THE
TH^RIAQUE.
blanc grisâtre qui distingue cette variété semblait tenir au peu de développement de la petite feuille qui termine la courte branche qui compose ce tiié ; ce duvet disparaissait par le séjour dans l'eau. Nous avons enfin constaté que dans une autre sorte de péko , formée de feuilles roulées sur leur longueur, et rassemblées en petites bottes , les feuilles étaient entières, peu développées, au nombre de deux ou trois sur une même petite branche.
D'après les courtes recherches que nous venons d'exposer, nous sommes porté à penser que le thé vert et le thé noir proviennent de la même plante; que les thés verts se préparent avec les feuilles inférieures des branches, ou les plus développées , et que les extrémités de ces branches , au contraire , non entièrement épanouies , fournissent les thés noirs ; que la couleur noire de ceux-ci semble être un des résultats de la préparation que les feuilles encore tendres subissent; et que leur saveur peu prononcée qui , quelquefois cependant, rappelle celle de l'armoise , dépend du peu de développement qu'elles ont acquis. Nous croyons que les thés verts, préparés avec les feuilles plus développées , conservent mieux leur couleur, et ont acquis un parfum plus prononcé , fort estimé en France; que la saveur très-suave et très-agréable de Vhyson natté , variété rare dans le commerce, et de l'hyson ordinaire , fournis , l'un et l'autre, par des feuilles entièrement développées, perd de son agrément, en acquérant trop de force dans le thé poudre à canon , ou parce que ces feuilles , brisées eu fragment, sont trop anciennes et trop odorantes , ou parce qu'elles ont subi une préparation différente ou plus prolongée. Les variétés de plants et de terrains , ou l'addition d'aromes étrangers , entrent-elles pour quehjne chose dans les modifications de saveur que Ton rencontre dans les difFérens thés? C'est ce que nous n'entreprendrons pas de décider.
Nous trouvons enfin qu'à défaut des deux variétés rares et supérieures que nous avons mentionnées, le Ihé hyson ordinaire est préférable aux autres par la saveur franche et agréable qui le distingue. Au reste, on sait que l'on fait de ces différens thés des mélanges variés pour satisfaire tous les goûts.
L'analyse chimique du thé n'a encore rien fait connaître de satisfaisant sur cette substance , quoique plusieurs chimistes s'en soient déjà occupés.
L'action du thé varie sur l'économie selon la force de l'infusion et l'espèce de thé employée. A la dose d'un demi-gros pour une livre d'eau , l'infusion de thé excite à peine les appareils digestif, circulatoii-e et cérébro-spinal , mais elle augmente sensiblement la sécrétion urinaire et la transpiration. A une dose double et triple, le thé active encore l'action des reins et de la peau ; mais de plus il stimule l'appareil digestif, augmente la rapidité de la circulation, et excite le système nerveux d'une manière remarquable , au moins chez la plupart des sujets. Ainsi, il augmente l'activité de l'esprit, le dispose à la gaité, éloigne le sommeil, et occasionne dans les membres une sorte d'agitation qui commande le mouvement. Ces effets, plutôt agréables que pénibles, se dissipent après avoir duré une ou deux heures. A dose égale le thé vert produit des effets plus marqués que le noir.
Les Chinois et les Japonais portent , dit-on , habituellement du thé sur eux , et le prennent en substance comme certains individus de notre Europe mâchent ou chiquent du tabac. Ce qui paraît plus certain, c'est que les peuples de l'Asie boivent l'infusion de thé légère et non sucrée, qu'ils en usent un grand nombre de fois par jour, et qu'ils paraissent s'en servir pour ôter aux eaux de leur pays les principes malfaisans qu'elles contiennent. En Hollande et en Angleterre, l'usage du ihé , quoique moins répandu, l'est cependant bien plus que chez nous. En France, comme boisson de table , on emploie l'infusion de thé quelquefois au déjeuner, mais bien plus ordinairement le soir , où elle sert de motif de réunion. L'infusion se prépare alors avec un gros ou un gros et demi de la plante exotique pour une livre d'eau. On la sucre , et on y ajoute presque toujours un sixième ou un huitième de lait. Tantôt on la prend seule, tantôt elle sert d'assaisonnement à quelque pâtisserie variable selon le goût, la mode ou la saison.
Lorsque le thé est prescrit comme médicament, on diminue la dose de moitié ; on le sucre, mais on n'y ajoute pas de lait. On l'emploie surtout alors dans les cas d'indigestions occasionées par l'usage d'une trop grande quantité d'alimens, surtout lorsque, par eux-mêmes , ceux-ci sont lourds et de difficile digestion. Le thé conviendrait beaucoup moins dans le cas où la surcharge de l'appareil digestif aurait été causée par des alimens excitans et des boissons alcooliques, à moins que son abondance ne déterminât de rapides vomissemens , ce qui a lieu avec avantage dans la plupart des cas.
C'est à l'usage presque continuel de cette infusion très-légère de thé que Tulpius attribue le bonheur que les Chinois ont, dit-on, d'être préservés de la pierre et de la goutte ; mais il faut rechercher la cause de cet avantage dans le climat ou dans quelque autre habitude des Chinois , car les Hollandais et les Anglais qui prennent aussi beaucoup de thé, sont fréquemment exposés à ces deux maladies.
S'il faut en croire Nicolas Grimm , le thé est une cause fréquente de diabétès en Chine. On conçoit ce résultat par l'excitation continuelle dans laquelle cette boisson entretient le système rénal.
L'action excitante du thé sur le système cérébro-spinal , a été constatée par Lettsom , qui a vu donner cette substance en poudre. On a tiré parti de cette propriété que partage l'infusion un peu forte du thé , en prescrivant celle-ci dans un cas d'empoisonnement par l'opium , rapporté dans le no 78 de la Gazette médicale de 1833. Ses avantages ont été aussi remarquables que ceux du café en pareille circonstance.
Quoique difficile à remplacer, cependant on a essayé de substituer au thé , la sauge, a véronique et une foule d'autres plantes. La fleur de tilleul , séparée
de son pédoncule et de la bractée qui l'accompagne , est une de celles que l'on conseille le plus généralement. Son infusion remplace , en effet, assez bien celle du thé , qui , dans la plupart des cas , surtout lorsqu'elle est légère , doit ses propriétés principales h la quantité d'eau qu'elle porte dans l'économie, autant qu'au léger principe excitant dont elle est le véhicule.
, ( IMartin Solo». )
THERIAQUE. s f. thei •iaca. Mélange monstrueux de près de quatre-vingts substances de nature et de propriété diverses , inventée d'abord et célébrée contre les effets de la morsure des animaux venimeux, ayant reçu par la suite de nombreuses applications thérapeutiques , regardée long-temps comme l'un de nos plus précieux médicamens, et aujourd'hui terriblement déchue de son antique réputation, la thériaque tire son nom, aussi bizarre que sa composition , du mot grec }»j/;wv, qui veut dire bête fauve, et le doit , soit aux propriétés qu'on lui supposait contre le venin des animaux , soit à ce que l'on faisait entrer la chair de vipère dans sa composition.
Le dernier Codex de Paris (1818) a conservé ce médicament sous le nom d'électuairv opiatique poiypharinaque , et voici comment il a classé les nombreuses substances qui le composent. Dans une première classe il a placé les substances acres , telles que la pulpe de scille , la racine d'asaret , l'agaric blanc , les semences de bunias ou navet sauvage et celles de thlaspi ; dans une seconde, les substances amères , savoir : la myrrhe, les sommités de petite centaurée, les racines de gentiane et de rhubarbe , le scordium, le chamœdris, le chamœpythis , et les sommités de mille-pertuis ; dans une troisième, les substances astringentes suivantes : pétales de roses rouges , racine de potenlille rampante, suc d'hypocistes , suc d'acacia , chalcitis brûlé ou colcolhar ; dans une quatrième , les aromates exotiques , tels que les écorces de cannelle et de cassia lignea, la racine de gingembre, le poivre long , le poivre noir, l'amome , le cardamome , les feuilles de malabalhrum , l'herbe de schenante , la racine et la tige du nard des Indes, les racines de nard celtique , de costus d'Arabie et d'acore vrai , le bois d'aloës ; dans une cinquième, les aromates indigènes, safran, écorce de citron sèche , calament des montagnes , dictame de Crète, fleur de stœchas d'Arabie, verticelles de marrube, sommités de pouliot, de narcisse et de marjolaine, racined'iris de Florence; dans une sixième, \es aromates tirés des ombeUifères , savoir : les semences de persil de Macédoine , d'ammi , de fenouil , d'anis , 'de seseli, de daucus de Crète , de racine de mœum ; dans une septième, les résines et baumes suivans : xilobalsamum , carpobalsamum , opobalsamum, oliban, térébenthine de Chio , mastic , baume de Judée , storax calamité; dans une huitième, sous le i\U-e Ae substances fétides , les racines de grande valériane et d'aristoloche menue ,1e galbanum , l'opoponax, le sagapenum , et le castoréum ; dans une neuvième , les substances vireuses , elle ne comprend que l'opium ; dans une dixième, les terres inertes, elle ne renferme que la terre de Lemnos, dans une onzième les gommes , \q% fécules , etc. , telles que la gomme du Sénégal , la mie de pain , la farine d'orobe, la chair de vipère; dans une douzième, les substances douces , suc de réglisse et miel deNarbonne; enfin, le vin d'Espagne dans une treizième classe.
Nous demandons pardon aux lecteurs de les avoir ennuyés de cette longue énumération, mais il fallait exposer à leurs regartis ce chaos médicamenteux pour leur en faire mieux voir toute la difformité. Une seule pensée un peu saine de thérapeutique a-t-elle pu présider à l'association de tous ces agenS| qui se contrarient, se repoussent, ou s'entre-détruisent , quand ils ne sont pas inertes ou inutiles ? Combien de substances ne pourrait-on pas distraire de ce composé sans lui rien faire perdre de ses propriétés réelles ? Enfin , quels effets peut-on s'en promettre que l'on n'obtînt bien plus sûrement de la réunion de trois ou quatre des principaux d'entre eux? Mais un respect superstitieux a protégé jusqu'à ce jour la thériaque contre les modifications que réclame sa composition. On craint, dit-on, qu'elle ne perde à être simplifiée. En vérité, nous serions tenté de demander si ce médicament a vraiment quelque chose à risquer dans cette tentative ; nous concevrions ces craintes s'il s'agissait d'un agent thérapeutique doué de propriétés nombreuses , exclusives et spéciales. Mais la thériaque n'est pas dans ce cas ; on ne lui reconnaît de propriétés aujourd'hui que d'être tonique , excitante et un peu calmante; il est facile de la remplacer par des combinaisons beaucoup plus simples, il n'y a rien de spécial dans son action. Aussi son emploi est-il restreint à un petit nombre de cas particuliers, et n'y est même pas indispensable.
On la prescrit dans les langueurs et les faiblesses d'estomac, chez les chlorotiques , chez les vieillards , dans les convalescences des affections de longue durée qui ont réduit les malades à un état presque anémique, et dans le marasme qui accompagne les grandes suppurations; on l'emploie encore avec succès dans les gastralgies, principalement sous forme d'epithème arrosé de laudanum et appliqué sur la région épigastrique. Par suite sans doute de son ancienne renommée comme antidote , on l'administre encore après la morsure de la vipère pour combattre les lypothimies et les anxiétés précordiales. On l'a conseillée aussi contre les vomissemens qui accompagnent le ramollissement de la membrane muqueuse de l'estomac. A l'intérieur, on la donne depuis la dose d'un scrupule jusqu'à deux.
Nous n'entrerons pas dans les détails de sa préparation; mais nous devons dire qu'elle s'altère avec le temps, de brune couleur marron qu'elle était, elle devient noire en vieillissant et prend une autre odeur. Ses propriétés ellesmêmes se modifient; l'opium, qui entre dans sa composition àpeu-près dans la proportion d'un grain par gros , lui communique ses propriétés calmantes d'une manière assez prononcée tant qu'elle est récente , mais à mesure qu'elle vieillit, la fermentation qui s'opère au sein du mélange altère ou décompose l'opium , et
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