VENTOUSE
moyen Je purifier l'air qui n'est pas sans avantages , mais qui est vraiment inférieur à la ventilation convenablement établie. Elle est préférable à tout autre moyen en ce que , quelle que soit l'altération de l air , elle l'entraîne et le remplace par de l'air pur venant de l'intérieur , tandis que les motifs chimiques doivent v arier suivant la nature des gaz délétères. ( F. IUtif.r ).
VENTOUSE, s. f. Ciicurbita , cucurbiuda. Petits vases en verre , de forme sphéroidale , elliptique ou cilindrique , et de dimensions variables , employés pour produire le vide à la surface de notre corps, au moyen de la succion, de la chaleur , ou d'une pompe aspirante ; car le bdellomètre n'est autre chose qu'une ventouse, sous laquelle on opère le vide à l'aide de la pom|)e qui lui est adaptée.
Long-temps les seules ventouses connues furent des cornes de bœuf, percées h leur sommet d'un petit trou par lequel s'opérait la succion de l'air ; les anciens Égyptiens n'en eurent point d'autres. Plus tard on en construisit en métal , mais leurs iuconvénicns les firent abandonner aussitôt qu'on en eut fait de verre , qui laissèrent apercevoir dans leur intérieur. Aussi , ce n'est plus que chez quelques peuples de la Chine et du Japon , chez les Hottcntots et parmi les peuplades sauvages qui font des ventouses une pratique banale, que l'on emploie encore , à cet usage , les cornes d'animaux. On ne peut dire quelle fut la première origine de la ventouse ; ce qui est certain , c'est que dans la médecine des Égyptiens, des Grecs , des Romains et des Arabes, les ventouses étaient beaucoup plus usitées que de nos jours; et peut-être serait-on en droit de reprocher à la médecine française, en particulier , d'avoir jusqu'ici trop négligé un moyen dont, il faut bien l'avouer, les praticiens du nord retirent chaque jour de si grands avantages. Bientôt on n'aura plus ce reproche à nous faire; car nous croyons entrevoir que le temps n'est pas éloigné où les ventouses vont parmi nous déposséder les sangsues de leur privilège jusqu'alors presque exclusif, lin effet, il est peu de parties sur lesquelles les ventouses ne puissent être appliquées aussi aisément , et souvent avec plus d'avantage que les sangsues qui , du re.sle , commencent à devenir rares en raison de la grande consommation qui en a été faite : et si déjà, nous n'en faisons pas un emploi plus fi équent, c'est faute de personnes particulièrement exercées à ce genre d'applications.
On a distingué les ventouses en sèches et en scarifiées. Par les premières, on se propose seulement d'exciter , d'engorger plus ou moins fortement le tissu de la peau. Par les secondes, on ajoute à ce premier effet fluxionnaire une dcplétion sanguine locale plus ou moins abondante. C'est la réunion de ces deux modes d'action qui , suivant nous , assure aux ventouses scarifiées une supériorité réelle sur les sangsues.
Application des ventouses. Nous avons dit qu'on peut employer pour produire le vide sous la ventouse , la succion , la pompe aspirante et la raréfaction de l'air par la chaleur. Le premier de ces moyens, généralement abandonné par les médecins , n'est plus employé aujourd'hui que par les nourrices pour dégorger leurs seins d'un lait surabondant , ou pour entretenir leur lait en l'absence de leur nourrisson. Il ne produit qu'un vide fort incomplet, et n'atteindrait , par conséquent , que très-imparfaitement le but thérapeutique qu'on se propose dans l'application des ventouses.
La raréfaction de l'air, à l'aide de la pompe aspirante , a été apprécié à l'article BDELLOMÈTRE ( vojez cc mot). On obtient bien au moyen de la pompe un vide aussi parfait que possible , mais dont cependant l'action est bornée au boursouQement et à l'injection de la peau, tandis que, dans la ventouse appliquée à l'aide de la chaleur , on ajoute encore à ces effets la stimulation et la rubéfaction de la peau par le calorique : aussi ce dernier mode nous a-t-il paru mériter la préférence sur tous les autres. C'est lui seul maintenant qui doit nous occuper.
Plusieurs procédés ont été mis en usage pour raréfier , au moyen de la chaleur , l'air contenu dans la ventouse ; ainsi l'on peut , soit tremper celle-ci dans l'eau bouillante, soit y introduire, pour les y enflammer ensuite , des morceau.x de papier léger , de coton ou d étoupe, secs ou imbibés d'esprit-de-vin rectifié. Mais, comme d'une part, il est impossible que la ventouse quia trempé dans l eau bouillante n'y ait pas acquis une température susceptible d'affecter douloureusement la peau avec laquelle on la met en contact , et, comme d'une autre part, il arrive souvent qu'au moment où l'on renverse la ventouse pour l'appliquer, les morceaux de papier ou d étoupe viennent toucher la peau et la brûlent , on a plus communément recours aux deux moyens suivans. Tantôt on assujétit sur la partie de la peau qui doit être ventousée une ou plusieurs mèches de veilleuse , et, quand elles sont bien enOammées , on les recouvre avec la ventouse dans laquelle l'air se raréfie en proportion de l'activité et de l'intensité de la combustion ; tantôt enfin, et c'est là la manière la plus usitée par les ventouseurs de l'Allemagne et de l'Angleterre, on expose rapidement à l'action de la flamme vive d'une lampe à large mèche, alimentée par l'alcool, l'intérieur de la ventouse, et l'on se hâte de l'appliquer ainsi échauffée sur la portion de peau qui doit être soumise à son action. Nous avons vu dernièrement un ventouseur alsacien appliquer des ventouses scarifiées à l'une de nos malades, et nous avons été surpris de la facilité et de la célérité avec laquelle il a appliqué sous nos yeux quatorze ventouses sur les parois de la poitrine. Ces scarifications , au dire de cette dame, furent beaucoup moins douloureuses que les picjùres des sangsues.
■Une des premières précautions à prendre est de choisir des ventouses dont les dimensions et la forme soient parfaitement appropriées à celles de la partie sur laquelle on veut les appliquer; puis on rase les parties qui sont couvertes de poils , afin que l'application soit plus exacte et moins douloureuse. Cela fait et les mèches de veilleuse étant en pleine combustion, ou la ventouse étant
convenablement échauffée par la flamme de la lampe, on l'applique vivement sur la peau et on l'y maintient en l'y appuyant un peu jusqu'à ce qu'elle adhère fortement, et que la peau, soustraite à la pression atmosphérique , vienne , en se tuméfiant , faire dans l'intérieur de la cloche une saillie demi sphérique plus ou moins élevée, ce qui a lieu presque immédiatement quand le vide a été bien fait. Après un temps variable , suivant les effets qu'on se propose d'obtenir, mais qui, dans les circonstances ordinaires, ne doit guère dépasser quelques minutes, il faut retirer la ventouse. A cet effet, en même temps qu'avec la pulpe de l'un des doigts , on déprime légèrement la peau dans l'un des points de la circonférence de la ventouse, pour y faire pénétrer l'air extérieur ; on incline doucement celle-ci , et elle ne tarde pas à céder. C'est là ce qui constitue les ventouses sèches. On les dit scarifiées ou humides, quand, après les avoir enlevées, on pratique sur la peau rougie et tuméfiée des scarifications, soit avec l'extrémité de la lame d'une lancette ou d'un bistouri , soit avec l'instrumenl plus spécialement destiné à cet usage , et qui, pour cela même, a reçu le nom de scarificateur.
Selon que l'on veut obtenir une révulsion plus ou moins énergique ou un écoulement de sang plus ou moins abondant, on réapplique successivement sur les mêmes points et de la même manière un plus ou moins grand nombre de ventouses, sans que le plus ordinairement il soit besoin de renouveler chaque fois les scarifications. 11 faut seulement avoir le soin de rendre à chaque application la raréfaction de l'air plus complète, en employant une chaleur plus forte , ou en déterminant une combustion plus rapide et plus intense , et d'enlever le sang qui souille la peau et salit l'intérieur des ventouses. Puis , quand on a obtenu la quantité de sang voulue, on retire définitivement les ventouses ; on fomente doucement les petites plaies, qui cessent à l'instant même de saigner, et on les recouvre d'un linge fin , sec ou légèrement enduit de cérat frais. Les scarifications , à moins qu'elles n'aient été très-profondes , tardent peu à se cicatriser et ne laissent pas de traces bien appréciables.
Souvent, dans l'intention d'obtenir tout à-la-fois un effet plus énergique et plus de sang, on fait appliquer sur les piqûres, après la chute des sangsues, un certain nombre de ventouses. Nous avons quelquefois employé ce moyen et nous avons eu constamment à nous en applaudir.
Mode d'actton des ventouses. Déjà l'on a pu voir que les ventouses, .sèches ou scarifiées , doivent convenir dans une foule de circonstances. Sèches et employées en grand nombre ou renouvelées à des intervalles fort rapprochés, elles déterminent sur la peau une révulsion fort énergique ; elles déplacent en l'appelant dans la peau et en l'y retenant pendant tout le temps que dure cette congestion cutanée , une certaine masse de sang qui se trouve ainsi momentatanc°ment soustraite à la circulation sans affaiblir les malades ; ce qui, dans bien des cas, doit être un avantage. Par les ventouses scarifiées, nous obtenons tout à-la fois les effets des saignées locales et ceux d'une révulsion puissante, précieux effets que nous sommes loin de rencontrer dans les sangsues comme on les emploie communément.
Maladies qui réclament l'emploi des ventouses. De toutes les maladies inflammatoires qui exigent les émissions sanguines , il en est peu auxquelles on ne puisse opposer avec succès les ventouses scarifiées : seulement , dans les cas aigus, l'on fera précéder leur emploi de la saignée générale ; c'est une précaution qu'on ne devra jamais négliger ; l'effet des ventouses en devient plus assuré. Hippocrate , Arétée, Celse, Galien et les médecins qui les ont suivis , ont fait un fréquent usage des ventouses. Ils les ont opposées , et souvent avec de grands avantages , à la pleurésie, à la pleuropneumonie , à la pleurodynie, aux diverses affections rhumatismales , à la sciatique. Deux fois, nous avons dû à des ventouses scarifiées sur les lombes , la guérison de lombago qui avaient résisté à tous les autres moyens : dernièrement encore, nous sommes parvenus à l'aide des ventouses sèches , à suspendre des accès de névralgie utérine , mais bientôt les douleurs ont reparu, sans que depuis, les ventouses aient pu amener le moindre allégement. M. le docteur Bricheteau ( rapport de la société philantropique de Paris, année 1829) a obtenu les meilleurs effets des ventouses apphquées à la région du cœur et scarifiées, dans plusieurs cas d'hypertrophie bien caractérisée de cet organe. Il a même observé que les malades en ont été soulagés plus que par la saignée générale ; c'est une circonstance qui doit fixer l'attention. Hippocrate nous apprend qu'il a plusieurs fois arrêté des pertes utérines par l'apposition de ventouses sur les mamelles ; d'autres héraorrhagies ont également cédé à ce moyen. Les ventouses , sèches ou scarifiées, h la partie interne et supérieure des cuisses, ont souvent rappelé les règles supprimées, ou facilité leur première éruption. Les ventouses sont presque journellement usitées pour vider les abcès par congestion , afin d'éviter l'introduction de l'air dans le foyer de la suppuration.
Enfin , il y a quelques années , les docteurs Barry et Vestrumb , ont eu I icicc d'employer la ventouse pour retarder l'absorption des venins ou des virus a la suite des blessures faites par des insectes venimeux ou par des animaux enrages. Celse ( lib. V , chap. ii , sec. xii 2e ) en recommandait l'usage dans les mêmes circonstances ; seulement il croyait la ventouse propre à extraire , a tirer en quelque sorte de la plaie , la matière étrangère qui y avait ele déposée. Un ne doit pas compter en cette circonstance sur l'eflicacité absolue de la ventouse , H faut ne la considérer que comme un moyen propre à retarder 1 absorpi on C'est un service réel d'avoir rappelé à la mémoire des médecins et ^'gna'e a leur attention un moyen qui, dans des circonstances aussi pressantes, permei d'attendre sans crainte des secours plus efficaces.
Voyez les mots ABCÈS , bdellomètre, saicséb, sawcsues , scartficatelR