‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource] (volume 2)Chapitre 262 sur 311 · STRABISME · texte numérisé non relu

STRABISME

STRAMOINE.

: plus haute importance d'examiner chez les jeunes en fans affectés de strabisme, il n'existe pas un degré, même faible, d'irritation cérébrale auquel la déviation esyeux puisse être plusjustement attribuée. Quoi qu'il en soit, le strabisme est ouvent symptomati(|ue de l'épilepsie , de l'éclampsie, de la catalepsie, de l'hyrocéphale, de l'apoplexie, et dans tous ces cas il tient évidemment à une afTecon cérébrale.

Le strabisme sympathique de TafTection d'un organe éloigné est assez rare, m en a un exemple dans celui qui est déterminé par la présence de vers dans is voies digestives.

Les taies ne déterminent le strabisme que quand elles occupent le centre de j cornée, de manière à couvrir la pupille et à laisser cependant entre leur bord t la circontérence delà cornée un intervalle qui permette aux rayons lumineux 'arriver jusqu'à la pupille et d'y pénétrer de côté. Alors les malades louchent n dedans pour présenter plus directement à la lumière le point par lequel la ornée et la pupille sont perméables. Nous en avons vu plusieurs chez lesquels •3 strabisme interne était porté si loin que, regardés de face, ils présentaient .'ur œil tout-à-fait de profil j la face antérieure de la cornée regardant directelent vers la paroi interne de l'orbite.

Une cause beaucoup plus commune du strabisme est V affaiblissement de la ensibdité de la rétine, d'un côté, ou une différence entre la portée des deux eux. Dans les deux cas, ces deux organes ne rapportant pas des images semblales, la vision est confuse , et le malade se trouve dans la nécessité de détourer de l'axe des rayons visuels l'œil le plus faible , afin de ne percevoir que image rapportée par l'œil le plus fort. L'inégalité de force des deux yeux est uelquefois aussi l'effet du strabisme. Ainsi quand les deux yeux doués primivement d'une égale sensibihlé pour la lumière, sontcependant de foyers dill'é- , le malade se trouve obligé d'en condamner un à l'inaction , et celui-ci evient bientôt plus faible que l'aulre parce que sa sensibilité s'émousse , de lie sorte que, en supposant que l'inégalité de portée cessât entre eux, les malaes n'en cesseraient pas pour cela de loucher, parce que le strabisme serait ntretenu par l'affaiblissement acquis de la force visuelle de celui qui aurait été endant long-temps dévié de sa direction.

Toutes les causes qui peuvent développer la force de l'un des yeux aux déens de celle de l'autre produisent le même effet , et c'est ainsi que , chez les yopes à un haut degré , qui contractent l'habitude de ne regarder que d'un il et toujours du même , soit qu'ils regardent à l'œil nu , soit qu'ils se servent un lorgnon , il arrive que l'œil non utilisé s'affaiblit, et qu'au bout d'un cerain temps les malades ne peuvent plus regarder un même point des deux yeux la-fois. Il est à remarquer que la cause qui nous occupe ne produit le straisme que quand il y a amblyopie et non pas amaurose complète de l'un des eux; car , dans ce dernier cas , l'œil malade ne rapportant aucune sensation , e trouble pas la vue de l'œil sain , et les malades ne sentent pas la nécessité e le détourner. C'est ainsi que des individus commencent à loucher quand la ue s'affaiblit dans un œil , et regardent ensuite directement quand l'affaiblisseent de cet œil est devenu une amaurose complète. On a dit aussi que l'amauose complète des deux yeux provoquait le strabisme; mais, dans ce cas, le éfaut de parallélisme entre les deux yeux n'a pas lieu dans une direction contantej il y a hébétude du regard plutôt que strabisme véritable; et cet aspect articuher du regard dépend surtout de ce que les malades dirigent en quelque orte leurs yeux au hasard parce qu'ils sont privés d'un point de mire commun.

Enfin, de même que celui qui reconnaît pour cause la différence de force ou e loyer entre les deux yeux , le strabisme par excès de force ou d'action d'un es muscles moteurs de iœil est aussi fort commun. 11 peut dépendre d'un and nombre de causes, et se développe presque toujours dans la première enance. Au monient de la naissance , en effet , il y a une grande mobilité et beauoup d'incertitude et d'irrégularité dans les inouvemens, et les yeux particientde l'état général ; il existe même alors une sorte de strabisme naturel et hébétude du regard comparables à ce que l'on observe chez les amaurotiques. 1 on n'a pas l'attention d cxeiccr les enlans à régulariser les inouvemens de eurs yeux et à les mettre en harmonie , en leur présentant les objets qui peuent attirer leur attention dans la direction la plus naturelle et à la distance plus convenable, il est à craindre que les yeux cessent d'être parallèles, est ainsi qu'on voit souvent le strabisme survenir lorsqu'on place le berceau les enfans tie telle sorte qu'ils ne reçoivent la lumière que de côté , ou qu'ils ne ieuvent voir certains objets qui les intéressent que d'un seul œil. On pense que e strabisme divergent peut être le résultat de la mauvaise habitude de placer 'enfant entre deux objets qui l'intéressent également, le jour d'un côté et sa lourrice de l'autre , par exemple. On croit encore que le strabisme converent peut résulter de l'habitude de lui présenter ses jouets trop près des yeux t du nez ; ou de l'attention qu'excite en lui un bouton , une verrue , une ache qui se sont développés sur cet organe. Le strabisme supérieur peut en- ;ore se manifester lorsque l'on couche les enfans de manière que la tête de leur it corresponde au jour on à quelque objet qui attire fortement leur attention , comme par exemple le balancier d'une pendule.

C'est encore à l'excès d'action d'un muscle qu'il faut attribuer le strabisme ipar imitation , et par conséquent aussi celui que l'on dit endémique dans cer- 'taines contrées de l'Asie.

j' Enfin le spasme d'un des muscles de l'œil, et par conséquent le strabisme , peuvent être causés par l'action d'un coi ps irritant sur la conjonctive. Makensie s'a vu résulter immédiatement chez un jeune sujet de l'injection , entre les paupières , de quelques gouttes d'huile essentielle d'écorce d'orange. Diagnostic. Le défaut de parallélisme entre les deux yeux est une affection

des plus faciles à reconnaître ; mais elle ne constitue pas toujours le strabisme. Les ophthalmologistes ont séparé de cette affection ce qu'ils ont appelé vue oblique , obliquité de l'œil ( visus obliquas , luscilas ). On distingue ces deux maladies en ce que , dans le strabisme, l'œil qui louche peut toujours être ramené à sa direction par l'action de ses muscles, quand l'autre est couvert, tandis qu'il reste fixe dans sa direction vicieuse lorsqu'il y a obliquité de la vue. C'est ainsi qu'une tumeur développée dans l'orbite et qui dévie l'œil de sa direction , qu'une interruption des fonctions de la troisième paire de nerfs , en déterminant la paralysie des muscles droits supérieur, interne, inférieur, petit oblique de l'œil, et releveur de la paupière supérieure, d'où résulte la chute de la paupière et la déviation en dehors du globe oculaire par l'action du muscle droit externe, produisent la vue oblique et non le strabisme.

Il est plus difficile de distinguer l'une de l'autre les différentes espèces de strabisme. On sait avec quelle facilité les nuances légères des affections cérébrales échappent chez les enfans aux investigations les plus attentives ; comlsien aussi il est souvent difficile de reconnaître la présence des vers dans les voies digestives; et cependant si l'on ne parvient pas à reconnaître ces affections quand elles deviennent la cause du strabisme , c'est en vain que l'on opposera à celui-ci les remèdes les plus efficaces. Il est beaucoup plus facile de reconnaître quand le défaut de parallélisme des yeux dépend d'une inégalité de force ou de portée entre ces organes : il suffit pour cela de les essayer successivement. Mais il faut encore pour que l'expérience ait quelque succès, que le sujet soit arrivé à un âge assez avancé pour rendre compte de ses sensations ; et l'on conçoit toute l'importance qu'il y a à distinguer le strabisme dépendant de cette cause de celui qui tient à un excès d'action d'un muscle, puisqu'il offre cela de particulier qu'il rend la vision plus nette en détournant l'œil qui rapporte des images confuses ; tandis que quand les yeux sont de foyers égaux le strabisme trouble la vision.

Le pronostic du strabisme n'est grave qu'autant qu'il est lui-même symptomatique d'une maladie grave. C'est une difformité plutôt qu'une maladie ; mais elle est souvent Irès-difficile à corriger.

Le traitement doit nécessairement être dirigé vers la cause du strabisme quand on peut la reconnaître. C'est en effet en combattant les affections cérébrales, en détruisant les affections vermineuses , en faisant disparaître les taies placées au centre de la cornée, que l'on doit traiter les différentes espèces de strabisme dues à ces causes. Cependant pour que le traitement suffise, il faut que l'affection ne dure pas depuis Irèsdong-temps ; car alors le strabisme déterminé d'abord par une cause étrangère aux muscles de l'œil , devient un strabisme par habitude , et nécessite après le traitement propre à détruire la cause, celui qui est applicable au strabisme par excès d'action d'un muscle.

Celui-ci a pour but de rendre au muscle antagoniste une force suffisante pour rétablir l'équilibre. On trouve pour cela plusieurs moyens qui tous ont pour effet d'exercer les muscles dont l'action est relâchée. Quelquefois il suffit d'habituer peu-à-peu les enfans à regarder les objets placés directement devant eux à une certaine distance. Si le strabisme est convergent, on conseille défaire porter au malade un très-large garde-vue vert. S'il est divergent, on iilace sur son nez une mouche de taffetas gommé qui attire nécessairement son attention, et l'engage à son insu à faire tous ses efforts pour regarder de ce côté. On peut aussi à l'exemple de Weller , placer sur le nez un cône creux de carton dont la base embrasse les deux yeux , et dont le sommet présente son ouverture unique vis-à-vis du nez , c'est-à-dire eu dedans des deux yeux. D'autres fois oq couvre tout simplement ces organes de coquilles de noix percées d'ouvertures étroites du côté où l'on veut les attirer, de lunettes noircies, excepté dans un seul point , placé de la même manière , ou dont les verres présentent une coupe oblique qui leur donne une épaisseur inégale.

Quant au strabisme qui résulte d'une inégalité dans la force ou la portée des yeux , le traitement qu'il exige consiste à exercer l'œil le plus faible en couvrant l'autre. Ces essais doivent être d'abord très-peu prolongés, parce qu'ils produisent toujours du larmoiement , de l'irritation , de la douleur, et même dans quelques cas une céphalalgie intense ; mais lorsque le traitement doit réussir , ils deviennent de plus en plus supportables , et ils peuvent être prolongés pendant un temps plus long. Les malades ne tardent pas à s'apercevoir que la vision , d'abord confuse, devient successivement plus nette. Enfin l'œil malade acquiert une force égale à celle de l'œil sain , et alors le strabisme cesse.

BH^on. Mémoires de l'académie des sciences, Paris, 1743.

Roux Observation sur un strabisme diver£;ent de t'œil droit, guéri sur un sujetadulle, qui en était aftcclé depuis son enfance, Paris , 1814.

liossi. Considéralioas pliysiologico-palhologiques sur le strabisme [Revue médicale française et étrangère , septembre 1829 ).

{ L.-J. Sanson. )

STRAMOINE. Pomme épineuse, herbe au diable, herbe aux sorciers, endormie, datura slramonium , plante du genre dalura de la famille des solanées penlandrie monogynie. On ne sait trop si elle est exotique ou indigène; maintenant on la trouve communément dans l'Amérique septentrionale et en Europe ; elle croît sans culture dans les environs de Paris. Sa tige est haute de deux à trois pieds , très-branchue , glabre ainsi que toute la plante; ses feuilles sont larges et découpées ; ses fleurs ont un calice tubuleux , caduc, à cinq divisions ; sa corolle disposée en entonnoir est grande, blanche ou violette, et tantôt blanche et bordée d'un limbe violet; elle présente , à son ouverture, cinq plis bien formés et renferme cinq étainines et un style. Le fruit est une capsule hérissée de nombreuses épines ; cette capsule se compose de quatre valves , et présente quatre loges polyspcrincs ; les semences que l'on y trou\ e

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sont noires, réniformes , comprimées et un peu rugueuses. C'est à la forme de son fruit que le stiamoine doit son nom de pomme épineuse, comme c'est k cause de ses propriétés narcotiques employées dans un but coupable, par quelques gueux ou quelques médians, qu'on lui a donné les autres noms qu'elle porte. Quoique belle, cette plante a un aspect un peu triste , elle répand une odeur vireuse et désagréable , sa saveur est acre et amère. Ces dernières propriétés se perdent par la dessiccation ; mais , fraîche ou sèche, la plante exerce line action assez énergique sur l'économie pour qu'on l'ait rangée parmi les végétaux narcotico- acres.

L'analyse chimique des semences du dalura , faite par Brandt , a donné à ce chimiste un principe particulier alcaloïde qu'il a appelé daturine. Ce principe est combiné avec l'acide malique ; on ne l'a point encore employé en médecine.

Prommitz et d'autres chimistes ont mentionné les quantités de gomme, de fécule, de résine, d'albumine et de sels que l'on trouve dans le datura stramonium.

Quoique calmante à doses fiactionnées et graduées, cette plante occasionne bientôt, si l'on en élève rapidement la quantité à quatre, six. dix ou douze grains, de légers vertiges , obscurcit la vue, dilate la pupille, cause des hallucinations , et produit un léger délire, agréable et de peu de durée. C'est sans doute en mettant ces propriétés à contribution que des individus , connus sous le nom d'enc/onneurs, sont parvenus à exercer des crimes de plus d'une espèce. Garidel raconte qu'une vieille femme d'Aix endormait ainsi les jeunes filles qu; se trouvaient ensuite grosses sans s'en douter. Celte femme fut condamnée à être brûlée.

Si l'on donne de suite des doses plus élevées de stramoine , on observe bientôt des accidens d'empoisonnement caractérisés par une cardialgie vive, du météorisme , une soif brûlante , un sentiment marqué de strangulation , une coloration rouge intense du visage, des taches écarlates nombreuses sur la peau, .une grande accélération de la circulation, du délire quelquefois furieux, souvent accompagné de gestes bizarres, de mouvemens convulsifs , puis de paralysie. Ces accidens peuvent se dissiper en quelques heures , si l'on parvient à faire rendre le poison, et si l'on fait ensuite usage du vinaigre, qui parait être un antidote précieux dans cet empoisonnement. On rapporte dans la bibliothèque médicale, t. II, page 452, année 1827 , un cas d'empoisonnement parles semences de datura, dans lequel les effets d'un émétique et d'une infusion de séné suffirent pour dissiper les symptômes , et rétablir la santé après l'évacuation de plus de 40 de ces graines qu'une petite fille avait mangées. On trouve chez les sujets qui succombent à cet empoisonnement l'estomac rouge et le cerveau injecté.

Le datura-stramonium exerce, à petite dose, une action sédative sur le système cérébro-spinal ; aussi l'cmploie-t-on dans beaucoup de névralgies des membres ou d'autres régions. On l'a recommandé sous plusieurs formes.

On applique ses feuilles en cataplasmes ; on se sert de l'infusion ou de la décoction de la plante, à la dose d'un à trois gros dans une pinte d'eau ou de lait, pour faire des fomentations.

On emploie l'extrait de la plante depuis un demi-grain jusqu'à deux grains par la méthode endermique, et pour que son application ne soit pas douloureuse, on peut, à l'exemple du professeur Recamier, placer l'extrait sur le côté opposé du linge que l'on met en contact avec la peau dénudée. De cette manière , l'absorption est retardée de quelques minutes , mais ses effets n'en sont pas moins certains. On prescrit la poudre de stramoine à l'intérieur depuis un jusqu'à huit , dix grains et davantage; on donne l'extrait à la dose fractionnée d un quart de grain que l'on élève ensuite graduellement à celle d'un à deux grains et plus. Cet extrait se prépare ordinairement avec les feuilles fraîches, ou le fruit entier de la plante. D'autres emploient seulement les semences; on dit ce dernier extrait plus actif. Nous avons mis en usage un extrait préparé par M. Soubeiran avec le suc de la plante, et nous l'avons employé avec avantage, à la dose d'un à quatre grains , à l'intérieur, contre une sciatique qui avait résisté à l'usage interne et externe de la térébenthine. On prépare enfin avec la plante ou SCS semences une teinture vineuse et une teinture alcoolique que Ton donne par gouttes.

D'après les expériences de Storck , on prescrit le datura-stramonium contre les affections mentales apyrétiques. On a donné dans ces cas son suc à la dose de vingt à trente gouttes par jour avec succès , et son extrait à la dose d'un à huit grains.

C'est surtout contre les névralgies que l'on a vanté l'emploi du stramonium. M. Begbie d'Édimbourg a fait connaître plusieurs cas de guérison de névralgies sciatiques par l'usage de l'eitrait de stramoine donné à l'intérieur à la dose d'un quart ou d'un tiers de grain, toutes les trois ou quatre heures. En France^ on se sert également de ce mode d'administration, mais on y joint, et l'on emploie même sans autre traitement les frictions locales avec la teinture de stramoine, ou bien l'on attaque la maladie en prescrivant l'extrait par la méthode endermique. Les embrocations préparées avec l'extrait de suc, un gros pour une once d'huile, nous ont été utiles. Ces moyens l'ont quelquefois emporté sur d'autres dans le traitement difficile de cette maladie rebelle. 1\L Begbie ( Bibl. mcd.j année 1825, page 271 ) rapporte plusieurs guérisoiis de névralgie faciale, par les frictions de teinture de stramoine. M. de Kirckhoff (^/cA. xirii, 375)cite également avec éloge l'usage de ces frictions contre les névralgies plantaires, frontales et maxillaires. Dans l'un des deux cas de cette dernière affection, la belladone avait échoué lorsqu'on mil en usage la teinture de feuilles de datura.

Cette médication a été encore employée avec avantage contre des affections

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