VESSIE
sur le côté malade , nous avons vu le pouls tomber de cent battenaens à quatrevingt-dix el ne cesser de diminuer chaque jour jusqu'à la guérison complète qui ne larda pas à arriver.
A la suite de ces premiers effets que l'on observe également pour les vésicatoires volans et pour les vésicatoires permanens , ces derniers en présentent un nouveau , celui de la suppuration qui n'est pas sans intérêt comme moyen thérapeutique. Cette sécrétion artificielle qui résulte delà plaie du vésicatoire devient une cause de révulsion qui peut avoir une grande influence sur la guérison des fluxions morbides aiguës et surtout chroniques, bien plus parla fluxion et l'irritation qui l'entretiennent que par la quantité de liquide qui la constitue. Néanmoins une fois habituée à celte fluxion et à celte sécrétion, surtout quand elles sont considérables , l'économie n'en doit point être privée sans précaution. Aussi lorsque la cause pour laquelle on a établi les vésicatoires a cesse , doit-on diminuer ceux-ci graduellement avant de les laisser se cicatriser , et quanil , enfin , la cicatrisation s'achève il est bon de porter une ou deux fois une fluxion sécrétoire sur le canal intestinal à l'aide de quelques doux purgatifs.
La vésicalion peut s'établir sans que la sensibilité animale existe. Nous l'avons vue produite complètement et suivie de suppuration sur la cuisse d'un paraplégique afi'ecté de compression et de ramollissement de la moelle épinière. La moitié inférieure du corps était entièrement privée de sensibilité et de myotililé; le malade ne sentit pas le vésicatoire et l'incontinence d'urine dont il était atteint n'en fut pas moins remplacée par une rétention d'urine qui subsista plusieurs jours.
§ VL D'.iprès l exposé rapide que nous venons de faire de l'action des vésicatoires , on peut juger de la place importante qu'ils doivent tenir parmi les révulsifs et de l'usage fiéquent que la thérapeutique doit en faire. Ils agissent moins promptement que les sinapismes , à moins qu'on ne se serve pour les établir d'ammoniaque ou d'eau bouillante ; cependant leur action rubéfiante , plus prolongée et plus énergique , doit les rendre préférables à l'application de la farine de moutarde, loisqu'il s'agit d'enlever une irritation difficile à déplacer. Les vésicatoires irritent et agacent moins en général que les sinapismes. Les vésicatoires ont, comme la pommade au tartre stibié et les moyens analogues, l'avantage de produire successivement la rubéfaction , la formation de vésicules et la suppuration; ils agissent plus promptement, manquent plus rarement leur effet , s'entretiennent plus aisément à l'état de suppuration , et ne produisent pas comme eux des cicatrices ordinairement très-dill'ormes. Cependant les vésicatoires agissent avec moins d'intensité que les emplâtres stibiés , et ils sont certainement inférieurs à ceux-ci pour combattre une irritation profonde, déjà ancienne et de quelque intensité. Aussi dans les entérites , les péritonites et les pleurésies chroniques, préférons-nous l'application d'emplâtres stibiés sur les parois de la cavité malade à l'emploi des vésicatoires volans ou permanens. On balance quelquefois dans le choix du vésicatoire et du cautère. Si c'est comme moyen prophylactique et si l'on ne désire pas une grande quantité de suppuration le cautère vaut mieux, parce qu'il est moins gênant et moins douloureux; dans le cas contraire on doit lui préférer le vésicatoire qui peut être le siège d une irritation sécrétoire très-considérable. Dans les pleurésies chroniques avec épanchement , nous préférons les cautères aux vésicatoires il cause de la gêne et de la douleur que ceux-ci occasionnent ; mais alors , pour être eflicaces , les cautères doivent être larges et nombreux , placés sur les espaces intercostaux, et pansés de manière à fournir une abondante suppuration. Que l'on ait appliqué un cautère ou un vésicatoire il faut pour les supprimer avec sécurité que la cause de leur emploi n'existe plus. 11 ne s'agit alors que de prendre pour leur suppression les précautions que nous avons indiquées plus haut. Le moxa présente comme le vésicatoire le double résultat de l'irritation et de la suppuration; mais ces effets sont plus énergiques dans le moxa, surtout quand on le multiplie. Le séton, en agissant sur le tissu cellulaire, «xcite des sympathies dont on obtient des effets révulsifs que le vésicatoire ne saurait procurer.
5 VII. De quelque avantage que puissent être les vésicatoires, leur usage a cependant été condamné par quelques médecins. On leur a reproché d introduire dans l'économie des principes acres et irritans qui allument la fièvre , déterminent de la strangurie et exaspèrent les symptômes morbides. Il est certain qu'il faut bien que les vésicatoires fournissent à l'absorption quelque principe irritant puisqu'on en voit quelquefois les résultats produits sur des parties éloignées, le col de la vessie par exemple. On évite facilement ces effets en saupoudrant les vésicatoires de camphre ou en faisant des frictions camphrées vers la région vésicale. Quant à la surexcitation ou au délire qu'ils peuvent occasionner , le médecin les prévient aisément en n'employant les vésicatoires que quand les accidcns inflammatoires et nerveux le permettent. On a dit que les vésicatoires devenaient quelquefois la source de douleurs prolongées , d'ulcérations étendues et profondes en se couvrant d eschares gangréneuses , par exemple dans les fièvres typhoïdes graves; mais ne voit-on pas dans ces maladies les régions du sacrum et des trochanlers se couvrir de ces eschares ? n'avonsnous pas vu chez une femme la vulve tout entière se convertir en une eschare de cette nature? Dans les cas ordinaires , les vésicatoires ne deviennent pas gangréneux ; le développement des eschares dépend donc de la disposition morbide. Qui pourrait même aflîrmer que quand ces eschares envahissent les vésicatoires elles ne préservent pas d'autres parties de la gangrène, ou ne diminuent point l'intensité de celle qui les atteint? Ces objections sont donc insuffisantes pour rejeter l'usage des vésicatoires comme Van Helmont , Why tt et quelques autres praticiens ont prétendu le faire. C'est au médecin à ne pas
les prescrire OTorJo Tjort petente , pour me servir de l'expression de Baglivi , pag. 653 , de usu et abusu vesicanlium. Cet illustre praticien a mieux fait connaître les véritables inconvéniens des vésicatoires. Il en repoussait l'usage dans le traitement des phlegmasies des diverses cavités dans lesquelles la fièvre était intense , ardente , et la disposition au délire marquée. Il ne voulait pas que l'on appliquât de vésicatoire sur la peau des sujets cachectiques ou atteints d'anasarque ; l'expérience ayant démontré que le système cutané de ces malades est altéré dans sa texture et que les vésicatoires en déterminent facilement la gangrène. Ces opinions sont celles que professent encore aujourd'hui la plus grande partie des médecins; quelques-uns cependant ne bornent pas aux inconvéniens que nous venons de signaler les motifs qui leur font rejeter l'usage des vésicatoires.
§ VIII On n'est pas d'accord sur l'emploi des vésicatoires dans la fièvre typhoïde : quelques médecins distingués craignent qu'ils ne soient suivis du développement d'eschares gangréneuses. Nous avons plus haut combattu cette opinion. Nous avons vu les vésicatoires volans dans les cas de fièvres typhoïdes accompagnées d'une stujieur très-marquée, de congestions sanguines céphalique ou thoracique dangereuses et d'un élat fébrile modéré, stimuler avantageusement le système nerveux, et produire une révulsion avantageuse.
Les vésicatoires sont nuisibles si on les applique pendant la période d'acuité des phlegmasies. Ils en augmentent l'intensité ; ce n'est que quand des évacuations sanguines suflisantes ont eu lieu que l'on peut , au déclin de la maladie, obtenir de bons effets de leur application. Hoftmann voidait que dans le cas d'ophtalmie, par exemple , on les appliquât aux pieds ; Heister préférait qu'on les mît à la nuque. Les praticiens ne sont pas encore d'accord pour savoir s'il convient mieux de les appliquer près plutôt que loin du siège de la maladie. Barthez préfère qu'après l'emploi des saignées générales on fasse l'application des vésicatoires près de l'organe enflammé. On choisit en général la nuque dans les maladies encé(dialiques , les parois de la poitrine dans celles du thorax, et la face interne des cuisses lorsque les viscères abdominaux sont affectés. On applique les vésicatoires aux jambes quand l'un des organes des trois grandes cavités est atteint d'une phlegmasie arrivant à sa solution, mais que l'on craint de l'exaspérer par des irritans placés trop près du lieu qu'elle occupe. ( Fojez Pleurésie , etc. )
On a conseillé l'application des vésicatoires au centre des érysipèles ou à leur circonférence , pour les empêcher de s'étendre ; ces deux moyens échouent souvent ; les vésicatoii es appliqués sur les érysipèles phlegmoneux amènent plus ordinairement la résolution de l'inflammation du tissu cellulaire. Dans un cas récent, où l'application d'un vésicatoire sur le centre de l'avant-bras envahi par un érysipèle phlegmoneux n'avait pas empêché la suppuration de s'infiltrer manifestement dans le tissu cellulaire de celte partie , nous avons pansé le vésicatoire avec une couche épaisse d'onguent mercuriel ; la résorption de la suppuration et la résolution complète de l'inflammation se sont opérées en quelques jours.
Les vésicatoires produisent fréquemment les meilleurs effets dans les inflammations aiguës de nature rhumatismale , lorsque toutefois la maladie a été préalablement combattue par des évacuations sanguines. Les rhumatalgies pleuro- DYHiQTJEs ou autres, beaucoup de névralgies , celle du nerf sciatique par exemple, cèdent souvent à l'influence des vésicatoires. ( Fofez ces diverses maladies. )
Dans les phlegmasies chroniques, c'est surtout auprès des organes malades que les vésicatoires doivent être appliqués. On fait un fréquent usage des vésicatoires permanens pendant le cours de ces maladies, dans l'espoir que l'irritation sécrétoire artificiellement établie sur la peau diminuera l'irritation morbide de l'organe profondément placé et en arrêtera l'altération et la destruction. Il est quelques sympathies dont on doit tenir compte dans le choix du lieu où il couvient alors d'appliquer le révulsif. La continuité du tissu cellulaire du thorax avec celui de la face interne du bras faisait préférer à Bordeu celte dernière région pour l'application des vésicatoires dans les maladies de poitrine.
On emploie les vésicatoires comme préservatifs de catarrhes pulmonaires ou d'autres maladies auxquelles sont exposées quelques personnes. Ce moyen , joint à ceux que prescrit l'hygiène, donne bien souvent les résultats les plus avantageux. Les vésicatoires peuvent-ils préserver des maladies épidémiques ceux qui ont recours à ce moyen dans cette intention , ou qui déjà en sont pourvus pour toute autre cause ? On a cité pour l'aflirmative quelques faits , mais il n'y en a pas d'assez positifs pour résoudre entièrement la question. On peut dire seulement que si ce moyen a été favorable à beaucoup de personnes, il a complètement échoué chez quelques autres.
Enfin MM. Lambert et Lesieur ont, en 1823, tiré un parti nouveau et trèsutile des vésicatoires, pour introduire dans l'économie des principes médicamenteux. Voyez à endermique {méthode) j l'exposé de cette médication.
( Martin Solon. )
VESSIE, s. f. Fcsica. Organe musculo-membraneux destiné à recevoir l'uriue sécrétée par les reins, et à la conserver durant un certain temps, jusqu'à ce qu'elle soit expulsée au-dehors.
Parmi les diverses imperfections congénitales d'organisation dont la vessie peut offrir des exemples , un des plus remarquables et des moins rares , est celui qui constitue l'extroversion de cet organe. Non-seulement alors le col vésical manque, mais aussi la paroi antérieure du réservoir de l'urine, et une portion plus ou moins considérable du périnée et du pubis. L'organe , renversé alors à l'extérieur, laisse voir sa surface interne, que rougit le contact de l'air , et d'où l'on voit quelquefois sourdre goutte à goutte l'urine par les orifices béans des
TÊTEMENT. ( 2091
uretères. D'autres fois c'est la paroi postérieure de l'organe qui fait défaut , de manière à établir une large conioiunication entre sa cavité et celle du vagin chez la femme , ou l'intérieur du rectum dans l'autre sexe.
Durant les lésions graves des centres nerveux , la vessie est souvent frappée d'inertie, ne transmet plus à l'encéphale la sensation du besoin dHiriner , ne reçoit plus l'impulsion nécessaire pour se vider, et dès-lors se laisse distendre jusqu'à un degré parfois énorme et tel qu'elle a fait croire à l'existence de l'hydropisie ascite. Les parois vésicales, alors, s'amincissent, se raréfient en quelque sorte et linisseut , en beaucoup de cas , par se déchirer sur quelques points.
Chez les vieillards , ou par l'effet de rétrécissemens de l'urèlhre , la vessie ne se vide assez fréquemment que d'une manière imparfaite de l'urine qu'elle contient; des quantités incessamment croissantes de ce liquide s'accumulent dans sa cavilé, laquelle , sans que les malades eii aient la conscience, acquiert quelquefois un développement très-considérable. 11 n'est pas rare d'observer alors que la vessie, distendue outre mesure , surmonte la résistance de son col, et) sans se contracter activement , laisse échapper l'urine goutte à goutte , continuellement et par régurgitation ; de telle sorte que 1 incontinence de ce liquide accompagne , complique et masque en quelque sorte sa rétention réelle.
Dans les cas opposes à ceux dont il vient d ètie question , c'est-à dire lorsque la vessie est irritée , soit par des calculs , soit par la présence d'obstacles qui nécessitent de grands efforts pour être surmontés , ses fibres acquièrent plus de force , font dans sa cavilé des saillies plus considérables, et y présentent cette disposition qui constitue les vessies à colonnes.
On a vu la vessie divisée en deux et même en un plus grand nombre de loges , commuuiquant entre elles par des ouvertures plus ou moins larges, et contenant parfois des corps étrangers difficiles à découvrir et à retirer.
Malgré sa situation profonde et la protection qu'elle reçoit des os du bassin et des parois abdominales, la vessie est fréciueniracnt atteinte de blessures ou de déchirures, dont la gravité dépend surtout des communications qu'elles peuvent établir entre sa cavité et celle du péritoine , et des épanchemens urinaires qui peuvent en être le résultat.
Des corps étrangers, venus du dehors, soit par l'urèthre , soit par les parties environnantes divisées, et surtout des calculs urinaires , séjournent souvent dans la vessie, et leur destruction ou leur extraction, qui ont été l'objet d'ell'orts incessans de la part des chirurgiens de tous les siècles , constituent des opérations importantes et graves.
Parmi les affections chroniques , les ulcères , les fongus , les dégénérescences cancéreuses , les développemeiis variqueux des veines sous-muqueuses , sont celles que présente le plus souvent la vessie. Les fistules urinaires dont elle est l'origine s'ouvrent ordinairement, soit dans l'intestin chez l'houîme, soit dans le vagin chez la femme, et dans les deux sexes , plus souvent à I hypogastre ou à l'ombilic qu'au périnée. ( L.-J. Bégin. )
VETEMEWT. s, m. Ou entend, par ce mot, toute substance applique'e sur le corps dans le but de le garantir immédiatement des impressions froides , chaudes, humides de l'air, ainsi que de ses vicissitudes. Les vêtemeiis remplissent cette indication , soit en retenant à la surface du corps une certaine quantité du calorique qu'il produit , soit en défendant la peau du calorique extérieur ou de l'humidité , ou pour exprimer à-la-fois la double manière d'agir des vêtemens : ils élèvent une barrière entre la température propre du corps et la température extérieure, barrière qui devra être plus ou moins imperméable, selon que la température extérieure sera plus ou moins susceptible de léser les organes par ses excès ou ses vicissitudes.
Article De la matière et delà couleur des vêleinens. 1° Matière des vêtemens. Les substances qui constituent la matière de nos vêtemens sont aniiiiales ou végétales : les substances animales sont la laine, la soie, le poil, et même la peau entière de quelques animaux. Les végétales sont le chanvre, le lin et le coton , et même la paille. Quelquefois , dans la matière des vêtemens , bn réunit des substances animales et des substances végétales. I Les matières diverses destinées à nos vêtemens jouissent de propriétés différentes, suivant qu'elles sont plus ou moins conductrices du calorique, suivant 'qu'elles se chargent plus ou moins de l'humidité , soit de celle qui est extérieure , soit de celle qui émane de notre corps, et suivant qu'elles la laissent échapper plus ou moins facilement.
i Par cette expression , bon conducteur du calorique , on entend la propriété ^u'a un corps de recevoir , d'admettre facilement le calorique , de s'en laisser pénétrer, puis de le céder avec la même facilité; et par l'expression mauvais conducteur j au contraire, un corps qui se refuse à cette pénétration et à celte transmission. En appliquant maintenant cette définition à nos vêtemens, on saura que la matière la moins conductrice du calorique , celle qui refuse le plus de s'en charger et de le transmettre, est dite la plus chaude , puisqu'elle laiase se concentrer, à la surface du corps, le calorique que dégagent nos organes. Les vêtemens de laine sont dans ce cas : ils ne s'échauffent pas, ils n'enlèvent pas de calorique au corps, ils le lui conservent. Par la même raison, si la temipérature extérieure était plus élevée que celle de notre corps , ces vêtemens , jimieux que les autres, préserveraient du calorique ; car, s'ils se laissent difficilement pénétrer du calorique de notre corps, ils se laisseraient tout aussi difficilement traverser par le calorique extérieur. Ainsi , un bonnet de laine garantirait mieux des rayons intenses du soleil , qu'un bonnet de chanvre. ! Les corps bons conducteurs du calorique fournissent , au contraire, les vêtemens dits les plus frais, puisqu'ils se laissent pénétrer par le calorique de notre corps et le laissent échapper ; mais en même temps , comme ils se laissent de
) YÈTEMENT.
même pénétrer par le calorique extérieur , et le transmettent avec la même facilité à notre corps , ils sont aussi les moins propres à nous mettre à l'abri des rayons solaires intenses. C'est peut-être pour ce motif que l'on voit l'Espagnol, exposé aux rayons solaires les plus pénétrans, draper sur ses épaules sa couverture de laine. Cependant , comme la température de notre corps est presque constamment supérieure à la température ambiante, il y a toujours avantage marqué à se servir, pendant les temps chauds , de vêtemens bons conducteurs du calorique. Aussi , dans nos climats, le chanvre et les tissus végétaux serontils toujours , et avec raison , pendant l'été , préférés à la laine et au.x. tissus animaux.
La manière dont sont tissées les étoffes contribue aies rendre plus ou moins conductrices du calorique : ainsi , celles dont la trame est lâche et poreuse , qui renferment de l'air dans leurs interstices , et qu'on pourrait , au premier abord , croire propres à laisser échapper le caloi'i((ue , sont , au contraire , plus propres à le retenir; sont, en un mot , plus mauvaises conductrices que ne le sont des étoffes semblables à tissu plus serré, quoiqu'il y ait quantité égale de matière dans les unes et les autres. Cette vérité a été mise hors de doute par cette expérience de Ruml'orl : il enveloppe un corps chaud avec de la bourre de soie et de la laine non cardée ; ce corps conserve long-temps la chaleur : le physicien en conclut que l'enveloppe de ce corps se laisse difficilement pénétrer par le calorique. Rumfort enveloppe ensuite le même corps, chauffé à la même température, d'une quantité égale de soie et de laine filée : le corps se refroidit plus promplement que dans le premier cas. La seconde enveloppe, quoique de même matière et de poids égal , se laisse donc pénétrer et traverser plus facilement par le calorique, parce qu'elle est plus serrée , parce que sa trame présente moins d'interstices. Les physiciens donnent l'explication de ce fait, en disant que l'air emprisonné dans les mailles des tissus lâches ne jouit qu à un très-faible degré de la faculté conductrice du calorique. Quoi qu'il en soit , ce qu'il y a de certain, et ce que démontre l'expérience journalière , c'est qu'abstraction faite de la quantité de matière employée, les vêtemens sont d'autant plus mauvais conducteurs du calorique, conséquemment plus chauds , qu'ils sont plus épais , plus tomenteux , plus hérissés d'aspérités, plus lâchement tissés , enfin moins lisses et moins serrés. Ainsi, du coton ou de la laine , cardé et renfermé entre deux pièces d'étoffe de soie, composera un vêlement qui retiendra plus de chaleur sur le corps qu'un tissu serré du même poids confectit nné avec ces diverses matières. Par la même raison , une camisole en laine lâchement tricotée sera beaucoup plus chaude qu'un même vêtement fait avec la même quantité de laine employée en tissu plus lisse et plus serré.
La propriété qu'ont les matières des vcteinens de s'emparer et de céder l'humidité les rend plus ou moins froids , selon qu'ils jouissent de cette faculté à un degré plus ou moins prononcé. Par exemple les tissus de chanvre, qui s'imbibent rapidement de l'humidité du corps et s'en débarrassent rapidement, causent plus de relroidissement que ceux de laine, qui s'imbibent plus lentement et sont le siège d'une évaporation plus lente, et qui, de plus, peuvent contenir une grande quantité d'humidité sans qu'elle soit sensible.
C'est sur la connaissance des propriétés que nous venons d'examiner que doit être fondé le choix de la matière des vêtemens qui doivent servir à l'homme , suivant les climats, les saisons, les sexes, les âges, les tempéramens , etc.
Chant're et lin. Les tissus fabriqués avec ces deux matières sont bons conducteurs du calorique , conséquemment très-frais : ils se mouillent facilement , condensent beaucoup d'humidité à la surface du corps , parce qu'ils n'en peuvent contenir que très-peu à l'état latent; refroidissent la peau , d'abord parce qu'ils laissent facilement échapper leur humidité, qui, pour se réduire en vapeurs, enlève du calorique à l'économie, ensuite parce que , étant mouillés, ils sont beaucoup meilleurs conducteurs du calorique que lorsqu'ils sont secs. La toile de chanvre et de lin est donc de toutes les matières destinées aux vêtemens, celle qui favorise le plus la production des affections résultant de l'impression du froid humide sur la peau. Les personnes disposées aux maladies de la peau , maladies qui, comme on sait, s'accompagnent de chaleur et de démangeaison, trouveront dans la toile de chanvre ou de lin une substance bonne conductrice du calorique , conséquemment fraîche et incapable par sa nature d'augmenter la chaleur , l'irritation et la démangeaison qu'on a pour but d'apaiser. Celte toile serait contraire, si l'on voulait entretenir un excès d'action à la peau , comme cela a lieu dans les cas nombreux où l'on veut la rendre le siège d'une révulsion légère et étendue.
Coton. Ce tissu , un peu plus mauvais conducteur du calorique cjue le chanvre et le lin , laisse moins échapper de chaleur que ceux-ci , de la surface des corps , absorbe et retient une portion de la transpiration, conséquemment en laisse moins refroidir à la surface de la peau que les substances précitées. Son usage est généralement plus avantageux que celui de la toile, à moins qu'il n'existe à la peau quelque irritation qu'on veuille réprimer.
Le préjugé qui fait regarder le colon, dans son emploi hygiénique, comme moins sain que le chanvre ou le lin, lient à ce que, moins bon conducteur du calorique , hérissé de plus d'aspérités , conséquemment plus irritant que les substances précitées, le colon , dans certains états morbides, les dartres ou les légères excoriations de la peau ou de l'extrémité des membranes muqueuses , entrelient plus de chaleur et d'irritation, et s'oppose davantage à la guérison de ces affections , que ne le ferait la toile de chanvre ou de lin ; mais, dans ce cas , la laine, plus lomenteuse encore et plus chaude serait encore plus nuisible. C'est cela seul qui doit avoir donné lieu au préjugé répandu , et c'est là aussi le seul cas où toute autre matière que le chanvre et le lin , bien lavés , bien fins et bien usés , ne peut qu'être nuisible. Hors ce cas, le coton a sur la toile (on
VÊTEMENT
VÊTEMENT
désigne communément sous ce seul nom toile tous les tissus de chanvre et de lin ) beaucoup d'avantages. Si les chemises de toile sont plus fraiciies en été que celles de coton, elles ont aussi, pendant cette saison , l'inconvénient de laisser refroidir la sueur sur le corps, inconvénient que n'ont qu'à un bien plus faible degré les chemises de coton, qui , en hiver , ne nous glacent pas comme celles de toile , lorsque nous changeons de linge.
Le coton doit surtout être employé de préférence au chanvre et au lin par les habitans des pays froids et humides.
Soie. Mauvaise conductrice du calorique , elle n'est guère employée sur la peau que dans les vêlemens qui couvre les jambes ; mais elle est d'un grand secours lorsque , pour obtenir beaucoup de chaleur , on veut donner de l'épaisseur aux vêtemens, sans augmenter leur poids ; alors on ouate la soie , c'est-àdire qu'on interpose entre deux pièces de cette étoffe une plus ou moins grande quantité de coton cardé.
Laine. ïrès-mauvaise conductrice du calorique , la laine, oulre la propriété dont elle jouit au suprême degré , d'empêcher la chaleur de s'échapper du corps, détermine encore parles aspérités qui la constituent, une irritation, une augmentation de circulation dans les capillaires de la peau ; elle produit des démangeaisons qui, pendant les premiers jours , rendent son usage incommode ; elle augmente l'exhalation cutanée , mais se charge parfaitement de cette sécrétion , la conserve en quelque sorte à l'état latent et ne permet jamais qu'elle se refroidisse à la surface du corps.
L'usage de la laine sur la pe>iu est un des moyens les plus précieux que possède la thérapeutique ; mais il est en même temps la source de la majeure partie des infirmités pour la guérison desquelles il est le plus puissant agent; car l'habitude de se couvrir, bien portant, la peau avec de la laine rend susceptible , rend impressionable aux variations atmosphériques et surtout au froid , rend accessible aux rhumatismes , calharres , névralgies , etc., et, d'un aulre côté , prive d'une des plus puissantes ressources pour la guérison de ces affections, puisque , au bout de quelque temps , l'impression de chaleur et de picotement que produisait la laine sur la peau devient tout-à- fait nulle , et qu'il faut recourir à un moyen thérapeutique plus énergique. L'effet singulier de l'habitude de la laine sur la peau est de rendre nul le bien dont on jouit, et nécessaire celui dont on ne peut plus jouir. Il y a donc un grand inconvénient à adopter sans nécessité , comme le font la plupart des jeunes gens , l'usage d'un gilet de flanelle sur la peau.
On ne saurait non plus trop s'élever contre l'absurde manie qu'ont les parens de faire violence à des enfans bien portans pour leur faire supporter des bas de laine sur la peau. Ce sont précisément tous les enfans qui n'en ont pas besoin qu'on est obligé de violenter , et par une raison toute simple : c'est que la laine ne démange et ne tourmente que la peau colorée chaude et sensible de l'enfant qui se porte bien , et qu'elle ne produit que très-peu d'incommodité sur la peau pâle, froide et inerte des petits lymphatiques affectés du carreau, de tujneurs blanches ou autres maladies. J'ai toujours vu ces derniers endurer, sans se plaindre , l'application de la laine , et jamais je n'ai vu une seule fois des enfans actifs et mobiles être couverts de cette substance sans jeter les hauts cris. Ici donc encore, comme dans mille autres cas, ne soyons pas sourds à l'expression des sensations.
Le choix de la laine destinée à la peau n'est pas itidifférent. Si l'on ne veut obtenir qu'une excitation modérée de la peau , on choisira la flanelle anglaise ou du moins une flanelle fine et unie. Si l'on veut stimuler davantage la peau, on usera d'une flanelle moins douce, présentant plus d'aspérités, ou mieux encore d'un gilet de laine tricotée ; mais, je le répète et je ne saurais trop le répéter, gardons-nous d'abuser de ce précieux moyen. Que de vésieatoires , de cautères et de moxas il remplacera par la suite si nous ne le prodiguons pas prématurément! Et à quiel arsenal de ces topiques ne serons-nous pas obligés d'avoir recours , souvent en vain , pour avoir prématurément usé sans nécessité du gilet de laine !
C'est principalement pour remédier aux rhumes, aux rhumatismes, à la goutte, aux névralgies, aux affeclions intestinales chroniques, aux hémorrho'ides, à la leucorrhée, aux affections catharrales de toute espèce, que l'excitation de la peau par le gilet ou le caleçon de laine devient un puissant secours. Si la peau de la face ou du crâne est affectée de quelque irritation comme de dartres , de teigne, de plique , etc. , la laine appliquée sur la peau du tronc et des membres , exercera encore une action révulsive qui sera très-propre à détourner 1 irritation de la peau de la tête.
Si l'habitude de la laine sur 'a peau pouvait être lole'rée chez les jeunes gens, hors les cas de maladie, ce serait chez des sujets très-lymphatiques, chez ceux qui sont obligés de séjourner dans des contrées froides et humides, auxquelles ils ne sont pas habitués; chez les marins, qui, passant continuellement d'une latitude à une autre , sont exposés aux vicissitudes atmosphériques les plus extrêmes.
On avance généralement et avec beaucoup de raison que, lorsqu'on a une fois contracté l'habitude des gilets de laine sur la peau , il est dangereux d'y renoncer. Celte assertion est juste : il faut subir le joug que l'on s'est imposé. Si , au contraire , on vient à porter accidentellement un gilet de flanelle , pour enlever un rhume ou une douleur rhumatismale , quand l'affection est une fois enlevée, on peut cesser de porter le gilet, de même qu'on cesse de prendre des médicamens; on le doit même sous peine de rentrer dans le cas de l'individu quia pris cette habitude sans nécessité, et d'en subir toutes les conséquences que nous avons signalées ci-dessus.
Poil. Les fourrures et pelleteries, encore plus chaudes que la laine , peuvent être mises en usage dans les cas indiqués à l'occasion de cette matière.
2o. Couleur des vêtemens. La couleur des vêtemens influe sur le plus ou moins de chaleur qu'ils procurent. Les vêtemens blancs réfléchissent les rayons calorifiques et lumineux que les vêtemens noirs absorbent. La neige fond plus vite sous un morceau de drap noir, que sous un morceau de drap blanc. En conséquence de ce fait , on est porté à croire qu'on doit préférer , pendant l'été , les vêtemens de couleur claire , et pendant l'hiver, ceux de couleur foncée ; cependant on objecte à cette conséquence naturelle , que , si , d'un côté , les vêtemens blancs réfléchissent par leur surface externe la chaleur atmosphérique, d'un autre côté ils réfléchissent par leur suiface interne appliquée au corps, la chaleur qui s'en dégage et qui tendait à le quitter : ils la lui conservent , au lieu de la transmettre au-dehors comme le feraient les vêtemens noirs. Que résultet-il de ces deux assertions? que, lorsque , par une haute température , nous recevons directement les rayons du soleil , nous devons considérer comme peu imiJortante la concentration du calorique animal , auquel nous laisse exposés le vêtement blanc, comparativement à l'égide qu'il nous offre en réfléchissant les rayons de 1 atmosphère. Ce vêtement , dans cette circonstance , sera plus frais que le noir. Mais quand la température est basse , les vêtemens blancs sont-ils encore plus frais que les noirs , conséquerament plus défavorables , ainsi que le prétendent plusieurs auteurs d'hygiène? Si nous essayons de nous échauffer en nous approchant d'un foyer , il est certain que les vêlemens noirs sont ceux qui nous communiqueront le plus promptement la chaleur, bien qu'ils laissent dégager celle de notre corps, car nous n'avons qu'à gagner dans l'échange que nous faisons avec un foyer bien ardent. Mais , hors cette supposition, et dans tous les cas où nous sommes exposés à l'air extérieur par une température basse, les vêtemens blancs seront les plus chauds. Pour nous résumer donc, disons que pendant l'été comme pendant l'hiver , il y a toujours de l'avantage à porter des vêtemens blancs. Si nous voulions être minutieux, nous devrions peut-être observer que , dans l'été , à l'ombre , les vêtemens noirs qui laissent mieux échapper le calorique de notre corps que les blancs, ont peut être quelque avantage sur ceux-ci , de même qu'ils en ont encore sur eux dans l'hiver, puisqu'ils admettent mieux le calorique que les blancs quand on est renfermé chez soi devant un foyer ardent. Ces deux restrictions ne détruisent pas le principe général que nous venons d'émettre, et la préférence, pour toutes les saisons et pour tous les climats , reste aux vêtemens de couleur claire.
Pour terminer ce qui a rapport à la couleur des vêtemens, disons qu'ils doivent être d'une bonne teinte, et que des accidens ont été produits par des teintures qui, après avoir été détachées de l'étoffe et avoir coloré la peau , ont été absorbées.
Article II. Delà forme des vêtemens. La forme des vêtemens, considérée en géne'ral. influe sur l'économie de plusieurs manières: 1° Elle contribue à la conservation du calorique animal, ou facilite sa dispersion. Ainsi, pendant les saisons et dans les climats chauds, des vêtemens très-larges , qui permettent à l'air de se renouveler souvent, conviennent beaucoup mieux que des vêtemens étroits, qui s'appliquent et se moulent pour ainsi dire à la surface du corps, et retiennent un air chargé de calorique ; ceux-ci doivent , à leur tour , être préférés aux premiers pendant les saisons et dans les climats froids. 2» La forme des vêtemens influe sur la santé par le plus ou moins de compression qu'ils exercent sur certaines parties; ainsi, celte compression peut tantôt gêner le cours du sang et de la lymphe, comme le font souvent des cols de chemise , des jarretières , des cravates , des manches d'habit ou de robe trop serrés , et causer des apoplexies , des varices, des œdèmes , l'engorgement des glandes sous-maxillaires, le gonflement et, pendant l'hiver, les engelures des mains ; tantôt nuire à la respiration ou à la digestion , en s'opposant à l'ampliation des cavités thoraciques et abdominales , comme le font les corsets, et les pantalons troj) hauts et trop étroits de ceintures , et prédisposer aux hémoptysies , aux palpitations , aux anévrysmes , aux troubles de digestion, aux hernies des viscères abdominaux ; nuire au développement des glandes mammaires et du foie , et causer des déviations de l'épine. 3" La forme des vêtemens influe encore sur la santé par le plus ou moins de parties qu'elle laisse à découvert , ou qu'elle protège contre l'action des corps extérieurs: ainsi, tantôt on porte le gilet fermé sur la poitrine jusqu'au-dessous de la cravate, d'autres fois on le porte en châle et ouvert jusqu'au-dessous du sternum. Il résulte de ces changemens , que l'individu qui s'est habitué au gilet fermé contracte un mal de gorge ou une phlegmasie de poitrine , dès qu'il se sert du gilet en châle.
Tous ces objets relatifs à la forme des vêtemens , que l'espace d'un dictionnaire nous empêche de relater, ont été appréciés dans l'examen que nous avons fait, dans nos Elémens d' Hygiène , de chaque pièce de l'habillement en particulier.
AnTiCLE III. Applications individuelles et précautions relatif es aux l'étemens. Enfance. « Au moment, dit Jean- Jacques, que l'enfant respire en sortant de ses enveloppes , ne souffrez pas qu'on lui en donne d'autres qui le tiennent plus à l'étroit. Point de têtières, point de bandes, point de maillot ; des langes flottans et larges, qui laissent tous ses membres en liberté, et ne soient ni assez pesans pour gêner ses mouvemens , ni assez chauds pour empêcher qu'il ne sente les impressions de l'air ; placez-le dans un grand berceau bien rembourré, où il puisse se mouvoir à l'aise et sans danger. Quand il commence à se fortifier , laissez-le ramper par la chambre; laissez-lui développer, étendre ses petits membres. Vous les verrez se renforcer de jour en jour. Comparez-le avec un enfant bien emmaillotté du même âge, et vous serez étonné de la différence de leurs progrès. » ( Emile , liv. 1 , p. 58. )
VÊTEMENT
VÊTEMENT
Ce maillot , contre lequel Rousseau s'élève , dans d'autres passages , avec une . sublimité d'éloquence et une vigueur de logique qui , heureusement , n'ont point élé infructueuses, consistait à enlouier de lan<;es serrés tout le corps de l'enfant , depuis le haut des épaules jusqu'à la plante des pieds , après l'avoir forcé de quitter la position naturelle demi fléchie , c'est-à-dire , après lui avoir allongé les bras et les jambes. Ces langes , fortement croisés sur la poitrine et le ventre , et assurés avec huit ou dix épingles , ne suffisaient pas encore ; on avait recours à une bande de toile , large de quatre à cinq travers de doigt, et dont la longueur égalait sept à huit fois celle du corps de l'enfant. A l'aide de cette bande on le serrait étroitement depuis la plante des pieds jusqu'aux épaules, de manière qu'il formât un paquet inflexible et dur. Au bout de six semaines on laissait en liberté , pendant le jour seulement , les bras , jusqu'à cette époque enfermés dans le maillot , allongés sur le côté du tronc et soumis à la même pression. Après la connaissance d'une pareille invention , une chose étonnera beaucoup de monde: c'est qu'on ait pu se plaindre de la mortalité des enfans. Quel homme robuste, ficelé dans un maillot , ne périrait pas d'angoisses et de rage , plutôt que de parvenir à se délivrer d'une pareille torture? Qu'on se figure , si l'on peut , la position du malheureux enfant ! lui qui , dès le sein de sa mère , s'agitait et préludait aux mouvemens continuels qu'exige son organisation , le voilà condamné à la gêne , au malaise , au supplice d'une immobilité absolue , et dans une position forcée et douloureuse , dans une position opposée à celle qu'il prendrait s'il était libre, à celle qu'il prenait, il y a peu d'instans encore , au milieu des eaux de l'amnios. A la privation de mouvemens se joignent de vains efforts pour se délivrer de ses entraves ; une déchirante angoisse , causée par la résistance qu'il éprouve , des cris continuels qu'on a la sottise de croire dépendans de son âge , comme si l'enfance , plutôt que la vieillesse , devait être nécessairement tributaire de la douleur! o Ils crient , dit Rousseau en parlant des enfans , du mal que vous leur faites : ainsi garrottés , [vous crieriez plus fort qu'eux « (Émile , liv. 1, p. 23). L'expérience journalière ne prouve-t-elle pas , en effet, que vos aveugles soins sont la cause de [leurs cris? Voyez l'enfant délivré du maillot : il ne se borne pas à cesser ses {larmes ; il vous annonce encore, par son sourire et par l'agitation de ses mem- [bres , le bien-être et le contentement qu'il éprouve d'avoir recouvré la liberté. Les cris ne recommencent que quand vous recommencez d'exercer la torture , que lorsque vous étendez de nouveau des membres qui doivent être demi fléchis ; que lorsque vous redressez une colonne vertébrale qui doit avoir plusieurs courbures; que lorsque vous paralysez par la compression des muscles qui ont besoin de se mouvoir et dont la texture est si délicate ; que lorsque vous changez la figure et la direction des os encore tendres et gélatineux ; que lorsqu'en empêchant les côtes de s'élever , et en vous opposant en même temps, par la compression du ventre, à l'abaissement complet du diaphragme, vous ne permettez aux poumons qu'une inspiration imparfaite , vous ne leur accordez qu'une portion de l'air dont ils ont besoin. Croyez-vous que tous ces effets du maillot ne soient pas suflisans pour arracher des cris ? Ajoutez-y l'impossibilité où il place la nourrice la plus compatissante , ou la mère même, de délivrer ï'enfant, aussitôt que le besoin l'exige, des matières fécales cachées et recouvertes ^ar tant d'enveloppes , le séjour prolongé de ces matières, leur acrimonie , les pxcoriatious qu'elles produisent ; mais cessez d'être étonné des cris de l'enfant , et même des congestions de cerveau, des convulsions ou des hernies auxquelles ces cris donnent lieu.
■ Que les enfans soient couverts de vêtemens propres à les tenir chauds et à ne pas nuire à leur développement, c'est tout ce qu il faut.
I Lorsque l'enfant n'a point encore de cheveux , et que l'on croit devoir lui donner une coiffure qui lui en tienne lieu, que cette coiffure ne soit ni chaude ni pesante : chaude, elle augmente l'action perspiratoire de la tête jusqu'à un degré morbide , produit ces prétendues gourmes qu'on n'observe jamais sur i'enfant dont la tète reste découverte , qui ne sont point une dépuration né- ;essaire et préservatrice de maladies , comme le croit le vulgaire , mais dont, lu contraire , l'apparition introduit une chance très-défavorable à la santé , sarce qu'elles peuvent se supprimer , et que la disparition d'une évacuation , tnême vicieuse , pour peu que l'on y soit accoutumé , devient souvent cause de naladie. Les coiffures qui sont moins destinées à conserver la chaleur qu'à )révenir l'effet des chutes , comme les bourrelets a iour , espèce de couronne le carton matelassée , sont encore inutiles , car l'enfant qui ne marche pas ne oeut tomber; et quand il marchera , ses chutes n'auront aucune espèce d'iaionvénient si la nature seule a été son gymnasiarque , et qu'on ne lui ait ooint appris à marcher à l'aide de lisières ou de quelque autre invention que ;e soit. Un enfant, pour la première éducation duquel j'ai donné quelques coneils , a été, dans ses premiers exercices , abandonné aux inspirations de son nstinct : point de maître pour la marche ni pour autre chose ; après s'être raîné pendant quelques mois sur ses œiins et ses pieds, et avoir par cet exercice si salutaire et si naturel à cet âge , exercé simultanément et fortifié la )resque totalité des muscles du corps , il se dresse un beau jour sur ses pieds, luis retombe presque de suite sur les mains ; la mère et les assistans se prenlent à rire , l'enfant les imite, et, à peine tombé sur ses mains , se redresse [le nouveau pour provoquer un nouveau rire; il répète de lui seul, pendant i[uelques jours, cet exercice , puis se met à marcher , d'abord par amusement, !ar lorsqu'il est pressé il reprend sa course à l'aide des mains et des pieds ; nsuite, après quelques semaines de ces essais , il cesse tout-à-fait et de luiinême ce dernier mode de progression , se livre sans retour à l'exercice de la aarche, et bientôt après court sur la terre ou sur le pavé, sur un terrain Iroit ou incliné , uni ou raboteux, sans qu'il en résulte jamais pour lui le moia-
DlCT. DE MÉDECIKE ET DE ChIRLRGIE PRATIQUES.
dre accident. S'il vient à perdre le centre de gravité , il tombe sur ses fesses ou sur ses mains , mais sans faire la moindre attention à ces chutes qu'il paraît effectuer quelquefois dans l'intention de se reposer ; il se relève , retombe et se trouve, par cette adresse naturellement et spontanément acquise , arrivé à l'âge dedix-huit mois sansjamais avoir éprouvé ces contusions et autres petits accidens qui causent tant de pleurs à la première entance. Mais aussi , je le répète , jamais il n'a eu ni voulu avoir aucune espèce d'aide ; il marche devant sa mère ou à ses côtés , et si l'on suivait exactement mes avis , jamais on ne lui donnerait la main ou au moins on ne la lui présenterait pas toujours du même côté, afin d'éviter d'élever une épaule plus que l'autre et de dévier l'épine, de même qu'on ne le porterait qu'avec les précautions convenables pour ne pas déformer les fémurs. Mais quel est le médecin qui peut avoir la prétention d'être toujours écouté dans les choses raisonnables ! La coiffure de l'enfant sera donc un bonnet de toile recouvert d'un autre de mousseline. Après le second mois , lorsque la saison est belle, on peut laisser la tête de l'enfant découverte ; plus tard sa chevelure dont on ne doit rien retrancher sous prétexte de la faire épaissir, parce que le cheveu se bifurque rarement loin du bulbe, et que la coupe près de celte partie n'a d'autre effet que d'y développer une vitalité morbide , sera la coiffure la plus commode et la plus saine. L'habitude de rester tête nue mettra l'enfant à l'abri des coryzas, des maux de gorge , etc.
Les brassières de l'enfant doivent être assez larges pour que ses doigts no puissent y être arrêtés ni luxés, ses langes assez lâchement roulés pour que la poitrine et le ventre n'en soient pas comprimés , pour que l'entant puisse relever à volonté ses genoux et librement mouvoir ses jambes. Excepté dans les deux premiers mois qui suivent la naissance , les langes ne sont guère nécessaires que pendant le sommeil. Dans tout autre moment une petite brassière et une petite jacquette écossaise sont les seuls vêtemens qui puissent permettre à l'enfant de se rouler sur la natte , le tapis ou l'herbe qui , suivant la saison et le temps, lui serviront à faire les premiers essais de ses forces ; encore cette petite jacquette sera-t-elle souvent imprégnée d'urine, et devra-t-elle être souvent changée. Point de pelleteries ni «.le fourrures propres à conserver la chaleur ; car non-seulement elles détruiraient le bon effet des lotions et des autres pratiques du régime , mais encore elles contribueraient, en rendant à l'enfant toute sa susceptibilité, à rendre dangereuses ces autres pratiques.
L'enfant , pour l'ordinaire , sait déjà marcher avant de savoir exprimer ses besoins. Tant qu'il ne marche pas, les souliers et les bas lui sont donc inutiles; car imprégnés par les urines et les matières fécales , ils ne font que prolonger sur la peau le contact nuisible de ces excrétions. Quand l'enfant marchera et pourra exprimer ses besoins, on le vêtira d'une blouse large, on lui donnera des chaussettes de fil , des souliers larges , plats, faits d'un tissu de drap ou de castor placé sur une mince semelle de cuir. A cet âge , des souliers trop résistaus déforment les pieds D'ailleurs, la chaussure se conserve toujours assez à une époque où l'accroissement rapide exige qu'elle soit souvent renouvelée.
Tels sont les vêtemens qui conviennent jusqu'à l'âge où chacun des enfans prend le costume de son sexe. C'est à cette époque principalement que le médecin doit rappeler aux mères que les corsets sont une des causes de la déformation de la taille des jeunes filles , et que si celles-ci ne se tiennent pas droites sans corset, elles se courberont encore davantage si on cherche à les redresser par ce moyen. En voici la raison : le corset faisant l'office des muscles, ceux-ci , restés dans l'oisiveté, deviennent plus faibles qu'ils n'étaient , et lorsqu'on enlève le corset, on trouve contrefaites des jeunes filles qui n'étaient que légèrement courbées. Les courbures ne sont véritablement redressées que lorsque plus de force a été acquise par les muscles placés sur le point opposé à celui du côté duquel est entraîné le corps. Les moyens mécaniques les plus habilement appliqués , ne font que préparer ce résultat. i< L'action de tout appareil qui fait partie d'un vêtement quelconque , dit M. Bricheteau, ne doit jamais s'exercer que sur les muscles auteurs de la déviation , et laisser aux autres organes moteurs la faculté de récupérer leurs forces, d'opposer une résistance efficace à leurs antagonistes; en un mot , de se remettre en harmonie avec le reste de l'économie animale. »
Terminons enfin ce qui a rapport à l'habillement du jeune âge , par une citation de M. Rafier , qui, dans son Mémoire sur Véducation physique des eiifans , a su réunir avec concision d'excellens préceptes : « Les habits des enfans, dit , ce médecin , doivent être suffisans pour les garantir du froid , confectionnés de manière à n'exercer aucune constriction , être assez nombreux pour pouvoir être souvent changés, et n'être jamais assez précieux pour que la crainte de les gâter empêche les enfans de se livrer aux jeux de leur âge. »
Adolescence et dge adulte. L'adolescent ne doit pas perdre l'habitude des vêtemens légers , au moyen desquels, étant encore enfant, il a dû être familiarisé avec l'intempérie des saisons ; et l'adulte n'a aucune raison pour renoncer à cette habitude quand il jouit d'une bonne santé.
Vieillesse. C'est pour cet âge, où les sources productrices de la chaleur deviennent moins actives, que l'homme doit réserver les vêtemens qui s'opposent à la dispersion de la chaleur animale ; mais que des préjugés ou de vains raisonnemens , comme tout ce qu'on a dit sur la sécheresse de la fibre ou la prédominance du mouvement concentrique, ne déterminent pas le vieillard à se faire un rempart des plus chaudes fourrures tant qu'il n'en sentira pas le besoin. Si , tandis qu'il jouit d'une parfaite santé , il charge sans nécessité son corps de toutes les productions de la Sibérie , quelles ressources lui restera-t-il à opposer aux affections dont le traitement réclame de la chaleur?
Femmes. Si dans tous les temps la femme doit remplacer par des vêtemens