‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource] (volume 2)Chapitre 294 sur 311 · TUBERCULE · texte numérisé non relu

TUBERCULE

par plusieurs auteurs , mais ces faits ont plutôt éclairé son anatomie patholo^que que son étiologie, ses symptômes et son traitement.

Les tubercules cérébraux sont assez fréquens dans l'enfance , ils sont, aq contraire , très-rares aux autres âges ; on en rencontre dans tous les centres nerveux , le cerveau , le cervelet, et la moelle épinière, mais les plus fréquens, les mieux connus, sont ceux du cerveau. Chez les adultes , il n'est pas rare de trouver un tubercule unique; mais chez les enfans , on en voit presque toujours j plusieurs ensemble ; ils sont même quelquefois très-nombreux. Leur volume varie depuis celui d'un pois jusqu'à celui d'un œuf de poule; leur forme est! aussi variable; en général cependant , ils sont ronds ou ovoïdes, et plus ou ' moins aplatis , mais on les trouve quelquefois irréguliers , de forme murale, ou tout-à-fait informes. Ils sont ordinairement blancs, jaunes ou verdâtres, et d'une consistance assez ferme dans les premiers temps de leur formation ou dans leur période de crudité ; ils prennent la couleur et la consistance du fromage mou, et dans les derniers temps même celle du pus, lorsqu'ils sont anciens et parvenus à leur période de ramollissement. On les trouve presque toujours entourés d'un kyste , peu formé et même difficile à reconnaître dans les premiers temps de leur développement, mais devenant de plus en plus distinct, et bientôt formé de deux membranes évidentes, l'externe , serrée , dense, mais mince et facile à déchirer , l'interne , au contraire , celluleuse , solide, élastique et résistante Chaque tubercule est ordinairement isolé; il arrive cependant quelquefois que plusieurs se touchent, adhèrent, et finissentpar communiquer entre eux.

Les tubercules se développent dans l'intervalle des fibres de la substance cérébrale, et l'on peut souvent, par une dissection attentive , voir ces fibres s'écarter pour embrasser un tubercule. C'est ce caractère qui les distingue du squirrhe du cerveau : mais quand la substance cérébrale est altérée autour d'eux, ce caractère n'existe plus , et la distinction devient difficile. Quoi qu'il en soit , on trouve souvent les circonvolutions cérébrales aplaties dans le voisinage du siège des tubercules , et très-fréquemment surtout un épanchement plus ou moins considérable de sérosité.

MM. Broussais et Bouillaud pensent que les tubercules cérébraux , comme ceux du mésentère et du poumon, sont toujours le résultat de rinflaramation, Cette opinion ne nous paraît pas fondée , mais nous ne reproduirons pas ici les argumens par lesquels nous l'avons combattue à l'occasion des tubercules pulmonaires, ces argumens trouvant ici leur application. Nous dirons seulement que l'on a plus d'une fois trouvé des tubercules , même nombreux, dans le cerveau d'enfans qui n'avaient offert aucun symptôme d'excitation cérébrale pendant la vie; nous ferons remarquer en outre que les tubercules cérébraux sont excessivement rares chez les vieillards , tandis qu'ils sont assez fréquens chez les enfans , quoique l'inflammation de la pulpe cérébrale s'observe plus fréquemment chez les premiers que chez les seconds. Les causes véritables de ces tubercules sont les mêmes qui président à leur développement au cou ou dans les poumons. Ainsi , l'enfance, le sexe féminin, le tempérament lymphar tique, la circonstance d'être né de parens scrophuleux ou phthisiques, et l'existence actuelle d'une affection scrophuleuse ou d'une phthisie, prédisposent aies contracter. Us se développent principalement sous l'influence du froid humide, d'une mauvaise alimentation , de la respiration habituelle d'un air vicié, du défaut d'insolation, de la réclusion , du défaut d'exercice , des excès vénériens, et surtout de la masturbation.

Une céphalalgie vive . prolongée, continuelle, opiniâtre, paraît être le symptôme le plus constant des tubercules cérébraux ; des vomissemens l'accompagnent assez ordinairement, ils sont remarquables par leur continuité, leur persistance, et leur résistance aux moyens qu'on emploie pour les combattre; aucun autre symptôme gastrique ne s'y joint ; on voit évidemment qu'ils sont sympathiques , quelquefois même les stimulations de l'estomac les calment. A ces deux symptômes presque constans de la présence des tubercules dans le cerveau , s'ajoutent ordinairement des plaintes ou des cris rapides arrachés par la douleur de la tête et de fagitation , qui reviennent comme par crises et se terminent ordinairement par le vomissement , ce qui fait croire aus personnes qui entourent le malade que c'est le vomissement qui soulage. En même temps la tête s'échauffe , la sensibilité des membres diminue, sans cesser complètement , les avant-bras se fléchissent et se relâchent alternativement, mais lentement, sans secousses, sans convulsions; quelques grincemens de dents se font entendre ; les mâchoires se serrent, mais non d'une manière continue ; la figure fait de temps en temps de petites grimaces, puis les pupilles se dilatent et la vue se perd. Plus tard l'ouïe s'affaiblit et s'éteint à son tour; l'intelligence cependant se conserve , et l'on voit des enfans dont la vue est abolie, mais qui entendent encore , se tourner du côté d'où vient la voix de leur mère; sourds et aveugles, on les voit embrasser les personnes qu'ils chérissent, aussitôt qu'elles posent la joue sur leurs lèvres; enfin, jusqu'au dernier moment , à peine sentent-ils le contact de la cuiller avec laquelle on les faithoire qu'ils'la saisissent avec les lèvres et boivent en efi'et. Mais vers la fin, le pharynx se paralyse, et la déglutition devient dillicile , puis impossible.

La marche de cette maladie est souvent des plus perfides : ainsi il arrive fréquemment de voir un enfant éprouver une douleur vive de la tête, et vomir presque aussitôt; cela dure à peine quelques minutes, et il reprend immédiatement et ses jeux et sa gaîté. On fait à peine attention à cet accident ; mais au bout de quelques mois, il se reproduit et dure tout aussi peu. Que le médecin se tienne alors pour bien averti. S'il a affaire à un enfant pâle, lymphatique, qui tousse habituellement ou est atteint de scrophules, dont les parens sont scrophuleux ou disposes à la phthisie , si même une seale de ces circonsUnces

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TTMPANITE.

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xiste , il doit craindre le retour d'une troisième crise , à un intervalle plus approché que celui qui séparait les deux premières. On ne manquera pas de lonnes raisons pour lui expliquer la cause de ces accidens ; qu'il prenne garde le se laisser entraîner à une dangereuse sécurité; bientôt les accès se rapprolieront, et la maladie ne tardera pas beaucoup après à éclater avec ses caractees non équivoques. Cette marche n'a rien qui doive étonner, les tubercules se léveloppent dans le cerveau , sans en intéresser la substance autrement que l'une manière mécanique ; en s'interposant entre ses fibres , ils s'accroissent raduellement , lentement, et n'agissent sur l'organe que comme des corps trangers. Ce n'est que lorsqu'ils deviennent trop nombreux ou trop gros, ou orsqu'ils irritent la substance cérébrale autour d'eux, ou quand ils commenent à se ramollir, que les symptômes delà maladie se manifestent. Ils se emportent là, comme dans les poumons, comme partout, et n'avertissent le )Ius souvent de leur existence que long-temps après leur formation. Il faut [u'une cause interne, telle que leur nombre , leur volume ou leur ramolissement , ou bien une cause extérieure d'excitation cérébrale, et la plus légère uflit en pareil cas , viennent provoquer le développement des accidens pour [u'ils éclatent. En un mot, c'est la même marche que les tubercules pulmonaires. Et lorsque, comme il arrive dans quelques cas, le mal se déclare touti|-coup avec toute sa violence , ce qui s'observe principalement chez les indivi- ;lus déjà tuberculeux dans d'autres organes, on peut être assuré que le cer- I, eau contenait depuis long-temps un certain nombre de tubercules. La durée lie cette affection varie ; le plus communément elle est de douze à quinze jours ij compter du moment où les symptômes prennent une marche continue ;

Guersent l'a vue se prolonger jusqu'à trente jours. Si , comme on devrait le aire, on rattache l'invasion à l'apparition des premiers accidens, il faut dire ue la maladie dure ordinairement plusieurs mois. Au reste, à peine a-t-elle daté qu'elle est mortelle; M. Guersent, qui en a observé un très-grand nora- |re de cas , nous a dit n'en avoir jamais vu guérir une seule. Tous les traitemens ont été essayés contre les tubercules cérébraux ; les sainées, les sangsues , les applications d'eau froide ou de glace , ou les irrigations ontinues sur la tête , les vésicatoires , les frictions mercurielles , le calomel, le ulfate de quinine , les narcotiques pour calmer les douleurs , tout a échoué t continuera d'échouer. Les edorts des médecins ne doivent donc tendre qu'à in seul but, celui d'essayer de prévenir la maladie chez les sujets qui en parairont menacés. A cet effet , ils prescriront les vêtemens de flanelle sur la peau , habitation dans un lieu sec et bien aéré, l'insolation , l'exercice au grand air, inenourriture saine , succulente , composée principalement de viandes rôties ou rillées, de bouillons gras, la proscription du laitage, des farineux, des végéaux aqueux, l'usage d'un vin tonique, comme celui de Bordeaux, l'emploi des errugineuxet des amers , des bains d'iode et de ceux de mer. Trop heureux s'ils leuvent , par ces précautions , arracher un malade sur mille aux ravages de cette errible maladie.

Voyez la Bibliograpliie de pnTHisiE.

(L.-Ch. Roche.) TUMEUR BLANCHE. Voyez AsthritecI ostéite.

TUSSILAGE. Plante qui forme un genre dans la famille des composées ou ynanthérées , syngénésie polygamie superflue de Linné. L'espèce employée en aédecine porte le nom de lussilago faifiira.^WeesX vivace, croît dans les terrains acuités; sa fleur se montre au printemps, portée sur une hampe; elle croît avant es feuilles, ce qui a fait appeler le tussilage : Jîlius anle patrern. Les feuilles sont irges , cordiformes et d'un vert glauque , les fleurs jaunes radiées et inodores ; n les emploie comme pectorales et béchiques àla dose d'une forte pincée pour ine pinte d'eau. Elles entrent dans la composition des espèces pectorales et léchiques, et dans les sirops de grande consoude et d'érysimum.

( Martin Solon. )

TTMPANITE. s. f. Tympanids. Distension considérable de l'abdomen par les gaz, développés dans l'estomac ou dans les intestins, ou dans toute l'étendue ^es voies digestives en même temps, ou bien enfin dans le péritoine. C'est le même ihénomène morbide que celui que nous avons décrit sous le nom de météorisme voyez ce mot ), mais porté à son plus haut degré de développement.

La tympanite est presque toujours le symptôme d'une autre maladie. Queluefois elle est l'effet d'un obstacle qui, s'opposant à l'issue des gaz , les force à 'accumuler tantôt dans une seule partie et tantôt dans toute l'étendue des voies igestives. Cet obstacle est passager, comme un étranglement intestinal ou l'accumulation de matières endurcies dans le rectum, ou permanent, comme iin rétrécissement , et dans ce dernier cas , les gaz s'accumulent dans l'estomac leul ou dans les intestins , selon que le rétrécissement a son siège au pylore ou ers la fin du gros intestin. Elle accompagne fréquemment l'entérite follicueuse ; on l'observe assez souvent aussi chez les individus atteints de gastrite et urtout d'entérite chroniques, avec ou sans ulcérations , dans les gastralgies et es entéralgies ; enfin chez les individus porteurs de hernies volumineuses irréluctibles.

Mais indépendamment de ces circonstances, on voit quelquefois se dévelopler la tympanite. L'ingestion d'une grande quantité de boissons fermentescibles, elles que le cidre , le vin bourru , l'usage de certains alimens , et particulière- □enl des choux, des haricots, des lentilles, la provoquent aisément chez les peronnes naturellement venteuses ; une simple indigestion peut produire le même ffet, mais une indigestion causée par les alimens que nous venons de citer eut, dit-on , faire naître une tympanite mortelle. La présence des vers en délient quelquefois la cause j la rétention volontaire et prolongée des vents , chez

les personnes qui sont habituées à en rendre, enti aînentparfois le même accident. Enfin , dans des conditions physiologiques qui ne sont pas connues , la membrane muqueuse gastro-intestinale exhale des gaz qui peuvent s'accumuler et donner lieu à une tympanite. MM. Gérardin et Magendie ont mis hors de doule ce mode de formation des gaz. C'est à celte tympanite que l'on donne le nom <ïessenlielle.

Quant à l'accumulation des gaz dans la cavité du péritoine, elle est ordinairement le résultat ou d'une perforation intestinale qui leur a livré passage, ou d'un mouvement de fermentation qui s'est développé au sein d'un liquide ordinairement altéré , contenu dans ce sac membraneux. Il paraît cependant que dans quelques cas, des gaz y arrivent aussi par exhalation ; cette forme de la tympanite a été nommée hy dropisie sèclte par quelques auteurs.

On reconnaît la tympanite aux signes suivans : le ventre , considérablement accru de volume , est distendu , élastique comme un ballon , et très-sonore à la percussion ; il est en même temps le siège de bruits divers plus ou moins forts , qui passent rapidement d un point à un autre, et de dcplacemens des circonvolutions intestinales que l'on sent quelquefois se mouvoir sous la main; il est insensible à la pression, mais traversé par des douleurs qui suivent les mouvemens des gaz ; si la quantité de gaz accumulés est considérable , le diaphragme se trouve refoulé et produit de la dyspnée, le cœur lui-même est gêné dans ses mouvemens , d'où résultent des palpitations , des syncopes, et l'irrégularité du pouls ; d'un autre côté , les lavemens ne peuvent plus pénétrer dans le rectum , la vessie comprimée n'admet plus l'urine qu'avec difficulté, d"où la dysurie et même parfois la suppression complète de l'excrétion urinaire ; enfin la compression des conduits biliaires peut, dit-on , produire l'ictère. Nous avouons que ce dernier effet nous paraît impossible, et quand l'ictère accompagne la tympanite, nous croyons qu'elles n'ont de rapport entre elles que d'être très-probablement l'un et l'autre symplomatiques d'une inflammation gastro-intestinale. Lorsque les gaz occupent et distendent tout à-la-fois les intestins et l'estomac, outre les symptômes précédens , on remarque que les troubles de la respiration et de la circulation sont plus prononcés ; le malade fait des efforts inutdes pour rendre des vents par haut et par bas ; il éprouve des envies de vomir et ne peut y parvenir ; ce n'est même parfois qu'avec beaucoup de difficulté et après de grands efforts, qu'il peut ingérer les boissons. Quand la tympanite est bornée à l'estomac, on le reconnaît àla tumeur élastique , sonore et circonscrite, que cet organe forme dans la région qu'il occupe j sa distension peut aller jusqu'à le faire dépasser l'ombilic. Enfin , dans quelques cas , elle n'occupe qu'une petite étendue du tube intestinal ; la tumeur qu'elle forme alors , toujours circonscrite , arrondie , tendue , élastique et sonore , ne peut pas être méconnue ni confondue avec aucune autre maladie.

Les gaz ne sont pas toujours tellement emprisonnés qu'il ne s'en échappe de temps en temps quelques-uns par une voie ou par l'autre. Leur issue procure toujours un grand soulagement. On a vu quelquefois tous les gaz s'échapper en peu d'instans , et des symptômes fort graves être ainsi dissipés immédiatement.

La tympanite peut-elle seule donner la mort ? Beaucoup d'auteurs le prétendent et citent des faits à l'appui. Sans nier absolument la possibilité du fait, nous croyons que, faute d'apporter aux ouvertures des cadavres les soins qu'on y met aujourd'hui , on n'a pas toujours su découvrir les lésions qui avaient causé la mort chez la plupart des individus que l'on a crus avoir succombé à la tympanite.

Le traitement de celte affection ne saurait être le même lorsqu'elle est symptomatique et lorsqu'elle est essentielle. Dans le premier cas , il faut remonter à la cause qui la produit : vaincre ou écarter les obtacles qui s'opposent mécaniquement à la sortie des gaz emprisonnés , combattre les entérites , les gastralgies , les vers , les ulcères intestinaux , elc. , par les moyens ordinaires, et, dans quelques cas rares seulement, ajouter aux moyens réclamés par la nature de ces affections, l'emploi de quelques-unes des boissons carminatives que nous indiquerons bientôt. Dans le second cas, on prescrit avec avantage les infusions chaudes de camomille, d'anis, de coi iandre, de menthe, d'angélique, de sauge, les lavemens d'eau simple, les frictions sèches avec la main, une brosse, ou flanelle chaude sur le ventre , les friclions huileuses camphrées , et les potions éthérées. Quelquefois on a retiré de bons effets de l'application de la glace sur le ventre, des boissons et des lavemens glacés; les topiques émolliens et opiacés calment parfois les douleurs ; enfin on a souvent eu recours aux purgatifs et obtenu par eux des guérisons ; on a conseillé d'aspirer les gaz avec une seringue armée d'une longue canule en gomme élastique , et que l'on porterait le plus profondément possible dans l'intestin ou l'estomac; nous ne savons pas si ce moyen a été tenté et suivi de succès. On a conseillé aussi de faire une petite ponction aux parois abdominales pour donner issue au gaz; cette opération exposerait aux accidens les plus graves ; elle parait cependant avoir été pratiquée un petit nombre de fois avec succès ; mais en général il faut s'en abstenir.

Nous ne saurions trop le redire , la tympanite est presque toujours symptomatique. C'est donc rarement contre elle qu'il faut diriger sa thérapeutique, mais, au contraire, presque toujours contre les maladies dont elle dépend. Et nous insistons d'autant plus sur ce point, que la tympanite se trouvant très-souvent liée à des phlegmasies gastro-intestinales , il y aurait fréquemment du danger à recourir à l'emploi des carminatifs , agens plus ou moins excitans qui accroîtcraient nécessairement l'inflammation sans expulser les gaz.

J..H. Fiierstenan. Dissertalio de lyrapanilide, iQ-4», Rintelii, 1733.

typhoïde. ( 2020 )

Combalusier. Pneumalo-patliologie, 2 vol. in-12, Paris , 1747.

y.Trnha de Krzowitz. Uisloria tym paoiti dis, in-8". Vindobona! , 1788.

Gérnrdin. Disseilation sur les gaz intestinaux. — Collection des thèses de la Faculté de Paris , it)-4<' , Paris , 1814.

P. Baumès. Lettres sur les causes et les effets de la présence des gaj ou vents dans les voies gastriques, Paris, 1832-183J, 2 part., in-8°.

TYPHODE. Voyez Fièvres.

typhoïde {^Affection typhoïde). Le mot typhoïde signifie qui ressemble au typhus , et il est un assez grand nombre de maladies aiguës dans le cours desquelles on observe souvent un ensemble de phénomènes , dits généraux, qui ont la plus grande ressemblance avec ceux qui caractérisent le typhus. Toutefois , cet état ou , si Ton veut , cet appareil typhoïde se rencontre , d'une manière plus particulière, dans une inflammation aiguë spéciale de la membrane folliculeuse de l'iléon , inflammation qui , avant la grande révolution pyrëtologique accomplie par M. Broussais , était prise pour une fièvre essentielle et portait le nom de fièvre bilioso-putride , gastro-adynamique (Pinel), etc. Deux ou trois adversaires du nouveau progrès pyrétologique , décrivent encore aujourd'hui cette importante phlegraasie sous le nom vague de Jîhvre ou Xajfection typhoïde j et semblent la considérer comme une maladie d'une espèce particulière, qu'ils rapprochent de la variole, de telle sorte , disent-ils , que l'affection intestinale pourrait manquer , sans que pour cela la fièvre typhoïde cessât d'exister. Enfin, quelques praticiens, M. Fouquier, par exemple, donnent aussi le nom de typhus k la maladie qui nous occupe.

11 faut rendre à M. Louis cette justice , savoir, qu'il ne partage pas l'opinion professée par M. Chomel : que l'affection ou fièvre typhoïde peut e.'sister indépendamment de la lésion des plaques de Peyer , lésion qui est évidemment une violente inflammation. En effet, il dit expressément que, dans les cas pris pour une affection typhoïde, où la lésion intestinale a fait défaut, il y a eu erreur de diagnostic ; et , alors , ajoute-t-il , on ne doit pas plus admettre l'existence d'une affection typhoïde , qu'on n'admettrait l'existence d'une péripneumonie, si, après avoir diagnostiqué cette maladie, on ne rencontrait pas de lésion dans les poumons : force serait bien ici de convenir qu'on s'était trompé dans le diagnostic. Pour M' Louis, comme pour nous, il n'est donc pas plus Ôl affection typhoïde sans lésion des platfues de Peyer que de pneumonie sans lésion du poumon , et on a lieu de s'étonner que M. Chomel ait invoqué l'autorité de cet auteur pour prouver qu'il existait une affection typhoïde sans lésion des plaques de Peyer , c'est-à-dire sans affection typhoïde, comme il existe des varioles sans varioles {variolœ sine variotis). La lésion des plaques de Peyer est pour M. Louis, comme pour nous encore, le caractère anatomique de son affection typhoïde , et s'il n'a pas donné à la maladie un nom tiré de cette circonstance, c'est, dit-il, qu'il n'en a pas trouvé qui fût agréable à l'oreille. Voici les propres expressions de cet observateur. <i J'ai lons^-temps cherché un « mot qui exprimât le caractère anatomique de cette affection sans être désa- » gréable à Vnreille , et ne l'ayant pas trouvé , je m'en suis tenu à l'expression » affection typhoïde , au moins à-peu-près exempte d'inconvéniens. » S'il est, d'ailleurs , aussi clair que le jour , que la lésion des plaques de Peyer et d'autres élémens de l'intestin grêle, soit de nature inflammatoire, il en résulte qu'en dernier ressort, M. Louis, quoi qu'il en ait , adopte l'opinion que les partisans éclairés et consciencieux du nouveau système pyrétologique avaient enseignée eux-mêmes dans des ouvrages antérieurs à celui de cet auteur.

Quant à M. Chomel , il a été forcé lui-même de renoncer à ses anciennes opinions , et il a seulement pris soin de ne pas avouer sa défaite , ou plutôt de lui donner l'apparence d'un vrai triomphe. En effet , après avoir soutenu l'existence des fièvres essentielles dans le Traité qu'il publia en 1821, par une sorte de palinodie médicale dont on doit lui savoir gré, dans le nouvel ouvrage qu'il vient de publier ( 1834) , il se range du côlé de l'opinion de M. Louis, qui considère la lésion des plaques de Peyer (laquelle constitue pour nous le mode d'entérite propre à la fièvre en question ) , comme le caractère anatomique de l'affection typhoïde. Il est vrai que M. Chomel ne dit pas un mot des fameux travaux de M. Broussais, qu'il ne cite parmi les ouvrages qui ont contribué à éclairer ce grand point de doctrine , que ceux de MM. Prost, Petit et Serres , Bretonneau et Louis. Mais qu'importe? on a beau fermer les yeux à la lumière que les partisans du progrès ont répandue sur ce sujet, elle n'en a pas moins produit son effet. On ressemble à certains oiseaux qui, pour éviter le coup du chasseur , cachent ingénieusement leur tête sous leur aile.

Ce n'est pas, au reste, dans les ouvrages nouveaux de ceux qui ont autrefois prêché le dogme de Vesscntialité des fièvres , qu'il faut aller chercher une doctrine pure et complète de la maladie par laquelle ils les ont toutes remplacées ; mais en les lisant , on se convaincra pleinement , encore une fois , qu'ils ont été obligés de reconnaître des vérités qu'ils avaient jadis combattues, et qu'ils n'écriraient pas en 1835 comme en 1821 :

1°. Dans l'examen des cadavres des individus qui succombent aux Jièvres graves , c'est à-dire , à la fièvre , a l'affectioîi ou a la maladie typhoïde (nomenclature actuelle de MM. Chomel et Louis ), voici ce qu'on observe :

il Chez quelques individus , on ne rencontre aucune altération appréciable ; » chez d'' autres , on n'aperçoit qu'une rougeur légère , et souvent bornée à un » très-petit espace du conduit digestif; les ulcérations intestinales qui ont Lieu f fréquemment , mais kon constamment, dans le cours des fièvres graves, 11 sont très-souvent l'effet , et rarement la causé , des symptômes qu'on observe ; » dans l'état actuel de la science , on doit admettre des jièvres idiopalhiques ,^

typhoïde.

(lisez fièvres essentielles , ou fièvre , affection , maladie typhoïde), o c'estàdir^, » des affections caractérisées par une marche aiguë et par un trouble général » des fonctions , indépendantes de toute affection locale primitive , et ne lais-

» SANT , APRÈS LA MORT , DANS LES ORGANES , AUCUNE ALTERATION A LAQUELLE OH » PUISSE ATTRIBUER LES PHENOMENES QUI ONT EU LIEU PENDANT LA VIE. n ( i)es

fièvres et des maladies pestilentielles , par A. -F. Chomel , Paris , 1821.)

A la place de ces aphorismes , qui devaient ruiner de fond en comble le nou»^ veau système pyrétologique , voilà ce que nous lisons dans un autre ouvragé publié par le même auteur , en 1834, p. 223 :

De tous les sujets affectés de fièvre continue, qui , depuis cinq années, ont succombé dans les salles de la clinique , il n'en est aucun qui n'ait offert quelqu'une des variétés de l'altération des follicules que nous venons de décrire] quand il ne se trouvait pas une autre lésion qui put expliquer l'état fébvde.

On reconnaît , en outre , de la manière la plus formelle et la plus explicite, que l'altération rencontrée dans l'intestin est de nature inflammatoire. Qui croirait, après tout cela , que l'auteur où l'on trouve cet aveu, a écrit ce qui suit ?

« Aucun médecin observateur, aucun homme versé dans l'étude de l'aiiato- » mie pathologique, ne regarde aujourd'hui la maladie qui nous occupe comme « une gastrite ou une gastro-entérite ; il est maintenant aussi clair que la lu- » mière, que ce n'est pas dans la membrane muqueuse de l'estomac ou des ift- » testius, que réside l'altération analomique qui est caractéristique de cette » afl'ection , mais bien dans les follicules intestinaux , où elle se montre souS » des formes qui varient selon la période de la maladie. » ( p. 524. )

Quoi ! aucun médecin observateur , aucun homme versé dans l'étude de Canatomie pathologique , ne regarde aujoLirdhui comme une inflammation delà membrane muqueuse oa folliculeuse de l'intestin, la maladie dont, après tant d'autres, et quand vous ne pouvez plus échapper à la puissance de la vérité qui vous assiège de toutes parts , vous êtes forcé de placer l'a/Zera^'ora anatomique caractéristique dans les follicules intestinaux ! Quoi ! les follicules intestinaux ne feraient pas partie de la membrane folliculeuse des inteslins ! Et s'ils en font partie , on ne pourrait pas , encore une fois , sous peine de perdre le titre de médecin observateur ou d'homme versé dans Tanatomie pathologique, regarder la maladie qui nous occupe comme une inflammation folliculeuse de l'intestin, comme une entérite folliculeuse, dénomination qui, vous en convenez vous-même , a été proposée par plusieurs partisans de la doctrine dite physiologique ? Vous croyez pouvoir ainsi , par une argumentation tant soit peO captieuse, ravir aux hommes de progrès l'honneur d'une des plus grandes découvertes qui aient jamais été faites en médecine. Ignorez-vous donc qu'il n'est aucun de ceux qui ont étudié la maladie sur laquelle nous discutons ici, depuis Kcederer et 'Wagler , Sarcone , MM. Petit et Serres , jusqu'aux plus modernes, qui n'ait décrit et figuré les altérations qui la caractérisent comme vous le faites vous-mêmes après eux , et que, partant , ce n'est pas sur le fond des choses, mais sur un mot que vous disputez , dispute qui est la plus misérable de toutes les disputes , comme on l'a dit depuis long-temps ? Savez-vous ce qu'aucun médecin observateur, aucun homme versé dans l'étude de l'anatomie pathologique n'admet ? C'est ce que vous souteniez en 1821 , savoir qu'il est des fièvres essentielles ou idiopathiques , c'est-à dire, des maladies qui ne laissent, après la mort , dans les organes , aucune altération à laquelle on puisse attribuer les phénomènes qui ont eu lieu pendant la vie. 11 sied bien , en vérité , h ceu* qui ont proclamé une erreur d'observation aussi énorme , aussi capitale , dé lancer contre ceux qui l'ont combattue , le reproche de n'être pas des médecins observateurs , des hommes versés dans l'étude de l'anatomie pathologique!

Au reste, comme s'il était enjoint aux hommes de ne pouvoir jamais rentrer complètement dans le sentier de la vérité, quand ils en sont une fois dehors f vous soutenez , d'une part , que l'inflammation des follicules intestinaux est caractéristique de l'affection à laquelle vous donnez la dénomination si heureuse et si précise de maladie typhoïde, et d'un autre côté vous avancez , quelque grave que soit pour vous l'opinion de M. Louis , que cette affection peut exister eu l'absence de la lésion des follicules intestinaux. Tâchez du moins de vous mettre d'accord avec vous-raêuie : que si l'inflammation des follicules intestinaux n'est pas pour vous nécessaire à l'existence de votre fièvre typhoïde, ne dites pas que l'altération anatomique de ces follicules est caractéristique de cette affection ; que si , au contraire , l'altération anatomique carastéristique de votre fièvre typhoïde réside dans les follicules intestinaux , ne dites pas que cette fièvre existe en l'absence de l'allération dont il s"agit.

Quant aux argumens auxquels vous avez recours , pour réduire en quelque sorte à zéro une altération dont vous aviez d'abord reconnu l'importance , je vous demanderai la permission de n'y pas répondre, attendu qu'il n'est pas d elève doué de quelque instruction et d'un jugement droit , qui ne puisse aisément en faire justice.

Continuez donc à enseigner, que la maladie typhoïde ne consiste pas dans l'inflammation des follicules intestinaux et dfS ganglions mcsentériqiies correspondans , que cette inflammation n'est que secondaire ; placez dans les liquides plutôt que dans les nerfs le point de départ de la maladie , bien que , dites-vous, le sang et les autres liquides n'offrent pas , dans celte maladie, d'altérations appréciables qui lui soient propres. Attendez surtout que de nouvelles observations viennent à démontrer la contagion , jusqu'à présent incertaine , de la maladie typhoïde, et vous trouverez dans ce fait l'explication facile , la liaison naturelle de la plupart des phénomènes observés , comme le développement de la maladie à une période déterminée de la vie , sa non-reproduction chez ceux q"' en ont été atteints, le défaut de proportion entre la lésion des follicules et les

TYPHUS

TYPHUS

{symptômes , l'absence de lésion anatomique chez quelques sujets , le peu d'influence du traitement antipklogistique.

Pour nous qui , éclairé par les observations que nous avons recueillies depuis une vingtaine d'années , savons très-bien : 1° que votre maladie typhoïde consiste dans une inflammation primitive des follicules de l'intestin grêle , accompagnée de celle des ganglions correspondans ; 2" que les altérations du sang et des liquides sur lesquelles nous avons fait de très-nombreuses recherches qui paraissent vous être inconnues , sont cousécutivcs , au moins pour la plupart , à l'inflammation indiquée ; 3» que la contagion de la maladie ne sera point démontrée par de nouvelles observations , attendu qu'il faut être profondément aveugle , pour ne pas reconnaître que la contagion est aussi chimérique dans celte maladie qu'elle est réelle dans la variole ; 4o que le peu d'influence du traitement anti-phlogistique , vient sans doute , de ce que la formule que vous emploj'ez n'est pas telle qu'elle devrait être , puisque celle que nous mettons en lUsage exerce , au contraire , une telle influence , que nous sommes assez heureux pour ne perdre que la moitié , au plus , du nombre des malades que vous periez ; pour nous , dis-je , qui savons tout cela , et qui l'avons démontré à beauoup d'élèves qu'o;a ne pouvait pas accuser d'avoir puisé dans les principes que jom leur inculquez , des préventions favorables h nos doctrines , nous déplorons

Ïincèrement les graves erreurs dans lesquelles on a jusqu'ici nourri une grande lartie de la nouvelle génération médicale. Nous conjurons donc la jeunesse raélicale d'étudier attentivement et religieusement la grave question que nous renons d'agiter, et nous avons la ferme espérance, nous avons presque dit la ertitude , qu'elle se ralliera aux doctrines que nous professons. Elle sera amjlement dédommagée de son choix par les succès qu'elle obtiendra dans sa Jratique.

C'est par là que nous terminerons cet article, renvoyant le lecteur pour de plus impies développemens , aux mots fièvres, dothikentérite , entérite , etc.

( J. BoCILLAtJD. )

TYPHUS, s. m. Typhus , du grec tu^u;, stupeur. On a donné ce nom à une naladie grave, épidémique en Europe , caractérisée principalement par la stu- )eur dans laquelle sont plongés les individus qu'elle affecte. Pendant longemps ce mot n'a pas eu d'autre signification ; mais , depuis quelques années , )n a essayé de lui donner une acception plus étendue , en l'appliquant comme erme générique à plusieurs maladies épidémiques , qui offrent entre elles de lombreuses et puissantes analogies, savoir, à l'ancien typhus , à la peste , et à a Jièvre jaune , en proposant de les appeler typhus d' Europe , typhus d'' Orient m d'Afrique, et typhus d'Amérique. On aurait pu ajouter encore \e typhus fAsie ( choléra-morbus asiatique). Le rapprochement de ces afi'ections est cerainement très-naturel et fécond en conséquences de la plus haute portée ; mais )n ne peut pas les réunir sous la dénomination de typhus , parce que ce mot l'exprime la nature d'aucune d'elles ni un caractère essentiel qui leur soit ommun , puisqu'il veut dire stupeur et rien que stupeur. Mieux vaudraitrevelir au langage des anciens et appeler toutes ces affections du nom de pestes , en aison même de l'insignifiance du mot , qui , du moins , n'affiche pas la prétenion d'en exprimer la nature ; mais on peut faire mieux encore, et, considérant fue ces maladies lésultent incontestablement de l'introduction dans l'économie l'un corps délétère, probablement gazeux, différent pour chacune d'elles, ou le doit pas hésiter à les assimiler aux ernpoisonnemens. Ce sont donc des em- <oisonnemens oa intoxications , q»e l'on appellera miasmatiques, ce qui veut peu-près dire par cause inconnue, jusqu'à ce que la chimie , ayant pu saisir eurs agens de production et en signaler les caractères et les propriétés diverses, lous ait mis à même de désigner d'une manière précise par le nom du poison la tature de l'empoisonnement. De ces grandes intoxications épidémiques , deux >nt été déjà décrites par nous dans ce Dictionnaire , savoir : le choléra-morbus isiatique et la peste , il ne nous reste donc à traiter ici que de la fièvre jaune et lu typhus proprement dit ; mais , avant d'aborder l'histoire particulière de ces leux maladies , il est indispensable que nous nous livrions à quelques réflexions [énérales , applicables à tous les ernpoisonnemens miasmatiques.

Nous avons assimilé toutes les maladies miasmatiques à des ernpoisonnemens. 'ersonne, je pense, ne contestera la vérité de celte assertion. Qu'est-ce, en ilFet, qu'un empoisonnement ? C'estl'introduction, au sein de nos organes , d'une ubstance minérale, végétale ou animale, solide, liquide , ou gazeuse, qui, usceptible d'être absorbée , exerce une action nuisible sur l'économie et peut intraîner la mort, soit que cette substance ait pénétré par la voie de la respiraion , par celle de l'ingestion , ou par l'absorption cutanée ou toute autre surface ibsorbante. Or, les causes qui produisent \e.%Jièvres intermittentes des marais, e typhus, la Jîèure jaune ,\3. peste , et le choléra moi bus asiatique, sont des ubstances à l'état de vapeurs ou de gaz, absorbables , nuisibles, s'introduisant jlans l'économie par les voies respiratoires principalement ; ce sont donc des boisons, puisqu'elles se comportent ( omme les corps auxquels on donne ce liom. Pour contester cette vérité, il faudrait nier l'existence des miasmes, ;omme on l'a déjà fait en donnant pour raison qu'ils ne tombent pas sous nos ens , et que l'on ne peut ni les voir , ni les toucher. Mais n'est-ce donc pas assez le leurs effets pour en démontrer la réalité, et connaît-on autrement les fluides nagnétiqueet électrique? Avant que Priestley nous eût appris l'art de recueillir es gaz, on eût regardé comme un fou quiconque, sous le prétexte qu'on ne Jeutni les toucher, ni les voir, aurait nié Vexislence de ces vapeurs mal/liisantes, romme on les appelait , dont on observait les effets funestes , dans la grotte du jChien , auprès des cuves de vin en fermentation , dans les fosses d'aisance, ians les vieux puisards , etc.? Serait il plus raisonnable, celui qui rejetterait tujourd'hui l'existence des miasmes , sous le prétexte que l'on ne peut la dé-

DlCT. DE MÉDECINE ET DE ChIRCRGIE PRATIQUES.

montrer matériellement? Non, sans doute. Les maladies miasmatiques sont donc incontestablement de véritables ernpoisonnemens. Ajoutons cependant encore, comme preuve à l'appui, qu'en injectant dans les veines des animaux, des matières putrides provenant de la décomposition de substances végétales et animales en putréfaction , on donne lieu à des phénomènes morbides, qui offrent, dans leur ensemble, leur marche et leur succession, la plus grande analogie avec ceux qui accompagnent ces affections et la plupart des empoisonnemens.

La nature de toutes ces maladies réside donc dans le sang. C'est, en effet, à n'en pas douter, aux miasmes provenant de la décomposition des substances végétales et animales en putréfaction au sein des marécages, que sont dues les fièvres intermittentes que l'on y observe. La chimie ne nous a pas encore appris, il est vrai , la nature de ces miasmes ; niais on peut les recueillir , et , en les ingérant à des animaux avec l'eau qui les lient en suspension, on reproduit à volonté ces maladies; enfin il suffit très-souvent de soustraiie les individus à leur influence pour en voir disparaître immédiatement les effets ; on ne peut donc contester qu'ils ne soient la cause directe des fièvres des marais. En traçant l'histoire delà peste {voyez ce mot), nous avons démontré, ce nous semble, qu'elle avait une origine analogue, et qu'un poison, développé à la surface du sol , après la retraite des eaux du Nil, en était la cause principale. Nous avons vu aussi , en parlant du choléra m orbus asiatique ( voyez gastro-ektérite), que toutes les probabilités tendaient à prouver qu'il est l'effet d'un principe inconnu , développé ou seulement répandu dans l'atmosphère. Il nous sera facile de démontrer bientôt, nous l'espérons, que la cause principale de la fièvre jaune existe dans les ports mêmes où on la voit exercer ses ravages, et qu'elle consiste en un miasme particulier qui se forme dans ces localités. Quant au typhus enfin, il naît bien probablement aussi sous l'influence d'un agent de nature analogue , puisqu'on ne le voit en général paraître qu'au sein des grands rasscmblemens d'hommes , et qu'il se propage au moyen des émanations provenant des individus qui en sont atteints. Or , il n'est qu'une voie d'introduction pour tous ces agens morbides , c'est l'absorption. Par elle , ils sont immédiatement mêlés au sang: leur premier effet est donc d'altérer ce liquide, soit parleur simple mélange avec ses élémens propres , soit par une action directe sur sa composition.

De cette analogie dans le mode de production des maladies qui naissent au sein des grands foyers d'infection , il résulte que, malgré la différence de nature de leurs causes , elles se ressemblent entre elles par quelques grands traits de physionomie qui décèlent leur parenté. En effet, à des degrés divers , toutes présentent dans le même ordre une succession de phénomènes morbides, ou des phases, qui nous paraissent correspondre parfaitement à la marche du principe luorbifique au milieu de nos tissus , depuis son introduction jusqu'à son éliminalion. Un malaise général ouvre ordinairement la scène et semble indiquer le moment où l'agent morbide est absorbé. Des symptômes nerveux, tels que frisson violent, refroidissement du corps, céphalalgie, délire, vertiges, crampes , mouvemens convulsifs , etc. , succèdent bientôt , et annoncent que cet agent est transporté par le torrent circulatoire sur les principeaux centres nerveux, qui, suivant sa nature irritante, stupéliante ou autre, témoignent de l'impression qu'ils en ressentent par des symptômes de stupeur ou d'excitation, ou par un mélange de ces deux ordres de phénomènes. Après un laps de temps plus ou moins long, qui doit nécessairement varier suivant le degré de force de réaction des individus, la dose ou la quantité , et l'énergie du principe morbifique, il survient des symptômes généraux d'excitation , tels que l'accélération du pouls, la chaleur de la peau , une soif intense, des urines brûlantes, des soubresauts des tendons, de l'agitation, de l'anxiété, etc., lesquels nous avertissent que le miasme a été mis en contact avec tous les organes, et qu'ils commencent à réagir contre son action délétère. Les symptômes de cette réaction diffèrent avec la nature des agens morbifiques, parce que, comme les médicamens et les poisons, chacun d'eux exerce son action spéciale sur un ou plusieurs organes , mais toujours les mêmes pour le même agent. Quand cette réaction est trop forte, des inflammations éclatent dans les organes où elle s'est opérée. Enfin, une quatrième phase commence : elle se manifeste par des sueurs abondantes ou par des vomissemens, des garde-robes , des urines sédimenteuses , par la coloration jaune de la peau, une éruption de pétéchies ou de pustules miliaires, des inflammations extérieures et des gangrènes. Tout atteste , dans cette période, un effort éliminateur, qui dirige le principe morbifique vers les grands émonctoires de l'économie , la peau , les voies gastriques et les voies urinaircs. Et ceci n'est point un roman pathologique, car remarquez que, dans les expériences physiologiques d'injection de matières putrides dans les veines des animaux, on observe les mêmes phénomènes , parcourant les mêmes phases , dans le même ordre : malaise aussitôt l'injection de la substance putride ou autre, puis phénomènes résultant de son impression sur les centres nerveux , plus tard réaction générale, et enfin effort éliminateur par les vomissemens, les selles, les urines , les sueurs. Remarquez encore que , dans la plupart des empoisonnemens, les choses se passent delà même manière. On ne retrouve pas toujours, il est vrai, ces phases aussi bien dessinées. La dose et l'énergie du poison absorbé, et le degré de puissance de réaction des individus, doivent apporter dans la marche delà maladie des perturbations sans nombre. Si l'intoxication est faible et la force de réaction considérable, le mal avortera dès le début; si, au contraire, le poison est très-énergique et la dose absorbée considérable, et que , d'un autre côté, l'organisme oppose une faible résistance à son action , la mort peut suivre immédiatement, et l'on conçoit qu'entre ces deux extrêmes, il doive exister une foule de nuances, dans lesquelles la succession des phases se trouve troublée au point de ne pouvoir plus être reconnue. Mais, en général, ces pé-

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riocfes se succèdent dans l'orctre que nous avons indiqué, et , dans les cas mêmes où elles semblent manquer, on peut encore , par une observation attentive, en découvrir les traces ; car c'est là, selon nous , la marche normale des maladies produites par une infeclion miasmatique. Nous insistons sur ce fait, parce que l'on ne peut bien comprendre l'expression symptomatique de ces affections, on ne peut bien se reconnaître au milieu du trouble si grand qui les accompagne, enfin on ne parvient à diriger leur traitement d'une manière rationnelle et hardie, qu'en les envisageant du point de vue que nous signalons.

A la similitude de leur origine et des principaux caractères de leur développement, qui dénote déjà que les maladies miasmatiques appartiennent à la même famille, il faut ajouter encore la ressemblance des lésions anatomiques qu'elles laissent après elles. Ici point de ces lésions circonscrites, bornées a un seul organe , comme on en observe à la suite de la plupart des autres maladies ; tout au contraire , des désordres multipliés, étendus à plusieurs organes , constamment les mêmes dans toutes ces affections ," et qui attestent l'influence d'un agent morbifique distribué par les mêmes voies dans toute l'économie. Comme à la suite des empoisonnemens , quelle qu'ait été la voie d'introduction du poison, comme à la suite de l'injection des matières putrides dans les veines des animaux , on trouve des marques de congestion ou d'inflammation considérables dans la membrane muqueuse des voies digestives; l'injection des méninges cérébrales et rachidiennes, des congestions partielles ou des ecchymoses dans les poumons, le foie, la rate et quelquefois les reins et la vessie; enfin des phlegmons, des gangrènes ou des éruptions diverses à la peau, qui s'étaient déjà montrés pendant la vie. Il est manifeste qu'une cause puissante de maladie, transportée par le torrent circulatoire , a été mise en contact avec tous les organes, et qu'elle a principalement exercé son influence sur ceux que le sang pénètre en plus grande abondance et sur ceux qui servent habituellement d'émonctoires à l'économie. Voilà pourquoi les lésions anatomiques se ressemblent tant dans les maladies miasmatiques, et aussi pourquoi on les rencontre presque constamment ; quand elles manquent , c'est que la mort a suivi de trop près l'introduction du miasme, et qu'elles n'ont pas eu le temps de se développer.

Outre ces grandes et fondamentales analogies , les maladies qui nous occupent ont encore cela de commun d'être épidéraiques. Les fièvres intermittentes des marais et la fièvre jaune sortent rarement , il est vrai , du foyer dans lequel elles ont pris naissance , et elles s'affaiblissent et s'éteignent promptement aussitôt qu'elles s'en éloignent, mais elles n'en ont pas moins tous les caractères des épidémies. Au contraire, le typhus, la peste et le choléra-morbus asiatique , se propagent aisément loin des causes qui les ont d'abord fait naître , et leur propagation ne s'arrête que par l'extinction du principe qui les entretient et les répand. Mais les unes comme les autres frappent en même temps un grand nombre d'individus à-la-fois ; chacune d'elles reconnaît une cause spéciale et exclusive; elles présentent à-peu-près les mêmes caractères chez tous les malades atteints dans la même épidémie, malgré la différence des tempéramens, des âges et des sexes; quand elles sévissent avec violence, elles font disparaître presque toutes les autres maladies ; enfin, même lorsqu'elles sont moins intenses, elles impriment encore leur cachet à la plupart des maladies intercurrentes. Tout en elles atteste l'intervention de causes générales, puissantes, énergiques, qui, quoique différentes pour chacune de ces affections et leur imposant par conséquent des traits distinctifs , les marque toutes cependant du même sceau , du même caractère.

Enfin, à l'exception des fièvres intermittentes, toutes les maladies miasmatiques sont contagieuses. On ne manquera pas de se récrier contre cette assertion ; il faut même une sorte de courage pour oser aujourd'hui la produire au grand jour, car presque tous les médecins la repoussent comme une dangereuse hérésie • nous n'hésitons cependant pas à la soutenir parce qu'elle est chez nous le résultat d'une conviction profonde. Il existe des faits, en petit nombre il est vrai , mais enfin il en existe , qui prouvent que dans certains cas ces maladies possèdent la propriété de se transmettre d'individu à individu, de la même manière que la rougeole, la scarlatine, la coqueluche , et la petite-vérole. En vain à ces faits on en oppose d'autres, même en beaucoup plus grand nombre, dans lesquels cette transmission n'a pas lieu; cela ne saurait en atténuer les conséquences, car un fait n'en peut détruire un autre. Ainsi, après cent mille cas de peste dans lesquels la maladie ne se sera pas une seule fois communiquée d'un pestiféré à un autre , qu'il survienne un seul exemple dans lequel la transmission soit évidente , et vous voilà forcé de reconnaître que la peste est contagieuse, au moins une fois contre cent mille. Eh bien, il y a des cas plus nombreux dans lesquels il est impossible d'expliquer autrement que par la contagion l'apparition des maladies miasmatiques dans certaines localités et chez certains malades. Aussi admet-on assez généralement la propriété contagieuse de la peste et du typhus qui en offrent les exemples les plus évidens. Quant au choléra-morbus asiatique et à la fièvre jaune auxquels on la conteste, en raison du moins grand nombre de faits qui la démontrent , l'analogie et ces faits eux-mêmes , malgré leur rareté, suffiraient pour nous la faire admettre , quand bien même d'autres considérations ne viendraient pas fortifier notre conviction à cet égard. Ces considérations sont les suivantes.

Les expériences physiologiques démontrent que toutes les substances injectées dans les veines ou absorbées par diverses surfaces, si elles n'exercent pas une action chimique sur le sang , passent en nature dans ce liquide , imprègnent en nature tous les organes, et sont éliminées en nature par les transpirations pulmonaire et cutanée, et par la voie des excrétions intestinales et urinaires; les matières putrides ne. font pas exception à cette loi. Nous ayons vu d'uu autre

côte' que l'analogie , les faits , le raisonnement , tout démontrait que le typhus, la peste , la fièvre jaune et le choléra-morbus asiatique , étaient produits par l'absorption d'un miasme , d'un principe , d'un aqent quelconque , différentsans doute pour chacune de ces affections , répandu dans l'atmosphère. Or, cet agents comme le camphre, le phosphore, dans les expériences physiologiques , doit passer en nature dans le sang, et être expulsé en nature par les divers émonci toires. On n'en doutera pas un seul instant, si l'on remarque que toutes le» excrétions d'un cholérique, par exemple, sueurs , transpiration pulmonaire, e(( garde-robes , ont une même odeur caractéristique et quelques-unes le mêmflÈ aspect, et qu'il en est de même dans chacune des autres maladies miasmatique» (qui ne connaît l'odeur caractéristique de la sueur des malades atteints da ■ thyphus ?), ce qui atteste la présence d'un principe commun dans toutes les ex-i crétions qui les accompagnent. Si donc c'est l'agent producteur de la maladie quii s'échappe en nature et par toutes les voies de chaque individu malade, il doife pouvoir produire chez l'individu sain qui vient à l'absorber la même maladie qu'il avait déjà fait naître. En d'autres termes, qu'il se dégage du foyer d'infection ou du corps d'un malade , puisque sa nature ne change pas , il doit produire les mêmes effets. i Mais , dira-t-on , s'il en est ainsi , pourquoi donc les exemples de contagion n» sont-ils pas plus fréquens? Le voici. Il en est certainement des miasmes géné-i rateurs du typhus , de la fièvre jaune, etc., comme de tous les poisons ; il faut qu'ils soient absorbés en une certaine dose pour provoquer ces maladies. N'in-» jectez qu'une quantité peu considérable d'une manière putride ou autre daiiar les veines d'un animal , à peine sa santé sera-t-elle troublée ; mjeclez-en au con-, traire une forte dose, et les effets morbides ne manqueront pas de se manifester.; Or, dans le foyer d'infection, l'air est saturé de miasmes à certaines heures du jour et dans un rayon donné les habitans le respirent continuellement. Ces miasmes s'introduisent donc dans le sang en quantité la plus grande possible» et lorsque ce fluide s'en trouve saturé à son tour , et ce degré de saturation doit varier selon les individus, les phénomènes morbides éclatent nécessairement. Mais en est-il de même de l'air qui entoure les malades que l'on transporte hor» du foyer d'inleclion? Non, sans doute. La quantité des miasmes qui se dégageiiti de chaque malade est peu considérable, elle se dissémine dans une grande; étendue d'air non altéré , la dose n'en est donc pas assez forte pour reproduira la maladie. Mais rassemblez une douzaine de malades hors du foyer dans uoi espace étroit , que 1 air qu'ils respirent se renouvelle à peine , et bientôt ils, l'auront saturé du même miasme qui fait naître la maladie au sein du foyeP[ d infeclion , /jui's^u'j'/i Zy ont puisé et qu ils l' exilaient en nature; ils pourrou^ donc transmettre leur maladie au,\ personnes qui les entourent et surtout à, celles qui passeront le plus de temps auprès d'eux. Appliquez ce raisonnemenlj à un seul malade , toujours hors du foyer, et vous concevrez encore qu'il puisse, vicier l'air d'une petite chambre , assez pour empoisunner le sang d une pern sonne qui lui donnera des soins assidus, en même temps que vous comprendreA combien cela doit être diflicile et rare. A plus forte raison , par conséquent, ua, seul malade, placé dans le sein du foyer d'infection , doit-il pouvoir communi-, quer sa maladie à d'autres dont le sang se trouve déjà imprégné de miasmes^ eu achevant de le saturer par ses émanations. Ainsi donc les maladies miasma^ tiques sont contagieuses ; elles le sont plus ou moins suivant l'énergie de leur, agent producteur ; celui de la peste, par exemple, paraît être le plus actit dei tous sous ce rapport; elles le sont surtout dans le foyer d'infection où elles ont, pris naissance; elles peuvent le devenir même hors de ce foyer. Mais voye?, maintenant combien sont restreintes les limites dans lesquelles la propriété de; se transmettre ainsi s'exerce. Hors du foyer d'iufecliou , il faut qu'un malade « saturé de miasmes dont la quantité ne peut pas s'accroitre , attendu qu'il ne le* reproduit pas , mais qu'il exhale seulement ceux qu'il a absorbés , sature à soiii tour la masse d'air dans laquelle il est plongé, et que toute ou presque tout® la quantité de miasmes dont il était imprégné passe par la respiration dans Ift sang d'un autre; il faut, en outre, que cet autre soit plus faible que lui, oik qu'il soit effrayé, ce qui diminue beaucoup la force de résistance à l'action dii poison , etc., etc. 11 faut, en un mot, un concours de circonslances qui se rencontrent rarement, et voilà pourquoi les exemples de contagion incpntestablfl sont si rares hors du foyer d'infection. Au sein de ce foyer, au contraire, lea maladies miasmatiques doivent se communiquer très-fréquemment de cette ma» nière, seulement il devient plus difficile de le bien constater , parce que l'infectiott agissant sans cesse on ne peut isoler l'action de la contagion de la sienne. Tou-< tefois,la puissance de la propriété contagieuse de ces maladies n'est, en réalité j pas plus grande au milieu du foyer qu'au dehors. Chaque malade , en effet , n'exhale toujours que la quantité de miasmes qu'il a reçus, et si l'air n'en était déjà saturé , il est évident qu'il faudrait encore exactement la réunion de toutes les conditions précédemment signalées pour qu'il pût conlagier ceux qui l'approchent.

Des conséquences thérapeuti<)ues de la plus haute importance découlent, ce nous semble , des rapprochemens auxquels nous venons de nous livrer. Il en résulte : 1" que la première indication du traitement de toutes les maladies miasmatiques consiste à débarrasser autant que possible l'économie de la pre« sence du principe morbifique ou du poison , ce qui place en première ligne parmi les moyens de parvenir à ce but , la saignée qui , comme le prouvent le» expériences faites sur les animaux , donne issue à l'agent toxique avec le sang qui en est le véhicule , et peut être les vomitifs, les purgatifs et les sudorifiques, selon que l'effort éliminateur se porte sur l'estomac , sur les intestins , oïl sur la peau ; c'est , en effet , la plus importante de toutes , puisqu'une fois la cause enlevée, les accideus doivent cesser ou perdre , du moins , leur plus grande

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lensité ; 2" que la seconde indication est de combattre les effets de l'agent Drbide sur les principaux organes , effets quelquefois aslhéniques , d'autres is et le plus ordinairement inflammatoires , et dans quelques cas enfin , paripant de l'une et l'autre nature , par des moyens dilFérens par conséquent livant la nature même de ces effets ; 3" qu'en s'attachant exclusivement à ne ou à l'autre de ces indications , on ne fait que la moitié de ce qui convient i salut des malades , et qu'il faut par conséquent toujours s'appliquer à les ,mplir en même temps ; 4" que le traitement ne saurait être le même dans tites les phases de ces maladies, et que c'est là ce qui nous explique comment I pourquoi elles guérissent sous l'influence des médications en apparence les LIS contradictoires ; 5° qu'il n'est qu'un moyen véritablement préservatif de (S affections, lequel consiste à s'éloigner des lieux où elles se sont développées, ' , eu d'autres termes , à se soustraire à l'influence de l'agent qui les provo- I e , et que la plupart des précautions hygiéniques recommandées en pareil s , sont impuissantes pour en mettre à l'abri ; 6° que l'on doit autant que i'ssible sortir les malades du foyer d'infection et les disséminer ; 7° enfin, I e l'on ne doit pas désespérer de trouver un jour un neutralisant pour chacun I s agens toxiques.

Telles sont les considérations dont l'exposition préliminaire nous paraissait idispensable avant d'entrer dans les détails de l'histoire particulière de la £iè- ■:e jaune et du typhus ; arrivons enfin à leur étude.

Fièvre jaune. Cette maladie a reçu une foule de noms divers dont nous ne « erons qu'une partie. On l'a appelée peste , Jlèvre pestilentielle , mal de Siam, tusus , vomissement noir , typiius iclérodes , typhus amaril , typhus des Irol '/ups j typhus d'Amérique jjièi>re adétio-nerveuse ,Jièwre gastric/ue ataxo-adj-- I mique f et Jièvre jaune ; c'est le vomito pricto , le vomiio negro des Espa- ( ois. C'est un empoisonnement miasmatique dont le développement exige deux • nJitions , savoir : un foyer d'infection sur les bords de la mer , et une ternirai ure élevée. La nature de l'agent qui la produit n'est pas plus connue que <lle des autres miasmes, on ne le connaît que par ses effets. Elle règne joradiquement dans quelques pays , et en particulier aux Antilles , maison Ibserve plus communément sous forme épidémique; elle peut se communi- ( er par contagion, mais sa propriété de se transmettre ainsi paraît être bien nin^ énergique que celle du typhus et de la peste : aussi les exemples de sa linsraission d'un individu à un autre sont-ils très-rares.

La chaleur et un foyer d'infection maritime sont, venons-nous de dire, les ( ux conditions nécessaires au développement de la fièvre jaune ; on ne la voit < effet paraître que dans les localités où ces circonstances se trouvent réu- I3s : ainsi, pour la chaleur, on remarque que la fièvre jaune ne s'est jamais <veloppée spontanément dans les pays situés au-dessus de la latitude de Espagne ; que lorsqu'elle éclate dans les régions tempérées , c'est ordinairei?nt à la suite de chaleurs plus considérables et plus prolongées que de coutme; que dans les pays où elle est endémique elle naît presque toujours dans 1 saison chaude ; que dans ces mêmes contrées et lorsque des épidémies y i^nent,elle frappe un nombre d'autant plus grand d'individus et exerce des ivages d'autant plus étendus que la température est plus élevée ; enfin , que 1 refroidissement de l'atmosphère la fait ordinairement cesser. Quant à la icessité d'un foyer d'infection maritime, on en trouve la preuve dans les faits uvans : partout où l'on observe la fièvre jaune, il existe un de ces foyers ; elle ' se développe ni ne se propage jamais là où il n'en existe pas ; dans les mê- 3s contrées et sous la même température , les marais de l'intérieur des terres nnent lieu à des fièvres intermittentes, tandis que les marais des bords

la mer et les ports mal curés donnent naissance à la fièvre jaune. Séparéfent, ces deux causes restent sans action j ainsi , un grand nombre de lieux 1 ués sous les tropiques et dans lesquels la chaleur est aussi ardente que dans uxoù la fièvre jaune règne épidémiquement , restent à l'abri de cette malaî parce qu'aucun foyer d'infection maritime ne les avoisine ; et, d'un autre té, une foule de localilés entourées de marais pclasgiques sont exempts de fièvre jaune par cela seul que la chaleur y est modérée. Le foyer d'infection oduit le miasme , la chaleur lui donne le degré d'activité nécessaire à la pi-oiction de la maladie. Enfin, comme le miasme des fièvres intermittentes des irécages, celui de la fièvre jaune est tenu en suspension ou en dissolution par

vapeur d'eau , car c'est principalement le soir, lorsque la température s'aisse et condense les vapeurs , qu'il y a plus de danger de contracter la malae, et ce danger va décroissant en proportion directe de l'élévation des terres ; est aussi grand que possible dans les lieux situés au niveau de la mer ; il disiraît complètement au-delà d'une élévation de cinq à six cents mètres au-dess de ce niveau.

On fait à celte étiologie de la fièvre jaune une objection à laquelle il importe ! répondre avant de passer outre. On dit : si la fièvre jaune prend naissance ms un foyer d'infection sous l'influence d'une température donnée, pourquoi ins les lieux où elle s'est montrée plusieurs fois , ne se reproduit-elle pas touurs. quand vient à régner la même température ? Dans un même port , ir exemple , d'où l'on suppose qu'émanent des miasmes producteurs de la aladie, pourquoi le fl.éau reste-t-il jusqu'à des quarts de siècle sans reparaître, ;algré le retour des mêmes conditions atmosphériques avec lesquelles il 'ait déjà coïncidé? La réponse est toute simple , c'est qu'il lui manque alors j principale condition de son développement, savoir : le foyer d'infection. Que pu réfléchisse, en effet, à la manière dont les choses se passent. Une masse bnnée de matières putrescibles accumulées depuis plusieurs années dans un jrt vient d'entrer en fermentation ; des miasmes s'en dégagent et la fièvre ( tune éclate. Tant que dure ce mouvement du fermaiilation , l'épidémie fait I

nécessairement des progrès ; il cesse , et la maladie s'e'vanouit. Mais quand et pourquoi s'arrête-t-il ? Il ne le peut que par une des deux causes suivantes , ou bien la température du foyer est descendue au-dessous des douze degrés indispensables pour qu'un travail de fermentation s'opère, ou bien cette fermentation elle-même a détruit toutes les matières putrescibles au sein desquelles elle s'était développée. Dans le premier cas, l'épidémie se réveille avec le retour de la chaleur, parce que le foyer d'infection qui n'était qu'assoupi se réveille. Dans le second cas , la chaleur renaît en vain aussi forte et plus intense même que dans l'année marquée par les ravages de l'épidémie , elle ne trouve plus de matières à faire entrer en fermentation , il n'y aura donc pas de miasmes , pas d'empoisonnement , pas d'épidémie. Cependant les causes qui avaient formé la première masse de matières putrescibles subsistant toujours et agissant sans relâche , de nouveaux matériaux se rassemblent et s'amassent. Situés ordinairement à une certaine profondeur et recouverts par une eau chargée de sels qui en retardent la putréfaction, ils s'accumulent , jusqu'à ce qu'enfin la fermentation s'emparant de cette nouvelle masse, lance dans l'atmosphère de nouveaux poisons pour une autre épidémie. Et c'est ainsi que les mêmes villes sont ravagées tous les quinze ou vingt ans par le même fléau ; c'est ainsi qu'elles ont d'autant moins à le redouter que sa dernière invasion est plus récente, et qu'il est d'autant plus menaçant, au contraire, que le temps en a davantage effacé le souvenir ; enfin , c'est ainsi que s'explique son absence , malgré le retour des conditions atmosphériques les plus propres à le ramener.

Tout concourt donc à le prouver : c'est un miasme , et un miasme maritime qui produit la fièvre jaune ; la chaleur le fait naître , et la vapeur d'eau lui sert de véhicule. Et, cependant, comment se fait-il que l'on ne voie jamais paraître cette maladie dans certaines localités où se trouvent en apparence réunies les mêmes conditions d'insalubrité que dans les lieux où elle est endémique? Pourquoi , par exemple , l'Afrique , dans l'immense étendue de ses côtes , et sous le ciel brûlant qui la dévore , en est-elle si rarement le théâtre ? Pourquoi ne l'at-on jamais vue se développer dans aucun des ports de la mer Rouge , du golfe d'Oman , de l'indoustan , du golfe de Bengale ? Pourquoi cet immense Archipel du grand Océan , qui ressemble à tant d'égards aux Antilles , n'est-il pas ravagé comme elles par ce fléau ? Ces objections nous paraissent insolubles. Et pourtant elles ne portent aucune atteinte à ce fait, qui nous parait irrévocablement établi : la fièvre jaune est l'effet d'un miasme. Si ce miasme prend naissance exclusivement dans certaines localités et ne peut se développer ailleurs, cela prouve sans doute que quelques circonstances de sa formation nous échappent ; mais il a cela de commun avec les agens producteurs de la peste et du choléra-raorbus asiatique , dont l'un naît exclusivement dans les lieux périodiquement couverts par les inondations du Nil , et l'autre sur les seuls bords du Gange , sans que l'on sache pourquoi mille autres lieux , placés en apparence dans les mêmes conditions , ne les engendrent pas.

Plusieurs circonstances favorisent ou contrarient l'action de la cause productive de la fièvre jaune. Ainsi, plus les individus se trouvent rapprochés du foyer d'infection, plus ils restent de temps exposés à ses émanations, surtout le soir; plus l'atmosphère est calme , la fermentation active, la chaleur intense et durable , et plus aussi l'intoxication est facile , prompte et violente. Au contraire, et il est presque superflu de l'ajouter, moins on est près du foyer , moins on s'expose à ses émanations, surtout le soir , moins l'atmosphère est tranquille , la fermentation active , et la température élevée, et plus aussi l'intoxicatiou est difficile , lente et faible. Or , il importe de remarquer que toutes ces circonstances se rattachent aux phénomènes de la formation des vapeurs , de leur dispersion dans l'espace , et de leur condensation , d'où découle cette conséquence , que la vapeur d'eau joue un rôle indispensable dans la production de la fièvre jaune. Mais quel peut être ce rôle? A moins de prétendre qu'elle produit directement la maladie , ce qui serait absurde par deux raisons , parce que la fièvre jaune devrait se développer dans tous les lieux humides, et parce que l'énorme disproportion qui règne entre l'effet et cette cause prétendue repousse une pareille étiologie j il faut bien reconnaître qu'elle intervient seulement comme véhicule du véritable agent morbifique. Nouvelle preuve de la nature miasmatique de la cause de la fièvre jaune.

Ne cherchons donc pas les causes de cette maladie ailleurs que dans les foyers d'infection maritimes et la chaleur. Toute autre étiologie ne supporte pas le plus léger examen. Une seule influence parmi toutes celles que l'on énumère mérite peut-être d'être prise en considération, c'est l'cleclricité. Eu effet, le fluide électrique , comme chacun le sait , active singulièrement la fermentation acide et putride des substances végétales et animales privées de vie ; il concourt donc probablement à la formation des miasmes. Mais, ni la mauvaise alimentation , ni l'abus des liqueurs spiritueuses , ni les eaux de citerne corrompues, ni les excès vénériens , ni les insectes invisibles , auxquels on a tour-à-tour attribué la production de la fièvre jaune, ne peuvent évidemment entraîner de pareils effets; il serait oiseux de s'arrêter à en donner les preuves. Quant à l'opinion qui fait résider la cause de cette maladie dans un virus analogue à celui de la ,'yphilis , elle était à peine née qu'elle tombait déjà dans l'oubli.

Personne n'est à l'abri des atteintes de la fièvre jaune. Cependant elle sévit avec plus de violence sur les Européens transplantés sous les tropiques et non encore acclimatés que sur les indigènes , et ils ont d'autant plus à la redouter qu'ils viennent d'un pays plus septentrional. Les adultes , les hommes, ceux qui sont doués d'une forte constitution , les individus pléthoriques , sanguins ou bilieux, y sont plus exposés que les enfans, les vieillards , les femmes , les êtres faibles et les individus lymphatiques. On a cru remarquer aussi que les hommes

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exposés par leur profession à des émanations fétides , comme les corroyeurs , les tanneurs, les fabricans de savon et de chandelles , contractaient difficilement cette maladie , tandis que ceux qui travaillent à un feu ardent , comme les boulangers, les forgcrous, etc. , en étaient facilement atteints. Enfin, elle attaque de préférence les gourmands , les ivrognes , les libertins , les pauvres accablés de misère , entasses dans des logemens étroits et malpropres , et les habitans des rues étroites , humides et malsaines.

La fièvre jaune se transmet par contagion. Nous avons déjà dit quels étaient nos motifs de croire à ce mode de propagation de la maladie, et nous avons en même temps essayé d'en donner l'explication, nous n'y reviendrons donc pas ici. Mais peut-elle se transporter à de grandes distances ? Les hommes et les marchandises sont-ils susceptibles de s'imprégner du miasme qui la fait naître,, et partant d'une ville où elle exerce ses ravages peuvent-ils la transplanter dans le lieu de leur arrivée ? Question grave et difficile à résoudre, à laquelle cependant les faits semblent avoir répondu par la négative : question d'ailleurs très-complexe, et que cependant on ne s est jamais donné la peine d'analyser. Que les hommes puissent s'imprégner de ce miasme , cela nous paraît incontestcible , car c'est ainsi qu'ils contractent la maladie. Que certaines substances , comme la laine, la soie, la plume, etc. , possèdent la même propriété, nous sommes tout disposés à l'admettre en théorie, et peut-être existe-t-il des faits qui le prouvent. Mais s'ensuit-il que dans l'intention de préserver l'Europe de la lièvre jaune, il faille entraver les relations commerciales en soumettant les hommes et les marchandises à des quarantaines plus ou moins prolongées ? Des moyens de désinfection , simples et d'une prompte application , ne pourraientils pas être substitués avec avantage à cette mesure gênante et nuisible aux intérêts du commerce ? Combien de temps le miasme peut-il se conserver avec sa propriclé contagieuse dans le corps de l'homme et dans des marchandises ? Peut-il , ainsi transporté , produire ses effets funestes dans toutes les saisons et sous toutes les latitudes ? Si la saison froide le neutralise dans les contrées mêmes où il prend son origine, pourquoi pendant l'hiver imposer aux navires qui entrent dans nos ports des quarantaines inutiles ? Si en Amérique , sa terre natale, la fièvre jaune n'a jamais dépassé le 43" degré de latitude boréale ( car nous ne croyons pas que l'épidémie de Québec , en 1805 , appartienne à la fièvre jaune), pourquoi la redouter pour nos villes niarilimes , dont la plus méridionale est encore au-dessus de cette latitude ? Eufîu , puisque dans les lieux où elle est endémique , il faut une telle réunion de circonstances pour qu'elle puisse se transmettre d'un individu h un autre, que cette transmission est extrêmement rare et même contestée , ne doit-il pas paraître presque impossible qu'elle donne naissance à une épidémie dans nos contrées ? Ainsi même en admettant son imporfabilité , les précaiilions sanitaires , prises pour en préserver la France, seraient donc superflues. Notre honorable ami , M. Chervin , nous paraît avoir mis cette vérité hors de doute.

La fièvre jaune débute tantôt d'une manière brusque , et tantôt des prodromes en précèdent l'invasion. Dans ce dernier cas , le malade éprouve quelques frissons vagues , des lassitudes spontanées, des bàillemens, de l'horripilation , un état de malaise général ; quelquefois son pouls est lent, faible, profond, et disparait sous !e doigt , ou bien il est petit et intermittent ; la peau est sèche et chaude , ou froide et couverte d'une sueur visqueuse ; la langue est blanche et humide , ou rouge et sèche ; les traits sont altérés ; il existe quelques soubresauts des tendons et même un léger tremblement des membres. Ces prodromes durent quelques heures ou quelques jours , et enfin la maladie éclate. Mais, que ces symptômes aient existé ou que le début soit brusque, voici la marche que prend la maladie.

Un frisson plus ou moins fort, rarement bien considérable cependant, ouvre quelquefois la scène ; une chaleur sèche et acre succède bientôt, et elle alterne parfois avec le frisson : d'autres fois la maladie débute tout-à-coup par une violente chaleur. Dans tous les cas, le malade éprouve un abattement extrême , du malaise, de la céphalalgie et un sentiment douloureux de forte courbature ; la face estrougeetanimée; lesyeux sont élincelans, fixes et larmoyans, les conjonctives injectées; la lumière fatigue; le malade s'effraie beaucoup de sa position , la langue , rouge d'abord , principalement au ])ourtour et à la pointe se dessèche et se recouvre, ainsi que les dents et les lèvres , d'un enduit qui commence par être jaunâtre et ne tarde pas à devenir noirâtre ; la déglutition se fait avec difficulté; l'épigastre est chaud, douloureux , tendu , rénitent: Ihypochondre droit est dans le même état ; il survient des éructations , des nausées , puis des vomissemens que l'ingestion des boissons excite et réveille , et qui accroissent beaucoup la sensibilité épigastrique ; le malade , d'abord constipé , ne tarde pas à être pris de coliques et de diarrhée. Lorsque la chaleur interne est très-considérable , la soif est excessive , les extrémités se refroidissent , la respiration s'entrecoupe et devient laborieuse ; il y a de l'oppression et quelquefois de la chaleur dans la poitrine ; l'urine est rouge , le pouls accéléré , vite et quelquefois plein ; dans l'après-midi , il se manifeste un redoublement. Ces symptômes, dont la durée s'étend depuis un jusq u'à cinq jours , forment la première période de la maladie; si quelques hémorrhagies nasales et un peu il'ictère ne s'y montrent pas, rien ne peut faire soupçonner encore une invasion de la fièvre jaune : le malade n'a qu'une gastrite aiguë.

Mais bientôt la langue se couvre d'un limon plus épais et plus noir ; elle se sèche; les vomissemens deviennent plus fréquens , et le malade rejette tantôt des mucosités blanches, acides , qui agacent les dents, excorient la gorge, la langue et les lèvres ; tantôt de la bile jaune , et plus tard une matière noire mêlée à des mucosités et d'une odeur particulière; du sang noirâtre précède quelquefois le rejet de cette matière , qui est d'ailleurs bien probablement

formée par du sang altéré et mélangé avec de la bile et tous les autres produits de sécrétion des parties enflammées. Alors l'estomac repousse les boissons même les plus douces , les douleurs épigastriques deviennent atroces , un senliment d'ardeur extrême se fait sentir dans cette partie ; la région lombaire devient aussi très-douloureuse, les selles sont plus fréquentes et plus abondantes; d'abord liquides et glaireuses, puis jaunes , verdâtres , sanguinolentes , elles sont bientôt formées par les mêmes matières noires rejetées par le vomissement ; les urines , foncées , troubles, non sédimenteuses , quelquefois couvertes d'une pellicule, diminuent de quantité, deviennent très-rares , et quelquefois même se suppriment entièrement ; la face perd de sa coloration , les traits s'altèrent profondément, le sommeil est interrompu par des rêves pénibles , les carotides battent avec force et le pouls se ralentit. C'est dans cette seconde période de la maladie que la jaunisse s'établit ordinairement; elle commence par les conjonctives et s'étend successivement à la face, au cou , à la poitrine et aux membres ; quelquefois elle reste bornée aux conjonctives. Il survient alors des signes fort graves , ce sont la rupture et la coloration noirâtre de la cicatrice des saignées, et la formation d'un cercle livide autour des vésicatoires ; lorsque ces symptômes se manifestent , la mort est ijnminente.

Si cependant le malade ne succombe pas , et que la maladie continue de s'aggraver , les vomissemens se rapprochent encore; un sang noirâtre très-liquide s'échappe de la langue, des parois de la bouche, des narines, de l'anus, du vagin , et de l'urèthre ; les gardes-robes sont involontaires ; il n'y a plus aucune émission d'urine , la face est décomposée, la prostration extrême , la sensibilité émoussée ou éteinte , la respiration lente et stertoreuse , le pouls faible, petit, rare , intermittent ; l'haleine des malades est froide ; il y a quelques soubresauts des tendons , des tremblemens de membres , et parfois des mouvemens convulsifs ; une odeur infecte s'exhale de tout le corps, la peau se couvre de taches, de jjétéchies , de vergetures, d'ecchymoses , et quelquefois de plaques et de phlyctènes d'apparence gangréneuse ; dans quelques cas assez rares, on voit survenir des phlegmons parotidiens , et dans des cas plus rares encore, il se manifeste des charbons , des anthrax et des bubons comme dans la peste.

Tous les symptômes que nous venons d'énumérer peuvent se présenter sous la forme intermittente : M. Rochoux en cite de très-remarquables exemples dans son intéressant ouvrage sur la fièvre jaune. Ce fait ajoute une nouvelle preuve à l'opinion que nous avons défendue sur la nature de cette maladie. Produit d'un effluve marécageux , elle devait avoir de nombreux traits d'analogie avec les maladies que cet ordre de causes fait naître le plus communément. La plupart des observateurs ont d'ailleurs fait la remarque que les grandes épidémies de fièvre jaune étaient ordinairement précédées par un grand nombre de fièvres intermittentes , ce qui , pour nous , veut dire que le miasme n'étant formé qu'en petite quantité d'abord, et n'ayant pas encore acquis le degré d'énergie que la chaleur lui donnera plus tard, produit des eflets moins violeiis et proportionnés à sa dose et à son activité.

La fièvre jaune dure ordinairement depuis quatre jusqu'à huit jours ; quelquefois elle se termine en deux ou trois jours , et dans quelques cas même en vingt-quatre heures. Son issue est très-souvent funeste. Le vomissement noir, l'ictère , le décollement et la lividité des bords des saignées ou des piqûres des sangsues, ainsi que l'aspect terne et livide des vésicatoires, la suppression de l'urine, les hémorrhagies formées d'un sang noir et fluide, le froid des extrémités , l'apparition des pétéchies, des parotides , des anthrax , etc. , sont toujours des symptômes graves et souvent des signes mortels. Le pronostic est d'autant plus grave que l'on en observe un plus grand nombre de réunis. Elle guérit quelquefois après un flux abondant d'urine jaune , après des sueurs copieuses , après des selles jaunes ou noirâtres , à la suite d'une hémorrhagie nasale, enfin après une éruption considérable de furoncles.

Il n'est pas besoin, ce nous semble, que nous fassions remarquer dans celte série de symptômes les quatre périodes que nous avons dit signaler tons les empoisonnemens. Les frissons, et le malaise, elles lassitudes, et les bàillemens , etc. , qui forment les prodromes , ne dessinent-ils pas suffisamment la phase d'introduction du poison dans l'économie ? Ne peut-on pas aisément reconnaître la période pendant laquelle le miasme est mis en contact avec les principaux organes , à la lenteur , la faiblesse, la petitesse et l'intermittence du pouls, au refroidissement de la peau, à la sueur visqueuse qui la recouvre, à la décoloration de la langue , etc. , symptômes qui succèdent quelquefois , avonsnous dit , aux précédons ? La lutte de l'organisation contre 1 agent toxique n'est, elle pas bien caraclcrisée par tous les symptômes si aigus , si violens, qui viennent ensuite dessiner la maladie? Enfin, dans les urines abondantes, les sueurs copieuses , les selles répétées , qui terminent quelquefois la maladie , ne doit-on pas voir autant d'efibrls éliminateurs qui signalent la première phase de l'intoxication ? Ces péi iodes , sans aucun doute , sont rarement bien marquées , nettement tranchées : nous en avons dit les raisons dans nos généralités ; mais il suffit que l'on puisse les distinguer dans quelques cas pour en faire admettre l'existence.

Ou comprend, sans que nous ayons besoin de le dire, que dans une épidémie de fièvre jaune , tous les cas ne s'offrent pas avec le caractère de gravité que représente la description générale que nous venons de tracer. La guérisou peut s'opérer après les proilromes, après la première période, après la seconde, et chacune de ces périodes n'avoir qu'une faible intensité. C'est ce qui arrive en effet. Mais comme on exige, pour caractériser une fièvre jaune, des vomissemens noirs et la jaunisse , toute maladie qui ne présente pas d'autres symptômes que ceux des prodromes ou de la première période, bien qu'elle se développe pendant l'épidémie, et, de l'aveu des observateurs , sous son influence, n'est

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lus considérée comme étant de la même nature; c'est, dit-on , une gastrite orinaire. On veut bien reconnaître cependant qu'elle se montre plus commune )endant la durée de l'épidcmie; on va même jusqu'à avouer qu'elle en porte oujours plus ou moins le cachet ; mais on n'en persiste pas moins à la regarer comme étrangère à la fièvre jaune. Nous ne saurions partager cette manière e voir. 11 j a ici évidemment une erreur produite par l'influence des noms que on a donnés à la maladie. Quand on nomme en effet une maladie Jïe^'ve jaune • u vomissement noir, il faut bien, de toute nécessité , retrouver l'un de ces yinplômes pour pouvoir admettre son existence. Mais oubliez ces dénominaons,ne voyez que les faits , un miasme dans l'atmosphère, une population oumise à son aciiou , et une épidémie naissant sous son influence, et alors vous errez dans toutes les afTeclions régnantes qui ne paraîtront difTérer que par i'in- 3nsité, une seule et même maladie, un empoisonnement à des degrés divers, 'outes les gastrites, ou à-peu-près , qui se déclarent dans une épidémie de èvre jaune, sont donc de même nature qu'elle , c'est-à dire , effets de l'infecon du sang par un miasme. 11 en est de même, pour le dire en passant, des laladies qui accouipagnent les épidémies de typhus, de peste et de choléralorbus asiatique, lorsque, bien entendu, elles offrent quelque analogie avec es graves affections; toutes les réflexions précédentes leur sont applicables.

Toutes les recherches cadavériques s'accordent à signaler comme presque onstante à la suite de la fièvre jaune , l'inflammation de la membrane muqueuse e l'estomac, du duodénum, et de 1 intestin grêle, caractérisée par l'injection, I rougeur , l'épaississeraent , le ramollissement, une destruction plus ou moins tendue, des ecchymoses, des ulcérations, et la gangrène. Cette membrane 'est exempte d'altération , que quand la mort a été très-rapide. On trouve en utre l'estomac et les intestins plus ou moins remplis de la matière noire des omissemens ; quelquefois on y rencontre du sang pur (Chervin ). M. Rochoux

vu souvent la vésicule biliaire et les reins enflammés. Les poumons sont queluefois gorgés d'un sang noir et couverts extérieurement de taches livides , et la lèvre semée de plaques rouges, violettes et livides (Bally). Enfin, s'il a existé es symptômes d'irritation cérébrale , ce qui est fort rare , on observe des tra- 3s d'inflammation de l'arachnoïde (Dalmas). Toutes ces lésions sont en raport parfait avec les symptômes de la maladie.

Si nous demandons maintenant quelle est la nature de la fièvre jaune, il est vident , d'après tout ce qui précède , qu'elle dépend , comme nous l'avons déjà it, d'un empoisonnement miasmatique; que le miasme qui la produit est sur- )ut de nature très-irritante et un peuseptique; qu'il exerce son action plus jécialement sur la membrane muqueuse gastro-intestinale ; qu'il l'enflamme et

provoque des hémorrhagies ; qu'il excite le foie sans l'enflammer ; qu'il phloose quelquefois , au contraire , la vésicule biliaire et les reins , et que trèsarement son action se porte sur d'autres organes; enfin , que cependant il enamme quelquefois l'arachnoïde, et laisse des traces de son passage dans les oumons et sur les plèvres. On reconnaît encore dans cette étendue et cette lulliplicité de désordres, l'action d'un poison qui a été promené par le sang ans toute l'économie.

Le traitement de la fièvre jaune présente les mêmes indications que celui des

tires empoisonnemens. Mais les efl'orts éliminateurs étant très-bornés dans lie maladie , il n'y a , en général , que peu de chose à faire dans cette direcon ; d'ailleurs, l'inflammation des voies digeslives ne permettait guère l'emploi es moyens plus ou moins excitans que cette médication réclame ; elle s'oppose jssi à l'usage des stimulans. Il en résulte donc que dans le traitement de cette laladie , le médecin se trouve h-peu-près réduit à combattre les effets du uasme , c'est-à-dire , l'inflammation et l'hémorrhagie qu'il provoque dans les oies digeslives, et quelques accidens inflammatoires qu'il excite parfois dans 'autres organes. Or, la saignée générale, pouvant seule atteindre toutes ces léons à-la-fois, et étant en outre le meilleur moyen d'éliminer le miasme dont i présence altère le sang, doit nécessairement jouer le principal rôle dans le -ailement de la fièvre jaune. C'est aussi le moyen qui a été le plus généralement lis en usage , et malgré les anathèmes de Pugnet , Valentin , B.dly, etc. , etc. , faut toujours se hâter d'y avoir recours, car elle est d'autant plus efficace u'elle est pratiquée plus près du début. Ainsi, la saignée du bras dès le début, t plusieurs fois peut-être dans le cours de la maladie, les applications de sangles à l'épigastre et aux lombes pour combattre l'inflammation de l'estomac et slle des reins, les cataplasmes et les lavemens émoUiens, les bains lièdes , les oissons délayantes, mucilagineuses , gommeuses , froides et même glacées, u l'eau pure, les lotions surtout le corps avec l'eau froide, l'eau vinaigrée , u l'eau acidulée avec le suc de citron ; enfin , la diète sévère, composent à-peurès toute la thérapeutique de cette maladie. Les acides sont presque toujours lal supportés par l'estomac ; les vésicatoires ne conviennent que très-rarement, t seulement vers la fin de la maladie, lorsque la réaction semble s'éteindre et ue les malades tombent dans un affaissement qui menace de devenir mortel. On pourrait peut être emprunter des moyens aux autres méthodes thérapeuques, pourvu que l'on en raisonnât l'emploi. Ainsi, nous pensons cju'il y aurait e l'avantage à communiquer dès le début des propriétés diurétiques aux boisons des malades, en les composant avec les décoctions de chiendent, de graine e lin , etc. , et même en y ajoutant du nitrate ou de l'acétate de potasse , et si , U ou tard, un flux plus abondant d'urine annonçait qu'un effort éliminateur snd à s'opérer par cette excrétion, nous conseillerions d'augmenter les doses e ces substances. Dans le même esprit, nous engagerions à donner des boisons chaudes , à couvrir beaucoup les malades , et même à administrer des bains e vapeur , si des efforts avortés de diaphorèse annonçaient une tendance a l'éliaination par la voie cutanée. Mais dans aucun cas nous n'oserions prescrire ni

DiCT, DE MiDECI^B ET DE CulRURGlE PRATIQUES,

les vomitifs, ni les purgatifs; l'état d'inflammation de la membrane muqueuse gastro-intestinale en doit faire proscrire l'emploi. Enfin, quand nous réfléchissons à la propriété neutralisante du quinquina , et à l'analogie qui existe entre la fièvre jaune et les fièvres intermittentes des marais, quand nous voyons des auteurs dignes de foi déclarer qu'ils ouf dû de nombreuses guérisons au sulfate de quinine , nous penchons à croire qu'il peut être utile dans cette maladie , mais nous pensons en même temps que pour en assurer le succès , il faut s'abstenir de le déposer sur la membrane enflammée de l'estomac , et l'administrer au contraire en lavemens, puisque le colon ne particij)e presque jamais à l'état de i)hlegmasie des autres portions du tube digestif, ou bien le faire pénétrer par la méthode endermique. Dans les cas où la fièvre jaune affecte la forme intermittente , il n'y a plus à hésiter à y avoir recours , il doit devenir alors le principal moyen de traitement. Enfin , l'administration des chlorures à l'intérieur aurait probablement les mêmes avantages que celle du sulfate de quinine. C'est , au reste , à l'expérience à prononcer sur la valeur de ces conjectures.

Le traitement rationnel de la fièvre jaune nous parait donc devoir se borner à l'emploi du petit nombre de moyens que nous venons d'indiquer. Nous regardons même comme inutiles et très-souvent dangereux, la foule de médicamens de toute espèce conseillés par les auteurs et dont nous signalerons les principaux : l'arnica , la cannelle, la serpentaire de Virginie, le simarouba , la racine de Colombo, la cascarille , le cachou , le ratanhia , le camphre , l'ammoniaque, l'aTun , le sulfate de fer , l'acétate de plomb, les frictions mercurielles , le calomel , l'opium , l'élixir de Minsicht , etc., etc. Peul-clre, cependant , faudrait-il faire une exception en faveur du ratanhia ; ses propriétés astringentes et anti-liémorrhagiques le rendraient peut-être avantageux pour combattre l'hémorrhagie de la membrane muqueuse gastro-intcsliuale , et la diarrhée, s'il s'en déclarait une forte et opiniâtre.

Pour détruire les foyers d'infection qui produisent la fièvre , il faudrait sans doute de trop immenses travaux pour que l'on ait pu même songer à les entreprendre ; dans un très-grand nombie de localités d'ailleurs, ces travaux d'assainissement seraient probablement impraticables. On a donc dû chercher à attaquer dans l'air les funestes émanations de ces foyers. A cet effet, on a allumé de grands feux , on a briilé de la poutlre à canon ; enfin , plus récemment on a employé les fumigations d'acide nitreux et celle du chlore. Aucun fait bien observé ne prouve l'efficacité des deux premiers moyens , et l'on y a généralement renoncé ; des deux derniers, le dégagement du chlore gazeux paraît le plus puissant ; mais on ne l'a pas essayé en grand, et l'on s'est borné jusqu'à ce jour à en faire des applications locales toujours très-rcstreintes. Nous le considérons toutefois comme le meilleur moyen préservatif pour les personnes qui sont forcées de rester dans le foyer d'infection.

Mais, à part ce moyen préservatif , que l'expérience n'a même pas encore sanctionné , il n'en existe aucun de se mettre à l'abri de la fièvre jaune, si ce n'est de fuir le foyer d'infection. Ni les saignées , ni les purgatifs de précaution , ni l'ail , ni le camphre, ni les aromates, ne peuvent en préserver. Vivre sobrement , éviter les excès de tout genre, ne pas s'exposer à l'ardeur du soleil, et encore moins à l'action du miasme, le soir et pendant la nuit, lorsque le refroidissement de l'atmosphère condense la vapeur d'eau qui le tient en dissolulion , tels sont les seuls moyens prophylactiques de celte maladie.

Nous avons essayé de prouver l'inutilité absolue des précautions prétendues sanitaires que prennent quelques gouvernemens de l'Europe , dans le but de nous préserver de l'invasion de la fièvre jaune. Mais elles ne sont pas seulement inutiles , elles entraînent de graves inconvéniens et même des dangers. En effet , la séquestration des malades et les cordons sanitaires , en entassant les individus dans les foyers d'infection , accroissent l'activité de ces foyers, épouvantent les populations, et multiplient conséquemment les ravages de l'épidémie. Quand donc nous délivrera-t on de ces entraves qui nuisent au commerce sans atteindre leur but? Si l'expérience n'avait pas déjà décidé la question , nous concevrions l'hésitation de nos gouvernails. Mais déjà depuis long-temps , le gouvernement des États-Unis a su s'affranchir de ces inutiles et dangereuses précautions , et il n'a pas eu à s'en repentir. Sachons donc au moins l'imiter eu hygiène , si nous sommes condamnés à borner là nos emprunts.

Typhus On a donné ce nom à un empoisonnement miasmatique , qui se déclare ordinairement au sein des grands rassemblemens d'hommes , lorsque les individus qui les composent sont en proie à des passions tristes , accablés par la fatigue , la misère et la malpropreté , forcés de se nourrir avec des alimens malsains et de boire de l'eau corrompue, et, enfin, entassés dans des espaces étroits. En raison des circonstances ou des lieux au milieu desquels il se développe le plus communément , on l'a nommé aussi fièvre ou typhus des camps , des hôpitaux ou Jièiire nosocomiale , des navires , des prisons j des iiiLles assiégées , fièvre pourprée , fièvre de Hongrie. Enfin, d'après la considération de quelques-uns de ses symptômes , ou par suite des idées que l'on s'est faites de sa nature , on l'a encore désigné par les noms de fièvre péléchiale , fièvre nerveuse , adj namicpie , alaxique. Nous pensons qu'il convient de continuer à le désigner par le nom de typhus , en oubliant toutefois la valeur étymologique de ce mot , jusqu'à ce que l'on puisse le dénommer d'après la nature même de l'altération du sang qui le constitue, ou au moins par celle du miasme qui le produit. Le typhus se montre quelquefois sporadiquement, mais le plus ordinairement il règne sous forme cpiJémique.

Dans la définition que nous venons de donner du typhus , nojs avons énuméré toutes les causes qui lui donnent naissance. Le miasme qui le produit diffère de ceux de la peste, du choléra-morbus d'Asie et de la fièvre jaune, en ce qu'il ne naît pas , comme eux, dans des foyers d infection appartenant au sol ,

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TYPHUS

TYPHUS

mais qu'il se forme en quelque sorte spontanément par l'altération des exhalations qui se dégagent des corps d'un grand nombre d'hommes, sains ou malades , entassés dans un petit espace. On ccmçoit dèsdors comment la misère, la malpropreté , les eaux corrompues et les alimens malsains peuvent concourir à son développement. Il faut avoir été témoin des cliangemens rapides qui s'opèrent dans l'état physique des soldats d'une armte manquant de tout et démoralisée; il faut avoir vu ce que la faim peut faire manger de mauvais et même de dégoûtant ; il faut avoir senti l'odeur désagréable et toute particulière qui se manifeste dans tous les lieu.x où quelques uns des hommes placés dans ces fricheuses conditions se trouvent réunis, pour comprendre sans peine qu'une maladie grave doive naître sous de pareilles influences. Entassez ces hommes dans un espace étroit, qu'un froid trop vif ou toute autre cause ne permette pas de renouveler assez souvent l'air qu'ils infectent et vicient sans cesse , et nécessairement un poison dangereux doit se développer rapideuient au sein de ce foyer humain d'infection. Enfin , si le chagrin , le défaut d'alimens sains et une température humide , viennent détruire en eux toute puissance de réaction , le typhus ne tardera pas d'éclater avec toutes ses fureurs ; c.ir c'est ainsi que cette maladie nait et se développe. Une fois ainsi formée , elle se propage par contagion ; chaque malade devient un petit foyer d'iul'ection assez énergique pour communiquer la maladie aux individus sains qui l'approchent.

Les symptômes du typhus offrent une très-grande gravité. Voici, d'après les auteurs et en particulier d'après Hildenbrand , à qui nous en devons la meilleure description , l'ordre dans lequel ils se succèdent et s'encliainent le plus communément dans le Ijjihus régulier.

La maladie s'annonce d'abord par un changement dans l'humeur ou le caractère , par de l'insouciance et de l'apathie, un sentiment de fatigue, un sommeil pénible, la fétidité de l'haleine, le tremblement des mains, des vertiges , une commotion douloureuse et soudaine dans les membres , et une sensation de constriction pénible à l'épigaslre. Hddenbrand appelle ce début la première période du typhus : elle signale, selon nous , le moment de l'intoxication. Cet état dure quelques jours, depuis deux jusqu'à six ou sept : c'est , à notre avis, la période d'incubalion du miasme.

A ces symptômes ou voit succéder des frissons dans le dos , entremêlés de bouffées de chaleur, puis bientôt de la céphalalgie , des trembicmens, delà soif, le désir des boissons froides et acidulées, de l'angoisse , de l'abattement , un sentiment d'ivresse et de stupeur, un état de vertiges , des nausées et des vomissemens sans l'oiigeiir ni altéi alion quelconque de la langue , qui est seulement quelquejbis blanche dans toute son étendue. La peau est lialitueuse, l'urine rare , rouge et brûlante , le pouls plein , accéléré , déprimé ; le sommeil inquiet et agité. Ou ne peut méconnaître à ces phénomènes, qui offrent tant d'analogie avec ceux que l'on observe chez les animaux dans les veines desquels on injecte des matières putrides, la première impression du miasme sur les centres nerveux et les voies digestives.

Les accidens ne tardent pas à s'aggraver : la pesanteur de tête et la stupeur deviennent plus considérables ; les sens s'émoussent ; la vue se trouble ; le vertige s'accroit; les oreilles tintent et bourdonnent; l'ouïe s'affaiblit ; les malades répondent lentement. Ils restent immobiles dans la même position et répugnent à se mouvoir; il ne tirent la langue qu'avec lenteur et oublient quelquefois de la rentrer dans la bouche. Les yeux s'injectent ; la déglulition devient diflicile : il survient de l'oppression et une toux fatigante ; les hypocondres et surtout le droit deviennent douloureux ; des douleurs se font aussi sentir dans les mollets, aux lombes et au dos , et dans les articulations des doigts. Vers le quatrième jour, il se déclare ordinairement une hémorrhagie nasale peu abondante, qui soulage momentanément. En même temps , des rougeurs , de petites pustules et des pétéchies apparaissent à la peau , surtout au dos , aux lombes , à la poitrine, au haut des cuisses et des bras, et quelquefois au visage. Il est évident que le poison miasmatique a porté son action sur tous les organes , et que les poumons , le foie et la peau , viennent de manifester l'impression qu'ils en ont ressentie.

Six ou sept jours se sont écoulés pendant le développement de ces phénomènes. Vers la fin du septième à-peu-près, la maladie prend un nouvel aspect. A celle époque on voit quelquefois appfjraitre un gonflement inflammatoire plus ou moins considérable des parolides , ou bien des engorgemens des glandes inguinales , ou des tumeurs phlegmoneuses dans diverses parties du corps, ou enfin des taches gangréneuses ou des charbons. C'est un effort éliminatoire qui s'opère, et s'il ne dépasse pas certaines bornes, si les inflammations ou les gangrènes extérieures n'ont pas trop de violence , tous les symptômes s'améliorent graduellement, et il ne reste bientôt plus au malade que la phlegmasie ou la gangrène externe dont l'apparition a signalé et favorisé sa guérison. Mais le iléveloppement de ces phénomènes extérieurs et en quelque sorte critiques est loin d êire constant. Le plus ordinairement l'effort éliminateur avorte. A une exacerbation remarquable de tous les symptômes succède un soulagement qui ne dure souvent que quelques heures, et qui est bientôt remplacé par une aggravation de tous les phénomènes morbides.

Alors on voit la chaleur devenir plus acre, plus sèche et plus intense; les rougeurs de la peau disparaissent et l'épiderme se détache par écailles ; les facultés intellectuelles sont frajipées d'une stupeur plus piofonde ; les malades paraissent étrangers à tout ce qui les entoure et indifl'érens à tout ce qui les concerne , bien qu'ils comprennent encore ce qui se passe et se dit autour d'eux. Ils ne demandent môme plus à boire. La langue se sèche , noircit et se racornit; la déglutition se fait encore avec i)lus de ilifliculté que jusqu'alors ; les fosses nasales sont bouchées par du sang et du mucus desséchés ; les dents se recou-

vrent de croûtes fuligineuses ; l'oppression et la toux diminuent ou cessent; mais la respiration devient plus élevée et plus fréquente. Il survient du hoquet, une diarrhée de matières liquides et quelquefois sanguinolentes, et d'une odeur cadavéreuse; le ventre se météorise et devient sensible à la pression; le pouls modérément plein, fort et accéléré , jamais petit ni faible , présente ce caractère remarquable, que l'artère semble rester dans l'état de dilatation et ne pas se contracter sur le sang ; les urines sont rares , sans couleur et un peu troubles. Il se manifeste un tremblement des mains , des soubresauts des tendons , des légers mouvemens convulsifs et des spasmes divers; la dureté de l'ouïe augmente; la vue diminue; l'odorat, le goût et le tact sont abolis. Les malades rêvent sans dormir, et l'on a nommé tjphomanie ce délire presque caractéristique. Une idée fixe les obsède : ils sont pris quelquefois d'accès passagers de délire furieux ; ils parlent et gesticulent sans cesse; souvent les urines ne sont plus excrétées et s'accumulent dans la vessie, qui vient dans quelques cas faire tumeur au dessus du pubis.

Après quelques jours passés dans cet état , vers le onzième jour de la maladie, souvent vers le quatorzième, si l'issue doit être favorable, il arrive de deux choses l'une, ou bien l'effort d'élimination retardé jusque-là s'opère, et les phlegmasies et les gangrènes que nous avons indiquées se développent ( le gonflement inflammatoire des parotides est le plus commun de toutes ) , et les symptômes généraux s'améliorent, ou bien les accidens se dissipent graduellement, comme à la fin de toute autre maladie ; la peau s'humecte ; quelquefois une hémorrhagie nasale a lieu ; les narines et les gencives deviennent humides ; les croûtes qui les tapissent se détachent et tombent; une expectoration facile et abondante s'opère. Il s'établit quelquefois une sueur générale, ayant une odeur toute particulière et spéciale ; les urines coulent avec abondance; le délire cesse; les sens reprennent leur activité ; l'appétit se prononce et le sommeil revient. Long-temps après la guérison, les malades conservent ordinairement de la dureté de l'ouïe , un bourdonnement dans les oreilles et un affaiblissement de la mémoire.

Lorsque, au contraire, la maladie tend vers une terminaison funeste, les symptômes s'accroissent et de nouveaux phénomènes morbides viennent s'y joiniire. Des escharres gangréneuses se forment sur les parties comprimées et principalement au sacrum; la peau prend un aspect plus livide : elle se couvre d'une petite sueur visqueuse et fétide; les crachats deviennent de couleur grisâtre ou noirâtre , et exhalent parfois une fort mauvaise odeur; l'urine exhale une odeur ammoniacale très-prononcée , tous les sphyncters se relâchent , elles malades laissent échapper, sans s'en apercevoir, l'urine et les matières fécales. Us marmottent des paroles sans suite et souvent inintelligibles ; ils semblent chercher à ramasser quelque chose sur leur lit (ce symptôme a reçu le nom de carphologie) ; les membres se refroidissent; les boissons passent à travers le pharynx et l'œsophage, comme dans un tube inerte : elles tombent dans l'estomac par leur projtre poids et comme dans un puits ; l'expectoration devient de plus en plus diflicile et s'arrête ; la respiration s'embarrasse ; puis elle se ralentit j le râle de l'agonie se fait entendre , et bientôt la vie s'éteint.

Telle est la marche du typhus dit régulier, et nous avons vu que l'on pouvait aisément y reconnaître les phases caractéristiques de la plupart des empoisonnemens. Mais cette marche n'est pas constante : il arrive quelquefois, par exemple , que les symptômes cérébraux prennent, dès le début , une intensité considérable , et que la lyphomanie, les mouvemens convulsifs, etc., se monireiit dès l'invasion. Il faut en conclure que l'intoxication est très-forte. L'issue sera probablement funeste. D'autres fois, ce sont les symptômes gastriques, tels que nausées, vomissemens, diarrhée, douleurs d'entrailles , qui dominent la scène ; le danger est alors moins grand que dans le cas précédent. Il arrive aussi qu'il se manifeste des accidens graves de pleuro • pneumonie aiguë, avec point de côté, ràle crépitant, expectoration sanguinolente, toux vive, oppressioo considérable, ou bien des symptômes d'hépatite, douleur vive dans l'hypocondre droit, ictère, etc. , et le danger s'accroit alors de toute la gravité de ces affections. Dans quelques cas , dès les premiers jours , les pétéchies sont noires, les inflammations extérieures manifestent une tendance extrême à passer à la gangrène : il se fait par les fosses nasales des hémorrhagies dont le sang est séreux et noirâtre; la mort survient alors avant le septième jour. Parfois enfin, dans cette période de la maladie que nous avons vue succéder aux premiers efforts d'élimination du miasme, après le septième jour, en un mot, on voit survenir la plupart de ces symptômes graves que nous avons précédemment indiqués comme les signes d'une terminaison mortelle, savoir, la fétidité de l'haleine, des crachats, de la sueur , de l'urine et des selles, la lividité de la peau, la gangrène des parties comprimées , tristes précurseurs d'une mort inévitable et prochaine. Tous ces accidens, ces interversions dans la marche ordinaire du typhus, constituent le tjpluis irré^ulier de Hildenbrand.

La convalescence n'est pas toujours franche et immédiate après la cessation des symptômes du typhus; le danger même peut persister ou se reproduire sous d'autres formes et par tl'autres causes. Ainsi il arrive assez souvent que les malades conservent des symiilômes d'inflammation chronique dans les méninges, ou les plèvres, ou les poumons, ou le foie, ou la membrane muqueuse gastro-intestinale, et restent par conséquent exposés à toutes les chances de ces maladies. D'autres fois les phlegmons ou la gangrène des parotides, et les escharres gangréneuses du sacrum, ont produit des pertes considérables de substance , et quelquefois mémo elles ont mis les os à nu : il en résulte des plaies souvent fort graves , soit par leur étendue , soit par l'abonilance de la suppuration , soit enfin par la dénudation et la nécrose ou la carie des os. Il n'est pas très-rare de voir les malades succomber à ces inflammations chroniques des

TYPHUS

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rincipaux organes ou à ces plaies extérieures, après avoir échappé aux dan- [èrs du typluis. Par lui-même et par ses suites, le typhus est donc une maladie prt grave. Sous forme épidéuiique , il fait des ravages aussi grands peut-être ue la peste. On sait quel nombre prodigieux de victimes ont succombé à ce éau pendant la désastreuse campagne de 1814. Sa durée s'étend depuis sept purs jusqu'à trente et quarante ; terme moyen , il dure de vingt à vingt-cinq jours. 1 L'occasion d'ouvrir des cadavres à la suite du typhus ne s'étant que rarement jirésenlée depuis que l'on fait ces autopsies avec tout le soin convenable , nous ;|e possédons encore que des données peu précises sur les lésions propres à jette affection. Mais , d'après l'analogie de cet empoisonnement avec tous les jutres et d'après la nature de ces symptômes, on peut conjecturer que ses léjons anatomiques consistent en des traces d'inflammation sur les méninges, cerveau , la membrane muqueuse gastro-intestinale , les poumons , la plèfe, le foie , et c'est ce que confirme le petit nombre de recherches cadavériiiues auxquelles on a pu se livrer jusqu'à ce jour Les plus constantes de ces lésons se rencontrent sur la membrane muqueuse des intestins et sur les méninges, il les symptômes nous avaient déjà dit que^ vers ces organes en effet, se paspnt les principaux désordres. Dans les intestins elles consistent en boursouemens et injection de la membrane muqueuse, gonflement des follicules, llcéralions plus ou moins nombreuses à la tin de l'iléon, et quelquefois traces e gangrène. Dans les méninges , c'est une injection considérable des vaisseau.x e la pie-mère, et quelquefois rougeur, opacité, gr.'inulation de l'arachnoïde. )dns le poumon et le foie des traces de pneumonie et d'hépatite , et quelque- )is de simples congestions très circonscrites , ressembfant à des ecchymoses , et jr les plèvres des plaques ou des taches rougeâtres ou noires plutôt que de éritables signes d inflammation. Eiitin le sang veineux a été trouvé plus fluide àie dans l'état naturel et comme décomposé , ce qui ne doit pas étonner, puisue la cause du typhus porte sa première action sur ce liquide. Il nous paraît sufl:isamment démontré par ce qui précède , que la nature du rphua consiste dans une infection du sang , laquelle fait naître promptement iCs congestions d'abord , et ensuite des inflammations , dans les principaux or- »nes et surtout sur la membrane muqueuse gastro-intestinale, sur les ménin- |5s et sur le cerveau , puis sur les poumons, le foie et enfin les plèvres. 11 doit la nature même du miasme qui le produit les caractères qui le distinguent des atres empoisonnemens miasmatiques. L'essence de ce miasme n'est pas plus )nnue que celle des miasmes des fièvres inlermittenles des marécages , de la èvre jaune , et du choléra-morbus asiatique; mais, à le juger par ses effets, 'est avec les poisons narcotico-àcres qu'il oflVe le plus d'analogie. Nous avons éjà fait remarquer, au commencement de cet article , qu'il diffère de ceux-ci ar son mode d'origine.

Ici se présente une grave question à examiner, ha Jièi^re typhoïde , cette maidie que nous avons décrite dans ce Dictionnaire sous la dénomination à'cnlé- 'te folliculeuse , et sur laquelle notre savant collaborateur M. Bouillaud vient ans l'article qui précède de faire connaître à nos lecteurs et son opinion et les ésultats de son expérience, cette maladie, disons-nous, est-elle de nature lentique avec le typhus, ou bien n'offre-t elle aucune analogie avec cet emoisonnement? A notre avis , c'est la même affection. Nous ne voyous de diffé- |nce entre ces maladies que dans le degré d'énergie des causes qui les produisent ifune et l'autre et dans la force de leur expression symptomatique. Au fond tout il elles se ressemble. Elles se développent sous les mêmes influences , l'humiiité prolongée, la misère, la malpropreté, les alimens de mauvaise nature, is boissons corrompues , les fatigues excessives et le chagrin : elles offrent les liêmes symptômes fondamentaux du côté des voies digestives , des coliques, des Iprborygmes , du météorisme , la sensibilité du ventre à la pression , le désir l'es boissons acidulés , la sécheresse et la fuliginosité de la langue, des gencives ;i; des dents ; du côté de rencé|)hale , les soubresauts des tendons, la stupeur, abattement, la tristesse , l'engourdissement des facultés intellectuelles , le déi(re et la surdité ; du côté des poumons, la toux et les crachats visqueux , et, ibmme symptômes généraux, la teinte sombre et livide de la peau, la fétidité e toutes les excrétions, la viscosité des sueurs, la disposition à la gangrène de Hites les parties comprimées ou qui sont le siège de plaies , enfin les pétéchics. a marche des accidens se fait avec la même lenteur dans les deux maladies: des ont une durée semblable; enfin leurs lésions anatomiques sont de même 'ature et occupent les mêmes organes ; le sang plus fluide et comme décomposé araît avoir subi les mêmes altérations dans l'une et l'autre maladie. La fièvre l^pho'ide est le typhus sporadif|ue ; le typhus , c'est la fièvre typhoïde à l'état l'épidémie. On objectera peut-être à cette assertion que quelquefois on voit réi[aer de petites épidémies de fièvre typhoïde qui sont loin d'avoir la gravité des Irandes épidémies du typhus des armées. Mais remarquez que les causes qui ijmt naître le typhus , bien que ne différant pas de celles de la fièvre typhoïde, bissent pourtant avec beaucoup plus d 'nergie, dans des circonstances infinilient plus défavorables et sur des masses plus considérables d'individus pré- Ijisposès , et cpie par conséquent la maladie doit prendre un caractère de gra- ;ité qu'elle ne peut que difîicilement revêtir au sein de nos populations. N Donner issue à l'agent morbide, le neutrali^er, couibattre et détruire les inlammations qu'il fait naître, enfin en favoriser l'élimination pai toutes les voies ossibles , telles sont les indications thérapeutiques que présente le typhus Omme tous les autres empoisonnemens. Pour les remplir, la théorie indique |;s saignées générales et locales , les toniques amers , les aromatiques , les an-

septiques , les révulsifs cutanés , les vomitifs , les purgatifs et les sudorifiques: iscutoûs la valeur de chacun de ces moyens , et tâchons de préciser les règles qui lloivenl présider à leur emploi.

La saignée générale a été recommandée par la plupart des auteurs au début du typhus, et ils se louent des bons effets qu'ils en ont retirés. Mais après avoir été employée d'une manièie banale , elle était tombée dans le discrédit, parce que l'on avait vu des accidens graves en être quelquefois la suite. On doit en effet s'en abstenir chez les individus trop affaiblis par une maladie antérieure ou par une alimentation insuffisante et malsaine ; dans tous les cas où la stupeur et l'affaissement du système nerveux sont très-profonds, et les symptômes d'excitation au contraire peu considérables ou nuls ; dans ceux où les pétéchies ont une couleur noirâtre; lorsque la peau est livide , et lorsqu'il existe une grande tendance à la gangrène. Mais dans les circonstances opposées , on ne doit pas balancer d'y avoir recours dès le début de la maladie, et d'y revenir même pendant son cours chaque fois qu'un accroissement des phénomènes inflammatoires en fait sentir le besoin , et surtout lorsqu'il existe des symptômes de pleuro-pneumonie ou d'hépatite. Toutefois c'est au début de la maladie qu'elle se montre le plus eflîcace , parce qu'elle agit autant en débarrassant le sang d'une partie du miasme qu'en diminuant l'inflammation des organes. Dans le cours de la maladie, il est en général préférable d'employer les saignées locales , et d'appliquer des sangsues à l'épigaslre , à l'anus , derrière les oreilles, selon que les symptômes de gastro-entérite , de colite, ou de méningite, prédominent. En secondant cette médication par des cataplasmes émolliens sur le ventre , par des lavemens de même nature, par des applications réfrigérantes sur la tête, par des lotions d'eau vinaigrée sur tout le corps , par des boissons acidulés abondantes et par une diète absolue, on guérit très-souvent le typhus sans l'emploi d'aucun autre moyen. Un grand nombre de malades ont guéri en buvant de l'eau pure ou de la limonade , ou une boisson analogue, sans autre médication ; l'histoire de l'épidémie de 1814 fourmille défaits de ce genre, qui sont bien propres à rassurer sur les craintes de faiblesse dans cette maladie, et sur les prétendus dangers de la combattre par la méthode anti phlogistique.

Cependant il existe aussi des faits en grand nombre qui prouvent l'e/fîcacité des toniques amers ou aromatiques , en tête desquels se place nécessairement le quinquina ; l'amélioration suit quelquefois si immédiatement leur emploi qu'il est impossible de ne pas la leur attribuer. Nous comprenons très bien ces guérisons; elles s'expliquent par l'action neutralisante dont jouissent les agens thérapeutiques de cette classe de médicamens , action que l'observation des faits chirurgicaux nous démontre tous les jours. La condition principale de leur succès doit donc consister à éviter qu'ils n'accroissent les inflammations produites par le toxique. Pour cela , il faut éviter de les associer à des substances irritantes, telles que l'alcool ou le vin, et il fiiut choisir la voie la plus favorable à leur administration : ainsi, ne pas les donner par la voie de l'estomac s'il existe des signes incontestables d'inflammation de cet organe, et les administrer alors en lavemens ; enfin recourir à la méthode endermique , autant que cela est possible , lorsque ni l'estomac ni les intestins ne peuvent les recevoir. Combinée sagement avec la méthode anti-phlogistique , et dirigée d'après les règles que nous venons de poser , mesurée d'ailleurs sur les signes de stupeur et d'asthénie , cette médication nous parait devoir concourir puissamment , dans quelques cas, à la guérison du typhus. Enfin, de même qu'il existe des cas où l'on ne doit employer que la méthode anti-phlogistique, toutes les fois , par exemple , que les phénomènes inflammatoires l'emportent sur ceux de stupeur et d'asthénie , de même il en est dans lesquels la médication tonique , neutralisante , est la seule convenable : ce sont ceux dans lesquels la prostration est extrême, la peau livide , le pouls ralenti , la sueur fétide et surtout d'une odeur cadavéreuse , les pétéchies noires , etc.

L'emploi des vomitifs et des purgatifs nous parait devoir être proscrit , sinon d'une manière absolue, au moins dans la très-grande majorité des cas , du traitement de cette maladie, car il ne faut pas compter beaucoup sur des efforts éliminateurs par la voie gastro-intestinale; leur tendance étant de s'opérer plutôt par la peau, ainsi que l'attestent les phlegmons et les sueurs qui se manifestent après les redoublemens , c'est principalement vers cette voie qu'il faut les favoriser. Les vomitifs et les purgatifs ont d'ailleurs l'inconvénient d'irriter des parties qui le sont déjà , et qui souvent même sont parsemées d'ulcérations. On s'expose donc , en les employant, à la chance presque certaine de nuire pour une chance douteuse de soulagement. Le danger des vomitifs est au reste plus grand que celui des purgatifs ; outre les inconvéniens que nous venons de signaler, ils ont encore celui de déterminer de la congestion vers le cerveau par les efforts du vomissement qu'ils provoquent, et par conséquent d'accroître la maladie dans une de ses complications les plus graves. Nous pensons donc que l'on doit s'en abstenir dans tous les cas , tandis qu'il peut être quelquefois utile d'avoir recours à un léger purgatif, pour débarrasser l'intestin des matières liquides et des gaz qu'il contient, et dont la percussion révèle la présence. Comme ces matières sont presipie toujours fétides et acres, leur trop long séjour dans le tube intestinal peut nuire, et par leur contact sur des parties enflammées ou ulcérées , et parce que l'absorption peut y puiser des principes d'infection pour le sang. Mais c'est dans ce seul but que l'on peut donner un purgatif : on doit , par conséquent , choisir le moins irritant , et s'abstenir d'en répéter l'emploi lorsque l'on en a obtenu les efl'ets désirés.

Les moyens de provoquer la sueur nous paraissent devoir être utiles dans tous les temps de la maladie , mais toutefois aux époques principalement où les efforts éliminateurs se manifestent. Nous croyons qu'il y aurait de l'avantage à rendre les boissons diaphorétiques dès le début , à les employer exclusivement aux époques d'élimiuation, ou aies associer alors aux toniques suivant l'indication et le besoin. Aussi |)en3ons-nous que l'on retirerait les meilleurs effets des bains de vapeur dans le typhus, à la condition toutefois de ne les

TYPHUS

ULCERE.

adiiiinisfrer que sur le corps , afin de ne pas s'exposer à accroître la congestion cérébrale, et même en prenant la précaution de maintenir une éponge d'eau froide sur la tête pendant tout le temps de leur dure'e.

Plusieurs médecins ont eu recours aux vésicatoires et disent en avoir retiré de bons effets. Nous les avons vu employer dans les premiers temps de nos éludes médicales, et autant qu'il nous en souvienne, avec le plus grand succès. C'était dans une épidémie de typhus développée sur des Autrichiens prisoaniersde guerre. Malgré la violence de la maladie , la mortalité ne fut pas trèsconsidérable. Il n'est presque pas un malade auquel on n'ait appliqué six ou sept vésicatoires successivement , deux aux mollets, deux aux cuisses , deux aux bras et tm à la nuque , et si nos souvenirs de si loin nous servent bien , il semble nous rappeler qu'une amélioralion sensible se faisait remarquer après chacune de ces applicalions. Nous nous rappelons surtout fort bien que les symptômes cérébraux diminuaient presque constamment après l'application du vésicatoirc de la nu([ue auquel on n'avait recours cjue fort tard. Nous avons vu très-rarement la gangrène s'emparer de ces vésicatoires, et lorsque cela est arrivé , elle s'est presque toujours bornée à quelques faibles eschartes dont la chute ne se faisait pas long temps attendre dans la convalescence. Il en était en général de même des escharres gangréneuses du sacrum. Les phlegmons parotidiens se gangrénaient aussi fort rarement.

On a depuis long-temps remarqué que la disparition subite du gonflement parotidien était toujours suivie d'une recrudescence très-grave des accidens : aussi plusieurs auteurs conseillent-ils de recouvrir de bonne heure ces gonflemens de cataplasmes irritans pour accélérer leur marche , et d"y appliquer même de la potasse caustique aussitôt que la plus légère fluctuation s'y fait sentir. Mais on a vu aussi tous les symptômes de la maladie , qui s'étaient dissipés à l'apparition du phleguion , reparaître avec une nouvelle intensité lorsque cette inflammation extérieure acquérait trop de violence ; on a vu en outre (les suppurations excessives et même une gangrène suivie de ravages profonds , être les effets des topiques irritans dont on avait recouvert les tumeurs , et ces accidens ont fait proscrire d'une manière absolue par d'autres praticiens toute application irritante sur les phlegmons parotidiens. Il est évident que le praticien marche ici entre deux écueils : d'un côté le danger de voir disparaître trop promplement le phlegmon critique , et de l'autre celui de renouveler les accidens ou de faire des phlegmons eux-mêmes une maladie aussi grave que la première. Quelle conduite doit-il donc tenir? 11 ne faut pas s'imposer ici de lègle absolue. Wexiste-t-il qu'un seul phlegmon parotidien, sa marche estclle indolente , la peau qui le recouvre reste-t-elle pàle et conserve -t elle l'impression du doigt, il faut l'exciter par des cataplasmes aromatiques, camphrés et même alcoolisés, mais jamais par des topiques plus irritans , tels que la moutarde et les vésicatoires Ce n'est que dans le cas où il disparaîtrait que l'on devrait recourir à ces derniers moyens ; toute hésitation , tout retard seraitalors dangereux. Les deux régions parotidiennes , au contraire, sont-elles enflammées en nièrae temps , la peau est-elle rouge , l'inflammation vive , etc. , il faut s'abstenir de toute application excitante, et se borner à maintenir une douce température autour des tumeurs. Si cependant leur inflammation devient trop violente , il faut la combattre par des cataplasmes émolliens , et au besoin par des applications de sangsues : règle généiale, on doit tout faire pour éviter la suppuration. Les soins à donner lorsqu'un abcès se forme , et lorsque la gangrène s'empare de la tumeur, ont été indiqués aux articles abcès et GAKGRÈKE. ( ^oj'ez CBS mois. )

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Voyez aussila bibliographie de PESTE. ( L. ClI. RocHE. )

ULCERE . s. m. Ulcus ; àM^. Solution de continuité des parties molles , dont la guérison est empêchée par quelques circonstances particulières , et qui présente plus d'étendue en largeur qu'en profondeur.

Le mot ulcération est souvent employé dans le langage médical comme synonyme de celui d'ulcère ; on l'applique cependant plus particulièrement aux ulcères des organes intérieurs, ou à ceux qui sont remarcjuables parleur exiguïté. En réalité , par ulcération, on doit entendre le travail désorganisaleur par suile duquel s'établissent les ulcères , et c'est seulement par un abus de langage qu'on a détourné celte expression de son sens primitif. L^exulccration est l'ulcération superficielle , l'ulcération de l'écorce des organes , si l'on peut s'expiimer ainsi.

Les gens du monde entendent par ulcère les affections rongeantes , canccreuses ou autres, de l'utérus ou de son col ; mais cette acception du mot ulcère n'a point passé dans le langage de la science.

Quoi qu'il en soit, et malgré ce que nous avons dit en comniençaut, il est difficile de bien caractériser l'ulcère par une définition ; aussi est-ce un écueil contre lequel sont venus se briser les efforts de la plupart des patliologistes , et qu'heureusement il n'importe pas de surmonter , autant qu'on pourrait le croire au premier abord.

Les ulcères sont des solutions de continuité chroniques et suppurantes. Les parties molles et les parties dures peuvent également présenter ces altérationsj mais doit-on qualifier d'ulcères les unes et les autres ? J.-L. Petit répond par l'aflirmalive , et définit l'ulcère : une solution de continuité de laquelle s'écoule du pus , une matière purijorme, sanieuse , ou autre. Boyer , au contraire , et la plupart des auteurs sont d'un avis opposé , et n'attribuent l'ulcère qu'aux parties molles J l'ulcère , suivant Boyer , est une solution de continuité des parties molles , plus ou moins ancienne, accompagnée d'un écoulement de matière purulente, et entretenue par un vice local , ou par une cause interne.

Mais ce n'est pas assez , pour une définition, d'avoir précisé la classe on le genre de la chose qu'elle doit représenter à l'esprit , il faut encore qu'elle résume les différences qui caractérisent spécialement cette chose, cet objet. Or,

ULCÈRE

ULCÈRE

disant que l'ulcère est une solution de continuiié de laquelle s'écoule du pus, L. Petit n iudique absolument que le genre auquel appartient cette affection, le dit rien qui puisse la séparer des autres espèces de ce genre , des plaies iples, des fistules , par exemple. En disant que l'ulcère est une solution de tlinuilé dont la ppuration est entretenue par un vice local , ou par une ise interne , Boyer a été plus loin que son illustre prédécesseur ; il a essayé satisfaire à la seconde condition de toute bonne défuiition, mais ne l'a fait que ne façon incomplète; car les plaies qui suppurent ne sont affectées de cette comcation que parce que certaines circonstances locales , plus ou moins variables, fiis ou moins vicieuses , pour employer l'expression de Boyer , se sont opposs à l'agglutination immédiate de leurs lèvres; et, cependant, entre les p les suppurantes et les ulcères, Boyer a prétendu établir une distinction t ncliée.

[;a définition que nous avons donnée en commençant n"est pas certes à l'abri c toute critique, mais elle nous paraît satisfaire aux conditions exigées: solution i continuité des parties molles dont In guérison est entraînée par des circons nces particulières , voilà le genre pathologique auquel appartiennent les niées , genre qui réunit également les fistules : solution de continuité des paris molles plus étendue en largeur qu'en profondeur , telle est la différence ipitale qui sépare l'une de l'autre les deux maladies que nous venons < citer.

Siéye. Toutes les parties du corps peuvent être le siège d'ulcères , mais toutes

j/ sont pas également disposées ; on ne saurait nier, par exemple , que les rties inférieures, que les jambes n'en soient plus spécialement affectées que p autres ; sans doute , en raison de la faiblesse qui résulte de la difficulté avec juelle le sang veineux et la lymphe reviennent de ces parties vers le centre culatoire , et aussi à cause de leur exposition plus habituelle aux lésions exieures dans la station et dans la marche.

Il paraît que la partie gauche du corps est plus souvent affectée d'ulcères e la droite ; du moins , c'est ce qui résulte des observations que nous avons tes récemment : sur trente-cinq malades affectés d'ulcères aux jambes , vingt- Jt en portaient à la jambe gauche seulement , quatre en avaient à-la-fois à gauche et à la droite. Au reste , ces observations sont d'accord avec celles de )uteau, qui attribuait cette circonstance à la compression des vaisseaux iliaes gauches par l'S romaine du colon , au moment où cette partie de l'intestin continue avec le rectum , et aussi à la faiblesse originelle du côté gauche corps.

Les ulcères peuvent envahir les organes profonds ou ceux qui sont en conctact ntinuel ayec les agens extérieurs ; d'où leur distinction en ulcères apparens en ulcères cachés. Toutefois les premiers sont beaucoup plus communs que i seconds. Qu'on réfléchisse, en effet , aux cas nombreux d'ulcères de la peau, s ouvertures des membranes muqueuses , de la cornée , qui s'offrent tous les urs dans la pratique; qu'on ne perde pas de vue que si les ulcères ne sont pas us de causes externes , cependant la plupart des agens qui les produisent agisnt de l'extérieur à l'intérieur ; et cette différence paraîtra tranchée , elle se avéra pour toujours dans la mémoire.

Les parties saillantes de notre corps , celles sur lesquelles la peau et les aues parties molles sont dans un état de tension habituelle, sont, par ce seul it , fort exposées à la maladie qui nous occupe ; ajoutez que , réglons avancées l'organisation, si Ton peut ainsi dire , ces parties sont les premières qui supprtent l'action des agens vulnérans.

Tous les ulcères ne se développent pas avec une égale facilité dans les mêmes l^ux; loin de là , chacun d'eux affecte une sorte de prédilection pour certaines arties de notre corps , et ont pour ainsi dire un siège d'élection : les ulcères foniques et calleux s'observent plus particulièrement vers les extrémités intéleures , à la jambe surtout ; les ulcères syphilitiques consécutifs sont plus fré-

ens à la gorge que partout ailleurs ; le cou est le point dans lequel on ren-

ntre le plus souvent les ulcères scrophuleux ; les ulcères chancreux ont une

ritable prédilection pour la face, etc.

Causes. Les causes des ulcères sont très-nombreuses et très-variées ; leur tude est un des points les plus importans de l'histoire de ces maladies. L'ana. jmie pathologique , si importante ailleurs , n'est rien ou presque rien pour les Icères proprement dits en comparaison des causes. Et, en effet, que nos parties lient été rongées par telles ou telles espèces d'ulcères , par un ulcère local ou lar un ulcère qui dépend d'une cause interne, par un ulcère aigu ou par un ulcère hronique, ces circonstances introduisent généralement fort peu de différence ians la manière d'être des tissus qui sont affectés ; tandis que la connaissance es causes variées qui les entretiennent , est indispensable pour fonder la théapeutique de ces maladies. Loin de nous cependant la pensée de soutenir que es causes diverses des ulcères n'impriment pas leur cachet particulier aux soûlions de continuité qu'elles produisent ; mais sans répéter que ce cachet , que es modifications sont le plus souvent très-légères , il est évident qu'elles resortent tout-à-fait du domaine de l'anatomie pathologique , et qu'elles appariennent exclusivement à la pathologie.

Avant d'entrer dans l'énuméralion des causes des ulcères, il importe d'établir ci une distinction qui a échappé à tous les pathologistes , et dont l'omission ntroduit une fâcheuse confusion dans la matière qui nous occupe , à savoir, que es causes qui engendrent les ulcères ne sont pas toujours celles qui les entreiennent. Il existe , en effet , des causes productrices et des causes d'entretien les ulcères. Les premières continuent souvent à sévir après avoir établi la soluion de continuité ; par cela même qu'elles ont produit cette solution , elles Mettent obstacle à ce qu'elle disparaisse {ulcères vénériens conséculi/s); et

DiCT. DE MÉDECINE ET DE CbiRVKGIE FIIA.TI(^>UES.

après avoir été causes produclrices, elles deviennent causes d'entretien. 'Mais il n'en est pas toujours ainsi : qu'une plaie, par exemple, soit infligée par une violence extérieure à la jambe d'un homme affecté d'une syphilis ancienne et constitutionnelle, il pourra se faire que cette solution de coutiiiuité se montre tout-à-fait réfractaire à la cicatrisation, qu'au lieu de se fermer elle s'entr'ouvre, s'élargisse, et qu'elle prenne au plus haut degré les caractères d'ulcères syphilitiques constitutionnels survenus spontanément. A coup sûr personne ne s'avisera de confondre ici la cause qui a produit la solution de continuité avec celle qui l'entretient. Dirait-on, par hasard, que d'abord il y avait plaie et point ulcère? Mais ce ne serait là qu'une subtilité : en effet, à quelle époque aurait fini la plaie? A quel moment aurait commencé l'ulcère? La cause, le virus syphilitique, peu nous importe le nom qu'on voudra lui donner, n'était-il pas répandu dans tous les fluides de l'économie dès l'origine de cette affection ? N'est-ce pas cette cause qui dès l'abord lui a imprimé une marche, une tendance toute particulière? Oui sans doute; par conséquent cet ulcère a été produit originairement par une violence extérieure , et il est entretenu par la cause syphilitique.

Disons encore que certains états, certaines modifications de la surface des ulcères, ou des parties qui en forment la circonférence, ont souvent été prises pour les causes des ulcères, alors qu'ils en étaient seulement les conséquences ; les dénominations d'ulcères sni-dides , sanieiix , celles à\\\cci ts calleux , fongueux, vermineux , etc. , peuvent à bon droit être citées comme preuves de l'assertion que nous venons d'émettre. Dans tous ces cas, en effet, les causes réelles des ulcères sont placées au-delà des altérations indiquées; cherchez ces causes , faites-les disparaître; bientôt ces modifications qui vous avaient paru si importantes, que vous les aviez considérées comme le but vers lequel devaient tendre tous vos efforts thérapeutiques, disparaîtront comme la fumée, et la cicatrice de la solution de continuité ne se fera pas attendre. Si, au contraire, vous vous borniez à combattre les callosités , les fongosités de certains ulcères , sans vous opposer aux circonstances qui entretiennent à-la- fois ces altérations et l'ulcère lui-même, vous vous épuiseriez en vains efforts, et le mal continuerait ses ravages.

Quoi qu'il en soit, les causes des ulcères doivent être distingue'es en locales el en générales ; les premières bornées et presque toujours faciles à détruire; les secondes, répandues dans toute l'économie , et dont les ulcères ne sont que la traduction extérieure. Les causes des ulcères sont encore externes ou internes ; les causes externes agissent de l'extérieur du corps à l'intérieur, un corps étranger , par exemple, qui est enfoncé dans une de nos parties; les causes internes font sentir leur influence, au contraire , de l'intérieur à lextérieur.

Du reste, tout le monde n'est pas également disposé à contracter des ulcères, la distinction générale des causes morbides en prédisposantes et eu efficientes , est lout-à-fait applicable aux maladies qui nous occupent. Il est certains états de l'organisation , certaines professions qui y disposent d'une manière toute particulière. Les constitutions molles , lymphatiques , les varices , la position verticale habituellement conservée , l'habitation dans des lieux bas et humides , les rapports presque immédiats de la peau avec quelques parties osseuses sous jacentes, sont les circonstarices qui disposent le plus aux ulcères. La station vertic.de constitue une prédisposition spéciale aux ulcères des extrémités intérieures ; la mollesse de la constitution, l'habitation dans des lieux bas et humides, sont, au contraire, des prédispositions générales. Une exostose, la saillie d'un cal vicieux , exposent aux ulcères le point du corps qu'elles occupent.

Les causes efficientes des ulcères doivent être distinguées , comme nous l'avons déjà exprimé , en celles qui établissent et en celles qui entretiennent ces solutions de continuité. Ces causes sont quelquefois identiques , à la vérité, mais aussi quelquefois séparées. Souvent les causes efficientes productrices des ulcères sont des influences extérieui-es : ainsi un coup, une chute, une pression longtemps continuée, engendrent une solution de continuité, déterminent uneescharre sur une partie saillante de notre corps, et des ulcères sont produits, dans le premier cas , si une cause prédisposante est déjà inhérente à l'économie , dans le second cas, parce que la perte de substance qu'ont soufferte les tégumens et la saillie osseuse sous-jacente s'opposent pour long-temps à la cicatiisation de la partie affectée. D'autres fois les causes des ulcères sont tout-à-fait indépendantes, à leur origine, des influences extérieures, comme cela a lieu pour les ulcères vénériens consécutifs qui se montrent tantôt dans un point, tantôt dans un autre ; la même cause est pour eux prédisposante et efficiente ; des circonstances particulières d'organisation qui nous sont peu connues, déterminent l'apparition de ces ulcères de préférence dans certaines régions. Le mode d'action de ces causes n'est pas non plus toujours le même, le simple contact de certaines substances virulentes sur un point de la membrane tégumentaire intérieure, suffit pour produire des ulcères sur cette membrane, tandis que la peau a le plus souvent besoin, pour éprouver la même influence, de se trouver dans des conditions particulières, d'être dépouillée de son épidémie.

Les causes de certains ulcères restent constamment inhérentes à la partie sur laquelle elles ont porté leur action. Mais il en est d'autres qui ont une tendance remarquable à devenir diffuses, à se répandre dans toute l'économie, et à produire en d'autres lieux des solutions de continuité analogues aux premières. Les ulcères syphilitiques sont particulièrement dans ce cas. Il existe même une époque intermédiaire entre celle où les causes auxquelles nous faisons allusion sont locales, et celle où elles sont devenues générales ; cette époque est celle d'incubation pendant laquelle ces causes éprouvent une sorte de iemps d'arrêt , qui parait être le moment le plus favorable pour les attaquer par les moyens thérapeutiques.

ULCÈR E.

ULCÈRE

Mais s'il est curieux pour le palhologiste de fixer les causes qui ont présidé à la formation première des ulcères, il lui importe bien davantage de déterminer celles qui en empêchent la guérison ; là , en effet, réside tout le secret de la thérapeutique de ces maladies. Or, la débilité ou l'atonie, dans certains cas, l'excès de vitalité , ou l irrilation dans d'autres, ici la gêne dans la circulation de la partie affectce , là un corps étranger , chez ceux-ci l'altération d'un tendon ou d'un os voisin, chez ceux-là une disposition interne constitutionnelle, sont les seules causes qui entretiennent les ulcères , les seules qui doivent servir de base à la classification et au traitement de ces maladies.

On voit de suite , d'api ès ce qui précède , que nous rejetterons de notre classification les ulcères sordides, cacoètlies , caverneux , fongueux , ga/if^réneux , calleux , vermineux , etc. Comment , en efl'et, pourrions-nous faire autrement ? Est-ce que la fétidité de la suppuration, l'aspect dégoûtant , les sinuosités, les fongosités, la gangrène et les callosités des ulcères, sont autre chose ([ne des complications plus ou moins graves de ces maladies? Est-ce que l'état vermineux dépend d'autre chose que de la malpropreté et de la négligence de celui qui porte un ulcère ou de celui qui le panse ? Est-ce que toutes ces complications ne peuvent pas survenir aux ulcères de toutes sortes, lorsqu'ils se trouvent placés dans les mêmes circonstances ? Qu'importe, pour la classification des ulcères, que les callosités, que le décollement des bords, que la gangrène des ulcères constituent autant d'états contre lesquels le chirurgien doit diriger des moyens spéciaux, et dont la disparition est nécessaire à la guérison du mal ? Estce que, dans toutes les affections , il ne doit pas faire à-la-fois la guerre à la cause et aux effets que celle-ci a produits? Ablald causa non semper loUitur effectus ; car parfois les effets des maladies les compliquent si gravement, qu'ils deviennent la maladie principale, et qu'ils doivent absorber toute l'attention de l'homme de l'art.

Maintenant que nous sommes bien fixés sur les circonstances qui ont introduit tant de vague dans les classifications des ulcères , hâtons-nous de déclarer que nous ne reconnaîtrons que sept espèces d'ulcères , suivant que Valonie , V injlanirnalion , la ^éne de la circulation locale , un corps étranger , une altération osseuse voisine, les r>irus syphilitique ou scrophuleux , en sont les agens véritables ; nous renverrons à I histoire des dartres , de la teigne, de la gale , du cancer , du scorbut, les ulcères dartreux , teigneux , psoriques , cancéreux j et scorbutiques des auteurs.

FormnMon. il ne suffit pas , pour l'histoire complète des ulcères , de

fixer d'une manière précise la nature des causes qui les produisent et les entretiennent, d'indiquer exactement leurs caractères symptomatologiques , et d'arrêter les bases de leur traitement ; il faut encore déterminer le mode d'altération qui les précède ou celui qui préside à leur formation. Pour arriver à cette solution , nous ne scruterons pas profondément les archives de la science ; nous n'y trouverions que 1 incertitude et le chaos. C'est seulement aux progrès récens de l'anatomie pathologique que nous devons tout ce qu'on sait aujourd'hui sur la formation des ulcères.

Galien attribuait les ulcères à une érosion des parties : c'était dire, en d'autres termes, que les ulcères sont des solutions de continuité.

Suivant J.-L. Petit, l'ulcère est la suite de Yapostènie , de la plaie et de la brûlure ou de la corrosion.

Suivant Hunter, le travail de formation des ulcères consiste en une absorption anormale qui s'établit dans le lieu malade, absorption que ce médecin célèbre a nommée ulcération , ou bien en une inflammation qui s'avance en détruisant les parties qu'elle affecte.

Suivant notre ami, le professeur Andral , une hypérémie slhénique ou aslhènique , une lésion de nutrition , certaines sécrétions morbides (tubercules, pus , etc. ) et la gangr'ène , sont le principe de tous les ulcères. Cette dernière manière de se représenter les phénomènes est incontestablement la plus satisfaisante et la plus complète : c'est aussi celle que nous adopterons.

Lorsque 1 hypérémie préside au développement d'un ulcère, elle est indiquée par une couleur plus ou moins rouge ou violacée de la partie; celle-ci est rougeclair, si l'hypérémie est slhénique ou inflammatoire ;elle est d'un rouge livide, si rhypcrétiiie est asihénique. Dans l'hypérémie sthénique, l'ulcération s'établit de deux manières, ou par gangrène des parties ou par abcès , comme nous le verrons plus tard. Dans l hypérémie astliénique, la gangrène survient bien aussi quelquefois, mais plus rarement que dans le premier cas : les parties se laissent ramollir et déchirer par les sucs qui engorgent le système capillaire, le tissu cellulaire et la trame intime des organes , et l'on voit survenir cette sorte d'absorption destructive des parties, qui a été généralement admise par les auteurs.

Quand l'ulcération débute par une lésion de nutrition , la partie malade est le siège d'un engorgement plus ou moins dur, plus ou moins indolent, plus ou moins chronique, qui passe de son état de dureté primitive à un état de ramollissemeiit peu considérable d'abord, et pultacé ensuite , jusqu'au moment où la destruction ne laisse plus qu'une solution de continuité d'un caractère variable.

De la matière tuberculeuse , du pus sécrété au sein de nos organes , deviennent au bout d'un certain temps la cause de leur ulcération. Ces produits ont une tendance remarquable à se faire jour au dehors, ou à s'ouvrir une voie vers quelques-unes des cavités naturelles , et ils ne le font qu'à la faveur de l'ulcération. Les cas sont rares ou la résorption s'en empare, pour les rejeter lentement au-dehors par les émonctoires naturels.

La gangrène enfin est une cause commune d'ulcères ; et son mécanisme pour produire ces solutions de continuité n'offre rien de difficile à concevoir : la partie affectée , privée de vie , véritable corps étranger pour les parties vivantes

voisines , les irrite et les enflamme ; du pus est formé , l'escharre est soulevée et rejetée au-dehors, lorsque toutes ses adhérences ont été détruites , et à sa place il reste une solution de continuité qui parfois ne tarde pas à se cicatriser si on la met dans des conditions convenables , mais qui reste souvent réfractaire jusqu'au moment où la cause de la gangrène a cessé de sévir sur l'économie. Les ulcères qui succèdent à une gangrène, dont la cause est locale , ne durent que le temps nécessaire à l'élimination de la partie qui a été frappée de mort. Ceux , au contraire , qui sont la conséquence d'une gangrène dont la cause est constitutionnelle , ont une marche peu franche jusqu'à ce que la cause delà mortification des parties se soit épuisée spontanément ou ait été neutralisée par les moyens que nous lui avons opposés.

Sy mptômes. Les symptômes des ulcères doivent à peine figurer dans cette description générale. On conçoit , en effet, qu'ils dépendent nécessairement de la physionomie particulière de chacun d'eux, et que les détails qui s'y rapportent appartiennent seulement aux descriptions partictdières. Ce qui rapproche tous les ulcères sous le rapport qui nous occupe ici, c'est uniquement la solution de continuité des parties, la suppuration plus ou moins sanieuse qui s'en écoule, et le peu de tendance qu ils manifestent vers la cicatrisation. Leur forme, leur étendue, etc., varient suivant chaque espèce. Disons seulement que l'étendue apparente d'un ulcère n'implique pas nécessairement une destruction de la partie dans la même proportion ; car les fongosités de quelques-uns d'entre eux, l'état renversé des bords de quelques autres, ont souvent abusé à cet égard.

Marche. Certains ulcères sont stationnaires ou n'ont que peu de propension à prendre de l accroissement, d'autres font des progrès continuels. Ceux-ci gagnent en surface; ceux-là acquièrent en profondeur. Les ulcères térébrans, comme on le dit, atteignent parfois des organes fort importans, des nerfs , des vaisseaux, et produisent des désordres proportionnés à l'importance de ces parties ; d'autres fois ils se font jour dans des cavités naturelles, et sont ainsi la cause de fistules plus ou moins fâcheuses , à moins que la nature ne prévienne à temps les inconvéniens de cette marche, en organisant des adhérences entre l'organe contenu dans la cavité et les parois sur lesquelles l'action ulcératrice s'est établie. Au lieu de perforer les organes voisins , les ulcères agissent quelquefois sur eux d'une façon tout inverse, et en déterminant leur épaississement et leur hypertrophie. On dirait qu'alors c'est l'organisation qui cherche à se défendre contre les ravages de l'ulcération qui menace de l'atteindre et de la détiuire. Ainsi le tissu cellulaire sous-jacent aux ulcères anciens, celui qui les entoure, devient le siège d'une induration et de véritables callosités; ainsi la peau s'épaissit à la circonférence de ces ulcères, sa sécrétion épidermique devient plus active, et des tumeurs dures , inégales, qui font paraître la surface de la solution de continuité enfoncée, se développent et constituent les callosités proprement dites : ainsi le périoste lui-même, lorsque l'ulcère est placé dans le voisinage d'un os , s'enflamme, sécrète une matière pseudo-membraneuse qui s'iuterpose entre lui et l'os, ou imprègne son tissu lui-même, matière qui s'organise , passe à l'état osseux, et donne naissance aux inégalités, aux exostoses que l'on rencontre près des ulcères chroniques.

Aussi long-temps que dure l'action de la cause des ulcères, ces solutions de continuité n'éprouvent aucune tendance à la cicatrisation , ou si par hasard elles disparaissent, c'est pour se reproduire au bout d'un temps plus ou moins long dans le même point ou dans une autre partie ; mais, dès l'instant que la cause qui entretenait l'ulcère n'existe plus , celui-ci marche vers une terminaison heureuse, ce n'est plus un ulcère, c'est une plaie en pleine suppuration. La destruction de la cause de quelques ulcères peut être le fait de la nature; la cause des ulcères scrophuleux disparaît quelquefois à l'époque de la puberté ; une carie ou une nécrose , qui entretenaient un ulcère, peuvent se terminer spontanément ; mais presque toujours l'intervention des moyens chirurgicaux est nécessaire à la guérison de cette maladie ; c'est même une de celles où son utilité se révèle de la manière la plus éclatante et la plus incontestable.

Les phénomènes de la cicatrisation des ulcères ne diffèrent en rien de ceux que l'on observe pendant la marche des plaies qui suppurent', et, en effet, on le conçoit , puisque , comme on l'a vu, un ulcère doit avant de commencer à se cicatriser subir préalablement la condition d'une plaie de cette espèce. Lorsqu'un ulcère siège dans une partie dont la peau est très-mobile , et surtout que cette membrane n'a été détruite par lui que dans une très-petite étendue, la guérison a lieu par rapprochement des bords à la faveur de la contraction de la membrane inodulaire. Lorsque l'ulcère siège dans une région dont les tégumens sont naturellement tendus et unis aux parties sous-jacentes , pour peu que ceux-ci aient souffert de perte de substance , la guérison ne peut avoir lieu qu'à la faveur d'un tissu cutané nouveau ( voj-ez les articles cicatrice et cicatrisation ). L'organisation de ce tissu a lieu presque toujours de la circonférence au centre , rarement du centre à la circonférence.

On observe ])articulièreinent le dernier mode de cicatrisation sur certains ulcères , dont les conditions favorables sont nombreuses , ou qui ont été traites suivant certaines méthodes.

Les progrès de la cicatrisation des ulcères sont loin d'être les mêmes à toutes les époques de la durée de ces solutions de continuité. Au début, le tégument nouveau, qui doit les recouvrir, se développe ordinairement avec une grande rapidité. Par la suite, on observe un ralentissement graduel sous ce rapport , de telle façon , par exemple , que lès dernières parties , les parties le plus minimes de la surface de certains ulcères demandent, pour leur guérison, un temps beaucoup plus long que celui qui avait d'abord été employé par la nature, pour opérer la cicatrisation de parties beaucoup plus étendues , et qu'il est be-

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oin de changer plusieurs fois de méthode thérapeutique , pour amener les ihoses à bien.

Du reste , la marche des ulcères est plus ou moins rapide; diverses circonitances favorisent ou éloignent la terminaison heureuse de cette maladie. Les lilcères, développés dans des régions dont la peau est lâchement unie aux parties sous-jacentes , se cicatrisent très prompteraent. Ceux, au contraire, qui iffectent des parties très-atihérentes et dans un état de tension continuelle, lont long temps réfractaires ; les ulcères si communs de la face interne de la ainbe, ceux qu'on observe sur les malléoles sont dans ce cas. Chacun a vu les alcères devenir sanieux pendant les temps humides et reprendre des caractères jlus satisfaisans dans les circonstances inverses. Lorsqu'un dérangement quel- ;onque se fait ressentir dans l'organisme , quelque éloignée, quelque légère que ioil l'altération qui cause ce dérangement , les ulcères en ressentent le contre- :oup ; leur surface pdiit ou devient grise , ils s'affaissent ou se couvrent de fonjosités ; leur suppuration diminue et devient séreuse. On peut, à coup sûr, prédire ces modifications des ulcères dans les circonstances que nous venons l'indiquer, comme aussi on doit être en garde contre quelque affeclion étrangère, lorsque les ulcères revêtent tout-à-coup les caractères précédons. La lîiarche , les mouvemens , la simple station debout pour les ulcères des extréiinités inférieures, rendent ces ulcères saignans et arrêtent les progrès de leur :icatrisation.

Mais , si les ulcères reçoivent des modifications plus ou moins marquées dans es maladies qui éclatent tout-à-eoup vers les organes les plus éloignés, par ;ompeusation ils peuvent aussi devenir pour ces organes la source d'accidens slus ou moins graves. On a beaucoup parlé, dans ces derniers temps, de la rélorption du pus des solutions de continuité et des ulcères en particulier. Nous le ferons que mentionner ce fait ici , parce que , suivant nous , on a commis , ious ce rapport, une grave erreur. De ce que la suppuration diminue à la surace d'un ulcère , de ce que cette surface se dessèche pai fois presque complètenent , ce n'est pas à dire pour cela que le pus en est résorbé et porté dans le orrent circulatoire. Il suffit, en effet, comme nous l'avons dit primitivement, |u"une maladie surgisse dans l'économie pour que les ulcères cessent de sécréter lu pus ; Ubi stimulus ibijluxus , a dit le père de la médecine. Eh bien ! dans es cas que nous supposons, le stimulus s'établit ailleurs que vers la partie ul- ;érée ; le fluxus \e suit et abandonne sa direction primitive; mais voilà tout. D'ailleurs tout le monde reconnaît aujourd'hui que cette question , que nous ne )Ouvons pas agiter davantage en ce lieu, a été décidée beaucoup trop légèrement în faveur de la doctrine de la résorption purulente , considérée comme cause le maladies.

Des érysipèles , des lymphites, des phlébites, viennent quelquefois compli- [uer la marche des ulcères de tous les accidens qui leur appartiennent. La phlé- )ite succède assez rarement aux ulcères , tandis que l'érysipèle et la lympliite ont dans des circonstances inverses; sans doute parce que les veines sont peu iéveloppées relativement aux vaisseaux lymphatiques de la peau. L'infection puulente est rare à la suite des ulcères pour les raisons précédentes, parce que ette terrible complication des solutions de continuité n'en découle pas iniméliatement, mais succède constamment à une phlébite ou à une ly^mphite, et que a phlébite qui la produit le plus souvent est rare chez les individus affectés l'ulcères. La rareté bien constatée de l'infection purulente chez les personnes iffectées des ulcères les plus étendus est un des argumens les plus forts contre a doctrine insoutenable de la résorption purulente ; car on se deuiande pour- [uoi cette résorption serait si rare dans des circonstances où tout devrait si grandement la favoriser.

Diagnostic. Les ulcères sont des affections si faciles à caractériser, qu'il est «possible de les méconnaître , et qu'un article diagnostic est pour eux presque uperflu. Les ulcères, en effet, sont, comme nous l'avons dit, des solutions de ontinuilé plus étendues en surface qu'en profondeur , et dont la suppuration st entretenue par un vice local ou par une cause interne. Les fistules qui se approchent des ulcères sous beaucoup de rapports , s'en distinguent, parce u'elles sont plus étendues en profondeur qu'en surface. Certains ulcères , dont ;s bords sont décollés et qui présentent, pour cette raison, plus d'étendue en rofondeur que les autres, se rapprochent un peu des fistules et ont été queluefois décorés du nom d'ulcères fiituleux. Du reste , ce sera dans les descripions particulières que nous indiquerons les signes du diagnostic différentiel des iverses espèces de cette maladie.

Pronostic. L'histoire générale des causes nous a déjà révélé de la manière la lus claire tout ce qu'il y a de variable dans le pronostic des ulcères; car les auses surtout ont de l'influence sur le jugement que l'on doit porter ici. Les Icères de causes externes sont infiniment moins graves que ceux de causes réandues dans toute l'économie. Ceux qui sont entretenus par la syphilis , sont loins graves , toutes choses égales d'ail!;urs, que ceux qui naissent sous l'inuence des scrophules, parce que nous possédons, contre les premiers, des relèdes d'un effet beaucoup plus certain que ceux que nous dirigeons contre les jconds.

Toutefois les causes ne pèsent pas seules dans la balance du pronostic des ul- !res ; quelques autres circonstan ces méritent encore d'être appréciées pour !lte fin. Les ulcères des parties inférieures du corps sont plus graves et plus ibelles que ceux des extrémités supérieures ; ceux qui siègent sur des parties ir lesquelles le corps repose habituellement se cicatrisent plus difficilement que s autres. Il en est de même de ceux qui se développent sur des parties sailntes et dans le voisinage des os , comme on l'a déjà vu. Les ulcères , de forme ronJie , éprouvent à leur cicatrisation une difficuU é particulière , qui dépend

de ce que , leur circonférence étant partout également éloignée du centre, tous ses points sont également sollicités vers lui par la rétraction de la membrane inodulaire, et que leur arrivée au point de contact est pour cette raison plus lente : aussi les ulcères allongés sont beaucoup plus favorablement disposés pour la guérison que les autres : aussi parfois la nature et l'art impriment-ils cette forme aux premiers, pour rendre plus facile le travail ultérieur de leur cicatrisation. Les ulcères anciens et calleux sont plus réfractaires que ceux qui datent de quelques jours seulement , et tlont les bords sont encore exempts d'indurations.

Traitement. Les principes généraux du traitement des ulcères n'ont pu être bien compris, bien appréciés que depuis l'époque où l'on a établi sur des bases un peu solides l'étiologie de ces maladies. Toutefois on se tromperait si l'on croyait que cette partie de notre art est aujourd'hui fixée définitivement : il existe, en effet , certains points sur lesquels les chirurgiens ne sont pas encore tout à-fait unanimes.

"Une des premières conditions à remplir dans le traitement des ulcères , c'esX \q repos le plus aôio/u. Les mouvemens , en effet, déterminent une exhalation sanguine, qui altère souvent pour plusieurs jours la surface des ulcères, ou bien ils tiraillent leurs lèvres et contrarient ou détruisent même le travail de cicatrisation. Pour satisfaire à cette importante indication , il ne faut pas toujours se fier à la bonne volonté du malade , parce qu'il est certaines parties dont les mouvemens sont tellement habituels, que nous ne saurions les empêcher de nous-mêmes aussi complètement que cela est nécessaire. Par exemple, on ne guérit promptement les ulcérations dévelop])ées sur le saillant du coude et du genou , qu'en prenant le soin de placer une attelle dans le sens de la flexion de ces articulations , et en fixant de la sorte l'avant-bras et la jambe.

La position est peut-être encore plus importante dans le traitement des ulcères que l'immobilité; mais, pour être favorable, la position doit être telle, que le retour des fluides circulatoires vers le centre du corps soit prompt et facile. Lorsque les ulcères siègent sur les membres inférieurs , ces membres doivent être élevés horizontalement , ou même disjjosés sur des plans descendans du talon vers le bassin. Pour les ulcères des membres thoraciques , il convient défaire observer une position analogue à la précédente. Du reste, il est peu nécessaire de disserter pour faire valoir l'avantage du précepte qui vient d'être posé ; car la nature nous fournit de continuels enseignemens sous ce rapport. Ne sait-on pas , en effet , que certains ulcères de même cause, de raèine forme, de même étendue, abandonnés à eux-mêmes, guérissent promptement à la tête et au cou, tandis qu'ils durent fort long temps aux extrémités inférieures? La station débouta sur les ulcères de ces parties une telle influence , que la plus légère inspection suffit au chirurgien pour lui faire reconnaître si le malade qu'il examine s'est levé ou non , depuis le pansement qui a précédé. Si le malade s'est tenu verticalement , quand bien même cette position n'eût été conservée que quelques instans , la surface de l'ulcère est fongueuse, grisâtre ou rouge, et parfois couverte d'une exsudation sanguine.

La compression , vantée par Théden et employée très-souvent par Desault , ne le cède guère en avantage aux moyens précédens , et comme elle n'exclue pas l'usagede ceux-ci , on la combine le plus souvent avec eux de la manière la plus heureuse. La compression produit sur les ulcères un effet analogue à la position : elle détruit et empêche l'inflammation et l'engorgement des bords de ces solutions de continuité ; elle soutient les parois des vaisseaux voisins, facilite le retour du sang par les veines, et les empêche de subir celte dilatation à laquelle elles sont si disposées dans ces cas. La compression , convenablement établie, peut , à la rigueur , suffire seule à la guérison d'ulcères trèsrebelles des extrémités inférieures , sans qu'il soit besoin de la combiner avec le repos et la position. IjCs derniers moyens agissent, en effet, en rendant trèsfacile le retour du sang vers le tronc , et, comme on le comprend , la compression bien faite peut mettre les vaisseaux centripètes dans une telle disposition , que ce but soit suffisamment atteint par elle. Toutefois , d'une part, tous les points des membres inférieurs ne se prêtent pas également à l'application de la compression méthodique à laquelle nous faisons allusion; d'un autre côté, comme les mouvemens de la marche dérangent souvent le bandage le plus parfait, les ulcères subissent alors tous les inconvéniens de la position verticale , et leur surface s'altère pour plusieurs jours. Nous avons fait plus d'une tentative expérimentale pour nous assurer de la valeur du moyen thérapeutique que nous examinons maintenant, et toutes nous ont appris que, très-précieux quand il est combiné avec le repos et la position , il est infidèle et d'un effet très -lent quand il est employé isolément.

La compression peut être faite sur les ulcères à l'aide de différens procédés ; des bandes sont le plus souvent mises en usage. Le docteur Baynton. le premier, a proposé de comprimer, avec des bandelettes agglutinatives disposées eu doloire sur la surface de l'ulcère , de façon à le recouvrir entièrement. La compression avec les bandelettes est plus exacte et mieux assurée contre les mouvemens qu'on peut imiM-imer aux membres : aussi ce procédé est-il le plus généralement adopté quand on a fait choix de la méthode à laquelle il se rapporte. Du reste, les bandelettes de sparadrap doivent être soutenues par un bandage roulé; car elles ne s'appliquent que sur la surface ulcérée, et il est indisjjcnsable de faire une compression d'un autre genre sur la partie du membre qui est inférieure à celle-ci; autrement cette partie deviendrait le siège d'un engorgement oedémateux très-grand , qui rendrait bientôt les bandelettes insupportables. Le bandage roulé , qui complète l'appareil dans le cas qui nous occupe, doit s'élcadre même un peu au-dessus de l'ulcère , mais

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surtout couvrir les bandelettes agglulinatives qui sont appliquées immcdiateuient sur celui-ci. Les bandelettes doivent faire environ une fois et demie le tour du membre ; elles doivent avoir un travers de doigt de largeur , et se recouvrir les unes les autres dans un tiers de leur surface. Avant l'application des bandelettes , il est nécessaire de raser les poils qui naissent de la peau voisine , afin d'éviter les tiraiilemens qui résulteraient de leur agglutination avec ces pièces d'appareil, et pour prévenir l'inflanimation qui en est quelquefois la suite. Cependant on se tromperait si l'on croyait que les bandelettes de sparailrap n'out d'influence sur les ulcères que par la compression qu'elle.s établissent : elles paraissent avoir , en outre , une action spéciale qui dépend de la nature de la composition emplastique qui en forme la base. Les autres moyens compressifs n'ont pas une efficacité aussi grande que celui-ci, et il est difficile d'attribuer cette dill'érence à une cause autre que celle que nous indiquons. Toutefois , on doit convenir qu'aucun de ces moyens ne peut être comparé aux bandelettes pour la fidélité , et que cette circonstance doit être d'un grand poids, que peut-être même elle seule doit être comptée dans la question que nous débattons maintenant.

Les antiphlogisci(jues jouent un rôle très-important dans le traitement des ulcères , et nous devons leur donner ici une très-grande attention ; ce n'est pas cependant que nous considérions l'inflammation comme la source principale des ulcères , mais cet état morbide les aff'ecte presque toujours, soit comme cause, soit comme complication, et, dans l'une ou l'autre hypothèse, il importe d'y porter un remède prompt et efficace. Seuls , les antiplilogistiques suffisent à la guérison des ulcères inflammatoires peu étendus ; lorsqu'ils sont combinés avec le repos et la compression, ils conviennent à la plupart des autres ulcères , surtout quand ils siègent aux extrémités inférieures. Mais si les ulcères ont une grande surface , les antiphlogistiques ne sont bien avantageux qu'au début , pour détruire rinflammatiou et pour fondre les callosités , lorsqu'il s'en rencontre ; plus tard , l'humidité qu'ils entretiennent est un obstacle à la cicatrisation , ils doivent faire place à d'autres moyens.

Les onguens , les emyy/airei jadis si vantés et si fréquemment mis en usage pour le traitement des ulcères, sont aujourd'hui presque entièrement abandonnés. Le seul emplâtre diachylum a survécu au milieu de cette proscription générale ; mais encore, comme on l'a vu , il doit celte exception bien plutôt à ses qualités adhésives qu'à ses propriétés cicatrisantes. Presque tous plus ou moins excitans , les dilTcrens emplâtres ou onguens employés par nos prédécesseurs dans la carrière chirurgicale pouvaient bien avoir quelque avantage dans certains cas j)articuliers, mais ils étaient nuisibles dans d'autres. Aujourd'hui, du reste, nous possédons, pour stimuler la surface des ulcères, des ageus tels que les chlorures f qui n'ont pas l'inconvénient de salir les parties et de leur adhérer comme les préparations emplastiques.

Les pansemeiis des ulcères doivent être répétés souvent, tous les jours, deux fois par jour même lorsque la suppuration est très-abondante , ou lorsqu'elle a des qualités sanieuses ; mais, à part ces circonstances, ils doivent être le plus rares possible. Le pus de bonne nature, en effet, n'est pas irritant pour la surface des ulcères ; loin de là, c'est une liqueur douce, quelquefois pseudo-membraneuse, qui facilite la formation de la cicatrice , et dont le contact est moins nuisible pour les bourgeons charnus que celui des pièces de l'appareil le plus méthodiquement appliqué. En ])ansant rarement les ulcères , on évite de les soumettre à l'action irritante de l'air, et on empêche ces exsudations sanguinolentes qui arrivent constamment quand ou adopte une autre manière de faire. Magatus cite l'exemple d'une jeune fille qu'il guérit en la pansant seulement tous les trois ou quatre jours ; A. Paré tint exactement la même conduite à régard du seigneur de unJeuil. Cette méthode commence aujourd'hui à être plus généralement appréciée; on dit même que les chirurgiens espagnols l'appliquent aux solutions de continuité de toutes les sortes. Nous nous gardons d'être aussi exclusifs , comme on l'a vu en commençant.

Mais quelque soin que l'on apporte dans la direction du traitement des ulcères , souvent après avoir retiré de grands avantages d'une méthode thérapeutique, elle semble devenir inefficace, et l'on voit la cicatrisation s'arrêter ou marcher avec une lenteur désespérante. Le chirurgien doit être bien prévenu tie cette circonstance ; il ne doit pas se décourager ; il faut seulement qu'il ne donne aucun relâche à la solution de continuité : aux premiers moyens mis en usage , qu'il en substitue de nouveaux, que plus tard il remplace encore ceuxlà par d'autres , et bientôt il verra la cicatiisation devenir complète.

Les substances absorbantes ont aussi été mises en usage dans le traitement des ulcères : la charpie râpée, les poudres de chaux, de charbon, ont quelquefois réussi; E. Home a particulièrement vanté la poudre de rhubarbe.

Jusqu'ici nous n'avons parlé que de la médication topique qu'il convient d'appliquer aux ulcères ; mais cette médication , toujours très-importante, est loin de suflire à tous les cas. Cei taius ulcères, en effet, naissent sous l'influence d'une altération générale , d'un vice répandu dans toute l'économie : pour ceuxlà , par conséquent, il ne faut pas seulement un traitement topique ; une médication générale appropriée est beaucoup plus importante. Nous en traiterons à l'occasion des ulcères auxquels elle convient spécialement.

Comme on vient de le voir , l'art ne manque pas de ressources pour le traitement des ulcères ; mais convient il toujours de les mettre en usage? Peut-on toujours impunément y avoir recours ? En un mot n'exisle-t-il pas des ulcères dont la suppuration soit avantageuse , et que le chirurgien doive par conséquent respecter ? F. de liilden . Heister, Sharp , Ledran, etc. , se prononcent pour l'affirmative, et chacun d'eux cite des cas dans lesquels la suppression d'ulcères a produit des congestions cérébrales, des dyspnées, des fièvres, la mort même.

Camper , Bell , Boyer et la plupart des modernes sont d'un avis opposé. Examinons cette question avec tout le soin qu'elle mérite.

Il est évident d'abord que les ulcères récens , peu étendus, que ceux qui dépendent d'une cause virulente qui infecte l'économie tout entière , et de laquelle ils peuvent être regardés comme la traduction locale ne sont pas le moins du monde en cause ici ; il ne s'agit, en effet, que des ulcères anciens , trés-éteiidus, qui fournissent une abondante suppuralion à laquelle l'orgunisation s'était eu quelque sorte habituée, et qui peuvent être considérés comme des émonctoires en quelque sorte établis ou conservés par la nature pour nous préserver de maladie: plus graves. Nul doute que ces sortes d'ulcères ne doivent être placés dans une catégorie à part; mais nous partageons bien complètement l'opinion qu'ils peuvent, qu'ils doivent même rentrer, comme les autres , dans le domaine de la thérapeutique chirurgicale ; que , seulement , ils doivent être traités avec des soins , avec des ménageinens particuliers.

La première précaution à employer dans les cas qui nous occupent, c'est l'établissement d'un cautère dans un point plus ou moins éloigné, principalement à l'un des bras, et de ne supprimer définitivement la suppuration de l'ulcère qu'au moment où celle de l'exutoire est en pleine vigueur. Ensuite, il faut prescrire quelques saignées aux sujets pléthoriques, des boissons laxatives bu amères à d'autres malades, et à tous enfin un régime moins succulent, moins abondant surtout que celui qu'ils avaient adopté avant le traitement, parce que le défaut d exercice et le séjour au lit fa\ orisent un état de pléthore qui pourrait être la source de graves accidens. Nous ne doutons pas que la série nombreuse des maux que les anciens attribuaient à la suppression des ulcères, ne doive être attribuée à l'ignorance ou à la négligence complète des préceptes que nouj venons de poser.

Que si l'on était appelé à remédier à des accidens produits par la suppression d'ulcères , il faudrait se hâter de remplir les indications que nous avons définies, et peut-être aussi rétablir la solution de continuité, en appliquant un vésicatoire sur la cicatrice qui l'avait remplacée. Si les accidens survenus paraissaient même exiger une très-prompte médication, sous ce rapport , l'ustion de la cicatrice avec un fer rougi au feu ou avec l'eau bouillante, devrait être mise en usage.

Mais ce n'est pas assez pour le chirurgien de faire disparaître les ulcères il doit encore mettre les malades à l'abri des récidives auxquelles les exposent souvent l'étendue et la faiblesse des cicatrices; à cette fin , il doit conseiller beaucoup de ménagemens dans l'usage de la partie qui a été affectée et des ménagemens d'autant plus grands que l'époque de la guérison complète est moins éloignée. En outre, le membre sera entouré d'un bandage roulé ou mieux encore d'un bas lacé , si l'ulcère affectait les membres inférieurs. Ces précautions sont plus de rigueur encore chez les individus affectés de varices que chez les autres.

Des ulcèrf.s en particulieb. Nous avons restreint de beaucoup, comme on l'a vu précédemment, le cadre des difTerens ulcères ; nous ne reviendrons pas sur les motifs qui nous ont déterminé dans cette réforme; nous en reconnaissons de sept espèces : Les ulcères entretenus par la débilité ; ceux qui dépendent, au contraire , d'une surexcitation iiiflammatoire ; les ulcères produits par la gêne de la circulatiori , par la présence d'un corps étranger j par une altération osseuse ou tendineuse voisine ; ceux enjin (jui reconnaissent pour cause j la syphilis ou les scropliules.

1°. Ulcères aïoniques. Nous ne rangeons dans cette classe que les ulcères scorbutiques et ceux qui, sans être entretenus par la même cause que les précédens , sont cependant dus comme eux, à une faiblesse générale du sujet. La plupart des ulcères dits atoniques des extrémités inférieures ne sont rien moins qu'atoniques , ils dépendent simplement d'une gêne dans la circulation, comme nous le verrons un peu plus loin.

Les ulcères atoniques proprement dits sont faciles à reconnaître à l'aspect livide de leurs bords , au décollement que ceux-ci présentent le plus souvent dans une étendue variable , à la nature séreuse et grisâtre de la suppuration qu'ils fournissent , à l'aspect violacé, fongueux de leur surface, et au peu de tendance qu'ils ont à se fermer , même lorsque le membre affecté est placé dans la position la plus favorable.

Le dernier caraclère établit une différence remarquable et facile à saisir entre les ulcères réellement atoniques et les ulcères des jambes que l'on a si improprement confondus avec les premiers. Ceux-ci , en effet, entretenus par la gêne de la circulation qui résulte pour les jambes de la position verticale , s'améliorent immédiatement, et montrent une tendance marquée vers la cicatrisation, dès que les parties affectées sont mises dans une position horizontale.

On distingue facilement les ulcères scorbutiques des ulcèies atoniques d'une autre espèce , parce que les premiers fournissent du sang en abondance , et que d'ailleurs ils coexistent avec d'autres symptômes du scorbut, tels que des ecchymoses dans diverses régions du corps , le gonflement des gencives , etc.

On comprend que les ulcères aïoniques paraissent graves de leur nature , puisqu'ils sont la traduction extérieure d'un état général qui offre des dangers; mais cette gravité ne leur appartient pas, elle est bien plutôt le propre de la cause qui les entrelient.

Modifier l'économie par l'administralioii de préparations toniques et fortifiantes , exciter la surface de l'ulcère par des applications excitantes et par des cautérisations ménagées : tel est le secret du traitement des ulcères qui nous occupent. Nous mettrons cependant une condition à l'administration des foulques à l'intérieur, chez les individus affectés d'ulcères atoniques, savoir que les voies digestives soient exemptes de phlogoses : eu effet , quelquefois il en est

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ofremcnt, la débilité générale et l'ulcère, par conséquent , dépendent précisclent de cette plilogose. Dans ce cas , c'est à combattre cette affection que le hirurgien doit s'attacher dans le traitement général. Toutefois cette circonance ne doit, en aucune façon , engagera rejeter les[applica tiens stimulantes sur 1 surface de l'ulcère ; au contraire , une excitation extérieure a souvent été doulement utile à 1» solution de continuité et à la pbleginasie qui l'entretenait. Nous ne parierons pas ici de la médication particulière qui convient aux ulcè- ;s scorbutiques ; tout a été dit à cet égard à l'article scobbut. Dans les autres Icères afoniques, lorsque les bords sont décollés, pour peu que cette compliilion soit prononcée , il est important de la détruire à l'aide d'une petite opéition, l'excision des bords de l'ulcère avec des ciseaux recourbés sur le plat et ortés sur eux en décollant. Du reste , cette opération , révèle bien cette vérité, ne le décollement n'est qu'une complication et point la cause de ces ulcères ; ir, après elle , si la débilité a été suffisamment combattue par le traitement înéral, l'ulcère se cicatrise promplement, tandis qu'il reste stationnaire ou éme ses bords se décollent de nouveau, si le traitement général a jusque-là ;é insuffisant.

2°. Ulcères inflammatoires. L'inflammation sans laquelle l'agglutination des Jrds d'une solution <le continuité est impossible , empêche aussi parfois cette jglutinalion , et produit des ulcères d'une physionomie particulière. L'inflaraation , en effet , a plus d'un degré. A un degré assez peu élevé, elle produit de

matière plastique pure, et permet l'agglutination immédiate ; à un degré lus avancé, elle donne naissance aux bourgeons charnus et à la sécrétion purunte,etne permet qu'une agglutination secondaire; enfin, plus intense encore, le produit sur la surface qu'elle affecte, des bourgeons cellulo-vasculaires Lubérans, de véritables Jongosités , et un fluide séro-purulent qui constitue

sanie des ulcères.

Le contact prolongé de l'air sur une plaie, un appareil peu convenablement )pliqué, des topiques irritans employés d'une manière prématurée ou sans esure, peuvent élever l'inflammation de la surface d'une solution de continuité squ'au troisième degré que nous venons de signaler; une plilogose ou un mple état saburral des voies digestives , ont aussi parfois produit le même réiltat ; et ce n'est pas chose peu curieuse pour le pathologiste , de voir la même fection intestinale réagir de deux manières sur les ulcères, rendre ceux ci atoques et ceux-là inflammatoires; mais, hâtons-nous de le dire, il n'y a que >ntradiction apparente dans la marche de la nature, en ces circonstances oppoes ; la constitution particulière des sujets, et probablement aussi le degré de iflection principale établissent ces variétés.

Les ulcères inflammatoires soiit très-douloureux, le moindre contact suffît our y développer la plus vive sensibilité ; leurs bords sont d'un rouge vif jusj'à une distance plus ou moins grande; leur surface est grise , saignante; les ngosités en sont peu élevées ; la suppuration qu'ils fournissent est rare ou trèspondante, elle est séreuse ou scro-sanguinolente , elle s'altère avec une grande ipidité, et acquiert une odeur très-fétide.

A moins que les ulcères inflammatoires ne soient entretenus dans cet état [ir une phlogosedes premières voies , ils guérissent très-promptement; ce sont s ulcères les plus simples ; des moyens antiphlogisliques locaux suffisent pour lire descendre leur inflammation d'un degré ^ et pour les ramènera la condion d'une plaie simple qui suppure.

!Le malade affecté d'un ulcère inflammatoire sera mis au repos dans la posilon horizontale ; on diminuera la quantité de ses alimens; on lui ordonnera ES boissons adoucissantes et des lavemens ; on appliquera des cataplasmes noUiens ou des fomentations de même nature sur la solution de continuité ji'il porte ; et s'il est jeune et pléthorique , on fera précéder d'une saignée du |"as l'emploi de ces différens moyens.

13°. Ulcères entretenus par une gêne de la circulation. La simple position , Je pression exercée sur les vaisseaux , et des varices , peuvent gêner la circula- Ion d'une partie du corps et causer ou entretenir des ulcères. La position verpale apporte de la gêne au retour du sang veineux et de la lymphe vers le tronc ,

seule elle suffit , comme la pratique des hôpitaux le révèle tous les jours, >ur s'opposer d'une manière opiniâtre à la cicatrisation de la plaie la plus sim-

e , et pour la transformer en un ulcère. La pression exercée sur les vaisseaux du jissin et de l'abdomen , chez les femmes enceintes, transforme en ulcères les [aies qui sont infligées aux extrémités inférieures dans ces circonstances ; et la -euve que la gêne de la circulation était la seule cause de la maladie, c'est |i'après l'accouchement, la guérison s'obtient avec la plus grande facilité. Les irices agissent exactement comme les causes précédentes dans la production bs ulcères : en effet, l'élargissement des veines , la faiblesse des parois de ces liisseaux , rendent la circulation centripète fort difficile dans les parties qui pré- 'ntent ces tumeurs vasculaires.

Les ulcères qui sont entretenus par la gêne de la circulation locale sont rejarquables avant tout par leur apparence sordide; la partie qui les entoure est

siège d'une couleur violacée et d'un engorgement pâteux considérable ; des lillosilés plus ou moins élevées ,plus ou moins tuberculeuses .suivant l'ancienij^té variable de l'ulcère, se réunissent à l'engorgement précédent pour donner jcelui-ci une disposition enfoncée ; l'ulcération elle-même est grise , couverte ^ fongosités saillantes qui saignent au plus léger contact ; la suppuration est jiujours abondante , ichoreuse et fétide ; les douleurs sont presque nulles , et Ijs malades en sont si peu tourmentés , qu'ils continuent à se livrer à leurs tral|ux ordinaires, jusqu'au moment où l'ulcère , ayant fait des progrès efTrayans, l'eillc leur attention sur la nécessité d'y apporter remède. liLes ulcères entretenus par la gêne de la circulation , ont plus que les autres

j{ DiCT. DE MÉDECIHE ET DE CaiRtlRGlE PRATIQUES.

une tendance continuelle à s'accroître : nous en avons vu quelques-uns détruire circulairement la peau de toute la jambe. On ne saurait cependant méconnaître que les callosités des bords de ces ulcères ne soient en quelque sorte un moyen employé par la nature pour mettre obstacle à cette marche fâcheuse. Du reste , ces ulcères sont beaucoup plus communs aux membres inférieurs que partout ailleurs.

Que des varices ou qu'une pression exercée sur les vaisseaux centripètes d'une partie soient les causes de l'un dos ulcères qui nous occupent, le premier soin à apporter dans leur traitement consiste à faire placer les malades dans le repos et dans la position horizontale, surtout si, comme il arrive presque toujours, l'ulcère siège aux membres inférieurs. Ensuite les antiphlogistiques sont nécessaires pour fondre les callosités épiderniiques qui abondent dans ces cas , comme nous l'avons dit ; mais on ne doit pas continuer leur emploi au-delà de deux ou trois jours.

Après l'époque qui vient d'être indiquée , la compression est la méthode thérapeutique qui est ici le plus justement préconisée. Ce sont surtout les ulcères entretenus par la gêne de la circulation qui s'accommodent le mieux de l'application des bandelettes agglutinatives , et ce sont eux aussi que M. R. Parise a principalement conseillé de panser avec une plaque de plomb soutenue par une compression extérieure suffisante.

Depuis long-temps on a abandonné l'excision des callosités qui abondent autour des ulcères qui nous occupent. Cette douloureuse opération n'avait pas seulement l'inconvénient de ne pas s'adresser à la cause de l'ulcère , et d'être inutile pour la guérison de celui-ci; elle agrandissait encore la solution de continuité de toute la surface à laquelle s'étendait l'altération cutanée.

L'ablation, la section ou la ligature des veines variqueuses dans ceux des ulcères dont les varices sont la cause spéciale , commencent aussi à tomber dans l'oubli; les recherches de notre époque sur la phlébite et ses graves conséquences ont frappé ces opérations d'une réprobation méritée. Du reste, qu'on ne s'y trompe pas, la section ou la ligature des veines variqueuses peuvent bien momentanément faire disparaître l'ulcère et les varices qui l'entretenaient ; mais elles ne mettent pas plus que 1>'S autres agens thérapeutiques à l'abri de la récidive. L'oblitération des troncs transporte bientôt la circulation centripète dans les veines secondaires , qui se dilatent d abord simplement , et qui ne tardent pas à devenir variqueuses , ainsi que nous l'avons directement observé.

4°. Ulcères entretenus par un corps étranger. Ces ulcères sont, à vrai dire , des ulcères inflammatoires ; car tel est le mode d'action des corps étrangers qui séjournent au sein de nos parties , qu'ils les irritent , les enflamment et les ulcèrent. Il est fort rare que ces corps se bornent à produire autour d'eux une irritation simplement plastique , de laquelle résulte un kyste qui leur sert de barrière, qui les isole de l'organisation en quelque sorte , et qui empêche leur action nuisible.

Quoi qu'il en soit , la cause particulière de l'inflammation dans les ulcères qui nous occupent , et plus que cela la thérapeutique toute spéciale que cette cause réclame, mettent ces ulcères dans une catégorie distincte.

Il n'est pas toujours aisé de reconnaître exactement la cause qui entretient les ulcères entretenus par un corps étranger, d'autant plus, nous le répétons, que ces ulcères ont la plus grande analogie avec les ulcères inflammatoires. Les circonstances commémoratives, le cathétérisme des sinuosités de la solution de continuité et son état réfractaire aux moyens antiphlogistiques , peuvent seuls éclairer le diagnostic. Récemment nous avons donné des soins à un vieux militaire, qui portait depuis trente ans, à la jambe, un ulcère suite d'un coup de feu, que plusieurs chirurgiens avaient déclaré incurable , et contre lequel avaient effectivement échoué plusieurs traitemens en apparence très-méthodiques. En parcourant du doigt la surface de cet ulcère , nous sentîmes un jour une saillie couverte de fongosités ; nous portâmes un stylet sur ce lieu , pour constater l'état des choses ; nous éprouvâmes, en percutant, l'impression qui résulte du choc de deux corps métalliques ; nous incisâmes sur ce point et nous retirâmes un fragment de fer irrégulier . un morceau de mitraille, qui s'était logé dans le périoste du tibia et qui irritait les parties voisines. A partir de ce moment, cet ulcère s'améliora promptement et la guérison ne se fit pas attendre.

Les ulcères entretenus par des corps étrangers, en effet, ne présentent qu'une indication thérapeutique spéciale, l'ablation de ces corps. Après cette opération , qui doit être faite avant tout , la solution de continuité est réduite à la condition d'une plaie ancienne qui ne demande qu'à se cicatriser, et qu'il importe de placer pour cela dans les conditions les plus convenables.

5°. Ulcères entretenus par une altération osseuse ou tendineuse voisine. Ces ulcères ont beaucoup d'analogie dans leur essence avec les précédens; car» dans l'un et l'autre cas, un corps étranger est la cause déterminante. Ici seulement ce corps étranger ne vient pas du dehors ; il est le résultat de la destruclion par la carie , la nécrose ou l'exfoliation , d'os ou de tendons plus ou moins éloignés.

On n'attend pas de nous, sans doute, que nous donnions ici la description des ulcères qui viennent d'être définis: leur histoire , en effet , appartient à celle delà carie, de la nécrose et de l'exfoliation; disons seulement qu'ils sont remarquables parles fongosités, quelquefois en ciiZ-t/e-^ou/e, qui recouvrent leur surface, que le plus souvent ils sont fistuleux ; que la suppuration qu'ils fournissent est séreuse plutôt que fétide, et qu'enfin en parcourant leur surface ou leur trajet avec un stylet, on arrive toujours en définitive sur un os ou sur un tendon.

L'état fongueux des ulcères qui nous occupent, est un de leurs traits les plus

ULCÈRE

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caractéristiques; il suffit souvent au praticien exercé pour qu'il établisse alors son diagnostic de la manière la plus positive. C'est surtout à la paume des mains et à la plante des pieds que l'on observe ceux des ulcères qui nous occupent auxquels donne naissance une altération tendineuse ; les diverses variétés du panaris en sont fréquemment la cause ; les aponévroses plantaire et palmaire peuvent également s'exfolier dans certains cas , et devenir l'occasion du développement d'ulcères du même genre dont le diagnostic exactes! parfois fort difficile.

Attaquer la carie par les moyens locaux qui ont été indiqués dans la description de cette maladie; enlever le produit de la nécrose, lorsqu'il est séparé des parties osseuses encore douées de la vie ; extraire les portions tendineuses ou aponévrotiques frappées d'exfolialion : tel est au fond tout le traitement des ulcères qui nous occupent. Ces premières conditions remplies, on n'a plus affaire qu'à des plaies suppurantes dont la cicatrisation est prompte et facile ; mais jusqu'au moment où l'extraction des parties altérées est chose possible, il faut empêcher que la suppuration ne séjourne dans les sinuosités de l'ulcère, et, pour cela, y faire des injections détersives. On doit aussi réprimer un peu les fongosités exubérantes avec le nitrate d'argent ; mais il ne faut pas s'attendre à faire cesser tout-à-fait l'état fongueux qui est un des caractères de ces ulcères, cet état ne doit disparaître qu'avec la cause de la maladie.

6°. Ulcères syphilitiques. L'histoire des ulcères syphilitiques appartient à celle de la maladie vékérieinue (coj ez cet article ), par conséquent nous avons peu de chose à en dire ici ; ils constituent un des symptômes les plus communs de cette triste affection ; on les désigne le plus souvent sous le nom de chancres.

Les ulcères syphilitiques peuvent être pris d'emblée, ou bien succéder à une afi'ection ancienne , dont les premiers symptômes avaient disparu ; aussi les a-t on distingués en prirnilifs et en consécutifs. Le fait des ulcères vénériens consécutifs est un de ceux qui établissent le mieux que la syphilis est le produit de l'introduction d'un agent délétère dans l'organisation , d'un vice, d'un virus, comme on voudra l'appeler , qui sévit d'abord localement , et qui, après une sorte d'incubation plus ou moins prolongée , porte au loin ses ravages sur d'autres organes.

La gorge , les fosses nasales sont les points sur lesquels paraissent le plus souvent les ulcères syphilitiques consécutifs , tandis que les organes génitaux sont les lieux ordinaires des ulcères primitifs.

Les caractères communs des ulcères syphilitiques ne sont pas tout-à-fait tranchés , comme le pensent quelques personnes ; des ulcères qui dépendent d'une cause différente ont souvent avec eux la plus grande analogie. Cependant, en général, les ulcères syphilitiques sont ronds ; leurs bords sont violacés , durs, élevés et taillés à pic; leur surface est enfoncée et grisâtre ; la .suppuration qu'ils fournissent est sanieuse et peu abondante. Les circonstances commémoratives , la position de ces ulcères dans les lieux où ils se manifestent ordinairement, aident beaucoup le diagnostic ; mais on doit en convenir, dans certains cas où les malades ont intérêt à farder la vérité , il peut régner une obscurité désespérante sur la nature de la maladie.

Pour dissiper les doutes, on a conseillé depuis long-temps de couvrir la solution de continuité avec de l'onguent napolitain; si l'ulcère est amélioré par cette application , nul doute, a-t-on dit , qu'il ne soit syphilitique, le mercure est la pierre de touche de tout ce qui appartient à celte maladie. Toutefois aujourdhui, nous nous garderions d'une semblable conclusion, car l'observation nous a révélé que l'onguent mercuriel a des propriétés excitantes qui le rendent favorable à des ulcères bien diderens de ceux qui nous occupent ici.

Un autre genre d'exploration un peu plus sérieux , et au([uel on ne peut cependant pas soumettre tous les malades , consiste à inoculer la sanie qui s'écoule de la surface de l'ulcère sur un point du corps un peu éloigné de celui-là ; si l'inoculation réussit , si un chancre apparaît dans le lieu où la sanie a été portée , la maladie est, dit-on, vénérienne. On ne doit pas attacher une grande importance à cette manière de fonder son diagnostic , et cela pour plusieurs raisons : la première, parce qne l'inoculation a quelques dangers; ainsi nous avons vu à l'hôpital de la Pitié , un ulcère très vaste et très-rebelle , qui avait succédé à cette pratique; la seconde, parce que tous les malades ne veulent pas s'y soumettre ; la troisième , parce que jusqu'ici on n'a pu reproduire ainsi que les ulcères primitifs; la quatrième , enfin , parce que nous ne sommes pas convaincu que l'inoculation ne puisse pas engendrer d'autres ulcères que les ulcères syphilitiques.

Les ulcères syphilitiques varient beaucoup sous le rapport des dimensions; il en est de très-petits ; d'autres , au contraire, acquièrent promptement une très-grande surface. Ceux-ci paraissent stationnaires , ceu.x là font des progrès incessans , et détruisent devant eux les parties qu'ils envahissent. Quelquefois aussi les ulcères syphilitiques déterminent autour d'eux une vive inflammation qui se termine promptement par la gangrène; nous avons donné des soins à un jeune homme qui eut ainsi le gland frappé tout entier de sphacèle , et chez lequel le mal ne se borna que difficilement, sous TmAuence d'une profonde cautérisation avec le nitrate acide de mercure.

Le traitement des ulcères syphilitiques se compose de deux parties , ou comporte deux médications : 1° combattre les accideus inflammatoires j 2° détruire le principe qui fait le caractère spécial de la maladie.

D'après ce que nous avons dit en commençant, la cause syphilitique restant dans une sorte d'mcubalion locale pendant un certain temps , il semblerait que les moyens propres à combattre cette cause dussent être employés des l'abord, et qu'alors leur action seule sur le lieu ulcéré dût sufhre à la guérison radicale; cette méthode effectivement a été conçue et essayée par notre confrère le doc-

teur Ratier ; mais elle n'a malheureusement pas répondu à l'attente des praticiens ; nous-même nous l'avons mise en usage sur un étudiant qui n'a pas moins éprouvé plus tard des symptômes constitutionnels, qui ont exigé l'emploi des préparations anlinioniales.

Les antiphlogistiques locaux et généraux qui conviennent pour combattre l'élément inflammatoire des ulcères syphilitiques, ont souvent réussi à faire disparaître ces ulcères ; mais peuvent-ils assurer contre les chances d'accidens consécutifs ? Ce n'est pas tout-à-fait notre avis. Sans doute un certain nombre de faits paraissent favorables à cette opinion ; mais en revanche aussi il en est beaucoup d'autres qui établissent la doctrine opposée d'une manière tellement positive, qu'il faudrait être aveugle pour ne pas l'adopter en partie. Tout n'a pas encore été dit, comme on le voit, sur cette importante question; c'est à l'observation ultérieure qu'il importe de dissiper tous les doutes , toutes les incertitudes ; mais qu'on se garde aujourd'hui d'adopter exclusivement l'une ou l'autre des manièi es de voir que nous avons formulées ; ce serait aller évidemment au-delà des faits que nous présente l'état actuel de la science.

Quant aux moyens que la thérapeutique nous fournit pour annihiler le vice syphilitique , moyens bien clairement indiqués quand il s'agit d'ulcères consécutifs , et dont la nécessité parait moins urgente dans les cas d'ulcères primitifs, ils n'offrent rien de particulier , rien qui n'ait été dit à l'article syphilis, auquel nous renvoyons à cet effet.

1 °. Ulcères set ophuleux. Il en est des ulcères scrophuleux comme de ceux qui naissent sous l'uifluence du viius syphilitique. Leur histoire n'appartient presque pas à cet article, elle a été tracée tout enlière à l'article sckophules ; aussi ce que nous en dirons ne doit-il être considéré que comme un complément de ce qui a été exposé précédemment.

Les ulcères scrophuleux affectent presque indifféremment tous les points du corps , la région cervicale seule fait exception , elle les présente un peu plus souvent que les autres. Jamais ou presque jamais ces ulcères ne commencent par la peau ; toujours, au contraire, ils succèdent à une induration du tissu cellulaire sous-i;utané ou de quelques ganglions lymphatiques superficiels, m\ duration tuberculeuse, qui ne tarde pas à subir l'état de raniollissement, et se transformer en un abcès qui s'ouvre au-dehors un peu plus tard, après ay aminci et décollé la peau voisine.

Les ulcères scrophuleux ont généralement leurs bords formés par une pea^ violacée , amincie , dénudée dans une certaine étendue, et, en quelque sorte j privée de vie ; ils sont appuyés sur une base dure, souvent tuberculeuse ; leui surface est grise et fongueuse ; la suppuration qui s'en écoule est séreuse ét acide, quelquefois elle entraine des grumeaux plus ou moins marqués de matière tuberculeuse incomplètement ramollie.

Rarement les ulcères scrophuleux existent isolés. Ils varient beaucoup dans leurs dimensions. Du reste , il est toujours aisé de les reconnaître aux caractères que nous venons de retracer, et aux signes généraux de la constitution scrophuleuse.

Le traitement des ulcères scrophuleux n'offre que peu de choses quisoient particulières à ces symptômes de la maladie scrophuleuse.il est évident d'abord que le traitement local ne convient pas seul aux malades qui en sont affectés ; car ces ulcères sont toujours la traduction d'une affection générale de l'économie. Toutefois c'est exclusivement de leur traitement local que nous devons nous occuper ici.

Les ulcères scrophuleux ont rarement besoin des applications antiphlogistiques, ou plutôt ces moyens leur sont constamment conlraires , ils ne conviennent qu'aux complications inflammatoires qui peuvent parfois survenir. Les topiques excitans , les lotions sulfureuses, chlorurées, les applications merciirielles, etc. , sont les modificateurs les plus puissans de ces ulcères et les plus justement accrédités ; la cautérisation avec le nitrate acide de mercure est aussi employée avec avantage pour augmenter la vitalité de leur surface.

L'excision des bords décollés des ulcères scrophuleux doit êtrepratiquéeda^ quelques cas ; mais il ne faut pas se hâter d'en venir à cette extrémité ; car oil voit bientôt un décollement nouveau se manifester, et l'opération demeurer inutile. Le moment favorable qu'il faut saisir, est celui où la cause scrophuleu.se parait sinon détruite , au moins considérablement atténuée par les moy ens généraux et locaux qui ont été mis en usage.

Les cicatrices qui succèdent aux ulcères scrophuleux laissent des marques indélébiles, non-seulement en raison de la perte de substance que les légumens ont subie, mais aussi à cause de l'alléralion profonde de la peau des environs- Lorsque le sujet est encore sous rinfluence du virus scrophuleux et lorsque la cicatrice qu'il porte est de récente formation, elle a une teinte bleuâUe j elle présente une couleur d'un blanc mat dans les circonstances opposées.

La difformité qui résulte des cicatrices scrophuleuses apparentes, et la juste répugnance qu'elles font éprouver pour les personnes qui les portent, ont suggéré l'idée de les faire disparaitre, en les extirpant avec l'instrument tranchi^nt. Celte- ablation peut être pratiquée avec avantage dans certains cas ; mais on se tromperait si l'on croyait son succès toujours assuré. En effet, pour peu que l'éconoinie soit encore infectée par la cause scrophuleuse , on court le risque , après avoir enlevé une cicatrice de cette espèce , d'en voir reparaître une autre presque aussi difforme et plus étendue que la première.

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UPAS TIEUTE.

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( PH.-FnÉD. BlAKDin. )

UPAS AÎÎTIAR (loxicologie) ou oupas , qui veut dire poison ; ipo , bolion , boom , pohon-upas j suc gommo résineux , qui s'écoule d"un grand arbre de la famille des utricées qui croit à Java : il est blanc dans les jeunes branches, jaunâtre dans le tronc et très-visqueux dans l'écorce ; il noircit en séchant, perd ses propriétés s'il est exposé à l'air, et les conserve s'il en est abrité. MM. Pelletier et Caventou l'ont trouvé composé d'une résine élastique , ayant apparence du caoutchouc , inais qui en dillère par ses propriétés ; d'une matière gommeuse et d'une substance amère soluble dans l'eau et dans l'alcool , dans aquelle résident ses propriétés délétères et qui pourrait être un nouvel alcali végétal. {Annales de chimie el de physique , t. xxvi , pag. 44. )

Les effets toxi(iues de ce suc ont été étudiés par MM. Delile , Magentlie et 3rfila , en Europe , et HorsQeld , à Java : il est délétère pour tous les animaux, •nais à un degré moindre que l'upas tieuté. Huit gouttes injeclées dans la veine ugulaire d'un cheval l'ont tué en une minute et demie. Un grain et demi a fait )érir un jeune chien en quatre minutes. 11 est très-facilement absorbé par les Diaies ; aussi les naturels du pays s'en servent-ils pour empoisonner leurs flèhes. L'absorption est beaucoup moins rapide par les voies digestives. 11 imène la mort par une aspliyxie , précédée de plusieurs attaques tétaniques rès-violentes. MM. Deschamps et Eschenault nous l'ont fait connaître.

^ ( Alph. Devergie. )

UPAS TIEUTE (toxicologie). Ce poison se trouve dans le siij chnos tieuté , fcgélal grimpant, ligiieux, qui existe dans les montagnes de 1 ile de lilambanang, où il se nomme tshiliik .-il a été rapporté de Java par M. Eschenault. our le préparer , les naturels du pays épuisent l'écorce de ce végétal par des lécoctions répétées qu'ils rapprochent sous la consistance d'extrait : il est com- •osé , suivant MM. Pelletier et Caventou , de strychnine , unie à un acide et à eux matières colorantes.

Ses effets toxiques sont très-grands. Il résulte des expériences du professeur dayer , de Bonn , qu'employé soit à l'extérieur , soit à l'intéi leur , il développe les accès tétaniques très-forts , paralyse l'action du cœur et porte principaleaent son influence sur la moelle. Suivant lui , l'écorce pulvérisée duvcgctal qui it fournit produirait plus de raideur et de paralysie , et moins de contractions pasmodiques que les préparations aitiGcii^Ues. Parmi celle-ci l'extrait alcooque serait la plus délétère. Ainsi la décoction de l'arbre aurait ainené la mort n deux heures vingt-deux minutes ; la racine en quarante minutes ; l'extrait ommeux en neuf ; l'upas , préparé h la manière des sauvages , en sept ; l'extrait queux en six ; et l'extrait alcoolique en quatre (JownaL de chimie médicale , Dm. VI, pag. 593 ). HorsQeld pense, au contraire, que son action se porte 3ut entière sur le cerveau et sur ses annexes, tandis que celle de l'upas antiar rait tout entière dirigée sur les organes de la circulation de la poitrine et de abdomen, dont les vaisseaux se distendraient outre mesure. Le premier, suint lui , foudroie le système nerveux; le second détruit l'équilibre du système jsculaire. Quoi qu'il en soit, voici le tableau que M. Orfila a dressé, dans sa oxicologie , des phénomènes que présentent les chiens qui sont sous l'influence e ce poison. Lorsqu'on-couvre d'upas tieuté des morceaux de bois du volume et la forme d'un tuyau de plume onlinaire, qu'on laisse desséciier l'extrait à leur irface et qu'on les enfonce dans les muscles de la cuisse d'un chien , on marque qu'au bout de deux ou trois minutes, l'animal éprouve un malaise ;néral et cherche les coins de l'appartement. Presque aussitôt après, lous les uscles du corps se contractent , la colonne vertébrale se reiiresse et les pattes ilérieures quittent un moment le sol. Cette contraction n'est qu'instantanée ; nimal est calme pen lant quelques secondes ; alors une nouvelle contraction nérale a lieu : elle est plus marquée que la première et se prolonge davange. Le redressement de la colonne vertébrale est plus sensible, la respiration célérée ; les accidens cessent subitement ; la respiration se ralentit, et l'animal irait comme étonné. A ce caliuc qui nt dure guère qu'une minute succède de )Uveau une forte contraction générale ; les pattes antérieures , raides et rap- 'Ochées , se portent en arrière; la respiration est très-accélérée , la colonne Ttébrale redressée et la tête fortement portée en haut et renversée sur le cou. s thorax n'étant plus soutenu , l'animal , menacé d'une chute , marche rapiment sur ses extrémités postérieures pendant qu'une contraction plus tense se manifeste ; les muscles de l'épine soulèvent la poitrine et la tète; les ttes postérieures deviennent raides et immobiles ; l'animal tombe d'abord r la mâchoire inférieure et ensuite sur le côté. Alors il présente un tétanos mplet avec immobilité du thorax et cessation de la respiration ; la langue les gencives, d'une couleur violette, ne tardent pas à annoncer l'asphy.\ie. tétat continue une minute ; puis le tétanos disparaît subitement, et l'asyxie peu-à-peu, à mesure que la respiraliou se rétablit. Pendant ces accès,

l'animal conserve l'usage de ses sens et du cerveau. Ce n'eU que lorsque l'asphyxie est portée au plus haut point que l'action de ces organes commence à s'affaiblir. Survient ensuite une contraction générale semblable à une secousse galvanique, et la mort se manifeste. L'état intérieur des organes prouve que l'animal a succombé à l'asphyxie. Du reste , les expériences de MM. Delile , Magendie et Orfila , coïncident toutes dans leurs résultats.

Ce poison n'existant pas en Europe , on n'aura probablement pas occasion de traiter ses effets; mais les seuls secours que l'on pourrait apporter dans un cas d'empoisonnement consisteraient dans la provocation du vomissement, si le poison avait été introduit par restomac. Dans les autres cas , ses effets ne pourraient ^pas être combattus. (Alph. Devergie.)

UREE. Principe immédiat de l'urine de f homme, des quadrupèdes, et peutêtre de lous les animau.x, indiqué par Rouelle , mieux connu par Fourcroy et 'Vauquelin, qui, les premiers, l'ont appelé urée, obtenu plus pur par MM. Berzelius et W. Prout , et, enfin, désigné sous le nom de néphrine , par Thomson. A l'état solide et pur, ce corps cristallise en aiguilles prismatiques allongées blanches , transparentes , légèrement nacrées , inodores , d'une saveur qui rappelle celle du nitre, et nullement celle du liquide qui les fournit. L'urée ne change pas les couleurs bleues végétales , mais ramène au bleu le tournesol rougi par un acide ; elle ne s'altère point à l'air sec , se dissout bien dans l'eau et l'alcool , est insoluble dans l'éther et l'essence de térébenthine, se combine avec l'acide nitrique, et forme ainsi un nitrate d'urée; exposée au feu , l'urée dégage beaucoup de carbonate d'ammoniaque et une vapeur huileuse. L'urée modifie la cristallisation des sels d'une manière remarquable : elle rend octaédrique la forme cubic|ue de l'hy drochlorate de soude , et donne, au contraire aux octaèdres de l'hydrochlorate d'ammoniaque la forme cubique. L'urée contient beaucoup d'azole; M. 'Voehler la regarde comme un cyanatc d'ammoniaque.

Ce principe , éminemment animalisé, se rencontre , dit-on , dans le san" des animaux , auxquels on a fait l'extraction des reins. 11 en résulterait que ces organes sépareiaient seulement l'urée du sang et ne la formeraient pas.

Pour l'obtenir pure, on mêle partie égale d'urine , réduite en consistance sirupeuse et d'acide nitrique ou azotique à 24° ; on entoure le mélange de glace, il se précipite des cristaux de nitrate d'urée ; on lave ces cristaux à froid, puis on les fait égoutter et on les dessèche avec du pajiier joseph ; on les dissout dans l'eau , on fait digérer la liqueur sur du charbon animal , et l'on décompose le nitrate avec du carbonate do potasse; on évapore le liquide filtré, à une douce chaleur, presque à slccité ; ou traite le résidu par de l'alcool pur, celui-ci dissout seulement l'urée ; on concentre la disaolution alcoolique et l'urée cristallise ; si elle était colorée , on la ferait cristalliser de nouveau en se servant eu même temps de charbon animal et d'alcool.

Injectée dans les veines, M. Segalas a reconnu que l'urée n'a pas d'autre action sur l'économie que celle qu'elle exerce sur le système urinaire , dont elle augmente la sécrétion. Cette propriété diurcti((ue de l'urée a été reconnue par le professeur Fouquier , qui a inutilement essayé d'employer cette substance contre le diabétès sucré. La malailic, en effet, n'en a éprouvé aucune modification , quelque ralionnels qu'aient été ces essais. Nous avons constaté sur deu.ï malades les effets diurétiques de l'urée, donnée à la dose d'un scrupule à un demi-gros dans quatre onces de julep béchique. Nous avons de plus observé chez nos malades, que cette substance jouit d'une action sédative de la circulation.

L'un de ces malades était un homme de vingt-hisit ans , atteint, depuis deu.'ï mois à-peu-près, d une ascite occasionnée par une irritation du péritoine que de nombreuses ventouses mouchetées appliquées sur l'abdomen avaient calmée La sérosité était en partie résorbée lorsque le malade prit l'urée. Son pouls qui avait été abaissé de soixante-seize battemens à soixante-quatre , par l'usage de la dijiitale , resta à ce dernier nombre pendant huit jours. Or le pouls ne conserve ordinairement sa rareté que pendant trois ou quatre jours , lorsque l'on cesse l'usage de la digitale; on peut donc attribuer à l'urée la plus lon-^ue persistance de l'abaissement du pouls. L'exemple suivant sera d'ailleurs plus remarquable. La quantité de sérosité abdominale était très-peu considérable chez ce malade; celle de l'urine augmenta seulement d'un quart.

Notre autre malade était une couturière de la campagne , âgée de vinit-deux ans, bien réglée , et alleclée , depuis plus de deux ans, d'une énorme ascite survenue à la suite d'un refroidissement, et sans douleurs abdominales. L'irritabilité de la membrane muqueuse intestinale repoussait l'usage des puro^alifsla température du mois de novembre, peu favorable à la transpiration , s'opposait à l'emploi des sudorifiques, les diurétiques étaient indiqués. Le pouls de cette malade donnait soixante-quatre battemens, lorsqu'elle prit l'urée 'a la tlosc d'un scrupule , en même temps que nous la privâmes presque entièrement de l'usage des liquides. Le second jour, le pouls ne donnait plus que quarante-six battemens , et la quantité de l'urine s'était élevée à plus de deux litres. Donnée pendant quatre autres jours à la dose d'un demi-gros , l'urée continua ses effets sur la circulation, mais l'augmentation dans la sécrétion urinaire ne se soutint pas au degré où elle s'était élevée d'abord . Le manque d'urée nous empêcha d'augmenter les doses et nous força d'abandonner nos essais. En quatre jours le pouls de la malade revint à ses soixante-quatre battemens. '

Ainsi, outre ses propriétés diurétiques , l'urée jouirait, comme la digitale de la faculté de rendre le pouls plus rare. Ou pourrait donc, dans le cas où ce résultat se répéterait souvent, substituer 1 liroe à la digitale , lorsque celle-ci occasionne des nausées, et que l'on désire diminuer le nombre des battemens du cœur, car l'urée n'a point d'action sensible sur le canal intestinal.

URÉTHROTOMIE.

On peut donner l'urée en solulion dans quatre ou huit onces d'eau édulcorée, à la dose d'un scrupule , jusqu'à un ou plusieurs gros , en trois ou quatre fois dans les vinst-qualre heures. (Martin Solon.)

URETHRE. s. ni. Urethra , cxip-tiOf.a. Canal excréteur de l'urine. Entouré à son origine vésicale, chez l'homme , par lu prostate, et divisé en trois portions (lès-distinctes, l'urèlhre est beaucoup plus court, et d'une organisalion plus simple chez la femme. 11 a d'ailleurs des dimensions et oflre des particularités de structure qu'il importe de bien connaître avant de porter dans sa cavité aucun des instrumens destinés à le parcourir, ou le dilater, ou à intéresser la substance de ses parois ( voyez Réthécissement). Les imperfections congéniales d'organisation de ce canal , sont beaucoup plus fiéquentes chez l'homme qiiechez la femme. Tantôt il manque presque entièrement , et s'ouvre au périnée ou au niveau du scrotum , dont les deux moitiés rétractées figurent assez bien les lèvres d'une vulve; tantôt il ne s'étend que jusqu'à la base de la verge , à la face inférieure de laquelle ils se tiennent ; tantôt, enfin, les deux corps caverneux séparés en haut, laissent l'urine s'écouler par la face dorsale de la verge , lésion qui porte le nom d'ÉpispADiAS , par opposition avec celui d'uîPosPADiAS , qui a été imposé aux autres variétés de ces vices de conformation.

Bien que placé à 1 extérieur du bassin, l urèthre de l'homme est peu exposé aux atteintes des corps vulnérans. On l'a vu cependant divisé par des coups de feu, par des corps étrangers, appliqués autour du pénis , et l'étreignant , ou frappé de gangrène dans la portion sous-pubienne, par des sondes métalliques imprudemment laissées à demeure pendant un temps trop long dans la cavité. Dans tous ces cas , la cause de la blessure étant écartée , et le canal conservant d'ailleurs ses dimensions , l'on voit presque toujours les plaies , même étendues , se délergcr et se cicatriser sans laisser après elles de fistules.

L'urèlhre de la femme est exposé à la destruction par la présence prolongée de la tête de l'enfant dans l'excavation pelvienne. La gangrène résulte alors de ia pression concentrique des parois du canal , comme elle est l'efTet de la pres- .sion excentrique exercée chez l'homme par les sondes. Les pertes de substance de ce genre sont en général dlfliciles à combler.

La membrane muqueuse de l urèthre est très-fréquemment le siège d'inflammation aiguë, résultant d'abcès vénériens ou du contact d'une matière virulente syphilitique. De là, deux formes ou variétés de l'uréthrite, que les praticiens se sont etTorcés de distinguer, mais auxquelles il est trop souvent impossible d'assigner de caractères pathognomoniques au lit du malade. Les résultats seuls permettent ordinairement de distinguer la blenkorrhagie virulente de celle qui est simple ou exeuipte d'infection de syphilis.

Un des effets les plus communs des inflammations de l'urèthre consiste dans la diminution du calibre de ce c.mal, soit qu'il n'éprouve qu'un resserrement nerveux passager , spasmodique , soit que sa membrane muqueuse, tuméfiée par l'inflammation aiguë , ne laisse à l'urine qu'un passage rendu plus difficile encore par la douleur qui l'accompagne, soit enfin que les parois uréthrales aient éprouvé dans leurs textures quelques altérations profondes , permanentes et organiques. Les phénomènes , les résultats et le traitement de ces divers genres de rétriîcissemeks difTèreiit trop pour que l'on n'accorde pas une grande importance à leur étude.

Des CORPS ÉTRATiCF-Rs vcnUs du dehors, ou des calculs urinaires sortis de la vessie , pénètrent parfois ou sont introduits dans l urèthre, dont ils dilatent , déchirent ou perforent les parois. Ces corps doivent être sais's à l'aide de pinces, dites de Hunter, et retirés par le méat urinaire, ou extraits à travers une incision faite aux parois extérieures , opération qui porte le nom d'uRÈ-

THROTOMIE.

Qu'elles résultent de blessures, de gangrènes, ou de déchirement , suites de rétrécissement, les fistules urinaires de l urèthre constituent des affections assez fréquentes , toujours fécondes en incommodités graves, et parfois rebelles à tous les efforts de la chirurgie. Rétablir la liberté du canal, lorsqu'elle est diminuée ou détruite , dis|)oser au moyen d'avivement des bords des plaies, de cautérisations répétées et de compressions méthodiques, la perforation au resserrement et à la cicatrisation , ou même combler à l'aide de la suture ou par l'application de lambeaux détachés des parties voisines, les pertes de substances anormales, telles sont les indications que ces affeclions présentent et les principaux procédés qui peuvent servir à les combattre avec avantage.

, ( L.-J". BÉGIN

ÏIRETHRITE Voyez Bleknorrhagie.

IIRÉTHROTOMIE. s. f. Urethrotomia , de cu/}yil/>«, urèthre, et de n/j.voi, je coupe. Opération qui coasisie dans l'incision des parties molles qui recouvrent l'urèthre , et dans celle des parois de ce canal lui-même. On a bien donné le nom d'uréthrotome et celui d'uréthrotomie aux insirumens qui servent à scarifier intérieurement l'urèlhre rétréci, et à la pratique de ces scarifications : mais , dans ce cas , il n'y a d'incisé que la membrane muqueuse urélhrale, ou même l'instrument n'altcinl que les tissus altérés qui font saillie à la surface. Cette opération , dont il a été question ailleurs ( noyez bétrécissemekt ) , doit donc être distinguée de l'uréthrotomie proprement dite, qui est l'objet de cet article.

Autrefois connue sous le nom de boutonnière , l'uréthrotomie peut être indiquée dans deux circonstances très-diiréientes , savoir : l» lorsque des corps étrangers ou des calculs vésicaux arrêtés dans l'urèthre , ne peuvent être saisis, dégagés et extraits au moyeu de pinces introduites par le méat urinaire; 2" dans les cas de rétrécissemens assez étroits et assez denses pour occasionner les rétentions d'urine , et pour résister aux instrumens destinés à les dilater ou à les détruire.

rRiTHROTOMIE. '

Dans le premier cas , le corps doit être mis autant que possible en rapport 1

avec la portion périnéale ou avec la portion pénienne de l'urèlhre, afin d'éviter I

l'incision du scrotum et les dangers de l'infiltration de l'urine dans le tissu !

cellulaire de cette enveloppe. Des bistouris convexes et droits, des pinces à j

pansement, un crochet mousse ou une petite curette , des pinces à ligature et î

des fils cirés, de l'eau et des éponges , et enfin une sonde en gomme élastique, ! tels sont les objets qui doivent composer l'appareil.

S'agit il d'o|)érer sur la longueur de la verge ? le malade doit être rapproché |

du bord droit de sou lit , convenablement garni d'alèses. Si l'on devait porter ]

l'instrument , au contraire , à la hauteur des bourses ou au périnée , il convien- I

di ait de placer et de maintenir le sujet comme pour l'opération de la taille sous- I

pubienne. j

Dans tous les cas , le corps étranger qu'on peut sentir à travers l'épaisseur i des parties sert de guide au chirurgien. Mais afin de l'empêcher de céder à la pression exercée par les instrumens, il importe de le faire fixer en arri'ere , du

côté de la vessie , par un aide qui comprime sur ce point l'urèthre avec une J force médiocre. Le chirurgien alors tend la peau et pratique , parallèlement au raphée, sur le corps étranger lui-même , une incision proportionnée à son

volume. L instrument pénètre graduellement jusqu'au tissu spongieux et à ,

la membrane muqueuse qu'il divise à son tour , jusqu'à ce que le contact dur !

et immétiiat de la substance étrangère lui annonce qu'elle est mise à découvert. ]

Guidées par le doigt indicateur introduit dans la plaie , des pinces à pansement j

suffisent ordinairement alors pour saisir le calcul , le fragment de sonde ou i

tout autre corps analogue. Quelquefois cependant, il faut recourir à la curette i

ou au crochet ; mais la manœuvre de ces iastrumeiis ne présente jamais de < grandes difTicultés.

L'extraction étant terminée , la sonde en gomme élastique est portée jusqu'à 1

la vessie et laissée à demeure afin d'assurer la facile excrétion de l'urine. La plaie <

doit être alors abstergée avec soin , puis pansée simplement avec un linge |

fenêtré enduit de ccrat et de la charpie , maintenu à l'aide de compresses el j d'un bandage approprié. Le rapprochement des cuisses suffit, au périnée, pour

assurer le rapprochement de ses bords. Peut être pourrait-on recourir à la '

suture entortillée ; mais ce procédé , susceptible de hâter la réunion , aurait I souvent l'inconvénient grave de favoriser l'infiltration de l'urine dans le tissu

cellulaire. Son omission, d'ailleurs, n'a jamais compromis le succès de l'opéra- ' tion , ni même rendu la cicatrisation difficile.

Bien qu'il convienne d'éviter d'inciser le scrotum , on ne devrait cependant pas hésiter à le faire , si le corps étranger ne pouvait être repoussé ou amené dans un endroit plus favorable. Le chirurgien aurait seulement alors l'attention spéciale d'agrandir davantage la plaie extérieure , afin d'ouvrir à l'urine une large issue, dans le cas où ce liquide suinterait entre la sonde et le canal, et

de prévenir sûrement ainsi son infiltration. |

L'uréthrotomie appliquée aux rétrécissemens du canal excréteur de l'urine, \ semblait frappée d'une irrévocable réprobation depuis le blâme dont l'avait

couverte Desault. Les travaux récens dont les affeclions de l'urèthre ont été )

l'objet ne devaient qu'éloigner de plus en plus de la pratique de cette opéra- j

tion, qui semble cependant reprendre quelque crédit en Angleterre, en | Allemagne eten Amérique.

On l'a pratiquée tantôt derrière le rétrécissement , afin de pénétrer dans la *

vessie et de procurer l'évacuation du liquide qui la distend, et tantôt sur le ré- '

trécissement lui-même dans l'intention de le diviser, de le guérir , eten même ' temps de faire sortir l'urine. D.ms le premier cas , la boutonnière remplaçait la ponction de la vessie et n'exerçait aucune influence directe sur la coarcta-

tion que le chirurgien devait ensuite attaquer à la manière accoutumée.'( V oyez '

RÉTRÉCISSEMENT

J.-L. Petit, Lassus, et avant eux un grand nombre de chirurgiens, avaient ' incisé l'urèthre, et même , dit-on , n'avaient pas craint de l'ouvrir dans toute : son étendue , pour en cautériser la cavité, la déterger, et réunir ensuite ses ' parois sur une sonde à l'aide de la suture. L'esprit se refuse à admettre tant j de témérité ; aujourd'hui l'on procède avec plus de réserve et de méthode. Le malade étant couché en travers de son lit , le périnée saillant , les pieds appuyés sur deux chaises , les cuisses écartées et maintenues par deux aides, le chirurgien introduit jusqu'à l'obstacle un cathéter cannelé , qu'il confie à oo i aide, Il relève alors le scrotum et tend les tégumens avec la main gauche, pui» pratique au-devant du conducteur une incision longitudinale, qu'il rend successivement profonde jusqu'à mettre son extrémité à découvert. Lorsque ce ré- ; sullat est obtenu , le chirurgien retire un peu le cathéter , et , glissant sur lui un slylet cannelé, s'efforce de découvrir en arrière la prolongation du canal. Durant ces recherches, le malade doit faire effort pour miner, afin de pousser l'obstacle en avant et de le rendre plus facile à surmonter. Sur la sonde qui a enfin pénétré, le chirurgien glisse un bistouri droit et pratique un débridement assez étendu pour couper toute la portion malade et pour introduire facileraent une sonde qu'il laisse à demeure dans la vessie. La nature cicatrise ensuite la plaie , en même temps que la sonde assure à l'urèthre la conservation de son calibre.

Telle est l'opération que se sont imaginé de faire revivre MM. Arnolt en Angleterre, Eckstrom en Allemagne, et Jaraeson en Amérique, et dont ils proclament les heureux résultats. Et alors que le pertuis de la coarctalion est trop ; resserré pour admettre aucun conducteur, ou lorsque riusiruiiient ne peut le , découvrir , MM. Gronigen et Cox ne craignent pas de conseiller de prolonger \ sans aucun guide l'incision vers la prostate, puis d'enfoncer du côté delà ves- | sie , dans la profondeur de la plaie , un trois-quart ou un bistouri étroit, des- j

URINE

rRIWE,

à créer un canal artificiel , que la sonde inU oduite et laissée à demeure dra permanent.

e ne sais ce que l'avenir destine à ce procédé , chez nos voisins , mais j'esce que des tentatives aussi déraisonnables et qui font si manifestement rétrogder l'art vers les époques les plus barbares de son enfance, ne trouveront p d'imitateurs parmi les chirurgiens éclairés et habiles de notre pays.

(L. J. BÉGIK. )

JRINAL. Ui inatorium. Vase ou réservoir destiné à recevoir l'urine des niades. On l'emploie dans deux circonstances différentes , savoir: 1» lorsque il sujets sont alités et ne peuvent rendre l'urine que dans une situation horis itale; 2° lorsqu'il y a incontinence d'urine et nécessité de laisser d'une mar l e permanente le réservoir chargé de recevoir ce liquide à mesure qu'il s;oule, afin de préserver le coucher d'odeur et d'humidité, et le malade d'éciulR'ment et d'excoriation des parties. Dans le premier cas , il suffit de placer, a moment de l'émission de l'urine, le vase entre les cuisses du malade et de l oietlre en communication avec les voies urinaires pour le retirer ensuite justice que de nouveaux besoins obligent d'y avoir recours ; mais, dans le secul cas , il est indispensable de mettre l'urinai dans un rapport constant avec Irèthre, pour éviter les inconvéniens que nous venons de signaler, ûa forme de l'urinai diffère nécessairement suivant le sexe auquel il est desté. Le col est également incliné pour les deux sexes; mais l'ouverture est [is évasée pour la femme que pour l'homme. On en fait en faïence, en porcc- Ine, en caoutchouc, en cuir bouilli, en toile gommée. Les premiers sont f lucipalement en usage dans les hôpitaux. Ceux en porcelaine sont à-peu-près I seuls que l'on emploie aujourd'hui dans l'usage ordinaire ; ceux en cuir [uilli ou en toile gommée sont généralement réservés pour les cas d'iuconti- Ince d'urine et pour être adaptés d'une manière constante à la verge , en ce 'ils sont plus légers et 'se prêtent davantage, par leur élasticité , à la forme Is parties. Il importe, comme précaution nécessaire à prendre, lorsque l'on recours à l'urinai , de le faire chauffer ou de l'envelopper de linge , afin ^viter les effets de l'impression du froid que causerait son contact sur la peau.

(P. JOLLT.)

lURINE [chim. mèd. ). L'urine est un fluide excrémentitiel , séparé du sang jtériel par les reins , et conduit par les uretères dans la vessie, d'où il est reé au-dehors par le canal de l'urèthre.

[Cette liqueur , rendue par l'homme adulte dans l'état de santé, est transpante, d'un jaune ambré , d'une odeur aromatique particulière, qui disparaît r le refroidissement et redevient sensible lorsqu'on la chauffe; elle aune saur salée, un peu acre et amère ; sa pesanteur spécifique est plus grande que ille de l'eau, et varie de 1,02 à 1,03. Toutefois , l'urine ne possède ces propiiéqu'autant qu'elle a été recueillie long-temps après la digestion des alimens ; lie est celle que l'on rend le matin, après le sommeil, et que l'on nomme ine de coclion; car celle qui est rejetée immédiatement après le repas, et que |bn nomme pour cette raison urine de boisson , est presque entièrement dépourvue de couleur et de saveur, et n'est pour ainsi dire formée que d'eau et lune très-petite quantité de sels. C'est donc l'urine du matin, ou de coction, [Li'il faut prendre lorsqu'on veut en déterminer les propriétés caractéristiques. L'urine récente rougit la teinture de tournesol, propriété qu'elle doit aux vides lactique , urique , et peut-être phosphorique , qu'elle contient à l'état de berté. Refroidie spontanément, elle laisse ordinairement précipiter, dans l'esace de quelques heures , un sédiment jaunâtre qui s'attache aux parois du ase, et qui est presque uniquement formé d'acide urique. Abandonnée à ellelêine pendant plusieurs jours , elle prend une odeur faiblement ammoniacale , t en même temps désagréable, réagit sur les couleurs végétales h la manière 'un alcali, et forme un précipité composé de phosphate de chaux et de phoshate ammoniaco-magnésien , ces deux sels ne pouvant plus rester dissous après 1 saturation des acides libres par l'ammoniaque. Peu-à-peu l'urine devient îllement alcaline qu'elle fait effervescence avec les acides , et qu'on peut l'emloyer dans quelques arts comme soluté de carbonate d'ammoniaque. Cette alîration est surtout produite par Vui'ée, principe soluble, azoté et caractérisique de l'urine , qui est tellement composé , qu'en ajoutant à ses élémens ceux e l'eau , on obtient ceux du carbonate d'ammoniaque , de sorte qu'en traitant urée par les alcalis , par les acides , par le feu , par l'ébullition dans l'eau , elle git presque comme le ferait le carbonate d'ammoniaque , et qu'elle se transorme en ce sel lorsqu'on l'abandonne à elle-même, en solution aqueuse et tendue.

Pour obtenir l'urée , on fait évaporer de l'urine rapidement, mais non à la empérature de l'eau bouillante , jusqu'en consistance sirupeuse. Cette évaporaion a dû se faire sans que le liquide se troublât ; car il ne contient pas d'albu- □ine dans son état normal. L'urine évaporée est abandonnée à la cristallisation [ui en sépare un mélange de phosphate de soude et d'ammoniaque , d'hydrohlorate d'ammoniaque , de chlorures de sodium et de potassium , de sulfates le potasse et de soude , sels autrefois compris sous la dénomination commune e sels fusibles ou de sels microscomiques de l'urine. On décante l'eau-mère de iessus ces sels , on y ajoute trois fois son volume d'acide nitrique , bien exempt l'acide nitreux , et l'on met refroidir le tout dans de la glace. Il résulte de cette •pération un composé cristallisé d'acide nitrique et d'urée que l'on sépare de la iqueur ; après l'avoir fait égoutter et l'avoir exprimé, on le fait dissoudre dans 'eau, on sature l'acide nitrique par du carbonate de baryte ou de plomb, on jvapore à siccité et on traite le résidu par de l'alcool à quarante degrés, qui dissout l'urée sans toucher sensiblement au nitrate de baryte ou de plomb. On concentre le soluté alcoolique et l'on fait cristalliser.

DiCT. DE MÉDECI^E ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.

L'urée cristallise en longs prismes aiguillés ; elle est sans couleur, sans odeur, sans action sur les couleurs bleues végétales ; mais elle ramène au bleu le tournesol rougi par un acide; elle a une saveur fraîche et est trcs-soluble dans l'eau et dans l'alcool. Plusieurs essais tentés dans les hôpitaux de Paris avaient fait supposer qu'elle jouissait d'une propriété diurétique très-marquée; mais ayant examiné l'urée qui avait servi à ces expériences , j'ai recoimu qu'elle était presque entièrement formée de nitrate de potasse , ce qui tenait à ce que , dans sa préparation, le nitrate d'urée avait été décomposé par le carbonate de potasse, et avait formé du nitrate de potasse, qui s'était dissous dans l'alcool trop peu rectifié dont on s'était ensuite servi. L'urée pure ne parait pas exercer d'action immédiate appréciable sur la sécrétion urinaire.

Ne pouvant pas donner la manière d'extraire tous les principes de l'urine, je me bornerai à présenter les résultats suivans de l'analyse qu'en a faite M. Berzelius.

Eau 933, 00

Urée 30, 10 '

Acide lactique libre ^

Lactate d'ammoniaque f -14

Extrait soluble dans l'alcool. . • ? ^ '

Matières extractives solubles seulement dans l'eau i

Acide urique 1 , 00

Mucus vésical 0 , 32

Chlorure de sodium 4, 45

Hydrochlorate d'ammoniaque 1 , 50

Sulfate de potasse 3, 71

— de soude 3 , 16

Phosphate de soude 2, 91

Bi-phosphate d'ammoniaque 1 , 65

Phosphate de chaux

— de magnésie j 1 5 00

Silice 0 , 03

Cette analyse , faite en 1809, ne fait pas mention de l'huile odorante et poivrée, que M. Berzelius a trouvée depuis dans l'urine; non plus que du lactate de potasse et du chlorure de potassium, que j'y ai rencontrés en assez grande quantité. La présence du soufre , sous un état indéterminé , y est aussi démontrée par l'action que l'urine exerce sur les vases d'argent ( Proust ) ; celle de l'acide carbonique ne l'est pas moins , lorsqu'on examine le gaz qui s'en échappe lorsqu'elle est prête à entrer en ébullition , etc.

Altérations chimiques de l'urine par les alimens ou les médicamens. Beaucoup de substances introduites dans les voies digestives , ou absorbées par la peau ou la membrane pulmonaire, et auxquelles l'action vitale ne fait subir aucune altération , sont rejetées par les urines. C'est ce qui arrive aux asperges , dont un des principes est éliminé daris l'acte de la digestion , et s'échappe avec l'urine , qui en contracte une odeur fétide. La térébenthine et son essence , même simplement respirées , communiquent au contraire à l'urine une odeur agréable de violettes. Les principes odorans du genièvre, de la valériane, de l'ail , du casloréum , passent également de l'estomac dans les voies urinaires.

On connaît depuis long-temps la propriété dont jouit la garance de colorer l'urine en rouge ; le bois de Campêclie, les framboises , les mûres, jouissent de la même faculté ; l'indigo la colore en bleu , la rhubarbe et l'angusture en jaune; la noix de galle, et plusieurs autres matières tannantes lui donnent la propriété de précipiter les sels ferriques en bleu ou en vert. Les acides minéraux ne passent pas dans l'urine , ou ne la rendent jamais plus acide qu'elle ne l'est ; les alcalis, au contraire, s'y montrent très-facilement, et c'est une chose commune que la forte alcalinité de l'urine des personnes qui font usage des carbonates alcalins, ou des eaux minérales alcalines. Aussi ces substances sont-elles véritablement efficaces pour combattre les graviers et les calculs formés d'acide urique. D'autres sels minéraux passent dans les urines , comme le nitrate de potasse et le cyanure ferroso-potassique, qui leur communique la propriété de précipiter en bleu les dissolutés de fer.

Au contraire des acides minéraux , les acides végétaux passent dans les urines et peuvent les rendre fortement acides ; tels sont les acides citrique , malique , tartrique, oxalique, gallique , benzoïque et succinique. Arrivés là , ces acides agissent suivant leurs affinités connues : ainsi l'acide oxalique s'empare de la chaux du phosphate dissous par l'acidité de l'urine, et forme un oxalate insoluble qui trouble et blanchit le liquide. Les personnes qui feraient un usage fréquent d'acide oxalique seraient donc plus sujettes que d'autres à souffrir des calculs d'oxalate de chaux, et l'on sait , en effet, que les contrées où le peuple fait un usage habituel de l'oseille sont celles où l'on observe le plus souvent celte espèce de calcul.

Par un effet qu'il est bien difficile d'expliquer, tandis que les acides végétaux libres passent dans l'urine sans décomposition , ceux qui sont combinés aux alcalis sont décomposés par l'action vitale, et leur alcali s'échappe seul par les voies urinaires à l'état de carbonate. 'Voilà pourquoi , dit M. Berzelius , il arrive très-fréquemment que l'urine devient fortement alcaline après qu'on a mangé beaucoup de pommes, de cerises, de fraises, de groseilles, etc., parce que ces fruits contiennent du citrate et du malate potassiques, que l'action de la vie décompose. Cette circonstance permet d'expliquer un fait constaté par l'expérience, c'est que l'usage prolongé de ces fruits est un moyen efficace contre les graviers et les calculs d'acide urique.

URINE. ( 2038

Alléralions chimiques de l'urina dans les maladies. Urine ammoniacale. L'urine siiine est toujouis aciile et ne devient ammoniacale que par son exposition prolongée à l'air ; car elle se conserve sans alléralioii clans un vase rempli et bien fermé. J"ai d'ailleurs expliqué la facile conversion de l'urée en carbonate d'ammoniaque, par sa coraposilion élémentaire , qui n'a besoin que des élémens d'un atome d'eau pour représenter ceux du sel ammoniacal. Il parait que cette transformalion peut avoir lieu dans les reins mêmes , sous l'influence de plusieurs maladies , mais surtout dans celle qui a porté le nom de fièvre putride ou adynainique. Alors l'uiiue est alcaline et ammoniacale à la sortie de la vessie et contient proportionnellement moins d'urée. Quelques personnes ont assimilé cette altération à celle qu'éprouve l'urine après sa sortie du corps, et ont pensé qu'elle clalt produite pur un trop long séjour de l'urine dans la vessie ; mais , comme l'urine , qui n'a pas eu le contact de l'air, ne se putréfie pas , il faut bien que celle qui n'a pas encore élé rendue s'altère par une fonction pervertie , et cette fonction doit résider plutôt dans les reins que dans la vessie.

Urine aihumineuse. L'urine peut être albumineuse dans un grand nombre de cas ; mais il faut d'abord distinguer celle qui ne doit ce caractère qu à du sang ou à du pus qui s'y trouvent mélangés, de celle qui doit son albumine à une simple altération dans la fonction des reins, h'urine liémalurique se reconnaît à sa couleur rouge, qui se perd par la coagulation au moyen de la chaleur ou de l'acide nitrique, et l'urine purulente , à sa teinte laiteuse et au coagulum blanc produit par la chaleur ou les acides , coagulum d'où l'alcool et surtout réther extraient une matière grasse fétide. Quant à l'urine véritablement albumineuse, elle ne diffère pas ordinairement, par son aspect physique, de l'urine saine ; niais elle se trouble ou se coagule par l'action de la chaleur , surtout si on y ajoute une petite quantité d'acide nitrique , jiour prévenir le cas où elle serait alcaline. 11 parait arriver cependant que l'urine albumineuse soit naturellement trouble et forme un dépôt d'albumine insoluble, lorsque la quantité d'albumine est considérable et accompagnée d'une acidité marquée du liquide. Dans tous les cas, la présence de l'albumine dans l'urine peut être passagère, comme chez cette personne citée dans la thèse toute récente de M. le docteur Désir ( De la présence de l'albumine dans l'urine, 183.Î , page 20) , qui , simplement afiectce de malaise et de lassitude, rendit pendant un jour seulement de l'urine albumineuse ; ou bien , et c'est le cas le plus ordinaire, la présence de ce corps résulte d'une altération des reins , qui accompagne une liydropisie déclarée ou mcnaçanle.

Urines bleues. Les chimistes ne sont pas d'accord sur la nature du principe qui colore quelquefois l'urine en bleu; mais rien n'empêche de croire que plusieurs substances introduites dans 1 économie , ou produites par une action morbide, ne puissent jouir de cette propriété. Un des premiers exemples de ce fait a été observé par M. Julia Fontenelle ( Journ. chim. méd. , tom. 1 , page 330). Un enfant de quinze ans, souH'rant de violentes coliques depuis deux jours , pour avoir avalé de l'encre à écrire , rendit une urine , qui, après une heure d'exposition à l'air , acquit une belle couleur bleue. Cette couleur devenait plus intense par l'addition du sullate de fer. La matière qui la produisait se déposait par le repos et pouvait être obtenue par le filtre. JM. Julia la soumil à quelques essais qui lui ont fait croire qu'elle était produite par du bleu de Prusse ou cyanure ferroso-ferrique ; mais il faut convenir que les résultats obtenus s'expliquent tout aussi bien par la présence du gallate de fer que par celle du cyanuie, de sorte que ce fait peut montrer seulement que l'encre introduite dans l'estomac passe dans l'urine à l'état de dcso.\idatiou partielle, et reprend sa couleur bleue par le contact de l'air.

M. Julia cite dans son mémoire deux observations antérieures d'urine bleue : la première a été fournie par une jeune fille , qui prenait journellement, depuis trois semaines , six grains d'oxide noir de fer. M. Majou trouva que la matière bleue était du bleu de Prusse. La seconde urine avait élé rendue par un malade qui ne prenait pour tout médicament que de la tisane de chicorée. JM. Julia vit la matière bleue changer de couleur et former un dépôt rougcàtre par l'action des alcalis : il en conclut encore que celle matière était du bleu de Prusse. Enfin M. Cantu , professeur <le chimie à l'université de Turin, a examiné une urine bleue rendue par une petite fille de huit ans , qui n'éprouvait d'autre mal que de légères coliques , et qui n'était soumise à aucun genre de médicaliou. Les expériences de M. Cantu semblent montrer qu'en effet le principe colorant de l'urine était du cyanure de fer, et, de plus, il a trouvé au liquide les caractères et la composition de l'urine diabétique. (Journ. chim. méd., tom. ix, pag. lOi.)

Venons maintenant aux observations qui ont présenté un principe colorant évidemment différent du bleu de Prusse. MM.Garnier et Delens en ont obtenu un qui était un peu soluble d ins l'eau , qui ne changeait de couleur ni par les acides ni par les alcalis, et que l'acide nitrique détruisait. M. Bracontiot ( Annales de chimie et de physique j tom. xxix , pap. 232 ) a retiré d'une urine bleue un principe colorant Irès-loncé, qu'il a nommé cyanourine j donnant de l'amluoniaque à la distillation , un peu soluble dans l'eau et l'alcool bouillant, peu soluble dans les alcalis, mais formant avec plusieurs acides des combinaisons rouges. Spangenberg en a obtenu un autre donnant avec l'alcool et l'éther bouillant, de même qu'avec l'acide sulfurique , des solutés bleus , insolubles dans l'acide hydrochlorique et dans les alcalis, formant de l'acide nitropicrique par l'action de l'acide nitrique. Ces résultats suffisent pour faire voir que les substances qui colorent l'urine en bleu ne sont pas toujours de même nature.

Urine diabétique. On distingue deux sortes de diabètes également caractérisées par une abondance excessive d'une urine peu ou pas chargée d'urée et des

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autres principes qui la doivent constituer ; mais dans l'une, le diahêlès sucré, I l'urée se trouve remplacée par une matière sucrée , qui offre toutes les propriétés ^ du sucre de raisin ; et dans l'autre, le diabètes insipide , on n'y trouve qu'une " matière extraclive jaune , déliquescente, que quelques personnes assurent être î aussi fermentescible , et qu'elles regardent , en conséquence , comme une autre f f espèce de sucre. Pour s'assurer qu'une urine est diabétique, il suffit souvent de (" l'évaporer en consistance sirupeuse et de la traiter par l'alcool rectifié. Celui-ci évaporé laisse cristalliser le sucre de raisin , reconnaissable à sa forme, à sa ; « saveur sucrée et à l'odeur de caramel qu'il prend au feu ; mais lorsque la quan- I ^ tité de sucre est trop petite pour être obtenue ainsi , on a recours à la fermen- ■ f talion en vases clos, dont les produits sont de l'acide carbonique gazeux et de li l'alcool. 1

Urine des ictériques. M. Braconnot ayant analysé l'urine d'un individu ictë- i rique, qui succomba à la suite d'une péritonite chronique , avec allération du ] foie , la trouva colorée par la matière jaune de la bile ; un liquide albumineux ' épanché dans l'abdomen, avait la même couleur safranée , et contenait de plus de la cholestérine et du picromel. Le foie était volumineux et coloré en vert; il n'offrait aucun vestige de la vésicule, ni des conduits biliaires. (Journ. Chim. i méd., t. m, p. 480. )

Urine rosacique. Dans les fièvres intermittentes et ataxiques, dans les rhumatismes articulaires aigus , etc., les urines prennent souvent , à la suite des accès, une couleur ardente et forment un dépôt rougeàlre ou briqueté,que Proust a considéré d'abord comme un acide particulier , auquel il a donné le i nom d'acide rosacique ; mais il a reconnu ensuite que ce précipité était formé d'acide urique uni à une matière colorante particulière qu'on peut en extraire par l'eau bouillante ou l'alcool. Ce principe rouge parait azoté ; il se dissout dans les acides sulfurique et sulfureux, en donnant au premier une couleur rouge foncé , et au second une belle couleur de carmin. L'acide hydrochlorique détruit peu à- peu la couleur rouge et la change en jaune. L'acide nitrique agit ' sur la matière rouge comme sur l'acide urique , et la transforme en acide pur- li purique. Les alcalis la dissolvent , en détruisent peu-à-peu la couleur et con- % tiennent alors de l'acide urique ; ces propriétés indiquent au moins un grand i rapport de composition entre le principe rosacique de l'urine et l'acide urique.

( GciBOCRT. ) j

URINE (séméiologie). L'abondance de l'urine, les cliangemens qu'elle pré- i sente lorsqu'on l'examine à des époques différentes , et qui l'ont fait distinguer i en urines de la boisson , de la digestion , du sang ou du malin; les modifica- i lions qu'elle subit par l'influence des âges , des saisons et des troubles morbides i de l'économie, ont, de tout temps, donné à l'examen du liquide qui la con* stitue une grande importance dans le diagnostic et dans le pronostic des maladiei. j La connaissance plus parfaite de la composition de ce liquide et l'apprécia- j lion plus exacte que la chimie moderne fait des altérations dont il est susceptible , ajoutent aux notions à l'aide desquelles nos devanciers procédaient à cet j examen , et lui donnent un plus haut intérêt dans la séméiologie. Mais si , dans beaucoup de cas , on tire de l'inspection et de l'examen de l'urine des données utiles pour la connaissance de quelques maladies, il arrive que , dans beaucoup d'autres , les signes qu'elle présente sont si inconstans et si contradic- I toires , que beaucoup de médecins négligent de les étudier et de s'en servir. On j trouve, au contraire , quelques hommes sans pudeur qui ne craignent pas d'af- ] firmer que Vuromancie leur suffit pour distinguer toutes les maladies ; mais, ' dans l'impossibilité où ils se trouvent de formuler leur prétendue science , ils la ' laissent reléguée avec celle des charlatans et des somnambules , satisfaits qu'ils | sont d'en imposer assez aux sols et au bas-peuple , pour les duper impitoyable- | ment. Il en est des signes que donne l'élude de l'urine comme de ceux qui nous < sont fournis par la face, le pouls , etc. Seuls, ils ont rarement une signification j positive ; réunis à d'autres , ils nous éclairent sur le diagnostic et la marche des maladies; ils sont donc dignes de toute l'alteution des médecins. C'est ordinaire- i ment l'urine du matin, ou comme le disaient les anciens, l'urine du sang que l'on examine. Sa quantité est plus considérable et ses principes plus abondans qu'à toute autre époque de la journée.

La quantité de l'urine varie souvent beaucoup de ce qu'elle est dans l'état normal. Pour la juger, il ne faut pas oublier qu'elle dépasse un peu celle de» boissons , et qu'elle dépend beaucoup de la saison et de l'abondance des autres excrétions , de la sueur en particulier. Ainsi , dans l'hiver , l'urine est normalement plus abondante; dans l'été, elle diminue, parce qu'elle est remplacée | par des sueurs copieuses. Ces circonstances à part, on voit quelquefois la sécrétion urinaire enlièrement supprimée. On distingue cette suppression de la rétention d'urine , en palpant et en percutant la région vésicale. Celle région se laisse déprimer facilement et résonne assez bien par la percussion , lorsque la j vcss e ne contient pas d'urine. La forme arrondie de la région sus-pubienue, ^ sa résistance et sa malité font supçonner la rétention : le cathétérisme lève toute | incertitude. On observe la suppression de la sécrétion urinaire dans le début de | maladies aiguës très-intenses : la néphrite , la péritonite , etc. On l'observait constamment dans la période algide du choléra asiatique.

L'urine est, au contraire, sécrétée en plus grande quantité dans le diabètes. Franck a vu dans ce cas les malades en rendre cinquante livres. L'augmentation j de sécrétion a quelquefois lieu comme crise de certaines maladies et particulie- ^ rement des hydropisies.

La couleur citrine et normale de l'urine varie beaucoup. Dans les affections nerveuses, pendant la période de frisson des fièvres intermittentes, au début de quelques maladies aiguës , et souvent après l'ingestion d'une grande quantité de boisson, l'urine est incolore. Ce liquide prend au contraire une couleur plus

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foncée dans le slaJe de sueur des fièvres périodiques , et quand , dans le cours d'une maladie aiguë, il devient, comme on ledit, critique. L'intensité de cette couleur dépend , au reste, de la proportion de l'eau et des diflëreiis matériaux qui la constituent. Cette couleur varie encore en raison de principes étrangers que Ton trouve dans l'urine. Le mucus et le pus la rendent quelquefois lactescente ; le sang la colore en rouge et quelquel'ois en brun-noirâtre dans Thématurie; les matériaux de la bile , qu'elle recèle en quantité variable , lui donnent une couleur jaune plus ou moins foncée, enfin la couleur de l'urine varie selon qu'on examine ce liquide aussitôt après sa sortie de la vessie ou quand , s'étant refroidi , ses principes peu solubles se sont précipités , etc. Une couleur rouge Irop prononcée de l'urine était pour Baglivi d'un fâcheux pronostic , ainsi que le prouve cette phrase : « In curatione febrium nullas vidi pejores urinas , 1) quam nimium rubras. o De urind in aculis , p. 71. Les médecins ne doivent point oublier, en constatant la couleur morbide de l'urine, l'influence que certains agens thérapeutiques exercent sur elle. Ainsi elle devient rouge quand les malades font usage de la racine de fraisier et surtout de la rhubarbe. Dehaen assure que la casse lui donne une teinte verte.

Ij'odeuv de l'urine difï'ère souvent de celle qu'on lui connaît à l'état normal. Elle devient fétide dans les rétentions d'urine €t les maladies des voies uriuaires. Dans les fièvres graves, elle réj)and promptement une odeur ammoniacale, une odeur de souris. On sait que ce dernier caractère est presque toujours d'un fâcheux pronostic. L'usage de la térébenthine lui communique promptement une odeur remarquable de violette ; les asperges , au contraire , la rendent fétide et insupportable, etc. On trouve dans Fourcroy , « qu'il a observé, ainsi que Macquer l'avait indiqué, que chez les femme hystériques et chez les hommes hypochondriaques , l'urine rendue immédiatement après le repas offre l'odeur des alimens qu'ils ont pris. » {Sjsl, conn. chimiq.j tom. x, pag. 99.)

La sat'eur de l'urine varie peut-être en raison des alimens et des médicamens que l'on emploie, mais on s'occupe peu de ce caractère. On sait cependant que dans une variété du diabètes , qu'à cause de cela on appelle sucré , l'urine prend une saveur douce qui dépend de la présence du sucre qu elle contient, et que l'analyse chimique y a fait reconnaître.

La température de l'urine n'offre pas de caractère bien notable, elle est toujours en rapport avec celle du corps. Des faits contraires auraient besoin d'être bien observés.

La consistance de l'urine varie beaucoup. Les urines incolores et limpides, que l'on appelle crues , sont légères et peu consistantes. Les urines de coction, au contraire , que l'on observe pendant les crises et à la fin de quelques maladies, sontiépaisses en raison des matériaux nombreux qu'elles contiennent et qui se déposent par le refroidissement. Les urines qui restent long temps troubles , épaisses ou jumenleuses , comme on le dit, sont d'un pronostic favorable. Huxliam assure que l'on doit craindre le délire si elles deviennent claires tout-àcoup. 11 est certain qu'alors on doit appréhender quelque accident s'il ne se manifeste une crise par une autre voie.

Quand l'urine est en repos depuis quelques heures , elle semble prendre plus de consistance, et elle se divise en plusieurs couches qui ont reçu des médecins anciens des noms différens. Sa partie supéiieure se recouvre d'une couche mince appelée pellicule , cremor urinœ ; au-dessous on trouve le nuage, nubes , nubecula / plus bas et vers le tiers inlérieur on voit l'énéorème, enœorenia, A'x-MfAOi , je suspends ; sur le fond du vase , enfin , existe cette dernière partie à laquelle on a donné le nom CChypostasis ou sédiment.

La pellicule a été soigneusement décrite par les médecins anciens. Ils lui trouvaient une apparence huileuse chez les malades atteints de fièvre hectique, et lui assignaient des caractères fort variés, que nos observations modernes ne Iconstatent plus ou du moins constatent trop rarement pour qu'ils puissent servir en sémeioiogie.

Le nuage ne paraît être autre chose que le départ spontané du mucus dissous 'dans l'urine , et que la densité du liquide empêche de gagner le fond du vase. Ce départ semble dépendre aussi de la tendance de l'urine à se diviser ainsi en jplusieurs couches, dans lesquelles se réunissent ses principes d'après leur pesanteur et leur solubilité. Dans quelques cas le nuage est composé de simples floiionsdispersés dans l'urine ; dans d'autres , il forme une sorte de sphéroïde transparent et irréguîier , qui se soutient pendant un certain temps et finit par ga- !guer le fond du vase, ce qui, selon Dehaen , est d'un heureux pronostic. : Uénéorènie ou nuage inférieur , se forme et s'observe vers le milieu ou le liers inférieur de l'urine, il dépend dune cause analogue à celle qui détermine la formation du nuage. Les auteurs qui en ont parlé disent qu'il annonce une prompte terminaison de la maladie s'il se dépose au fond du vase , et qu'il fait craindre pour la vie s'il monte vers la surface du liquide.

Ces observations minutieuses sont tellement sujettes à contradiction , que les aédecins modernes les négligent presque entièrement pour s'occuper de signes plus positifs et plus certains. Déjà Fernel , Universa medicina , page 257 i .listinguait que trois couches : le nua^e qui nage sur la face supérieure du iquide, et qui se confond , pour ainsi dire , avec la pellicule que nous avons 'Jécrite , l'énéorème qui se tient au milieu, et l'hypostase que l'on trouve au ■'ond. Cette division , que l'on trouve aussi adoptée dans la iewieVo/og-j'e de M. Double , est bien suffisante pour faire connaître les différentes couches de l'urine , dont la plus importante est sans contredit la suivante.

Le sédiment , ou Vhjpostasc , varie beaucoup par sa couleur , sa consistance ;t sa composition. Il est souvent blanchâtre, visqueux, épais, formé d'une perlaine quantité de mucosités et des différens principes de l'urine qui se sont

précipités , soit par le refroidissement du liquide, soit parce qu'ils s'y trouvaient en trop grande quantité Le sédiment blanchâtre était selon Boerrhave , d'un augure favorable lorsqu'il se prolongeait quelque temps pendant le cours de la maladie. Le séiliment est quelquefois formé par t'acide rosacique , dont une portion se cristallise sur le fond du vase , tandis qu'une autre partie reste suspendue avec le mucus et les différens principes de l'urine auxquels il communique sa belle couleur rouge. Lorsqu'on observe ce sédiment dans le rhumatisme, et qu'il ne cesse pas tout-à-coup, on peut espérer que la solution de la maladie sera prochaine. Un sédiment analogue a lieu pendant le cours des fièvres intermittentes. Ou trouve dans quel(|ues cas des cristaux d'acide urique déposés sur le fond du vase. Ils sont jaunâtres, durs , et ne s'enlèvent qu'avec difficulté. D'autres fois on rencontre dans le sédiment des graviers de même nature et qui y sont entièrement mobiles. Loin d'annoncer la formation de pierres vésicales , comme le pensait Hippocrate , leur présence est bien plus ordinairement une preuve qu'il n'y a pas de gros calculs dans les voies urinaires. On sait, en effet, que les sujets disposés à la gravelle sont ordinairement exempts de calculs vésicaux. Lorsque le sédiment s'est manifesté et qu'il disparaît tout-à-coup sans être remplacé par un autre mouvement critique , on peut craindre une recrudescence , ou le développement d'un nouvel état morbide. Le sédiment de l'urine présente bien d'autres caractères qui viennent de sa couleur et de sa consistance , mais le peu de renseignemens positifs qu'ils donnent à la séméiologie , nous empêchera de nous y arrêter. Disons plutôt un mot sur les substances les plus importantes que l'on trouve dans ce sédiment et qui sont étrangères à la composition de l'urine; ces corps sont : du sang, du mucus et du pus.

« Si quis sanguinem aut pus mingat, renuin aul vesicœ exulceratio signijicatur, 11 a dit Hippocrate, dans l'aphorisme 75 de la quatrième section ; section dans laquelle se trouvent plusieurs autres sentences sur le sujet qui nous occupe. La sortie du sang par le canal de l'urèthre, peut avoir plusieurs causes. Tantôt ce liquide est pur et remplace l'urine; le rein, dans ce cas, n'a pas rempli ses fondions, et le sang l'a pour ainsi dire traversé comme une éponge. Ces cas sont rares. 11 arrive plus souvent que le sang se mêle à l'urine, soit parce qu'il a traversé, comme dans le premier cas , une partie du système rénal ; soit, ce qui est bien plus fréquent , parce qu'une ulcération ou une altération morbide du tissu du rein lui a livré passage. La présence du sang dans l'urine peut enfin dépendre d'une lésion de la vessie ou du canal de l'urèthre. Si le sang sort seul, et le premier, il vient du canal de l'urèthre; s'il est intimement mêlé à l'urine , et ne s'en sépare que quelque temps après l'excrétion , il vient du rein ; s'il sort presque pur , et quand la plus grande partie de l'urine a été rendue, pour ainsi dire , incolore, c'est la vessie qui le fournit.

Les mêmes observations devront s'appliquer au mucus et au pus que l'on trouvera dans l'urine, lorsqu'on voudra reconnaître de quelle source ils proviennent. Voyons maintenant comment on pourra distinguer entre eux le mucus et le pus. Pour y parvenir, on examinera avec soin le sédiment de l'urine. Le mucus est blanc, légèrement jaunâtre, demi-transparent, filant, souvent inodore , et quelquefois tellement adhérent au vase qui le contient , qu'on peut renverser celui-ci sans que le mucus s'écoule. Le pus est blanc , verdàtre, opaque, non adhérent au vase , et presque toujours il répand une odeur fétide. Le sédiment participe fréquemment des diverses qualités que nous venons d'énoncer ; il est mucoso-purulent. On a trouvé dans le sédiment d'autres corps étrangers à l'urine. M. Wagendie y a vu des poils,

Vexcrétion de l'urine donne quelquefois, par la manière dont elle se fait, des signes importans pour le diagnostic des maladies des voies urinaires et des autres appareils.

La dysurie , dV? difficile , douloureux, cu.co-j urine , ou l'excrétion douloureuse de l'urine peut dépendre de la nature du liquide ou de l'état des parties qu'il traverse. Lorsque l'urine contient une plus grande proportion d'acide ou qu'elle laisse déposer quelques petits graviers , son excrétion occasionne île vives douleurs , il est facile d'en reconnaître la cause. Dans la blennorrhagie , la cystite et souvent même dans la fièvre muqueuse, la dysurie tieut à l'augmentation de sensibilité du canal de l'urèthre ou de la vessie , et à la douleur que ces membranes éprouvent , soit par la contraction des parties ensironnantes , soit par le passage de l'urine sur la membrane muqueuse. Ces douleurs ont surtout lieu au commencement et à la fin de l'excrétion.

La strangurie, crpayl goutte, cjf.c-j urine, ou l'émission goutte à goutte de l'urine , urinœ sldicidium des Latins , dépend le plus souvent d'une maladie de la vessie ou du canal de l'urèthre ( vjez les articles dans lesquels ces diverses aff'ections sont décrites). La strangurie peut aussi être le résultat d une paralysie de la vessie , et les gouttes d'urine qui s'écoulent sortent alors par regorgement, comme on le dit.

L'ischurie , i7j;(u j'arrête, eu^sv urine , ou rétention d'urine, estsouvent causée par une lésion organique ou mécanique des voies urinaires , mais elle dépend aussi de modifications morbides du .système nerveux dont elle contribue à éclairer la nature et la gravité. Nous avons fait connaître plus haut les signes qui distinguent la rétention d'urine de la suppression de cette sécrétion. La rétention d urine , annonce ordinairement le dcveloppeaient ou l'augmentation de lésions cérébro spinales.

Ainsi on l'observe dans l'apoplexie, dans la méningite, suivie d'épanchenient séreux ou purulent ,jdans les affections cle la colonne vertébrale et de la moelle épinière, dans la fièvre typhoïde , quand les symptômes cérébraux augmentent d'intensité , etc. Sa persistance donne de la gra\ité au pronostic. INI. Landré Beauyais, Séméiologie j page 219, dit que la rétention d'urine peut servir de crise

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à la péripneumonie , et il ajoute que cette crise est très-rare à la vérité. Nous ne connaissons pas de fait où elle ait été observée dans ce cas , sans le développement d'une lésion grave et ordinairement funeste des organes encéphaliques.

L'incontinence d'urine , fort commune cliez les vieillards, par le simple affaiblissement des organes , a peu d'importance séméiologique. Mais dans le cours des maladies aiguës, elle peut dépendre d'un relâchement du col de la vessie, d'une inflammation , d'une tunique ou des parois vésicales , d'un état spasraodique ou d'une contraction permanente de la vessie. Ce signe est ordinairement fâcheux dans la fièvre typhoïde. Lorsqu'on l'observe , il faut rechercher avec soin, s'il existe ou non , en même temps que la rétention d'urine. La forme de l'hypogastre et la percussion de cette région , donneront cette connaissance.

Les altérations que l'urine subit dans sa composition fournissent à la séméiologie des signes que nous ne pouvons passer sous silence. Plusieurs d'entre eux surtout étant devenus dans ces derniers temps de la plus haute importance pour le diagnostic de quelques maladies , nous indiquerons les signes que donnent : 1° les changemens de proportion subis par les principes constituans de l'urine; 2° la présence dans l'urine d'élémens qui lui sont étrangers , mais qui existent dans le sang ; 3" enfin nous verrons quels signes l'on obtient du développement de principes nouveaux qu'on ne retrouve pas dans le sang.

l». Les acides de l'urine augmentent assez dans ce liquide pour rendre son émission douloureuse et brûlante. Le papier de tournesol rougit alors plus vite et davantage que dans l'état normal. Dans d'autres cas , l'acide urique se concrète et se dépose en gravelle ou eu calcul; la présence d'une grande quantité d'acide urique dans l'urine donne le soupçon de la composition du calcul. L'usage des alcalis remédie très-souvent à ces diverses maladies , ainsi que l'ont démontré les expériences de M. Magendie ; la dernière cependant ne cède pas fréquemment h l'action de ces moyens. L'introduction des alcalis dans l'économie manifeste promptement sa présence dans l'urine. M. Petit, l'un des médecins-inspecteurs des eaux minérales de Vichy , a publié quelques faits qui prouvent que quelques goutteux éprouvent du soulagement, lorsqu'on rend leur urine alcaline par l'usage de ces eaux.

On trouve les urines alcalines chez quelques malades qui ont en même temps de l'albumine dans ce liquide sécrétoire. M. Orfila a constaté son alcalinité chez des sujets atteints de fièvre typhoïde ou putride. Pour que l'alcalinité soit démontrée, il faut que le papier de tournesol rougi par un acide, reprenne sa couleur bleue par le contact de l'urine , au moment où ce liquide vient d'être rendu ; car nous avons constaté qu'il suffisait quelquefois d'une ou de deux heures pour qu'il passât de l'état acide à l'état alcalin.

L'urée disparaît souvent de l urine des diabétiques. Ce liquide devient alors, pour ainsi dire, végétal. Cependant M. Barruel a démontré que l'absence de l'urée n'est pas aussi constante dans le diabètes qu'on l'avait avancé. ( Fojez Urée. )

2°. Le principe le plus important qui entre dans la composition du sang et que l'on trouve accidentellement dans celle de l'urine est l'albumine.

Depuis Fourcroy , plusieurs médecins ou chimistes ont démontré la présence de l'albumine dans l'urine. Mais c'est surtout depuis les importans travaux de M. Richard Bright, publiés à Londres, en 1827, dans lesquels il fait connaître le rapport de certaines liydropisies accompagnées d'urines coagulables ou albumineuses avec des lésions particulières des reins , que l'attention des méilecins a été éveillée sur l'étude de ce signe remarquable. MM. Wells, Christison, Grégory , Alisson , Hamilton en Angleterre, et MM. Rayer, Constant et Sabatier en France, s'en sont occupés. Les observations de M. Constant sont consignées dans la Giizette médicale du 15 janvier 1834 ; le travail de M. Sabalier a été publié dans les Archives générales de médecine , 1834. Quelques-

nns des fairs observés par M. Rayer ont servi à la composition des excellentes thèses de deux de ses élèves. Celle de M. Èdouard ïissot a été soutenue en 1833, n» 223, et celle de M. Désir en 1835 , n" 364. Nous avons , en deux années , observé douze cas d'hydropisies , avec urines albumineuses , et nous avons recherché l'existence de ce signe dans plusieurs maladies. Disons quelques mots sur ce signe d'après les faits que la science possède et d'après ceux que nous avons observés.

Les urines qui contiennent de l'albumine ne présentent point de caractères physiques qui leur soient bien particuliers : elles offrent souvent la couleur normale de l'urine; elles sont parfois peu colorées; d'autres fois elles sont colorées et rougies par du sang , etc. Nous les avons constamment trouvées transparentes, au moment de leur émission , dans les douze cas que nous avons observés. D'autres médecins disent au contraire qu'elles sont habituellement troubles. Elles prennent quelquefois ce caractère par le refroidissement. Leur odeur est en général moins prononcée, même le lendemain de l'excrétion, que celle de l'urine normale; elles se putréfient beaucoup moins promptement. Leur pesanteur spécifique est un peu moindre. Les urines albumineuses sont tantôt acides et tantôt alcalines ; mais on ne peut affirmer qu'elles ont cette dernière propriété, que quand on les essaie au moment de l'émission ; car celles qui sont acides passent facilement à l'état alcalin. Les urines albumineuses contiennent ordinairement beaucoup moins d'urée que l'urine de l'homme sain , et ce principe se retrouve , à ce qu'il paraît alors , dans le sang.

L'analyse chimique est le meilleur moyen de constater la présence de l'albumine dans l'urine. On peut bien , en agitant ce liquide dans l'atmosphère ou en soufflant dedans avec un petit tube , soupçonner la présence de l'albumine; car la mousse ou les bulles qui se forment sont plus nombreuses et plus durables que si on s'était servi de l'urine ordinaire. Ces bulles sont semblables à celles que l'on obtiendrait en battant de l'eau chargée de blanc d'ceuf. Mais de l'urine

très-chargée de mucus donnerait le même résultat. Il vaut mieux démontrer l'existence de l'albumine à l'aide de réactifs qui ne laissent point de doute sur sa présence. Le plus employé est l'acide nitrique. Aussitôt qu'on en verse quelques gouttes, il détermine un précipité abondant, qui ne doit point se dissoudre dans un excès d'acide, mais qui est soluble par l'addition de quantité suffisante d'alcali.

Le calorique, par sa propriété de coaguler promptement l'albumine , serait un excellent réactif pour reconnaître ce principe , puisqu'il aurait, en outre, l'avantage de ne point altérer les autres élémens de l'urine; mais, pour qu'il donne ce résultat, il faut que l'albumine soit dans une proportion assez considérable , et il faut enfin , si l'urine est alcaline , la rendre acide avant de l'exposer à la chaleur. Ces inconvéniens , quoique légers, font donner la préférence à l'acide nitrique, dont l'usage est plus prompt et plus facile. Au reste, on emploie souvent ces deux moyens successivement , afin d'avoir une certitude parfaite sur la présence de l'albumine.

Les solutions de sublimé, l'alcool et l'acide tannique ou infusion de noix de galle , ainsi que beaucoup d'autres substances , indiquées comme bons réactifs pour reconnaître l'albumine isolée, sont insuffisans pour les urines albumineuses : le sublimé , parce qu'il précipite de même le mucus et qu'il est décomposé parles différens sels de l'urine; l'alcool et l'infusion de noix de galle, parce qu'ils précipitent aussi bien les nuages solubles par la chaleur que l'albumine.

La quantité d'albumine varie beaucoup dans les urines. Nous avons vu une dame de Chartres , affectée d'œdème des membres inférieurs , accompagné d'ascite , dont l'urine était tellement albumineuse qu'il suffisait d'une ou deux gouttes d'acide nitrique pour faire prendre deux onces de ce liquide en masse caillebottée. Les proportions d'albumine sont ordinairement beaucoup moins considérables. Le plus souvent les urines albumineuses forment, par l'addition de l'acide nitrique, un nuage épais , très-opaque et blanchâtre, qui se précipite au fond du vase et qui se redissout lorsqu'on l'agite dans l'urine non saturée d'acide. Un excès d'acide le rend insoluble; mais il reprend sa solubilité par l'addition d'une quantité suffisante d'alcali. On peut , au reste , apprécier la proportion d'albumine , soit par la dose d'acide employée, soit par la masse de coagulum. C'est dans ce cas qu'il vaut mieux exposer le liquide à la chaleur , puis le filtrer et peser ensuite le coagulum.

MM. Bright et Christison ont trouvé moins riche en albumine le sérum du sang des sujets dont les urines étaient albumineuses. Cependant nous avons vu ce sérum se prendre en masse tout aussi bien que celui des autres sujets. MM,^ Bright, Christison, Young et Rayer, ont constaté la présence de l'urée ou d'une matière analogue dans le sang des individus atteints d'albuminurie. Il parait, au contraire, que leurs urines n'en contiennent point ou très-peu.

Les urines de beaucoup de sujets atteints d'infiltration des membres , puis d'ascite, sont albumineuses. Wells les a trouvées de cette nature quarante-huit fois sur cent trente cas d'ascite, et quatorze fois sur vingt cas d hydrothorax. Sur vingt-cinq hj'dropiques , M. Rayer en a vu treize à la Charité, dont les urines étaient albumineuses ( 1833, Thèse de M. Tissot). Nous avons observé l'ascite accompagnée d'albuminurie dans la proportion des deux cinquièmes à-peu-près, avec l'ascite produite par toutes les autres lésions qui l'occasionnent. La présence de l'albumine dans l'urine mérite donc bien l'attention des médecins.

Dans les cas d'hydropisie, l'albuminurie est permanente : elle est passagère dans l'hématurie et peut cesser aussitôt que le sérum du sang ne s'échappe plus du rein. M. Rayer (Thèse de M. Désir, page 19) a constaté l'état albumineux de l'urine, pendant quelques jours seulement, chez neuf sujets atteints des maladies suivantes : inflammation de l'aorte, endopéricardife, bronchite double, pneumonie, gastro-entérite, variole hémorrhagique , variole confluente , courbature. Quatre de ces malades étant morts , l'autopsie a démontré que les reins ou la vessie olTraient diverses lésions. Nous avons constaté l'état albumineux de l'urine chez une malade atteinte de rhumatisme aigu. Le précipité était insoluble dans un excès d'acide. Le lendemain les urines avaient repris leur état normal : l'albuminurie, dans ces circonstances , tient probablement à un état passager de fluxion sanguine du système urinaire , et à une élaboration moins parfaite de l'urine.

On pourrait penser , d'après l'observation de quelques faits et les analyses de MM. Thenard et Dupuytren , que le diabélès marche vers l'amélioration , quand ^ au commencement de la maladie, l'urine ne contient pas d'albumine, et que ce principe vient ensuite à s'y développer. On peut enfin, quand un sujet présente constamment les urines albumineuses, craindre qu'il ne soit prochainement atteint d'hydropisie et qu'il ne succombe. M. Désir rapporte qu'il entra dans le service de M. Rayer un homme qui ne présentait d'autres symptômes que de la lassitude et des urines albumineuses , et qui plus tard fut atteint d'hydropisie et mourut.

Le peu de mots que nous venons de dire suffit pour prouver que la présence de l'albumine dans l'urine constitue un fait important de pathologie et de séméiologie. Le nom de maladie granuleuse de Bright, donné aux affections des reins avec hydropisie , dans lesquelles on observe ce symptôme d'une manière continue, a l'inconvénient de faire croire a l'existence de granulations que l'on ne rencontre que dans le plus petit nombre des cas , comme nous le verrons plus bas. M. Rayer désigne ces affections sous le nom de néphrite albumineuse , et il en reconnaît six variétés. Celte dénomination ne nous semble pas plus convenable , parce que le mot néphrite entraîne avec lui l'idée d'inflammation , et qu'il s'en faut beaucoup que les symptômes et les lésions anatomiques des états morbides qu'il représente puissent se rapporter tous à une phlegmasie des reins.

I URINE. ( ous croyons qu'il vaudrait mieux employer une expression plus générale pour lésigner collectivement ces diverses affections. Et, de même que Ion se sert du ciot hématurie pour indiquer des lésions différentes du système urinaire,de oême, quand il s'agirait des lésions du rein, dont nous nous occupons, on lourrait employer le mot albuminurie ^ que nous proposons. Les expressions j'aniilations ou néphrite albuinineuse , indiquant des lésions déterminées, mais on constantes, ne sauraient être consacrées sans inconvénient pour l'étiologie t le traitement. Le mot albuminurie nous semblerait préférable, parce qu'il xprime uniquement un fait, ne hasarde et ne préjuge rien sur la nature et le raitement du mal qu'il recommande seulement à la sagacité du médecin. Dans les cinq autopsies que nous avons faites de sujets hydropiques, dont les fines avaient été albumineuses , nous avons seulement trouvé deux fois les graulations décrites par M. Bright. Dans l'un des deux cas, la substance corticale ui les renfermait était rouge et consistante ; un cancer existait en même temps l'estomac. Chez l'autre sujet, les granulations étaient au milieu d'une sub- :ance corticale légèrement pâle et blafarde; le bord adhérent de la valvule miale était ossifié , et quelques points osseux, reconnus depuis long-temps , exislient à l'orifice aortique et à l'artère radiale. Il n'y avait aucune apparence de l'ranulations dans les trois autres cas. Deux d'entre eux présentaient un état ^lafard et anémique de tout le tissu des reins. Dans le troisième cas , nous avons '•ouvé, avec M. Nivet, la substance corticale des reins rouge, légèrement hyi ertropliiée , et leur substance tubuleuse atteinte d'une dégénérescence graist3use très-prononcée. Ces lésions et plusieurs autres ont été observées par ilM. Bright , Rayer et un grand nombre d'observateurs. La plupart d'entre elles Jpnt loin de dénoter une phlegmasie du tissu des reins, phlegmasie dont Wells [; Blackall n'admettent pas l'existence. Quelques douleurs dans la région lomaire, de la fièvre que l'on observe quelquefois, des urines sanguinolentes, et is succès obtenus par les antiplilogistiques , peuvent faire penser que , dans uelques circonstances , les reins sont le siège d'une inflammation ; mais ces cas s sont pas les plus communs. Si nous notons enfin que l'on n'a pas trouvé de lUs dans les reins de sujets atteints d'hydropisie albuminurique , et que, quand existe une néphrite par suite de la présence d'uu calcul dans les reins, il est ire de voir les urines devenir albumineuses ; on conviendra qu'il y a peu de aison entre ce signe et l'inflammation des reins.

Des altérations aussi variées que celles que l'albuminurie peut faire soup- )nner dans les hydropisies où on l'observe , laissent une grande incertitude j^ns le tr;<itement à employer. Il est hors de doute que ce traitement doit être iés-variable. La gravité des lésions le rend le plus souvent iufructueux. Jusqu'à résent, en effet, la plupart des malades affectés d'hydropisie, avec l'alburaiiirie , ont succombé à cette afléction. On fait disparaître l infiltralion et les )llections séreuses , mais le plus souvent les urines continuent à être alhumiiuses, et les malades finissent par succomber. M. Tissot rapporte que M. Rayer obtenu de bons effets de la racine de raifort sauvage, cochlœaria armoracia j )nnée en décoction à la dose de deux gros à une once et demie dans un litre eau. Nous avons obtenu de ce moyen des avantages passagers [f^oyez Rai- )r.T). Des frictions mercurielles sur la région lombaire, deux ou trois pilules )nnées chaque jour pendant plusieurs semaines, et composées de trois grains onguent uiercuriel, deux grains de savon médicinal et un grain de scille ont ;ussi dans deux cas où il n'y avait point de fièvre , à dissiper entièrement œdème, les collections séreuses , et à faire disparaître presque complètement

disposition albumineuse des urines. Les reins de ces malades étaient-ils graileux ? c'est ce que nous soupçonnions. La même médication a échoué dans autres cas que nous croyions analogues. Enfin , nous avons vu la saignée réitée, faire cesser l'œdème, et faire presque entièrement disparaître l'albuine des urines d'une femme qui avait de vives douleurs lombaires , de la fièvre,

qui eut quelques hématuries pendant le cours de la maladie. Cette variété ingestive et inflammatoire est celle que la thérapeutique attaque avec le plus ! succès. Il n'en est pas de même lorsque le tissu des rems est plus ou moins timement affecté.

Nous devions entrer dans ces détails pour montrer combien il est important : constater la présence de l'albumine dans l'urine, afin d'établir plus sùi ement diagnostic et le pronostic de quelques maladies , et en particulier, d'hydrosies mal connues jusqu'à ces derniers temps.

3o. De tous les principes étrangers au sang et que l'on trouve quelquefois ns l'urine , le plus important à signaler est la matière sucrée que l'on rencontre ez quelques diabétiques et que l'on peut facilement reconnaître , soit à l'aide \ goût, soit par l'analyse chimique.

Nous nous abstiendrons de rappeler une foule d'autres substances qui ont été

t marquées dans l'urine pendant le cours de diverses autres maladies, et que l'on Duve indiquées dans tous les ouvrages de chimie. Nous rappellerons seule- ;nt que les principes de l'urine peuvent se montrer dans les autres liquides l'économie, particulièrement dans le sang , et que ce phénomène a surtout 3 signalé dans la fièvre urineuse.

On peut par l'inspection de l'urine reconnaître l'usage de quelques aliens et de certains médicamens ; nous l'avons déjà dit en parlant de l'odeur de liquide. Quelques chimistes y ont constaté la présence de l'iode et du fer; us n'avons pu les y rencontrer dans un assez grand nombre de tentatives que us avons faites; mais nous avons reconnu souvent avec quelle facilité on fait Isser l'urine à l'état alcalin par l'usage du carbonate de soude ou de médical'3ns analogues.

On a pu voir dans quelques passages de cet article avec quel soin l'u- :ie doit être étudiée sous le rapport de la sëraéiologie, puisque dans la plu-

DlCT. DE MÉDECIKE ET DE CHIRURGIE PRATIQUES.

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