TORTICOLIS
nés divisées, de l'un et de l'autre côté, dans le tube vasculaire, où elles forment une sorte de bourrelet oblitérateur.
M. Thierry glisse au contraire sous l'artère à oblitérer un tenaculum ordinaire, et se sert de la tige de cet instrument comuie d"un garrot pour tordre le vaisseau sur lui-même , et lui imprimer un nombre de tours, qui varie depuis quatre pour les plus petites , jusqu'à huit ou dix pour les plus volumineuses.
La torsion proprement dite, celle qu'on exécute sur les extrémités béantes des artères ouvertes à la surface des plaies , peut se faire selon plusieurs procédés. M. Thieny , par exemple , se contente de saisir le bout du vaisseau, convenablement séparé des organes voisins, et de lui faire subir un nombre variable de révolutions sur sou axe. Une pince susccplible de rester fermée , comme celles qui sont garnies d'un double bouton, glissant dans une coulisse des branches, ou valet à patin , suffisent pour cette opération.
Une torsion de ce genre est libre ou sans limite certaine supérieurement. M. Aœussat a songé à la rendre plus sure , en y ajoutant le refoulement des tuniques profondes et surtout à en limiter l'action. Deux pinces lui sont nécessaires. Assez semblables aux instrumens ordinaires de la même espèce, elles en diffèrent cependant en ce que leurs branches sont un peu plus allongées , et affectent, sur une d'elles , une forme arrondie , qui a fait donner à l'instrument le nom de pinces à baguettes. Toutes deux d'ailleurs portent , à l'endroit où correspondra le pouce du chirurgien , \m petit verrou , qui glissant dans une mortaise , sert à les fermer. La pince à baguettes porte quelquefois encore , sur l'extrémité opposé aux mors, un petit bistouri, aigu et concave, ou bistouri tenaculum , lequel peut s'ouvrir ou se fermer à l'aide d'un ressort.
Chacune des mains étant armée d'une de ces pinces, et la pince à baguette correspondant à la gauche , le chirurgien saisit l'extrémité de l'artère avec la pince droite, l'attire légèrement à lui , tandis qu'au moyen de la pince gauche , il écarte et refoule les parties qui pourraient lui rester adhérentes et la suivre. Si cet isolement était trop diflicile , à raison de la densité du tissu et de la solidité des adhérences , le bistouri tenaculum , porté sous les brides , le diviserait aisément; la pince droite a dû être fermée au moyen du verrou , dès que le vaisseau a été convenablement saisi. Celui-ci étant alors attiré seul de quelques lignes au-delà de la surface de la plaie , la pince à baguette, placée en travers contre cette surface, comprime l'artèi-e entre ses branches, et par une pression brusque , rompt les deux membranes profondes de cet organe , ce qu'une secousse manifeste , une sorte de résistance vaincue lui annoncent avoir été exécuté. Le chirurgien laisse la pince limitatrice dans cette position , en lui donnant toutefois un peu de liberté , tandis qu'avec l'autre pince il fait exécuter au bout de l'artère un certain nombre de tours de rotation sur son axe. 11 résulte de cette manœuvre que les tuniques artérielles sont en quelque sorte passées à la filière, la tunique celluleuse pouvant seule obéir au mouvement d'atti'action exercée par la pince qui tourne, tandis que la moyenne et l'interne sont refoulées dans le canal du vaisseau. La torsion d'ailleurs ne peut se propager au-delà des limites que la pince transversale lui oppose. Après un nombre de toui-s, qui varie depuis quatre jusqu'à douze , l'extrémité de l'artère est abandonnée et refoulée dans sa gaîne. Si on multiplie trop les révolutions de l'instrument qui tord , ou si encore on serre trop la pince limitatrice de la torsion, le bout tordu peut se rompre , mais il se détache presque toujours au milieu de la spirale , et l'opération n'en a pas moins de sûreté.
Si l'on n'avait qu'une pince sous la main , il serait assez facile, après avoir saisi, isolé et attiré le bout de l'artère au-delà de la surface de la plaie , de la presser entre le pouce et l'indicateur de la main gauche , de manière à briser avec l'ongle du premier de ces doigts ses membranes intérieures. Puis, exerçant la torsion pendant que le vaisseau serait ainsi maintenu , on limiterait son extension, en même temps qu'on refoulerait en haut les tuniques internes détachées.
Il n'est pas encore très-facile aujourd'hui d'apprécier la torsion avec une parfaite équité, et de se tenir également éloigné d'uu enthousiasme aveugle ou de préventions exagérées.
Et , d'abord , les procédés nouveaux , appliqués à la continuité des artères , dans les cas d'anévrysmes , sont manifestement inférieurs à la ligature. Celui de M. Thierry nécessite un allongement des tuniques artérielles qui doit tirailler ces vaisseaux au loin dans leurs gaines, et qui peut devenir la source d'accidens inflammatoires graves. Il n'a jamais été employé sur le sujet vivant, ce dont l'humanité doit peut-être se féliciter. Les hachures de M. Maunoir semblent devoir n'apporter qu'une digue bien faible au sang ; et , bien que les expériences de John , bien que des faits directs, résultats d'expériences sur les animaux vivans, aient démontré qu'alors, une lymphe plastique et concrescible, épanchée dans les plaies, s'unit au sang et contribue à former un caillot solide, de manière à oblitérer le vaisseau, le succès n'a cependant pas été tellement constant qu'on ne puisse craindre de voir l'opération échouer sur l'homme. Il en est de même du simple refoulement conseillé par M. Amussat : employé une l'ois sur l'homme , dans un cas d'anévrysme , il n'a pas répondu , dit-on, à l'attente de l'opérateur.
La torsion libre ou non limitée, présente l'incontestable inconvénient de permettre au mouvement rotatoire de se propager supérieurement, le long du vaisseau, de le séparer de sa gaine dans une grande étendue , et d'entraîner avec lui des veines , des filets nerveux ou d'autre parties du voisinage. Elle présente, au moins théoriquement, une certaine incertitude résultant de l'impossibilité de concentrer l'cfTort de la torsion sur un espace circonscrit , où il puisse exercer toute sa puissance.
Le procédé de M. Amussat est donc le plus avantageux. Il unit à la torsion, c'est-à-dire au recoquevillement de la tunique celluleuse, le refoulement des
membranes interne et moyenne dans le vaisseau , et par conséquent une double garantie d'efficacité. D'un autre côté , la limite fixée à la torsion l'empêche d'étendre , de disséminer au loin ses effets.
Mais , comparée à la ligature, quel rang doit prendre la torsion dans la pratique de l'art? Cette question me semble à-peu-près généralement décidée par l'expérience et par l'accord des chirurgiens. La ligature restera comme méthode générale : la torsion sera conservée comme procédé exceptionnel, que le praticien devra s'estimer heureux de posséder dans les cas où l'absence d'aide, ou la privation de^ moyens nécessaires, rendront la première opération impossible. Le mérite fondamental de tout procédé hémostatique est la sûreté. Or, la raison et l'expérience démontrent qu'il existe moins de probabilité d'hémorrhagie après une ligature bien faite qu'après la torsion. El qu'on n'argumente pas dea imperfections d'exécution de la ligature, alors qu'on exige habitude et dextérité pour bien pratiquer la torsion ; car celle-ci présente des chances bien plus grandes d'imperfection que l'autre. Les fils, dit-on, irritent les plaies, s'opposent à leur réunion immédiate , y constituent des corps étrangers , y entretiennent delà suppuration. Mais la cicatrisation par première intention , après les grandes opérations , est-elle donc si fréquente , même lorsque la torsion a été pratiquée, qu'on doive lui sacrifier quelque chose de la sécurité du malade et du chirur; gien? Et quelle est l'étendue , d'ailleurs , du pertuis occupé par le chef unique d'une ligature aussi mince que possible? et ce pertuis , n'est-il pas cicatrisé du jour au lendemain , lorsque , la plaie étant consolidée , la chute du fil lui permet de se fermer à son tour? Comme avantages réels, incontestables ,1a torsion est donc manifestement au-dessous de la ligature; mais elle a souvent réussi, et le chirurgien le plus circonspect sera désormais autorisé à l'employer de préférence à la compression , aux caustiques , aux absorbaus , et à une foule de j moyens du même genre, toutes les fois que des circonstances spéciales lui en imposeront l'obligation. ^
A. T/iierrj- . T)e \a lorsion des artères, Paris, 1829, in-S", Ëg. 1
A.-A. yelpcau. Reclierclies sur la cession spoDlauée des liemorrhagies Iraumatiques pri- Il mitives et la lorsion des artères {Journal uniuerset hebdomadaire de médecine , 1830.) ii
yillardebo. JEssui sur les moyens que la cliirurgie oppose aux liémorrliagies artérielles trau- jj maliqucs primitives, Paris, 1830 , in-4°, fig. ^
l'égot. Mémoire sur la torsion des artères, Paris, 1831, in-8°.
Ck.-A.-Ch. Schrader. Delà torsion des artères , traduit par A. Petit , deuxième édition^. Paris , 1834 , in-S". ' "
J .-2. Amussat. Nouvelles recherches expérimentales sur les hémorrhagies traumatiques,' suivies (le considérations sur l'iinportance des vivisections pour former des chirurgiens opera^ leurs, ( Mémoires de l' Académie royale de médecine ^ Paris, 1835 , t. v, p. 68. j '
(L.-J. BÉGIN
TORTICOLIS, s. m. Caput ohslipitum, ohstipitas. Inflexion involontaire déij| la tête , à droite ou à gauche , en avant ou en arrière, mais très-rarement dausjçj ce dernier sens, toujours douloureuse à l'état aigu , ordinairement passagère,. , quelquefois cependant très-prolongée , et dans quelques cas permanente. Tan^ tôt cette affection dépend d'une carie des vertèbres cervicales , tantôt de leuç luxation , quelquefois de la présence de tumeurs sur un côté du cou , ou de cicatrices succédant à la désorganisation d une grande étendue de la peau comme à la suite des fortes brûlures , dans certains cas, du spasme ou de la paralysie de quelques-uns des muscles de cette région : et , enfin, le plus communément de l'inflammation de ces mêmes organes.
On voit que sous ce nom de torticolis, les pathologistes ne décrivent en général qu'un symptôme , qui même dans la plupart des cas ne mérite pas d'attention particulière. Dans la carie ou la luxation des vertèbres cervicales , lorsqu'un côté du cou est le siège d'engorgemens considérables ou de cicatrices difformes qui ont entraîné une grande perte de substance ; qu'y a-t-il à faire contrôla déviation de la tête ou le torticolis? Évidemment, rien. Et même dans les cas de spasme , paralysie ou inflammation de quelques muscles du cou, est-ce contre l'inflexion forcée qui en est l'effet qu'il faut agir ? Évidemment, non. On a donc eu tort de faire une maladie d'un symptôme , qui ne peut pas même, dans la plupart des cas , devenir le prétexte d'une indication thérapeutique. Autant aurait valu , par exemple , ériger en maladies le mal de tête et le ||j vomissement, et décrire à l'occasion de ces symptômes toutes les affections qui |a peuvent les provoquer. Mais, 1 habitude fait quelquefois loi, même dans les \i sciences , et l'on regarderait comme une omission et une lacune , le silence que i^i nous garderions sur le torticolis dans ce Dictionnaire. On nous permettra bien, j< cependant, de ne pas nous occuper de celui qui accompagne la carie ou la ii luxation des vertèbres cervicales , ni de celui que produit la présence de masses glandulaires , ou de cicatrices vicieuses au cou. Ce commencement de réforme finira peut-être par nous l'amener complète. ISous nous bornerons donc à traiter du torticolis dont la cause réside dans les muscles du cou, qu'ils soient |; contractés spasmodiquement , ou paraly sés , ou enflammés. De la sorte nous j ; ne confondrons plus que trois maladies sous un même nom, ce qui est encore I) bien assez. i i
Le plus commun de tous les torticolis et en même temps le moins grave, c'est celui que nousavons dit dépendre de l'inflammation. Il est presque toujours i ; provoqué, par l'impression d'un courant tl'air frais sur un des côtés du cou. Ii Ainsi, que cette partie se trouve exposée à un courant d'air pendant que le |; corps est en sueur, il en résulte presque inévitablement un torticolis. Mais, || c'est surtout pendant le sommeil que cet accident arrive, et l'on pense généra- | i lement que le froid n'agit pas seul en pareil cas , et que presque toujours les i i malades ont dormi dans une position gênante , qui , maintenant quelques mus- • i des dans une contraction forcée ,a fini par les y fixer à l'état de spasme et par