TOUX
TRANSFORMATIONS MORBIDES
sent cependant les avantages de s'opposer à l'effusion du liquide vital pendant les opéiations , se bornaient à entourer les parties avec une bande fortement serrée qui les étranglait, et affaissait avec plus ou moins d'exactitude leurs vaisseaux. Ce procédé grossier, dangereux, et souvent cause d'accidens graves, fut remplacé par le garrot, que des perfectionnemens successifs rendirent plus méthodique et plus utile.
Tel qu'il fut imaginé d'abord par Morel , cet instrument, en effet , consistait eu un luban solide, placé sur une compresse qui entourait le membre, et qu'on serrait à l'aide de deux bâtonnets , en faisant tourner ceux-ci sur eux-mêmes. Une pelote épaisse, cylindrique et solide, remplacée dans quelques circonstances par une bande roulée avec force , une plaque en corne, en cuir , ou en cuir bouilli; et, enfin , un ruban ordinaire , tels furent les étuis du garrot perfectionnés par Ledran. La pelote ou la batide doivent être placées sur le trajet de l'artère; le lacs doit entourer le membre par deux circulaires médiocrement serrés, et la plaque placée du coté opposé aux vaisseaux. Un bâtonnet glissé entre le ruban et la plaque, étant mis en mouvement, serre le lien et produit la compression. Celle-ci, d'une part, porte avec plus de force, à l'aide de la pelote, sur l'artère que sur tous les autres points du la circonférence du membre , et la plaque protégeant la peau , l'empêche d'être attirée, froissée et meurtrie , par les replis du lien et la pression du bâtonnet. Ce garrot n'étrangle pas autant que celui de Morel les tissus qu'il embrasse, et, convenablement appliqué, il présente au chirurgien une ressource utile.
Cependant, J.-L. Petit présenta, au commencement du dernier siècle, un instrument hémostatique bien supérieur au garrot , et que les corrections de plusieurs chirurgiens n'ont presque pas amélioré. Deux plaques en cuivre, superposées, présentant sur leurs bords latéraux deux fentes et un lacs solide , composent cet appareil. Des deux plaques, une est fixe, garnie d'un côté d'une pelote épaisse, allongée, saillante et très-ferme , du côlé opposé, deux tenons en cuivre s'en élèvent, et l'extrémité d'une vis y est fixée. La seconde plaque, mise en rapport avec la première, au moyen du tenon et de la vis qui la traversent, peut en être éloignée ou rapprochée à volonté au moyen de celte même vis. Le ruban , entourant le membre et passant par les fentes de la plaque fixe pour s'aller fixer à la plaque mobile, il est évident que si, les deux plaques étant d'abord rapprochées , on fait agir la vis , celle-ci éloignera la plaque mobile, enfoncera la plaque fixe contre les vaisseaux , sur lesquels on aura dû la placer d'abord, les affaissera au moyen de la pelote et y suspendra le cours du sang. Les autres parties du membre ne seront que faiblement comprimées, et l'étranglement n'y sera que peu à craindre.
Quelques personnes ont supprimé les deux tiges, ou tenons, qui de la plaque fixe s'élevaient à travers la plaque mobile; mais il en est résulté que celle-ci obéit trop à l'action de la vis, tourne facilement avec elle, et que l'instrument perd de sa solidité. D'autres placent une troisi'eme plaque , garnie de la pelote, au milieu du lacs, la destinant à être mise en rapport avec les vaisseaux, tandis que le reste de l'instrument , appliqué du coté opposé , agit à la manière ordinaire. Mais encore ici, la complication est plus nuisible qu'utile, parce que la vis , en enfonçant directement la plaque fixe , et surmontée de la pelote , la fait agir avec plus de force et d'une manière plus directe que ne le pourrait faire la pelote libre placée ailleurs. On avait remarqué que la saillie de la vis et l'écartement des pelotes donnaient à l'instrument une hauteur qui l'exposait à basculer aisément pendant les efforts des malades , et, par conséquent , à se déplacer. Pcrcy , afin de remédier à cet inconvénient, remplaça la vis perpendiculaire de Petit par un treuil horizontal qu'une manivelle fait mouvoir, et cette correction présente réellement des avantages , car, sans rien ajouter à l'instrument, elle détruit une de ses imperfections.
Toutefois, lorsqu'il doit rester long-temps appliqué , le tourniquet de Petit comprime encore avec force la circonférence du membre , et reste de beaucoup inférieur au compressevr de Dupuytren. ( L.-J. Bégin. )
TOUX. C'est l'acte d'expiration subite et forcée que détermine l'irritation directe ou sympathique de la membrane muqueuse des voies aériennes.
Bien que la toux ne puisse constituer par elle-même une maladie, et qu'elle ait pour cause nécessaire une lésion quelconque de l'appareil respiratoire , son importance , comme symptôme même, devait mériter ici quelque attention sous le double rapport du diagnostic et du traitement. Considérée sous le rapport du diagnostic, la toux diffère d'après le siège , la nature , Vépoque ou la période de la maladie qui la détermine; il n'est pas difficile à un praticien de distinguer au son de la toux le point de départ de la lésion qui la provoque ; on sait que la toux pharyngienne est sèche , fi équente, précédée ou accompagnée d'un sentiment de titillation ou de picotement à l'arrière-gorge, le plus souvent avec mouvement continuel de déglutition, quelquefois avec soulèvement convulsif du diaphragme et de vomissement ; quela toux laryngée présente un caractère de raucité toute particulière, avec douleur plus ou moins vive à la région du larynx ; que la toux bronchique, la plus fréquente de toutes , s'accompagne ordinairement de chaleur et de déchirement derrière le sternum, de rougeur , et de gonflement k la face, et est suivie le plus constamment d'expectoration muqueuse ; que la toux pneumonique est profonde, pongitive, douloureuse, sans quintes toutefois, avec éjection de crachats muqueux , clairs et sanguinolens d'abord , puis épais et plus ou moins opaques; que la toux pleuréiic/ue est essentiellement douloureuse, sèche et fréquente.
La nature et l'époque de la maladie modifient également les caractères de la toux. Ainsi, elle est sèche ou dite d'irritation dans la première période des' phlegmasies de l'appareil respiratoire , au début des fièvres éruptives , dans les irritations sympathiques du larynx et des bronches, pendant le travail de la
dentition, dans le cours de certaines phlegmasies gastro-intestinales, dans les hypertrophies du cœur, ou le développement anévrysmal des gros vaisseauxelle est , au contraire , humide , grasse , etc. , dite de coction, vers la fin des affections catarrhales , des pneumonies, etc.; dans la coqueluche , elle est convulsife , a lieu par quintes plus ou moins rapprochées , s'accompagne d'inspirations sibilantes , et est ordinairement suivie de vomissement.
Les diverses nuances de toux méritent aussi toute l'attention du praticien sous le rapport thérapeutique ; il n'est pas douteux, en effet, que les mêmes moyens de traitement ne peuvent convenir également dans les différentes périodes d'une même maladie, et le bon sens suffit pour établir à cet égard des règles de pratique sans que nous ayons à nous arrêter ici sur l'opportunité des médications que réclament les phases de la maladie. Elles se trouvent d'ailleurs exposées dans la description de chaque maladie en particulier. {^V^oyez Bronchite, cnocp,
COQUELUCHE^, LARTKGITE , PKEUMOKIE , PLEURÉSIE. ) (P. JOLLY. )
TRACHEE- ARTÈRE (Mal. delà ). Voyez Bronchite , corps étranger,
LAHYKX , TRACHÉITE.
TRACHEITE, s. f. Tracheiiis. Inflammation de la trachée-artère; c'est Yangine trachéale des anciens pathologistes. Cette affection existe rarement isolée , presque toujours elle accompagne la larykgiti! , le croup ou la brokchite ( V 0J-. ces mots ) , et dans tous ces cas , elle s'efface devant la gravité plus considérable de ces phlegmasies.
Il serait difficile de lui assigner des causes spéciales , car elle se développe absolument sous les mêmes influences cpii produisent la laryngite, le croup et la bronchite. Ainsi le froid humide, le passage subit d'une température chaude à une température froide , l'inspiration des vapeurs ou des gaz irritans , celle de» poussières, etc., telles en sont les causes habituelles. Li seule circonstance, peut-être, qui puisse la faire naître exclusivement, c'est l'impression d'un courant d'air froid sur la partie antérieure du cou, pendant que tout le corps est en sueur. On l'observe quelquefois à la fin des phthisies , et elle parait provoquée , dans ces cas, par le contact continuel des crachats âcres ou fétides que les malades expectorent. Nous n'avons pas besoin de dire que la présence des 1 corps étrangers, dans la trachée et les plaies de ce conduit, en déterminent ' l'inflammation , c'est un effet que ces lésions produisent partout, mais alors l'in- If flammation devient un phénomène secondaire.
La trachéite cause ordinairement beaucoup d'anxiété; la respiration est dilfi- If cile et fréquente , la partie antérieure du cou est douloureuse, chaude , et quel- " quefois gonflée ; une tous vive tourmente les malades , l'expectoration est ' muqueuse , safranée ou sanguinolente , le pouls fréquent, vif et plein. Je viens ^ d'en observer un exemple dans lequel il n'y a presque pas eu de toux. Chezlfisl" phthisiques qui sont considérablement amaigris , on distingue aisément à I'obB» et au toucher le gonflement de la trachée-artère. Mais dans ce cas, la trachéite*" est chronique, et non-seulement la membrane muqueuse , souvent ulcéiée , est''' toujours accrue d'épaisseur , mais encore il nous a toujours paru c(ue le calibrel' de la trachée était augmenté. A l'état aigu, cette dernière particularité analo-'' mique n'existe pas ; la membrane muqueuse est bien certainement encore bour- ' souflée, et c'est même ce gonflement qui rend la respiration si diflicile, mais |' rarement il se trahit par une tuméfaction extérieure. |' La trachéite aiguë n'a pas toute la gravité qu'on lui attribue , si nous en jugeons ■ 1 du moins par le petit nombre de cas que nous avons eu occasion d'observer. Nous l'avons toujours vue céder assez promptement aux moyens thérapeutiques ' que réclame sa nature , et sept ou huit jours au plus ont généralement suffi à sa ' guérison. Nous ne l'avons jamais observée h l'état chronique sans qu'il existât en même temps une phthisie pulmonaire ou laryngée ; on conçoit qu'en pareil S cas il n'y ait pas à s'occuper de sou diagnostic. Sous cette forme, et isolée, elle doit offrir les mêmes chances et les mêmes diflicultés de guérison que la bron- i chite chronique. Jfc
Le traitement de la trachéite aiguë se compose en entier d'antiphlogistiqïB et de révulsifs. On a rarement besoin d'a\oir recours à la saignée du bras; cependant quand l'anxiété est considérable, et chez les sujets jeunes, sanguins et pléthoriques , on y a recours avec avantage; il est même quelquefois besoin de la répéter. Mais, en général, il suffit de faire une, deux ou trois applicatidns de douze à quinze sangsues au cou , sur le trajet même de la trachée-artère, de recouvrir cette région de cataplasmes émolliens , de faire respirer aux malades des vapeurs peu chaudes de décoctions émollientes , de prescrire des boissons délayantes, gommées, émulsioiinées , des bains, des lavemens légèrement excitans et même laxatifs, enfin des pédiluves sinapisés. Une diète sévère est de rigueur pendant toute la durée de la fièvre. Le calomel, recommandé par les praticiens anglais, peut être utile par la révulsiôii qu'il opère sur les voies gastro-intestinales , et aussi par la pluie de mucosités qu'il provoque à la surface de la membrane muqueuse enflammée. Si la phlegmasie menaçait de passer a l'état chronique , il faudrait se hâter d'appliquer des vésicaloires à la partie antérieure du cou, à la nuque, ou aux bras. On aurait recours à des révulsifs plus puissans, tels que les sétons, moxas , ou cautères, au cou, si les premiers étaient insullisans. Les mêmes moyens, un régime doux , des boissons adoucissantes, la flanelle sur la peau , et l'habitation des pays chauds, composent touti le traitement de la trachéite chronique. (L.-Ch. Roche. )
TRACHÉ0T03IIE. Foyez Brokchotomie.
TRANSFORMATIONS MORKIDES. On nomme ainsi cette modification des tissus , qui consiste dans leur transformation en d'autres tissus normaux. Ainsi la conversion d'une portion de la peau ou du tissu cellulaire en membrane muqueuse, celle d'une membrane muqueuse en peau , l'ossification des cartilages , etc., sont autant d'exemples de transformation morbides.
TRANSFORMATIONS MORBIDES
TRANSFORMATIONS MORBIDES
L'irritation est une des causes des transformations morbides. Il suffît , pour en convaincre, de remarquer que la transformation muqueuse de la peau est roduite par des frottemens répétés; que l'ossification du larynx est ordinairelent l'effet de son ulcération; que celle des cartilages articulaires est très-fréiiemment la suite des inflammations chroniques des articulations, etc. Mais Ile n'en est qu'une cause éloignée , ainsi que nous allons le prouver. Le plus grand nombre des transformations morbides s'opère sans le concours e la plus légère irritation , telles sont : la conversion des muscles en tissu graisîuxdans les membres livrés depuis long-temps à l'inaction , ou en tissu fibieux .itour des articulations non réduites , l'ossification des cartilages par les prolès de l'âge, etc. Quelle en est donc alors la cause dans ces derniers cas? Nous e dirons pas , avec M. Andral , qu'elle consiste dans une aberration de la :iuiiion ; cette explication n'en est pas une , et nous nous e'tonnons qu'elle ait pu lire un seul instant illusion à un esprit aussi judicieux. Mais nous ferons relarquer que, dans la plupart des cas, et dans tous peut-être, les tissus qui ibissent une transformation sont placés dans l une des conditions suivantes : a bien ils sont depuis quelque temps réduits à ne plus exercer leurs fonctions, Li bien ils sont forcés de remplir des fonctions auxquelles ils n'étaient pas desnés par leur organisation. Dans le premier cas, c'est toujours en tissu cellulire qu'ils se convertissent , comme l'avait déjà fait remarquer Bichat ; dans le îcond, ils prennent les caractères des tissus dont ils sont appelés à jouer le rôle, r, nous ne voyons rien là qui s'écarte des lois de l'organogénie. Si, chez embryon , tous les tissus ont commencé par être du tissu cellulaire , et s'ils ont revêtu plus tard des caractères particuliers qu'à la condition, en quelque )rte , de remplir chacun une fonction spéciale, ne devaient-ils pas nécessairelent revenir à leur état primitif d'organisation, quand ils n'ont plus de fonction exercer? Si , d'un autre côté , c'est en vertu de son organisation qu'un tissu Kcrce une fonction et non pas une autre, cette organisation ne doit-elle pas écessaireraent se modifier pour s'approprier à sa destination nouvelle quand sa jnction vient à changer? Il n'y a donc rien dans toutes ces transformations ue de très-naturel ; et , loin de regarder l'acte de nutrition qui les produit amme aherré , nous devons admirer la précision avec laquelle il se met en raport de nature et d'intensité avec la nouvelle destination du tissu qui va se ansformer. Et telle est la constante régularité de ce phénomène, que si vous arvenez à rendre à un muscle devenu graisseux la faculté de se raccourcir, la utrition va lui redonner bientôt son organisation première, de même qu'elle 3ra reprendre les caractères du tissu cellulaire à un canal muqueux qui servait e canal excréteur nouveau, dès l'instant où vous aurez tari la source qui l'alilentait.
C'est donc en général parce que les tissus perdent toute fonction , ou sont ppelés à en remplir de nouvelles , qu'ils se transforment quelquefois en d'aures tissus. Dans les cas même où l'irritation paraît jouer le principal rôle dans î production du phénomène, il est aisé de voir qu'elle n'est que secondaire. in effet, ce n'est pas parce qu'un liquide irritant se fraie une voie à travers 3 tissu cellulaire, qu'il s'y forme un canal revêtu d'une membrane muqueuse, ar le pus le plus doux produit ici le même effet que l'urine; mais c'est parce u'une nouvelle fonction s'y établit , parce qu'il faut un conduit excréteur pour lorter au dehors le liquide de nouvelle formation , ou qui s'échappe de ses oies ou de ses réservoirs naturels , et qu'un conduit excréteur doit nécessairenentêtre tapissé par une membrane muqueuse. Si l'irritation était la cause de a transformation, le canal qui s'établit pourrait être indifféremment séreux, artilagineux ou osseux , car le tissu cellulaire est susceptible de toutes ces ransformations sous l'inQuence de la stimulation ; mais il n'en est pas ainsi : lonc c'est la nature de la fonction nouvelle qui détermine la nature de la ransformation. En faut-il d'autres exemples et d'autres preuves? Voyez au- [our des luxations non réduites les muscles se convertir en tissu fibreux , comme )our former un appareil ligamenteux nouveau à une articulation nouvelle , et 'oyez-les autour d'un os que l'on a dépouillé de son périoste dans une certaine itendue pour en provoquer la nécrose , revêtir les caractères de cette mem- >rane et sécréter du phosphaste calcaire pour la formation du nouvel os. ?out au contraire de ce qui se passe dans l'état normal , la fonction préexiste in quelque sorte à l'organe , ce qui ne veut pas dire qu'elle préexiste à toute )rganisation , car l'organe est là sous une autre forme. Accidentellement appelé i jouer un rôle nouveau , il n'est pas encore organisé pour le remplir qu'il 'exerce déjà , mal il est vrai, mais il le remplit , parce que la fonction nouvelle est la condition de son existence , au lieu d'en être le résultat. Toutefois Il mesure que sa nouvelle organisation se perfectionne , il exerce de mieux en mieux sa fonction, et, sous ce rapport, il rentre sous l'empire des lois auxijuelles sont soumis les organes normaux.
Toutes les transformations morbides peuvent-elles être rapportées à ces lieux causes, qui n'avaient pas échaj)pé à la sagacité de M. Andral, mais auxquelles il n'a pas donné l'importance qu'elles nous semblent mériter : cessation de fonction , fonction nouvelle ? Nous ne sommes pas éloigné de le croire. [On nous objectera que les artères s'ossifient partiellement , sans cesser leurs ifonctions ou en remplir de nouvelles. Mais sont-ce bien des transformations ique ces incrustations ossiforraes ? Ne sont-ce pas plutôt de véritables concrétions, de simples dépôts de matière calcaire? Leur peu d'étendue dans un 'grand nombre de cas , l'état fréquent d'intégrité des tuniques artérielles autour d'elles, enfin leur composition chimique assez différente de celle du tissu osseux , tout cela n'autorise-t il pas à les regarder comme des productions morbides plutôt que comme des transformations ? Quand une artère s'ossifie réellement, elle s'oblitère , et toute l'épaisseur de ses parois est ordinairement
DiCT. DE MÉDECIKE ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.
comprise dans l'ossification ; enfin les caractères chimiques du nouveau tissu sont exactement ceux de l'os normal. Quoi qu'il en soit , si les causes que nous venons d'assigner à la transformation ne sont pas les seules qui la produisent , elles sont du moins les principales et les plus puissantes ; nous croyons l'avoir mis hors de doute.
Nous avons déjà dit d'ailleurs que l'irritation n'étaitpas entièrementétrangèrc à la formation de cet état pathologique. Dans un assez grand nombre de circonstances, elle exerce évidemment une influence éloignée mais réelle, sur son développement ; lorsque , par exemple , elle a rendu un tissu inapte à toute fonction , elle devient la cause de sa transformation en tissu cellulaire ; lorsqu'elle a détruit les rapports de certains tissus entre eux, elle est encore la cause première qui force un ou plusieurs tissus à revêtir de nouveaux caractères d'organisation pour remplir les nouvelles fonctions auxquelles des rapports inaccoutumés les appellent ; lorsqu'elle a détruit les parois d'un réservoir dans un point, ou bien lorsqu'elle a établi une sécrétion nouvelle dont le produit doit se faire jour au dehors , elle est encore la cause éloignée de la transformation du tissu cellulaire en canal muqueux, etc. , etc. Mais dans tous ces cas , la transformation elle-même n'a plus de rapports avec l'irritation ; elle s'opère par les mêmes lois qui président à la formation des tissus normaux, par des lois constantes, régulières, normales, et non par l'aberration de ces lois. Dans quelques cas cependant, il semble que ce soit à l'influence directe de l'irritation que la transformation est due, lorsqu'un cartilage s'ossifie, par exemple, au-dessous d'une partie enflammée ou ulcérée. Mais qui nous dit qu'entre l'effet et la cause il n'y a pas un fait intermédiaire qui nous échappe ? N'est-oa pas en droit de le conclure par analogie, de l'observation des faits plus nombreux et plus évidens où l'existence de ce fait intermédiaire entre l'irritation et la transformation est incontestable.
Tous les tissus ne sont pas au même degré susceptibles de transformation. Le tissu cellulaire, gangue, canevas et état primitif de tous les autres chez l'embryon , peut subir tous les modes de transformation connus. Mais les autres tissus ne sont susceptibles que d'un , deux, ou trois modes de ce changement d'organisation. Il est quelques tissus en lesquels on n'en voit jamais d'autres se transformer ; on n'en voit aucun, par exemple, se changer en tissu nerveux, musculaire, glandulaire ou lymphatique. Enfin , quelques transformations sont beaucoup plus fréquentes que les autres , telles sont les transformations graisseuses , muqueuses et osseuses. M. Amiral a essayé d'exprimer en formules générales , les conditions principales de la transformation, et il a établi les lois suivantes qui nous paraissent exactes : \° les tissus, autres que le cellulaire , susceptibles de se transformer, sont seulement ceux qui, dans le cours de la vie embryonnaire ou dans la série animale , présentent également des transformations constantes ; 2° les transformations accidentelles que ces tissus peuvent subir , sont de la même nature que les transformations normales qu'ils éprouvent, soit chez l'embryon humain, soit chez d'autres animaux adultes ; 3° les tissus qui , chez l'embryon ou dans la série animale, ne subissent pas de transformation connue , n'en présentent pas non plus dans les cas morbides ; 4° tout tissu qui s'atrophie , tend à subir la transformation cellulaire, c'est-à-dire à rétrograder vers son organisation primitive. Ces lois sont en harmonie parfaite avec ce que nous avons dit des causes prochaines des transformations; elles prouvent en même temps que ces changemens d'organisation s'opèrent sans désordre , sans aberration , puisqu'ils obéissent dans leur production aux mêmes lois qui président à la transformation normale. Ceci posé, jetons un coup-d'œil rapide sur chacune des transformations en particulier.
Tbansformations cartilagineuses. On voit quelquefois des plaques cartilagineuses développées dans l'épaisseur des parois d'une artère ; les orifices auriculo - vcntriculaires deviennent assez souvent cartilagineux; l'intérieur des excavations tuberculeuses se tapisse quelquefois d'une sorte de membrane cartilagineuse; on a observé la cartilagination de la plèvre ; les parois de certains kvstes acquièrent parfois la densité, la résistance, et tous les caractères des cartilages, etc. , etc. ; nous pourrions citer beaucoup d'autres exemples de celte transformation, car elle n'est pas très-rare. Mais, soit qu'elle devienne un moyen de guérison pour une autre maladie, soit qu'elle constitue elle-même un véritable état maladif, elle n'est jamais la source d'aucune indication thérapeutique; il est même excessivement rare qu'on puisse la diagnostiquer.
Transformations cutanées. Plusieurs auteurs , M. Cruveilhier en particulier , regardent les cicatrices comme de véritables transformations cutanées , et comme tous les tissus peuvent concourir à la formation des cicatrices , ils en ont conclu que tous étaient susceptibles de cette conversion. Mais il y a une trop grande différence entre l'organisation des cicatrices et celle de la peau , pour que nous puissions voir dans les premières une transformation des tissus eu derme , ni par conséquent admettre que toutes nos parties soient susceptibles de cette transformation. Les membranes muqueuses nous en paraissent seules susceptibles; elles la subissent lorsqu'elles restent long-temps exposées au contact de l'air et soumises à des frottemens répétés. C'est ce qui arrive à la membrane muqueuse du gland quand le prépuce cesse de la recouvrir; à celle du vagin et du rectum, lorsqu'ils sont depuis long-temps renversés et exposés par conséquent au frottement continuel des cuisses et des vêtemens. On voit, dans ces trois cas , la membrane muqueuse perdre peu-à-peu sa couleur rouge et prendre la teinte de la peau , cesser de sécréter des mucosités . se recouvrir d'une couche épidermique , devenir moins impressionnable au contact des corps étrangers , et augmenter d'épaisseur et de densité. Il en résulte pour le gland , une moindre aptitude à absorber le virus vénérien ; et pour le vagin et le rectum , la nécessité d'avoir recours à des aslringens plus énergiques que ceux que l'on applique
TRANSFORMATIONS MORBIDES
TRANSFORMATIONS MORBIDES
ordinaîrement aux surfaces muqueuses, si l'on veut tenter la réduction de ces renversemens par cette médication.
Transformations fibreuses. La transformation fibreuse ne s'observe que dans un petit nombre de circonstances. Le tissu cellulaire, les cartilages, les memtranes synoviales et les muscles , sont seuls aptes à se convertir en tissu fibreux. Ce n'est guère que dans les fausses ankyloses, dans les luxations non réduites, et dans les fausses articulations , que celte transformation se rencontre. Cependant, on a vu les muscles psoas convertis en deux canaux fibreux, tapissés par une membrane muqueuse , et transportant jusqu'à l'aine le pus provenant d'une carie vertébrale ( Cruveilhier ). On sait, en outre , que les colonnes charnues du cœur se transforment quelquefois en cordes tendineuses. Les extrémités des muscles, dans les amputations, se changent aussi en tissu fibreux. On voit par ce peu de mots, que la transformation fibreuse n'est jamais par elle-même un état morbide; elle est souvent , au contraire, un moyen de guérison dans quelques maladies ; on n'est jamais appelé à diriger contre elle des moyens thérapeutiques.
Transformations graissecses. La transformation graisseuse ne se montre ordinairement, comme nous l'avons déjà dit, que dans les tissus qui cessent de remplir leurs fonctions. Ainsi, les muscles qui s'atrophient autour des articulations affectées de luxation non réduite , ou dans les membres soumis à une longue inaction , soit par un ulcère , soit par un état semi-paralytique , soit par toute autre cause , ou bien encore aux lombes et aux mollets des vieillards , ces muscles passent assez souvent à l'état graisseux. Dans plusieurs cas cependant , cette transformation s'opère sans que I on puisse l'attribuer à cette cause ; elle parait dépendre d'un état d obésité générale de l'individu. C'est ainsi que l'on a trouvé le cœur en grande partie transformé en tissu graisseux, et les mamelles ayant subi complètement cette conversion chez des individus d'un embonpoint très- considérable Quelquefois enfin , cet état parait être l'effet d'une irritation prolongée et d'une alléiation du sang j telle est la transformation graisseuse du foie.
La transformation graisseuse a toujours pour effet de rendre de moins en moins facile et d'abolir enfin la fonction de l'organe qui en est affecté, quand elle n'est pas elle-même le résultat de la cessation de la fonction. Mais tant de causes peuvent produire les mêmes effets, qu'il n'est jamais possible de diagnostiquer une de ces transformations, et par conséquent on ignore complètement quel traitement il faudrait leur opposer.
Transformation graisseuse du cœur. Kerkring , Bonet, IVIorgagni , Sénac et M. Cruveilhier, rapportent des exemples de transformation graisseuse du cœur; et tous les individus qui l'ont offerte étaient d'un embonpoint extraordinaire. On pourrait contester que, dans ces cas , il y eût une véritable transformation, et n'y voir que des exemples d'accumulation de graisse autour du cœur; il en doit même être ainsi dans la plupart des cas. Mais dans l'exemple rapporté par M. Cruveilhier, la graisse formait la presque totalité de l'épaisseur de cet organe; les couches musculaires les plus intérieures et les colonnes charnues avaient seules conservé les caractères de la fibre musculaire : c'était donc bien une véritable transformation. Toutefois, Laènnec parait ne pas croire qu'il y ait dégénérescence graisseuse dans ces cas; selon lui, il y a simple accumulation de graisse , et ce qui le prouve , dit-il , c'est que l'on peut toujours séparer la gi-aissedu tissu propre du cœur. Il a cependant , ajoute-t-il , rencontré quelquefois la dégénération graisseuse de cet organe, mais il l'a toujours vue circonscrite et occupant sa pointe ; Berlin et M. Bouillaud l'ont aussi observée sous celte forme.
La transformation graisseuse du cœur peut-elle être reconnue pendant la vie? Tous les auteurs s'accordent à répondre par la négative. Mais tandis que les uns, Sénac et M. Cruveilhier , pensent que la difficulté du diagnostic n'est due qu'à la ressemblance des symptômes produits par cette affection avec ceux de toutes les affections du cœur; les autres, Corvisart , Berlin et M. Bouillaud, pensent que ce désordre anatomique n'est pas capable de déranger la fonction de l'organe, au point de constituer un état morbide. Cependant, chez la malade observée par M. Cruveilhier, il y eut des symptômes de maladie du cœur, et cet organe ne présentait d'autre lésion que la transformation graisseuse que nous avons indiquée. Cette dégénérescence est donc susceptible de produire des désordres fonctionnels. En est-il qui lui soient propres? C'est ce que l'observation apprendra peul-êlre par la suite.
Transformation graisseuse du foie. La transformation graisseuse du foie n'est pas très-rare ; plusieurs auteurs en ont rapporté des exemples, et il est peu de médecins livrés aux recherches d'anatomie pathologique qui n'aient eu occasion de l'observer. Dans celte transformation , le foie est ordinairement d'une couleur fauve, qui varie cependant depuis le rouge jaunâtre jusqu'au jaune blanchâtre ; l'organe est plus léger que dans l'état sain ; il conserve l'impression du doigt, il^se laisse déchirer avec la plus grande facilité , il graisse l'instrument qui le coupe ; appliqué sur du papier , il le graisse comme le ferait de l'huile ; enfin, on en retire par l'ébullition une huile concrescible qui possède tous les caractères de la graisse.
Si l'on considère que l'on peut produire à volonté la transformation graisseuse du foie chez certains animaux , tels que l'oie, le canard, en les gorgeant sans cesse d'alimens, en même temps qu'on les tient plongés dans une obscurité complète et qu'on les prive de mouvement, on est tenté d'en conclure que la transformation graisseuse du foie est l'effet d'une irritation gastrique prolongée. Mais quand on sait que cette dégénérescence s'observe journellement sur les cadavres d'individus qui n'ont offert aucun symptôme d'irritation , soit gastri-
que, soit hépatique, et que le plus ordinairement même il en est ainsi, on I commence à concevoir quelques doutes sur cette étiologie admise par plusieurs auteurs ; l'accroissement du volume de l'organe ne détruit pas ces doutes. Où faut-il donc en chercher la cause?
En examinant avec plus d'attention les faits de la transformation graisseuse du foie chez les animaux , on ne tarde pas à s'apercevoir que pour la produire il faut faire intervenir deux influences non moins puissantes que celle de l'alimentation forcée, savoir : l'absence totale de la lumière , car non-seulement oo crève les yeux des animaux soumis à celte torture , mais encore on les place dans un lieu complètement obscur, et l'immobilité absolue , car ou les tient étroitement enfermés dans un vase qui les contient à peine. Or , on sait que la soustraction de la lumière exerce une action puissante sur l'hématose; elle étiole les animaux et les plantes, elle contribue très-probablement à la produc* tion des scrophules , de la phthisie, de l'anémie, etc. D'un autre côté , la gloutonnerie est la cause la plus puissante de l'obésité. Voilà donc un animal soumis à l'action d'une cause énergique d'obésité, une alimentation excessive; il devrait engraisser , mais placé dans une inaction absolue, les matériaux nutritifs qu'il sépare des alimens ne peuvent se répartir uniformément dans tous les tissus , ils tournent au profit d'un seul, et cet organe unique , quel doit-il être , si ce n'est le foie lui-même , réduit à une inaction complète comme organe d'hématose , puisque , par l'effet de l'absence de la lumière , celte fonction va chaque jour en s'anéantissant , et , d'un autre côté , prodigieusement sur-excité comme organe sécréteur de la bile. S'il en était ainsi , et que les choses se passassent à-peu-près de même chez l'homme , la transformation graisseuse dûfoie serait donc l'effet de la perte d'une de ses fonctions et de l'exagération de l'autre, et se rattacherait par conséquent très-bien à la théorie que nous avons donnée des transformations en général. Peut-être trouverait-on une sorte de confirmation decette vue étiologique dans la remarque faite partons lesanatomopathologistes . que la transformation graisseuse du foie accompagne fréquemment la phthisie pulmonaire. L'altération profonde de l'hématose est probablement la principale cause de celle dégénérescence dans un cas comme dans l'autre.
On ne connaît aucun symptôme qui se rattache à la transformation graisseuse du foie, et l'on ignore aussi complètement les moyens the'rapeutiques qu'il conviendrait d'opposer à cette maladie si le diagnostic en était possible.
Transformations MUQUEUSES. La transformation de la peau en membrane muqueuse est bien plus fréquente que la conversion contraire. Il suffit de àé^ pouiller la peau de son épiderme et de l'exciter pour la voir devenir plus sensible, plus rouge , et sécréter de l'albumine , en un mot , pour la voir revêtir les caractères des membranes muqueuses. On sait d'ailleurs que la plus grande analogie de structure existe entre ces deux tissus, et l'on ne doit pas s'étonner de la facilité avec laquelle ils se convertissent l'un dans l'autre. On peut donft dire, et ici l'analogie n'est pas forcée, que dans toutes les plaies surperficielles, il y a transformation de la peau en membrane muqueuse. On peut le dire aussi de tous les tissus qui suppurent : car rien ne ressemble plus à une membrane muqueuse que la surface d'une plaie.
Mais ce n'est pas danS cette seule circonstance que la peau se convertît eU membrane muqueuse. On observe encore cette transformation chaque fois que deux points de la surface cutanée sont en contact immédiat et éprouvent dei frottemens l'un contre l'autre. C'est ce qui arrive- chez les femmes extraordinairement grasses , et dont les mamelles sont très-volumineuses ; on remarque qu'au-dessous de chaque sein la peau est d'un rose vif; elle est plus sensible et s''irrile par le seul contact de la sueur, ce qui prouve que l'épiderme y est détruit ou :i-peu près ; enfin elle sécrète continuellement un mucus blanc et concrescible qu'il ne faut pas prendre pour de la sueur. On observe la même chose encore chez les individus des deux sexes très-replets , entre les deux fessei. Cette surface est même , chez quelques-uns de ces individus, le siège habitue! d'une sécrétion blanchâtre, fort incommode par l'humidité continuelle qu'elle entrelient sur le linge et par l'odeur désagréable qu'elle exhale. Enfin, c'est encore la même transformation qui s'opère accidentellemînl et passagèrement dans les mêmes parties chez beaucoup d'hommes, après une longue marche pendant les grandes chaleurs. En examinant dans ces circonstances la peau d« cette région , on y observe la rougeur, la sensibilité, la sécrétion de mucus que nous avons déjà signalées , et qui établissent sa ressemblance parfaite avec une membrane muqueuse. Des soins de propreté, l'interposition d'une toile fine entre les deux surfaces , quelques onctions avec un corps gras quelconque, le suif, par exemple , tels sont les moyens faciles de remédier à cette incommodité. Chez les enfans et les vieillards replets qui se coupent , comme on dit, on saupoudre les surfaces irritées avec de la poudre de lycopode.
Le tissu cellulaire , avons-nous déjà dit , est de tous celui qui se transforme Ifl plus fréquemment en membrane muqueuse. Tous les trajets fistuleux qui s organisent à ses dépens, finissent par se tapisser d'une véritable membrane muqueuse. Non-seulement les caractères anatomiques démontrent cette analogie, que ne dément pas l'absence des follicules, attendu qu'on n'en rencontre pas dans toutes les parties du tissu muqiieux lui-même , mais encore elle est rendue plus frappante par un caractère physiologique remarquable. On sait qu il est très-difficile en général , et souvent même impossible , de déterminer l'adhésiOB de deux surfaces muqueuses entre elles, et les trajets fistuleux présentent Je même phénomène. En vain la source du liquide qui les parcourait est tarie, on ne parvient souvent à en provoquer l'oblitération, qu'en enflauimaiit leur» parois , et souvent même , il faut, pour obtenir ce résultat, les fendre avec le bistouri dans toute leur longueur. ( f^ojrez fistules. ) Transfoumatioss osseuses. Presque tous les tissus sont susceptibles d'éprou-