TÉRÉBENTHINE DE COPAHU
TEREBENTHINE DE COPAHU.
ont obtenu de pareils succès, eussent cherché à constater et pris soin de faire connaître les conditions dans lesquelles ce médicament doit être administré. Car, plus un médicament présente de spécificité dans sa manière d'opérer, plus on doit se montrer exact et sévère dans l'observation de tout ce qui lui est relatif. Quoi qu'il en soit, l luiile essentielle de térébenthine est la partie employée de préférence; elle n'échoue, dit-on , que datis les cas où la névralgie dépend de l'altération organique d'un nerf. (Voyez Névralgie.)
On donne dans cette maladie l'huile de térébenthine, incorporée avec du miel rosat à la dose de deux gros pour quatre onces de miel , qu'on prend en trois ou quatre doses. L'effet qu'on en observe, indépendamment de quelques symptômes peu importans d'excitalion du canal digestif , lesquels , d'ailleurs, se dissipent d'eux mêmes lorsqu'on cesse l'emploi du médicament, sont une chaleur plus ou moins vive accompagnée de sueur sur le trajet du nerf malade. Lorsque l'estomac ne peut supporter l'essence de térébenthine, on la prescrit en frictions ; il semblerait préférable de la donner en lavement.
Rien n'est moins facile à prouver que l'efficacité de la térébenthine dans l'empoisonnement par l'acide prussique ; telle est, en effet, l'efTioyable activité de ce poison , qu'on ne lui échappe que quand , par bonheur, on n'en a pas pris assez. Alors, presque tous les excitans sont également utiles pour accélérer le rétablissement des lonctions. Quant aux guérisons d'asthme , d'apoplexie , de paralysie, ou convulsions, et de tétanos, guéris comme par enchantement, par l'essence de térébenthine, ne faut-il pas, pour y croire, une foi à toute épreuve? La propriété vermifuge de ce médicament est très-concevable j car il peut agir à-la-iois sur les vers , pour les tuer, et sur le canal intestinal pour provoquer leur expulsion. JNéanmoins, on possède des vermifuges non moins bûrs dans leurs résultats.
Le remède de Durande, contre les concrétions biliaires , se compose d'éthet et d'huile essentielle de térébenthine: et de ce qu'il ramollit et dissout ces concrétions dans un vase inerte, on en a conclu qu'il devait également les dissoudre dans les organes où elles se trouvent contenues. iMais il faut remarquer, d'une part, que c'est chose difficile à constater que la présence et la guérison des calculs biliaires, et de l'autre, que les actions chimiques sont bien modifiées lorsqu'elles doivent s'exercer par l'intermédiaire de l'absorption et de la circulation. Quant à l'utilité de la térébenthine en lavement, dans les cas de constipation opiniâtre, elle s'explique facilement et n'a rien de particulier.
On a voulu également faire de la térébenthine un remède contre les affections catarrhales chroniques du poumon, de la vessie, etc.; mais les succès, en pareille circonstance, ne sont rien moins que constatés. D'ailleurs même , malgré la grande analogie de composition, la térébenthine ne saurait remplacer le baume de copahu dans le trailement de la blenuorrhagie.
D'après des analogies inexactes on avait considéré la térébenthine comme antiseptique , et on en avait introduit l'usage en chirurgie dans le traitement des plaies et des ulcères, lorsqu'on y supposait une disposition à la putridité , ou à la malignité : bouillante, elle servait de caustique. Mais on a reconnu de- ]iiiis long-temps déjà qu'elle était au moins superflue, lorsqu'elle n'était pas nuisible.
L'usage de la térébenthine , comme médicament , est maintenant moins répandu que jamais ; ou a surtout renoncé aux nombreux corajjosés dans lesquels elle entrait et où ses piopriétés étaient plus ou moins altérées par les mélanges. Également on a reconnu que certaines préparations n'avaient d'autres résultats que de priver la substance qui nous occupe de ses principes les plus actifs. Ainsi, la térébenthine cuite n'est autre chose que de la résine, puisque, par l'action de la chaleur, on a fait évaporer la plus grande partie de l'huile volatile.
Il faut donc savoir, lorsqu'on veut employer la térébenthine, si l'on veut l'action de cette substance entière, ou bien seulement celle de sa résine ou de son huile volatile, et se diriger d'après ces considérations dans le choix de la préparation ou de la substance, puisqu'on a vu plus haut que les diverses espèces ne contenaient pas les mêmes proportions de principes constituans. Quant au mode d'administration, il doit être le plus simple possible et ne point altérer la composition de la térébenthine. Aussi les cajjsules gélatineuses au moyen desquelles on peut l'administrer pure, sont-elles ce qu'il y a de plus parfait en ce genre , et préférables aux mélanges avec le miel , l'émulsion , le jaune d œuf , le sirop , etc. , et surtout -à la combinaison solide de térébenthine et de magnésie ; la dose est de douze à vingt-quatre grains, un gros et même deux gros en viiigt-quatre heures.
Nous n'avons pas à nous occuper ici de la poix, du goudron , et substances analogues aux tciébeutliines , mais dont on se sert fort peu en médecine.
TÉRÉBENIHIiNE DE COPAIIU {thérapeutiqne). Cette térébenthine est si connue sous le nom de baume de copahu, que nous l'emploierons plus d'une fois dans le cours de cet article , qui sera particulièrement consacré à son usage spécial dans la blenuorrhagie , bien que ce médicament ait été prescrit aussi contre d'autres maladies; mais dans aucune il n'a présenté une efficacité aussi spécijique, puisque cette expression rend bien l'idée qu'on doit s'en faire. Il serait à désirer que chaque médicament , au lieu de ses mille vertus , possédât une seule propriété aussi réelle et aussi bien constatée.
Nous rappellerons seulement ici que le bainne de copahu a été considéré comme vulnéraire , comme fébrifuge , comme antispasmodique ; qu'il a été employé avec un plein succès contre les vers intestinaux, et parliculièrement contre le taenia ; enfin , qu'il a été conseillé comme propi e à tarir les flux muqueux de la vessie et de la membrane muqueuse jiulmonaire. Ces diverses applications sont maintenant tombées en désuétude.
Le baume de copahu est souvent falsiQé, bien qu'il ne soit pas d'un prix très-
élevc, et c'est là une preuve de son efficacité réelle; car, en pareil cas , on n'obtient aucun résultat de son emploi, et plus d'une fois il nous a sufii pour réussir, de substituer du baume pris dans une autre maison que celle où l'on s'était précédemment adressé. Le mode d'administration est aussi d'une haute importance, puisque nous avons très-souvent guéri avec le baume de copahu des malades qui l'avaient pris sans succès sous la direction d'autres médecins.
L'odeur et la saveur extrêmement désagréables et pénéti autes du baume de copahu ont été long-temps un obstacle à son emploi , et les efforts qu'on avait tentés pour détruire ou masquer l'une et l'autre avaient toujours été infructueux. Nous ne nous étenrlrons donc point sur ce sujet, et désirant ne nous attacher qu'à ce qui est véritablement utile , nous dirons : l» que c'est le baume de copahu pur et entier, qui est seul eflicace ; 2° qu'on a dans les capsules gélatineuses de M. Mothes , un moyen parfait de l'administrer sans affecter péniblement ni l'odorat, ni le goût. Ainsi donc, on doit mettre de côté les diverses potions, qui depuis Chopart ont été inventées, les mixtures brésiliennes liquides ou en pâte , le copahu solidifié par la magnésie, les divers opiats, etc. Seulement |'* on peut continuer dans les cas assez rares où l'on doit ménager les organes H digestifs à employer les lavemens de copahu, soit pur, soit suspendu dans l'eau p au moyen du jaune d'œuf , qui n'altère en rien ses propriétés. Encore, en pareil I"* cas, est-il piéférable , comme nous l'avons déjà fait plus d'une fois avec avan- f tage , d'introduire dans le fondement les capsules préalablement graissées d'un peu d'huile ou de suif. L'exiguité de la dose fait que l'on conserve facilement le remède et qu'il agit tout aussi bien que par l'estomac.
Administré à l'intérieur, à dose modérée, et dans les conditions convenables, le baume de copahu passe la plupart du temps inaperçu et produit son effet spécifique sans déterminer aucun trouble de l'économie. La sécrétion urinairé n'est point accrue, mais les urines deviennent mousseuses et présentent l'odeur du médicament. Quelquefois il provoque des vomissemens , des selles abondantes; mais alors , sauf quelques rares exceptions, l'effet spécifique manque complètement , bien qu'on en ait pris une grande quantité.
Ici nous devons constater d'abortl les faits indépendamment de toute opinion théorique tendant à savoir si l'on doit supprimer la bleunorrhagie. Il est prouvé jusqu'à l'évidence, qu'on peut à volonté et avec certitude, supprimer la bien- ^" norrhagie, quelle que soit sa nature et à quelque époque de sa durée que ce r puisse être ; et l'action astringente du médicament est d'autant plus manifesteet \. plus incontestable, qu'on sait, à n'en pouvoir douter, que la maladie aban- i donnée à elle même ne dure jamais moins de trente h quarante jours. Or, voici i ce qui arrive dans l'emploi du baume de copahu. Quelquefois on a vu après une tj seule dose un peu forte (une ou deux onces, par exemple), l'écoulement cesser t tout à-fait pour ne plus revenir, soit qu'il y ait ou non des symptômes de pur galion , et sans qu'aucun accident vienne faire repentir le praticien de sa coD' duite. Plus souvent, l'effet curalif se fait un ))eu plus attendre; cependant, après ■!) trois ou quatre doses d'un demi-gros chacune, l'écoulement a coutume de dirai- ' nuer au point de n'être plus qu'un suintement muqueux presque sans couleur. Les érections douloureuses cessent en même temps, et l'excrétion de l'urine se fait sans aucune sensation pénible. Quelques doses de plus et tout disparaît, soit d'une manière durable, soit pour revenir de nouveau si les moyens thér4^ peutiques ne sont pas employés avec assez de persévérance et de tenue.
Nous avons eu plus d'une fois l'occasion de constater: 1" que la forme trèsinflammaloire de la blenuorrhagie n'est pas une contre-indication à l'emploi du copahu ; 2° qu'il réussit d'autant plus sûrement qu'on le donne à une époque plus rapprochée du début de la maladie ; S» que les accidens , tels que l'orchile ne sont pas plus fréquens que dans toute autre circonstance : bien plus même qu'elle diminue et se guérit sous l'influence de ce remède. D'ailleurs rien n'est moins fondé que les reproches adressés au baume de copahu de masquer les affections syphilitiques, et défavoriser ainsi l'infection générale et toutes ses consccpiences.
Le seul accident qu'on puisse réellement al tribuer au copahu , c'est une espèce d'éruption érythémateuse qui se développe sur toute la peau, s'accompagne de quelques démangeaisons et se dissipe en quatre ou cinq jours lorsqu'on cesse l'emploi de celle substance et même quoique l'on continue à l'administrer. Cette affection ne présente aucun danger.
L'âne et le sexe des malades influent peu sur le résultat de la médication : ce qui est plus important, c'est la manière de l'employer. Deux conditions nous ont paru indispensables pour en assurer le succès. La première consliite à donner le médicament à des intervalles assez bien mesurés , pour que la digestion ne soit pas troublée et pour que l'action du remède se continue sans interruption. La seconde est de mettre complètement de côté le traitement débilitant , savoir : les bains et les boissons aqueuses abondantes, qui, d'après notre expérience réitérée, entravent complètement l'action du copahu.
Nous avons coutume de prescrire un gros et demi à deux gros , partagé» en trois doses , dont le malade prend la première le matin à jeun , la seconde a une égale distance du déjeuner et du diner, et la troisième en se mettant au lit. On peut , lorsque l'estomac est en mauvais état , donner les mêmes doses par le rectum , soit au moyen des capsules , soit avec les précautions prescrites h 1 article LAVEMENT , ct l'ou nc réussira pas moins bien. En même temps nos malades sont tenus à un régime doux , mais un peu substantiel : nous leur permettons du vin de Bordeaux, roupé avec deux tiers d'eau , en leur interdisant néanmoins les excitans trop actifs, tels que le café et les liqueurs spiritueuses. Nous faisons attention, non seulement qu'ils ne se gorgcnt pas de tisane , comme on a coutume de le leur prescrire, mais encore qu'ils ne boivent pas hors des repas, leur recomnaandant de tronoper la soif au besoin, avec une tranche d'orange,