URTICAIRE
les personnes dont la peau jouit d'une grande sensibilité'. Un jeune doreur sur métaux produisait à volonlé , sous mes yeux , les taches blanches de l'urticaire , eu se frottant ou se pinçant la peau des bras et du visage. Dans une foule de cas , celte éruption a paru liée à un dérangement des fonctions des organes digestifs , et surtout de l'estomac , niais je l'ai observée chez des personnes qui jouissaient d'ailleurs d'une bonne santé.
Les élevures apparaissent à des époques irrégulières , tantôt sur un point, tantôt sur un autre ( Urt. evanida , Willan ); souvent elles se moulrent spécialement sur une région , sans être accompagnées de fièvre , et disparaissent ordinairement au bout de quelques heures. Les plaques sont le plus souvent irrégulières, et ressemblent assez bien à celles que produit la flagellation ; elles n'ont point d'auréole érytliémateuse , et ne présentent d'autres symptômes qu'une très-vive démangeaison; dans quelques cas, le prurit est remplacé par une sensation de picotement, sous la peau, semblable à celle que détermine la piqûre d'une aiguille ( Urt. subcutanea, Willan ). L'éruption, presque nulle, est bornée à quelques points rouges peu élevés , et à un petit nombre de taches qui apparaissent à des intervalles fort éloignés. Cette variété d'urticaire est trèsrare , et ordinairement occasionnée par des affections morales vives.
L'urticaire chronique se (irésente quelquefois avec des caractères plus graves { Ui'l. tuberosuj Willan); ce ne sont plus seulement des élevures, légèrement proéminentes , mais bien de véritables tubérosilés, plus ou moins larges , dures , profondes, s'étendant au tissu cellulaire sous-cutané, quelquefois accompagnées de véritables ecchymoses, de gêne dans les mouvemens, et d'une tension trèsdouloureuse de la peau. Ces tumeurs prurigineuses apparaissent le soir ou la nuit, et, le lendemain , elles ont entièrement disparu, laissant le malade faible, abattu , inquiet , et sous le poids d'une lassitude générale. Elles se montrent surtout sur les lombes et sur les membres; mais elles peuvent occuper presque toute la surface du corps , occasionner une tuméfaction générale de la face , du cou et des membres , être accompagnées de dyspnée , d'irrégularité des batlemens du cœur , et d'autres sympLôines plus ou moins graves , qui le plus souvent se sont développés sous l'intluence d'un accès de fièvre ( F'ebris intei miltens ui'tican'a, Franck) ; l'éruption disparait complètement, avec la fièvre, et reparait avec elle.
Ces variétés d'urticaire chronique, irrégulières dans leur marche, disparaissent quelquefois pendant quelques jours, ])Our se reproduire , sans causes appréciables, à des époques plus ou moins éloignées. Ce n'est souvent qu'après plusieurs mois de durée, et quelquefois après plusieurs années , qu'elles cessent complètement, d une manière spontanée , ou à la suite d'un traitement méthodique. Treuner cite un cas dans lequel la durée de l'exanthème fut de dix années, et Heberden parle d'un cas plus rebelle encore, dans lequel elle exista pendant dix-sept ans. L'exanthème est suivi, lorsqu'il a été très-intense, de desquamation furfuracée.
L'urticaire accompagne quelquefois une fièvre intermittente, quotidienne ou tierce. Jos. Franck l'a observée sous cette forme à Pavie , dans les mois de mai et de juin 1794, et à Wilna dans les mois de mars et avril 1812, sur un assez grand nombre d'individus, pour que cette fièvre intermittente pût être considérée comme épiclémiijue . L'urticaire est quelquefois associée à des affections chroniques, d'un ou de plusieurs viscères. Sa liaison avec des affections des organes digestifs est Irès-fi équente ; elle est plus rare avec des inflammations des voies aériennes. Le docteur Clarke a vu l'urticaire se développer assez fréquemment chez les femmes atteintes de cancer de l'utérus, et je l'ai observée trois fois chez des femmes nerveuses , à la suite de fausses couches. Dans les rhumatismes , accompagnés d'éruption (Jlb^res rhumalismules éruptii'es) ,^'a\ observé presque aussi souvent des élevures orliécs que des taches érjthémalenses ou roséolées. L'urticaire peut coexister avec d'autres maladies de la peau, avec le lichen simple, avec l'érythème , avec la roséole, et quelquefois avec l'impétigo. Wickman l'a vue compliquer la variole , et Hufeland la rougeole et l'ictère. J'ai vu un malheureux patient atteint d'urticaire et de prurigo, et dont le corps était couvert de taches de sang et de larges égratignures , se déchirer la peau avec une sorte de fureur.
§ m. Causes. Indépendamment des causes déjà exposées , il en est d'autres que je dois rappeler : chez quelques personnes, la peau est tellement prédisposée à cette éruption, qu'il suflît du plus léger frottement et de la moindre pression pour la déterminer. L'urticaire se déclare surtout, pendant l'été, chez les femmes et les individus nerveux et sanguins , et plus souvent chez les enfans et les adultes que chez les vieillards. Cependant le froid paraît exercer une influence remarquable sur son développement ; les taches ortiées apparaissent surtout lorsqu'on expose certaines parties du corps à l'air, et J. P. Franck assure que cette maladie est aussi rare en Italie qu'elle est commune en Russie.
On a vu l'urticaire se reproduire périodiquement tous les mois , ou à des intervalles plus éloignés.
^ IV. Diagnostic. Les feuilles de Vurlica dioica , et de Vurtica urcns , le i-hus toxicodendi-unt, les piqûres du cimex lecluarius, ou bien encore, suivant Réaumur , le contact de petits poils de quelques chenilles , peuvent donner lieu au développement de plaques ortiées , que leur peu de ilurée doit faire soigneusement distinguer des urticaires chroniques , orclinairement si rebelles. Dans ce cas, ])our établir le diagnostic , il suffit de remonter à la cause de l'éruption. Les élevures ùlnnches , proéminentes , entourées de larges auréoles, propres à l'urticaire, diffèrent non-seulement par cette apparence des taches de 1 érythème , mais encore par la sensation particulière de piqûre , de cuisson et de démangeaison qui les accompagne. La marche aigué, continue et persistante de Yerjtheina nodosum le distingue de Vuriicaria luberosa, qui se reproduit or-
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dinairement sous forme d'accès. Les taches de la roséole ne peuvent être con- ' fondues avec les élevures d'un blanc mat de l'urticaire , et ne sont point accom- \ pagnées du prurit qui la caractérise. Les urticaires chroniques s'éloignent de la scarlatine et de la rougeole par leur marche et une foule de caractères. Cependant l'urticaire n'est pas toujours bien dessinée sur toutes les parties qu'elle ' occupe : j'ai vu un cas à'urt.febriLis, dans lequel les taches mamelonnées, blan- i châtres , et prurigineuses , étaient accompagnées d'une rougeur vive des bourses ' et du pénis , qui avait entièrement l'aspect de la scarlatine; sur la poitrine, : l'éruption avait presque l'apparence de la rougeole, c'est-à-dire qu'elle cousis- ! tait en demi-anneaux dont le centre ou les aires étaient occupés par de la peau j saine. Ce qui distinguait l'urticaire , dans ce cas, c'était ses élevures mamelon- ' nées sur quelques points, et l'absence des autres symptômes de la rougeole et S de la scarlatine. I Les papules du lichen urlicalus sont arrondies , moins étendues et moins sail- ■ lantes que celles de l'urticaire ; leur teinte est plus foncée, elles sont plus résistantes , et ne disparaissent jamais spontanément. Ou pourrait encore plus i difficilement prendre pour l'urticaire les papules ou les tubercules isolés , persistans , produits par la piqûre de certains insectes { cousins , punaises ), et qui sont aussi accompagnées d'une vive démangeaison. Enfin, il y a si peu d'ana- ' logie entre l'exanthème de l'urticaire et les vésicules de la miliaire, que je suis étonné que Jos. Franck ait cru devoir établir un parallèle entre ces deux ma- \ ladies.
§ V. Pronostic. L'urticaire aiguë n'offre par elle même aucun danger. Lorsqu'elle est produite par l'ingestion de substances vénéneuses, celles-ci peuvent occasionner des accidens plus ou moins graves , même la mort ; mais l'éruption i est tout-à-fait étrangère à cette fatale terminaison. Les urticaires chroniques ' sont souvent très-rebelles.
La disparition de l'exanthème a quelquefois été suivie du développement Ott j des progrès d'une inflammation intestinale, ou d'une affection cérébrale.
D'un autre côté , quelques inflammations intérieures ont paru diminuer par i le développement de l'éruption. Koch cite l'exemple d'une pleurésie qui fut I enlevée tout-à-coup par le développement d'une efllorescence ortiée. Dans d'autres circonstances , elle peut être critique, ou apparaître en même temps i que s'opère la solution d'une maladie plus ou moins grave : tel était le cas d'un : ouvrier des ports , atteint d'une double pneumonie , placé dans mon service, , à l'hôpital Saint-Antoine, et chez lequel apparurent , au moment de la résolu- ' tion , une parotide , et presque immédiatement une urticaire et un groupe I d herpès phlycléno'ide sur une des oreilles.
g VI. Traitement. L'exanthème artificiel, produit par la piqûre des orties, j bien distinct delà fièvre ori/e'e , ne réclame le plus souvent aucun traitement. , Si le nombre des piqûres a été considérable, si l'éruption occasionne de laga- • cément, de l'insomnie ou d'autres symptômes nerveux , on les calme par des ( applications locales , acidulées, par des bains froids, simples ou acidulés , ou ;i par des lotions avec l'acétate de plomb liquide étendu d'eau froide. I'
Lorsque l'urticaire aiguë est le résultat de l'ingestion de certaines substances i vénéneuses oa rendues délétères par une idiosyncrasie particulière , si le vo- ' missement ou les évacuations alvines n'ont pas eu lieu , il faut se hâter de les « provoquera l'aide du tartre slibié ou de l'ipécacuanha ; quelques médecins préfèrent même, lorsque les symptômes sont graves, recourir sur-le-champ i! au sulfate de zinc ou au sulfate de cuivre , à cause de la rapidité avec laquelle I ils provoquent le vomissement. Après les évacuations , si la maladie s'est dé- i veloppée chez un adulte, on donne une boisson fortement acidulée avec l'acide nitrique et vingt à trente gouttes d'éther dans deux ou trois onces d'eau distillée sucrée. Le lendemain , si les évacuations alvines n'ont pas été assez abondantes, on fait prendre au malade deux onces d'huile de ricin ou quelque j substance laxative et le surlendemain un bain tiède.
L'urticaire aiguë est-elle indépendante de l'ingestion d'une substance vcné- \ neuse? est elle jointe à une inflammation de la membrane muqueuse ? apparaîi- ! elle momentanément dans les paroxysmes de cette dernière affection? Les saignées locales à l'épigastre et à la marge de l'anus , les boissons délayantes, les lavemens émolliens , les bains tièdes d'eau de mauve, d'eau de laitue, une diète plus ou moins sévère, remplissent dans ce cas une double indication, et la guérison s'opère. Lorsque l'état de la constitution ne .s'y oppose pas formel- j lement il faut même, dans un assez grand nombre de cas , recourir à la saignée , dans Yurticaria tuberosa , la violence des accès exige même qu'on la répète. Le sang est presque toujours couenneux ; et, après la saignée, j'ai vu les fièvres ortiées quelquefois s'éteindre et être toujours modifiées d'une manière avantageuse. Lorsque l'urticaire est accompagnée d'une inflammation du pharynx , de l'intestin et des bronches , la saignée peut être en outre nécessitée par ces dernières afl'ections ; mais il ne faut pas répéter les saignées , dans l'espérance d'éteindre l'éruption , si la première évacuation sanguine n'a pas procuré un soulagement notable. J'ai fait saigner , trois fois en huit jours, un malade atteint d'une urticaire aiguë conflucute ( urt. conferta , Willan), sans modifier sensiblement l'éruption qui céda plus tard à des bains frais. J'ai vu des taches ortiées , blanches et proéminentes êire momentanément rappelées par un bain frais; mais elles n'étaient plus accompagnées de démangeaison ni de cuisson. Lorsque la violence des démangeaisons occasionne une insomnie presque complète, il faut avoir recours aux préparations opiacées.
Dans l'urticaire chronique on recherchera si le développement de l'éruplion est favorisé par l'usage habituel de quelques boissons ou de quelques alimens, dont il importerait de supprimer l'usage. Plusieurs malades ont éprouvé un prompt soulagement, suivi d'une guérison complète , en «'abstenant de substan-
UETICATIOW.
UTERUS (MALADIES DE L ).
es spiritueuses , des alimens épicés , et en se soumettant à un régime doux il régulier.
Lorsque l'urticaire est intermittente , et sous la dépendance d'une fièvre l'accès , l'exanthème cède ordinairement avec la fièvre aux préparations de {uinquina ou à d'autres fébrifuges. J'ai même employé plusieurs fois le sulfate le quinine avec succès contre de simples paroxysmes de fièvre ortiée, n'ayant joint les caractères d'une fièvre intermittente , et pendant lesquels l'éruption 16 montrait sur un grand nombre de régions et avec plus de violence.
Enfin, j'ai vu plusieurs exemples d'urticaires chroniques et rebelles qui, près avoir été combattues sans succès par la diète et un traitement antiphlo- [istique, ont guéri sous l'influence des purgatifs , des bains alcalins, des bains t des douches de vapeurs. Plusieurs de ces urticaires étaient héréditaires et léveloppées sans causes appréciables.
Celse ( De re /ne(/(câ , lib. I , cap. xxvui , 15 ) dit qu'il se développe quelquefois à la peau les élevures analogues à celles que produit la piqiire des orties. Les médecins arabes décrivent «Ue éruption sous le nom d'esséra (Ctieminz, Diss. de essera Arabum , Hafg , 1707 ), dopté par plusieurs palbologl.sles. Les caractères de Vurlicavia fehrilis (Sydenbam, Obs,
fied. %. V, cap. VI , febris erysipelatosa ) ont été assez bien exposés par Sydenbam , par Juncer ( Conspect. med, pract , tab. 64) , et par Sauvages ( Nosol meth . , scarlat. urtîcata ) , et ce Ijlernier a désigné l'urlicaria evanida , sous le nom de porcelaine. Des observations et des re- •inarques ont été publiées sur Turticaire produite par les moules (Moerbing, Mpht, ad îj^evl^ '°fi (]'"^ mytiilorum venenum et ab eo na/as papulas culiculnres illustrai. Bern , 1742 Haîler, Collée. dIss. pract. , t. III , n. 88 ), et par les écrevisses ( Gruner , Pr. De febri uricald a caneris Jluviatilihus et J'ragariix vesdfi fructu , Jena Î774) , par la cliair de porc et |)ar d'autres substances alimentaires ( Winter bottom Medic. facts and observations , vol . v, . 6) ou médicamenteuses. Franclc parle d'une urticaire compliquée de sphacèle (Inleip. clinic. , . I , p. 41 1 ). Urticaria typhodes, cum spbacelo ). Micbaclis a fait quelques remarques sur les ccidens qui surviennent après la suppression f Tïufelaud und Himly, journ, der pr. , lleilk , 812. Feb.,p. 54, 1810, Jauv., p. 29) de T ■uption ou sur sou développement comme maladie secondaire dans la variole j tjuelques observations ont été publiées sur l'urlicaiie tuberosa. Franck) (P.) Interpret , clinici^, ln-8", pars, i, Tubingae, 1812. Cazenave, [Nouvelle bihlio- Jièque médicale, in-S", 1827 ), et sur son traitement; sur les urticaires intermittentes. Franck (P.) , op. cit., p. 405-413. — Godard , Journ. de méd., t. X, 1759. — Plancbon , Tourn. de méd., t. xvit , 1762. Gol6 , Journ. de Sédillot, t. Lv. Clegîiorn, Obs, on the piderm, diseases in Minorca , Loudon , 1768 , et sur l'emploi des 4ain^ ^n/i'nj. ^ Tolberg. Bufeland, Journ. der pra/tt. Heilltunde xxvi , B. st p. 12) dans le traitement des urticaires broniques. Enfin la dissertation critique de Loecbner ( M. F ). De nova purpurœ specic Nesjelsucîil dicta an aspredo Celsi vel uredo Plinii et aurigo Vegetil et Apuleii ? (Epb nat. cur. ent. v et VI, p. 55) et les Mémoires d'Heberden ( of the nettle rash ). ( Medic. Transactions, b-S» , Lond. , vol. II , p. 173 ) , et de Kock ( Progr , de febre urticald , Lips. , 1792 ) , méritent 'être consultés.
(P. Rayer.)
URTICATION. On appelle ainsi les flagellations que l'on pratique sur le orps avec des orties fraîches, pour produire sur la peau de nombreuses élevues ou ampoules et déterminer une vive excitation sur cette membrane. Ce mot lent A'urlica, ortie. On sait que les orties , et surtout l'ortie grièche ou petite irtie , urlica ui ens , de Linné , sont pourvues d'aiguillons canaliculés , à la base lesquels on trouve un organe glanduleux , qui renferme un liquide transparent, acolore et caustique. Lorsque l'on touche la plante fraîche, ou lorsqu'on eu rappe une partie vivante , les aiguillons s'enfoncent dans la peau et y conduient le liquide irritant que nous venons d'indiquer. Quand les orties sont sèhes , leurs piqûres sont sans effet , ce qui prouve que c'est au liquide qu'elles écrètent , qu'il faut attribuer leur action.
Pour pratiquer l'urtication , on prend avec la main couverte d'un gant épais, jine poignée d'orties enveloppée de papier, et l'on en frappe vivement la parie, jusqu'à ce qu'il s'y développe de nombreuses échauboulures et une sorte l'érysipèle. On réitère cette flagellation , si cela est nécessaire, lorsque l'espèce 'eczéma artificiel s'est dissipée, et on l'entretient ainsi autant que l'indication exige.
Aussitôt après la piqûre de l'ortie fraîche , on ressent une cuisson brûlante , t l'on voit s'élever de petites ampoules proéminentes , blanchâtres à leur somlet , rouges à leur base, et qui occasionnent une vive démangeaison. Cette clion énergique des orties sur la peau, a fait employer l'urtication dès la plus aute antiquité , comme un révulsif actif et un moyen puissant d'exciter les larties sur lesquelles on la pratique : aussi l'urtication a-t-elle été employée lOur rappeler les éruptions cutanées supprimées , la rougeole, la scarlaine, etc. , faire reparaître les règles, réveiller l'action cérébrale engourdie par 'apoplexie , stimuler les articulations afl'ectées de rhumatisme chronique, les auscles paralysés et les parties atteintes d'insensibilité. On s'est surtout servi de ce moyen dans les campagnes où il est encore fréuemment usité à cause de sa facile exécution. On le néglige dans la ville, soit •arce qu'il n'est pas toujours aussi aisé de s'y procurer des orties fraîches , soit arce l'on trouve commode de le rempl icer par d'autres moyens rubéfians et rincipalement les sinapismes. On pourrait aussi lui substituer les frictions aites avec un mélange d'une partie d'huile de croton-tiglium et de six parties , -peu-près , d'huile d'amandes douces. Il est probable cependant que ces succéanés ne remplaceraient pas complètement l'urtication ; car le liquide irritant, ntroduit dans les ampoules de l'urticaire artificielle , doit avoir une action noable sur le reste de l'économie. L'urtication ne doit point être portée trop oin. Gardanne rapporte ( Conjectures sur ^électricité ; Recherches sur la coli- •ue métallique) qu'employée trop énergiquement sur un goutteux par un cliaritan , elle produisit un érysipèle phlegmoneux et des accidens graves. Des notions d'huile calmeraient les douleurs trop vives que l'urtication pourrait ccasionncr. (Martin Solon.)
UTERUS (Maladies de l'). Chargé de fonctions importantes et laborieuses , doué d'une structure vasculaire au plus haut degré, et en même temps composé d'élémens fibreux, tenant en quelque sorte le milieu entre la substance albuginée et la vasculaire, l'utérus devait nécessairement être souvent malade , et présenter des altérations très-variées ; c'est, en effet, ce que démontre l'expérience. Inerte dans les premiers temps de la vie, jusqu'au moment de la puberté , il doit rarement être, durant cette période, atteint de maladies importantes ; il n'est même fréquemment et gravement affecté , que chez les femmes qui font desenfans, ou qui en ont fait déjà : et ceci explique comment, bien que retombé dans la torpeur après l'âge critique , il est néanmoins plus sujet à devenir malade chez la vieille femme que chez la petite fille ; mais personne n'ignore que c'est surtout cet âge critique (et ce mot l'indique assez) , c'est-àdire l'époque où la menstruation et la fécondité cessent à-la-fois , qui est la plus favorable au développement des maladies chroniques , comme c'est le temps des couches qui est le plus apte à l'apparition des maladies aiguës de la matrice. Nous ne nous étendrons pas davantage sur ces considérations générales , encore moins sur des détails spéciaux qui se retrouveront aux différons articles déjà publiés dans ce Dictionnaire , et nous nous en tiendrons à une éuumération méthodique de ces diverses altérations.
§ 1er. f^ices de conformation. L'utérus manque quelquefois en totalité , ou bien se trouve réduit à des dimensions qui l'annullent, physiologiquemeut parlant, soit que les ovaires subsistent ou non. Dans le premier cas , il y a absence de tout phénomène menstruel , les mamelles ne se développent pas plus que chez l'homme , etc. ; dans le deuxième , on observe le molimen , et quelquefois des écoulemens sanguins supplémentaires , les mamelles sont développées , et l'attrait des sexes l'un pour l'autre se prononce assez pour entraîner parfois au libertinage. On voit quelquefois l'utérus réduit à l'une de ses moitiés latérales, avec une seule trompe, un seul ovaire ; plus souvent , on le trouve bifurqué, composé même de deux corps et de deux cols distincts , ayant de plus, dans certains cas, leur vagin particulier ouvert par un orifice à part , dans une vulve commune. Dans quelques cas , ces deux demi-utérus , qui ont chacun une trompe et un ovaire à leur service , ont pu s'imprégner successivement, et donner lieu à une superfétation véritable ; plus souvent encore un côté a été le siège d'une grossesse qui n'existait point de l'autre.
Quelques-unes des fonctions dont il sera question plus loin , peuvent aussi être congéniales, et considérées alors comme vice de conformation première, telles que l'incurvation, l'oblitération de l'orifice utérin , etc.
§ II. Solution de continuité. On n'en connaît point d'exemple authentiquement publié pour l'utérus en vacuité ; on en connaît beaucoup pour l'utérus gravide; ici c'est un clou de charrette, une épée , un bâton pointu (jui perce la matrice, et blesse même l'enfant qu'il enferme ; là c'est une balle de fusil qui traverse l'un et l'autre , et tue à la-fois la mère et le foetus; ailleurs c'est une corne de taureau qui déchire largement les parois du ventre et de l'organe d'où s'échappe un enfant aborlif.
On sait tl'ailleurs que l'art a dû plusieurs fois produire de pareilles lésions pour donner le jour à un enfant à terme , quand un bassin rétréci ne permettait pas d'espérer la naissance par les voies ordinaires. On sait encore que dans le travail même de la parturition , la matrice se déchire parfois , non-seulement par son orifice , mais encore dans toute aulre partie de son étendue. Toutes ces lésions sont graves, le plus souvent mortelles, mais celles mêmes qui paraissaient les plus effrayantes, celles où le ventre était largement ouvert, celles oii un enfant , échappé à l'utérus , avait passé dans l'abdomen , ont quelquefois permis à la mère un rétablissement complet.
§ m. Lésion de situation. Mobile entre la vessie et le rectum, supporté par le vagin , canal tout-à-fait meiiibraneux , soutenu par les replis d'une membrane séreuse , plus faible encore, et par quelques faisceaux charnus assez extensibles (cordon su?-pubien, cordons utéro-sacrés ) , l'utérus semblait ne devoir jamais conserver la même situation, la même direction, et il est certain qu'il en est ainsi , sans inconvénient aucun , quand les déplacemens sont peu considérables; mais ils deviennent, au contraire, la source de graves incommodités, quand ils sont portés trop loin , quand les moyens dont nous parlions tout à-l'heure ont perdu leur puissance , moins faible en réalité qu'en apparence.
lo. Si la direction de l'utérus est trop fortement altérée , il pèse sur la vessie ou le rectum et tiraille les ligamens; c'est là ce <(ui constitue l'anté-version et la rétroversion auxquelles il faut joindre quelques cas d'inclinaison latérale et les obliquités diverses qui se remarquent durant la grossesse.
2°. Si c'est relativement à sou é/eVai/o^ que le dérangement a lieu , on peut distinguer les cas où cet organe s'élève dans l'abdomen, entraîné par la tuméfaction de son corps, par une hydropisie d'ovaire, ceux au contraire où il s'abaisse ( prolapsus) , au point quelquefois de sortir hors de la vulve (précipitation ).
3". D'autres déplacemens concernent à-la-fois et l'élévation et la direction, telles sont les hernies de la matrice soit en plénitude, soit en vacuité , cas rares et parfois ambigus , mais tlont il existe pourtant des exemples incontestables.
4°. Enfin l'impossibilité absolue de certains déplacemens, l'absence de cette mobililé dont nous parlions au commencement de ce paragraphe , constituent encore une lésion delà situation souvent importante. La Jixiié anormale de l'utérus est, en effet, une cause d'avortement ou de graves incommodités durant la grossesse, de dangers réels à sa suite , comme l'a démontré madame Boivin , et cette disposition est d'autant plus fâcheuse qu'elle date souvent de