‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource] (volume 2)Chapitre 286 sur 311 · TONIQUES · texte numérisé non relu

TONIQUES

et qu"on peut d'ailleurs y remédier si bien pard'autres moyens, qu'ils rie valent pas la peine que l'on surcharge encore notre arsenal déjà si compliqué.

( L.-J. Bégik.)

TISANE. Ce nom, tiré de n-isxv^ , orge mondé, a été donné à des médicainens liquides provenant de l'action de l'eau sur des substances végétales, et destinées à servir de boisson habituelle aux malades. On les prépare par macération, infusion ou décoction , suivant la nature des substances sur lesquelles l'eau doit agir ; et comme on les emploie généralement dans l'intervalle de médicamens plus actifs, on demande qu'elles soient, autant que possible, claires, transparentes et peu chargées ; cependant , il y a des exceptions à cette règle. On traite par macération ou infusion les substances sèches , d'une texture lâche , et qui cèdent facilement leurs principes à l'eau , comme la gentiane ou la rhubai be ; on traite de même la réglisse pour éviter la solution d'une huile brune, acre et résineuse, qui se dissoudrait si on employait la décoction, ainsi que l'amidon , qui contribuerait à rendre la tisane trouble et désagréable. On traite par infusion, exclusivement, presque toutes les substances aromatiques , telles que la serpentaire de Firginie , la valériane , la menthe , Vhfsope , le thé , la camomille , le tilleul , etc. , et les plantes et fleurs sèches non aromatiques , comme la bourrache j la chicorée , la mauve , le cocjuelicot j etc. ; les premières , parce que l'odeur se dissiperait par la décoction ; les secondes , parce qu'elles fourniraient par ce moyen un liquide trouble et de saveur plus désagréable. Plusieurs des substances qui viennent d'être nommées, comme la bourrache et la mauve , produisent souvent , étant administrées en tisane, des pesanteurs d'estomac ou des nausées que le médecin est tenté d'attribuer à toute autre cause qu'à des plantes réputées peu actives. Cet effet, très-préjudiciable, est dû aux poils rudes qui couvrent la bourrache d'une part, ou au duvet cotonneux des calices de la mauve; ce duvet, passant à travers le tissu lâche qui sert ordinairement à couler les tisanes , irrite mécaniquement les parois de l'estomac, et cause les effets signalés. Ces tisanes doivent être passées sans expression à travers un tissu serré , ou mieux doivent être filtrées au papier. La même remarque s'applique à toutes les plantes couvertes de poils ou de duvet , et à beaucoup de fleurs synanihérées , comme Varnica, le tussilage et le pied-de-chat. On traite par décoction les substances amylacées, lorsqu'on a pour but d'en dissoudre l'amidon, comme l'orbe mondé ou perlé et la racine de chiendent. Cette dernière substance doit être bien nettoyée des écailles foliacées qui sont à l'extérieur , coupée et légèrement pilée dans un mortier pour briser r('piJerme jaune siliceux , qui s'opposerait à la solution des principes de l'intérieur. On traite également par décoction , mais après une macération préalable pour les attendrir, le bois Ae gayac la squine , la salsepareille , et beaucoup d'autres racines sèches , dures et inodores , comme la patience , la bardane , etc. Il faut faire observer, cependant, que la plupart de ces substances, et notamment les tiois dernières , donnent des tisanes plus belles et véritablement plus chargées de principes actifs , lorsque , après les avoir divisées suffisamment , on les traite par une infusion un peu prolongée. Enfin, on fait usage de tisanes composées d'un plus ou moins grand nombre de substances , comme la tisane des cinq racines apéritives , la tisane sudorijique , celle dite Ae Feltz , etc. On prescrit pour règle ordinaire, de préparer ces tisanes en faisant bouillir d'abord les substances les plus dures ou non aromatiques , et de faire infuser ou macérer les autres ; mais presque toujours encore ces médicamens se préparent mieux par une seule et même opération , qui est l'infusion. Prenons pour exemple la tisane apéritive composée de racines d'ai/jerge et de petit houx, cjui sont inodores, et que l'on recommande de faire bouillir dans l'eau , et de celles A'achcj Ae fenouil et de /-'erii/,qui étant aromatiques , sont traitées seulement par infusion ; mais M. Henry père s'est assuré que ces cinq racines, sans exception , fournissaient plus de principes solubles par le dernier procédé , de sorte qu'on doit l'appliquer à toutes. Pour la tisane de Feltz , composée de salsepareille , sulfure d'antimoine et colle de poisson , M. Rayer a suffisamment exposé dans ce Dictionnaire toute l'infidélité de ce médicament , résultant des quantités variables d'acide arsénieux que le sulfure d'antimoine cède à l'eau ; d"où il suit que ce liquide n'emprunte tantôt rien au sulfure , et d'autres fois produit des purgations et des vomissemens considérables; et comme il résulte des expériences de M. Rayer que le sulfure n'agit que par l'arsenic qu'il contient , sans doute les médecins feraient bien de le remplacer, dans la tisane de Fellz , par une dose minime et constante d'acide arsénieux. J'ai proposé de faire cette substitution dans la Pharmacopée raisonnée , mais j'ai indiqué la dose de un grain d'acide arsénieux au lieu de deux onces de sulfure d'antimoine , et cette cjuantité , bien que très-inférieure à celle contenue dans le sulfure, est troj) forte pour l'usage ; un sixième de grain au lieu de quatre onces de sulfure parait être la dose suffisante.

( GuiBOURT. )

TITHYBLALE. Ce nom, dérivé Aertzloi, mamelle, et de fj/xu^, pernicieux, a été donné à la plupart de nos euphorbes indigènes , à cause de leur suc laiteux , acre et fort dangereux. Les principales espèces sont : 1" I'épbrge, euphorbia lathyris L., dont les semences étaient autrefois usitées comme purgatives , sous le nom de grana regia minora , et dont l'huile exprimée purge à la dose de huit gouttes ; 2° I'ésule , euphorbia esula L., dont on employait l'écorcede la racine comme un fort purgatii hydragogue; 3° le héveille-matin , euphorbia helioscopia , petite plante très-commune dans tous les lieux cultivés , dont le suc est souvent employé par le peuple pour détruire les poireaux et les verrues ; 4" le petit-cyprès, euphorbia cjparissias, le cham;esyce , ou petit figuier, euphorbia chamcesjce L. , etc. De toutes ces plantes, la seule qu'on puisse regretter de voir négligée est l'épurge , à cause de I huile exprimée de

ses graines , qui purge bien à la dose île six à huit gouttes ,'sans avoir l'irrêgu. I larité, ni les dangereux effets offerts souvent par l'huile de croton tigliuin. ]

( GuiBOURT. )

TOLU. F'oj-ez Baume.

TONIQUES. On donne, en thérapeutique , le nom de médicamens toniques à ceux qui relèvent et augmentent le Ion ou la vitalité des organes , afin d'en rendre l'action plus énergique et plus durable. Ce mot vient du grec qui signifie ton, rigidité. La classe de médicamens qu'il indique, admise depuis des siècles , comprend toutes les substances que l'on opposait à la division dichotomique des maladies, que Thémison attribuait a la faiblesse. Long temps après , Brown, adoptant les idées de ce chef des méthodistes , mit en vogue les médicamens toniques contre les maladies qu'il appelait aslhéniques , et qui, selon lui, étaient les plus nombreuses. Bon nombre de ces médicamens passent maintenant dans l'école italienne pour des contre-stimolans. [FoyezK mot.) Le peuple conserve encore quelques restes de la pratique du médecin écossais , et se met à l'usage du vin chaud sucré au début de beaucoup de pUlegmasies graves, à cause du sentiment de faiblesse très- prononcé qui accompagne ordinairement leur invasion. Le professeur Broussais a fait avec raison, justice de l'usage pernicieux de cette médication dans le traitement des inflammations intestinales qui prennent l'apparence trompeuse de radynamie,et sur la nature desquelles les médecins qui l'ont précédé commettaient tant de graves erreurs par l'adoption aveugle des mots putride et adynamique. Mais l'exclusion s'est étendue plus qu'il ne convenait , et les toniques sont maintenant trop généralement abandoimés.

Désignés autrefois sous les noms d'alexipharmaques , de cordiaux, de forti' fians , de corroborans, d'échauffans , etc. , les toniques sont de plusieurs sortes; les uns sont fixes ou froids, ainsi qu'on le dit; les autres sont diffusibies, chauds ou stimulans; les toniques de ces deux premières classes n'ont d'action qu'en excitant les tissus ; il en est une troisième qui agit d'une manière durable en s'assimilant avec eux. On range dans la première les toniques amers et as^ Iringens; on met dans la seconde les toniques aromatiques et spiritueux ; nous plaçons dans la troisième les toniques analeptiques. Il est beaucoup de substances qui présentent réunies ces diverses propriétés que nous examineront séparément.

L'action générale des toniques sur l'économie se comprend par la seule définition que l'on donne de ces médicamens. Introduits dans les voies digestives i à petite dose, les toniques déterminent , dans la région épigastrique , une sensation de chaleur plus ou moins prononcée , selon leur énergie. La circulation capillaire et l'influx nerveux de la membrane muqueuse augmentant d'activité, la digestion devient plus facile, plus prompte , et si cet état de fluxion ou d'hypérémie est poussé plus loin , ou trop long-temps prolongé , ou bien si les tis* sus s'y trouvent prédisposés , une inflammation peut en être la conséquence. Sans donner un effroi puéril des toniques , la possibilité de ce résultat doit engager le médecin à s'assurer de l'état de l'estomac avant de déposer dans cet organe des médicamens excitans. L'action locale des toniques sur l'estomac et l'introduction dans le torrent de la circulation des principes qui les constituent et qui y pénètrent par voie d'absorption, déterminent sur le reste de l'économie l'action générale que l'on observe , et qui donne aux malades la sensation d'une augmentation de vitalité, u Je me sens plus vivante, » me disait une dame âgée, après avoir fait usage, pendant quelques jours, de l'infusion de polygala de Virginie pour un catarrhe pulmonaire chronique, accompagne d'un grand état d'affaiblissement. On voit, en effet , sous l'influence de la médication tonique l la circulation , la respiration et la calorification s'activer , les sécrétions se ré' tablir, l'absorption devenir plus prompte, les sens meilleurs, l'action musculaire plus énergique.

Ces effets sont soumis d'une manière remarquable aux influences de l'habitude. Ainsi , les personnes qui font un usage ordinaire de toniques , ont souvent besoin de les continuer dans une certaine mesure pendant l'état de maladie. Quelques individus de notre pays sont dans ce cas ; les Russes et la plupart des peuples du nord donnent en général une preuve de celte assertion. Il faut, au contraire , employer les toniques avec ménagement sur les personnes qui n'y sont point habituées. Enfin , on ne doit les administrer qu'après avoir fait parmi eux un choix que l'indication morbide et l'action particulière de ces dilTérens agens détermineront.

Les toniques amers sont remarquables par la saveur caractéristique qu'ils présentent. Le palais l'analyse et la reconnaît très-bien; on la retrouve dans une foule d'extraits et d'alcaloïdes, la cjuinine , par exemple. M. Tonery, pharmacien à Solomiac , assure que le charbon animal la détruit; il est certain qu'on la masque aisément par le mélange de substances aromatiques. Les végétaux seuls sont en possession de donner ces amers, les principaux sont : le quinquina , le polygala sénéga , le quassia amara , la gentiane , la centaurée , la ményanthe , le houblon , la chicorée , le pissenlit, la fumeterre , la patience et la bardane. On emploie depuis long-tems la plupart des neuf dernières plantes , qui sont indigènes, sous forme de suc, d'infusion , ou d'extrait, non-seulement pour exciter les solides , mais on s'en sert aussi avec utilité pour modifier les liquides et toute l'économie dans certains cas de cachexie anémique, dont on s'occupait davantage autrefois , et contre lesquels les préparations de quinquina agissent aussi avec efficacité.

Les toniques astringens , caractérisés par leur saveur acerbe, styptique, astringente, couirae on le dit , sont fournis par des végétaux et des minéraux. Les astringens végétaux doivent leurs propriétés à la présence du tannin et de l'acide gallique qui s'y trouvent dans la plupart des cas , enveloppés d'une plus

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