‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource] (volume 2)Chapitre 270 sur 311 · SUREAU · texte numérisé non relu

SUREAU

t surtout derrière le condyle de la mâchoire , le séton ou les cautères à la nutie , et les ventouses sèches ou scarifiées , dans les mêmes régions. On en seonde l'action par des vapeurs d ether , que l'on dirige dans le conduit auditif u dans l'oreille interne par la trompe d'Eustaclie; on pourrait peut-être tenter ar cette dernière voie des injections légèrement excitantes d'abord , mais dont n augmenterait successivement la force, si elles ne provoquaient pas d'accidens iflanimatoires. Enfin , on prescrit à l'intérieur les infusions d'arnica , de valéiane , et les préparations ferrugineuses. Le thé et le café, prisa des doses mojérées , seraient peut-êtie de quelque utilité , en pareil cas ; ce qui nous le fait ipposer, c'est que nous connaissons un vieillard, dont l'ouïe est affaiblie par ;s progrès de 1 âge , et qui entend beaucoup mieux lorsqu'il a pris un peu de

ffé. Quoi que l'on fasse , au reste , la surdité par paralysie du nerf auditif sera ujours la plus difiicile à guérir.

Il faut bien prendre garde de confondre avec cette surdité celle qui succède l'aj)oplexie , au typhus, et aux phlegmasies de l'encéfihale. Dans celle-ci, le lége du mal n'est [ilus dans l'oreille , et si l'on peut encore le considcrer jbmme l'efFet d'une paralysie du nerf auditif, le point de départ, la cause oruiique en est dans le cerveau. Ce serait donc en vain que l'on dirigerait dans jreille externe ou interne les vapeurs et les injections excitantes dont nous jnons de parler, il n'en pourrait résulter aucun bien pour l'audition , tandis ne le cerveau en ressentirait peut-être de fâcheux effets. Le traitement tout itier doit être dirigé contre la lésion cérébrale, et , suivant qu'elle est aiguë 1 chronique , on aura recours aux saignées générales ou locales, aux vésicaires , aux cautères ou aux sétons à la nuque, aux pédiluves irritans, et aux Jrgatifs répétés. ( yoj. Apoplexie, Encéphalite, INIénikgite. ) C'est peutre dans quelques-uns de ces cas que les excitans cérébraux, tels que le thé le café , ont quelque eflicacité ; ils agissent peut-être en sortant le cerveau de stupeur sénile ou morbide dans laquelle il se trouve plongé, et en le metut à même de percevoir plus nettement les impressions des excitans des sens, e que nous venons de dire de la surdité sy mptomaliijne des affections céi-érales nous semble s'appliquer aussi à celle qui est l'effet des coups ou 2s chutes sur la lête, et principalement à celle qui succède aux chutes ir les genoux , ou sur les fesses. Nous croyons que toujours , dans ce dernier is. et souvent dans les premiers, la commotion a été éprouvée par le cerveau non par le nerf auditif , et que c'est par conséquent contre la lésion céréale qu'il faut diriger les moyens thérapeuti([ues. L'attention exclusive ^jue l'on donnée jusqu'à ce jour, en pareil cas, h l'oreille et à la paralysie supposée du nerf byrinthique, est probablement la cause des constans insuccès que 1 on a éprou- 3s dans le traitement de cette surdité, insuccès qui l'ont fait déclarer incurable. Une autre surdité, qu'il ne faut pas non plus confondre avec celle qui nous ;cupe , est celle que produit la pléthore. L'erreur est en général facile à évir; cette surdité est ordinairement accompagnée de pesanteur de tête, de provision au sommeil, de battement des artères carotides et temporales, souvent ; tintement, de sifflemens, ou de bourdonnement dans les oreilles, elle est luvent plus considérable au moment du réveil que dans les autres inslans de journée ; les bains de pieds^ les réfrigérans sur la tête , le régime végétal, et isage de l'eau, la diminuent; elle s'accroît au contraire, par le sommeil prongé, par le séjour dans les lieux trop fortement échauffés, par les contentions esprit, et par les excitans du cerveau , comme le café, le vin et les liqueurs; le guérit par le régime végétal, et les saignées du bras ou du pied , ou les aplications de sangsues à l'anus chez les hémorrho'idaires.

Kous avons dit que la surdité succédait quelquefois à la répercussion de la lugeole, de la scarlatine, de la variole, de l'arthrite goutteuse, ou rliumatisale, des dartres, etc. Mais ici nous ne croyons pas qu'il existe de paralvsie 1 nerf labyriuthique ; ce sont probablement des otites aiguës ou chroniques, li surviennent à la suite de ces répercussions. Ces phlegmasies retiennent proiblement quelque chose de la spécialité de la cause qui les fait naître, et ur traitement doit subir, sans doute , quelques modifications en rapport avec nature de cette cause ; mais aucun moyen ne doit être dirigé contre la surté elle-même, qui , comme nous l'avons dit déjà, n'est ici qu'un symptôme, uant à celle que produit la syphilis , nous ignorons complètement à quelle sion de l'organe de l'ouïe elle se rattache , mais elle cède assez facilement au aitement mercuriel.

Comme on ne parvient pas toujours à guérir la surdité , mais qu'elle est rement complète , on a dû s'occuper des moyens de concentrer et d'accroître s sons, en les dirigeant dans l'oreille.

Des instrumens ont été imagines à cet effet , ce sont les cornets acoustiques.

en existe un très-grand nombre , de formes et de dimensions diverses ; mais ■us se rcduisentà des cylindres creux, d'argent, de cuivre ou de fer blanc, laptés ou non à des coquillages marins, rétrécis à l'une de leurs extrémités et

asés à l'autre, quelquefois roulés en spirale à leur centre et interrompus par 1 ou deux diaphragmes de baudruche. Il a suffi quelquefois, pour rétablir )uïe , de faire placer à demeure un simple petit cylindre dans le conduit audif ; dans quelques cas, il est nécessaire que ce cylindre soit entretenu humide, m action cesse aussitôt qu'il se dessèche. Comme les sons peuvent êlie commuiqués à l'oreille par les vibrations de corps placés entre les dents , M. Itard a aaginé une sorte de porte-voix en bois , de forme pyramidale , évasé à l'une de :s extrémités et terminé à l'autre comme l'anche d une clarinette ; il fait susîndre cet instrument au plafond par un fil , le sourd prend la petite extrémité itre ses dents , et l'on parle dans le pavillon sans le loucher avec la bouche, nûn , ce médecin a encore inventé un autre instrument qui a le double avan-

ge de propager le son par le conduit auditif et par l'ébranlement des os du

DlCT. DE MÉDEC^^E ET DE CulKDRGIE PRATIQtJES.

crâne. 'Voyez au reste pour la description de tous ces instrumens l'article Acous- TiQiE, par M. Bégin.

La surdilé coiigéniale reconnaissant les mêmes causes organiques que la surdité accidentelle, il faut s'ap|)liquer par tous les moyens d'investigation possible à découvrir la nature de la lésion qui la produit, et diriger le traitement eu conséquence. C'est ainsi que M. Deleau est déjà parvenu à rendre l'ouïe à plusieurs sonrds-muets. Mais lorsque l'on a la conviction que la surdilé dépend d'une paralysie du nerf labyrinthique, on peut bien tenter encore l'emploi des moyens que nous avons précédemment iniliqués , mais sans se bercer de l'espoir d'une giiérison ni même d'une amélioration ; cette surdité est toujours incurable. 11 ne reste plus qu'à tloter le jeune sourd du langage des signes , de ce langage qui doit le sortir de l'isolement auquel il semblait condamné , donner un corps et une expression à sa pensée, l'animer de la vie sociale , et le rattacher ainsi par riutelligcnce à la grande famille humaine, qui, le voyant muet, comme les brutes , le reconnaissait à peine pour un de ses enfans. Riais ici le rôle d Ilippocrale finit , celui de l'abbé de l'Epée commence.

J.-M. -G. Itard. Ti ailé des maladies de l'oreille el de l'audition , 2 vol. in-S" , PaiLs ^ 1821.

Deleau. Mémoire sur la perforation de la mcmbiane du tympan, Paris, 1822, brochure in-8°. — li'ouïe et la parole rendues à Trézel , Paris , 1822 , brocbure io-H". — Sur le cathéléristne de la li-ompe d'Euslache, Paris, 1828, in-8°. — Exirait d'un ouvrage intitulé. Traiiemerit des maladies de l'oreille moyenne qui engendrent la surdité, Paris, 1830, 10-8°. — InUoduction h des lecherches piali(|ucs sur les maladies de l'oreille qui engendrent la surdilé, Parii, 1834, in-S».

'fil. Buclianan. Illuslralions of acouslic surgery , London, 1825, in-S», fig.

C. J. Bech. Die Kranklieilen des Gehororgaiics , Ileidelberg , 1827 . in-8''.

J .-H. Curlis. A Ireatise on llie physiology and palhology of tlie ear, London, 1831 , in-S", fi g.

( L. Ch. Roche. )

SUREAU. Sambucun. Plante indigène et vulgaire de la famille des caprifoliées , dont les divei ses espèces inégalement employées en matière médicale sont cependant pourvues de propriétés à-peu-prês semblables. Le sureau noir dont nous devons nous occuper ici est celui qui a particulièrement (ixé l'attention des praticiens, et qui se trouve en abondance dans nos champs et nos jardins, où l'on remarque son joli feuillage et ses coryrabes de fleurs dont l'odeur un peu forte n'est cependant pas désagréable , et auxquelles succèdent des baies pleines d'un suc rouge foncé , dont ou se sert pour colorer les vins. Nous ne nous étendrons pas sur la description botanique d'un arbre qui est connu de tout le monde.

Les fleurs du sureau jouissent depuis long-temps de la réputation d'être sudorifîques et résolutives, sans parler même d'autres ])ropriétés qu'on leur aurait prêlées , et sur lesquelles on a depuis long-temps passé condamnation. Quant à ces dernières , d'ailleurs, il est naturel de penser qu'elles n'ont rieu de bien particulier; néanmoins comme médicament iudigène et peu coûteux, on fera bien d'employer l'infusion légère de fleurs de sureau dans les cas oiï l'on aura l'intention de produire une sueur abondante, eu ayant soin toutefois de l'administrer dans les conditions favorables à cette médication {l^oyez Sudori- FiQCEs). Mais il ne faut pas leur demauder , comme le veulent quelques praticiens, une manière d'agir qui leur soit particulière , et qui doive les faire préférer exclusivement à d'autres médicamens analogues. Quant à la qualité résolutive elle se conçot , attendu l'odeur aromatique de la plante et le peu de principes astringens qu'elle renferme. La dose dans le premier cas est de quelques pincées en infusion, et dans le second double ou triple. On en préparait jadis une eau distillée aromatique inusitée aujourd'hui.

Il faut dire ici que les chimistes ne se sont pas beaucoup exercés sur le sureau pour y chercher les élémens qu'il renferme, et qui ne sont probablement pas dépourvus d'intérêt ; il faut dire aussi que les anciens n'ont pas paru y attacher une grande importance comme médicament. Cependant un pharmacien allemand, qui a fait une analyse de ces fleurs, lésa trouvées composées d'huile volatile, de soufre, de principes extractifs et astringens, de résine et de quelques sels de potasse et de chaux. On a remarqué que les fleurs récentes présentent quelques propriétés purgatives qu'elles perdent par la dessiccation , et qui sont d'ailleurs peu marquées. Leur qualité narcotique est d'ailleurs plus que contestable.

Us paraissent aussi s'être peu occupés de la seconde écorce du sureau (liber) à laquelle plus tard on a reconnu une propriété éméto-calhartique , dont on a fait une application spéciale au traitement des hydropisies et plus particulièrement à celle du péritoine. Cette opinion qui nous paraît cependant susceptible d'examen est basée sur des faits réels, desquels il résulte que la seconde écorce , surtout celle de la racine , pilée lorsqu'elle est fraîche , donne un suc d'une saveur un peu amère , mais surtout acre et nauséeuse, qui, administré à la dose d'une demi-once à deux onces, détermine sans grande fatigue des évacuations alvines abondantes. Et ce n'est pas seulement le sureau comraim qui produit cet effet , mais encore l'hièble et les diverses autres espèces connues. La préparation est toute simple; elle consiste à piler la seconde écorce sans addition d'eau, et à filtrer le suc qu'on en a recueilli. Quels sont les principes contenus dans ce suc ? c'est ce que l'analyse chimique n'a pas encore démontré, et ce qu'il serait peut être convenable de rechercher. Quoi qu'il en soit , la propriété purgative n'est point contestée; quant à la vertu de faire vomir elle n'est pas à beaucoup près aussi constante, et c'est surtout à la première que peuvent être rapportées les guérisoiis citées par les auteurs tant anciens que modernes. Le suc lie la seconde écorce de sureau a été employé avec succès dans diverses affections , et notamment dans les hydropisies où les purgatifs médiocrement actifs ont souvent présenté des avantages. On les explique par celte supposition

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qu'il active l'absorption intestinale et qu'il évacue par cette voie la se'rosilé épanchée dans l'abilomen. Mais coinnient et pourquoi celte action salutaire semble-t-elle limitée à l'ascite, et a-t-on démontré par des expériences suffisamment concluantes, que ce médicament ne rendrait pas les mûmes services dans rhydropisie de la plèvre , du péricarde et du tissu cellulaire? Et après avoir lu attentivement le mémoire de M. Martin-Soloii nous nous demandons encore si le suc d'écorce de sureau a été nécessaire et utile au Iraileinent de l'ascite; nécessaire, c'est-à-dire, si les malades n'auraient pas guéri sans ce médicament ou avec tel autre purgatif ( l'utilité de purgatifs dans l'bydropisie ne fait pas doute); utile, c'est-à-dire si les malados ont effectivement guéri plus tôt et plus sûrement ?]\ous demanderons de plus si la liquidité des selles dépend de la nature du purgatif, ou bien si elle ne serait pas liée à l'état particulier des organes et des fonctions qui constituent I hydropisie ? Nous ferons enfin cette dernière question : dans cjuelles ascites convient-il particulièrement d'y avoir recours ? Bailleurs ce praticien , lui-même, n'accorde de préférence à ce médicament qu'à raison de son action douce et exempte d'accidens. On doit donc encourager l'emploi d une substance indigène et peu coûteuse qui se montre pourvue d'une efficacité réelle. On doit en même temps cherchera constater ce qu'il peut y avoir de spécial dans son actioxi pour l'appliquer d'une manière plus utile : mais fidèle à 1 esprit d'examen qui dirige à présent l'élude des sciences , le médecin thérapeutisle doit se garantir des hypothèses et des préventions.

Les feuilles de sureau sont un médicament faible, peu digne d'attention. Bien qu'un peu aromatiques comme les fleurs et un peu purgatives comme l'écorce , elles sont inférieures sous ce double rapport à l'une et aux aulres. Aussi doit-on y renoncer à moins d'un dénûment complet et bien peu probable. Les anciens cependant y avaient recours dans diverses maladies où l'on ne voit pas qu'elles aient pu être d'une utilité réelle. Au reste n'est-il pas singulier que les erreurs des anciens se soient si tidèleinent conservées , tandis qu'on a si promplement oublié leurs excellentes observations et leurs méthodes judicieuses ?

Un jugement analogue nous semble devoir être porté sur les baies de sureau, qui ont long-temps passé pour un médicament efficace, bien qu'il soit extrêmement facile de se convaincre que les principes médicamenteux, si elles en contiennent, n'y existent qu'en proportion infiniment faible. Leur composition n'offre rien de particulier; elles renferment un suc d'un rouge foncé acidulé et un peu sucré, qu'on fait filtrer et épaissir à une douce chaleur en y ajoutant un peu de sucre. C'est alors ce qu'on nomme ruh de sureau , espèce de sirop très-épais et brun, d'une saveur sucrée avec un arrière-goût un peu amer , et qu'on employait autrefois comme un sndorifique puissant. Il y a long-temps qu'on est revenu sur cette opinion bien légèrement admise, de même que sur celle qui attribuait à cette préparation des qualités purgatives. Maintenant le rob de sureau est quelquefois employé comme excipient d'autres médicamens.

Il est à peine nécessaire de rappeler que les graines renfermées dans les baies contiennent un peu d'huile grasse , et que les diverses parties du sureau entraient dans plusieurs préparations officinales. ( F. Ratier.)

SUSPENSOIR. s. m. Bandage qui sert à contenir ou à soutenir certaines parties du corps.

Le suspensoir des mamelles est un bandage composé d'une sorte de poche, montée sur une ceinture qui entoure la base de la poilrine,et dont la partie opposée est surmontée de deux bandes destinées à passer sur les épaules , à se croiser derrière elles, et à s'aller fixer à la partie postérieure de la ceinture, qu'elles empêchent de descendre.

Ce suspensoir peut aussi être fait avec une longue bande roulée à un cylindre, dont les tours passent de l'épaule du côté sain derrière le dos , sous l'aisselle du côté malade, sur le sein à soutenir, puis remonte entre les deux seins sous l'épaule où le jet a commencé. Quelque attention que l'on apporte à la confection lie ce bandage, il n'offre jamais la solidité du suspensoir en bourse, et ne peut être aussi facilement levé et réappliqué.

Le suspensoir du scrotum représente une sorte de sac largement échancré, dont la base ou la partie la plus large est cousue sur une ceinture, tandis que le sommet ou la |)ortion étroite poi le des sous-cuisses. La portion large est percée d'un trou pour laisser passer le pénis, cl les sous-cuisses vont du périnée gagner les côtés postérieurs du bassin où ils se fixent à la ceinture.

Ces suspensoirs, si souvent utiles dans les varicocèles, chez les cavaliers, chez la j)lupart des hommes qui se livrent à de très-grandes fatigues, doivent être légers, s'appliquer avec exactitude , et soutenir les testicules sans les comprimer comme sans les laisser pendre. On en construit en tissu de soie ou de lacet et même en caoutchouc filé qui offrent à un haut degré tous ces avantages.

Api ès les opérations de l'hydrocèle et du sarcocèle, le suspensoir en bourse est utilement remplacé par une compresse suffisamment longue et large, à la partie moyenne du pli de laquelle on fait passer les sous-cuisses. Une bande fixée autour du bassin sert de ceinture ; la partie moyenne de la compresse est placée sous le scrotum, et ses deux chefs ramenés en avant , sur l'appareil, vont se fixer à la bande en laissant le pénis libre dans leur intervalle; enfin, les deux sous-cuisses sont ramenés à la manière ordinaire sur les côtés de la ceinture. Ce suspensoir, que l'on peut se procurer partout, s'applique tj'ès-facilement, se modèle avec une grande exactitude sur le volume des parties et des appareils, n'est pas moins solide que les autres , et doit leur être préféré dans tous les cas de maladies, c'est-à-dire lorsque le suspensoir n'est pas une sorte de vêtement hygiénique. (L.J. Bécin).

SUTURE, s. f. Sutura , de suo , je couds : on appelle ainsi en chirurgie

toute réunion d'une plaie sanglante faite au moyen de fils ou de tiges métalliques.

La suture est probablement aussi ancienne que la chirurgie : ce moyen est, en effet, trop naturel , pour n'être pas venu à l'esprit du premier chirurgien qui a eu à traiter des plaies un peu considérables , et quoique les auteurs les plus anciens ne nous aient transmis à cet égard aucuns de ces préceptes généraux par lesquels ils avaient l'habitude de résumer le résultat de leur expérience, il n'en est pas moins certain que la suture leur était connue. Il y a plus, c'est qu'alors comme aiijourd'hui on en a abusé ; je n'en veux pour preuve que cette sortie de Paracelse qui dit que la nature a horreur d'être enlre les mains de ces barbares (jui cousent les pluies.

Plus tard, Celse posa quelques principes sur la suture, et s'attacha à distinguer les cas dans lesquels elle peut être employée avec avantage de ceux où elle serait inutile sinon nuisible. Gulien a parlé aussi de la suture mais d'une manière fort générale et particulièrement appliquée aux plaies. Après eus, Ainb. Paré l'employa avec le plus grantl succès , dans trois cas de plaies à la langue, et depuis, les auteurs s'en sont tour-à-lour occupés les uns pour la proscrire , les autres pour en exalter l'utilité. Son application , d'abord bornée à la réunion des plaies , fut successivement étendue à d'autres affections , ainsi par exemple, James Yonge l'employa dans les amputations , Saucerolte et Noël dans les cas de fistules recto-vésicales, d'autres pour la réunion des plaies des tendons, et cependant les résultats furent divers et les conclusions i|ue les auteurs eii tirèrent furent on ne peut plus contradictoires : il ne pouvait guère en être autrement : les cas dans lesquels on avait employé ce moyen, étaient eux-mêmes si opposés, si différens ! La plupart de ces auteurs n'avaient fait aucune expérience comparative; chacun s'en tenait à l'emploi tout spécial cju'il en avait fait ; et , suivant que le résultat était heureux ou malheureux, il en concluait pour ou contre la suture et cela d'une manière générale, absolue. De là le mal; de là ces périodes alternatives de faveur et de proscription par lesquelles elle a passé depuis les premières époques de la chirurgie jusqu'à nos jours.

Enfin , on avait si bien fait que la suture finit par ne plus figurer dans les ouvrages de chirurgie que pour mémoire et comme ane occasion de blâme contré ceux qui s'en étaient servis.

Avant d'aller plus loin, je dois faire remarquer que la suture, compagne habituelle de la réunion immédiate des plaies, a eu toujours son sort attaché à cellé-ci ; toujours elles ont marché à l'unisson : l'une se ressentait des coups portés contre l'autre : elles ont toujours été, si je puis ainsi dire, de compte-à-dcini, et revers comme succès, tout leur a été commun. L'une et l'autre , par suite des théories erronées qui, de loin à loin , ont eu cours sur la marche des plaies, étaient àpeu-piés complètement abandonnées , quand Sharp ^ vers le milieu du xvm« siècle, essaya de les relever du discrédit injuste dans lequel elles étaient tombées, et en proposa de nouveau l'application , même dans les cas d'amputation : mais ces tentatives de réhabilitation avortèrent entre ses mains, et c'est à peiné si 'V^alentin, quelques années pus tard, put quelque temps encore fixer sur elles l'attention des chirurgiens.

Enfin, l'ancienne académie de chirurgie porta les derniers coups à la suture, et sa proscription fut d'autant plus certaine que les membres les plus distingués de cet aréopage, qui passait alors pour infaillible , mirent une sorte d'acharnement dans les attaques qu'ils dirigèrent contre elle ; c'était à qui mieux mieux; chacun en médisait à son tour, et elle dut tomber sous les reproches souvent exagérés que lui adressèrent à l'envi Belloste, Lafaye, Caqué de Reims, Louisel Pibrac : ces deux derniers auteurs lui firent surtout beaucoup de mal , l'un en repoussant particulièrement son emploi même pour le bec-^de-lièvre , l'autre en prouvant par des raisonnemens et des exemples plutôt captieux que concluans, qu'elle était souvent nuisible et plus souvent inutile.

En Angleterre, John Ilunter, l'un des défenseurs les plus zélés de la réunion immédiate , continuait cependant à proscrire la suture , lorsque John Bell presque en même temps chercha, dans son célèbre Traité sur les plaies, à la remettre en vigueur, mais en spécifiant mieux qu'on ne l'avait fait jusqu'à lui les cas où elle convient, et ceux où les bandages doivent lui être préférés. Depuis cette époque, la suture a subi, en Angleterre et en France, des alternatives diverses de faveur et de discrédit : mais Dcipech et M. Serre de Montpellier, M. Gensoul de Lyon et la plupart des chirurgiens des villes du midi l'ont largement vengée des préventions exagérées de l'ancienne académie. INous verrons plus tard si ces défenseurs n'ont pas eux-mêmes , dans leur élan d'admiration , francliiles limites dans lesquelles une impartiale et sévère estimation des faits aurait dît les maintenir.

Les auteurs ont divisé la suture en suture sèche [sutura sicca) , et en suture sanglante {sutura cruenta) : cette division est vicieuse sans doute, car la première n'est pas une suture véritable , telle du moins que nous la comprenons aujourd'hui; mais il faut dire aussi que les auteurs qui ont tourné en ridicule l'expression de suture sèche étaient loin d'en avoir une idée juste. Elle ne consistait pas, en effet, comme ils l'ont pensé, en des bandelettes agglutinatives ordinaires , car il résulte de la description qu'en a donnée /i. Parc , que , pour la pratiquer, on étendait l'emplâtre sur les deux tiers environ d'un morceau de linge, l'autre tiers restant libre : qu'un morceau était appliqué de chaque côté de la plaie; que les deux bords libres étaient opposés 1 un à l'autre, croisés sur la ligne médiane, et cousus ensemble avec une aiguille ordinaire. On comprend facilement que la complication inutile de ce petit appareil a dù bientôt le faire abandonner.

On emplo3'ait anciennement un très-grand nombre de sutures; mais pour né pas nous perdre dans des descriptions fastidieuses, nous parlerons seulement de

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slles qui ont été le plus généralement employées et dont on (ire encore aujourjhui quelque parti.

Suture entrecoupée ou à points séparés. On nomme ainsi cette espèce de suture, irce que chacun des points reste séparé et a un til qui lui est propre. Pour îxécuter, il faut se munir d'autant de fils simples, doubles, triples, etc. , qu'on :ut pratiquer de points de couture et d'un certain nombre d'aiguilles. Les fils (ivent être préalablement disposés l'un à côté de l'autre, en forme de cordon bien cirés , pour éviter qu'ils ne se séparent. Les aiguilles dont on se servait ciennement, étaienl de iormes variées, celles qu'on emploie généralement au- : ird'huisont courbées en forme d'arc de cercle régulier, d une largeur égale !i rtout, excepté à l'extrémilé qui doit percer les tissus, et qui est disposée en »rme de lance acérée : l'autre extrémité se termine par une ouverture carrée stinéc à recevoir le cordonnet de fil. Il est inutile sans doute de recommander n'employer jamais que des aiguilles bien tranchantes , et d'oindre préalable- ;nt leur pointe avec du cérat ou tout autre corps gras ; on sent tiop bien que pération en deviendra plus facile et moins douloureuse , en même temps que iflammation sera moindre. Quelques chirurgiens, dans la fausse persuasion 'il est préférable de faire toujours pénétrer l'aiguille de Tinlérieur de la plaie 'extérieur, mettent encore de nos jours une aiguille h chaque extrémité du mais ce n'est qu'une vaine complication ; une seule aiguille peut toujours îire pour pratiquer un point de suiure, et voici la meilleure manière il'y pro- 1er : avec les doigts de la main gauche, on saisit la lèvre droite ou supérieure la plaie, on la fait saillir en la renversant un peu en dehors, puis prenant guille de la main droite, de manière que le pouce placé sur sa concavité et idicaleur sur sa convexité, puissent s'en servir comme d'un levier du troisième ire , on fait pénétrer cette aiguille de l'extérieur à l'intérieur de la peau, en faisant exécuter un mouvement de bascule en harmonie avec la courbe qu'elle t décrire. Aussitôt qu'elle est à découvert dans l'intérieur de la plaie , on la îit par sa pointe, on la retire et on procède au deuxième temps de l'opéx'an. Ce second temps ne diffère du premier qu'en ce que l'aiguille doit percer itre lèvre de la pluie en la faisant marcher de l'intérieur à l'extérieur. Le mier point de suture terminé, on passe suscessivement aux autres, soit en se vaut de la même aiguille h travers le chas de laquelle on engage un nouveau soit encore (ce qui abrège le temps de l opéi ation), en employant une aigudle parée à l'avance et ainsi de suite. Cela fait, un aide rapproche les lèvres de ilaie; le chirurgien, de son coté , arrête les extrémités de chaque fil par un ible nœud ou une simple rosette, place tous ces nœuds sur le bord de la ie le mollis déclive, les enduit de cérat pour qu'ils ne se collent pas entre et qu'on puisse au besoin les relâcher plus facilement; puis il applique cessivement un linge fenétré, un plumasseau de charpie, des compresses et in une bande ou tout autre moyen contentif qui variera suivant les régions corps. Quelques chirurgiens aident l'action des points de suture par des ideletles agglutinatives placées dans leur intervalle j d'autres, quand les lèvres a plaie ont trop de tendance à s'écarter, obvient h cet inconvénient, en applimt latéralement des compresses graduées et disposées de manière que la ssion du bandage tende à les rapprocher ainsi que la peau qui leur est interiiaire.

'uture eiichci'illée. Les anciens chirurgiens emploj'aient de préférence à toute re cette suture, dans le cas de plaies profondes, parce qu'ils pensaient avec elle , on obtenait une réunion plus complète, et qu'agissant moins aux res de la plaie qu'au-dessous d'elles , elle évitait ainsi la formation d'abcès ■rieurs. Elle n'est autre chose du reste que la suture entrecoupée, à cette difnce près que les fils sont doubles , et qu'ils présentent par conséquent une e à l'une de leurs extrémités. Quand ils sont posés, on engage dans l'anse de cun d'eux un tuyau de plume ou tout autre corps cylindrique analogue ; on are les deux faisceaux de l'autre extrémité, on y glisse une tige semblable à )récédenle, puis on noue successivement sur elle chaque paire de fils après ir toutefois tiré sur chacun d'eux de manière que les lèvres de la plaie it été convenablement rapprochées. Cette suture , contre l'emploi de laquelle nis s'est élevé peut-êti e trop injustement, a l'avantage d'agir à-la-fois au îau des fils, dans leur intervalle et au fond de la plaie; on est dispensé avec de laisser sur les bords un nœud dur et doulouieux, on peut plus facile- [it surveiller l'action des fils, et les relâcher si l'étranglement re.\ige; enfin elle e le renversement en-dedans des lèvres delà plaie. Cette suture est employée c avantage dans les cas de plaies profondes des muscles et de l'abdomen. uture entortillée. Cette suture consiste en des aiguilles métalliques, dont la lire et la forme peuvent être très-variables, et qu'on laisse à demeure dans aisseurdes lèvres de la plaie, à l'instar des fils dont nous venons de parler, ùr lesquels on maintient ces mêmes lèvres à l'aide d'une longue ligature que I entortille sur les extrémités de chaque aiguille, en les faisant décrire alterivement des X et des 8 de chiffre. Comme cette suture a été décrite à l'occa- 1 du bec-de lièvre , nous renvoyons le lecteur à ce mot ; nous dirons seulent qu'on l'a employée aussi avec avantage dans les cas de pluies de la face l'autres régions du corps, et qu'elle est de tous les moyens analogues celui procure une réunion plus prompte , plus sûre et plus immédiate. M. le proeur J. Cloquct s'est servi de cette suture dans un cas de fistule urétrale ^lidue, et a débarrassé le malade d'une infirmité contre laquelle tous les au- Jiî moyens avaient échoué : enfin, c'est à peine si j'ose dire qu'un chirurgien iiflais, Lambert, s'est flatté d'avoir guéri des plaies artérielles à l'aide de la !ure entortillée , tout en conservant le calibre de l'artère. On sait d'ailleurs \ Asmann a démontré qu'il s'était abusé, et que ce moyen, quand il a ssi , ne l'a dû qu'à l'obliléi'ation du vaisseau.

Avant de passer aux sutures spéciales du canal intestinal, faisons quelques remarques générales applicables à toutes celles dont nous avons déjà parlé : le nombre des points de suture doit être proportionné à l'étendue de la plaie ; Sam. Cooper dit que la règle commune est qu'il suffit d'un point de suture par chaque pouce ; mais celte loi souffre beaucoup d'exceptions , et les points de suture doivent être bien plus rapprochés dans les cas, par exemple, où la plaie est profonde , transversale , et lorsque les muscles également coupés la déjettent fortement en dehors. Il faut enfoncer les aiguilles assez loin des lèvres de la plaie pour que le fil ou la tige métallique ne déchirent ni la peau, ni les muscles; mais il est encore impossible de poser à cet égard un principe absolu , et nous dirons seulement que la distance doit être proportionnée , et à l'étendue de la plaie, et à la lendance qu'ont ses bords à se rétracter: cependant dans la majeure partie des cas, trois ou quatre lignes sufiisent. C'est ordinairement vers le troisième ou le quatrième jour qu'on peut retirer les fils : il faut savoir se tenir à cet égard dans un juste milieu raisonnable , et prendre garde également de les couper trop tôt, et avant que la réunion soit effectuée , ou trop tard , c'est-à-dire quand ils ont déjà enflammé et ulcéré les lèvres de la plaie. Au reste, ce terme peut varier singulièrement suivant l'effort des muscles, suivant les mouvemens que le malade exécute, suivant l'état des tissus , et mille autres circonstances inhérentes ou étrangères à l'opéré , et qu'il serait trop long d'énumérer. Quoi qu'il en soit , l'extraction des fils ou des aiguilles étant jugée nécessaire , il faut y procéder avec beaucoup de ménagemens , oindre de cérat chacun de ces corps étrangers, et éviter avec soin tout froissement qui pourrait amener une inflammation un peu vive , et compromettre le succès de l'opéralion. Généralement, on n'enlève qu'un ou deux jours plus lard les fils qui répondent aux points où la tendance à l'écarlement est la plus prononcée. Dans tous les cas , il est important de soutenir les bords de la division à l'aide de bandages appropriés , jusqu'à ce que la réunion soit assez solide pour mettre à l'abri contre toute chance de rupture , et que la cicatrisation ait tari le petit suintement purulent qui se continue pendant quelques jours encore , à travers les petites plaies qu'occupaient les fils ou les aiguilles. Enfin , il est encore quelques considérations importantes à faire valoir à l'occasion des sutures ; mais comme elles tiennent particulièrement aux localités , et que sous ce rapport elles sont toul-à-fait spéciales , nous renvoyons aux articles staphylora-

PHIE , BEC-DE-LIÈyHE , EIPTCRES DU PÉRINÉe , CtC. , CtC.

Sutures du canal intestinal. Les diverses sutures qui ont été employées dans les cas de plaies des intestins , de l'estomac , et des autres organes musculomembraneux , sont les suivantes : 1° La suture du Pelletier: cette suture dite du Pelletier et non de Pelletier, comme l'on écrit quelques auteurs , consiste , à l'aide d'une aiguille droite et armée d'un fil ciré, à traverser les lèvres delà plaie , après les avoir affrontées , à repasser 1 aiguille une seconde fois du côté qu'on a percé le premier, et à continuer de la même manière, en formant une série de spirales , sur toute l'étendue de la plaie , comme dans la couture à surjet. Il faut serrer médiocrement, mais cependant de manière que les deux lèvres de la plaie restent en contact. On arrête les deux extrémités du fil en les faisant passer sous l'anse spirale qui les avoisine , et on les maintient eu dehors. Pour enlever la suture , on la coupe d'un côté , puis on la tire doucement de l'autre, ou bien on incise chacune des anses, et on les dégage séparément. Cette suture est généralement abandonnée aujourd'hui; elle a des inconvéniens sans doute , mais Sam. Cooper ne les a-t-il pas un peu exagérés , quand il a dit qu'elle était bonne tout au plus pour coudre des cadavres?

2". Suture à anse. Imaginée par Ledran , cette suture consiste à passer de trois en trois lignes un fil simple , comme dans la suture entrecoupée , puis à réunir les extrémités de chacun de ces fils en un seul cordon qu'on retient au-dehors. Il résulte de là que les points de suture se rapprochent , et que la portion d'intestin divisée se fronce. Il est évident que ce froncement , que Ledran considérait commme un avantage , est au contraire un inconvénient : il ne faut donc pas être surpris que les chirurgiens aient complètement abandonné cette espèce de suture.

3». Suture à points passés. Cette suture est généralement attribuée à Bertrand : pour la pratiquer, il suflit d une aiguille ronde et droite armée d'un fil : on traverse les deux lèvres de la plaie; cela fait , on perce une seconde fois du coté par où l'aiguille est sortie , et l'on continue ainsi alternativement de droite à gauche et de gauche à droite. Cette suture diffère de celle du Pelletier en ce que toutes les anses sont latérales, et que les lèvres de la plaie restent libres par leur surface saignante. INIalgré quelques légères modifications que Béclard lui a fait subir, ou ne se sert plus aujourd'hui de la suture à points passés.

4". Suture de M. Jobert (de Litmballe) . Il est inutile d'insister longuement sur les sutures précédentes , pour en faire sentir et l'insuflisance et les dangers : tout ce qui doit nous frapper , dans leur application , c'est qu'elles aient été quelquefois suivies de succès; la plupart , en effet , étaient plutôt faites pour aggraver le mal que pour y porter remède. La science était pourtant réduite à ces moyens défectueux, lorsque notre collègue M. Jobert, par une inspiration dont on ne saurait trop le louer, eut l'ingénieuse idée de mettre à profit la grande aptitude qu'ont les membranes séreuses à adhérer entre elles, quand elles sont en contact forcé , et de là une application aussi simple que féconde en résultats heureux. Nous n'entrerons pas ici dans une description détaillée des nombreuses expériences dont M. Jobert a appuyé les conséquences pratiques qu'il a si bien fait valoir dans son mémoire à l'Institut, parce qu'il en a déjà été parlé aux articles réunion, invagination, plaies du canal intestinal (voyez ces mots) , et nous nous contenterons de rappeler en peu de mots lamamière dont il a procédé. Toute l'importance consistant à mettre en rapport la

SYCOSIS.

SYCOSIS.

portion de membrane séreuse appartenant à chaque lèvre de la plaie , voici comment M. Jobert y est parvenu. 11 a pris une aiguille année d'un fil ciré, il l'a introduite d'un côté à deux lignes d'une des lèvres de la plaie pour la faire ressortir à une ligne du même côté, puis, l'ayant passée par dessus la division pour gagner l'autre lèvre, il l'a fait pénétrer à une ligne pour de nouveau la faire ressortir à deux : il est évident que par ce moyen il a obtenu a-la-lois le renversement et l'adossement. Si la plaie n'est pas enflamuiée , on noue les extrémités du fil , on les coupe près de l'intestin , et on réduit celui-ci; dans le cas contraire, on les entortille , et on les retient au dehors. On mettra autant de points de suture que l'étendue de la [ilaie en comportera : enfin , dans les cas de section presque complète de l intestin, M, Jobert a interposé entre les lèvres de la plaie une larae mince d'épiploon à-demi séparée, et la réunion a toujours eu lieu sans diminutiou du calibre de l'intestin. Avant de quitter ce sujet , je dois dire que le procédé de M. Jobert a été appliqué sur rhomme par M. le i>io(esseur Clof/uet , et que le résultat a parfaitement répondu à l'espérance qu'on en avait conçue : le malade a guéri sans accidens. Nous en avons assez dit de cette suture, pour faire comprendre qu'on peut aussi l'employer avec avantage dans les cas de plaies de l'œsophage, de la vessie, etc., et que nous lui donnons la préférence sur toutes celles qu'on a proposées jusqu'à ce jour.

Les anciens, comme nous l'avons déjà dit, employaient d'autres sutures encore, mais elles ne sont pas dignes d'une description ; il suffit de dire qu'ils en admettaient de conlenlives , de rcslrinclives , d'iiicarnalii'es , etc. ; la dénomination seule peut les faire juger. Enfin , la sonde-pince dont MM. Lallemand , de Montpellier, et Laugier se sont servis , pour les fistules vésico et urétrovaginales , constitue un nouveau mode de suture , car sa manière d'agir est identiquement la même.

Pibrac, nous l'avons déclaré, a été injuste envers la suture; il l'a proscrite dans presque tous les cas, et il a eu tort, car c'est un moyen excellent , je dirai même indispensable, dans une infinité de circonstances ; ainsi on l'appliquera toujours avec avantage pour les plaies étendues et profondes de toute la surface du corps, et particulièrement de la face , pour le bec-de-îièvre , j)our la stapliyloraphie , pour tous ou presque tous les cas de greffe animale , pour les déchirures du périnée , pour quelques fistules du vagin , du rectum , et de la vessie chez la femme, pour les plaies des voies digestives, pour quelques-unes de celles des parois abdominales , pour la réunion après certaines opérations , par exemple , après l'amputation du cancer aux lèvres , etc. , etc. , mais il faut se garder de tomber dans un excès inverse de celui qu'on a reproché à Pibrac; or, selon nous , c'est ce qui est arrivé à Delpech et à ses nombreux élèves. A une époque peu éloignée de nous , n'avons nous pas vu , en effet, la suture exaltée au-delà de toute expression? S'il avait fallu s'en rapportera quelques enthousiastes méridionaux, en quelques jours les plaies"*les plus étendues auraient cessé d'être des plaies ; les détroncations auraient guéri presque aussi vile que de simples écorchures d'épingles, la cicatrisalion aurait marché presque de pair avec la solution de continuité accidentelle ou faite à dessein ; la chirurgie aurait atteint son nec plus ultvà de gloire et tie simplicité , et tout cela, grâce à la suture devenue, pour quelques chirurgiens, une espèce de talisman : enfin , si cette fièvre d'admiration ne s'était un peu calmée , il serait devenu aussi essentiel d'apprendre à bien faire une couture qu'à bien faire une incision , et le fil et l'aiguille auraient disputé la première place au bislouri dans la trousse du chirurgien. Des expérimentateurs , heureusement plus calmes, ont réduit toutes ces exagérations à leur juste valeur, et aujourd'hui les cas où la suture doit cire employée , comme ceux où elle serait nuisible, sont bien fixés, bien déterminés.

En thèse générale, les bandelelles sont préférables aux sutures, et on doit les employer chaque fois que la disposition des parties le permettra. Avec elles, en efïet, le panseuient est bien plus tôt fait , et par conséquent la plaie reste exposée moins long-temps au contact de l'air et aux froissemens de toute espèce : l'application des bandelettes est toujours sans douleur; celle des sutures, au contraire, ajoute toujours à la somme de celles produites par l'opération, et devient une cause de plus d'épuisement nerveux, de réaction trauniatique , etc., etc. Chaque point de suture devient le centre d'un petit travail inflammatoire, et peut être le point de départ, soit d'un érysipcle, soit d'une phlébite , soit de la phlogose de toute la surface de la plaie; rien de semblable pour les bandelettes. Ces sutures sont une complication grave , lorsqu'une hémorrhagie abondante survient peu de temps après le pansement; si on s'est servi de bandelettes , rien de plus simple , au contraire , que d'aller à la recherche du vaisseau , et d'en faire la ligature. L'étranglement n'est pas à craindre avec les bandelettes, car elles cèdent tout en continuant d'adhérer, tandis que les sutures résistent toujours, et jusqu'à ce que le gonflement les force à couper la peau : les premières compriment uniformément sur tous les points delà surface de la plaie , et même à son intérieur ; les dernières n'agissent que sur les lèvres, or, c'est une condition de moins de succès. Lors de l'extraction des sutures, il y a toujours douleur et chance de voiries petites plaies qu'elles occupaients'enflammer, et transmettre cette inflammation à la cicatrice encore peu solide; on peut toujours , au coniraii-e , enlever les bandelettes sans rien craindre de semblable, etc. , etc. Nous pourrions encore continuer ce parallèle , mais nous nous arrêterons là : ce peu de mots sulTira néanmoins pour justifier notre préférence d'une manière générale en faveur des bandelettes : toutefois, nous le répétons en terminant, il est beaucoup de cas où les sutures peuvent et doivent seules être employées. ( Ph. F. Blandin. )

SYCOSIS. Maladie caractérisée par l'éruption successive de plusieurs peti-

tes pustules, acuminées, semblables à celles de la couperose,;éparses ou dispo-| sées en groupes sur le menton , la lèvre supérieure, les régions sous-maxillaires' et les parties latérales de la face. Cette éruption est assez généralement connue, en France, sous le nom impropre de meningre.

§ I. ^Sy-œ^/o/wes. Ordinairement de petites éruptions pustuleuses partielles , passagères, ont lieu pendant plusieurs mois ou quelques années , soit sur le menton, soit sur la lèvre supérieure ou sur les régions sous-maxillaires, avant qu'iuie éruption complète de sycosis se déclare. Dans quelques cas rares, presque toujours sous l'influence de causes appréciables , comme à la suite d'excès de boissons spiritueuses , le sycosis envahit tout-à-coup la région maxillaire inférieure.

L'éj uption est quelquefois bornée à la lèvi-e supérieure, d'autre fois à un des côtés du menlon ; dans quelques cas elle atteint les parties latérales de la face, ou une portion de la région sous maxillaire est seule affectée; enfin tous ces points, et même la nuque, vers la racine des cheveux (sycosis capillitii) , peuvent être envahis simultanément ou successivement.

Le développement des pustules est ordinairement précédé d'un sentiment de tension et de chaleur sur les lieux qu'elles doivent occuper. Tantôt elles sont disséminées et se montrent sous la forme de petits points rouges qui deviennent de plus en plus saillans. Dès le second ou le troisième jour de leur formation , le sommet de ces élevures blanchit , se remplit d'un pus bianc-jauuâtre, et elles s élargissent; mais il est rare que leur volume dépasse celui d'un grain de millet. Presque toutes semblent traversées par un poil ; elles ne fluent pas comme celles de l'impétigo. Du cinquième au septième jour, chaque pustule se rompt' " spontanément, ses parois s'afî'aissent, puis il se fait un léger suintement qui |'" produit une croûte brunâtre à peine adhérente. Celle-ci se confond par la cil'-(«" conférence avec les furfures épiilcrmiques qui se détachent de la peau enflamniée aux environs des pustules. 11

Lorsque les pustules sont disposées en ^/-oa/jci et que dans chacun d'eux lei''' nombre des pustules est un peu considérable, l'inflammation pénètre immédia-i" tenient sous le derme, gagne le tissu cellulaire sous-cutané, et produit uner!™ véritable tumeur phlegmoneuse. Le menton , les régions sous-maxillaires delà; lèvre supérieure offrent alors de petites tumeurs dures , douloureuses , roug^tj Oi très , couvertes de pustules ou de croûtes assez épaisses , d'un brun jaune-vat-> m dâtre , et qu'il serait facile de confondre avec celles de l'impétigo, si on netj-l'i'' nait compte de l'engorgement de la peau et du tissu cellulaire sous-culané. ^ ; ««

Dans le plus grand nombre des cas , le sycosis, comme la couperose , se co^ i» pose de plusieurs éruptions partielles , qui se succèdent à des intervalles plus%J «i moins rapprochés. Lorsque les pustules se développent à plusieurs reprises suri m les mêmes points, l'inflammation pénètre le derme et le tissu cellulaire sous-* ir cutané , et produit des indurations sous-culanées , qui ne tardent point à pr^-l m senter la forme de gros tubercules. On les observe surtout chez les vieillards, llti chez les sujets d'une constitution molle, chez lesquels l'inflammation pustuleuse p n'est point suivie d'une résolution complète. Lorsque les éruptions ont été '»s nombreuses, intenses , rapprochées , ces tubercules se multiplient et s'étendent * sur toute la surface du menton. De nouvelles pustules se montrent sur les tu- f hercules, ou dans les intervalles qui les séparent et décèlent le caractère pri- 1 mitif de la maladie. C'est alors que le mélange confus des tubercules, des croù- il; tes , des pustules, des squames , imprime au sycosis un aspect repoussant. Parvenue à ce degré , cette inflammation est toujours une maladie tenace, donlla fe guérison s'obtient très-difficilement. (tl

La peau s'altère quelquefois profondément, et se tuméfie au point d'acquérir :tie l'apparence de tumeurs végétantes , humides. Souvent les bulbes des poils de \ la barbe participent à l'inflammation. Lorsque la maladie dure long-temps, jpi) des surfaces plus ou moins considérables de la peau du menton se dégarnissent il) de poils. Leur destruction est ordinairement passagère; plus tard de nouveaux "» poils , d'abord plus clairs et plus faibles , reparaissent et reprennent la couleur ' i et le volume de ceux dont la chute n'a point eu lieu. Cependant cette alopécie H est quelquefois permanente. ne

Le sycosis peut être borné à la lèvre supérieure. Plusieurs pustules aggio- 'ii mérées sur cette partie donnent naissance à une croûte noirâtre, épaisse, qui fait souvent une saillie remarquable sur la peau.

Lorsque la maladie guérit, soit naturellement , ce qui est très-rare , soit à lljj l'aide d'un traitement plus ou moins actif, il ne se développe plus de nouvelles j|) pustules ; les croûtes tombent, et les tubercules diminuent de volume et de dureté. Souvent il s'opère une légère desquamation sur les points anciennement jtj! aflVctés, qui restent long-temps rouges et violacés, surtout chez les individus jij dont la constitution est plus ou moins détériorée. ! '

La durée la plus courte du sycosis est d'un à deux mois ; il peut persister pen- ! (i dant plusieurs années, malgré les traitemens les plus rationnels; il est en ;f outre sujet à de fréquentes récidives , surtout chez les personnes qui se livrent i, à des écarts de régime ou chez lesquelles la maladie est héréditaire. ; s

§ II. Causes. Ze ne crois pas le sycosis contagieux; cependant M. Foville a j || vu plusieurs aliénés, dans l'hôpital de Rouen, qui ont été successivement at- | j teints du sycosis après avoir fait usage du même rasoir. Il se pourrait donc que t | le sycosis fût contagieux dans quelques circonstances. Pline assure que la men- ' j tagre se répandit en Italie par contagion, sous le règne de Claude. Était-ce le sycosis? Il attaque plus particulièrement les hommes jeunes ou adultes, d'un tempérament sanguin ou bilieux et qui ont beaucoup de barbe ; cependant on l'observe quelquefois chez les personnes d'un âge avancé. Il se développe surtout chez celles qui sont habituellement exposées à une forte chaleur; chez les cuisiniers , les rôtisseurs , les fondeurs , les raffincurs , etc. Les excès de table,

STCOSIS.

STBIBLÉPHARON.

ibns des boissons alcoolisées et des mets épicés ,1a malpropreté , quelques apications in itanles , l'emploi d'un rasoir sale ou mal aflilé , semblent favoriser développement de cette maladie. Elle se déclare plus souvent dans le prmmps et dans l'automne que dans d'autres saisons de l'anne'e. Le sycosis est re chez les femmes.

§ III. Diagnostic. Il importe de distinguer le sycosis des autres inflammations li peuvent se développer sur le menton , sur les joues et les lèvres , et en parbulier de 'l'echtyma , de l'impéligo Jigurata , des syphilides pustuleuses et Iberculeuses , et des furoncles. Les pustules de l'ecthyma sont plus larges et U9 enflammées que celles du sycosis. Les croûtes de l'ecthyma sont plus [endues , plus épaisses et plus adhérentes ; elles ne sont jamais suivies d'indulious tuberculeuses. Les petites pustules de l'impétigoj/gura/n , a peine sailntes.ne sont point acuminées comme celles du sycosis; elles en dilTèrent

I outre par leur développement plus prompt et plus aigu. Quant h la di-^posiin des pustules en groupes , ces deux éruptions peuvent l'olTrir. Dans le sycoi , les pustules sont cependant le plus souvent isolées et discrètes , tandis que ins l'impétigo Jif^uvata elles sont groupées et plus nombreuses. Celles-ci se ■chirent du troisième au quatrième jour, et l'humeur séro-purulcnte qui s'en luippe est promptement transformée en croûtes jaunes , étendues, dont l'élisseur augmente en peu de jours. Dans le sycosis , les pustules ne s'ouvrent lère que du cinquième au septième jour , et les croûtes qui les remplacent mt minces, légères et isolées. Toutefois ces symptômes dislinctifs sont obui s lorsque l'éruption pustuleuse du sycosis est considérable et accompagnée une sécrétion d'un jaune verdâtre , fournie parles follicules, ou lorsque la arche de l'éruption est très-aiguë et que les pustules sont confluentes ou conindues.

II est rare que les pustules syphilitiques ne se manifestent que sur la partie férieurc de la face : presque toujours elles se montrent sur les ailes du nez, ir le front et aux commissures des lèvres. Les pustules du sycosis, au conaire, sont souvent bornées au menton , et le plus ordinairement à sa partie ilérieure; elles sont acuminées et se détachent sur une base profonde, d'un ;uge vif (|ui décèle une inflammation plus aiguë. Les pustules syphilitiques int plus aplaties, s'élèvent sur un fond cuivre' , terne et presque flétri; elles e sont précédées ni de cuisson, ni de la tension douloureuse qui annonce les tistules du sycosis. Lorsque celui-ci a ))assé à l'état tuberculeux, il peut être lus facilement confondu avec les tubercules syphilitiques. Cependant les tuercules du sycosis sont conoïdes; leur base pénètre tout le derme, et s'étend isqu'au tiSsu cellulaire sous-cutané. Les tubercules syphilitiques sont plus rrondis à leur sommet ; ils sont luisans et paraissent s'élever des couches suerfîcielles du derme; ils ne sont pas , comme ceux du sycosis , consécutifs à es pustules. D'ailleurs les inflammations pustuleuses et tuberculeuses de la eau produites par la syphilis, accompagnées, dans le plus grand nombre des 33 , de phlegmasies chroniques de la gorge et de la conjonctive , et presque lujours précédées de douleurs nocturnes très-opiniâtres , présentent un en- .'mble de symptômes qui est bien différent dans le sycosis.

I Dans le furoncle, l'inflammation se propage du tissu cellulaire à la peau ; y a expulsion d'un bourbillon par une ouverture qui laisse toujours une icatrice ; dans le sycosis , au contraire, l'inflammation attaque primitivement ;s follicules ; les pustules ne laissent échapper qu'une petite quantité de pus t par une ouverture qui n'intéresse point le corium et qui s'efl'ace promptelent.

§ IV. Pronostic. Il est souvent impossible au praticien le plus exercé de ouvoir indiquer le terme de la durée d'un sycosis. Parfois, au moment où 1 diminution du nombre des pustules et la feinte violacée de la peau enflam- !iée semblent annoncer une guérison prochaine, de nouvelles éruptions plus u moins étendues surviennent sans cause appréciable. D'autres fois , lorsque Dut fait craindre qu'une éruption considérable qui envahit fout le menton e s'établisse pour plusieurs années , on la voit facilement céder au régime et

un traitement actif. En général , les sycosis les plus opiniâtres sont ceux qui onservent dans l'état chronique la forme pustuleuse et primitive de l'inflaraaation. Dans ce cas , le mal peut être considéré comme une des afl'ections de a peau les -plus rebelles.

Le sycosis disparait quelquefois en été , et revient souvent en hiver.

C\ V. Triiiiemenl. La première précaution est de couper la barbe avec des iseaux courbes sur le plat , l'action du rasoir aggravant constamment cette nflamraation.

Le sycosis est-il récent , a-t-il paru chez un homme sain et vigoureux , les iiistules sont-elles nombreuses et rapprochées de manière à indiquer beaucoup l'acuité dans l'inflammation, il faut recourir aux émissions sanguines généjles ou locales, répétées à i)lusieurs reprises , en ayant soin d'appliquer les angsues hors des limites de l'éruption. Si le sycosis persiste ou s'il se reproduit près une première émission, la saignée générale doit être réitérée et quelquefois irécédée de nouvelles applications de sangsues autour du menton. Toutefois emploi plus ou moins répété des saignées générales ou locales doit être suborlonné à l'état de la constitution, à l'intensité de l'inflammation , à l'étendue >ii à la fréquence des éruptions pustuleuses, et aux effets salutaires ou non alutaires de îa soustraction du sang.

On emploie en même temps les bains généraux et locaux émolliens, et les Icux purgatifs.

Lorsque le sycosis existe depuis long-temps , lorsque des éruptions multi* iliées ont donné lieu à des indurations tuberculeuses plus ou moins étendues, es saignées locales peuvent encore «"Ure utiles ; mais elles doivent être em-

DlCT. DE ÏNIÉDECIKE ET DE ChIRPRCIE PRATIQUES.

ployées plus rarement et seulement chez les hommes foris et sanguins. Elles seraient nuisibles chez les individus affaiblis , d'un âge très-avancé ou d'une constitution molle.

Lorsque des tubercules se sont ramollis par l'effet des topiques émolliens appliqués sur leur surface pendant quelques semaines , on fait sur les mêmes parties des frictions résolutives avec des pommades dont le proto-nitrate , le deuloxyde ou le prolo-chlovure de mercure forment la base. On se sert dans le même but des pommades sulTureuses ^ iodées oa alca/iiies. ,3';n quelquelois obtenu une piompte résolution des tubercules du sycosis à l'aide de frictions faites avec une pommade d'hydriodate de potasse soufrée. Il faut suspendre les frictions loi'sque de nou\eUes pustules viennent à se montrer.

Les douches de vapeur sont aussi employées avec succès pour ramollir les tubercules et en favoriser la résolution. Les douches en arrosoir avec les eaux sulfureuses de Barèges,de Cauterels , d'Aix en Savoie; etc. , sont utiles dans les mêmes circonstances.

Enfin dans les sycosis très-opiniàtres et très-anciens, on obtient quelquefois une amélioration notable à l'aide de cautérisations superficielles , plus ou moins étendues, pratiquées avec les acides concentrés ou une solution de potasse caustique.

On emploie souvent les laxatifs avec succè.s contre les sycosis chroniques , développes sur des individus jeunes et robustes. Chez les hommes parvenus au déclin de l'âge ou d'une constitution molle , on se sert avec plus d'avantage des amers et des préparations ferrugineuses.

Plusieurs fois le muriate d'or, administré en frictions sur la langue et les gencives, a décidé ou hâté la guérison de sycosis réfractaires.

Enfin on obtient aussi de très-bons effets des préparations de mercure, même chez les individus qui n'ont point été antérieurement affectés de maladies vénériennes ; et on est quelquefois obligé d'essayer tour-.à-tour ces difl'érens remèdes contre le sycosis, qui est ordinairement fort rebelle.

Ce\se (De re mcdicit lib. VI, cap. 3), Aétius [Tetrnb. I, serm. n, csp. i.xxx , pag. 190) et l'aul fl'Eginc (lib. III. c.i|>. 2) , ont indiqué ili nx variélcs de sycosis, dont une correspond évideninieiil à l'éruption que je viens de décrire. Pline { Natiirnlis liistoriœ libri XXXVII Venise, 1569, in-fui . , lib. xxvi, c:ip. I, n. 4) en a fait une [leinlure vive et animée sous le nom de mentagre, et la croyait conlagieuse. L'expression sycosis ( de aw.o-i ,figitc ) ne rappelle qu'un des aspects de l'éruption, les tubercules rouges. Le mot mentagre est moins convenable encore; car il est applicable â loules les rruplîons du jnenton , et ne peut l'être aux sycosis développés exclusivement sur la lèvre supérieure.

Willan , Bateman , MM. Macartney et Samuel Plunibe , ont rangé i tort le sycosis parmi les tubercules.

Je n'ai pu consulter la dissertation de Johrenius [Diss. de mentngra ^ in-4°, Fraucof. ad Viadruni , l6o2 ). M. Alibert a décrit le syrosis sous le nom dartre pustuleuse mentagre. Plusieurs exemples de celte nialaiiie ont élé rapportés dans divers recueils périodiques [Edinb. med. and surg. journal, vol. Xlil , pag. 64. — Journal bebdomadaire , 1829, lom. iv , p. 79 — Rei'ue médicale , juin 1830, p. 347. — Journal complémentaire des sciences médicales , tom. xxxix , p. 39 , et dans la 2^ édit. de mon Traité des maladies de la peau , Paris , 1835 toni. I, p. 653, et pl. VIII. (Rayer.)

SYMBLEPHA.RON , s. m. Sj inblépharon. De tu-j avec et fih-jy.^M-i paupière.

On appelle ainsi l'adhérence des paupières au globe de l'œil.

Cette adhérence, ordinairement bornée à la paupière supérieure , mais étendue quelquefois aux deux, est complète, e'est-à-dire réunissant toute la face antérieure de l'œil y compris la cornée , à la face postérieure de la paupière, ou incomplète , et, dans ce cas, c'est presque toiijoifrs entre la conjonctive scléroticale et la conjonctive palpébrale qu'elle a lieu. Elle peut être aussi médiate, c'est-à-dire établie au moyen de protluclions celluleuses ou membraneuses intermédiaires, ou immédiate, le tissu de la paupière étant intimement uni et comme confonilu avec la surface antérieure du globe oculaire.

Cette affection est quelquefois congéniale et dépend probablement de maladies éprouvées par le fœtus dans le sein de sa mère; d'autres fois, elle est acquise, et alors elle est presque toujours la suite de brûlures par le feu ou les causti- C[ues, ou d'ophthalraies palpébrales accompagnées d'ulcérations.

Le meilleur moyen de reconnaifre le symblépharon et de le distinguer de l'ankyloblépharon complet, consiste à saisir la peau tie la paupière entre le pouce et I indicateur, et à faire effort pour éloigner le voile membraneux du globe de l'œil, en même temps que l'on prescrit au malade de mouvoir celui-ci dans différentes directions; si le globe de l'œil se meut librement, il n'y a pas d'adhérence entre lui et les paupières ; s'il exécute quelques légers mouvcmens avant d'être arrêté, les adhérences sont partielles, et l'on peut assez bien déterminer leur étendue en observant les points de la paupière qui sont attirés par les mouvemens du globe oculaire; si aucun mouvement n'est possible, l'adhé rence est immédiate; enfin quand le malade distingue la lumière des ténèbres, on a lieu de penser que l'adhérence ne s'étend pas à la cornée.

Le pronostic est basé sur l'étendue plus ou moins grande des adhérences.

Aloins elles sont étendues et immédiates , et plus les chances de guérison sont favorables. On ne doit rien tenter quand l'adhérence envahit la surface ou les bords de la cornée transparente, parce qu'après la guérison de la plaie, il resterait sur cette partie une cicatrice nécessairement opaque.

Traitement. On ne peut remédier au symblépharon qu'au moyen d'une opération qui consiste à séparer par la dissection les paupières du globe oculaire auquel elles adhèrent.

Un aide comaience par saisir les paupières entre deux doigts et les tire comme pour les éloigner du globe de l'œil. S'il ne s'agit que d'adhérences partielles établies au moyen de brides isolées, l'opérateur les coupe près delà conjonctive palpébrale au moyen d'un bistouri glissé à plat sous la paupière, ou à l'aide de

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