familles entières affectées de stéatômes, et, chose singulière, ces tumeurs ont offert parfois de père en ûls les mêmes caractères sous le rapport de la forme, du volume, et même de la situation. N'est-ce pas là un trait frappant de ressemblance qu'elles ont de plus avec les affections cancéreuses ? Nous devons, à cet égard, signaler une lacune importante dans la science , et regretter que les auteurs qui ont parlé de cette hérédité pour les loupes en général , n'aient pas cherché à constater si elle n'avait pas lieu plus fréquemment, et même exclusivement pour les stéatômes seuls : ce serait, en effet, avoir fait beaucoup pour l'étiologie encore si obscure de cette maladie.

Le pronostic du stéatôme est subordonné à maintes circonstances différentes : il est toujours plus grave que celui des auti-es loupes , en raison de sa fâcheuse disposition à la dégénérescence. Plus il est douloureux, dur et lancinant, plus il y a à craindre pour le malade. Celui des cavités splanchniques est à-peu-prcs incurable ; celui qui est situé près de gros troncs nerveux et vasculaires se trouve aussi dans des conditions aggravantes ; enfin, son volume peut être tel qu'il s'oppose à toute tentative rationnelle de guérison ; il en est de même si le malade en porte un grand nombre à-la-fois.

Il est très-rare que le stéatôme guérisse spontanément; cependant Léveillé , dans sa doctrine chirurgicale, en cite un cas : il en a vu un, gros comme une noix, et situé à la pointe du sourcil , disparaître par absorption, bien que le malade le portât depuis trente ans. Ce sont quelques cas de ce genre qui ont déterminé les anciens chirurgiens à tenter la résolution de ces tumeurs : une foule de préparations et de recettes, toutes plus ridicules les unes que les autres, ont été proposées à cet effet, mais toutes sont tombées dans un juste oubli, et malgré les giiérisons merveilleuses dont leurs inventeurs leur ont fait honneur , aujourd'hui il n'est personne qui osât compter sur leur emploi.

Quelquefois une inflammation subite s'empare des stéatômes, la suppuration ou la gangrène survient , et au bout d'un certain temps la tumeur disparaît. Il ne serait pas prudent néanmoins de se croire autorisé par là à provoquer celle inflammation dans un but de traitement, parce que le plus souvent la dégénérescence cancéreuse en serait la suite , et parce qu'en supposant même que le succès s'ensuivît (ce qui du reste est fort problématique), ce ne serait jamais sans que le malade le payât par de longues souffrances et par des chance.i de graves accidens. Pour les mêmes raisons , et malgré les éloges que Marc- Jurèle-Severin, Marchettis, Heister, etc., ont accordés, dans ce cas , au feu et aux caustiques , nous proscrivons ces moyens comme infidèles et dangereux.

La ligature n'est guère applicable au stéatôme que dans le cas où il est supporté par un mince pédicule , et encore même son application est-elle quelquefois suivie d'accidens tels, que les malades, qui d'abord par pusillanimité l'avaient préférée au bistouri, demandent eux-mêmes l'emploi plus expéditif de ce dernier ; c'est ce qui est arrivé à Chopart , pour un stéatôme pédiculé qu'une femme portait à l'épaule. Quelques chirurgiens , pour rendre plus prompte l'action de la ligature , et aussi pour causer moins de douleur , commencent par lui préparer la voie , en cautérisant circulairement le lieu du pédicule sur lequel elle doit être appliquée.

De tous les moyens , le plus sûr est sans contredit l'extirpation , c'est même le seul auquel il soit permis d'avoir recours, si le stéatôme a déjà subi la dégénérescence cancéreuse. Dans ce cas , il faudra procéder absolument comme si ou avait affaire à un cancer primitif véritable, et avoir soin de tout enlever, car sans cela, la reproduction serait certaine : quelquefois même elle survient, quelque précaution qu'on ait prise d'ailleius.

Enfin, quelques chirurgiens se contentent d'emporter seulement une partie du stéatôme , et provoquent par des moyens appropriés la suppuration et la destruction de la partie qui reste ; mais, si l'on peut à la rigueur se conduire ainsi pour les loupes enkystées , nous pensons qu'il ne serait pas prudent d'en agir de même pour l'espèce de tumeur qui nous occupe : il est facile d'en deviner les motifs. Voir pour plus de détails le mot loppr.

( Ph. FnÉD. Blandin. )

STERCORAL j ALE j adj. ( emèa/Tci^ <u/?je(/r'). Les matières fécales par leur séjour trop prolongé et leur accumulation dans les intestins , peuvent donner naissance à des phénomènes morbides , nombreux et variés. Jusqu'à ces derniers temps , cette influence était restée à-peu-près méconnue; on lisait ça et là dans les écrits de la science quelques observations isolées d'accidens divers produits par des constipations opiniâtres, on y trouvait quelques exem-

STERCORAL

STERCORAL

pies de méprises ou fâcheuses ou funestes , comme des sc^-bales prises pour des tubercules mésentériques , pour des néphrites, pour des abcès, enfin pour des tumeurs de toute nature ; mais ces faits n'avaient pas encore été rapprochés et résumés de manière à permettre de tracer l'histoire générale de la maladie. Cela n'était pas possible , tant que Ton ue possédait pas de moyens de diagnostic, pour reconnaître la présence et la rétention des matières fécales dans le tube intestinal. Grâce aux perfectionneniens que la percussion a reçus des travaux de M. Piorry, et aux nombreuses applications que ce savant praticien en a su faire à l'étude des maladies abdominales en particulier, ce diagnostic est devenu facile, et l'on peut entreprendre aujourd'hui I histoire nosographique de l'embarras stercoral. Dans une thèse pleine d'intérêt, soutenue à la Faculté de médecine de Paris, vers la fin de l'année 1834, M. Raciborsky l'a déjà tenté avec succès; son travail nous sera d'un grand secours pour la composition de cet article.

L'embarras stercoral , ou la constipation, est cette maladie dans laquelle les matières fécales séjournent et s'accumulent dans le tube intestinal indépendamment de tout obstacle mécanique qui en ralentisse ou intercepte le cours. Il ne faut pas en effet confondre avec elle la rétention des matières stercorales qui accompagne les hernies étranglées, les rétrécissemens et les cancers intestinaux , l'imperforation de l'anus , la compression du gros intestin par une tumeur développée sur son trajet, etc., etc. Dans tous ces cas, c'est l'obstacle qui constitue la maladie, la constipation n'est plus qu'un symptôme; il en a été parlé dans ce Dictionnaire à l'occasion de chacune des affeclioiis qui peuvent la produire : nous ne devons pas nous en occuper ici.

La constipation est beaucoup plus commune chez les femmes que chez les hommes; à Paris , c'est l'état habituel du plus grand nombre, et principalement de celles qui , par habitude ou par nécessité, mènent une vie trop sédentaire. Les personnes nerveuses , maigres, chez lesquelles l'absorption s'exerce avec une grande activité, hommes ou femmes, y sont plus sujettes que les individus de toute autre idiosyncrasie. On l'observe beaucoup plus fréquemment aussi chez les vieillards que dans les autres âges de la vie. Enfin , presque toutes les personnes qui éprouvent de longs chagrins sont tourmentées de cette incommodité. Le sexe féminin, le tempérament nerveux , la vieillesse , les habitudes sédentaires et les afl'ections morales tristes , prédisposent donc à l'embarras intestinal. On peut ajouter encore à ces causes prédisposantes, l'insuffisance de la sécrétion biliaire, l'habitude de se retenir d'aller à la selle , et le séjour prolongé au lit.

Mais c'est dans l'alimentation et principalement dans les qualités des substances qui la composent qu'il faut chercher surtout les causes de cette maladie. Les alimens doués de propriétés astringentes , tels que les coings , les sorbes, les nèfles, les fruits verts, ceux qui ne stimulent pas suffisamment le tube intestinal, comme les concombres , la laitue, les châtaignes , les haricots, les lentilles , les pommes-de-terre ; ceux qui laissent après la digestion un résidu considérable et inerte , comme les choux , la pâtisserie mate et mal cuite , le pain d'orge ou de seigle, les cerises quand on en avale les noyaux , tels sont en effet les causes ordinaires de l'accumulation et du séjour prolongé des matières fécales dans les intestins. La continuité du régime maigre , l'abus du sucre, l'usage delà cannelle, produisent fréquemment aussi les mêmes effets.

Les matières fécales peuvent s'accumuler dans tous les points de l'étendue du tube intestinal ; mais cette accumulation s'opère le plus communément dans le coecum et l'S iliaque , et même on l'observe rarement ailleurs sans la retrouver en même temps dans ces parties des gros intestins. Quel que soit au reste le siège qu'elles occupent , elles ne provoquent d'abord que des phénomènes morbides peu nombreux et peu graves. Chez la plupart des individus , leur premier effet est de produire de la céphalalgie, des bouffées de chaleur au visage, la diminution de l'appétit, et un sentiment de gêne ou de pesanteur dans l'abdomen, et plus fréquemment dans la région lombaire; quelques-uns deviennent tristes et impatiens; les l'emmes se plaignent de vapeurs qui leur montent à la tête. Je connais une jeune dame qui, avec une poitrine excellente, éprouve de l'oppression et crache quelques filets de sang chaque fois qu'elle est constipée depuis quelque temps ; elle est avertie par ces accidens-là même de l'accumulation des matières fécales ; et les fait cesser en prenant un ou deux verres d'eau de Sedlitz , qui provoquent toujours en pareil cas quelques évacuations abondantes de matières dures et desséchées. Quand la masse de matières accumulées est considérable, elle peut comprimer un uretère et provoquer des douleurs néphrétiques en s'opposant au libre cours des urines ( Ducos ); comprimer les nerfs du plexus sacré, et donner lieu à une névralgie sciatique (Piorry); comprimer les nerfs lombaires et exciter les douleurs du lumbago ; comprimer la veine iliaque ou l'hypogastrique, et produire l'œdème du membre abdominal (Sabatier); peser sur l'utérus et l'abaisser ou le dévier et faire naître des symptômes propres à ces déplacemens ; enfin comprimer l'une des artères iliaques, et peut être même l'aorte, et développer des accidens de congestion cérébrale, ainsi que jel'ai observé chez plusieurs vieillards.

Comment découvrir , dans tous ces cas, la véritable cause des accidens , et y apporter le remède convenable ? Sans doute si le malade déclare qu'il n'a pas été à la garde-robe depuis un certain temps, si le ventre est dur et empâté dans les fosses iliaques principalement, si surtout la masse des matières stercorales se moule sur le gros intestin et en dessine la forme et la direction à l'extérieur, ou bien qu'elle forme des saillies ( tumeurs stercorales) sur quelques points de son trajet , saillies indolores , développées depuis peu de temps et sans avoir été précédées de symptômes inflammatoires, ignorées même parfois des malades, alors le diagnostic devient facile et l'indication claire et précise. Mais il

n'est pas rare de voir des matières s'accumuler dans les intestins, bien que le malades aillent tous les jours à la selle, la quantité qu'ils en rendent n'étan pas proportionnelle à celle des alimens ingérés; bien plus , quelques malade afl'ectés d'embarras stercoral ont en même temps la diarrhée, soit que la mass des matières irritant l'intestin autour d'elle y provoque une sécrétion abou dante de mucosités qui en délaie et entraîne les parties superficielles , soit qu la portion d'intestin située au dessous de l'obstacle fournisse seule cette sécré tion , soit enfin qu'un canal creusé à travers la masse fécale immobile dont) passage aux fluides sécrétés et à quelques portions du résidu de la digestion d chaque jour , ainsi que M. Roux en a observé un exemple. Enfin, l'obésité di malade peut rendre inutiles toutes les recherches de palpation abdominale. Dan! ces cas difficiles, il n'est qu'un seul moyen de dissiper l'incertitude, c'est I; percussion médiate ou plessimélrique. Je dois à l'amitié de M. Piorry , son in venteur,une note sur la percussion abdominale , que , dans l'intérêt de no lecteurs , je voudrais pouvoir insérer en entier, mais dont je ne dois citer qui ce qui s'applique à l'embarras stercoral.

Pour tirer tout le fruit possible de la percussion médiate abdominale , il r; sans dire qu'il faut bien connaître la disposition et les rapports anatomique: des viscères qui y sont contenus, et nous ne ferons pas à nos lecteurs l'injure di les leur rappeler ; mais il importe aussi de savoir quels résultats donne la per cussion de l'abdomen dans l'état normal, et ceci nous ue pouvons le passer soui silence. Dans l'état normal donc , la percussion donne un son tympanique tou I autour de l'ombilic, région occupée par les intestins grêles qui ne conlienneii \ à que des matières peu consistantes et des gaz ; le son est encore à-peu-près 1(| « même dans la région iliaque droite , à cause de la présence du cœcum habituel j«r lement rempli de gaz; il est ordinairement plus obscur , mais rarement tout-jiu à-fait mat, dans la fosse iliaque gauche occupée par l'S du colon qui contienitiç toujours une certaine quantité de matières fccales; enfin la percussion est pluHj |i ou moins sonore dans tout le trajet du colon suivant la quantité de matières!!^ qui y sont contenues , en général le son est le même que celui de la fosse ilia-tlli que gauche. Quand les gros intestins contiennent des matières liquides et dUtjlit, gaz , ils donnent un bruit spécial, dont on se fera une idée en se représentantlan le gargouillement au plus faible degré possible , et auquel M. Piorry a donnéfiii. le nom àliumorique. (Iiti C'est donc la matité, on le prévoit déjà, qui fait reconnaître l'accumulatiofii pf des matières fécales; si ces matières sont solides, le doigt éprouve une résis-isti tance plus ou moins considérable dans les points mats ; si elles sont liquides > la au contraire , cette résistance n'existe pas. L'étendue de l'espace dans lequel la un matité se fait entendre fait apprécier la quantité des matières contenues; îljjel peut être utile de circonscrire cet espace en traçant des lignes avec de l'encre ii» ou du nitrate d'argent, pour suivre les déplacemens successifs des matières. Adl» l'aide de ces signes, on parvient aisément à diagnostiquer l'embarras stercoral ja dans tous les cas , soit qu'il existe seul , soit qu'il complique d'autres maladies , on évite de tomber dans ces méprises fâcheuses , telles que de prendre des tu- 1 meurs stercorales pour des agglomérations d'intestins , suites de péritonite , el,^ ce qui est bien pis encore , pour des abcès abdominaux, méprises dont il existe) il malheureusement des exemples. Quand l'accumulation des matières a lieu daiu le rectum , la percussion ne peut plus fournir aucune lumière , mais on y supplée facilement par l'introduction du doigt dans l'intestin.

Quelques symptômes généraux accompagnent parfois l'embarras stercoral, et il importe d'en tenir compte. Les voici : les malades éprouvent des coliques, ^it une sensibilité plus ou moins vive de l'abdomen , de la chaleur à la peau, la fréquence du pouls , un goût fétide dans la bouche , des rapports nidoreux , et il même des vomissemens. Quand le cours des matières est complètement intercepté, l'haleine et la transpiration cutanée deviennent fétides , des douleurs in abdominales violentes se déclarent, les malades rejettent des matières fécatos iji par le vomissement, et s'ils ne reçoivent bientôt les secours convenables, ils iï succombent, soit à la gangrène de l'intestin, soit à sa rupture. Dans ce dernief \,i cas, les matières s'épanchent dans la cavité péritonéale , et donnent lieu à une |;

violente péritonite.

Les matières fécales peuvent, avons-nous dit, s'accumuler dans toutes loJ parties de l'intestin; l'appendice cœcal, malgré son étroitesse à l'état normal, n'est pas même à l'abri de cet accident. Les matières y pénètrent , s'y amassent, le dilatent et le distendent. Souvent il n'en résulte aucun inconvénient, et l'on rencontre quelquefois sur les cadavres cet appendice ainsi engoue, sans qu'il ait existé pendant la vie le plus léger trouble fonctionnel ayant quelque rapport avec celte lésion. Mais il n'en est pas toujours ainsi , et quelquefois cet appendice s'enflamme , se gangrène, se perfore, et laisse échapper dans la cavité péritonéale les matières qu'il contenait. La mort est bientôt la suite de cet accident. A l'ouverture des cadavres, on trouve l'appendice plus long, plus volumineux, plus épais que dans l'étal normal; ses parois sont épaissies, noires, faciles à déchirer, quelquefois perforées ou réduites eu putrilage; il contient encore les matières qui l'eugouent s'il n'a pas éprouvé de rupture, et elles sont mêlées à un liquide noirâtre et fétide provenant de sa gangrène; il n'en contient plus qu'une partie ou est entièrement vide, s'il est perforé; enfin le peiV toine présente tous les signes anatomiques d une violente inflammation.

Les causes de l'engouement de l'appendice cœcal par des matières fécales ne sont pas connues , et il règne à-peu près la même incertitude sur les symptômes que cet accident peut provoquer. Dans toutes les observations rapportées parM. Mélier, auteur d'un excellent travail sur ce sujet , on voit bien que les malades ont éprouvé d'abord pendant quelque temps du malaise et des coliques , puis, que tout-à-coup ils ont été pris d'une douleur violente dans la

I STERCORAL

gion iliaque droite, s'étendant bientôt à tout rabdomen, accoinpagne'c de ision et de météorisme du ventre, de vomissemens continuels , de hoquets ^ > soif vive, de fréquence du pouls , d'agitation extrême, et suivie bientôt de froidissement des extrémités , d'altération profonde des traits de la face , jffaiblissement , de sueurs froides et de la mort; mais qui ne sait que tous 5 symptômes se représentent dans les péritonites très -aiguës qui succèdent à e perforation intestinale ou à un étranglement interne ? Toutefois le siège I la douleur vive qui ouvre la scène dans la fosse iliaque droite , pouirait lut-êlre faire soupçonner le vrai siège de la maladie. Au reste, le diagnostic peut j)as beaucoup s'égarer; il indique une péritonite très-grave , et cette ritonite existe ; la cause seule en est incertaine , mais la marche et l'intensité s accidens ne permettent de les attribuer qu'à l'une des trois causes suivantes: it un étranglement interne , soit nnc perforation intestinale, soit l'inflamition et la gangrène de l'appendice cœcal;ce n'est donc qu'entre ces trois I lises qu'il faut chercher la vraie. Or , la persistance des selles et l'absence des itières fécales dans les vomissemens , indiquent déjà que ce n'est pas un (anglcment qui produit les accidens ; le siège de la douleur i)eut faire soup- (jiner . comme nous l'avons déjà dit , l'afl'ection de l'appendice ccecal , et les jnptômes peuvent présenter quelque autre circonstance qui achève d'écirer le diagnostic. Remarquons d'ailleurs que souvent l'appendice est décré , et par conséquent la maladie est fréquemment une véritable perforat(a d intestin. La percussion médiate ne peut être ici d'aucun secours; et Ijélât-elle l'engouement de l'appendice avant l'invasion des accidens, nous ne yons pas ce qu'il faudrait faire pour les prévenir ; on pourrait cependant l|iler l'emploi des purgatifs.

Vous ne décrirons pas les caractères anatomiqiies de l'embarras intestinal , iu'en a point qui lui appartiennent en propre ; car l'inflammation, la ganf ne et la perforation des intestins, l'inflammation du péritoine, etc. , n'en 6it que des effets consécutifs.

Jne seule indication pour ainsi dire se présente à remplir dans cette ma- I ic, c'est celle d'évacuer les matières accumulées. A cet effet , on doit avoir rours aux laveraens huileux ou purgatifs, aux potions minoratives , purgat ;s ou drastiques , suivant l'ancienneté delà constipation , la quantité et la ( lelé des matières retenues , et l'état des voies digeslives. Si les vomissemens I permettent pas d'administrer ces agens par la bouche, il faut les faire ]u trer par l'absorption cutanée ; l'huile de croton tiglium à la dose de dix à c ize gouttes en frictions sur le ventre est , en pareil cas , le médicament qui civient le mieux. On seconde l'effet de ces moyens par des boissons délayant et par les bains prolongés. Pendant tout le temps que dure la constipation, 1 malades doivent conserver la diète , aGn de ne pas accroître la quantité des r tières stercorales. Il m'est arrivé plusieui's fois de faire cesser promptement ci; constipations rebelles, en portant les lavemens très-profondément dans hitesiin au moyen d'une longue canule de gomme élastique. Dans la note i éressante qu i l a bien voulu me communiquer , M. Piorry m'annonce qu'il es parvenu plusieurs fois , par des pressions faites à l'extérieur sur les diverses [•ties du tube digestif, à faire écouler les matières des intestins grêles dans l:œcum, et de celui-ci dans les diverses parties du colon jusqu'à l'S iliaque et a rectum , et qu'il a pu constater par les résultats de la percussion le déplaceint successif des matières fécales.

'Lorsque l'embarras stercoral est accompagné de douleurs abdominales , de f /re , de chaleur , en un mot, de symptômes d'entérite ou de péritonite , il f it appliquer des sangsues et des topiques émolliens sur le ventie, sans cesser jLir cela l'emploi des évacuans que l'on devra choisir seulement parmi les inoratifs doux. Il n'y a pas à craindre ici , comme dans les entérites et les jritonites ordinaires, d'accroître l'inflammation par ces derniers moyens ; on st que les phlegmasies qui sont produites et entretenues par une cause méciique sont moins faciles à exaspérer que les autres, et qu'elles guérissent en uéral très-promptement aussitôt que leur cause est enlevée. On peut, lors- <e les douleurs sont très-vives , essayer de les calmer par l'emploi des îrcotiques, soit à l'intérieur soit à l'extérieur, mais il ne faut pas perdre de vue ( 'ils accroissent la constipation : on doit par conséquent les continuer peu de tnps , et augmenter la dose ou la force des purgatifs pour en contrebalancer hlion stupéfiante sur le tube intestinal.

On parvient plus aisément , en général , à vaincre la constipation lorsque les litières fécales accumulées occupent seulement le rectum , parce que l'on pos- ! le un moyen de plus de débarrasser les malades ; ce moyen c'est la curette I bois, ou mieux l'introduction du doigt dans l'anus. On broie ainsi les ma- ' res endui cies , et on les extrait ensuite facilement ; quelquefois cependant on i; obligé de se servir de tenettes pour les briser. Avant de recourir à cette es- ;ce d'opération , on essaie les lavemens et les potions précédemment indi-

1 ées; et chez les enfans , les suppositoires irritans , ceux de savon par exem-

2 ; la fumée de tabac dirigée dans l'intestin produit souvent un effet purgatif ompt.

F. Métier. Mémoire et OLservalions sur rjuelijues maladies de l'appendice cœcal. [Journal latéral de médecine , septembre 1827.)

\P.-A. Piorry. De la percussion médiate el îles signes obtenus i l'aide de ce nouveau mode ixploration , Paris , 1828, in-S» , fig. — Clinitjue médicale et collection de mémoires,

es, 1833 , in-S".

. Raciborshy . Dissertation sur les tumeurs stercorales, décembre, 1834. le n'ai pas cru devoir citer, dans celle notice biograpliique, les observations particulières ■'■mbarras stercoral que l'on trouve disséminées d.-ins les journaux de médecine et ailleurs , Pvaciborsky les ayant pour la plupart rassemblées dans sa ûlicse.

(L. Ch. Roche. )

i DlCT. DE MÉDECIBE ET DE ChîRCRGIE PRATIQUES.

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