‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource] (volume 2)Chapitre 297 sur 311 · UTÉRUS (MALADIES DE L · texte numérisé non relu

UTÉRUS (MALADIES DE L

VACCINE

l'enfance, et qu'elle est constituée par des adhérences indissolubles, restes d'inflammations subaiguës et fréquemment réitérées.

§ IV. Lésion (le forme et de volume. Par suite de certains états morbides qui ramollissent une des parois, gonflent la paroi opposée, et en raison du poids qu'acquièrent les parties supérieures engorgées ou de racornissemens partiels, on voit assez souvent l'utérus se recourber sur une de ses faces et notamment sur la face antérieure. C'est au point de jonction du corps et du col que s'opère cette courbure souvent anguleuse , et c'est là ce qu'on nomme, d'après madame Boivin , anté/lexion ou rétroflexion. Il est aussi des courbures latérales qu'on a remarquées depuis long-temps dans la grossesse et qu'on a souvent confondues avec les vraies obliquités de la matrice. Il est encore des déformations toutes spéciales , tout individuelles , et qu'on a observées par cas isolés , comme le rebrousseraent des lèvres du museau de tanche , la déviation de l'orifice utérin par des brides, son rétrécissement, etc. ; l'atrophie et l'hypertrophie (s'il en existe sans raétrite chronique) pourraient être mises au même rang; mais nulle de ces altérations de forme ne mérite autant d'attention que Y introversion ou renversement àeXn matrice; affection malheureusement assez commune, qui suit l'accouchement et s'opère alors que le viscère est encore large, mais susceptible de se retourner comme un sac. Très aisément réductible au premier moment, cet état de choses devient irrémédiable au bout de quelques semaines, et des hémorrhagies répétées épuisent la femme et la font lentement périr; souvent même l'accident est immédiatement suivi de la mort, tant l'hémorrhagie est violente alors.

§ V. On pourrait compter aussi comme déformations la distension de l'utérus par des corps étrangers , si la présence de ces corps dans la cavité n'établissait par elle-même une spécialité d'affections. Des gaz ( physométrie ) , de l'eau ( hydrométrie ) , des calculs du sang menstruel ou lochial (hémorrhagies internes , etc.), des môles (fausse grossesse ), des tumeurs polypeuses peuvent y être ainsi retenus , soit par des adhérences naturelles pour les corps solides , soit par l'obturation de l'orifice utérin pour les liquides. La grossesse , la présence du placenta avant la délivrance représentent à l'état normal ce qui se passe à l'étal morbitle dans plusieurs des maladies que nous venons d'énumérer; aussi une sorte de parlurition anormale a t-elle lieu quelquefois alors , soit par les efforts nalurels de la matrice , soit par les manœuvres de l'art.

§ 'Vl. Les excroissances, dont nous venons de faire mention , sont le plus souvent dues .i une dégénérescence du tissu même de la matrice. Ainsi les polypes de cet organe sont-ils de nature diverse , quelquefois fongueux , comme vasculaires , parfois cancéreux, plus souvent fibreux ; et alors ils ont une analogie complète avec les corps fibreux qui se développent dans l'épaisseur de ce viscère ou font saillie à la surface extérieure. Les corps plus ou moins durs peuvent même s'ossifier, comme on dit que cela est arrivé quelquefois pour tout l'utérus. Cet organe peut aussi contenir des kystes stéatoinateux , des tubercules et surtout des cancers. L'affection cancéreuse s'y montre sous des formes diverses : 1° à l'état de tumeur squirrheuse ou encéphaloide ; 2° à celui d'ulcère primitif ou consécutif ; 3" à celui d'excroissance fongueuse , de choufleurs à grandes dimensions avec écoulement blanc et détachement fréquent de parcelles granulées ; 4" à celui de masse pulpeuse et sanguine avec abondantes hémorrhagies et destruction rapide des parties affectées. Ces quatre formes sont importantes à distinguer moins peut être pour l'anatomopatbologiste que pour le praticien dont elles asseoient le diagnostic, et auquel d'ailleurs elles procurent quelques ressources spéciales quant au traitement ; il est clair, en effet, que l'extirpation partielle ne peut guère convenir qu'au squirrhe du museau de tanche et au choufleur de cette partie ; que la ligature n'est applicable qu'.T ce dernier, la cautérisation qu'aux cancers ulcéreux primitifs et très-restreints ; et qu'enfin l'ablation totale du viscère serait la seule ressource dans le cas d'engorgement cancéreux général ou d'ulcère pénétrant jusque dans la cavité intérieure.

§ VII. Phlegmasies de l'utérus. Celles qu'on observe le plus souvent dans la pratique sont des phlegmasies c/tro/ît^uei , tantôt envahissant la totalité de l'organe, en augmentant les dimensions, en viciant la direction et simulant le squirrhe. Cette ressemblance n'est pas moins grande si l'engorgement inflammatoire est partiel ; mais il n'en est plus ainsi quand l'inflammation chronique .iffecle seulement la surface muqueuse de l'organe , produisant ainsi ce qu'on nomme catarrhe utérin , leucorrhée , etc. Quant à la métrite aiguë , rare dans l'état de vacuité , de liberté de la matrice , elle est assez commune dans l'état de couches et prend le nom de puerpérale. C'est aussi à l'inflammation , mais intermédiaire à la forme aiguë et à la chronique qu'on doit rapporter les ulcérations dont le museau de tanche est parfois le siège notamment dans la syphilis.

§ 'VIII. Les dérangemens de la menstruation sont dus à des altérations vitales qui ont quelque chose de moins matériel encore que les inflammations ; ils tiennent tantôt à un état d'irritation , de suraction , tantôt à un état de torpeur dans la matrice ; de là la mélrorrhugie , la dysménorrhée et l'aménorrhée à laquelle se lie intimement la chlorose.

§ IX. Enfin , les névroses de l'utérus sont encore moins susceptibles d'être rattachées à une altération organique. 11 en est qui ont bien évidemment leur siège dans les organes génitaux , sinon dans l'utérus exclusivement , telle l'hystéralgie; une autre est au moins suivie ou accompagnée d'un trouble considérable dans d'autres organes, ceux de l'intelligence , c'est la nymphomanie ; une autre enfin dérange tant de fonctions , produits des phénomènes si variés qu'on a pu nier que son siège primitif fût dans l'utérus , bien que des faits et des raisonnemens très-concluaas nous autorisent à penser qu'il en est ainsi ;

c'est l'hystérie, si souvent liée au dérangement de la menstruation , si souvent modifiée par l'excitation des organes génitaux , si bien en rapport , pour son apparition , avec l'époque de leur plus grande activité.

Cette revue rapide aura suffi , sans doute , pour démontrer que la pathologie de l'utérus forme un ensemble complet; comme cet organe a aussi ses moyens particuliers de diagnostic et même aussi une thérapeutique spéciale, au moins sous certains rapports, le toucher, l'emploi du spéculum lui appartient en propre, le seigle ergoté a sur lui une action spécifique, etc. Mais des considérations de cette nature ne doivent pas nous arrêter longuement ; elles suffisent seulement pour expliquer comment il se fait que les maladies de la matrice sont réputées du ressort de tel praticien , plutôt que de tel autre; c'est qu'en effet le public comprend à merveille ce qu'il faut d'excercice et d'expérience sui generis , ici plus peut-être que dans toute autre partie de l'art de guérir. .

pour les détails les arlicles ANTÉvEKSioN , GROSSESSE, HlSiHOKRHAGiES , HYDROMÉ-

TRIB, HYSTÏÎROPTOSe , LEUCORRHÉE, MÉTRITE , PESSAIRE , PHYSOMÉTRIE , elc, etc.

K. Tf^ enzel. IJilier die kranklieilen des utérus , Mayence , 1816, in-fol. , fig. N. Giiilberi. Considérations pratiques sur certaines affections de l'utérus, Paris, 1828, in 8° , fig.

Nnuche. Des maladies propres aux femmes, Paris , 1829 , 2 vol. in-8".

Diiparcqiie. Traité sur les altérations organiques de la matrice, Paris, in-8" , 1832

Hisloire complète des ruptures et des déchirures de l'utérus , du vagin et du périnée, Paris, 1836 , in-8».

B. Hooper. The morbid anatomy of the humaii utérus aud ils appendagps , London, 1832, in-fol.

Madame Boivin et Ant. Dugès. Traité pratique des maladies de l'utérus et de ses annexes, Paris, 1833, 2 vol. in-S», atlas in-fol. col.

P. J. S. Téallier. Traité du cancer de la matrice, de ses causes, de son diagnostic et de sou traitement , Paris, 1836, in-S».

On consultera sur cet important sujet le traité pratique des accouchemens de madame Lachapelle ; lus Recherches sur le cancer, de M. Bécamier; les livraisons 4 , 1 1 , 13 , 16 , 21 de l'anatomie pathologique de M. Cruveilhier, avec planches coloriées; les mémoires de MM. Bicord , Métier, Uervez de Chégoin , dans les tomes it et m de l'Académie royale de médecine , etc.

( Ant. Dcgès.)

UVA-URSI (Raisin d'ours), Busserole, arbustus uva-ursi de la dccandrie monogyuie de Linné, famille des buyères de de Jussieu. On trouve cet arbrisseau sur les Alpes et dans le JNord de l'Europe- On se sert en Suisse et en Russie de son écorce pour le tannage ; on mange ses petites baies écarlates et aigrelettes, dont on fait ties confitures; ses feuilles, plus que les autres parties de la plante, sont employées en médecine. Elles lesseuiblent un peu à celles du buis; elles sont inodores, d'une saveur légèrement astringente, puis aigrelette et non désagréable. L'analyse chimique a fait connaître qu'elles contiennent du tannin, de l'acide gallique , de la gomme, un exlractif amer , des sels à base de chaux, etc.

On prescrit ces feuilles en poudre à la dose de quelques grains à un demigros; Gerhard, cité par Murray , les a surtout employées de cette manière. Dehaen et Murray préfèrent la décoction des feuilles à sou infusion et à sa teinture. On les prescrit alors à la dose d'un à plusieurs gros, pour une pinte d'eau.

On a long-temps préconisé les feuilles d'uva-ursi , contre les maladies des voies uruiaires, catarrhes, calculs, etc. Murray (t. ii, pag. 70, ait. Ed.) a suffisamment fuit connaître les essais tentés à ce sujet. — Werloff et Fothergill n'ont reconnu à ces feuilles aucune des propriétés lithontriptiques , vantées par Dehaen et les médecins de Montpellier. Enfin , les médecins anglais Bourne, Hamilton et Davy , assurent que la poudre de ces feuilles a été efficace dans plusieurs cas de phthisie.

L'usage de l'uva-ursi est presque complètement abandonné. Les avantages que quelques praticiens en ont retirés , et les principes qui constituent ces feuilles devraient engager les médecins à les essayer de nouveau , peut-être seraient-elles utiles dans les affections catarrhales de vessie et de poitrine. Il faut que les praticiens qui voudront faire ces essais soient prévenus que l'on remplace souvent les feuilles d'uva-ursi par celles du vaccinium vitis idœa , dont l'analyse est différente, d'après M. Braconnot. La fraude est facile à reconnaître , les feuilles d'uva-ursi sont obovales et d'une couleur vei l-foncé , celles du vaccinium vitis idaea , sont oblongues et d'un vert jaune; les premières sont épaisses, les secondes sont minces; le bord des feuilles d'uva-ursi est plat; celui des feuilles du vaccinium vitis idaea , est recourbé vers sa face inférieure; enfin, cette face présente pour cette dernière plante des nervures assez marquées, que l'on ne retrouve pas à la face inférieure des feuilles de l'uva-ursi.

( Martin Solok )

VACCINE, s. f. Il se déclare quelquefois sur le pis des vaches des pustules connues, en Angleterre, sous le nom de cowpox (variole ou picole de l.i vache). L'humeur qu'elles contiennent, insérée dans la peau de l'homme, y produit une éruption de semblables pustules, à laquelle on a donné le nom de vaccine, et dont le développement préserve presque constamment de la petitevérole , et diminue toujours l'action de son contagium lorsqu'il n'y soustrait pas complètement la constitution.

Les pustules vaccinales apparaissent trois ou quatre jours après l'inoculation

VACCINE

TACCINE.

virus vaccin; le septième et lehuilième jour, elles contiennent un fluide visueux et transparent , déposé dans un réseau pseudo-mernbraneux. Le huième , elles présentent à leur circonférence un bourrelet élevé; elles sont Iprimées à leur centre et entourées d'une auréole enflammée. Enfin l'humeur Telles contiennent se transforme en une croûte brunâtre qui se détache vers le Dgt-cinquième jour et laisse sur la peau une cicatrice gaufrée, caractéristique. § I. Inoculation de la vaccine. La vaccine ne peut être produite ordinaireent qu'une seule fois chez une même personne ; on est cependant parvenu à )nner la vaccine une seconde fois. Elle peut aussi être produite, dans quelques s rares , chez des variolés ou des inoculés , sur lesquels on fait naître plus sount des vaccines modifiées ( vaccinelles ). Le vaccin peut être inoculé à des invidus de tout âge ; mais son absorption a lieu plus facilement chez les enfans le chez les adultes. Ou a vacciné des enfans peu d'heures après leur naissance ; \pendant cette opération , hors les cas d'épidémie de variole , peut être ajourne jusque vers le deuxième ou le troisième mois. Il résulte en effet du relevé 'S varioles, donné par M. Mathieu, dans Y ylnnuaire des longitudes , que la

Ïiite-vérole est infiniment rare de la naissance à six mois. Certaines saisons exercent une influence incontestable sur le développement I la vaccine ; les chaleurs de l'été en hâtent la marche; les froids rigoureux la tardent.

La menstruation et la grossesse ne contre-indiquent pas la vaccination. Les individus sains ne doivent subir Aucane préparation avant d'être vaccinés, eanmoins chez les adultes et les vieillards, il convient quelquefois de com- Itre la rigidité de la peau par des bains, des lotions , ou par l'application d'un taplasme , la veille de l'insertion du vaccin. Chez les enfans faibles, d'une nstitution molle, d'une fibre lâche, il faut au contraire frotter la peau avec je serviette un peu rude. On est ainsi parvenu à inoculer le vaccin à des indilus sur lesquels on avait déjà pratiqué plusieurs fois inutilement la vaccina- 3n.

Quelques circonstances , belles que l'existence d'une inflammation aiguë des sceres , un écoulement de sang plus ou moins considérable produit par des qures trop profondes , certaines constitutions médicales, peuvent s'opposer i succès de l'opération.

Chez un petit nombre de sujets des considérations cachées s'opposent au déloppemeut de la vaccine; sur les nouveau-nés de trois ou quatre jours , la ccination manque ordinairement deux fois sur trois , elle réussit quatre-vingtx-huit fois sur cent , six semaines après la naissance.

§ II. Procédés opératoires. L'humeur du cow pox eiXe fluide vaccin recueilli r l'homme peuvent être insérés au moyen des vésicatoires , des incisions et ;s piqûres ;

lo. Les vésicatoires ont le double inconvénient de produire une irritation qui nd plutôt à empêcher l'action du virus qu'à en favoriser l'absorption , et d'oc- Sionner une inflammation qui se termine quelquefois par des ulcérations. 2o. La méthode des incisions est souvent suivie d'inflammations cutanées, non ccinales. C'est cependant la seule praticable, lorsqu'on n'a à sa disposition le des fils imbibés de fluide vaccin. On fait à la peau une incision superficielle une ligne et demie à deux lignes d'étendue , de manière qu'il ne sorte que peu [« point de sang. On introduit dans cette incision , dont on écarte les bords >ec le pouce et l'index de la main gauche, une ligne environ de fil imprégné ; vaccin ; on la couvre avec un morceau de taffetas gommé que l'on maintient ir une compresse et quelques tours de bande; après deux ou trois jours , on ►lève cet appareil, et si le travail est commencé onôte le fil de la plaie. i3o. La méthode des piqûres est moins douloureuse que les précédentes et plus Ire dans ses résultats. En France on pratique ordinairement, avec une lancette I avec une aiguille , trois piqûres à chaque bras ( Jenner n'en faisait qu'une à laque bras ; M. Eichhorn en faisait seize ou vingt). Si l'inoculation est pratile'e de bras à bras, ce qui est toujours préférable, le vaccin doit être extrait !s pustules vaccinales le quatrième jour de leur éruption. Méthode vulgaire. Après avoir pris sur la pointe d'une lancette ou d'une ailille une goutte de fluide vaccin , l'inoculateur saisit avec la main gauche la irtie postérieure du bras du sujet qu'il se dispose à vacciner. Il tend exacteent la peau , et avec la main droite il introduit l'instrument dans l'épaisseur s cette membrane , en suivant la direction horizontale jusqu'à ce qu'il suinte le gouttelette de sang. L'opérateur applique ensuite sur la piqûre le pouce de

main gauche ; laisse séjourner un instant dans la plaie l'instrument qu'il jite légèrement et qu'il retire en appuyant avec le doigt sur le lieu de la piire comme pour l'y essuyer.

Méthode de M. Eichhorn. Il conseille de faire seize à vingt piqûres. Ce Dmbre lui parait suffisant pour mettre dans presque tous les cas , les personnes Jccinées à l'abri de la contagion variolique. Vingt-quatre ou quarante-huit eures avant l'apparition du cercle rouge qui se développe autour des pustules, [. Eichhorn , avec le vaccin pris dans les boutons naissans, pratique au vacciné ne seconde vaccination , appelée vaccination d'épreuve, et dans laquelle il lit quatre à six piqûres. Jl peut, dit-il , arriver trois cas : 1" elle ne prend pas ; ;s piqûres ne s'élèvent pas. Dans ce cas , les individus sont to'it-à-fait à l'abri, ins exception. Il a constaté ce fait par des revaccinaiions postérieures ; 2" la accination d'épreuve prend ; mais il ne se développe que de très-petites pusiles , bien qu'elles aient la forme et la structure des véritables ; le cercle rouge y forme en même temps que celui des pustules déjà existantes, et elles sèchent Dules ensemble ; les individus ne sont pas complètement protégés ; c'est encore ne règle sans exception ; S» la vaccination d'épreuve prend et de nouvelles ustules se développent avec autant de régularité et de lenteur que les pre- DiCT. DE Médecine et de Chirurgie pratiques.

mières , et dans la plupart des cas les individus ne sont pas complètement protégés.

Ces assertions et ces expériences de M. Eichhorn méritent d'être vérifiées.

§ III. Si on ne peut se procurer que du vaccin conservé sur un lin!;e , ou entre deux verres , il faut le délayerdans la plus petite quantité possible d'eau froide, en l'agitant pendant quelques minutes avec l'extrémité d'une aiguille ou d'une lancette , jusqu'à ce que ce mélange acquière une apparence presque oléagineuse.

Pour faire usage du vaccin conservé dans un tube de verre, il faut d'abord en casser les deux extrémités, on adapte ensuite à l'une d'elles un petit tuyau de paille ou de verre , et après avoir appliqué l'autre extrémité sur une lame de verre, on souflle doucement , de manière à ce qu'il existe dans le tube une ligne environ de vaccin. Ce virus est ensuite inséré avec une aiguille ou une lancette comme lorsqu'on vaccine de bras à bras. Ces petits tubes , inventés par M. Bretonneau , sont longs de six lignes et capillaires à leurs extrémités ; pour les charger de vaccin, on fait plusieurs piqûres aux pustules vaccinales , et on approche successivement des petites gouttelettes de vaccin l'extrémité la plus clTilée de ces tubes. Lorsqu'il n'y a plus qu'une ligne de tube à remplir, on en ferme les deux ouvertures , en les approchant d'une lumière; on les enduit ensuite avec de la cire à cacheter. Pour transporter ces tubes, il suffit de les mettre dans un tuyau de plume rempli de son qu'on scelle avec de la cire. Le vaccin, ainsi recueilli, conserve, dit-on, plusieurs années sa fluidité et ses propriétés contagieuses, s'il n'est pas exposé à une trop forte chaleur ou à un trop grand abaissement de température.

§ IV. Le quatrième jour de l'éruption, le vaccin jouit de toute son énergie , et il offre les caractères suivans : l» lorsqu'on pratique plusieurs petites ouvertures à une pustule, avec la pointe d'une lancette, le vaccin en sort lentement, sous forme de petits globules d'une couleur argentée ; 2o abondamment répandu sur l'auréole , ce fluide ressemble à l'humeur que les limaçons laissent après eux lorsqu'ils rampent ; 3» il est visqueux et se mêle difficilement avec le sang ; il file comme un sirop entre les doigts, s'attache à la lancette ou aux verres qu'on applique sur les pustules ouvertes , se dessèche promptement à l'air; forme un enduit grumelé comme gommeux , sur la pointe de l'instrument, rend raide les fils qu'on en imprègne , et lorsqu'ils sont desséchés et qu'on les plie , il tombe en écailles d'une consistance et d'un aspect vitré.

Toute l'humeur contenue dans une pustule vaccinale , ne paraît pas avoir la même énergie. Ainsi quand on n'a qu'une ou deux pustules pour vacciner beaucoup d'enfans, les premiers opérés ont des chances plus favorables que les derniers.

Le virus-vaccin jouit de toute son activité dès qu'il est déposé dans une pustule ; il la conserve jusqu'au huitième ou neuvième jour de l'inoculation. En général, il est d'autant plus actif qu'il est recueilli à une époque plus rapprochée de sa formation, et moins il y a de vaccin dans une pustule, plus il est énergique.

Le vaccin des jeunes enfans est aussi d'un effet plus certain que celui des adultes.

M. Bousquet assure que le vaccin se détériore très -rapidement dans les tubes et moins vite entre des plaques de verre.

Les croûtes vaccinales peuvent quelquefois transmettre la vaccine; mais c'est un moyen infidèle.

L'analyse chimique a démontré que le fluide- vaccin contenait de l 'eau et de l'albumine et n'a rien appris sur son contagium.

§V. Symptômes. Au moment où chaque piqûre est pratiquée, il se forme presque constamment, au point de l'insertion, un cercle légèrement rouge, superficiel , du diamètre de six à douze lignes et qui disparaît en quelques minutes. Ce premier phénomène n'est point, comme on l'a dit , un indice de succès de l'inoculation ; il accompagne toutes les piqûres. Lorsque ce cercle est effacé, la piqûre s'élève sous la forme d'une moitié de lentille légèrement rouge; elle dure plus long-temps que le premier cercle, mais elle s'affaisse et disparaît comme lui dans l'espace de quelques minutes. Jusqu'au troisième et quatrième jour, la partie vaccinée ne j)résente aucun changement (période à' incubation , faussement dite A'inertie). A la fin du troisième ou du quatrième jour , l'éruption commence ; on sent distinctement , au toucher, une légère dureté dans les points où les piqûres ont été pratiquées, et sur lesquels une petit élevure rouge ne tarde pas à se montrer- Le cinquième jour, cette élevure devient circulaire et prend la forme d'un ombilic. Le vacciné éprouve quelques démangeaisons. Le sixième jour, la teinte rouge de chaque élevure s'éclaircit ; le bourrelet entouré d'un cercle rouge , d'une demi-ligne de diamètre , s'élargit et le centre des pustules vaccinales est plus déprimé. Le septième jour, le volume des pustules augmente , le bourrelet circulaire s'aplatit et prend un aspect argenté ; la teinte rouge qui les colorait se fond dans la dépression centrale , et continue à en occuper, dans un très-petit espace , le bord extérieur. Le huitième jour , le bourrelet s'élargit , la matière contenue dans la pustule prend une teinte plus foncée et quel(|uefois reste de la même couleur que le bourrelet. Le cercle rouge, très-étroit, qui jusqu'à cette époque a ciiconscrit la pustule , prend une couleur moins vive; l'inflammation se propage au tissu cellulaire sous-cutané. Le neuvième jour, le bourrelet circulaire est plus large , plus élevé et plus rempli de matière; le cercle rouge , dont les irradiations étaient semblables à des vergetures, prend un teinte rouge plus uniforme et une belle auréole se dessine. Le dixième jour, le bourrelet circulaire de la pustule s'élargit, l'auréole prend et acquiert d'une à deux lignes de diamètre, et la peau sur laquelle elle est développée est quelquefois très-tuméfiée [tumeur vaccinale) ; sa surface parait gra-

VACCINÉ

VACCINE

nulée et légèrement pointillée, et on distingue a la loupe une grande quantité de petites vésicules remplies d'un fluide transparent. Le vacciné éprouve une chaleur mordicante , une démangeaison vive, de la pesanteur au bras, quelquefois la douleur se propage dans les ganglions axiilaires. Cette inflammation est souvent accompagnée d'un mouvement fébrile , annoncé par des pandiculations , des bàillemens, la rougeur et la pâleur alternatives du visage et Taccclératiou du pouls. Le onzième jour, l'auréole , la tumeur vaccinale , le bourrelet et la dépression centrale de la pustule , sont dans le même état que la veille. A cette époque, la pustule vaccinale, qui dépasse d'une à deux lignes le niveau de la peau , ressemble à une grosse lentille, dont les bords sont élevés à pic. Sa couleur est perlée , son diamètre est de deux à cinq lignes , elle est dure au toucher et présente la résistance d'un corps étroitement uni à la peau. Pendant toute cette période , le fluide-vaccin est contenu dans une pseudo-membrane celluleuse , à-peu-près de la même manière que l'humeur vitrée du globe de l'œil est renfermée dans la membrane celluleuse qui la soutient. Le douzième jour, la période de dessiccation commence; la dépression centrale prend l'apparence d'une croûte; l'humeur contenue dans le bourrelet circulaire, jusqu'alors limpide , se trouble et devient opaline ; l'auréole pâlit, la tumeur vaccinale s'afTaisse , l'épidcrmc s'écaille. Le treizième jour la dessiccation s'opère au centre. La pustule , jusqu'alors celluleuse, ne forme plus qu'une seule cavité. Si on l'ouvre , elle se vide en entier , et fournit une matière jaunâtre , trouble , puriforme. L'auréole se transforme en un cercle d'une teinte légèrement pourprée. Le quatorzième jour , la croûte prend la dureté de la corne et une couleur fauve analogue à celle du sucre d'orge. Le cercle qui l'environne diminue de largeur et suit l'ordre de décroissement de la tumeur vaccinale. Du quatorzième au vingt-cinquième jour , la croûte solide et jaune acquiert une couleur plus foncée , approchant de celle du bois d'acajou, et conserve presque toujours la forme ombiliquée. A mesure que la tumeur vaccinale s'affaisse, cette croûte proémine davantage au-dessus du niveau de la peau ; elle tombe du vingtquatrième au vingt-septième jour , et laisse à nu une cicatrice profonde, parsemée de petits points semblables aux dépressions que l'on voit sur les gaufTres.

Le développement de la vaccine n'est pas toujours aussi complet et aussi régulier : |o il ne se déclare quelquefois qu'une ou deux pustules h la suite d'un plus grand nombre de piqûres. Dans l'opinion de la plupart des vaccinateurs un seul bouton préserve de la variole , aussi bien que trois ou quatre ( M. Eichhorn et M. Robert sont d'une opinion contraire ) ; 2° la période d'incubation peut se prolonger jusqu'au vingt-deuxième ou vingt-cinquième jour et même à une époque beaucoup plus reculée , ou n'être que de deux à trois jours ; 3" des pustules irrégulières naissent quelquefois de la réunion accidentelle de deux pustules trop rapprochées ; 4° le virus-vaccin produit parfois sur le même individu la vaccine vraie et la vaccinelle ( vaccine modifiée ) ; 5° des pustules vaccinales peuvent se déclarer sur des points du corps oû l'inoculation n'a point été j>raliquée. C'est presque toujours sur des surfaces enflammées et privées d épiderme , sur des eczéma chroniques , des lichens excoriés , des eczéma impétigineux de la face , etc. , que ces pustules secondaires se développent. Elles sont quelquefois produites par une inoculation accidentelle et postérieure que le vacciné s'est faite avec ses doigts, après avoir gratté les pustules, lorsque la constitution n'a été qu'incomplètement modifiée par la première éruption. Plus souvent les pustules surnuméraires sont le résultat d'une éruption secondaire, analogue à celle qu'on observe bien plus souvent dans la variole inoculée. 6» Chez les nègres et mulâtres l'auréole inflammatoire des pustules vaccinales est peu marquée; la peau n'offre qu'une teinte cuivreuse et la cicatrice est rougeâtre ; 7° enfin , il existe des vaccinœ sine vaccinis. Un enfant bien constitué éprouva, le huitième jour de la vaccination, un malaise général avec un mouvement fébrile qui dura toute une semaine. On attendait l'éruption qui n'eut pas lieu. M. Pistono le revaccina sans résultat. M. Petiet ayant vacciné un sujet déjà vacciné sans succès , l'année précédente , au bout de huit joui s , il survint un accès de fièvre qui dura trente-six heures ; trois nouvelles vaccinations ne causèrent niy?èi^re, ni éruption ; l'inoculation de la petite-vérole échoua également. M.Bousquet cite plusieurs faits analogues qu'il faut distinguer des simples mouvemens fébriles produits par les piqûres. Dans la vaccine comme dans la variole , l'infection générale est le caractère essentiel , l'éruption n'est que secondaire.

§ VI. La vaccine est une maladie très-bénigne , mais elle peut être accidentellement compliquée d'autres affections. Lorsque les pustules sont très-nombreuses et très-enflammées , la ganglionite axillaire , l'eczéma , les pustules accidentelles , la roséole, l'érysipèle, le phlegmon, l'entérite, etc , compliquent quelquefois la vaccine chez les enfms. L'inoculation directe du cow pox a plusieurs fois aussi provoqué le développement de ces complications chez les adultes.

Mais de toutes ces complications, celle qui offre le plus d'intérêt à l'étude est celle de la variole et de la vaccine. Le plus souvent ces deux éruptions se modifient lorsque l'influence des deux conta^ium a eu lieu en même temps. Toutefois il parait que dans quelques cas 1 influence du conlagium variolique n'est point modifiée ( (^oyez VAnioLE). Ainsi, à Marseille , dans le mois de juin 1828 , neuf individus ont succombé à la variole pendant le développement de la vaccine, et trois autres avaient déjà subi le même sort dans les mêmes conditions ; en août, deux autres , en septembre deux autres encore, en tout seize sujets qui moururent de la variole , malgré la vaccine qui l'accompagnait.

Lorsqu'on inocule un mélange de virus-vaccin et de virus-variolique , il se développe quelquefois deux éruptions parfaitement conformes à leur double origine. 'V^'oodviile a le premier tenté celte expérience , qui a été répétée par M. Salmade et par M. Bousquet. Contrudicloircment li l'opinion de ce dernier,

je crois que l'action du virus variolique fut modifiée dans son expérience , et que l'éruption , qui ne laissa pas de cicatrice , appartenait plutôt par sa marche à la varicelle pustuleuse ombiliquée, qu'à la variole légitime.

Le professeur Monteggia , dans une leçon lue le 17 février 1814, à l'Institut des sciences , lettres et arts, séant à Milan , a soutenu que, si l'on vaccine uu enfant syphilitique , il se développe une pustule qui contient les deux virus. En 1821 , M. Gaspari Cerioli a mis en avant la même opinion. M. Marcolini cite les faits suivans : Sclibino Catterina , âgée de deux mois et demi , saine en apparence , fut vaccinée. La vaccine se développa très-bien ; le 16 juin 1814, on vaccina , avec du vaccin pris sur elle , dix enfans , et avec du vaccin pris sur ces dix enfans , on en vaccina trente autres. En peu de mois Sclibino Catterina et cinq des premiers vaccinés moururent. Parmi les trente vaccinés en second lieu , on ne put en observer que sept; sur ces sept un fut pris d'une maladie qu'il communiqua à ses frères et sœurs , et un autre eut aussi quelques accidens. Les parens de Sclibino Catterina étaient depuis long-temps malades de la syphilis qu'ils ne soignaient pas. Peu de jours après la vaccination, l'enfant se couvrit de pustules , qui apparurent à la vulve, à l'anus, au cou , au front, à la bouche. Les autres enfans furent pris de semblables pustules, d'ulcérations à la bouche, de condylômes à l'anus, et le mal se communiqua à plusieurs nourrices qui les allaitaient et a. quelques-uns des enfans qui étaient nourris avec eux.

§ VII. Diagnostic. La vaccine ne peut être confondue avec les pustules accidentelles qu'on a très-improprement appelées fausse vaccine , et qu'on produit toutes les fois qu'on introduit dans la peau du pus ou tout autre liquide stimulant. Ces pustules se développent dès le lendemain ou le surlendemain des piqûres ; elles sont inégales et s'élèvent en pointe dès leur naissance ; leur sommet est jaunâtre , leur texture est fragile et ne supporte pas la plus légère pression ; le pus qu'elles contiennent s'écoule et se dessèche le troisième ou le cinquième jour. Les croûies qui succèdent à ces pustules sont jaunes, molles et souvent humectées d'une mutière ichoreuse. En résumé ,ces pustules n'ont ni la marche, ni la forme ombiliquée des pustules vaccinales.

Les vaccinelles (vaccinœ spuriœ) ont plus d'analogie avec la vaccine; elles sont caractérisées par une ou plusieurs pustules bien circonscrites et ombiliquées , qui, comme celles de la vaccine vraie , apparaissent le quatrième jour , marchent comme elle , mais avec moins d'inflammation, jusqu'au huitième ou neuvième jour et sont ordinairement desséchées vers le quatorzième ou le quinzième jour. L'humeur qu'elles contiennent inoculée peut donner lieu à la vraie vaccine ( Eichhorn) ou au développement de pustules qui diffèrent de la vaccine légitime , soit par la plus grande rapidité de leur marche lorsqu'elles sont parvenues à la période de suppuration , soit par un moins haut degré d'inflammation de leur bourrelet et de leur auréole, et par l'existence d'une tache ou d'une légère cicatrice, au lieu d'une cicatrice gauff"iée sur le point de la peau qu'elles ont occupé ; enfin , elles ne préservent point de la variole aussi sûrement que la vraie vaccine.

Sous le rapport de leur forme et de leur marche , les pustules vaccinales ont la plus grande analogie avec celles de la variole inoculée. Comme ces dernières, elles se développent plusieurs jours après l'insertion d'un virus ; leur forme est circulaire et ombiliquée , et leur durée d'environ trois septénaires ; mais elles diffèrent en ce que la contagion de la vaccine ne se transmet pas par l'air comme celle de la variole. L'éruption de la variole est essentiellement générale, tandis que celle de la vaccine, sauf un très-petit nombre d'exceptions, est locale ; ces deux maladies , malgré leur ressemblance, paraissent même opposées l'une à l'autre , puisque leur inoculation simultanée entraîne le plus souvent une modification dans leur marche ou dans leurs caractères extérieurs. On a dit, il est vrai, que le virus varioleux , inoculé à la vache produisait le cowpox-., mais cette expérience a été répétée sans succès. On a ajouté que M. Sunderland était non-seulement parvenu à donner la variole à une vache en l'enveloppant avec la couverture d'un varioleux, mais encore que la matière de l'éruption inoculée à l'homme avait produit la vaccine : mais M. Numan n'a point obtenu les mêmes résultats lorsqu'il a répété cette expérience.

Les essais de M. Guillon prouvent l'analogie de la varicelle pustuleuse ombiliquée reproduite par l'inoculation avec la vaccine.

La vaccine n'étant que le cow-pox transporté sur l'homme, il n'est pas étonnant que leurs pustules se ressemblent, et que la vaccine insérée sur le pis de la vache y produise quelquefois le cow-pox.

On a assuré que l'humeur des petites pustules du grease { eaux aux jambes) , inoculée à l'homme ou h la vache , donnait lieu au développement de la vaccine ou du cow-pox ; mais celte expérience a été répétée sans succès parWoodville , Simmous et Buniva. Plusieurs exemples d'eaux aux jambes, qui m'ont été montrés par des vétérinaires instruits, appartenaient évidemment à l'eczéma impétigineux ou à l'impétigo.

§ VIII. Pronostic. La vaccine a acquis la plénitude de sa puissance préservativc le deuxième jour de l'éruption.

M. Bousquet a prouvé que l'intégrité des boutons n'était pas nécessaire pour assurera la vaccine sa vertu préservalive ; il a ouvert et cautérisé les pustules dès leur apparition , et une nouvelle vaccination a été sans résultat.

Non-seulement la vaccine est en général une maladie très-bénigne ; mais elle peut encore devenir dîns quel<|ues circonstances , une maladie salutaire. Comme plusieurs autres inflammations externes, elle a quelquefois procuré ou hâté la guérison d'oplilhalmies , d'otites, de bronchites chroniques et de la coqueluche. Enfin , le virus-vaccin , inséré sur des inflammations chroniques de Ja peau , peut hâter la guérison de ces affections. [Foyez Sciiopiii'les. )

VACCINE

Les détracteurs de la vaccine ont dit, au coutraire , mais sans le prouver, que la plithisie , la fièvre cérébrale , le rachitisme , les scrophules , etc. , étaient plus fréquens en Europe depuis que cette éruption y avait été substituée à la variole.

§ IX. Traitement. La vaccine , indépendante de toute complication , n'exige aucun traitement ; elle doit être abandonnée à elle-même, afin qu'elle puisse parcourir naturellemenl ses périodes. On préserve les pustules de toute espèce de frottement ou de compression qui pourrait en altérer la structure avant l'époque à laquelle le virus peut être recueilli. Après la chute des croules, l'emploi d'un purgatif , souvent réclamé par les vaccinés ou leurs parens , est rarement nécessaire.

Si la roséole , un volumineux phlegmon , un large érysipèle, une inflammation intense des ganglions axillaires , etc. , venaient compliquer la vaccine , on combattrait ces diverses affections par les émissions sanguines et les autres moyens qu'on leur oppose ordinairement. Si le développement d'un trop grand nombre de pustules paraissait être la cause de quelques accidens , la cautérisation d'une ou plusieurs de ces élevures en arrêterait les progrès, sans nuiie à l'action préservative de la vaccine.

On a dit que le virus-vaccin avait dégénéré ; que depuis quelques années , l'éruption était moins forte , la fièvre vaccinale moins marquée ; que les cicatrices étaient moins bien dessinées , que le vaccin ne pouvait plus aujourd'hui être transmis à la vache ; que les varioles , après vaccination , étaient plus fréquentes qu'autrefois , et que l'on parvenait aussi plus facilement à développer deux fois la vaccine chez une nieuie personne. Dans l'espérance de remédier à cette prétendue dégénération du vaccin, on a proposé de recourir au cow-pox, développé spontanément chez la vache, ou au vaccin retrempé à sa source en le portant de l'homme sur la vache. Mais ces craintes paraissent au moins exage'rées. Il est constant qu'on voit tous les jours des pustules vaccinales en tout semblables à celles qui ont été décrites par les premiers vaccinateurs , dont plusieurs , et Marchait entre autres , assurent que les vaccinés peuvent vaquera leurs occupations ordinaires. L'assertion relative aux cicatrices est tout-à-fait gratuite. La transmission du vaccin à la vache a toujours été difficile. Les varioles après vaccination ue paraissent plus fréquentes aujourd'hui que parce qu'elles en sont plus contestées , et peut-être parce que les constitutions épidémiques varioliques sont moins rares. Enfin , la possibilité d'une seconde vaccine vingt ans après une première , loin de prouver que le virus actuel est moins énergique, tend à prouver le contraire. Rien ne démontre donc que Le vaccin %it dégénéré.

Dans upe épidémie variolique , il convient de pratiquer une nouvelle vaccilation à toutes les personnes chez lesquelles le développement complet et régulier de la vaccine n'a pas été bien constaté.

Plusieurs médecins ( MM. Robert , Honorât , Favart , etc. ) , ayant cru renarquer que , parmi les vaccinés, les plus anciens étaient plus exposés que les lutres aux éruptions varioliques , ont proposé de rei'acciner une ou plusieurs ibis la môme personne, les uns au bout d'un au , les autres au bout de cinq , lix , quinze ans , etc. Pour moi , je pense que ces revaccinations doivent être ;entées toutes les fois qu'il règue une épidémie de variole , ou au moins dans a première épidémie qui suit la vaccination , lorsque cette opération n'a pas !té pratiquée d'après la méthode de M. Eichhorn.

Depuis la découverte deJenner, les épidémies de variole ont ravagé différentes parties de l'Europe , et les vaccinés eux-mêmes en ont souffert. M. Eichborn a examiné les histoires de toutes ces épidémies , et il en a tiré les conclulions suivantes : !<> les vaccinés peuvent avoir la variole légitime , aussi bien [ue la variole modifiée , et généralement ils sont d'autant plus malades , que e nombre des boutons vaccinaux a été plus petit j 2" parmi les individus vacrinés jusqu'à présent , il n'y a guère que la moitié qui ait été préservée de toute pteinte , forte ou foible de la variole ; 3° le rapport des varioloides aux varioles, |près la vaccination , est Irés-variable : il est meilleur ou plus défavorable , uivant que les médecins ont fait plus ou moins de piqûres.

Cette importance attachée au nombre des pustules et des piqûres a été conestée ; j'ai observé moi-même des varioles modifiées chez des individus qui valent quatre ou cinq cicatrices de vaccine ; mais mes observations ne portent las sur un assez grand nombre de faits pour que j'en inlère rien de contraire à opinion de M. Eichliorn.

Jenner publia , en 1798 , ses Recherches sur les causes et les effets de la variole vacciale (An Inquiry into the causes and effects of variolœ -vaccinœ, Londou , 10-4° , 179b j, et 1 bieufaisanle ilécouverle s'étenilil rapidement à toute i'Eurupe. M. Btuce , consul à Busliir, ssure que la faculté préservative de la vaccine est connue dans la tribu des Ëliots depuis la lus liaute antiquité ( Lettre écrite à IVI. "W. Erskine de Bombay ( Annales de chimie et de hysique^ tom. x , mars 1829 ). — Voyez aussi les recberclies de M. Moreau de Jonnès sur état des connaissances des Indiens et des Cl'nois relativement à la vaccine (Archives gênèiles de médecine , lom. Jitu , p. 126), Le cow-pox a été l'objet de nombreuses reclierclies, enner avait pensé qu'il naissait du grease ( Eaujc aux jambes ). Cette opinion a été combatle avec succès par Pearson, Buniva et W. Simmons ( Rejlcxions on the property of perfor- \ing the cesarian opération , etc. , ta which are added experiments on the supposed origin f the cow-pox , in-S", London , 1799 ). — Indépendamment des excellens traités de M. Hus- )n [Mecherches historiques et médicales sur lavaccine, in-8°, première édition, Paris, 1803 )) sSacco [Ti-attnto divacctnazione conosservazioni sulgiavardoe vajtiolo peccorino, in-4°, fig., [ilano , 1809) , de M. Bousquet ( Traité de la vaccine , in-S", Paris , 1832 ), te lecteur devra ODSultcr diverses observations ou mémoires sur Videntité de la variole et de la vaccine (Desortes , Journ, hebdom. ^ deuxième série, tom. vill, pag. 217. — Eusèbe Desalle , B.evtte lédicale, tom. vni , pag- 252. — Elliotson , Lond. med. Gazette , tom. xi , pag. 305) ; sur époque à laquelle la Daccine est préservative ( Bousquet, Bulletin des se. méd. de Fèrus- «c, tora. xxui , pag. 150 ; Revue médicale , septembre , 1830 , pag. 463 ) ; sur la muItipU-

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cité des boulons de vaccine (Friscbler, Gazette médicale, in-4<>, 1832, pag. 142); sur la Jîevre d'incubation de la vaccine ( Eichborn . Bulletin des sciences médicales de Férussac , loin. X , pag. 337 ) ; sur l'influence de la vaccine paraissant s'être étendue de la mère à l'enfant pendant la grossesse (Gillard, Refue médicale , tome i , pag. 153, 1824 ); sur ses complications ( Marcolini (F. M.) , sulle cumplicazioni délia vaccina, Milano , in-S", 1823 ); sur les tentatives d'inoculations varioliques chez des sujets vaccinés ( consultez les premiers rapports du comité de vaccine. — Lcgallois, Revue médicale, tom. VIII , pog. 252 ) , et sur l'influence réciproque de la variole et de la vaccine , ( Gaz. méd., Paris , in-4», 1 832 , pag. 84; Lisfranc, Note sur plusieurs cas de coïncidence de variole et de vaccine , Diss. ioaug., Paris , 1813. )

Il faut aussi consulter les observations publiées sur les vaccines modifiées i sur l'influence salutaire de la vaccine dans la coqueluche [Lond. Med. Gaz., tom. vill , pag. 46), la fièvre quarte (Ermiseh, Revue médicale, tom. I, pag. 517, 1824) , Xophlhalmie (Coxe, Archives générales de médecine , tom. xvii, pag. 443), dans la goutte { Casper , Revue médicale , tom. IV , 1824 , pag. 288 ), etc. , et sur son influence sur la mortalité ( Wolfers, Revue médicale, tom. X , pag. 158, 1826 ; Dornblut , Bulletin des sciences médicales de Férussac, tom. XI , pag. 261 ), sur les vaccinations réitérées ( Cavin, Revue médicale, tom. vin, 1825, pag. 171), surledéveloppement d'une vaccine légitime chez des individus varioles, etc. (Molas, Journal complémentaire des sciences méd icales, tom. vi , pag. 377.)

Enfin des expériences curieuses ont démontré qu'on ne pouvait prévenir l'infection vaccinale à l'aide des uen^o;(,ç(;5 ( Bousquet , Archives générales de médecine, tom. xvi,p.641), de l'ammoniaque ( Meuche , Lancette française , tom. v , pag. 397 ), des lotions aqueuses et c/j/oriire'ei , pratiquées sur les piqûres immédiatement après l'insertion du vaccin. Divers moyens de recueillir le vaccin (Pouzelol , Journal hebdomadaire , tom. i, pag. 341) ont été proposés et plusieurs tentatives ont été faites .pour développer la vaccine chez les vacbes el d'autres animaux , en leur inoculant la vaccine { Valentin { L.) , f^accinations pratiquées avec succès sur des animaux , anesse , chèvre , chien , mouton) , el transmission de la matière vaccin de ces animaux à l'bomme ( Jîec. /îe'/'. <fe soc. de méd., [.om. xii,p. 177), ou en leur inoculant la variole (fi.r/jeV/ence^ de Sunderland et de HwmiXD (Bulletin des sciences médicales , tom. XXV, p. 158.)

( P. Rater. )

VACCINELLE. s. f. Je désigne sous le nom de -vaccinelles , ou de modifications de la vaccine, plusieurs éruptions cutanées pustuleuses, contagieuses, de nature et d'apparence vaccinales, que l'insertion du virus vaccin , du cowpox ou de grease suivant quelques auteurs , produit quelquefois chez des individus qui ont eu précédemment la petite-vérole ou la vaccine, ou qui ne contractent cette dernière affection qu'incomplètement, soit par défaut d'énergie du virus-vaccin, soit par une sorte d'inaptitude à en ressentir l'influence; je donne aussi ce nom à des éruptions vaccinales modifiées , développées pendant la période d incubation ou de la fièvre primaire de la variole, et à celles qui naissent souvent d'une inoculation simultanée de la vaccine et de la variole. Ces éruptions sont réellement à la vaccine ce que sont les varicelles à la variole.

Il faut distinguer ces éruptions, dont l'humeur peut reproduire la vaccine (Eichhorn), de certaines pustules accidentelles, non contagieuses, qu'on a aussi désignées sous le nom de Jausses vaccines , et qui sont produites, soit par l'humeur vaccinale altérée et non virulente, soit par l'insertion du vaccin sur des constitutions devenues réfractaires par suite d'une infection variolique ou vaccinale, préservative , antérieure. Mais on pourra peut-être en rapprocher quelques éruptions transmises à l'homme , soit de la vache atteinte du fau.x cowpox , soit du cheval atteint du grease.

\°. l^accinelle produite par Vinocidation de la vaccine sur des individus qui avaient été déjà vaccinés avec succès. Cette variété a été obtenue par plusieurs médecins qui ont pratiqué un grand nombre de revaccinations. M. Bousquet dit que dans un cas qu'il a observé, cette seconde vaccine marcha d'un pas plus précipité que la première, et qu'il y avait entre ces deux éruptions la même différence qu'entre la variole et la varioloide.

2°. f^accinelle produite par l'inoculation de la vaccine sur des individus qui avaient eu anlérieui^emenl la variole naturelle ou inoculée. Lorsqu'on inocule la vaccine à des sujets antérieurement atteints de la variole , le plus souvent la vaccinalion ne produit aucun effet , et les piqûres ne tardent pas à se dessécher; mais quelquefois il se développe une éruption vaccinale, modifiée dans ses apparences extérieures et dans sa marche. Ce résultat ne peut être mieux comparé qu'aux varicelles que le virus variolique produit chez quelques vaccinés , ou bien encore à celles que l'on observe chez les inoculés ou les variolés, qui se soumettent à de nouvelles inoculations du virus variolique. Quoi qu'il en soit, voici la marche de celte vaccine modifiée. Dès le premier jour, et quelquefois dès le deuxième , au plus tard le troisième jour, les piqûres s'enflamment, il se forme des pustules, le plus souvent circulaires, comme celles de la vaccine. Leurs bords sont aplatis, irréguliers, non gonflés par l'humeur qu'elles contiennent, qui est toujours peu abondante et d'un jaune limpide. L'auréole , quelquefois aussi vive , rarement aussi élcnilue que celle de la vaccine, dure aussi long-temps , quoique plus tôt apparue. Pendant tout ce travail , le vacciné éprouve ordinairement une démangeaison insupportable dans les piqûres ; les aisselles sont quelquefois douloureuses ; les glandes axillaires peuvent s engorger ; il survient quelquefois de la céphalalgie ou des accès de fièvre irréguliers. La période infl.immatoire est très-rapide ; il n'y a pas de tumeur ni d'induration circonscrite comme dans la vaccine ; et , s'il y a de la tension autour de la plaie, elle est irrégulicre et superficielle. Les croûtes bien formées des le septième ou le huilième jour , tombent à-peu-près à la même époque que celles de la vaccine et quelquefois plus tôt. Elles présentent souvent le même aspect, avec cette seule différence quelles sont moins larges, moins épaisses, et qu'elles ne laissent point de cicatrices , mais seulement des taches à la peau. L'humeur de ces pustules est coulagicuse; et, insérée dans la

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