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SYPHILIS
à liinitci" ses ravages. Il ne faut, pour cela, que continuer et élèndre les mères qu'on a prises jusqu'ici et ilonl les bons résultats ont été en croissant de iiir en jour.
Si l'on fait attention que les maladies cutanées sont devenues plus rares et plus •nignes, partout où une civilisation plus avancr'e introduit des habitudes aisance et de propreté ; que le scorbut , qui décimait autrefois les équipages, sparait de jour en jour devant les perfectionneinens de la navigation , qui ont irégé les voyages , eu même temps qu'ils ont introduit h bord toutes les comoïlités de la vie; que, grâce à la vaccine activement propagée, on a vu plueiirs départemens de la France être, pendant quelques années , complètement ;empts de la variole; qu'enfin, la syphilis elle-même, à l'époque où nous rivons , a singulièrement diminué de fréquence , et perdu de sa gravité depuis Telle est mieux connue et mieux traitée, on adoptera seulement l'idée qui éccde; d'autant mieux qu'il s'agit d'une affection qui se communique seuleent par le contact immédiat et intime, et non pas au moyen d'effluves très- )latils et incoercibles.
INous ne nous arrêtons pas à développer les considérations de foute espèce, li prouvent qu'on doit par tous les moyens possibles, tendre à limiter la pro- Jgation de la maladie vénétienne , et qui fout voir clairement que cette itreprise ne présenterait pas autant de difficultés qu'on peut le croire au preier abord , en restreignant le nombre des foyers de contagion par les moyens le nous allons seulement éniiniérer, et qui consisteraient : 1° à nuilliplier pour s vénériens les moyens de secours de toute espèce; savoir, les hôpitaux tant léciaux qu'ordinaires , et les consultations publiques et gratuites, avec distiiition de inédicamens ; 2° h répandre dans le public des idées justes sur la aladie vénérienne et sur le traitement qu'elle réclame ; 3° à sévir contre les larlatans, ou plutôt encore à les décréditer en faisant connaître leurs manœu- •es coupables; 4° à augmenter la surveillance sur les Clles publiques, et à ndre plus fréquentes les visites , afin de séquestrer au plus tôt celles qui sont alades ; 5" à recommander et à encourager l'emploi des moyens préservatifs, 1 éclairant le public sur leur véritable manière d'agir; 6» enfin, à préférer la élhode de traitement qui abrège le plus la durée des symptômes locaux priitifs, qui sont essentiellement contagieux.
D'ailleurs, c'est la combinaison de ces diverses mesures qui serait vraiment ficace , tandis qu'on ne saurait attendre de l'adoption d'une ou plusieurs entre elles qu'une amélioration insiiflisunte et incomplète. Il est facile de convoir que de leur emploi soutenu et bien dirigé, résultera une diminution )tab!e, diminution dans le nombre des cas , et une véritable mitigation de la aladie ; mais , seulement , en ce sens , qu'on verra moins d'affections syphilitiles invétérées, devenues constitutionnelles et irritées par des traitemens tempestifs ou mal conduits. Car, ainsi que nous l'avons dit, c'est une des lalités essentielles des maladies virulentes de ne point s'altérer malgré des ansmissions multipliées, et de se présenter toujours .Tvec les caractères qui ur sont propres. Si donc , la syphilis est réduite h ce qui lui appartient expres-
Iment , et dépouillée de ce cortège de maux , que le traitement peut amener ou sser venir à sa suite , on verra qu'elle est beaucoup moins fâcheuse qu'on ne le oit vulgairement , et l'on pourra dire d'elle avec une parfaite exactitude , ce le le respectable et judicieux Fodéré disait du scorbut : u Plus les gouvernemens deviendront tulélaires , plus l'horrible maladie dont nous parlons disparaîtra du cadre des épidémies, pour reparaître de nouveau quand les scènes idu moyen âge s'ofl'riront derechef sur le théâtre de ce monde. » iLcs idées des médecins sur le traitement curatif de la maladie vénérienne^ ttant de fois et si complètement changé, que les ouvrages ayant trente ans de te, sont à |)eiue intelligibles encore de nos jours. Dans les premiers temps de pparition , ou du moins du renouvellement épidémique de la syphilis , on dut turellenient expérimenter divers moyens contre elle, mais alors la ihérapeu. |ue était peu avancée, et l'on ne resta pas long-temps dans cette voie. Plus •d , et sans s'inquiéter de la marche naturelle de la maladie, et préoccupés de .lée d'un mal auquel on ne pouvait trop tôt porter remède, les praticiens des inzième et seizième siècles, ne cherchaient que des spécifiques , et il fallut de igues expériences et de nombreuses victimes pour leur apprendre que le spci(|ue n'était rien moins qu'innocent, atlministré avec la profusion qui présida ibord à son emploi. Cependant , h l'enthousiasme succéda un complet disci é<lit iqu'à ce qu'on en vint à une juste appréciation des choses, el il y eut plus ine alternative avant d'en arriver au point où nous en sommes. Rarement, il .it le dire, on s'est exactement rendu un compte exact des faits; et bien sount les guérisons furent dues à tout autre chose que ce à quoi elles furent ;ribuécs. Le traitement local et direct fut presque toujours négligé complète- !nt, ou du moins subordonné au traitement général et spécifnpie, lequel, gligeant les phénomènes palpables , s'acharne après un virus invisible et qu'on connaît que par les effets qu'il produit II y a maintenant eiu ore des repi éifans de ces idées; cependant, la majorité des médecins parait s'être rangée X doctrines suivantes; savoir, d.ius les affections primitives, d'employer le iteinent mcthodii|ue dont nous avons parlé aux divers articles qui les concernt , et dans la syphilis conslitulioniielle , d'avoir recours au traitement spéciue , dont l'efficacité n'est pas douteuse lorsqu'il est appliqué, non pas
{luglcment , mais dans les conditions convenables et d'après les mesures que ipérience a fait connaître.
)n s'est encore accordé à mettre en première ligne, soit dans les symptômes mitifs , soit dans la syphilis secondaire , la pureté et la douce température de [inosphcre, un régime doux et tenu , le repos et la propreté ; enfin , la néces-
sité de provoquer l'action d'un ou de plusieurs organes sécrétoires , tels que la peau , les reins, le canal intestinal.
Depuis long-temps on a remarqué l'influence de la température atmosphérique dans les maladies syphilitiques , et l'on a recommandé de garantir du froid les sujets qui en étaient atteints , surtout ceux chez qui la syphilis est constitutionnelle, et plus particulièrement encore ceux qui sont soumis au traitement mercuriel. On sait que la syphilis guérit souvent spontanément dans les régions intertropicales, et que, dans nos climats, l'été est plus favorable quclhiver au traitement, quel qu'il soit. La chaleur doit d'ailleurs être modérée, mais surtout uniforme, et tie plus l'air doit être pur. Lorsque les vénériens sont entassés dans des salles trop prtites où l'air se renouvelle difficilement , la guérison se fait plus long temps attendre, les symptômes primitifs prennent un mauvais caractère, et peuvent quelquefois être envahis par la pourriture d'hôpital. En pareille circonstance, il est probableque l'altération de l'air n'est pas la seule cause de l'aggravation : à plus forte raison , doit-on avoir soin de renouveler et de purifier 1 air des lieux où l'on administre le mercure, surtout en frictions, sous peine de voir se manifester la salivation et tous les accidens qui en dépendent.
Le régime n'est pas moins important, et, quoique I on n'y ait donné d'attention réelle que dans ces derniers temps , il avait été , au fond, 1 instrument le plus actif d'un grand nombre de guérisons. Dans le traitement par les sudorifiques et dans une foule de méthodes dont les auteurs faisaient secret, pour les exploiter d'une manière plus lucrative, le régime plus ou moins adroitement masqué derrière des médicamens et des pratiques bizarres a souvent été l'élément principal du succès. La plupart des observateurs s'accordent à prescrire une certaine abstinence, et veulent qu'on réduise, au moins de moitié , et même des trois quarts, la quantité habituelle de la nourriture; ils recommandent les alimens végétaux non excitans, à l'exclusion des substances animales et des assaisonnemens stimulans , de même qu'ils interdisent l'usage des boissons spiritueuses. Un trop petit nombre peut-être a suffisamment constaté l'influence de la diète prolongée et surtout de l'alimentation uniforme , surtout dans les affections chroniques. En Suède, le traitement par la faim ne dure pas moins de douze semaines : et l'on doit remarquer que c'est là un moyen bien puissant d'agir sur l'économie. En Égypte, on guérit beaucoup d'affections syphilitiques, par ce qu'on nomme la diète sèche, c'est-à dire une nourriture composée de raisins secs , de figues , d'amandes, etc. ; les Allemands tirent un fort bon parti de la cuic par la faim ( hungerkur) , et l'on obtient de bons résultats du traitement de Fellz, de Vigarous , etc. , qui ont , pour partie très-essentielle , une alimentation uniforme et très-restreinte dans sa quantité. Ce régime nous a toujours paru exercer une influence très-salutaire sur la syphilis, dans ses diverses périodes. Mais, son triomphe n'est jamais plus marqué que dans les affections chroniques qui ont été exaspérées par la mauvaise direction et par l'emploi intempestif ou exagéré des inédicamens. Il ne faut pas croire, cependant, que le résultat soit atlacixé à l'observation judaïque de tel ou tel régime, et que quelques grains de se!, par exemple, dans le bouillon, doivent nécessairement compromettre le succès du traitement, par la tisane de Feltz, pour citer un cas particulier. Ce qu'il faut avoir en vue, c'est le principe dont l'application doit être laissée à l'intelligence et à la sagacité du praticien. Nous n'entreprendrons pas d'expliquer de quelle manière agit le régime plus ou moins tenu, auquel sont assujétis les malades; il nous suffit d'en avoir constaté les bons effets , comparativement aux résultats de la méthode opposée. Dans la convalescence, on ramène peu à peu le sujet à ses habitudes ordinaires, et le rétablissement des forces et de l'embonpoint ne se fait pas long-temps attendre.
On peut considérer le repos et la propreté , comme des conditions indispensables à une prompte et solide guérison , et c'est l'impossibilité où sont un grand nouibre de malades de réunir ces conditions qu'est dû l'aspect fâcheux que prend la maladie. Il est plus que probable que , si l'on pouvait joimlre au régime tempéré le repos du lit et les soins d'une propreté convenable, on obtiendrait la guérison de la bleiinorrhagie et des chancres, sans qu'il survînt ni bubons, ni végétations, etc., et de même aussi dans les symptômes de syphilis constitutionnelle, on en retire de véritables avantages; le séjour du lit en particulier est favorable d'abord en ce qu'il maintient les malades dans une égale et douce température , ensuite parce qu'il permet mieux de supporter la diète , dont l'utilité est démontrée. Au lieu de cela , la nécessité de cacher leur mal et de vaquer à leurs travaux ordinaires , fait que la plupart des sujets affectés sous l'influence de la fatigue et delà malpropreté sont plus long-temps affligés par les symptômes primitifs et plus exposés à tous les accidens consécutifs qui sont encore plus fâcheux. Aussi , foutes choses égales d'ailleurs , la syphilis est - elle , comme toutes les maladies, plus grave chez les pauvres que chez les riches.
On a toujours considéré comme un élément de succès , dans le traitement de la syphilis, l'action de provoquer une abondante sécrétion de tel ou tel organe, et l'on ne s'est pas rendu compte suflisamraent des résultats obtenus. On a complètement renoncé à la salivation (voy. ce mot), depuis qu'on a bien constaté que le mercure pouvait agir très-bien sur la sy-philis , sans provoquer rinflammati<)n de la membrane muqueuse de la bouche. On a conservé plus de confiance, et avec raison, dans les sudorifiques , mais dans ceux qui , conformément à leur nom , suscitent véritablement des sueurs et non pas dans ceux qui ne manifestent leur action par aucun phénomène appréciable. Les purgatifs et les diurétiques peuvent accessoirement trouver place dans le traitement de la syphilis primitive et consécutive , mais ils ne constituent pas une méthode curative de celte maladie.
D'ailleurs , on a employé pour remplir les indications dont il vient d'être parlé une immense multitude de médicamens, de telle sorte qu'il n'est pas
SYPHILIS
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peut-être une substance qui n'ait été indiquée comme anli-syphllitique et vantée par son inventeur, comme ayant une action certaine et connue , prétérable à toutes les autres. Cliacun d'eux compte en sa faveur des succès, et cela n'est pas étonnant , si , du noaibre des gucrisons , on soustrait le nombre des cas où la maladie aurait disparu par les seuls efforts de la nature. Cependant , tous ces moyens, dont Ténumération même serait trop longue, n'ont pas été tous à beaucoup près, offerts comme spécifiques ; ce nom, qui promet tant, a été réservé seulement à quelques-uns.
Le mercure, qui de tout temps a été considéré comme le véritable spécifique de la maladie vénérienne, mais dont l'abus avait fait proscrire l'usage, doit reprendie dans la thérapeutique sa véritable place, maintenant que son action est plus judicieusement appréciée, et qu'on a plus exactement précisé les cas où il est utile et ceux où il est superflu et même dangereux, [l^ojez mercup.e et STPHiLiDE.) La salivation , depuis long-temps bannie, parce que ses avantages étaient loin de balancer ses inconvéniens, a fait place à une mélliode plus douce et non moins sûre. Ainsi donc , le mercure , administré dans les conditions convenables, restera toujours comme un agent qui ne saurait être remplacé absolument dans la thérapeutique des maladies vénériennes.
Limité dans les bornes convenables, le traitement mercuriel doit figurer d'une manière importante dans la thérapeutique des affections syphilitiques ; et nous avons déjà indiqué , tant au mot mercure , qu'en traitant en particulier des diverses affections comprises sous le nom général de syphilis, quelles sont les conditions qui le réclament et les règles qui en doivent diriger l'emploi. Nous renverrons aux trop nombreux écrits publiés sur la matière, ceux qui voudraient connaître les innombrables et stériles théories qui ont été données sur ce sujet, théories qui fatiguent l'esprit du lecteur , et qui augmentent ses incertitudes et ses doutes. Car il n'y a pas dauleur qui n'ait proposé son explication, sa modification, son spécifique infaillible.
Vainement on a essayé de subslituer à ce médicament d'autres spécifiques ; on a obtenu des guérisons , il est vrai, mais qui ne présentaient pas les caractères qui signalent l'action ilirecte du mercure. D'ailleurs pour le supplanter , on l'a calomnié , comme c'est l'usage , eu lui attribuant les désordres , dont ceux là seuls étaient coupables qui n'avaient pas su apprécier et mesurer son action. Ainsi, il est démontré par l'expérience que les femmes enceintes, les nourrices et les enfans prennent sans aucun danger les préparations mercunelles qui sont bien administrées. Souvent dans les reproches adressés au mercure, on peut démêler un esprit de cupidité et d'accaparement peu fait pour inspirer la confiance. Au reste, cpi'on ne croie pas ici que nous voulons considérer ce traitement comme absolument indispensable ; car il suffirait d'un seul cas de syphilis bien avéré guéri sans lui pour anéantir une pareille assertion.
Parmi les succédanées du mei'cure on compte un grand nombre de médicamens , mais surtout l'or, l'ammoniaque , l'iode, le chlore, etc. Les guérisons obtenues par ces divers agens , lorsqu'on les regarde de bien près , s'expriment le plus souvent : 1" par la cessation du mercure, dont on avait abusé; 2° par la nature non syphilitique du mal ; 3» enfin , parce qu'ils ont été donnés dans des symptômes primitifs , dont nous avons signalé la tendance à guérir.
Le traitement aniiphlogistique pur, auquel on peut reprocher d'avoir été proposé d'une manière trop exclusive, a rendu d immenses services. Par lui , a été rais hors de doute ce fait d'une haute importance, savoir : que tous les symptômes primitifs et que la plupart des symptômes consécutifs pouvaient guérir, et guérir d'une manière aussi complète que durable, sans avoir recours à aucun moyen spécifique mercuriel ou autre. D'ailleurs, ce traitement doit j comme tout autre, être employé d'une manière intelligente et éclairée, de telle .sorte qu'on n'hésite pas à lui substituer, quand cela devient nécessaire, toute espèce de médication excitante ou spécifique. En agir autrement, c'est s'exposer à ne pas réussir dans une foule de circonstances. Ainsi , par exemple , il est tel cas de syphilide papuleuse, dans lequel le traitement antiphlogistique , poussé à l'extrême, ne produisait aucune amélioration et qui a cédé promptement à l'administration du mercure. Bien plus, il a suffi plus d'une fois d'abandonner les débilitans , dont on avait fait un usage exagéré, pour que la guérison s'opérât par les seules forces de la nature , et sans même avoir recours à aucun autre moyen thérapeutique.
La question du traitement antiphlogistique a été suffisamment débattue, et maintenant que l'aigreur et la violence qui avaient eu lieu des deux côtés sont apaisées, il reste prouvé que les récidives ou plutôt la manifestation des symptômes constitutionnels, n'est pas plus fréquente qu'après le traitement mercuriel ; et que même ces symptômes atteignent rarement un aussi haut degré de gravité et d'opiniâtreté. On prétend , par exemple , qu'on ne voit jamais d'affection des os que dans les cas où le mercure a été employé.
De l'étude et du laborieux dépouillement de tous ces travaux, et de leur comparaison avec ce que nous montre l'observation de chaque jour, résulte pour nous l'opinion que , dans le traitement de la syphilis , au lieu de partir «le ridée d'une spécificité morbide, entrainantinévitablement l'idée d'une spécificité thérapeutique , il faut , au contraire , n'y arriver qu'après avoir épuisé toutes les explications et les inductions que nous fournissent et la pathologie et la thérapeutique générales. C'est ce fjui nous a conduits à adopter le traitement que nous appelons méthodique, c'est-à-dire, dans lequel, suivant les circonstances et les conditions individuelles , les divers moyens connus d'agir sur l'économie sont employés , soit simultanément , soit séparément , et de manière à exercer une influence locale ou générale. L'expectation , elle aussi ^ joue son rôle dans ce traitement , et c'est elle qui nous a permis de constater que , plus d une fois , les moyens employés ne méritaient pas les honneurs de
la guerison. Admettant la spécificité là où elle se montre prouvée , nous la faisons tourner au profit des malades, d une part, en n y recourant que quand les moyens ordinaires se sont montrés insuffisans ; de l'autre , en régularisant autant que possible l'emploi des spécifiques, au lieu de nous abandonner à la routine, à l'aveugle empirisme qui a souvent dirigé également les sectateurs des doctrines les plus opposées. C'est ici qu'il convieul d'agir d'après les principes d'un eccleclisnie judicieux.
Un des principaux obstacles qu'on puisse signaler comme ayant retardé l'élude et la connaissance de la maladie vénérienne, c'est que son traitement ayant presque toujours dû être secret, le charlatanisme et la cupidité qui ont presque toujours et partout usurpé le monopole se sont plus à maintenir toute son histoire enveloppée d'un merveilleux et d'une obscurité que les travaux de quelques hommes consciencieux et éclairés n'ont jamais pu dissiper. Pour le vulgaire et pour le commun même des praticiens , il n'y a pas de progrès; et l'on peut voir qu'une foule de personnes sont intéressées à la propagation et au maintien de l'erreur. Nous espérons que plus les idées que nous avons exprU moes dans cet article se répandront parmi les méilecins et même dans le public, plus le charlatanisme perdra de son crédit , et plus aussi l'on verra diminuer le nombre de ses victimes.
D'ailleurs , nous avons la satisfaction de voir que le besoin d'une révision et d une réforme dans la théorie et dans la pratique de la médecine des maladies syphilitiques se fait sentir de toutes parts. Sur tous les points on commence à ouvrir les yeux sur les incohérences et les contradictions admises jusqu'à ce jour; chacun a examiné pour sou compte et a modifié sa manière d'agir, et cette tendance individuelle s'est généralisée et s'est manifestée par les sujets de prix qu'ont proposés les sociétés de médecine, et tout récemment par le congres médical tenu à Nantes spécialement pour cet objet. On doit beaucoup at: tendre de ce mouvement des esprits éclairés , et nous nous estimerions heureux et honorés si nos travaux avaient contribué à le susciter ou à l'entretenir. ^
D'après la manière dont nous avons traité cet article et le but général de l'ouvrage qui le renferme, on conçoit que notre bibliographie doit être asseï courte et ne renfermer que les ouvrages qui nous ont paru les plus utiles. Pour les autres à peine contiennent-ils quelques faits utiles a conserver, au milieu de discussions, de théories et de commentaires fatigans. Une seule chose est résultée pour nous de l'élude des auteurs, c'est la concordance notable qui existe entre tou.s les vrais observateurs , et c'est elle qui nous a conduits à préférer généralement l'examen attentif et réfléchi des malades aux lectures qui laissent dans l'esprit si peu d'idées positives et pratiques.
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Rayer. Traité théorique el pratique des maladies de la peau , deuxième édition , Paris, , t. I[ , p. 340 et suiv., et planches 16, 17, 18 , 19, 19 bis., dans lesquelles sont figurées, une grande exactitude, les diverses variétés d'aspects de la syphilis, ocès-verbaux des séances tenues par les médecins de Nantes, pour discuter la valeur octriues nouvelles relativement à la nature et au traitement de la syphilis, Nantes , 1835,
ifia nous engageons à consulter la Bibliograph.j de l'article MEncBRE.
(Cullerier et Ratier.)
àBAC. s. f. Nicotïana tahacum. Plante annuelle , appartenant à la famille iolanées et à la pentandrie monogynie. Sa tige, qui s'élève quelquefois à t 1 et quatre pieds, est cylindrique , simple inférieurement, légèrement raîe dans sa partie supérieure; ses feuilles sont alternes, très-grandes, ovaaiguës , rétrécies à leur base , pubcscentes et légèrement visqueuses, ainsi la tige. Les fleurs sont grandes , d'une belle couleur rose , formant une DiCT. DE Mf.decike et de Chirurgie pratkjues.
sorte de panicule au sommet de la tige ; leur calice est tubuleux, urcéolé,à cinq divisions peu profondes ; leur corolle monopétale régulière •. tubuleuse et inftindibuliforme , légèrement pubescente en dehors; le limbe est étalé à cinq divisions, larges et aiguës ; le fruit est une ca|)sule ovoïde, un jieu pointue à son sommet, à deux loges polyspermes, s'ouvrant naturellement en deux valves. ( RlCHAtlD. )
Le tabac est originaire d'Amérique , dont les habitans le nommaient pelun. Les Espagnols , qui le rencontrèrent aux environs de Tabaco , lui donnèrent le nom de cette ville. Il fut encore nommé nicotiane , du nom de Nicot , ambassadeur fiançais près la cour de Portugal, en 1558 , qui présenta le premier ce végétal à la reine Catherine de Médicis.
Usages domestiques du tiibac. Le tabac Cit prisé , fumé ou chiqué : il subit, pour être employé à ces divers usages , des préparations dans le détail desquelles nous ne devons pas entrer ici , parce que nous avons , à l'article profession , mentionné les effets éprouve's par les ouvriers employés à ces préparations.
rabac piisé. L'usage de priser remonte à Catherine de Médicis: ses médecins le conseillèrent à son fils Charles IX , pour les maux de tète auxquels il était sujet. A peine introduit clans les narines , le tabac produit , chez les personnes qui n'y sont pas habituées , un éternuement plus ou moins violent et plus ou moins répété, suivant la susce|itibililé de la membrane pituitaire, éternuement Suivide l'augmentation de sécrétion de celte meuibi ane. Pendant ce mouvement convulsif de tout le corps, on a vu , dit-on , se produire des hémorrhagies trèsgraves , l'avortement et la cécité. Fabrice de Hilden fait menliou d'un éternuement qui a produit la cécité , Haller cite un cas dans lequel l'élernuement a produit un changement de direction dans U; globe de l'œil ; Aibrecht, un cas dans lequel l'éternuement occasiona la mort ; Bonnet, Lancisi et Morgagni, font mention de faits semblables, et l'on conçoit facilenient qu'une rupluie de quelque anéyrysme , qu'une hémorrhagie cérébrale , qu iia étranglement herniaire, puissent résulter de l éternueinent qui suit une prise de tabac. On a dit encore que l'habitude de priser avait occasioné des polypes et des affections ulcéreuses des narines : voilà, je crois, quels sont à-peu-près les dangers attribués à la stimulation de la pituitaire par le tabac. Mais hàtons-nous d'ajoQter que ces dangers, possibles, sont très-rares, et que les résultats les plus communs de l'habitude de priser , sont d'émousser l'odorat , en épuisant l'excitabilité de la membrane piluitaire , et en recouvrant cette membrane d'une crasse épaisse ; encore cette habitude le blase-t-elle beaucoup moins que ne le font les odeurs fortes, sans doute parce que le tabac agit plutôt sur le système vasculaire de la membrane que sur son système nerveux. Qu'on joigne à cet inconvénient la malproprelé et 1 odeur désagréable que ri |)andent Ks priseurs , et qui , dans la vieillesse, les rendent un objet de degotit pour les personnes qui les entourent , et l'on aura énuméré , je crois , les inconvénieus réels de l'habitude de priser. Quant aux avantages de celte habitutle, si l'on en croit les priseurs, le tabac les a délivrés de maux de lêle , de maux d'yeux , de maux de dents , ce qui peut , au reste , s'expliquer par la révulsion exercée sur la membrane pituitaire; il les a délivrés encore de inhumes de cen'eau habiluels ( sans doute enémous^ant la sensibilité de cette même membrane); mais ce ne sont pas là les motifs les plus ordinaires elles motifs réels, qui font coutracler Ihabitude de priser; comine ils sont communs aux trois modes dont on use du tabac , nous les indiquerons plus loin.
Tabac fumé. L'usage de fumer a été apporté en Europe par les Portugais, qui l'ont trouvé établi dans les Indes occidentales ; on n'a guère commencé à fumer , en France , que sous le règne de Louis XllI. Le tabac se fume de plusieurs manières , qui , indépendamment des effets communs à l'action de fumer, ont chacune des effets particuliers dont il n'est pas inutile de tenir compte. Les effets communs produits par l'action defuaier, chez ceux qui n'en ont pas encore contracté l'habitude, sont une abondante salivation promplement suivie de phénomènes tout-à-lait analogues à ceux de l'ivresse : malaise, faiblesse , troubles de la vue, vertiges , mal de tête, décoloration complète de la face, sueur froide , impossibilité de se tenir sur ses jambes , anéantissement complet, envies de vomir, vomissement et quelquefois évacuations alvines ; disparition de ces accideus et retour à la santé , au bout de quelques heures. Ces phénomènes se manifestent chez quelques personnes irritables et nerveuses ; après qu'elles ont fumé trois à quatre gorgées de tabac; chez les personnes plus habituées à fumer, et qui fument de très bon tabac, une salivation abondante précède tous ces accideus , qui ne se manifestent plus guère qu'après que l'on a fumé une pipe ou un cigarre entiers; enfin , chez les personnes qui ont contracté l'habiluJe de fumer, il ne se manifeste aucun de ces phénomènes qui sont remplacés par d'autres que nous mentionnerons plus loin.
Percy attribue à rhabilucle de fumer la diminution de l'appétit , l'imperfection de la digestion , causée par l'émission plus ou moins abondante de la salive, l'hydropisie, l'anasarque , le dessèchement, la consomption , les excorialions de la commissure des lèvres, le carcinome de la lèvre inférieure, et, assez ordinairement, dit-il, l'endurcissement squirreux et le cancer de l'estomac. L'habitude de fumer est certainement fort innocente de beaucoup des maux dont l'accuse Percy; elle ne produit même pas toujours la diminution de l'appétit, mais si l'on a faim, et que l'on n'ait rien à manger , on trompe la faim, et l'on se distrait , en fumant , de l'obsession d'un besoin impérieux. La déperdition de salive , après le repas , fait certainement un grand tort à la promptitude et à la perfection de l'acte digestif; mais chez les bons fumeurs , on voit rarement ces ruisseaux de salive dont parle Percy ; quant aux Orientaux, qui fout leurs délices et leur passe-lenips de la pipe , et qui , au dire de Percy .
TAB A.C
TABAC
peuvent fumer dix pipes sans s'alTaiblir , parce qu'ils avalent leur salive , je crois qu'il y a ici une erreur, et que les Orientaux n'avalent rien du tout. Si les grands fumeurs ne crachent pas, c'est que leurs glandes salivaires ont cessé d'être impressionnables à l'aclion du tabac , et qu'il n'y a réellement pas plus de salive sécrétée chez eux pendant qu'ils fument, que dans tout autre instant. Quand aux avantages que les fumeurs disent retirer de leur habitude pour la conservation de leur santé , on sait aussi à quoi s'en tenir sur leurs assertions : La pipe délivre chacjue matin celui-ci cVuiie abondante pituite , qui ne manqw'iait pas de L'étouffer; débarrasse cet autre de beaucoup c^'e<2!/a: claifes ; facilite chez tel autre l'expectoration , etc. , etc.
L'habitLide de fumer, avec quelque instrument que ce soit , noircit les dents. L'usage journalier d'une pipe de terre use à la longue les dents sur le-quelles appuie le tuyau, les incisives latérales droites supérieures et inférieures , sou- TCnt les quatre h-la-fois.
L'usage de ces pipes de terre dont le tuyau court permet au fourneau de toucher aux lèvres (bi ûlc-p,ueule) peut déterminer l'engorgement des gencives , et par suite l'ébranlement des dents; M. Bazire, dentiste distingué de Paris, m'a dit avoir remarqué que cette proximité du fourneau faisait fendre l'émail des dents. Quant au carcinome de la lèvre iiiféiieure, qui serait, suivant Percy , produit par la pression du tuyau , par la causticité et l'âcreté du tabac, nous ne savons pas si cette assertion est fondée, et les aphthcs passagers ainsi que l'affection des commissures que nous avons observés chez un ou deux fumeurs , pouvaient être attribués à toute autre cause qu'à l'habitude de fumer, et ont cédé à une cautérisation avec le nitrate d'argent sans discontinuation de l'habitude de fumer.
L'oukas des Turcs , dans lequel la fumée traverse une sorte de bain-marie et parcourt un tuyau de dix à douze pieds avant d'arriver à la bouche , enlève h la fumée son calorique , la dépouille de sa mordacité sans exiger plus d'effort d'aspiration , que les pipes de nos contrées. Les longs tuyaux de jasmin , de lilas et d'érable, dont on fait généralement usage en Pologne et en Prusse, jouissent du même avantage. L'extrémité qu'on place dans la bouche est surmontée d'un tuyau de plume à écrire. Cette addition si simple est pour les lèvres et les dents la plus convenable et la plus propre; elle est souple, et on peut la renouveler aussi souvent qu'on lèvent.
Après la pipe vient le cigarre qui, lorsqu'il est confectionné avec un tabac d'une qualité supérieure, est exclusivement à la mode aujourd'hui chez les gens du meilleur ton , et qui , fait avec le tabac commun , commence dans les classes du peuple à remplacer la pipe. On sait qu'il consiste dans des feuilles de tabac choisies et roulées sur elles-mêmes. C'est la plus simple et la plus douce manière de fumer, lorsque toutefois le cigarre est de bonne qualité , s'allume et se fume facilement et laisse pour résidu une cendre blanche argentée. Le cigarre n'use point les dents ; en le fumant on ne court point le ri>que de faire remonter dans la bouche cette huile empyreumati(|ue acre et brûlante dont il se forme un réservoir dans les pipes et qui est un véritable caustique.
Une modification ou , pour mieux dire, un ilimiuutif du cigarre pour les personnes qui ne peuvent le siqiporter est la cigarette , dont la mode nous vient d'Espagne, et qui consiste en une traînée de tabac renfermée dans un petit rouleau de papier ou de paille de mais de manière à former le volume d'un tuyau de plume à écrire. C'est la plus douce et la [)lus innocente manière de fumer.
Effets du tabac chiqué. 'Voici comment s'expriment (article Nicotiana , Dict. de matière médicale, t. v, p. 609) MM. Mérat et Delens : « Cliiquer. Cet emploi , qui consiste à mâcher du tabac en feuilles , ne se trouve absolument que dans les sujets les plus abrutis. « MM. Méi at et Delens sont , ce nous semble , dans 1 erreur et sur la manière de chiquer et sur les personnes qui ont cette habitude. Le tabac destiné à cet usage n'est point en feuilles, mais en cordes et en ficelles (bitord) ; la plupart du temps on ne le mâche point ; mais on le dépose dans le fond de la bouche, et par une succion extrêmement faible ou par l'effet de son seul séjour, la muqueuse buccale et les glandes salivaires éprouvent la stimulation que l'on recherche ; quant aux sujets chez li squels on rencontre celte habitude, si, comme le disent ces auteurs , ils étaient abrutis , certes cet abnitissernenl tiendrait à toute autre habitude qu'à celle de chiquer, puisque la chique et la pipe n'enivrent que ceux qui n'y sont pas habitués ; mais d'ailleurs les chiqueurs ne sont pas plus abrutis que les fumeurs et les priseurs et la préférence accordée à celle manière d'user du tabac lient à des motifs que nos confrères ont passés sous silence. Ainsi les ofiîciers de marine, qui, ])our 1 instruction et les bonnes manières , ne le cèdent bien certainement en rien aux ofliciers de terre , chiquent presque tous. « Cette prédilection , dit M. Forget , tire son principe : 1° de la facilité tju'elle donne de pouvoir vaquer à toutes les occupations, sans interrompre l'acte sensuel ; 2° de sa commodité , exempte qu'elle est d'attirail ; 3» de la facilité avec laquelle on la dissimule, n'altérant que l'haleine et même assez légèrement , lorsqu'on n'en abuse pas : nous avons \\i des ofïiciers chiquei- en plein bal , sans que personne s'en aperçût ; ^'> enfin , de son innocuilé , n'exposant pas aux accidcns d'incentlie , comme la pipe, qui, de plus , est fragile , difficile par consé(|uent à remplacer dans beaucoup de cas, et avec lai|uelle il n'est pas permis de |)araitre sur le gaillard d'arrière, ou de pénétrer dans 1 intérieur du vaisseau. » (Médecine navale. ) L'habitude de chiquer produit les mêmes elTets immédiats et consécutifs que celle de fumer, à l'exception pourlant de ceux dont les dents sont le siège. La sécrétion salivaire que détermine reni|doi du tabac chi<[ué n'est pas pure comme celle qui est déterminée par l'action de fumer; elle est mêlée au jus de tabac, et si elle était avalée dans un moment de distraction, elle donnerait lieu à des accidens gra-
ves. La gravité serait encore accrue si le tabac était lui-même avalé. Il suffit, du reste , après avoir chiqué , de se rincer la bouche avec un peu fl'eau fraîche pour faire disparaître toute trace d'odeur et il est loin d'en être ainsi de la pipe et du cigarre , dont la fumée imprègne les habits , et laisse si long-temps daDs| la bouche une si détestable saveur.
Quels sont maintenant les avantages réels de l'usage domestique du tahao}\ Quels snnt les motifs réels qui ont porté l'homme à priser , fumer ou chiquer? Quel plaisir Irowe-l-il dans la satisfiiction de ces besoins Jacti.ces ? Quelle douleur troui'e-l-il dans leur non-satisfaclion ? « Malgré les déclamations de l'arcliiatre Fagon et de cent autres médecins , dit Percy, ce fut de leur temps qu'on s'avisa de distribuer régulièrement aux troupes françaises du tabac à fumer, et nous avons vu faire encore cette distribution, qui forçait ou invitait chaque soldat à avoir sa pipe et son briipiet. Pendant la conquête de la Hollande, Louvois s'occupa encore plus de l'approvisionnement de tabac , que de celui des vivres; et c'est plutôt aussi à trouver du tabac qu'à chercher du pain, que le soldat, tant celui d'autrefois c[ue celui de notre temps , songeait le plus sérieusement en campagne. » { Dictionnaire d<'s se . méd.) « Tel individu , dit M. Forget, ne peut iligérer le plus maigre repas s'il ne mâche une chique ou ita ne brûle une pipe immédiatement après. Cette voix impérieuse ( le besoin) dicte les expédiens les plus bizarres. Je n'oublierai jamais ce matelot de VAn- flou tigone qui vint me trouver pour un mal de gorge. Voyant à la saillie de la joue qu'il mâchait quelque chose, Comment , \uï , vous avez mal à la gorgt
et vous chiqtiez ! — Major, me répondit-il, depuis trois jours je n'ai plus de ^i"^ tabac ! et en même temps il tire de sa bouche un peloton d'étoupe goudronnée. Les larmes qui roulaient dans ses yeux humectèrent mes paupières, et je partageai avec lui un peu de tabac qui me restait ( nous étions depuis près de trois mois à la mer). Il me remercia dans des termes que je ne puis reproduire , et je ne l'ai plus revu. J'ai la conviction que, si la privation du tabac n'a pas causé son mal dégorge, c'est du moins le tabac qui l'a guéri, o {Méd. nav.,t.\, p. 295). M. Forget, après ces détails , insiste beaucoup sur l'approvisionneraent'ii' du tabac dans les voyages de mer. Passons maintenant à l'intei prétation de Ces faits et à la solution de nos questions. Le tabac, fumé ou chiqué , n'est générale-! lilm ment parlant, pas un digestif. Il n'a non plus rien de spécifique contre les loM maux de gorge, pas plus que contre le scorbut, l'influence débilitante desil'si! brouillards, etc. Cependant le tabac, dans ces difléiens cas , peut-être trèsavantageux, mais seulement relativement, c'est-à-dire pour 1 homme placé dans certaines circonstances. Expliquons cette assertion : le besoin de sensation est jib»
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inhérent à l'animalité , et l'homme , placé à la fête de l'échelle animale, est aussi celui de tous les êtres qui éprouve le plus impérieusement ce besoin. Qu'avec des organes sains , des sens actifs , il soit jeté dans une position oii il w\ ne puisse le satisfaire; par exemple , privé de liens de famille, de femme, d'enfans , de spectacles , de livres , il trouvera dans le tabac un stimulant qui répond d'autant mieux à cet impérieux besoin de sensation qui ie dévore, que cette substance peut exercer une impression susceptible d'être renouvelée fréquemment et à volonté , avantage que n'ont pas les liqueurs fortes. Les faits viennent à l'appui de ces assertions : qui s'avisa le premier d'user du tabac ?Le sauvage de l'Amérique , sans idées , sans souvenirs , sans prévoyance, privé des secousses de nos drames, des sensations de notre civilisjtion, dont la vie coule poi uniforme et monotone , et qui , sans calumet , ne saurait comment remplir les Ira heures qu'il ne donne pas à sa pâture. Quels hommes se hâtèrent d'adopter! lefi! cette mode enfantée par les sauvages? Le matelot enfermé sur son navire, le es soldat au bivouac, le Turc courbé sous le tiiplejoug du despotisme, dufala- «ili lisme et d'une chaleur accablante , et auquel semble interdit tout effort de cer- |oiil veau ; enfin les oisifs de nos villes. Quel plaisir trouve-t on dans celte substance tels acre les premières fois qu'on commence à en user? Une impression vive et km forte, objet premier du besoin vague de sensation; plus tard, un remèile àl'en- jL nui , une diversion à des sensations pénibles et douloureuses ; pour quelques t'is personnes enfin , le tabac répand sur la vie un voile de béatitude , porte aure- p cueillement, à la méditation, à une rêverie pleine de charme; il est pour ces wi personnes, ce qu'est l'opium pour les Orientaux. Sup])osons à présent qu'après iui avoir contracté celte habitude du tabac, qui, née du besoin vague de sensa- èit tion . se transforme bientôt en besoin d'organisation , l'homme soit toul-à-coup p dans l'impossibilité de la continuer: cette privation causera l'ennui et le cortège de maladies qu'il entraîne , les mauvaises digestions, lescorbut, etc., etc.; puis , comme il y aura suppression d'une irritation qui , bien qu'artificielle,*! n'en est pas moins naturalisée avec l'organisme comme le serait un exu- flua toire, il pourra se développer , par le fait seul de cette suppression, une alfcc- le tion irritalive quelconque dans un point de l'organisme. On peut donc, après (Cei ces interprétations , et sans craindre d'être taxé de crédulité ou d'exagération, Wi conclure avec quelque fondement cjue, outre ta vertu désennuyante, ou mieui | ( que par sa vertu désennuyante, le tabac peut prévenir des maladies qui font de '« grands ravages et puissamment concourir à leur guérison. Nous savons tout aussi bien que ceux qui l'objectent que le besoin du tabac n'est pas dans la na- •l'u turc; mais nous avons montré comment il y entre, et nous croyons que, dans j( certaines circonstances qui ne sont p.is naturelles , ou peut l'y faire entrer; on <|((i ne fera , du reste, à cet égard que ce que nous faisons dans nos prescriptions fiii thérapeutiques, et que ce qui se fait chaque jour pour une infinité trobjets nul- ' fi sibles en eux-mêmes, mais dont notre civilisation force d user, pour obvieri j des inconvéniens plus graves que ceux qui résultent de l'usage de ces objets, j Tous les actes de l'homme d'ailleurs ne trouvent-ils pas leur motif dans son or- I ganisation , et en se livrant à ces actes fait-il autre chose qu'obéir à sa nature , ; dont le grand mobile est la sensation? Napoléon , qui était loin de priser aussi
TABAC