‹ Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques [electronic resource] (volume 2)Chapitre 300 sur 311 · VÉGÉTATIONS · texte numérisé non relu

VÉGÉTATIONS

VENTEUSES (MALADIÈS).

se gangrener même et laisser après elles des plaies difficiles à guérir. La suppuration qui a lieu à leur surface va enflammer les parties voisines qui, à leur lour, s'altèrent de proche en proche. Plus ordinairement l'inflammation après une certaine durée diminue , soit d'elle-même, soit sous l'influence d'un traitement plus ou moins actif. Alors les végétations s'affaissent, se flétrissent, et finissent par disparaître par une sorte de résorption quand elles sont à large base , tandis que quand elles sont pédiculées on les voit se détacher et tomber comme un fruit mùr. Mais dans l'immense majorité des cas , pour peu qu'elles aient persisté , elles prennent de la consistance , cessent d'être douloureuses et sécrétoires , et elles resteraient à toujours, sans aucun inconvénient, si l'on n'avait coutume de les exciser.

On a vu des praticiens peu exercés couper impitoyablement comme des végétations les caroncules niyrtiformes , chez la femme , et chez les deux sexes les papilles qui occupent la base de la langue, après avoir fait subir aux malades plusieurs traitemens mercuriels pour une prétendue syphilis; car il y a encore des personnes qui, considérant les végétations comme une forme de la maladie vénérienne constitutionnelle, croient devoir leur opposer un traitement spécifique. Cependant, l'opinion qui commence à être généralement adoptée est que cette affection est un symptôme au moins équivoque de la syphilis, et en conséquence on se borne au traitement local qui suffit presque toujours. D'ailleurs l'insuffisance du traitement général était démontrée par une foule de cas dans lesquels les végétations avaient opiniâtrement survécu aux mercurialisatious les plus complètes. 11 est bon de remarquer encore que les végétations , comme les excroissances et les bubons , sont , toutes choses égales d'ailleurs , plus communes chez les malades indigens et peu éclairés.

Les végétations ne sont par elles-mêmes qu'un épiphénomène assez peu important et peu caractéristique de la syphilis , bien qu'on ait voulu les considérer sous un autre point de vue. C'est une aifection légère et qui ne prend quelque gravité que quand elle arrive à un très-haut degré de développement et qu'il s'y joint des phénomènes accessoires. Hors ces cas, elles guérissent d'ellesmêmes ou sous l'influence d'un traitement dont l'hygiène fait tous les frais. On obtient avec facilité leur résolution lorsqu'elles sont récentes ; mais lorsqu'elles sont anciennes et complètement organisées il faut des moyens plus actifs. Néanmoins , il est extrêmement rare que des symptômes vénériens sérieux viennent après ces végétations et puissent leur être raisonnablement attribués.

C'est donc par le traitement local qu'il convient de commencer puisque l'expérience montre qu'il réussit souvent seul , tandis que sans lui les autres moyens restent souvent inefficaces. L'usage des applications éraollientes et antiphlogistiques est d'un grand avantage, joint à la précaution de soustraire les parties aux irritations habituelles qui ont produit et entretenu le mal. Les partisans des anciennes doctrines , pour lesquels le traitement externe ne consiste que dans l'arrachement, les ligatures, l'excision et les caustiques, ne comprennent pas combien il est utile d'interposer du linge sec et fin pour prévenir le frottement et le séjour des matières sécrétées. Mais les antiphlogistiques ne sont pas des moyens absolus ni dont il faille continuer indéfiniment l'emploi : sous forme humide surtout ils sont plus propres à augmenter qu'à diminuer la disposition végétative. On se sert avec plus de succès des narcotiques : et la charpie imbibée d'opium fait flétrir et tomber surtout les végétations récentes et molles. Lorsqu'elles sont anciennes , on peut faciliter l'action des narcotiques en ramollissant les surfaces par des cataplasmes émoUieus et même en pratiquant quelques mouchetures.

Parmi les diverses applications médicamenteuses préconisées tour-à-tour , on compte les astringens qui sont quelquefois utiles, quand surtout on les emploie sous forme sèche , par exemple , le calomel , les sulfates de zinc ou de cuivre. Les applications mercurielles ne se sout pas montrées très-efficaces, quoiqu'on y ait eu bien souvent recours.

Quand on ne peut pas résoudre les végétations , on a recours à diverses opérations. L'arrachement que les malades pratiquent quelquefois d'eux-mêmes est une opération absurde et douloureuse qui manque le plus souvent son but, outre qu'elle entraîne des inflammations et des hémorrhagies , et qu'elle n'est ajjplicable qu'aux végétations pédiculées. La ligature, que souvent on préfère comme moins douloureuse que l'excision , est difficile et impraticable, même quand les végétations sont multiples et sans pédicule : elle a d'ailleurs le désavantage de ne point enlever la base de la tumeur qui ne tarde pas à végéter de nouveau, à moins qu'on ne cautérise et même assez profondément. La ligature se pratique en nouant un fil de soie autour du pédicule et à étrangler ainsi les vaisseaux qui nourrissent la tumeur.

Les caustiques étaient jadis d'un grand usage, et on les mettait en œuvre toul-à-fait empiriquement sans calculer ni les douleurs des malades , ni les chances de destruction des parties saines. C'était le feu qu'on employait, et ce caustique, tout effrayant qu'il est , était peut-être le plus bénin de tous en réalité. Les caustiques chimiques , tels que le beurre d'antimoine, le nitrate de mercure , etc. , sont utiles , mais leur abus a souvent amené des dégénérations d'apparence cancéreuse : il en est de même des substances végétales acres qu'on a présentées comme spécifiques. Tous ces moyens réussissent ou échouent suivant la manière dont on les emploie. De nos jours on pratique particulièrement la cautérisation superficielle , destinée bien moins à détruire en masse les végétations qu'à en favoriser la résolution graduelle. Le nitrate d'argent suffit pour cet usage.

On peut compter sur l'excision quand on n'a pas réussi par les autres moyens; mais pour la pratiquer avec succès , il faut d une part avoir triomplié de cet état sub-inflammatoire que nous avons signalé comme favorisant le développe-

ment des végétations ; de l'autre , il faut enlever toute la portion de membrane muqueuse qui leur sert de base , faute de quoi on les voit bientôt pulluler avec plus d'abondance. On se sert pour pratiquer l'excision de ciseaux courbes sur leur plat, au moyen desquels on peut embrasser, et la végétation elle-même et la portion de peau ou de membrane muqueuse sur laquelle elle a , en quelque sorte, implanté ses racines. Des ciseaux droits ou courbes sur leur tranchant peuvent être quelquefois nécessaires pour atteindre dans des replis ou les anfractuosités des parties génitales. Dans quelques circonstances l'immense quantité des végétations oblige d'avoir recours au bistouri et quelquefois même au rasoir. Nous avons vu des cas de ce genre dans lesquels l'excision , ordinairement si simple , est devenue une opération délicate et laborieuse : il faut alors que le chirurgien prenne en considération la structure des parties sur lesquelles il opère et les fonctions qu'elles sont appelées à remplir. Ainsi , chez les femmes , il évitera de couper les replis membraneux qui servent à l'amplialion des parties sexuelles dans l'accouchement. Après l'excision , il peut être utile de laisser couler un peu de sang : ensuite on pansera avec de la charpie i et l'appareil sera plus ou moins compliqué suivant le besoin. Lorsque aucun accident ne se présente , ainsi que cela se voit dans la grande majorité des cas, on voit les plaies qui succèdent à l'excision se guérir avec la plus grande facilité , même dans le cas où il n'a pas été fait de traitement spécilique, et à des plaies fort étendues succèdent des cicatrices tout-à-fait linéaires. En général, les végé» gâtions ne reparaissent pas , à moins que les malades ne sachent pas se soustraire aux excitations qui avaient produit les premières.

Le traitement général , spécifique ou non spécifique , influe peu sur la marche et la durée des végétations, aussi avons -nous coutume de compter peu sur des médications générales lorsqu'elles ne sont pas secondées par les moyens locaux. Ainsi, nous avons recours aux bains d'eau ou de vapeurs tant sèches qu'humides , aux boissons tempérantes et aux purgatifs , suivant les indications. Quant au traitement mercuriel , nous n'y avons jamais recours lorsqu'il y a seulement des végétations ; et lorsqu'il existe d'autres symptômes vénériens, ce n'est plus pour les végétations que nous l'employons. Nous n'avons pas observé qu'il fût nécessaire ni pour prévenir ni pour guérir ce symptôme, ni pour s'opposer à son retour; et nous avons vu plus d une fois des malades auxquels on avait fait faire , sans succès, deux et même trois traitemens mercuriels pour guérir des végétations dont quelques coups de ciseaux les ont débarrassés pour toujours. ( CuLLERiER et Ratier. )

VENTEUSES ( Maladies ). On nomme ainsi certaines affections , qui consistent dans l'introduction , le développement , l'accumulation , ou l'exhalation de gaz dans nos organes. On les désigne plus généralement aujourd'hui , et plus convenablement , par le nom de p/ieumatoses.

La plupart des organes peuvent devenir le siège de pneumatoses. Le tissu cellulaire, les vaisseaux sanguins , le cœur , les membranes séreuses , l'utérus, la vessie , le scrotum, la tunique vaginale , l'estomac et les intestins, en offrent surtout des exemples. La présence des gaz dans le tissu cellulaire a reçu le nom d'emphysème , dans la plèvre celui de pneumo-thorax, dans le péricarde celui de pneumo-péricavdc . dans l'utérus celui de physomètre j dans le scrotum et la tunique vaginale celui de pneumatocèle , dans l'estomac et les intestins ceux de vents , flatuosités , coliques venteuses, tympanite ; on n'a pas imposé de noms particuliers aux autres pneumatoses. Il a déjà été question précédemment de I'emphysème , du physomètre et de la tympanite. ( Voyez ces mots. ) Il ne nous reste donc à parler ici que des pneumatoses des voies digestives, des membranes séreuses, du scrotum , de la vessie , du cœur et des vaisseaus sanguins , et encore sur ces trois dernières n'auroas-nous que peu de mots à dire.

Des causes diverses contribuent à déterminer la présence des gaz au sein des diftérens organes. Tantôt c'est une plaie ou une ulcération du poumon qui permet à l'air atmosphérique de s'introduire dans le tissu cellulaire ou dans la plèvre, ou bien une perforation de l'estomac ou d'un intestin qui donne accès dans le péritoine aux gaz naturellement contenus dans ces organes; tantét c'est un mouvement de décomposition putride qui , se développant au milieu d'un foyer purulent , sanguin, gangréneux ou autre, donne naissance à des gaz de diverse nature ; enfin, dans quelques cas , les gaz sont exhalés , sécrétés par les tissus même à la surface desquels on les rencontre. Dans les premiers cas , la pneumatose n'est évidemment qu'un symptôme , c'est la plaie pénétrante de poitrine , l'ulcère du poumon, la perforation gastrique ou intestinale , le foyer purulent, sanguin ou gangréneux, qui constituent la véritable maladie ; la présence des gaz n'y joue qu'un rôle accidentel et secondaire. On a donc tort de considérer et d'étudier ces pneumatoses comme des maladies; il faudrait se borner à en tenir compte parmi les accidens des affections dentelles dépendent , comme on le fait pour les autres symptômes , ordinaires ou insolites , qui s'y manifestent. Il n'y a de véritables pneumatoses, méritant une description particulière et une place spéciale dans le cadre nosologique, que celles qui résultent d'une exhalation ou d'une sécrétion gazeuse, analogue à la sécrétion de sérosité qui forme les hydropisies. Et encore devrait-on en distraire toutes celles qui sont symptomatiques d'une irritation inflammatoire ou nerveuse de la membrane qui sécrète accidentellement des gaz , ce qui réduirait à un très-petit nombre les exemples de pneumatoses méiitant réellement ce nom, ayant droit à une attention et à une étude particulières , et réclamant enfin nue thérapeutique spéciale. Nous commencerons en partie cette réforme.

Pneumatoses des membranes muqdeuses. Ce sont les plus communes de toutes les pneumatoses. Leur fréquence est due, d'une part, à l'abondance des sécrétions et aux fonctions même qui s'opèrent à la surface de ces membranes ,

VENTEUSES (MALADIES).

VENTEUSES (MALADIES).

It dont les produits plus ou moins long-temps retenus rentrent en partie DUS l'empire des lois chimiques et donnent par conséquent naissance à des ;az ; et d'une autre part , à ce que naturellement ces tissus paraissent plus lisposés que tous les autres à sécréter des fluides aériformes. Si , comme le

enseut quelques physiologistes , la membrane muqueuse pulmonaire sécrète le l'azote et de l'acide carbonique , ces gaz étant continuellement chassés par 'expiration , il ne deviennent jamais la source d'accidens morbides. Il n'en

st pas de même de ceux qui se dégagent dans les voies digestives , dans a vessie , dans l'utérus et dans le vagin ; les premiers surtout peuvent produire les symptômes graves et variés , ils forment seuls l'immense majorité des pneunatoses.

Pneumatoses des voies digestwes. Dans l'état normal l'estomac et les inteslins contiennent une certaine quantité de gaz qui peuvent provenir de difféentes sources. Les uns y pénètrent par la dùglutition , soit volontaire, comme hez certaines personnes qui avalent de l'air, soit involontaire, avec les alinens et les boissons ; les autres s'y développent sous l'influence du travail ibiœico-vital de la digestion et se dégagent du sein même des substances 'limentaires converties en chyme; dans quelques cas ils naissent de la décomposition des matières contenues ou sécrétées dans ces parties ; enfin ils sont ;ssez fréquemment le produit d'un travail sécrétoire de la membrane muueuse elle-même. Dans le premier cas, la quantité d'air avalé n'est jamais ssez considérable pour produire des effets morbides, quelques auteurs con- Bstent même qu'il s'en introduise avec le bol alimentaire; c'est toujours de air pur qui pénètre de la sorte. Les gaz qui se forment pendant l'acte re'gulier e la digestion , en quantité plus ou moins grande , suivant la nature des boisons et des alimeus ingérés , presque toujours incommodes , donnent quelijuebis lieu à des symptômes douloureux et même à des accidens assez graves our constituer une véritable maladie ; ils se composent d'oxigène , d'azote , l'hydrogène pur , ou carboné, ou sulfuré, et d'acide carbonique , mélangés n proportions variables , la dose proportionnelle de l'oxigène étant plus conlidérable dans l'estomac et diminuant à mesure que l'on s'éloigne de cet organe, 'elle de l'acide carbonique suivant la progression contraire , l'azote et l'hydrojène occupant principalement les gros intestins. Quant aux gaz qui naissent e la fermentation acide ou putride des substances ingérées ou des liquides âcrétés dans le conduit digestif , leur présence se rattache toujours , soit à de iiauvaises digestions , soit à un état d'inflammation de la membrane muqueuse |;astro-intestinale; ils ajoutent un symptôme douloureux ou une complication [lus ou moins sérieuse à ces états morbides , mais forment rarement la maladie rincipale ; ils sont composés des mêmes élcmens que les précédens. Enfin , feux qui sont directement sécrétés par la membrane muqueuse digestive, très- Duvent symptomatiques d'une irritation nerveuse de cette membrane, paraisbnt composés d'acide carbonique ou d'azote, car ils sont inodores et ils éteifient la flamme d'une chandelle , ainsi que Van Helmont en avait déjà fait la smarque. Mais de quelque source que les gaz gastro-inteslinaux proviennent t quelle qu'en soit la nature chimique , ils manifestent leur présence de trois lanières différentes : ils sont excrétés par la bouche ou par l'anus , ou par ces pux ouvertures à-la-fois ; ou bien ils distendent douloureusement le tube igestif et ne s'échappent par aucune voie, ou bien enfin la distezision et l'excréon ont lieu simultanément.

Quelques personnes rendent naturellement beaucoup de vents sans que leur linté en ressente le moindre trouble; cela tient à leur organisation comme à autres de sécréter une grande quantité de mucosités. On n'a pas remarqué je pour les gaz intestinaux cette disposition se rattachât à un tempérament llutôt qu'à un autre, mais les gaz gastriques se montrent incontestablement Sus communs chez les individus d'un tempérament nerveux; aussi les observeon fréquemment chez les hypocondriaques et chez les personnes affectées de iistralgie ou d'hystérie. Quand l'excrétion de ces gaz a lieu par la bouche, Ile prend les noms de rois , éructations , flatuosités ; elle est souvent précédée ; douleurs vives de l'estomac, et quelquefois dans d'autres parties du corps , l'elle fait ordinairement cesser ; elle s'opère presque toujours avec bruit ; dans iielque cas, les éructations se succèdent avec une telle rapidité que les ma- |des ne peuvent ni articuler une parole ni opérer la déglutition, et si cela ire un certain temps les alimens finissent quelquefois par être entraînés par ie sorte de rumination. Ces gaz sont presque toujours inadores , comme nous ;Vons déjà dit. Il existe des exemples fort singuliers de cette incommodité : Qsi des individus rendent des vents par le haut, lorsqu'ils se peignent , lorsl'ils se heurtent sur une partie quelconque du corps , lorsqu'ils se frictionnent ,

qui leur fait croire qu'ils ramènent dans les voies digestives des vents qui :taient fourvoyés entre cuir et chair, lorsqu'ils sautent, lorsqu'ils dansent, C. , etc. Dans les cas où l'émission des gaz se fait par l'anus , elle s'accompagne icz souvent de borborjgm^s , de doulejrs de ventre qui se déplacent rapidelent [coliques venteuses), de mouvemens dans cette cavité, de changeons passagers dans la forme de ses parois qui se bossèlent et se dépriment iernativement dans plusieurs points; d'autres fois aucun de ces symptômes

se manifeste. Ces gaz s'échappent avec ou sans bruit ; ils ont presque touirs une odeur fétide, cadavérique si l'on a passé quelque temps dans un amithéàtre où se trouvaient des cadavres dont la putréfaction était avancée , lydrogène sulfuré après les frictions sulfureuses ou l'ingestion de certains mens qui contiennent du soufre, tels que les œufs, etc. La rétention volonre de ces gaz occasionne des coliques violentes et peut même donner lieu à je TTMP.\niTE (voyez ce mot) ; quelques auteurs même paraissent croire que i gaz peuvent être absorbés et dissous dans le sang, puis ensuite reprendre

leur élasticité dans l'organe central de la circulation ou dans les vaisseaux cérébraux, et frapper de mort subite par la distension du cœur ou par la compression du cerveau. Nous ne contestons pas la possibilité du fait, mais nous ne le croyons pas suffisamment démontré.

Les gaz séjournent rarement dans l'estomac ou les intestins en quantité assez considérable pour produire les distensions douloureuses de ces organes; cela n'arrive en général que lorsqu'un obstacle permanent ou passager s'oppose à leur déplacement ou à leur issue, comme un squirrhe, des matières fécales endurcies , etc. Mais il suffit souvent qu'ils ne puissent pas être excrétés pour donner lieu à de très-vives douleurs ; il est fort ordinaire, par exemple, de voir des personnes qui éprouvent des douleurs violentes dans l'estomac ou les intestins, sans distension appréciable de ces organes, être immédiatement soulagées par l'excrétion de quelques gaz. On se demande toutefois, si en pareils cas, ce sont bien les vents qui causent de telles souffrances, ou s'ils ne seraient pas plutôt l'effet ou peut-être la crise d'une irritation nerveuse dont les douleurs seraient le symptôme. Nous sommes de ce dernier avis. Après avoir observé avec attention un grand nombre de fois ces accidens, nous nous sommes convaincus que l'on prenait généralement l'effet pour la cause. Comment croire , en effet, que la présence de quelques gaz puisse provoquer les vives souffrances , la petitesse et la concentration du pouls, le refroidissement des extrémités, la pâleur de la face, et la sueur froide de tout le corps , qui accompagnent ces affections ? Ne voit-on pas tous les jours, dans l'entérite folliculeuse, par exemple , le ventre énormément distendu par des gaz sans qu'il se manifeste aucun de ces symptômes? Qui ne reconnaît d'ailleurs dans ce groupe de phénomènes morbides les effets ordinaires de la névrose des organes intérieurs ? Ces prétendues coliques venteuses de l'estomac ou des intestins sont donc le plus communément de véritables névroses. Tout dans leur histoire concourt à le démontrer : elles attaquent presque exclusivement les gens nerveux, elles se déclarent souvent sans cause appréciable ou bien sous l'influence d'une contrariété , d'un chagrin ; leur invasion est ordinairement soudaine , la violence des symptômes y contraste d'une manière remarquable avec l'absence de tout danger, elles ont en général peu de durée, elles cessent ordinairement tout-à-coup, enfin les carminatifs les aggravent et les anti-spasmodiques en sont les meilleurs moyens de guérison ; elles offrent en un mot tous les caractères des névroses ; et si l'issue d'une quantité plus ou moins considérable de gaz coïncide généralement avec leur cessation , cette excrétion est à nos yeux l'effet incontestable et non la cause de la disparition du spasme et des douleurs. Nous ne prétendons pas nier cependant que la présence des gaz dans les voies digestives ne puisse seule dans quelques cas exciter des phénomènes morbides, soit en distendant les parois de ces cavités soit de toute autre manière, nous avons déjà exprimé plusieurs fois l'opinion contraire dans le cours de cet article; mais nous disons d'abord que l'on en a beaucoup exagéré l'influence, et ensuite qu'on leur attribue très-souvent des effets qui ne leur appartiennent pas. Ces erreurs entraînent de graves conséquences dans la pratique.

Lorsque par une cause quelconque les gaz sont retenus opiniâtrément dans les organes de la digestion , et qu'ils continuent d'y être sécrétés , ils s'accumulent au point de donner parfois à ces organes des dimensions extraordinaires ( lympanite ). On parle dans les écrits de la science d'estomacs dilatés de telle manière qu'ils remplissaient toute la cavité abdominale, de cœcum surpassant le volume de la tête d'un adulte , de colons et même d'intestins grêles, ayant acquis la grosseur de la cuisse. On y dit aussi que dans quelques cas la maladie a été prise pour vine hydropisie , mais une telle méprise nous parait difficile à commettre. Combalusier a tracé depuis long-temps les caractères différentiels de ces deux maladies de manière à rendre 1 erreur impossible. « Dans la tympanile, dit-il, ce sont les parties moyennes et supérieures du ventre qui commencent à se gonfler ; dans l'ascite ce sont les parties inférieures et latérales. Dans la tympanite il y a légèreté; dans l'ascite il y a pesanteur. Dins la fympanite la peau du ventre est blanche, tendue, et élastique; elle résiste quand on la comprime, et se rétablit promplement; dans l'ascite elle est pâle, et quelquefois presque verdâtre, elle est lâche et flasque , cède plus facilement à l'impression du doigt, et se rétablit plus lentement. Dans la tympanite on entend un son tfuand on Jrappe le ventre ; dans l ascite on n'en enlend point. Dans la tympanite on ne sent aucune fluctuation d'eau ; on en sent dans l'ascite lorsque le malade se tourne. Dans la tympanite la forme du ventre ne change point par les différentes manières de se tenir couché ; elle change dans l'ascite , à moins que l'enflure ne soit à son plus haut degré. Le gonflement des pieds et des jambes , et la mauvaise couleur du visage, sont plus ordinaires dans l'ascite que dans la tympanite. Dans cette dernière maladie le pouls est plus fréquent et plus dur ; dans l'ascite il est plus petit et plus languissant. » 11 serait difficile d'ajouter quelque chose à ce diagnostic. Nous avons tracé ailleurs l'histoire des causes et des symptômes de la tympanite , nous n'y reviendrons donc pas ici. (frayez Tympamte.)

Enfin, Sydenham a décrit sous le nom choléra-sicca , une maladie qui existait en même temps que l'épidémie de choLéra-moi bus dont il nous a transmis l'histoire , et dont les principaux caractères consistaient en une excrétion considérable et très-bruyante de gaz par la bouche et par l'anus, des douleurs abdominales, et quelques-uns des phénomènes généraux delà maladie régnante et en particulier une soif ardente. Cette affection avait été déjà signalée par Hippocrale sous la même dénomination et avec les mêmes caractères. Il nous est difficile d'y voir autre chose qu'une inflammation des voies digestives.

Parmi les causes des maladies venteuses de l'estomac et des intestins , nous avons omis à dessein de citer : la suppression de la transpiration cutanée , la

VENTEUSES (MALADIES).

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répercussion d'une dartre , la métastase d'une afifection rhumatismale ou goût-, teuse, la cessation trop brus(|ue d'un flux hémorrhoidal , et plusieurs autres causes analogues , auxquelles les anciens patliologistes faisaient jouer un grand rôle dans la production de ces maladies. Et de même, nous n'avons pas indiqué au nombre de leurs symptômes , les palpitations, les syncopes , les mouvemens convulsifj, et jusqu'à la mort subite, qu'on les accuse de produire quelquefois. N'apercevant pas de relation évidente entre de telles causes et de tels effets, convaincus d'ailleurs que l'on a très-souvent pris des névroses et des phlegmasies gastro-intestinales pour les pneumatoses qui n'en étaient que les symptômes , et que par suite de cette erreur on a fréquemment attribué aux vents des phénomènes morbides qu'ils n'avaient pu faire nailre et avec lesquels ils n'avaient qu'un rapport de coïncidence , sans nier absolument ni ces influences ni ces résultats, nous avons pensé que l'on en avait au moins considérablement exagéré la valeur. Une remarque nous a d'ailleurs frappés : c'est que depuis que le diagnostic des maladies est devenu si précis , on voit très-rarement des pneumatoses qui ne soient pas symplomatiques d'une autre affection, on n'en voit plus naître sous l'influence des causes ci-dessus énumérées , on n'en voit plus guère produire ces accidens dont on les accusait si facilement autrefois.

La thérapeutique des maladies venteuses a dû nécessairement se simplifier à mesure qu'on les a mieux connues; aucune n'avait au reste plus besoin d'une plus complète réforme; c'étaient de véritables écuries d'Augias à nettoyer. Croira-t-on , par exemple, que l'on a conseillé comme autant de spécifiques contre les coliques venteuses , les excrémens du loup, du chien , ceux i/'une poule qui a Juit de L'exercice j la verge d'un taureau , le pied de cochon , les tuniques internes de l'estomac d'un hérisson , le nombril d'un enfant nouveauné , etc. , sèches, pulvérisés, et pris dans des liquides divers. Et ces prétendus spécifiques n'ont pas été vantés seulement, comme on peut le supposer, par des charlatans ou des praticiens ignares. C'est Galien , c'est Fernel, Fraca^lor , HoUerius , Zacutus , Lusitanus , Avenzoar , etc. , qui les préconisent ou cherchent à en expliquer la manière d'agir. Enfin, c'est Combalusier, il n'y a que quatre-vingt-dix ans encore , qui nous en fait sérieusement le relevé , et s'évertue à son tour à trouver la théorie de leur action thérapeutique. Mais pourquoi sortir de l'oubli d'aussi ridicules erreurs ? Serait-ce pour nous en moquer ? Nous n'oserions pas. Le siècle qui a vu naitre les absurdes rêveries de l'homoeopathisme , n'a pas le droit d'être si fier de sa raison ; il doit courber la tête et garder prudemment le silence, car il surpasse certainement eu folie les plus tristes époques de l'esprit humain.

Puisque les pneumatoses des organes de la digestion dépendent presque toujours d'un état inflammatoire ou d'une névrose de ces parties , ou d'un obstacle qui s'oppose au libre cours des vents, puisquen un mot elles sont presque constamment symptomatiques , elles réclament rarement un traitement spe'cial. L'expérience a depuis long-temps , en effet , démontré les avantages des adoucissans et de légers antispasmodiques dans la cure de ces affections, et les inconvéniens qui accompagnent au contraire l'emploi de la plupart des carminatifs. L'art de les guérir consiste à savoir remonter à la cause qui les produit, et à combattre cette cause par les moyens convenables.

Mais enfin ces affections sont quelquefois idiopatliiques. Dans ces cas, on a recours avec succès aux infusions chaudes de camomille , de fleurs de tilleul et de feuilles d'oranger, d'anis , de coriandre, de menthe^ d'ange'lique, de sauge, etc., etc. Godart a beaucoup vanté la noix de galle employée delà manière suivante : Mêlez un gros de noix de galle, trois onces de sirop de Fernel , et six onces d'eau de fenouil , et faites prendre par cuillerées d'heure en heure. Nous citons celte formule entre mille auti es , parce que Godart rapporte quinze observations de tympanile guéries par elle ( voy. l'ancien Journal de Médecine , t. 49-1778) et qu'à ses yeux la noix de galle est le spécifique des vents ; enfin parce que nous avons appris de notre honorable confrère le docteur Bourgeois , qu'il avait débarrassé une dame par ce médicament des vents dont elle était habituellement tourmentée. En même temps que l'on administre l'une de ces infusions , il faut prescrire des frictions sur le ventre , avec de la flanelle ou avec une brosse, soit sèches soit imprégnées de la vapeur du benjoin , des baies de genièvre , ou du camphre , des applications de linges secs et chauds sur la même partie , enfin des fomentations avec des linimens huileux camphrés et laudanisés si la douleur est très-vive. Quand tout cela échoue, on réussit quelquefois par l'emploi d'une potion éthérée et très-faiblement laudanisée. Enfin, on a du recourir dans des cas plus rebelles, aux boissons et aux lavemens glacés et même à l'application de la glace sur le ventre. On a conseillé les substances absorbantes et en particulier la magnésie calcinée pour absorber les gaz, mais l'acide carbonique , qui seul pourrait être absorbé par cet oxide , est ordinairement en trop faible proportion parmi les autres gaz, pour que l'on puisse espérer quelque soulagement par cette médication. Ce ne serait que dans le cas où la tlisteiision gazeuse de l'abdomen succéderait à l'ingestion d une boisson fermentescible, comme la bière ou le cidre , que l'on devrait administrer en toute hâte de la magnésie : un soulagement prompt en suivrait très-probablement l'emploi.

Les personnes habituellement tourmentées par les vents doivent éviter avec soin les alimens flatulens, comme les haricots, les lentilles, les choux , etc. Toutes les sidjslances qui stimulent peu l'estomac, comme les fécules , la gélatine , les viandes des jeunes animaux , les ragoûts , et principalement les sauces blanches, leur conviennent médiocrement ; elles digèrent mieux les viandes de bœuf, de mouton, de gibier , rôties ou grillées, le homard , les truffes, etc., et oat beaucoup moins de vents avec ce régime. Il suflit ù quelques-uns , pour s'en

mettre à l'abri , de prendre après les repas une lasse d'infusion de camomille ou de tilleul. On doit éviter de provoquer l'excrétion des vents , parce qu'ils semblent se reproduire avec d'autant plus de facilité qu'on s'en débarrasse plus fréquemment; l'habitude exerce certainement une influence sur leur développement.

Pneumatoses de la vessie. Quelques personnes rendent des gaz par l'urèthre; cela est excessivement rare. Presque toujours en pareil cas , ils viennent du rectum, et ils ont pénétré dans la vessie par une perforation qui s'est établie à la paroi vésico-rectale. L'odeur en décèle presque toujours l'origine, les petites parcelles de matière fécale qui s'échappent par la même voie dissipent d'ailleurs ordinairement tous les doutes. On pense que l'air extérieur peut s'introduire dans la vessie à travers une sonde creuse laissée à demeure , et s'échapper ensuite avec l'urine. Du mucus , du pus , ou du sang , en séjournant pendant quelque temps dans la cavité de cet organe , s'y altèrent quelquefois et donnent lieu à un développement de gaz. Enfin, nous croyons que dans la névralgie vésicale ou cjstodjrnie , la membrane muqueuse de la vessie peut , comme celle des voies digestives, sécréter des gaz. Quelques exemples d'émission de vents par l'urèthre, sans communication de la vessie avec le rectum et sans cystite chronique, rapportés par différons auteurs, nous paraissent appartenir à cette catégorie. Zacutus et L. Hoffmann rapportent chacun un cas d'éjaculation d'air au lieu de sperme. Les faiseurs de mots ont imaginé celui à'œdopsophie , pour exprimer l'excrétion gazeuse par l'urèthre.

Retenus dans la cavité de la vessie les gaz produiraient sans doute une distension douloureuse de cet organe, et l'on conçoit la possibilité d'un semblable accident dans les cas où l'urèthre est obstrué par un calcul ou par un rétrécissement. Mais en a-t-on observé des exemples ? Nous l'ignorons, et nous ne devons pas discourir sur une maladie peut-être chimérique.

Pneumatoses de l'utérus et du vagin ( f^oj-, Phtsométrie. )

Pneumatoses des membranes séreuses. On rencontre assez souvent en ouvrant les cadavres, des gaz contenus dans les cavités séreuses, soit seuls, soit avec une certaine quantité de liquide. Tantôt ils y pénètrent par une perforation qui met ces cavités en communication avec l'air extérieur ou avec des organes qui en contiennent habituellement; tantôt, ils se dégagent des liquides épanchés et subissant iléjà un commencement de fermentation putride , ce qui dans le plus grand nombre de cas en fait un phénomène cadavérique; quelquefois enfin ils sont sécrétés par la membrane même. Ces pneumatoses reconnaissent donc les mêmes causes que les précédentes. Nous n'aurons rien à dire des pneumatoses de l'arachnoïde, ni de celles des capsules articulaires , dont on ignore les elTels et que l'on a seulement constatées sur les cadavres ; il sera seulement question ici de celles de la plèvre, du péricarde , du péritoine, et de la tunique vaginale.

Pneumo-thorax, On nomme ainsi la pneumalose des plèvres. Cette affection se montre très-rarement idiopalhique. Dans la grande majorité des cas, elle résulte de l'ouverture d'une cavité tuberculeuse dans la plèvre, ouverture par laquelle l'air extérieur a pénétré en traversant les bronches. Nous en avons indiqué les symptômes à l'article phthisie. Elle peut se développer de la même manière, à l'occasion de la gangrène superficielle du poumon , à la suite de la déchirure de cet organe par les fragmens d'une côte fracturée ou par une plaie pénétrante, et quelquefois , dit-on , par les secousses de la toux , lorsqu'il existe déjà un emphysème pulmonaire ( l'osez Gangridne et emphysème du polmoN) FRACTURES et PLAIES ). Souvcut elle accompagne la pleurésie avec épanchenaent, et résulte, comme nous l'avons déjà dit, de la décomposition putride des liquides épanchés (voyez Pleurésie).

Deux symptômes caractéristiques , fournis par la percussion et l'auscultation, signalent la présence de l'air dans les cavités pleurales. C'est une sonorité de la poitrine beaucoup plus grande que dans l'état normal , jointe à l'absence complète du bruit respiratoire. On retrouve, il est vrai , les mêmes signes dans l'emphysème du poumon , mais ici le bruit lespiratoire n'est pas aussi complètement aboli que dans le pneumo-thorax , il s'accompagne d'un râle léger que l'on n'entend pas dans celui-ci, il est rarement affaibli d'une manière égale dans tous les points de la poitrine , et on le distingue encore çà et là d'une manière assez sensible , tandis que, dans le pneumo-thorax, l'abolition de ce bruit est uniforme et complète, excepté entre le bord postérieur de l'omoplate et la colonne épinière , points qui correspondent aux attaches des poumons; enfin l'invasion du pneuaio-thorax est brusque, il produit très-promptemeut des accidens graves et souvent même la mort; l'emphysème pulmonaire, au contraire, naît sourdement, marche avec lenteur, et ne compromet que fort tard l'existence des malades. Lorsqu'une grande quantité d'air est accumulée dans la plèvre , le côté de la poitrine dans lequel celte accumulation a lieu est quelquefois dilaté d une manière sensible. Une circonstance peut quelquefois jeter de la difficulté dans le diagnostic. C'est l'adhérence du poumon dans quelques points du thorax; dans ces points, en effet, la sonorité n'est pas accrue, et le murmure respiratoire continue de se faire entendre. Enfin , lorsqu'il existe en même temps de l'air et un liquide dans la plèvre , et qu'un trajet fistuleux établit une communication entre cette cavité et une caverne tuberculeuse, on perçoit encore un autre signe par l'auscultation, en faisant tousser ou parler les malades, c'est le tintement métallique ; la percussion y ajoute le bruit humariqiie. ( f^oyez phthisie, pleurésie , auscultation et percussion. ) A l ouverture de la plèvre sur les cadavres, on entend l'air s'échapper avec siinemcnt,0D trouve ensuite le poumon refoulé sous les premières cotes et réduit à un trèspetit volume. Les gaz ainsi contenus dans la plèvre ont été analysés par John Davy, et tout récemment par notre collaborateur M. Martin Solon (Jrchives de méd., décemb. 1{j35);ces deux observateurs ont obtenu les mêmes resul-

VENTEUSES (MALlDIESj.

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