TORSION
ou moins grande quantité de mucilage ou d'amidon. Ces dernières substances masquent ou diminuent la forme de ces modificateurs dans des proportions variées. On peut ranger ces astringens , d'après leur énergie croissante , à-pcuprès dans l'ordre suivant : la grande consoude , l'aigremoine , les roses de Provins, la tormentille , le bois de Campêche , le Colombo , la racine de Jean Lopez , l'angusture , le simarouba , les fleurs et le péricarpe du grenadier, l'ccorce du chêne, le ratanhia , les sucs épaissis et connus sous les noms de sang-dragon, kino et cachou. Les astriugens minéraux sont principalement fournis par le sulfate d'alumine et de potasse , le sulfate de zinc , le sulfate de fer , le tartrate de potasse et de fer, et l'acétate de plomb.
Ces différentes substances , en contact avec les tissus, déterminent un raccourcissement rapide et marqué de leurs fibres, soit longitudinales , soit circulaires. Il résulte de cette action que les vaisseaux diminuent de calibre , que moins de sang y aborde, et que les parties pâlissent. Il en résulte aussi que l'écoulement du sang et des sécrétions s'arrête ou cesse. Il en résulte enfin que les tissus euxmêmes diminuent d'épaisseur. Ces différens effets astringens déterminent quel- (juefois les modifications thérapeutiques que l'on appelle aslriction, répercussion, résolution. Il ne faut pas oublier, dans l'emploi de cette médication , que quand on ne la continue pas suffisamment, elle est suivie d'un afflux rapide de fluides qui déterminent une réaction d'autant plus vive que les astringens employés avaient plus d'énergie. L'action des astringens ne s'exerce pas seulement au point de con tact, bien que de cette manière elle ait ])lus d'eflicacitéj on robierve.'encorc lorsque ces médicamens ont traversé les voies digestive , absorbante et circulatoire. Amsi, l'on constate ses effets , non-seulement à l'extérieur et dans les cas d'épistaxis ou de diarrhée chronique , mais on les observe encore dans les pertes utérines , les hémoptysies , les bronchorrhées , etc. Ce résultat ne démontre-t-il pas que les astringens n'impressionnent pas seulement les solides , mais qu'ils modifient aussi les liquides, et que c'est de cette manière qu'ils peuvent ensuite agir au loin ?
Les toniques ai'omatiqiies et spiritueux exercent principalement leur action en se mêlant aux fluides de l'économie, à l'aide desquels ils vont exciter les différens organes. Ce sont eux surtout qui activent la circulation, augmentent la caloricite , et que les praticiens classent parmi les toniques chauds et excitans. Les huiles essentielles et les liqueurs alcooliques nous les donnent en grande quantité. On les obtient facilement de la sauge, du romarin, de la mélisse et de la plupart des labiées ; l'angélique , le fenouil, l'impératoire et presque toutes les orabellifères en fournissent; on les trouve aussi dans la véronique, l'aristoloche, le ;ontrayerva, la cannelle, le girofle, le cascarille, l'écorce de Winter, la badiane, a vanille,, et dans quelques produits végétaux , tels que le vin , l'alcool. La pharmacie nous les offre sous les formes d'infusions ou hydrolés, d'eaux distillées ou hydrolats j de teintures ou alcoolés, d'esprits, d'essences ou alicoolals.
; Les toniques analeptiques {voyez ce mot), destinés à rétablir les forces [ ccjxl!K/j.Sxv(u , je rétablis), en s'assimilant à nos propres tissus, appartiennent autant à la thérapeutique qu'à l'hygiène. Ils servent souvent de médicamens peniant la convalescence des maladies aiguës, et pendant la durée de cjuelques maladies chroniques. Ce sont tantôt des produits végétaux, tantôt des produits niimaux. Parmi les premiers, l'acide pectique , pectine de M. Braconot , ou gelée végétale, le sagou. le salep , le tapiocca et l'arrow-root sont employés avec avanage. Parmi les seconds, on recommande l'osmazorae , la gélatine aromatisée, le aune d'œuf, les chairs ou leurs sucs, le bouillon, en usage pendant tant de siècles 3t proscrit depuis quelques années. On y a recours maintenant, toutefois lorsque a période d'acuité des maladies diminue , et, en augmentant graduellementsa qualité, l'on n'observe pas qu'il produise les accidens que l'on nous a tant fait appréhender. Nous avons, au contraire , souvent observé que l'assimilation de ;ette substance est plus facile à l'économie que celle des végétaux. L'usage des maleptiques ne doit point être négligé chez les enfans qui, d'après la remarque rès-exacte d'Hippocrale , supportent difficilement la diète. Il en est de même le nations entières. Certains individus ont besoin d'analeptiques beaucoup plus ôt que certains autres; une petite quantité d'alimens procure quelquefois le iommeil que l'on rechercherait en vain à l'aide des narcotiques , et ce mot du peuple : « il ne dort pas parce qu'il a le cerveau vide » n'est pas toujours sans ustesse. Enfin cette médication , employée à propos , mérite, par son utilité, oute l'attention des médecins.
Toutes les substances toniques que nous avons mentionnées jusqu'à présent , jnt sur l'économie une action générale ; il en est d'autres qui s'adressent plus ipécialement à certains appareils , et qu'à cause de cela on appcUe stomachi- ]ues , pectoraux , etc. Ce n'est point ici le lieu de discuter ces dénominations in peu vagues : nous ferons seulement observer que la thérapeutique possède ;n effet quelques moyens propres à augmenter isolément le ton et la vitalité de ijuelques organes. Ainsi les frictions , l'insolation, les bains de mer agissent sur la peau d'abord , et consécutivement sur le reste de l'économie ; l'électri- [îité et la strychnine excitent le système nerveux; la scille et la digitale augmentent souvent la sécrétion urinaire ; les balsamiques modifient la sécrétion des membranes muqueuses; le fer agit sur l'hématose , etc. Ces moyens spéciaux doivent être mis en usage lorsque au lieu de s'étendre à toute l'économie, la médication ne doit atteindre que certaines parties, certaines onctions.
} Si l'on en croit le rapport de Casimir Médicus , la médication tonique aurait ■ité préférable à toutes les autres dans une épidémie qu'il observa en 1761. Les ndividus anémiques qui languissent dans les mines, dans des contrées malleureuses, dans des habitations froides et humides ; les sujets lymphatiques et
DiCT. DE MÉDECINE ET DE ClilRURGIE PRATIQUES.
tombés dans un état de dépérissement ou de cachexie admis par Celse , Arélée, Vau-Swieten, etc., réclament à des degrés différens l'usage des toniques.
Comme médication générale de la fièvre typhoïde , les toniques comptent plus de revers que de succès ; mais on les emploie utilement vers le déclin de la maladie , et dans certains cas que nous avons indiqués à l'article qlikquina- Nos devanciers reconnaissaient des inflammations qui réclament l'usage d'au" très moyens que les anti-phlogistiques , ainsi que le prouve ce passage de Stoll : « Hsec inflammatio... alterius speciei viilelur, ac ab illà multum differre , quam » cum venœ scclionibus , diluentibus , emollientibus, non difficulter curemus. » Les toniques amers , analeptiques et même spiritueux , ont été fréquemment utiles dans ces derniers temps , pour remédier à certaines gastralgies obstinément prises pour des gastrites franches ; on les emploie souvent avec succè* dans différentes névroses ; dans la chlorose , le fer et ses préparations produisent des eflets merveilleux. Nous y joignons souvent avec avantage quelquesuns des toniques que nous avons cités parmi les amers , et le quinquina en particulier. Nous étendrions beaucoup trop cet article, si nous voulions indiquer tous les cas dans lesquels on peut employer utilement la médication tonique. Qu'il nous suffise de mentionner les bons elfets que l'on en obtient à l'extérieur contre les ulcères atoniques et quelques afi'eclions gangreneuses, pour faire penser qu'ils doivent être d une utilité incontestable tlans quelques afiections plus profondément placées.
Tout en reconnaissant pour plusieurs maladies les avantages de la médication tonique , presque complètement tombée dans l'oubli , gardons-nous d'en abuser. L'accroissement de la douleur et l'augmentation de l'état fébrile nous avertiraient bientôt de l'excès dans lequel nous serions tombés, et nous' obligeraient de recourir promptement à la médication opposée , pour combattre les effets de moyens imprudemment employés.
(Martin Solon. )
TORMENTILLE. Toimentilla erecla. Plante indigène du genre potentilla de la famille des rosacées. On emploie surtout la racine , qui est vivace , grosse comme le petit doigt , conique, longue de deux pouces à-peu-près , rugueuse à l'extérieur et d'une couleur rouge-brunâtre; intci ieurement sa couleur est beaucoup moins foncée. La consistance de cette racine est ligneuse lorsqu'elle est sèche, et sa saveur est amère et astringente; analysée par M. Meissner, elle a donné entre autres principes beaucoup de tannin, de l'amidon et une matière colorante rouge. On peut employer cette racine comme astringente à la dose de quelques gros , à une once pour une pinte d'eau. La réunion des principes astringens et adoucissans peuvent la rendre utile dans quelques cas d hémorrhagies atoniques et de phlegmasies intestinales chroniques , contre lesquelles on l'a prescrite avec succès. ( Martin Solon.)
TORSION, s. f. Procédé opératoire qui consiste à saisir , à tordre les parois des artères, afin d'arrêter les hémorrhagies qui proviennent de ces vaisseaux à la suite des opérations ou des blessures.
La torsion semble avoir eu pour point de départ cette observation , que les artères , même d'un volume considérable , lorsqu'elles sont arrachées, violemment contuses ou divisées par les projectiles que lance la poudre à canon, ne fournissent ordinairement pas d'hémorrhagie considérable. Plusieurs chirurgiens avaient déj i fait remarquer que les animaux divisent avec leurs dents le cordon ombilical de leurs petits, et que le froissement qui résulte de ce mode de section sufiit pour prévenir toute effusion sanguine dangereuse au nouvel individu. Les hémorrhagies consécutives à la suite des ligatures placées soit sur la continuité des artères, durant les opérations de l'anévrysme , soit sur les extrémités de ces vaisseaux , après un grand nombre d'opérations graves et notamment après les amputations, ainsi que la nécessité souvent proclamée d'éviter de laisser dans les plaies des fils susceptibles de s'opposer à leur réunion immédiate ou d'y entretenir des points de suppuration , sont autant de motifs qui firent songer aux faits d'abord indiqués, et engagèrent quelque? personnes à produire par l'art ce que des accidens ou l'instinct des animaux avaient si heureusement opéré d'une manière foi fuite.
M. Maunoir, en 1820 , parait s'être déjà occupé de froisser les artères, de briser en plusieurs points leur membrane interne , afin d'en procurer l'oblitération et de remplacer la ligature. Plus tard , en 1829 , M. Amussat communiqua ses travaux sur la torsion proprement dite , et soutint les avantages de ce procédé sur la ligature. MM. Thierry et Velpeau réclamèrent à ce sujet une priorité dont il serait peu utile de discuter ici les titres.
L'oblitér.Ttion des artères , à l'aide de violences exercées sur leurs parois, et sans les lier, peut-être opérée sur la continuité de ces vaisseaux, ou sur leurs extrémités béantes à la surface d'une plaie.
Se propose t-on d'agir sur la continuité d'une artère ? Celle-ci doit être mise à découvert , au moyen d'incisions méthodiques , et isolée des veines ou des nerfs placés à son voisinage. Selon M. Maunoir, il faut alors saisir l'artère avec une pince assez semblabe aux pinces ordinaires, et dont les branches , dépourvues de mors , sont terminées à leur extrémité par deux arêtes solides. Cet instrument brise les tuniques internes et moyennes des vaisseaux , en respectant leur tunique celluleuse , et, si on multiplie ces lésions en mâchant pour ainsi dire l'organe, on obtient dans sa cavité une série de sections contuses, ou de hachures plus ou moins profondes.
M. Amussat a répété avec succès ce procédé ; mais il accorde la préférence au suivant. Après avoir isolé l'artère à la manière ordinaire, dans une étendue de plusieurs lignes , il la saisit entre les branches de ses pinces , et rompt ses tuniques internes par une brusque pression; puis, faisant glisser l'instrument un peu moins serré , de bas en haut et de haut en bas , il refoule les inembra-