TROIS-QUARTS
Le trois-quarts est le moyen le plus ordinaire des diverses espèces de paracentèses ; il offre le double avantage de la célérité dans l'opération et du ménagement le plus grand possible des parties à travers lesquelles il doit être dirigé. Le trois-quarts, en effet, pénètre en écartant les tissus bien plutôt qu'en les divisant, de sorte que rarement il est la cause de ces hémorrhagies que les instrumens tranchans produiraient souvent, et dont la suspension causerait un grand embarras dans certaines circonstances, en raison de la profondeur à laquelle seraient placés les vaisseaux intéressés.
Tel qu'on le fabrique aujourd'hui, le trois-quarts se compose de deux parties, le poinçon et la canule. Le poinçon est une tige d'acier cylindrique , terminée par une pointe triangulaire très-acérée , et surmontée d'un manche ou poignée d'ébène disposé en massue, et parfaitement arrondie à son extrémité. La canule est un tube cylindrique comme la tige, exactement remplie par celle-ci , surtout du côté de la pointe , et terminée vers le manche du poinçon par une gouttière destinée à diriger le liquide, et à l'empêcher de souiller le lit ou les vêtemeus du malade que l'on opère. La gouttière de la canule du trois-quarts doit avoir une forme calquée sur celle du manche du poinçon, afin de recevoir celui-ci exactement. Dans un bon trois-quarts , le poinçon n'est; pas trop effilé à son extrémité ; la canule doit se terminer sur lui, à l'endroit précis oii commencent les trois pans de sa pointe ; et celle-ci doit dépasser la canule de trois lignes seulement. Certains trois-quarts ont leur canule marquée d'une rainure supérieurement , pour permettre l'issue d'une petite quantité de liquide , et pour avei tir le chirurgien qu'il est justement parvenu dans la cavité qu'il veut évacuer. Cette modification n'obtient que rarement son but, parce que les parties tendues sur la canule de l'instrument la pressent d'une manière trop forte ; en outre, elle est nuisible dans les trois-quarts à hydroccle , parce qu'elle peut faciliter l'infiltration du liquide injecté dans le tissu cellulaire des bourses.
On doit avoir des trois-quarts de diverses longueurs et de différentes directions. Les trois-quarts destinés à la paracentèse abdominale doivent être trèslongs, parce que, chez certains individus très-gros, les parois abdominales ont beaucoup d'épaisseur. La ponction de la vessie par le périnée, si cette paracentèse n'était rayée de la liste des opérations rationnelles , nécessiterait un trois-quarts d'une longueur encore plus considérable. Les ponctions de la vessie audessus du pubis , ou celle par le rectum suivant la méthode de Flurant , ne peuvent être faites qu'avec des trois-quarts courbes. On a encore des troisquarts très-fins pour les cas oti l'on veut tenter une ponction exploratrice , lorsque le diagnostic de certaines tumeurs, de certaines hydropisies, n'est pas établi d'une manière assurée.
Quoi qu'il en soit , que le trois-quarts soit long ou court, gros ou fin, qu'il soit droit ou courbé, voici comment on le fait agir. Le chirurgien le saisit avec la main droite ; il le tient avec le pouce et le médius près de son manche ; le manche est appuyé contre le milieu de la paume de la main par les deux derniers doigts de celle-ci; l'index est étendu sur la canule , et fixé sur elle à une distance variable de la pointe de l'instrument, de manière à déterminer la partie de celui-ci qui doit pénétrer à travers les parties. Les choses étant en cet état, le lieu sur lequel on doit agir et la direction suivant laquelle il convient de porter l'instrument étant déterminés , la peau est tendue avec la main gauche , l'opérateur applique sur elle la pointe du trois-quarts, et d'un seul coup, à l'aide d'une forte pression , il traverse les parties qui lui sont opposées. Le défaut de résistance que l'on éprouve après avoir vaincu l'effort opposé par les organes extérieurs, avertit qu'on est arrivé au milieu du liquide; alors la canule étant saisie et retenue avec le pouce et l'indicateur de la main gauche , de la droite on retire le poinçon de l'instrument , et le liquide s'écoule au-dehors. Pour retirer la canule, lorsqu'on juge que sa présence est désormais inutile , il faut , d'un côté , retenir la peau près de la canule , tandis que , de l'autre, on attire celle-ci au-dehors.
En générai, il y a avantage, lorsque des circonstances spéciales ne s'y opposent point , à se servir de trois-quarts gros , parce qu'on risque moins de voir leur canule se laisser obstruer par les flocons pseudo-membraneux qui flottent souvent au sein des liquides que l'on veut évacuer avec cet instrument.
On se figure bien que le trois-quarts a dii beaucoup varier dans sa forme, depuis l'époque où il a été inventé, époque d'ailleurs assez mal déterminée, comme nous allons le voir bientôt. Avant de posséder cet instrument, le bistouri et le cautère actuel étaient les moyens qu'on employait habituellement pour faire les diverses paracentèses ; le cautère actuel était même le plus souvent préféré , parce qu'il mettait en garde contre l'hémorrhagie , et que , dans l'enfance de l'art , on ignorait les moyens de parer à cet accident.
Suivant Camper, Hippocra te se servait d'un instrument analogue au troisquarts , le T^uircovco Tpiiiylri-Y,fM-j , avec lequel il faisait la paracentèse péritonéale , après avoir préalablement incisé les couches superficielles de la paroi abdominale. Mais , sans répéter que les écrits du père de la médecine n'autorisent pas cette assertion , si cet homme célèbre avait connu le trois-quarts , ne serait-il pas étonnant que les médecins qui lui succédèrent , et qui se montrèrent admirateurs si exclusifs de ses dogmes , ne lui eussent point emprunté cet instrument.
Rhazès est le premier qui parle d'un instrument analogue au trois quarts : il pratiquait la paracentèse avec une grosse aiguille, suivant Sprengel. Plus tard , Paré introduisait une canule dans la plaie qu'il avait faite avec le bistouri pour la paracentèse. On voit par conséquent que , pour avoir un trois-quarts tout à» fait semblable aux noires , il ne s'agissait plus alors que de réunir l'aiguille de Rhazès à la canule du chirurgien français.
Cependant, c'est seulement au commencement du dix-septième siècle que le
TROIS-OUARTS,
trois-quarts fut réellement inventé , et qu'il commença à être employé par les chirurgiens. Suivant Halier , Jean Girault se servait depuis long-temps pour la paracentèse d'une aiguille renfermée dans une canule ; parconséquent, c'est à lui qu'il faut rapporter les premiers progrès qui signalèrent l'époque indiquée sous le rapport du trois-quarts ; tandis que c'est plus particulièrement à Sanctorius , de Padoue , qu'on doit attribuer la vogue dont jouit bientôt cet instrument. Sanctorius ne tit qu'employer le trois-quarts à pointe arrontlie de Jean Girault, mais son charlatanisme lui tit rapporter l'invention de cet instrument.
J. Black , d'Amsterdam, rapporta plus tard d'Italie, un trois-quarts plus simple que celui de J. Girault, mais moins bon que celui-ci ; il se composait d'une canule, terminée d'un côté par une pointe cylindrique, ouverte à l'autre e.'itrémilè susceptible de recevoir un obturateur, et présentant, près de sa pointe , deux ouvertures latérales pou r l'écoulement du liquide.
P. Barbette mit l'instrument de J. Black en usage, et rendit sa pointe triangulaire. Toutefois , on ne tarda pas à reconnaître les inconvéniens des instrumens de Black et de Barbette ; Touvenol et B. Genga les rejetèrent même tout-à-fait, et firent la ponction de l'abdomen simplement avec une grosse aiguille, comme Rhazés , aiguille à laquelle ils substituaient immédiatement la canule d'A. Paré.
J.-L. Petit ajouta à la canule du trois-quarts la gouttière, qu'elle porte aujourd'hui, et tit pratiquer à sa partie supérieure une cannelure, afin de guider un bistouri qui permît d'agrandir la ponction, si tel était le besoin et le désir de l'opérateur.
M. A. Gusov crut modifier heureusement le trois-quarts en faisant pratiquer une fente à l'extrémité de la canule, et en rendant rhomboidale la pointe du poinçon , de manière à rendre plus exacts les rapports de ces deux parties ; mais celte innovation adoptée par quelques chirurgiens , présente des inconvéniens qui ne sont pas compensés par les avantages précédens : elle permet les infiltrations latérales des liquides ; et plus d'une fois , suivant la remarque de Dupuytren, elle a été la cause de graves accidens dans l'opération de l'hydrocèle par injection.
D. Masotti imagina un trois-quarts, dont le but était d'empêcher les parties internes , l'épiploon , dans la ponction abdomiuale, de s'engager dans la canule et d'empêcher l'écoulement du fluide. Suivant Spreugel , cet instrument se composait d'une canule ordinaire , mais percée de trous sur les cotés , et d'un cylindre creux en argent qui la remplissait exactement. Ce cylindre était garni en avant d'une pointe d'acier triangulaire et d'un manche en arrière. Quand l'instrument était introduit, on retirait le cylindre et on glissait dans la canule une seconde canule ouverte en bas et percée également de trous sur les côtés, canule qui s'opposait à ce que l'épiploon pût s'insinuer dans l'autre ; cette modification n'a aucune importance réelle , d'ailleurs elle ne remplit pas entièrement le but pour lequel elle a été imaginée.
J. André voulant rendre le trois quarts plus facile à faire pénétrer , imagina de lui donner une pointe en forme de lancette, et de séparer sa canule en deux parties , qui se rapprocheraient avec une vis.
Enfin Wilson de Glascow, craignant le pincement de quelques parties intérieures lors du rapprochement des deux valves de la canule du trois-quarts précédent , les a disposées de façon à ce qu'elles ne pussent pas se réunir exactement. Mais , hàtons-nous de le dire, c'est se tourmenter inutilement l'esprit que de s'imaginer que le trois-quarts ordinaire ne pénètre pas assez facilement, et c'est doter cet instrument de tous les désavantages que nous avons reprochés à celui de M. A. Gusov, que de séparer sa cauule en deux parties distinctes.
{Pn.-FnÉD. Blandtn'. )
TUBERCULE, s. m. 7\iberculum. Ce mot est aujourd'hui très-détourné de son acception primitive. Consacré dans l'origine à exprimer une tumeur de jnoyen volume et de forme à-peu-près arrondie, il ne rappelle plus aucune idée de forme ni de dimension , et sert à dénommer une altération morbide particulière; il désigne enfin un genre de désorganisation, comme les mots cancer , mélanose , eic. , en désignent d'autres. C'est à tort , sans doute , que l'on a détourné ce mot de son véritable sens, mais l'usage et des travaux importans l'ayant en quelque sorte sanctionné dans sa nouvelle signification, il faut la lui conserver exclusivement et ne l'en plus distraire , si l'on veut voir régner la précision et la clarté dans le langage médical.
A l'article PHTHisiE , nous avons tracé la description anatomique et donné la composition chimique des tubercules, ou de la matière tuberculeuse en général; nous en avons indiqué le sirge probable , l'état primitif, le mode de formation, de développement et de destruction dans tous les tissus ; nous en avons signalé les causes productrices ; et de toutes les données que nous avait fournies cette étude , nous avons essayé de déduire la connaissance de la nature intime de cette altération morbide; il ne nous reste donc plus rien à en dire ici. Que si l'on nous reproche d'en avoir ainsi déplacé l'histoire , nous répondrons que le but de ce Dictionnaire étant essentiellement pratique, et l'étude approfondie des tubercules nous paraissant devoir jeter beaucoup de lumière sur le traitement de la phthisie , nous avons dû céder à cette considération , et confondre l'histoire générale de la tuberculisation avec celle de la phtliisie pulmonaire.
On a observé des tubercules dans tous les organes; dans le mésentère;, ils donnent lieu au carreau; dans les poumons, à la phthisie; sous la peau et principalement au cou , aux scrophules ( voyez ces mots ). Leur présence dans le cerveau entraine toujours la mort ; cette maladie n'ayant pas encore été décrite dans ce Dictionnaire, nous allons en tracer ici l'histoire.
Tubercules du ceri>eau. Celte maladie est en général peu connue de la plupart des médecins. Des observations nombreuses en ont cependantété publiées