SYNCOPE
up de ses contemporains, et l'est même encore de nos jours par un petit imbre de praticiens, comme inutile et dangereuse. Il est certain que le nome des cas où elle est véi ilablement indiquée est fort restreint , et que ce n'est s une opération sans danger, bien qu'elle puisse dans quelques cas ne laisser sa suite aucune conséquence fâcheuse. Merriman compte sur un total de larante quatre opérations de celte nature quatorze cas mortels pour la mère, le double (vingt-neuf) pour l'enfant. Parmi les femmes qui ont survécu , utes ne sont pas restées exemples d'incommodités; plusieurs ont conservé i^e incurable mobilité des os du bassin , et par suite une claudication très tigante ; d'autres ont eu des fistules urinaires qui dépendaient peut-être , à la rité , plus de la longueur du travail antécétient que de l'opération même. Il ut donc bien préciser les cas où la sy mpliyséotooiie est utile, afin de la prosire formellement dans tous les autres.
Indicaiions. La première de toutes les conditions requises pour établir la !cessité de cette opération , c'est la probabilité de la vie chez l'enfant; la cer- !ude de la mort devra toujours y faire renoncer , et l'on y substituera alors 1 la crâniotomie ou l'écrasement de la tête par l'instrument de Beaudelocque ;veu. ( Voy. le mot Céphalotomie ).
L'enfant supposé vivant , on conçoit plutôt qu'on ne peut les préciser , cerins cas où le tronc étant déjà sorti , ou bien , au contraire, restant encore ins la matrice , la tête étant plus volumineuse que de coutume ou arrêtée par lelque irrégularité dans sa forme, de manière à ne pouvoir franchir, même à lide du forceps, les détroits du bassin dans lesquels elle se trouverait, pour nsi dire, enclavée, qu'à l'aide d'une légère ampliation dans l'ouverture du issage osseux.
Pour les cas où la tête est supposée avoir son volume ordinaire, mais que bassin soit rétréci et lui fasse obstacle, on peut poser des principes un peu us précis. Déjà , à l'article B\ssin de ce Dictionnaire , nous avons formulé iir ce point notre opinion, u La symphyséotoniie doit être réservée pour les
fs où , l'enfant vivant ou présumé tel , le détroit abdominal n'a , dans son petit amètre, que ti ois pouces au plus et deux, pouces et demi au moins. » C'est à moyenne entre ces deux points extrêmes que Delpech fixe la convenance de lté opération ; et Paul Dubois adopte, à très peu de choses près ( deux pouis sept lignes pour minimum ), l'énoncé que nous venons de retracer. A cette règle générale il faut ajouter encore quelques circonstances qui pourient aussi établir des indicaiions analogues, mais circf)nstances tout indivilelles et dont le |)raticien peut être seul juge dans le moment même : un côté 1 bassin peut, par exemple, ofl'rir plus d'ampleur que l'autre; un bassin fforme peut être allongé d'avant en arrière et rétréci transversalement. Voilà 3UX cas dont l'un pourra permettre l'emploi de la syraphyséotomie , quoique .1 pubis au sacrum la dislance soit moindre qu'il n'a été dit plus haut , et dont >utre la rendra nécessaire et plus que jamais utile, quoique le diamètre sacroubien ait des dimensions considérables.
Nous devons mentionner encore comme pouvant établir la nécessité de la secan pubienne quelques rèiroi'ersions de l'utérus en plénitude , comme on peut voir à cet article.
Exécution, l». Une incision de trois à quatre pouces de longueur est faite IX tégumens et à la graisse , dans une direction longitudinale et sur le point >rrespondant de la symphise pubienne qu'elle doit dépasser notablement ers le haut.
2'' , Les tégumens et fibro-cartilages de cette symphyse sont ensuite coupés internent et en procédant , par fréquentes reprises, de l'extérieur vers l'intéeur ; on se sert, à cet effet , d'un bistouri convexe et à dos épais. On redouble 3 précautions quand on approche de l'intérieur du bassin , et il est même pruent de pratiquer le cathétérisme auparavant, de crainte de blesser la vessie, ni au reste doit être poussée contre les pubis par la partie du fœtus qui s'amce et passe le détroit supérieur. Cette section n'est pas difficile à exécuter iiand on tombe juste entre les os, et des explorations préalables du côté du igin peuvent donner quelques lumières pour procéder à cet égard dans le plament de l'incision extérieure; mais souvent on ne tombe pas aussi bien, et DU s'est vu quelquefois obligé de scier le pubis qu'on avait mis à découvert; 1 a même donné à tort cette pratique comme préférable à la section des pares molles (Desgranges ) ; on croyait la consolitlation plus facile , mais lexpé- ,ence a prouvé que ce n'était pas là le point le plus désavantageux de la symbyséotomie ; il serait plus déraisonnable encore de donner comme précepte Inéral celui de scier la symphyse; il a bien fallu en agir ainsi C[uand elle était isifîée, mais ce cas est bien rare.
On a été beaucoup plus loin encore, mais dans la vue d'obtenir aussi beau- )up plus , soit qu'on ait recommandé 1? scie à chaîne (Ailken ), soit qu'on lui itsubstitué des pinces ou la scie ordinaire ( Catolica ) , à mors dentelé ( Galbiati ) our couper la portion horizontale et la branche descendante «les deux os pubis prèsavoirfait lasection préalable deschairs. On devait naturellement s'attendre, n pareil cas , à de graves désordres , vu la profondeur et l'étendue des plaies : ussi la femme sur laquelle Galbiati a exécuté celle pelviotomie ou bipubio- 3iuic, comme l'appelle Veipeau, a t elle succombé par suite d'un étal gangréeux du vagin, de la vulve et des tissus environnans. Celte tentative a prouvé .'ailleurs qu'on ne devait pas attendre de celte manœuvre opératoire les avanâges qu'on lui avait supposés , ceux d'obtenir un grand espace sans fatiguer les ymphyses sacro-iliaques, puisqu'il a fallu recourir à la crâniotomie. 3o. Dans la symphyséotomie proprement dite, il ne suffit pas d'avoir coupé !S moyens d'union des os coxaux , il faut encore les écarter l'un de l aulre. En ïet, l'écartement de quelques lignes ( 5 et 6 , et même , dit-on, jusqu'à 12) qui
s'établit spontanément alors entre les pubis parl'efi'et de l'élasticité des ligamens sacro-iliaques , serait le plus souvent insuffisant ; il faut, d'une part , que l'intervalle des surfaces articulaires écartées reçoive une portion de la convexité du crâne du fœtus , une bosse pariétale s'il est possible ; et , d'autre part , que les pubis, en décrivant un arc de cercle dont la symphyse sacro-iliaque est le centre, se portent assez en avant , en même temps qu'ils divergent pour agrandir le diamètre sacro-pubien létréci. Or, on a reconnu, d'après l'expérience faite sur le cadavre ou sur le vivant, que l'on était loin d'obtenir les mêmes bénéfices dans tous les cas avec un écartemenl donné : cela varie nécessairement selon la conformation des os, selon qu'une des symphyses sacro-iliaques se laisse seule distendre ou que toutes deux cèdent à la distension.
On peut dire approximativement qu'avec deux pouces d écartement on obtiendra de trois à six lignes d'augmentation antéro-postérieure , et il ne sera pas impossible que la bosse pariétale, en s'avaiiçant entre les surfaces articulaires séparées, donne trois lignes en sus de bénéfice ; le diamètre sacro- pubien d'un bassin , marquant deux pouces et demi, pourrait ainsi être considéré comme ayant acquis de trois pouces à trois pouces et un quart ; un bassin de trois pouces représenterait trois pouces et demi à quatre pouces moins un quart, dimensions qui peuvent permettre de terminer l'accouchement par l'emploi du forceps ou de la version, ou même de l'abandonner aux efforts naturels , surtout si l'accouchement est quelque peu prématuré , le ventre peu volumineux , et qu'on puisse penser enfin que la tête du fœtus est de grandeur médiocre ; on se rappelle qu'une tête ordinaire de fœtus à terme n'a que trois pouces et demi au plus de diamètre bi-pariétal , et qu'elle est réductible de quelques lignes , ce qui doit en faire porter l'évaluation moyenne à trois pouces et un quart. On voit par-là que nous avons fait encore assez large part aux cas où la symphyséotomie est applicable, et que nous aurions pu les restreindre davantage; mais il est certamement des circonstances qui peuvent la rendre susceptible de procurer plus de bénéfices réels ; on a pu quelquefois sans danger porter l'écartement des pubis jusqu'à trois pouces et obtenir ainsi un agrandissement représenté par un pouce de jtlus au diamètre aniéro-postérieur ; sous ce rapport, il nous paraît impossible d'établir une règle commune ; il faut aller doucement , s'arrêter s'il y a beaucoup de douleurs, car on risquerait de rompre les symphyses sacro-iliaques, d'où non-seulement danger de claudication, mais désordres primitifs des plus graves, suppurations intérieures , péritonite , etc. Le danger serait grand surtout si l'une de ces symphyses était ossifiée, comme nous en connaissons plusieurs exemples, l'autre devant suffire seule à la distension. C'est en agissant sur la cuisse qu'on écarte les os du bassin ; on peut aussi agir sur ces os même en pressant sur les épines iliaques antérieures, mais toujours avec beaucoup de ménagement pour les raisons qui viennent d'être exposées.
4o. Nous venons de faire entendre que, l'écartement obtenu , les seuls efforts naturels suffiraient quelcpiefois pour achever la parturition ; rien n'empêcherait d'activer le travail au moyen du seigle ergoté, si la position du fœtus était bonne et la circonstance (dimension réciproque de la tête et du bassin) d'ailleurs favorable. En cas contraire , il faut employer le forceps si la tête est assez basse et facile à saisir, si les eaux sont écoulées et la matrice rélrécie; mais si la tête est fort élevée , mal placée, de même que si l'enfant présente quelque autre partie du corps , c'est à la version qu'il faut avoir recours. Ne partageant pas les préventions de quelques praticiens contre la version , nous avons pu croire même qu'elle devait être préférée à l'application du forceps dans certains cas où le choix est possible et quand la vie de l'enfant est ilouteuse. En effet , on pourrait commencer la version avant de pratiquer la symphyséotomie; l'extraction du fœtus étant à demi opérée, il serait facile de reconnaître s'il vit ou s"il est mort en examinant le cordon ombilical et même la région du cœur ; alors seulement on se déciderait à séparer les pubis si l'enlànt vivait, à perforer le crâne s'il n'en était pas ainsi ; tout ayant été , du reste , préparé à l'avance pour l'e.xécution de l'une ou de l'autre de ces opérations.
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(Ant. Ddgès.)
SYNCOPE. C'est le nom que l'on donne à la suspension momentanée , plus ou moins complète, et ordinairement subite du sentiment et du mouvement, jointe à celle de la circulation et de la respiration. Elle dilfère de la lipothymie
SYNOTIALES.
STPHILIDES.
en ce que, dans celle-ci, les moiivemens du cœur et dn poumon continuent de s'exercer, mais h un degré beaucoup plus faible que dans l'état normal.
Il n'est pas aussi facile qu'on pourrait le croire au premier abord , de déterminer l'ordre dans lequel se succèdent les actes qui constituent la syncope. Dans beaucoup de cas, elle semble commencer par le cœur; dans d'autres, par le cerveau. Mais tout porte ii croire que, dans l'un et l'autre cas, il y a nécessairement cessalion passagère de l'action du sang sur le cerveau, et par cela même cessation immédiate de l'aclion cérébrale qui lui est subordonnée ; d'où la perte de connaissance , qui est le phénomène le plus caractéristique de la syncope. Quoi qu'il en soit, la syncope est le plus ordinairement un effet morbide, et constitue rarement une maladie essentielle ; elle a pour causes les plus ordinaires les pertes de sang [)lus ou moins abondantes , les maladies du cœur, des gros vaisseaux ou du péricarde; la difliculté de la digestion, le premier stade des fièvres intermittentes, la station trop prolongée, alors que l'estomac est dans l'état de vacuité; un sentiment de douleur plus ou moins vive , etc. ; beaucoup de causes morales, telles que l'aspect d'objets insolites ou de personnes inattendues, l'influence d'odeurs pénétrantes, de bruits discordans , etc., produisent de même très-souvent la syncope. Dans tous ces cas, l'action du cerveau est interrompue const cutivement aux troubles et à la suspension de la circulation , et le phénomène principal qui en résulte est d'autant plus grave que la cause qui la détermine est elle-même plus grave , plus durable, plus réfractaire aux moyens de l'art.
Si la syncope est le résultat nécessaire de la suspension de l'influence circulatoire du sang sur le cerveau , ainsi que l'on démontré Haller, Bichal et tous les physiologistes modernes , il est évident que le principal moyen d'y remédier est de rendre au cerveau son stimulant naturel, de faire qu'il reçoive du cœur le fluide qui est nécessaire à l'exercice de ses fonctions. Le coucher horizontal est, dans tous les cas, le premier remède à opposer à la syncope. M. Piorry a démontré de quelle eflicacilé peut être ce moyen pour rappeler à la connaissance et à la vie des animaux tombés en syncope par suite d'hémorrhagie. On emploie en même temps les excitans extérieurs de la peau et des sens , tels que les frictions, les aspersions d'eau froide et de vinaigre , l'inspiration de l'étlier , des eaux spirilueuses, de mélisse, de Cologne, et, dans quelques cas rares, des sinapismes extemporanés, tels que l'eau bouillante , l'ammoniaque sur les membres.
(P. JOLLY
SYIVOQUE. Fojez Fièvre.
SYWOYIALES {Maladies des membranes ). Nous vivons, il faut en convenir, dans une singulière époque. Chaque jour voit remettre en question les vérités en apparence les mieux établies, honnir des doctrines déifiées la veille , encenser celles qu'hier on déclarait absurdes , recommencer des expériences dangereuses de thérapeutique depuis long-temps achevées , exhumer des procédés opératoires ensevelis dans l'oubli, enfin nier des faits matériels qui paraissaient ne pouvoir même plus être mis en doute. On dit que c'est là du progrès. Cela se peut bien, les apparences sont si trompeuses ! Or, ce progrès conteste aujourd'hui l'existence des membranes synoviales, et supprime par conséquent leurs maladies. Nous devrions donc nous borner à annoncer cette suppression; mais il y a encore beaucoup de personnes qui doutent , et pour elles nous allons exposer en peu de mots ce que l'on croyait savoir des membranes synoviales et de leur pathologie.
Bichat disait donc, et l'on avait généralement admis d'après lui , que la synovie , ce licpude dont on ne saurait du moins contester l'existence , ne peut pas être sécrétée dans les articulations par des glandes , comme le prétendait Clopliton Havers, puisque d'une parties corps rougeâtres et spongieux auxquels on en prête la fonction n'existent pas dans toutes les articulations , et que de l'autre ils n'ont rien de la texture glandulaire et ne sont formés que par du tissu cellulaire graisseux.il disait ensuite qu'elle n'y arrive pas davantage par transsudation , attendu que la transsudation est un phénomène cadavérique et que d'ailleurs la destruction de la moelle , d'où on la fait provenir dans celte hypothèse , n'empêche pas les articulations de continuer à être lubrifiées par elle. Et de 1 impossibilité défaire provenir le liquide synovial d'aucune de ces deux sources , il concluait déjà qu'il était exhalé à la surface des cavités articulaires.
Ce fait établi, Bichat faisait remarquer : 1" qu'il existe une très-grande analogie de composition entre la synovie et le liquide qui humecte les parois des membranes séreuses, l'albumine prédominant dans les deux liquides, tous deux se coagulant par l'alcool, par les acides, par la chaleur ; 2" qu'ils remplissent des fonctions semblables , tous deux étant destinés à lubrifier des surfaces où s'exerce beaucoup de mouvement , à diminuer le frottement qui en est l'inévitable effet et à prévenir des adhérences funestes ; S» que l'inflammation des tissus qui les sécrètent exerce la môme influence sur l'un et sur l'autre : elle les tarit lorsquelle est vive ou aiguë , elle en accroît la sécrétion et provoque des liydropifies lorsqu'elle est peu forte ou chronique ; \° que les liquides accumulés morbidement dans leurs poches sont absorbés avec la même facilité et la même promptitude. Or , de l'identité qu'il remarquait entre ces deux fluides, Bichat avait conclu , assez logiquement ce nous semble , à l'identité de structure des tissus qui les sécrètent l'un et l'autre. Le fluide séreux de la tête , de la poitrine , du ventre est exhalé par des membranes séreuses : donc, la s^'uovie , avait-il dit , est le produit d'un travail physiologique semblable à la surface dos membranes de même texture. Dans les deux tissus enfin, l inflammalion détermine des adhérences; et celte dernière analogie achève de compléter la ressemblance.
Enfin, Bichat avait disséqué un grand nombre d'articulations; il avait
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■vu les membranes synoviales formant des sacs sans ouverture , offrant une structure celluleuse ; il avait pu les suivre dans ses dissections , celle du fémur| par exemple, sur le ligament inter-arliculaire , sur le peloton graisseux de la cavité cotyloïde , sur le col de l'os , aux endroits où elle abandonne la capsule fibreuse pour se réfléchir sur les cartilages, etc. Évidemment trop faibles pour servir à raffermissement des articulations, elles ne pouvaient donc , disait-il, remplir d'autre fonction que celle d'exhaler la synovie.
Convaincu par ces raisoniiemens , par ces faits, et par l'autorité du nom si imposant de Bichat, voici donc ce que nous pensions avec la généralité des médecins de notre époque sur la pathologie des membranes synoviales. Douces de peu de vitalité , disions-nous , privées dans l'état sain de liaisons sj'mpathiquesi avec les autres organes, à l'abri des influences extérieures contre lesquelles la peau , le tissu cellulaire et le système fibreux les protègent, ces membranes sont rarement afî'ectées directement. Elles s'enflamment cependant quelquefois , et, comme tous les autres tissus , elles s'échauffent , rougissent, deviens uent douloureuses, et augmentent d'épaisseur. La sensibilité qu elles acquièrent alors est ordinairement assez vive, et le moimlre mouvement de rarliculatioa l'augmente. Plusieurs médecins d'un grand mérite, bien qu'ils crussent à l'exis* tence de ces membranes, y avaient placé le siège , les uns , du rhumatisme ar ticulaire , les autres , de la goutte. Les suites ordinaires de leur inflammation sont la formation de brides allant d'une sur face articulaire à l'autre , les adhé* rences , les ulcérations, la suppuration , l'cpanchement de fluides de diverses |iiifect natures, et principalement l'accumulation du liquide synovial qui constitue les Ifits^ hydropisies articulaires. Enfin , disions-nous encore, les synoviales enflammées jféef ne font naître de phénomènes sympathiques que lorsque leur inflammation jlMii est très-vive ; celles qu'elles développent alors leur sont communes avec les autres parties qui entrent dans la formation des articulations; ce sont celles du cœur , de l'estomac et de l'encéphale.
Tout cela n'était donc qu'un ingénieux roman, s'il est vrai toutefois qu'il n'existe pas de membranes synoviales. Mais quelles preuves donne-t-on donc i|i m de leur non-existence? pas d'autre que celle-ci : on les a souvent cherchées par |m;i la dissection sans pouvoir les découvrir. Incompétent pour décider une ques- ifiiiiie tion d'aussi difficile anatomie, nous laisserons nos lecteurs prendre d'eu.x-mêraes un parti entre Bichat et ses adversaires. Si l'on veut cependant connaître notré sentiment à cet égard , le voici : nous croyons aujourd'hui plus cjue jamais à l'existence des membranes synoviales ; on nous dispensera d'en donner les rai'* sons. (L. Ch. Roche.)
SYWOYITE s. f. Inflammation des membranes synoviales. Il sera toujours très-difficile de distinger cette inflammation de celles des autres parties qui concourent à former les articulations; il est probable d'ailleurs qu'elle existe trèsrarement isolée. Un seul signe pourrait peut-être permettre son diagnos* tic ; c'est la douleur locale, offrant ce caractère d'être surtout augmentée par le frottement des surfaces articulaires, et se faisant principalement sentir du côté ou la fle.\iou s'opère. A l'état chronique , elle s'accompagne presque toujours d'une accumulation de synovie dans l'articulation et elle devient alors facile à reconnaître. Elle a été décrite dans ce Dictionnaire sous le nom d'HYDAR- THROSE ( Voy. ce mot). Toutes les violences extérieures peuvent produire la synovite, mais elle survient surtout à l'occasion des plaies pénétrantes des articulations ; c'est par conséquent à l'étude de ces plaies que la science se rattach£ dans ces cas. (Voy. plaies).
Si l'on parvenait à diagnostiquer une inflammation d'une ou de plusieurs synoviales , on devrait la traiter par la médication antiphlogistique , savoir : le! saignées locales, les topiques émoUiens , elle repos absolu de l'articulation malade. A l'état chronique, on relire de meilleurs effets de l'emploi des révulsifs placés autour de l'articulation : les cautères et les moxas sont les plus usités elles plus efficaces. Les frictions mercurielles , les douches de vapeur d'eau , celles de Barèges , de gélatine, d'eau de savon, concourent puissamment à la guérison. ^ ( L.-Ch. Roche. )
SYNTHESE. J^oy-ez Révuioy, au Supplément.
SYPHILIDES. Dénomination adoptée pour désigner les affections cutanées de forme diverse cfu'on a coutume d'attribuer à la maladie vénérienne. Ainsi l'on trouve décrites plus ou moins exactement les syphilides vésiculeuses , papuleuses , pustuleuses , ulcéreuses , croùleuses , et dans l'ancienne nomenclature il est mention fréquemment des pustules sèches, humides, muqueuses, galeuses, végétantes. On trouve également mentionnées les pustules plates, squammeuses, ortices , chancreuses , lymphatiques, c\artrei\ses , les noli me lan^'rre , les corona f^eneris, efc Ces diverses lésions , coïncidant avec les S3qihilis et guérissant pendant la durée du traitement spécifique, ont été rattachées à la maladie principale sans un examen suffisant ; et delà est résultée une confusion que nous allons essayer de dissiper; confusion dont les victimes ne sauraient se compter.
Parmi toutes les maladies cutanées qui peuvent coïncider avec les symptômes syphilitiques primitifs ou leur succéder après un temps plus ou moins long, il en est une beaucoup plus commune cfue les autres et dont nous devons nous occuper d'abord ; c'est la papule syphilitique ou syphilidc papuleuse, que les auteurs divers ont observée et décrite, particulièrement sous les noms de plaque muqueuse, de pustule muqueuse , de tubercule syphilitique , de pustule lenticulaire, plate, et qu'ils ont aussi nommée i hagade dans quelques circonstance». Cette forme de la syphilis ne nous paraît pas avoir été examinée avec tout le soin qu'elle mérite, et c'est en lui donnant une attention toute particulière, et en l'observant sur fous les tissus et à toutes les époques de son existence, que nous sommes parvenus à quelques connaissances qui ne sont pas sans intérêt
STPHILIDES.
SYPHILIBES,
Bur la pratique. Il est résulté de nos observations que loin qu'il faille inultilier les divisions, on doit, au contraire, rapporter à la syphilidc papuleuse lusieurs afTections considérées jusqu'à présent comme dislincies. Deux autres syphiliiles se rattachent à celle-là et apparliennent à la même 'igine. Ce sont la syphilide maculée et la syphilide pustuleuse. En les plaçant ins l'ordre de fréquence et de gravité nous en parlerons après la populeuse, a première est , ce que les auteurs nomment taches, éphélides syphilitiques, iséole vénérienne. La seconde , qu'on appelle pustuleuse , succède moins cefendant à des pustules qu'à des abcès. La syphilide tuberculeuse nous paraît Jètre qu'une dégénératioii de la papuleuse.
•|La syphilide papuleuse consiste ulans une tumeur rouge , dure, peu senfb\e et non sécréloire de sa nature, qui se développe sur différons points du téiment tant interne qu'externe, et qui parait liée d'une manière très-constante ec l'existence d'une aflection syphilitique. Le plus ordinairement elle se entre comme affection secondaire, et se manifeste pendant la durée des nymômes primitifs . ou peu de temps après qu'ils ont complètement disparu. Dans lelques cas , on la voit survenir après plusieurs mois , on dit même plusieurs nées , d'une santé parfaite. Pourrait-elle se développer spontanément ? Les aticiens disent cju'ellc est plus couimune après les chancres qu'après la blenirrhagie ; c'est aussi notre opinion , tout eu faisant remarquer qu'il est bien IBcile , chez les sujets qui ont eu plusieurs fois des symptômes primitifs dedirsc nature, de déterminera quelle attaque appartiennent les phénomènes nfeetion générale. D'ailleurs il est prouvé par des exemples nombreux qu'elle ut se manifester après le traitement mercuriel le plus complet ; ce qui n'emche pas qu'elle ne guérisse très-bien par ce moyen et mieux même que par cun autre.
On voit dans quelques cas la syphilide papuleuse se manifester comme syin-- 3me primitif, etsuccéder immédiatement au coït. Ainsi nous avons vu plusieurs s des hommes affectés de syphilide papuleuse les transmettre aux femmes ec lesquelles ils avaient eu commerce , et vice versa; ce qui nous semble une s meilleures preuves de la nature essentiellement syphilitique de cette affecn : quoique dans plusieurs expériences les liquides sécrétés à la surface des iques de la syphilide aient été inoculés sans résultat , et quoique nous ayons s exemples extrêmement nombreux de personnes saines qui ont communié habituellement avec des individus affectés de syphilide papuleuse , sans itracler elles-mêmes celte maladie. Mais ce cas n'est pas le plus ordinaire, le plus souvent la papule est secondaire; elle se manifeste souvent chez enfans qui sont infectés par leurs nourrices , sans être précédée par aun autre symptôme primitif.
Toutes les parties de la peau et les portions les plus extérieures des memanes muqueuses peuvent présenter la lésion que nous étudions, et qui revêt s formes en apparence Irès-différenles suivant le siège qu'elle occupe. On ut s'en convaincre en observant avec attention les diver^es régions du corps, 2z un sujet affecté d'une syphilide papuleuse générale, un peu ancienne et né. jée, ou exaspérée par un traitement vicieux. On voit alors de proche en 3che la papule subir îles modifications nombreuses; <le telle sorte que si l'on sse tout d'un coup de la papule lenticulaire sèche et indolente à la papule lumineuse enflammée et suppurante , on est porté , comme cela est arrivé, à [arder comme tout-à-fait distinctes ces deux extrémités d'une même série. Il est tout autrement lorsqu'on suit les nuances qu'elle présente, et les modifiions successives qu'elle subit pour arriver d'un pointa T'autre. 5ur le dos , sur la poitrine , les bras et les cuisses , où ta peau est habituellent sèche, la papule n'est qu'ime petite élevure d'un rouge très-vif et trèsne à son début , et chez les enfans et chez les femmes pendant toute sa durée, is qui devient un peu violacée lorsqu'elle est ancienne ou qu'elle occupe une lu brune et dense. On sent sous le iloigt une tumeur dure , résistante et Icnulaire, plus manifeste encore quand la peau est immédiatement appliquée ■les os, comme au front, au coude, etc. Elle n'est pas douloureuse dans cet t et ne fait éprouver qu'une démangeaison presque insensible. Elle ne sup- "e jamais spontanément; seulement l'épiderme , soulevé par le gonflement corps muqueux, est détaché par les frottemens en plaques circulaires ; alors Jase de la tumeur est environnée d'un liseré épidcrmi((ue dont on a prétendu ■e un caractère essentiel , et qui est seulement le caractère de la forme papu. se , quelle que soit sa nature. La surface rouge qui succède à la chute de te squamme produit un nouvel épiderme qui n'a pas les qualités normales , qui se détache à son tour pour être encore remplacé plus ou moins fréquemnt.
ja plupart des auteurs assignent la couleur cuivrée comme un caractère estiel de la syphilide; mais outre que les syphili.les ne présentent souvent nt cette couleur , l'observation la pli s superficielle fait voir qu'elle est , nme dans l'ecchymose , le résultat de l'altération des liquides épanchés , par séjour plus ou moins prolongé hors de leurs vaisseaux , et par l'absorption en enlève une partie seulement. N'est-il pas bien imprudent de se conlende caractères aussi incertains? C'est cependant ce qui arrive chaque jour. Juand la papule occupe une partie de la peau plus perspirable , et à plus
Ite raison lorsqu'elle siège dans les régions habituellement humectées d'une aspiration odorante et souvent acide , l'épiderme ramolli se détache plus raement, et ne se régénère pas. Au contraire, la surface dénudée , irritée par frottemens, sécrète une sérosité plus ou moins abondante qui se solidifie en ûtes molles et peu adhérentes. C est ce qui arrive au cuir chevelu , aux relis axillaire , inguinale , scrotale , et aussi aux commissures des lèvres et aux :les postérieurs des narines. L'irritation produite par l'acliou de gratter peut
' DlCT. DE MÉDLCIKE ET DE CHiRliRCIE PRATIQtES.
amener des ulcérations quelquefois profondes et opiniâtres. Cela s'observe surtout aux orteils, où la transpiration et la malpropreté produisent des ulcères excessivement douloureux et difficiles à guérir , attendu le peu d'épaisseur des parties molles et la difliculté de maintenir l'appareil de pansement, ulcères qui ont reçu le nom particulier de rhagades, qu'on donne quelquefois aussi à la maladie quand elle occupe l'anus.
Enfin , quand les membranes muqueuses du gland , du prépuce, de la vulve , du vagin , de l'anus, des cavités nasales , de la bouche , du pharynx et du voile du palais , sont prises de la syphilide papuleuse , on voit cette forme morbide prendre un développement plus considérable que partout ailleurs, et montrer une tendance particulière à l'ulcération , surtout sous l'influence de la malpropreté et du mauvais régime. On conçoit , par exemple , d après la structure et la continuelle mobilité des parties , comment dans le voile du palais, l'ulcération marche si rapidement et produit de si graves désordres , et pourquoi les os sous-jacens sont tant de fois détruits et perforés par la carie, comme cela s'observe aux os du nez, à ceux du palais , et aussi quelquefois aux phalanges des doigts et des orteils. On comprend aussi pourquoi à la verge , à l'anus , à la vulve, parties essentiellement cellulo-vasciilaires , les ulcérations sont souvent surmontées de végétations et d'excroissances , dont les formes ont pu faire naitre les dénominations de pustules mérisées, végétantes , etc. , sans parler du groupement des papules qui en altère la forme caractéristique.
La syphilide papuleuse peut se développer sous les ongles ou sur le repli cutané qui entoure leur base , et c'est alors qu'elle donne lieu à l'onyxis syphilitique, maladie douloureuse et rebelle , jusqu'ici , et pour le traitement de laquelle cette simple indication, qu'elle dépend d'une papule développée sous l'ongle, fournit un moyen aussi doux qu'il est efficace , en place des procédés cruels , et souveiit sans résultat , qu'on employait autrefois. Les diverses formes que nous venons d'indiquer peuvent s'observer chez plusieurs sujeis séparément , et c'est sans doute ce qui a donné le change à des observateurs dont l'attention ne s'est pas suffisamment arrêtée sur ce sujet. Mais, en les voyant réunis chez la même personne, il est facile de vérifier ce que nous exposons ici.
Il faudrait pouvoir entrer dans la description des cas particuliers pour faire connaître toutes les lésions, tant passagères que permanentes , que peut produire la S3'philide, et les conséquences qui peuvent s'y rattacher. Nous montrerions le nez tout entier détruit, la voûte palatine percée, les lambeaux du voile du palais, déchiquetés par l'ulcération, se réunissant de la manière la plus bizarre , de façon à fermer le pharynx et à gêner assez le passage de l'air lui-même pour qu'on ait été obligé de pratiquer la trachéotomie ; l'anus et les parties sexuelles horriblement mutilés ; enfin, tout l'appareil des symptômes vénériens, tels qu'on les trouve représentés dans les auteurs des siècles précédens.
Considérée de cette manière qui n'a rien de forcé, la syphilide papuleuse renferme à elle seule le plus grand nombre des affections vénériennes secondaires , puisqu'elle constitue : \° les pustules sèches , ortiées , miliaires , lenticulaires, squammeuscs, corcna 'Veneris ( syphilide sur la peau sèche); 2° les pustules plates, humides, muqueuses, croùteuses, dartreuses , suppurantes (syphilides sur la peau très-sécrétoire) ; 3" enfin les pustules rongeantes , idcéreuses , noli me tangere, chancreuses . phagédéniques , mérisées (syphilide sur les membranes muqueuses), etc. Il est bien entendu d'ailleurs qu'indépendamment du siège , les dispositions individuelles , les maladies incidentes , le régime et les moyens thérapeutiques employés , exercent sur la forme , la marche, la durée et la terminaison de la papule syphilitique une influence dont il faut tenir compte.
Primitive ou secondaire, la syphilide papuleuse peut se montrer plus ou moins abondante et volumineuse. Tantôt quelques plaques clair-semées , de la grosseur d'une lentille à peine, paraissent dans un point quelconque de la peau ou des membranes muqueuses, tantôt elles sont multipliées et groupées ; quelquefois enfin , on les voit occuper la totalité du tégument externe et interne, sans laisser une place saine. On n'a pas la certitude que les membranes muqueuses les plus intérieures en soient affectées. D'ailleurs , malgré l'abondance de l'éruption , on ne voit pas de phénomènes fébriles , et la santé générale n'est pas sensiblement dérangée , à moins qu'il ne survienne des complications.
Lorsqu'on étudie individuellement chaque papule , on la voit se manifester rapidement , et atteindre , en quelques heures , l'apogée de son développement; alors elle reste stalionnaire à moins d'accidens; son épiderme se détache selon qu'il est plus ou moins épais , et il se reproduit à sa surface des squammes qui se renouvellent à mesure qu'on les enlève. C'est à la paume des mains et à la plante des pieds, où l'épiderme est épais et dense, qu'on peut observer parfaitement ce travail. On la voit persister aussi pendant plusieurs mois, et même pendant plusieurs années , après lesquelles elle peut guérir spontanément, où plutôt sans traitement proprement dit , mais , en général, sous l'influence de quelque condition qui modifie l'économie, comme les progrès de l'âge, inie maladie incidente, une émigration , un changement notable dans le régime. Nous en avons vu guérir de très-graves à I hôpilal des vénériens par le seul fait du repos , des bains et d'une diète modérée. Aussi ne nous empressons-nous pas trop d'administrer le mercure. Nous n'avons pas observé que ces guériions spontanées fussent moins solides que celles que nous avons ducs au traitement spécifique.
Mais il en est autrement dans l'immense majorité des cas ; la guérison est le résultat du traitement . dont l'influence est évidente. Alors qu'il est commencé, il ne tarde pas à produire des changemeus notables; les papules s'aflaissent, se décolorent ; l'exfoliation épidermique cesse d'avoir lieu ; la peau reprend son état normal , et il ne reste pour toute trace de la maladie qu'une rougeur plus ou moins violacée, qui disparait complètement à son tour. Au contraire , le
SYPHILIDES.
SYPHILIDES.
temps, les traitemens vicieux , la malpropreté , le mauvais régime , les affections gastro intestinales, l'état scorbutique, scrophuleux, impriment à la maladie une physionomie particulière , et la font dégénérer. Cela s'observe plus souvent sur les membranes muqueuses, et autres parties où la peau est plus sécrétoire que partout ailleurs. Ainsi, par exemple , au cuir chevelu, la syphilide papuleuse , continuellement humectée par la transpiration , et excoriée par le peigne , supjiure , produit des croûtes, et s'ulcère quelquefois ; ce qui arrive plus souvent encore à celles qui sont nées à la région inguinale et scrotale, et ce qui est inévitable lorsque les membranes muqueuses des parties sexuelles , de l'anus, du pharynx ou des narines , sont envahies par la maladie. Les délabreraens considérables qu'on observe souvent en pareil cas ne sauraient être considérés comme appartenant à la syphilide elle-même , puisqu'il dépend du malade et du médecin qu'ils aient ou qu'ils n'aient pas lieu. Néanmoins, l'expérience prouve qu'ils ])euvent aller fort loin, et amener même des dégénérations squirrheuses et cancéreuses. Quand un traitement convenable est appliqué , la maladie peu à-peu se réduit à sa simple expression , s'il est permis de s'exprimer ainsi ; les engorgemens se résolvent; les ulcérations se cicatrisent, et les papules s'affaissent et disparaissent comme il a été dit plus haut. Seulement des cicatrices, plus ou moins irrégulières et colorées, attestent la longue durée de la maladie , et les pertes de substance qu'elle a occasionées.
La sj'philide est donc une maladie essentiellement lente et chronique dans sa marche, dont la durée , toujours longue , n'est gu'ere limitée que par un traitement spécifique. Une fois développée, l'éruption papuleuse persiste sansbeaucoup s'accroilre ; quelques nouvelles papules surgissent de côté et d'autre , sans que les premières se dissipent pour cela : générale ou partielle, elle est ordinairement complète en quelques jours, et l'on ne voit pas , comme dans la dartre serpigineuse ,1a maladie guérir d'un côté et s'étendre sur les parties qui jusque-là étaient restées saines. Seulement les circonstances que nous avons mentionnées influent sur son développement, et lui font subir des modifications extrêmement considérables , et l'on est obligé de convenir , que, toutes choses égales d'ailleurs , cette affection est plus grave chez les personnes pauvres et ignorantes que chez celles qui, à une suffisante aisance, joignent tjuelques lumières ((ui leur font éviter les choses nuisibles.
L'observation montre que les variétés, ainsi que nous l'avons déjà fait pressentir, naissent de circonstances étrangères à la maladie elle-même, et qu'on peut en quelque sorte produire à volonté. Ainsi, la syphilide papuleuse, dans sa forme primitive, est petite, peu sensible, et non sécrétoire; mais, par suite lie causes auxquelles on n'a pas donné une suffisante attention , elle prend un aspect particulier, qui peut exiger des modifications importantes dans le traitement, et qui a engagé les praticiens à former une multitude de classes, de genres , etc. 11 faut indiquer cependant ces apparences diverses afin de mettre nos lecteurs en état de les reconnaître avec facilité. La papule qui a lieu sur la peau sèche , étant prise pour point de départ et de comparaison, celle du cuir chevelu est plus volumineuse, plus douloureuse à la pression, presque toujours recouverte d'une croule molle et jaunâtre, dont la chute laisse voir une surface rouge , saignante et exulcérée. Au front et sur les tempes ( coro/ia Veneris) , c'est une papule d'un rouge vif, très-dure, et constamment sèche ; ce qui la dislingue de l'acné , où une portion de matière sébacée est le centre d'un petit abcès. L'acné prend souvent une couleur livide et violacée , bien plus que la syphilide papuleuse , avec laquelle elle a été bien des fois confondue. Lorsque la syphilide a son siège à la peau des bourses, du périnée, du pubis , de l'aisselle , elle s'accompagne généralement de démangeaison , et même de douleur causée par le frottement exercé sur des parties malades et attendries par une espèce de macération. C'est le même phénomène qui se présente encore à un plus haut degré aux parties sexuelles, à l'anus, aux commissures des lèvres , au pharynx , au voile du palais , aux ailes du nez et dans son intérieur, de même qu'aux orteils. Dans ces diverses parties , les papules sont plus volumineuses, plus saillantes, plus rouges , plus enflammées, outre que leur groupement altère beaucoup leur forme véritable, qu'altère encore leur silualion. Ainsi , aux ailes du nez, à la commissure des lèvres, à l'anus, elles sont sillonnées de fissures, soit horizontales , soit longitudinales , qui en changent complètement l'aspect. Enfin , les végétations et les ulcérations qui surviennent à leur surface doivent encore appeler un examen attentif. Quand la pulpe sous-onguéale est affectée , il s'ensuit une douleur excessive , et qu'on ne trouve jamais ailleurs , si ce n'est peut-être lorsque les orteils sont atteints d'ulcérations. On sait maintenant que l'odeur de la suppuration ne pouvait pas fournir les caractères distinctifs qu'on a prétendu y trouver; cette odeur dépend plus des localités que de lu nature de la maladie, ainsi qu'il est facile de $'eu convaincre.
La syphilide papuleuse peut se compliquer avec toutes les affections tant aiguës que chroniques de la peau, et cette complication a été fréquemment une cause d'incertitude et d'erreur. En effet, sans réfléchir que les affections virulentes avaient une existence spéciale, et qu'elles ne subissaient aucune alliance, les auteurs ont admis des gales et des dartres vénériennes , prétendant conclure de la comcidence à la liaibon et à l'influence réciproque. Cela est tellement vrai qu'on voit tous les jours la syphilide papuleuse survivre aux autres maladies cutanées avec lesquelles elle s'est trouvée réunie, de même qu'elle peut disparaître avant elles. Il est même singulier qu'un fait aussi patent n'ait pas été plus tôt remarqué et mis à profit pour le diagnostic. D'ailleurs ce n'est pas seulement avec les maladies cutanées que se complique ou plutôt que coïncide la syphilide papuleuse ; elle peut exister avec toutes les maladies connues , et de riêine qu'elle exerce sur elles une faible influence, elle eu reçoit peu de leur
part quant au fond ; mais sous le rapport de la forme plus ou moins inflammatoire , on voit que l'état des organes digestifs doit être pris en considération, | car l'état de stimulation excessive de ces organes accélère la marche destructive des ulcères d'une manière non équivoque. Quelques exemples , rares il est vrai, tendent à faire penser qu'une maladie grave et prolongée peut exercer une action curative sur l'affection papuleuse. En tout cas, c'est un de ces phénomènes organiques dont on profite quand il se manifeste, sans pouvoir le susciter ni l'espérer.
L'examen anatomique apprend peu de choses sur la syphilide papuleuse. S'il est vrai que cette forme morbide soit constamment liée avec l'action d'une même cause, cette cause est invisible et insaisissable. Ce que i'analomie nous montre, c'est une tumeur dure et circonscrite , entourée à la base d'un liseré épidermique,. et couverte d'une squamme épidermique aussi, et plus ou moins adhérente. Cette tumeur est formée par le corps muqueux gonflé , et elle s'affaisse à la mort. Les ulcérations d'un aspect variable, suivant une foule de circonstances, reporsent toujours sur un fond plus ou moins induré, et qui peut avoir une consistance même squii rlieuse. Les lésions même des os et des cartilages, consécutives aux ulcères produits par la syphilide, ne donnent point de lumières sur la nature de cette affection, et présentent un aspect peu différent de celui qu'elles offrent en toute autre circonstance.
Le diagnostic n'est pas, à beaucoup près, aussi difficile que semblent le, penser la plupart des auteurs : il ne s'agit que de regarder avec soin ; car, la .syphilide papuleuse a des formes si bien arrêtées , que , même les modifications qu'elle peut subir sont régulières , et ne peuvent échapper qu'à l'observateur inattentif. Ainsi la syphilide de la poitrine, du dos et des membres inférieurs, ainsi que celle de la fuce , ne sauraient être confondues avec Cacne punctata et iaJurala qui présente pour caractère distinctif un point noir central formé de matière sébacée , autour de laquelle se développe presque constamment une suppuration manifeste, et qui d'ailleurs ne présente jamais l'exfoliation é])idermique propre, au contraire, à la syphilide. Au cuir chevelu elle ne saurait présenter d'équivoque, puisqu'elle est constamment saillante , tandis que les diverses variétés de teignes ofl'rent une cavité plus ou moins profonde. Au?; parties cutanées, où la transpiration est abondante, malgré quelques changer, mens qu'elle éprouve, la papule reste encoie reconnaissable à la saillie bien: manifeste qu'elle présente à l'œil et au doigt. Enfin sur les membranes mu-, queuses des parties sexuelles , de l'anus , du nez et du pharynx , elle est d'autant plus facile à reconnaître qu'aucune des phlegmasies ulcéreuses ou sécrétoires qui peuvent occuper ces parties, ne s'accompagne, comme elle, de tumeurs circonscrites et juxta-posées. C'est ce gonflement saillant tout à-la-fois et profond de la peau qui constitue le caractère pathognoinonique de la syphilide papuleuse, et qui suffit pour la tlistinguer des autres maladies de la peau.
D'ailleurs le diagnostic est encore favorisé, d'un côté, par la connaissance, exacte des aspects différens que la syphdide peut présenter suivant le siège qu'elle occupe ; de l'autre, par celle de sa durée essentiellement longue et de sa marche toujours lente. Enfin , dans les cas les plus équivoques , il est, pour ainsi dire , impossible qu'on ne rencontre pas auprès des papules altérées quelque papule intacte qui mette sur la voie. De plus encore , l'emploi du traitement mercuriel peut faire l'office d'une véritable pierre de touche, comme l'avaient, dit avec raison les anciens : tel est, en effet, le résultat salutaire et presque immédiat du mercure bien administré en pareille circonstance , tandis que les. antres moyens réussissent si lentement et si incomplètement, qu'on ne saurait, s'abstenir d'expérimenter avec prudence, lorsque, ce qui est rare , on n'a pu s'éclairer autrement.
Quand des complications d'autres affections cutanées se manifestent, on doit s'attacher à les distinguer d'avec la syphilide, moins peut-être à cause du traitement que pour prévenir d'autres erreurs. En effet, beaucoup de maladies de la peau ont été regardées comme syphilitiques seulement , parce qu'on les avait vues quelquefois coïncider avec la syphilide , et parce qu'elles avaient disparu sous l'influence des mêmes moyens thérapeutiques. (Voy. l'article Syphilis (diagnostic), et les divers articles relatifs aux malabies cutanées. )
Le prognostic résulte naturellement des faits qui ont été exposés jusqu'ici. On sait , par exemple , que la syphilide est , en général , une affection beaucoup moins grave qu'on n'a coutume de le penser , qu'elle peut durer longtemps chez un individu sans porter une profonde atteinte à la constitution, et sans susciter aucun désordre notable dans les fonctions, qu'elle est enfin peu disposée à guérir spontanément , et qu'on aurait tort d'en attendre toujours la guérison de la nature. En examinant les cas particuliers, on voit que la maladie en question doit inspirer plus d'inquiétude, lorsque étant très-étendue elle occupe principalement les membranes muqueuses, la région des ongles, les orteils, etc., parties où les progrès de l'ulcération peuvent amener des pertes de substances irrémédiables , la carie et la perforation des os , la gangrène, etc. On saura également que dans la syphilis, comme dans toutes les maladies cutanées , le mauvais état des fonctions digestives, un régime vicieuï, la malpropreté, l'abus de certains agens thérapeutiques, occasionnent une notable aggravation des phénomènes morbides , et rendent la guérison plus lente et plus difficile.
Quant au prognostic général, nous croyons devoir proclamer ici notre opinion , conforme à celle des auteurs qui ont le mieux étuilié le sujet: cest que la syphilide papuleuse est, quant à présent , le caractère le moins équivoque de la syphilis constitutionnelle et l'indication la plus sûre du traitement mercuriel. Ainsi restreinte dans ses véritables limites , cette proposition ne saurait guère trouver d'opposans. Il faut maintenant diriger les recherches vers le
SYPHILIDES.
SYPHILIDES.
L| de savoir quels sont les autres symptômes plus ou moins propres à caractiser une infection générale. ( V oyez Syphilis. )
.e traitement de la syphilide se divise en général , en local et en spécifique: c cune de ces parties a son importance relative suivant les circonstances, et Il saurait être négligée sans inconvénient. Une des première-s indications à remp consiste à calmer et a guérir les irritations tant locales que générales qui peu- V t exister ; au mojen des bains, des saignées veineuses et capillaires, des boiss s tempérantes , des purgatifs doux , etc. C'était le traitement préparatoire a uel les anciens avaient coutume de soumettre leurs malades avant de comr, iicer l'emploi du mercure ; car l'expérience leur avait montré que ce médiiment , donné dans les conditions ci-dessus mentionnées , non-seulement nréussissait pas , mais encore produisait souvent des phénomènes morbides ps ou moins fâcheux, quoique toujours étrangers à la maladie principale.
.lors seulement doit commencer l'emploi du mercure , soit à l'intérieur , SI à l'extérieur , suivant les dispositions individuelles. Nous avons déjà dit, à l'arti e Mercche, que nous prélérions l'usage interne de ce médicament à son applin on exiérieure (fiiclions); de même que nous avons montré que le choix de la ppaiation mercurielie est déterminé, bien plus par son action immédiate que p la forme de la maladie. Nous avons administré avec le plus grand succès les <J îrses préparations meicurielles contre la syphilide, et nous n'avons pas re- Q que qu'aucune jouît contre cette afl'cctiou d'une vertu particulière. Au conli re , le résultat de nos observations est que la manière dont le mercure est d né influe sur ses efifets curatifs. En effet, peu de temps après qu'on en a ciiniencé l'usage , on aperçoit une amélioration notable dans les symptômes j d ut alors continuer le traitement jusqu'à la disparition complète (.le la malad , puis cesser pai' degré , en observant le sujet avec attention pour voir si les p 'iiouiènes morbides ne se reproduisent pas ; auquel cas il faudrait adiniuistr de nouveau le mercure jusqu'à ce qu'on eût vu une seconde fois les papules s Taisser et se résoudre sans laisser de trace. On ne peut considérer la guéris comme complète et solide que quand d'abord on a constaté , par un examen s( ;re , qu'il ne subsiste plus aucune papule , et qu'on a laissé passer deux mois SI cette guérisoii et renouvelé cet examen. C'est parce cju'on a trop légèren it déclaré guéris quelques malades, que l'on a vu tant de prétendues récit 3S , et qu'on a proclamé en [irincipe qu'il fallait prolonger l'usage du mer- < e pendant un temps égal à celui qui avait été nécessaire [lour obtenir la f risou. Le précepte que nous donnons plus haut est plus en rapport avec la 1 ;on et avec l'observation.
,e traitement que nous employons de préférence est celui qui consiste à ( ner le mercure à l'intérieur , nous sommes plus sûrs du résultat. Néanr ns nous nous servons des frictions dans les cas où il nous semble que les 1 ;s digestives ne sont pas dans un état d'intégrité parfaite. Nous devons dire, ( endant , que les pilules d'onguent mercuriel sont supportées par la plupart ( malades, seulement il faut surveiller les résultats. Ainsi le traitement ne I rait être prescrit d'une manière absolue.
le traitement local est particulièrement nécessaire pour réduire la syphilide
1 plus simple expression, s'il est permis de s'exprimer ainsi; c est-à-dire ] ir remédier aux accidens divers occasionnés par la malpropreté, les irritations ( érieures, etc. Sans ces moyens directs , la guérison n'aurait pas lieu, ou se fe- I longtemps attendre sous l'influence seule du traitement général et spécifi- 1 . On a rarement à s'occuper de la syphilide papuleuse , que nous avons ap- I ie sèche ; seulement lorsqu'elle est ancieune elle reçoit quelquefois une stimu- ] on salutaire de l'emploi des fumigations aqueuses, sulfureuses et même I :curielles , qui semblent en accélérer la terminaison. Mais , dans la plupart ( autres cas , le traitement local est non-seulement utile mais encore indispen- 1 le. Les antiphlogistiques , tels que les saignées locales , les applications émol-
ites , les bains locaux et les onctions adoucissantes sont quelquefois utiles ( nd des parties sont couvertes de syphilides papuleuses enflammées, dou-
reuses et suppurantes , de même que le repos et la propreté , moyens (|ui ne i t pas à la portée de tous les malades et qui cependant jouissent d'une grande
:acité. On ne saurait se figurer, quand on n'en a pas eu la démonstration pra- ' le , quelle influence exerce sur la guérison la simple précaution d'empêcher . parties ulcérées ou irritées d être en contact entre elles , en interposant de i harpie sèche qui, absorbant les produits de sécrétion morbide , les empêche' I nacérer en quelque sorte les surfaces et d'en provoquer l'ulcération. Mais ce
serait plus diflicile à croire si l'expérience de tous les jours ne le prouvait, I t l'utilité immense de la cautérisation superficielle. Nous l'avons employée I [uemment , nous servant de la pierre infernale, non comme douée de pro- I ;tés particulières , mais , comme étant le caustique que le médecin a le plus ii'Qédiateinent sous la main. D'ailleurs nous avons expérimenté avec autant d/antages tous les autres caustiques. Tous les jours il nous arrive des malades a ctés de syphilide papuleuse abondante, ancienne, irritée et suppurante, d t les larges plaques réunies forment autour de l'anus, au périsée, aux grand lèvres une tumeur volumineuse et dont les douleurs empêchent les malades d lormir , de marcher et de s'asseoir; ou bien encore ce sont les parties sexuelle chez la femme , les bourses chez l'homme , les orteils chez les deux sexes. S 'ou se laissait aller aux doctrines de l'irritation mal entendues, on s'erapressdit de recourir aux sangsues et aux cataplasmes , etc. Qu'arriverait il en par cas ? C'est d'après l'expérience que nous parlons : on obtiendrait une trèsl(?re amélioration, si même les piqûres de sangsues ne s'enflammaient pas et n produisaient pas des ulcères , et la guérison ne s'obtiendrait qu'à la longue. h contraire, avec un pinceau de charpie imbibé d'une solution de nitrate d'arg t , ou simplement avec uu morceau de pierre infernale , touchez hardiment
toutes les parties malades. D'abord une vive douleur se fera sentir ; puis bientôt elle se calmera par degré et fera place à un calme et à un bien-être tels que le malade n'en avait pas éprouvés depuis long-temps. Riais, ce serait n'avoir rien fait que de s'en tenir à ce premier succès : après la chute de celte première escarrhe, sous larjuelle la résolution s'opérait, le frottement et les autres causes d'irritation ne manqueraient pas tle ramener les choses au même point, et peutêtre même de produire un état pire que le premier. Il faut doue renouveler la cautérisation superficielle aussi souvent que cela peut-être nécessaire pour tenir les papules constamment couvertes d'une escarrhe protectrice, afin de laisser au traitement intérieur le temps d'opérer et de consolider la guérison. Car, bien que très-avantageuse, indispensable même, la cautérisation n'est qu'un moyen accessoire. Lorsque nous l'avons essayée isolément nous avons toujours obtenu la disparition temporaire delà syphilide ; mais la maladie reparaissait tant qu'on n'avait pas eu recours à l'emploi du médicament spécifique.
Lorsque la syphilide papuleuse occupe le voile du palais , le pharynx, les cavités nasales , la cautérisation superficielle et réitérée n'est pas moins utile , ton jours comme moyen accessoire, et sans préjudice du traitement général { antiphlogistiques , bains , régime , etc. ) et du traitement mercuriel. L'escarrhe sui)erficielle qui en résulte , et qu'on doit reproduire dès qu'elle s'est détachée, protège les parties malades contre le contact des corps extérieurs , dans des endroits dont la structure et la situation s'opposent à toute application permanente, et ne permet que des lotions, des injections, des fumigations, dont l'action , avantageuse en elle même , présente le très-grave inconvénient de ne pouvoir être que très-passagère. Nous insisterons donc particulièrement sur l'emploi de ce moyen topique, dans tous les cas où la syphilide occupe le pharynx et le voile (ulcères de la gorge ), les cavités buccale et nazale ( chancre de la bouche et ozène), parce que l'expérience nous l'a montré constamment efficace.
Dans l'onglade syphilitique , maladie si douloureuse et si opiniâtre, entre les mains de ceux qui, n'en reconnaissant pas la véritable nature, ne savent pas joindre au traitement spécifique les moyens locaux propres à en assurer et à en accélérer le succès , la cautérisation , pratiquée d'après la méthode que nous avons proposée , nous a souvent été d'une grande utilité. Le procédé , très-simple , consiste à couper l'ongle le plus court possible, et à cautériser la papule sous-unguéale avec un morceau de nitrate d'argent, taillé en forme de crayon, et dont la pointe s'insinue facilement entre la peau et le bord libre de l'ongle. On avance ainsi chaque jour coupant l'ongle jusqu'à ce qu'on ait mis à découvert et cautérisé la totalilé de la papule : puis on laisse repousser l'ongle, quand la guérison est complète , et de cette manière il n'y a ni douleur pendant le traitement , ni difformité après.
Nous avons insisté sur ce moyen thérapeutique, et nous avons surtout lâché de l'apprécier à sa juste valeur , parce qu'il est condamné par quelques médecins qui, probablement, ne l'ont pas expérimenté dans les conditions convenables, et employé par d'autres , qui nous paraissent ne s'être pas sufli-;amment rendu compte de sa manière d'agir, et n'avoir pas remarqué, l» que ce n'est qu'un moyen accessoire et local ; 2" que le choix du caustique est à-peu-près intlifferent; 3° enfin , que la cautérisation doit être moins profonde que souvent renouvelée , afin que les parties malades soient constamment recouvertes d'une escarrhe protectrice.
Les applications onguentaires sont d'une utilité trcs-contestable dans la syphilide papuleuse. Les pommades et cérals adoucissans pourraient peut-être modérer l'inflammation, et proléger les surfaces ulcérées contre le contact de l'air et des corps extérieurs ; mais la plupart du temps il est impossible de les placer d'une manière fixe (au nez , au voile du palais). Quant aux préparations du même genre, qui renferment des principes irritans, elles sont presque toujours nuisibles. Les pommades mercurielles elles-mêmes sont loin de produire des résultats aussi avantageux que ceux de la cautérisation.
Bien que les maladies virulentes aient une existence individuelle, on sait néanmoins qu'elles sont un peu modifiées par l'état général des sujets chez qui elles se développent. De là résulte la nécessité de combattre, par les moyens appropriés, l'état scrophuleux ou scorbutique co-existant avec la syphilis. Il ne faut pas croire néanmoins que, pour guérir cette dernière maladie, il soit indispensable d'avoir complèlement guéri les autres ; l'expérience montre qu'elle peut très-bien être dissipée par le traitement qui lui est propre, bien que les autres affections subsistent. C'est d'ailleurs ce qu'on peut constater tous les jours, relativement aux diverses affections de la peau , connues sous le nom de dartres, et qu'on voit traverser , si l'on peut ainsi dire , la syphilis sans se mêler avec elle , ou la précéder et lui survivre dans d'autres circonstances.
En montrant que la syphilide papuleuse représente à elle seule la plupart des affections de la peau qu'on a coutume d'attribuer à la maladie vénérienne, et que l'on donne comme des affections différentes, nous avons la conviction d'avoir au moins préparé la solution d'une des questions les plus importantes de la pathologie syphilitique. Réunir dans la même série , l'ozène syphilitique, l'ulcère du voile du palais et du pharynx, les rhagades des orteils , l'onglade syphilitique, les pustules muqueuses des parties sexuelles , du périnée et de l'anus , les pustules mérisées , végétantes , rongeantes, les ulcères vénériens consécutifs de la peau , c'est avoir déjà circonscrit le champ de l'incertitude et de l'erreur.
Après avoir traité en détail de la syphilide papuleuse nous allons indiquer les deux autres affections de la peau qui , bien que moins fréquentes et moins graves , semblent pourtant se lier avec la maladie vénérienne plus particulièrement qu'aucune autre.
SYPHILIDES.
SYPHILIS
La syphilùle maculée ou maculeuse , roséole syphilitique tics auteurs, se présente quelquefois pendant la durée ou peu après la guérison des symptômes primitifs ; on la voit rarement survenir lorsque depuis long-temps ces symptômes ont cessé d'exister. D'ailleurs , comme elle n'entraine ni douleur ni phénomènes fâcheux, il arrive souvent que les malades n'y attachent pas d'importance et ne réclament pas les secours de la médecine. Cette syphilitle ne serait-elle , comme quelques personnes le supposent , qu'un premier degré de la papule sypl-.ilitique , ou le produit de l'absorption d'un virus altéré et affaibli , c'est ce qu i! est difficile d'établir : toujours est-il qu'elle se manifeste rapidement et sans symptômes fébriles , sur tout le corps, et qu'elle consiste dans une suiTusion sanguine formant des taches sans saillies à la peau, disparaissant sous la pression du doigt, de forme irrégulière, se confondant en groupes plus ou moins étendus. Ces taches ne s'accompagnent que d'une faible démangeaison ; elles ne s'irritent ni ne s'ulcèrent , et ne donnent lieu à aucune sécrétion appréciable; qvielquefois seulement il se fait à leur surface une légère desquamraation. Les membranes muqueuses , surtout celle de la gorge y participent assez fréquemment.
La marche de cette affection est habituellement longue, et sa durée n'est presque pas limitée Lorsqu'elle se termine, les taches qui la composent passent du rouge assez vif, qui leur estpropie, à une nuance jaunâtre et comme cuivrée, caractéristique pour quelques personnes, lesquelles ne réfléchissent pas que celte couleur cuivrée se montre à la fin de la maladie , c'est à dire à l'époque où le diagnostic devrait être complet. Les nuances plus ou moins foncées que peut présenter cet exanthème ne suffisent pas à notre avis pour multiplier les variétés comme on l'a fait : la couleur et la consistance de la peau , ainsi que les conditions extérieures où le malade se trouve placé suffisent pour expliquer ces différences. Les taches jaunes que quelques auteurs rapportent à la syphilis, lui sont presque toujours étrangères, ou ne sont qu'une simple coïncidence; et la preuve c'est que ces mêmes auteurs n'appuient leur diagnostic que sur la présence d'autres symptômes plus ou moins positifs.
D'ailleurs la syphilide maculée (exanthème, roséole syphilitique, taches, etc.), ne constitue qu'une affection assez légère , et qui même n'est guère suivie de phénomènes sérieux. Dans un grand nombre de cas elle guérit spontanément, et il est extrêmement rare qu'on ait a lui opposer autre chose qu'un traitement tempérant, quelques bains d'eau ou de vapeur aqueuse , ou tout au plus quelques fumigations sulfureuses ou cinabrées.
La syphilide pustuleuse, la plus rare de toutes, consiste moins peut-être dans des pustules propi ement dites , que dans de petits abcès ou phlegmons qui se forment d'une manière plus ou moins rapide , et qui laissent après eux des ulcères souvent opiniâtres. Quelquefois aussi ce sont des pustules qui surviennent accidentellement sur des groupes de papules. Cette affection ne se montre guère que chez des sujets chez lesquels la syphilis constitutionnelle est suffisamment caractérisée par d'autres signes , chez lesquels souvent la maladie a ét^ négligée ou même exaspérée par des traitemens incomplets ou mal appliqués, et dont, en général, la constitution se trouve plus ou moins détériorée. Rarement son apparition est précédée de symptômes fébriles aigus ; mais on volt se former sur diverses parties du corps , surtout à la face , au cou , sur les épaules , tantôt isolés, tantôt réunis en groupes, des points rougeâtres et peu saillans , dont le centre se convertit bientôt en un pus qui se dessèche , et forme une croûte molle et peu adhérente, qui prend des formes bizarres, et dont la couleur jaune-verdàire ou brunâtre renil les malades quelquefois hideux à voir lorsqu'elles occupent la face. Lorsque la croûte est détachée, le fond ulcéré, et un peu induré, fournit de nouveau du pus qui donne naissance à une nouvelle croûte. L'ulcération fait des progrès en largeur et en profondeur et se montre environnée d'une auréole d'un rouge brunâtre. Il est à peine nécessaire dédire que ces pustules sont plus ou moins volumineuses, et que leur situation modifie leur forme à un tel point, que plusieurs auteurs se sont crus suffisamment autorisés à former des espèces et des variétés qui n'ont servi qu'à embrouiller la question.
La marche de ces pustules, considérées isolément, estlente et reçoit quelque, fois une activité insolite d'un état fébrile accidentellement développé. Lorsqu'elles guérissent , elles laissent une cicatrice déprimée qui atteste la perte de substance que la peau a subie ; et cette guérison peut avoir lieu , soit spontanément, soit à la suite d'un traitement, mais toujours quand l'état général s'est amélioré ; c'est ce qu'on ne doit pas perdre de vue.
Le diagnostic présente assez peu de difficultés, à cause de la coïncidence de phénomènes positivement syphilitiques par lesquels se trouve déterminée l'opinion du praticien. Quant au pronostic, il résulte implicitement du fait consigné plus haut , savoir (jue la syphilide pustuleuse ne vient qu'avec une syphilis ancienne et confirmée ; et , dans ce cas , ce n'est pas la pustule seule qui signale la gravité de la syphilis constitutionnelle.
Le traitement de la syphilis pusiuleuse rentre dans le traitement de la syphilis constitutionnelle. A mesure qu'on agit sur l'état général du sujet, on voit celte affection se modifier d'une manière avantageuse, d'abord, parce qu'il ne se manifeste plus de nouvelles pustules; ensuite , parce que celles qui existent s'améliorent sensiblement sous l influence des bains , du régime et des préparations mercuriellcs données à l'intérieur. 11 faut néanmoins s'occuper du traitement local , soit pour accélérer la guérison , soit pour remédier au.x lésions accessoires qui sont venues se joindre à la maladie [>rincipale. Ainsi , les cataplasmes émolliens seront nécessaires pour faire tomber les croûtes et pour mettre à découvert les ulcérations, qui seront pansées , suivant l'occurrence, soit avec de la charpie sèche , soit avec du cérat simple , du cérat mercuriel ou tel
autre onguent stimulant ; on usera également avec avantage de la cautérisation superficielle. Enfin on emploiera avec discernement tous les moyens que nous avons indiqués dans le traitement local de la syphilide papuleuse.
Maintenant reste-t-il d'autres affections cutanées syphilitiques, ou bien des affections ordinairement étrangères à la syphilis peuvent-elles subir de sa part une modification, une transformation, telles que le feraient supposer les dénominations de gale , de dartre syphilitique ? Nous sommes peu portés à le croire, surtout si nous remarquons que les auteurs qui soutiennent cette doctrine n'ont pas d'autres moyens pour la soutenir que ceux-ci : 1" que la coïncidence de symptômes syphilitiques avec la gale, l'eczéma, l'impétigo, etc., suffit pour faire entrer ceux-ci dans la classe des affections syphilitiques ; 2° que leur disparition pendant le traitement anti-sypliylitique confirme ce diagnostic si hazardé. Pour admettre une pareille assertion, il faudrait que cette gale, cet eczéma, cet impétigo , vus séparément et indépendamment des autres symptômes vénériens, présentassent des caractères particuliers , signalant leur nature indé. pendamment des renseignemens fournis par le malade et de la présence d'une autre affection. Lorsqu'on examine seulement la main d'un sujet affecté de gale, sans voir le reste du corps et sans faire une question , on déclare sans hésiter la nature de la maladie d'après ses caractères visibles. De même lorsque nous voyons, sur un espace de six pouces carrés , les caractères de la syphilide pal puleuse, que nous avons signalés plus haut, nous n'hésitons pas à déclarer que le malade est atteint de syphilis constitutionnelle ;et si nous recueillons d'autres renseignemens, ce n'est que pour nous confirmer dans notre diagnostic, car cet élément fondamental nous suffirait.
Donc, jusqu'à ce que les partisans de la doctrine opposée nous prouvent d'une manière aussi logique, que la maladie syphilitique peut se masquer sous la forme de toutes les maladies cutanées, ou, comme disent quelques-uns d'entre eux , imprimer à toutes ces maladies un cachet particulier, nous persisterons à croire que la syphilide papuleuse est au moins , quant à présent , la forme la plus certaine et la plus constante de la syphilis constitutionnelle. Nous attendrons de nouvelles démonstrations , et nous e.xaminerons avec sévérité toutes celles qui seront mises en avant, parce que l'on doit raisonnablement en agir ainsi avec toute doctrine et toute théorie qui sort complètement de la ligne des faits observés. Or, on ne voit pas pourquoi la syphilis ferait une aussi complète exception aux lois de la physiologie pathologique , et l'on est porté à croire que ces exceptions sont le résultat d'observations insuffisantes ou incomplètes.
Nous n'avons pas le loisir de discuter ici avec détail les descriptions données par les auteurs, tant anciens que récens, des affections de la peau attribuées à la syphilis. Le résultat général de notre travail est qu'un petit nombre d'entre eux a pris le soin d'observer avec scrupule , et ceux-là convergent presque tous vers cette opinion , que la syphilide papuleuse est le symptôme le plus positif de la vérole. Laissons donc aux efforts des médecins à éclaircir avec le temps le reste de la question , et , partant de ce point bien constaté , mettons en dehors tous les cas de syphilide papuleuse, et nous verrons que le reste sera plus facile à étudier et à connaître. (Ctillf.rier et F. Ratier. )
SYPHILIS. Dénomination bizarre , synonyme de maladie vénérienne, qui n'est ni plus exacte ni plus significative, et qui , depuis long-temps, sert à désigner un groupe d'affections très-diverses par leur siège, leur cause et leur nature, et c[u'on s'obstine h réunir comme si elles constituaient un tout régulier; bien que cette association blesse toutes les lois connues de la phj'siologie pathologique. Dans un ouvrage spécial, il serait à propos peut-être d'examiner dans l'histoire des mots l'histoire des choses ; de rechercher quelle a été l'origine et la forme première de la syphilis; de discuter les diverses opinions qui ont régné tour-à-tour sur sa cause et sur son traitement; de montrer comment, dans un cadi'e qu'on a successivement élargi , on a pu faire entrer peu-.i-peu les élémens les plus disparates; ici, l'état actuel de la théorie et de la pratique, relatives à la maladie vénérienne , peut seul trouver place , eu égard aux limites qui nous sont posées , et nous devons supposer familiers ou superflus , aux praticiens qui nous liront , les détails qui viennent d'être signalés. Nous espérons qu'on nous saura gré d'avoir simplifié l'histoire de cette maladie, et de l'avoir tracée d'après l'observation des faits, et dégagée de toute prévention.
On appelle donc syphilis une affection multiforme et complexe , qui paraît procéder d'une cause unique , à laquelle on a imposé le nom de finis vénérien. Cette affection est contagieuse par contact immédiat, et surtout par inoenlation, et se ti-ansmet principalement par le coït avec les personnes infectées, souvent aussi par l'allaitement, et même par l'application sur la peau dénudée, ou sur les membranes muqueuses , des produits de sécrétion morbide fournis par les parties affectées.
Les affections qu'on a coutume de rapporter à la syphilis peuvent se diviser en primitiues , qui succèdent à l'application ou à l'inoculation du principe contagieux , et en secondaires , qui se manifestent pendant la tlurée , oû à la suite des ]>remières. Les affections primitives sont toujours locales ; les afleclions secondaires sont toujoura généi ales ou constitutionnel/es : ce sont ces dernières qu'on entend désigner lorsqu'on parle de syphilis constitutionnelle ou vérole. La distinction entre ces deux ordres de faits morbides est d'autant plus importante qu'elle détermine le choix des agens thérapeutiques , et qu'elle décide souvent du succès du traitement.
La première classe comprend la blennorrhagie , et les affections plus superficielles de la membrane muqueuse gcnito urinaire , qu'on a désignées chez l'homme par les noms de balauite , puis les ulcères vénériens primitifs , ou chancres proprement dits , symptôme le plus caractéristique de la syphilis primitive. Dans la seconde classe se trouvent compris d'abord la papule syphiliti-
SYPHILIS
SYPHILIS
le , le pliénomène le plus certain de la syphilis conslitntionnclle , l'exanthème piiilitit(ue et la pustule, puis beaucoup d'autres lésions dont la connexion 'ec la iiialadie vénérienne, bien qu'admise par beaucoup d'auteurs, est ccpenint moins prouvée et moins constante : tels sont les excroissances, les végétions , les douleurs, les exosloses , les tumeurs gomnieuses et diverses nialaes (le la peau fort inexactement déterminées.
Nous ferons remarquer ici combien cette mauvaise manière de procéder a rlé de vague et d'incertitude dans I hisloire de la maladie vénérienne. Au-
•Ibis, en efFet, non-seulement on admettait comme syphilitiques tous les énomènes morbides dont nous venons de parler , mais encore on croyait sans .cune di/licullé que la syphilis pouvait se cacher, se larvcr sous l'apparence I toutes les maladies connues; c'était une ressource commode pour l'ignorance ( )iour la paresse. Aussi , pour jeter quelque lumière sur ce sujet , convient-il < porter d'abord son attention sur les faits les mieux constatés , et , d'après I le idée, nous dirons que , quant à présent, le chancre et la papulle syjihili- I ue constituent les points les plus essentiels de la syphilis primitive et tonstit iounelle. Trop souvent on a sacrifié au désir de faire connaître une variété nivelle, et l'on a multiplié à l'infini les divisions , parce qu'on a décrit le 1 ine symptôme , à diverses époques , comme autant déformes différentes. Sis parler des variétés o|)iniâlres faites par un traitement vicieux. Fidèles à la f isée que nous avons prise pour guide, nous allons nous efforcer d'éclaircir au 1 ins quelques points de 1 histoire de la syphilis , et nous continuerons cette ûvie, si les circonstances le permettent, procédant toujours de ce qui est cuiu à ce qui est incertain , obscur, ou complèlcinent inconnu.
chancre vénérien ou ulcère primitif, ainsi nommé pour le distinguer cl chancre consécutif qui résulte d'une syphilis constitutionnelle , et qui n'est arc chose que la syphilide papuleuse ulcéiée , le chancre, disons-nous , est u; affection aiguë, résultant d'une inoculation virulente, et ayant en consi uence une forme , une marche , une durée . une terminaison et des suites railières et susceptibles de la caractériser pour le praticien exercé. Ajoutons q' ie chancre est une affection purement locale d'abord, et qui peut, suivant d cil constances assez bien connues en général , finir et s'éteindre là où elle e: née , ou bien , au contraire , infecter l'économie tout entière , par suite de i sorption des produits de sécrétion morbide, et produire une éruption de p iules cutanées plus ou moins abondantes et caractéristiques. Ainsi, le sujet q a un ou plusieurs chancres peut avoir ou n'avoir pas la vérole : et les accili s secondaires non-seulement ne sont pas inévitables, mais encore peuvent ■I; prévenus par un traitement méthodique, et le seraient plus souvent si !'( observait' mieux les faits.
e chancre primitif se manifeste le plus ordinairement aux parties sexuelles, etdans le plus grand nombre des cas , à la suite du coït. Cependant on l'a vu , ilis (pielquCs circonstances , se développer à l'anus , aux lèvres , au mamelon ,
t iieiquefois enfin il a succédé à l'insertion sous l'épiderme, au moyen de la ■1 elle, du pus sécrété à la surlace d'un ulcère semblable. Les expériences , ci?gard au danger qu'elles entraînent, n'ont jamais pu être faites assez réguiic inent; cependant il est assez bien démontré que , toutes choses égales il' Heurs, un chancre récent donne le pus le plus contagieux; qu'avec le le ps , mais sans qu'on puisse bien préciser l'époque , la propriété de propager ia laladie s'altère et disparaît. On pense que des chancres voisins delà guépeuvent donner la blennorrhagie , et que le pus d'une blennorrhagie très-
I ( peut produire des chancres. L'opinion qui nie le virus vénérien , et ([ui
i line les chancres à une siniple inflammation produite })ar le frottement et
I lalpropreté, ne saurait tenir devant les faits qui font voir ces deux sortes 'l'ilammalion ayant dans leur marche, leur durée, leur terminaison et leurs ^l) ■s, des phénomènes complètement opposés.
!ii a , ce nous semble , perdu beaucoup de temps pour éclaircir ces questions ^u i'ont pas beaucoup d'utilité réelle pour la pratique. Qu importe, en efl'et , mrce d'où vient un chancre, s'il a dans sa forme, sa durée, sa terminaison, sel lâtes, des caractères qui déterminent sa nature et qui suscitent les indica- ;ci thérapeutiques.
< I on observe que le chancre, excepté le cas d'une inoculation faite au iiKen de la lancette ou par l'apposition du pus contagieux sur une surface '!é idée , se manifeste particulièrement là où abondent les follicules sébacés,
II Ma conduit k penser cjue c'est dans ces follicules qu'il a son siège ; et celte p ion est confirmée encore par la forme arrondie qu'il présente plus souvent
f|u icune autre forme. Il est plus que probable que les produits de sécrétion iiioide déposés dans ces cavités , y séjournent, et y développent une inflammuon spécifique dont les résultats sécrétoires sont propres à susciter une iiifcnmation semblable. ( f^oy. ViRtrs. ) Et cette observation n'est point oisise : elle tend à établir que , dans rim'Tiense majorité des cas, la syphilis est rimitiveraent locale. On conçoit mieux assurértient un germe morbifique iié|sé dans une partie, et produisant son effet à l'endroit même où il a été c'éjsé, que ce même germe promené dans toute l'économie par l'absorption, pu revenant ensuite se développer au point d'insertion.
< n'est jamais immédiatement après un coït suspect qu'on voit se manifester <m!iancre ,il y a toujours une période d'incubation, dont la durée est de trois à c q jours. Il faut examiner avec attention les faits dans lesquels l'incubatiou cstulle , ou au contraire beaucoup plus longue. La mémoire des malades est soient infidèle quand ils sont sincères , et l'on sait que les bizarreries delà naire ne sont souvent que des faits mal observés. A cette époque, où finissent et 'îparaissent les petites inflammations occasionées par le frottement et les a«H;s causes d'irritation locale, le sujet , qui jusque là n'avait absolument rien
I DiCT. BE MÉDECINE ET DE ChIAUBCIE PRATIQUES.
VU ni ressenti , éprouve d'ordinaire une légère démangeaison à laquelle même souvent on n'acconie point d'importance ; c'est ce qui empêche de bien constater la forme initiale du chancre, qui est une pustule. En effet , il se développe sur la membrane muqueuse , quelquefois , mais rarement , sur la peau voisine, une tache rouge avec une légère induration , au sommet de laquelle se forme une vésicule grosse comme un grain de millet , remplie d'une sérosité transparente. L'épithéfium qui forme cette vésicule est Icllemment mince que le plus souvent elle se rompt avant que l'on ait pu la voir entière , et qu'on aperçoit seulement ses lambeaux , qui sont eux-mêmes bientôt entraînés. Néanmoins, pour les observateurs attentifs, la pustule initiale du chancre est un fait incontestable. Il arrive cependant (|ue cette forme de la maladie manque; c'estquand le cliancre commence par une écorchure ou par une ulcération antécédente, qui s'infecte par l'application de pus contagieux. Dans ce cas , le diagnostic est plus diflicile.
Quoiqu'il en soit , à la rupture delà vésicule succède une ulcération peu étendue, ordinairement circulaire, superficielle , dont le fond présente une petite escliarre jaimâtre , aréolaire , entourée d'une auréole d'un rouge vif, et posée sur une petite tumeur d'une dureté assez notable. Il y a peu de sensibilité. Peu-à-peu l'escharre jaunâtre s'agrandit et fournit une suppuration claire qui baigne les parties malades; l'auréole inflammatoire s'étend à proportion, puis , vers le quinzième jour , l'escharre se détache, la suppuration prend plus de consistance , des bourgeons charnus de bonne nature se forment et la plaie marche vers la cicatrisation , qui est complète vers le trentième jour , après lequel il reste, pendant un temps souvent assez long , une tumeur dure et comme cartilagineuse , qui lait éprouver au malade un peu de douleur, surtout quand on la presse entre les doigts , et qui finit tôt ou tard par se résoudre complètement. Telle est , un peu de mots, l'histoire du chancre simple et exempt de tout accident et de toute complication : ce qui est excessivement rare; tel le cliancre a été observé dans plusieurs cas d'inoculation tentée dans des vues diverses , mais qui ont permis d'assister à son évolution naturelle et régulière.
Les chancres primitifs peuvent se manifester dans toutes les parties extérieures du corps , dans toutes celles qui sont susceptibles d'être mises en contact immédiat et durable avec les produits de sécrétion morbide. Il parait peu probable que les organes intérieurs puissent être primitivement afTeclés, les uns parce qu'ils sont complètement inaccessibles , comme le cœur , le poumon , etc. ; les autres , tels que l'estomac et les intestins , parce qu'il y aurait décomposition (le la matière contagieuse , ou plutôt encore parce cju'il n'y aurait pas un contact assez prolongé, et parce qu'il y a peu de follicules. Les points où ils paraissent le plus souvent sont les parties sexuelles chez l'homme et chez la femme , l'anus , le mamelon, la face interne des lèvres , qui sont le plus exposés à se trouver en contact avec la matière contagieuse, et qui de plus sont abondamment pourvus de follicules sébacés , dans lesquels il paraît certain que les chancres prennent ordinairement naissance. Ils se manisfestent aussi quelquefois sur la peau , soit qu'elle se trouve accidentellement dépouillée de son épidémie, soit qu'elle ait un tissu Irès-vasculaire et très-délicat comme elle l'est chez les très-jeunes enfans , ou dans les parties habituellement mouillées par une abondante transpiration. Ainsi l'on a vu des enfans infectés par le simple contact ; ainsi des accoucheurs ont été atteints de chancre au doigt et ont à leur tour transmis la maladie à d'autres femmes. Nous remarquerons d'ailleurs que ces faits sont bien de nature à démontrer la nature contagieuse de la maladie, et à prouver qu'elle ne dépend pas duïroltement ou d'autres causes analogues.
Examinons la maladie au pénis d'abord ; parce que là , il est plus facile d'observer sa forme, sa marche et ses phases diverses. Il se montre principalement à la couronne du gland , à l'insertion du prépuce , endroit où se trouvent beaucoup de follicules , souvent très-apercevables à l'œil nu , dont les cavités béantes sont disposées à recevoir et à conserver la matière contagieuse. C'est pour cela que les individus chez lesquels, soit naturellement, soit par suite de la circoncision , le gland est habituellement découvert , et , par conséquent peu humide et dans un état semblable à celui de la peau , sont , en général , sinon garantis de la contagion, du moins dans une condition beaucoup plus favorable. Toutes choses égales d'ailleurs, les chancres se manifestent surtout aux environs et sur les côtés du frein , lieux dans lesquels se trouvent des replis de la membrane muqueuse souvent difficiles à développer, et où une goutte de pus peut facilement se cacher , échapper aux lotions et à tous les moyens prophylactiques. On les voit aussi se développer sur toute l'étendue du prépuce et du gland, sur les lèvres du méat urinaire, et jusque dans l'intérieur de l'urèthre ; il s'en forme également sur le limbe du prépuce, sur la peau de la verge , des bourses et même sur celle des cuisses.
On conçoit facilement que le chancre n'existe presque jamais à l'état de simplicité que nous avons décrit plus haut ; s'il en était ainsi, ce serait au moins, comme phénomène local , une affection peu dangereuse et peu importante; mais une foule de circonstances viennent lui impi imer de fâcheuses modifications ; et, il faut bien le dire, une grande partie des désordres qu'on déplore disparaîtrait si l'on avait sur la maladie des idées plus exactes et plus judicieuses. Le chancre peut exister seul et exempt de tout symptôme concomitant ; mais bien plus souvent on a l'occasion d'observer plusieurs ulcères qui se manifestent simultanément ou successivement, qui envahissent parleur réunion la totalité du prépuce et du gland , l'orifice de l'urèthre , et qui peuvent même occuper la fosse naviculaire. Des bubons se développent dans l'une ou l'autre aine, et souvent même des deux côtés à-la fois, et constituent à eux seuls une maladie sérieuse ( Fojez Bcbon ) ; des papules , des pustules , des excroissances.
SYPHILIS
SYPHILIS
des végétations , apparaissent sur difl'érens points, et cet ensemble de sympti)mes qui ne sont pas tous essentiels à l'affectioa première, en foui une maladie grave, douloureuse et difficile à guérir. D'ailleurs les ulcères eux-niéines , si bénins dans la supposition d'tni malade tranquille et raisonnable, peuvent, sous l'influence de la malpropreté, d'applications irritantes ou caustiques faites inlempestivemeut ; d'un régime très-stimulant, de fatigues extrêmes et , à plus forte raison , d'exercices vénériens , s'enflammer, se réunir, s'étendre , devenir saiguans , douloureux , de mauvais aspect , se gangréner même, enfin entiaîner une perte de substance plus ou moins considérable. On en a vu détruire le prépuce en grande partie, perforer l'urèthre, atteindre les corps caverneux et occasioner de graves bémorrhagies. Il faut dire ici que ces fâcheux accidens n'ont lieu généralement que chez les gens que la pauvreté ou l'ignorance empêchent lie se tenir dans les conditions convenables , et que le nombre en diminue tous les jours ; ce qui prouve qu'ils ne sont pas essenliels à la maladie , qui est toujours la même, quoi qu'on en puisse dire, ainsi que nous le prouverons plus bas. Il faut remarquer aussi que la situation des chancres altère leur forme et prolonge leur durée , de manière à rendre le diagnostic difficile. Ainsi , quand ils occupent le bord du prépuce, le frein, les lèvres de l'urèthre, ils sont, toutes choses égales d'ailleurs, lents à guérir à cause du mouvement fréquent de ces parties et du contact de l'urine.
Chez la femme , les chancres siègent , comme chez l'homme , aux parties les plus abondamment pourvues de follicules sébacés, ce sont les parties génitales externes. Il y a cependant des chancres placés profondément dans le vagin et sur le col de la matrice; mais ces cas ne sont pas les plus nombreux. D'ailleurs, soit parce que chez la femme les parties sont moins soumises au frottement , soit parce que son régime est en général plus modéré , qu elle s'occupe plus des soins de propreté, les accidens que nous venons de signaler sont infiniment moins communs chez elle ([ue chez l'homme. Mais la preuve que ce caractère plus doux de la maladie ne dépend pas de 1 évacuation menstruelle , comme on n'a pas craint de le dire , c'est que les femmes qui se trouvent dans les conditions défavorables que nous avons signalées présentent les uièmes accidens et les mêmes désordres. Ainsi, chez les femmes du peuple , on observe des bubons, des excroissances , des végétations, des gonflemens inflammatoires extrêmement considérables , etc. , tandis qu'on ne rencontre pas ces accidens chez celles qui peuvent se donner les soins nécessaires.
Lorsque le chancre vient aux lèvres ou au mamelon , il subit toutes les conséquences de sa position. Soumis à des chocs et à des pressions fréquentes, qui interrompent le travail de la cicatrisation, il s'étend , s'iudure et prend un aspect qui plus d'une fois a fait croire à l'existence d'un cancer. Il est à peine nécessaire de dire que la forme arrondie , qui lui est propre, change dans de certaines circonstances, par exemple, lorsqu'il se trouve aux commissures. De même les chancres primitifs de l'anus sont presque toujours allongés à raison de la direction longitudinale des plis que la membrane muqueuse fait dans ces parties. D'ailleurs il ne faut pas croire que les ulcères syphilitiques de celte partie soient d'une nature particulière et méritent un nom spécial ( le vulgaire appelle crislallineles affections vénériennes de l'anus); mais il est vrai qu'exposés à des tiraillemens et à des déchirures fréquentes, il sont souvent opiniâtres, et que de plus, leur situation rendant les pansemens difficiles , il y a plus lieu de craindre que les produits de sécrétion morbide ne soient absorbés et ne donnent lieu à la syphilis constitutionnelle.
La marche naturelle du chancre est régulière et sa durée limitée : cette marche est assez aiguë et présente les périodes que nous avons signalées plus haut; la durée, comme nous l'avons dit, est de ti ente à quarante jours, et il n'y a pas de moyen propre à l'abréger lorsqu'il est une foisdéveloppé. Il eslbien singulier qu'un fait aussi simple n ait pas frappé les observateurs, et qu'ils n'aient pas vu que les modifications apportées à la marche et a la durée de celte affection étaient des faits étrangers à la maladie elle-même, et qu'il fallait apprécier à leur juste valeur. Au lieu de cela , plus l'ulcère est opiniâtre, plus ils le déclarent syphilitique , excluant précisément un grand nombre d'ulcères véritablement vénériens. Ainsi nous croyons pouvoir dire que le chancre est un, et que les différences qu'il présente dépendent de l'état de l'individu chez lequel ils se manifestent, et des incidens qui s'élèvent pendant sa durée , et que , par conséquent, il n'y a pas lieu à établir des variétés , comme on a voulu le faire. ( V. Bobon , excroissances, VÉGÉTATIONS , etC, )
Le nombre des chancres est assez variable : nous en avons compté depuis un jusqu'à dix-huit chez le même sujet ; ils se manifestent quelquefois simultanément, mais plus ordinairement à la suite les uns des autres j alors , sous l'influence de causes tant externes qu'internes, ils s'enflamment, s'étendent, se confondent et donnent lieu à de graves désordres. Il est difficile de constater comment a lieu l'évolution successive des chancres ; cependant, si l'on remarque qu'elle est rare chez les sujets qui suivent un régime régulier et qui observent les soins de propreté, on sera conduit à penser que ce sont des inoculations successives produites par les matières sécrétées qui séjournent à la surface des parties saines, inoculations d'autant plus sûres , qu'elles ont lieu sur des tissus déjà enflammés.
On voit quelquefois les chancres s'étendre avec rapidité, et détruire en quelques jours une grande étendue de parties; c'est le fait qui a donné lieu à la dénomination de chancre rongeant ou phagédénique, dénomination qui pour ceux qui l'ont créée, implique l'idée d une nature particulière. Pour nous, un chancre phagédénique est le chancre, plus une disposition inflammatoire générale et locale ; en un mot , c'est une coinciilcnce de phénomènes morbides qui nécessite,
il est vrai, des modifications dans le traitement, mais qui ne crée point une nouvelle espèce.
La terminaison du chancre, quelles qu'aient été sa durée et sa gravité est en général la guérison. Quelquefois on a vu des ulcères consécutifs entraîner une dégénération cancéreuse ; c'est un cas rare : quelquefois aussi la gangrène s'est emparée d'ulcères primitifs, soit à l'occasiou de quelque grave dérangement de la santé, par exemple, dans la fièvre grave; soit à la suite d'applications mal dirigées de caustiques, ou par la compression violente dans le phymosis ou le paraphymosis. Des faits , qui deviennent de jour en jour plus nombreux, et que personne à présent n'oserait contester, prouvent que le chancre se termine spontanément par la guérison. Comment donc est-il arrivé qu'un fait si simple et si facile à constater ait pu être un seul instant controversé, et que des auteurs recommandables aient avancé que les chancres ne pouvaient pas guérir spontanément, et qu'ils avaient toujours besoin des secours de l'art? Il faut dire que par secours de l'art ils entendent le traitement mercuriel. Cependant nous voyons tous les jours c[ue les ulcères syphilitiques primitifs peuvent très-bien guérir seuls, et non-seulement sans l'emploi de tel ou tel spécifique, mais encore sans aucune espèce d'application. L'homœpalhie nous a fourni récemment l'aC' casion de le vérifier; des chancres auxquels on n'a louché en aucune façon se sont cicatrisés en trente-deux jours. Nous avons constaté bien des fois qu'il suffisait de pansemens méthodiques et faits d'après les règles générales de la théra» peutique chirurgicale, pour amener à parfaite cautérisation des ulcères étendus, de mauvais caractère , et rebelles à tous les moyens précédemment employés parles partisans exclusifs des traitemens spécifiques. Aurons-nous besoin de dire que l'on n'a jamais vu les ulcères vénériens primitifs occasioner la mort directement ?
Toutes les maladies, tant aiguës que chroniques, peuvent se compliquer avec les chancres , ou du moins coexister avec eux : elles paraissent , en général, in« fluer peu sur leur manière d être, de même qu'elles n'en reçoivent que de trèsfaibles modifications. Néanmoins nous avons vu quelquefois des irritations gastro-intestinales subites produire sur des ulcères de ce genre un effet notable, arrêter les progrès d'une cicatrisation commencée, et leur faire prendre l'aspect de la pourriture d'hôpital. 11 a suffi dans ce cas de pourvoir à l affection interne pour que la maladie extérieure revint à sa marche normale. D'un autre côté , il est très-commun de voir des chancres se dissiper complètement et sans aucun trailement pendant le cours d'une maladie aiguë. C'est ce que nous avons vu arriver dans le cours de pneumonies et de fièvres graves. Lorsque les chancres surgissent chez des sujets détériorés par des afl'ections générales et anciennes comme les scrophules , le cancer , les hydropisies liées à des affections organiques, ils sont en général plus longs et plus difficiles à guérir.
Il est plus ordinaire de voir exister avec le chancre, survenir pendant sa durée ou paraître peu après sa guérison , une cei taine série d'accidens qu'on a coutume de considérer comme une dépendance de la maladie syphilitique. Ainsi le malade peut avoir conctracté en même temps que les chancres une blennorrhargie qui a ses symptômes, sa marche, sa durée, sa terminaison et ses accidens ;ub phymosis ou un paraphymosis se déclarent et réclament des soins particuliers; enfin, un ou plusieurs bubons se manifeslent et ajoutent aux souffrances et att\ chances défavorables de la maladie principale. On peut voir également arriver, comme complication , des excroissances et des végétations qui occupent les parties sexuelles et l'anus, et qu'on regarde dans le monde comme des phénomènes de la syphilis : puis , avec ou sans les complications que nous venons de signaler, peut se manifester la syphilis constitutionnelle caraclérisée par la syphilide papuleuse dont les variétés constituent, ainsi que nous l'avons fait voir plus haut, des phénomènes morbides assez différons en apparence pour qu'on les ait décrits séparément ( voy. stfhilides ). Donc pour parler ici le vieuî langage nous dirons que le chancre peut être compliqué de pustules syphilitiques , d'ulcèi-es consécutifs, de rhagades, d'ulcères de la gorge et d'affections qui modifient singulièrement le prognoslic et les indications thérapeutiques.
Tous les auteurs, ou presque tous, conviennent qu'il y a des ulcères des parties sexuelles qui ne sont pas vénériens, et enseignent qu'il faut d'autant plus s'attacher à les distinguer que le mercure n'y est pas ulile, tandis qu'il est nécessaire et même indispensable dans le traitement des ulcères vénériens. Quoique cette assertion soit inexacte, il n'en est pas moins utile d'établir le diagnostic des diverses ulcérations cjui se montrent aux organes génitaux, au lieu de les englober toutes dans la dénomination de chancres ; ce qui est contraire K la raison et à l'expérience. Ou a peu de choses à apprendre dans les livres sur le sujet qui nous occupe; la plupart, en effet, disent que le diagnostic est aise; puis , quelques pages plus loin , qu'il est difficile de distinguer ces deux espèces d'ulcères ; et la preuve c'est que, ne pouvant leur as.siguer de caractère précis, ils indiquent des moyens de diagnostic étrangers à la forme et à l'aspect des ulcérations, savoir: l'apparition de symptômes concomitans, tels que les bubons, les excroissances, les végétations, qui ne sont pas suffisamment démontres appartenir exclusivement à la maladie vénérienne, puis les antécédens du malade, puis enfin le traitement exploratif parle mercure.
Bien long-temps on a cru , et nous avons nous-mêmes partagé et propage celle opinion, que l'amélioralion d'un ulcère par l'application du mercure était un caractère de sa nature syphilitique. Une expérience plus éclairée nous a fait voir que cette amélioration n'appartenait pas à une propriété spécifique*'" médicament, mais bien à une qualité excitante, et que l'on obtenait aussi bien la détersion des chancres au moyen d'un onguent excitant de tout autre nature; ou bien avec la cautérisation superficielle.
Les caractères du chancre sont en effet assez faciles à constater ; mais il faut
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SYPHILIS
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ien savoir qu'ils ne sont pas les mêmes pendant toute sa durée, indépendamjent des altérations de forme que peuvent susciter les circonstances extérieures : est un point sur lequel les auteurs n'ont pas assez insisté. En effet , rien de ce ui peut éclairer le diagnostic nesaurait être négligé, et la marche, la durée, la jrminaison de l'ulcère doivent être prises en considération pour en déterminer
I nature. Et quel besoin a-t-on d'éblouir par un diagnostic jelé , en (|uelque jrle, avant qu'on ait pu en recueillir les élémens ? Combien de malades ont té victimes de cette prétentieuse précipitation! A son début, et pendant les uatre ou cinq premiers jours , le chancre présente à- peu-près la forme et l'étenue d'un pois coupé en deux , comme le dit Bell ; ses bords sont un peu élevés , urs et douloureux. Un limbe rouge-vif, l'entoure , et l'on sent , en le pressant aire les doigts , une petite tumeur qui s'enloiicc dans l'épaisseur des parties lolles , et qu'on ne peut pas mieux comparer qu'à une moitié de pois. Le fond
II est formé par une substance jaune et comme réticulée, d'où s'exhale une sérote assez abondante. Ce fond, dépriiiie quand l'ulcère siège sur le gland ou sur )ute autre partie dont le tégument est épais et peu mobile, est, au contraire, lillant lorsqu'il occupe une partie molle et doublée d'un tissu cellulaire lâche: est ce qui a motivé la division en ulcus elevatuin et uLcus excat'atum , division icieuse , si l'on veut admettre deux aflections tlillërentes, lorsque éviilemment
ne s'agit que de la même maladie ayant son siège sur deux tissus différens.
Nous intliquons en passant la pustule initiale du chancre, qui, peu durable e sa nature , ne saurait être considérée comme un caractère sullisant , mais qui jpendant ne doit pas être négligée.
Jusque vers le quinzième ou le dix-huitième jour, le chancre change peu d'asect , seulement il s'étend un peu en largeur, et l'induration gagne un peu en rofondeur. Au reste, quand il suit sa marche naturelle, il est rare qu'il acuierre beaucoup d'étendue si ce n'est quand deux ou plusieurs chancres oisins se confondent ; ce qui apporte un changement à la forme , qui est ordiairenient circulaire. Alors la surface de l'ulcère commence à se dèterger peu- ■peu ; à la sérosité succède un pus mieux lié; des bourgeons charnus se déve- )ppent, et la cicatrice se forme du centre à la circonférence. Mais , pendant sut ce travail, subsiste l'engorgement de la base , qui persiste même sous la catrice pendant un certain temps, et qui, pour les meilleurs observateurs, it un phénomène caractéristique.
Partant de ce type fondamental , qui n'est pas aussi rare qu'on pourrait le gnser, quoique le chancre véritable ne fasse pas , à coup-sûr, la moitié des uljres qui succèdent au coït ,il sera facile de retrouver les caractères ilu chancre .1 milieu des coniplications , et malgré les modifications accidentelles qui ne euvent jamais les faire disparaître en entier : ainsi , par exemple , des ulcéraons superficielles sans base indurée , à surface unie et d'un rouge-vif, se guéssant en huit, dix et même quinze jours, ne sauraient être prises pour des jancies , puisqu'à cette époque les véritables chancres commencent à peine à ! dèterger, c'est-.à-dire à se dépouiller de leur escharre. Les ulcérations surînues à la suite de blessures , d'érosion, d'abcès , se distinguent encore, outre :s antécédens , dont il faut tenir compte , de même qu'on ne doit pas non plus s négliger pour le diagnostic des chancres , par une forme irrégulière , plus de rofondeur, et l'absence de l'induration semi-globuleuse de la base et de l'eslarre jaunâtre, qui se trouve constamment dans la première quinzaine de îxistence de l'ulcère spécifique. En un mot, par cela même qu'ils sont semlables aux ulcères que les mêmes causes font naitre dans d'autres parties , ils mt d'autant plus différens des ulcères vénériens , qui présentent plusieurs aits constans en rapport avec l'époque où on les examine.
Il n'y a pas d'ailleurs un grand nombre d'affections qui soient susceptibles être confondues, et toute la question se réduit h ceci : Est-ce ou n'est-ce pas 1 chancre ?
S'agit il de distinguer les ulcères vénériens primitifs d'avec les ulcères vénéens consécutifs, il suffit de se représenter les formes que nous venons de rapjrter, et de les comparer avec celles de la syphilide papuleuse ulcérée , se ippelant qu'il faut avoir égard à la période de la maladie, et ne point chercher Is ou tels caractères hors du temps qui leur est propre. Pour la syphilide paileuse ulcérée , ainsi que nous l'avons dit en son lieu , il est presque impossie qu'on ne trouve point le bourrelet superficiel et saillant qui la signale d'une anière particulière ; il est de plus tout-à-fait impossible qu'à côté de la papule cérée ne se trouve pas au moins une papule entière , dont la présence sert à ter l'opinion du praticien.
Revenant donc d'une manière rapide sur le diagnostic des ulcères vénériens •imitifs , tels que le donnent la plupart des syphiliographes , nous trouverons l'ils n'ont rien donné de positif et d'utile à ce sujet , parce qu'au lieu d'utiliser s divers élémens , ils ont voulu trouver comme un cachet unique propre à leur jnaler la maladie a première vue, et sans qu'il leur fût nécessaire de procéder un examen approfondi. Ainsi, la forme ronde ne suflit pas , à beaucoup près , )ur caractériser l'ulcère vénérien , parce que, d'abord, elle résulte de ce que s ulcères se développent dans les follicules sébacés , et que , par conséquent , le est commune à tous les ulcères, suite de pustules; ensuite, parce que, par
Iite de tiraillemens , celte forme s'altère fréquemment, commo au bord libre i frein, comme à l'anus, où jamais l'ulcère le plus vénérien ne sera rond; mme , enfin , lorsque deux ou trois ulcères se réunissent par la destruction de urs bords respectifs.
(L'induration de la base, mentionnée par le plus petit nombre des auteurs , i été signalée par aucun d'eux avec la valeur qui nous parait lui appartenir, ir de tous les caractères du chancre , il est, à coup sûr, le moins susceptible p varier ; et cependant nous le répétons encore , de peur de n'êlre pas
bien compris , il ne suffit pas, à lui seul, pour motiver un bon diagnostic.
L'état d'inflammation et de douleur plus ou moins considérable ne saurait rien prouver, puisque cela dépend de circonstances accessoires bien plus que de la nature de la cause productrice. Le chancre est, de sa nature , peu inflammatoire et peu douloureux , et cependant la plupart des auteurs considèrent l'inflammation extrême et opiniâtre comme une preuve convaincante de la virulence du mal , tandis que , dans le cas contraire , i's considéreraient comme non syphilitique l'ulcère qui mérite le plus celte qualilicaliou. Souvent on voit des ulcères insignifîans , par suite d irritations tant internes qu'externes, présenter un aspect extrêmement fâcheux. Les mêmes observations s'appliquent également à l'abontlance et à la nature de la suppuration, dont on a prétendu faire un phénomène parfaitement distinctif. Or, nous avons montré que le chancre vénérien rend d'abord une sérosité claire , puis un pus lié et en quantité médiocre.
La marche et la durée de la maladie ont beaucoup plus d'importance, puisqu'elles sont à peu-près régulières dans l'ulcère primitif exempt d'accident. Les auteurs l'ont entrevu , puisqu'ils ont considéré comme simples les ulcères qui guérissent dans un court délai. Nous croyons devoir adoj)ter celte partie de leur opinion , savoir, qu'un ulcère syphilitique primitif ne dure pas moins de trente jours. Ce qui ne nous fait pas penser qu'une ulcération qui atteint et dépasse même ce terme soit inévitablement de celte nature , bien qu'il soit rare que les ulcérations non spécifiques aient une aussi longue durée.
Il y a d'ailleurs un fait bien digne de l'attention de praticiens exempts de prévention ; c'est que si l'on prend cent observations de chancres tirées au hasard des ouvrages des auteurs ayant les opinions et, par conséquent, les méthodes de traitement les plus différentes, on trouve que la durée a été à-peupi'ès la même dans tous les cas, c'est-à-dire de trente à quarante jours.
La présence du bubon a été donnée fort mal-à-propos comme propre à éclairer le métiecin sur la nature de la maladie; à l'article bubon , nous avons discuté celte question de manière à la résoudre , nous osons le croire au moins , et à montrer très-clairement que les ulcères , le plus évidemment vénériens, peuvent, moyennant certaines précautions, ne donner jamais ou presque jamais lieu à des engorgemens ganglionnaires ; tandis que des bubons volumineux et opiniâtres peuvent succéder , à volonté , si l'on peut ainsi dire, à la plus simple excoriation, à celle qui serait occasionée manifestement par une cause mécanique et indépendante de toute infection.
On ne saurait rien conclure de l'épreuve par le traitement mercuriel , tant général que local ; d'une part , parce que, quand le mercure est employé modérément, il n'empêche pas la guérison; de l'autre, parce que les applications mercurielles topiques sont fréquemment utiles pour stimuler des ulcères devenus atoniques par suite d'un mauvais trailement local. Nous rappellerons encore ici que tous les jours nous obtenons ces bons effets de pansemens méthodiques, c'est-à-dire appliqués aux circonstances particulières , d'après les lois connues de la thérapeutique chirurgicale.
On ne saurait proposer un moyen de diagnostic plus vicieux que l'inoculation du pus recueilli à la surface des ulcères , ainsi qu'on n'a pas craint dans ces derniers temps de la préconiser. Que résulte-t-il en effet de celte pratique? Le malade a un ou deux ulcères de plus ; les chances d'inlèclion générale augmentent à proportion , de sorte qu'on a donné la syphilis constitutionnelle à un homme qui ne l'aurait pas eue peut-cire. 11 est vrai que les partisans de cette opération expérimentale n'y regardent pas de si près , et qu'ils comptent qu'il n'en coûte pas plus pour guérir une syphilis double qu'une simple au moyen du tiaitemeiit mercuriel. D'ailleurs , l'ulcère résultant de l'inoculation ne saurait offrir de caractères plus significatifs à ceux qui n'ont pas su les reconnaître sur l'ulcère qui s'est développé d'abord. Et si l'inoculation vient à ne pas réussir par une circonstance dépendante de la négligence ou de l'inadvertance de l'opérateur , la maladie sera donc par là déclarée complètement étrangère à la syphilis, et le malade , à qui on aura ainsi délivré une patente nette, s'en ira tranquille donner une affection fâcheuse à ceux qui auront quelques rapports avec lui ? Voilà pourtant à quelles fâcheuses exirémilés conduit une opinion fausse dont on n'a point prévu toutes les suites. ( 'Voyez l'article ikoculatio» syphilitique. )
Nous sommes dans l'erreur, ou le diagnostic du chancre, envisagé sous le point de vue où il vient d'être présenté, gagne quelque chose en certitude et en utilité. Sans doute c'est une chose pénible'de voir la science, non-seulement peu avancée , mais encore encombrée d'erreurs. Mais ne vaut il pas mieux s'arrêter et revenir sur ses pas , que de suivre la route battue et facile en apparence, qui ne mène à rien de positif , ou d'en ouvrir une autre au hasard et sans savoir où elle aboutira.
Le diagnostic avait autrefois plus d'importance qu'il n'en a maintenant ; parce qu'alors , il fallait adopter, d'après l'opinion qu'on s'était faite de la nature de la maladie, un traitement absolument nuisible dans l'autre supposition. Aussi, pour abréger, on avait admis comme syphilitique tout ulcère des parties sexuelles , succédant plus ou moins immédiatement au coit. Aujourd'hui qu'on sait généralement que le mercure est au moins inutile dans le traitement des ulcères primitifs, on peut plus facilement temporiser pour porter un diagnostic absolu, et rassembler tous les élémens relatifs à la marche, à la durée, à la terminaison , dont jadis on était privé. Il n'y a guère que dans les cas de médecine légale qu'il peut être nécessaire de porter un jugement immédiat ; et alors les données, que nous avons fournies plus haut et que nous allons développer successivement, seront plus propres à guider l'expert et à éclairer la justice que les assertions si aliirmatives , et pourtant si contradictoires , de la plupart des
SYPHILIS
SYPHILIS
auteurs. D'ailleurs , en pareille circonstance , il est permis d'exprimer son opinion avec réserve, attendu les difficultés qui environnent le sujet.
Celte réserve d'ailleurs est encore plus naturelle et plus facile à mettre en pratique , relativement à la transmissibililé de la maladie. Le simple bon sens indique , en effet, d'isoler les malades; et l'on conçoit que cet isolement est au moins autant dans leur intérêt propre que dans celui des personnes avec lesquelles ils pourraient avoir des rapports.
Parlerons-nous de la distinction des chancres en bénins et en malins, ou, comme dit le vulgaire, en chancres volans et en chancres rongeans ? On sait (|ue les chancres bénins ou volans ne sont que les exulcérations succédant aux vésicules de ïherpcs fjrepiitialis ; quelquefois peut-être aussi des chancres véritables, mais exempts de toute complication. Quant aux chancres malins ou rongeans, ce sont le plus souvent des chancres vénériens exaspérés par un mauvais régime, la malpropreté ou des applications ii rilantes. Néanmoins , par l'action des mêmes causes, des ulcérations parfaitement bénignes et non spécifiques, au début , peuvent revêtir un caractère excessivement grave, et c'est peut-être un des cas de diagnostic les plus délicats. On observe qu'en pareille circonstance les ulcères simples guérissent avec une grande rapitlité aussitôt qu'on emploie les moyens convenables , tandis qu'au contraire les ulcères vénériens, ramenés à leur forme pure et simple, continuent leur marche et ne guérissent que quand leur terme normal est arrivé. D'ailleurs, on ne doit pas oublier que cette bénignité ou cette malignité des ulcères ne sert en aucune façon h établir le diagnostic , ainsi que le pensaient les auteurs qui considéraient les ulcères malins et phagédéniques comme le produit d'un virus plus acre et plus malfaisant , et qui les regardaient alors comme devant proilulre plus inévitablement la vérole, c'est-à-dire la syphilis constitutionnelle.
La nature des ulcères une fois reconnue, le prognostie est relatif, d'une part, h l'ulcère lui-même, de l'autre, aux suites qu'il peut avoir pour le malade. Pour la première partie du prognostie, elle résulte naturellement de ce que nous avons dit plus haut sur la marche, la durée, la terminaison et les complications de la maladie; ainsi, pour le rappeler, en passant , les chances de la guérison peuvent être considérées comme d'autant plus grandes que les ulcères sont moins nombreux; qu'ils n'occu[)cnl ni les lèvres de l'urèihre, ni le limbe du prépuce, ni \e frein ; que les malades ne sont pas , au moment où ils contractent l'affection, dans des dis])ositions inûammatoires générales; qu'ils ne sont pas soumis à un régime tiop irritant, privés des soins de propreté ; enfin qu'ils ne subissent pas un traitement, tant général que local, contraire aux indications réelles. La présence des bubons , en même temps que c'est une complication propre à rendre le prognostie direct plus fâcheux , doit être prise en considéralion relativement aux suites.
Quant à la seconde partie du prognostie, deux questions principales se présentent : lo le chancre peut-il guérir spontanément? Le chancre n'est-il qu'une affection locale , ou, en d'autres termes , le chancre est-il inévitablement suivi de la syphilis constitutionnelle ? On pourrait d'ailleurs soulever une question préjudicielle qui se trouve à l'avance résolue dans les pages qui précèdent : Y a t-il des chancres non vénériens? Mais il est donc entendu que nous ne donnons le nom de chancre expressément et exclusivement qu'à l'ulcère vénérien primitif.
Cet ulcère, d'ailleurs , il faut bien le dire, est bien moins commun , de nos jours au moins, ijue ne semblent croire les auteurs. Eu effet, outre que les ulcérations des parties sexuelles sont dans une proportion infiniment faible avec la blennorrhagie, les ulcères qui présentent les caractères signalés comme ceux du véritable chancre sont extiêmement peu communs. Il est probable que de bonnes mesures de police médicale le rendraient plus rare encore qu'il ne l'est.
L'expérience de tous les jours montre que le chancre peut guérir et guérit en effet spontanément dans un certain délai ; et si les anciens ont dit qu'ils n'avaient jamais vu un chancre guérir spontanément, c'est qu'à coup-sûr ils n'avaient jamais essayé de le laisser guérir de lui-même et qu'ils n'avaient jamais tenté l'expérience ; car il n'est point probable que la maladie soit différente de ce qu'elle était de leur temps, et pour les observateurs attentifs, la diminution des ravages de la maladie vénérienne dépend bien moins d'une prétendue mitigation de la maladie que des progrès de l'hygiène, tant publique que privée, et de la thérapeutique. D'ailleurs , on peut essayer sans aucun danger, et le résultat ne peut manquer d'amener la conviction, lorsqu'on veri'a , d'une part , que le traitement spécifique n'accélère point la guérison, de l'autre, qu'il ne met ])as plus que le traitement non raercuriel à l'abri de la syphilis conslitutioimelle.
C'est une opinion vivement controversée de nos jours encore de savoir, si le chancre est une affection purement locale ou si sa présence impli(|ue nécessairement l'idée d'une infection générale. Les uns prétendent que le plus petit chancre , et ils accordent cette dénomination à la plus insignifiante ulcération, surtout lorsqu'il faut la laire figurer coaime coniménioralif dans le diagnostic d'une affection chronique supposée vénérienne, ils prétendent, disons nous , que le moindre chancre est le symptôme d'une vérole présente et le germe d'une vérole future, et n'admettent pas qu'on puisse échapper au mal immédiat ou ultérieur sans l'emploi du mercuie. Bien jdus , quehjues-uns auraient exprimé la désolante opinion qu'un homme une fois affecté de chancie ne guérissait jamais complètement , et restait , toute sa vie , sous le coup d'une affection consécutive prête à se manifester d'un moment à l'autre. Heureusement ils se sont trompés, ainsi que nous pourrions le prouver facilement.
Les autres, et chaque parti peut citer des noms également recommandables , disent que le chancre est une maladie purement locale d'abord, qui peut rester telle pendant tout son cours et finir où elle a commencé; mais qui peut aussi.
dans des eirconstances qu'on est parvenu à découvrir, donner lieu à des symptômes généraux , qui , le plus ordinairement , se manifestent pendant que le chancre existe encore, mais qui peuvent aussi surgir plus ou moins long-temps après qu'il a complètement disparu. Lorsque le malade est tenu dans des conditions favorables, lorsque les produits de sécrétion morbide sont enlevés avec soin et ne sont pas absorbés, le chancre parcourt paisiblement toutes se» périodes, et se cicatrise sans laisser après lui aucune trace, et sans que plus tard , à aucune époque de la vie , il se manifeste te moindre phénomène suscep^ tible d'être rapporté à la vérole. Nous avons vu un grantl nombre d'exemples de ce fait, et les guérisons peuvent d autant mieux être considérées comme solides, qu'elles sont constatées par plusieurs années écoulées; et que l'on voit rarement la syphilis constitutionnelle se montrer af)rès un long temps de santé pariaite. Au contraire, lorsque le pus du chancre séjournant à la surface Aei parties est absorbé, il produit d'abord des bubons , puis quelquefois la syphilide papuleuse. Mais il ne faudrait pas croire qu'un bubon fût un signe certain de k nature syphilitique du chancre , non plus que de la syphilis constitutionnelle, attendu d'abord que des ulcères parfaitement simples peuvent produire des bubons ; ensuite , que même un chancre vénérien produisant un bubon , la maladie peut encore en rester là. Cependant la présence d'un bubon chez un sujet affecté d'un véritable chancre est une présomption que l'infection générale aura lieu. On remarque que plus les chancres sont enflammés plus les symptômes généraux sont rares; cela avait été fort anciennement observé; mais on avait expliqué le fait en disant que le virus avait épuisé sa malignité dans l'affeetiori locale. On s'en rend compte d'une manière plus physiologique en remarquant que les parties fort enflammées sont plus exhalantes qu'absorbantes , et que leâ bubons viennent plutôt lorsque les chancres sont tout d'abord peu enflammésj ou lorsque l'inflammation dont ils ont été le siège, a été amortie par le temps ou par le traitement. '
Les anciens, entre autres opinions, pensaient que les ulcères primitifs devaient suppurer long-temps pour mieux évacuer le virus. De nos jours quelques praticiens semblent erain<lre qu'ils ne se ferment trop tôt, et augurent mal d'une rapide guérison. Indépendamment de ce qu'il est difficile de modifier beaucoup la durée d'un chancre une fois développé , la pratique la plus générale et commune aux partisans d'opinions les plus différentes s'accorde à dire qu'il convient d'abréger, autant qu'on peut , la durée des chancres et de les empêcher de détruire une grande quantité de parties molles , de constituer un foyer d'infectioit permanent; enfin , de multiplier les chances d'infection générale. '
D'ailleurs on répétait unanimement que le mercure donnait une garantie qu'on ne pouvait trouver dans aucun autre médicament, et pendant son emploi même la syphilis constitutionnelle se manifestait. Cependant les yeux ne s'ouvraient pas ; tant était grande la prévention , et l'on se bornait à accuser la malignité du virus et à doubler les doses de mercure.
Nous pensons qu'une guérison , de quelque manière qu'elle ait été obtenue, peut être considérée comme solide et durable , quand elle est confirmée par deux mois de santé parfaite , et nous croyons , d'après examen , que les symptômes généraux , survenus long-temps après l'affection primitive, dépendaient souvent d'une infection récente, qui a été ou méconnue ou dissimulée avec intention. Mais aussi nous regardons comme fort équivoque la cure de la maladie, et nous avons toujours l'œil ouvert sur les accidens consécutifs, lorsqu'aux ulcères succèdent des cicatrices engorgées, dures et douloureuses. Tant cjue la résolution ne s'en est pas opérée, nous tenons les malades dans un étal de suspicion que nous regardons comme légitime. D'ailleurs rien ne nous parait plus superflu que les traiteniens mercuriels , administrés par certains praticiens h des individus qui, étant actuellement exempts de symptômes vénériens, soit primitifs, soit consécutifs , veulent rassurer leur conscience , au moment de se marier. Le mercure, utile contre les symptômes syphilitiques existans , ne saurait donner la garantie qu'on lui demantle en pareil cas. Ces questions sont du plus haut intérêt pour le repos des familles, et l'obscurité qui les enveloppait » été plus d'une fois exploitée par le charlatanisme.
11 en est une autre du même genre qui est relative à l'époque où les liquide^ sécrétés à la surface des chancres cessent d'être contagieux. On doit répondre, en thèse générale, qu'il faut s'abstenir de toute cohabitation avec les sujets afléctés de chancres , attendu que, si le plus ordinairement la maladie est contagieuse, principalement dans sa première [léiiode , elle peut, à toutes les époques, et même à la fin de sa durée, fournir des produits sinon virulens, du moins acres et propres à produire quelque lésion des parties sur lesquelles ils s'appliquent. On a cru remarquer que quand la cicatrisation est prochaine, il arrive souvent que les chancies ne produisent plus que la blennorrhagie ; ce fait semblerait être en faveur de l'opinion qui n'admet qu'un seul virus ( vof. Vmu»)' Il est probable aussi que telle ou telle disposition organique est plus on moins favorable au développement d'un germe virulent ; de même qu'on voit (cl terraio plus favorable qu'un autre à l'accroissement de telle semence.
Le traitement du chancre doit être considéré ici dans son ensemble et dans ses détails , conformément aux idées qui viennent d'être exposées , et qui sont conformes à l'expérience et à la raison. Dans son état de simplicité primitive, et lorsque aucune cause étrangère n'est venue i'aggraver , le chancre n'a , pour ainsi dire, besoin d'aucun traitement. L'homœopalhie vient de le démontrer claii ement. Il suffît de pansemens simples , qu'on renouvelle suivant le- besoin toutes les douze ou vingt-quatre heures , pour le conduire à parfaite guén.son. Ces pansemens consistent à couvrir les ulcérations d'un peu de charpie fine ou de linge tin , dans la vue de les garantir du contact de l'air et en même tempâ d'absorber les produits de sécrétion morbide. Cette application est utile surtout
ST PHILIS
SYPHILIS
|ur empêcher les surfaces ulcére'es d'être en contact avec elles-mêmes, ce li est un des plus grands obstacles à la guérison que nous ayons constates. Nous insistons sur cette précaution , que nous avons reconnue être de la plus iite importance, parce qu'elle est seule capable d'empêcher le développement s bubons, et conséquerament de détruire les chances d'infection générale; nous ne craignons pas de dire que les accidens postérieurs au chancre, accuiit la négligence du malade , en même temps que l'impéritie du médecin qui ) pas su le diriger convenablement, et qui , imbu des opinions de l'école, a gligé l'affection locale qu'il avait sous les yeux , pour remédier à des maux perspective fort éloignés, et qu'il pouvait facilement prévenir. Toutes les s que les malades nous ont consultés à une époque assez voisine de l'invasion , us avons pu , lorscju'ils ont été dociles , terminer la maladie dans son siège iniitif , et les garantir d'accidens idtérieurs. Nous sommes convaincus que I on l 'lirait un frein puissant aux ravages de la maladie vénérienne, si ces idées iiiples et positives étaient propagées , et si l'on donnait aux symptômes locaux (primitifs toute l'attention qu'ils méritent.
On sait qu'il n en est pas ainsi dans le plus grand nombre des cas , et que le l'decin lorsqu'il est consulté trouve à combattre , non seulement la maladie Ile que la nature l'a faite , s'il est permis de s'exprimer ainsi, mais encore 1 accidens d'une inflammation très-aiguë ou les suites de phlegmasies chro- J jues ayant présenté plusieurs recrudescences. Dans le premier cas , lorsque J chancres sont multipliés, qu'ils détruisent rapidement les parties et qu'ils s'acimpagnent de beaucoup de douleur et de suppuration , le traitement général (local doit être employé avec une énergie proportionnée à la gravité des acci- .ns. Lorsqu'il y a , par exemple, phymosis ou paraphy mosis , gonflement trèsisidérable des parties sexuelles chez les deux sexes , engorgement étendu et uloureux des parties sur lesquelles siège le chancre , la saignée générale est s-avantageuse pour abattre , d'un coup , les symptômes inflammatoires et nener les ulcères dans les conditions favorables à la guérison. Souvent on a dans le cours de maladies aiguës , qui exigeaient l'emploi des saignées abonites, les chancres se cicatriser sans aucun traitement direct ; et pareille )se s'observait autrefois dans les hôpitaux de vénériens, dans les salles d'exilans comme on les appelait, où les malades qui , avant d'être soumis à l'ue du mercure, subissaient un traitement préparatoire par les saignées elles ns , guérissaient complètement de leurs chancres et auraient pu être soustraits traitement mercuriel , si l'on n'avait pas été aveuglé par des idées théoriques.
application des sangsues sur les ulcérations elles-mêmes, est un moyen s-salutaire lorsque l'inflammation , bien que considérable , n'a pas excilé de ction générale très-énergique : cette application procure un dégorgement isidérable , et elle n'est pas douloureuse ainsi qu'on le pourrait croire si l'on songeait que la peau est détruite, et que c'est dans cette membrane que ide particulièrement la sensibilité. Il faut d'ailleurs bien se garder de placer sangsues , autour des ulcères , sur les parties de la peau ou des membranes queuses qui sont enflammées ; presque toujours, en efl"et , dans ces circonnces, les piqûres s'enflamment, suppurent et produisent des ulcérations des, à boids coupés à pic et très-difficiles à guérir. C'est ce qui a fait dire 3 ces piqûres devenaient des ulcères vénériens.
ans doute il est possible que ces ulcérations , baignées par le pus des chans , soient infectées ; mais , avant ce fait , qui n'est pas suffisamment établi Dre , il y en a un autre qui est patent et qui s'explique d'une manière natule : c'est qu'à la piqûre des sangsues succède un tubercule arrondi formé par I caillot de sang. Lorsf[ue l'inflammation s'en empare , il est simple que l'ulation soit ronde, et que comme les dents de l'animal ont perforé la peau tout ière , les bords en soient coupés à pic et comme par un emporte-pièce : ce i explique la difficulté de la guérison, sans avoir besoin de recourir à la spé-
Icité. On voit trop souvent des ulcérations semblables survenir à la suite des ûres de sangsues , dans des circonstances lout-à-fait étrangères à la maladie lérienne, et chez un trop grand nombre de sujets à-la fois, comme cela jserve à l'Hôpital des enfans , pour pouvoir conserver quelque doute à cet rd. Tout se réduit à ce principe de thérapeutique chirurgicale, savoir : il ne faut jamais opérer , d'une manière quelconque , sur des parties enflâmes. Car, même chez les vénériens, lorsqu'on opère sur des parties saines et ne assez faible distance même du point malade, les plaies sont simples et rissent bien , et cela sans qu'il y ait eu emploi du mercure. Nouvelle preuve, otre avis, que la syphilis est une affection primitivement locale. On a pu al convaincre plus d'une fois dans la chirurgie militaire; et nous ne saurions apter les sujets chez lesquels nous avons excisé des végétations , et chez les- !ls les plaies se sont cicatrisées sans devenir jamais des ulcères vénériens; on voit pas que les petites plaies de saignées deviennent des ulcères, ni supput plus souvent qu'ailleurs.
jes applications éraollientes , la charpie imbibée d'eau de guimauve, addiinée d'opium, sont utiles quand il y a beaucoup d'inflammation. Il en est même des bains locaux de même nature, et des injections lorsque le gonflent empêche qu'on mette à découvert les parties malades. Cependant pour qui concerne les bains , il faut observer que leur abus est nuisible , et qu'il a jlquefois produit des engorgemens atoniques aussi nuisibles à la guérison une inflammation excessive. C'est d'ailleurs une précaution salutaire que faire uriner, dans 1 eau , les malades qui ont des chancres à l oiifice de rèthre, au limbe du prépuce, ou situés, en un mot, de manière à être bais continuellement par l'urine. On conçoit sans peine les résultats de cette tique. Ce n'est , à la vérité , qu'un moyen palliatif et inférieur à la cautéri- ,on superficielle dont nous parlerons ailleurs.
DlCT. DE MÉDECINE ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.
Plusieurs auteurs prétendent que quand l'inflammation, comme dans le phymosis, par exemple, empêche les ulcères d'être mis à nu et pansés directement, il faut, pour les mettre à découvert, faire des incisions. Cette manière de faire est d'autant plus vicieuse que tous les jours des ulcères qu'on n'a jamais pu voir, mais dont on a constaté l'existence par d'autres moyens, guérissent parfaitement bien, et après l,i guéiison le phymosis se dissipe et permet d'apercevoir la cicatrice. D'ailleurs, les plaies qui résultent d'une pareille opération, baignées sans cesse par le pus , prennent un mauvais aspect et ont beaucoup de peine à se cicatriser. 11 suffit, en pareille circonstance , de faire des injections émollientes , et d'introduire de petites boulettes de charpie fine, enduites de cérat, entre le prépuce et le gland , de manière à isoler les ulcères les uns des autres , et à empêcher la stagnation du pus.
L'enthousiasme que le traitement anliphlogistique avait suscité , il y a quelques années, avait fait dépasser le but et tomber dans un excès d'un autre genre. En effet, il arrive bien évidemment une époque où non-seulement les emolliens ne sont plus avantageux, mais où même ils entretiennent et perpétuent l'affection locale, La même chose peut être dite des excitans dont on abusait autrefois , et qui cependant peuvent rendre de grands services. Le tout est d'employer , h propos et dans la mesure convenable , chacun de ces moyens. Tel ulcère qui, sous l'iuflueuce des émolliens trop long-temps appliqués, reste pâle, blafard et s'élargit au lieu de se cicatriser, marchera vers la guérison avec une surprenante rapidité, si, mettant de côté ces agens thérapeutiques, on se borne à des pansemens avec de la charpie sèche ; panseraens faits à de plus longs intervalles qu'on n'a coutume de le faire. Cette seule précaution nous a souvent suffi pour obtenir des succès presque merveilleux. Lorsque cette méthode simple et rationnelle ne réussit pas , ce qui est rare, on peut lui substituer quelques excitans dont l'énergie sera proportionnée à l'exigence des cas; ainsi l'eau de Goulard, la solution de sulfate de cuivre ou de zinc, l'eau-deviecamphrée sont utiles , de même que les pommades et onguens un peu stimulans , de même que la cautérisation superficiolle avec le nitrate d'argent , le nitrate acide de mercure , le beurre d'antimoine , la solution de sublimé , etc. En général, les topiques liquides sont moins utiles que ceux qui sont secs , quelle que soit d'ailleurs leur nature , lorsque les ulcères ont passé la période inflammatoire. Quant aux excitans divers que nous venons de citer, et parmi lesquels figurent plusieurs préparations mercurielles , ils nous ont paru à-peuprès é-;alement efficaces, et quelles que pussent être nos opinions antécédentes, nous avons été forcés de reconnaître que les mercuriaux , dans ces cas |)articuliers, ne jouissent pas de plus de vertu que tout autre excitant employé , dans les conditions qui en réclament véritablement l'application.
Les applications grasses, tour-à-tour prodiguées dans le traitement des chancres ou bannies de ce même traitement , ne méritent ni préférence ,ni exclusion absolue. Elles peuvent être avantageuses pour éviter des frottemens douloureux et pour garantir les parties malades du contact de l'urine et d'autres substances irritantes ; mais il faut veiller à ce qu'elles ne devicrment pas , en s'accumulant et en s'altérant à la surface des parties afl'ectées , une cause nouvelle d'irritation et un obstacle à la guérison. L'onguent mercuriel lui-même est un moyen trèsutile : dans quelques cas, il agit comme un puissant résolutif; mais, appliqué dans des circonstances défavorables, il aggrave souvent les chancres, ou, tout au moins, ne les amélioie pas à beaucoup près autant que ses partisans voudraient le faire croire. Ne semblerait-il pas en lisant leurs écrits qu'à peine le mercure a touché un chancre, tout-à-coup et inévitablement celui-ci se modifie et marche sans obstacles et sans accidens vers une rapide et parfaite guérison? Or, l'expérience montre chaque jour qu'il en est tout autrement.
Lorsque les chancres sont anciens, indurés, opini.îtres , rongeans , on les voit presque toujours résister au traitement empirique , et vainement alors on sature les malades de mercure à l'intérieur et à l'extérieur, le mal n'en continue pas moins ses progrès et ses ravages. C'est ce qu'on observe, trop souvent encore, chez les sujets traités par des médecins peu éclairés et qui veulent absolument mettre la syphilis en dehors des règles de la pathologie générale. On peut comparer à ces faits malheureux les résultats du traitement méthodique et raisonné, dans lequel tous moyens thérapeutiques sans exception , trouvent suivant les circonstances une application salutaire. Les expériences sont assez nombreuses déjà pour qu'on puisse se faire à ce sujet une opinion éclairée. Ainsi maintenant il est hors de doute que, dans les ulcères chroniques dont nous parlons , et dont l'aspect fâcheux effraie les praticiens peu expérimentés, l'application réitérée des sangsues (sur le fond même de l ulcère) amène promptement le dégorgement de la base ; que des pansemens exécutés avec soin, des cautérisations superficielles avec le nitrate d'argent les ramènent bientôt à un état meilleur; que leur surface se couvre de bourgeons charnus, d'un bon aspect, en même temps que leurs bords s'affaissent ; enfin que la cicatrice, long-temps attendue et vainement demandée jusque-là au traitement spécifique, ne tarde pas à se former régulière et durable. Quelquefois des inflammations partielles des tissus engorgés amènent de nouvelles ulcérations , dont on triomphe de la même manière.
Nous employons souvent la cautérisation superficielle dans le traitement des chancres soit récens , soit opiniâtres ; et comme on voit dans les livres et qu'on répète dans les cours , que c'est un mauvais moyen, qui produit des bubons et qui fait dégénérer en cancer les parties sur lesquelles on l'applique, indépendamment de ce qu'elle expose davantage aux accidens consécutifs, nous devons démontrer que ces reproches, bien graves s'ils étaient fondés, ne peuvent s'appliquer qu'à la cautérisation pratiquée d'une manière inintelligente et inexpérimentée. Nous considérons la cautérisation superficielle comme un moyen de pansement
SYPHILIS
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non moins efficace qu'il est économique. Nous avons fréquemment observé que l'ulcère exposé au contact de l'urine et des corps extérieurs plus ou moins irritans, s'cnûamme , s'indure , prend un mauvais aspect et devient en quelque sorte interminable. Nous avons pensé que le seul moyen de remédier à cet état de choses était de garantir la surface malade de lout contact nuisible , en y produisant une escliarre superficielle qui adhérerait mieux que ne pouvait le faire aucune application topique, et qui serait renouvelée à mesure qu'elle viendrait à se détacher. L'expérience a répondu à cet espoir , et nous avons souvent obtenu ainsi une amélioration que nous avions vainement attendue des autres modes de pansement.
Il est vrai d'ailleurs que la cautérisation, diminuant les accidens inflammatoires, rend les surfaces ulcérées plus absorbantes qu'elles n'étaient, et favorise ainsi le développement des bubons et celui des symptômes généraux. Mais une observation plus attentive montre que cela n'a lieu que quand 1» les malades se livrent à des exercices trop actifs ; 2° lorsqu'on n'a pas soin de renouveler assez souvent la cautérisation. Ainsi donc, il est facile, moyennant quelques précautions, d'éviter les accidens qu'on vient de signaler. Quant à ce qui concerne la dégénération cancéreuse , on peut dire que la crainte est illusoire , et que si l'abus des caustiques a pu jamais avoir un semblable résultat, jamais cet accident n'a été observé après la cautérisation superficielle et méthodiquement instituée.
Pour celte cautérisation , nous n'accordons de préférence à aucun caustique, à raison de propriétés spécifiques que nous leur supposerions. Ainsi , quelques praticiens semblent espérer du nitrate acide ou du deutochlorure de mercure, une action qu'ils n'auraient pas à attendre d'autres substances du même genre. Quant à nous, il nous semble, d'après l'expérience, qu'on peut graduer l'action de chaque caustique de manière à obtenir des résultats analogues. Et si nous nous servons plus habituellement de la pierre infernale , c'est qu'elle est commode à manier , facile à borner dans son action, et qu'elle produit une escliarre sèche et comme cornée , très-propre à garantir les parties ulcérées de l'action nuisible des corps extérieurs. D'ailleurs , la manière d'employer la cautérisation n'est pas indifférente, et contribue pour beaucoup à en assurer ou à en entraver le succès. Lorsqu'elle est faite brutalement, par les malades eux-mêmes , ou par des chirurgiens mal-adroits, tantôt elle n'atteint pas toutes les parties malades, ce qui est un grave inconvénient, tantôt elle envahit des parties saines qu'elle altère en pure perte. Ainsi donc , lorsqu'on cautérise un ulcère dans la vue de modifier sa vitalité , comme on disait jadis , ou de le garantir des irritations extérieures , il ne faut pas se borner à une seule application , et ne s'en plus occuper pendant trois ou quatre jours ; parce que, dans cet intervalle, le bien qu'on a obtenu se perd bientôt, qu'en conséquence on ne fait aucun progrès réel vers la guérison, et que quelquefois même on rétrograde. Au contraire, il faut toucher tous les jours , et même plus souvent encore au besoin , c'est-à-dire assez souvent pour que l'escharie, à peine tombée, soit immédiatement remplacée par une escharre nouvelle , sous la(|uelle la cicatrice se forme paisiblement. Il y aurait de l'avantage à ce que celte méthode de traitement local des chancres se répandit. En effet, elle peut être appliquée, quelle que soit l'opinion qu'on ait sur la syphilis et ses conséquences ; el le a pour objet la guérison des ulcères seulement, el n'empêche pas, si on le juge convenable , d'administrer un traitement spécifique.
Il suliit souvent , surtout chez les gens du peuple , de pansemens méthodiques exécutés avec soin et sans tiraillement douloureux , pour améliorer trèsvite l'état des ulcères aggravés par la négligence et par la malpropreté. Nous avons plus d'une fois réussi rien qu'en employant du linge blanc et fin, en faisant nous-mêmes le pansement, et en défendant aux malades de toucher au petit appareil que nous avions placé et que nous renouvelions suivant le besoin. Fréquenmicut nous avons observé que l'habitude de panser les ulcères matin et soir, loin d'accélérer la guérison , comme on le désire , a , au contraire , un résultat tout-à-fait opposé. Des ulcères jusque là rebelles, au point d'avoir motivé un funeste prognosfic , ont marché rapidement vers la guérison quand on ne les a plus pansés que tous les deux , trois ou quatre jours , et sans qu'on ait employé aucun autre moyen.
11 est bien entendu que dans l'état aigu de la muladie , les pansemens réitérés sont nécessaires à cause de la sécrétion abondante qui se fait à la surface des parties, sécrétion dont les produits peuvent être absorbés et donner lieu tôt ou tard à des accidens sérieux. Mais lorsque le moment de la cicatrisation est arrivé , c'est alors que les pansemens , trop souvent répétés , entravent la marche naturelle île cette opération. D'ailleurs cela n'a rien de particulier aux chancres, et s'observe, dans un grand nombre de circonstances , sur les plaies el les ulcères de toute nature.
Nous appelons l'attention sur la nécessité d'empêcher les ulcérations développées sur deux surfaces correspondantes d'être en contact immédiat , l'expérience nous ayant souvent fait voir combien ce frottement réciproque est nuisible. Nous conseillons donc d'avoir le plus grand soin d interposer entre les ulcères de la charpie ou du linge, parce que nous en avons constamment observé de bons effets. Il faut , lorsque le gonflement ne permet pas d'arriver facilement aux ulcères , insinuer avec adresse et délicatement de petites mèches de charpie fine entre les parties malades , et avoir soin de les renouveler aussi souvent que cela pourra être nécessaire.
Quoique nous ayons recommandé d'abord le traitement local auquel nous attachons, il est vrai, plus d'importance que ne le faisait l'école ancienne, nous ne croyons pas devoir négliger le traitement général; car, chacun d'eux a son utilité. Selon nous, le régime et le repos sont d'une grande nécessité , et il nous parait probable qu'on obtiendrait des guériions plus nombreuses, plus
promptes et plus solides si l'on traitait les chancres comme une maladie aiguë, au lieu de les considérer comme une maladie légère , et qui n'exige ni interruption dans les travaux, ni changemens dans les habitudes. Cette opinion qu'accréditent les cliarlatans et qu'acceptent avec enthousiasme les malades jaloux de garder le secret, produit chaque jour beaucoup de mal. Dans cet état de choses, le traitement local le mieux fait peut rester infructueux jusqu'à ce qu'on ait reconnu ce qui empêche d'obtenir le succès, et qu'on y ait pourvu. L'abstinence habituelle, mais non poussée à l'excès , est une condition favorable ; autrefois on accordait trop d'alimens aux vénériens, peut-être à présent les partisans du traitement débilitant sont-ils arrivés à un excès opposé, mai^ non moins nuisible. On peut également faire un usage utile, dans le traitement des chancres, des boissons tempérantes données en abondance ; des purgatifs prescrits à propos , des toniques, des narcotiques et de tels autres médicamens que peuvent réclamer les circonstances, dont l'appréciation appartiendra toujours au praticien.
Quant au traitement raercuriel général , considéré comme un moyen d'amener ou d'accélérer la guérison immédiate des chancres, et indépenilarament de la vertu préventive qu'on lui attribue , nous ne pensons pas qu'il ait un grande influence sur la marche , la durée et la terminaison de la maladie primitive. S'il a paru agir avec avantage et rapidité, c'est dans les cas où les malades, ayant été livrés à eux-mêmes ou mal traités , éprouvent les bons effets du régime et du repos qui en font partie , et qui sont des moyens de traitement fort puissans contre les accidens inflammatoires qui viennent compliquer souvent les accidens vénériens primitifs Les partisans du traitement mercit< riel ont vanté avec enthousiasme ses résultats , qu'ils auraient sans doute appréciés avec plus de modestie et d'exactitude , s'ils avaient eu l'occasion de voir les effets non moins merveilleux du traitement que nous appelons méthodique. Nous avons vu cependant , et nous devons le dire, des frictions mercu- .rielles administrées à forte dose et de manière à produire en peu d'heures une salivation assez considérable , être utiles dans plusieurs cas de chancres nombreux et anciens du pénis , qui avaient pris un aspect corami? cancéreux et qui menaçaient les parties malades d'une destruction prochaine. Une modification prompte et avantageuse suit cette puissante révulsion. Maintenant nous sommes portés à croire qu'on aurait pu obtenir le même résultat à meilleur marché, s'il est permis de s'exprimer ainsi , au moyen de l'application des sangsues, de la cautérisation superficielle, etc. , comme nous l'avons observé tant de fois depuis.
Nous ne prescrivons point le traitement mercuriel dans la vue de prévenir les symptômes de l'infection générale ; il y a long-temps que l'expérience a démontré : 1" qu'il ne se développait pas toujours de syphilis constitutionnelle à la suite des symptômes primitifs ; 2» qu'on les avait vus plus d'une fois se manifester à la suite des traitemens mercuriels les plus complets, et même quelquefois pendant leur durée. Or, comme il ne donne point de garantie, il doit être mis de côté comme inutile; à plus forte raison, doit-on proscrire le) demi-traitemens , espèce de transaction de conscience que nous avons blâmée déj.i à l'article blernorrhagie. Tout médecin expérimenté et consciencieux rejettera ces traitemens de précaution que veulent faire beaucoup de malades et que conseillent même beaucoup de médecins aux personnes qui sont près de se marier et qui ont eu, un an, deux ou trois ans auparavant, des symptômes vénériens , dont elles ont été guéries sans mercure. En résumé , le mercure ne nom parait pas devoir figurer habituellement dans le traitement des chancres ; et nous devons être crus, d'autant mieux que nous n'avons point frappé ce médicament d'exclusion , mais qu'au contraire nous le conseillons avec confiance dans les cas particuliers que nous avons tenté de déterminer.
Nous parlerons ici brièvement d'une méthode de traitement qui , si elle était adoptée, aurait l'avantage d'abréger la durée de la maladie et d'en empêcher les accidens, de diminuer le nombre des foyers d'infection , el de prévenir le développement des phénomènes généraux de la syphilis. Cette méthode, qui consiste à détruire la partie où la matière virulente, qui est comme la semence de la maladie , a été déposée , diffère essentiellement de la cautérisation superficielle , qui est seulement un moyen de pansement. Elle a été conseillée par des praticiens d'un mérite reconnu ( Hunter voulait qu'on excisât le chancre tout entier en coupant dans les parties saines ) , et repose sur l'observation des faits suivans : 1° que le chancre primitif est produit par une molécule de matière virulente, déposée sur un point quelconque du corps; 2° qu'il n'est d'abord qu'une affection toute locale ; > que l'on peut faire avorter la maladie en détruisant cette molécule avec la partie où elle a pris racine; i° que cette opération a été pratiquée , empiriquement et avec succès , par les gens du peuple, les soldats et les matelots qui ont cautérisé les chancres à leur début et qui en ont ainsi obtenu la prompte guérison. Eu conséquence, nous avons expérimenté de cautériser les chancres à leur début , c'est-à-dire à l'état pustuleux; parce qu'alors toutes les probabilités se réunissent pour le faire considérer comme une affection tout-à-fait locale et circonscrite. On peut cependant encore réussir après la rupture de la pustule; mais alors les chances de succès sont beaucoup moins considérables.
Voici d'ailleurs de (juelle manière nous procédons : lorsqu'un malade se présente à nous avec la pustule initiale du chancre , nous excisons avec la pointe de ciseaux fins la vésicule qui la surmonte ; puis après avoir abslergé soigneusement avec de la charpie ou du linge fin la sérosité qui s'en écoule, et qui est essentiellement contagieuse, nous cautérisons au moyen d'un crayon de nitrate d'argent la petite base indurée, sur laquelle elle reposait. 11 faut que la cautérisation ici, soit profonde et complète, afin de détruire toutes les parties qui ont subi une modification morbide , et de réduire un ulcère spécifique a
SYPHILIS
SYPHILIS
tat d'une plaie simple et non contagieuse. La cautérisation doit être renou- ,Blée Jes jours suivans et pratiquée avec soin, de manière à ne faire, ni plus, ni loins, que ce qui convient.
Les plaies qui succèdent à cette opération se guérissent avec rapidité, ce que e font pas les chancres , même les plus bénins; et la guérison est solide et sniplète. Si le traitement spécifique est inulile après le chancre vénérien , à lus forte raison , l'est-il après la cautérisation ainsi pratiquée. Néanmoins , ous ferons remarquer que même ceux qui prétendent que le mercure est néossaire même contre les affections pi imilives , pourront encore admettre la lutérisation comme un moyen d'abréger la maladie et d'eu borner les ravages, est-il pas permis de croire que Tadoptinn de cette pratique pourrait contriler à l'extinction de la syphilis , dont les mesures de police médicale ont déjà minué les résultats fâcheux , et dont le traitement mieux connu a réduit les :cidens à leur état de plus grande simplicité ?
'oir considéré la maladie syphilîti(]iie sous ce point de vue simple et rationd , qui la montre comme une affeclion un peu exceptionnelle sans doute , mais nlrant cependant sous les lois générales de la physiologie pathologique et : la thérapeutique , c'est peut-être avoir rendu un service à la science et à l'art, (lut notre théorie n'être pas immédiatement adoptée, nous espérons que ibservation des faits rapprochera bientôt de nous nos adversaires. Sans avoir besoin de subtilités bien déliées , et sans admettre de choquantes niradictions , nous avons essayé d'établir que la syphilis primitive consiste écialement dans le chancre et la syphilis constitutionnelle, principalement lis les syphilides que nous avons décrites ; telle est la manière dont nous avons u devoir envisager cette maladie, objet de tant de controverses , et l'on ne j ut nier qu'elle ne soit de nature à simplitier la question.
'.Néanmoins, pour ne rien brusquer et pour laisser à l'opinion le temps de se mlifler à ce sujet , nous allons considérer la syphilis comme une afl'eclion entre , ainsi que l'ont fait les écrivains qui nous ont précédés, tout en invitant nos hleurs à étudier les faits individuels et à les systématiser eux-mêmes avec une ( lière indépendance.
Que la syphilis ait toujours existé , où qu'elle ait été apportée en Europe au ( inzième siècle , toujours est- il qu'alors elle appela d'une manière particulière I ttciition des médecins , en se multipliant avec une facilite vraiment cfTrayante , ti|uiparaitavoir tenu à l'élat de misère et de barbarie, où les guerres du moyen IL" avaient jeté les populations. A cette époque , en effet , se rapportent les j:miers écrits ayant pour objet spécial la syphilis el son traitement; car jus- ( e-1.1 on ne trouve dans les traités généraux que des traces plus ou moins (livoques de cette maladie. Nous voyons que depuis lors, grâces aux progrès la civilisation et .î l'influence d'une médecine plus éclairée , ses ravages ont restreints de jour en jour, au point qu'il n'est pas absolument improbable elle vînt à disparaître tout-à-fait.
^pendant, l'observation montre que si les préc.iutions sanitaires ont diminué beaucoup la fréquence de la maladie, qui n'est contagieuse que par le contact nédiat, sa nature primitive n'a pas changé ; que les phénomènes graves sigiiapar les auteurs , se produisent encore quelquefois , et que le virus ne s'est pas s adouci par de nombreuses transmissions, ainsi que le veulent prouver la plut des écrivains,que ne se sont adoucis les virus de la variole, de la vaccine, etc. »i l'on n'admet comme véritablement vénérien que le chancre , on s'expliira comment dans les pays chauds , la blennorrhagie est excessivement rare, dis qu'elle est extrêmement commune dans nos climats ; et si l'on décompte du nbre des chancres les ulcérations produites par des causes étrangères à la hilis , on verra combien est peti'e la proportion des maux constitutionnels, itiveraentà ce tpie l'on considère vulgairement comme symptômes primitifs, nême par rapport à ce que nous signalons spécialement conmie tels. La ma- ! ie syphilitique n'est donc pas aussi commune qu'on le croit commiméinent : : is ferons voir plus tard , qu'elle n'est pas à beaucoup près aussi funeste ' on pourrait le penser d'après les déclamations des auteurs, qui en ont fait fantôme si effrayant , que personne n'osant s'en approcher pour l'observer, n'en a jamais eu que des descriptions dont les disparates prouvent que cha- , a saisi quelques traits à la dérobée, et a complété le tableau aux frais de imagination. Aussi peut-on dire, qu'ici comme ailleurs , la multitude des its a plus embrouillé qu'éclairé la question.
lestent les faits , imprescriptibles élémens de la vérité : il nous montrent : si la syphilis a pu se développer spontanément, il y a long-temps , au moins, ' il n'en a été ainsi ;que dans tous les cas contemporains, elle vient à la suite contacts plus ou moins immédiats, et qu'elle peut être inoculée expérimeniment. Nous voyons les produits de sécrétion morbide déposés sur des parsaines y développer une affection semblable à celle qui lui a donné naissice, affection qui , à son tour , peut scvir à la propagation de la spécialité nrbide. Les ouvrages des anciens semblent contrarier cette opinion et tendent à ire croire que, par une bizarrerie qui fait le fond de son caractère, la syphilis p t tromper l'observateur attentif et scrupuleux , et que , par exemple, le ci ncre peut produire la blennorrhagie aussi bien que le chancre , et qu'il peut nme ne rien produire du tout ; accoutumés à examiner avant d.^ [)rononcer, nis remarquons que les anciens poussaient moins loin que nous leurs investigions , que d'ailleurs les dispositions et les circonstances individuelles détruisit complètement l'identité sur laquelle repose toute leur théorie. Nous V' ons que souvent ils ont déclaré saine une femme dont ils n'avaient vu que Uparties génitales externes ; qu'ils n'ont pas tenu compte des lotions qui au- Ti'nt pu avoir lieu après le coït, de l'état particulier des tégumens, chez les diîrs sujets qu'ils ont gratuitement placés sur la même ligne. D'ailleurs , nous
constatons chaque jour que la majorité des cas est conforme à ce qui vient d être dit , et nous attendons que les exceptions deviennent plus nombreuses.
Ainsi donc , une matière particulière , produite dans des conditions données, et ayant pour véhicule le pus des ulcères primitifs , telle est la cause des affections vénériennes ; une membrane muqueuse ou la peau dénudée, telles sont les conditions favorables au développement de ces affections. Qu'importe d'ailleurs l'origine , si les formes sont caractéristiques , si la marche, la durée , la terminaison, éclairent le tliagnostic, et si les agens thérapeutiques sont bien connus. Il y a peu d'utilité pratique à chercher si une pipe , une cuiller , un verre, des lieux d'aisances , ou une éponge peuvent servir à transmettre la contagion, si le pus de la blennorrhagie ou des chancres, donné à l'intérieur, peut produire la blennorrhagie ou les chancres. 'Voici un malade affecté d'ulcères des parties sexuelles , portez un diagnostic , et instituez un traitement.
Une fois développés , les symptômes dits vénériens primitifs présentent une succession de phénomènes qui ont été décrits aux articles spéciaux, et parmi lesquels il est facile de distinguer ceux qui leur sont propres et qui les constituent , de ceux qui , sans changer leur nature intime , viennent se joindre à eux , les compliquer, les aggraver même, sous l'influence de causes étrangères et accidentelles ; phénomènes dont le médecin peut prévoir et prévenir le développement.
Dans les cas les plus simples et les plus favorables , la syphilis primitive , pure de tout mélange , suit la marche qui lui est propre , puis, après une durée régulière , et susceptible d'être indiquée par avance , elle se termine par une guérison complète, sans retour, et sans suites. C'est ce qui est mis hors de doute par des observations nombreuses soit recueillies depuis les dix dernières années, soit prises dans les auteurs de tous les pays et de toutes les opinions. Cette chance , la meilleure de toutes, serait aussi la plus commune, si des idées plus justes sur la nature de la maladie, engageaient les praticiens à chercher la guérison par les moyens simples que nous avons signalés plus haut , au lieu d'agir d'après la théorie que les symptômes primitifs ne doivent pas être trop tôt guéris , de peur de renfermer au dedans le virus, etc. On n'attend pas sans doute de nous la discussion de toutes ces opinions singulières ; cent volumes n'y suffiraient pas. Ce que nous pouvons dire ici, c'est que cette pratique est celle qui nous a donné les meilleurs résultats , et les bons esprits l'adoptent pour la plupart.
Le plus souvent^ par suite des circonstances malheureuses où sont placés les malades , surviennent une foule d'accidens , tels que l'orchite, l'hématurie , la cystite , les rétrécissemens dans la blennorrhagie; tels que le bubon, le phymosis , le paraphy mosis ; la perforation de l'urèthre dans les chancres ; tels encore que les excroissances , les végétations , etc. Tous ces maux sont une dépendance des affections syphilitiques primitives, mais ne leur sont pas nécessairement inlu'rens , puisqu'ils peuvent ne pas coexister avec elles, et qu'on peut, en quelque sorte, les produire à volonté, tant sont bien connues les causes qui les suscitent. Cependant la plupart des auteurs s'obstinent à les considérer comme vénériens, et par conséquent comme exigeant l'emploi du mercure.
Mais, en dépit de ces co'incidences fâcheuses , des souffrances qu'elles font éprouver aux malades, et des retards qu'elles apportent à la guérison, celle-ci peut avoir lieu encore d'une manière complète et solide, et telle (pi'on ne puisse conserver aucune inquiétude pour l'avenir. Ce n'est pas ainsi que l'envisagent la plupart des médecins qui, nous devons le dire , sont pour la plupart sous l'influence d'idées théoriques qu'ils n'ont jamais eu le loisir d'examiner par eux-mêmes.
Cependant les conditions indiquées ci-dessus peuvent être considérées comme plus favorables au développement de la syphilis constitutionnelle , ne fût-ce qu'en prolongeant la maladie, et en rendant plus nombreuses les chances d'absorption des produits de sécrétion morbide. Ainsi lorsqu'un malade a un chancre primitif, il n'a qu'une affection locale, qui peut mourir où elle est née, et ne laisser aucune inquiétude pour l'avenir. Si tlans le cours de ce chancre, il se manifeste un bubon, les probabilités tie syphilis constitutionnelle augmentent, bien qu'il soit possible encore, comme de nombreux exemples le prouvent, que l'affection se borne là, et ne donne plus jamais de signe de son existence. Le plus ordinairement, à la suite du bubon, résultat d'un ulcère syphilitique , il survient des symptômes généraux. Il laut donc ne pas dire comme les observateurs inattentifs qu'un ulcère est vénérien, parce qu'il vient un bubon , ce qui obligerait à l'assertion contradictoire; savoir, un ulcère, n'est pas vénérien parce qu'il ne survient pas de bubon. Mais il faut penser que le bubon étant la preuve matérielle de l'absorption du pus , il annonce au moins la probabilité de la syphilis constitutionnelle, lorsque c'est du pus virulent qui a été introduit dans le système circulatoire. D'ailleurs, nous ferons remarquer que dans le plus grand nombre de ces cas , la syphilis constitutionnelle succède immédiatement , et sans lacune , à la syphilis primitive , et qu'on doit examiner avec sévérité ceux dans lesquels il y a de longs intervalles : alors on trouve bien souvent que la guérison n'avait pas été complète, et qu'il y avait eu constamment des symptômes méconnus par les observateurs , ou bien que la vérole se rattachait à une infection plus récente que celle qu'on accusait. Il faut être en garde contre le merveilleux; c'est presque toujours une faute d'observation.
Les symptômes les plus positifs de la syphilis consécutive ou constitutionnelle sont , au premier rang , les syphilides, dont nous avons montré les variétés nombreuses qui ont été décrites comme autant de maladies , sans qu'on ait aperçu le lien qui les unissait, bien qu'on leur reconnût cependant une cause commune. Viennent ensuite les symptômes généralement indiqués par les au-
SYPHILIS
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leurs, et dont la liaison avec la syphilis est si peu e'tablie qu'une école moderne n'hésite point à les attribuer au traitement mercuriel : ce sont les douleurs ostéocopes , les exostoses et les périostoses , dont nous avons traité en leur lieu; enfin vient l'irilis , afTeclion dont une variété appelée syphilitique se manifeste d'ordinaire accompagnée de la syphiliile papuleuse , et guérit avec elle sous l'influence du traitement spécifique. 11 en est de même des douleurs ostéocopes qui coïncident aussi Iréquemment avec la syphilide papuleuse, et qui souvent aussi guérissent d'une manière remarquablement rapide , sous l'influence du mercure. Mais aussi combien de douleurs , réputées vénériennes par cette seule raison qu'elles oiitprésenté des e.\acerbations nocturnes , qu'on regarde, trop légèrement peut-être, comme caractéristiques, se sont montrées rebelles aux traitemens mercuriels les plus actifs et les mieux dirigés!
L'ordre dans lequel se développent les divers phénomènes de la maladie est le suivant : d'abord la blennorrliagie , les chancres, et, avec les bubons, les excroissances , les végétations , etc. , puis les tliverses formes de la syphilide, renfermant les ulcérations du voile du palais, l'ozènc syphilitique, les ulcérations des orteils , de l'anus et des paities sexuelles, etc.; enfin les douleurs ostéocopes, les péi iostoses , les exostoses; ces affections peuvent venir soit successivement, soit simultanément, et tel malade a le malheur d'en présenter la réunion complote.
La marche de la syphilis et sa durée, comme afl'ection primitive et locale, sont assez singulières; seulement elles peuvent être modifiées par les accidens qui se succèdent , et qui sont même quelquefois entretenus par un traitement vicieux. En général, on peut fixer à deux mois la moyenne d'une syphilis primitive : la syphilis constitutionnelle, au contraire, est le plus souvent chronique , et sa durée n'est, dans un grand nombre de cas, limitée que par le traitement; elle estquelquefois opiniâtre, mais cela dépend plus souvent qu'on ne croit de ce qu'étant méconnue , elle n'est pas attaquée dans les conditions et avec les moyens convenables. Entre les mains des praticiens qui l'ont bien étudiée, la syphilis arrive rarement au degré d'exaspération qu'on lui voit quelquefois atteindre , et, dans ces cas même , ils savent les moyens d'arrêter sa marche , et de remédier aux désordres qu'elle produit.
La syphilis se termine par la santé dans le très-grand nombre des cas, bien que la guérison puisse être plus ou moins longuement attendue et chèrement achetée. Toutes choses égales d'ailleurs, les symptômes primitifs peuvent guérir spontanément , tandis que les phénomènes constitutionnels réclament plus souvent les secours de l'art, et l'intervenliofi d'un médicament spécifiijue. Il est sans exemple qu'on soit mort de la syphilis primitive et même constitutionnelle , d'une manière directe , et si quelques malades ont succombé , c'a été par suite d'accidcns successifs auxquels ie traitement n'a pas été toujours étranger , ou d'afi'cctions incidentes dont la syphilis était probablement innocente. Il est même à remarquer que cette maladie , dont le caractère insidieux et destructeur a été tant célébré par les auteurs, se montre toujours ii la peau et aux membranes muqueuses extérieures , au lieu d'aller paisiblement attaquer et détruire les organes internes auxquels elle ne se prend jamais. D'ailleurs, quoi qu'on en puisse dire, elle est compatible au moins avec une assez belle apparence de santé; les femmes qui en sont atteintes continuent bien souvent d être mens- Iruées régulièrement, elles conçoivent et mettent au monde des enfans , souvent mieux constitués que ceux des femmes saines , et si les règles se dérangent, et si les fausses couches se manifestent, cela est dû plus souvent au traitement mercuriel mal administré qu'à la maladie elle-même. Cela s'accorde peu , il est vrai, avec les histoires dont les livres sont remplis, et dans lesquelles on voit des femmes avorter plusieurs fois de suite par suite d'une syphilis qui ne se manifeste oue par ce seul phénomène. Cela ne s'accorde pas mieux avec les cachexies vénériennes, qui, sans aucun symptôme apparent, entraînent un dépérissement complet et rapide jusqu'au moment où un praticien, heureusement ins|)iré , devine l'afl'ection syphilitique, l'attaque par le mercure et en triomphe d'une manière aussi heureuse qu'inattendue. Nous ne sommes pas chargés de concilier les contradictions, et nous ne pouvons que constater ce fait, savoir : qu'un grand nombre de femmes, aflectées de syphilis bien constatées , ont été parfaitement bien réglées , et sont accouchées heureusement d'enfans , dont quelques-uns seulement ont présenté des symptômes syphilitiques, tandis que d'autres parfaitement saines ont eu des aménorrhées , des grossesses maladives produisant des enfans chétifs et malades. Croirait-on après cela que des auteurs recommandables n'ont pas craint d'écrire qu'un individu , une fois atteint de la vérole , la gardait jusqu'à la fin de sa vie, et ne guérissait jamais complètement !
Il n'est pas de maladies internes ou externes avec lesquelles la syphilis primitive ou constitutionnelle ne puisse se compliquer, et l'on peut faire cette remarque générale qu'elle les traverse , et qu'elle est traversée par elles le plus souvent sans les influencer et sans en recevoir d'influence notable. On n'a pas vu qu'à l'armée les blessures et les opérations fussent plus funestes chez les vénériens que chez d'autres ; quant aux maladies internes, nous en avons vu survenir de toute espèce chez des sujets affectés de symptômes divers, et la marche de la syphilis n'a pas été intervertie. Nous citerons un grand nombre de sujets chez lesquels des fièvres graves étant survenues pendant qu'ils avaient des chancres , ceux-ci oubliés en quelque sorte ont bien guéri et n'ont laissé aucune trace après eux. Mêmes observations ont été faites relativement à des exanthèmes aigus, des pleuro-pneumonies , etc. D'un autre côté, nous avons guéri des syphilis plus ou moins graves chez des phlhisiques et autres personnes atteintes de maladies chroniques , sans que celles-ci en aient éprouvé de fâcheuse modification.
Comment s'expliquer après cela, les assertions des auteurs relativement h la syphilis larvée? Comment croire, lorsqu'on a vu cette maladie se maintenir si complètement distincte des autres , que, comme Protée (on a assez souvent répété cette ridicule expression mythologique), elle aille perfidement et pour tromper le médecin , emprunter la forme de toutes les autres maladies, et souî cet officieux travestissement commettre mille désordres dans l'économie , jusqu'à' ce qu'un médecin habile vienne avec le mercure lui arracher son masque et la forcer à lâcher sa pi oie? C'est ainsi que nos journaux sont remplis d'observations de syphilis larvées, parce qu'un homme a guéri par le mercure d'une affection quelconque , que l'on avait bien voulu rattacher à une syphilis , plus ou moins équivoque, qu'il aurait eue dans sa jeunesse C'est ainsi encore que nous voyons tous les jours des praticiens essayer le traitement mercuriel dans une afl'ection dont ils ignorent le siège et la nature , sous le prétexte que ce pourrait bien être une syphilis déguisée. Et quand il s'agit d'établir un pareil diagnostic;rien ne leur paraît absurde ni forcé ; si , cherchant dans les antécédens du malade tout ce qui peut étayer leur opinion , ils n'y trouvent rien , ils vont cher» cher, dans la vie de ses parens, les moyens de faire intervenir la syphilis daoS' la question d'une manière ou de l'autre, faisant ainsi de cette affection le boiic émissaire de la médecine.
L'hérédité de la maladie vénérienne est encore une de ces questions longue-' ment débattues , sans qu'il soit résulté rien d'utile de ces discussions. Un fait dont personne ne doute et que personne ne songe à contester, est que des enfans ont apporté en naissant les signes non équivoques de la syphilis lorsqu'ils naissent de parens atteints de syphilis constitutionnelle. C'est la syphilide papuleuse que présentent les nouveau-nés qui ont la vérole. Eh bien ! ce fait constaté, c'est-à-dire la nature de ia maladie reconnue chez l'enfant naissant, qu'y a-t-il à faire si ce n'est de traiter l'afruclion par les moyens qui lui sont propres ? Qu'importe que l'enfant d'un homme afTecté d'un ulcère au voile du palais présente à sa naissance un ulcère situé précisément au même endroit que celui de son père! nous ne voyons là que la nécessité de guérir le p'ere et l'enfant. Nous y voyons de plus une observation probablement apocryphe à laquelle' on aura voulu donner une grande valeur, en mettant que l'ulcère du fils était précisément au même endroit que celui du père. Concluez vous de ce que la syphilis peut être héréditaire qu'on doit traiter par le mercure tout enfant d'une origine suspecte afin de le guérir de la vérole qu'il n'a pas , mais qu'il pourra bien avoir? Quel danger trouve-t on à attendre que cette maladie se manifeste par les symptômes qui lui sont propres ?
L'expérience nous a également montré que la syphilis ne se transmettait pas toujours par voie d'hérédité, et surtout lorsqu'elle était primitive et locale , etc. Souvent , en effet , nous avons vu naître tie femmes affectées de blennorrhagies ou de chancres des enfans parfaitement sains et bien portans , et qui , élevés sous nos yeux pendant plusieurs mois , sont restés constamment exempts de la maladie de leur mère. Quelquefois il arrive que des enfans primitivement sains , sont infectés au passage lorsque les parties sexuelles de la mère sont, au moment de la parturition, le siège de symptômes primitifs , tels que la blennorrhagie ou le chancre; et ce qui le prouve , c'est que les phénomènes sont primitifs et ne se manifestent que plusieurs jours après la naissance , c'est-à-dire dans le délai orilinaire de l'incubation. Nous nous empressons d'ailleurs d'ajouter que ces accidens accusent l'impéritie du médecin , qui n'a pas le soin de garantir l'enfant du contact des parties malades, en cautérisant superficiellement les chancres, par exemple, au moment de l'accouchement, et en interposant beaucoup de corps gras , et qui , après sa naissance , ne prend pas une attention particulière pour le laver et entraîner les molécules de pus virulent qui peuvent avoir adhéré à la peau ; enfin, qui ne le surveille pas pendant les huit ou dix premiers jours de sa vie , pour voir s'il ne se manifeste rien d'insolite chez lui.
D'ailleurs , il faut être circonspect pour prononcer l'existence de la syphilis chez un nouveau-né; autrefois il suffisait c[u"un enfant fût petit, maigre, qu'il eût la peau comme flétrie, et qu'il présentât l'aspect de la vieillesse, pour qu'on le déclarât atteint de syphilis héréditaire; à plus forte raison, s'il avait qu-elques rougeurs aux fesses ou vers les parties sexuelles. L'ophthalinie purulente, à laquelle les enfans sont si sujets, était encore un motif d'analhème. A présent qu'on observe avec un peu plus de soin, on .sait que ces enfans de mauvaise apparence ont souvent été malades pendant le cours de la vie intra-ulcrine, et que cet aspect ne caractérise pas plus la vérole , qu'une belle carnation et un embonpoint notable n'en excluent l'idée, lorsqu'il se montre d'ailleurs des symptômes caractéristiques que nous avons indiqués. Il faut bien se souvenir que le premier âge de la vie est sujet à une foule d'éruptions cutanées, totalement étrangères à la syphilis, et se garder, par conséquent , de considérer comme vénériens les enfans qui viennent à en être atteints , comme cela s'est fait trop souvent.
Il en est de la syphilis des enfans comme de celle des adultes : tout est clair et simple lorsqu'on étudie sans prévention. Des parens atteints de symptômes constitutionnels , peuvent donner le jour à des enfans vérolés , surtout quand c'est la mère. Quand au moment de l'accouchement elle est affectée de symptômes primitifs à l'état aigu , l'enfant peut s'infecter au passage. Dans l'un et l'autre cas, il n'y a rien -autre chose à faire que de se conduire comme nous l'avons dit , à l'article syphilide et chancre; cela rentre dans la série ordinaire des faits.
Pour rendre plus bizarre encore le tableau de la maladie vénérienne, on a prétendu que la syphilis héréditaire pouvait exister latente pendant plusieurs années , et ne se manifester qu'à l'époque de la seconde dentition , de la puberté et même plus tard peut-être. Cependant lorsqu'on analyse les observa-
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de ce genre , on trouve que les affections décrites ne présentent point les ctères syphilitiques , et que ce sont des accitlens scropliuleux, scorbutiques, IcHarIres de différens genres, qu'en désespoir de cause les médecins ont mis Uile compte de la syphilis. Il faut lire ces sortes d'histoires pour voir jusqu'où K 'cnt aller la légèreté , la prévention et l'oubli des piemières règles de la û pie et du bon sens.
es mêmes réflexions s'appliquent à la transmission de la maladie vénérienne i; j'allailement , qu'on a voulu considérer encore comme une spécialité dans 1 lécialité , si l'on peut s'exprimer ainsi. Et cependant , on se demande coni- D t on a pu pai venir à embrouiller une question aussi simple. Une nourrice i :(ée peut infecter son nourrisson de deux manières : ou bien elle a des V|itùiiies primitifs, et alors elle peut lui inoculer des symptômes semblables : le contact, ou par l'intermédiaire de linges , d'épongés, etc. , et alors l enj a des symj)ti)mes primitifs , dont il court toutes les chances comme s'il les vt contractés de toute autre façon. Ou bien la nourrice a la vérole constiluifjielle, et alors elle transmet à l'enfant une vérole constitutionnelle dont il ra le traiter , ainsi que nous l'avons dit clans le cours de cet article , et dont le guérira parfaitement bien. On a prétendu nier que la syphilis put se smettre par l'allaitement; nous avons vu tout récemment encore plusieurs dans lesf|uels la syphilis papuleuse s'est développée chez des enians qui tént une nourrice malade. El d'ailleurs , comme nous l'avons dit, qu'importe où est venue la maladie si elle a des caractères propres à la faire reconnaîà coup sûr.
uant à la transmission de l'enfant à la nourrice, elle a lieu par inoculation cte. C'est en général le mamelon qui commence à devenir le siège d'un icre qui fait de grands ravages , eu égard à la structure et à la fonction de e partie, et qui donne fréquemment lieu a la syphilis constitiitionelle , :e que les malades , dans la plupart des cas , ignorant la nature de leur ;tiou , lui laissent faire de grands progrès.
[ais il faut au médecin beaucoup de prudence avant de prononcer dans les stions médico-légales soulevées à celte occasion. Souvent , en effet, surgis- , entre les parens et les nourrices des accusations réciproques , et des acs en dommages-intérêts. C'est alors que l'expert appelé à éclairer la justice ra se rappeler les formes caractéristiques que nous avons signalées , et ne s'en laisser imposer par les apparences. Souvent, en effet, des enians sont ints d aplithes malins et gangréneux qui peuvent amener l inflammation uluse du mamelon, l'engorgement des ganglions axillaires et autres accidens ou moins graves ; de même que l'enfant peut présenter diverses affections inées fort Sérieuses , sans qu'il y ait lieu de part ni d'autre à aucun mauvais 3çon.
lue serait-ce que le diagnostic de la maladie vénérienne, si l'on admettait c les auteurs, même les plus mordernes, qu'elle peut se masquer sous l'appa- :e de toutes les maladies? On crierait à l'absunle si l'on disait qu'une pneulie peut se masquer sous l'apparence d'un érysipèle ou d'une entérite , et entend la première proposiliou comme une chose toute naturelle ! Ne seraitas plus raisonnable de dire que la syphilis a ses formes caractéristiques cjui istinguent de toute autre maladie, et qu'il s'agit de bien étudier? Jusqu'à icnl.on n'a guère procédé avec cette régularité scientifique, et pour tout ce regarde les affections vénériennes, on s'en est rapporté k un prétendu coupil et à une sorte d'inspiration. Ainsi , pour la blennorrhagie, on a appelé liilitique celle qui s'accompagne de symptômes très-inflammatoires , ou à laquelle succèdent une inflammation du testicule, un bubon , ou bien Dre un rétrécissement du canal. Nous avons montré ailleurs que rien de tout n'était un caractère , pas plus cfue la couleur verte de l'écoulement ou lélange de sang qu'on y observe quelquefois. Pour les chancres, il suffit de 30urir les auteurs pour voir qu'il n'y a pas de conformité entre eux, et Is ne sont pas seulement conscquens avec eux-mêmes.
i la forme, ni la marche , ni la durée, ni la terminaison ne sont décrites et réciées identiquement par deux auteurs, et l'on peut soutenir les opinions plus contradictoires en les étayant d'opinions également respectables. Il est que pour éviter l'erreur on a tout jeté à tort et à travers dans le cadre élasle de la maladie vénérienne, et cju'on a dit qu'il était prudent de considérer lennorrhagie comme toujours vénérienne. Quant au chancre, on a prononcé le plus petit était un signe de vérole présente et un gage de vérole 'a venir; et . a conclu qu'il fallait toujours employer le traitement mercuriel sous peine re voué à toujours à la vérole. S'agit-il du bubon , la même incertitude se prête, c'est un signe certain de la vérole ; un chancre est-il douteux, caron doute Iquefois, le bubon survient et le chancre alors est jugé. Comme si l'on ne sai pas par l'expérience la plus vulgaire que l'engorgement des ganglions est la séquence des lésions développées sur 1.^ trajet des vaisseaux lymphatiques, lie que soit la nature de ces lésions ! Pour les excroissances, s'il est vrai que affections soient plus particulièrement liées aux symptômes syphilitiques nitifs, ils ne leur sont pas si absolument essentiels que leur absence puisse àver un diagnostic négatif, et pour qu'ils ne puissent jamais coexister avec une re maladie. Les végétations peuvent être envisagées sous le mâme point de que les excroissances, et cependant , pour le grand nombre de médecins, sont encore des symptômes positifs de syphilis et des indications formelles mploi du mercure, qui pourtant n'agit pas à beaucoup près aussi eflicaceit dans ce cas que dans plusieurs autres. On a voulu égaleraenti'attacheraux étions syphilitiques les maladies du système fibreux et osseux, tels que les doups appelées ostéocopes, les périostoses, les exostoses, les nécroses et les caries, adies qui peuvent reconnaître tant de causes, et qui, il est vai, se présentent
DiCT. DE MÉDEC1^E ET DE ChIRL'BGIE PEA.TlQtES.
souvent avec d'autres symptômes plus constans dans la maladie syp'dlitique. L'exacerbation nocturne que pré^enlent les douleurs a été saisie avec empressement comme une preuve irrécusable de syphilis, et a souvent déterminé à recourir au traitement spécifique dont plus tard on reconnaissait le peu d'avantages. On aurait pu reuiarquer, si i on n'avait pas clé prévenu, que des douleurs nerveuses, rhumatismales et autres présentent aussi des redoublemens la nuit et se montrent également opiniâtres et rebelles à fout traitement ; enfin , que la disparition peiulant le traitement mercuriel n'est pas une preuve suffisante de la nature de la maladie. Les affections culanées syphilitiques ne sont pas plus exactement connues, et tous les jours nous voyons les résultats de l'erreur dans laquelle flottent la plupart des médecins; nous avons tâché d'indiquer les moyens d'en sortir : car cela n'est pas aussi difficile, peut-être , qu'on parait le croire.
Il est d'ailleurs facile de constater que les auteurs ont si peu de certitude à cet égard, que deux symptômes qui, isolés, ne sont pas considérés par eux comme syphilitiques , sont caractérisés comme tels par leur réunion , et, bien plus, que tout ce qui se manifeste concurremment est enveloppé dans le même diagnostic. Parmi les nombreuses contradictions que nous avons constatées, il en est une qui nous a semble plus p irticulièreineut choquante, et qui se formule ainsi, savoir : que le virus peut subsister les symptômes étant guéris ; et, d'une autre part, le virus peut avoir été épuisé les symptômes persistant. Quel ridicule chaos ! Prouvez donc cjue le virus subsiste ou qu'il a cessé d'exister! Il faut doue évidemment revenir sur tout ce qui est relatif à la di^linction des affections vénériennes d'avec d'autres maladies, et en appeler à l'observation directe; car, il n'y a vraiment aucun parti à tirer de ce que nous présentent les ouvrages trop nombreux que nous possédons sur la matière. Ou aurait assurément plus tôt fait de relever tout , k nouveau , sur la nature, que île lire et surtout de concilier tout ce qui a été écrit.
Il y avait autrefois une cause puissante de retard et d'obscurité pour l'étude et la connaissance de la syphilis, c'est qu'on partait de ce principe que les maladies ne peuvent pas guérir sans mercure. D'après cette idée, toute incertitude était dangereuse et toute expeclation presque criminelle. Aujourd'hui que les progrès de la science ont permis d en agir autrement, qu'on a reconnu que la syphilis primitive guérissait bien et mieux même sans mercure , et que la syphilis secondaire ou constitutionnelle pouvait disparaître sans lui, bien qu'en général il y fut plus utile et même plus nécessaire que dans la maladie primitive, on a plus de probabilité d'arriver k un diagnostic exact parce qu'on a plus de loisir d'en rassembler les élémens , et que ces élémens sont purs, c'est-à-dire qu'ils n'ont point été modifiés par l'influence du traitement. Et d'ailleurs une fois mise de côté celte indispensable nécessité d'adopter ou de rejeter le mercure , qu'importe, à la rigueur, que la malatlie soit supposée syphilitique , lors même qu'elle ne le serait pas , et que, eonséquemment , on prescrive au malade quelques mesures de continence et d'isolement qui seraient superflues ! Il y a peu d'erreurs plus innocentes que celle-là.
La couleur cuivrée, qui suffit k quelques praticiens pour déclarer vénérienne toute affection qui la présente, ne saurait être raisonnablement reconnue suffisante pour distinguer les afl'ections syphilitiques des autres. Ne faudrait-il pas, en efl'et, pour cela, qu'elle leur fût expressément attribuée , et qu'en outre elles les accompagnât dans toutes les circonstances. Or, il n'en est rien, et même celte couleur, qui n'accouipagne les affections syphilitiques que dans quelques circonstances seulement , se trouve , aussi souvent au moins , dans d'autres maladies qui leur sont complètement étrangères.
Pour peu qu'on réfléchisse , on voit que le diagnostic ne peut être relatif qu'à chacun des phénomènesdc la matière pris en particulier : ainsi l'on peut dire voici un chancre syphilitique primitif , une syphilide papuleuse , ^beaucoup mieux qu'on ne peut dire, tel sujeta la syphilis, d'une manière générale; il faut préciser s'il s'agit de la syphilis primitive et locale ou de la syphilis générale et secondaire, ou bien s'il présente la réunion de l'une et de l'autre. Cette façon d'agir a l'avantage de ne point laisser d'incertitude dans l'esprit et de mettre sur la voie du pronostic et du traitement.
C'est une chose sérieuse que le pronostic de la .syphilis , et l'on est souvent appelé à s'expliquer sur ce point. D'après les idées reçues et qui n'ont pas peu contribué à rendre la syphilis plus fâcheuse dans ses résultats , cette maladie est k-la-fois honteuse et très-grave ; au point même que non-seulement elle ne quitte plus celui qu'elle a une fois saisi , mais elle le poursuit encore jusque dans sa postérité. Essayons de rétablir les faits , qui d'ailleurs commencent à être un peu mieux connus. Ce n'est pas la maladie qui est honteuse , c'est le libertinage : de quel côté devrait se trouver l'opprobre, par exemple, entre l'homme dissolu qui, par prudence ou par bonheur, échappe k la contagion , et la femme infectée par un mari ou par un nourrisson, ou le jeune homme même victime d'un seul moment d'erreur ? Du moment où la syphilis ne sera plus accompagnée de ce secret qui en laisse le traitement aux mains des charlatans, elle aura perdu la moitié de sa gravité. Cette gravité d'ailleurs est loin d'être aussi considérable qu'on le prétend en général : outre que la maladie est curable dans toutes ses formes et à tous ses degrés, lorsqu'un traitement vicieux n'est pas venu en accroître les souffrances et les dangers, et qu'elle n'a jamais peut-être entraîné la mort directement et à elle seule, elle présente des chances diverses et qu'il faut savoir apprécier. Primitive, elle est toujours locale et d'une durée peu considérable ; et si elle est convenablement traitée elle peut mourir la où elle est née sans exercer sur l'économie aucune mauvaise influence ni immédiatement, ni ultérieurement. Ce traitement judicieux peut même mettre à l abri des accidens concomitans , qui en prolongent la durée et qui en augmentent les chances défavorables. Secondaire et générale, elle guérit très
SYPHILIS
SYPHILIS
Lien lorsqu'elle est attaquée dès le début et par les moj'ens convenables, elle se montre rebelle lorsqu'elle a duré long-temps , et surtout lorsqu'elle a été exaspérée par le mauvais régime et des médications intempestives. Car la .«syphilis est peut-être une des maladies où l'influence de la médecine est la plus évitlente. En efTel, loisque le médecin assiste à son début, il dépend de lui , on peut le dire sans exagération , de la maintenir dans son état primitif et local , d'empêcher le développement des accidens concomitans , et surtout de s'opposer à Fint'cction générale. 11 est bien entendu qu'il a besoin pour cela d'être secondé par la docililé du malade. S'il est appelé plus tard, il a encore la faculté de remédier aux accidens qu'il n'a pu prévoir , d'en enrayer la marche et d'en prévenir le développement ultérieur. Enfin , lorsqu'il ne peut plus lien prévoir et rien arrêter, il est encore appelé à guérir les maux qui existent, et il en triomphe d'une manière presque assurée , ([uoiciue plus ou moins tardive. Il y a une foule de maladies dont on ne pourrait pas en dire autant. Il y a donc lieu de rassurer les malades plutôt que de les efi'i.iyer, et la guérison prochaine , complète et durable , est vraiment la probabilité qui se présente dans le plus grand nombre de cas , quoi qu'en puissent dire îles hommes peu exercés ou désirant exploiter à leur profit les terreurs qu'ils trouvent établies , ou qu'ils font même naître au besoin.
D'ailleurs le pronostic de la syphilis présente les mêmes élémens que celui de toute autre maladie contagieuse et virufente. Elle est médiocrement influencée par l'âge , le sexe , le tempérament; mais elle l'est beaucoup parles conditions extérieures , telles que le climat, le régime, etc. On sait qu'elle est plus bénigne dans les pays chauils , non pas qu'elle y soit d'une autre nature, mais parce qu elle est inoins sujette à être exaspérée par le froid, et peut-être aussi parce que le traitement en est plus simple que celui qu'on suit dans les contrées septentrionales. Ce résultat du traitement et du régime est bien évident, lorsqu on remarque que les progrès ou le décroissement de la maladie, considérée dans difiérens pays eta ditiérentes époques, a toujours été en raison tlirecte du mouvement de la civilisai ion et des améliorations survenues dans I hygiène publique et privée. Aussi peut-on raisonnablement espérer que la syphilis , si violente au quinzième siècle et dans les deux siècles qui l'ont suivi, qui s'est déjà mitigée au dix-huitième, et qui , depuis le dix-neuvième , a encore plus perdu de ses dangers , finira par s éteindre , ou du moins par se circonscrire d'une manière trcs-reraarquable, comme l'ont fait la lèpre, le scorbut , et autres maladies qui ont décimé la population dans les temps de barbarie. N'est-il pas au moins singulier que les hommes qui soutiennent le plus chaudement l'importation américaine , et qui , par conséquent, conçoivent très-bien une époque où la syphilis n'exislait pas encore sur le continent , ne puissent concevoir une époque où elle n'y existerait plus , et soutiennent qu'elle ne saurait disparaître sans être remplacée par quelque autre fléau ?
Laissons à ces écrivains le soin de justifier de si évidentes contradictions , et continuons l'histoire générale tlu pronostic. Plus la maladie est ancienne et plus elle a été l'objet de tentatives infructueuses, plus aussi la guérison est difiieile, et plus elle a besoin, lorsqu'elle a été obtenue, d'être constatée par le temps et par une observation attentive. Car la syphilis, plus qu'aucune autre maladie peut-être, eat sujette à des recrudescences. Cela est vrai surtout de la sypliilis constitutionnelle, qui, après avoir présenté pendant quelque temps une amélioration sensible, reste stationnaire , et même prend une marche rétrograde. En pareil cas, si l'on observe bien , on voit qu il y a quelque vice dans le traitement auquel on n'avait pas fait attention d'abord. Dans la syphilis primitive , où la tendance à la guérison spontanée est plus manifeste , on a moins souvent à remédier aux rechutes ; mais ce sont les accidens concomitans qui viennent rendre plus t irdive la complète libération du malade.
Ici se présente cette grave et importante question : quanil peut-on garantir h un malade la complète guérison? Pour le vulgaire des médecins, auxquels l'expérience même n'ouvre pas les yeux, l'ancienne doctrine donne la solution suivante : Toutes les fois qu'il y a eu des symptômes primitifs quelconques qui ont été traites sans mercure , le sujet est continuellement sons le coup de la syphilis constitutionnelle, pour lui, sa femme et ses cnfans, etc.; à plus forte raison encore s'il s'agit de symptômes généraux ; vécût-il cent ans, il aurait pu en être atteint , s'il avait existé un jour de plus. Cette assertion qui , vue en face , paraît .«i absurde, et qui est démentie par des faits cent fois par jour, est cependant la réponse que donnent beaucoup de médecins à ceux qui les consultent. Aus.si, pour décliner la resjionsabilité et rassurer leur conscience, ils croient devoir faire faire , dans tous les cas , un traitement , ou ce qui est plus ridicule encore , ce qu'ils nomment un demi-traitement par le mercure. C'est donc qu'ils n'ont pas voulu voir : 1° que la guérison peut être aussi solide sans mercure qu'avec le mercure , et que les chances de récidives sont à-peu-près égales dans les deux cas; 2° que le traitement niercuriel pratiqué chez un sujet qui n'a actuellement aucun symptôme de syphilis , est complètement inutile. En vain dira-t-on qu'il y a des malades sj^phili/ihobes qui ne sauraient être tranquilles sans cela : nous répondrons qu'il faut les rassurer par tous les moyens que possède un praticien éclairé et consciencieux , car , nous ailmetlons peu la nécessité de tromper . même pour cire utile ; ou plutôt nous dirons que cette crainte exagéiée de la syphilis est justement le résultat des opinions erronées que les médecins professent et répandent dans le public.
'Due seconde quesl ion non moins grave que la première , est celle desavoir si l'on doit abréger le plus possible la durée des symptômes primitifs , ou bien , au contraire, si, comme le préicndent divers auteui's , il faut les laisser ou même les faire durer autant que possible, de peur , comme ils le disent , de l en- Jvrmer le loup dans lu bergerie. Des expériences nombreuses ont prouvé qu'il
n'y avait aucun avantage à abandonner à eux mêmes les symptômes primitif», parce qu'on a vu dans un grand nombre de circonstances des guérisons rapidement obtenues soit par hasard , soit par des moyens thérapeutiques , n'être suivies d'aucun accident; d'où résultent ces réflexions qu'il ne saurait, eu général, y avoir d'avantages à prolonger une maladie, et que celle-là en particulier, par sa longue durée , pouvait s'aggraver sous tous les rapports , sans parler de l'inconvénient delà Iransinission.
Voici maintenant la comluite que la raison et l'expérience semblent prescrire également. Lorsqu'on a affaire à une affection primitive et locale, ou l'on peut la faire avorter au plus tôt, lorsqu'on est consulté aune époque assez voisine de l'invasion pour pouvoir y réussir , ou bien au moins prendre tous les soins possibles pour la conserver locale jusqu'au bout, et pour prévenir et les accidens concomitans qui l'aggravent et la prolongent, et l'absorption de produits de sécrétion morbide qui entraînent dans le plus grand nombre des cas l'infection générale et tous les maux qui en sout la suite. Plus lard encore, il faut remédier à ce qu'on n'a pu empêcher , et faire tous ses ellorfs pour ramener la maladie à sa plus simple expression , s'il est permis de s'exprimer ainsi.
A-t on sous les yeux une affection secondaire récente exempte d'accidens et de complications, il faut l'allaquer par les moyens généraux de la thérapeutique , auxquels il est probable qu'elle cédera. La présence des accidens et des complications , de même que l'ancienneté de la malatlie, pourront exiger des soins plus assidus et plus suivis , de même que l'intervention des moyens spécifiques : il faut que le praticien ait prévu et calculé tout cela pour établir son pronostic avec une certitude prudente, de manière à prévoiries résultats des moyens qu'il propose d'employer, et donner aux malades les garanties qu'ils lui demandent pour l'avenir.
Quelle que soit la forme de la syphilis qu'on ait eu à traiter, la méthode qu'on ait suivie , et les agens thérapeutiques aux([uels on ait eu recours , on ne peut considéier la guérison comme solide que quand elle a été sanctionnée p^r le temps, et aucune caution ne saurait remplacer celle-là. Ainsi, comme l'expérience nous montre que les symptômes généraux viennent presque toujours pendant la durée, ou peu de temps après la guérison des symptômes locaux primitifs, nous considérerons comme complètement guéri un sujet ayant eu des chancres vénériens, qui auront parcouru leurs périodes sans qu'il soit survenu de bubons , ni aucun autre signe de l'absorption des produits de sécrétion morbide ; si deux mois après la cicatrisation des ulcères , il n'y a aucune dureté a l'endroit qu'ils occupaient ; si la peau , examinée avec soin , ne présente aucune apparence de syphilide, et si la santé est parfaite d'ailleurs , nous pensons qu'un pareil sujet peut se marier sans aucune crainte , ni pour sa femme , ni pour ses enfans ; mais, nous le répétons, il faut faire l'examen d'une manière attentive et consciencieuse, et ne pas s'en rapporter à une simple déclaration. Lorsque, l'absorption ayant eu lieu , les chances d'infection générale se sont multipliées, nous prolongeons l'espèce de quarantaine que nous imposons aux malades, précisément d'après les mêmes motifs que ceux qui ont dicté l'établissement des lazarets et des cordons sanitaires , et , pour continuer à employer le langage que nous avons emprunté jusqu'ici , nous ne délivrons la patente nette que quand il s'est écoulé au moins deux mois après la résolution complète des bubons, qu'ils aient ou non suppuré. Par résolution, nous entendons quil ne reste ni douleur, ni gonflement, en un mot que les parties soient tout-à-fait revenues à l'état normal ; l'expérience nous ayant aussi montré que les syphi' lides se montrent très-rarement au-delà de ce terme.
Enfin , s'il est question de la syphilis constitutionnelle , après avoir employé les moyens qui nous paraissent indiqués par les circonstances et avoir obtenu la guérison des phénomènes morbides, nous ne considérons celle-ci comme définitive et assurée que quand , à partir du moment où tout phénomène morbide a disparu , il s'est écoulé un laps de temps proportionné à celui qui a ele nécessaire, pour en amener les choses à cet état. C'est ce qu'avait entrevu le praticien , qui voulait que le traitement fut continué après la guérison , pendant un temps égal à celui qui avait été nécessaire pour l'obtenir. Nous croyons être plus près de ce qui est bien , eu substituant à cette réduplication du traitement, qui n'est pas peut-être sans inconvénient , une période d'observation cxpcctante, qui ne nous a pas semblé moins efficace.
Nous aimons à croire que celle manière toute simple d'envisager et d'apprécier les faits, trouvera quelque crédit auprès des médecins. Nous l'employons habituellement dans une pratique qui n'est pas sans succès , et nous avons la satisfaction de voir c|ue, si elle ne nous a pas montré toute la vérité, elle nous a peut-être sauvés de quelques erreurs, en nous inspirant cette prudenic réserve qui n'a point , an moins , à se reprocher d'avoir nui.
Maintenant, il serait trop long de dire comment nous avons été conduits à ces idées, à travers les contradictions des auteurs , dont les assertions les plus tranchantes étaient à chaque instant démenties par les faits qui passaient sous nos yeux ; de pareils détails appartiennent à l'histoire de la science et de ses révolutions. Nous dirons seulement que c'est l'aspect de ces contradictions qui nous a amenés à l'observation directe et expérimentale, et qui nous a foruic une théorie , c'est-à-dire une manière de voir à nous, au lieu de celle que la plupait des praticiens prennent toute faite dans tel ou tel livre.
Le traitement de la syphilis, considéré d'une manière générale, peut se diviser en prophylactique et encuralif;au mot prophylaxie , nous avons déjà traité une partie de la question, et fait voir combien on pouvait espérer de bon» résultats de mesures sanitaires bien dirigées. Daprès la connaissance plus exacte de la maladie et de son mode d'évolution , il est permis de croire qu uoc police médicale , intelligente et active , parviendrait à la cerner, pour ainsi dire,
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