‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource] (volume 2)Chapitre 265 sur 311 · SUETTE-MILIAIRE · texte numérisé non relu

SUETTE-MILIAIRE

ijmes primitifs dont la giiérison spontanée est démontrée possible par une Dule d'observations; puis les syphilis constitutionnelles où le mercure a été ,rodigué , et les pseudo-syphilis où il aurait fallu s'en abstenir totalement. |)'ailleurs il faut observer que dans ces diverses affections on emploie simultafément les bains de vapeurs et un autre moyen de traitement fort eflicace par tii-mème , le régime extrêmement ténu et uniforme , et la privation des excians de toute espèce. Sans ces accessoires, il est bien constaté que les sudorifiues indirects manquent très-souvent le but.

L'histoire des sudorifiques dans la syphilis est celle de l'empirisme le moins ationnel et du charlatanisme le plus éhonté et le plus cupide. Il y avait un fait csitif : le mercure était nuisible lorsqu'on l'administrait au-delà de certaines lesures et hors de certaines conditions : ce fait on l'exagéra. Le mercure fut roscrit, et chacun voulut insulter à terre l'idole qu'on avait adorée. Une autre :lole succéda, et ses prêtres ne furent pas plus éclairés ni plus véridiques. Les udorifiques furent vantés outre-mesure ; et leur innocuité les sauva de la criique, car lorsqu'ils ne guérissaient pas, au moins ne laissaient-ils pas de anesles traccj. Chacun alors eut son remède , et les sudorifiques se groupèrent \e cent façons plus ou moins contraires aux lois de la chimie et de la pharmaologie ; et chacun de ces composés bizarres devint un secret , une propriété fi uciieusement exploitée aux dépens du public. Ces remèdes appelés secrets , mais ont la composition est bien connue, ont tous pour base le gayac , la salsepaeille , le sassafras et la squine , soit séparés , soit réunis , et auxquels on ajoute liverses substances minérales, souvent insolubles, de la gélatine, quelques romales, et du sucre pour en faire les robs , les sirops , ou bien les tisanes iverses , le tout paré du nom de son auteur. Quelques-uns plus rusés emloient des végétaux indigènes et peu coûteux avec le sucre le plus commun , our pouvoir livrer leur drogue à meilleur compte , et obtenir la préférence du onsommateur ; et l'on ne remarque pas qu'ils comptent moins de succès que es autres. Laissons aux vendeurs de remèdes secrets le soin de prôner euxûèmes leur marchandise , ce Dictionnaire n'est pas fait pour leur servir de prosectus. Que si l'on nous objectait que, si ces remèdes guérissent, il est de notre evoir de les faire connaître , nous répondrons qu'ils sont composés de subtances bien connues ; que les préparations qu'on leur fait subir pour s'assurer I n riche monopole sont illusoires et n'ajoutent rien à leurs vertus ; enfin que es guerisons ne sont pas plus nombreuses par ces moyens empiriques que par

["emploi méthodique et rationnel des agens thérapeutiques appropriés. Ainsi peuvent se résumer les faits réels relatifs à l'emploi des sudorifiques ans les afTections syphilitiques ; ainsi se réduisent à leur juste valeur les déclalations emphatiques du charlatanisme intéressé , et celles des observateurs de onne foi, mais inattenlifs, qui sont pour la science un fléau d'autant plus uneste que la loyauté de leur caractère commande la plus entière confiance. {■'oyez l'article Syphilis. )

(CULLERIER ET F. RaTIEU.)

STJETTE MILIAIRE. Fièvre é uptive, contagieuse, presque toujours épilémique, qui s'annonce à l'extérieur par des sueurs abondantes et continues, !t souvent par de petites vésicules , arrondies, du volume d'un grain de millet.

Les symptômes qui précèdent et accompagnent l'éruption peuvent être plus )u moins intenses, et lasuette peut s'associera d'autres affections; de ces luances et de ces combinaisons naissent une foule d'expressions symptomali- [ues individuelles , qu'on peut rattacher à deux formes principales : suette miiaire ie/z/^ne ; suette mxXvA'cc maligne.

\ \. Symptômes. Lorsque la suette niiliaire est bénigne, l'invasion est quel- ![uelois annoncée par un sentiment de lassitude, par une douleur au-dessus les yeux , par la perte de l'appétit ; souvent aussi l'invasion se fait sans signes ' )récurseurs. Dans l'épidémie quirégna dans le département de l'Oise en 1821, jlusieurs individus qui s'étaient couchés se portant bien , se sont réveillés itteints de la maladie , et le corps inondé d'une sueur abondante, qui n'a cessé ju'a la mort ou à la convalescence. Quelquefois un mouvement fébrile h peine lensible , une chaleur brûlante ou le sentiment d'une vapeur parcourant tous es membres, et presque toujours celui d'un resserrement à l'épigastre , pré- ;ède de plusieurs heures ou de quelques instans l'apparition de la sueur, ou slutôt celle d'une vapeur chaude, qui, d'abord bornée à quelques parties du îorps, se répand ensuite sur toute sa surface. La bouche est pâteuse et recou- ?'erte d'un enduit blanc sale , rarement jaunâtre ; le désir des alimens est nul au peu prononcé ; les urines ont souvent leur couleur naturelle. Les malades iont ordinairement constipés pendant toute la durée de la suette miliaire. Le jouls estnalurel dans bien des cas ; il acquiert de la fréquence lors de l érupiion. La respiration offre cette espèce de gêne ou il'embarras qu'on éprouve lans un lieu où la température de l'air est trop élevée. L'encéphale et ses dépendances , les organes des sens et ceux de la génération ne paraissent point iffectés.

Cet état persiste avec de légères variations, les deuxième, troisième et quatrième jours de la maladie. C'est dans l'un de ces jours , et ordinairement le troisième, que se fait souvent sur la peau, après de légers picotemens , une îéruption miliaire qui paraît d'abord sur les côtés du col , à \^ nucjue, vers les oreilles , sous les mamelles chez les femmes , ensuite au dos, à la face interne des bras , au bas-ventre, à la face interne des jambes et des cuisses. Elle peut être générale et rapide , partielle et lente, circonscrite ou ambulante, subite ou successive , discrète ou confluente. Les vésicules qui la caractérisent sont du volume d'un grain de millet, perlées et diaphanes, plus distinctes lorsqu'on tend la peau et qu'on les regarde obliquement, et sensibles au toucher. Ces vésicules sont souvent entremêlées de papules rouges et enflammées , qui rendent

DlCT. DE MÉDECINE ET DE ClIir.L'RGIE PU.iTlQUES .

la peau chagrinée .-enfin de véritables bulles peuvent accidentellement se montrer sur diverses régions du corps.

La durée individuelle des vésicules est de deux à trois jours. Elles se dessèchent et sont suivies d'une desquamation plus ou moins considérable. Plus constantes que l'éruption , les sueurs toujours abondantes sont d'une odeur fétide particulière , que j'ai comparée à celle qui se dégage de la paille pourrie. M. Ménière l'a trouvée analogue à celle de l'eau légèrement chlorurée ou à celle de la matière des évacuations cholériques. L'odeur de paille pourrie ne Ta frappé que chez les malades couchés sur de mauvais lits dont une vieille paillasse formait la principale pièce (^/'cA. général, de Médecine, t. xxxix, p. 100). Or j'ai senti très-distinctement cette espèce d'odeur chez plusieurs malades qui couchaient sur de très-bons lies, et notamment chez le maire de Cires-les- Mello. Au reste, d'autres ont dit qu'elle était acescente et assez semblable à celle de la paille pourrie (Schahl et Ressert). Lepecq-de-la-Cloture dit que les sueurs prennent une odeur tVaigre pourri , de putréfaction acide; d'autres qaeUe est méphiti<jue ou insupportable (Pujol):en résumé , il est constant que celte odeur est particulière et fort désagréable.

Les sueurs apparaissent dès le début de la maladie, et continuent sans interruption, à s'exhaler sous la forme d'une vapeur épaisse pendant toute sa durée. Elles ne sont pas accompagnées d'une grande chaleur à la peau.

Tous les accidens diminuent progressivement et disparaissent complètement le huitième, le neuvième ou le dixième jour.

La malignité dans la suette est déterminée par difTérens accidens ; c'est tantôt l'inflammation de l'estomac et de l'intestin qui acquiert beaucoup d'intensité , tantôt une véritable inflammation des poumons ou de la vessie qui se manifeste, ou bien encore et plus souvent un élat neri^eux promptement mortel et princi- ■ paiement caractérisé par du délire, du coma ou des convulsions , etc. Alors un resserrement violent se fait sentir à l'épigastre ; ce spasme s'étend aux organes de la respiration , et donne lieu aux plus pénibles anxiétés ; les malades poussent fréquemment de profonds soupirs, ils se plaignent d'un sentiment de pesanteur sur la poitrine ; ils éprouvent, outre la constriction à l'épigastre , de nouvelles anxiétés, de l'éloufTement, des battemens dans la région de l'estomac, insolites et isochrônes à ceux du pouls , et un malaise qui leur suggère les plus sinistres pressentimens. Ces phénomènes apparaissent quelquefois dès le début delà maladie, se renouvellent plusieurs fois dans son cours , et se reproduisent, avec violence , au moment qui précède l'éruption générale ou partielle , c'està-dire du troisième au quatrième jour , "a dater de l'invasion. Parfois , dès le début, les malades, tourmentés de vertiges , en proie à une violente céphalalgie, éprouvent des nausées, font des efforts violens pour vomir, etc. , ou bien la face est vultueuse et colorée , les yeux sont saillans et rouges , les artères temporales battent avec force , la pupille est contractée et immobile , et les malades succombent, en peu d'heures , dans le coma ou les convulsions. Dans d'autres circonstances , une douleur profonde dans la poitrine , une moindre sonoréité, du râle crépitant ou du souffle dans un ou plusieurs lobes des poumons , la difficulté de la respiration , qui est courte et accélérée , la fréquence et la plénitude du pouls , les crachats sanguinolens , indiquent une /«//aw/waa'o7z concomitante des poumons. Enfin quelques malades se plaignent de dysurie et de douleur profonde à l'hypogastre. La coloration rouge, la rareté et l'excrétion douloureuse des urines accompagnent ordinairement ces derniers accidens.

La suette miliaire maligne est quelquefois mortelle dans vingt-quatre ou ouarante-huit heures ; cette maladie se termine souvent h la fin du premier septénaire , plus souvent à la tin du second , et peut se prolonger au-delà du troisième.

L'étude comparative des épidémies de suette miliaire, de rougeole, de variole et de scarlatine démontre incontestablement que , dans la suette miliaire , l'dbsence de l'éruplion est beaucoup plus fréquente que dans les autres fièvres éruj)tives. Dans l'épidémie de 1821 , l'éruption manqua chez un grand nombre de malades (J'ehris sudaloria).

Dans la convalescence, on observe plus rarement des maladies secondaires que dans les autres fièvres éruptives ; ce sont le plus souvent des inflammations gastro-intestinales, et quelquefois des éruptions de furoncles ou de pustules d'ecthyma.

§n. Obseri'ations anatamiqucs. Il résulte du petit nombre de recherches anatomiques qui ont été faites sur les cadavres d'individus morts de la suette miliaire, que lorsque l'agonie a été précédée d'anxiété , d'épigastralgie , de vomissemens, de chaleur et d'ardeur à l'épigastre, la membrane muqueuse de l'estomac a été trouvée rouge, et ses vaisseaux capillaires ont paru injectés ; cette rougeur se prolongeait dans le petit intestin où elle était moins apparente. Quand la mort avait été brusque et précédée de symptômes nerveux , les vaisseaux du cerveau étaient souvent injectés ; dans des cas de mort moins rapides, il y avait toujours plus ou moins de sérosité dans les ventricules cérébraux.

Ces recherches sont encore aujourd hui fort incomplètes.

§111. Causes. En France, la suette miliiiire a été principalement observée en Picardie, en Languedoc, en Normandie, dans le Berry, l'Alsace , etc. Elle règne ordinairement d'une manière épidémique. Les épidémies de Londres ( 1 i8;!> 1506, 1517, 1528), de Guise ( 1759), de Beauvais (1750), d'Hardivilliers (1773)', etc. , ont offert de notables dificrences sous le rapport de leur durée et de leur I gravité. Celle qui a régné dans le département de l'Oise, en 1832, a été moins I étendue que celle de 1821 eta été modifiée par la constitution cholérique. Dans ! l'épidémie de 1821,1e théâtre de l'épidémie, borné presque de toutes parts par j des forêts, formait un plan incliné du nord-ouest au sud-ouest, direction dans jaquelle répidémie se propagea.

SUETXÉ MILIAIRE.

SUÉTTE MILIAIRE.

L'élévation de la température, une surcharge électrique de l'atmosphère ont quelquefois précédé l'apparition de la maladie dans une ou plusieurs communes. La suette miliaire est endémique dans quelques localités ; elle peut être sporaciique dans les lieux où elle règne épidémiquement; je ne l'ai jamais observée à Paris, où elle est peu connue. Plusieurs médecins instruits l'ont confonduo avec la gastro-entérite, ou bien avec les éruptions de sudamina qu'on observe dans plusieurs maladies aiguës.

La suette miliaire ne s'est montrée qu'entre le 4'3e et le 59" degré de latitude boréale. Les localités humides et ombragées favorisent son développement ; mais elle est contagieuse , et se propage à la manière de la rougeole et de la scarlatine. Il n'en résulte pas qu'elle puisse se commuwiquer par un autre mod'e de contagion. Plusieurs médecins se sont inoculés impunément l'humeur des vésicules.

Aucun âge n'en est exempt, mais elle attaque spécialement les adultes , et de préférence les individus du sexe féminin. Dans l'épidémie de 1821 , le nombre des malades fut d'autant plus considérable dans chaque commune, que cette localité était plus près de celle où la suette miliaire s'était déclarée , qu'elle était plus malsaine, et contenait un plus grand nombre d'indigeus . M. Ménière a constaté que plusieurs personnes qui avaient été atteintes de l'épidémie en 1821 en ont été frappées de nouveau, et en sont mortes dans l'épidémie de 1S32.

§ IV. Diagnostic. Pour faire ressortir les caraclères de la suette miliaire , il suffit de la comparer aux autres fièvres éruptives, et aux maladies qui, comme elle , se montrent à la peau sous la forme de vésicules.

Dans la suettte miliaire , sueurs abondantes et continues, et souvent développement de vésicules sur la peau qui paraît chagrinée au toucher. Dans la rougeole , affection catarrhale des bronches , et petites taches rouges souvent disposées en arcs , et séparées par de petits espaces où la peau conserve sa teinte naturelle. Dans la scarlatine, le plus souvent angine tonsillaire et teinte rouge , framboisée , et en nappe des tégumens. Enfin , on n'observe, ni dans la rougeole, ni dans la scarlatine, les sueurs abondantes et continues de la suette.

Les vésicules des diverses variétés de l'herpès sont plus larges que celles de la miliaire; elles sont en groupes , et ordinairement bornées à une région du corps. Les sudamina apparaissent dans plusieurs maladies , et ne représentent pas une individualité morbide ; on les observe dans la dotliinentérite , dans le rhumatisme , dans la phthisie . dans la fièvre de lait , etc. L'eczéma aigu n'est point accompagné des sueurs qui apparaissent constamment avec abondance dans la suette miliaire; d'ailleurs , par sa marche, il est peut-être rapproché des fièvres éruptives. En outre , les vésicules de l'eczéma sont plus petites que celles de la suette. Les vésicules du chiken /jox sont plus volumineuses et plus proéminentes que celles de la suette miliaire. Quant à ceux qui ont confondu la suette miliaire avec la gastro-entérile , cette hypothèse rappelle celle dans laquelle on représentait la rougeole et la scarlatine , l'une comme une bronchite , et l'autre comme une angine se réfléchissant sur la peau.

5 V. Pronostic. La suette miliaire , dans son état de simplicité , est une maladie tout-à-fait be'nigne. La fièvre, et les symptômes grastro-intestinaux qui précèdent et accompagnent les sueurs et l'éruption , les affections cérébrales , les irritations du poumon , de la vessie , elc , qui peuvent survenir .à diverses époques de son développement, et le caractère de l'épidémie régnante , rendent le pronostic plus ou moins fâcheux , suivant leur degré de gravité.

Les épistaxis , lorsqu'elles ont lieu dans le début ou dans Tau^wie/jt delà maladie, sont ordinairement suivies d'une diminution des symptômes.

Quelque alarmans qu'aient été les premiers symptômes , s'ils disparaissent ou diminuent après l'éruption , en général , l'issue de la maladie est favorable.

Dans l'épidémie de 1821 , l'éruption était indépendante de l'irritation de l estomac; j'ai vu l'éruption confluente , sans douleur vive à l'épigastre , sans nausées , ni rougeur de la langue , et j'ai plusieurs fois rencontré ces phénomènes chez des malades qui présentaient des sueurs abonilaiites et continues sans éruption. Elle était indépendante des sueurs , puisqu'elle ne les accompagnait pas toujours, lors même qu'elles étaient le plus abondantes.

La mort suit souvent de près l'affaissement des vésicules ; elle arrive quelquefois lout-à-coup , et souvent même d'une manière plus imprévue que dans les autres fièvres éruptives.

Dans l'épidémie de 1821,1a plus grande mortalité a été observée chez des individus âgés de trente-deux , vingt-quatre et vingt-six ans ; chez les hommes, la mortalité a été de 1 sur 13-3/ 10e ^ et elle ne s'est élevée chez les femmes (|u'à 1 sur 28-7/ IQe. Les calculs sur la mortalité ont prouvé que les chances de mort furent plus considérables au début et à la fin de l'épidémie qu'au sumnnin de son développement. La mort frappa spécialement cerlaines professions , Ie5 matelassiers , les boulangers , les postillons et les maréchaux-iérrans. La mortalité fut trcs-inégale dans les diverses communes ; la proportion des moi ts aux malades fut de 1 sur 2 à la Chapelle, tandis qu'elle ne fut que de 1 sur 118 à Ncuilly-en Thel.

§ VL Traitement. Dans une épidémie de suette miliaire , l'isolement serait utile s'il était praticable ; les avantages des émigrations momentanées sont incontestables ; les autres moyens préservatifs sont incertains.

Les boissons délajrantes , et l'application de quelques sangsues à l'éjjigastre ou aux pieds, s'il y a douleur épigastrique ou céphaliquc, conviennent dans les individualités bénignes de la maladie auxquelles la méthode purement expeclaute peut quelquefois être appliquée.

j.'sm

La saignée générale , seule ou aidée de puissans dérivatifs , tels que l'urtica-i tion , les sinapismes et les vésicatoires , a été quelquefois employée avec succès dans les raptus vers le cerveau ; la saignée du pied a été aussi indiquée. Je nci sache pas-qu'on ait eu recours à l'artériotomie. Souvent aussi ces cas ont été! rapidement mortels, et cette funeste terminaison n'a pu être prévenue par une! ou plusieurs saignées pratiquées dès l'imminence des symptômes cérébraux. Dans la suette, comme dans la rougeole, la variole et la scarlatine , ces phénomènes nerveux sont quelquefois indépendans d'une véritable inflammation.

Lorsque l'éruption est opérée , la saignée est toujours nuisible ; j'ai été témoin des funestes effets des saignées répétées, employées dans le but de fairej avorter la maladie, qui, lorsqu'elle ne se terminait pas parla mort, n'en pas sait pas moins par toutes ses phases.

Lorsque l'éruption miliaire disparaît d'une manière .«ubite, il faut en provo quer le retour par des frictions sèches, par l'urtication ou des cataplasMes sinapisés.

Les boissons sudorijîques peuvent être conseillées dans quelques cas particuliers, pour augmenter la fluxion vers la peau , ou bien pour rappeler l'éruption lorsqu'elle a disparu ; mais en général, il ne faut pas chercher à augmentfefi Wit les sueurs. Tfi

Pujol recommande non-seulement de recouvrir légèrement les malades; mais | iimi encore de les faire lever et de les exposer à l'air libre. MM. Schahl et Hessert assurent aussi avoir retiré de bons effets des lotions et des aspersions d'eau froide. Je n'ai point essayé cette méthode dans l'épidémie de 1821 ; mais j'ai vn les spasmes et les douleurs épigastrique^ qui précèdent l'éruption , cesser après l'application sur l'épigastre de linges imbibés d'eau froide.

Les cataplasmes et les lavemens émoUiens calment les douleurs abdominales et lesdysuries; on a quelquefois recours aux bains entiers ou aux bains de siège, pour éteindre les irritations intestinales qui se prolongent pendant la convalescence.

Dans l'épidémie de 1821 , plusieurs médecins ont employé le tartre stibié ou l'ipécacuanha dans la première période de la maladie, espérant en rendre Is' marche plus bénigne et plus régulière. Comme méthode générale et exclusive, i cette pratique est moins efficace que la méthode espectante ou antiphlogistiqM modérée. '"^

Les purgatifs , administrés à l'époque delà convalescence, ont été recotB^ mandés par quelques praticiens. On les employa peu dans l'épidémie de 1821 , et je ne me rappelle pas avoir entendu citer un fait qui prouvât incontestabl ment leur utilité.

Enlin, il est une pratique que rien n'a justifiée dans l'épidémie de 1821, et qui a été vite abandonnée; c'est celle qui consistait à tenir indistinctement touS les malades constamment éveillés dans le but de prévenir des raptus vers lé cerveau.

Les malades doivent être privés de toute nourriture pendant les quatre ou cinq premiers jours, et réduits aux boissons délayantes; cette diète sévère pourra même s'étendre dans quelques cas jusqu'au septième ou huitième jour j on commencera par des bouillons de veau ou de poulet, et des soupes au lait, et on augmentera progressivement la quantité des aliraens. Dans l'épidémie de 1821 , presque toutes les rechutes que j'ai observées étaient dues à des indigestions ou à des inflammations gastro-intestinales.

Il est presque inutile d'ajouter que la propreté , le renouvellement et la purin fication de l'air , une diète appropriée aux maladies aiguës et un emploi judî>' cieux des moyens moraux , doivent concourir au succès du traitement.

Hippocr.Tle , Galien el Avicenne ont fait menlion ù' éleiiurcs ou de trtclies miliaires qui survenaient clans le cours de cerlaines maladies l'ébriles ; mais les caraclères de ces éruptions Be sont pas suffisamment indiqués pour qu'on puisse décider aujourfl'liui si les anciens ont obseiTé ou non la suette miliaire, ou, si leurs remarques sont relatives aux éruptions papuleuses dfil dotliinenlériles , aux sudamina qu'on voit quelquefois sur la peau dans plusieurs malaJias aigutis ou chroniques. Je croîs avoir démontré dans un autre ouvrage [Histoire de Vépidêmie de la suette miliaire, qui a régné , en 1821 , dans les départemens de l'Oise et de Seineet-Oise \ in-8° , Paris , 1822) , qu^il y a une analogie inconteslal)le enire la suelte épidémique, qui ravagea l'Angleterre en 1485, 1506, I5I7, I52S (Jol). Caii Britanni, de EphemerS Eritannicâ , liber unus sunimâ curâ recognitus , in-S" , Londini , 1721. — Foreslus, Obs. et aii'. medic... lib. xxvui, lom. I, pag. 198. — Scbenck, Obs. med . rar. , iu-fol. , Lugd. 1614, pag. 739 ) el la suelte miliaire. L'absence des vésicules dans la suelte anglaise ne la sépare pas nécessairement de la suette picarde , puisque beaucoup de malades , dans l'épidémie de 1821 , u'oni pas présenté d'éruption.

Il faut faire un cboix parmi les observations el les mémoires publiés sur la miliaire ; plusieurs ont rapport aux sudamina ; d'autres aux éruptions vésiculeuses qu'on observe chez les nouvelles accouchées ; d'autres enfin aux élevures ile la dotliinentérite, clc. Je me borne .i indiquer ici plusieurs travaux dans lesquels la miliaire épidémique a été décrite avec soin : (Bellot, an fnbri putridœ Picardis sueUe diclœ i«c?o;-//"e/-n in ^" , Paris , 1733. — Description d'une fièvre putride maligne . vulgairement appelée la hnQi\.e , qui a régné en Guise, en juin et juillet ni'è (Journal de médecine de Vandermonde , in-12, lom. XII, pag. 354). — Epidémie de suette à Fréneuse, 1735 (Journal de Fandermonde . lom. xxv, pag. vij).— Epidémie de suette à Beauvais en 1750 ( Boyer , Méthode à suivre dans le traitement des difféi-entes maladies épidémiques qui régnent le plus ordinairement dans la généralité de Paris, \n-\2 , 1761 ). — L'abbé Tessier , Mémoire sur la suelte qui a régné a Hardivdliers au mois de mai 1 773 (Mémoire de la société royale de médecine de Paris, in-4, lom. ii, pag. 4fi). — Gastellier, Traité de la fièvre miliaire épidémique , in-12, Paris, 1784. — Pujol (Alexis), Mémoire sur la fèvre miliaire qui a régné au Languedoc el dans les provinces limitrophes durant le printemps de 1782 , OEuvres , in-8° , lom. HT , pag. 261 ) : je renvoie , pour plus de détails , aux recherches que j'ai publiées en 1821 , el auj observations de MM. Ménière, Hourmun , Pincl-Grandchamps et Moreau ( Ménière, Note sur l'épidémie de suette miliaire qui a régné dans le département de l'Oise en 1832 (Archives générales de médecine, t. XXIXi l^ig.dS). — Hoavm^a, Gazette médicale , iD-i", pag. 271, Paris, 1832. — Piael-Grand-

SUICIDE

SUICIDE

ioifi , Lancette française , lom. xi , pag. 161. — Moreau , Journal lielidomadatre , scprihce 1832), sur l'épidémie qui a régné, en 1832, dans le département de l' Oise.

(P. Rayer. )

SUFFOCATION. Vojcz Asphyxie.

SUGILLATION. {Médecine légale.) Ce mot doit être banni du langage méjcal, pai-ce que jusqu'à présent il a été employé pour désigner plusieurs phénoènes ou altérations différentes. On s'en est servi coiiime synonyme de lividités jdavériques , d'ecchymoses cadavériques, d'ecchymoses cutanées légères ,d e hes scorbutiques et de diverses autres colorations de la peau , qui se proisent pendant certaines affections cutanées. On l'a encore employé pour disguer les ecchymoses spontanées par cause interne d'avec les ecchymoses par ase externe. La médecine légale veut plus encore que tout autre art des mots phniqucs, appropriés à un seul phénomène, de manière à ne pas pouvoir être lerprétés dans deux sens différens, et c'est h cette inexactitude dans le lange que l'on doit plusieurs erreurs graves, qui ont conduit à des diveigences opinions de la part d'hommes du plus grand mérite. Il nous suffira de citer un t à l'appui. Nous avons démontré avec M. Esquirol combien les ecchymoses lient rares à la peau du cou dans les cas de suspension par suicide. Ce t'ait, en position directe avec les données antérieurement rapportées, tire en partie ,|| source de ce que les médecins constataient l'existence de sugillations autour i cou, et que les auteurs traduisaient cette expression par ecchymose. Toutefois le mot sugillation ne doit exprimer qu'un phénomène qui se produit lès la mort , et qui consiste dans des taches violacées dépendantes du trans- |rt du sang dans les parties les plus déclives du corps sous l'influence de la jsanteur. Il est donc synonyme de lividité cadavérique.

( Alph. Devergie. ) SUICIDE. {Pathologie.) Nom donné à celui qui se tue et à l'action de se tuer, i suicide est, dans un très-grand nombre de cas, le résultat d'une maladie i;ntale; d'autrefois il peut être considéré, suivant les causes qui le provoquent (les circonstances qui l'accompagnent , comme une faiblesse , une faute ou un (me. Sa fréquence varie beaucoup. Il est prest]ue inconnu dans certains pays, lulis que dans d'autres, on l'observe très-souvent. L'Angleterre est, parmi les i ts de rEuro])e, le pays où il s'en commet le plus ; après l'Angleterre, viennent 1 France , la Prusse, l'Autriche. Quant à la Russie, l'Italie et 1 Espagne, le ! cide y est rare. Aux Élafs-Unis il s'en commet plus que partout ailleurs, au nins c'est ce qui résulte des statistiques qui ont été publiées jusqu'à présent {<y, les ouvrages de MM. Baibi, Casper et Quetelet). Ou ne sait pas quel est 1 lombre des esclaves qui se tuent , parce qu'il n'en est pas tenu de registre, l is d'après le rapport des personnes qui ont habité les colonies, ce nombre (I t être très-considérable , plus peut-être que celui des hommes libres.

^ Paris, le nombre des suicides de 1817 à 1821 a été, année moyenne, de 346, (j de 1 sur 1,971 habitans. Cette propor.tion a diminué dans la période quin- (jjnnale suivante : le nombre des suicides a été , pour chaque année , de 397, ris la population de Paris ayant augmenté, la proportion des suicides a été s lement de 1 sur 2,162 habitans. De 1819 à 1833 , le nombre des suicides a de 4C5, année moyenne , ce qui établit le rapport de 1 sur 1,665. En 1834 , ' a encore eu une nouvelle augmentation , le chilfre des suicides s'est élevé à , dont plus de 400 ont été suivis de mort.

)'après les calculs de M. Guerry {Hlatislique morale de la France, iii-i^". "isj 1834), le nombre des suicides , ramenés à 100 , se répartissent , dans les 'érentes régions de la France, suivant les proportions que voici : ford 0,51. Est 0,16. Ouest 0,13. Centre 0,11. Sud 0,9. Total 100.

Durant les quatre années dont les suicides ont été ainsi calculés , dit Guerry, le nombre proportionnel des suicides commis dans chaque région ,

pas varié de plus de trois centièmes au-dessus de la moyenne; dans la ré- 1 du centre, il n'a pas varié de plus d'un centième , et enfin, dans celle de lest, la plus grande différence observée d'une année à l'autre, ne s'est pas ne élevée à un centième. « Ainsi la distribution des suicides est régulière ime celle des diverses espèces de crimes contre les personnes ou contre les priétés.

(ans leurs rapports avec la population , les suicides sont dans la proportion 'ante :

ford 1 sur 9,853. Est 1 sur 21,734. Centre 1 sur 27,393. Sud 1 sur 30,499. ist 1 sur 30,876.

a région du nord est beaucoup plus frappée que les autres, mais dans cette on est Paris. Est-ce que les grandes villes n'offriraient pas un nombre de ides en rapport avec leur population ? Non , car Langres, Mcaux, Evreux , :on, Blois, Auxerre, Châlons, Beauvais, Bar-le-Duc et Chartres , villes dont opulation varie de 7 à 13 mille âmes, ont plus de suicides que Clermont , it-Étienne , Montpellier, Caen , Metz, Toulouse, Nantes et Bordeaux, dont opulation s'élève de 30 à 93 mille.

J En général , dit M. Guerry , de quelque point de la France que l'on parte, If ombre des suicides s'accroît régulièrement à mesure que l'on s'avance vers kjapitale. Eu venant de Bordeaux à Paris , les déparlemens que l'on parcourt Siangent d'après les numéros suivans : 4l , 34 , 20, 18, 9 et 2. De Lyon à P|s , 35 , 23 , 8 , 4 et 2. De Strasbourg à Paris , 28 , 22 , 1 4 , 16 , 6 , 4 et 2. Eijin , de Nantes à Paris , 50 , 45 , 19 et 2. » Paris est donc la ville de France d.|s laquelle on se tue le plus , et c'est surtout par l'influence de Paris que l'on ^£Lue en France. Il n'existerait d'exception à cette règle que pour Marseille : C«e ville aurait relativement au suicide , sur les déparlemens voisins , une 'naence analogue à celle de Paris.

Jetons un coup-d'œil historique sur le suicide , afin d'être plus à même d'en apprécier les causes et la nature.

C'était un principe établi, chez plusieurs peuples anciens , que le suicide était permis ou même ordonné aux vieillards. Les Scandinaves et les Abyssiniens , quand ils devenaient vieux, se précipitaient du haut d'un rocher. A Céos , ile de la mer Egée , et patrie de Simonide , l'usage et les lois permettaient la mort volontaire à ceux qui , parvenus à l'âge de soixante ans , n'étaient plus en état de servir la république ( Kalère Maxime , 1. 2 , § 6 et 8 ). Sénèque, qui vivait à une époque où le suicide était fréquent, approuve ce genre de suicide, quand il dit : Le sage vit autant qu'il doit et non autant qu'il peut (Ep. 70). Pythagore et Socrale avaient condamné le suicide , non-seulement en ce qui regarde les vieillards , mais tous les hommes. Personne, ont-ils enseigné, n'est en droit de quitter le poste que les Dieux lui ont assigné dans la vie. Nous ne voyons pas maintenant d hommes qui se tuent , parce (ju'ils sont vieux , mais parce qu'étant vieux , ils sont pauvres et ne peuvent plus vivre. A Paris, il y a tous les ans, sept à huit suicides qui n'ont pas d'autre cause ; une charité plus active pourrait les empêcher de se reproduire.

Plusieurs philosophes ont encouragé les hommes à se tuer. Le stoïcien Hégésias déclamant, en Egypte , sur le mépris de la vie et sur les douceurs de la mort , a provoqué un grand nombre de suicides. Sénèque disait : La moi t volontaire est la plus belle (Ep. 70). Montaigne : La réputation ne touche pas ;i une telle enireprise , c'est folie d'y avoir respect (Essais. Cons. de l'ile de Cèa). Aujourd'hui, on n'enseigne pas cette doctrine aussi ouvertement , nos mœurs la repoussent et l'opinion publique flétrirait justement celui qui s'en rendrait le fauteur.

Des suicides que l'on peut appeler héroïques sont consignés dans l'histoire de presque toutes les nations. Alexandre assiégeait une ville des Indes ; les assiégés, voyant qu'ils ne pouvaient faire une plus longue résistance, mirent le feu à leur ville et s'y laissèrent brûler. [Diod. de Sicile y iiv. 17), Codrus alla chercher la mort dans le camp ennemi, pour accomplir l'oracle qui, à ce prix, avait promis la victoire aux Athéniens. Vibius Verus , assiégé dans Capoue parles Romains , et désespérant de leur résister , résolut (je mourir avant la prise de la -ville. Il offrit un banf(aet à tous ceux qui voudraient mourir avec lui; vingt-sept sénateurs s'y rendirent , et le banquet fini , on servit à chacun une coupe empoisonnée qu'ils vidèrent tous après s'être dit adieu. ( ZVie-Li'i'e, liv. 26, chap. 15). Astapa , ville d'Espagne, était attaquée par les Romains ; ses habitans en état de combattre placèrent les femmes et les enfans sur un bûcher, près duquel ils laissèrent cinquante d'entre eux , puis ils sortirent de la ville et, suivant le vœu qu'ils avaient fait, ils allèrent tous au-devant de la mort. Les cinquante hommes qui restaient dans la ville, mirent le feu au bûcher et s'y précipitèrent. ( Tite-Livc , liv. 31 , chap. 17 eï 18 ). A l'époque où les Juifs , vaincus par Antiochus Epiphaues , étaient persécutés pour abandonner la loi de Moïse , plusieurs d'entre eux résolurent de ne rien manger de ce qui serait impur , et ils aimèrent mieux mourir que de se souiller par des viandes défendues. ( Machab. . lii/. 1 , chap. 1 , v. 65 ). Peu de temps après , Razias, qu'on appelait le père des Juifs, poursuivi par les soldats de Nicanor , se donna un coup d'épée , aimant mieux, dit la Bible, mourir noblement, que de se voir assujetti aux pécheurs et de souffrir des outrages indignes de sa naissance. Mais le coup n'étant pas mortel , et Razias voyant les soldats entrer en foule dans sa maison, il courut à la muraille et se précipita du haut en bas. Blessé de nouveau par cette chute et tout couvert de sang, il monta sur une pierie escarpée , tira ses entrailles hors de son corps et les jeta avec ses deii.x mains sur le peuple, invoquant le dominateur de la vie et de l'âme afin qu'il les lui rendit un jour , et il mourut de cette sorte. ( Machab. , liv. 2, cliap. 14 , z>. 37 et suiv. ) Pour ne pas avoir à supporter les turpitudes de l'empereur Maxence, plus de six cents femmes chrétiennes acceptèrent le martyre. On ne saurait trop les admirer , ajoute Eusèbe Pamphile {Hist. ecclésiast. , liu. 8, cliap. 14) , mais celle qui l'emporte sur toutes est celte dame romaine, très-noble et trèschaste qui , voyant les satellites du tyran entrer chez elle, leur demanda uu peu de temps , sous prétexte de se parer , et qui, retirée, seule dans sa chajiibre , se plongea un poignard dans le sein, montrant ainsi, dit Eusèbe, aux hommes prcsens et futurs , que la vertu des chrétiens , invincible et inexpugnable , est au-dessus de la mort. Ce fait rappelle celui de Lucrèce se donnant la mort pour ne pas survivre h l'outrage qu'elle a reçu de Sextus.

Les croyances religieuses ont souvent produit le suicide. Au Japon , il n'est pas rare que des dévots se noient ou s'enferment dans uu tombeau ayant une seule et très-petite ouverture ; là ils se laissent mourir, appelant aussi longtemps qu'ils le peuvent la divinité Araidas. Au Malabar , les veuves se brûlaient et se brûlent quelquefois encore sur le tombeau de leur mari. Souvent toute une famille de Gaulois se jetait sur le bûcher de leur parent mort , pour aller l'accompagner ou le servir dans l'autre monde. Au Bengale , tous les ans , les Indiens se soumettent à mille tortures , et se jettent en foule sous les roues d'un chariot , en l'honneur d'une énorme et grotesque statue de bois que l'on traîne par la ville. Les anachorètes de l'Égypte se soumettaient à des privations qui devaient souvent compromettre leur vie , et ce que leurs historiens en racontent serait incroyable, si l'on n'avait vu des faits analogues se reproduire à c'ifférentes époques. On s'étonne de la longueur de leurs veilles et de leurs abstinences. Mais ici ce n'est pas proprement du suicide ; car si les macérations des anachorète.? avaient souvent la mort pour résultat, cette mort n'était pas provoquée avec intention. Il ne s'agissait pour eux que de mortifier la chair et de souffrir.

On s'étonne qu'une action aussi grave et en apparence aussi désespérce que

SUICIDE

SUICIDE

le suicide , ait souvent été produite par imitation. Au rapport de Plutarque (Des Faits vertueux des femmes) , les filles de Milet se pendaient en grand nombre, lorsque le magisirat ordonna que celles qui se trouveraient pendues seraient traînées par la ville , nues et avec le même licol : cette mesure sufîlt pour arrêter l'cpidémie. Primerose assure que, de son temps, les femmes de Lyon se précipitaient , en grand nombre, dans le Rhône , mais sans en assigner la cause. A Marseille, dit un historien, les jeunes filles se tuaient à cause de l'incoustance de leurs ymans. M. Esquirol , dans plusieurs de ses écrits et notamment dans son snvanl article Suicide, du Dictionnaire des sciences médicales, s'est plaint amèrement de la publicité que donnent les journaux à tous les faits de suicide qui viennent à leur connaissance. « Ces récits fréquens , assuret-il , familiarisent avec l'idée de la mort et font regarder avec indifférence la mort volontaire. Les exemples fournis tous les jours à l'imitation, sont contagieux et funestes , et tel individu , poursuivi par des i-evers ou par quelque chagrin , ne se serait pas tué s'il n'eut lu dans un journal l'histoire de quelque suicide. «

Les différens genres de suicides dont il vient d'être question , sont sans contredit les plus rares, au moins de nos jours ; les plus fréquens reconnaissent pour cause et ont pour caractère une véritable aliénation mentale; quelquesuns sont dus au délire d'une passion violente , d'autres , en petit nombre , à une perversion de l'instinct. Comme ils appartiennent plus particulièrement à la médecine que les précédens , j'en parlerai avec plus de détails.

Parmi les aliénés qui se tuent ou qui se laissent mourir, il y en a beaucoup i[ue l'on croirait suicides et qui ne le sont pas. Les uns veulent seulement faire j)énilence de fautes réelles ou imaginaires, en simposant des privations. Un jeûne de quarante jours , à l'époque du carême, n'est pas excessivement rare. D'autres s'exposent à toutes sortes de périls, pour prouver qu'ils ont une mission surnaturelle. M. Esquirol, dans l'article cité plus h.iut, a publié le fait d'un malade de ce genre qui , ayant formé le projet de réunir tous les peuples en une même nation, pour acquérir de l'autorité, voulut faire une action d'éclat. Il se jeta dans la Seine, du haut du Pont-Neuf, et regagna le rivage, sans accident. Le lendemain il alla dans les rues , et essaya de se mettre sous les roues des plus lourdes voitures , afin de montrer qu'il ne pouvait être blessé. Le jour suivant , dans le même but , il voulut se jeter par une fenêtre ( Dict. des sci. méd. , t. 53 , p. 222). Un grand nombre d'individus qui se trouvaient dans un état analogue , et qui , ayant échappé à la mort, ont laissé voir le trouble de leur esprit, auraient passé pour des suicides volontaires, et jouissant de l'intégrité de leur raison , si on n'eût pas été à même de les observer. L'erreur sur ce point est d'autant plus facile pour les personnes étrangères à l'étude des désordres psychiques , que celui qui a attenté à ses jours était sous l'influence d'une passion violente. On attribue à la passion, et à elle seule, un acte qui est dû au délire. J'en ai publié un cas que j'ai observé pendant mon séjour à Charenton ( voy. Alla. dlij^. et de méd. lég. , t. 5). Un jeune homme nous fut amené, ayant toute l'apparence d'une profonde tristesse. Il venait de se couper le cou avec un rasoir. On nous dit qu'ayant demandé en mariage une personne qui l'avait refusé , il en avait conçu un chagrin si profond (ju'il avait résolu de mettre fin à son existence. Ce fait était vrai , mais incomplet. L'amour et le chagrin avaient ôté à oe jeune homme presque toute son intelligence , et c'est dans un véritable accès de délire qu'il avait fait la tentative de suicide. Il parlait bas , pleurait , nommait ses parens , s'accusait de folie , avait les yeux égarés, répondait lentement et rarement. I^e délire persista pendant quelques jours. Plusieurs suicides déliranlau momentde l'action, sont guéris par cetteaclionmême, comme ils l'auraient pu être par une crise violente , et recouvrent leur raison pour s'affliger de ce qu'ils ont fait. On sait que plusieurs fois, un phénomène analogue s'est manifesté dans des cas de monomanie homicide.

Dans l'observation que je viens de rappeler, le délire a précédé , accompagne et suivi l'acte du suicide, c'est une véritable lypémanic. 11 est un certain nombre de suicides qui sont provoqués seulement par la violence des passions. « Lorsque l'âme est fortement ébranlée par une affection violente et imprévue, dit M. Esquirol , les fonctions oiganiques sont bouleversées, la raison est troublée, 1 homme perd la conscience du moi , il est dans un vrai délire, il commet les actions les plus irréfléchies, les plus contraires à ses idées, à ses intérêts. Ainsi, la terreur lui ùte la pensée de fuir, et le pousse souvent dans des périls plus grands que ceux qu'il voulait éviter. Les hommes forts, d'un tempérament sanguin , ceux qui sont d'une grande susceptibilité , sont poussés au suicide avec d'autant plus de force que l'impressiou a été plus inattendue , et que la passion tient ils sont victimes est une passion sociale» {article cicé , p. 216). Les passions tristes , dépressives, sont celles qui portent le plus ordinairement au suicide ; elles s'accompagnent presque toujours d'idées délirantes , qui ôtent pour le présent toute jouissance , pour l'avenir tout espoir. De ce nombre sorjt l'ennui et la haine de la vie, ou mieux, des maux dont la vie est semée, la croyance que l'on est poursuivi par des ennemis, par des voleurs , par des gens de police; la nostalgie; un sentiment d'impuissance , d'incapacité pour toute espèce d'occupation ou de travail. Quelquefois c'est une idée subite, une déterminati<in inattendue, qui est immédiatement suivie de suicide ; ou bien, c'est une hallucination , une voix qui ordonne au malheureux qui l'entend de se tuer. La terreur de la damnation porte souvent ceux (jui y sont en pi oie à se doni:er la mort. A l'époque où les missionnaires parcouiaient la France, j'en ai vu plusieurs exemples à Charenton , et , dans mes Fi ai^mens psychologii/ues sur lu ,/blie , j'en ai cité un bien déplorable. C'est celui d'une femme jeune encore, qui, se croyant damnée pour ju ne sais quelle faute, a fait toutes sortes de tentatives puur se tuer, et qui, étant parvenue à se faire une plaie au sommet

delà tête, avait rabattu sur ses oreilles tout le cuir clievelu , puis avait perci la voûte du crâne avec l'ardillon d'une boucle. Elle a succombé à plusieurs hé j morrhagies successives ; et , en faisant l'ouverture du corps , nous reconnùme;] que le sang venait du sinus longitudinal supérieur. Cette femme nous a ofTeri un phénomène bien singulier , et qui, du reste , n'a pas échappe à la sagacit^ de M. Esquirol , c'est une insensibilité momentanée que ne pouvaient réveille^ les plus horribles mutilations. Le calme revenu , la malade était tout émue à h plus légère cause de douleur.

Le suicide commis dans l'intention de se soustraire à une douleur physique n'est pas aussi fréquent cju'on pourrait le supposer. En visitant les hôpitau? d'incurables , on est étonné du calme avec lequel ces pauvres malades supportent leurs maux. Ils n'ont pas l'espoir de guérir, ils songent à obtenir quelqw soulagement, et cette espérance qui les occupe est^ comme un voile tiré sui l'avenir. Il y a pourtant une maladie qui prédispose au suicide d'une nianièrt toute spéciale et même à l'homicide, c'est la pellagre, affection cutanée trèsfréquente dans le Milanais, et sur laquelle le docteur Brierre de Boismont s publié une notice pleine d'intérêt. L'onanisme y conduit aussi ; cette sombre mélancolie, qui s'empare de beaucoup de jeunes gens à l'époque de la puberté ! * et qui , durant chez quelques-uns pendant toute l'adolescence, s'exhale en sUn-l '* ces , en élégies , en mélodrames , en romans bien sanguinaires et bien épouvan-l tables, n'a souvent pas d'autre cause. )

J'ai dit que le suicide était quelquefois purement instinctif; c'est non pas uni) quement , mais plus particulièrement chez les individus en état d'ivresse qw cet instinct se développe. Tant que son ivresse dure , tel homme veut se tuer, qui , revenu à lui-même, ne sait pas du tout pourquoi il avait celte volonté) M. Esquirol en a vu plusieurs exemples chez des femmes débauchées et ch'ej des hommes adonnés à l'usage des boissons alcooliques. J'en ai observé moi' même un cas chez un jeune homme de mœurs très-pures et fort tempéràni d'ailleurs , mais qui s'était un peu oublié clans un déjeûner d'amis : il était suijJ" un bateau, paraissait d'abord fort accablé et avait vomi, lorsque, se relevaiii^J,'ai lout-à-coup, il fit un mouvement pour se jeter à l'eau ; j'étais là avec le docteuiâl Calmeil , nous l'arrêtâmes à temps , et pour qu'il ne nous entraînât pas avec luii jjji car il était très-fort, nous le tînmes couché pendant plus de deu.x heures qucijo dura sou égarement et son instinct de suicide. Un peu revenu à lui et paraissaii ,311 assez calme, nous lui permîmes de s'asseoir, mais dès qu'il se croyait en liberté u il l'enouvelait ses tentatives. Enfin arrivés au terme de notre malencontrciuim] voyage, et la raison étant parfaitement rétablie chez ce jeune homme , noînml fûmes heureusement hors de peine. Lui, il ne se souvenait que trcs-confusMio ment de ce qui s'était passé , et si on ne le lui eût pas dit , il semble qu'il YemiK instantanément oublié. ' L

L'âge auquel s'exécutent le plus grand nombre de suicides n'est pas encon*! déterminé, et les documens statistiques que nous possédons ne suffisent M|L|i pour l'établir. Je vais présenter, dans un tableau , ce que l'on sait de P'"'sB||i'i silif sur ce point.

PROPORTION DES SUICIDES, SUIVANT LES AGES. ta

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